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Agnès Geoffray tient à remercier Joeri Arts, Sophie Brevers, Jean-Pierre Criqui,

Philippe Debroe, Thierry Genicot, Elisabeth Haines, Philippe Hardy, Jimmy Robert,
Kurt de Ruyter, Daniel Vander Gucht, Karin Vermeire.

Édité avec le soutien du Centre national des arts plastiques,


ministère de la Culture et de la Communication (aide à l’édition),
et publié avec l’aide de la Communauté française de Belgique.

Conception graphique : Sophie Brevers


Traduction : Laura Austrums, Elisabeth Haines et Jimmy Robert
Couverture : Agnès Geoffray

© Agnès Geoffray pour ses photographies et ses textes


© Interview, Thierry Genicot et Agnès Geoffray, 2005

© 2008 La Lettre volée


20 bd Barthélemy, B-1000 Bruxelles
Tél / fax : +32 2 512 02 88
Courriel : lettre.volee@skynet.be
Site : http://www.lettrevolee.com

Dépôt légal : Bibliothèque royale de Belgique


4e trimestre 2008 - D/2007/5636/1
ISBN 978-2-87317-326-5

Achevé d’imprimer en janvier 2008


sur les presses de l’imprimerie Snel Grafics (Vottem)
pour le compte des éditions de La Lettre volée.
Ultieme Hallucinatie
Agnès Geoffray
Interview ou comment mes parents sont morts
ou comment j’en suis venue à l’art
entretien entre agnès geoffray et thierry genicot

thierry genicot : La question par laquelle je voudrais commencer, ou bien terminer,


mais je vais commencer par celle-là, c’est pourquoi avez-vous désiré, Agnès Geoffray,
un entretien radiophonique ?
agnès geoffray : J’aime bien raconter des histoires, je ne sais pas si je vais en
raconter beaucoup aujourd’hui, mais je sais qu’avec vous ça peut déboucher et
décaler vers des choses assez imprévues.
Parlons d’image puisque nous sommes au sein de votre exposition, ici, à La Lettre volée.
Quel est le rapport entre les images que l’on voit ici autour de nous et l’écriture, les textes ?
Je pense que le lien le plus fort découle de mon attrait pour les faits divers.
Pour les images, ce sont les images tirées de journaux et d’archives, qui sont
toujours un peu incertaines. Et pour l’écriture, c’est mon intérêt pour les faits
divers et les histoires… les bribes d’histoires.
Alors je vais plus loin, quel est le statut de ces fragments, fragments d’images, fragments
de textes et d’histoires ?
C’est vrai que l’on peut parler de fragments dans le sens où, même dans mes
images, je photographie beaucoup de fragments de corps, un peu comme des
corps-objets… peut-être que j’aime bien découper. Et pour mes textes, c’est un
peu pareil, ce sont des histoires très courtes, ce sont des petits bouts… Je fais
peut-être des petits bouts de tout.

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J’ai ici sous les yeux plusieurs textes que vous avez écrits, et il y a une constante, puisque
vous parlez de découper, c’est la question de la peau…
L’idée première était de faire un texte sur une peau qui se colorait en vert…
L’histoire parle de fragments de peau, que l’on retrouve et qui deviennent,
de façon détournée, des pièces d’art… Ou comment ces fragments de peaux se
retrouvent dans des galeries. Le texte parle de la disparition de personnes qui
portent ces peaux, en l’occurrence des jeunes filles, qui disparaissent dans une
région, qui s’appelle la région de Valdor. En même temps, dans cette région,
il y a une espèce d’épidémie, des personnes dont la pigmentation de la peau vire
au vert, ou vire à des volutes colorées. Finalement, au fur et à mesure de la
lecture, on se rend compte que les jeunes filles disparues et les personnes dont
la pigmentation vire au multicolore sont les mêmes. Ce sont leurs peaux qui se
retrouvent dans les galeries.
Je posais la question car, avant de venir ici, vous me parliez d’un projet de documentaire
audiovisuel…
Oui, j’ai eu envie de faire un faux documentaire sur l’histoire de ces disparues
aux peaux multicolores.
Qu’est-ce qu’un faux documentaire ?
C’est rendre vrai quelque chose que j’ai inventé, qui est de la pure fiction.
Mais, en même temps, toutes les histoires que j’écris pourraient très bien être
vraies, et je pense qu’elles ont certainement dû être vraies, quelque part.
Voilà, c’est rendre plausible par une forme objective qu’est le documentaire
une chose purement fictionnelle.
Et vous feriez appel à des acteurs pour jouer ?
Les personnes qui apparaissent dans mes images sont toujours des personnes que
je connais, ce sont mes proches. J’ai rarement utilisé des acteurs, donc je pense
que ce serait également des proches.

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Je reviens sur la question du faux. Je ne vois pas en quoi ces petites fictions ont quelque
chose de faux, à moins que toutes les fictions ne soient du faux, mais toutes les histoires
sont quand même des histoires vraies.
Les histoires que j’écris, soit elles ont déjà existé, soit elles peuvent potentiellement
exister… Parce que tout est potentiellement faisable. Les pires choses que l’on
pourrait écrire se sont certainement passées. La frontière entre réalité et fiction est
inexistante finalement. Je dis fiction car ce sont des histoires que je crée.
Alors je crois que nous sommes arrivés au cœur de l’entretien, puisque je vais vous
demander de nous raconter votre histoire.
L’histoire pourrait être comment j’en suis venue à l’art…
C’était en 1997, j’avais environ 20 ans, je suis allée voir la biennale de Lyon
­– je suis originaire de Lyon – avec mes parents, qui voulaient absolument voir
cette biennale. Moi je n’avais jamais trop aimé l’art, mais je les ai accompagnés,
avec mon frère. En fait, j’ai perdu mes parents au cours de cette exposition.
L’une des pièces présentées était une pièce de Chris Burden, un rouleau compresseur
volant qui tournoyait sur lui-même. À un moment, il s’est décroché et mes parents
et mon frère sont morts sur le coup, écrasés. J’ai perdu mes parents par l’art.
Et votre frère ?
Les trois sont décédés. Ça a été évidemment très dur. Il m’est donc venu l’idée de
louer des parents fictifs. À l’époque, j’ai loué des acteurs, qui se sont imprégnés
du rôle de mes parents et de mon frère. Ils se sont coupé les cheveux, ils ont
porté les habits des disparus, je les ai plongés dans les archives familiales et ils
ont tenté de réagir comme les disparus. Finalement, ils me sont devenus très
proches, aussi proche que pouvait l’être ma famille disparue.
Et ensuite ?
Ensuite, il y a eu comme une cassure, parce que, dans notre maison, il y avait
encore les images de ma famille passée disparue qui nous côtoyaient chaque jour,

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et il y avait comme une fracture entre ma famille passée et ma famille présente.
Nous avons donc décidé, avec ma nouvelle famille, de recréer notre propre
archive familiale, nous avons fait des tas de photos, où l’on se photographiait
pour les anniversaires, Noël, etc., simplement c’était un passé récent. J’ai évacué
les archives anciennes, je les ai conservées mais juste évacuées. J’ai remis les
nouvelles photos, les nouvelles archives dans la maison.
Et ensuite ?
Il y a eu un problème. De là découle peut-être mon attrait pour les faits divers.
Cette histoire a été surmédiatisée à un moment donné, parce que j’accaparais
complètement ma nouvelle famille, qui était de moins en moins des acteurs mais
de plus en plus ma famille. Et les proches de ces acteurs, qui avaient perdu leur
famille pour le coup, m’ont intenté un procès. Il y a eu des tas d’images qui ont
été prises à ce moment-là. Dans la presse, on pouvait voir des photos de moi,
des photos de ma famille fictive, et de leur famille réelle, qui côtoyait ma famille
disparue. C’était un imbroglio de photographies, d’archives familiales, fictives ou
pas fictives, la limite n’existait plus.
Et le procès a donné lieu à quoi ?
Ma famille fictive a dû retourner dans sa famille d’origine. Je les vois toujours,
simplement je ne les côtoie plus vraiment. À partir de là, ma vie a basculé.
Non seulement parce que je n’avais plus cette famille-là non plus, mais aussi
parce que cette surmédiatisation m’a amenée à l’art finalement. Toutes ces images
diffusées dans la presse ont interpellé des gens du milieu de l’art, qui sont venus
me voir et qui, à un moment donné, ont voulu exposer toutes les images produites
autour de cette histoire, ou de ma vie. Il y a eu une exposition qui regroupait tous
ces types d’archives, archives familiales et journalistiques. Et finalement, ce que
je détestais le plus  : l’art, qui m’a enlevé mes parents, m’a été révélé par la suite
puisque je pratique moi-même la photographie aujourd’hui.

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lundi 19 février
Tu as été si désagréable aujourd’hui à refuser ce que je t’offrais à manger.
Tu n’as rien voulu aspirer, la nourriture a été gâchée. Je te sentais qui restais dans ton
coin à faire ta mauvaise tête. Pour la peine je ne te donnerai rien pendant trois jours.

mardi 20 février
Tu profites que je ne puisse te voir, tu ne réagis pas.

jeudi 22 février
Je m’inquiète, je t’ai appelée, mais tu n’as pas bougé.
Pourvu que tu ne sois pas malade. Je te parlais, mais tu ne répondais pas.

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Ou est-ce encore une de tes ruses pour que je t’ouvre, perverse ? Mais ça ne
marche pas, je ne t’ouvrirai pas.

vendredi 23 février
Le morceau de viande que j’ai glissé dans le trou hier a disparu. J’ai eu si peur
que tu ne tombes malade, ma chérie.

lundi 26 février
Tu vas bien mieux, je te vois qui bouges dans ta chambre, je te retrouve ma petite chérie.

mercredi 28 février
Ce que tu manges ! J’arrive à peine à trouver le temps de préparer les repas.
Au moins c’est signe que tu es heureuse.

dimanche 4 mars
Je suis restée auprès de toi toute la journée. Je sais que tu as tellement besoin de moi.
Je te parlais à travers le trou, tu m’écoutais sagement, sans rien dire, ma chérie.

Jeudi 8 mars
Hervé m’a proposé de partir ce week-end, il m’a été difficile de refuser.
Ma pauvre chérie, tu vas rester seule, je t’abandonne pour trois jours.
Ne pleure pas chérie, je reviens vite. Tu vas me manquer. Je ne t’ai encore jamais
quittée, ça va être dur. Demain je te glisserai de la nourriture par le trou.

Lundi 12 mars
Ah ! C’était fabuleux, si ce n’était pour toi, je partirais plus souvent. Mais je dois
m’occuper de toi, j’enrage parfois, quel poids. Tu me tiens, je me sacrifie pour toi et tu
ne le vois même pas, ingrate. Pourtant j’étais si heureuse de te revoir, tu m’as manqué.

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Mardi 13 mars
Arrête de gémir, je t’en prie, arrête.

Dimanche 18 mars
Je suis restée dans ma chambre à travailler aujourd’hui.
Assise à mon bureau, même le dos tourné je pouvais te sentir qui m’observais
à travers le trou. Parfois je te parlais le dos toujours tourné, mais tu ne répondais pas.
J’ai aimé ce moment, je me suis sentie si proche de toi.

Lundi 19 mars
Arrête, arrête de m’observer. Je te sens sans cesse qui m’épies.
Tu veux que je bouche le trou, c’est ça que tu veux. Arrête.

Lundi 26 mars
Heureusement que tu es là petite chérie, que j’ai quelqu’un à qui parler,
une oreille attentive. J’étais si triste aujourd’hui.

Mercredi 28 mars
Tu ne dis jamais un mot, je te parle et jamais tu ne réponds. Je sens que
tu m’échappes, que tu es chaque jour plus lointaine. Reviens-moi.

Samedi 31 mars
Parfois je serais presque tentée de te laisser sortir.
J’aimerais tellement te serrer contre moi. Mais je sais que tu t’enfuirais, je sais
que tu ne resterais pas auprès de moi. Tu voudrais voir de plus en plus de gens,
être entourée, choyée, et je te perdrai. Pourtant tu sais que ton apparence les
dégoûtera. À la fin, tu reviendras à moi.
Personne ne prendra jamais autant soin de toi, je serai toujours là pour toi.

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Mardi 10 avril
C’est épuisant, tu m’épuises. Tu attends tellement de moi.

Vendredi 20 avril
J’ai passé la soirée avec Hervé. On ne se voit pas assez, il me le reproche.
Je suis si bien auprès de lui que parfois je t’oublie presque.

Jeudi 26 avril
Tu colles tes oreilles contre le trou, et moi mes lèvres.
Chaque soir, je commence à te lire un chapitre du roman que j’ai commencé.
J’aime tant partager avec toi, tu es si attentive, tu ne dis mot, tu m’écoutes.

Dimanche 29 avril
Ce soir tu as ri à l’écoute de ma lecture. C’était un rire rauque, presque bestial.
Mon Dieu, il y avait si longtemps que je ne t’avais plus entendu rire, ton rire
me manque. Pourtant avant, nous riions tant.

Samedi 5 mai
C’est ton anniversaire demain, petite, 19 ans.

Dimanche 6 mai
Anniversaire Alice.

Lundi 7 mai
Je sais que tu aurais tellement aimé sortir le jour de ton anniversaire, mais c’est
impossible, tu le sais. Tu ne peux être vue. C’est trop dur dehors, ce n’est pas pour
toi. Est-ce que je ne m’occupe pas bien de toi ? Hier je suis restée toute la journée
avec toi, de l’autre côté du trou. On était bien.

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Mardi 8 mai
Tu n’arrêtes pas de gémir, mais je ne te laisserai pas sortir.

Jeudi 10 mai
Perverse. Tu as bouché le trou. Je trouverai bien un moyen de le percer.
Tu ne tiendras pas longtemps dans le noir.

Lundi 14 mai
Réouverture du trou. Une odeur insoutenable s’est répandue dans ma chambre.
Je n’ai pu dormir de la nuit. Tu seras punie pour cela.

Mardi 15 mai
Je suis resté dormir chez Hervé.

Mercredi 16 mai
Je suis de retour. J’ai glissé mon doigt dans le trou et tu l’as frôlé.
J’ai eu tellement peur que tu ne sois plus là.

Dimanche 20 mai
Hervé devient de plus en plus pressant, il ne comprend pas que je ne l’invite
jamais à la maison. Il veut connaître l’endroit où je vis.
Je n’ai bien sûr jamais parlé de toi.
C’est impossible d’avoir des visites, quelles qu’elles soient, mais il ne comprend pas.
Nous nous sommes quittés sans nous embrasser.

Samedi 26 mai
Aucune nouvelle d’Hervé. Heureusement que je t’ai, toi.

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Dimanche 27 mai
J’ai essayé de l’appeler, mais il ne répond pas. Il me manque terriblement.
Je ne veux pas le perdre, pourtant il ne peut venir ici et te voir, c’est impossible.
Tu es un monstre, Alice, et jamais personne ne pourra te regarder en face.

Lundi 28 mai
C’est si dur sans lui. Et fait exprès, tu es de plus en plus difficile. Tu demandes
chaque jour plus d’attention. Je passe près de trois heures par jour auprès de toi.
Tu es comme un vampire.

Mardi 29 mai
Sans nouvelle.

mercredi 30 mai
Je maigris à vue d’œil. Je n’ai plus envie de voir personne, même pas toi.

Jeudi 31 mai
Je t’entends qui m’appelles. Je ne te glisse plus de la nourriture que quand tu dors.
Pas envie de te voir. Aucune nouvelle d’Hervé.

Vendredi 1er juin


Tout ce qui arrive est de ta faute. Si tu n’étais pas là, j’aurais une vie normale
et rien de tout cela ne serait arrivé. Parfois je te déteste. Poison.

Lundi 4 juin
Je t’ai appelée mais tu n’as pas bougé.
Parfois je me demande si tu es réellement derrière ce trou.

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Je l’ai choisi. Je sais qu’il ne me voit pas. Telle que je suis.
Je peux me dévoiler, me fondre à mon gré dans ma gène, m’y délecter.
Je m’abandonne à elle. Je me laisse envahir. Peu à peu je la sens monter, gagner
du terrain. Une chaleur délicieuse, un évanouissement. Avec tout autre je l’aurais
étouffée, calfeutrée. Mais avec lui, je peux l’exposer. Lui seul la provoque, lui seul
ne la voit pas. Elle se propage, je la sens sur mes joues, mon menton, mon front,
jusqu’à la pointe de mes cheveux. La couleur est là, vive et intense, écarlate.
C’est ma couleur préférée et il ne la verra jamais. Comme il n’a jamais vu
la couleur de son sang, la couleur du rouge à lèvres de sa mère, la couleur des
pivoines du jardin. Et ma rougeur, qu’il provoque sans cesse, et dont il ne saura
jamais rien. Cette couleur lui est à jamais interdite. Invisible. Elle est manquante.
À la place, une sorte de gris fade, une trouée dans son champ coloré.

Il est mort. Je l’ai tué. Nous avions à peine treize ans. Il est mort d’avoir voulu
m’embrasser. Le couloir était trop étroit. Il est tombé mort aveugle.
Ma chevelure l’a ébloui, mortellement.
Un matin de mes six ans, je me suis réveillée la chevelure complètement
argentée. Une chevelure abondante et lumineuse, aux reflets argent inégalés.
Depuis ce jour, j’ai sans cesse été entourée. Elle attire les gens, les aimante
irrémédiablement. Tous viennent jouir de cette masse capillaire éblouissante.
Où que j’aille, je traîne une horde d’indésirables derrière moi. Ils sont comme
des greffes. Ils ne font rien. Juste ils profitent de cette luminescence.
Mortelle luminescence. Mon seul amour en a été décimé. Depuis lors, je dois fuir
tout endroit confiné. Je suis condamnée à errer dans de vastes espaces.
Toute intimité m’est interdite. M’isoler avec l’être aimé, c’est le tuer.

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Toutes les nuits je suis enfermé dans un caisson. Il est rempli de tubes
fluorescents bleus. J’ai passé la moitié de ma vie allongé dans cette boîte.
La lumière court sur tout mon corps sans en oublier une seule parcelle.
Tout doit être imprégné de bleu. C’est la condition de ma survie. Sans lumière
bleue, je meurs. Je suis jaune. Une maladie rare. Au plus mal je suis, au plus jaune
je deviens. Depuis ma naissance ma peau est jaune, complètement. Une peau
translucide, lumineuse, et diaphane. Elle m’isole. Les autres en ont peur.
Ils ne comprennent pas cette couleur sur mon visage, mon cou, mes mains...
Mes journées comme mes nuits, je les passe seul. Aucune amante ne saurait
supporter la lumière bleutée de mes nuits. Une heure passée à côté de moi
et leur peau en serait brûlée, à jamais.

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Un homme a été interpellé ce samedi matin,
il est accusé du meurtre de deux jeunes hommes.
Les corps des victimes étaient placés sous son matelas.
La mort remonterait à plusieurs semaines.

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Elle s’est frottée, frottée, se retournant continuellement à la même place,
à même le sol. Ce geste répété durant plusieurs années a entraîné la mort
de Justine C. et par là même, a creusé son tombeau.

Lucien Perbet a été trouvé mort à son domicile, gisant sur le sol de son palier.
Il a été victime d’une blessure par balle dans l’œil gauche.
Le tueur a vraisemblablement tiré à travers le judas de la porte d’entrée.
Tout porte à croire que Lucien Perbet a été confondu avec un homonyme.

Prostrée dans un coin de sa chambre, Marie chantonnait un air lancinant,


lorsqu’elle a été trouvée par un proche. Son voisin la persécutait via une bouche
d’aération située à proximité de son lit. Chaque nuit, le deuxième mouvement
de la Symphonie inachevée de Schubert était diffusé en boucle, presque inaudible.

Jean épiait quotidiennement les faits et gestes de sa voisine Catherine.


Mais un jour elle n’est plus apparue devant sa fenêtre. Intrigué par cette absence
prolongée, Jean s’est résolu à donner l’alerte. La découverte a été des plus
macabres. Les restes de Catherine Boyer ont été retrouvés au centre de son salon,
formant une silhouette noirâtre. Elle aurait été rongée de l’intérieur et se serait
progressivement désagrégée.

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De l’avoir trop caressé
Il est mort désagrégé

Est-ce ma faute à moi


Si sa chair ne résista pas

Sur son cœur longtemps léché


Est apparue une trouée

Ma douce main y a plongé


Et je m’en suis emparé

Il passa de vie à trépas


J’entends le mien à grands pas

Mon cœur n’est plus à prendre


Et vous pouvez me pendre

Les enchantés. 10 chansons Le désagrégé

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Quel crime plus effroyable Oui, j’ai commis ce crime infâme Marie-Jeanne la cruelle
Que de tuer son semblable Et j’y ai perdu mon âme C’est ainsi que l’on m’appelle
J’ai tué mon homonyme Ils dégageaient une telle odeur Tout juste sortie du berceau
Le pauvre avait la même mine À vous retourner le cœur Je sus manier le couteau
Quel plus grand désarroi De cette senteur insoutenable De mon père le boucher
Que de croiser chaque jour mon moi M’est venu le crime effroyable J’ai appris le métier
De cette mine patibulaire Je les ai tous rassemblés À vouloir me déflorer
J’en ai fait mon affaire Dans cette sinistre maisonnée Plusieurs y perdirent le nez
Je l’ai vite refroidi J’y ai donné un grand dîner Vous pouvez me condamner
Un matin dans son lit Après avoir bien festoyé Mais je garde ma virginité
Souvenez-vous des Jean Malver Ils y finirent emmurés Marie-Jeanne la pucelle
Les deux ont fini en enfer L’odeur me sortit du nez Ainsi restera-t-elle

Jean Malver Odeur Marie-Jeanne

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Chaque nuit, c’est imparable
Se passe le crime effroyable

À peine ensommeillé
Je n’arrête pas de griffer

On a retrouvé un bout Le doux et le tendre ami


Un deuxième puis un troisième Qui s’invite dans mon lit

À ma tendre fiancée J’ai la manie de découper Le corps du bien-aimé


Un beau jour j’ai acheté Ceux qui me passent à côté Je transforme en écorché

Un magnifique collier Peu importe leur physique Hier on m’a arrêté


Elle ne pouvait s’en séparer Je n’ai pas le sens critique Je n’aurai plus d’invité

Lentement je l’ai engraissée Ce que j’aime c’est trancher Et je vais finir ma vie
Elle en est morte étranglée Toute ma famille y est passée Sans personne dans mon lit

Le collier Bouts Le bien-aimé

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Parce que je l’ai trop aimé x2 Quelques centaines de doigts Mes trois sœurs on a trouvé
La tête va m’être tranchée Ont été trouvés chez moi Les cheveux tout emmêlés
Juste réponse à ce qu’on dit J’en fais la collection Longtemps on m’a accusé
Pour ce qu’on trouva sous mon lit Depuis que je suis nourrisson D’ les avoir attachées
À trop regarder son visage x2 Ne me demandez pas pourquoi Je me suis juste contenté
J’ai voulu garder son image La réponse je ne la sais pas Toute une nuit de les effrayer
La tête de mon bien-aimé Je n’apprécie que les majeurs D’effroi elles se sont mêlées
Hier soir, j’ai tailladé Mis au congélateur On a dû leurs cheveux couper
Chaque soir je la regardais x2 Bien rangés, bien empilés Depuis lors, elles sont rasées
Cette tête que j’adorais Ils restent mes seuls trophées Leurs cheveux n’ont jamais repoussé
Et de la mienne vous ferez Quant à leurs propriétaires Quant à moi, on m’a enfermé
Ce que bon vous voudrez Il leur reste l’annulaire Pour une telle cruauté

Cette tête que j’adorais Quelques centaines de doigts Mes trois sœurs

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mardi 23 août lundi 29 août Valdor. » Après maintes analyses et
LES ÉVAPORÉES POINT MORT auscultations, les médecins n’ont rien
trouvé, ils n’ont pu donner aucune
Lucie, 10h16, Foubre Les enquêteurs sont désarçonnés. explication quant à la provenance de
Alice, 19h20, Redou Hormis leur âge, rien ne permet de cette pigmentation. Anne va séjourner
Jeanne, 11h10, Valdor donner une orientation particulière quelques temps à l’hôpital, et subir
Laure, 13h53, Fontenelle à cette affaire. Les victimes ont d’autres examens, afin de déterminer
Esther, 10h47, Ponthes toutes des physiques très différents, l’origine de cette étrange affection.
Florence, 15h28, Soix viennent de milieux très divers, et
Delphine, 9h53, Therry ont disparu dans des endroits très jeudi 8 septembre
disparates. Les familles sont una­nimes, LES VIERGES DE VALDOR
Les habitants de la région de Valdor leurs filles ne sont pas des fugueuses.
sont terrorisés. La liste des jeunes Il reste alors aux enquêteurs à déter­ Suite aux dernières révélations de
filles disparues ne cesse s’allonger. miner si un ou plusieurs ravisseurs sont la police, on parle du ravissement
À ce jour, dix-sept adolescentes âgées impliqués dans cette affaire, et quelles des Vierges dans toute la région.
d’une quinzaine d’années ont disparu pourraient être leurs motivations. L’unique point commun que la police
sans laisser aucune trace, sans aucun En tout cas, des pistes sont à trouver au a pu établir est que les jeunes filles
témoin pour amorcer un début de piste. plus vite, car une psychose collective enlevées seraient toutes vierges. On ne
Leur disparition est à chaque fois des est en train de gagner la région. leur a jamais connu aucun petit ami, ou
plus impromptues. relation amoureuse. La peur d’une pra-
Lucie a disparu à la piscine de Foubre, samedi 3 septembre tique sacrificielle plane sur la région.
A lice lors d’une visite pour une UNE MYSTÉRIEUSE
radiographie à l’hôpital de Redou, TACHE VERTE vendredi 23 septembre
Jeanne alors qu’elle essayait des LA DIX-HUITIÈME VICTIME
vêtements dans un magasin, Laure « C’est Jean, mon petit ami, qui l’a
lisait dans un transat sur son balcon, remarqué en premier. Il m’a dit : « Disparue, elle a disparu. » À peine le
Esther se promenait sur le chemin de regarde donc, Anne tu as le genou tout temps de se retourner, et voilà Laetitia
La Preuse, Florence dormait nue dans vert. Au début, je croyais juste à un envolée. Sa mère ne comprend pas,
son lit, Delphine se préparait dans sa bleu, mais il est toujours resté vert et elles ont passé l’après-midi ensemble
salle de bain… la tache s’est mise à grossir. C’est alors à flâner dans le parc de Fontenelle,
Elles restent toutes introuvables. que je me suis rendue à l’hôpital de mais il a pourtant suffi d’un instant

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d’inattention… et Laetitia vient jeudi 29 septembre disparitions. Après expertise du corps,
grossir la liste des disparues. Madame DEUX NOUVEAUX CAS les enquêteurs vont concentrer leurs
Venioux, sa voisine, reste interlo­q uée : recherches sur ce bout de peau de 17 cm
« Elle respirait la joie de vivre, mais elle Trois personnes sont aujourd’hui por- sur 23, parfaitement incisé.
n’était pas spécialement jolie, elle n’atti­ teuses de l’étrange affection. Chacune
rait pas les regards, je ne comprends d’elles voit sa peau se pigmenter de mercredi 12 octobre
pas… » La mère de Laetitia est effon- vert par endroits. Elles sont terrori- DIAPHANUM SPECTRUM
drée : « C’est notre seul enfant. » sées par ces mystérieux symptômes,
Elle essuie des larmes et reprend : « Elle pourtant, aucune douleur particulière Effervescence dans le milieu scienti­
venait tout juste d’avoir 16 ans… Je l’ai n’est à signaler. À part cette coloration fique après l’incroyable découverte
appelée, cherchée dans tout le parc, verdâtre, les personnes touchées d’une nouvelle espèce de fleur en
mais elle est restée introuvable… » sont tota­l ement saines, et vivent forêt amazonienne. Elle présenterait
Brune, 1m65, sa description comme norma­lement. Elles restent sous suivi des similitudes physiques proches du
celle des dix-sept autres disparues, médical, leur état est stationnaire. dahlia, mais appartiendrait à une famille
a été diffusée par voie de presse et complètement inconnue. L’extra­
placardée dans les lieux publics. samedi 3 octobre ordinaire découverte réside dans ses
MACABRE DÉCOUVERTE caractéristiques mêmes : la fleur se
lundi 26 septembre présente comme totalement blanche,
LE PARC MAUDIT Vendredi soir, alors qu’il rentrait chez dépourvue de toute pigmentation, et
lui, Julien P., agriculteur, s’arrête pour dégage un parfum entêtant percep­tible
Samedi 24 septembre, 20h15. Comme se soulager sur le bas-côté de la route, jusqu’à un kilomètre à la ronde. Un
tous les soirs, Marie traverse le parc de à proximité de l’étang de Ringes. C’est seul spécimen a été découvert. Il a été
Fontenelle pour rentrer chez elle dans alors qu’il remarque une masse déri- enregistré sous le nom de Diaphanum
le Quartier de la Broie. Marie n’a jamais vant le long de la berge. Intrigué, il s’en Spectrum.
gagné son domicile. Elle a disparu dans approche et s’en écarte aussitôt, horrifié
le parc sans qu’aucune trace de violence par la vision qui s’offre à lui. Un corps samedi 15 octobre
n’ait été constatée, qu’aucun cri n’ait flotte, laissant entrevoir un carré de DERNIER RAPPORT
été entendu. Comme celle des autres peau manquant au niveau de l’omo- MÉDICAL
jeunes filles, sa disparition reste un plate. Il s’agit du corps de Catherine C.,
mystère. Le parc est désormais désert 15 ans, disparue le 17 juillet à Fortin, Le Dr Belliard, dermatologue réputé,
de toute jeune fille. Il est dit maudit. et troisième victime de ces étranges nous donne quelques éclaircissements

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concer­n ant l’étrange affection. lundi 17 octobre avancé. Tous ces corps présentent cette
« Il s’agit d’une affection cutanée LE MYSTÈRE RESTE même marque atroce : il leur manque
bénigne et d’étiologie inconnue. Elle COMPLET à tous un bout de peau rectangulaire,
se présente comme une dermatose non aux dimensions variables, allant de
prurigineuse, constituée de macules L’enquête sur les disparues de Valdor 56 cm sur 32 pour le plus grand, et de
pigmentaires. La période d’incuba- reste dans l’impasse. Bien que les exper- 5 cm sur 3,5 pour le plus petit. Ils ont
tion n’a pu encore être déterminée. La tises médicales apportent de nouveaux été prélevés sur plusieurs parties des
période d’invasion apparaîtrait en quel- éclaircissements, les motivations d’un corps  : visage, cuisses, ventre, seins…
ques heures seulement, et la période tel acte restent obscures. La police mais principalement le dos. Certains
dite d’état s’étalerait sur quelques mois, scientifique a réussi à déterminer que corps auraient même subi plusieurs
voire quelques semaines pour certains Catherine C. n’a subi aucun sévice prélèvements. Les parents comme les
cas. Parmi les symp­tômes de l’affection, sexuel. Hormis l’incision dorsale, son pouvoirs publics restent horrifiés face
citons une coloration notoire de la peau, corps est dépourvu de toute trace de à cette affaire. D’autant que la série ne
sans altération épidermique (squames, violences. La cause de la mort demeure paraît pas s’achever. Une jeune fille de
croûtes, excoriations…), ni infiltration donc inexpliquée. Le corps est resté 14 ans a disparu ce jeudi à Thuin, alors
palpable. Les macules, modifications immergé durant plusieurs semaines qu’elle faisait du vélo.
de la coloration normale des tégu­ments, dans l’étang, effaçant tout indice.
apparaissent isolées, distinctes les unes La police ne peut que supputer quant jeudi 27 octobre
des autres ou disposées sur un mode au profil de l’agresseur et à ses moti- LA « PETITE VERTE »
linéaire arciforme, annulaire… ou vations.
serpigineuses et confluentes pour « Avec ces taches vertes, je ne vis
former des plaques, placards ou nappes mercredi 19 octobre plus. » Claude n’ose plus se dévêtir
selon la taille. Les limites de ces plaques SUITE MACABRE devant autrui, et doit sans cesse user de
peuvent être nettes ou émiettées. subterfuges pour dissimuler son cou
L’aspect en est très caractéristique : La police a travaillé tout le week-end à constellé de petites taches vertes. Elle
une coloration verte, parfois à ten­­dance sonder le fond de l’étang de Ringes, et ce en a honte. Il lui a été impossible de
jaune ou bleue, due à une accumula- qu’ils ont trouvé ne vient que renforcer se découvrir cet été. La curiosité, le
tion de pigments dans l’épiderme et le le caractère effroyable de cette affaire. dégoût ou la peur sont le lot quotidien
derme. » Les vingt autres corps ont été retrou- des porteurs de la « petite verte »,
L’origine de cette pigmentation reste vés au fond de l’étang, attachés à une comme on l’appelle ici. Récemment,
encore inconnue. pierre et dans un état de décomposition il a pourtant été établi que la maladie

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ne se propage pas par contamination. prendre les plus grandes précautions devrait-on dire, porteuses, car cette
Les quatre personnes affectées ne pour se prémunir contre ses effluves. épidé­m ie ne semble toucher que de
se connaissaient pas et n’ont à aucun La fleur dégage un parfum capiteux et très jeunes filles âgées d’une quin-
moment été en contact. Cependant, obsédant qui provoquerait une ivresse zaine d’années. Il va sans dire que la
il leur faudra patienter encore long- telle qu’elle entraînerait une perte de police veille de très près sur ces six
temps avant que ne soient annihilés conscience, où les fonctions vitales adolescentes. Afin, que le « collection-
les préjugés concernant cette maladie ne répondent plus. Deux éminents neur », comme on l’appelle déjà ici, ne
inconnue. En attendant, elles vivent à chercheurs sont déjà décédés. vienne pas grossir davantage la liste des
l’écart, loin de la curiosité populaire. victimes.
lundi 21 novembre
samedi 9 octobre L’ ABOMINABLE lundi 28 novembre
LA MALÉDICTION COLLECTION JUVÉNILES JOYAUX
DE VALDOR
Nouveau x rebondissements dans Alexandrine et Judith, deux des six
L’étrange maladie gagnerait toute la l’affaire de Valdor. Suite à des jeunes filles touchées par l’épidémie,
région. De nouveaux cas ne cessent prélèvements cutanés sur les corps développent l’infection d’une façon
d’être signalés. Les Valdoriens sont de victimes, la police scientifique tout à fait extraordinaire.
terrorisés face à cette nouvelle épreuve, aurait retrouvé des résidus de l’étrange Alors que les premiers symptômes
ils parlent déjà de malédiction. infection autour des parties de peaux se traduisaient par une simple
ôtées. Ceci tendrait à expliquer coloration verte de l’épiderme, les
samedi 5 novembre que l’agresseur, en prélevant des taches cutanées ont développé, après
BRÈVE morceaux de peau, prélève en fait quelques semaines, un panel chroma-
les taches provenant de l’infection. tique insoupçonné. Les taches se sont
Nouvelle disparition, ce mercredi L’effroi reste entier. enrichies de tons roses, rouges, jaunes
matin, à Monsurrat  : Diane G., 15 ans. et, dans une dernière phase, de tons
vendredi 25 novembre bleus, rendant l’ensemble chromatique
mardi 8 novembre L’ÉPIDÉMIE S’ÉTEND absolument admirable. Rares sont les
SOMMEIL MORTEL matières qui rendent l’éclat des cou-
Deux autres cas d’infection ont été leurs avec une telle intensité, et pour-
Les scientifiques chargés d’étudier constatés cette semaine, portant à tant la peau de ces jeunes filles restitue
le Diaphanum Spectrum, doivent six le nombre des porteurs, ou plutôt, les couleurs avec une pureté inégalée.

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Ces motifs colorés se détachent sur leur pas développé dans de telles pro- de Monet. Elle était exposée dans une
peau laiteuse, dans des volutes abs­traites, portions, semblent hors de danger. arrière-salle, sans aucune protec-
aux formes suggestives uniques. L’agresseur, indéniablement esthète, tion, uniquement suspendue par son
Quiconque a vu ces joyaux ne les ne ravirait que les jeunes filles aux bord supérieur, et ainsi complètement
oubliera jamais. ornements incomparables. accessible au toucher. La volupté de
la peau et son ex trême finesse
jeudi 1er décembre mercredi 14 décembre laisseraient sans voix.
SCIENCE : BRÈVE BRÈVE
samedi 31 décembre
Les scientifiques sont effondrés. Les Valdoriens ont de plus en plus peur, UN TANNEUR HORS PAIR
L’uniq ue espèce de Diaphanum bien qu’aucun nouveau cas d’épidémie
Spectrum se désagrège et se meurt. n’ait été constaté, ni aucune nouvelle Le spécimen de peau retrouvé, excepté
Extraite de son environnement d’ori- disparition signalée. son effroyable beauté, possède une
gine, elle paraît ne pas s’acclimater. qualité de tannage inégalée. Le tueur
Toutes les tentatives pour pérenniser jeudi 29 décembre de Valdor paraît être un tanneur hors
l’espèce ont échoué. L’ EFFROYABLE TRAFIC pair. Immédiatement après la mort des
D’ART... jeunes filles, il pratique une incision
mardi 6 décembre profonde dans la chair, et roule le carré
ORNEMENTS MORTELS Une grande galerie d’art parisienne de peau ainsi délimité. Une fois la peau
serait impliquée dans l’affaire de récupérée, il faut la ramollir, l’assouplir
Hier soir, vers 20h, A lexandrine Valdor. Lors d’une dératisation, un à l’aide de produits chimiques. Un
et Judith ont été enlevées à l’hôpi- employé de nettoyage aurait trouvé un décharnage enlève les poils, ainsi que
tal de Valdor. Ainsi est arrivé ce que objet d’art pour le moins sinistre. Un toutes les chairs encore adhérentes.
craignait la police depuis plusieurs fragment de peau humaine, de 27 par Un trempage dans l’eau pure débar­ras­
jours. Ces deux jeunes filles qui, suite 20 cm, a été retrouvé dans le sombre sera les peaux fraîches du sang coagulé.
à leur infection, avaient développé de dépôt de la galerie. L’étape du tannage proprement dit
sublimes motifs cutanés, respective- Ce fragment présente une pigmentation rendra la peau définitivement impu-
ment sur la hanche et sur la cuisse, ont exceptionnelle, aux coloris délicats qui trescible. Enfin, il reste à la nourrir de
été victimes de leur beauté. mêlent des camaïeux de rose, de bleu matières grasses animales et à l’assouplir
Les quatre autres adolescentes ayant et de vert, formant un motif rappelant par étirement. L’assouplissement et le
contracté l’infection, mais ne l’ayant étrangement les derniers Nymphéas séchage ne doivent pas être trop rapides.

45
mercredi 18 janvier et à la demande des familles, les
LUCIE, JEANNE ET LAURE pouvoirs publics ont décidé de détruire
les quatre fragments retrouvés et
Trois autres fragments de peaux toutes les images s’y rapportant.
humaines ont été découverts dans le Il devenait insoutenable pour les
milieu de l’art parisien. Il s’agirait des familles de voir les images des
peaux de Lucie, Jeanne et Laure. Elles fragments de peaux étalées dans les
appartenaient à divers collectionneurs et journaux, des catalogues, etc. Il ne
marchands d’art. Malgré des recherches subsiste plus désormais aucune trace
et interrogatoires poussés, la police ne tangible de cette effroyable affaire.
parvient à collecter aucun renseigne- Certains parlent déjà de légende sans
ment concernant le tueur trafiquant. fondement.
Les fragments passent de main en
main, allongeant indubitablement la Le criminel comme les fragments restants
piste qui mènerait jusqu’au tueur. n’ont jamais été retrouvés.

lundi 30 janvier
LES ŒUVRES MAUDITES
Probablement éparpillés aux quatre
coins du monde, 19 fragments des
peaux des vierges de Valdor restent
introuvables. Une cache leur est pro-
bablement destinée, permettant ainsi
à leurs propriétaires d’admirer et de
toucher à loisir ces sinistres objets.

samedi 4 février
LA LÉGENDE DE VALDOR
Devant l’horreur de ce trafic et des
événements de ces derniers mois,

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qu’est-ce que vous faites avec ma main ?
Interview or how my parents died or how did I get involved in art – Would you use actors?
Interview between Agnès Geoffray and Thierry Genicot I always know the people appearing in my images, they are relatives. I rarely use actors,
so I think they would be people close to me.

– I come back to the idea of the fake. I don’t see how these little fictions have something
fake about them, unless all fictions are fake, but all stories are real stories…
– The question with which I would like to start, or finish, but I am going to start with this one, The stories I write already happened or can potentially happen, because everything can
is why did you, Agnès Geoffray, ask for a radio interview? potentially happen, the worst things one could write have for sure already happened.
I love telling stories, I don’t know whether I am going to tell any today, and I know that with At the end there is no difference between fiction and reality. I say fiction, because I make
you, things can shift and end up in unpredictable situations. up stories.

– Let’s talk about images, since we are in your exhibition, here at La Lettre volée. What is – So I think we have reached the core of this interview, since I will ask you to tell your story.
the link between the images that are around us and writing, the texts? The story could be how I became involved in art… It was 1997, I was about 20, I went to see
I think the strongest link comes from my interest for news item. As to the images, they come the Lyon Biennale – I am from Lyon –, I was following my parents who absolutely wanted to
from newspapers and archives, which are always kind of uncertain. Regarding the writing, see it. I wasn’t so much into art, but I followed them, along with my brother. I actually lost my
it is my interest for news items and stories… bits of stories. parents while watching the exhibition. One of the work of art was a piece by Chris Burden,
a flying steamroller, twirling onto itself. At some point it unhooked itself, and my parents and
– So I’m going a bit further, what is the status of the fragments, fragmented images, brother died instantly, crushed. I lost my parents because of art.
fragmented texts and stories?
It is true that we can talk about fragments in a way that even in my images, I photograph – And your brother?
a lot of body fragments, bodies as objects… maybe I like cutting. Regarding the text it is The three of them died. It was very difficult, so I had the idea to rent out fictional parents.
very similar, they are very short stories, little bits… maybe I make little bits of everything. Then, I rented actors who got inspired by my parents and brother. They had their hair cut, they
wore the clothes of my family, I provided them with familial archives, and they attempted to
– I have here several texts that I have read, and there is a common thread, since you talk behave like the deceased. Eventually, they became very close, as close as my lost family.
about cutting, it’s the issue around the skin.
The original idea consisted in a text about a skin turning green… The story deals with – And then?
found skin fragments which become indirectly, works of art… or how these skin fragments Then there was like a break, because in our house there were still images of my deceased
are found in galleries… It deals with the disappearance of the owners of these skins, family, constantly around us, there was like a fracture between my old and new family.
in this particular case, young women, disappearing in a region called Valdor. At the same So with the new family we decided to make our own archives, took lots of pictures for
time, in this region, there is a sort of epidemic, people whose skin turns green, or variable birthdays and Christmas… it was just a recent past. I discarded the old archives, I kept them
shades. Finally, through the reading one realizes that the young women and the people with but away and placed the new images, the new archives around the house.
multicolour pigmentation are the same, and their skin is found in galleries.
– And then?
– I was asking the question because before coming here you talked about wanting to make There was a problem, which might explain my interest for news items. This story was over
a documentary. by the media once ; because I was monopolizing my new family which was less and less
Yes, I wanted to make a fake documentary about the story of these disappeared women a bunch of actors and more and more my real family. And the relatives of these actors, who
with multicoloured skin. consequently had lost their family, wanted to sue me. A lot of images were taken then. In
the papers, one could see images of myself, of my fictional family, my real family, all next
– What is a fake documentary? to each other. It was a complex mix of photographs, familial archives, fictional or not. There
It consists into turning something I have invented, pure fiction into truth. Likewise all was no longer any limit.
the stories I have written could well be true, and I think some of them must have been,
somehow. It is transforming into truth via an objective form, such as the documentary, – What happened following the trial?
something that is entirely fictional. My fictional family had to return to their relatives. I still see them but not as much. From then
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on my life changed. Not only because I no longer had my last family but also because the Thursday 8th March
over exposure by the media lead me to art. The circulation of these images in the papers, Hervé suggested going away this weekend. I found it difficult to refuse. My poor darling,
struck people from the art world who came to see me and wanted to display all the images you’ll have to stay all by yourself, I’m abandoning you for three days. Don’t cry my darling,
around this story, or my life. There was an exhibition about it all with different types of I’ll be back soon. I’ll miss you. I still have never left you behind, it’ll be difficult. Tomorrow I’ll
archives. And eventually, what I hated the most  : art, which took my parents away from me, slip some food through the hole for you.
gave me something else since now I use photography in my work.
Monday 12th March
Oh! It was great. If it wasn’t for you I’d go away more often. But I have to look after you,
I get angry sometimes, what a burden you are. You cling to me. I sacrifice myself for you
and you don’t even see it, you ungrateful wretch. Nevertheless I was so happy to see you
again, I missed you.

Tuesday 13th March


Stop moaning, please, stop.
Monday 19th February
You were so unpleasant today, refusing what I gave you to eat. Sunday 18th March
You didn’t want to suck up anything, the food was spoiled. I stayed working in my bedroom today. Sitting at my desk, even with my back to you I could
I could feel that you were staying in your corner and sulking. For all that trouble I’ll give you feel you looking at me through the hole. I would speak to you still with my back to you,
nothing for the next three days. but you wouldn’t reply. I loved that moment, I felt so close to you.

Tuesday 20th February Monday 19th March


You’re taking advantage of the fact that I can’t see you, you’re not reacting. Stop it, stop watching me.
I can feel you spying on me all the time.
Thursday 22nd February Do you want me to block up the hole, is that what you want?
I’m worried, I called you but you didn’t move. Stop!
Let’s hope you’re not ill. I spoke to you, but you didn’t move. Or is this another of your tricks
to get me to open up, perverse! But it won’t work, I’m not going to open for you. Monday 26th March
It’s a good job you are there my little darling, that I have somebody to talk to, an attentive ear.
Friday 23rd February I felt so sad today.
The piece of meat I pushed into the hole yesterday has disappeared. I was so afraid that you
had fallen ill, my dear. Wednesday 28th March
You never say a word, I speak to you and you never reply. I feel that I’m losing touch with
Monday 26th February you, that each day you are further away. Come back to me.
You’re much better now, I can hear you moving around in your room. I’ve got you back again
my little darling. Saturday 31st March
Sometimes I might almost be tempted to let you out. I’d so much like to hold you against me.
Wednesday 28th February But I know that you would run away, I know that you would not stay beside me. You’d like to
You’re sucking so much! I hardly have any time to prepare your meals. At least it means see more and more people, to be looked after and pampered and I will lose you. Though you
you’re happy. know that your appearance will disgust them. In the end you will come back to me. Nobody
will ever take as much care of you, I will always be there for you.
Sunday 4th March
I stayed beside you the whole day. I know that you really need me. I spoke to you through Tuesday 10th April
the hole. You listened to me quietly, without saying a word, my dear. It’s exhausting, you exhaust me. You expect so much from me.
53
Friday 20th April Sunday 20th May
I spent the evening with Hervé. We don’t see each other often enough and he holds it Hervé is becoming more and more insistent; he can’t understand why I never invite him
against me. I feel so good when I’m with him that sometimes I almost forget you. over to the house. He would like to know where I live. Of course I’ve never mentioned you.
It’s impossible to have visitors of any kind. He doesn’t understand. We parted without
Thursday 26th April kissing.
You put your ear against the hole, and I, my lips. Each evening, I begin to read you a chapter
of the novel that I’ve started. I love sharing it with you so much, you are so attentive, Saturday 26th May
you don’t say a word, you listen to me. No news from Hervé. Luckily I’ve got you.

Sunday 29th April Sunday 27th May


This evening you laughed at my reading. It was a harsh laugh, so bestial. God, it had been I tried calling him, but he doesn’t answer. I miss him terribly, I don’t want to lose him,
such a long time since I’d heard you laugh, I miss your laugh. And yet in the past we laughed but still he cannot come here and see you, it’s impossible. You’re a monster Alice and nobody
so much. can ever look you in the face.

Saturday 5th May Monday 28th May


It’s you birthday tomorrow, sweetie, 19 years old. It’s so hard without him. And you’re deliberately more and more difficult. Every day you call
for more attention, I spend almost three hours with you each day.
Sunday 6th May
Alice’s birthday. Tuesday 29th May
No news.
Monday 7th May
I know that you would have so much liked to get out for your birthday, but it’s impossible, Wednesday 30th May
you know. You cannot be allowed to be seen. It’s too hard outside, it’s not for you. Don’t I take I’m getting visibly thinner. I no longer wish to see other people, even you.
good care of you? Yesterday I stayed all day with you. We felt good together.
Thursday 31th May
Tuesday 8th May I can hear you calling me. I only slip food through when you are asleep now.
You don’t stop groaning, but I won’t let you out. No desire to see you. No news from Hervé.

Thursday 10th May Friday 1st June


Wicked girl. You’ve blocked up the hole. I’ll surely find a way to open it again. You won’t Everything that happens is your fault, if you weren’t there I’d have a normal life and none
stay in the dark for long. of that would have happened. Sometimes I hate you. Pestilent scum.

Monday 14th May Monday 4th June


The hole is unblocked. An unbearable smell spread through my bedroom. I couldn’t sleep all I called you but you didn’t move.
night. You’ll be punished for that. Sometimes I wonder if you are really behind that hole.

Tuesday 15th May


I slept at Hervé’s place.

Wednesday 16th May


I’m back. I slid my finger through the hole and you brushed against it. I was so afraid that
you wouldn’t be there.

54
I chose him. I know that he can’t see me. As I am. I can reveal myself, melting as I please into She had rubbed, and rubbed, and turned continuously on the same spot of the floor.
my embarrassment, taking delight in it. I abandon myself to it. I allow myself to be invaded. This action repeated over many years, led to the death of Justine C., and finally dug her
I gradually feel it welling up, gaining ground. A delicious warmth, a swoon. With anyone own grave.
else, I would have suppressed and hidden it. But with him, I can show it. He alone provokes
it, the only one who does not see it. It spreads, I feel it in my cheeks, my chin, my forehead, Lucien Perbert was found dead in his home, slumped on his hallway floor.
down to the ends of my hair. The bright, intense scarlet colour appears. It’s my favourite He had died from a gunshot wound to his left eye.
colour and he will never see it. Just as he has never seen the colour of his blood, of his The murderer seems to have shot through the peephole in the front door.
mother’s lipstick or peonies in the garden. And my blush, which he constantly provokes, Everything suggests that Lucien Perbert was mistaken for a namesake.
and which he will never know about. This colour will be forever forbidden to him. Invisible.
It is missing. In its place is a sort of dull grey, a gap in his colour vision. Prostrate in a corner of her room, Marie was humming an insistent tune, when she was
discovered by a member of her family. Her neighbour had been persecuting her via the air
vent, next to her bed. Each night, the second movement of Schubert’s Unfinished Symphony
He is dead. I killed him. We were scarcely thirteen years old. He died from wanting to kiss was played on a loop, almost inaudibly.
me. The corridor was too narrow. He fell blind dead. My hair dazzled him, fatally.
One morning when I was six, I woke up to find my hair had gone completely grey. Thick, Everyday, Jean had the habit of spying on his neighbour Catherine’s activities. But one day,
luminous hair, with incomparable silver highlights. Since that day, I have always been she no longer appeared at her window. Intrigued by her lengthening absence, Jean decided
surrounded. It attracts people, magnetising them irreversibly. Everyone comes to take to raise the alarm. The discovery proved gruesome. Catherine Boyer’s remains were found
pleasure from this dazzling mass of hair. Wherever I go, I am followed by a horde of inthe middle of her sitting room, forming a strange blackened silhouette. Expert evidence
undesirables. It is as though they are grafted to me. They don’t do anything. They simply seems to think that she had been eaten away from the inside, and had slowly disintegrated.
benefit from this luminescence. Fatal luminescence. My one love was decimated by it. Since
then, I have to escape any confined space. I am condemned to roam in wide open spaces.
All intimacy is forbidden to me. To be alone with the person I love is to kill him.

Every night I am locked in a box. Full of blue fluroescent tubes. I spent half of my life lying
in this box. The light runs across my body. Not one bit is left unexposed. Everything must be
blue. It is the requirement of my survival. No blue light, no life, without the blue light I die.
I am yellow. A rare disease. The worse I feel, the yellower I get. Since I was born my skin
is entirely yellow. A translucent, luminous and diaphanous skin. It isolates me. Others are
afraid of it. They don’t understand this colour on my face, my neck, my hands…my days and
nights are the same, I spend them alone. No lover could bear the blue shade of my nights.
One single hour spent next to me and their skin would be for ever burnt.

A man was taken into custody this Saturday morning, accused of the murder of two young men.
The bodies of his victims had been placed under his mattress. Their death dates back to
several weeks ago.

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Since I caressed him too much I committed the vile crime For my tender fiancée Since I loved him so much x2
He desintegrated to death To which I lost my soul Once I bought They are going to cut my head off
Is it my fault Such a stench came from them A wonderful necklace A fine answer they say
If his skin didn’t resist Enough to upset one’s stomach She couldn’t get rid of it To what was found under my bed
Upon his heart continually licked This unbearable smell Slowly I force fed her Staring so much at his face x2
Appeared a hole Induced the crime She died, strangled Made me want an image of him
My gentle hand dived into it I gathered them all Parts The head of my beloved
And took his heart In a sinister house Last night I cut off
He passed away Where I organised a diner Every night I would look at it x2
One part was found
Soon, so will I After such a feast That beloved head
Then a second, and a third
My heart is no longer free They finished walled-up And to mine you could do
I tend to cut things off
And you can hang me The smell disappeared Whatever you want
Those who pass by me
Disintegrated A smell His dear head
However they look
I don’t discriminate

What a horrifying crime The cruel Marie-Jeanne What I like is slicing A few hundred fingers
It is to kill one’s fellow That is how they call me I did it to my family Were found at my place
I killed the one who shared my name Fresh out from the cradle The necklace I collect them
The poor man also looked like me I knew how to handle a knife Since I was a newborn
Can you think of anything more troubling My father, a butcher Don’t ask me why
It’s unavoidable, every night
Than meeting everyday this other ‘I’ Taught me the tricks of the trade The answer I do not know
Takes place the appaling crime
His suspicious face, Among those wanting to deflower me I prefer the middle finger
Barely asleep
I quickly dealt with Many lost their noses Placed in the freezer
I can’t stop clawing
I shot him dead You can condemn me Very tidily piled up
The sweet and gentle friend
Instantly in his bed But I will remain a virgin They remain my only trophies
Who invites himself into my bed
Remember the two Jean Malver Marie-Jeanne the maiden Well, the owners
The beloved’s body
Both ended up in hell And so she should stay Still have their third finger
Is then scratched away
Jean Malver Marie-Jeanne A few hundred fingers
Yesterday I was arrested
I will no longer have guests

I will end up
With no one in my bed

The beloved

56
My three sisters were found Monday 29th August
With their hair entangled Standstill
For a long time I have been accused
Detectives are baffled. Apart from their age, nothing points to any particular direction
Of locking it together in this case. They are all physically very different, from very different backgrounds
I was simply happy with and disappeared in quite different places. Their families are categorical: theirs are not
Scaring them throughout the night the types of girls who would run away from home. The investigators therefore have to
determine whether one or several attackers are involved in this affair and what their
Fear caused them to mingle motives might be. In any case, leads have to be found as quickly as possible, as a collective
Their hair had to be cut psychosis is beginning to take over the region.
Since then they are shaven
Saturday 3rd September
And it has never grown back A mysterious green mark
And I was imprisoned
For such cruelty “It was John, my boyfriend, who noticed it first, saying, ‘Look, Lucile, your knee is all
green’. At first I thought it was just a bruise, but it is still green and the mark has begun
My three sisters to spread. That was when I went to the hospital in Valdor.” After countless analyses
and auscultations, the doctors couldn’t find anything and could not explain where
The enchanted. 10 songs this pigmentation had come from. Lucile spent several days in hospital and underwent
further tests in order determine the origin of this strange affliction.

Thursday 8th September


Tuesday 23rd August The Valdor virgins
The disappearances
Following the latest revelations by the police, everyone is talking of the kidnappings of
Lucie, 10.16, Foubre the virgins throughout the region. The only thing in common that the police have been
Alice, 19.20, Redou able to come up with is that the young girls who were abducted were all virgins, who had
Jeanne, 11.10, Valdor never been known to have a boyfriend or relationships. Fears of a sacrificial practice loom
Anne Laure, 13.53, Fontenelle large throughout the region.
Esther, 10.47, Ponthes
Delphine, 9.53, Therry... Friday 23rd September
The eighteenth victim
The inhabitants of the region of Valdor are panic-stricken. The list of young girls who
have disappeared is continually getting longer. To date, the number of missing people “Gone, she’d just gone,” scarcely the time to turn around, and Laetitia had vanished.
now stands at seventeen. Seventeen young girls aged about fifteen, have disappeared Her mother does not understand, they spent the afternoon together walking around the
without a trace, with no witness to provide any clues as to their whereabouts. park at Fontenelle, but it only took an instant of inattention... and Laetitia joined the list of
Each disappearance is more sudden and unexpected than the last. Lucie disappeared missing girls. Mrs. Venioux, her neighbour, is stunned, “She was full of life, but she wasn’t
at the swimming pool in Foubre, Alice whilst going for an X-ray at the hospital in especially pretty, she didn’t attract your attention, I don’t understand it...” Laetitia’s mother
Redou, Jeanne when she was trying on clothes in a store, Anne Laure was reading in a was grief-stricken, “She’s our only child,” she dried her tears and continued, “she had just
deckchair on her balcony, Esther was walking on the path to La Preuse, Delphine was in turned 16... I called out to her and looked everywhere in the park, but she was nowhere to
the bathroom, getting ready to go out... be found...” Brown hair, 1m 65, her description like those of the 17 other missing girls has
They are all still missing. been published in the press and has been displayed on posters in public places.

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Monday 26th September Saturday 15th October
The cursed park Latest medical report

On Thursday 30th August at 20.15, Marie was walking through the park in Fontenelle, Dr. Belliard, dermatologist, gave us a few updates concerning the strange affliction.
as she did every evening on her way home to the Broie district. Marie never reached “It is a benign skin condition of unknown aetiology. It takes the form of a non-pruriginous
her home. She disappeared in the park but no trace of violence could be found and dermatosis, formed of pigmentary marks. The incubation period has not yet been determined.
no shout was heard. Like the other young girls, her disappearance remains a mystery. The invasion phase appears to be just a few hours, and the so-called stable phase lasts for
Since then, young girls no longer go to the park. People are now saying that it’s cursed. several months or several weeks for certain cases. The symptoms include a pronounced
coloration of the skin, with no epidermal alteration (squama, scabs, excoriations, etc.),
Thursday 29th September with no palpable infiltration. The marks, modifications of the normal tissue coloration,
Two new cases appear to be isolated, separated from one another or arranged in a curved, round, etc. line,
or serpiginous and confluent to form blotches, patches or a layer according to the size.
One, two, three people are now manifesting the strange affliction. All three have noticed The edges of these blotches may be clearly defined or dispersed. The appearance is highly
green patches on their skin. They are terrified by these mysterious symptoms, yet they characteristic, a green colouring, due to an accumulation of pigments in the epidermis and
are in no particular pain. Apart from this greenish discoloration, the affected people are the dermis. The origin of this pigmentation is still unknown.”
totally healthy and living normal lives. They remain under medical supervision, even though
their condition is stable. Monday 17th October
The mystery is still unresolved
Saturday 3rd October
Macabre discovery The investigation into the missing girls in Valdor has reached a dead end. In spite of the
post mortems which provided new insights, the motives for such an act remain obscure.
On Friday evening, whilst Julien P., a farmer, was on his way home, he stopped at the The forensic police have managed to determine that the young girl had not been sexually
side of the road, near the pool at Ringes, to relieve himself. It was then he noticed abused. Apart from the incision in her back, her body revealed no other signs of aggression.
a mass floating alongside the bank. Being curious, he took a closer look, but then drew The cause of death thus remains unexplained. The body was submerged for several weeks
back immediately, horrified by what he saw. A floating body, on which he could see in the pool, thus effacing any clues. The police can not make any assumption with regard
a square patch of skin was missing from the shoulder blade. It was the body of to the profile of the attacker or their motives.
Catherine C., aged 15, who had disappeared on 17th July in Fortin, the third victim of
these strange disappearances. After the post mortem examination, the investigators Wednesday 19th October
focused their search on this area of skin 17 by 23 cm, perfectly incised, which had been The macabre events continue
removed from Catherine’s body.
The police worked throughout the weekend to search the bottom of the pool in Ringes,
Wednesday 12th October and their findings only served to confirm the appalling nature of this affair. The twenty
Diaphanum Spectrum other bodies were found at the bottom of the pool, weighed down by stones, in an
advanced state of decomposition. But all of these bodies had the same, dreadful mark:
There is general excitement in scientific circles, after the incredible discovery of a a rectangle of skin had been removed from each of them, of variable size, the largest
new species of flower in the Amazonian jungle. It is physically similar to the dahlia, being 56 by 32 cm and the smallest of 5 by 3.5 cm. They had been removed from several
but is nevertheless a completely unknown species. But the extraordinary discovery areas of the body, face, thigh, stomach, breast, etc., but most frequently from the back.
lay in these same characteristics : it was totally white, with no pigmentation, and had Certain bodies had even had several rectangles removed. The parents and the authorities
a heady fragrance which you can smell up to one kilometre away. A single specimen was are horrified by this affair. Especially since, in spite of the fact that the bodies had been
discovered and recorded under the name of Diaphanum Spectrum. found, the series still appeared to be never-ending. A young girl of 14 disappeared
on Thursday in Thuin, whilst she was out cycling.

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Thursday 27th October Friday 25th November
The “green sickness” The epidemic continues

“With these green marks, I no longer have a life.” Claude no longer dared to undress Two new cases of the infection have been confirmed this week, bringing the number
in front of other people; she had to constantly use subterfuges to conceal her neck which of patients to six, although to be precise, this epidemic only appears to affect very young
was covered with little green marks. She was ashamed. It would be impossible for her girls of about fifteen years of age. It is obvious that the police are keeping a close watch
to wear lighter clothes next summer. Curiosity, disgust or fear was the daily lot of those on these six young girls, to ensure that they do not end up on the list of victims of the
with “green sickness” as it was called here. It had nevertheless been clearly established “collector” as the attacker has become known here.
recently that the illness was not infectious. The four individuals with confirmed cases
did not know one another and had never been in contact at any time. However, they will Monday 28th November
have to be patient for a while yet, to cope with the prejudices concerning this unknown Juvenile jewels
illness. In the mean time, the people affected have to live in isolation, far away from the
curious crowds. Two of the six young girls, Laure and Judith, who have been affected by this epidemic,
develop the infection in a most extraordinary manner. Whilst the initial symptoms were
Saturday 9th October manifested by a simple green colouring of the epidermis, after several weeks the marks
The Valdor curse on their skin has developed into an extraordinary range of colours. The marks have
been enhanced with shades of pink, red, yellow and in the final stage, blue, making the
The strange illness is spreading throughout the entire region. New cases are constantly colourful whole absolutely admirable. Very few materials render the brilliance of the
being reported. The inhabitants of Valdor are terrified by this latest ordeal, and are colours with such intensity, yet the skin of these young girls releases the colours with
already speaking of a curse. incomparable purity. These coloured patterns stand out against their milky white skins
in abstract scrolls, with unique, suggestive forms. Anyone who has seen these jewels will
Saturday 5th November find them unforgettable.
News flash
Thursday 1st December
Another girl, Fabienne G., aged 15 from Monsurrat, disappeared on Wednesday Science: news flash
morning.
The scientists are devastated. The only specimen of Diaphanum Spectrum is withering
Tuesday 8th November away and dying. When taken out of its native environment, it appears unable to become
Fatal sleep acclimatised. All attempts to preserve the species have failed.

The scientists assigned the task of studying Diaphanum Spectrum have to take the greatest Tuesday 6th December
care to protect themselves from its fragrance. The flower releases a heady, haunting perfume Living ornaments
which can cause such a state of intoxication that it makes people fall unconscious, and
their vital functions no longer respond. Two eminent researchers have already died. Laure and Judith were kidnapped yesterday evening, at around 20.00 from the hospital
at Valdor. Thus the event feared by the police for several days has happened. These two
Monday 21st November young girls who had developed sublime patterns on their skin following their infection,
The abominable collection on the hip and the thigh respectively, have become the victims of their beauty. The four
other adolescents who contracted the infection, but have not developed it to such an
New developments in the Valdor case. After taking skin samples from the victims’ bodies, extent, appear to be out of danger. The attacker, undeniably an aesthete, was only
the forensic police found residues of the strange infection around the sections of skin interested in abducting the young girls with their incomparable ornamentation.
that were removed. This would tend to explain that the attacker, when removing the
pieces of skin, was in fact removing the marks resulting from the infection. The terror is
almost tangible.
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Wednesday 14th December Monday 30th January
News flash The cursed works

The Valdorians are increasingly frightened, even though no new cases of the epidemic Most likely dispersed throughout the world, 19 fragments of skin of the Valdor virgins
have been observed and no new disappearance has been reported. remain undiscovered. They are probably hidden away in secret rooms, allowing their
owners to admire and touch these sinister objects at their leisure.
Thursday 29th December
The appalling art traffic... Saturday 4th February
The Valdor legend
A major Paris gallery appears to be involved in the Valdor case. During a pest control
campaign, a member of the cleaning staff found a piece of art which was sinister to say Faced with the horror of this traffic and the events of the recent months, and at the
the least. A fragment of human skin, 27 cm by 20 cm, was found in the gallery’s storeroom. families’ request, the authorities have decided to destroy the four fragments that were
This fragment had exceptional pigmentation, whose delicate colours combined with found and all the images associated with them. It had become unbearable for the families
various shades of pink, blue and green formed a pattern strangely reminiscent of Monet’s to see images of fragments of skin spread across newspapers and catalogues, etc. There
final water lilies. It was exhibited in a back room, with no protection, simply suspended are now no more tangible traces of this horrific affair. Certain people are already saying
by its upper edge, and could therefore be touched freely. The voluptuousness of the skin that it was a legend with no foundation.
and its extreme finesse leave the viewer speechless.

Saturday 31st December The criminal and the remaining fragments have never been found.
An unparalleled tanner

Apart from being horrifyingly beautiful, the quality of the tanning of the skin specimen
that was found is also incomparable. The Valdor killer thus appears to be an unparalleled
tanner. Immediately after the death of the young girls, he made a deep incision into their
flesh and rolled up the square piece of skin. Once it had been removed, the skin had to be What are you doing with my hand ?
softened and made supple using chemical products. It was thinned to remove the hairs
and all the remaining flesh that was still attached to it. It was then steeped in pure water
to entirely remove any coagulated blood from the fresh skin. The actual tanning stage
made the skin definitively imputrescible. It then only has to be lubricated with animal
grease and stretched to soften it.

Wednesday 18th January


Lucie, Jeanne and Anne Laure

Three other fragments of human skin were discovered in Parisian art circles. They were
the skins of Lucie, Jeanne and Anne Laure. They were all in the possession of various art
collectors and dealers. In spite of the searches and extensive interrogations, the police
have not managed to put together any information concerning the killer-trafficker.
The fragments passed from hand to hand, unquestionably drawing out the trail which
would lead to the killer.

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Textes et photographies / Texts and photographs
3 Aude, fragment photographique / fragment of a photograph, 2006.
7-10 Interview ou comment mes parents sont morts ou comment j’en suis venue à l’art, performance réalisée à
La Lettre volée en décembre 2005 avec Thierry Genicot, homme de radio. Une vidéo a été réalisée suite à cette
intervention / Interview or how my parents died or how did I get involved in art, performance at La Lettre volée
in December 2005 with the radio presenter Thierry Genicot. A video was made following this performance.
11 Shadows, photographie / photograph, 2006.
12-17 Hole, texte issu d’une installation sonore / text based on a sound installation, 2003.
18 Pronatope, texte / text, 2006.
18 Silver Hair, texte / text, 2006.
19 Him, photographie / photograph, 2006.
20 Crigler-Najjar, texte issu d’une sculpture, boîte lumineuse et impression digitale / text based on a sculpture,
a light box and digital print, 2006.
21 Cover, photographie / photograph, 2006.
22-24 Night#1, Night#2, Night#6, série de photographies / series of photographs, 2003-2006.
25 Matelas, texte issu de la série Bloc, multiple coédité avec La Lettre volée / Mattress, text based on the
Bloc series, edition of 50 copies co-edited with La Lettre volée, 2003-2005.
26 Justine C., Peephole, La Symphonie inachevée, Catherine Boyer, textes issus de la série Bloc, multiple coédité
avec La Lettre volée / Justine C., Montsurrat, The Unfinished Symphony, Catherine Boyer, texts based on the
Bloc series, edition of 50 copies co-edited with La Lettre volée, 2003-2005.
27 House, photographie / photograph, 2005.
29-33 Site#1, Site#2, Site#3, série de photographies / series of photographs, 2005.
34-37 Les enchantés, 10 chansons sur des airs de comptines, performance et installation / The enchanted, 10 songs
based on nursery rhyme tunes, performance and installation, 2006.
38 Forest, photographie / photograph, 2005.
39 Meadow, photographie / photograph, 2005.
41-46 Le mystère de Valdor, texte issu d’une sculpture de 500 feuillets détachables / The Valdor Mystery, text based
on a sculpture of 500 detachable leaves, 2006.
47 Her, photographie / photograph, 2005.
49 Qu’est-ce que vous faites avec ma main ? / What are you doing with my hand?, installation, 2007.
51 Fredona, photographie / photograph, 2006.
52-60 Traductions anglaises / English texts.
62 Air, photographie / photograph, 2007.

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Ultieme Hallucinatie
Agnès Geoffray

17 € ISBN 978-2-87317-326-5

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