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University of

Ottawa

http://www.archive.org/details/limpressionismesOOmauc

L'IMPRESSIONNISME

DU MÊME AUTEUR:

Eleusis,

causeries sur la cité intériexire.

poèmes.

Laforgue,

roman
sociales,

des rêves,

— Les Danaides, phie. — La conte. —

— Les d'Or, Morts, épique. — Le roman. — L'Art un roman. — Le Génie
essai.

Sonatines d'Automne,
féerique.

Couronne

de
Clefs

clarté,

roman
contes.

Jules

L'Orient

Viercje,

Soleil des

roman.
essais.

en

Silence,

— —

L'Ennemie
Les Mères

est

crime, pièce en quatre actes.
la pensée,

contes.

— Les Camelots de

monogra-

Ville

Lumière, roman.

Le Poison

des pierreries,

Idées vivantes, critiques.

Pour paraître

:

L'Amour de l'Infini, contes. L'Azur tragique, roman.

Les Blessés, pièce en quatre

actes.

— —

Trois

femmes

de Flandre, contes.

L'Évolution des idées picturales en France depuis Ingres (rih-

tion anglaise).

Le Sang

parle,

poèmes.

0^,
CAMILLE MAUCLAIR

L'IMPRESSIONNISME
SON HISTOIRE,
SON ESTHÉTIQUE, SES MAITRES

ui:i

xi!:mk édition

PARIS
LIBRAIRIE DE L'ART ANCIEN ET MODERNE A>CIE>NE MAISON J. ROUAM
RUE TAITBOUT, 6o

1904

A MOX \MI

AUGUSTE BRÉAL

I

Quelques mots sur

l objet de cet ouvrage.

Les précurseurs de l'impression-

nisme.

— Les débuts de ce mouvement,

l'oricine de son nom.

^ >
c
Vt

^

C'

s-

G

Il

ne nous sera pas donné en cet ouvrage d'écrire
français, et

une histoire complète de l'impressionnisme
d Y enclore tous
comporter,
et
les détails

attachants qu'elle pourrait
et à

par elle-même,
s'est

cause du temps
:

si

curieux où son évolution
tions de ce livre
le

déroulée

les

propor-

nous engageront seulement à résumer
et
le

plus

clairement

plus simplement

possible

les idées, les

personnalités et les œuvres d'un considéd'artistes qui n'ont

rable

groupe

pu
et

être bien

connus

à cause de plusieurs conditions,

sur lesquels de

graves erreurs ont
conditions sont très
sionnistes n'ont
les

été trop

souvent formulées. Ces
;

évidentes
se

d'abord, les impressoit

pu

montrer aux Salons,

que

jurys leur en refusassent l'entrée, soit qu'ils s'abssauf de très

tinssent de leur propre volonté. Ils ont,

rares cxcejDtions, exposé toujours à l'écart, dans des
galeries particulières oii

un public

très

restreint les

connut

;

toujours attaqués et pauvres jusqu'en ces derils

nières années,

n'eurent aucun des bénéfices de

la

publicité et de la gloriole. Enfin, c'est depuis très peu

de temps que l'admission au Musée du Luxembourg

lO de

L IMPRESSIONNISME
la collection Caillebotte,

incomplète, mal présentée
se
faire

d'ailleurs (i),

permet au public de
;

une idée

sommaire de Timpressionnisme
mération des obstacles,
il

et

pour achever l'énu-

faut dire qu'il n'existe à

peu

près aucune photographie d'oeuvres impressionnistes

dans

le

commerce. Déjà, pour
la

ces toiles consacrées à
la

létude des jeux de

lumière,
;

photographie

est

une
dif-

traduction bien infidèle
fusion

mais ce faible moyen de
été

lui-même

leur

a

refusé.

Exposées dans
la

quelques galeries, centralisées surtout par

maison

Durand-Ruel, vendues directement à des amateurs en
majorité étrangers, ces vastes séries d'œuvres ont été

pour

ainsi dire

inconnues du public français.
reproches
et les

11

n'en a

guère su que
saires, et
il

les

sarcasmes des adverle

ne

s'est

pas douté que

plus grand, le plus

riche
le

mouvement que
Il

l'école française ait

connu depuis
la vie

romantisme

se déroulait

au milieu de

moles

derne.

a surtout
et

connu l'impressionnisme par
les

polémiques,

par

fécondes conséquences de ce
et

mouvement dans
contemporaines.

l'illustration

l'étude des

mœurs
à l'im:

Nous ne prétendrons donc pas consacrer ici
pressionnisme une histoire détaillée
faudrait plusieurs

et définitive

il

y

volumes

comme

celui-ci.

Quel a

été

(i)

Non

certes par la mauvaise volonté de
la

M. Bcnédite, qui supporta
au meilleur place-

vaillamment

campagne de rAcadémie

et s'ingénia

ment du

legs,

mais à cause de rinsullisance des locaux de son musée, ù

laquelle on n'a pas voulu remédier jusqu'ici.

QUELQUES MOTS SUR L OBJEl DE CET OUVRAGE

I I

exactement notre but?

Il

a été écrit sur l'impression-

nisme une foule
celui de

d'articles,

mais pas un

livre,

hormis

M. Georges Lecomte
soi,

surr747'/ impressionniste,

ouvrage excellent en
très j)etit

mais édité luxueusement à

nombre

et

par conséquent incapable de divul-

gation dans le public. Quelque étonnante que paraisse
l'existence d'une telle lacune, le fait est

que personne

n'a songé jusqu'ici à la combler. Zola, Duranty, Cas-

tagnary,

Burty,

Jules Laforgue,

Edmond de Concourt, Mallarmé, MM. Théodore Duret, Clemenceau,

Roger Marx, Alexandre, Mirbeau, Geffroy, de Fourcaud, Huysmans, bien d'autres encore ont écrit des
études remarquables
bibliographie
caricatures,
:

Manet

à lui seul

comporte une
biographiques,

considérable,
et

volumes
cependant

brochures —

il

n'a pas été fait

de volume permettant de vésiuner très clairement devant
le

public

les oriyines, les tJiéories,

les

personnalités, les

œuvres de ce grand mouvement, de façon à en donner
une idée générale à (/uiconque entendrait

même pour
Ce

la

première fois ce nom d'impressionnisme
en connaître succinctement
la

,

et souhaiterait

signification.

livre,

nous

avons essayé de l'écrire, et dans ce but,

on com-

prendra dès lors que nous ayons renoncé à mentionner
toutes les anecdotes,

tous les

détails propres à inté-

resser le public déjà averti,

pour nous attacher avant

tout à des constatations d'ensemble, à la démonstration

de quelques

principes

essentiels,

en

n'ayant

d'autre ambition que celle d'établir

une étude prélimi-

12

L IMPRESSIONNISME

naire que d'autres pourront compléter par des lectures,

des renseignements personnels et des recherches sur des détails techniques ou biographiques.

Nous
idée
:

essaierons surtout de mettre en évidence cette

l'impressionnisme n'est ni une

manifestation

isolée, ni

un démenti

violent aux traditions

de

l'art

français,

mais précisément un retour logique à ces

tra-

ditions, contrairement à ce qu'ont
teurs. C'est parce
qu'il

prétendu ses détrac-

que

fut leur principal

argument
Et c'est

importe de n'en rien

laisser subsister.

pourquoi dès ce premier chapitre nous dirons quelques

mots des précurseurs de ce mouvement.

Aucune manifestation
neuve qu'elle semble,
antérieures.
elle

d'art,

en

effet, n'est isolée.

Si

procède toujours des époques
lés
:

Les spontanéités individuelles sont

reviviscences des spontanéités individuelles de jadis
et

comme

tout,

en
il

art, se réfère à

quelques idées logiques
les

et

immuables,

s'ensuit

que toutes

spontanéités

sincères qui s'y sont appuyées se rejoignent sur

un

plan

supérieur

en paraissant

ne pas

se

ressembler.

Les
l'art

maîtres véritables ne donnent pas de leçons, car

ne s'enseigne

pas

et

tout artiste

refait
s'est

l'art

selon
:

soi-même
ils

et

n'apprend que ce qu'il

appris

mais

donnent des exemples. Les admirer
eux
les idées

n'est pas le3

imiter, c'est reconnaître en

logiques comla

munes aux
qui est
le

arts

de tous

les siècles,

et

en connaître

source pour i-avivcr en soi-môme cette source éternelle,
jaillissement d'une vision sincère et

émue

des

QUELQUES MOTS SUR LOBJET DE CET OUVRAGE
aspects

l3
pas

de

la

vie.

Les impressionnistes
si

n'ont

échappé à

cette loi

belle.

Nous parlerons d'eux sans
:

enthousiasme

excessif,

avec impartialité

nous nous
le

attacherons surtout à bien montrer en chacun d'eux
culte d'un prédécesseur,

car

on a vu peu de mouve-

ments

artistiques oii soit plus tenace l'amour, presque

l'hérédité, des maîtres antérieurs.

L'Académie a

lutté avec

une extrême violence contre
folie,

l'impressionnisme, en l'accusant de

de négation

systématique des a

lois

de

la

beauté » qu'elle-même
la

prétendait défendre et dont elle se proclamait
tresse officielle. Elle a fait

prêplus

preuve de l'animosité
les

la

partiale

en cette querelle. Elle a exclu

impression:

nistes des Salons, des

honneurs, des achats de musées

récemment encore
gnation chez

l'acceptation

du

legs Caillebotte au

Musée du Luxembourg provoqua une tempête dindiles peintres
officiels.

Nous examinerons

au cours de ce

livre

la

valeur de ces attaques. Mais

nous pouvons bien dire dès maintenant à quel point
cet

acharnement nous semble
:

et

semblera regrettable

à

tous les libres esprits

il

est

indigne

même

d'une cond'artistes

viction ardente de traiter en bloc

un groupe

comme

des fous, ennemis de la beauté, ou des mystih-

cateurs désireux d'avilir l'art de leur nation, alors que
ces artistes travaillent durant quarante années dans

un

même
soit-il,

sens sans recueillir de leur

effi^rt,

si

discutable
Il

autre chose que la pauvreté et la raillerie.

y

a environ dix ans que l'impressionnisme s'est imposé,

l4

L

IMPRESSIONNISME
toiles,

que

ses artistes

peuvent vendre leurs
les

et

qu un
vante
;

public accru
1

chaque jour

admire

et

les

heure

est

donc venue de considérer avec calme un
qui
à
s est

mouvement
çais de

imposé à

l'histoire

de

l'art fran-

1860

1900 avec une énergie extrême,
le

et

de

quitter aussi bien

dithyrambe que

la

polémique, pour

en parler avec
qui continue
la

le

souci de l'exactitude. L'Académie,

propagation
l'art grec,

d'un idéal de beauté
l'art latin et

à

canons, issu de

de

de

la

Renais-

sance, tenant peu de

compte des gothiques, des

primitifs
la

et des réalistes, se considère

comme

la

gardienne de

tradition nationale,

parce qu'elle a l'autorité hiérarles Salons,

chique sur l'Ecole de Rome,

l'Ecole des

Beaux- Arts.

Il

n'en est pas moins vrai qu'elle obéit à
et

un
en

idéal très
effet

composite

peu français
l'art

:

ses principes

sont ceux qui régissent

académique à peu
par des dogmes

près dans toutes les écoles officielles de l'Europe. Cet
art

mythologique

et allégorique, régi

et des
les

formules qui s'imposent indifféremment à tous
d'élèves, est plutôt international

tempéraments

que

national. Cette constatation fera trouver plus singulière

encore l'excommunication jalousement lancée par
peintres académiques

les

contre des

Français qui, loin
contre
le

d'avoir

l'absurde parti pris de s'insurger
s

génie de leur race,

y réfèrent peut-être plus sincèredélibérément,
la

ment qu'eux. Pourquoi,

un

grouj)e
illo-

dhommes

s'aviserait-il

de faire de

peinture

folle,

gique, mauvaise, en y gagnant

la raillerie

publique,

la

QUEa.QUES >[OTS SUR L OBJET DE CET OUVRVGE

10

-pauvreté et
telle

la stérilité ?

Il

est insensé

de supposer une

mystification qui serait avant tout cruelle pour ses

auteurs.

Le simple bon sens indique donc en eux une

conviction, une sincérité,
seul devait, au

un

effort

soutenu,

et

cela

nom

de

la solidarité

sacrée de tous ceux

qui, par des moyens divers, cherchent à dire leur amour

du

beau,

supprimer

les

fâcheuses accusations

qui

furent trop facilement portées contre

Manct

et ses

amis.

Nous défmirons plus

loin les idées des impressiondessin,
le

nistes sur la technique, la composition, le
style

en peinture. Dès maintenant

il

est

nécessaire

d'indiquer leurs principaux précurseurs.

Leur mouvement peut

être ainsi

formulé

:

une

réac-

tion contre l'esprit gréco-latin et l'organisation scolas-

tique de la peinture telle que l'avait imposée, après la

seconde Renaissance

et l'école italo-française

de Fon-

tainebleau, le siècle de Louis
le

XIV, l'Ecole de Rome,

goût consulaire

et impérial.
:

A

cette

réaction s'en

superpose une autre

la

réaction

de l'impression-

nisme, non plus seulement contre

les sujets classiques,

mais contre

la

peinture noire des dégénérés du roman-

tisme. Enfin, ces

deux réactions

se conlrc-balancent
la tradition réaliste

par un retour à
et

l'idéal français, à

caractéristique qui

commence

à Jean

Foucquet,

à

Glouet,et se continue par Claude Lorrain, Poussin,

Chardin, Watteau, La Tour, Fragonard,
graveurs du
xviii"

les

admirables

siècle,

jusqu'au triomphe du goût
11

allégorique de

la

Révolution romaine.

y a

une

i6
llliation d'artistes

l'impressionnisme

vraiment nationaux qui ont toujours

été

ou méconnus,
des

comme

Chardin, ou
et

considérés

comme

« petits maîtres »,

exclus du premier

rang au profit des pompeux allégoristes issus de l'école
italienne.

Comme

l'impressionnisme est avant tout une réac-

tion technique,

on doit surtout rechercher ses prédéle

cesseurs à ce point de vue matériel. ^^ atteau est
saisissant.

plus

UEinharquemciif pour Cyt/icre
toile

est,

par sa

facture

elle-même, une
le

impressionniste.

On

y

trouve appliqué
sés par

plus significatif des principes expo:

Claude Monct

la

division des tonalités par des

touches de couleurs juxtaposées reconstituant à distance
sur l'onl du spectateur
peintes, avec
tesse
la

coloration véritable des choses

une

variété,

une fraîcheur

et

une délica-

d'analyse
et

que ne pourrait donner un seul ton
la palette.

composé

mélangé sur
est

Claude Lorrain

réclamé par

les

impressionnistes

comme
ment

un précurseur au point de vue de l'arrangesurtout de
la

décoratif des paysages et
la

prédomiRuysdael

nance de
et

lumière baignant tous
les

les objets.

Poussin, pour

mêmes

raisons, sont à leurs
si

yeux
fran-

des précurseurs, surtout Ruysdael, qui observa

chement
iluence

les colorations

bleues des horizons et l'in-

du bleu dans
à

le

paysage.

On

sait le culte les

que

Turner gardait
tifs.

Claude Lorrain pour

mêmes moTur-

Les impressionnistes considèrent

à leur tour

ner

comme un

tic

leurs maîtres

;

ils

ont pour ce génie

OUVRAGÉ QUELQUES MOTS SUR l'oBJET DE CET
puissant,

I7

pour

ce

visionnaire
Ils l'ont

somptueux,

la plus

grande admiration.
ton,

également pour Boning-

ce maître pour certaines œuvres de Constable,
la

observations technique est inspirée des mêmes Delacroix l'applique la leur. Ils trouvent enfm dans leurs idées, notamcation fréquente et très visible de

dont

ment dans
nnple
:

la

célèbre Entrée des Croisés à

Constantl-

la

femme blonde
est

agenouillée au premier plan

est peinte selon le principe

de

la

division des tonalités

;

son dos nu

sillonné de touches bleues,

vertes et

distance, par leur jaunes qui composent à quelque juxtaposition, un admirable tonde chan'(i).
11

faut

maintenant

parler
le

plus longuement

d'un

grand peintre qui, avec
giste

vibrant et lumineux paysadirect encore doest

Jongkind, fut

l'initiateur plus
:

l'impressionnisme technique

MonticelU

un de

ces

aucune école, et génies singuliers qui ne se relient à d'apphcations. Il est une source infinie

dontVœuvre

vécut à Marseille où

une brève appariville, et y mourut tion aux Salons, puis revint dans sa pour vivre, pauvre, ignoré, paralysé et fou. Il vendait,
il

était né,

fit

ses petits tableaux

dans

les cafés,

où on en donnait
ils

à
se

grand'peine dix ou vingt francs. Aujourd'hui, l'État n'ait vendent a des prix considérables, bien que

encore

lait

figurer

aucune œuvre de Monticelli dans

adopta aussi ce principe, et (i) Daubigny, en ses dernières œuvres, oulolié, l'appliquait avec Fortuny qui est un grand artiste injustement aquarelles. surprenantes l3onheur dans ses

.

l8
ses

L

niPRESSIONMSME
mystérieuse de cette peinture
!

musées

:

la seule force

lui a

donné une

gloire, hélas

postlmme. Bien des Monla signa-

ticelli

ont été vendus par des marchands sous
;

ture de Diaz

maintenant on
et

les

recherche bien plus

que des Diaz,
tunes

des collectionneurs ont réalisé des fortoiles

avec CCS petites

achetées

jadis,

selon

l'expression courante qui se trouve sinistremcnt exacte,
((

pour un morceau de pain »
Monticelli peignit des paysages, des scènes roman-

tiques, des fêtes galantes

un peu

inspirées de Watteau,

des natures mortes
géniale faculté

:

on ne saurait imaginer une plus œuvres qui semd'une har-

du

coloris qu'en ces

blent peintes avec des pierreries écrasées,

monie
dans
la

puissante, et surtout

d'une délicatesse inouïe
Il

y a là des tons que personne n'avait jamais inventés, une ricnesse, une
perception des nuances.

abondance, une

subtilité

qui atteignent presque aux
féerie

ressources de la musique. L'atmosphère de
ces

de

œuvres enveloppe un dessin
le

très

sûr,

d'un style

charmant, mais, selon
«

mot de
sont
le

l'artiste

lui-même,
les

en ces

toiles,

les objets
et la

décor,
le

touches

sont des

gammes,
créé

lumière

est

ténor». Monti-

celli s'est

une technique toute personnelle qui ne
;

peut guère être comparée qu'à celle de Turner
gnait en pleine pâte, grasse et
si

il

pei-

riche que souvent cer-

tains détails sont véritablement sculptés,

en

relief,

d'une

matière aussi savoureuse que

les

émaux,

les bijoux, les

céramiques,

et

qui est par elle-même iin délice.

Chaque

[

QUELQUES MOTS SUR L OBJET DE CET OUVRAGE
tableau de Monticelli provoque la surprise
:

I

Q

construit
il

sur une couleur

comme

sur

un thème musical,

s'élève à des intensités

qu'on eût pensé impossibles.
éblouissants, des éclats de joie

Ce sont des bouquets
coloriste

où pourtant

rien n'est jamais criard,

où règne

un suprême sens de l'harmonisation.
Claude Lorrain, A\alteau, Turner
et

Monticelli for-

ment vraiment

la

généalogie d'un paysagiste
la

comme
En
ce

Claude Monet. Pour tout ce qui concerne
voilà la
filiation

technique

directe de l'impressionnisme.

qui regarde

le dessin, les sujets, le

réalisme, l'étude de
le portrait,

mœurs,
le

la

façon de comprendre la beauté,
se

mouvement impressionniste
La Tour,

réfère

aux maîtres

français de jadis, principalement à Largillière, à

Char-

din, à AA atteau, à
h Saint- Aubin,

à Fragonard, à Debucourt,
à

aux Moreau,

Eisen.

Il

s'écarte résolu-

ment de
la

la

mythologie, de l'aJlégorie académique, de

peinture d histoire, des éléments néo-grecs

du

classi-

cisme aussi bien que des éléments allemands ou espagnols du romantisme. C'est donc une réaction toute
française que celle de ce
s il

mouvement,
le

et

assurément,
est

encourt des reproches,

moins mérité

bien

celui qui lui a été fait par les peintres officiels, de dé-

sobéir à
art

l'esprit

national.

L'impressionnisme
au sens

est

un

où ce qu'on appelle
littéraire,

l'intellectualité

stricte-

ment
tant

entre peu,
la vision

un

art

de peintres n'admetla

guère que
et

immédiate, répugnant à
et considérant

philosophie

aux symboles,

la clarté.

20
le

L IMPRESSIONNISME

pittoresque, lobseivation vive et spirituelle, lanti-

pathie pour l'abstraction,

comme

les qualités foncières

de

l'art français.

Nous verrons

plus loin, en étudiant

isolément ses maîtres principaux, que chacun d'eux se
réfère précisément à des maîtres de pure race française.

L'impressionnisme a donc été jusqu'ici
Il

très

mal jugé.

tient tout entier

dans deux caractères: recherche
la réalité

d'une technique nouvelle, expression de
derne. Sa naissance n'a pas été

mo-

un phénomène sponlui les

tané. Manet, qui en groupa autour de

principaux
amitiés,

membres, par son

esprit,

son œuvre,
les

ses

commença

par compter dans

rangs des réalistes du
cl

second romantisme aux côtés de Courbet,
toute la première période de
sa

durant
il

production,

resta

simplement soucieux de décrire des scènes contemporaines, alors

que déjà

les lois

de

la

nouvelle technique
s'éla-

étaient pressenties par Claude Monet. Peu à peu

bora

le

groupement

impressionniste.
:

C'est Claude
c'est parallèle-

Monet qui en

est l'initiateur véritable

ment à

ses idées et à ses

œuvres que Manet passa

à la

seconde période de sa vie artistique, ainsi que Renoir
et Pissarro.

Comme

Manet, dans sa première période,

avait déjà, par son réalisme et sa façon de peindre très

influencée des Espagnols et de Hais, soulevé de retentissantes

polémiques,
et
il

comme

il

insistait à

chaque Salon
le

pour être reçu
public,

porter ses
avait le

idées

devant

grand

comme

tempérament d'un chef

d'école, la légende attache à son

nom

le litre

de chef de

2
"'"

tD
in

-J

o

c ^ s

OUELOLES MOTS SUR L OBJET DE CET OUVRAGE
l'ocole impressionniste,
Il

2

1

mais

cette légende est inexacte.

faut

même
les

lelenir

que Manet commença par désap-

prouver

recherches de Claude Monet. La

Dame

en

vert de celui-ci,

admirable morceau d'ailleurs, avait été

reçue au Salon de 18GG, et prise pour une œuvre de

Manet par des amis de
fort

celui-ci qui

s'en était
essais

montré

piqué

:

peu après, voyant des
il

de plein-air

signés de Monet,
((

s'écriait

avec mauvaise

humeur
Ce ne

:

Voyez ce jeune
que
les

homme

qui veut faire du plein-air
?

;

est-ce

anciens s'occupaient de cela

»

fut

que vers 1870 que Manet devint l'ami intime de Monet,
et

après la guerre seulement

il

se décida, lui aussi, à

tenter ce « plein-air », qui allait lui

donner l'occasion

de quelques chefs-d'œuvre.
Enfin
le

nom même
a
;

d'impressionnisme
ce

est

à

Monet.
tiré

On

commenté gravement
en
réalité
il

nom, on en

a

maint argument

est l'efTel
si

du hasard.

L'impressionnisme, moralement

l'on peut ainsi dire,
;

date du Salon des Refusés de i863

lempereur

avait

libéralement exigé qu'on réunît dans une salle spéciale
les

œuvres

rejetées par le jury.

La foule y courut pour
sortirent troublés,

rire à laisc,
la foi

mais beaucoup, venus pour s'amuser sur
critiques académiques,
là.

des

sentant bien qu'une force était

Dès

cette

heure

le

mouvement
sions,

fut constitué.

Mais

le

nom

date

du Salon
Impres-

de 18G7, où un soleil couchant de Monet,
fit
1^

titré

scandale.
les peintres

On

appela dès lors « impression-

nistes

qui peignaient plus ou moins dans

22

L IMPRESSIONNISME

cette manière, et par extension,

en bloc,

les

indépen-

dants qui entouraient Manet.
indiflerence

Ceux-ci jugèrent avec

que

cette étiquette

en valait une autre.

Elle se trouvait présenter d'ailleurs
fausse,

une

signification

mais quand

même

assez

opportune pou

certains

paysages, sinon pour des tableaux défigures. Elle resta.

A

ce salon méprisé

on trouve

les

noms de
connu

Whistler,

Bracquemond, Jongkind, Fantin-Latour, Renoir, Legros, d'autres encore, qui ont depuis
la gloire.

Ce groupe d'hommes
fondée,

fortifia ses

amitiés et ses résolu-

tions devant le sarcasme général, et dès lors l'école fut
si

l'on peut accepter

une locution aussi erronée
exista: sous cette

dans

les

termes.

L impressionnisme

dénomination de hasard

se rangèrent des indépendants,

des tempéraments souvent divers, qui n'admiraient ni

l'Académie ni l'enseignement scolastique,

et

trouvèrent

leur point de contact, là et dans la pauvreté, la réofficielle et
1

probation

amour de

la

nature,

tout en
la

servant des idéals très distincts.
liste

On
:

peut dresser

exacte des préraphaélites, parce que leurs idées sur

le style étaient

absolument identiques

on ne dressera
le

pas la

liste

des imjjressionnisles, parce que

mot ne
est

signifie rien

de précis. La critique peut

le

prendre dans
il

deux sens
sible

;

au sens d une technique spéciale
les

pos-

de séparer nettement

impressionnistes des

autres indépendants qui encoururent avec eux les colères

des jurys

:

au sens d'une opposition à

l'idéal d'école,

on

trouve dans ce grand

mouvement

des

hommes

aussi

QUELQUES MOTS SUR LOBJET DE CET OUVRAGE

33

éloignés que Fantin-Latour et Sislcy, Degas et Monet.

Comment
le

qualifier

décole une réunion

dhommes
ni

dont

principe est de n'en reconnaître aucune,
ni

parmi

€ux
lion,

au dehors? L'impressionnisme

est

une protesta-

un symptôme psychologique, mais non pas une
;

<''Cole

la très précise

révolution technique à laquelle

son

nom

reste attaché n'a

préoccupé qu'une partie de

tous les artistes qui s'agrégèrent à la révolution d'idées
qu'il représentait.

Ces

artistes allaient,

pendant trente années, réaliser
cette

un immense ensemble d'œuvres sous
autre

dénomina-

tion fortuite et vague, obéir à finstinct créateur, sans

dogme que

l'observation passionnée de la nature,

sans autre solidarité que des sympathies individuelles,

en

face de l'enseignement disciplinaire des académies.

H^H WÊ
i I^^^B^B^I
'

B9
;^,-^V^
/y:

^^HIbHh

V m.

'

'•

*

^

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IÊ^^S^^^Êl'

^^>^li^H

1
P^^L^

^^^^^^^^^^^^Hp^r

'

"

'

ii;;F'v

^f%IIÉ.^1
MANET. —
La Bonne pipe
n de M.

(Colle.-tif

W. Whitncy, Ncw-Ycrk).

II

La théorie impressionniste

:

la division

DU ton, les couleurs complémentaires, l'étude de l'atmosphère. Les idées

des impressionnistes sur la peinture de

genre, le caractere et la beauté, le

style moderne.

II

11

conviendra tout d'abord de

faire

remarquer que

•cet

exposé des théories impressionnistes n'aura rien de
et

dogmatique

ne saurait être
art,

l'elTet

d'un plan préconçu.
théorie

On

n'improvise pas, en

un système. Une

«e dégage lentement, et presque toujours à l'insu de
l'auteur, des trouvailles de

son sincère instinct,

et cette

théorie ne peut être faite qu'après des années par la
critique envisageant les œuvres.
travaillé

Monet

et

Manet ont

longtemps sans

se

douter qu'on déduirait des

théories de leur peinture. Cependant,
•de

un

certain

nombre

considérations s'imposent en

la

regardant de près,

et ce

sont ces considérations que nous livrerons au
bien rappelé que l'essentiel d'un

public, après avoir

art, c'est toujours la spontanéité et le sentiment.

Les idées impressionnistes peuvent

se

résumer de

la

manière suivante.

Dans
la seule

la

nature, aucune

couleur n'existe par

elle:

même. La

coloration des objets est

une pure
la

illusion

source créatnce des couleurs est

lumière

«olaire qui enveloppe toutes choses, et les révèle, selon
les

heures, avec d'infinies modifications. Le mystère de

aS
la

l'i^ipressionms^fe

matière nous échappe, nous ignorons à quel
l'irréalité.

moment
habitude

evact la réalité se sépare de

Tout ce que
1

nous savons,

c'est

que notre vision a pris
la

de discerner dans l'univers deux notions,
la

forme

et

couleur, mais ces

deux notions sont inséparables.
que nous distinguons
:

Ce
le

n'est qu'artificiellement

enti'e

dessin et la coloration

dans

la

nature

ils

ne se
et,

distinguent pas. La lumière révèle les formes

se

jouant sur

les différents états

de

la

matière, pulpe des
1

feuilles, grain

des pierres, lluidité de

air

en couches

profondes, leur donne des colorations dissemblables.
Si la lumière disparaît, formes et couleurs s'évanouissent

ensemble. Nous ne voyons que des couleurs, tout a une
couleur, et c'est par
la

perception des diverses surfaces

de couleurs frappant nos yeux que nous concevons
les

formes, c'est-à-dire

les limitations

de ces couleurs.

L'idée de distance, de perspective, de volume, nous
est

donnée par des couleurs plus sombres ou plus
:

claires

cette idée est ce

qu on appelle en peinture
le

le

sens des valeurs.

Une

valeur, c'est

degré d'intensité

sombre ou

claire qui peruiet à

nos yeux de comprendre

(|u'un objet est plus
autre. Et

éloigné

ou plus proche qu'un
et

comme

la

peinture n'est pas

ne peut pas
înlcr-

être V imild/ioii de la nature,

mais seulement son

prétaiion artificielle, puisqu'elle ne dispose que de deux

dimensions sur
qui lui reste
plane,
la

trois, les

valeurs sont le seul

moyen

de

faire

comprendre, sur une surface

profondeur.

MANt:'!'.

l.E

Balcon

(Musce du Luxeiubouri^i.

LA THÉORIE IMPRESSIONNISTE

2f)

La couleur

est

donc génératrice du dessin. Or,

la
il

couleur étant simplement l'irradiation de la lumière,
s'ensuit

que toute couleur
la

est

composée des éléments
des sept

eux-mêmes de
tons

lumière

solaire, c'est-à-dire

du

spectre.

On

sait

que ces sept tons nous appa-

raissent diiïerents à cause de l'inégalité de rapidité des

ondes lumineuses. Les tons de
tront

la

nature nous apparaîla

donc

différents,

comme

ceux du spectre, pour
de
la

même
objet,

raison.
:

Avec

l'intensité

lumière varient
particulière à

les

couleurs
il

il

n'y a pas de couleur
la

un

y a

vibration plus ou moins rapide de la

lumière sur sa surface, rapidité qui dépend,

comme

le

démontre l'optique, de Finclinaison plus ou moins
grande des rayons qui, selon qu'ils sont verticaux ou
obliques, éclairent et colorient différemment.

Forme

et

couleur sont donc deux

illusions

qui

coexistent l'une par l'autre,

deux mots

signifiant les esprit

deux procédés sommaires dont dispose notre
pour percevoir
le

mystère

infini

de

la vie.

Pas de forme

sans couleur, pas de couleur sans forme.

La couleur

seule se réduirait au spectre solaire, la forme seule est

une géométrie

abstraite

:

dans

le

dessin, qui délimite

les surfaces colorées,

notre œil, à l'aide du souvenir,

replace des couleurs, et c'est
seul peut

même
se

ainsi

que

le

dessin

nous

être

compréhensible.

Les colorations du spectre
tout ce que nous

recomposent donc dans
dosage qui
fait,

voyons

:

c'est leur

avec

les sept

tons primitifs, d'autres tons.

Nous

arri-

3o

l'impressionnisme
à

vons immédiatement
tiques.

quelques conséquences pra-

La première,

c'est

que ce qu'on appelait jadis
feuille n'est

le ton local est

une erreur: une

pas verte,

un tronc d'arbre
c'est-à-dire selon
1

n'est pas brun, et

selon les heures,

inclinaison plus ou moins grande des

rayons (ce qu'on appelle scientifiquement l'angle d'incidence),
le

vert de la feuille et le

brun de

l'arbre

se
si

modifient.

Ce

qu'il faut

donc étudier sur

ces objets,

l'on veut rappeler leur couleur à qui regarde
c'est
la

un

tableau,

composition de l'atmosphère qui s'interpose

entre eux et le regard. L'atmosphère est le sujet réel

du

tableau, tout ce qui y est représenté n'existe qu'à

travers elle.

Une seconde conséquence de

cette

analyse de

la

lumière, c'est que l'ombre n'est pas une absence de
lumière, mais une lumière (Vune nuire qunlilé
autre valeur.
oi^i

et

d'une

L'ombre

n'est pas
oii

un endroit du paysage
elle

la

lumière cesse, mais

est

subordonnée

à

une lumière qui nous paraît plus

intense.

Dans l'ombre

vibrent à une vitesse diflerente les rayons du spectre.
Jja

peinture donc, au lieu de représenter l'ombre avec
faits,

des tons tout

dérivés

du bitume

et

du

noir, devra

rechercher

là,

comme

dans

les parties claires, le

jeu des

atomes de

la

lumière solaire.
celle-ci
la
:

Troisième conséquence découlant de
couleurs dans l'ombre se modifient par
C'est-à-dire que, par exemple, dans

les

réfraction.

un

tableau repré-

sentant

un

intérieur,

la

source de lumière (fenêtre)

LA THÉORIE IMPRESSIONNISTE

3l
le

peut n'être pas indiquée
tableau sera donc

:

la

lumière circulant dans
reflets

composée des

des rayons dont
objets, étant des

on ne

voit pas la source, et tous les

miroirs où ces reflets viennent se heurter, s'influence-

ront mutuellement de ces chocs. Leurs couleurs influeront les unes sur les autres,

même

si

leurs

surfaces

sont ternes.
textera

Un

grès rouge posé sur

un

tapis bleu

pré-

un

échans^e très subtil, mais absolument mathéce

matique, entre

bleu

et

ce rouge, et cet échange
les

d'ondes lumineuses créera entre

deux couleurs une
Ces
reflets

zone de

reflets

composés de l'une

et l'autre.

composites

constitueront

une

gamme

de

tonalités

complémentaires

des deux principales. Ces couleurs

complémentaires sont possibles à évaluer mathématique-

ment en
par

optique. Si, par

exemple, une

tête

se

pré-

sente éclairée d'un côté par le jour orangé et de l'autre
la

lumière bleuâtre d'un intérieur, sur

le

nez

et la

région médiane delà figure apparaîtront nécessairement
des reflets verts. Le peintre Besnard, qui s'est spécia-

lement attaché à

cette

minutieuse étude des complé-

mentaires, en a donné de célèbres exemples (i).
Enfin, la dernière conséquence de ces propositions
est

que

le

dosage des tons du spectre s'accomplit par
et distincte

une projection y>f/7Y///è/e

des couleurs. C'est
:

artificiellement que noire œil les réunit sur le cristallin

(i)

Le premier

fut le portrait

de

M""-"

R.

J...

(Salon de iSS'i) qui

fit

scandale. Cciiendant
sionniste,
il

M. Besnard

n'est pas,

techniquement, un impres-

ne dissocie pas

les tonalités.

32

l'impressionnisme
lentille interposée entre la

une

lumière

et l'œil,

s'oppo-

sanl au cristallin qui est une lentille vivante, dissocie
ce qu'il avait réuni et nous

montre

les sept

couleurs

distinctes de l'atmosphère. C'est

non moins

artificielle-

ment que sur
leurs

la palette

un

peintre mêle diverses cou:

pour composer un ton

c'est

artificiellement

encore que l'on a inventé des pâtes colorées qui représentent quelques-unes

des combinaisons du

spectre

pour

éviter à l'artiste la peine de

mêler constamment
et ils
:

les sept

tons solaires.

De

tels

mélanges sont faux,

ont

le

désavantage de créer des tonalités lourdes

car
la

ce que la lumière, en

ramenant au
sait

J)lanc
faire

intense

réunion des ondes lumineuses,

en restant

transparente, le grossier mélange des poudres et des
huiles ne saurait l'accomplir. Les couleurs mêlées sur

un^

palette

composent un

gris sale.

Que devra donc

faire le peintre
sible, aA^ec les

soucieux de s'approcher autant que pos-

pauvres moyens humains, de cette divine

féerie

de

la nature.^ Ici

nous touchons au fond

même

de l'impressionnisme.

Le peintre devra ne peindre
et

qu'avec les sept couleurs du spectre
les autres
:

bannir toutes

c'est

ce qu'a fait audacieusement Claude
le

Monet en n'y joignant que
devra, de plus, au lieu de

blanc

et le

noir(i).

11

composer sur
toile

sa palette des

mélanges, ne poser sur sa

que des touches de sept
même
le noir,

(i) C'est ce que faisait Monticclli des 18G0, en excluant

sans se clouter que d'autres peintres, à Paris, cliercliaient dans le
sens.

mcnic

LA THÉORIE nrPRESSIONMSTK

33

couleurs j'iuinposccs, et laisser
viduels de chacune

les

rayonncmeuts indi-

de

ces

couleurs se mélanger à

distance sur l'œil du spcclateur, ccst-à-dire agir
la

comme

lumière elle-même.
Voilà donc la théorie de la
<lissnrialio/i

des tonalités,

qui est

le

point capital de
a

la

technique impressiontous

niste. Elle
les

limmense avantage de supprimer
à

mélanges, de laisser
[)ar

chaque couleur
et
Il

sa puissance
éclat.

propre, et

conséquent sa fraîcheur
la difficulté

son
faut

On

en conçoit aussi

extrême.

que

l'a'il

du peintre

soit

d une

suhtilité

admirahle. La luniière

devient l'unique sujet du tableau: l'intérêt des objets
sur lesquels elle s'exerce
ainsi
est

secondaire.

La peinture

comprise devient un

art

absolument optique, une

recherche d'harmonies, une sorte de poème naturel
tout à
fait

distinct de l'expression,
les

du

style,

du dessin

qui ont été
et
il

buts capitaux de

la

peinture précédente,

faut presque inventer

un

autre

nom pour
de

cet art
se rapla litté-

spécial, qui, tout en étant

pleinement pictural,
qu'il s'éloigne

proche autant de
rature ou de
la

la

musique

psychologie.

On comprend

que, pas-

sionnés par cette étude, les impressionnistes aient été

presque étrangers
fait hostiles

à la

peinture d'expression, et tout à

à

la

peinture d'histoire ou au symbolisme.

C'est, d'ailleurs,

dans

le

paysage qu'ils ont
la figure,

été le plus

grands, et c'est à lui, plus qu'à

que convient

avant tout cette technique.
C'est par l'application de ces principes,

que

j'ai
3

très

34

l'iM1'RESSIO>NISME
est arrive

sommairement exposés, que Claude Monet
foule

à peindre par la juxtaposition infiniment variée d'une

de taches de couleurs

dissociant les

tons

du

spectre, et dessinant les formes des objets par l'ara-

besque de leurs vibrations.

Un

paysage ainsi compris
partant

devient une sorte de symphonie
(le

dun
et

thème

point

le

plus lumineux par exemple)
la toile les

dévelop-

pant sur toute

variations de ce thème. Celte

recherche se superpose d'ailleurs aux préoccupations
habituelles des paysagistes, étude

du

caractère propre

des
tion

sites,

du

style des arbres

ou des maisons, accentua-

du

côté décoratif, et

aux préoccupations habituelles
le

des peintres de figures, dans

portrait.

Les

toiles

de
re-

Monet, de Renoir, de Pissarro, ont, de par
cherche,
bres

cette
les

un

aspect

absolument original

:

omrien

y sont zébrées de bleu, do rose,
bleu

de vert,

n'y est opaque ou noirâtre, une vibration claire s'im-

pose aux yeux. Enfin,

le

et

l'orangé y dominent,

tout simplement parce que, dans ces études qui
ie

sont

plus

communément des

effets

de plein

soleil, le

bleu

est la

couleur complémentaire de

h

lumière oi'angée
les

du

soleil, et se distribue

forcément dans

ombres.

On
nière,
il

trouve dans Manet,

môme

dans sa seconde ma-

un usage constant du
pour éprouver
il

noir,

qu

il

aimait et dont

se servait

la vibration

des autres tona-

lités.

Mais

est

complètement absent des œuvres de
effets

Monet qui sont presque toujours des
clair,

de clair sur
il

et

Uenoir en éprouve une

telle

aversion qu

33
1 1

<
a,

<

u

LA THÉORIE IMrRESSIONMSTE

35

n'emploie que

le

bleu de Prusse pour signifier les va-

leurs les plus sombres,

un vêtement noir par exemple.
montée d'un
ton.

Toute sa
raillé le
let.

gamme

est ainsi

On

a

goût excessif des impressionnistes pour
:

le vio-

Or, ce violet est une invention

on veut

dire sans

doute, et ce qui est tout autre chose, une combinaison
variable d'orangé,

de rouge

et

de bleu.

Mais l'étude

sommaire du spectre démontre que
tion de
violet,

ces couleurs s'acla

cumulent en vibrations très denses dans
toute

composipas de

ombre

à

contre-jour.

Il

ne
le

s'agit

mais d'un faisceau radiant dont
le

dosage va du

mauve
est

jdus pâle au rouge

le

plus ardent.
et
les

Le

violet

précisément un ton tout

fait

impression-

nistes

ne s'en servent pas. Enfin,
plaisanterie
à

s'il

faut

répondre
apporni
elle

sans
tée,

une allégation souvent
qu'en ajoutant que
à

nous ne

le

ferons

ni la

réponse n'ont rien

voir dans
tel

lart.

J'entends
a

parler de la ((facilité» d'un
facile cette

procédé.

On

jugé

juxtaposition de taches, parce qu'elle sem-

blait plus

vague qu'un bon dessin bien soigné,

comme

l'école l'enseigne.

En

réalité, la
difTicile.

technique impression-

niste

est

terriblement

En

des mains inhaet dislole

biles, elle

ne donne qu'un à peu près confus
se sont essayés à

qué

:

ceux des lecteurs qui
la

peindre

comprendront dès

première tentative. Peindre avec
le

des tons divisés, garder les valeurs et éviter

papil-

lottement

et le

désordre dans une technique semblable,
l'u'il et

exige une sûreté absolue de

de

la

main,

et il

a

36

l'impressionnisme

fallu la force prestigieuse

de Monet

et

de Ixenoir pour
î

qu'on s'imaginât que leur
sensibilité raffinée
plète.
et

art était aisé

11

y faut une

une science chromatique comne peut être retouchée.

Une œuvre
trouve

ainsi peinte

On
les

en

ces

œuvres une foule de nuances

exactes qui semblent avoir été totalement ignorées par
peintres antérieurs. Indifférents à ces analyses sub-

tiles, les

grands paysagistes

du romantisme
et

se

sont
style,

montrés préoccupés avant tout du dessin
réduisant un paysage
lités,

du

à trois ou quatre grandes tonale

et

cherchant seulement à préciser

sentiment

qu'il inspirait.
Il

faut maintenant en venir aux
le style

idées des impres-

sionnistes sur
lisme.

même

de

la

peinture, sur le réa-

Et tout d'abord

il

ne faut pas oublier que l'impres-

sionnisme a été
débuté dans
le

propagé par des

hommes

ayant tous

réalisme, c'est-à-dire dans

un mouve-

ment de

réaction contre la peinture

classique et role

mantique. Ce mouvement,
plus célèbre

dont

Courbet restera
Il

représentant, a été anti-intellectuel.

a

protesté contre l'intrusion de tout élément littéraire, psy-

chologique ou symbohque dans

la

peinluio.

!1

a réagi

à la fois contre la peinture d'histoirt;

de Delaroche et

contre

la

peinture mythologique de l'Ecole de

Rome,

avec une violence extrême, qui nous paraît excessive
aujourd'hui, mais qui s'explique par l'intolérable abus

de

la

fadeur ou de l'emphase où en étaient arrivés les

LA THÉORIE IMPRESSIONNISTE
peintres officiels. Courbet fui

3"
ouvrier,

un magnifique
et
il

avec des idées rudimentaires,

s'appliqua à exclure

même

celles qu'il avait.

Cette exagération, qui dimi-

nuera notre' admiration pour son œuvre, qui nous

empêchera d y trouver une émotion autre
résulte de la maîtrise technique,

cjue celle (|ui

fut salutaire

pour

le

développement de

l'art

de ses successeurs. Elle déter-

mina
qu

les

jeunes peintres à se tourner résolument vers

les spectacles

de

la le

vie contemporaine, à
style et l'émotion, et

ne demander
cette inten-

à leur

époque
:

tion était juste
styles

ce n'est pas en s'attardant à imiter les
tradition
d'art,

du passé qu'on continue une

mais en dégageant l'expression immédiate de

clia([ue

époque. C'est ce qu'ont fait les véritables grands maîtres, et c est la

succession

de leurs

contemplations

sincères et profondes qui constitue le slyle des races.

Manet
idée
:

et ses

amis puisèrent toute leur force en
fins et plus lettrés

cette

beaucoup plus
Courbet,
ils

qu'un

homme

comme
Il

eurent de

la

modernité une vision

plus complexe et moins limitée au réalisme immédiat.

ne faut pas oublier non plus

qu'ils furent

contempo-

rains

du mouvement
où Flaubert
n'est pas

littéraire réaliste,
ils

opposé au ro-

mantisme, mouvement où
amis,
et

ne comptèrent que des
le

et les

Concourt prouvèrent que

réalisme

l'ennemi d'une forme raffinée

et

d'une psychologie délicate. L'influence de ces idées
créa d'abord

Manet

et ses

amis
les

:

l'évolution techni(|ue
traits

dont nous avons retracé

principaux

ne vint

38
que plus lard
se

LIMPRESSIONMSAFE
juxtaposer à leurs conceptions.

On
essai
le

peut donc définir Fimpressionnisme
lution
(Je

comme une
à

révo-

la

lechniqae picUirale, parallèle

an

d'expression

de
et le

la

/nodernilé.

La

réaction contie

symbolisme
la

romantisme
la

se trouva coïncider avec

réaction contre

peinture sombre.

Les impressionnistes, en
cupaient de bannir de

même temps

qu'ils se préoc-

la palette les

bitumes dont l'Aca-

démie

faisait

un usage exagéré, en
la

même

temps aussi

qu'ils tentaient d'observer

nature avec

un amour

plus grand de

la

lumière, se préoccupèrent d'écbapper,
la

dans

la

représentation du personnage, aux lois de

beauté telles que les enseignait FEcole. Et sur ce point

on peut leur ap])liquer tout ce qu'on

sait

des idées des
le

Goncourt

et
:

de Flaubert, puis de Zola, dans
ils

domaine

du roman

lurent

émus par

les

mêmes

idées, parler
l'iior-

des uns c'est parler des autres. Le désir du vrai,

reur de l'empbaseet du faux idéalisme qui paralysaient
le

roman

aussi bien

que

la

peinture, conduisirent les
la

impressionnistes à substituer à
^j

beauté une nouvelle
et

notion, celle

du

caractère.

Rechercher

exprimer

le

caractère propre d'un être ou d'un site leur parut être

plus significatif, plus

émouvant que

la

recherche d'une

beauté unitaire,
l'idéal

basée sur des canons, et inspirée de

gréco-latin.
les

Comme
gagné

les

Flamands,

les

Alle-

mands,
l

Espagnols, en opposition aux Italiens dont
avait

influence

toutes

les

académies euro^se

péennes,

les réalistes-impressionnistes français,

réié-

LV TIIKOIUE IMPKESPIONMSTE

3f)

rant aux qualilés

de

claité.

de

sincérité,

de

iieltelé

expressive, qui sont les véritables mérites de leur race,
se

détachèrent de rol)sédante et étroite préoccupation
et

du beau

de tout ce qu'il comporte de métaphysique

et d'abstraction.

Ce

fait

de

la

substitution

du caraclèrc

à la hedulé,

c'est l'essentiel

de leur mouvement. Ce qu'on
c'est,

devrait

appeler

l'impressionnisme,

ne l'oublions pas,
à

une technique qui peut
sujet.
les

s'applic[uer

n'importe quel

Qu'on peigne une Vierge ou un ouvrier, on peut
et

peindre avec des tonalités divisées,

certams pein-

tres actuels,

par exemple
les idées

le

symboliste Henri Martin,

qui a presque

d'un préraphaélite, l'ont prouvé

en usant de cette technique pour exprimer des sujets
religieux

ou philosophiques
les

;

mais on ne peut com-

prendre

l'effort et

défauts des peintres groupés au-

tour de Manet qu'en se rappelant

constamment
qu'on

leur

amour du
dans
la

caraclcre.

Avant
et

Manet,

on distinguait
reléguait

entre les sujets nobles

les autres,
et

peinture de genre

où l'Ecole n'admettait pas
parce que la familiarité

qu'il y eût

de grands

artistes,

de leurs sujets leur interdisait ce rang, La suppression de
la noblesse

inhérente aux sujets traités devait avoir
le

pour conséquence de replacer au .premier rang
rite

mé-

technique du peintre pour l'évaluation de sa gloire.

Les réalistes-impressionnistes peignirent des scènes de
bal,

de canotage, de rues, de champs, d'usines, d'inté-

rieurs modernes, et trouvèrent dans la vie des

humbles

/|0

l'impressio>nisaie
sujet

un immense
Leur

détude des

gestes,

des costumes,

des expressions du xix^ siècle,
elîort porta sur la

façon de présenter les perla «

sonnages, sur ce qu'on appelle

mise en cadre

» en

langage

d'atelier.

aussi

ils

bouleversèrent

les prin-

cipes admis par l'Ecole. Manet, et surtout Degas,
à ce point de

ont

vue créé un

style

nouveau dont toute
est née, et

lillustration réaliste

contemporaine

qu'on

ignorait totalement, ou qu'on n'osait appliquer, avant

eux, style qui se
petits peintres

réclame directement d'ailleurs des
xvni'^

du

siècle,

de Saint-Aubin, de De-

bucourt, des

Moreau, puis, plus lointainement, des
fois,

Hollandais. Mais cette
la vignette,

au

lieu de

borner ce style à
les

aux dimensions minimes,

impressionet l'im-

nistes lui ont

donné liardiment
toiles.

les

dimensions

portance des grandes
la

Ils

ont fondé
style,

les lois

de

composition,

et

par conséquent du

non plus

sur les idées inliérentes au sujet, mais sur les valeurs et
les

harmonies. Pour prendre un exemple sommaire,
composait un tableau
elle

si

l'Ecole

représentant

la

mort

d'Agamemnon,

ne manquait pas de subordonner

toute la composition à

Agamemnon,
littéraire,

puis à Clytem-

nestrc, puis aux témoins du meurtre, en s'occupant de

graduer

l'intérêt
et

moral,

selon ces divers perle

sonnages,
qualités

en sacrifiant à cet intérêt

coloris et les

réalistes

de

la

scène.

Les
la

réalistes
la

compo-

sèrent en distinguant d'abord

valeur

plus forte

du

tableau, par

exemple une robe rouge,

et

en

distri-

MAN

E

1

.

Portrait de Rouviere

(Collcciion de M. G. Vandcrbilt, New-Vork).

LA THÉORIE IMPRESSIONNISTE

^I

buant

les autres valeurs selon

une progression harmo-

nique de leurs tonalités,
d'un tableau,
c'est la

a

Le personnage principal
(i).
et

lumière » disait Manet

C'est

donc une préoccupation purement picturale
tive qui, clicz lui et ses

décorale

amis, primait toujours

souci
sujet.

de l'expression

et

des sentiments éveillés par

le

Cela a conduitles impressionnistes, parfois, à de graves
erreurs
;

mais

la

plupart du temps
très

ils

les

ont évitées
la

en

se

bornant à des sujets
le

simples dont
tout

vie

quo-

tidienne leur présentait

groupement

fait.

Lne

des réformes dues à leur conception
et

a

été

la

suppression du modèle professionnel,

son remplacede son
qu'ils

ment par
métier
:

le

modèle naturel, vu dans

l'exercice

c'est là

une des plus

utiles

conquêtes
Ils

aient assurées à
fait

la

peinture contemporaine.
la

ont ainsi

un

juste retour au naturel, à

simplicité. Presque

toutes leurs figures sont de véritables poitrails, et dans
tout ce qui concerne
l'ouvrier et
le

paysan, ds ont

trouvé

le style et le

caractère propres, parce qu'ils ont
la vérité

observé ces êtres dans

de leurs

occupations
factice, et

au lieu de

les

ankyloser dans une pose

de

peindre des déguisés (2). La base de tous leurs tableaux
a été d'abord
(i) «

une

série d'études

du paysage
la

et

des pcr»,

Un
si

tableau est le

développement logique de

lumière
de

dit
si

M. Eugène Carrière.
justes et

Cf. les idées de Taine

(Pliilr)sopliic
le

l'art),

osées

et la jjage propliétic[ue

de Balzac dans

Chcf-d'œnvrf

inconnu, qui prévoit, en 1837, tout l'art actuel.

(a) C'est d'ailleurs ce que faisait Millet dès iSô"),

observant longue-

ment une

scène, s'aidant de croquis et peignant de souvenir.

42

L IMPRESSIONNISME

soiinages faites en pleine naliire, loin

de

l'alclicr, et
l'art

coordonnées ensuite.

On

peut souhaiter que

picles

tural ait de plus hautes ambitions, et trouve dans

primitifs

1

exemple d'une mysticité, d'une expression

de
la

l'abstrait et

du

rêve. Mais

il

ne faut pas méconnaître
et réaliste

puissance d'observation naïve

que

les pri-

mitifs apportèrent

dans l'exécution

de leurs

œuvres
il

tout en la subordonnant à l'expression rehgieuse, et
faut aussi convenir

que

les

réalistes-impressionnistes
1

servirent du

moins leur conception de

art avec logique,

avec homogénéité. Les critiques qu'on peut leur adresser sont celles

que comporte

le

réalisme lui-même,

et

nous observerons que jamais l'esthétique n'a su créer
des classifications capables de définir et de contenir les
infinies

nuances que comportent des tempéraments

créateurs.

En

art, les classifications

sont rarement vasont

lables, et plutôt nuisibles.

Réalisme, idéalisme,

des termes abstraits qui ne sauraient suffire à caractériser des êtres obéissant à leur sensibilité.
Il

faudrait

alors inventer autant de

mots

qu'il

marquables. Si Yinci fut

un grand

peintre,
Il

y a d'hommes reTurner ou
n'y a
etitrc

Monet ne

sont-ils

point

des peintres."^

eux aucun rapport, leurs modes de pensée
sion sont des antipodes
:

et

d'expres-

le

plus simple

est peut-être
le peintre et

de

les

admirer tous, en renonçant à définir

en adoptant ce
la palette

nom

pour désigner l'homme qui use de

pour s'exprimer.

Ainsi, préoccupation de l'émotion contemporaine.

LA THEORIE IMPRESSIONNISTE
substitution

/i3

du caractère au beau classique (ou encore

du beau émotionnel au beau formel), admission de
l'ancienne « peinture de genre y au premier rang pictural,

composition fondée sur

les réactions

réciproques

•des valeurs,

elTacement des sujets devant lintérèt de
elfort

l'exécution,
inliérentes

pour

isoler

la

peinture des idées

au domaine

littéraire, et
la

pourtant rappro-

cliement instinctif vers
et

symphonisation des couleurs
musique, voilà
les

par conséquent vers

la

principaux

•caractères
si

de l'estliétique des réalistes impressionnistes,
ce terme à

du moins on peut prêter

un groupement

d'adversaires de l'esthétique telle qu'on l'enseigne en

général.

iMANET.

La Femme au perroquet
Muséum, New-York).

(Metropolitan

III

Edouard Manet et son oeuvre
(i

832-1 883)

III

Nous Favons

dit,

Edouard Manet(i)

n'a pas été l'ini1

tiateur de la technique impressionniste. C'est

œuvre de

Claude Monet qui en
et

olTre

l'exemple

le

plus complet,
il

qui est venue

la

première en date. Mais

est très
et c'est

difficile

de déterminer de pareilles préséances,
assez inutile.

en

somme

On

n'invente pas une techest le

nique en un jour. Celle-là
recherches
et

résultat de longues

qui furent
il

communes

à Manet, à

Monet

à Renoir, et

faut réunir sous le

nom

collectif

d'impressionnistes
d'amitié, firent à la
nalilé,

un ensemble d'hommes

qui,

liés

même
le

heure un

effort vers l'origi

à

peu près dans
fort dilférents.

même

sens, tout en étant
le cas

souvent

Comme

dans

des préra-

phaélites, c'est avant tout l'amitié, puis la raillerie injuste, qui créèrent
la

solidarité des impressionnistes.

Encore
et

les préraphaélites,

souhaitant un art idéologique

symbolique,

étaient-ils

d'accord sur des principes

intellectuels qui leur

permirent de préciser aussitôt un

programme.

N'unissant

que des tempéraments,

et

(i) iNé à Paris en 1882,

mort

à Paris le

3o

avril

i883.

40

L IMPRESSIONNISME

avant loul préoccupés
tique et
tout

de rompre avec toute
les

scolas-

programme,
faire

impressionnistes cher-

chèrent simplement à
et liberté.

du nouveau, avec franchise

Manet
à la fois

fut,

au milieu deux,

la

personnalité désignée

par leur admiration

et les attaques

de

la criligé,

tique
il

pour

servir de j^orte-drapeau.

Un peu

plus

avait déjà, seul, soulevé

d'ardentes polémiques par

les

œuvres de

sa
et

première manière.
c'est

On

le tenait

pour

un novateur,
qu à
ses

par une admiration instinctive
et

premiers amis, Whistler, Legros

Fantin-

Latour,

se joignirent successivement Marcelin Des-

boutin, puis
botte,
être

Degas, Renoir, Monel, Pissarro, Caillele

BertheMorisot,

jeune peintre Bazillequi devait
et

tué

prématurément en 1870,
Banville,

des écrivains,

(iautier,

Baudelaire (qui fut un admirateur
puis plus tard Zola,
fut le
les
(joiî-

passionné de Manet),
court,

Stéphane Mallarmé. Ce

premier noyau

d'un public qui devait s'augmenter d'année en année.
Enfin,
c'était

Manet

avait les qualités personnelles d'un chef:
d'esprit,

un homme

un

travailleur ardent, et

un

caractère enthousiaste et généreux.

Manet commença chez Couture
après avoir voyagé
parents,
la

ses

premières études

;

au long cours pour obéir à ses
la

vocation fut

plus forte.

A ers i85o, le

jeune
de
la

homme

entra chez le sévère auteur des Romains
Il

décadence.

y

resta

peu

:

il

déplut au professeur
disait

par son énergie intransigeante.

Couture

de

lui.

MANET. —

Le Bon bock

(Collection de M. Faure, Paris).

K]JUIAUD MANET ET SON

Ca=:UVRE

l\[)

avec mauvaise humeur

:

«

Ce sera le Daumier de 1 8Go.
et peintre

»

On

sait

que Daumier, lithographe

de génie,

était

tenu en piètre estime par les académiques. Manet
le

voyagea en Allemagne après

coup

d'Etat,

copia

llemhrandt à Munich, puis gagna
toret à

l'Italie,

copia ïin-

Venise, et prit

là l'idée

de plusieurs lahleaux
les

religieux.

Puis

il

se

passionna pour
et

Espagnols,
sin-

spécialementpour Velazquez

Goya. L'expression

cère des choses vues s'imposa dès lors

comme

la

prin-

cipale règle dart à son cerveau de jeune français loyal,

ardent,

ennemi des
le

suhtilités. Il peignit
ctahsiiitJie, le

quelques helles

œuvres,

Buveur

Vieux musicien.

On

y

trouve l'influence de Gourhet, mais déjà
gris

les noirs, les

y sont

d'une qualité originale

et

superbe,

ils

annoncent un virtuose de premier ordre.
C'est en 18G1 que
fois

Manet envoya pour
de ses parents

la

première
Guitar-

au Salon

les portraits

et le

rero,

que Gautier

salua, et

que

le

jury récompensa,

bien qu'il soulevât
tion.

quand même
il

la surprise et l'irritas

Mais dès

lors

fut refusé, qu'il
toile,

agît

du Fifre ou

du Déjeuner sur Iherhe. Cette
féminin admirable, créa

brille

un nu

un scandale parce qu'une
parmi
des

femme
la

dévêtue

y

figurait

personnages

habillés, chose pourtant fréquente chez les maîtres de

Renaissance. Le paysage n'y est pas peint en plein
il

air,

est fait

dans un

atelier et
le

ressemble à une tapis-

serie,

mais on y trouve déjà

plus éclatant témoignage

du

talent de

Manet dans

l'étude de

nu

et

dans

la
4

nature

5o

L IMPRESSIONNISME
est

morte du premier plan, qui
sant.

un chef-d'œuvre

puis-

Dès

cette toile la personnalité de l'artiste apparaît
:

dans toute sa maturité
et elle a l'air

il

la fit

avant d'avoir trente ans,
elle

d'une œuvre de vieux maitre,

procède

de Hais

et

des Espagnols tout ensemble.
à partir de i8G5, s'établit
:

La réputation de Manet,
aux
critiques

furieuses s'opposaient les

admirations
il

enthousiastes. Baudelaire soutint Manet

comme

avait
clair-

soutenu Delacroix

et

Wagner, avec
à

sa haute

voyance,

sympathique
le

toute

originalité
la

réelle.

U Olympia vint mettre
portant un bouquet,
et

comble à

discussion. Cette

courtisane couchée nue sur

un

ht, avec

une négresse
émeute. C'est

un chat

noir,

fit

une œuvre

forte,

d'une couleur vive, d'un dessin large,

d'un sentiment intense, qui étonne par
de réduction des valeurs à
la

un

parti pris

plus grande simplicité.
la

On

y sent

la

préoccupation de retrouver

rude francl
la

chise de Hais et de Goya, l'aversion pour

le joli

noblesse fausse de l'Ecole. Cette fameuse Olympia qui

déchaîna de

telles fureurs

nous paraît aujourd'hui une

œuvre de
d'œuvre
tous
les

transition. Elle a été ollerte au

Luxembourg
un
chef-

par un groupe d'amis de Manet. Ce
ni,

n'est ni

disons-le,

une œuvre profonde, malgré
littéraires

commentaires

qu'on

a écrits sur elle.

Mais

c'est

un

essai technique

très significatif à l'époque
et

il

parut dans la peinture française,

c'est bien

comme une
celte toile,

date d'évolution que doit être considérée
a bien dépassée plus tard. Elle

que Manet

EDOUARD
«oiilieiit

:\rAA'ET

l.T

SON OEUVRE
Il

5l
l'avait

toute la logique de ses principes.

peinte vers

i8G3, mais hésitait à l'exposer

et

ne s'y

décida qu'au Salon de i8()5, sur les instances de Baudelaire qui, à cette occasion,
lui écrivit cette

phrase

typique: « Vous vous plaignez des attaques? Mais êtes-

vous

le

premier à

les

endurer, avez-vous plus de génie

que Chateaubriand
des
railleries subies.

et

Wagner?

Ils

ne sont pas morts

Et pour ne pas vous inspirer trop

d'orgueil, je vous dirai qu'ils sont des modèles,

chacun

dans son genre

et

dans un
le

monde

très riche, tandis
la

que vous

n'êtes

que

premier dans

décrépitude de

votre art. »

h'Olympia, exposée, dut être déplacée

et

accrochée
la colère

au plus haut des murs pour être soustraite à

du public anieuté par

la

critique.

Dès

lors le

nom

de
Il

Manet

fut le

symbole exécré de

l'art

révolutionnaire,

faut bien établir
le

que dès i865, des années avant

(|uc

nom même

de l'impressionnisme existât, Manet à
poids de
la

lui seul portait le

réprobation. C'est

une
la

constatation importante

qui fera saisir nettement
suivit. C'est à

double origine du mouvement qui

son

réalisme, à son retour aux compositions modernistes,
à sa simplification des plans et des valeurs,

que Manet

devait ces

attaques.

Les critiques du temps portent
:

exclusivement sur ces points

on

lui

reproche de « ne
« bas »,
et

pas idéaliser », de peindre des sujets
faire
((

de

une peinture dure, blafarde ou noire,

d'elTet

sinistre » alors qu'il

procède uniquement de Hais, de

52

L IMPRESSIONNISME
et
))

Goya
bleues

de Courbet. Les attaques contre

les «

ombres
amis

ne viendront que huit ans après.

Larliste alors devint
rejoignaient dans
(iuerbois,

un chef: comme
la

ses

le

un

petit café des Batignolles (le café

qui

existe

encore),

.

raillerie

publique

baptisa ces réunions d'Ecole des BatiynoUes.

Là venaient
DesStevens.

Legros, AMiistler, Fantin-Latour, Zola, Duranly,
boutin.

Guillemet,

Astruc,

Burty,

Proust,
le

Tous admiraient Manet,
rigueurs du jury
:

et leur

amitié

consolait des
la

le

temps

était loin

de

mention

honorable décernée en 18G1 au Guitarrero vanté par

Théophile

Gautier

!

Le groupement du

Salon

des

Refusés de i8G3 avait décidément créé des haines irréconciliables.

Manet cependant
les

fut

reçu au Salon de
Christ, l'Epicette toile

1866

et

y exposa

Anges au lombeaii du
;

sode d'un combat de taureaux
il

mécontent de

y découpa

le

torero tué

du premier plan, appelé
retrouve dans les Fleurs
(poi'Irait

depuis l'Homme mort. Lola de Valence, commentée par

Baudelaire

dun quatrain qu'on

du Mal, VEnfaid à Vépéc, X Acleur tragique Bouvière dans Ilamlet),
les Gitanos,

de

Jésus insulté sont

des œuvres contemporaines de ces Salons où parurent

Olympia

et les

Anges au tombeau du

Christ. Celte série

dci'uvres est admirable.

C

est là qu'éclate la révélation

d un splendide coloriste, aussi >igoureux dessinateur
(jue magistral peinlie de

morceaux, avec
à

l'allure

d'un

vieux maître.

On

ne pense plus
le

chercher autre chose,
la

en ces œuvres, que

piestigc de

force,

on

reste

i

MANET. -

Le Repos
New-York

(Collection de M. G. Vanderbilt,

KnOUAHD MANET ET SON OELMXE
ébloui de l'abondante richesse d'un
tel

53

tempérament,

Man'et se montre l'héritier des grands Espagnols, plus
intéressant, plus spontané, plus libre et plus français

que Courbet. Le Rouvièrc
noir
aussi
belle
est

est

une harmonie en
nobles

gris et
et

que

les

plus

Bronzino,

VHommc
le

mort

un morceau de grand
Monet

style, ainsi rpic

Chrisl mort. La

fdiation de Manet, toute classique,
et

apparaît

indéniable. Déjà

Renoir, Degas et

Pissarro travaillent, et sont venus se joindre au groupe

des BatignoUes, mais

la critique n"a

dyeux

et

d'attaques

que pour Manet.

Il

incarne décidément l'esprit de ré-

volte contre l'Lcole, plus que Courbet refusé pourtant

par

le

jury. Banni des Salons,

Manet

se décide alors à

exposer l'ensemble de son œuvre dans un baraquement

avenue de l'Aima, au moment
lutte,

le

plus violent de

la

moment où

Zola

manque

être expulsé

de VEréoii

iiemenl

pour avoir défendu son ami,

moment

l'Ex-

position

de 18G7 s'ouvre en excluant
toiles,

l'artiste.

Cin-

quante
livi'e,

dont on trouvera
:

la liste à la fin

de ce

sont
la

réunies

cinquante

toiles

en sept années
travail

donnent

mesure de l'acharnement au
et spirituel,

de ce

grand garçon élégant

boulevardier aux mots

redoutés, qu'on traite de rapin fantaisiste dans les jour-

naux du temps.
qui donne bien

A
le

cette occasion,

Manet publie en
lira

tête

du catalogue une préface qu'on

avec curiosité, et

ton à la fois résolu et

modéré de

ses

idées et de son caractère en face des quolibets, des cari-

catures et des injures qu'on lui a prodiguées

:

04
((

L IMPRESSIONNISME

Depuis

i8()i,

M. Manet expose ou
il

tente d'exposer.

((

Cette année,

s'est

décidé à montrer directement

au public l'ensemble de
((

ses travaux.

A

ses

débuts au Salon, M. Manet obtenait une menil

tion. Mais ensuite,
le

s'est

vu trop souvent
si

écarté par

jury pour ne pas penser que,

les tentatives d'art

sont

un combat, au moins
Sans

faut-il lutter à

armes

égales,

c'est-à-dire
((

pouvoir montrer aussi ce qu'on a

fait.

cela, le peintre serait trop facilement

enfermé

dans un art dont on ne sort plus.

On

le

forcerait à

empiler ses toiles ou à les rouler dans un grenier. L'admission, l'encouragement, les récompenses
sont en
partie
effet, dit-on,

officielles

un brevet de

talent

aux yeux d'une
les

du public prévenue dès
refusées.

lors

pour ou contre

œuvres reçues ou

Mais d'un autre côté on

affirme au peintre que c'est l'impression spontanée de ce
les

même
((

public qui motive
toiles.

le

peu d'accueil que font

jurys à ces

Dans

cette situation
?

on

a conseillé ù l'artiste d'atP

tendre. Attendre quoi
((

Qu'il n'y ait plus de jury
la

Il

a

mieux aimé trancber

question avec
:

le

public.

((

L'artiste ne dit pas aujourd'hui »

a

Venez voir des

œuvres sans défauts
sincères. »
((

mais « venez voir des œuvres

C'est l'eflet de la sincérité de donner auxceuvres

un

caractère
alors
sion.

qui les
le

fait

ressembler à une protestation,

que

peintre n'a songé qu'à rendre son impres-

KDOUARD MANET ET SON OSUVRE
«
lui,

55

M. Manet n'a jamais voulu protester. C'est contre
qui ne
s

y attendait pas, qu'on a protesté, au con_

traire,

parce qu'il y a

un enseignement
d'aspect,
tels

traditionnel de
c'est

formes, de moyens,

de peinture;

que

ceux qui ont été élevés dans de
mettent pas d'autres. Ils
rance.

principes n'en ad-

En

y puisent une liative intolédehors de leurs formules rien ne peut valoir,

et ils se font

non seulement

critiques,

mais adversaires,

et adversaires actifs.
((

Montrer

est la question vitale, le sine (jua
il

non pour

lartisle, car

arrive après

quelques contemplations
et,
si

qu'on

se familiarise

avec ce qui surprenait,
à

l'on
l'ad-

veut, choquait.

Peu

peu on

le

comprend

et

on

met.
((

Le temps lui-même
polissoir
et

agit sur les tahleaux avec

un

insensible
tives (i).
((

en fond

les

rudesses

primi-

Montrer,

c'est

trouver des amis

et

des alliés pour la

lutte.
((

M. Manet

a toujours

reconnu

le talent là

il

se

trouve, et n'a prétendu ni renverser une ancienne peinture ni en créer
à être
((

une nouvelle.
et

Il

a cherché

simplement

lui-même

non un

autre.

D'ailleurs,

M. Manetarencontréd'importantessymsi

(i)
trait

Vianet ne croyait pas

bien dire

:

en revoyant notamment

le

por-

de SCS parents (exposé en 1861) dont un critique disait
le

« qu'ils

devaient maudire
liste

jour qui mit un pinceau aux mains de ce porlrai-

sans entrailles », on reste surpris, devant la moelleuse enveloppe de

CCS figures,

du reproche de

«

dureté barbare » des feuilles de l'époque.

56
pathies, et
il

LniPRESSION'MSME
a

pu

s

apercevoir combien
lui

les

jugements

des

hommes

d'un vrai talent

deviennent de jour en

jour plus favorables.
«

Il lie s'agit

donc plus pour
fait

le

peintre que de se consoi-disant ennemi. »

cilier le

public dont on lui
restera

un

Le morceau
le

un document non seulement sur
on y trouve Manet
chef d école mal-

caractère personnel de Manet, mais encore sur l'état
:

desprit que commandait l'époque
tout entier,

comme

artiste et

comme

gré

lui,

et

on y devine

la gravité,

lénergie sobre de
à Queretaro, par

son

esprit.

L'Exécution de

M(i.riiniU('ii

ordre

officiel,

ne fut pas jointe à l'exposition. C'est,
civile,

avec

la

lithographie de la Guerre

le seul

tableau

tragique de Manet, et

on y trouve une émotion impresd'Emile Zola, en 1869
le

sionnante.

En 1868

parut

le portrait

Balcon souleva des
par sa puissance
:

railleries,
la

mais

le

Déjeuner s'imposa

figure

de jeune garçon debout

contre la table en veston de velours noir (portrait de

Léon LcenhofT,
veille

frère

de M"'" Manet), est
parut
le

une mer-

d'exécution.

En 1870

portrait à' Kva
les

Gonzalès peignant,

qui restera parmi

plus

belles

œuvres de Manet.

A

trente-huit ans, au

moment
:

de

la

guerre, l'arlisle

était à

l'apogée de son talent

il

avait
les

amoncelé une

œuvre considérable, abordé tous
lisme ancien.

genres, dégagé sa

personnalité de l'étude admiralive des maîtres du réa11

allait

maintenant

se

révéler dans

un

KDOLARD MA>ET ET SON OEUVRE
ordre de recherches nouvelles,
et à Renoir, interpréter à sa
air
le
)),

07

et, se

joignanl à Monet

façon

la

théorie

du

« plein-

la

marquer de
la
1

sa grilTe puissante,

sans adopter

principe de

fragmentation du ton, mais en pouset

sant très loin

étude des complémentaires
et à la

en rap-

pliquant

à la figure

composition.

Le Jardin.

peint en 1870, mais exposé seulement en 1872, fut son

premier

essai. Il le

montra en
et

même

temps que

le

(lomhat du Kcarsagé

de VAlabama, admirable marine
article enthousiaste.

que Barbey d'Aurevilly salua d'un

Le Bon
zizot,

hocl;, le

Liseur, le beau portrait de Berthe

Mo-

furent ses derniers gages à son ancienne manière.

A

ce

moment
série

la

maison Durand-Ruel achetait une imet s

portante

de ses toiles
:

ouvrait aux
ce

premiers

impressionnistes
Hais, eut

le

Bon

bock,

morceau digne de

un grand

succès, presque général, et devint

populaire. Mais déjà .Manet était irrésistiblement entraîné vers l'étude de la lumière,
livrer
et
il

était résolu à

une nouvelle

bataille

sur ce nouveau terrain.
ses séries

Tandis que Degas commençait

de courses

et

de danseuses en s'attachant surtout au dessin du

mou-

vement

et

au caractère
les idées

réaliste

de l'époque. Manet,

gagné par

de Claude Monet, sans renoncer à
se tournait

ces préoccupations de sa première période,

vers l'étude de l'atmosphère avec Renoir et Pissarro.
ce

A
la

moment

il

tenta de faire

comprendre

à ses

amis

nécessité de

s

imposer aux Salons, d'y

faire entrer

de

force leurs idées. «

Expose donc avec nous,

disait-il

OO

L IMPRESSIONNISME

en riant à Degas, tu auras une mention. »
c'était sa

Au

fond,
qui
a

conviction que

le

devoir

dun

artiste

trouvé sincèrement quelque chose est de se présenter

Jjravement au grand public. Dans

la

môme

pensée, et

non dans un but mesquin d'ambition personnelle com.mc
on
l'a dit,

Zola A^oulut faire entrer à l'Académie

]^

natu-

ralisme sous son

nom. Les amis de Manet refusèrent:
polémiques tout
contentaieni

presque tous avaient des caractères ombrageux, redoutaient les discussions, s'elTrayaient des

en étant

très

audacieux dans leur

art. ils se

d'exposer dans les galeries particulières

et

renonçaient

aux Salons, par mépris non moins que par timidité,
ils se

groupèrent à

l'écart, et

Manet

resta seul, souffrant

de se séparer d'eux,

il allait d'ailleurs,

par son courage

à rassembler sur lui toutes les attaques

comme

jadis,

leur rendre

un grand

service et leur ouvrir l'avenir.

En

18-5,

il

présentait avec V Argenteuil le

résumé de

ses nouvelles recherches.

Le jury l'admit malgré de
peur de Manet,
et
il

vives protestations
sait

:

on

avait

s'imjio-

par sa puissance de volonté

de

Iravail, le prestige
le portrait

de sa force captivait. Mais en 1876
boutin
et le

de Des-

Linrje

(un des chefs-d'œuvre de l'impres-

sionnisme)

furent refusés.

Manet

alors

recommença
chacun
serait

l'expérience de 18G7 en ouvrant son atelier au public,

rue de Saint-Pétersbourg, avec un registre
était

oii

libre d'inscrire son

opinion.
;

Ce
il

registre

d'une lecture édifiante aujourd'hui

se couvrit autant

déloges que de grossièretés anonymes, souvent inscrites

EDOUARD MA>ET ET SON œUVRE

5()

au-dessus de signatures innocentes. L'elTet fut pourtant
si

favorable qu'en

1877

le

jury admit

le

portrait

du

chanteur Faure dans Hamlel, mais refusa
pirée par le célèbre

la

Naiia ins-

roman de

Zola, toile d'une fraîcheur

charmante, d'une couleur délicate, avec de puissants

morceaux de nu. En
fut bien accueilli,

1(878, le portrait à' Antonin Proust
le

mais Che:

père Lathuile, scène au

restaurant, dans laquelle le réalisme nerveux et lumi-

neux de Manet ressemble

si

étrangement

à

l'art

des

Concourt, provoqua encore des colères.
furent
\di

En
le

1879, ce
portrait

Serre

et

En

bateau

:

en 1881,

de

Rochefort

et celui

du tueur de

lions Pertuisct.

A

cette

occasion un groupe de jeunes

membres du jury enleva

de vive force
net.
Il

le

vote

faut retenir

dune seconde médaille pour Mac'étaient Bin, Carolusleurs noms
:

Duran, Cazin, Duez, Feyen-Perrin, Gervex, Guillaumet,
Guillemet,
llenner,

Lalaune,

Lansycr,
et

Lavieillc,

Emile Lévy, de Neuville, Roll, Vollon
froy. Tel était encore

F. de Vuillefit

l'acharnement qu'on
de leurs

circuler

anonymement une
électeurs

liste

noms

adressée « aux

du jury de peinture

», et plusieurs

durent à

leur vote de n'être point réélus l'année suivante.

En

décembre 1881, Manet

fut décoré

par

M. Antonin

Proust, son ami d'enfance, devenu ministre des BeauxArts.

En

1882, parut au Salon

le

Bar des Folies-Bergère.
belles

œuvre magnifique, une des plus
jamais
((

que Manet

ait

faites.

Un

portrait

de

jeune
Mais
le

femme
3o

appelé

Printemps

» l'accompagnait.

avril

i883

6o
Manet, épuisé par
loconiotrice,

L'niPRESSlONNISME
le travail et les luttes,

mourut

d'ataxie

après avoir subi vainement l'amputation
la

d'un j)iedpour éviter

gangrène.

Ainsi se termina prématurément celte existence d'artiste,

une des plus nobles, des plus admirables qui
une de
11

aient jamais été,
d'être étudiées.
elle

celles

qui mériteront

le

plus

en sort une grande force d'exemple,
la probité, la sincélittéra-

enseigne l'inlassable énergie,

rité absolue,

l'amour du

travail. Elle a été

usée

lement,

heure par lieure, sans un

répit.

Manct n"a
de sa

jamais connu d'autres récompenses que
conscience
et
il

celles

de son effort devant

la

nature. Modéré,

mais brave,

a été constamment prêt à affronter les préil

jugés. Refusé, accepté, refusé encore,

donna
à

l'assaut

avec un

courage

et
la

une

foi

inlass^ablc,

un jury

qui représentait
chevalet,
iaiblir,
il

routine.

Combattant devant son
le

combattit encore devant

public,

sans

sans transiger, seul, à l'écart

mémo

de ceux

qu'il aimait et

que son exemple avait formés. Ce grand
le

peintre,

un de ceux qui honoreront
lui restera

plus véritable-

ment l'ume

française, eut le génie de créer à lui seul

un

impressionnisme qui

persoimcl, après avoir
la

témoigné de dons de premier ordre dans
des maîtres du réel et

tradition
le

du

vrai.

On

ne peut

con:

fondre ni avec Monet, ni avec Pissarro ou I\enoir

sa

.compréhension de
jne se conforme
(/'elle

la

lumière

est spéciale,

sa

technique

pas au système

des taches colorées,
et

oljserve la

théoiie des complémentaires

de

la

CQ

EDOUARD MANEÏ ET SON Œ;UVRE

6i
i

division des tonalités sans se départir d'un style large,

d'une allure toute classique, d'une

sûreté

superbe.

[

Manet n'a pas

été

l'inventeur de l'impressionnisme,

qui coexistait auprès
il

de son œuvre dès 1867,

lïiûis

lui

a rendu des services immenses, en assumant

toutes les colères adressées aux novateurs,

en faisant

dans l'opinion publique une trouée où ses amis ont
passé derrière
lui. Il est

probable que sans

lui tous ces

artistes fussent restés

inconnus ou du moins sans

in-

fluence, car tous étaient des délicats ayant liorreur de la

polémique, résignés d'avance à être incompris. L'exemple magnifique de l'existence de lutte
les a

d'Edouard Manet
la

pour

ainsi dire électrisés, et

Manet eut

géné-

rosité robuste d'assumer les reproches

non seulement

de son œuvre, mais de

la leur.

On

doit considérer ses

vinot années de lutte ouverte, soutenues avec une abné-

gation digne de toute estime,

comme un

des phéno-

mènes

les

plus significatifs de l'histoire des artistes de

tous les temps.

Cette

œuvre de Manet,

si

discutée,

produite

dans

de

telles

conditions de tourmente, apparaît
la

avant tout

considérable par

puissance et

la franchise.

Dix ans

en

développent

la

première manière,
treize

tragiquement

limitée par la guerre de 1870,

années en déveefforts

loppent

la

seconde évolution, parallèle aux

des

impressionnistes.
c'est

Dans

la

période

de

18C0 à 1870,

une référence logique
le

à liais et à
l'artiste

Goya

:

de 1870

à i883,

modernisme de

se

complique de

{)9

l'i:mpressio>msme

l'élude de la lumière.

Sa personnalilé y

est plus origi-

nale encore,
les

mais on peut à bon droit considérer que

plus admirables

Manet sont

peut-iHre ceux de sa

manière classique

et

plus sombre.
la

Picturalemcnt,

il

eut les dons qui font

gloire des maîtres,

un

dessin

ample,
sante,

vrai,

large,

un

coloris d'une puissance saisis-

des noirs, des gris qu'on
et

ne trouve

cliez

per-

sonne depuis Velazquez
profonde des valeurs.
Il

Goya, une connaissance
les

a touclié à tous

genres

:

portraits, paysages, marines, scènes de

mœurs,

natures-

mortes,

nudités ont tour à tour sollicité son ardent
Il

désir de création.

eut de

la vie

contemporaine une
réalisme ne semble
à

compréhension bien plus
l'admettre
:

fine
le

que

le

il

suffit

de

comparer

Courbet pour
il

voir combien, en étant aussi vrai, aussi robuste,

fut

plus nerveux et plus intelligent. Ses toiles resteront des

documents de premier ordre sur
les

la société, les
Il

mœurs,
le

costumes du second Empire.
la vie

n'eut

pas

don

de
le

psychique

:

évidemment

le C/irisl

aux Anges,

Jésus insulté ne sont que des morceaux de peinture

sans idéalité. C'était,
landais,

comme

les

grands virtuoses hol-

comme

certains Italiens,
le

un regard

plutôt

qu'une âme. Mais pourtant

Maxinùlien,

les dessins

pour

le

Corbeau de Poe, certaines esquisses montrent

qu'il eût

pu

réaliser de

curieuses œuvres psycholo-

giques,

s'il

n'avait été avant tout absorbé par la réalité
et

immédiate

par

le désir

de

la belle

peinture.

Un

beau

peintre, voilà ce qu'il fut avant tout,

voilà le plus pur

EDOUARD MAAET ET SON ŒUVRE
de
les

G3

sa gloire,

et

il

est

presque incompréhensible que
Ils s'indi-

jurys de Salons ne l'aient pas compris.
et
ils

gnèrent de ses sujets,

ne virent pas

la qualité

toute classique de cette technique

sans bitumes, sans

délayages, sans artifices, de ce coloris vibrant, de celte
pâte
si

riche,

de ce dessin fougueux,
la vérité

si

apte à exprila vie,

mer
cette

le

mouvement,

des gestes de
trois

de

composition simple où deux ou
le tableau,

valeurs sou-

tiennent tout

avec

la

franchise qu'on salue

en Rubens, en Jordaens ou en

liais.

Manet occupera dans
sidérable.
Il est le

l'école française
le

une place con-

peintre

plus original de la seconde

moitié du xix" siècle,

celui

qui a vraiment créé
la

un

grand mouvement. Son œuvre, dont
est inégale.

fécondité étonne,
la lutte

Qu'on

se rappelle
et

qu'outre

inces-

sante qu'il soutint,

dont bien des

artistes

seraient

morts,
Il

il

eut à soutenir en lui-même deux crises graves.
à

remonta

un mouvement,

puis s'en libéra, puis en
à

inventa un autre et

recommença

apprendre

la

pein-

ture à l'heure oii tout autre eût continué sa manière

précédente.

«

Chaque

fois

que je peins,
pour apprendre
tel

disait-il

à

Mallarmé, je
Il

me

jette à l'eau

à nager. »

n'est pas étonnant

qu'un

homme

ait été

inégal,

et

qu'on doive distinguer dans son œuvre
la

les essais, les
faits
le

exagérations dues à
rejeter des préjugés

recherche,

les efforts

pour

dont nous ne sentons plus

poids.
le

Mais

il

serait injuste

de dire que Manet n'a eu que
l'a dit

mérite d'ouvrir des routes: on

pour l'amoindrir.

G4
après avoir
à l'absurde.

L IMPIlESSIONMSMi:

commencé

par dire que ces routes menaient
le

Des œuvres comme
la
le

Toréador. Roiivière,
Tuileries, le
le

^/me ^JdfiQi^ le Déjeuner,

Musique aux

Bon Bock,

Argenteuil,

Linge,

En

Bateau,

Bar,
la

restent d admirables

chefs-d'œuvre qui honoreront

peinture française, dont lart spontané, vivant, clair et
hardi de Manet est
sentatif.
Il

un produit

direct et très repré-

restera
la

donc une haute personnalité, ayant su
conception assez grossière du réalisme,

dominer

ayant inlluencé par son modernisme toute l'illustralion
actuelle, ayant rétabli
face

une tradition saine
et

et

forte en

de l'académisme,

ayant non seulement créé une
la

transition,

mais marqué sa place dans

roule nouvelle

qu'il avait inaugurée. C'est à

Inique l'impressionnisme
il

doit d'exister

:

par sa ténacité

lui a

permis de

se pro-

duire et de vaincre l'opposition de l'Ecole, par son
œ'uvre
il

lui

a

donné de beaux exemples qui
et

s'y juxta-

[)Osent sans s'y confondre,


des

l'on trouvera nette-

ment

formulée

la

réunion

deux principes du
le carac-

réalisme (qu'on nommerait plus logiquement
lérisnie), et

de l'impressionnisme technique

oii

Monet,

Uenoir, Pissarro, Sisley et leurs successeurs devaient

trouver la raison de leur effort.

Par l'ensemble de ce
certaine-

qu'évoque son nom,

Edouard Manet mérite
de génie
:

ment
certes,

le

nom d'h(jmme
la

génie incomplet
la

puisque

pensée en lui ne fut pas à

hauteur

de la technique, puisqu'il ne saurait

émouvoir

comme

,

EDOUARD VIANET ET

SOIN

ŒUVRE

65

un Léonard ou un Rembrandt, mais génie quand même
par l'universalité de ses recherches,
jDar la force

magni-

fique de ses dons, par la continuité de son style, par

l'importance de son rôle, infusant du sang à une école

qui se mourait dans l'anémie de

1

art conventionnel.

Quiconque verra une œuvre de Manet,
quelque chose de grand,
avait

même

sans
a lu

connaître les conditions de sa vie, sentira qu'il y
la griffe

léonine que, dès 1861
le

reconnue Delacroix,

et

que même, dit-on,
le

grand Ingres avait saluée devant
avec répugnance
le

jury qui examinait

Guitarrero.
est considéré

Aujourd'hui Manet
presque classique,
et

on

a

comme une gloire même marché si vite sous
qu'il ait
s'est

son impulsion que bien des gens s'étonnent
été trouvé audacieux.

La vision

transformée, les

querelles se sont éteintes,
lière

une

élite

nombreuse, famiconnaî-

de Monet

et

de Pienoir, juge presque Manet comme

un
tre

initiateur dès

longtemps dépassé.
vie,
il

Il

faut

son admirable

faut bien savoir lincroyable

inertie des Salons

il

parut, pour lui restituer tout
1

son mérite. Et lorsqu'après l'acceptation de

impresles

sionnisme une réaction immanquable se produira,
qualités de solidité, de vérité, de science de
raîtront de telle sorte qu'il survivra à

Manet appa-

beaucoup de ceux
succès au
lui

auxquels

il

a ouvert la route et

facilité le

détriment du sien.

On
les

verra que Degas et

ont,

plus que les autres, avec moins d'éclat apparent, réuni
les

dons qui font

œuvres durables au milieu des
5

1)6

LIIMPRESSIO-NMSME

fluctuations de la
vision.

mode, des caprices du goût

et

de

la

Manet,

au Louvre

ou dans n'importe quel
faiblir les

musée, peut supporter sans
voisinages,

plus

écrasants

témoigner de

ses

avantages personnels,
qu'il aima.
lui,

représenter dignement un temps

On
geuse

a écrit

énormément sur

depuis

la

coura-

et intelligente

brochure d'Emile Zola en i865,

jusqu'au récent ouvrage de M. Théodore Duret. Peu

d'hommes ont provoqué autant de commenlaires. En
un admirable
heure,
tableau.

Hommage

à Manet, le délicat et
la

parfait peintre Fantin-Latour,
a

un ami de

première

groupé autour de

l'artiste

quelques-uns de ses
Bazille,

admirateurs,

Monet, Renoir, Zola,

Bracque-

mond. Le tableau est aujourd'hui en place d'honneur au musée du Luxembourg où Manet est insufTisamment
représenté par YOlympia, une

étude de

femme

et

le

Balcon.

Il

serait à
ses

souhaiter qu'on réunît son
eaux-fortes,
ses
et

œuvre
il

lithographie,

pastels,

a

témoigné d'une maîtrise variée,

qu'on
Zola,

recueillît

ses portraits de contemporains célèbres,
fort,

Roche-

Desboutin, Proust, Mallarmé, Clemenceau, Guys,

Faure, Baudelaire, Moore, d'autres encore, série admirable d'un visionnaire qui eut, dans

une époque d

in-

quiétude

et d'artifice, la sincérité

rude, l'amour du vrai
à

d'un Primitif. La santé, l'énergie de Manet ont,
certaine heure, sauvé
l'art

une
:

français

de

la

décadence

rien de plus salubre que son œuvre. Et celte

œuvre en
et

même

temps

est toute classique,

au sens réel

beau

EDOUARD MAiNET ET SON ŒUVRE
de ce terme. Elle est bien plus proche de

67

celle d'Ingres et le réa-

que de

celle

de Delacroix. L'impressionnisme
le

public l'ignore lisme moderne n'ont jamais cessé — — de révérer d'Ingres, non dans pastiches
l'idéal

ses

de Raphaël mais dans ses portraits

et ses dessins

:

ils

ont bien plus de sympathie pour ce style caractériste
et français

que pour

le

romantisme
la

qui, après Dela-

croix,

est vite

tombé dans

poncivité.

Ainsi nos

jeunes poètes symbolistes sont plus près de Racine que

de Hugo, plus près de

la

musique de

1

un que de

l'élo-

quence de

l'autre.

Ce

classicisme,
il

que l'Ecole acadédans l'œuvre de
est

mique ne soupçonne guère,
Manet,
et la vraie

éclate

grandeur de ce révolutionnaire

d'y être revenu sous une forme originale.

u

H z o w Q < U

lY
Claude Monet et son oeuvre
i8/,o:

IV

Avec Claude Monet( i ), nous aborderons l'impressionnisme dans
sa plus significative expression technique,

nous toucherons aux principaux points énoncés dans
le

second chapitre de cet ouvrage.

Claude Monet, issu de Claude Lorrain, de Turner,
de Monticelli, aura eu
vrir à la peinture
le

mérite et l'orisinalité d'outi-

du paysage une route nouvelle, en

rant de l'étude des lois de la lumière des constatations
scientifiques.

Son œuvre

est

une magnifique

vérifica-

tion des découvertes faites eu optique par
et

Helmhollz
la vi-

par Chevreul. Elle est née spontanément de

sion de l'artiste, et elle se trouve être
tion rigoureuse

une démonstrapeintre ne s'est
la

de principes que

le

])robablement jamais soucié de connaître. Par
sance de ses facultés,
science.
l'artiste s'est

puisla

trouvé rejoindre
la

Son œuvre

est

donc, non seulement

base

elle-même du mouvement impressionniste proprement
dit,

mais encore de tout ce qui
lois dites

l'a suivi et
:

le

suivra

dans l'étude des

chromatiques

elle servira à

donner pour
(i)

ainsi dire

une nécessité mathématique aux
iS/jo.

à Paris, le

l

'j

novembre

>^vc^A

1

'i

^ to

72
trouvailles

L IMI'RESSIONMSMK

heureuses que jusqu'alors

les artistes ren-

contraient, et elle servira aussi à doler lart décoratif,
l'art

de

la

peinture murale, d'un procédé dont

les

applications seront multiples et superbes.

Nous avons résumé
de
de

les

idées qui

ressortent de

la

peinture de Claude Monet, ]Aus nettement encore que
celle

Manet. Suppression du ton
les

local,

étude

des reflets par

couleurs complémentaires, division
le

des

tonalités

par

procédé des taches de
voilà les
essentiels

couleurs

pures juxtaposées,

jDrincipes
lieu

du

chromatisme (car ce serait
si

le vrai

mot au

du terme
les a ap-

vague d'impressionnisme). Claude Monet

pliqués sytématiquement, avant tout au paysage.

On
qu'ils

connaît de
eût
été

hii

quelques portraits qui montreut
figui-cs

un peintre de

admirable

si

le

paysage

ne lavait absorbé tout entier.

Au

Salon de

18G6

il

exposa ce grand portrait de femme en pied,
et

avec une jaquette fourrée
res vertes et noires,

une robe de

satin à rayuet

qu'on a revu chez Dnrand-Ruel

que j'ai
les

dit plus

haut avoir été pris pour un Manet par
l'en

amis de ce dernier qui

complimentèrent au ver-

nissage.
1

L'œuvre

à elle seule est faite
l'a

pour sauver de
la lu-

oubli

1

homme

que

peinte. Mais l'étude de

mière sur

les figures a été

surtout
et,

la

préoccupation de

Manet, de Renoir, de Pissarro

après l'impressionqui a origina-

nisme jjroprement
lement concentré

dit,

deM. Besnard,
très

les qualités

impressionnistes en les

mettant au service d une conception

personnelle de

:(i!iK,ir<»)

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P
< J U

CLAUDE ^tOXET ET SON OEUVRE
l'art

73
clierclier

symbolique. Monet

commença par

sa

voie en peignant des figures,

puis des marines, avec
large,

une robustesse un peu sombre, un dessin

des
:

gammes
il

grises.

Au Havre
magasin
oii

il

connut Eugène Boudin
il

a

raconté lui-même
petit

comment
oii

l'avait

rencontre
carica-

dans un

Monet exposait des

tures de Havrais, et

l'on montrait les petites toiles
et

de Boudin que personne n'appréciait

auxquelles

le

jeune

homme

ne comprenait pas grand'cliose.
la

Boupein-

din lui dessilla les yeux sur lui-même et sur
ture.

Monet connut ensuite Jongkind,
conseils.

et

ce maître lui
la

donna de précieux
que, Monet eut

Près d'être réduit k

misère, peintre malgié sa famille selon le rite classila

chance de rencontrer en Durandet

Ruel un protecteur

un acheteur
Dès i865
il

:

désormais sa vie
il

artistique allait s'ouvrir.
essais de plein air, et

fit

ses

premiers
fait lui-

en 1870

était

tout à

même.
Claude Monet a
lois

été tellement séduit par l'analyse des
a fait
:

de

la

lumière qu'il

de

la

Inmière

le sujet vé-

ritable

de tout tableau
il

et

pour bien montrer son
site

intention,

a peint

un

même

par séries de toiles

exécutées, sur nature, à toutes les heures de la journée. C'est de ce principe que sont résultées les gran-

des divisions de son

œuvre, qui pourrait
de
la

s'intituler

((Enquête sur

les variations

lumière solaire».
les

Les plus célèbres de ces séries sont
pliers, les Falaises d'Etrelat, le

Meules, les Peu,

Golfe- Juan

Belle-Isle,

"y^

L IMPRESSIONNISME

les

Coins de rivière,

les Cathédrales,

les

Nyinp/iéas

et

enfin la série sur la Tamise.

Ce sont comme de grands poèmes,
réalisme,
la
1

et

encore le
la réalité,

contemplation minutieuse de
la

touche à

idéalisme et au rêve lyrique par

splendeur

du thème
clarté,

choisi, par l'orchestration des frissons de la
le parti pris

par

symphonique des couleurs.
peint

Ces

séries,

Monet

les

sur nature.

Il

emporte
depuis

dans une voiture, dit-on, une vingtaine de
l'aube, et
le

toiles
et les

d heure en heure

il

les

change,

reprend

lendemain. Sur une meule, de neuf heures à dix
il

heures
solaire
et

note les

effets les
il

plus subtils de

la

lumière
toile

:

à dix heures

s'installe

devant une autre
Il

recommence

l'étude jusqu'à onze heures.
la

suit ainsi,

pas à pas, jusqu'à

chute du jour,
il

les

modifications
les

de l'atmosphère,

et

termine simultanément

œu-

vres de toute la série.
Il

a peint vingt fois

une meule dans un champ,
Il les

et

les

vingt meules sont différentes.

expose ensem-

ble,

on peut suivre sous
de
la clarté

la

magie de son pinceau,

l'histoire

se

jouant sur un

même

objet.

C'est un éblouissant déroulement d'atomes lumineux,

une sorte
bien
le

d'évocation panthéistique. La lumière est
:

personnage essentiel

elle

dévore
voile

les

contours

des objets, elle est jetée
entre

nos yeux

et

la

comme un matière. On

translucide
les

y voit frémir

ondes du spectre

solaire, dessinées par l'arabesque des

taches des sept couleurs du prisme,

juxtaposées avec

CLAUDE MONET. —

Portrait

d k

M-"»

iM

(Cnllecuon de M. P. Cassirer, Berlin).

CLAUDE MONET ET SON OÎUVRE

75

une
de

subtilité infinie, et ce
la

frémissement

est celui

même
sil-

chaleur,

de

la

vilalité
ciel,

atmosphérique. Les

houettes s'unissent au

les

ombres sont des

lu-

mières

011

dominent

certains tons, le bleu, le violet, le

vert, l'orangé, et c'est la quantité proportionnelle des

taches qui différencie à nos yeux ces

ombres de
cela

ce

que
en

nous appelons
réalité

les

lumières,
Il

comme
y
a

se passe

dans l'optique.
oii

des midis de Claude

Monet

toute silhouette matérielle, arbre,

meule ou

rocher, est annihilée, volatilisée dans l'ardente vibration des poussières lumineuses, et devant lesquels
est

on

vraiment aveuglé

comme

dans

la

nature elle-même:
plus rien qui

parfois

même

il

n'y a plus d'ombres,

puisse servir à indiquer les valeurs, à créer des
trastes

con-

de couleurs. Tout est

clair, et le

peintre semble

vaincre avec aisance ces terribles difficultés de clartés
sur clartés, grâce à

un don de

finesse prodigieuse

de

son regard.

En

général

un motif

très

simplelui

suffît,

une meule,

quelques troncs grêles s'élevant au
d'arbustes. Mais
lorsqu'il
il

ciel,

un bouquet
Nul

s'affirme aussi dessinateur puissant

aborde

des

thèmes plus

complexes.

comme
falaise

lui

ne

sait ériger

un

loclier dans les vagues tu-

multueuses,

faire

comprendre l'énorme ossature d'une
la toile,

remplissant toute

étager

un

village sur
la

une

colline

dominant une
exprimer

rivière,
le

donner

sensation

d'un bouquet de pins tordus par
sur

vent, jeter

un pont

un

fleuve,

la

massivité du sol gisant sous

76
le soleil

l'impressionnisme

de

l'clé.

Tout

cela est construit avec

ampleur,

justesse et force, sous la

symphonie

délicieuse
les

ou

ar-

dente des atomes lumineux. Les tons
se jouent

plus imprévus
les

dans

les feuillages

:

de près, on s'étonne de

voir zébrés de hachures orangées, rouges, bleues, jaunes,
et à distance la fraîcheur des frondaisons vertes apparaît,

évoquée avec une

infaillible vérité.
le

L'œil recompose ce que
s'aperçoit avec
l

pinceau

a dissocié, et l'on

stupeur de

toute la science, de

tout
ta-

ordre secret qui a présidé à cet amoncellement de

ches, qui semijlaient projetées en

une pluie

furieuse.

C

est

une véritable musique d'orchestre où chaque
et

couleur est un instrument au rôle distinct,
heures,

dont

les

avec leurs teintes diverses,
successifs.

représentent les
plus grands

thèmes

Monet

reste l'égal des

paysagistes dans la compréhension du caractère propre

de chaque sol étudié, ce qui son
art.

est la

suprême
soleil,

qualité de
il

Bien qu'avant tout épris de
d'aller

a

jugé

inutile

en

chercher l'intensité exaspérée au

Maroc ou en
de France,
la

Aliïéric.

La Bretagne,

la

Hollande,

l'Ile

C(Me d'Azur, l'Anuleterre lui ont élé des

sources suffisantes d'inspiration pour ses symplionies,
allant d'un

bout

à l'autre

de

la

gamme
la

des couleurs

perceptibles. lia
ol vajDoreuse

exprimé par exemple
Méditerranée,
et
la

mollesse suave

de

la

la flore

luxuriante des

jardins

de

Cannes

d'Vntibes,
terre
et

avec
l'eau,

une

vérité,

une psychologie de
peut
apprécier

de

qu'on

ne

|)l('in(Mnent

qu'en

vivant

dans ces

CLAUDE MO>ET ET SON OEUVRE
contrées enchantées. Cela ne
l'a

"j^j

pas empêché de com1

prendre

comme

personne

la

sauvagerie,

ïipreté gran-

diose des

rochers de Belle-Isle-en-Mer, de les exprides toiles
salé, le
oii

mer en
l'emhrun

réellement on

sent

le

vent,
bri-

rugissement des lourdes eaux

sées sur l'impassibilité des granits. Sa récente série des

Nymphéas
brées

disait tout le

charme mélancolique

et frais

des bassins calmes,

dfs douces pièces d'eau encomet

de roseaux

de calices.

Il

a peint des sous-

bois à l'automne où se jouent les plus subtiles nuances

du bronze

et

de

l'or,

des chrysanthèmes, des faisans, des tournesols éblouissants,
tulipes

des toits au crépuscule,

des jardins, des

champs de

en Hollande, des

femmes en blancs dans des
effets

vergers, des bouquets, des

de neige

et

de givre d'une douceur exquise, des
le soleil.

bateaux à voiles passant dans
Il

a

peint les bords de la Seine qui sont des mer-

veilles d'évocation, et

sur tout cela

il

a

promené

sa

vision splendide

de grand coloriste amoureux

et rale

dieux.

Les Cdlhédrales vont plus loin encore dans

tour de force de son talent.
la

Ce sont

dix-sept études de
les

cathédrale de Rouen, dont les tours emplissent
:

lableaux

à j^eine

si,

au bas des

toiles, se

montre un

peu d'espace, un coin de place au pied des énormes
fûts

de pierre qui montentjusquen haut du cadre. Là,

plus de ressources, plus d'eaux changeantes ou de ver-

dures propres à faire jouer
usée par
le

les reflets

:

la pierre grise,

temps, noircie parles

siècles, est dix-sept

-8
fois
le

l'impressionnisme

thème
la

monochrome
vision

et

ingrat

sur

lequel va

s'exercer

du

peintre.

Mais Monet trouve
les

moyen de

faire briller

sur cette pierre

plus éblouis-

santes harmonies atmosphériques; pale et rose àlaubc,

violacée à midi, embrasée le soir par l'ardeur

du cou-

chant, détachée sur la pourpre et l'or, à peine distincte

dans

le

brouillard,

la

colossale construction s'impose
ses mille détails de ciselure

aux yeux, reconstituée avec
architecturale, dessinée

sans minutie mais avec

une

sûreté superbe, et ces toiles atteignent à la tonalité
posite, hardie et riche des tapis d'Orient.

com-

Monet
mière,
si

excelle aussi à faire sentir le dessl/i de la lul'on peut oser cette expression. Il fait

comprenle

dre le

mouvement

des viljralions de la chaleur,
il

moula

vement des ondes lumineuses,

sait aussi
toile

peindre

sensation du grand vent. « Devant une
disait
M"'*^

de Monet,

Morisot, je sais toujours de quel côté incli-

ner
Niv

mon

ombrelle. »
est

Monet
\

encore un incomparable peintre de l'eau
il

:

étang, rivière ou mer,
les consistances, les

en différencie
il

les colorations,

y

méandres,

en

fixe la vie fugace.

C'est
nel,

un
ou

homme

qui est

intuitif, à

un degré exceptionterre,

de

la

composition intime des matières, eau,
air, et cette

pierre

intuition lui lient lieu d'intellecC'est, par excellence,
et
il

luahté dans son

art.

le

peintre, sorte de

l'homme né pour peindre,
pénétration des secrets de

atteint à

une

grande poésie lyrique inconsciente par cette force de
la

matière et de

la

lumière.

CLAUDE MONET ET SON OEUVRE
Il

^Q
et l'élève

transpose
la

la vérité

immédiate de notre vision

à

grandeur décorative. Si Manet est le
si

réaliste
est le

romanpsycho-

tique de l'imjDressionnisme, logue, Claude

Degas en

Monet en
est

est le lyrique panthéiste.
Il

Son œuvre

immense.
c'est

produit avec une éton-

nante rapidité, et

encore une des caractéristiques

des grands peintres qui lui revient, celle d'avoir touché
à tous les

genres. Les récentes études de

la

Tamise

sont, au déclin de sa fougueuse maturité, aussi belles
et aussi

spontanées que

les

Meules

d'il

y a dix-sept ans.
oii brillent

Ce

sont des visions de

brumes

féeriques

des

glacis d'argent et d'or

dans des vapeurs roses, d'une

vérité saisissante

;

et

en

même
de

temps Monet rejoint en

cette série les paysages de rêve de Turner, les

amonnature,

cellements

de

pierreries

Monticelli.

Interprétée
la

ainsi, avec cette intense faculté

de synthèse,

simplifiée dans le détail et contemplée dans ses grandes
lignes, devient véritablement

un rêve
dire

vivant.

Depuis

les

Meules,

on peut
:

que l'œuvre de
consacrée dans

Claude Monet

est glorieuse

elle a

été
le

l'amour admiratif des connaisseurs
fait

jour on Monet a

avec Rodin une exposition restée célèbre dans les
l'art

annales de

moderne. Cej)endant aucune distinction

officielle n'est

intervenue pour reconnaître un des plus

grands

artistes

du

xix" siècle français. L'influence
1

de
:

Monet a
le

été

énorme dans toute
la tacite

Europe et en Amérique

procédé de

(gardons-lui ce

nom rudimen-

taire,

qui est devenu courant), a été adopté par une

8o
foule de peintres.

L 1MPKESS10>MS:\[E

Xous en dirons quelques mots en
il

conclusion de cet ouvrage. Mais
cette trop brève étude en précisant

sied de terminer
le

que

plus lyrique

des impressionnistes en
excellence
la
:

a

été aussi le

théoricien par

son œuvre

relie la

pcintuie de chevalet à

peinture murale.

On

n"a pas trouvé

un ministre des

J)eaux-arts qui,

surmontant l'opposition systématique

des peintres

olTiciels,

commandât
a
fallu

à

Monet de grandes
de longues années

compositions murales, auxquelles son procédé se fût

admirablement adapté.

Il

pour que de
a doté

tels

travaux fussent confiés à Besnard, qui

Paris, avec Puvis de

Chavannes, de

ses plus

belles décoralions

modernes

:

mais Besnard a procédé

directement des harmonies de Claude Monet. Le principe de la division des tonalités et de l'étude des couleurs complémentaires restera l'un des plus féconds,
1

un des plus révélateurs, probablement
nettement loriginalité de

celui qui préla

cisera le plus venir.
Il

peinture à

suffit à

un homme de

l'avoir trouvé

pour

acquérir une gloire durable. Et sans vouloir remettre

en question l'antagonisme du réalisme

et

de l'idéalisme,

termes qui ne signifient rien d'exact, on peut bien dire

qu'un peintre qui invente un piocédéet témoigne d'une
telle

puissance est hautement
:

intellectuel,

doué de

l'in-

telligence picturale
traite,
il

quels que soient les sujets qu'il

crée

une émotion esthétique équivalente,
le

sinon semblable, à celles qu'engendra
le

symbolisme
la

plus complexe.

Dans l'amour ardent de

nature

"^fel^-v."**-^

f

Un

H

o

< -1 U

fXAUDE MOAEÏ ET SON C*:LVRE

Ol
eu

Monet

a trouvé la

grandeur

:

il

suggère
loi

les secrets

restituant les évidences.

C

est la

commune
l'art

à tous

les arts, et sans elle rien n'est conforme à
tiel.

essen-

La

vision de la nature par Claude

Monet

est

une

opération psychologique, une transposition absolue,

une synthèse.

Il

présentera à lavenir non seulement
coloristes qui aient

un des plus beaux types de grands
jamais existé dans
l'histoire

de

la

peinture du paysage,

mais encore
l'observation

le

curieux exemple d'un sensitif qui, par
la

intense de

lumière,

est

parvenu à

donner des impressions presque musicales. La fusion
des arts est une grande
et

admirable promesse des

arts

à venir: personne, au degré de Monet, n'a montré en
ce temps les similitudes de la peinture et de la

sym-

phonie.

Il est le

personnage essentiel de l'impressionet
il

nisme technique,

montre

à

quel point l'impresa été libre et

sionnisme considéré
divers
:

comme groupement
un

est-il

possible de voir

homme
?
il

plus éloigné

de l'originel réalisme de sa génération
caractérisé de

Du

réalisme

Manet aux CaUiédvales,
peinture, tout
:

y a toutes les

gammes
est

de

la

le

parcours de la vérité

scrupuleuse au rêve lyrique

et

pourtant Claude Monet
la

un

visionnaire

exact,

envisageant

nature avec

une intense volonté, ne
avec
elle

s'en écartant jamais et luttant

d'heure en heure. Mais

comme Claude Lorrain,
qui étudièrent
si

comme
esprit,

Turner,
la

comme
réalité,

Monticelli,
l'a

sincèrement
il

Monet

magnifiée dans son
il

la élevée

à la

synthèse décorative,

l'a

ani-

6

.

82
plifiée

LIMPRESSIOMVISME
jusqu'à faire jaillir de
l'avoir
la

nature, telle que nous^
et

pensions

vue,
la

des

émotions

des

féeries
et de^

insoupçonnées, par
force

magie de son

art

de joie

V
Edgar Degas et son oeuvre
i834)

Des deux recherches
I

capitales

qui passionnèrent
et l'étude
sol-

impressionnisme, l'étude de l'atmosphère
la vie

du caractère de
licité

moderne,

la
la

seconde seule a

M. Degas. Peintre, né avec

perception des plus
l'a

subtiles variations de la couleur,

il

inféodée cons-

tamment
a

à l'analyse psychologique. Issu d'une généfit

ration qui
il

un immense

elTort littéraire vers la vérité,

y

trouvé des émules, mais non son maître.

Les

plus fortes analyses de Flaubert et des Concourt ne

dépassent pas
II

la

puissance expressive de son dessin.

y a en

lui les facultés

du

biologiste,
raffiné,

du psychologue
caustique, triste,

au plus haut degré. Esprit

trouvant une joie amère dans l'implacable constatation

du

vrai,

il

a

aimé

la vie

sans illusion, parce que là se

satisfaisait sa

passion d'observer. Rien de caricatural,
:

de lyrique, de pamphlétaire dans cette intelligence
vision impartiale,
froide,
claire,

la

de ce qui

est,

avec

une mesure absolue, une impassibilité presque effrayante,
auprès de
laquelle
l'ironie

de

Thomas Graindorge
un diagnostic qu'un

semble prendre
L'art de

parti avec

une véhémente indignation.
:

M. Degas

est abstrait

c'est

86
de ses tableaux.
Il

l'impressionnisme

en résulte une émolioii intellectuelle

que

lui

seul peut-être
la

donnera. L'homme, digne de

toute estime jDour

noble intégrité de sa

vie,

son

insouci de la gloire, son labeur et sa discrète passe pour morose et redoutable
et
:

fierté,

on

le dit

misanthrope,
de mépris

jamais un de ses mots ne
il

manqua

la cible

clouait quelque vanité contemporaine. Mais aussi
soit injuste

ne citc-t-on aucun mot de M. Degas qui
les injustes

ne sont

j)as

de

lui.

En

réalité,

on ne

sait

pas quelle délicatesse
ironie.

froissée

s'abrite

derrière celte

M. Degas
est

a

énormément

produit.
:

Une élude

sur lui

de

la

plus grande difficulté
et

il

y faudrait presque

son intelligence,
la

personne ne

la

possède. C'est pour

clarté de ce court

morceau que nous nous résignepublic connaît mal, et qui ne
(pic plus

rons à spécifier quelques phases dans l'évolution de ce

grand créateur que
sera mis à son
vrai

le

rang

tard.

M. Degas

a

commencé par montrer un certain nombre de
d'un style absolument sobre, des
têtes,

peintures,

des figures isolées,

comme

la Meiidianle

(chez Durand-Ruel),

ou

la

tête

extraordinaire que possède de lui miss

Mary

Ca^satt.

Etudes en gris

et noir,

d'un caractère sévère,

dune
dans

aridité de primitif:
1

c était

lépoque où
et

le

peintre était
lui

ami de Gustave Moreau,
du

communiait avec
se

1

admiration de l'école lombarde. Là déjà
dessin,

prouve une

maîtrise

un

classicisme absolu, niais aussi
qu'atteste

une

insensibilité

étrange

plus

encore

le

EDGAR DEGAS ET SON tSiCVRE
Biu'caa <rim inagasiii de cotons à
-la

87
,

la

Nouvelle-Orléans où

perfection des vetemcnls noirs, des cotons blancs,

des boiseries grises et de leurs jeux de couleur, n'a
d'égale que l'insignifiance

du

sujet.

De

celte

époque

datent aussi d'admirables copies de Gliirlandajo. Toute
la lente

préparation de M. Degas à l'expression de
travail acharné,
la

la

vie

moderne témoigne dun

d'une

méthode rigoureuse, excluant
nesse, et beaucoup de ses

spontanéité de la jeu-

œuvres récentes semblent

plus jeunes, plus instinctives que ces premiers tableaux,
oii le

dessin a la sécheresse d'un document.
contraire des impressionnistes, qui s'enivrèrent

Au
de
la

lumière changeante, s'installèrent en pleine na-

ture avec la joie d'écoliers en vacances et improvisèrent

délicieusement tout un

art,

M. Degas,

patient, défiant

de

soi,

n'en vint que par degrés à

l'art qu'il sentait lui

convenir. La série des scènes de courses fut

le

prélude

de son art véritablement individuel.

On

y trouve une
les

curieuse alliance de ses qualités foncières avec une tendresse spéciale

dans l'interprétation du paysage
sont
traités

:

chevaux,

les

jockeys,

avec une science

magistrale du dessin, et du dessin cherché dans l'analyse minutieuse
l'instantanéité.

du mouvement, dans

la

notation de

La répartition des groupes dans l'espace,
sont d'un tact
et

leur

présentation, leurs distances,

d'une intuition qui révèlent déjà chez M. Degas

les

deux

qualités les plus hautes, la science des valeurs et

l'entente de la

composition rythmique.

Il

y a

là des

88

l'impressionnisme
lustrées

notations d'une subtilité rare clans les ro])es

des chevaux, les casaques bariolées,
bleus

les

blancs ou les
la vie et

d'une qualité

si

fine,

un don de

du
de

geste vrai,

un

sens aigu de l'élégance animale. Mais le
:

paysage surprend par sa coloration adoucie
perle, laiteux et diffus,

ciels

dans

la

neutralité chaleureuse

des atmosphères de belles journées, horizons imprécis,
vastes pelouses d'une verdeur discrète, tout se présente

avec une simplicité, une clarté harmonieuse où

les sil-

houettes sont baignées. Le faire de ces petits tableaux

de courses
Hollandais

est à la fois
et large,

minutieux jusqu'à évoquer
la

les

gardant

désinvolture

et

la

sa-

veur d'esquisse d'une vision rapide à qui rien n'a poiu'taiit

échappé. L'agrément vif des attitudes surprises,
la

des raccourcis, des strapasscments, se tempère par
sérénité de l'enveloppe aérienne
:

cela est osé et

me-

suré, véridique, décoratif et charmant, traité par tons
entiers, sans
éclats
inutiles. Rien,
le

dans ces œuvres,

n'eut

pu mécontenter même
l'amour du plein
le

plus académi([ue des
s'y affirmaient

peintres,

hormis deux principes qui
:

nettement
fluence sur

air
le

et

l'étude de son in-

ton local,

et

désir de

trouver,

par

l'expression
sitif

du caractère de

la vie

moderne, un dispoinat-

spécial de la composition,

une mise en cadre

tendue.

C'en fut assez pour désigner M. Degas
tion

à la

réproba-

des jurys, dont
fait

il

se soucia peu,

d

ailleurs.

Ses

sympathies, tout à

distinctes de ses intentions per-

r
f

CLAUDE MON ET. —

Peuplir rs au bord

n k

i/Eptf:

(Collection de M. Dur;ind-Ruel, Paris).

EDGAR DEGAS ET SON CELVRE
sonnellcs,
le

89
et

portèrent,

comme M. Fan tin-La tour
et

comme

Whistler, vers Manet

ses

amis, parce que

c'étaient des indépendants, des oseurs, des calomniés,
et qu'ils étaient résolus à définir la

beauté caractéris-

tique de leur temps, au lieu de

la

désavouer au profit

d'une esthétique transmise par
tagea la mauvaise, puis la

l'école.

M. Degas parses

bonne fortune de

amis
Mais
le

devant l'opinion,

et ses amitiés restèrent intactes.

son génie n'emprunta presque rien au leur dans

domaine des recherches
quelques paysages,
et l'on

chromatiques, sinon dans
peut dire que, dans
la le
il

do-

maine du dessin expressif et de
développée longtemps après
teur,

composition,

a été

leur maître à tous, avec Manet; encore son œuvre,
celle

de ce grand

initia-

en

a-t-elle

dépassé

les

glorieuses
et,

prémisses pour
ini-

devenir pleinement originale
mitable.

par certains côtés,
fut,

La vie publique de M. Degas

comme
Ces

celle

de tous ses amis d'ailleurs, vide de

faits.

artistes
les

longtemps réprouvés n'ont pas plus d'histoire que
peuples heureux
tolérés, puis
;

ils

ont peint, ont été bafoués, puis
et c est à

comblés d'éloges,

peu près tout

ce qu'on dira d'eux.
s'abstint des Salons.

le

19 juillet

i834,

M. Degas
il

Après un voyage en Amérique,

participa aux premières expositions privées

que

les

im-

pressionnistes organisèrent,
tier,

notamment rue Le
:

Pele-

puis se retira tout à

fait

il

n avait ni

le

goût du

r(Me de chef d'école,

ni le

tempérament combatif de
la critique,

Manet. Sceptique à l'égard du bien-fondé de

<)0

L IMPRESSIONMSiME
la retraite,

amoureux de

indiiTérent à

la

gloire
la

qui,

d'œuvrc eu œuvre, rehaussait sou

uom

daus

pensée

dune

élite,

il

céda ses

toiles à

des particuliers ou à des
et

marchands. Soucieux avant tout d'indépendance
solitude,
il

de

s'isola.

Les musées étrangers,

les

plus re-

nommées

collections européennes s'enorgueillissent de

ses œuvres, et l'adoption

du

legs Caillebottc
est

en a intro-

duit sept au
et

Luxembourg. Son influence
peu
écrit sur lui
;

immense,

on

a très

son renoncement hautain

n'a guère
la

donné plus de
et
il

prise à l'éloge maladroit qu'à

médisance,

est, à la fois

célèbre et mystérieux,
a qu'ils travaillaient

l'un de ceux

dont on a pu dire

pour

les

musées sans qu'on en sût

rien ».

Les tableaux de courses montraient déjà en M. Degas l'évolution de sa froideur primitive vers une nolatioii

plus

émue de

la vie,

de son impeccabilité austère

vers une science

aussi complète,

mais moins rigou-

reuse, plus sensible à l'ambiance.
série des

La

révélation de

la

danseuses marqua

la

pleine maturité de son

esprit et de son savoir.

Ce sont
beauté par
rité

des œuvres qui atteignent à

la

profonde

les qualités picturales, et à la

profonde véet vérilé

par

les qualités

psychologiques
la

:

beauté

qui font penser, qui ont

cruelle attirance

du

réel

pour

les

natures sincères.
idéalisé
;

Ici,

rien de factice, rien de
le

mensongèrcment
haut
et triste

qui n'a pas senti
le

charme
du peu-

de constater

vrai n'aimera pas cette

peinture.

La danseuse

est là,

véridique.

Fille

EDGAR DECAS ET SON OEUVRE
pie, destinée à figurer

QI
des foules
la

anonymement dans
elle est là

pour réjouir
de son âme

les

yeux du public,
de

dans

nudité par un

et la vulgarité

sa cliair, définie

impitoyable analyste, qui note ses mains lourdes, ses
grosses jambes, SCS clavicules saillantes, sa gorge basse,

son masque

canaille, sa chlorose,

son effronterie,

sa

bouche mal meublée d'où
la

l'on entendrait presque sortir

voix éraillée

et

faubourienne,

toute

son anatomic

souffreteuse d'être

mal nourri, son expression cynique,
et

gouailleuse ou

soudainement

sournoisement soules

mise au régisseur, qui dispense
ralise

amendes

et

capo-

rudement parmi ce
du luxe

petit
la
la

monde plébéien,
danseuse-étoile,

vicieux

et

anémique. Ce n'est pas
et

fulgulartislc
;

rante, reine

de

mode, que peint

penché sur

la tristesse caractérisée

du

plaisir

moderne
le

c'est le rat, le ballet des

« petits pieds sales »,

ba-

taillon sans gloire

qui

fait

masse contre

le

décor.

Le
que

peintre, ironique et impartial, étudie ces êtres tels
les

montre

le

jour blafard des grandes
de
la

salles

de répétiIl

tions, baignées

froide clarté des vitrages.

les

montre avec leurs chaussons, leurs jupons,
devant
le

travaillant

régisseur qui, en

pantouiles,

le

mouchoir
sa

pendant

à la poche,

rythme du frappement de
leurs

grosse
leurs

canne leurs exercices pénibles,

torsions,

assouplissements. Tout est dit avec une exactitude féro-

cement

spirituelle, le contraste

de

la

fausse grâce des
l'ieu

poses apprises et de la réelle laideur des êtres et du
se décèle avec

une sarcastique amertume,

et

pourtant

[)2

L IMPRESSIONNISME

rien n'est caiicaliiral.

La satire est incluse dans

l'expresici

sion du vrai. Mais cet être simiesquc, qu'on trouve

perché

sur

un piano,

là se

mirant ou rattachant sa

chaussure,

s'ennuyant sur un banc dans un corridor

auprès d'une de ces
incisif

Madame

Cardinal que

le

génie

de M. Degas

a peintes

avec un

humour incomil

parable, cet êlre laid, chez qui pourtant
injustice tel

a noté sans

mouvement
le

gracieux,

tel détail

de chair

jeune ou

telle inllexion

jolie

de l'Age ingrat, cet être
connaît que
il

chrysalide dont
voletant
le
;

public ne
la

le le

papillon

soir

sous

lumière,

nous

montre

transfiguré

quelques clinquants

et paillons,

un ruban,
vani-

une

fleur, l'irradiement

électrique, le feu de Bengale
la

d'une apothéose d'opéra,

chaleur,

l'émotion

teuse, l'espoir de plaire, l'oirre de
voici la

tout soi-même, et
la

transformation,

le

triomphe de

fac licite,
le

l'éblouissement des gazes, l'éclair des dents,
des lèvres,
la

rose

volupté pr(jmise par l'envol des bras ou-

verts, le vertige
les

de l'orchestre
la

en tempête éparpillant
des llcurs de pécher

danseuses sur

scène
!

comme

dans un coup de vent
ries

Les verdures peintes sont llcuet roses, l'illusion

de ces calices blancs

de

la féerie

elFace les laideurs

du

vrai jour.

L'étude seule des œuvres peut faire mesurer tout ce

que

M. Degas

a

mis desprit, de psychologie,

de

science dans cette série extraordinaire. Presque toutes
ces toiles sont des chefs-d'œuvre de
lité

peinture

:

la

quala

savoureuse des blancs,

la finesse

des lumières,

J

EDGAU DECAS RT SON rsavUK
Icgèrelé des ombres, la composition

g3

sont

dune
celte

indo-

niable maîtrise. Jamais
nière la

on navait conçu de

ma-

disposition des groupements,

leur encliaînc-

ment décoratif, leur
plans.

rytlime, l'arrangement des premiers

Tout

est significatif,

imprévu

et

profondément

logique; tout est exprimé dans sa matière propre, tout

s'ordonnance avec

le

goût

le

plus net. Salles grises,

robes blanches, piano noir, une ou deux

notes roses

ou jaunes, avec
lue.

cela se construit
le

une harmonie abso-

Le dessin d'une nuque,
la

mouvement d'une jambe
torse, la
:

impatiente,

cambrure d'un jeune
bras,

maigreur
tout est

élégante d'un
caractéristique,

emportent l'admiration

un coude, un genou, un

nez,

jusquà

un angle de mur ou une ombre,
concourant
à l'ensemble, et
ait
il

tout défijiit le détail en

n'existe pas de

romande
il

mœurs
ait

qui

mieux synthétisé un milieu, comme

n'existe pas de peintre

moderne qui

soit

plus savant ol

plus de style.

Mais ces chefs-d'œuvre

techniques
caustique,

sont aussi des chefs-d'œuvre d'observation

désanchantée, amère, bien que

l'artiste

s'interdise les

déformations
l'œuvre dans
l'ont
fait

et

contienne

la signification

morale de

les limites inflexibles

du

vrai,

comme

ne

ni Forain,

ni

Toulouse-Lautrec, ses dis-

ciples(i).

L'humour de
la

cette a^uvre résulte

uniquement

du contraste entre
(i)

perfection picturale et le sujet lui-

M. Forain
AI.

et

M. Alexis Rouart

sont, avec Miss Cassait,
qu'ils furent ses élèves,

les

seuls

amis de

Degas dont on puisse dire

en ne pre-

nant aucunement ce mot dans son sens habituel.

()^

l'impressio>'msme
:

même

rien à y ajouter,

l'insistance
;

même
le

sur

tel

point risible ou navrant est superflue
déré absolument par un œil
(pii sait

sujet,

consi-

tout voir, révèle
et,

lui-même

tout ce

que nous devons en penser,

sous

l'apparente froideur de cette vision réaliste, qui semble
enregistrer mathématiquement,
railleuse, l'ironie

se devine

l'intention

presque effrayante de M. Degas. La

Danseuse chez

le

pholof/raphe. par exemple, restera
classique

une
de
ate-

pure merveille satirique,
science qui extrait
le

par

la

profonde
et

maximum

de sensations
:

pensées du
lier

minimum

de moyens extérieurs

un

nu, dont les vitres laissent voir un

paysage de

toits,
la

une grande
fait

fdle prenant,

dans une lumière froide,
soir,
il

pose qui

son succès du
:

un pan de psyché,
a là

c'en est assez

pour tout dire

y

un

acte entier

d Henry Becque, ce Degas du théâtre, une merveille de dessin
et

et il

y a aussi

de tonalité, rien de vulgaire
style et

rien d'appuyé, la sobriété
cule,

du grand

dans

le ridi-

un charme.
la

La Danseuse-éloile du Luxembourg,
ybyer (collection Camondo),
telle

Répéfilion au

œuvre chezM.Rouart
de

ou M. Jacques Blanche,

témoigneront du sens

beauté non pessimiste de cet observateur exceptionnel,
(jui seiait le

Debncourt contemporain,
et

s'il

n'était

par
s'il

surcroît

un grand peintre

non un
détail

petit-maître,
la

n'avait à volonté inféodé le

à

grande ligne,

l'anecdote à

la

composition de haute allure dans des

proportions restreintes. Mais ses facultés de physiolo-

EDGAR DEGAS ET SON OELVllE
Sfiste

f)i>

devaient trouver dans l'étude de
les

la

femme nue un
le

motif plus capable encore de
rassé

manifester. Là, débar-

même

de

l'intérêt

anecdotique,
figure

dessin de

M. Degas,

en face

de

la

humaine dans son
grandeur expres-

unité, devait s'élever à la véritable
sive
.

lia apporté, dans

Icxamen de
ses

ses

femmes au

tulj,

de ses baigneuses, de

femmes

à

leur toilette,

la

même la même
dans
la

ironie discrète, mais intensément sous-entendue,

puissance analytique,
il

la

même

originalité

présentation, mais

y a joint quelque chose
:

que

ses autres
si

œuvres ne contenaient pas

un

senti-

ment
que

vif des

volumes, des consistances, des plans,
statuaire,
et

ses

nus ont une massivité
la

qu'on en voit

avant tout
telle

masse organique
qu'ils

non
à

la

couleur, d'une

manière

font penser

Rodin plutôt qu'à
la

d'autres peintures.

M, Degas a conçu
ces
la

lemme nue

moderne avec

la

nuance que
:

mots accouplés sem-

blent absurdes de contenir
n'a, en effet, rien

femme nue moderne
esthétique, c'est

de

la

femme nue

un

être qui n'a plus l'habitude d'être

nu sinon dans une

chambre,

et

que nous n'avons plus l'habitude de voir
le

esthétiquement, soit qu'elle s'isole pour

bain, soit

que

d'auti'cs motifs

nous

la

montrent, qui n'ont avec

l'esthétique

que des rapports indirects.

Un

être cjui

n'a plus l'habitude de la nudité ne sera jamais qu'un
être

déshabillé,
la

et,

d'être vu,

lorsueil en lui
la

sera

primé par

gaucherie. Cette gaucherie de

créature

96
ordinaircmenl vue

L IMPRESSIONNISME
altifée,

accoutumée aux

cloflcs

et

ayant calculé ses mouvements pour

les faire valoir

en

s'en rehaussant, cette gaucherie de la créature dont le

mystère de

la toilette et

accroît notre

désir,

et

qui se

trouve désarmée
notée

animale tout à coup, M. Degas la
il

avec

une

subtilité troublante, et

y a décou-

vert de multiples prétextes

aux modifications des mou-

vements. Là son élude

s'est rafïinée

amoureusement,
concentrée.

sa

passion

du diagnostic

sest

L ne
peut,

femme nue

peinte par lui vaut tout

un

livre.

On

à sa façon de saisir

un

lin2:e
si

ou de relever ses cheveux

sur sa nuque, deviner
nei'veuse,
l

c'est

un

être

pudique, ou une

ou une femme peu gênée

d'être

vue nue

:

on
des

ausculterait. Sa chair porte les traces

du corset
dans

et

plis

du linge; on

sait ce qu'elle serait

la rue,

on

reconstitue ses pensées. Elle est tout entière élucidée

par ce merveilleux dessin qui poursuit
veine, d

le tracé
le

d une
la

un réseau nerveux, exprime
la

grenu de

chair de poule sur

peau lotionnée d'eau
la

froide, et

pourtant ne nuit en rien à

largeur des plans,
les

à la

grande silhouette définissant

volumes.

Alentour

rode une atmosphère chaude, moite, lourde, emplie de
silence et d'odeur féminine; mais, sauf quelques accessoires, tub, brocs de porcelaine,

pans d'étoffes à

fleurs,

lingeries, rien

n existe dans

le

tableau, sinon le torse

ou

l'entière nudité qui l'emplit:

tout se devine

par

réciprocité avec l'être, qui est le seul sujet.

Ces nus de M. Degas,

si

différents des

nus d

atelier

DEGAS.

Deux Danseuses au foyer.

EDGAR DEGAS ET SON

fff:UVRE
Ils

Q'J

OU

d'école,

ne symbolisent rien.

nonl de

raison
Ils

<l!existence

que dans
la

la A-crité

même

de leur élude.
la force

prennent alors
les

consistance du bronze,

qui

condense impressionne. Ce sont des entités afRr-

inées avec

une volonté

et

une sûreté dignes des vieux
Il

maîtres primitifs du réalisme.

y

a

quelque cbose de
dans

sombre dans

cette beauté,

une

tristesse liautainc

ces gris et noirs.

Ce sont bien

les

œuvres d'un
illu-

homme
elles

profondément compréhensif, à qui toute
et

sion est irrespirable,

qui « voit

les

choses

comme

sont ».

Formule

elfrayante sous son apparente
et fatal

banalité,
fixer

don admirable don qui

de pouvoir réellement

une minute de l'évolution continue des apparences
interdit le rêve et

vitales,

défend

à l'artiste

d'être indulgent à

soi-même

!

Ce qui

est tracé là,

dans
:

ces peintures, c'est l'expression d'un instant de la vie
et

de l'évidence

même

de ces aspects résulte un trouble

qui grau dit avec l'examen. Tout ce qu'il y a derrière
ce qu'on voit, tout ce qui est « la réalité seconde », c'est-

à-dire l'essentielle,

est

suggéré par ces œuvres. Elles
détails,

ne sont pas de minutieuses copies des
qu'on pourrait appeler l'épiderme de
la

de ce en
et

vie

:

elles

expriment avec largeur
elles les

et style

les états essentiels,

expriment

si

nettement que du

même

coup on

pense à ce qu'elles masquent, au de
lois générales,

monde

de pensées,

d'invisibles et indicibles conditions
les

qui s'étend derrière
ici, c'est le

choses représentées.

Le

réel,

profond, exprimé avec austérité, et c'est

()8

l'i:mpressio>m?;me

ce qui sépare totalement

M. Degas de
qui

l'art anecdoti([iie,

c'est là sa beauté, c est aussi ce

fait

peur aux esprits

supeificiels, qui l'abordent

en croyant trouver un peintre
et

de chevaux, de danseuses

de nudités,

et

ne contem-

plent de toutes ces choses que la vision recréée, grandie,
stylisée,

haussée à

la

synthèse.
tel

La puissance du beau classique,
l'a

que précisément
synthèses

résumé Ingres

dans

ses

admirables

linéaires sufTît ici à mériter le respect de ceux qui con-

testeraient cette conception trop réaliste de la

femme.

Ce qu'on

appelle la beauté féminine, c'est-à-dire tout ce
et la

dont lamour

tendresse sentimentale parent l'ani-

mal humain,

est inféodé

par

le

peintre à la beauté picil

turale elle-même,

la seule

dont

ait souci.

L'expres-

sion magistrale

du
:

vrai,
il

il

ne faut rien demander de
il

plus à M. Degas

la veut,

n'aime qu'elle,

et

il

ne

vibre pas plus devant une forme que devant une autre.

Une

forme,

un volume,
on ne

quels qu'ils soient, mettent en

jeu ses facultés,
tions.

saurait distinguer ses prédilecqu'il

Tout au plus remarquera-t-on
et

préfère
le relief

peindre des torses nerveux
plus visible des muscles

minces parce que

llatte

davantage sa passion

d'anatomiste. Ses peintures ne disent rien de son
c'est

ame
lui,

:

un

abstrait,

un

exact,

on ne

sait rien

de

ni

son

plaisir, ni
!

son émotion,

mais quel extraordinaire
!

dessinateur
C'est par là

Quelle puissance dans cette impassibilité

que M. Degas mérite

d'être

rapproché de

certains maîtres révérés par l'école, et

quand on trou-

EDGAR DEGAS ET SON OEUVRE
vera plus lard quelqu'un de ces dos de femmes, on

QQ
le

présumera dû

à

1

un des plus savants

et

des plus aus-

tères classiques qui aient jamais,

auprès des sensuels,
poursuivi
l'étroit

des

passionnés et

des
la

décoratifs,

mais intense idéal de

perfection

du morceau. Art
mais

chaste, amer, sarcastique, singulier, déconcertant,
art absolu,
l'art

de M. Degas louche à deux ou
il

trois points

de

la vie

:

mais

ne
il

s'est circonscrit

que pour mieux
à la façon

pénétrer, et là où

a louché,

un peu

d'une

brûlure, là

personne n'aura plus à toucher, personne

nelTacera

la

marque

indélébile.
le

Nous pouvons

désirer
le

autre chose,

regi'etter

lyrisme,

l'enlhousiasme,

rêve, en venir à être presque irrités de cette vision

imle

placable qui ne fera grâce à aucune illusion
prestige delà perfection est
là,

;

mais

obstiné, intact, et ce n'est

point

la

perfection

d'Ingres, avec ses tendances à la

correction bourgeoise ou au
fection qui rend inquiet,

pompeux,

c'est

une perle

parce qu'elle révèle

fond

des choses, avec tout ce qu'il sous-entcnd de décourageant.

Comme

ceux de l'borrcur,

et

mieux qu'eux,
:

les

charmes du

vrai n'enivrent

que

les forts

et

c'est

de

qu'est

venue l'impression de pessimisme satirique
il

que M. Degas a donnée, tant
le vrai sans

est

malaisé d'accepter
triste

y voir l'accentuation
que
vie

de

la vérité

qu'on incline toujours à penser plus plaisante. Cette
impression,
la

ordinaire,

avec son habituel
et

système de compensations, donne
tour,

reprend tour

à

on

la

trouve condensée

et

renforcée lorsqu'on

I

OO

L IMPRESSIONNISME
et

aborde l'œuvre de ce singulier, rude
qui ne
prêter
s'est

amer

génie,

jamais soucié d'arranger

le

vrai et de lui rien n'est

du charme, estimant sans doute que
que
le

plus

triste

faux agrément, plus laid que l'inexact,

et qu'il aura toujours assez

d'amis dans

le petit

nombre

des ennemis du mensonge.

Quelques exquises notations de
achèveront de caractériser
la

la vie

conlemporaine

qualité de cet esprit et
le

de cette peinture

:

par exemple,

Café (musée du
filles

Luxembourg), où des
sément

silhouettes de

sont

si

inten-

révélatrices de toute
et

une

classe sociale, sur

un

fond de lumières
reté

d'indication

dombres d'une ténuité, d'une légèsurprenantes. De là le talent de
original, est
sorti

M. Forain, indéniable, mais non
tout entier,

ou encore de ce

petit

chef-d'œuvre d'hu-

mour

qu'est le pastel des Figura/ils (Luxembourg), où
est

chaque touche

un

trait d'esprit,

ou encore de
l'art

ces

études de blanchisseuses, qui sont ce que

moderne
et

a peut-être produit de plus osé, de plus juste

de plus

étonnant par

la

mise en place,
des
types, la

la

notation des gestes,

la signification

précision violente
la « distinction »
si

du cades va-

ractère

et,

en

même
C'est
la

temps,

leurs et des relations tonales,

je puis

me

servir de ce

mot galvaudé.
M. Degas, par
a ce
privilège

bien

à

dessein que je l'écris.

beauté de

la ligne et

des harmonies,

d'ajouter
et d'élevé à

immanquablement quelque
des sujets, qui,
le

chose de rare

interprétés
« bassesse »

par tout autre, encourraient

reproche de

DEGAS.

La Toilette.

Pastel.

EDGAR DEGAS ET SON OÎUVRE
cher
à la critique

lOI

de jadis. Devant

tel

corps où se con-

state la souillure, la veulerie

ou

la

déformation d'un

abus professionnel, au décor suspect d'une chambre
sans intimité,
l'observation cruelle

du peintre nous

impose l'admiration de valeurs puissantes ou nous
téresse

m-

par

la

préciosité de la technique,

qui atteint

parfois à la subtilité rafhnée. Pastelliste

incomparable

dans l'époque, M. Degas, sur un simple papier Ingres,
réalise des

prodiges avec son exécution par hachures

verticales ou, dans de

minuscules études,
la

comme

l'au-

dacieuse petite Feniinc à

lolllefle

du Luxemboni-g,

par d'incompréhensibles mélanges de poudres égrati-

gnées d'eau-forte, de crayon noir, par de brusques interventions de tons étalés, transparents
et

comme un

lavis

surchargés d'arabesques. Le mystère du procédé rele sujet

hausse, ironiquement encore,
tlent.

brutalement évis'il

M. Degas
la

a

poussé plus loin,

se peut,

cet

amour de
au

complication technique dans ses paysages

pastel. El là

seulement peut-être se dévoile un peu
réaliste,

de son ame. Rien de moins
la vision directe,

de moins asservi à
oii

que ces aspects de nature
oii

sejoucnt

de radieuses tonalités orfévries,
d'horizon,
ciel,

un champ, im bout
hmite d un

une silhouette de
les prétextes

colline à la

deviennent

d'harmonies versicolores,
et

de moelleux écrasements assourdis

chauds

comme

un

tapis d'Orient, avec de soudains

miroitements de d'un grand colosimple,

soierie.

Ces paysages sont
dans

les caprices

riste qui,

sa peinture à l'huile

si

comme

102

L IMPRESSIONNISME
s élaiL

dans ses figures au pastel plus complexes,
tairement limité au gris
valeurs, ne se permettant
et

volonles

au noir pour exprimer
le

que secondairement

rehaut
fut

de quelques tonalités
aussi celle de Wliistlcr.

discrètes,

conception qui

Caprices savoureux

et

chatoyants, qui prouvent à
se libérer et se renouveler

quel point
lorsqu'il est

un maître peut
vraiment
fort,

en

cet art

un peu
un

terrible

ces paysages apparaissent
les indices

comme

des sourires, ce sont
cliez

d'une propension au songe

homme
ses

dont on eût pensé qu'il ne rêvait jamais,
aussi les
seules

et ce sont

œuvres

oii

M. Degas montre, par
affinité

harmonies de tons fragmentés, quelque

aux

préoccupations de chromatisme de ses amis impressionnistes.

En

tout

le reste, c'est

un

classique, et des plus

sérieusement volontaires, de pure lignée française par
sa passion

du

vrai,
la

son goût pour
l'acuité

moment où il vit, caractérisation, son humour contenue,
son amour du
et j'y
et

de ses dons psychologiques. Classique,

insiste d'autant plus
cette

que l'apparence dément ce mot

idée.

Les peintres d'école, en secret, n'y contre-

disent

pas.

Pour

les

plus

brillants

d'entre

eux,
le

l'œuvre de ce grand solitaire est
savent très fort de
vità l'écart, pas
tient
la

un exemple. Tous
et

vraie force,

cet

homme

qui

même

décoré, les hante. Quelqu'un qui

de près à M. Degas
se trouvait

me

racoiilait (pi'uii jour,

dans

un salon où
ci

un membi'c de
Degas
:

l'Institut, celui(pioi
!

se

récria

au

nom

de

«

Eh

vous

le

EDGAR DKGAS ET SO> OEUVRE
connaissez! Parlez-m'en. » Et

Io3

comme

l'ami, surpris,

concédait courtoisement
sieur,

:

((

Je n'eusse point cru,

mon-

que ce

nom
le

et cette

œuvre vous...

— Et

com-

ment, répondit
sot

peintre académique,
est le

serais-je assez

pour ignorer que Degas
siècle?
et

premier dessinateur
le refuseriez,

du

Mais... aux Salons, vous

vous

vos collègues...

— Oui,

oui, se récusa lillustrc
le

officiel

avec quelque gène, mais les Salons,
pas de
))

jury, autre

cela

n'a

rapports...

enfin,

c'est tout

chose...

Lors de l'acceptation du legs Caillebotte,
les fureurs,
il

qui déchaîna

est à

remarquer que

le seul

nom
tives

de Degas ne fut pas agrémenté de quolibets.
Pissarro, Renoir
;

A

Monet,

ou
il

Sisley,
est

les

pires

invec-

furent prodiguées

impossible de trouver
seule

trace,

dans

les

journaux de l'époque, d'une

phrase désobligeante à l'adresse de M. Degas.
dit rien,

On

n'en

mais tous savaient c[u"un maître

était là, et

un

maître classique, capable d'entrer à l'Ecole et d'y don-

ner des leçons aux plus forts
ter,

:

nul n'eût osé
taire,
telles

le

contes-

on jugeait prudent de s'en

car la discussion
la filiation

eût conduit à reconnaître en de

œuvres

évidente des grands traditionalistes.
sions,

En

d'autres occa-

on

a

plaisanté les

((

taches » de Sisley et de
le

Monet,
avec
la

donné des conseils sur
désinvolture qui est
le

dessin à Renoir,
;

propre des échotiers

mais

le silence fait

autour de M. Degas

est significatif.

Ce

silence des incompréhensifs est

comme

l'ombre de

la gloire.

104

L IMPRESSIONNISME
si

Esprit liilérairc, certes,

Ion veut consentir

ù évo-

quer La Bruyère
les

et les

Goncourl, ou plutôt celui-là dans

décors de ceux-ci, esprit dont on ne saurait dire

qu'il est désenchanté,

puisque rien ne

lui plaît

au degré

d'une constatation juste, espritd'une impeccable tenue,
ni vaste ni altier, mais corrosif à force d'analyse, envi-

sageant peu à

la lois et

n'errant jamais

:

peintre d'une
et,

valeur prestigieuse, harmoniste sans défaillance,

à

coup

sur, l'un des plus

grands dessinateurs de lart franla

çais, dessinateur

ayant amené lart à
lui laissant sa

rigueur malliéet sa

matique,

tout en
:

verdeur

saveur

dinstantanéité

théoricien ayant créé
le

une composition
s

nouvelle dont tout
et

dessin contemporain

inspire,

ayant déiini, avec une perspicacité digne des plus
les

beaux Japonais,

rapports des lignes mobiles d un
il

être avec les plans

immobiles du milieu où

est placé;

voilà

ce

qu'on peut dire de M. Degas, surprenant
et

maître du mouvement,
cela,

quand on en aura
définir,

dit tout

on n'aura rien
le

fait

pour

avec des mots qui
tact,

échouent,
vérité,

charme unique d'amertume, de

do
sait

qui

s(>

dégage de son œuvre, avec on ne

quel inystèic dans révidence.

DEGAS. — La Danse u se- ktoilk.
l'aslcl f.Musce

du

l.uxeir.bourii).

YI
Auguste Renoir et son oeuvre
(184.)

VI

L'œuvre de M. Auguste

Uciioir^^i)

s

étend sans inleret s
il

ruption sur quarante années fécondes,
lait

en

était

une exposition d'ensemble,

le

public resterait stu-

péfait

devant ce prestigieux amoncellement d'œuvres
et

dont des centaines sont considérables,
n'est
néo;li"feable.

dont aucune
Salons,

L'artiste

s

abstenant des

-autant à l'époque

où on len excluait qu
l'y attendrait, le

à celle-ci,

une place d honneur

public n a pu

qu'imparfaitement suivre, par des

visites

aux exposi-

tions particulières, révolution incessante de

M. Renoir.

L

entrée

du

legs Caillebotte au

Musée du Luxembourg,
deux admirables
la

brillent sous cette signature
la

chefsa

d'œuvre,
révélé
le

Balançoire
à

et

le

Moulin de

Galette,

peintre

beaucoup de personnes qui ne

savaient de lui qu'un
raît
là,

nom

respecté, et

M. Renoir appaparmi

dans une collection formée avant l'époque
grandes œ'uvres impressionnistes,

des

vraies

bien des ébauches prometteuses,

comme

le

plus

homo-

gène des maîtres représentés, plus que Monet, plus

(i)

à

Limoges

le

20 février i8ii.

Io8

L IMPRESSIONNISME
el

que Manet,

même M,
les

Degas.
;

On

plus qu'on ne
près entier.

y juge

on y

voit

y pressent, M. Renoir à peu
les

Dans
iiUKjc à

le

noble tableau de M. Fantin-Latour,

Homles

Manet, qu'on voit au

même

Musée, parmi
le

artistes

ou critiques groupés derrière

maître assis à

son chevalet, auprès de Claude Monet, de Bazille, de
Zola, de

Braequemond, un jeune

homme

est

debout,

vêtu d'un macfarlane noir et coiffé d'un feutre noir; sa
tête est

maigre, avec un profd de chèvre, des yeux fins

à demi-clos,

une expression de sensualité

subtile,

de
et

modestie un peu farouche, de réticence, de caprice
de mélancolique nervosité. Ce jeune

homme

profondé-

ment
noir

défini là par l'art

psychologique de M. Fanliret

Lalour. grand perspicace
;

grand rêveur,
encore,

c'est
le

M. Re-

et

il

est
l'a

presque

tel

avec

môme

caractère qui

tenu éloigné de toute mondanité au
la

point

qu on
si

se

demande comment
lui

Légion d honneur,

même

tardivement, a pensé à lui plutôt qu à Monet

ou à Degas, complétant avec
Si l'on osait

un

li'io

de

solitau'cs.

créer des divisions dans son œuvre, qui

a touché à presque tous les genres, portraits, nudités,
lleurs,
les

paysages, scènes de genre, on pourrait peut-être

chercher dans sa technique plus raisonnablement
ses sujets,
qu'il a

que dans

constamment

intervertis

selon son caprice, et en reconnaître trois principales.

La plus ancienne
le

le

montre épris d'une facture

lisse,

couteau à palette

remplace constamment le pinceau.

AUGUSTE RENOIR ET SON Oi:UVRE
et qui est celle des Balf/iieusrs,

lOO

dont

M

.

.liicfjucs l»lanclie

possède un admirable témoignage,
cette

le

plus complet de

nombreuse

série.

Et tout de suite, devant cette
la

facture,
çaise.

s'impose l'idée du retour à

tradition fran-

C'est à

Boucher qu'on songe invinciblement
traité

devant cet impressionniste honni,

de barbare,
les gazetiers

de dément, d'audacieux mystificateur par
et les peintres

académiques d

il

y a trente-cinq ans.
et

C'est à l>oucher que se réfèrent ces chairs riantes
polies, ces altitudes vives, ces

modelés d'émail cernés
et

par des linéaments sobres, cet éclat net
précision

doux, cette

un peu sèche des

traits

réagissant sur cette

pâte grasse, ce contraste de tonalités excluant presque
les

ombres, cette façon de répandre partout
1

la

lumière

sans
le

amener progressivement sur un
cette simplification
et

seul point par

mystère des demi-jours. C'est à Boucher que redes formes, exprimant les

monte

volumes des corps

réduisant au

minimum

le détail

intérieur de ces volumes, soulignant à peine

un nombril
face, et
j^e

ou

l'aréole

d'un sein dans un torse vu de

préoccupant avant tout de

sa valeur sur le fond. C'est à

Boucher enfin que s'apparentent

ces

harmonies acides,

certains bleus vifs, la pâte de Saxe de ces nudités heureuses. Mais l'apport personnel de

M. Renoir,

c'est la

franche recherche

du

clair sur clair,

l'identification
et l'accentuation
le

presque absolue des valeurs aux fonds,

des cernures des silhouettes, où se précise déjà
venir des estampes japonaises. Ces

sou-

Baigiieases sont

IIO
stylisées

L IMPRESSIONNISME

dans un sentiment décoralif
la

très volontaire,,

qui ne permet à

recherche de

la vie

que de s'exprimer

en second. Elles sont animées par un coloris tendre, on
le

rose

domine avec quelques hleus

et

des tons ivoirins,
à

selon

un

parti pris décoratif les

ramenant

une har-

monie

unitaire.
cette

Auprès de

conception picturale, on

peut en

discerner une seconde, qui

marque

le

rapprochement

de M. Ixenoir vers

la vie réelle et

vers la vision de ses

amis. C'est celle de ses paysages, de ses fleurs et de ses
portraits.

On

y sent

la

parenté directe de Manet

et

de

Claude Monet. Les paysages s'expriment par des
dhures

lia-

de

couleurs,

massées,

juxtaposant

les

tons

du

spectre, s'accumulant tout à fait selon le procédé

impressionniste, supprimantle tonlocal, peignantmoins
les objets et

que leur transparence à travers l'atmosphère,
les colorations

décomposant

apparentes de

la vie

en

isolant leurs éléments naturels sur la toile

pour

les re-

composer

à distance sur la pupille

du spectateur. Les

portraits de

M.

licnoir, parallèlement, se transforment,

et sont profondément apparentés à ceux de Manet par
la

largeur de l'exécution,

la

franchise de la présentaà tant

tion, le volontaire

mépris du détail fignolé, cher
les

de peintres. L'artiste recherche avant tout
exacts et la justesse des valeurs, où
science,
il

volumes

voit la vraie

que l'académisme renferme dans l'exécution
détails sur toute la surface

également poussée des
tableau
:

d'un

il

comprend

l'illogisme de cette pseudo-per-

AUGUSTE RENOIR ET SON Œ:UVRE
fection qui s'intéresse autant à

I

I

I

un bouton
l'intérêt

d'habit qu'à

un

œil,

il

se

préoccupe de graduer

de

la pein-

ture qui doit, tout en exécutant avec justesse toutes les
parties, guider le regard
tiel,

du spectateur au point essensoit pictural.

soit

psychologique,

Ce choix, qui

est la vraie

preuAC du goût, M. Renoir en sent toute
le

l'importance. lia

sens inné d'une notion naturelle,

niée par l'académisme, celle

du but même de

la

pein-

ture, qui n'est pas la reproduction,

mais Vinlerprétalion
étant les dépen-

des détails,

le

costume

et l'accessoire

dances
brandt,

et les

accentuations extérieures

dun
un

être.

Remune

Ricard ont

peint avec
les

soin

])ijou,
ils

cravate,

mais

ils

ne

ont pas copiés,

leur ont

donné leur

relief et leur élégance,

en leur appropriant
curieux équivalait

une facture précieuse dont
à leur préciosité

le travail

même. La

jîeinture

de

Monticelli

donne bien plus authentiquement l'impression dune
pierrerie qu'un

pendant

d'oreille copié

méticuleusement

par Desgoffe. Enfin,
désir fondamental
tion.

M. Renoir obéit encore à un
vrai peintre, celui de la sugges-

du

Et autour

d'une figure

comme
la

par exemple
il

la

Jeune

femme

assise

au tjord de

mer.

indique

la

grève, les flots et

le ciel

par quelques larges touches
la

qui suffisent à en donner

notion, étant justes dans

leur ton et leur valeur, sans pourtant nous

empêcher

de terminer pour ainsi dire par
accessoire

le

souvenir ce paysage

selon

les

grèves

et

les

vagues que nous

vîmes, cependant que ce

même

travail

ne nous

est

pas

112

L IMPRESSIONNISME
la

permis pour

figure, qui est

un

portrait précis, et

où nul

trait

ne peut être ajouté par nous.

Ce mélange de suggestion par l'inachèvement apparent (i) et de réalité vive, cette différenciation de facture

dans

le

même

tableau, ce

don de

s'arrêter à temps, cette

finesse des tonalités sur ces formes larges, ce
traits

sont les

par où M. Renoir sallie intimement aux autres

impressionnistes, c'est par eux qu'il compte dans leur

groupe militant de
la facture

Iccliniciens.

Il

s'écarte dès lors de

des Baigneuses, et peint ses grandes œuvres
le

modernistes,
(ïaleUe,
la

Déjeuner des Canotiers,
la fei-rasse, le

le

Moulin de

la la

Loge, Sur

Premier pas,

J^emmeau

cJud,

en dissociant
et

les tons, et

en abandon-

nant sa façon émaillée

son coloris unitaire. Mais sa

nature est trop capricieuse pour se discipliner avec une
seule technique. Tel paysage. Route de Louveeiennes,
se ressouvient de Corot, et
telle

Ferme évoque Anton
La Femme au
le portrait

Mauve avec un

coloris impressionniste.

col cassé s'apparente à Manet, tandis
»S7.s7(?y

que

de

pousse jusqu'au pointillisme, que

les

néo-impres-

sionnistes érigeront en système bien plus tard, le souci

do

la vibratililé

des touches sur celte figure nerveuse.
la

La Pensée évoque

façon de certaines esquisses an-

(i) Est-ce à Corot qu'il faut décidcmoiit attribuer le
«

fameux mot
presque

:

On

ne voit rien

et tout

y est »

?

Mot typique, qui
suggestion,
« fini »

est

la for-

mule de l'anti-académisme, mot
argentées, qui fut

a[)plicable

au grand poète des brumes

un maître en
la

mot

repris par Wbistlcr,

Carrière et Rodin contre

notion du

qui hypnotise l'Ecole.

AUGUSTE RENOIR ET SON OÎUVRE
glaises,
les

Il3

notamment de Hoppner, en y mêlant librement
Mais dans toute cette vivace étude des

hachures.

techniques, à laquelle M. Rehoir s'adonne avec une

verve

et

une volonté surprenantes, toujours reparaît
Jeune fille
((u panier

rinvinciljle instinct français. La.

est

un Greuze peint par un impressionniste. La
Jeune
rough,
nière et
fille

délicieuse

à

la

promenade

s'affilie

un peu

à

Gainsbola

mais essentiellement à Fragonard, par
le

ma-

sentiment. La Lofje, ce chef-d'œuvre qui, à
la

l'Exposition de 1900, était

merveille des salles imd'il

pressionnistes, condense toute l'élégance française

y a vingt-cinq ans. Dans le Déjeuner des Canotiers, dans la scène de bal du Moulin de la Galette, la psychologie
des types parisiens égale les plus saisissantes trouvailles
expressives de Manet.

La Balançoire
siècle

est aussi

proche

des jolies choses du

xvnf

que

les

Fêtes Galantes
fait

de Verlaine, dont M. Renoir eût peut-être
cieuse illustration.
laine, le
Il

une

déli-

y

a,

en plus,

comme

dans Ver-

ragoût du modernisme interprétant un siècle
indéniable.
le

disparu, mais la filiation est
telles

Devant de

œuvres,

comme
le

devant

portrait de Jeanne
sensitif qui

Samary en robe de
et

bal, tout

homme

aimera

comprendra

caractère inimitable des

mœurs, du
celle d'être
et

goût, et de l'art de notre pays ne pourra se défendre

d'une sensation singulièrement captivante,
chez
lui,

devant l'œuvre d'un peintre de sa race

de

son sang.
Et
la

troisième manière de M. Renoir lui est tout à

1 I

4
personnelle.
ses
11

L IMPRESSIONNISME

fait

y expose un coloris pailiculier
factures.
Il

et

y

mêle

deux autres

y concilie ses hachures
la

de tons dissociés,

et ses

premières préférences pour
Il
Il

peinture au couteau à palette.

y recherche des harjoue des dissonances
réalise

monies presque discordantes.
avec une subtilité versatile.
((

Il

d'étonnantes
les

impressions fausses ».

Il

afTectionne

couleurs

craintes par les autres peintres, semble prendre

pour
à la

thèmes

les

tapis

du Turkcstan,

et,
il

abandonnant
la

fois la stylisation et le réalisme,

conçoit

peinture

comme une symphonie
des tètes déjeunes
Il

de tonalités rares. Des fleurs,
sont des prétextes suffisants.
rose turc, la fraise écrasée,
les

filles, lui

s'amuse à assembler
vert acide
:

le
il

le citron, le

noue

et les

dénoue en

longs filaments, en écheveaux mariés et dissociés. Tantôt
il

les
il

harmonise par des nuances complémentaires,
les

tantôt

oppose brusquement, tantôt

il

se

complaît

à amasser des colorations fades qui écœureraient chez

d'autres et dont
tantôt
il

il

tire

subitement une harmonie,
la

et

revient à riiarnionie par

dégradation des

tonalités les plus crues,

exprimant
le

la

douceur avec
la gaîté

le

vermillon, la tristesse avec
le gris et la

jaune d'or,

avec

dureté avec

le bleu,

paradoxal, inégal et

bizarre musicien de la couleur, analogue à ce singulier
et si

attachant symphoniste qui a
est

nom Claude

Debussy.

On

étonné, inquiet, charmé, déconcerté,

comme
une

devant un chale de ITnde, une poterie barbare ou une
miniature persane,
et

on renonce

à cerner dans

AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE
•définition cet

IIO

exceptionnel Aiiiuose, qui n'a rien des

roueries

du
fait

virtuose, et dont l'amour passionné de la

couleur
la
le

toute la science. C'est dans cette partie

plus récente

— de son œuvre que M. Renoir apparaît
le

plus capricieux et aussi
liiit

plus poète des peintres de
la critique

sa génération,

pour décourager

qui cata-

looue D

les

hommes au

lieu de les suivre.

Sa technique n'est pas moins variée que son inspiration. Ses baigneuses sont

modelées au pinceau dans
la chair
le

une pâte

étalée

au couteau, aussi grasse que

elle-même, nourrie par couches successives, ayant
poli et la consistance

du kaolin

;

jamais

le «

blaireaule

tage

))

de M. Bouguereau n'en dépassa

la

nacrure,

lissage, et

cependant cela n'a rien de fade ni de blême,
ne sont pas en porcelaine,
»,
elles

et ces chairs

n'ont rien

de

((

léché

à

cause des

cernures précisées des

silhouettes, à cause de la vérité des volumes, à cause

de

la liberté

des gestes et de tout ce qu'il y a de sousla

entendu dans

féminité du

poème de ces jeunes

torses,

étrangers aux postures

académiques. La netteté des

valeurs permet

la

mièvrerie des chairs d'un rose pâle.
la

Dans
nue
à

les

œuvres de

seconde période, M. Renoir conti-

empâter violemment, mais c'est alors par d'infinies
celles
;

accumulations de petites touches, plus fines que
de Claude Monet, moins fougueuses
c'est
toile

et plus

nerveuses

une pluie de minuscules
de grain

tonalités qui s'abat sur la

moyen

et la

couvre abondamment de ses

rugosités vives, tantôt verticalement, tantôt dans le sens

ii6

l'impressionnisme
le

des modelés. Ainsi est peint
cil

Déjeuner des Canotiers,

figure

une des plus admirables natures mortes qu'on
la

puisse voir dans l'école française, ou encore
déjeuner,
si

Fin de

large et

si

minutieuse, où un

homme

barbu

allume une cigarette avec une allumette dont on voit
jougir
le bois, et cela

sans mesquinerie d'exécution.

On

ne peut s'empêcher de songer à lallumette jetée à terre

du Graveur à Veau-forte de Meissonier,
parer
le puéril

pour comla

triomphe de

la

peinture « finie » à
la

vraie et franche peinture.

Dans

Loge,

la facture de-

vient beaucoup plus large.

G "est un

régal de tonalités

assourdies, de subtils ivoires,

un poème de transpa-

rences alternant avec des opacités. Ce morceau, pour

nous le plus beau qu'ait signé M. Renoir, égale en charme

purement
(le
(

pictural les plus savantes choses de Reynolds,
et

Jainsborough

de Lawrence: l'exécution en est

aussi riche et aussi élégante que le sujet,

on aimerait
la

découper un morceau de
matière

cette toile et

en examiner

comme un
les

bibelot, elle peut
les

donner un

plaisir

analogue à ceux que goûtent
vieux vins ou
c[ui,

connaisseurs de très

amateurs de jiorcelaincs chinoises

indifierents à leurs déHcieux ornements, en palla

pent

surface en fermant les yeux. Mais

la

technique

du

portrait de

Jeanne Saniary
la

est

encore différente. Le

visage,

les épaides,

gorge, les bras, sont peints au
les sourcils, la la

couteau à palette,
naiines
s

les

yeux,

bouche,

les

v inscrivent au pinceau avec

précision des

dt'ssins japonais,

on

dirait

presque avec du khôl, des

-I

AUGUSTE RENOIR ET SON (SÎUVRE
cosmétiques
et la et

I I

7

un batou de rouge, tandis que
jiate.

les

gants
la

robe sont peints en pleine
blanc sur ])lanc,

Les volants de
relief.

robe,

sont presque en

C'est

dune
fait

exécution à
rien,

la fois étourdissante et naïve. C'est

avec

c'est

une improvisation de couleurs
l'artiste

accumulées dans une sorte d'aveu de
sait

qui ne

pas imiter et qui invente, avec une ignorance trans-

figurée par
être

un gont naïvement exquis.

Il

en

sait

peut-

moins long, dans lart du trompe-l'œil des
il

étoffes,

qu'un Delaunay ou un Lefebvre, mais

va bien plus

loin et bien plus liaut, parce qu'il a plus de génie

que

d'acquit, et

que son acquit, constamment renouvelé
stérile liabi-

par
leté.

la vie,

ne l'emprisonne pas dans une

011

un

praticien de l'Ecole eût peint

une

rol)e,

correcte et capable de servir de modèle à
rière,
il

une coutu-

a créé

une

sorte d'incrustation, de

poème de

la

fanfreluclie soyeuse

vu voluptueusement par un œil de
imaginatif,

peintre

sensitif et

en harmonie avec
diseuse

la

figure elle-même

de

l'attachante

aux pales

boucles d or.

Le Moulin de

la

Galette est peint sans méticulosité,

avec de longues touches caressantes de
soleil

comme

les taches

qui diaprent les vestons bleus, les robes de
et les

jaconas

verdures de

ce bal tournoyant.

Manet

garda toujours vme certaine sympathie pour

le noir,

dont

il

fut d'ailleurs

un

virtuose supérieur
suffît

:

M. Renoir

l'exclut, et le bleu
lités.

de Prusse

à la base de ses tona-

Au

fond de ce tableau,

les figures d'arrière-jjlan,

I

10
le

L IMPRESSIONNISME

mêlées dans

tout juste par leur

spectateur

mouvement de la valse, sont indiquées mouvement essentiel, celui que le de la scène réelle pourrait discerner. Ce ne
des
êtres,

sont plus
valeurs,

mais des attitudes

d'êtres,

des

c est-à-dire la réalité,

contrairement aux

préceptes de la peinture sage qui entraînent par exemple

M.

Détaille,

dans ses tableaux militaires, à dessiner
ses

aussi minutieusement

personnages lointains que
ils

ceux du premier plan,

en sorte qu

semblent être

aussi au premier plan, mais
d'adultes, plus petits mais
fille

comme
avec

des enfants auprès

non plus

éloignés.

La Jeune

à

la

promenade

est peinte

très

peu de couleur,
avec une

presque en transparence sur une
allure

toile fine,

d'esquisse qui allège son

charme

;

cest moins

un
la

être

qu'un

rellet,

avec

un ou deux

accents. Enfin,

troisième série des

œuvres de M. Renoir, ou du
nous nous sommes per-

moins

celle qu'arbitrairement

mis d'établir pour déguiser notre embarras critique
devant un peintre
si

ondoyant,
les

est

dune

facture de

nouveau semblable où
parfois

deux premières

se retrouvent

pour s'unir ou contraster. Les
traiter

fleurs se voient

tour à tour

selon leur caractère

propre

:

les

glaïeuls s'empâtent

magnifiquement, un

treillis

de petites

touches cruciales définit

les grêles fleurs

des champs.

Les

têtes

de jeunes

filles

sont inlluencées par l'ombre

mauve

des chapeaux fleuris à larges l)ords, peintes sur

des toiles à gros grains, esquissées à grands traits de

pinceau, avec des cheveux

dune

seule coulure. C'est

AUGUSTE RENOIR ET SON OÎUVRE

IIQ
affrancliis-

une incessante confusion de procédés, un
Telle petite étude semble

.sement total du virtuose qui n'écoute que sa fantaisie.
en lainage,
et
telle

autre a

l'aspect de l'agate, marbrée, jaspée, assourdie

ou acide

selon

un

caprice qu'il est impossible de définir. Mais

c'est assez parler

des procédés de M.
à

Renoir, et
et

il

est

temps d'en venir

son sentiment des êtres
son Ame, à ses rêves.
effet, si

des choses,

à sa psychologie, à

La technique, en
suffire à constituer

ingénieuse

soit-elle,

ne peut
si elle

un

artiste

de premier rang,

ne

ratifie

point des facultés psychologiques ou décora-

tives,

la

puissance

soit

d'inventer des ensembles soit

de créer des types, selon un style personnel à celui qui

en use. Or,

il

y a chez M. Renoir cette puissance sous

plusieurs formes et à divers degrés, inégalement, mais

d'une façon indéniable.
Il a

de

la

nudité une conception très particulière,
ses

et

à

un point qui permet de ne confondre
ont conçus
la

nus avec

ceux d aucun peintre, iTiéme parmi les impressionnistes,
qui
les
si

originalement. Degas a étudié
déshabillée.

avant tout

femme moderne
du
rien de ce

Ses torses

portent encore l'empreinte
linge.

corset et des plis
et

du

Rs

non

nu emblématique

triom-

phant des classiques, quia un caractère de permanence.

Ce sont des nus que nous ignorions tout
nous entrevoyons,
et

à l'heure,

que

qui vont bientôt se recouvrir de

vêtements. Nous ne
nets de toilette,

les

apercevons que dans des cabiles étoffes à ileurs, les tubs
oi^i

parmi

I

20

L IMPRESSIONMSAIE

flottent les

éponges.

Ce ne sont pas

des nudités sym-

boliques ni

même

oflertes à l'amour.

Nous étudions

des contemporaines dévêtues. Leur beauté est unique-

ment psychologique

et caractériste.

Les nus de Degas

sont presque des documents physiologiques, on y étudierait la neurasthénie, les diverses maladies nerveuses

de

la

contemporaine

:

leur charmante maigreur, leur
elle est très
l'a

élasticité

animale peut plaire, mais

éloignée
la pein-

de

la

beauté proportionnelle

comme

conçue

ture scolastique, dont elle bouleverse les canons.
rible observateur

Le

ter-

ne se préoccupe que de

vérité, et n'arla

range pas ce qu'il voit. Manet est surtout préoccupé de

tonalité de ses nus, de leur expression musculaire. Rien,

dans

les

nus de Manet

et

de Degas, n'est

fait

pour
si

plaiic

au spectateur qui

arriverait pénétré de lidée,

com-

mune, qu'une nudité
((

doit être

canoniquement

belle et

poétisée », avec des cheveux de deux mètres, des seins
lis et

de vierge, une peau de

de roses, en un mol

telle

qu'on ne

la

rencontre jamais. La Yictorine du Déjeuner

suri' herbe, Olympia, les

Femmes au tub de M. Degas, sont simplement des femmes vivantes, vues dans des atmofaites

sphères naturelles,

décemment,

ni repoussantes ni

divinisées, et parce qu'ils peignent la

femme

nue, ces

peintres ne se croient pas obligés (pas plus que

Rem-

brandt) de lui enlever toute imperfection en en faisant

un

type idéal, qui n'est d'aucun pays sinon de celui
ofi

d'Académia, contrée heureuse

[)as

une des fennnes

que nous avons connues no

serait

admise, sinon à cor-

DEGAS.

La Famille

AUGUSTE RENOIR ET SON ŒUVRE

121

reclion. Ils étudient le ton de la chair, mettent en relict

UQ

détail typique

de l'époque, du pays, de
ils

la

condi-

tion sociale, en
la

un mot

cherchent sous

le

vêtement

psychologie qu'on se horne à chercher en général
lui.

sur

Degas va morne
l'être

jus(|u"à
la

noter

la

gaucherie de

l'être

nu, de

pour qui

nudité est inhabituelle
lui confère,

dans nos mœurs,

l'attitude

gênée qu'elle

son côté légèrement caricatural. Chez Puvis de Chavannes,
lisme,
à

qui on ne reprochera pas de
lui,

manquer

d'idéa-

1(^

bien

qu'anobli et sélevant jusqu'à la
des

signification
reste
filles

allégorique dans

paysages

stylisés,

quand

même
il

véridique.

Ses mères, ses jeunes
la

ne sont pas conformes à

convention de perfec-

tion d'Ecole, et
sied.

les fait épaisses

ou maigres quand
y

il

Le nu de Rops

est spécial. L'artiste
la

fait saillira

dessein les caractères de

luxure, aiguise
les

la

gorge,
les

amincit
reins,

la

taille,

développe
corps

hanches, cambre

donne

à

tout le

l'élasticité

nerveuse des
le

grands fauves,
sous
le

et stylise selon ses sujets

type classé

nom

de « fausse maigre » que Rodin affectionne

également.

Mais M. Renoir conçoit tout différemment
nue,
et

la

femme
un
la
Il

d'une façon qui n'est ni académique, ni psychoIl

logique, ni réaliste, ni luxurieuse.
certain instinct qui est

la voit

selon

beaucoup plus

littéraire

qu on

ne

le penserait.
il

On

dirait qu'il

en observe à peine
de son épiderme.

ligne, tant

est séduit

par
sa

l'éclat

peint

amoureusement

chair dans des

gammes

vi-

132
branles, neigeuses
lait

L IMPRESSIONNISME

ou

roses,

peu vraisemblables.

11

en

des cliants, et non
est

des études.

Pour

lui,

le

nu
na-

féminin

un

éclat,

une pulpe lumineuse,

liliale,

crée, florale,

qu'aucun modèle, aucune rousse à peau
offrir. Il la

diaphane, ne saurait

peint véritablement en

poète. C'est pour lui « l'argile idéale », et l'on songe
aussi
à

certaines expressions

de son

ami Stéphane
et

Mallarmé, nuageuses, vibrantes, évocatrices
à toute analyse.
((

dérobées
:

Rappelons-nous Le Phénomène futur
originelle et naïve,

Quelque
ne

folie
!

une extase

d'or,

je

sais cpioi
la

par

elle

nommé

sa chevelure, se ploie

avec
la

grâce des étoffes autour d'un visage cpi'éclaire

nudité sanglante de ses lèvres. Et ses yeux, pareils
rares,

aux pierres

ne valent pas

le

sourire qui sort de
est là tout

sa chair heureuse... »

Le nu de M. Renoir
il

entier.

Comme

le

nu académique,
il

n'a ni âge, ni date,
il

ni origine,

mais

ne vient pas d'Académia,
et primitif.

vieni

d'un pays de rêve farouche

La femme nue

conçue par M. Reuoir,
animale. Qu'il
la

c'est

une créature purement

dresse sur des eaux écumeuses ou sur
elle

des feuillages, toujours

y apparaît

comme un

sur-

naturel fruit de chair épanoui dans une nature infini-

ment païenne
naïvement
pastèque.

et

ingénue. Elle est rose et blanche aussi

et aussi

fraîchement que

le

dedans d'une
c'est

Ce

n'est

pas une Eve dans l'Eden,

une

sauvagcsse dans labrousse parfumée. Celle-là n'ajamais

connu de vêtement. Sa forme

est

souvent défectueuse^

au gré de notre vision d'Européens esthétisants, éduqués

AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE
parles musées elles
la

123

livres,

imprégnés malgré tout de

beauté canonique. Elle a des seins abondants, de

grasses épaules,
est

un ventre impudique,

et

toute sa chair
le

un hymne
la

à la paresse. C'est

un animal buvant

soleil et

fraîcheur avec une nonchalance barbare,

sans attitude voulue, sans autre cliarme que celui de
sa
la

peau de
plupart

fleur qui réfléchit la lumière.

Et tandis que

des

nudités

académiques,

soigneusement

présentées sur fond sombre, semblent faites d'une bau-

druche éclairée à

l'intérieur,

on sent bien que

celles

de M. Renoir sont des volumes de chair dont l'irradiation vient

du plein

air

ambiant

;

elles

ont

la

consi-

stance des
l'œil

Rubens et leur luxuriance charnelle inquiétan t
telles créa-

pudibond. Nous ne rencontrons pas de

tures,
les

même en Flandre, même parmi
Il

les

campagnardes

plus vigoureuses.

faudrait aller

aux colonies, dans
les
il

les îles primitives,

pour en trouver

modèles
y a en

:

mais

non,

le

peintre seul les

connaît, et

lui

un

coin de rêve oriental, versicolore,
tueux, et

grassement volup-

exempt de

la

nervosité moderne.
et fastueuses,
il

Ces coulées de chair ingénues
rêvées mais

les a

non vues. Et

il

enchâsse sur ces rondes

épaules, sur des cous plutôt courts, des têtes
singulier.

dun

galbe

Leurs crânes exigus sont modelés
les

étroite-

ment par

chevelures retombant en nappes. Leurs
et

yeux sont largement fendus,

dardent des regards où
des yeux d'antilopes

jamais une pensée ne s'arrêta,

indolents et doux. Leurs bouches « nudités sanglantes ».

124

L IMPRESSIONNISME

sont ferles, avec deux lèvres pareilles, du
et

même

dessin

de

la

même

grosseur. Leurs nez sont camus, petits,
et épatés

peu

saillants

du front

des narines qui aspirent
et

la brise.

Et toute leur face est courte

camuse. L ob-

session de ce type est ilagrante dans toute la peinture

de M. Renoir. Rops aussi a aimé donner des petites

têtes

camuses

à ses

grandes femmes

félines,

mais dans une

intention déterminée, pour bien accentuer leur caractère de

luxure

violente dans

les

maclioires prêtes à
et

mordre, dans
l'acuité des

la canaillerie

impudente du ne/

dans

yeux durs

brillant au sein de cernures proc'est

fondes
et

:

la

camuse de Rops,
la

presque
il

la

Camarde,

souvent,

décliarnant tout à

fait,

a planté la tête

de mort sur
écarte ces

la stature

de

la

courtisane. Mais

M. Renoir

lugubres idées. Son type de femme, sans

aucune
de
la

cérébralité, n'invite pas le regard à se détourner

chair troublante

des seins
le

ou du ventre pour
:

chercher une pensée dans

visage

l'animal heureux

a bien la tête qui lui sied, des joues et une l)ouche de
fruit,

des

yeux inconscients,

les

signes de la brute
la

douce, éclose dans une nature tropicale où
est aussi

pudeur

inconnue que

le vice,

ot"i

la satisfaction est

absolue. Et c'est à cette désarmante ingénuité que la

femme nue
en

de M. Renoir doit ne pas sembler obscène,

s'étalant avec

un

sourire dans sa blanclic blondeur.
fille

Elle aurait le visage et le corps d'une
s il

libidineuse

se

glissait

dans son masque reposé
à

le la

plus petit
vie euro-

trait

analogue

ceux que

les soucis

de

RENOIR.

La Pensée
Parisj.

(Collection de M. Strauss,

AU(iUSTE RENOIR ET SON OEUVRE

125
:

péeniie ont créés ù la
être est
si

femme de
et

oolre race

mais cel

loin de

nous

des formes habituelles de nos
Il

désirs, qu'il

ne s'encanaille pas.
lui et

n'y a aucun rapport
le

moral entre

nous, nous ne pouvons pas
il

regar-

der avec lubricité, et par conséquent

ne nous rend

pas une impression que nous ne lui avons pas juxtaposée, car notre sensualité, dans son expression la plus

grossièrement simpliste,
complexités

est

encore mêlée

de mille

psychologiques.

Jamais

l'œuvre

d'un

peintre personnellement nerveux, et

qui a décelé sa

nervosité dans son
rares,

n'a été plus exempte des préoccupations

amour des combinaisons de nuances mojusqu'à Tahiti pour trouver une
;

dernes. Gauguin, qui résulte plus de M. Renoir qu'on

ne

le croirait, est allé

telle

sensation de

primitivité

M. Renon*

l'avait

en

lui-même.
11

a créé « la

femme nue
de
si

de Renoir »

;

cette expres-

sion éveille

une image

définie.

Et ce mélange de japoet

nisme,

d'orientalisme,
bizarre et
résultat
fuir le

sauvagerie

de

goût

xviii" siècle, si

attachant, est bien à lui.
esprit inquiet,

C'est bien

le

d un

avant tout

préoccupé de
et

convenu,

le savoir-faire, la

norme,

d'avoir avec sa vie des rapports immédiats.
la série

Même

dans

de jeunes

filles,

l'artiste a

transposé cette

préoccupation d'un type autochtone.
Ses jeunes
filles

d aujourd'hui,

qu'il

aime

coiffer

de

grands chapeaux débordants de

fleurs, sont

dune
le

grâce

animale

et llorale.

On y

chercherait en vain

mys-

I2G
tère

l'impressionnisme

de

la

pensée. M. Renoir est

un

peintre de la joie,
et

un assembleur de bouquets, un poète du duvet
vcloutementde
la vie extérieure,

du

un merveilleux

objectif

épanoui, charmant jusque dans ses erreurs,
nons-y, l'un des
1

et reve-

tempéraments

les plus français

que

art national ait

constatés depuis trente

ou quarante

années.
Il

est incroyable

qu'on s'en

soit si

peu aperçu,
oii

parti-

culièrement dans ces dernières années,

nous avons
français,

vu

tant de gens clamer à l'égarement

du goût
les

et le

chercher partout en se bouchant

yeux pour ne

pas l'apercevoir chez quelques maîtres authentiquement

nationaux, qu'ils désavouaient au profit d'académiciens
sans race et sans saveur.
Il

y

a de

nombreux
un qui ne

défauts

en M. Renoir, mais

il

n'y en a pas

soit issu

de l'éternel contingent de nos défauts, qui sont, plus

qu en

tout autre pays, l'envers de nos qualités.
et

L'étude des nudités
le

des figures isolées de M. Renoir
et

démontre

si

préoccupé d'harmonies

de poétisalion
tel

des types qu'il semble contradictoire d'attendre d'un
peintre

une

description réaliste et psychologique de la
il

vie contemporaine. Et cependant

y a brillamment
qui contiennent
il

réussi dans

une

série

de grandes

toiles

ses chefs-d'œuvre. Et

dans sa génération

est,

avec

Manet

et

Degas,

le

seul peintre qui ait abordé la
fait

com-

position et

y

ait

preuve de qualités maîtresses,
style.

sachant élever l'anecdote au

La Musique aux

Tuileries, le Bal de l'Opéra, de Manet, le Foyer de la

AUGUSTE RENOIR ET SON OELNRE
ilanse,
.

12"

de

Degas, sont des modèles de composilioii

vivante et intensément

mouvementée dans de
la Galelle

jDetites
le

dimensions. Le Moulin de
leur cède en rien.
Il

de M. Uenoir ne

n'appartenait qu'à une nature

aussi complexe de pouvoir à la fois s'isoler dans une

pure rêverie de symphoniste de
<iussi

la

couleur,

et

pénétrer

avant dans l'expression de

la

modernité sans se
la

disloquer dans cet écart. Cette faculté est peut-être

cause de l'embarras que

la

critique a souvent

montré

devant l'œuvre de M. Renoir,

comme elle
bleu
et

l'avait

montré
le

devant

celle

de Manet, en n'arrivant pas à réunir
et le peintre

disciple de
(jcnteuil.

Goya
la

orangé de YAr-

La
dont

critique

ne

s

attache

vraiment qu'aux

hommes
a
ainsi

direction est unique.

Claude Monet,
et

Degas, Pissarro ont progressé dans un seul sens,
établi

on

sur

eux des clichés commodes. Mais
les
ils

M. Renoir
de

a

découragé

appréciateurs par

la variété

sa nature chercheuse,
le

nont plus

su où

le

prendre

;

nous avons vu

même

cas pour
et
il

M. Besnard dans

la

génération plus récente,
fusion extrême de
taine des

faut se reporter à la con-

la critique d'art à

l'époque déjà loin-

temps héroïques de l'impressionnisme pour

s'expliquer l'indécision des jugements.

Un Degas, un
un
les

Monet contiennent
Baigneuses
qu'il n'y
style, ni

tout entiers leurs auteurs, mais

Renoir ne contient jamais tout M. Renoir. Entre
et la

Fin de déjeuner ou La Loge,

il

semble
ni de

ait

aucun rapport,
;

ni de technique,

de sentiment

et

cependant un

même homme

128
les a fuites, et

l'impressionnisme

nul autre n'aurait pu

les faire, ce

qui est

déjà la preuve

qu

ily a entre elles des relations secrètes.

Deux œuvres extrêmement

personnelles ne sont jamais

tout à fait dissemblables, parce que leur création a
nécessité l'usage des facultés d

une logique supérieure,
de remonter à

synthétique

et unitaire,

et c'est le fait

cette logique en partant de ces dissemblances qui constitue la tâche de la critique.

Mais de

telles

analyses ne

pouvaient être menées à bien dans de hâtifs articles de

journaux, répondant à de non moins hâtives diatribes, à

une époque

oii

les

articles
tel

de Zola, sympathiques à

Manet, créaient un

scandale qu'on lui adjoignait un

collaborateur didées opposées. Elles n'ont guère
1

pu

être

davantage dans des péi'iodes plus récentes
la

;

qu'on

se

souvienne de

protestation véhémente, des

menaces

de démission de certains professeurs de l'Ecole lors de
l'admission officielle du legs Caillebotte, « introduisant

dans

les

musées des œuvres qui sont
ils

la

négation
Il

même

de ce qu

étaient chargés d'enseigner ».
telles

faut laisser

mourir l'écho de

violences pour pouvoir réaliser
le

une critique impartiale avec

recul nécessaire, une
et

critique qui dépasse la louange
la

ouïe blâme

sélève à

coinpréliension exacte.

M. Renoir
niitivcs
et

a

pu peindre
êtres

à

la fois

ses Baiyiu'uses piiqu'il a

les

de

notre temps, parce

leclicrché en eux les

mômes

éléments,
les

la

caresse de la

lumière, l'exubérance vitale,

sentiments primor-

diaux, les aspects picturaux, selon une constante faculté

RENO

J 1^

.

PORT

i<^

A1T

DE

.1

KANN E

SAMA

R Y

(CoUcciioa de M. Morosofl", Moscou).

AUGUSTE RENOIR ET SON œUVRE
de poétisation que, dans
l'observation
le
;

ISQ
a su

modernisme,
et

il

mclerà
est

journalière

cette

intention lui

propre. La vision réaliste de Manet n'a jamais admis la
poétisation volontaire,

hormis

celle

cpii

résulte des

couleurs elles-mêmes. C'était

un

réaliste,

un homme

extrêmement
vie sous
le

intelligent et spirituel, qui considérait la

même

angle que les Concourt ou Zola,

plutôt avec l'acerbe finesse des uns qu'avec la puissance
assez

sommairement
Skatlng,

généralisatrice de l'autre.

Le Bar
le

des Folies-Bergère,
Lalhuile,
le

Argenleail,
voilà

Nana,

Chez

père

des pages détachées des
C'est le

romans impressionnistes des Concourt.
souci de réalité aiguë rehaussée par
la

môme

vision sincère,

mais malgré tout
l'était

affinée,

d'un aristocrate, car Manet
et toute

jusqu'au bout du pinceau,

son Œ'uvre

est d'une distinction singulière.
tel qu'il

Le

coloris de

Manet

est

eût allégé, stylisé les sujets les plus lourds, tout
littéral et

en restant

en n'arrangeant pas. C'est par un

certain usage
et

du

noir, d'un gris qui lui est particulier
et

n'emprunte rien à ceux de Velasquez

de Corot, par

une certaine accentuation magistrale
tation

qu'il a évité l'imi-

du

réel et

en donnant l'expression. Avant d'être

le portrait
le

d'une vulgaire verseuse devant un comptoir,

Bar

des Folies-Bergère est

une magnifique symde girandoles, avec

phonie de tonalités dorées, avec son fond de glaces
reflétant

une

salle

illuminée

la

nature morte puissante

du premier plan. La
là.

grifl'e

léonine du maître peintre a passé par

Manet,
9

comme

i3o
l'ont fait les

l'impressionnisme

Goncourt,

définitivement M. Paul

comme devait plus tard le faire Adam en quelques-uns de ses
décoratif des lieux de
facticité, et n'a

premiers romans, a
plaisir

saisi le côté

modernes, leur éclatante

jamais

négligé de s'en servir, étant instinctivement fastueux.
Il

recherchait

le

caractère

dans

le

brillant, et n'était

pas porté au pessimisme dans
niste de Degas,

le vrai.

L'œuvre moder-

au contraire,

s'est

tenue volontairement

dans
s'est

le gris,

conçue par un

esprit ironiste et

amer, qui

complu à donner de

terribles

documents de laideur
mais au fond avec

et

de névrose, avec une froide impartialité apparente,
la caricature,

n'outrant pas jusqu'à

une préférence secrètement narquoise.
série de

Même

dans sa

danseuses,

oii

son goût de grand coloriste,

renonçant au

gris, s est satisfait

en réalisant d'admiil

rables harmonies d'ors et de roses,

n'a pas

manqué

de peindre

tel qu'il est le

corps de la danseuse, faisant
aussi cruellement désenet aussi idéaliste

preuve d'une vision k

la fois

chantée que celle de M.

Huysmans

que

celle

de Mallarmé. Et c'est cette dernière vision

qui a prévalu dans les paysages irréels, pures associations d'harmonies,

que M. Degas a peints en ces der-

nières années.

Mais

le

réalisme de M. Renoir apparaît très différent
et

du réalisme de M. Degas, M. Degas
avec
s

même

de celui de Manet.
critique,
il

intéresse à son
il

époque en

mais

il

ne l'aime pas,
le

ne cherche pas à l'embellir,

la

regarde

sang-froid d'un physiologiste. Manet l'aime, et

AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE
lui
il.

l3l

découvre des élégances. M. Renoir
choses,

la voit

comme
le

voit toutes

poétiquement. Comparons par

exemple

l'esprit

d'un tableau

comme
la

Chez

Père

Lathuile et celui

du Moulin de

Galette.

Le premier
qui incline

est tout psychologique.

L'homme douteux
un

sa

tête

à accroche-cœurs sur

col trop évasé

pour

enjôler d'un regard la grisette indécise, c'est le portrait

vivant du Jupillon do Germinie Lacerteux. Cette tête
restera

comme un document
tel qu'il fut

absolu sur

le bellâtre

de
il

bas étage

sous

le

second Empire. Mais
fait

est vrai, et

non chargé. M. Degas en eût

l'image

même

des vices et de l'efTronterie proxénéfique en y
les
traits

synthétisant

de vingt alphonses.
la

Dans

le

public du bal du Moulin de

Galette,

il

y a certaine-

ment
filles

des individus qui ne valent pas mieux, et des
professionnelles, le lieu n'ayant jamais été plus
l'est

innocent qu'il ne
s'il

aujourd'hui. Mais M. Renoir,
sujet,

a

vu ce côté du
et

ne

l'a

pas exprimé. Ses

danseurs

ses

danseuses

sont vrais par l'attitude,
et

mais leurs masques sont populaciers

joyeux sans

déceler aucun sentiment d'amertume ou d'ironie chez
l'artiste. 11 n'est

pas venu là en psychologue, en romanpeintre. Et ce qu'il a vu, c'est
la gaîté

cier,

il

y

est

venu en

l'ensemble de ce jardin où s'ébat de Paris, c'est
soleil
le

des dimanches
les

demi-jour troué par

flèches

du

qui étincellentau milieu des feuillages et touchent

les troncs

darbres,

les tables, les

globes de porcelaine,

les corps, le sol, les visages, c'est le

grand tournoiement

i32

l'impressionnisme
le

de cette foule bigarrée emportée dans

rythme des

Aalses, c'est la couleur, le tapage, les rires, les cris, les

chocs des verres, l'atmosphère chaleureuse,
de
vitalité,

le

poème
mala-

d'allégresse

et

de jeunesse de ces êtres

libérés

pour un jour de

latelier, des soucis, des

dies et des querelles, le
tier

poème que Gustave Charpenplus tard. Et
la

devait symphoniser

vision

du
la

peintre des Baigneuses reparaît, malgré tout, dans

grâce exquise delà grisette du premier plan, dans

l'ara-

besque des lignes, dans l'eurythmie admirable de
composition, dans
la

la

diaprure des taches de

soleil

qui

éblouissent lorsqu'on s'approche du tableau. Entrons

dans
lui
:

la salle

du musée du Luxembourg,
le seuil

allons droit à

nous

saA^ons déjà dès

qu

il

y a

un chant

de

la

lumière,
le vrai.

un hymne de joie,

et le

poète a transfipaille

guré
d'or,

Est-il bien sûr

que ces chapeaux de


les

scintille la clarté verticale,

ne vaillent pas plus Ces vestons bleus,

que

cinquante sous de

la réalité?

les a-t-on achetés tout faits

pour dix-neuf francs dans

quelque magasin populaire, ne sont-ce pas plutôt des
saphirs caressés de reflets de turquoise adoucie?

Une

robe de grisctlc
étoffe,

est

bien de cette forme

et

de cette

mais

est-elle aussi délicieuse
:

que cela? Nous ne magie dans ce

nous en étions pas aperçus

il

y

a de la

réalisme-là, et le visionnaire qui est entré dans le bal

n'avait pas les préoccupations de

Manet ou des Con-

court, et ne

venait pas étudier,
la

comme

Degas,

les

stigmates

de

canaille

:

il

venait flâner avec bon-

ai

O
z

AUGUSTE RENOIR ET

SO>f

ffl^UVRE

l33
la vie

homie, poursuivant son leve intérieur, trouvant
bonne,
le soleil joli, la joie licite,
il

et

comme

son

ame

était jDleine d'or,

en a un peu

laissé sur tout ce qu'il

a vu.

Etudions d'autres
voilà

toiles.

Le Déjeuner

des Canotiers,

un

sujet

que nous avons vu cent

fois traiter

avec

des variantes, repas de noces villageoises en plein air

par exemple. Les uns y ont trouvé l'occasion de peindre
des nappes
iDlanches dans

des

feuillages

ensoleillés,
il

d'autres, d'y étudier des types populaires, et

n'y a

guère de Salon, depuis vingt-cinq ans, où nous n'ayons
trouvé deux ou trois tableaux de ce genre. Cependant,

aucun

n'est analogue à celui de

M. Renoir; tous sont
son

de vulgaires vignettes grandies, nous ne pouvons nous

en souvenir. Lui seul a évité

la banalité et liaussé

œuvre au grand
distance

style,

parce que sa préoccupation sym-

phoniq.ue est constante, parce qu

d

s'est

tenu à égale

du réalisme
est

et

de

la psychologie. Cette belle

œuvre

visible

à
a

l'appartement

particulier

de

M. Durand-Ruel, qui
des peintres dont
et
il

acquis les plus belles choses

était

autant l'ami que

le

marchand

;

dans cet appartement ou se groupent, en un radieux
les

musée,

œuvres

capitales de l'impressionnisme, le

Déjeuner des Canotiers s'impose comme un grand poème
de bonheur, de jeunesse joyeuse, de bruyante vivacité,

immensément
geste qui soit

éloigné de

1

anecdote

et

pourtant scrulà

puleusement vrai dans

les détails. Il

n'y a pas

un

convenu ou ennobli, pas une recherche

i34

l'impressio>msme
:

de faux arrangement

c'est

par

la

magnificence de

la

couleur, par la richesse de la pâte, par la maîtrise de
l'exécution, parle

charme

pictural

que

la

scène moderéclat

niste s'élève au rang de la

grande peinture. Quel

moelleux,

quel

voluptueux écrasement de

palette,

quelle verve et quelle sûreté dans cette tahle

encomqui sou-

brée d'argenterie et de cristaux,

quelle trouvaille de

grâce palpitante que celle de la jeune

femme

lève jusque devant sa rieuse figure la tête ébouriffée de

son petit chien

!

On

n'a

rien peint de
!

plus libre, de

plus naturel, de plus français
Si

nous en venons aux
et

Petites filles au piano, figurant
il

au Luxembourg

dont

existe

une réplique que nous
la ten-

estimons être meilleure, nous trouverons encore

dance caractéristique de M. Renoir,

et

cette

fois

un

mélange de
fois

ses divers procédés.
et

Le dessin en

est à la

maladroit
et

gracieux

;

tout s'y sacrifie au
la fillette assise,

mouveet

ment,

l'arrangement de

jouant avec

une attention qui

la force à
elle,

une moue ravissante,

de

son amie penchée sur
plus
joli,

est ce qu'on peut voir de

dé plus enfantinement
le

exact,

malgré des
la

gaucheries qui vont dans
tion.

sens

môme
en

de
est

composi-

On

dirait souvent, et cette toile

un exemple
qui a
le résultat
:

curieux, que les faiblesses de dessin de

l'artiste,

donné vingt preuves d'un dessin superbe, sont
de sa
est à
fantaisie,

préoccupée de

la

couleur avant tout

il

remarquer que

ses imperfections ne nuisent jamais

à ses valeurs, et au contraire en accentuent l'impression

AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE
d'ensemble. Jamais par exemple
il

35

ne dessinera trop
jamais
il

.sèchement un nu de coloris blond
contrariera par un
gracile:
ses

et gras,

ne

dessin trop llou l'aspect d'un être

défauts,

qu'un

académique

taxerait de

manque de

savoir, sont tous issus de l'exagération

du

caractère général de l'œuvre, et de la détermination de
sacrifier le dessin

anatomiqueau dessin du mouvement.
les

Cela se sent dans
leur coloris,
il

Petites filles au
Il

piano.

Quant

à

est étrange.

se joue dans des harmo-

nies presque fausses, le piano est de palissandre veiné,

violacé et presque groseille, les

tons groseille, citron,

vert acide et rose turc se répètent dans tout le tableau,
les

cheveux de

la fdlette assise

sont d'or jaune, l'ameu-

blement du salon
tenture est d

à

demi démasqué au fond par une
criard.

un orientalisme quasi

L'ensemble

donne l'impression de bonbons, de crèmes, de nougats
et

de pralines,

et

cependant, par une véritable gageure

du capricieux

coloriste, rien

de tout cela n'est fade.
est

Ces tons, dont chacun isolément
cient autour des fdlettes avec

écœurant, s'asso-

une mièvrerie appropriée

à leur babil, à leurs moues, à leurs rubans, à leur ame.

L

aspect laineux de ces couleurs de tapisserie achève
faire

de

de ce tableau une œuvre singulière, qui ne peut

que ravir ou exaspérer selon l'optique des spectateurs.
Je sais des amateurs d'art à qui cette harmonie de châle
versicolore, verte, jaune et lie-de-vin,

donne une sen-

sation insupportable, et à d'autres elle plaît.

M. Renoir
de

y

est

fréquemment revenu dans

ses récentes études

l36
fillettes,

LIMPRESSIOMVISME
peut-être parce qu'elle est terriblement
diffi-

cile

à combiner, et peut-être surtout parce qu'il l'aime.
est

La Loge
et

d'un charme

et

d'un style moins français,

d'une exécution très supérieure.

On

songe, disions-

nous, au faire de Reynolds. La figure somptueuse, pâle
et attentive

de

la

femme
Le

fait

penser au grand maître

anglais

:

celle-là,

exceptionnellement chez M. Renoir,
collier sur la

est mystérieuse.

chair, la

guimpe de

dentelles, la main, sont des miracles de science et de

goût qu'on ne dépassera pas. M. Sargent, M. Besnard,
n'ont rien
fait

depuis qui

soit

plus fort.

Quant à

l'homme en

habit assis au fond, son gilet blanc, le noir
la

de son frac, sa main gantée de blanc suffiraient à
gloire d'un peintre. Et

nous trouvons naturel
:

qu'il élève

à ses

yeux

sa lorgnette

on n'imagine pas

le

scandale

qu'a causé ce geste entre tous normal d'un monsieur

dans une loge. Cacher un visage derrière une lorgnette
a été

l'avenir en sourira

— une

audace impardonpeintre, chargé

nable. J'ai entendu dire par

un vieux

de médailles
la face

et d'ans,

que

si l'artiste

avait ainsi dérobé

de son personnage,

c'était

parce qu'il ne savait

pas la peindre. Je crois que ce brave

homme

n'avait

lui-même pas

assez de connaissances en dessin

pour

se

rendre compte que dessiner une tête est infiniment
plus facile que de placer une lorgnette devant
elle,

en

donnant
011
il

à l'objet sa valeur exacte,

en l'enchâssant juste

faut,
le

en laissant voir

le

reste de la tête, en renet

dant

geste compréhensible

en l'harmonisant à

RENOIR. — Une Loge

au thkatre

(Collection de M. Durand-Ruei, Paris).

AUGUSTE REÎNOm ET SON OEUVRE
l'ensemble de
la toile.

I07

Mais on en a

dit

bien d'autres à

Manet. La Loge, conçue dans une harmoïiie sourde,
dans une pénombre chaleureuse,
gance quintessenciée
et

est

une œuvre

d'élé-

de haut style, d'une distinction

absolument

stricte,

significatiA^e
la

de toute une classe,

évocatrice de tout

un aspect de

mondanité du second

Empire.
11

faut enfin en venir à des toiles qui révèlent

un

comme la Femme endormie tenant un comme le Premier pas, comme diverses éludes d'enfants, comme la Terrasse, les deux panneaux de la Danse. La Femme endormie est une paysanne aii tablier bleu, aux bas rayés s'enchâssant de sabots. Un grossier
Renoir intimiste,
cJiat,

chapeau de

paille

ombrage

sa tête vermeille, ses bras

sont nus, sa gorge découverte se soulève puissamment.
Elle dort aA^ec

une conviction naïve,

et le chat

pom-

melé qu'elle
rythme. En

tient
cette

en son giron dort selon

le

même

œuvre encore

se décèlent toutes les
et

qualités de sincérité de

M. Renoir,

son réalisme

poétisé qui est réel par le parfait naturel de l'attitude,

poétique par

la

délicate transposition des bleus, des

roses, par la singularité des

harmonies tendres.

Ces

bleus de camaïeu, nous les avons vus chez Boucher,

chez Natoire

et

chez i^argillière, au Louvre,
les collections

et

chez
oii

Françoise Duparc dans

de Provence
si

séduisent les ravissants tableaux de cette artiste

mal

connue. Ces roses,
ciser
((

cuisse de

ne nous manque que de les prénymphe émue » pour les reconnaître
il

i38
chez

l'impressionnisme

Fragonard.

La Terrasse, une des
ait

plus

jolies

choses que M. Renoir

peintes, est d'une

harmonie

plus littéralement impressionniste. Les deux enfants se

dressent

sur

un
;

paysage

de

banlieue

parisienne,

automnal, humide

à travers les

branchages dépouillés

du jardin, parmi
s'entrevoit

les

dernières feuilles recroquevillées,

une

rivière oii glisse

un canot. Le plus jeune
:

enfant n'est encore qu'un être inconscient
retient presque

l'aînée la

comme un

jouet, sa rieuse figure

aux
A'ie

yeux

fatigués contient déjà toute la divination de la
et

féminine,

l'harmonie cerise de son corsage

et

de son

chajDeau chante vivement dans la grisaille dorée

de

lautomne.

Le Premier pas, exécuté dans
et papillotante à laquelle le

la

manière multicolore

maître est souvent revenu,
les

est

sa

toile
la

maîtresse

dans

études
le

d'enfants.

Il

montre

jeune mère sérieuse
ses bras, retroussé,
toile

et

bambin

s'agitant

au bout de
qui hésite:
heureuse,
fois

avançant une jambe nue
d'une coloration
qui prouve une

charmante

et fraîche,

d'un profond naturel,
les qualités

et

de plus

de réalisme poétisé de ccpeinlrc
primitifs, étranger à toute

ingénu,

imbu de sentiments

préoccupation décadente, à toute idéologie trop complexe. Les enfants peints admirablement par
le

Eugène

Carrière portent déjà
sociale
l'idée,
;

poids d'une pensée sombrement
transparents laissent déjà voir
et ces

leurs

crânes

le

mécanisme du cerveau en formation,

êtres qui cherchent

à rêver vous inspirent autant de

AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE
rêves que les faces des
-par
vieillards.
ses
la

iSq

Les enfants peints

M. Renoir sont, comme
heureux.
»,

baigneuses, des anil'antique

maux
animal

«

Excepté

candeur de

comme
!

à Baudelaire, mais
à ce

combien plus
distrait

spontanément
et affiné.

— rien ne sourit

grand artiste

Ses enfants s'apparentent à ceux dont une

adorable série fut peinte par Berthe Morisol, par cette

femme

exceptionnelle,
les

aquarelliste

prestigieuse,

qui

comptera dans

plus admirables survivances de l'art

impressionniste. Et ce n'est pas

un des moindres

côtés

de cet art
traité

si

injustement,
et

si

incomprébensiblement

de barbare

de décadent, que ce retour aux

sujets simples,

que ce désaveu bien français des mythoromaines ou homériques, des légendes

logies, des scènes

chères à l'académisme, en faveur des motifs les moins

symboliques de
anecdotes de

la

peinture, baigneuses, enfants, mères,

la vie

quotidienne. Monticelli, bafoué lui

aussi, précurseur et
n'alla pas plus loin

contemporain de ce beau groupe,
dans
le

choix de ses sujets

:

qu'il

peignît une réunion de

femmes parées dans un
cuisine, avec
à

parc,

ou des marmitons dans une
égale
il s'affiliait

une noblesse

à

Watteau ou

Chardin, deux

noms
c'est

rarement prononcés à l'Ecole des Beaux-Arts. Et

pour avoir obéi à

cette

simplicité

instinctive

que

M. Renoir

est

un grand
il

peintre.

Assurément,
idéologique,

serait inique
a

d'exclure la peinture
merveilles,
et

qui

produit

des

non

moins inique de reprocher

à l'impressionnisme de s'en

i/io

l'impressionnisme

ctre désintéressé.

Nous n'avons que Irop éprouvé
eu

les

dangers de cette critique qui consiste à reprocher à un

mouvement de
donné
l'idée

n'aA^oir pas
les

les qualités

des autres,

tout en conservant

siennes; et nous avons abansoi, divisé

d'un Beau en

en un certain nomla totalité

bre de conditions-programmes, vers
les tendrait
la

desquel-

course des candidats éclectiques. Nous
la

avons essayé d'envisager l'œuvre de M. Renoir en

rapprochant par moments de
fois aussi

celle

de ses amis,
il

et

par-

des ancêtres français dont

peut à bon droit

se réclamer. Il
qu'il est

apparaît, devant son œuvre considérable,
la figure la

probablement

plus représentative

d'un mouvement dont notre race peut s'enorguedlir.
Paysagiste, peintre de fleurs, de nus, d'enfants, de scènes

modernistes,

de portraits,

M. Renoir s'impose à

la

déférence reconnaissante de son pays par l'obstination

de son labeur, par l'originalité de sa vision, par sa

réunion des dons fondamentaux de son
N'ayant
pas
désiré
faire

art.

son panégyrique, nous
et
il

n'avons pas hésité à parler de ses défauts,
ridicule

serait

de feindre de penser qu'un

créateur,

quel

qu'il soit,

en

est

exempt. Mais
d'un défaut,
et
et

il

faudrait s'entendre

sur

la définition

distinguer entre ceux

qui trahissent l'intention
les défaut

ceux qui lexagèrent, entre
de surabondance.

de médiocrité
cas,

et les défauts

M. Renoir, en tous
et ils les

ne présente que ces derniers,
les

partage avec tous

impressionnistes. Le criti-

quer revient à critiquer l'impressionnisme lui-même.

RENOIR. —

Danseuse.

AUGUSTE RRNOIU ET SON fBXVRE
J'ai

I /( I

eu à prononcer plusieurs fois dans celle étude El en
eflel

le

nom
1

de Mallarmé.

M.

Renoii* a élé 1res
esprit, aussi

proche de cerlains côtés de cet inimitable
al

apprécié que lui-même. C'est, pour ceux qui ont
el

(

innu

aimé l'auteur de Y Après-midi d'un Jaune,

dont

les

nymphes
français,

sont «des Renoir», une vérité ab-

solue que sa profonde filiation aux maîtres les plus in-

timement

que son goût passionné pour

le

xvni" siècle, pour

un panthéisme

riant et ingénu, auprès

des rêveries métaphysiques, des harmonies hégéliennes

qui sollicitaient sa pensée desthélicicn. Les Baig/ieuses

de M. Renoir errent dans
larmé,

certains

poèmes de Mal-

comme

les

danseuses de M. Degas aux rythmes
et à

de certaines de ses j)hrases,

mesure que

les préla

tendues obscurités de Mallarmé se dissolvent à

lu-

mière d'une critique impartiale, revenue des injustices

d'antan,on comprend pourquoi ce poète mystérieux a
été,
le

autant que Zola et plus que

les

Goncourt, l'ami

et

défenseur des impressionnistes.

Aux

écrivains de la

nouvelle génération, Manet apparaît un peu dur,

un

peu brusque, un peu immédiat, un peu trop peintre
de morceaux, dépourvu de mystère
liste

et

de charme, réa-

excessivement pour leur désir, étroitement uni à
el à ses

son temps
les

amis

littéraires.

Degas

les effraye et

chagrine par sa vision ironiste, par son amère
satiriste.

et

impitoyable analyse de

Monet
trop

les

éblouit,

mais peut-être commencent-ils à penser que sa magnificence est trop évidente, qu'on voit

comment

il

1^2

l/lMPRESSIONNISME

rccoiistilue les mirages qu'il a saisis. C'est

donc plulùt

à

M. Renoir

qu'il

garderont une tendresse, parce qu'il

est lyrique, parce qu'il voltige sur toutes choses, parce

qu'il est

multiforme

et

subtil.

Il

y a dans M. Renoir

des morceaux aussi beaux que dans les autres. Quel-

ques-uns de ses paysages, notamment
d'une couleur aussi
nale, d'une
belle,

la

Serre, sont

d'une facture aussi origi-

harmonie aussi riche que ceux de Claude
plus amoureux. N'atteignant pas à

Monet. Ses nus sont aussi magistralement peints que
ceux de Manet,
la
ils

et

science

du dessin qu'on trouve en ceux de Degas,
et

ont une grâce

un

éclat

que ceux-ci n'ont jamais

connus.
vant

Si ses rares portraits

d'hommes

palissent dele

les portraits

de Degas

et

de Manet, encore que

portrait de
efligies

Claude Monet

soit

une

très belle chose, ses

de femmes ont une distinction, un charme que
n'a guère égalés
le portait

Manet
encore

que dans

celui

d'Eva Gonzalès;
est-il

de Jeanne Samary

d'une sou-

plesse, d'un velouté, d'une féminité chatoyante et at-

tendrie

que

Manet n'eut point.
le

Des compositions
et le

comme La
lin

Loge,

Déjeuner des Canotiers

Moa-

de la G<delle valent les plus belles compositions de
et

Manet

de Degas, sinon au point de vue de l'obser-

vation intense des types, du
la

moins au point de vue de
les fleurs peintes

composition elle-même, de l'ordonnance, de l'imles

prévu dans

groupements. Et

par

M. Renoir,
au

ces fleurs

peu connues relativement, sont
puisse
voir.

nombre

des plus belles qu'on

Les

AUGUSTE RENOIR ET SON ŒlUVRE
inégalités

l/jS

de

l'artiste

sont peut-être

plus frappantes

que

celles des autres impressionnistes.

Improvisateur,

instinctif,

nerveux, fantaisiste,
il

il

est plus

exposé à se

tromper à fond;
était fort

est

moins

réfléchi

que Manet, lequel
et surtout

prudent au milieu de
il

ses audaces,

moins que M. Degas, dont
sible de
citer

est,

croyons-nous, imposet

un mauvais morceau,
a fait
il

qui est la logique
Il

même. M. Renoir

de mauvaises choses.
se laisse entraîner
;

est

Français, léger, brillant,

mais

c'est

tout autre chose qu'un virtuose, c'est

un

artiste profon-

dément sincère

et

scrupuleux.
Il

La

race parle en lui.
n'ait
le

est inexplicable

qu'un
n'ait

tel

coloriste

pas plu à

tout le

monde,
étant

pas

rencontré
clair,

succès

foudroyant,

voluptueux,
lourdeur.
Il

heureux,

souple et savant sans
les
et

ne

faut

attribuer

réserves

faites

sur

ce

succé-

dané de Boucher
protestaient au

de Fragonard par des gens qui

nom

de

la

France qu'à

des

ques-

tions d'école et de date, à des chocs en retour de la po-

lémique,

et aussi à la

silencieuse dignité d'une exis-

tence de poète doucement dédaigneux de l'opinion et

ne faisant attention qu'à

la peinture,

son

grand

et

son unique amour. Manet a été un batailleur, un novateur et

un combatif dont
était celle

les

œuvres ont
les

fait

scan-

dale dans les salons, dont

on craignait

mots,

et

dont

toute

la

nature

d'un chef d'école. La critique

indépendante

est allée

chercher Claude Monet dans ses

paysages. Degas s'est enfermé, pessimiste et hautain,

i/i4

l'impressionnisme
et

et
s

parce qu'il fermait sa porte
lui,

ne voulait pas qu'on
jalouse des solis'est ni

occupât de

la

rumeur publique,

taires, a

voulu
;

le

connaître.

M.Renoir ne

montré
au
n'a

ni caché

il

a peint selon son rêve, épanoui le sourire

de ses œuvres, sans mêler son

nom

ni sa personne

vaste tumulte qui s'élevait autour de ses amis.

On

pensé ni à l'exalter ni à

1

ensevelir. Et à présent, à cause

sans doute de cela, son œuvre apparaît plus fraîche, plus

jeune, ne traînant pas après

elle

des commentaires, des
elle reflète le soleil,

sarcasmes, des polémiques célèbres,
elle

s'impose à notre admiration, candide, primitive,
et

animale, rieuse

nue,

comme une

de ses baigneuses.

RENOIR.

Au

l'iAN.

(Musée du Luxembourg).

YII
LES ARTISTES SECONDAIRES DE L IMPRESSION-

NISME

:

CAMILLE PISSARRO, ALFRED SISLEY,
CÉZANNE,
CASSATT,

PAUL

BERTHE
GUSTAVE

MORISOT,

MISS

MARY

CAILLEBOTTE,

ALBERT LEBOURG, EUGENE BOUDIN.

VII

Avec Manet, Degas, Monet
devant
l'histoire
Il

et

Renoir

se

présentera

de

la

peinture

un

glorieux quatuor de

maîtres.

nous faut maintenant en venir à quelques

personnalités écloses auprès des leurs, et qui, sans être
aussi grandes, n'offrent
série d'œuvres.

pas moins une riche et helle

De

ces personnalités, la plus considérable est cercelle

tainenlent

de Camille Pissarro (i).

Il

peignait
]

selon de sages formules un peu timides lorsque
ple de

exemil

Manet

le

rallia

à l'impressionnisme auquel

est resté fidèle. Pissarro a

énormément

produit.

Son
et

œuvre

se

compose de paysages, de scènes paysannes,

d'études de rues et de marchés. Ses premiers paysages

sont dans

la

manière de Corot, mais baignés d'une

coloration blonde: vastes
leillés,

champs de

blé, bois enso-

ciels

aux grands nuages floconneux, lumières
les

douces, ce sont

motifs de toiles charmantes, d'une

solide qualité classique. Plus lard, l'artiste adopta le

procédé de

la

dissociation des

tons, et

en

tira

d'iieu-

(i)

à
le

Saint-Thomas, Indes-Occidcnlales,
i3

le

lo juillet i83o

;

mort

à Paris,

novembre igoS.

i/i8

l'impressionnisme

reiix effets. Ses scènes

de moissons, de marchés, sont

lumineuses
de Millet
:

et vivantes.

Les figures y rappellent celles

elles

témoignent de hautes qualités d'obser-

vation sincère, elles sont d'un

homme

qui aime pro-

fondément

la vie rustique.

Pissarro excellait à grouper

les êtres, à saisir
le

avec justesse leurs attitudes, à rendre
foule au
soleil.

bariolage

dune
il

Certains éventails

notamment
fraîche
:

resteront de délicieux caprices de couleur

mais

ne faut pas chercher en

cette peinture

séduisante, vivante et claire, des dons psychologiques,
le

sentiment profond des grandes silhouettes,

l'intuila glèbe,

tion de l'âme fruste et

sombre des hommes de

qui ont

fait la

noble gloire de Millet.

A l'époque où,

vers

i885,

les

néo-impressionnistes que nous étudierons
le

plus loin inventèrent
l'essaya, et
Il

procédé

pointilliste, Pissarro

en

fit

des applications judicieuses.

peignit surtout à cette époque et dans cette techtoiles

nique des
tre,

d'une harmonie douce, verte

et

bleuâ-

avec

la légère

humidité transparente de
cette

la

cam-

pagne de France, spécialement de
qu'il aimait, qu'il habitait et

Normandie
comdans son
intimiste
;

dont

il

a exquisement

pris l'atmosphère.

Peu

d'éclats de couleur

œuvre

:

une entente
le

délicate,

un sentiment

en font tout
s'étonne

prix.

La composition

est sage

on

de voir à quelles discussions a donné lieu

cet art paisible,

exempt de truculence

et

de bizarrerie,

sincère et simple dans la présentation et l'exécution au

point de paraître plutôt un

peu monotone

cl

atténué

RENOIR.

Buste

ije

femmk

ARTISTES SECONDAIRES DE LIMPRESSIONNISME

1^9

que révolutionnaire.
1

De

tous

les

impressionnistes,
le

Pissarro est celui qui a eu le sentiment
style familier

plus vif

du

'

dans

le

paysage: une maisonnette, un

verger lui suffisent, sans déranger,

comme
toiles

Monet,

l'or-

chestration étincelante de la lumière.

Récemment, dans une

série

de

représentant

des vues de Paris (les boulevards, l'avenue de l'Opéra),
prises d'étages supérieurs, Pissarro a fait preuve d'une

vision et d'une science rares, et peut-être signé ses

plus belles

et

plus personnelles peintures. Les pers-

pectives, les éclairages, les tonalités des
foules, les reflets de pluie
vérité, et

maisons, des

ou de

soleil sont
le

d'une intense
et

on y sent l'atmosphère,

charme

l'âpie

de Paris.

On

peut dire de Pissarro qu'il ne lui a
état
:

manqué aucun don de son
1

c'était

un

artiste savant,
il

fécond

et probe.

Mais

il

lui a

manqué

l'originalité;

rappelle toujours ceux qu'il a admirés, et dont il a appliI

qué

les

idées avec hardiesse et avec goût.

Il

est pro-

bable que sa nature scrupuleuse n'a pas peu contribué
à
le

maintenir au second plan. Incapable certes de pas-

ticher volontairement, cet excellent et laborieux peintre

n'a pas eu les illuminations de génie de ses amis

:

mais
vrai,

tout ce

que l'étude consciencieuse,
art

le désir

du

l'amour d'un
sarro
l'a

peuvent donner à un
reste

homme,

Pis-

acquis.

Le

ne dépendait que du

destin. Il

n'y a pas de caractère plus respectable et d'effort plus
méritoire que les siens, et la preuve de son désintéres-

sement

et

de sa modestie se montrent bien dans ce

fait

I

OO

L IMPRESSIO.NMSME
lui,

qu'ayant déjà trente ans de travaux derrière

un

nom
sita

honoré

et

des
la

cheveux blancs, Pissarro n'hétechnique des jeunes peintres poin-

pas à adopter

tillistes,

ses cadets, tout

ingénument, parce qu'elle
la

lui

semblait meilleure que

sienne.

Il

reste,

sinon un

grand peintre, du moins un des plus intéressants paysagistes

rustiques

de

notre

époque, avec une vision

paysannesque qui

est bien à lui, et
et

un mélange harmo-

nieux de classicisme
à son
Il

d'impressionnisme qui assurera

œuvre un rang des plus honorables.
le

y a eu dans

paysagiste Alfred Sisley (i) peut-

être plus de personnalité originale. Il posséda,

au plus

haut degré,

le

sens de la lumière, et

s'il

n'eut pas la

puissance, la magistrale fougue de Claude Monet,

du

moins

méritera-t-il souvent d'être placé auprès de lui

dans l'expression de certaines
lumière.
sants les
Il

combinaisons de
si

la

n'eut pas

le

sens décoratif qui rend

imposon

paysages de Monet, on ne

voit pas dans

œuvre
dire le

cette surprenante interprétation lyrique qui sait

drame des

flots

en fureur,

le

sommeil lourd des

énormes masses de rochers,
sur
la

l'intense torpeur

du

soleil

mer. Mais en tout ce qui concerne
les

les

aspects
et frais,
Il

adoucis de l'Ile-de-France,
Sisley n'est pas indigne
l'égale

paysages doux

d'être

comparé
il

à

Monet.

en de nombreux

tableaux,

a

une

pareille

finesse de perception,

une

pareille verve

dans l'exécu-

(i)

à Paris le

3o octobre 1809, mort à Moret

le

3o janvier 1899.

ARTISTES SECONDAIRES DE l'iMPRESSIONNISME
lion. C'est le peintre des

i5i

grandes rivières bleues se courfleuris, des
toits

bant vers l'borizon, des vergers
claires oii s'étagent des

collines
c'est,

liameaux aux

rouges,

surtout, le

peintre
et

des ciels français,

qu'il

exprime
Il

avec une vivacité

une souplesse admirables.
s'il

a le

sens des transparences de l'atmosphère, et

s'appa-

rente étroitement à l'impressionnisme par sa technique,

on sent
cette

très

bien qu'il peignit avec spontanéité et que
trouvait adaptée à
sa nature sans

technique se

qu'il eût

cherché à se l'approprier par désir de nou-

veauté. Sisley a

notamment

peint une série de toiles
la forêt

dans

le

curieux village de Moret, au seuil de
oii il est

de

Fontainebleau,

mort,

et ces toiles

compteront

parmi

les

plus charmants paysages de notre époque.

Sisley était
sition

un vétéran de l'impressionnisme. A
les

l'expo-

de

1900, dans

deux

salles

réservées

aux

œuvres de cette école, on pouvait voir une douzaine
de toiles

de

Sisley

:

auprès des plus beaux Renoir,
gardaient leur

Monet

et

Manet,

elles

charme

et

leur

éclat avec

une singulière saveur,
la révélation

et ce fut,

pour beau-

coup de
artiste

critiques,

du

vrai rang de cet

qu'ils avaient jusqu'alors considéré

comme un
est apprécié

joli coloriste

d'une importance relative.
(i),

Paul Cézanne

inconnu du public,

par un petit groupe d'amateurs. C'est un artiste qui vit
en Provence, loin de tout
:

il

passe pour avoir servi de

(i)

Né en 1889.

102

L IMPRESSIONNISME

modèle au

peintre

impressionniste

Claude Lantier

étudié par Emile Zola dans le célèbre

roman L'Œuvre.
et des

Cézanne a peint des paysages, des scènes paysannes

natures mortes. Ses figures sont gauches et d une couleur
brutale et inharmonieuse, mais ses paysages valent par

une robuste

simplicité de vision.
ils

Ce

sont presque des

tableaux de primitif, et

sont aimés des jeunes im-

pressionnistes à cause de leur exclusion de tout ce qui
est habile
:

on trouve un charme de

simplicité rude et

de sincérité à ces œuvres où Cézanne emploie juste ce
qui est indispensable à rendre son désir. Les natures

mortes surtout sont intéressantes par

l'éclat

net de

leurs couleurs, par la franchise des tonalités, par l'originalité de certaines

nuances analogues à
est

celles

de

la

faïence ancienne.

Cézanne

un peintre sans

adresse,

consciencieux, qui s'attache intensément à rendre ce
qu'il voit, et qui a

quelquefois trouvé

la

beauté dans

cette forte et tenace attention. Il fait plutôt
vieil artisan

penser à un
il

gothique qu'à un moderne,

et

est

repo-

sant à voir

comme

contraste à l'étourdissante virtuosité

de tant de peintres.

Berthe Morisot (i) restera de l'impressionnisme,
la

la figure la

plus captivante

celle qui

aura

le

mieux précisé

féminité de cet art lumineux et chatoyant.

Devenue
où l'on

la

femme d'Eugène Manet,
exposa aux

le frère

du grand peintre,

elle

diverses galeries particulières,

(i) 1841-1893.

RENOIR.

La Famille de l'artiste
l'artiste).

(Appartient à

put voir

les

œuvres des premiers impressionnistes,

et

devint aussi célèbre par son talent que par sa beauté.

Lorsque Manet mourut,
de son œuvre,
et elle

elle prit

soin de sa

mémoire

et

contribua, avec toute son intelliet

gence énergique, à leur valoir leur juste
estimation. M™" Eugène Manet

définitive

a été certainement

un
du
elle

des plus beaux types de
xix" siècle. Lorsqu'elle
laissait

femmes

françaises de la fin

mourut, prématurément,

une œuvre considérable. Ce sont des jardins,
filles,

des jeunes

des marines, des natures mortes, des

aquarelles d'un goût raffiné, d'une verve surprenante,

d un coloris aussi distingué qu'imprévu. Arrière-petite
fille

de Fragonard, Berlbe Morisot (car

il

faut lui con-

server ce
le

beau

nom dont elle signa toujours par respect pour nom de Manet) semblait avoir hérité de son
lélégance vive,
la svel-

illustre aïeul la grâce française,
tesse, l'improvisation savante

dans

la spontanéité. Elle

se ressentit de

l'influence

de Corot, de Manet et de

Renoir. Toute son œuvre est baignée de clartés, d'azur,

de

soleil

:

c est
et

bien l'œuvre d'une femme, mais avec

une vigueur
lité

une franchise de touche, une oiigina-

qu'on n'en eût pas attendues. Les aquarelles surtout
:

sont d'un art supérieur
sent à évoquer

quelques notes colorées y

suffi-

le ciel, la

mer, un fond de

foret, et tout

y

est

d'une sûreté magistrale, d'une fantaisie moder-

niste qui n'a pas d'analogue en notre temps.

Une

série

d'œuvres de Berthe Morisot semble véritablement un
bouquet, dont
l'éclat est

moins dû aux colorations

rela-

i5/i

l'impressionnisme
et bleues,
et

tivement douces, grises
lue

qu'àla justesse absopeut-être trois cents

des valeurs. Cent toiles,

aquarelles, attestent ce talent de premier ordre. Plages

normandes aux

ciels

de perle, aux horizons de tur-

quoise, jardins de JNice étincelants, vergers pleins de
fruits, fillettes

en robes blanches avec de grands chajeunes femmes en robes de
bal, fleurs, ce
la

peaux

fleuris,

sont les thèmes favoris de cette artiste qui fut
table

véri-

muse de l'impressionnisme,
Mary
Cassatt méritera
elle

l'amie de Renoir, de

De2:as, de Mallarmé.

Miss
d'elle.

d'être placée

auprès

Américaine,

s'est faite

Française par son

assidue participation aux expositions des impressionnistes. Elle est l'un des très rares peintres
ait

que Degas

conseillés,

avec

Forain

et

M.

Ernest Rouart.
et riche
fille

(Celui-ci,

lui-même peintre
Henri

et fils

du peintre
épousé
la

collectionneur
M'""

Rouart,

a

de

Eugène Manet, qui peint également.) Miss Cassatt
dans l'étude des enfants,
les a le

s'est spécialisée

et elle est peut-

être l'artiste

de ce temps qui

plus originalement

compris

et

exprimés. Elle est une pastelliste considé-

rable, et certains de ses pastels valent des

Manet

et

des

Degas par

la large

exécution, l'éclat et

la

finesse des

tonalités. Il

y a dix ans. Miss Cassatt exposa une série de dix eaux-fortes en couleurs représentant des scènes de
et d'enfants à la toilette et
:

mères
était

àcetteépoque, ce genre

presque délaissé,

Miss Cassatt étonna par son
plus réelles diflicultés.

audace qui en aflronlait

les

On

ARTISTES SECONDAIRES DE LIMPRESSION.MSME

l55

doitgoùlcr dans

les

peintures de celle aiiiste, oulre les
et

hautes qualités de solide dessin, de valeurs justes
savante interprétation des chairs et des étoffes,

de

un pro-

fond sentiment de la vie enfantine, des gestes puérils,
des regards clairs
et

inconscients,

des

expressions

aimantes des mères. C'est une œuvre qui captive parce

grand charme de

vérité,

par cette vision franche, par ce
est le peintre et

choix de sujets heureux. Miss Cassait
le
.

psychologue des habys

et

des jeunes mères, qu'elle
frais

se plaît à représenter

dans un

décor de vergers ou
toilette,

sur

les

fonds d'étoffes fleuries des cabinets de
les linges

parmi
laines,

aux

clartés vives, les tubs, les porceà

dans l'intimité riante. Nous joindrons

ces

deux femmes remarquables

une autre

artiste,

Eva
a

Gonzalès, qui fut l'élève favorite de Manet, qui en
peint

Eva Gonzalès devint la femme de revcellent graveur Henri Guérard, et mourut préun beau
portrait.

maturément en i883, pas
n'ait

assez tôt pourtant

pour qu'on
aux délicaelle

pu admirer son

talent de pastelliste

tesses exquises.

D'abord élève de Chaplin,

eut vite

oublié les mièvreries de ce dernier pour
les conseils

acquérir, sur
et

de Manet,

les qualités

de netteté

de force

du puissant peintre

d'Arf/cnleuil, et elle eiit certainel'art

ment
si

pris

une des premières places dans
sa carrière.
les

moderne,
pastel

la

mort n'avait arrêté

Un

petit

au musée du Luxembourg atteste
qualités de coloriste.

meilleures de ses

Gustave Caillebolle

fut

un ami de

la

première heure

i56

l'impressionnisme
les

pour

impressionnistes.

11

était

riche,

amoureux
valeur, qui

d'art, et

lui-même un peintre de grande

s'effaça derrière ses

camarades. Son tableau. Les raboattira jadis

teurs de parquets,

sur lui

les railleries.

Aujourd'hui cette œuvre, au Musée du Luxembourg,

semble bien peu
mais à
cette

faite jDOur

prétexter tant de polémiques,

époque, on considérait

comme une

folie

ce

que nos yeux trouvent tout naturel. Ce tableau
étude de perspectives obliques,
et

est

une

son curieux ensemble

de lignes montantes
d'ailleurs

suffit

à exciter l'étonnemen t.

C

est

une œuvré de couleur

grise et discrète, avec

des qualités de fine lumière, mais en
intérêt.

somme

sans grand

Récemment une
permis de
:

exposition d'œuvres de Cail-

lebotte a

voir

que

cet

amateur

était

un

peintre

méconnu

il

y avait
le

notamment de

jbelles

natures mortes. Mais

nom

de Caillebotte ne devait

décidément parvenir au public que dans des conditions
de polémique et de scandale. Lorsqu'il mourut,
à lEtat
il

légua

une magnifique collection d'objets
et aussi

d'art et de

tableaux anciens,

une collection d'œuvres imdeux
legs seraient
les

pressionnistes, en stipulant que ces

inséparables.

Il

désirait

par

ce

moyen imposer
et les
les

œuvres de

ses

amis aux musées,

venger ainsi du

délaissement injuste. L'Etat accepta

deux

legs, le

Louvre désirant absolument bénéficier de
qui s'insurgèrent contre l'acceptation de
derne.

la partie

an-

cienne, malgré les efforts des peintres de l'Académie
la

partie

mola

On

vit à cette

occasion jusqu'oii pouvait aller

ARTISTES SECONDAIRES DE LIMPRESSIONNISME

iSy

haine des artistes

officiels

contre les impressionnistes.

Un

groupe d'académiciens, professeurs à l'Ecole des
le

Beaux-Arts, menacèrent

ministre de démissionner

en masse. « Nous ne pouvons, écrivirent-ils aux journaux, continuer à enseigner un art dont nous croyons
connaître les
ses
lois,

du moment que

l'Etat

admettra dans
des œuvres

musées, où nos élèves pourront
sont
))

les voir,

qui

la

négation

même

de

ce que

nous ensei-

gnons.

Une

discussion passionnée s'ensuivit dans la

presse, et le ministre déclara avec esprit

que l'impresl'attention

sionnisme, bon ou mauvais,

s'était

imposé à

du

public, et que le devoir de l'Etat était d'accueillir
les
:

impartialement

ouvrages représentant tous

les

moule

vements
rôle
lui

d'art

le

public saurait juger et choisir,
n'était

du gouvernement
la neutralité

pas de l'influencer en ne

montrant qu'une certaine peinture, mais de rester
historique.

dans

Grâce à

cette

réponse

adroite, les académiciens, dont le plus acharné était

M. Gérôme,

se résignèrent à

garder leurs postes.

Un

pareil incident,

moins violent publiquement mais tout

aussi étrange, s'était produit lors de l'admission par le

Musée du Luxembourg du
qu'un groupe d'écrivains

portrait

de

la

mère

de

Whistler, chef-d'o'uvre qui en est aujourd'hui l'orgueil,
et
et

d'amateurs réussit à im-

poser.

On

a peine à s'imaginer le degré d'irritation et

d'obstruction

des

peintres officiels envers toutes les
et, si

idées de la peinture nouvelle,

cela n'avait
et ses

dépendu

que d'eux, sans aucun doute Manet

amis seraient

i58
morts dans une

l'impressionnisme
totale obscurité,

non seulement bannis

des Salons et des musées, mais encore traités de fous
et

mis dans l'impossibilité de vivre de leur

travail.

La collection Caillebotte
ditions
tive
fit

fut installée

dans des con-

que du moins
le

la

mauvaise volonté administra-

plus déplorables que possible. Force fut au
les

conservateur d'entasser

œuvres dans une

petite salle
les

mal

éclairée,

oli il

est

absolument impossible de

voir avec le recul que nécessite le procédé de la dissociation des tons, et la mesquinerie de l'opposition fut
telle,

que

les

toiles

ayant été léguées sans cadres,

le

musée, dit-on,

fut obligé d'en

emprunter aux réserves

du Louvre, parce qu'on refusait les crédits nécessaires pour en acheter. La collection reste cependant belle et
intéressante. Elle ne représente pas l'impressionnisme

dans tout son
posent

éclat,

parce que les œuvres qui
achetées

la

com-

avaient
ses

été

par Caillebotte à une

époque où

amis étaient encore loin d'être arrivés à

l'épanouissement de leurs qualités. Mais on y trouve

du moins de un de

très belles choses.
le

Renoir y
la

est

merveil-

leusement représenté par
est

Moulin de

Galette, qui

pastels,

Degas y compte sept beaux Monet quelques paysages de grand style Sisley
ses chefs-d'œuvre.
:

et Pissarro seuls n'apparaissent guère à leur avantage, et enfin

on

regrette

que Manet n'y figure qu'avec une
le

étude en noir de sa première manière,
n'est pas

Balcon qui
la

de ses meilleurs tableaux,

et

fameuse

Olympia dont l'importance

est plutôt historique qu'in-

ARTISTES SECONDAIRES DE L IMPRESSIONNISME
liinsèque.

I

OQ

Séparément a

été acquise par le

musée une
est

Jeune fille en robe de bal de Berlhe Morisot qui
délicate merveille de grâce et de fraîcheur. Et
1

une

on

voit,

à la place

d'honneur du musée,

le

grand tableau de

Fantin-Latour,

Hommage

à Manet, où le peintre, assis

à son chevalet, est entouré de ses amis, et cette toile
est bien

Icmblème du
la

lent

triomphe de l'impression-

nisme, de

réparation d une grande injustice.

En
dant
Il

ce tableau précisément est représenté le jeune

peintre Bazille, élève et
la

ami de Manet, qui

fut lue

pen-

guerre de 1870, et auquel un souvenir est du.

reste de lui quelques toiles oîi éclate le talent (i). et

sans

doute

il

eût

compté parmi

les

plus originaux

artistes

contemporains. Nous terminerons cette énubrève par deux remarquables paysaAlbert Lebourg, qui peint dans des

méralion trop
gistes
:

l'un est

colorations suaves et poétiques, avec des bleus et des
verts d'une tendresse particulière, et qui
1

comptera dans

histoire
Il

de l'impressionnisme.

L'autre est

Eugène

Boudin.

n'a pas adopté la technique de Claude Monet:
dit qu'il fallait

mais nous avons
terme vague
et

comprendre sous

le

inexact d impressionnisme une réunion

de peintres témoignant d'une originalité dans l'étude de
la

lumière, et s'éloignant de
à

1

esprit

académique.

Eugène Boudin,

ce

titre,

mérite d'être placé au
dans
et

(i) JNotamment la Jeune

femme

assise

un paysage, qui
est

fit

une

sensation profonde à l'Exposition de 1900,
véritable.

qui

un chef-d'œuvre

i6o
premier rang. Ses

L IMPRESSIONNISME
toiles feront l'orgueil

des galeries les

mieux composées. C'est un admirable peintre de marines.
Il

a su exprimer les eaux grises de la

Manche,

les

ciels 'd'orage, les

nuées lourdes,

les effets

de

soleil tra-

versant facilement les temps gris, avec une maîtrise
constante. Ses nombreuses toiles faites dans
le

port

du

Havre sont profondément expressives. Personne,
que
lui,

mieux

n'a su dessiner des voiliers, donner

le senti-

ment exact des carènes plongées dans leau, grouper
des mâts, rendre l'activité d'un port, indiquer la valeur

d'une voile sur un

ciel,

la

lluidité

de leau calme,

la

mélancolie des lointains,
frôlées par la brise.
gris.

le frisson

des vagues courtes
coloriste

Boudin

est

un savant

du

C

est

un impressionniste par son exclusion des
compréhension des
reflets,

détails inutiles, sa

son sen-

timent des valeurs, parla hardiesse de sa composition, par sa faculté de percevoir directement
transparence de l'atmosphère
;

la

nature, la

il

fait

songer parfois à

Constable
et rien artistes

et à

Corot. Boudin a
il

énormément produit,
Il

de ce qu

a fait n'est indifférent.

est

de ces

qui ne connaissent pas la gloire brillante, mais
et

qui restent,
élite,

dont

le

nom, fidèlement retenu par une

est assuré
le

d'une permanence dans l'avenir (i).

On

peut

considérer

comme un

isolé, à la limite

du

classicisme et de limpressionnisme, et c est sans doute
la cause
(i)
le

de l'effacement relatif de son renom.
lUHjuil à llarllcur

On
à

peut

Eugène Boudin

en

\8:>J\

et

mourut

Deauville

8 juin i8g8.

ARTISTES SECONDAIUES DE L "IMPRESSIONNISME
fil

iGl

dire autant de l'ingénieux et fin paysagiste Ilervier,
si

qui a laissé de
relliste

intéressantes toiles,

et

de l'aquatotalement

lyonnais

Ravier,

qui,

presque
et

inconnu, fut

très voisin

de Monticelli

témoigna de

dons admirables. Mais on ne saurait pourtant méconnaître

que Boudin

est plus

proche de l'impressionnisme
d'artistes, et
il

que de tout autre groupement
considérer comme un
française. Enfin,
si

faut le

« petit maître » de la

pure lignée

une question de nationalité m'emici

pêche de dire longuement

le

rang de précurseur

qui doit être assigné au grand paysagiste hollandais

Jongkind, du moins son

nom doit-il

être

mentionné. Ses

notations à l'aquarelle ont été pour plusieurs impressionnistes de véritables révélations, dont Claude Moiiet
et

Berthe Morisot notamment ont profité,

et

qui sont

pour nombre de jeunes peintres actuels de précieuses
leçons.

Nous ne prétendrons pas avoir indiqué en

ce chapitre

tous les peintres relevant directement du premier

moumésuffi

vement impressionniste. Nous nous sommes bornés à
énumérer
riterait
les

plus considérables, et chacun d'eux
il

une étude complète. Mais

nous aura

d'inspirer aux amateurs d'art
cette vaillante

une juste estime pour
qui ont prouvé mieux
la vitalité,

phalange
les

d'artistes,

que par tous

commentaires d'esthétique

l'originalité, la

logique des théories de Manet, l'imporla

tance des notions qu'il a apportées dans
et

peinture,

qui ont, d'autre part, clairement démontré l'inutilité

.

iG2

l'impressionnisme
officiel; c'est à leur

de l'enseignement

profonde

et sin-

cère contemplation de la nature, à leur liberté d'esprit,
qu'ils ont dû, loin

des traditions et des procédés de
leur
savoir et de leur talent.

l'Ecole, le meilleur de

C'est par là qu'ils compteront dans l'évolution de leur
art. Ils

ont été

les

découvreurs fervents du terroir nal'Ile-de-France, les poètes de

tional, et

notamment de
ciels,

ses

doux

de ses eaux vives, de ses chemins cou-

verts, de

ses feuillées
et

aux demi-jours

si

fins,

de ses

fermes naïves

de ses coteaux

fleuris. Ils

ont aimé et

exprimé la

terre française avec sincérité et fraîcheur.

Ce

sont vraiment nos peintres, sans mélange d'idées pré-

conçues, de théories esthéti([ues.
la

Ils

ont été

émus par
pourquoi

campagne

et se

sont installés devant elle avec la vo:

lonté de restituer lémotion toute vive
leur art paraîtra toujours juvénile.
rien de froid,
il

c'est

Il

n"a rien de guindé,

sent

la

lumière

cl la joie, et c'est

même

un
les

des traits particuliers et uniques de l'impressioncette joie

nisme que

ingénue de

la

couleur qui, chez

plus somptueux coloristes,

chez Claude Lorrain,

chez Turner, chez Monticelli, se mêlait des préoccupations

du

style,

de

la

composition décorative.
de
la fenêtre

On

a dit

d'eux qu'ils avaient

« l'esthétique

ouverte »
:

Et cette formule dédaigneuse

signifie

une beauté

on

manquait

d'air,

dans

la

peinture, avant qu'ils vins-

sent — depuis eux

on

s'est senti respirer

mieux, une

aisance charmante sest révélée dans notre art.

YIIl

Les illustrateurs modernes rattachés a
L IMPRESSIONNISME
!

RaFFAELLI,
J.-L.

HeNRI
Forain,

DE

Toulouse-Lautrec,

Jules Chéret, Steinlen, Louis Legrand,

Paul

Renouard,

Auguste

Lepère,

Henri Rivière.

PISSARRO. — Paysanne

assise

YIII

La moindre conscquence de l'impressionnisme n'aura
pas élé
la

véritable

révolution qu'il a apportée dans

l'illustration. Il était d'ailleurs naturel
l'y

que

ses principes

conduisissent.

La substitution de

la

beauté de caracles

tère à la

beauté de proportion devait entraîner

artistes à envisager l'illustration

d une façon nouvelle,
était

et

comme

l'impressionnisme pictural
d'idées qui créa le

né du

même

mouvement
Concourt,

roman

naturaliste et la

littérature impressionniste de Flaubert, de Zola et des

comme
entre

il

y eut relations étroites

et

défense

commune

ces

bommes,

les

idées modernistes

d'Edouard Mancl s'appliquèrent rapidement au commentaire des livres traitant des
spectacles actuels.

mœurs

et

décrivant

les

Les impressionnistes eux-mêmes n'ont pas contribué
à l'illustration. Leur oeuvre a consisté à élever au style

de

la

grande peinture des sujets qui semblaient tout au

plus dignes de la proportion des vignettes, par opposition aux genres qualifiés « nobles » par l'Ecole.

On

peut considérer

la

série

des œuvres de Manet et de

Degas

comme

d'admirables illustrations des romans de

Zola et des Goncourt. C'est une recherche parallèle de

i6()
la vérité

l'impressionnisme

psychologique moderne. Mais
.

elle est
s'ils

restée

limitée aux tableaux

Il

est à

présumer que

l'avaient

voulu, Maiiet
certains

et De2:as

eussent illustré admirablement
et

romans contemporains^

Renoir eût

fait

un

chef-d'œuvre en commentant par exemple
Galantes de Verlaine.
dessins composés par

les

Fêtes

On

ne peut

citer

que

les

quelques

Manet pour le Corbeau d'Edgar Poë

etVAprès-Midî d\in faune, de Mallarmé, plus quelques
rares couvertures de mélodies sans grand intérêt.

Mais

si les

impressionnistes ont

eux-mêmes négligé
si

d'apporter leur concours à la cause
l'illustration

intéressante de

moderne, tout aussitôt une légion de des-

sinateurs se sont inspirés de leurs principes. L'un de
leurs caractères les plus originaux était certainement la

présentation réaliste des scènes, la « mise en cadre »,
et ce fut,

pour ces dessinateurs, l'occasion de révolula

tionner

librairie.

La
avec

vignette

avait

déjà

compté

d'excellents

artistes

Tony Johannot

et Célestin

Nanteuil, dont on retrouve de

jolis et alertes frontis-

pices dans les vieilles éditions de Balzac (i).

Le génie
et

d'Honoré Daumier,

la

haute fantaisie de Gavarni

de

Grévin, avaient déjà annoncé une

protestation sérieuse
le

du sentiment de

la

modernité contre

goût acadé-

mique, en revenant sur bien des points
tion d'Eisen, des deux Moreau
i8/i5 le dessinateur Constantin
(i).

à la libre tradi-

et

de Debucourt. Dès

Guys, l'ami de BaudeMéryon,
GhilUart,.

J'v

ajoute
et tels

hâtivement,

outre

l'admirable

méconnu,

fragments de

l'art

inégal et parfois captivant de Doré.

LES ILLUSTRATEURS MODERNES
laire,

167

témoignait d'une curieuse vision d'élégance nerfait

veuse, et d'une science expressive tout à

conforme
si

aux idées

actuelles,

dans

ses aquarelles

d'une verve

vivante. L'impressionnisme,

et aussi la révélation

des

estampes japonaises, donnèrent une vigueur incroyable
à ces intuitions. C'est de l'impressionnisme que date-

ront certaines caractéristiques. C'est à cause de

lui,

par exemple, qu'on a osé employer dans l'illustration
des personnages de premier plan à moitié coupés par
la

marge, des perspectives montantes, des figures d'ar-

rière-plan semblant planer au-dessus des autres, des

gens vus d'un second étage, en un mot tout ce que
vie présente
et

la

aux yeux, sans

le

fâcheux souci de

((

style»

d'arrangement que

l'esprit

académique

s'obstinait à

appliquer à
tout a

la figuration

de

la vie

moderne. Degas surcette

donné fexemple multiple de
composition.

nouveauté

dans
par

la

Un

pastel de lui est resté typique
:

le

scandale qu'il causa

il

représente une scène de

danse à l'Opéra, vue de l'orchestre. Le manche d'une
contrebasse sélèvc au milieu du tableau
et
le

coupe

d'une grande silhouette noire derrière laquelle scintillent les

robes de gaze et les lumières. Cela peut se
il

voir tous les soirs, et cependant

serait

difficile

de

résumer toutes

les

railleries et toutes

les colères

que

causa une audace aussi naturelle (i).

L'illustration
!

moderne
Un

devait en prétexter bien d'autres

(i)

autre pastel représente

le

baisser

du rideau

sur une

fin

de

i68
Il

l'impressio>msme

nous faudra mentionner avant tout quatre
et

artistes,

qui sont des peintres remarquables

qui ont relevé

glorieusement

le

nom

d'illustrateur.

Ce nom, méprisé

par

les peintres ofTiciels,

devra leur être donné

comme

celui qui leur a valu les meilleurs titres à la célébrité.
Ils

ont su lui rendre tout son mérite et tout son éclat,
transposer dans l'illustration les plus sérieuses qua-

et

lités

de

la

peinture.

De

ces quatre

hommes,

le

premier

en date

est

M. J.-F.

RafTaëlli,

qui débuta vers 1875 par

de remarquables illustrations en couleurs, d'un pittoresque intense, dans divers magazines.
Il

donna une
et

admirable série des Types de Paris, en album,
suite d'eaux-fortes

une
de

pour
la

accompagner un

texte

M. Huysmans décrivant

curieuse rivière de la Bièvre,

qui pénètre dans Paris par mille méandres tantôt souterrains, tantôt à ciel ouvert, et qui sert

aux corroyeurs

pour

le

lavage des cuirs. Cette série est

un modèle
du
livre,
ilhis-

d'illustration

moderne.

Mais,

en

dehors

l'œuvre picturale entière de M. Raffaëlli est une
tration
sent.

humoristique

et

psychologique du temps préet les

Il

a peint les types ouvriers

petits

bour-

geois, les pauvres, les

malades d hôpital,

les

rôdeurs de
Il

banlieue, avec une vérité et

un

esprit uniques.

a su

être le poète des paysages maladifs et souillés qui avoi-

sinentles capitales,
les

il

en

a

rendu

le

charme anémique,

confuses perspectives de maisons, d'enclos, de jar;

ballet

le

rideau divise Iransversalcrncnt

la

toile et

Ton ne

voit

que

les

jambes des danseuses.

<

^

LES ILLUSTRATEURS MODERNES

1

6()

dinets et de fumées,

sous

la

mélancolie des

ciels plu-

vieux.
e:estes

Il

a noté avec

une ironie sans amertume

les

gauches de l'ouvrier endimanché,

les silhouettes

grotesques des petits bourgeois, en réalisant une galerie

d'un intérêt sociologique

très réel.

M.

Railaëlli a aussi

exposé des paysages parisiens où paraissent de grandes
qualités de lumière
:

il

excelle à rendre les matinées de
ciels

printemps avec leurs

de perle, leurs lumières

pâles, leur transparence, leurs
il

ombres

légères, et enfin

a

prouvé

sa

maîtrise par de grands portraits aux

harmonies

fraîches,

généralement consacrées à l'étude
Si le
l'a

du blanc de

diverses qualités.

nom

d'impres-

sionniste désignait,

comme on

faussement cru, un

artiste qui se borne à donner l'impression de ce qu'il

voit,

M.

Raffaëlli serait le véritable impressionniste. Il
Il

suggère plutôt qu'il ne peint.
curieuse
:

use d'une technique

il

laisse
le

souvent un
la

ciel

complètement nu,
quelques notes de

en jetant sur

blanc de

toile

couleur qui suffisent à donner
le

l'illusion. Il aflectionne

blanc et

le noir, et

peint très légèrement, par petites
excellent, par le sentiment

touches. C'est
très juste qu'il

un

peintre

a des

valeurs, mais ce qui l'intéresse

avant tout,

c'est l'expression
si

psychologique.
dirait

Il la

note
écrit

d'un pinceau
avec
la

hâtif

qu'on

presque qu'il

couleur. C'est aussi

un

aquafortiste de grand
Il

mérite, et
talent

un sculpteur
le

original.

se

préoccupe avec
de
la

de rénover

matériel

même

peinture.

C'est

un ingénieux

artiste et

un producteur abondant,

lyO

L IMPRESSIONNISME

un observateur narquois, mais
(les petites

bienveillant de la vie

gens, ce qui ne la pas
l'a

empêché de peindre

très

sérieusement lorsqu'il

voulu,

comme le témoigne

entre autres

un

très

beau portrait de M. Clemenceau

parlant dans une réunion publique, en présence d'une
salle

vociférante où se dressent une centaine de têtes
les

dont

expressions sont notées avec une verve et

un

emportement superbes.
Henri de Toulouse-Lautrec, mort fou récemment,
laisse

une œuvre importante.

Il

eut une sorte de génie

cruel.

Descendant d'une des plus grandes familles de
fit

France, disgracié par la nature qui

de

lui

une

sorte

de nain souffreteux,

il

sembla prendre un
Il

plaisir

amer

dans l'étude du vice moderne.

peignit des scènes de

cafés-concerts, des intérieurs de fdles, avec
vérité
:

une intense

personne n'a mieux que
de
la

lui révélé les tares et

les tristesses

créature dite « de plaisir » par

une

navrante ironie des choses. Lautrec a montré
cité

la facti-

des visages fardés,

la

vulgarité des types de courtile

sanes sorties du peuple, les gestes canailles,
l'incurie des intérieurs de ces

désordre,

femmes, tout l'envers de

leur existence.
vérité,
il

On

a dit qu'il aimait la laideur: à la
il

n'exagérait pas,

accusait avec puissance tout

ce qu'il voyait. Mais sa

terrible

clairvoyance passait
triste fut

pour

caricaturale.
:

Ce psychologue

un grand
les

peintre

il

se plaisait à parer

de robes roses

plus

grossières et les plus vulgaires créatures, qu'il peignait
telles

qu'on

les

trouve dans

les cabarets et concerts, et

LES ILLUSTRATEURS MODERNES
il

I

~

I

samusait du contraste des nuances fraîches

et

des

visages usés par le vice et la pauvreté. Les deux grandes

iniîuences de Laulrec ont été les Japonais et Degas.

Des uns

il

retint le sens

de l'arabesque décorative,
le

l'imprévu des groupements, de l'autre

dessin savant,

expressif dans la large simplification, et on peut dire

que souvent
regretter

l'élève a été
ait

digne des maîtres.

On

peut

que Lautrec

borné sa vision

et ses

hautes
:

facultés à l'étude d'un petit

monde
ses

parisien très spécial

mais on ne peut, en voyant

œuvres, contester la
Il

science, l'esprit, la grande allure de son art.

a signé

aussi quelques

belles affiches,

notamment un Bruant

qui est un chef-d'œuvre du genre.

On

trouvera encore

la

profonde influence de Degas
s'est
fait

chez J,-L.

Forain,

qui

connaître

par une
illustrées,

immense

série

de dessins dans

les feuilles

dessins aussi

remarquables par eux-mêmes que par

leurs légendes, d'un esprit

amèrement

satirique.

Ces
et

dessins composent une synthèse à

la fois
ils

amusante

grave des défauts de
aussi,

la

bourgeoisie:
le

concernent
politique

mais moins heureusement,

monde

1

artiste,

un peu

grisé par son succès, a cru
le

pouvoir

exercer une influence en bafouant
taire.

régime parlemen-

Le dessin de Forain
la

est

d'une nervosité qui
traits est révéla-

n'empêche pas

science

:

chacun des

teur, et d'une puissance étonnante. Forain est aussi

un

peintre de grand talent.

Dans sa

peinture,

moins connue,
l'influence

on trouve plus nettement encore

le style et

172

L JINIPRESSIONISÎME

de son maître Degas. Ce sont généralement des scènes

de coulisses et de restaurants de nuit, où des types
caricaturaux

sont peints

avec
ils

force.

Mais
la

ils

sont
la

charges avec insistance,

n'ont pas

mesure,

vraisemblance ironicpie

et discrète

qui donne tant de

saveur, tant de prix aux études de Degas.
les

Néanmoins
dessina-

tableaux de Forain sont des cruvres très significa-

tives et

d'un réel intérêt. C'est assurément

le

teur de journaux le plus intéressant de toute sa génération, celui

dont

l'art

éphémère
et l'un

se

rapproche

le le

plus plus

de

la

grande peinture,
la

de ceux qui ont

contribué à

transformation de l'illustration dans la

presse contemporaine.
Jules Chéret s'est
place large
et
fait

dans
Il

l'art

contemporain une
être

splendide.

commença par

ou-

vrier lithographe, et vécut

longtemps à Londres. Vers

1870, Chéret
et

fit

ses

premières afTiches en noir, blanc

rouge
à

:

c'étaient alors les seules couleurs employées.
il

Peu

peu

perfectionna cet

art,

trouva
les

le

moyen
sur
la

d'adjoindre

d'autres

tons
Il

et

de

tirer

pierre lithographique.
petit atelier,
et

revint en France, fonda
il

un
l'af-

progressivement

porta

l'art

de

fiche au degré admirable

il

est

parvenu. En

même
il

temps Chéret dessinait
ses

et

peignait, composait

lui-même
n'a

modèles. Vers iS85 son

nom

devint célèbre, et

cessé de grandir. Quelques écrivains,

notamment

l'émi-

nent critique Uogei' Marx
saluèrent en Chéret

et le

romancier lluysmans,
artiste original,

un grand

autant

LES ILLUSTRATEURS MODERNES

178

qu'un savant technicien.

Il

exposa dès lors des peintures
le

décoratives, des pastels et des dessins qui

placèrent

au premier rang. Chcret

est

universellement connu.

On

n'oubliera pas le type de Parisienne qu'il a créé,
Il

l'harmonie multicolore de ses œuvres.
d'avoir inventé de toutes pièces
fête des

aura

la gloire

l'afficlie artistique, cette
si

yeux, cet art de

la

rue

captivant, qui jadis

languissait dans

une maussade
Il

et

terne présentation

de réclames commerciales.

a été le

promoteur d'un
copié, parodié,
à réaliser

immense mouvement, on la
mais
il

imité,
Il est

demeurera inimitable.

parvenu

sur du papier, avec les procédés de la lithographie, les
pastels
et les

gouaches où

sa

fantaisie

de coloriste
difficiles.

éblouissant mêlait les nuances les plus

On

trouve en Chéret tous

les

principes de l'impressionreflets

nisme, lumières contrariées, ombres colorées,

complémentaires, employés avec une magistrale sûreté
et

un charme

délicieux. C'est l'impressionnisme décoet

ratif,

compris supérieurement,
dédaigné par
:

ce simple faiseur

d'affiches,

les peintres,

sest montré l'égal

des plus grands

il

a fait de la rue, sous la pleine lu-

mière,
gloire.

le véritable

Salon

oii ses

œuvres ont connu
décida à

la

Lorsque ce trop modeste

artiste se

mon-

trer des tableaux et des dessins,
tion.

ce fut

une révéla-

Les plus remarquables pastellistes de l'époque,

étonnés, admirèrent sa science, sa connaissance pro-

fonde de

la

technique, les tours de force incessants

qu'il dissimulait sous

une grâce chatoyante.

1-4

l'impressionnisme

On

eut

le

bon sens de

lui

confier quelques grandes
il

décorations murales (i), où
ses couleurs étin celantes,
fantaisie,

déploya

la

gamme

de

il

affirma son esprit, sa

son art de rêve. Les
:

harmonies de Cliéret

restent des secrets

il

les

applique à l'expression de
italienne, jetés avec
ciel

personnages de

la

comédie

une
les

verve endiablée sur un fond de
feux de

enllammé par
et
il

Bengale d'un carnaval féerique,
la réalité des

mêle

curieusement
la

mouvements

à la fantaisie

plus arbitraire. Cbéret a su prouver aussi, par une
:

belle série de sanguines, sa filiation savante

il

vient

Watteau, de Boucher

et

de Fragonard,

c'est

un pur

français de race, et lorsqu'on a fini d'admirer la grâce
,

et l'animation

heureuse de son imagination, on reste
et sûre

étonné de voir sur quelle technique sérieuse

s'appuient ces décorations qui semblent improvisées.
L'art de Chéret est le sourire de l'impressionnisme, et
la

meilleure démonstration de

la

logique décorative de

cet art.

Voilà donc quatre artistes de haut mérite qui ont
créé la transition entre la peinture et l'illustration impressionnistes
;

il

conviendrait de mettre à part Tou-

louse-Lautrec, qui fut beaucoup plus jeune, mais son

oeuvre se rattache trop directement à celle de Degas

pour qu'on tienne compte de
produit, de 1887 à 1900,
(1)

la différence d'âge. Il

a

une œuvre qui eût pu santivilla à

M.

le

baron Vitta, nolammenl, pour une
salle.

E\ian, et l'IIùtcl

de

N ille

de Paris, pour une

LES ILLUSTRATEURS MODERNES
•dater

1^5

de quinze ans. Nous étudierons au prochain cha-

pitre ses

camarade du néo-impressionnisme,

et

nous

parlerons

maintenant de quelques illustrateurs plus
lui.

4gés que

Le plus ancien en date
il

est le
11

graveiu"

Henri Guérard, mort

y a cinq ans.

avait
il

épousé
a gravé

Eva Gonzalès
et original, qui

et

fut

l'ami de Manet, dont

beaucoup d'œuvres. C'était un artiste de talent incisif
s'adonna aussi avec succès à
l

la

pyroja-

gravure, et s'influença heureusement de

estampe
d'élite

ponaise

:

ses eaux-fortes méritent

une place

aux

cartons des bons collectionneurs, elles sont vigoureuses
et

larges.

Le graveur Félix Buhot
coloriste

fut,
:

lui,

plutôt

délicat,

un

du blanc

et

du noir

ses scènes

de

Paris resteront des œuvres charmantes.

On

rattachera

à l'impressionnisme le peintre, aquarelliste et dessina-

teur Daniel Vierge, malgré son origine espagnole. Ses
illustrations sont

d'un grand

artiste,

d'une fougue,
et

d'une

couleur, d'une

vie admirables,

les

grands

principes de l'impressionnisme y sont réalisés. Mais
voici quatre

autre

autres

illustrateurs

de

premier
et

ordre

:

Steinlen, Louis Legrand, Paul

Renouard

Au-

guste Lepère.
Steinlen a produit

énormément

:

il

est surtout re-

marquable par
pour
le

ses

illustrations. Celles

qu'il a faites

volume de chansons Dans

la rue,

d'Aristide

Bruant, resteront

comme un

chef-d'œuvre.

On y

trouve

des trésors d'observation amère, d'esprit, de curiosité
et

de savoir

:

l'âme du bas peuple y frémit avec une

1-76

l'impressionnisme

intense vérité, une âpre révolte, une pliilosopliic

com-

préhensive. Steinlen a aussi

fait

de belles affiches, des

pastels agréables, des lithographies

dun

mérite tech-

nique incontestable,
belle éloquence.

et

des dessins politiques d'une
qu'il soit

On

ne peut pas dire
:

impres-

sionniste au sens exact

il

colorie par

teintes plates,

plutôt

comme un
et
il

faiseur d'estampes

que

comme un
la

peintre, mais en lui aussi pourtant

on sent

marque

de Degas,

un de ceux qui montrent le mieux que, sans rimprcssionnisme, ils n'eussent pu être ce
est

qu'ils sont.

On
I

peut en dire autant de Louis Legrand, élève

de.>

Félicien Rops, aquafortiste d'une science admirable,

dessinateur à la vision aiguë, peintre d'un caractère
curieux, ayant devancé sur bien des points les artistes

d'aujourd'hui. Louis Legrand montre également à quel

point l'exemple de Manet et de Degas a révolutionné
l'illustration,

en alhanchissant
les

les
la

peintres
vérité,
la

des lois

surannées,

en

guidant vers

franche

étude psychologique. Legrand

est tout plein d'eux sans

leur ressembler: n'oublions pas qu'auprès de l'innovation technique (division des tons, étude des complé-

mentaires), l'apport de l'impressionnisme est

la

noula

veauté de

la

composition,
sujets.

le

réalisme du caractère,
ce sens

grande liberté de

En
si

Rops lui-même

ne saurait

être classé

dans aucun autre groupe, malgré

ses tendances

symbohques,

du moins

tout classement,
qu'il en
soit,

en

art,

n'était inutile et inexact.

Quoi

CEZANNE. —

Portrait d'homme.

LES ILLUSTRATEURS :M0DERNES

l'y
les

Louis Lcgrand a signé des volumes où brillent
séduisantes qualités.

plus

Paul Renouaid s'en
naux,
et de

est

tenu à illustrer des jour-

mais avec quelle surprenante dépense d'esprit
savoir,
les

lecteurs

du Graphie

le

savent.

Ce

magistral

virtuose

du crayon pourrait donner des

leçons de dessin à bien des

membres de

l'Institut

!

Sens de

la vie

des foules, psychologie des types, spiri-

tuelle et rapide notation,

étonnante aisance à se jouer
les

des difTicullés, ce
dénier. Et
il

sont

dons qu'on ne peut

lui

nous faut encore reconnaître en Rcnouard
et

l'exemple de Degas
fécondité ne
les dessins
fait

de Manct. Son exceptionnelle
:

que donner plus d'autorité à son crayon

de Renouard sur l'exposition de 1900 étaient
Il y première

peut-être plus beaux que le reste de son œuvre.
avait

notamment une

série d'études faites

de

la

plate-forme de la Tour Eiffel où s'accumulaient des prodiges de perspectives, encadrant des scènes d'une vie
et

d'un caprice

faits

pour

stupéfier.

Enfin, Auguste Lepère est le Debucourt de notre

temps. Peintre,

pastelliste,

graveur sur bois, depuis

1870
les les

il

produit, et s'est conquis la première place parmi

graveurs français.

On

dénombrerait difficilement
s'est

volumes, albums, couvertures où
de son burin
:

jouée
la
il

la

fan-

taisie

mais

c est surtout

dans

gravure
tiré

sur bois qu'il est sans rival.

Non seulement
il

en a

des chefs-d'œuvre, mais encoie

s'est

passionnément

consacré à relever cet art admirable, honneur des beaux

L IMPRESSIONNISME
livres de jadis, et à lui rendre

un

éclat

que

les

procédé»

mécaniques avaient éclipsé. Lepèrc a fondé des publications dans ce but,
et
il
il

a

formé des élèves de grand mérite,

faut le considérer

comme

le

maître de toute

la

génération des graveurs sur bois modernes,

comme
qualité

Chéret

est le

maître incontesté de
la

l'affiche.
Il

La

maîtresse de Lepère, c'est
retrouvé
les

puissance.

semble avoir

secrets des imagiers

du moyen âge pour
de demi-teintes,

entailler le bois,

donner

la

profondeur nécessaire aux

encrages,

créer toute

une

gamme
le

et

surtout inféoder étroitement

dessin à la typographie,

en

faire

pour

ainsi dire l'ornement et la prolongation
est

décorative. Lepère

un graveur sur

bois auquel
;

on

ne pourrait comparer personne de ce temps
imaginatif, c'est

comme

un

artiste tout à fait curieux. Il excelle
la vie,
:

à composer, à exprimer

l'animation, l'âme des

rues, le pittoresque populaire

en cela

il

est très ins-

piré de Manet, puis,
table,

en remontant à

la tradition vérile

de Guys, de Debucourt, de Moreau

jeune, et

de Gabriel de Saint-Aubin. C'est bien

un

réaliste

de

la

lignée française, ne devant rien à l'académisme et à ses

formules.

Evidemment on ne

saurait avec raison rattacher
et

a
il

l'impressionnisme tout ce qui est anti-académique,

y a place entre ces deux situations pour une foule nous ne tomberons pas dans le d'artistes intéressants
:

préjugé de l'Ecole en déclarant à notre tour qu'en

dehors de l'impressionnisme

il

n'est point de salut, et

LES ILLUSTRATEURS MODERNES

I^^

nous avons pris soin de dire
si

à plusieurs reprises

que

l'impressionnisme a pour noyau central un certain
principes, ses applications et son influence
difficile à limiter.

nombre de
reste

sont d'un rayonnement très

Ce qui

absolument démontrable,
l'influence
tantôt
la

c'est

que ce mouvement
l'illustration

a

eu

plus

grande sur

moderne,
par
la

par sa couleur, tantôt simplement

grande liberté de ses idées. Les uns y ont trouvé
directe,

une leçon

d autres un exemple

à

suivre

:

les

uns y ont rencontré la technique qui leur plaisait, les autres y ont simplement pris quelques parties. C'est le
cas par
c'est

exemple de Legrand, de Steinlen, de Renouard,
le

encore

cas

du lithographe Odilon Redon, qui
de Manet
et,

applique
pastels,

les valeurs les

dans ses étranges
de Renoir, en les

harmonies de Degas

et

mettant au service de rêves, d'hallucinations, de symbolismes
peintres.

absolument
C'est,

éloignés
le

du réalisme

de ces

enfin,

cas de l'aquarelliste Henri

Rivière qui, relativement à son mérite, est
et qui est

méconnu,

un des

applicateurs les plus parfaits des idées
11

impressionnistes à l'estampe décorative.
des images en couleurs destinées à orner à
les intérieurs

a réalisé

bon marché

populaires, et qui retracent les grands

aspects de paysages avec une simplification large qui
tient à la fois, par

une singulière rencontre, des larges
de Chavannes
et

paysages décoratifs de Puvis

des

minutieuses estampes japonaises. Rivière,

qui est

un

savant et personnel paysagiste poétique, n'est pas pré-

i8o

l'impressionnisme
f|u
il

cisément un impressionniste, en ce sens
socie pas les tonalités

ne disdes

mais

les

fond plutôt en

mélanges

subtils à la

manière des Japonais. Pourtant

on ne

peut, devant son œuvre, sempeclier de penser

à tout ce que l'impressionnisme a apporté d'imprévu
et

de libre dans

l'art

moderne.
les

Tout
voir,

le

monde, même

ignorants, peut s'aperceillustré
il

en feuilletant un journal

ou un volume
y a trente ans, de noter des

moderne, que l'on ne connaissait pas,

cette façon de placer les personnages,

gestes

familiers,
:

de

saisir

la

vie fugitive avec esprit

et netteté

cette foule de gravures, à ce

de croquis, ne resplus

semble en rien

qu'on

faisait jadis. Elle n'a

ces airs solennels de compositions classiques qu'afleclaient les dessins.

Un

courant de spontanéité liardie a

passé par

là.

Dans

l'illustration

moderne

anglaise,

on
le

constate indéniablement que rien ne
voit
si

serait tel

qu'on

Morris, Rossetti, Crâne, n'avaient imposé

leui-

vision, et

cependant bien des Anglais de talent ne
initiateurs.

res-

semblent que de loin à ces

C

est

exactement

dans

cette

mesure, que nous aurons

fait

liommage

à

l'impressionnisme des talents qui se sont inspirés moins

de ses principes que de sa
contre les

vigoureuse
et

protestation

formules poncives,

qui ont pu trouver

l'énergie nécessaire à leur réussite dans l'exemple qu'il

donna en

luttant

pendant vingt années contre des idées

de routine, qui semblaient indestructibles. AFéme chez
des peintres éloignés de
la vision et

du

coloris de

Manet

a 2

-1

o

LES ILLUSTRATEURS MODERNES
et

l8l

de Degas,

de Monet

et

de Renoir, on trouve une

tendance très précise,

celle

de revenir aux sujets, au style

de

la véritable

tradition nationale, et c'est là
ait

un

des

plus sérieux bienfaits que l'impressionnisme
tés

appor-

dans un

art qui s'était arrêté à la
se stériliser

notion de

la

beauté

canonique jusqu'à

dans

la timidité.

IX

Le
DU

néo-impressionnisme
POINTILLISME
'.

et

la

théorie

GeORGES

SeURAT

,

Paul

Signac,

Maurice

Denis,

Théo

Van Rysselberghe, Pierre Bonnard,
Edouard
Yuillard,

Paul

Gauguin,

Louis Anquetin, etc.

Hrf''-''

IX

On

peut

faire

remonter à peu près
le

à

1880

les

débuts

du mouvement désigné sous
sionnisme. C'est

nom

de néo-impresissu

un mouvement directement

du

premier impressionnisme dans un milieu de jeunes
peintres qui l'admiraient, et qui songèrent à pousser

plus loin encore ses principes

chromatiques. L'épaefl'et

nouissement de l'impressionnisme coïncidait en

avec certains travaux scientifiques concernant l'optique.
ITelmlioltz venait de publier ses travaux sur la perception des couleurs et des

sonorités par le

moyen

des

ondes. Chevreul avait continué dans cette voie en établissant SCS belles théories sur l'analyse
laire.

du spectre moesprit,

A

son tour un original

et

remarquable

M. Charles Henry, s'occupait de
en
les

ces délicats

problèmes

rattachant directement à l'esthétique, ce que
et

Helmholtz

Chevreul ne s'étaient pas souciés de

faire.

M. Charles Henry eut

l'idée de créer des rapports entre
:

cette partie de la science et les lois de la peinture

ami

de plusieurs jeunes peintres,

il

eut une réelle influence

sur eux, en leur montrant que la vision nouvelle, due à
l'instinct de

Monet

et

de Manet, pouvait peut-être se

i86

l'impressionnisme
et établir

Yérifier scientifiquement

des principes fixes

<lans

un domaine

oli

jusqu'alors les lois du coloris

«talent les effets

d'une conception individuelle.

A

ce

moment
dans

la critique issue des théories

de Taine tendait

à rapprocher les domaines artistiques et scientifiques
la critique et le

roman psychologique

:

les peintres

cédèrent aussi à ce besoin de précision qui semble
avoir été
la

vive pi'éoccupation des intellectuels de 1880

à 1889 environ.
Leurs recherches portèrent surtout sur
couleurs complémentaires et
sur le
la

théorie des
d'établir

moyen

-avec symétrie des lois de réaction des tonalités de façon

h en dresser

une

sorte de table. Georges Seurat et

Paul

Signac

fiirent les

promoteurs de

cette recherche. Seurat

mourut
artiste

très

jeune, et on doit regretter cette mort d'un
et

qui eût été très intéressant
qu'il a laissées
la

capable de belles

œuvres. Celles
très

témoignent d'un esprit
:

armé pour

théorie et ne laissant rien au hasard

les silliouettes

sont réduites à des principes presque
les tonalités

rigoureusement géométriques,

sont décom-

posées avec ordre. Ces toiles sont plutôt des exemples
raisonnes que des œuvres d'intuition
tanée. Elles
et

de vision spon-

montrent chez Seurat un curieux désir de

donner

à l'impressionnisme

une base

scientifique et

classique.

La

même

idée

commande

toute

lamvre de

M. Paul Signac, qui

a peint quelques portraits et de

nombreux paysages.
<lû le

C'est à ces

deux peintres qu'est
la réparti-

procédé du poinU/Iisine, c'est-à-dire de

LE NÉO-IMPRESSIONNISME
tion des tonalités

187
taches

non plus seulement par des
d'une grandeur égale,

comme
ches

dans

les

tableaux de Monet, mais par des touet affectant la
la

très petites,

forme

sphérique pour agir également sur

rétine.

L'accumulation de ces points lumineux se répartit sur
toute la surface
gularité,

du tableau sans empâtements, avec
que chez Monct
la

ré-

au

lieu

couleur est plus ou
est appli-

moins dense. La théorie des complémentaires
quée systématiquement. Sur une esquisse
ture, le peintre note les

faite

sur na-

principaux rapport de tons,

puis les systématise sur son tableau et les relie par les

diverses nuances qui doivent logiquement en résulter.

Le néo-impressionnisme pense obtenir

ainsi

une exactempéra-

titude plus grande que celle qui résulte du

ment de chaque

peintre se fiant simplement à sa peril

ception individuelle. Et
telle

est vrai,

en principe, qu'une
elle réduit
le
fait

conception est plus exacte. Mais

tableau à une sorte de théorème qui exclut ce qui
la
le

valeur et
caprice,

le

charme d'un
la

art, c'est-à-dire

précisément

la fantaisie,

spontanéité de l'inspiration
et

personnelle.

Les œuvres de Seurat, de Signac
qui ont

des
les
et

quelques
règles

hommes

rigoureusement suivi
vie,

du pointillisme manquent de

d'imprévu,

donnent aux yeux une impression un peu

fatigante.

L'uniformité des points ne réussit pas à donner une

impression de
matières
justes.

cohésion,

ni surtout la sensation des

différentes,

même

lorsque les valeurs sont
atteint
la

Monet semble avoir

perleclion

en

lOO

L IMPRESSIONNISME
les

usant du procédé qui consiste à diriger
le

touches dans

sens de chacun des plans, et c'est

évidemment ce qui
scientifique constise

est le plus naturel.

Le chromatisme

tue

un ensemble de propositions dont lart pourra
mais d'une façon indirecte,
utiles à

servir,

comme
le

renseignela

ments

mieux comprendre
de

jeu des lois de

lumière
tillisme

en
a

présence

la nature.

Ce que

le

poinserait

pu apporter,
pour
les

c'est

un procédé qui

très appréciable

peintures décoratives vues à

grande distance,
spacieux.
Il

Irises

ou plafonds dans des

édifices
la

reviendrait en ce cas au

principe de

niosaïque, qui est le principe d'art mural par excellence.

Les

pointillistes

ont aujourd'hui presque abandonné

cette théorie de transition (jui,

malgré l'iacontestable
le

talent

de ses adeptes, n'a donné dans

tableau de che-

valet

que d'insufTisants

résultats. Il faut citer

auprès de

Seurat, dont on a de remarquables dessins de nu, de

M. Signac dont
heureux que
ses

les essais décoratifs

sont bien moins
délicat,

marines d'un ton

quelques

autres peintres fidèles à Ja technique

pointilliste (i),

M. Maximilien Luce, M. Henri-Edmond Cross, M. Angrand
et,

en Belgique,

MM.

Morren, Lemmen,

\er-

straete,

Verhcyden,
:

Rysselberghe

Anna Boch, M. Théo Van mais celui-ci est presque un Parisien.
M"''

Lui

et

M. Maurice Denis ont

atteint

au grand talent

par des mérites tout différents.
(i)

Pour mémoire,

il

faut

mentionner Camille Pissarro qui, durant

quelques années, emprunta cette technique et semble y avoir renoncé.

LE NÉO-IjNIPKESSIONMSME

i8()

M. Maui'ice Denis
au

a al)andonné le poiiilillisme depuis

quelques années. Mais jamais ce procédé ne s'unit chez
lui

style

de ses camarades

:

il

eut toujours une très

curieuse conception archaïque du dessin,

remontant

jusqu'au style des imagiers
les

et

de Giotto pour exprimer

symboles catholiques

qu'il

aime

à peindre. Il s'in-

spire des vitraux et des bois gothiques pour ciéer des

personnages décoratifs aux contours cernés, remplis
par des teintes plates.
possible, et ses sujets
Il

simplifie le dessin
et

autant que

mystiques

naïfs,

annoncia-

lions, cènes, fêtes évangéliques,

s'accommodent de cette
qu'on
jjeut contester

manière curieuse, de ce

parti pris

mais qui précise en M. Denis une personnalité indéniable.
Il

est

ému, tendre, gracieux, décorateur de
la fois

mérite considérable, h
tout coloriste d'un ser à la fois

maniéré

et fruste, et surfait

charme exquis. Son œuvre
œuvres primitives de
et à

pen-

aux

vieilles

l'Ile-de-

France, aux préraphaélites

Puvis de Chavannes.
avec
succès

Aux

Salons, où elle figure maintenant

après d'intéressants débuts aux Indépendants, elle suscite à la fois

des

polémiques

et

des sympathies,

elle

impose

1

attention due

aux conceptions

d'art véritable.
réjiète

On
peu

peut regretter que M. Maurice Denis se
et qu'il s'obstine à archaïser assez

un

artificiellement

des qualités picturales supérieures, mais sa valeur est

grande aux yeux de tous Sa récente décoration murale de
.

l'église

du Vésinet est une œuvre des plus curieuses,
la

attei-

gnant souvent à

perfection dans l'entente décorative.

1

QO

L IMPRESSIONNISME
conliniie à user

M. Théo \an Rysselberghe
cédé pointilliste. Mais
rait
il

du prosans

est tellement

doué qu'on pouret

presque dire que malgré ce procédé sec
il

charme
ses

réussit à

prouver sa grande valeur. Toutes
large,

œuvres sont soutenues par un

savant et

vivant dessin, sa couleur est riche.

Producteur abona peint des nus,

dant

et varié,

M. van Rysselberghe

de

grands portraits, des paysages avec personnages, des
marines,
tout cela

des
il

intérieurs, des natures mortes, et

dans

prouve des facultés de premier ordre. C'est
la

un amoureux de
un
artiste

lumière, qu'il

sait faire

chanter avec

allégresse sur les chairs, les lleurs et les étofles, et c'est

qui a

le

sens

du

style.

Ses portraits, notam-

ment ceux du poète Emile Verhaeren, de M. André
Gide, sufïiraient par leur belle tenue et leur sérieuse

psychologie à
ficatif

le faire

considérer

comme
il

le

plus signi-

des

néo-impressionnistes dont
le

a

développé
les défauts.

logiquement
C'est aussi

procédé sans en encourir
la

un

paysagiste saisissant de

Hollande, des

plages belges et delà Côte d'Azur. C'est encore
chiste remarquable,

un

affî-

un

aquafortiste nerveux et sobre,
la

un peintre chatoyant de
se

mer. Ses marines, qu'elles
de
la

jouent dans

les gris pâles
et

mer du Nord ou
la la clarté

les

chaudes harmonies d'or
née,

de saphir de

Méditerrajoyeuse.
:

sont des fenêtres ouvertes sur

M. Yan Rysselberghe
il

n'a jamais exposé aux Salons
et

s'est

révélé

à

Bruxelles

aux exjiositions pari-

siennes des Indépendants.

LE NEO-lMPRESSlONNlSME

I

Q

1

La même remarque

doit être faite

pour tous

les

néo-

impressionnistes sauf M. Denis, jusqu'en ces dernières
années. M. Pierre Bonnard, dans ses petites toiles d'un

goût japonisant pleines de charme

et

de verve, dans

ses lithographies capricieuses, ses dessins
s'est

pour Verlaine,

montré un inégal mais

attirant artiste.

M. Edouard

Vuillard est un intimiste d'une rare délicatesse,

un de

ceux dont on regrette

la

modestie,

la

production trop

volontairement restreinte à de petites choses précieuses,

en présence de dons admirables dont on souhaiterait
l'épanouissement. Cet
très
artiste,

qui vit

à l'écart et

produit

peu, a signé des intérieurs d'une mélancolique dis-

tinction,

d'un

coloris

se

jouant

dans des tonalités

sourdes, avec une justesse et une science qui sontpres-

que d'un maître.

Il

y a en

lui,

dirait-on,

un

rellet

de

l'âme de Chardin. Ses œuvres malheureusement sont
confinées dans quelques collections et n'ont pas été con-

nues du public.

On
et
l'art

rattachera au

même

groupe

MM.

Maurice Delcourt
s'est

Francis Jourdain, M. Ranson, qui
décoratif pur, tapisseries, papiers

consacré à

de tenture, broderies. M. Georges de Feure, aquarel-

lismeaux curieux symbolismes, devenu un des meilleurs
dessinateurs de
l'art

nouveau en France, M. Félix Yal-

lotton, peintre et lithographe

un peu
M.

lourd, mais
est-il

doté'^

de sérieuses qualités. Encore M. de Feure
dais,

Hollan-

M. A allotton Suisse,
;

et

Van Rysselberghe

Belge

mais

ils

sont établis en France et se sont liés

trop étroitement au

mouvement néo-impressionniste

ig2

L IMPRESSIO>>ÎISME
la

pour que

question de nalionalilé empêche
ici.

de

les

mentionner

Enfin,

il

est

impossible de ne pas parler

en quelques mots de deux élèves de Gustave Moreau
qui sont devenus deux beaux disciples de l'impressionnisme', avec des

nuances

très personnelles.

M. Eugène

Mortel se présage

comme un
11

des meilleurs peintres

d'intérieurs de sa génération.

aie sens de

la vie rus-

tique et peint des paysages avec

une force psychologi-

que étonnante

:

son

coloris

fougueux l'apparente à

Monticelli et son dessin à Degas.

Quant

à

M. Simon

Bussy, qui

à

l'exemple d'Alphonse Legros est en train
c'est

de

se faire aftiste

en Angleterre une situation enviable,

un
la

de race. Ses paysages, ses figures évoquent
la

distinction,

tonalité rare de Whistler,

et aussi

lacuité caractéristique de Degas. C'est
subtil,

un harmoniste

dune

vision neuve, qui certainement sera
et

un

considérable peintre. Avec Henri Le Sidaner

Jacques

Blanche, Simon Bussy

est

certainement

le

plus person-

nel de cette jeune génération dlnlimlstcs qui semble

avoir retenu les meilleurs principes des maîtres impressionnistes

pour

les

employer à l'expression d un

idéal

psychologique tout différent du réalisme.

En

dehors de celte série de peintres on trouve queldifïiciles à

ques isolés

classer.

Les

très

jeunes artistes

Lcbasque, Laprade

et

Charles (niérin ont montré depuis
des Indépendants, des œuvres
et

trois ans, à l'exposition

qui résultent dignement de l'influence de Manet
lienoir
:

de

on devra

aussi

beaucoup attendre d'eux. Les

H ^F^ 1 1 W^
>«^

^-^fllHl^^lHi

fi (UM

i

^v^fflBP^''

,

jPR^K^^HI^I WÊÊê

BERTHE MORISOT. —

Jeune Femme au bal

(Musée du Luxembourg).

LE NÉO-IMPRESSIONMSME
paysagistes Paul Vogler et

IQO
plus âgés,

Maxime Maufra,

se sont fait connaître par de solides séries de paysages

vigoiireusement présentés.
Moret.

On y
et

joindra M. Henry

M. Albert André

M. Georges d'Espagnal
le

M. Vignon, qui méritent également

succès qui

comIl

mence

à leur Aenir.

Mais

il

en

est

de plus anciens.

sied de faire place à vie malheureuse,

un

peintre qui se suicida apiès une

et

qui témoigna de dons superbes.

Vincent ^ an Gogh, Hollandais mais ayant toujours travaillé

en France, laisse de violentes

et

curieuses œuvres

où l'impressionnisme semble avoir

atteint la limite de

ses audaces, et qui valent par leur franchise naïve, par
la

volonté acharnée qui essaya d'y fixer, sans artifices,
sensations
sincères.

des

Parmi beaucoup dd'uvrcs
laisse

frustes et gauches, A an

Gogh

quelques

toiles vrai-

ment

belles. 11
Il

y

a

une

affinité

profonde entre

lui et

Cézanne.

y en a aussi une

très réelle entre
le

Paul Gau-

guin, qui fut l'ami et
et

un peu

maître de

Van

Gogli.

Cézanne

et

Renoir. Paul Gauguin a

commencé par

peindre avec un talent robuste d'après paysages bretons,

où l'on trouve

le

procédé de

la

tache employé avec

finesse,

mis au service d'une harmonie assez sourde
Puis
l'artiste alla faire

mais

très intéressante.
il

un long

séjour à Tahiti, et

en revint ayant transformé sa ma-

nière. Il rapporta de ces régions des paysages avec per-

sonnages, qui sont

traités

d'une façon volontairement
traits

gauche, presque sauvage. Les êtres sont cernés de

accentués, et peints par grandes teintes plates sur des
i3

ig/i

l'impressionmsme

toiles

presque aussi rugueuses qu'une tapisserie.
de ces

Il

y a

beaucoup

œuvres qui rebutent par leur aspect
et

d'imageries bariolées, crues

trop barbares. Mais on

ne peut en méconnaître

les qualités foncières, les belles

valeurs, le goût ornemental, l'impression de primitive

animalité

!

En somme,

il

y

a dans Paul

Gauguin un

beau tempérament
la virtuosité,

d'artiste qui,

dans son aversion pour

n'a peut-être pas assez compris que la
si

peur des formules peut,

on

l'exagère,

conduire à

d'autres formules, à une fausse ignorance qui est aussi

dangereuse que

le

faux savoir.
a appris la

Paul Gauguin, dont on

mort
il

à

cinquante
retourné

ans passés, en août 1908, à Tahiti où

était

pour toujours,
race,
être

a été incontestablement

un

artiste

de

raisonnant admirablement son art
la


et

trop jîcut-

—avec
de

rigueur d'un pur logicien,

conduit

à

l'outrance de la simplicité rude par l'aversion des factlcités
il

l'art

à la

mode.

Il

avait groupé, à Pont-Aven,

des disciples
duisait.

y a quelques années, des jeunes gens enthousiastes, comme Paul Sérusier, que son esprit sé-

La

vie lui fut dure.

C'était

un

homme

d'un

beau caractère

entier, qui méritait

un meilleur

sort, et

que

la critique à

venir devra placer auprès de Cézanne.

Son
le

élève Emile Bernard, écrivain d'art curieux, dont

Luxembourg
un

a acquis

un beau morceau
et

orientaliste,

est

homme

de volonté

de travail, dont on doit

attendre beaucoup. Les intentions symbolistes de Gau-

guin

et

de Bernard sont pourtant desservies par des

LE INÉO-IMPRESSIONMSME
esprits trop complexes, sans le savoir,

IqS
à

pour concorder

souhait avec leurs qualités tecliniques, et c'est lorsque

Gauguin

et

Emile Bernard sont simplement des peintres

qu'ils rencontrent leurs meilleures inspirations.

On

placera auprès de Gauguin, parmi les aînés de la
et les

génération actuelle

successeurs de l'impressionqui, sans avoir

nisme,

le

paysagiste

Armand Guillaumin
de Sisley,
a

les qualités délicates

peint des toiles dignes

de remarque,

et

il

faudra enfin terminer cette trop somles

maire énumération en parlant d'un des peintres

plus

doués de
C'est

l'actuelle école française,

M. Louis Anquetin.
puissance est indé-

un
Il

talent très varié,

dont

la

niable.

débuta parmi

les

néo-impressionnistes, et se

révéla influencé des Japonais et de Degas.
le voit,

Comme
la

on

ces

deux influences sont prédominantes dans

tout ce groupe. Puis
et

M. Anquetin

s'éprit

de

largeur

de

la

franchise superbe des œuvres de Manet, et signa

une

série de portraits et d'études

dont certains ne sont
ce sont des

pas loin d'égaler qui étonneront

un

tel

maître

:

morceaux

la

critique lorsqu'elle
la

examinera avec

une calme impartialité
ces œuvres,

peinture contemporaine. Après
à sa nature

M. Anquetin céda
la

fougueuse
il

qui l'entraînait vers

peinture décorative, et

s'in-

fluença de Rubens, de Jordaens et de l'école de Fontai-

nebleau.

Il

peignit des rideaux de théâtre, des scènes
oi^i

mythologiques
sensuelle,
l'artiste ait

se

donna libre cours son imagination
:

éprise de la force païenne

il

semble que

dévié de sa véritable route en peignant ces

ig6

l'impressionnisme
brillantes mais

œuvres

un peu déclamaloiics,

et

il

est

depuis peu revenu à une peinture plus moderne

et

plus

directement impressionniste.
cjuelin a

En

tous ses avatars,
plaît

Anla

dépensé un talent considérable, qui

par

belle verve, la fougue, léclat et la sincérité. Sa variabilité est peut-être la

cause de son relatif insuccès,

elle

a dérouté le

public

;

mais

il

n'en est pas moins vrai

qu'il faut voir

en certaines

toiles

de ce vaillant

et sérieux

peintre la lignée heureuse de Manet.
Il

nous semblera juste de résumer notre opinion im-

partiale sur le néo-impressionnisme en disant qu'il a

manqué de
ment
a eu
a
le

cohésion,
la

et

que

le

pointillisme spéciale-

engagé
tort

peinture dans une voie sans issue.

On

de voir en l'impressionisme un prétexte
il

trop exclusif à des recherches de technique, et

s'est

produit une réaction heureuse qui nous ramène aujourd'hui, après divers tâtonnements (entre autres de mal-

heureux

essais de peinture symboliste), à la belle école
et à la

récente des intimistes,

conception nouvelle qu'un

grand peintre glorieux, Bcsnard, impose aux Salons,
oii

une

élite s'inspire

de

lui.

Nous ne pouvons

ici

qu'in:

diquer d'un mot
il

le rôle

considérable joué par lîcsnard

a

prouvé par son oeuvre géniale rpi'on pouvait appli-

c[uer la science coloriste de l'impressionnisme

non au

réalisme, mais aux plus hautes pensées, à

la

peinture

idéologique la plus noblement inspiiéc des préoccupations intellectuelles

modernes.

Il est la
:

transition entre

l'impressionisme et lart de demain

de pure lignée

LE NÉO-IMPRESSIONNISME
française par ses
portraits et ses
il

IQy

nus qui viennent de
se

Largillière et d'Ingres,

eût

pu

borner à compter

parmi
de

les

plus savants impressionnistes par ses études

rellet et

de couleurs complémentaires.
et,

Il

a dépassé

cette

phase

par ses décorations, a rejoint
art avec

le

domaine
inti-

psychique de son
mistes,
(Cottet,

une étrange beauté. Les
Blanche,
Helleu,

Simon,

Ménard,

Bussy, Lobre, Le Sidaner, Wéry, Prinet, Ernest Laurent) ont prouvé qu'ils avaient profité de l'impression-

nisme, mais sont allés dans une direction toute différente en cherchant à traduire des émotions de conscience.

Un

jeune

homme

d'une singulière précocité, tout

ré-

cemment venu aux
l'iniluence de

Salons, M. Caro-Delvaille, dans son
très savante, unit

œuvre encore peu personnelle mais
Manet
et

Degas

à celle

de Goya, d'une

façon évidente.

Le

cas de

M. Henri Martin

est entre tous significatif.

Depuis

ses débuts cet admiral)lc artiste a appliqué la

technique impressionniste à l'expression d'allégories
et

de symboles autant qu'à des représentations de
nature,

la

pure

conduisant

parallèlement

une œuvre
charme

double, grandes toiles d'un caractère nettement emblé-

matique
la

et petites toiles relatant

avec science

et

campagne

natale. Cette double conception réaliste et

idéaliste, servie
la loi des

par une technique audacieuse, fidèle à

complémentaires, a valu à M. Henri Martin
des jurys
;

la sévérité

elle lui

vaut aujourd'hui

la gloire.

Sa dernière œuvre du Salon de 1903, vaste composi-

Iq8
tioii

L'iMPRESSIONNIS^rE
ensoleillée,

d'une parfaite appropriation à
et

l'art

mural, peut être tenue pour son chef-d'œuvre

pour
ap-

une décisive démonstration de l'impressionnisme
pliqué aux grandes surfaces.

On

pense à

la

couleur de

Monet, à

la

technique de Pissarro, autant qu'au senti-

ment de

Millet et à l'eurythmie de

Puvis de Cha-

vannes, devant cette belle chose.

Et Puvis de Chavannes lui-même, qui produisit en

même

temps que

les

académiques

et les

impression-

nistes sans leur ressembler est pourtant, par bien des

cotés, et

notamment par

ses

harmonies

claires qui sou-

levèrent aussi bien des querelles,
les

un

des maîtres que

impressionnistes ne cesseront jamais d'admirer et

de ranger au nombre de leurs initiateurs. Ce grand

homme
et

fut

un harmoniste du
pour
des

plein air, et ne cessa de
le

témoigner de sa sympathie active pour

mouvement

même

néo-impressionnistes

comme
de
la

M. Maurice Denis.
virtuosité et

L'effort constant

pour

sortir

pour échapper à une trop exclusive préoctout en acquérant

cupation des procédés

une science
la

sérieuse se traduit par les

œuvres de toute
décidément

jeune

école française, qui ne tient plus compte de l'enseigne-

ment académique
libération, c'est

et se sent

libérée. Cette
sa vie.

Manet qui

l'a

payée du prix de

X
Mérites et défauts de l'impressionnisme.
CE
L

qu'on

lui
:

doit

:

son

influence a

étranger

SA

place dans l'histoire

DE LART FRANÇAIS.

X
Voilà donc, dans son ensemble
intéressants
toire
foi.

et

que de
!

détails
l'hiset

n'avons-nous pas dû éliminer

de ce grand

mouvement d'indépendance
est entré

de

Son

initiateur est mort, ses maîtres ont touché à la
il

vieillesse glorieuse,

dans
^

l'histoire

de notre

art

;

qu'est-ce

que

celui-ci lui

devra

Moralement, l'impressionnisme a rendu un service

immense

à l'art tout entier en

attaquant de Iront

la

routine, en prouvant qu'une réunion de producteurs

indépendants pouvait rénover l'esthétique sans rien
devoir à l'enseignement d'Etat.
créateurs
Il

a réussi là oii des

considérables, mais isolés, avaient échoué
la

parce qu'il a eu

chance de réunir une
les

série

d'hommes

dont quatre compteront parmi
çais. Il a

grands peinlies franles pires résis-

eu

les qualités

qui vainquent

tances, la fécondité, le courage, la certaine originalité.
Il

a su trouver sa force dans la référence

aux véritables
heureusement
Il a,

traditions

du génie

national, qui l'ont

éclairé et sauvé d'erreurs fondamentales.

enfin et

surtout, porté
lui

un coup irrémédiable un

à l'académisme, et

a arraché

prestige d'enseignement qui régnait

209

L IMPRESSIONNISME
les

tyranniquemciit sur
cles
:

jeunes artistes depuis des
la

siè-

il

a

violemment porté

main sur un préjugé

tenace et dangereux, sur une série de notions poncives

qui se transmettaient sans tenir compte de l'évolution

des

mœurs

et des intelligences. Il a

osé protester libre-

ment contre un
les

idéal dégénéré qui parodiait stérilement
:

maîtres anciens en prétendant les honorer

il

a

écarté de

lame

artistique française tout

un ordre

d'élé-

ments pseudo-classiques qui en contrariaient
nouissement,
et

l'épa-

l'Ecole ne

se relèvera pas
rallié toute la

de cette

hardie contradiction qui a

jeunesse. Le

principe moral de l'impressionnisme a été absolument

logique

et sain, et c'est

pourquoi rien n"a pu l'empê-

cher de triompher.
Aujourd'hui,
éloignés
aussi

bien

des polémiques

que des éloges outranciers, nous pouvons considérer
ce

mouvement comme un

des plus vivaces qui

se

soient jamais

produits en France, et nous

appuie-

rons cette opinion non plus sur des sympathies protestataires

au

nom du

principe de

la liberté artistique,

mais sur des constatations de

faits et

d'œuvres. L'im-

pressionnisme a apporté une conception nouvelle du

chromatismc dont

les

conséquences seront énormes,
la

et la

une conception nouvelle de
composition.
générations,
fortifie. Il
Il

psychologie et de
et inilué

a

régné quarante ans

sur deux
se

et

son inlluence, au lieu de

s'alï'aiblir,

a présenté au

monde

artistique cinq
il

ou

six

tempéraments supérieurs. Enfin

est

remonté par un

MÉRITES ET DEFAUTS DE LIMPRESSIONMSME
•courageux
effort,

2o3

aux sources originelles du génie na-

tional. C'est

un

bilan assez riche devant ravenir pour

permettre à ses admirateurs lexameii loyal de ses imperfections, de ses
les

partis pris

dont beaucoup ont

été

conséquences immanquables des dénis de justice
lui a

qu'on ne

pas épargnés.
la

L'impressionnisme a dépensé

moitié de ses forces

à prouver

à ses adversaires qu'ils erraient, et l'autre à
Il

inventer des procédés techniques.
qu'il ait

n'est pas étonnant

manqué de profondeur

intellectuelle et qu'il ait

laissé à ses successeurs le soin

de réaliser des œuvres

méditatives et intellectuelles. Mais ces
sent pas existé sans lui.
Il

hommes

n'eus-

nous a apporté un souiirc, une bouffée
la

d'air pur,
si

le

toucher caressant de

vie ensoleillée.
:

Il est

pre-

nant qu'on aime jusqu'à ses erreurs

elles le font plus

humain

et

plus

accessible.

Dans

les

musées nous

voyons des choses plus

parfaites.
et

Mais leur perfection
la

même
la

nous en éloigne

nous donne
taire,

sensation de

mort. Nous n'avons qu'à nous

notre admira-

tion déférente sent l'inutilité des paroles et notre

àme

n'a rien à ajouter.

Qui de nous

oserait ajouter

un peu

de soi-même
reçu un

à

Léonard ou à Rembrandt? Nous contem-

plons, respectueux, et nous nous en allons.

Le mort

a

hommage
que
le

de plus, mais nous n avons acquis,

peut-être,

sentiment de notre impuissance,

et

notre admiration est d'essence mystique. Mais devant
les

impressionnistes

elle est

vivante et fraternelle.

Nous

2o4
nous associons
vie d'hier
:

l'impressionnisme
à leur

œuvre, palpitante encore de
éclate,

la

un don magnifique

mais un défaut

nous rassure. Nous voyons ce qui manque, nous sentons l'endroit
oii la le

main du peintre

a trahi son désir,
le

nous goûtons

charme délicieux du défaut qui
(i).

rapproche des nôtres, bien que sans perversité
surtout nous goûtons la joie, la lumière,
le

Et

grand coup

de

soleil

que ces

hommes
leur

ont tant aimé. Nous nous
bai-

promenons dans

œuvre comme en un jardin

gné d'un jour d'après-midi. Avoir chez

soi la Mélancolie

de Durer, c'est bien, maisyaAoir aussi un Claude Monet,

y posséder un sourire de l'art. C est peut-être pour cela que les poètes symbolistes ont eu le culte de l'imc est

,pressionnismc, eux qui venaient après ce

mou\ement.
eux

compagnon d armes du réalisme
que son choix des
symbolisme, eût dû choquer.

qu'ils reniaient,

sujets simples, sa
Ils

répugnance

à tout

ont apprécié dans
la

celle peinture le naturel, la gaîté
tivité

lumineuse,

primi-

que leurs âmes complexes ne retrouvaient plus en

elles-mêmes.

On
qu
ils

devra à ces peintres de

la

douce
si

terre française,

ont tant aimée

et

qui les a

libéralement inleur résistance,

spirés,

d avoir, par leur
le

initiative et
:

ruiné

prestige de l'Ecole

et

il

est trop tôt

encore
la

pour

faire

apprécier à sa valeur ce service rendu à

peinture française tout entière, pour faire comprendre

(O

«

M- Ingres

aiinuil

les

faux

traits.

»

Propos de Flamlrin rap-

porté par M. Besnard.

MARY GASSATT. —

La Caresse

(CoUcciion de M. A. Pope, Cleveland, Etats-Unis).

MERITES ET DEFAUTS DE L IMPRESSIOMSME

200

pleinement

à tous quelle

œuvre

saine ont accomplie ces
les acaart.

prétendus anarchistes qui devaient, à en croire

démiques, décréter l'irrémédiable désordre de leur

Un

souffle libre a passé.

La génération qui

se lève, séet

rieuse,

savante, prouve par son organisation

son
:

oeuvre combien l'accusation

était partiale et injuste

l'impressionnisme a

vivifié
il

une époque,

il

n'a

rien

détruit que des poncifs, et
ter.

n'a forcé personne a l'imis

L'imitation s'est produite, mais elle

est localisée

aussitôt. Elle n'a pas rencontré

un corps de doctrines
et ainsi

propre à
elle n'a

lui

permettre Une longévité médiocre,

nui qu'à ceux qui, consciemment,
la

la

prati-

quaient en copiant

nature à travers Monet ou Renoir.
été meilleur conseiller d'indé-

Jamais mouvement n'a

pendance

sincère.
re-

Techniquement, l'impressionnisme a apporté un
nouvellement complet de
tuant
et
la

la vision picturale
la

en substi-

beauté de caractère à

beauté de proportions,
et

en trouvant une expression adéquate aux pensées

aux sensations de son temps, ce qui
belles œuvres.
11

est le secret des
et

a

renoué une tradition,
lui

y a ajouté

une page contemporaine. On

devra une considé-

rable série d'observations dans l'analyse de la lumière,
et

une conception du dessin absolument originale. QuelSalons, jadis encombrés
été

ques années ont été dépensées, par des peintres de peu
de valeur, à l'imiter, et
les

de pastiches des académiques, ont
pastiches des impressionnistes.
Il

encombrés de
d'en

serait injuste

206
faire le

LIMPRESSIOMSME
reproche à ceux-ci
:

ils

ont montré par leur carils

rière

même

qu'ils haïssaient l'enseignement et

ne pré-

tendirent jamais enseigner. L'impressionnisme sap-

puie sur des

lois

d'optique irréfutables, mais ce n'est
à devenir à leur tour
art des

pas

un

style ni

un procédé propres

des poncifs.
ples,

On

pourra demander à cet

exem-

mais non

clés recettes.

Son meilleur enseignement

a été précisément d'engager les artistes à la plus grande

indépendance, à
nalité.
11

la

recherche ardente de leur person-

marque

la

déchéance de

l'esprit

d'Ecole et
fasti-

n'en créera pas une qui deviendrait vite aussi
dieuse que l'autre.
le
Il

apparaîtra seulement à ceux qui

comprendront bien

comme un précieux
servilité.

répertoire de

notes, et la jeune génération l'honore intelligemment

en ne l'imitant pas avec

Ce
pour

n'est pas à dire qu'il soit sans défauts.
le

On

a dit.

diminuer, qu'il avait

la

valeur d'un essai inté-

ressant, n'ayant

pu qu'indiquer d'excellentes intentions
11 est

sans rien créer de parfait. Cela est inexact.

certain

que Manet, Monet, Renoir

et

Degas ont signé des chefs-

d'œuvre qui ne pâliront auprès d'aucun de ceux du musée

du Louvre,

et cela

pourrait
il

même
si

être dit de leurs

amis

moins grands. Mais

est certain aussi

que ces

hommes

eussent pu faire mieux encore

une trop grande part

de leur temps n'avait été employée aux recherches, ainsi

qu'aux agitations

et

aux éncrvements d'une polémique
11

poursuivie durant vingt-cinq années.

y

a

eu dispropor-

tion entre le réalisme et la technique de l'impressionnisme

MERITES ET DEFAUTS DE L IMPRESSIONNISME

2O7

Son origine
Il

réaliste lui a
traité trop

donné

parfois de la vulgarité.
sujets médiocres,
le

a

souvent
il

grandement des

et

a

trop facilement vu la vie par

côté anecdo-

tiquc. Il a

manqué de synthèse psychologique (sauf
a trop volontairement nié tout ce qu'il y a

Degas).

Il

sous la réalité apparente de l'univers, et affecté de sé-

parer
sur

la

peinture des facultés idéologiques qui régnent
tout entier.

l'art

Par haine de
les

l'allégorie acadéles abstrac-

mique, par défiance envers

symboles,

tions, les scènes romantiques,

il

a refusé de s'occuper

de tout

un ordre
est

d'idées, et

il

a eu tendance
Il le fallait

à

faire

du peintre avant tout un ouvrier.

au mo-

ment où
nant,
Enfin,

il

venu, cela n'est plus nécessaire maintele

et les
il

peintres

comprennent d'eux-mêmes.

a été

trop souvent superficiel
il

même
la

dans

l'obtention des effets,
les

a

cédé au désir de surprendre
virtuo-

yeux, de jouer des tons pour l'amour de
Il

sité.

donne souvent

le

regret de voir des

symphonies

de couleurs magnifiques dépensées pour exprimer des
canotiers ou
à

un coin de

café, et

nous en sommes venus
se satisfait

un degré

d'intellectualité

complexe qui ne
11

plus de ses

thèmes rudimentaires.

y a eu des ou-

trances inutiles, des défauts de composition et d'har-

monie,
Mais

et tout cela n'est
il

pas niable.
le

serait injuste

de tenir pour défaut
les

manqua

de certaines qualités qu'excluaient

conditions elles-

mêmes du mouvement.

Il était

impossible à l'impresefibrt vers la

sionnisme de porter son plus grand

com-

2o8
position, encore
très

l'impressionnisme

moins vers des
;

sujets
était

symboliques ou
précisément
la

complexes

sa raison d'être

spontanéité devant la nature.
sèrent d'autres outrances.

Ses outrances compena essayé de contester sa
toiles
la

On
les

technique.
gréables

On

a dit

que

de Monet, désa-

par l'aspect

même

de

matière, se désagrél'introduction de
la

geraient rapidement à cause

de

poussière dans les empâtements. Cela est inexact pour
toutes les

œuvres de

la

première période, qui, vues

après vingt ou trente ans, apparaissent dorées, admi-

rablement conçues pour
peut être plus vrai pour

la

durée

et la

patine.

Cela

les

Cathédniles qui sont exé-

cutées d'une façon très singulière. Mais Manet, Renoir

ont donné à leurs œuvres une solidité indéniable,
vieillissent

elles

superbement,

les

tons purs ne s'influencent

pas

et la

chimie secrète des couleurs joue simultanétonalités sans

ment dans toutes les
et les

en altérer l'harmonie,

Degas,

très légers

de matière, restent aussi nets

que

lorsqu'ils furent créés,

au lieu que
le

les

a^uvres acaet les terres
les

démiques sont décomposées par
d'ombre.

bitume

Semblant des improvisateurs,

techniils

ciens impressionnistes ont été de parfaits ouvriers,

ont donné à

la

peinture de demain un immense
:

ré-

pertoire de procédés

c'est

là,

plus

que leur néoà
la

réalisme,
française.

leur

contribution

capitale

peinture

Leur

art

demeure séduisant par des dons qui enthoula hberté,
la

siasmeront toujours,

fougue,

l'éclat,

la

MARY CASSATT. —

Portrait.

MÉHITES ET DEFAUTS DE L IMPKESSIONNISMi;
verve,
la joie

200

de peindre el

la

passion des belles lu-

mières.

C

est,
la

en somme,

le

plus grand

mouvement
et
il

pictural que

France

ait

vu depuis Delacroix,
en ouvrant

termine glorieusement
11

le xix" siècle

celui-ci.

a accompli ce

grand

fait

de nous avoir replacés en

présence de notre véritable lignée nationale, bien plus

que

le

romantisme qui
bien

était

mêlé d'éléments étrangers.
être

C

est

une peinture qui ne pouvait
et
il

conçue

qu'en France,
retrouver
la

faut

remonter jusqu à Watteau pour
Il

même

impression.

a apporté

une

renais-

sance presque inespérée, et c'est ce qui lui assure son
plus incontestable
Il

litre à la

reconnaissance de

la race.

a exercé sur la peinture étrangère

une inlluence
ralliés à

très appréciable.

Parmi

les

principaux peintres

ses idées et à

ses recherches,

on peut

citer,
le

en Allechef de la

magne, M. Max Liebermann, qui
réaction réaliste contre le style
liste

a été

romantique

et

symbo-

de Bocklin, de Stûck
autaut que contre

et

de leurs élèves vite dépiteux académisme de

générés,
l'école de

le

Dusseldorff

et le

goût encouragé par l'emse

pereur. Auprès de

M. Liebermann

sont rangés di-

vers peintres de mérite, entre autres,

MM.

(Jothardt

Knehl
cès de

et

Karl Kcx'pping.

Fn Norvège,
sérieux

les brillants suc-

M. Tliaulow, trop

parisianisé aujourd hui,
artistes

ne

feront pas oublier de

comme MM.
récem-

Cari Larsson et Skredsvig, auxquels

s'est joint

ment

le

fougueux

coloriste

Diriks.

Le Danemark

est représenté

par un considérable peintre, M. Kroyer.
i4

2IO

L IMPRESSIONNISME
les expositions des

La Belgique a affirmé par
les

XX

et

Salons de

la

Libre Esthétique ses vives sympathies
:

pour

l'impressionnisme
(celui-ci

MM.

van

Ryssclberglie,

Emile Claus

digne émule de Monet en ses

admirables paysages), Verlieyden, Heymans, Willaert,
Verstraete,

Yytsman, Baertsoen, Morron, M""

Anna

Boch, ont constitué un groupe compact d'impressionnistes

auprès

de

symbolistes

intéressants

comme
trois

MM.
et

Xavier Mellery, Henry de Groux, James Ensor
:

Willy Schlobach
se

encore

la

technique de ces

derniers

rapproche-t-clle

souvent du

coloris

de

Renoir ou du pointillisme.

En Espagne,

auprès de

M. Zuloaga qui
rigoureusement,

n'est pas

sans rapports avec Manet,

M. Dario de Regoyos
et

a adopté la division des tons très
est

M. Sorolla y Bastida

nourri

d'impressionnisme.
inclinait

En

Italie,

le

regretté

Segantini y
alpestres,
et

dans
s'est

ses

derniers

paysages

M. Boldini
moins

fortement nourri de Degas avant d'in-

cliner vers l'art
été

mondain. En Amérique, rinilucnce
:

a

sensible, ainsi qu'en Angleterre
a été

le regretté

John LcAvis-Brown
nat, de

imbu de Degas

et

de Monet,

tandis que des personnalités

M. Alexander, de

comme celles de M. DanMM. Lavery et Guthrie, sont
le

inspirées de Whistler, qui fut

compagnon de

la pre-

mière heure des impressionnistes
idées.

sans partager leurs

M. Sargent, qui

a des affinités évidentes avec

Besnard, est un grand

virtuose sensuel,

isolé.

Mais

nombre de jeunes

peintres de Glasgow,

de Baltimore

MÉRITES ET DEFAUTS DE L IMPRESSIONNISME

211

OU

de Londres,
sont
si

comme MM.
inspirés
la

Lionel Walden, Frieseke,.

Morrice,

directement de l'impressiontechnique, c est dans
la

nisme

:

ce'

nest dans

un

sentiment nouveau des valeurs, dans

mise en cadre

que

se retrouve cette influence.

Sur tous ces hommes
français,

s'étend la vivace prolongation
et

du mouvement

on peut dire que

c'est

d'abord à létranger qu'est
la tradition véritable-

revenu Ihonneur de reconnaître

ment autochtone de
tions et ses

cet

art, et

d'enrichir ses collecle

musées d'œuvres dédaignées dans

pays
le

qui les avait vues naître.

A

l'heure actuelle, dans

inonde entier, jusqu'au sein des académies, on

se res-

sent des ciïets de cette vision nouvelle, et dans les Salons, d'où les impressionnistes restent exclus, à

on

assiste

une invasion de tableaux qui

s'en

inspirent, et

que

les

jurys n'osent plus refuser (i). Dans quelque mesure
les peintres

que
ils

récents acceptent limpressionnisme,
et

en demeurent préoccupés,

même

ceux qui ne

l'aiment pas sont forcés

den

tenir

compte.

le mouvement impressionniste, en dehors des polémiques, sans

On

peut donc dès maintenant envisager

attaques vaines et sans louanges exagérées,

comme une
domaine de
;

manifestation artistique
(i)
ses

entrée dans

le

M. Alfred RoU, avant

tous, s'est inspiré de

Manet

M. Gervex,

à

heureux débuts, Duez, Ulysse Butin, Norbert Gœneutte, ont été des
et

succédanés du réalisme-impressionniste bien plus nettement que Bastien-

Lcpage
retenu

son école,

qvii

ne surent pas trouver une direction nette entre

l'Ecole et Manet.

De

ce dernier

M. Gaston La Touche

a été l'élevé, et a

les principes,

dans sa chatoyante vision décorative.

212
l'histoire, el
lité les

L IMPRESSIONNISME

léludier en lui appliquant avec impartia-

procédés d analyse critique qu'on a coutume
les

d employer en étudiant
térieurs.

meuvements picturaux
ici

an-

Nous n'aurons pas prétendu
complète
et

donner

une

histoire

sans

défauts, mais

simplement

nous nous estimerions mieux que récompensé de ce
travail destiné
à la diffusion

dans

le

grand public,
de
la

si

nous
thie

lui

avions inspiré de la curiosité et

sympa-

pour

un groupe

d'artistes
si

que nous considérons

comme
les

admirables, et

surtout nous pouvions rectifier
les erreurs,
les
s'est

aux yeux des lecteurs

dénigrements,

reproches immérités dont on

fâcheusement

plu, en France

même,

ù couvrir
et

des créateurs sin-

cères qui songeaient
tradition

avec foi

amour

à

la

pure

du génie

national, et qui
s'ils

ont pour cela été

aussi vilipendés
folie
1

que

s'étaient,

dans un accès de
sens,
le

anarchique,

levés contre le

bon

goût,

esprit et la

clarté qui
terroir.

demeureront
petit

les

mérites étertrou-

nels de

leur

Ce

volume imparfait

verait peut-être sa meilleure excuse dans son intention

de réparer une
simple vérité.
par
1

si

longue injustice par l'exposé de

la

Cette injustice a été réparée en détail

les fervents

admirateurs qui n ont pas cessé, depuis

origine, de répondre aux attaques faites à
et les

Manct

et à

son école,

ont souvent, à lexemple de Zola, déil

tournées sur eux-mômes. Mais
l'éternelle

n'ont pu être que

minorité en face du

monde académique,

des jurys, de la critique, et do la foule d'incapables qui

MARY CASSATT. — Mère

et enfant

(Collection de M. C. Lawrence, New-York).

MÉRITES ET DEFAUTS DE l/iMPUESSIONMSME
s'y

2l3

mêle auprès do quelques connaisseurs. La devise
choisie,

que Manet avait
la

en plaisantant mais non sans
lui

fierté

légitime

que
y),

permettait sa conscience,

((Manet

cl ina/ichif

doit être aujourd'hui devant l'his-

toire nationale celle
il

de cet admirable

mouvement dont

reste l'initiateur glorieux.

Appendice

NOTES ET DOCUMENTS
RELATIFS A LTMPRESSIONMSME

Il est

tirs difïîcile

de constituer une bibliographie et

un

bilan exact des

œuvres des impressionnistes, non
détaillées.

moins que des biographies

Ces peintres

ayant été longtemps méconnus, toujours éloignés des
salons, accueillis par des marchands,
le
il

en résulte que
:

contrôle de leur production est à peu près impossible
le

eux-mêmes ne

sauraient faire au sujet de toutes leurs
étaient sans valeur

œuvres de début, qui
et se dispersèrent

commerciale

au hasard, pour des prix infimes,

chez des amateurs ou dans d'obscurs magasins. Quant
à leurs vies personnelles,
il

semble

qu'ils n'en aient

eu

aucun souci

;

interrogés,

ils

avouent n'avoir rien
Ils

à dire,

en dehors de leur date de naissance.

n'ont pas eu

de maîtres, pour
atelier,

la

plupart,

n'ont

fréquenté aucun
la

ont peint chez eux, dans divers coins de

France.

Un

jour, ce qu'on trouvait ridicule la
et

veille

a été recherché

vanté

:

ils

sont

devenus

riches,

sans avoir compris pourquoi.
tion de

Ils

ont eu tous, à l'excepfaits,

Manet dont

la vie est

pleine de

des exis:

tences solitaires, modestes, à l'écart

de la mêlée sociale

2i8
ils

l'impressionnisme

étaient indilTérents au tapage qu'on faisait sur leurs^
et
;

noms,
ignorés

sans goût pour l'arrivisme.

L'Etat

les

a

à

Icxception de Manet, décoré par

l'initiative

du
et

ministre Antonin Proust deux ans avant sa mort,

de Renoir décoré on ne

sait

pourquoi
travail,

il

y a quelques
n'a
été

années après toute une vie de

aucun

récompensé d'un ruban.

Il

serait d'ailleurs

presque

ridicule d'en ofTrir maintenant à des

M. Degas ou M. Monet qui sont
entier, figurent

hommes comme célèbres dans le monde
auprès

dans

les plus riches collections

des plus grands maîtres, et voient leurs œuvres atteindre

des prix imposants.

Ils

présentent

même, au

point de

vue

social, le cas

curieux

et intéressant d'artistes étant

parvenus à

la fortune et à la gloire sans
et

aucun appui
concours des
négligence,

des institutions ofRcielles
particuliers.

par

le seul

Tout

cela, et

on ne

sait quelle

quel cITacement volontaire devant tout ce qui n'est pas^
la

peinture, réduit et contrarie tout à la fois le rôle
si

du

critique à l'égard de ces individualités

exclusives.

Les notes

ici

réunies n'ont donc que la valeur d'indi:

cations très générales

elles

constituent tout au plus

un

essai de classement préalable,

un cadre de recherches.
Avant tOUt
faite
le

Galeries et collections ou se trouvent les plus
CONSIDÉRABLES COUVRES IMPRESSIONNISTES.
la collection

Durand-Ruel, sélection particulière

par Durand-Ruel qui a été pendant trente années
principal dépositaire

des

impressionnistes

et

en

a

retenu un nombre considérable de belles pièces.

— La

APPENDICE
collection de

2

I

M. Manzi, surtout en ce qui concerne
et

Degas.
Bèllio.

— Celles de M. de Camondo (Degas), de — La collection de M. Théodore Duret (surtout

Manet).
(le

— Même observation pour
:

celle

de M. Faure
été

grand tragédien lyrique)

les

deux ont

vendues

en ces dernières années.
Blanche.


-

La

collection Jacques

La

collection (Manet,

Degas, Renoir)
M'"*^

léguée à sa fdle, M"'* Ernest Rouart, par

Eugène

Manet (Berlhe Morisot).
(Degas,

La

collection Henri Rouart

Renoir surtout).

En Amérique,
le

de

nom-

breuses collections privées, dont

contrôle ne pourrait

guère être tenté qu'en consultant
la

les livres

de vente de
spécialité

maison Durand-Ruel, qui

s'est fait

une

de

ces peintres, a organisé presque toutes leurs expositions,
et reste l'endroit

où Ion peut en voir

le

phis aisément

les

œuvres.

Musées.
Degas.

— A Dresde,
:

à Berlin,

œuvres de Manet

et

A

Paris, l'acceptation

du

legs Caillebotte a fait
(pastels)
;

entrer au

Luxembourg
le

sept

Degas
la

plusieurs

Renoir, entre autres
çoire,

Moulin de

Galette, la

Balan:

une Femme nue, une Tele de jeune femme

plule

sieurs Monet,

entre autres la Gare Saint-Lazare,

Déjeuner, la Salle à manger bleue, les Tuileries, Aryenteuil, les

Falaises de Belle-Isle,

\ étiieuil

par temps de
;

neige,

le

Givre

;

Cézanne,
;

trois
le

paysages

Pissarro,

quelf[ues paysages

Manet,

Balcon, où se trouve

un

portrait de M'"" Morisot,
éventail,

une Femme en noir avec un
offerte

sans compter Olympia,

séparément;

2'20

L

n[PRESSIONMSME
fille

Sisley.

des paysages: Bertlie Morisot, La jeune

au

bal,

achetée séparément.

Expositions.

Ici

presque rien à dire. Maiiet a toute
il

sa vie présenté ses

œuvres aux Salons,

a été tantôt

admis

et

tantôt refusé, jusqu'à obtenir

une seconde
1867;
les

médaille! Monet n'a plus

exposé depuis

autres, à l'exception de Pissarro,

dans

ses sages débuts,

ne se sont manifestés que par des expositions particulières,

dont

la

plus

célèbre fut celle de la

rue

Le

Peletier en

187.").

Depuis,

chez Boussod

et

Valadon,

Georges

Petit,

Durand-Uuel. L'exposition de Claude
Petit, fut

Monet en compagnie d'Auguste Rodin, chez

un événement
universelle de

artistique

considérable.

A

l'Exposition
fut faite à

1889, une place
:

dhonneur
deux

l'œuvre de Manet

à celle de 1900.

salles furent

consacrées, sur l'initiative dévouée de M. Roger Marx,
l'élève et le

digne héritier de

la

pensée de Castagnary,
salles

aux plus beaux impressionnistes. Dans ces
rapporte qu'un
teurs
((

on

membre
eut

de

l'Institut,

guidant des viside
s

étrangers,

l'inconvenance
la

écrier

:

Passons, Messieurs, voici

honle de larl français. »

Il

y avait là la Lofje de Renoir et 1 exquise Pensée, VEx-Voto d'Alphonse Legros, le Coin de table de Fantin-Latour,
Pissarro,

des

Monet de premier ordre,
et

de

beaux

des portraits

des scènes

de jardins de

Manet,
tants,

les et

meilleurs Sisley, quelques Degas imporloin de

non

ces

salles

quelques Monticelli

radieux qui eussent dû s'y joindre logiquement.

L

en-

APPENDICE

22

1

semble de ces deux
fonde,

salles produisit

une émotion prol'entrée

qui

marqua définitivement
dans

du moul'école

vement

impressionniste

Tliistoirc

de

française.

BnîLioGuvpiiiE.

Il

faut

absolument y renoncer.
il

Depuis
pulser

le

début de Manet aux Salons,

faudrait

com-

tous les

journaux français jusqu'à nos jours. La

quantité d'articles prétextés par l'impressionnisme est

innombrable, tant parmi

ses

ennemis acharnés que

parmi

ses admirateurs.

On

doit retenir les opinions de

Baudelaire, de Burty, de Pli. de Chennevières, d'A. de

Galonné.

L'amitié

fervente
et

de

Zola

pour

Manet

s'exprima dans ses articles

dans une brochure mainil

tenant introuvable. Plus récemment
tionner,

sied de

au sujet de Manet,

le

volume

mend'Edmond

Bazire, Maiiel, (Quantin, i88/i) ouvrage sans prétentions mais

soigneusement renseigné,

et le

récent livre

de M. Théodore Duret, (Floury 1902) qui est d'une

importance sérieuse,

écrit

par un connaisseur distingué

n'ignorant rien du peintre qu'il aima fidèlement. Quant

aux autres impressionnistes, nous l'avons

dit,

il

n'existe

aucun
1',!/'/

livre,

sauf l'ouvrage de M. Georges Lecomle,
édité

{mprcssioii/iiste,

à
le

tirage

restreint

chez

M. Durand-Ruel
Cerlaiiis.

(1).

Dans

recueil

de

critiques

de M. Iluysnians, on trouve une belle étude
et

sur Degas. (Tresse

Stock).

Dans

le

3"

volume de

(i) Epuisé d'ailleurs,

comme

l'est, à

peine paru,

le livre

de M. Durci.

222

L IMPRESSIONNISME

La

Vie Artislifjue (Floury)

M. Gustave GelTroy

a synil

tliélisé SCS

observations judicieuses sur un art dont
le

a

parlé avec science et éloquence dès
carrière.

début de

sa

M. Octave Mirbeau a défendu l'impressionspécialement Monet en de nombreuses chro-

nisme

et

niques. M. Roger

Marx

l'a

soutenu,
des

et

dans

la presse, et

dans

le

monde

officiel

Beaux-Arts.

M.

Jules

Comte, dans
€t Monet.

le ÏSalional,

dès i883, a défendu -Renoir

MM.

Frantz Jourdain,
Thiébault-Sisson,
art,

Armand Dayot,

Raymond Bouyer, Gabriel Moury ont

également loué cet

auquel M. Arsène Alexandre

a souvent contribué des notices pleines d'intérêt. ^^ ollT
soutint Manet, mais par politique, et sans
sion.

compréhenet le

On

regrettera

que M. Paul Mantz

savant
la

distingué que fut Eugène Mûntz n'aient pas compris

beauté de

l'effort

impressionniste.
la

La page

^de

M.

Cle-

menceau sur Monet dans
sition

Justice (à propos de l'expo-

Monet Rodin),
l'art

est très belle et

témoigne de son

grand sens de

moderne. Une plaquette introuvable
les
le

aujourd'hui de M. Félix Fénéon,
en

Inipressio/uiistes

1886,

résume excellemment

pointillisme.

Le
une

recueil posthume des œuvres de Jules Laforgue (Mer-

cure de France) présente une série de remarques

et

étude sur

le

chromatisme,

écrites

en 188/4, qui montrent

quel critique sagace

était déjà ce

jeune

homme

extraclair-

ordinaire, et qui resteront

un modèle d'analyse

voyante de cette peinture.

La critique étrangère

s'est

également occupée de

APPENDICE

2

23

rimpressionnismc,
cles.

et lui a

consacré de

nombreux
et

arti-

Tout récemment M. Meier-Craefe

M.

Ricliard-

Muther, en Allemagne, ont publié des ouvrages sur ce
sujet.

Pour inémoire nous mentionnerons également
volume
illustré,

un
de

petit

première version imparfaite
à

celui-ci,

jDublié

par l'auteur du présent livre

Londres (Duckworth and C") en mars igoS.
Iconographie.

Portraits de

Manet par Fanlin-

Latour, dans V Hommage à Delacroix et V Hommage à

Manet

:

plus

un

portrait isolé, souvent reproduit.

Un

de Manet par lui-même.
Gravures de Bracquemond, Desboutin
Portrait de Sisley par Renoir.
et

Guérard.

Portrait de
Portrait de

Monet par Renoir.
Monet par Fanlin-Latour dans Y Hommage

à Manet.
Portrait de Renoir par Fantin-Latour,

même tableau.
le

Portrait de Cézanne par Renoir.
Portraits de

M"" Morisot par Manet dans
Le Repos
:

Balcon

€t la toile intitulée

eau-forte de Desboulin.

Portrait de

INI'"''

Morisot par elle-même.

Portrait d'Eva Gonzalès par Manet.
Portrait de Cézanne par lui-même.

Les tableaux de Manet ont prétexté de nombreuses
caricatures d'ailleurs sans intérêt.

Liste approximative des œuvres de Manet.
le seul

Il

est

pour lequel une

telle liste
fit

puisse être dressée

assez exactement parce qu'il

à plusieurs reprises des

224

L IMPRESSIONNISME

expositions récapitulatives avec catalogues et litres précis
:

la

tache est beaucoup plus malaisée pour ses amis,
la fois

qui n'ont jamais montré à
l'année,
((

que leurs œuvres de
telles

avec

des dénominations vagues
((

que
de

paysage » ou

étude

».

On

trouve dans
:

la vie

Manet

ces diverses réunions d

œuvres

Exposition de l'avenue de lAlnia, 1867

:

cinquante

numéros (rassemblant toute l'œuvre antérieure).
Le Déjeuner sur ÏHerhe, Olympia, Chanteur
f/noL

espa-

y Enfant à

l'épée,

l'Homme mort, Jésus
et M'""

insulté, le
le

C/irist au.r anrjes,

M

.

Manet, Gitanos,

Vieux

musicien, le Fifre,

M'^''

V... en costume cVespada,

Jeune

homme

en costume de majo. M'"" M...,

Jeune Dame,

Un matador. Lola
prière.
la

de Valence, V Acteur tragique (Portrait

de Rouvière), Chanteuses des rues, M"'^ B..., Moine en

Combat du Kearsarje

et

de l'Alabama,

le

Gamin,

Musique aux

Tuileries. Courses

au bois de Boulogne,
espagnol.

Joueuse de guitare. Liseur.
(rahsinl/ie,

Ballet
t

Buveur
Vase de

Nymp/ie surprise,

n philosophe.

fleurs, \eSte<un-boaf. Jeu/ie espagnole couchée. Déjeuner,

Fruits, Poissons,

Dame

à sa fenêtre,

Mer

calme. Panier

de fruits, Epagjieul, Portrait de Zacharie Astruc, Étudiants de Salamanrjue.

Bateau de pèche vent arrière.

Tête d élude.

Fruits.
:

Un

lapin.

Fumeur. Paysage.

Trois copies
les

\

ierge au

lapin,

Portrait du Tinloret,

Petits

Cavaliers.


.

Trois

eaux-fortes

:

Gitanos,

Portrait de Philippe I]

les Petits Cavaliers.

Depuis

cette exposition figurèrent

aux Salons

:

APPENDICE

220
(

Jeune femme,

et portrait

de Zola

18G8).

Le Balcon

et le

Déjeuner (18G9).
et

La Leçon de musique,
(,870).

portrait d'Eva

Gonzalès

Le Jardin,

les Hirondelles,

le

Café-Concert natures
,

mortes, de 1870 à 1872.

Le Bon
(.873).

bock, le

Repos (portrait de Berlhe Morisot)

Le Chemin de fer,
Argenteuil (1875).

Polichinelle (187/i).

Le Linge,

et

Marcelin Desboulin (1876).
et

M. Faure dans Hamlei,
Chez
le

Nana (1877).
de George Moore)

père Lathuile,

et

Antonin Proust (1878).

La Serre, En bateau
(1879)Rochejort, Pertuiset
( 1

(portrait

88 1 ).
le

Le Bar aux Folies-Bergère,
(1882).

Priidemps. V Automne

Dessins pour

les

Chats,
le

de Champfleury.

le

Cor-

beau, d'Edgar Poë,
trait

Fleuve, de Charles Gros. Por-

de Courbet. Beaucoup d'interprétations ou répli-

ques à leau-forte de certains tableaux, ou copies de
Velasquez. Compositions originales
tille,
:

Femme
cierges,

à

la

man-

Silentium

Au

Prado, V Acteur comique, Conva-

lescente,

Odalisques,
:

Marchande de
Gami/i.

etc.

Six

lithographies
toit,

Courses,

Cajé,

Chats sur un
croquis

Guerre

civile,

un

portrait, plus certains

pour couvertures de musique.
i5

.

2 20

l'impressionnisme

Miniatures.
et

Un

peu de céramique. Beaucoup de notes
:

de portraits au pastel, parmi lesquels

M""' Madeleine

Lemaire, Zola,

Lévy, Guillemet,
la

Marie Colombier,

Méry-Laurent, Yaltesse de

Bigne,

MM. Moreau,

Moore, Constantin Guys.
Portraits à lliuile
:

M™" N.

de Villars, Emilie Ambre,

Éva

Gonzalès, Morisot, Manct,

MM.

Zola,

Bouvière,

Duret, Clemenceau, WollT, Proust, Fauic, Desboulin,

Mallarmé, Pertuisct, Uocliefort, Astruc.
Portraits gravés
Villars
:

Baudelaire, Courbet, M""" Nina de

A
sées.

cette

liste

considérable

il

faut

ajouter

nombre

d'études, natures mortes, etc., qui n'ont pas été expo-

Liste approximative des œuvRES de Degas.

— Nous
n'a pas

ne pouvons retenir que quelques

titres.

Degas
ses

exposé aux Salons
et

:

il

n'a pas

vendu toutes

œuvres,

en garde beaucoup

cliez lui,

ce qui rend tout con-

trôle impossible.

Copies d'après
Têtes d étude.

les Italiens.

Magasin de colons à
Vieille

la

Nouvelle-Orléans.

mendianle.

Série de scènes aux courses. Série de
la vie

des danseuses

:

La

Danseuse-Étoile, pastel (Luxembourg).
yrecfjue, pastel.
la

La Danse

Uépétilions de ballet sur

scène.

APPENDICE
Variantes nombreuses sur
clans les salles d'études.
les

927
répétitions

de ballet

Variantes (dessins et pastels) sur Une danseuse rattachant son cliausson (une d'elles au Luxembourg).
L'Attente, pastel.

La Danseuse chez
Fin de
ballet.
et leurs

le

photograplte.

Danseuses

mères.

Danseuse rose.

Une Esquisse de La Conversation

danseuse, pastel (Luxembourg).
(pastel).

Au

musée.
la

Famille (place de

Concorde).

Série des Blanchisseuses.

Série de

femmes

à leur toilette, pastels et peintures

en grand nombre (Une, minuscule, au Luxembourg).

La Bouderie.
Portrait d'une gymnasiarque.

Les Figurants, pastel (Luxembourg).

Un cajé boulevard Montmartre, pdiSieiÇLuxemhourg).
Série de paysages au pastel.

Liste approximative des ceuvres de Claude
Série des Meules.
Série des Peupliers au bord de VEpte. Série des Cathédrales (Rouen).

Monet

Série

du Golfe Juan.

Série des Rochers de Belle-lsle.

.

.

22$
Série

l'impressionnisme

du Bassin aux nymphéas.
falaises à Etretat.

Série de Coins de rivière.

Nombreuses études de

Nombreuses études à Giverny, Dieppe, Pourville,
Yarangeville, Argentcuil, Vétbeuil.

Etudes des rives de
Série de

la

Tamise.

montagnes norwégiennes.

Le Givre.
Les Tuileries.
Intérieur bleu.

La Gare Saint-Lazare.
Belle-Isle.

,

,r
>

Musée du Luxembourg.

,

i

t

i

Vétheuil

par

la neige.

Déjeuner (plein

air).

Régates à Argenteuil.
Fleurs, natures mortes, faisans.

La Dame en
Quelques
Cuisiniers.

vert (Portrait de M""' M...).

portraits.

Déjeuner (intérieur).
Soirée sous
la

lampe.

Liste approximative des œ^uvres de Renoir

La Balançoire
Le Moulin de
la Galette.

\

J

Femme nue. Au piano.
Liseuse

Musée du Luxembourg.
\

/

APPENDICE

a 2g

Baigneuses (collection Jacques Blanche).
Plusieurs panneaux décoratifs (id.).

Le Premier pas.

La Loge.
La Loge
(variante).
série

Nombreuse

de Baigneuses.

Bouquetière.

Jeune fille en promenade.
Jeune fille endormie.

Le Déjeuner des
Argenteuil.

canotiers.

Ferme.

Chemin creux.
Lavandière.

Très nombreux portraits déjeunes

filles.

Jeanne Samary en robe de soirée.
Jeanne Samary (buste).

La Source.
Très nombreuses études d'enfants.

La Danse

— quatre grands panneaux.
à Venise, dans la banlieue de

La Terrasse. Nombreux paysages
Paris,
Fi/i

aux environs de Grasse, Cannes, Gagnes.
de déjeuner.

Les Parapluies.
Portrait de Sisley. Portrait de Monet.
Portraits de M""" Morisot et de sa fdle.

23o

LIMPRESSION.MSME
la

Jeune J'emnie au bord de

mer.

Femmes
Mères

arabes.

et enfants

(nombreux

motifs).

Nombreuses

petites études de

nu au

pastel.

Fleurs (nombreuses études).

La Famille

de V artiste.

La Pensée.
Le Thé.

La

Serre.

Divers portraits.

Œuvres
Série de

de Pissarro
la

Uoucn

(la

place du Marché,

Seine, très

nombreuses études).
Scènes rustiques,
et à Gisors.
très

nombreuses,

faites

à Eragny

Série de Londres. Série d'études des

boulevards de Paris (boulevard

Montmartre, avenue de l'Opéra).
Eventails, illustrés de scènes paysannes.

Une
style

quantité inappréciable de paysages, soit dans

un

et

une

technique classiques, soit dans
(plusieurs au

une tech-

nique
bourg)
.

pointilhsle

Musée du

Luxem-

Œuvres

de Sisley
et spécia-

Très nombreux paysages del lle-de-Erance

lement, de Moret, neiges,
(plusieurs paysages au

soleils,

eaux vives, jardins,

musée du Luxembourg).

APPENDICE

2.3

1

Œuvres

de Berthe Morisot (M""" Eugène Manet).
bal

Jeune femme au

(musée du Luxembourg).
femmes,
portraits.

Nombreuses
Environ

figures de

trois cents petites aquarelles,
faites

sous-bois et

marines avec personnages,

à Dieppe, à ÏNice,

aux environs de Paris.

Son

portrait par elle-même.

Œuvres
La
Lofjc.

de Miss

Mary Cassatt

Très nombreuses études de mères

et

d enfants.

Maternités (lo estampes en couleurs, tirage épuisé).

JNombreuses scènes de plages

et

de jardins.

Œuvres
Mardi- fj ras.

de Pall Cézanne

Portraits, dont le sien.

Nombreux paysages (deux au musée du Luxembourg.)
Natures mortes.

Œuvres

de Gustave Caillebotte

Les Raijoteurs de parquets (musée du Luxembourg).

Nombreuses natures mortes.
Paysages, portraits, fleurs.

Note sur
Relativement

les néo-impressionnistes

aux

néo-imprcssionnistcs

il

siéra

23;
d'ajouter,
les

L IMPRESSIONNISME

pour compléter ce répertoire trop sommaire,

quelques mentions suivantes:

Georges Seurat.
paysages
et dessins

La Grande

Jalte

;

nombreux

de nu.
cVor,

Paul Signac.
traits.

— L'Age

panneau

décoratif. Poret

Nombreuses marines en Hollande

à Saint-

Tropez.

Maurice Denis.

— Nombreuses peintures d'un caracHommage
à Cézanne grou-

tère décoratif et religieux.

pant

les portraits

des principaux néo-impressionnistes,

Vuillard, Denis, Bonnard, Roussel, Sérusier, Odilon,

Redon. Décoration de

l'église

du Vésinet.
petits intérieurs.

Edouard Vuillard,
Pierre Bonnard.

— Nombreux

-

Nombreuses

petites peintures

décoratives, affiches, dessins pour Verlaine, etc.

Paul Ranson.

— Panneaux Paul Gauguin. — de paysages
Série

décoratifs et tapisseries.

de Bretagne;
;

série

de paysages de Tahiti. Bois sculptés

grès.

Félix Vallotton.
traits).

Peintures, dessins divers (por-

Henry Moret, Albert André, Georges d'Espagnat,

Maxime Maufra, Paul
Vincent van Gogh.
fleurs, portraits.

Vogler.

Paysages de Breta-

gne, de Paris et du Midi, etc.

— Paysages de Paris — Paysages (Paris — Paysages

et

du Midi,

Armand
populaires.

Guillaumin.

et banlieue).

Maximilien Luce.

parisiens, intérieurs

APPENniCE

233

Angrand.
Henri

— Dessins
Cross.
à

et

paysages.

Edmond
paysages

Paysages provençaux.
lu follette,

Louis Anquetin.
courses,

— Femme à
Vétheuil,

scènes de
portraits,

nombreux

(Bernard Lazare, Edouard Dujardin, Camille Mauclair,
P. et V. Margueritte, Gémier, Janvier, M'"" Dujardin,

Zo d'Axa) nombreux
graphies.

;

rideau

pour

le

Théâtre Libre

;

décors

;

nus, nombreuses sanguines, dessins, litho-

Théo van Rysselberghe.
vençales.

Marines belges
:

et pro-

Nombreux

portraits

Emile

Verhaeren,

André Gide, M"" van
Félix

Rysselberghe,
,

Paul Signac,

Le Dantec,
Pastels,

Vielé-Griffîn

Eugène Demolder.
;

Affiches.
décoratif,

nus

et fleurs

un grand panneau
nombreuses
de

Baigneuses.

Eaux-fortes

Bretagne, Hollande,

Italie.

Henri de Toulouse-Lautrec.

Scènes nombreuses
et figures

de cafés-concerts, intérieurs de brasseries
filles

de

(pastels et peintures)
;

;

album lithographique sur
portraits de chanteuses de

Yvette Guilbert
music-halls
;

nombreux

affiches importantes.
et sont
et

Les œuvres des néo-impressionjiiste ont été
vues
:

aux magasins de M. Tanguy (rue Clauzel)
Peletier), tous

de

M. Le Barc de Boutteville (rue Le
décédés
;

deux
et

aux expositions des Indépendants (Paris)
;

de

la

Libre Esthétique (Bruxelles)

aux

galleries

Vol-

lard, Hessèle, Moline,

Durand-Ruel

(Paris).

TABLE DES ILLUSTRATIONS (O
Pages.

FANTiN-LAToun. IIommagG à Mancl

Frontispice.

Manet. Los Musiciens ambulants
Manet. Olympia
Manet. La bonne Pipe Manet. Le Balcon

17

21

25

29

Manet. Torero mort

35
4i

Manet. Portrait de Rouvière
Manet. La Feinme au perroquet

45

Manet. Le Bon bock.
Manet. Le Repos.
. ,

49 53
57
61

Manet. Les Canotiers
Manet. Lin Bar aux Folies-Bergère

Claude Monet. Portrait de

M'"'^

M

65 69
78

Claude Monet. Le Déjeuner sur l'berbe Claude Monet. Canal en Hollande

Claude Monet. Argenteuil
Claude Monet. Falaise
à Pourville

77
8i

Claude Monet. L'Fglisc de Varengeville
Claude Monet. Peupliers au bord de l'Epte
Degas. Le Défilé

83 89
93

(1)

Nous devons
a

ici

remercier particulièrement

la

maison Duranrlphotogra-

Ruel qui

mis

à

notre disposition ses considérables séries de

phies d'œuvres impressionnistes, documents des plus précieux pour la
critique à venir.

36

TABLE DES lLLUSTRATIO^S
nn
loi

Degas. Deux Danseuses au foyer

Degas. La Toilette

Degas. La Danseuse-Etoile
Degas. L'Attente Degas.

io5 109
ii3
ii-j

Un

Café boulevard Montmartre

Degas. La Leçon au foyer
Degas. La Famille
Renoir. La Pensée Renoir. Portrait de Jeanne Samary
Renoir. Le Moulin de
la

121

12b

129
i33
1

Galette

Renoir. La Loge
Renoir. Danseuse

87

iZji
,

Renoir.

Au

Piano

i45
i49

Renoir. Buste de

femme
l'arlislo

Renoir. La Famille de
Jongkind.

i53 167
lOi
i()5
le

Vue

de Ilonfleur

Pissarro. Les Toits

du vieux Rouen
assise

Pissarro. Paysanne

Pissarro. Boulevard Montmartre,

matin

169
177
181

Cézanne. Portrait

d'homme

Sisley. Effet de neige
SisLEY.

Le Pont de Moret
Toilette

i85 189

Bertiie Morisoï. La

Berthe MoRisoï. Jeune
Boudin. Canal

Femme

au Bal

igS
aoi

à Dordreclit

Mary Mary Mary

Cassatt.
Cassatï.

La Caresse
Portrait

2o5

209
2i3

Cassait. Mère et Enfant

TABLE DES MATIERES

Pdges
I.

Quelques mots sur

l'objet

de cet ouvrage.

— Les
débuts
.

précurseurs de l'impressionnisme.

— Les
nom.

de ce

mouvement,

l'origine de son
:

7

IL La

théorie
les

impressionniste

la

division

du

ton,

couleurs complémentaires, l'élude de l'atmo-

sphère.

Les idées des impressionnistes sur
le

la

peinture de genre,
style
III.

caractère et la beauté, le

moderne
et

26
son œuvre

Edouard Manet

A5
69

IV. Claude

Monet

et son
et

œuvre

V. Edgar Degas

son œuvre

83
io5
:

VI. Auguste Renoir et son œuvre
VII. Les artistes secondaires de l'impressionnisme

Ca-

mille

Pissarro,

Alfred

Sisley,

Paul
Cassatt,

Cézanne,

Berthc Morisot,

Miss

Mary

Gustave
.

Caillebolte, Albert Lebourg,

Eugène Boudin.

i/|5

VIII. Les illustrateurs

modernes rattachés

à l'impression-

nisme

:

RalTaëlli,

Henri de Toulouse-Lautrec,

J.-L. Forain, Jules Chéret, Steinlen, Louis Le-

grand, Paul Renouard, Auguste Lepcre, Henri
Rivière

iG3
la

IX. Le néo-impressionnisme et

théorie

du

pointil-

lisme

:

Georges Seurat,

Paul Signac,

Maurice

238

TABLE DES

:MATI1<:RES

Denis, Théo van Rysselberglie, Pierre Bonnard,

Edouard \uillard, Paul (iauguin, Louis Anquelin, elc

i83

X. Mérites

et

défauts de l'impressionnisme.
doit;

Ce

f[u'on lui

son influence à l'étranger; sa

place dans l'histoire de l'art français."

....
les

199

Appendice. Notes

et

documents

relatifs

à

l'impression2 15

nisme
Galeries, collections et

musées où

se

trouvent

plus

considérables

œuvres impressionnistes;
ont figuré

expositions
l')ihliographic

elles

218
22
F

Iconographie
Liste

22^
dos

approximative

œuvres

des

peintres

impressionnistes

228
2 35

Table des illustrations

CHARTRES.

IiMPRlMEHU:

1>1

HANl),

KVV. l'Ul-BEKI

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