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L'EMBRYON, PERSONNE POTENTIELLE ? Implications jurid,iques de quelques énoncésthéologiques

PÂR

Raphaël DRAI

Prolesseurà l'Uniuersité d'Aniens

L'efficacité

d'une protection

juridique

est riée à la poursuite

d'un

double objectif :.protég-er la persoine

danger.n'9s_tpas immédiat

de ce-lui-cila représentation la

ces deux préliminaireso de méihodà et de fond,

questionnement inscrit dans I'intitulé

un danger réà1, même si ce

;

adapter la protection "ùtr" à soi objet en se formant

fr,rr

pto^"h" possible de la iéalité. Clarifions

avant de développer le

de eette contribution.

I.

_

EMBRYOGENESE ET SOCIOGENESE

auxquels loe'nblyeo est actuellement exposé?

pose, entre autr^es,le

de ceux qui demeu-

euel débarrassera-t-on comme de

choses devenues sans uiilité ? A moins que leur valeur résiduelle ne les

des transferts et à des

rent une fois réussie I'implantation

problème des e'nhrysnJ qualifiés

_ Loévolution des technigues de

Quels sont les dangers

irocréation

restants ? s'en

âssistée

de surnuméraires ll

artificielle

de I'un

d'entre'eux.

sort réserver aux e-hryons

fasse servir à des manipllations,

à des échangesoà

transactions dont les biologistes et des médeciis constitueraient les réseaux

- l. comité consu,ltatif National

d_'!thique. Avisrelatif aux recherchessur les

â'â"s-rin:Ji'ieaiâài'eîliiiiitill-à"âs-.

rSSil

embrvonshumain invitro

Decembre1986.Cf. ésalemenfIè-M;ilt;:-18'àËcËmuià

et a !éur uiitisâtË"

LE

STATUT

JURIDIQUE

DE

L'EMBRYON

93

et désigneraient les bénéficiaires 2 ? Quelles seraient les conséquencesde telles pratiques sur la conception d'ensem-blede la personne considé:ée ab initio ?

les cadres

habituels où se forme I'attitude juridique ? Car I'e"'hryon peut-il être

réduit à une simple matière biologique

à devenir autre qluece qu'il paraît au premier regard, surtout lorsque son

évolution est littéralement figée par le procédé de la congélation. Il ne

devrait pasen résulter un figement de la réflexion juridique

la dynamique biologique en appelle à la dynamique juridigueo à la nécessité

pour le droit de ne pas récuser les évolutions de la médecine et de la

biologie, sans pour autant se subordonner aux seuls énoncés que disciplines, érigées en sur-savoir, voudraient bien lui poser.

Dans ces conditions, ne sommes-nouspas incités à mofifier

? Sa nature le porte à se développer,

3.

Au contraire,

ces deux

soenfermerdans une pareille impasse que

le Comité National d'Ethique a cru devoir qualifiei I'e"'hryon de per- sonne potentielle a ? Toutefois, cette qualification ne projetie sur notre recherche qu'une semi-clarté. D'un point de vue juridique, la notj.on de

personne potentielle ne semble pas, pour I'instant, trouver sa place entre

le droit des personnes et le droit des biens s

N'est.ce

paspour_éviter

de

et I'on

ne p"rrt

gualifier

I'embryon de guasi personne comme l'on parle de quasi contrats.-Doit-on dénier toute portée à la formule du Comité ? Le juriste ne saurait se confine* dans une position purement technicienne. L'idée de personne potentielle exprime une préoccupation qu'il lui appartient d'analyser en tous ses prolongements dès lors gue le droit s'envisage comme système ouvert de règles interlocutoires, en interaction avec d'autres champs pratiques et normatifs : la médecine et la biologie, mais aussi, les droits religieux des différentes communautés vivant en France et gui se voient confrontées à de difficiles conJlits de normes. Nous so_uhaitonsparticiper à cette interaction en esguissant à ce propos une approche comparatiste concernant le statut de loembryon dans le dioit

canonique, la chariâ musulmane et la halakha juive. Les juristes, en général, en tireront les indications, sinon les enseignementsquoils jugeront pertinents pour notre débat. Cependant, avant de pénéirer dans ces

aires-là, il

est indispensable de procéder doabord à une jonction épisté.

girls. Dans cet article,

décrit certaines pratlques.aotuelles èn Inde où. le diagnostic prénarai

Susan Tifft

est utilisé pour déceler si I'enfant à naître st un sarcon ou- une fille afin

d.'éIiminer le risque

système économique otr il représente ule

que le _principe d'une telll

tant€, étant fa.voriséepa.r la

ra permet sur te plan tecnnlque.

2, Cf. Time. 4 January

1988,Curse heauen for

Little

de naissanoe d'enfant du sexe féminin iiarrs urte cul.ture et uu

I

charge et une disqualification.

l'échelle de celle-ci êst

Autant

élimination,

devenue inquié-

réduction du coût économique de l'acte médical-qui

étude. Le biologique face au juridique.

et Ie rapport

Infor-mations

et du

Sociales,

génér,aldu C.N.C.E., déoembre 1986.

fætus,

condition juridique

4e .I'gmbtyon

Dalloz, Chr.,

con{u, in Biblogié

l9î7.

de I'enfani

de l'esclàve, FlaûÉarion,

3. Cf. notre

1986,n'7.

4. Cf. note

5

.^^^

f982, XXXV,

morale et droit,

-_B_el9Thel^U-,14

p'

231 ;

P; Atia,s,La_situation juridique

Tequi 1986,et F. Ter-é, L'enfait

94

BroÉrureuE ET DRorr

mologique, puis à une clarification

strictement linguistique

anamnese.

terminorogique

qui

ne se veut

pas

mais voudrait

avoir, Ën' outr'e, res effets d'une

.ÏorT,rgi

cette j-onction épistémologique ? parce

qu,",l'on vien-t d'évoquer ne s'abordent

res biorogistes, tout

r"

que -pas

Ies différents

utilement

de

,

:i^",tjt_i:ïgt:u*

plarn-prect.

politologues ou les psychorogues ,ont

mettent au contact de savoirs déterminés

temps d'autres champs de connaissance 6.

:."::éS""""":" tlTlî:-#.*

Les médecins ct

commJ les juristes,

p",

res

qui les

-po.t""t en même

a

du fia'logue scienti_

non iépo,r ,r,r".

en pràpension

iormJs d";r;;l;rli"tiJ",

mais qui res écartent

ces'e"""i,

lorsquoilJ.se réduisent par la pratique

I1"foi:.

ils

du

sonr sou"eôs ae âenegations,

à Ia science se transf6rme alors

a ï î^g:1]tj:,.La.prétention

Ia monopolisation

rle monologue_s aussi

sensde I'objet prétendûment étudié. Le'croisement

péremptoires q^ue dérisoir",

op""iii"-"t-irr""it

de rà rendr"

i-p"#."ui;.

-grt È;""

io,r,

I"

re bio-

,u

o"

habite

surtout

-"oi

sorciers,

de

ghTop

logiste matérialiste

de rech-erche, àu ris{ue

militant,

re discours théorogique or,

e;:i"';;

immobiliste z. pour

institutionnarisée, l"

a",

$é-gs]"l"it

pas-deta vorontédeconrrôre,à;

obscurantiste et

à une

religion

.""r"""irr

l'éthicien', -bioiogË"

le

lorsguoil est affilié

xyla-teur- et le médecin

*:t"^:1":^1éït-ll**

montrent

cle'calrsme

expérimentateur iestent

que

upp""otÏs

certe parrie du réet que -mobiles Ieur

qui ri'aper.çoivent

cles instruments

dont

dont ils restent serfs,

siansparler

le désintéressement ne s""uit pas re trait médiatique

rlî,:i*"tuuels oomtnant.

Faisant office de joncteur

entre des

attitudes virtuelement

de produire

séparées

,ri

datanr

entre elles ou- parallèles' il

I'embiyon

de 1916 donc bien antérieurés

permettent une sorte de distance

à ne

vante de Ia réatité de

paraît opportun

",i

ieffio.hu

"oq,r"r

pu",-puul v;*+

aerui

à;;;;;-#;;,

""ppo"t

actuel f""

arbitrale et une incitatiàn

"11",

supplélmentaire

premier-mouvement, -pas

maternel'

volonté préexiste'

qu une ûompette de jugement. Il

se conrenrer de schémas

L'inconnu

figés, valery ;;;ï;t"J"ol'o^o,

ces signes de vie, ce commencement

à toui

et de rui-même pourtant

-ooo"ment

Il

dans le ventre "u

se démène. une

est plus terribre

volonté

Quelgu'un sera. ce p.rii

divise I'Un.

fait sentir ïne

le peutêtie,. Et Vatéryajoute, " n".g"".Jà" feotatriqtru

;it:#ti""":,

A elles seules, ces

.

on

réductrice.

se limitera

-quelques notations appelleraient un vaste commen_

à -"tt""

taire'

I'eyùryon

"eÀr"ii!.-", est cornrnencernentg. Il

exige que I'on reste en atrenre de sesmanifes;;ii;;"s;iîâ'iiî*o""

en évidenci

trois des

caractéristiques de

qu'elles soulignento ""

urnuo"utoute représentation

développement gui

f,'smhryon

annonce un

i^:iiiÏ;';r'3il"i^liiJ{îi|É:'s,EditionLaPréiade,tomeIIr.

Ë:bi!Éi,ii,'iii?li,W,l2!L#"r,lfl;ZlZ,*",,,,Àubier.re6r.

LE

STATUT

JURIDIQUE

DE

L'EMBRYON

95

n'aurait_ guère plus de potentiel qu'un grain de sable. Le déueloppetnent -IlUn,

de loembryon n'obéit

s'avère générateur non pas de clivage mais de détotalisation, d'ouverture. créé, il devient récursivement créateur de la dualité. Enfin, ce mouvement

dualisant ne glisse pas_sur la ligne de plus grande pente d'une durée sans mémoire. Non seulement I'embryon prolonge une mémoire commen- cée avant lui - commencement du commenceÀent - mais il structure une telle histoire en durée identitaire, en généalogie?en rapport de sens entre une postérité et une antériorité.

pas à une cinétique indistincte.

Divisant

il

II.

_

THEOLOGIES

ANTI.REDUCTRICBS

- Procédons à présent_àI'opération de clarification étymologique annon-

bruo dont

la

go:rflerr- ce qui

olivier foisonnant de fleurs blanches >. L'usage métaphorique du vocable n'a pas tardé à étendre le domaine de ces significations initiales. Ainsi la racinc bruo souligne la dynamique de la vie. Forgé sur cette même

racine, le terme embryon a désigné dans la langue grécgue I'agneau qui

et

se

cée. D'origine grecque, le mot embryon est formé sur lâ raciie

signification

originelle

renvoie

à I'idée

marque notamment

de déborder, foisonrer,

I'efflorescence en botanigue :

< un

vient

de naître,

le

stade animal

pluJ

végétal - de rJ

non

créatiôn.

ce stade animal n'est pas régressif puisqu'il récapilule les

significations

premières de bruo, significations que le piéfixe enastabilise. S'agissantde I'embryologie hlm6i11e, loon doit relever desmodifications

irnportantes, en elles-mêmeset pouï leur insertion dans les corpusjuridilues

religieux que nous allons examiner. C'est dans son Histoire

qrroAristote présente de raçon méthodique les phénomènes de la concep-

tiono de la gestation et de la naissance.L'on observe alors qu'à

de Ia naissance humaine il

aussi engendrer mais selon une lrgnée parentale. "uhti

Différenciation æ.rylyot

pour désigner I'embryon màle arrenos et l'embryon femelle teleos. Diffé-

renciatiou terminologique gui correspond sur ce plan à une représentation

plus

rendre comp_te.La_vocation historiale de I'embryon transparaît nettement dans le vocable teleos qai souligne la prise de conscienci a minima d'an telos individuel, sinon d'une commune histoire humaine.

métaphysigue.

çsmflexe de la_vie, complexité dont notre vocabulaire ."-i.lu ne

qui soaffine encore par le choix de deux Érmes distincts

ilesànimaixlt

p"opor d"

d"

n'emploie pas le vocable bruo'maii

qui

signifie

En c-epoint, Aristote ne_saurait être suspectéde dérive

_ La représentation physico-chimique de la v-ie ne lui

Par exempleo lorsqu'Aristote

biologique c'est le o.ot ltuema gu'il emploie. Par ailleursi res manipula-

évôque I'embryon sous loanglL shictement

était pas io"orr.o".

uo."i9' tu"t

chantraine, Dictîonnaire

étymologique d.e la langue gracque, Klinck-

11. Edition Les Belles Lettres, 1964.

96

BIOÉTHIQUE

ET

DROIT

tions éventuelles de l'emlryon sont préfigurées par les indications sui-

vaptes_:- y quand

qu'on I'abandonne dans un-

froide il co-nstitue comme une masse)).

Préfiguration de la congélation.

,

ce premier stade jusgu'au stâde

Mais si on le met dans I'eau

lo".r"bryon expulsé à ao iouts eit de sexe masculin et

milieu

quelconque il se dissout et disparaît.

spécifique du devenir ds I'smhryon

par quoi ',oi.,

Jo*-",

coris soit même du corps "o

quoi nous vivons,

forme et non

le

bon

tant

à

r""u

""^pu" ooiioo-"t

précise afin

d'éviter

un corps

Tgl ne.devrait pas être le- sens

de !um

bonne santé_signifie soit-la.santéd'une partie "Ë du

tout entier. L'âme (pryg_hé) est au sensprimordial

percevons et pensons. Il

pa9 matière

réductionisme physiologique que l'évasion spirituariste : <<c'est

droit que des pens_eurs.ont esiimé que

ni sans corps car elle n'est pas un côrps mais

Pour Aristote, l'âme n'est ni substantièle

ra m,eta-morphosedu

virtuel.

et à ses limites, le virtuel

perception_actuellen'a pu enregistrer sur le moment. "oopl

ain- qui- évoluera.,se transformera-de

loanimation:

( C'est_ainsi encoïe q.r"

et

en résulteru qï'"ile

Arisiote

substrat > 12. Et

l'âme^ ne peut être ni

qneiqu"

ni

chose du corps )).

Elle suscite

I'actuel

et

le

iniubstantielle.

et I'ultérieur,

corps, lie

I'antérieur

Correspondant aux modalités actuelles

se voit

défini

après

de la perception humaine

"od-e ce gue la

Cgr éclairages

préliminairei nous permettent de pénétrer à présent

religieux préoôcupés par le sùtut de I'e-^hryon.

p""hi"r lieu, Ies dispositions et les réfé-

eJt indispensable de râppeler I'attitude

monde romain l'-eàbryon n'avait'pas

démarcation o"tt"

dans , les di{férents droits

Pour bien. comprendre,

rences du droit

monde romain où le

il allait entrer en débat 13. Dans le

canonique, il "n

du

christianisme aliait se dévelop'per et avec lequel

juridigue

r--a

le $"-""1."y: fæticide de l'infanticide.

un être

,r" sépaiait

pas considéré comme

h'-ain véritable, la spes anirnanti n'étani pas assimilable à

déterminante. Aucune

un enfant à naître n'était

l'infans.

un sens différent.

détruise une vie qui

déjà 1t:.: formée. _u celuilà

Tout fruit existe déjà dans sa graine >. palr où I'on

de la.racine grecque bruo et la la recherche d'un statut juridique

autorise lointerruption volontaire de grossesse 14.

-théologie

chrétienne et le droit qu'elle iniorme iront dans

assimilera le fætiôide à une forme de meur-

vie

se forme ou u'e

qui est'sur le point d'en être un.

qui

"oo'rtut" marque

la prégnance

uri;o*d'h,ri

Tertullien

Peu imp-orte-gue I'on

es_taussi un homme

contradiction

de

lembryon-dàos uo é'tat de"droit qui

De sailt

Augustin à saint Thomas-d'Aquin,

la question de I'animation

saint .augustin distin-

I'e-h1ysn

-

phases

de

se précise davantage.

guera loembryo-n f onnatus

f ormatus serait punissable

Lors de la vie intra i:térine,

-de l'inf ormanus. seul |avortement îe

comme

un

meurtre.

ces

deux

12. De l'-âme, 'traduction J.

Tricot, Vrin, 19g2. p. g7.

-^^^13' E. v.estermarck,L'origine et'Ie

1928,tome I, p.420.

Jiivèiàip'ement des idées morales, payot,

ÊÉ'iiff"R:Hl,i'"",iàiâiHi'!itf"'Ë?îiÂ'.3IIT;ï,*"É ,âlt'rii

de

- - 14' cett€ contracriotion.4s"r4t

se résoudre par la référence à la notion

LE

STATUT

JURIDIQUE

DE

L'EMBRYON

97

loem-bryogenèsese retrouveront

et de Justinien lequel fixera au 40'jour après la

ProPfement dite.

dans les corpus juridiques

de Gratien

conceptionI'anirration

I'embryogenèse passe par trois phases diffé-

rentes : l'âme végétative, l'âme sensitive et l'âme intellectuelle. Préfigu-

rant la Aufhebung hégélienne, Thomas d'Aguin déclare: < la forme

nouvelle possède tout

Pour

Thomas d'Aquin,

ce que contenait la

précédente et quelque chose

de plus > ls. Cette précision tend à écarter toute vision réductrice de I'em-bryon. Insufflée dans le corps qui la révèle et qu'elle conduit à son

accomplissement, l'âme est d'origine divine. Ce qui entraîne qu'elle demeure extérieure à loemprise de I'homme. Formulation rconduite par les commentaires de la pensée thomiste, comme le note un très récent

glossateur : < Ce que nous savons aujourd'hui de la semence ou

de I'ceuf initial, commencement du nouvel être autonome et diltinct, nous permet d'affirmer que tout être humain y est contenu virtuellement. Pourquoi sa forme ne serait pas dès le principe l'âme spirituelle créée par Dieu, incapable certes de jouer d'autre rôle que d'âme végétative puis sensitive mais surtout et, dès le premier instant, de principe interne de l'évolution de la matière vers l'état de support et d'instrumeni de la vie spirituelle > 16. D'Aristote à Saint Thomas et à Valéry, un schéma commun de la vie ne tente-t-il pas de se préciser en se retrouvant dans des contextes intellectuels a priori très différents ?

plutôt

La notion de personne potentielle ne semble pas en tous cas incompa-

ti.ble avec la théologie musul'nane

pou_rraient-_l'expliciter.L'analyse de I'Epître d'Ibn Tuffayl, Hay bin

{u!

yakzanTl (le Vivant fils du Vigilant) appelle de ce point .le vue un commentaire à la fois théologique et juridique plus large que la simple mention qui en est faite ici dans les limites d'une esguisse comparatisle. Dans la Iigne d'Aristote, Ibn Tuffayl n'ignore pas la réalité physiclogique e_t grganique de la vie telle qu'elle se révèle notamment par la pratique de la dissection. Le développement de l'organisme procède du fceius dônt

les naturalistes décrivent la formation dans la matrice sans en rien omettre jusqu'au complet développement de I'organisme et de ses parties. et jusgu'au moment où le fcetus avec les enveloppesqui I'entourent est prêt à sortir du sein maternel. Mais le fcetus ne se réduit pas à une simple matière biologigue, sans antériorité et sans avenir. S'il est conçu dans et par la matrice, il provient d'une sorte de matériau créationnel (jawz) 18

dont

ni

avec les dispositions de Ia chiriô

-l'une

des particularités est de comporter une dualité virtuelle gui

s'extériorisera au cours de I'embryogenèse et après la naissance. Cette évolution conduira loêtre humain animé aux plus hauts degrés de la connaissauce et jusqu'à I'intuition du divin. La vocation- de

15.Sumtne Theologica,o.76. a.3et o. 118.

-^16. Thomas

p.937.

d'Aquin,

Somme Théologique, tome

1, Editions

du

Cerf,

1984,

17.Traduction de Léon Gauthier, Papynrs, 1983,p.29. 18. Ibn Khaldoun, Discours sur i'Hiitoire-Univ-eiselle, Sindbad, 1928,tome IL

98

BroÉrureuE ET Dnorr

I'embryon humain le distingue complètement du fcetus animal et devrait

entraîner, en ce

le concerne, une reconnaissance non éguivoque de

sujet humain, m,êmesi les éléments de droit positif corresponàent à ceûe

reconnaissance dépendent de la technigue juridique pratique.

-qui

III.

_

LA VIE ETHIQUEINTRA.UTERINE

Sans méconnaître les différences, voire les divergences entre la pensée

aristotélicienne, le droit canoniquen la chariô musul-ane et la hâIaltha

itiog,_

halakha que nous allons maintenant examinerloavèrent

on doit également relever leurs convergences. Les énoncés de la

particulièrement

significatifs par leur contenu plopre mais encore parôe que ssllsins de ces énoncés peuvent toujours s'entendre comme lel termis doun véri-

table_dÉ,bat contemporain d'Aristote. Comme nous I'avons fait pour la

genlé9- de ce dernier, commençons par une clarification terminologique. En hébreu I'embryon est nommé ôubarl9, vocable formé sur la raciie âbr qui désigne le mouvement intentionnel, un trajet rrettant en æuvre un yloi"!. On remarquera en outre gue ôubar ést une forme complexe.

apparaît

L'embryon.n'est pa-suniquement objèt passil de transformation. Il coûrme actif trans-formateut.

L'etttbryon

naît

d'une

opération

antérieuren la

conception (harah),

résultat de la rencontre des deux semencesomâle et femelle, biologique- ment complémentaireso c'est-à-dire non redondantes ni antagoiisies. La rencontre biologiqrre (zeriâ) résulte d'une rencontre préalable aÏfective,

intersubjective, de I'homme et de la femme formant ànsettrhle lohr'-ain (haailam). Toute filiation monoparentale serait donc considérée, de ce point de vue, comme tératologique. Mais une éventuelle stérilité ne serait

pas examinée sous le seul aspect biologique. La stérilité manifeste la non

existence réelle du

règles du droit conjugal. La stérilité révèle-,rn relur inconscient de (se)

c'est-à.dire

choisi(e), au sensde l'élection existentielle 20. N8anmoins ce tvpe

peut être surmonté par le rétablissement de I'amouro pro""sju-s dans lequel

Dieu intervient

a po_ureffet- rlirect

_

couple même s'il

elt

juridiquement

conforme

aux

donner, en réaction contre un sentiment de

ne pas être aimé(e),

@kida)2l

la matrice (rehém).

de stérilité

laguèle

sous la modalité d'une authentificatiôn

d'ouvrir,

ou de rouvrir,

Le

vocabulaire de I'embryogenèse s'organise alors de la

façon sui-

uante2 : amour (ahaaa), conciption (hirah), création-ensemencement (brta-zeriâ), formation (yetsira), engendrement (ted,a). t'synhryogenèse se

différenciera en trois périodes de trois mois chacune pour lésq:uellesla

19.Talmud de Babylone,Niddah.34a.

20. Cf. les commentaires

Sarah. de Rachel ou de Hannah.

t-raditicinnels concernant les stérilités

reslrectives de

21.Genèse,I1,7.

?2.C1.

le commentaire du Maharal de prague, H,idoushei Aggadort, sur

Niddah, 34a.

LE

STATUT

JURIDIQUE

DE

L'EMBNYON

99

halakha utilise une terminologie spécifique. Au cours de chacune d'elles, l'être intra-utérin se trouvera successivementdans le rayon (mailor) tnfé- rieur où se constitue la substance de l'être (haaaya), puis dans le rayon médian (emtsa) où. la forme distinctive de l'être s'affiuera, enfin dans le rayon supérieur (êlion) où l'être accède,il faut maintenant le souligner,

à In conscienceéthique. Selon la halakha, la vie morale, qui ne se réduit pas à la sensibilité neurologiqueo apparaît d.èsla uie intra-utérine. C'est pourquoi s'agissant des énoncés de la halakha qui concernent I'embryon,

il

I'analy_se _lesquels doivent rester distincts : le plan éthique et- le plan

physiologigulr

Sur le p-lan physiologiqrl, l'em-bryon, jusqu'à sà naissance, n'a pas

convient d'éviter

le contre-sens qui

fait

s'amalgamer deux plans de

respectives.

avec 1".11si-Flications

juridiques

de personn:lité

_

distincte de la mère à laquelle il

est physiologiquemènt

raccordé. Tel

est le sens de la formule,

à interprétei

dans ses-li-rnites

propres, <

l'embryon

suit la rnère >>. Jusqu'au 40" jour

la su-bstancede

I'embryon est assimilée à de l'eau. Autrement

bibligue, à ce qui

met en danger

la vie de la mère, dans cette situation limite

toutes les ressourcesmédicales disponibles pour éviter d'avoir à trùcLer négativement_un_teldilemmeola vie de la mère passeen priorité23. Mais sur le plan éthigue, I'embryogenèse doit être considérée comme gT_ p-"og"ssyshistorique, ou si I'on préfère historial 24. Coest ce qui se

déduit de deux autres énoncésparti_culiersde la haltkha.

de Ia grossesse-,ou

n'est pas encore individualisé. Il s'ensuit que si au cours

dito selon la symbolique

et sous réserve d'employer

pendant I'accouchement, I'embryon

_

D'une pario lors

de la- conception, Dieu

physique ou fantasme du tiers mais en tant qu'il manifeste I'aitériorité

du ptojet vital- et les perspe.ctivesde son développement. D'autre part, I'ceuf est appelé au <<monde qui vient > (ôlam- Izobo) bien avan-t le

40" jour, d.èsqu'a eu lieu

non pas seulement une vie .Ia

et inter-générationnelle (toldot) gui ne réduit pas I'e-hryogenèse humaine

à un simple secteur de l'ettrhryogenèse ani-ale.

est présent

25.

Dieuo non pas en tant que personne

nid,ification. Ainsi I'on cst couduit à envisager mais une véritable histoire intra-utérineo in-tra

Au

cours de la première période de trois mois, l'êfrc intra-utériLn est

maternelle. La mère le porte dans

nourri par-le lneilleur

de la nourriture

ses entrailles

se fonde

I'aptitude

social dans ses composantes affectives. Au cours de la seconde période,

développeme-ntd'un (pinkas mecupal),

la forme-

cerveau à parties do 'J-rles et à circonvolutions infinies

D-uran_tcette phase, la position de I'enfant

à naître sé précise : mains

plaquées contïe les tempesola tête entre les genoux? bouche fermée et

Qneâ) et le ressent dans sa matrice

et, déjà,

(reh'em)

quoi

constituant

I'intério_rité de -l'espace individuel

à I'identification

social. Sur

compatissanteoelle aussi formâtrice du lien

par le

de l'être_intr_a-utérin se singularise

23. David M. F'eldman,Marital relations, birth

control

24. Si I'on définit l'historial comme histoire se faisant.

25. Nah'manide (XIIIe siècle), traduction aux Editions Verdier, 1986.

and abortion

in Jewish

_ Zaw, Shocken,1974, p. 251.

100

BroÉrnreuE ET Dnorr

orifice omhilical ouveït tandis

au'dessus.de lui pa_rraquele sâ

monde à I'autre >. cette phar" r"Àbr"

qu'une rumière, eile aussi

singulière, brile

du

perceptioo ,'Ét"rra ;a\r;;?;;émité

Ëorrespondre à une véritabre expan-

ôours de ra troisième

ique

et éthique. L'insight

à

phase,

de ra

le plan

pu,

o"

sion de la sensorialité neurorogiqug.

I'information

Loi est acqu_isd.èscené pértod"

conditionnelle, non seul".menr

de l'éthique sociale par re rejet

commettre de malfaisan"e errv""s aurrui26.

neurologique. deviénî.jurid 4l

er faii

de ia'p;r"h";iË;"u-,riïL"irruo."

sur le plan it yriologiq;;;;;,

du ,rà""irrir-"

"t i'"log"g;*

ces derniers énoncés surtout

suscitent re commentaireo serait-il cursif.

pas être

p;;;;;ce étonnante's "é."ré; fournies

si |on

par

avec Leibniz

<

que l,on

se rit

Leur traductibilité

biologique ne devrait

po""

qy"

àlivre

tient

et.la cluctr.brlrté T""I.?Îgig exige

ne peut p_aslire dans

sur son album, sans peine et sans recherche >. Les

devraient alors et juridique, de

font commencer dès !a ce

de Ia naissanceou des

(1" -8" jouro I'Alliance de

compte des infotmations

-cependuot.

l'âme

ra

psychologie aciuelles de la vie inrra-utérine. cette tra-

le àoins

rappelle

I'on

ouvert^Ëomme I'Edit du prêteur

eooo"e. rt"iànr.iq"",

éthique

";t""ri"",

ters énoncés

uî

*o-"o,

dite

ans

être càmpris dans re sens d'une doubre

vie

puisque res auteurs

riturgies d'intégration

intégral

de

ri

Ia

circoncis%no ra

Loio la

bar

subjectivité

intra-utérine

de

stade re débai so"'iur suos re différer

sociare p"opr"-eot

brith

,àfui;

i

rB

Cu ael"i,

re rejet

quons-Ie?.est I:11"iæ*":t orienté par_Ie souci

srme' qui

malfaisance qui fait de r'éxistence d'autrui

mitsoa).

remar-

de

sa

plus

de

a,,ro"

*e*"

immédiat d'un dépassement du narcis.

sur

centre la

ele-mêmeo et^ par

un regrettalle

Ia

obstacÏe ou une

parote.La référenceà

ta pirot" t""""" l.i

qui

grande amplitude scientifique car c'est elle

I'animation. L'être humain est un at"" urri-i

I'on R"tol"

p.asces

Ju'drcrre

comme transfert sur l'enfant

parentaux' eux'mêmes en circuit

moins,explicité,e pa1 le sys-rèmejuridique. p""j"o;;r;t".rJlo-.iie.

:_::::" -1u:ïî,1"

o9T-.

caracrérise la phasË

,;

ii"i",

il""

;;î pas. auto-centrée mais interlocutoire "i rr.-ô"';;

,n'habiliterait

énoncés à soinsérer immédiatement dans notrc

largement_ parlants au pran psychanalytique

à iaître

dËs

investissements^ ou d"s projets

avec une

normativrté

sociare pirrr"o,

a,r"

rormelle, ils restent

tôt en foncrionde I'acceprarion d'autruioer non pas

liiJflrril.?rus

Iv.

-

LA PERSONNE JURIDIQUEINTEGRALE

cetje conception de la vie intra-utérine

commande la

définition

statut juridigue de loem-bryon même si les points d'upp"i-"rio"iriu

26. Talmud, op. cit.

C.rr3l.Co**entâire

du Targoum, paraph::ase araméenne .du texte biblique

du

"u*"

sur

LE

STATUT

JURIDIQUE

DE

L,EMBRYON

t0r

définition peuvent paraître fragiles, aléatoires ou fragmentés en diffé-

rents-secteursdu systèmejuridigue. Dès lors

exercice rle spéculation juridique gratuite ôu scolastiqu" -àir

participe doune entreprise de défense de la personne, la guestion concer.

nant I'embryon comme_persopne potentielle-devrait appeier

considéiâtions conchisives

qu'elle n'apparaît pas comme

gu'elle

une réponse

non équivoque qui

suivantes :

soétayerait sur

les trois

D'une part, le droit civil français récent entérine une vision exten-

physigues

sive,desdroits de la personne et donc nécessairementdes limites

de la personn-e-sujet de tels droits 28. L'on

p_rotectionde I'image de la p-ersonnequi

du

évoquera simplàmenf

juridiçre

h

étend la-pro jectioi

schéma corporel de celle.ci2g D'autre part, I'incapacité de I'embryon à défendre ses droits éventuels

ne saur_aitle priver du caractère de sujet de droit. En droit français

f'lnglpable

bénéficiant de protections mises en @uvre par des tiers.

n_oestpas un non-sujet de droii mais un suiet de droit assisté,

Toutefois, cesconsidérations ne prenn"ni

tout leur sens que rapportées

à une vision- plus aliomalique

et sujet

prgcidg de I'embryon, la conception juridigue de la perJonne et des droirs

de 4roit radical. Du fait gue la personne biologiquement aboutie

de I'embryon comme personne potôntielle

qui -lui sont attribués ne- devrait pas rester

instanta-néiste,ponctuelle et,

si

I'on

peÏ^t dire,

post-factive, mais

devenir

intégrale

et

si

nécessaire

rétroactive s.

L'embryon

n'est pas à l'homme

ce que

la

chrysalide est

à I'insecte. Le caractère juridique

de la personne abùtie

ne devrait-il

pas

rétroagir en effet sur son point doémergencequand bien même celui-ci ne se tro-uverait pas encore compris dans I'aire juridique actuellement

déterminée par

ne devrait-elle pas se développer nôn seulemont

cet égard,

I'emlt1ysn

juridigue

tenir

prendre prétexte pour de hasardeux happenings dans le domaine de la normativité, s'inscrivent dans une vision préventive de I'Etat de droit en

empêchant que I'embryon_ne soit réduit-à une simple chose

manipulable corn-me si elle était dépourvue de

gu'il soit exposédans_un champ médiéd où des pratieiens

rés seraient tentés d'instituei leur savoir nécàssairemeni lacunaire en

culture improvisée et en législation privée, décidant unilatéralement

du commencement de loêtre, âe son inierruption

de nàrure sans en

dans. I'espace mais

caùse dc la personne

personne sujet de droit

règles de droit ? une représântation globale de la

-?

-aussi dans la

temioraliré

jurideïe

?

A

pas être considéré

méthodologiques, "o-*" qui vùdraient

_nos

ne devrait.il

abo 'Îie

D_e telles ouveïtures

eompte du bouleversement actuel de la notiôn

biologiqueo

mÉmoire et de f,roiet,

parfois décultu-

et de son terme.

l'éthique

et le droit doivent rester ouverts et se constituer sur le mode interlocutoire

- rl- reste_raità préciser, pour

éviter tout i< ethicisme )), que

2.8.R

sayatier,

d'auiourd'hui. -.

tres métamo.rphoses économiques et

3" série.Dalloz. 1959.

29. Cassar.1'.Ch. civile,

30. s'aeissant

3:12-1980.D

1981.

des cadres

ép.isiérnblogioues de

erààrrgr.

V. Jankelettch,

Philosophie première, plJF-,

cette

sociales ilu

ilroit

privé

conceptualisation

cf.

102

BroÉrHreuE Er DRorr

avec la médecine, Ia scientifique.

lrsme $::t1.ry

biologie ou d'autres savoirs et techniques. si lindivi-

app-eltela régulation,

comme fappËff"

cette réguration ne devraitielle pas s,exercer

f;ùdividua-

qui

se voudrait non pas totaiisante mais

exploré par une

projette

pas sur le chaâp

d'une autre^3l ?'Rappelant ici

""u.oJiqrrJ;-p";

Ë

;;;i"t

,"i;;;u

alo,rt"

"oooJrrurr.u

fait

il

y

r"

economique ou juridique,

1e

-objectifs

cetre

en.ronctron.dune.épistémorogie

rntegrate?c'est-à-dire qui,ne

discipline les

àu les préol.op"iioo,

I'interaction de

gfi

simn.le vnanifestation dà l'opinion -et

o-pinion de même nature)

il

on rappellera Ies modalitéi

une- vingtaine doannées

projet de l'éthique

naturelle ou

Ies théories pgo-"

organiser-les théories et

,,^ !H

science-de l'éth'ique,

de cette

aussi -pai

sue d'extraire

de sorte qu'il

celes

ou une

"rrt"" doot

ressentir,

a

u Z'"it

toujours "faut ptus a'Uum"i"'d;,; gangue

autant organiser les faits dans

la considèrent_pas comme

ans déjàle

du

un-sous-produit'd.e

individuelle

éthigue

dr

(irréductibt"

r"

y a près de vingt

besoin de sa fôrmation s'étair

programu,e _épistémologiqou

Boris

Rybak

,

un

p"i'.lre*""t "rqoirré

artilicieile

go.

jamais

Ia science'se constitue: gr'à

niveau

supérieur

les réarités pour qr" i" ïonscience s'étabrisse> 32.

.un

tempf

comme celui

que ooo, lirnoo,

où

vers I'origint

et vers le terrre 33

champ de

fagon"ausri

obri-

encore, et à se dédoubrer,

!t"iï"",

en

tg"Li""t

fi"rrooo"

iàttention

potentielle

"rt"u

""dé.oo-

?

tl

trouve

l ouverture maxrmale du champ de ltêtre

incite le droit à geant le regard

I'attention portée au droit di ia

portée à Ia naissance du droito tandis

forcerait les schémas et les théories juriâique;;;'i*Jril-J"îrTî"

13tièiî vrrr,

ouvrir-son p"oi"u

épistém.olo,gigire à s'éràrgir

naissao.""d.rr"o"ot

que

ior',

droit

tàr

I'idée

de

sTmloJiqug que-le.marbr.,

écrit

et

du

faire dé"o";;;;;o

droit

r-enJeu du droit

parléo du

interrocutoire

crise des scienceseuropéenne et la phénoménotogie trans-

""ri);fri"!ë:i,î*â"?. 32.P,Monod,Le

3-1. lsychç,

rs. Le

hasardet Ia

nécessîté, Seuil,1970.

Soma,Germerz, Gartimâili. is?"s:-,

ta

Monde, _12

sutctdeet

dépassé: matadeou cadavré,Lé .Ioi,

Le

uiàaà,'z^Âui!"r.ioo.

décembre1997.Cf. égal*nent, Coma