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Vendredi 13 novembre 2009

Conférence n°6 : Le droit patrimonial de la famille


Les régimes matrimoniaux
Le régime impératif de base

Historique

1. Le mariage, institution de notre droit, puisque fondement de la famille, fait naître un


grand nombre de relations entre les époux et entre les époux et les tiers. Il s’agit de créer une
nouvelle famille, de faire naître et grandir des enfants, de s’astreindre à une communauté de
vie qui implique des droits et des devoirs réciproques, tant moraux que matériels. L’article
212 du Code civil prévoit ainsi que “ Les époux se doivent fidélité secours et assistance ”,
l’article 203 précise que “ les époux contractent ensemble, par le seul fait du mariage,
l‟obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants ”.
2. La question se pose donc naturellement de savoir comment va s’organiser un
nécessaire droit patrimonial de la famille, et surtout quelles vont en être les sources. Le
régime matrimonial, entendu dans son sens le plus large, est “ l‟ensemble des règles d‟ordre
patrimonial qui régissent, au cours et à la dissolution du mariage les biens des époux (quant
à la propriété, la disposition, l‟administration et la jouissance) et toutes les questions
pécuniaires du ménage, tant dans les rapports entre époux que dans les relations de ceux-ci
avec des tiers, y compris les règles du régime matrimonial primaire ”.
On peut en effet concevoir deux grands types de systèmes : d’une part un système
exclusivement légal, dans lequel la loi établirait un régime matrimonial unique qui
s’appliquerait à toutes les familles de façon impérative.
On peut également concevoir que seuls les époux sont à même d’organiser et de
prévoir le type de relations économiques qu’ils entendent avoir entre eux, et considérer que le
système doit exclusivement être conventionnel.
Ces deux types de visions ont existé à des époques différentes et dans des lieux
différents : le droit comparé et l’histoire du droit permettent d’en rendre compte.
3. En droit romain, il fallait distinguer suivant le type de mariage, la liberté
conventionnelle n’ayant aucune application en la matière. Dans le mariage cum manu,
l’épouse était placée sous l’autorité du mari, dans la même situation que sa fille : les biens de
l’épouse devenaient la propriété du mari. En revanche, dans le mariage sine manu, l’épouse
conservait la propriété et la gestion de ses biens. L’usage voulait que l’épouse apporte une dot
afin de contribuer aux charges du mariage. Le mari devenait propriétaire des biens dotaux,
mais cette règle évolua et on instaura une obligation de restitution des biens dotaux à la
dissolution du mariage. Ensuite, le mari perdit la possibilité de céder les biens dotaux, sans
que l’accord de l’épouse puisse lever l’interdiction. Enfin Justinien institua une hypothèque
générale sur les biens du mari pour que l’épouse soit assurée de voir sa dot restituée à la
dissolution du mariage. Cette hypothèque primait sur celle que le mari avait pu consentir à des
tiers.
4. Ce régime appelé « régime dotal » fit celui pratiqué en France dans les pays de droit
écrit. Dans ce régime, chacun des époux conserve la propriété de tous ses biens, mais ceux de
la femme sont divisés en deux groupes : les biens dotaux dont le mari à la jouissance et
l’administration et dont les revenus contribuent aux charges du mariage et les biens
paraphernaux, qui restent soumis à l’administration et à la jouissance de la femme, mais
qu’elle ne peut aliéner sans autorisation maritale. Aucun des deux époux ne pouvait en
revanche disposer des immeubles dotaux considérés comme inaliénables. Ce régime fut
définitivement supprimé en 1965.
5. Aujourd’hui, le système français est mixte. D’une part, certaines règles s’appliquent
impérativement, comme un effet du mariage, on parle souvent de régime matrimonial
primaire. D’autre part, pour le reste du régime matrimonial le principe est celui de la liberté
des conventions matrimoniales. Dès lors que les époux passent un contrat de mariage devant
notaire, ils peuvent l’aménager comme ils l’entendent. Cependant, même pour cette partie
conventionnelle, la loi propose des modèles, si bien que la liberté des parties consiste
essentiellement à choisir entre ces régimes-types. En outre, la loi prévoit un régime
matrimonial complet (régime légal) qui s’applique à défaut de contrat de mariage.
6. Les régimes matrimoniaux font une large place au principe de l’autonomie de la
volonté, qui se traduit par le principe de la liberté des conventions matrimoniales. Le Code
civil a longtemps été inspiré par une conception hiérarchisée du mariage, dans lequel le mari
était le chef : il existait alors une incapacité de la femme mariée, et un régime matrimonial
légal conférant de très larges pouvoirs au mari. Le contrat de mariage était alors un pacte de
famille et le régime légal lui-même présentait le même aspect des intérêts patrimoniaux
concernant les familles des deux époux. Ceci explique le principe d’immutabilité des régimes
matrimoniaux et des conventions matrimoniales, considéré en outre comme nécessaire à la
protection des tiers.
7. L’évolution des moeurs, les changements économiques ont conduit à d’inévitables
modifications législatives. En 1938, le législateur rendit aux femmes mariées leur capacité
civile. Cette réforme n’eut pas eu une grande effectivité pratique, car dans le régime
matrimonial légal, tous les pouvoirs continuaient à être concentrés dans les mains du mari. Ce
n’est qu’avec la loi du 13 juillet 1965 que le droit des régimes matrimoniaux fit l’objet d’une
réforme d’ensemble. L’objet principal de cette réforme était d’assurer une plus grande égalité
entre le mari et l’épouse, mais à l’époque, il n’avait pas paru souhaitable de promouvoir une
égalité complète. Cette loi très importante consacrait en fait un compromis entre les principes
anciens et les nouvelles orientations de la société.
8. La loi de 1965 a conservé le principe de la liberté des conventions matrimoniales,
mais le législateur a privilégié les dispositions impératives et il a développé le régime
primaire, constitué de règles impératives qui s’imposent à tous les époux, quel que soit le
régime matrimonial choisi. En revanche, la loi de 1965 a permis une plus grande souplesse
avec l’atténuation de l’ancienne règle de fixité des régimes matrimoniaux.
Mais la loi de 1965 a entraîné une évolution des moeurs en permettant de nouvelles
pratiques. Un grand nombre de réformes dans le droit de la famille ont modifié
l’environnement juridique du droit des régimes matrimoniaux. L’aspiration des époux à une
égalité totale s’est renforcée, et une révision d’ensemble est intervenue avec la loi du 23
décembre 1985 qui porte le titre de loi “ relative à l‟égalité des époux dans les régimes
matrimoniaux ”. Cette loi ne concerne que les couples mariés, et ne règle pas le statut
patrimonial des couples de concubins. L’évolution de la société a conduit à une forte
revendication de la part des personnes non mariées pour obtenir un statut, si bien qu’après
différents projets c’est le PACS qui est aujourd’hui en discussion.
La loi du 13 juillet 1965 a été déclarée applicable à tous les époux contractant mariage
après le 1er février 1966. Les personnes mariées sous le régime précédent et qui n’ont pas
profité des dispositions transitoires qui permettaient de choisir le nouveau régime sont
demeurées régies par le droit antérieur.
9. La loi du 23 décembre 1985 en revanche a été déclaré applicable à tous les époux à
partir du 1er juillet 1986, sans que l’on ait à distinguer selon la date du mariage. Cette loi
contient des dispositions qui tendent à la suppression du régime antérieur à celui de la loi de
1965.

Pour étudier les régime matrimoniaux, il faut commencer par voir d’abord les règles
constituant le régime primaire et qui s’appliquent à tous les époux sans exceptions, quel que
soit le régime matrimonial choisi (Titre 1er) . Ensuite, il faudra envisager les différents
régimes possibles, du régime légal aux régimes conventionnels (Titre 2).
TITRE PREMIER : LES REGLES IMPERATIVES S’APPLIQUANT
QUEL QUE SOIT LE REGIME MATRIMONIAL CHOISI

10. Que l’on parle par commodité de régime primaire ou de statut impératif de base,
on désigne toujours un ensemble de règles à caractère impératif, qui s’appliquent
obligatoirement quel que soit le régime matrimonial choisi. Ces règles sont énoncées par les
articles 214 à 226 du Code civil. C’est de l’article 226 que découle le caractère impératif de
ces dispositions : “ Les dispositions du présent chapitre, en tous les points où elles ne
réservent pas l‟application des conventions matrimoniales, sont applicables, par le seul effet
du mariage, quel que soit le régime matrimonial des époux ” .
Ces règles se situent dans le chapitre VI du Titre 5 consacré au mariage. Ce chapitre
VI est intitulé “ des devoirs et des droits respectifs des époux ”. Il commence par les articles
dont on donne lecture lors de la cérémonie du mariage.
Article 212 “ Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance ”.
Art. 213 “ Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille.
Ils pourvoient à l‟éducation des enfants et préparent leur avenir ”.
11. Les règles énoncées dans ce statut de base sont impératives, mais elles sont
également générales, car elles s’appliquent à toutes les personnes mariées, sous quelque
régime que ce soit. De plus, l’article 9 de la loi de 1965 portant réforme des régimes
matrimoniaux a posé en principe que ces dispositions régissent tous les mariages, quelle que
soit la date où ils ont été célébrés. (Application immédiate)
La plupart de ces dispositions sont d’une grande importance pratique, car elles
s’appliquent quotidiennement, et que dans beaucoup de ménages, ces règles constituent
l’essentiel des mécanismes patrimoniaux nécessaires à la vie de la famille.
Lorsque le législateur a édicté ces règles impératives générales, il a été animé par une double
préoccupation : d’une part, assurer un minimum d’association des intérêts pécuniaires que le
mariage crée, quel que soit le régime matrimonial choisi (Chapitre 1), et d’autre part garantir
l’autonomie des époux (Chapitre 2).

Chap. 1. La garantie de l’association des intérêts des époux

12. Pour garantir l’association des intérêts des époux, le Code civil réglemente les
charges du mariage (Section 1ère), assure la protection du logement familial (Section 2) et
organise une protection judiciaire de la famille pour prévenir les éventuelles crises conjugales
( Section 3).

Section 1ère : Les charges du mariage

13. Se marier suppose une intention certaine de vivre ensemble, et de partager le


quotidien. Le Code civil a dû régler les questions relatives aux charges du mariage, afin que
les tiers contractant avec l’un ou l’autre des époux soient parfaitement protégés.
On distingue alors l’obligation solidaire des époux aux dettes ménagères qui a pour finalité de
protéger les tiers (§1.) et l’obligation de contribuer aux charges du mariage, qui a pour finalité
d’équilibrer les rapports patrimoniaux dans la famille (§2.).

§1. L’obligation solidaire des époux aux dettes ménagères (art 220 Code
civil )

14. Dans la communauté de l’ancien droit et du Code civil, l’épouse n’avait aucun
pouvoir sur les biens communs, non plus que sur les biens propres du mari. Pourtant, l’épouse
pouvait dans deux cas engager la communauté ainsi que les biens propres du mari. C’était
d’une part le cas lorsque elle avait reçu mandat, et la jurisprudence considérait que l’épouse
était normalement investie d’un mandat tacite général pour engager les dépenses courantes et
assurer l’entretien du ménage. On appliquait alors l’adage selon lequel « le tablier de la
femme oblige le mari » 1

15. C’est le législateur de 1965 qui a inscrit ce principe de solidarité des époux aux
dettes ménagères à l’article 220 du Code civil qui dispose que
“ Chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet
l‟entretien du ménage ou l‟éducation des enfants : toute dette ainsi contractée par l‟un oblige
l‟autre solidairement.
La solidarité n‟a pas lieu, néanmoins, pour des dépenses manifestement excessives, eu égard
au train de vie du ménage, à l‟utilité ou à l‟inutilité de l‟opération, à la bonne ou à la
mauvaise foi du tiers contractant.
Elle n‟a pas lieu non plus, s‟ils n‟ont été conclu du consentement des deux époux, pour les
achats à tempérament ni pour les emprunts à moins que ces derniers ne portent sur des
sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie courante ”.
Ce principe de la solidarité conjugale est la transposition au plan de la technique
juridique de ce minimum d’association qu’implique le mariage, mais elle est le fruit d’une
longue évolution historique (A.). Elle n’en demeure pas moins difficile à mettre en œuvre, car
la notion de dette ménagères n’est pas toujours clairement définie (B.).

A. Evolution législative à propos de la capacité juridique de la femme mariée

16. Jusqu’en 1942, la femme mariée fut frappée d’une large incapacité juridique. Or,
en pratique, la plupart des actes nécessaires à la vie quotidienne étaient passés par l’épouse.
La jurisprudence avait alors forgé la théorie du mandat domestique conventionnel tacite. On
estimait alors que le mari était censé avoir donné tacitement à son épouse mandat d’agir pour
tous les actes dits ménagers. Un certain nombre d’auteurs critiquaient ce détour par la
technique de la représentation et estimaient qu’il était plus logique de reconnaître à l’épouse
un pouvoir propre, envisagé comme un effet du mariage2. La théorie du mandat avait des
inconvénients. Le mandat était considéré comme survivant à l’abandon du domicile conjugal
par l’époux, et plus grave, en vertu de la représentation, seul le mari était tenu des
conséquences des actes passés par son épouse, et donc également des dettes le cas échéant.
1
Loysel, 57 ; Les adages du droit français, n°408
17. La loi du 22 septembre 1942 a posé le principe selon lequel “ la femme mariée a,
sous tous les régimes, le pouvoir de représenter le mari pour les besoins du ménage et
d‟employer pour cet objet les fonds qu‟il laisse entre ses mains. (...) les actes ainsi accomplis
par la femme obligent le mari envers les tiers, à moins qu‟il n‟ait retiré à la femme le pouvoir
de faire les actes dont il s‟agit, et que les tiers n‟aient eu personnellement connaissance de ce
retrait au moment où ils ont traité avec elle ”.
18. En 1965, le législateur pose enfin un principe de capacité autonome de la femme
mariée et de solidarité des époux concernant les dettes ménagères. Elément constitutif du
statut impératif de base, l’article 220 est applicable, quel que soit le régime matrimonial
choisi. Les dettes contractées pour les besoins ménagers et l’éducation des enfants font partie
du passif définitif de la communauté (art. 1409). L’article 220, tel qu’il est issu de la réforme
de 1965, modifie le fondement du pouvoir domestique : il n’est plus question de mandat tacite
ou de représentation légale, mais bien d’un pouvoir autonome conféré directement par la loi à
l’épouse comme au mari.
Mais cette réforme modifie également la portée des engagements passés par un seul
des époux, en décidant que le ménage est solidairement tenu, quelque soit celui des époux qui
ait contracté la dette. Enfin, il précise utilement le domaine d’action individuelle engendrant
la solidarité, en exceptant deux sortes d’actes. Même lorsqu’ils sont effectués pour l’entretien
du ménage ou l’éducation des enfants, les achats échappent à la solidarité passive lorsqu’ils
entraînent des dépenses manifestement excessives eu égard au train de vie du ménage, à
l’utilité ou à l’inutilité de l’opération, à la bonne ou la mauvaise foi du tiers contractant (art.
220 al 2), ou lorsque le prix a été stipulé à tempérament ou qu’il s’agit d’emprunt, à moins
que ce dernier ne porte sur des sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie courante.
Certains auteurs proposent désormais de transformer l’adage « le tablier de la femme oblige le
mari » en « le tablier du ménage oblige mari et femme ».

B. La notion de dettes ménagères

19. La question s’est posée de savoir ce que recouvre exactement la notion de


“ contrats qui ont pour objet l‟entretien du ménage ou l‟éducation des enfants ”. La Cour de
cassation a apporté un certain nombre de précisions. D’abord, elle a estimé que l’article 220 a
vocation à s’appliquer à toute dette même non contractuelle ayant pour objet l’entretien du
ménage ou l’éducation des enfants 2
20. Les dépenses nécessaires a l’éducation et à l’entretien des enfants sont les frais de
scolarité, de nourriture, de loisirs, et les soins médicaux courants aussi bien que ceux liés à
une hospitalisation, comme la Cour de cassation a eu à le rappeler dans un arrêt du 10 juillet
1996 3.
Lorsque la dette concerne les dépenses usuelles et périodiques il n’y a pas de
difficulté (nourriture, vêtements ; frais de maladie). Mais les questions deviennent plus ardues
lorsque la dépense est plus importante.
21. La question s’est principalement posée à propos des dettes contractées en vue de
l’acquisition d’un logement. Doit-on considérer qu’il s’agit là d’une dépense nécessaire à
l’entretien du ménage ? D’une façon générale, la jurisprudence considère que les dépenses
ayant pour finalité se constituer un patrimoine immobilier n’entrent pas dans le champ

2
Planiol et Ripert, t.8, 1ere éd., n°568, et Gény, Science et technique, III, p. 250 et s.
3
Cass. Civ. 2ème, 10 juillet 1996, Bulle. Civ. II, n°204, JCP éd.G 1997.I.4008, n°1, obs. Wiederkehr.
d’application de l’article 220 du Code civil4. Toutefois, elle admet qu’engage solidairement le
conjoint, l’emprunt contracté par un époux en vue de l’amélioration du logement principal du
ménage5. De même, sont considérées comme dettes du ménage les charges de copropriété
afférentes à un lot propre à l’un des époux, dès lors que ce bien est affecté au logement de la
famille6 .
22. Mais pour que la dette soit considérée comme une dette ménagère, il faut qu’elle
ait “ pour objet l‟entretien du ménage ”. Devait-on en conclure que seuls les contrats ayant
pour finalité immédiate la satisfaction des besoins du ménage sont compris dans cette notion ?
La Cour de cassation a déclaré l’article 220 applicable à des emprunts répétés mais modestes,
dès lors que les circonstances établissaient qu’ils avaient manifestement pour finalité de faire
face aux besoins du ménage. Le législateur a consacré cette solution en 1985 en modifiant
l’alinéa 3 de l’article 220 pour indiquer que la solidarité a lieu pour les emprunts portant “ sur
des sommes modestes nécessaires aux besoins de la vie courante ”. Il convient donc
désormais de distinguer entre les emprunts de sommes modestes qui entrent dans les dettes
ménagères, et les achats à tempéraments qui demeurent exclus, même lorsqu’ils sont
modestes.
23. On considère également que ne doivent pas être considérées comme des dettes
ménagères les dépenses manifestement excessives. L’article 220 n’apporte aucune précision
quant à la définition de ces dépenses. Il s’agit de dépenses dont la finalité est bien ménagère
mais qui paraissent excessives, ce qui pose le problème de l’évaluation de l’excès. L’article
220 fournit au juge un certain nombre d’éléments d’appréciation : le train de vie du ménage,
l’utilité ou l’inutilité de la dépense, la bonne ou la mauvaise foi du tiers. Sera considéré
comme de mauvaise foi le cocontractant qui savait pertinemment que la dépense dépassait, et
de beaucoup, les possibilités du ménage. En revanche, le tiers n’est pas de mauvaise foi
lorsqu’il s’est fié au train de vie apparent du ménage.
24. Il faut enfin noter que l’article 220 pose seulement le principe de l’obligation
solidaire des époux aux dettes ménagères, mais ne règle pas la question de la contribution à la
dette 7.

§2. La contribution aux charges du mariage

25. L’article 214 du Code civil dispose que :


“ Si les conventions matrimoniales ne règlement pas la contribution aux charges du mariage,
ils y contribuent à hauteur de leurs facultés respectives.
Si l‟un des époux ne remplit pas ses obligations, il peut y être contraint par l‟autre dans les
formes prévues au Code de procédure civile ”.
On le voit, l’article 214 a un rôle supplétif de volonté : il n’entre en jeu qu’à défaut de
prévisions particulières des parties. L’obligation réciproque de contribuer aux charges du
mariage est une obligation qui découle de façon naturelle du mariage, de sorte qu’une
séparation de corps ne suffit pas, à elle seule, à la faire cesser. Reste à définir la notion de
charges du mariage(A.), avant de voir de quelle façon s’exécute cette contribution (B.)

4
Cass. Civ. 1ère , 11 janvier 1984, Bull.civ.I , n°13, Gaz.Pal. 1984, Panorama 206, obs. Grimaldi, Defrénois
1984, p. 933, obs. Champenois.
5
Cass. Civ. 1ère, 12 juin 1990, Bull.civ. I, p. 158.
6
Cass. civ.1ère, 1er décembre 1999, JCP 2000.I.245, obs. Wiederkehr.
7
Sur ce point de la contribution, voir infra, et Cass. civ. 1ère, 17 juin 2003, Bull.civ.I.148).
A. Définition des charges du mariage

26. Définir les charges du mariage auxquelles chaque époux est tenu de contribuer suppose
que l’on distingue les charges du mariages visées à l’article 214 de l’obligation alimentaire
entre époux de l’article 212 du Code civil . Aux termes de cet article, “ les époux se doivent
fidélité, secours et assistance ”.
27. C’est du devoir de secours, tel qu’il est prévu par cet article, que l’on déduit une
obligation alimentaire entre époux. L’obligation de contribuer aux charges du mariage est plus
large que cette simple obligation alimentaire, car elle couvre d’autres besoins : les frais
d’entretien et d’éducation des enfants, et elle est due même si le conjoint n’est pas dans le
besoin8.
28. L’obligation de secours de l’article 212 en revanche remédie à l’impécuniosité d’un
époux, et apparaît avec l’état de besoin du conjoint. Ces deux obligations sont le plus souvent
confondues dans leur exécution, car l’époux qui contribue aux charges du mariage de façon
normale, fournit des aliments à son conjoint. Toutefois, leur fondement et leur finalité sont
distincts, et en cas de conflit, on les distingue. En effet, l’obligation de secours est plus limitée
que l’obligation de contribuer aux charges du mariage qui peut, elle, conduire à la prise en
charge de dépenses d’agrément, telle que l’acquisition d’une résidence secondaire9.
29. Les charges du mariage dépendent du train de vie du couple, déterminé d’un commun
accord, elles peuvent englober des dépenses en capital.
Le montant de la contribution de chaque époux peut être prévu par les conventions
matrimoniales, mais il peut aussi faire l’objet d’un accord ultérieur. L’article 1397 du Code
civil prévoit en effet une possibilité de changer le régime matrimonial. Mais la décision des
époux n’est pas totalement libre : aucun des époux ne peut être totalement exonéré de sa
propre contribution.

B. L’exécution de la contribution aux charges du mariage

30. L’article 214 pose le principe selon lequel à défaut de précision dans le contrat de mariage
les époux contribuent aux charges du mariage “ à proportion de leurs facultés respectives ”.
Tant que la famille vit en harmonie la question de la contribution aux charges du mariage
demeure une question d’ordre privé, qui dépend des choix des époux, de leurs habitudes et qui
ne concerne pas le droit. Les modalités de cette contribution ont évolué avec le statut de la
femme mariée. Tant que l’époux était chargé d’administrer tous les biens de la famille, y
compris les biens propres de son épouse, il percevait directement les revenus de ces biens et
pouvait les utiliser pour les besoins du ménage. Aujourd’hui l’épouse dispose de la maîtrise
totale de ses biens propres, et sauf accord exprès des époux, la contribution de l’épouse ne
nécessite plus le versement de deniers entre les mains du mari. On notera aussi que pour
l’épouse qui demeure au foyer et qui veille à l’éducation des enfants et aux soins du ménage,
cette activité constitue une contribution suffisante aux charges du mariage.
31. Ce n’est que dans le cas d’une crise conjugale que la question de la contribution aux
charges du mariage peut se poser. Tout d’abord lorsque les époux ne s’entendent plus à
propos de leur contribution respective. Le juge peut alors être saisi pour trancher ce différend.

8
Cass. Civ. 1ère, 23 juin 1970, D. 1971, note Larroumet et 24 octobre 1977, Bull.civ.I, n°383.
9
Cass. Civ. 1ère, 20 mai 1981, Bull.civ.I, n°176.
Celui-ci tiendra compte des revenus de chaque époux, de l’éventuelle collaboration de l’un à
la profession de l’autre, de l’activité de celui qui reste au foyer etc. Le juge dans ce cas n’est
pas tenu par la règle “ les aliments ne s‟arréragent pas ”, car la contribution aux charges du
mariage est différente de l’obligation alimentaire. (si bien que l’époux peut obtenir du juge
qu’il soit tenu compte des échéances que son conjoint s’est abstenu de régler).
32. La question se pose aussi fréquemment au moment de la dissolution du mariage, de savoir
si le conjoint qui a collaboré gracieusement à l’activité professionnelle de l’autre peut ou non
prétendre de ce chef à une rémunération. Celui des deux qui a bénéficié de cette aide prétend
pour refuser toute rétribution que cette activité s’inscrivait dans le cadre de la contribution aux
charges du mariage. La solution de ce problème est fonction du régime matrimonial des
époux.
33. Lorsque les époux sont communs en biens, cette demande de l’époux collaborateur est
repoussée, au motif que par son activité, il a contribué à accroître les biens de la communauté,
et que ses efforts seront récompensés lors du partage de cette communauté.
34. En revanche, lorsque les époux sont mariés sous un régime de séparation de biens,
l’activité du conjoint collaborateur a accru le patrimoine de l’autre, et dans ce cas, la
jurisprudence apprécie si cette activité constituait la contribution de l’époux collaborateur aux
charges du mariage, ou si ce travail allait au-delà de cette contribution. Dans ce dernier cas, la
jurisprudence reconnaît à l’époux collaborateur un droit à rémunération fondée sur le principe
de l’enrichissement sans cause10.

C. Les sanctions de l’obligation de contribution

35. Tant que les époux cohabitent, la question de la contribution aux charges du mariage
demeure une question privée, qu’ils règlent à leur convenance. Mais lorsque la situation
devient conflictuelle entre les époux, cette question devient alors d’une acuité particulière.
L’hypothèse la plus classique est celle de la séparation de fait : statistiquement dans ce cas,
c’est le mari qui quitte le domicile conjugal. Ce départ ne fait pourtant pas cesser l’existence
de la famille conjugale, ni les devoirs respectifs des époux : l’épouse peut alors obtenir une
pension alimentaire au titre de la contribution aux charges du mariage, même si elle dispose
de ressources11.
36. Dans tous les cas où l’époux débiteur ne remplit pas son obligation, l’autre époux peur l’y
contraindre dans les conditions prévues aux articles 1069-1 à 1069-6 du Code de procédure
civile. (art. 214, al. 2 du Code civil ). En cette matière, les dispositions de la loi du 2 janvier
1973 concernant le paiement direct des pensions alimentaires et celles de la loi du 11 juillet
1975 relative au recouvrement public des pensions alimentaires sont applicables.

Section II. Le logement de la famille


37. Dès l’instant où une famille est fondée, il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour
garantir ses moyens d’existence, au premier chef desquelles se trouve le logement de la
famille.
L’article 215 du Code civil dispose :
“ Les époux s‟obligent mutuellement à une communauté de vie.

10
Cass.civ. 1ère , 1er décembre 1969, JCP éd.G 1970, IV, n°23 ; Cass.civ. 1ère, 24 octobre 1978, D. 1979, I.R., p.
75 et JCP éd.G 1979, II,19220, note Patarin.
11
Cass.civ. 1ère, 8 mai 1979, D. 1979, IR, obs. Martin, et Cass.civ. 1 ère, 16 février 1983, D. 1984, II, p.39, note
Revel.
La résidence de la famille est au lieu qu‟ils choisissent d‟un commun accord.
Les époux ne peuvent l‟un sans l‟autre disposer des droits par lesquels est assuré le logement
de la famille, ni des meubles meublants dont il est garni. Celui des deux qui n‟a pas donné
son consentement à l‟acte peut en demander l‟annulation : l‟action en nullité lui est ouverte
dans l‟année à partir du jour où il a eu connaissance de l‟acte, sans pouvoir jamais être
intentée plus d‟un an après que le régime matrimonial s‟est dissous ”.
38. C’est le législateur de 1965 qui a posé cette règle impérative relative au logement de la
famille. Cette règle s’applique à tous les logements, qu’ils soient la propriété exclusive de l’un
des époux, la propriété commune des époux ou un immeuble loué. On a souligné l’atteinte
très importante que cette règle de protection fait subir au droit de propriété. Elle vient
contredire la règle posée par l’article 1536 aux termes duquel en régime de séparation de
biens chacun des époux conserve la plénitude de ses pouvoirs sur l’ensemble de ses biens.
Elle contredit également l’article 1428 qui pose que dans le régime de communauté, chaque
époux a l’administration et la jouissance de ses propres et peut en disposer librement.
On le voit, le caractère dérogatoire de cette règle, impose que l’on en définisse strictement le
domaine (§.1), et que l’on détermine la façon dont le conjoint doit manifester son
consentement (§2.).

§1. Le domaine de la règle protection du logement familial


39. Il existe un grand nombre de techniques juridiques dont l’objet est de limiter les risques
d’expulsion du conjoint. Lors de la dissolution du mariage qui peut intervenir après le décès
de l’un des époux ou après le divorce, la loi prévoit que le conjoint survivant ou celui qui est
jugé le plus digne d’intérêt, bénéficie de garanties contre le risque d’expulsion12.
40. Le logement familial peut faire l’objet d’une attribution préférentielle lorsque le logement
est un bien de communauté (art. 832 et 1476), le juge peut imposer à l’époux propriétaire du
logement la concession d’un bail au profit de l’autre époux, après le divorce (art. 285-1), et
pendant la procédure de divorce la juridiction saisie de la demande peut attribuer le droit au
bail à l’un des époux (art. 1751 al.2) .
41. Pendant la durée du mariage, le logement de la famille est protégé contre les effets des
actes imprudents ou malveillants de l’un des époux. Lorsque le logement est pris à bail, les
deux époux sont titulaires du bail (art. 1751 du Code civil), si bien que la renonciation de l’un
des époux à ce droit ne fait pas obstacle au maintien de l’autre époux dans ses droits.
Mais c’est surtout aux actes de dispositions que l’article 215 al. 3 fait obstacle. Le local qui
est ainsi protégé est celui qui sert de résidence principale à la famille.

A. Les droits protégés

42. Le local est celui qui sert de résidence principale à la famille conjugale. Ce n’est pas le
domicile qui est en cause, mais le local où la famille vit effectivement. Le logement de la
famille ne s’identifie pas nécessairement avec le domicile conjugal et les juges du fond
décident souverainement du lieu où se trouve le logement des époux13.

12
sur toutes ces techniques, voir M. Grimaldi, Rapport français, “ Le droit au logement ”, travaux de
l’association Capitant, XXXIII, 1982, Economica, p. 421 et s.
13
Cass. Civ. 1ère, 22 mars 1972, Bull. Civ. I, n°93.
43. La règle de protection, qui est exorbitante du droit commun, ne se justifie que pour
garantir les intérêts vitaux de la famille, si bien qu’elle ne s’applique pas, normalement, à une
résidence secondaire. Enfin, pour bénéficier de la protection, la résidence doit être celle qui
abrite la famille conjugale, c’est-à-dire les époux et leurs enfants. Cela ne signifie pas que les
époux doivent résider ensemble. Ainsi, le logement dans lequel l’épouse a été installée par
son mari, celui-ci désirant recouvrer sa liberté, et où elle mène une vie séparée, doit être
considéré comme le logement de la famille au sens de l’article 215 dès lors que le mari
continue d’y avoir accès 14.
44. L’article 215 s’applique même pendant le temps d’une séparation de corps, et on doit
respecter ses prescriptions pendant l’instance en divorce, ou lors d’une séparation de fait. La
protection se justifie alors pleinement en raison de la crise que traverse la famille (Cass. Civ.
1ère, 16 juin 1992, Defrénois 1992, art. 35349, obs. Champenois).
45. Des termes très généraux employés par l’alinéa 3 de l’article 215, on déduit que le
logement de la famille est protégé quelle que soit la nature des droits en vertu desquels la
famille en bénéficie. Qu’il s’agisse de la propriété personnelle de l’un des époux, de leur
propriété commune, d’un droit d’habitation, d’un usufruit, de la propriété de parts de société
attribuant la jouissance d’un appartement ou d’un droit au bail, l’article 215 doit s’appliquer.
Les meubles meublants qui garnissent l’appartement sont également protégés, et l’on ne
distingue pas entre ceux qui servent d’ornement et ceux qui sont affectés à l’habitation15.

B. La nature de l’acte

46. L’article 215 n’interdit pas d’aliéner le logement de la famille mais pose comme
condition le consentement du conjoint. L’article 215 paraît ne viser que les actes de
disposition : la vente16 la constitution d’hypothèque, d’usufruit ou de gage. Mais tous les
actes de disposition ne sont pas soumis à l’article 215, ainsi la Cour de cassation a-t-elle jugé
que l’époux propriétaire peut disposer de l’appartement par testament 17, ce qui peut paraître
curieux, car c’est au moment du décès que la famille a peut-être le plus besoin de protection.
Toutefois, cette disposition s’explique encore une fois par le caractère dérogatoire de l’article
215.

§2. Le consentement du conjoint


47. Pour les actes visés par l’article 215 du Code civil, le consentement du conjoint est
nécessaire. La question s’est posée de savoir de quelle façon il doit s’être manifesté. L’article
215 al. 3 n’exige pas, pour un acte de nature à priver la famille de son logement, que le
consentement de chaque conjoint soit constaté par écrit. Il suffit que ce consentement soit
certain18. Le consentement du conjoint doit porter à la fois sur le principe de la disposition des

14
CA Paris, 29 septembre 1972, D. 1975, note Foulon-Piganiol ; JCP 19740.II.17620, note Théry.
15
sur la définition des meubles meublants, voir article 534 du Code civil. l’article 215 s’applique au mandat de
vente : Cass. Civ. 1ère13 avril 1983, Defrénois 1983, art. 33158, p. 1340, obs. Champenois et Gaz.Pal.1983.2.
somm. P. 308 obs. Grimaldi
16
Cass. Civ. 1ère13 avril 1983, Defrénois 1983, art. 33158, p. 1340, obs. Champenois et Gaz.Pal.1983.2. somm.
P. 308 obs. Grimaldi
17
Cass. Civ. 22 octobre 1974, D. 1975, p. 645, note Foulon-Piganiol, JCP 1975, II, 18041, note Chartier.
18
Cass. Civ. 1ère, 13 avril 1983, Bull.civ.I, n°210.
droits par lesquels est assuré le logement de la famille, mais aussi sur les conditions de leur
cession 19.
48. L’acte est parfait si le conjoint a donné son consentement. En revanche, si l’acte est
conclu au mépris de l’article 215, il est frappé d’une nullité relative 20. La nullité peut être
invoquée sans que l’on ait à se préoccuper du point de savoir si l’époux avait agi ou non en
fraude des droits de son conjoint. Selon la Cour de cassation, l’acte annulé est privé de tout
effet, même à l’égard de l’époux qui l’a passé, en sorte que la promesse de porte-fort qu’il
renferme ne peut lui survivre. L’action est enfermée dans un bref délai. Du jour où le conjoint
a pris connaissance de l’acte, il a un an pour l’attaquer. S’il a ignoré cet acte jusqu’à la
dissolution du régime il a un an pour agir. La charge de la preuve incombe au tiers défendeur,
qui aura à établir le jour où l’époux demandeur a eu connaissance et de l’opération et de sa
nature d’acte de disposition21.

19
Cass. Civ. 1ère, 16 juillet 1985, JCP éd.N 1986.II.71, note Simler.
20
Cass. Civ. 1ère, 11 octobre 1989, JCP éd.G 1990, II, 21549, note Henry, Defrénois 1989, art. 34633 ;, p. 1420,
obs. Champenois ; D. 1990, p. 310, note Le Guidec
21
Cass. Civ. 1ère, 6 avril 1994, JCP éd.G 1995, I, n°3821, n°1, obs. Wiederkehr.
Chap. 2 La garantie de l’indépendance des époux

49. L’indépendance des époux est assurée par la possibilité de l’exercice d’une profession
(Section 1.), la présomption de pouvoirs de l’article 221 et suivants (Section 2) , et la
plénitude des pouvoirs de chaque époux sur ses biens personnels (Section 3).

Section 1 : La possibilité d’exercer une profession

50. Il a fallu une longue évolution pour en arriver à l’actuelle position de notre droit sur la
question. L’article 223 dispose désormais que “ Chaque époux peut librement exercer une
profession, percevoir ses gains et salaires et en disposer après s‟être acquitté des charges du
mariage ”.

§1. Evolution législative concernant les droits respectifs des époux


A. Le Code civil :
51. En 1804, le Code civil ne faisait état que de la question de l’activité professionnelle de la
femme commerçante, que l’article 220 désignait par le terme de “ marchande publique ”. La
plus grande inégalité était alors de mise : le mari pouvait embrasser la profession de son
choix, et jouissait pour son activité professionnelle de la plus grande autonomie : une fois
assumées les dépenses ménagères et les frais d’éducation des enfants il pouvait disposer
comme bon lui semblait de ses revenus professionnels. En revanche, l’épouse était frappée
d’incapacité et ne pouvait exercer de profession sans le consentement de son époux. L’article
4 du Code de commerce prévoyait que la femme mariée ne pouvait être commerçante sans
l’autorisation de son mari. En outre, le consentement du mari pouvait à tout moment être
retiré.
De plus, les revenus du travail de l’épouse étaient soumis au droit commun des régimes
matrimoniaux.

1) Pour les époux communs en biens,


52. Les gains et salaires des deux époux étaient des biens communs : mais l’époux avait la
charge de la gestion des biens de la famille, si bien que le mari était autorisé à en disposer,
même dans don intérêt exclusif (il pouvait même en faire donation...). Si un bien était acquis
avec ces fonds, celui-ci était géré par le mari. Et si à la dissolution du régime matrimonial
l’épouse choisissait de renoncer à la communauté elle perdait tout droit sur ses économies et
les biens acquis avec. Le seul avantage de ce régime résidait dans la solidarité obligatoire
entre les époux, dès l’instant où le mari avait autorisé l’épouse à exercer une activité
commerciale (art.220).

2) Pour les époux séparés de biens,


53. Les produits du travail de l’épouse demeurait sa propriété personnelle : elle les percevait,
pouvait les placer ou les dépenser. En revanche, si elle avait investi ces revenus dans l’achat
d’un nouveau bien, elle ne pouvait pas disposer de ce bien sans l’autorisation du mari ou du
tribunal, sauf pour les besoins de sa profession.
Ce système fut très critiqué en raison de l’infériorité objective dans laquelle il maintenait la
femme mariée, et le législateur intervint.
B. Les réformes législatives
1) La loi du 13 juillet 1907
54. Elle avait deux objectifs : d’abord d’obliger les époux à contribuer aux charges du
mariage par prélèvement sur leurs gains et salaires, ensuite de confier à la femme mariée la
maîtrise de ses gains et l’administration des biens acquis. Lorsque les époux étaient mariés
sous un régime communautaire, ces biens étaient considérés comme des biens “ réservés ” à
l’administration de l’épouse. L’épouse qui, à la dissolution du régime, renonçait à la
communauté, n’en conservait pas moins la propriété de ses biens réservés. Toutefois, pour
l’exercice de la profession, l’autorisation de l’époux demeurait nécessaire.

2) La loi du 18 février 1938


55. Elle a mis fin à la puissance maritale : l’épouse avait désormais la possibilité d’exercer
une profession séparée de celle de son mari, sans avoir au préalable à obtenir l’autorisation de
ce dernier. Toutefois, l’article 216 du Code civil maintenait la possibilité pour le mari de
s’opposer.

3) La loi du 22 septembre 1942


56. Elle a principalement modifié le Code de commerce (art. 4, 6 et 7), ce qui permit aux
femmes mariées d’exercer une profession commerciale sans autorisation préalable du mari,
qui conservait tout de même un droit de veto. Le tribunal avait le pouvoir d’arbitrer le conflit.

§2. Le droit actuel


57. Il est le résultat de la réforme des régimes matrimoniaux du 13 juillet 1965, qui a consacré
une véritable émancipation de la femme mariée. Les époux jouissent désormais d’une
véritable égalité professionnelle, bien que certaines règles particulières demeurent pour les
professions agricoles et commerciales.

A. Le droit commun : l’égalité professionnelle des époux

58. Aujourd’hui, chacun des époux est libre d’exercer la profession de son choix, sans
que l’autre ne puisse s’y opposer. Toutefois, cette liberté de principe est limitée en raison des
termes de l’article 220-1 qui dispose que :
“ Si l‟un des époux manque gravement à ses devoirs et met ainsi en péril les intérêts
de la famille, le juge aux affaires familiales peut prescrire toutes les mesures urgentes que
requièrent ces intérêts. (...) ”
59. La question se pose aujourd’hui de savoir si le juge peut interdire l’exercice d’une
profession en application de ce texte : les avis sont partagés en doctrine22.
60. La totale liberté reconnue aux époux pour exercer une profession leur permet également
de collaborer à la même activité professionnelle. On a vu que cette collaboration pouvait
s’inscrire dans le cadre du devoir d’assistance. Mais la question s’est posée de savoir si cette
collaboration pouvait conduire à la conclusion d’un contrat de travail entre les époux. On
avait, avant la réforme de 1965, soutenu qu’un contrat de travail ne pouvait pas unir les
époux, notamment en raison du lien de subordination que ce contrat fait naître. Depuis, aucun

22
oui, pense Monsieur Colomer, Les régimes matrimoniaux, Litec, p. 83, non pensent Messieurs Terré et Simler,
Dalloz, n°112 .
doute n’est plus possible : le contrat de travail entre époux est licite. Il faut toutefois que ce
contrat corresponde à une réalité : il faut que le travail ne soit pas fictif et que la subordination
existe.
61. Il faut du reste souligner que l’époux qui ferait travailler son épouse de façon durable et
permanente dans son entreprise, sans l’avoir déclarée aux organismes sociaux, ni inscrite sur
le registre unique du personnel et lui avoir remis des bulletins de salaire se rendrait coupable
de l’infraction de travail dissimulé23.

B. Le cas particulier des professions commerciales et agricoles

62. C’est la loi du 10 juillet 1982 qui régit la matière. La loi du 13 juillet 1965, avait, à la
surprise générale maintenu les termes de l’article 5 du Code de commerce qui disposait que
“ la femme n‟est pas réputée commerçante si elle ne fait que détailler les marchandises du
commerce de son mari ; elle n‟est réputé telle que lorsqu‟elle fait un commerce séparé ”.
Cette disposition archaïque a été supprimée et la loi de 1982 a remanié l’article 4 du Code de
commerce (aujourd’hui art. L. 121-3) qui dispose désormais que le conjoint d’un commerçant
“ n‟est réputé lui-même commerçant que s‟il exerce une activité commerciale séparée de celle
de son époux ”.
63. La loi de 1982 avait pour finalité de renforcer la protection du conjoint d’un artisan ou
d’un commerçant dès lors qu’il travaille dans l’entreprise familiale. Deux dispositions y
contribuent. L’article 1er de la loi de 1982 permet aux époux de choisir entre trois statuts :
conjoint collaborateur mentionné au registre du commerce et des sociétés, conjoint salarié ou
conjoint associé.
64. L’article 2, propre aux régimes communautaires, énonce que “ un artisan ou un
commerçant ne peut, sans le consentement exprès de son conjoint, lorsque celui-ci participe à
son activité professionnelle en qualité de conjoint travaillant dans l‟entreprise, aliéner ou
grever de droits réels les éléments du fonds de commerce ou de l‟entreprise artisanale
dépendant de la communauté, qui, par leur importance ou par leur nature, sont nécessaires à
l‟exploitation de l‟entreprise, ni donner à bail ce fonds de commerce ou cette entreprise
artisanale. Il ne peut, sans son consentement exprès, percevoir les capitaux provenant de tells
opérations ”.
L’article 9, applicable à tous les régimes, dispose que “ le conjoint collaborateur, lorsqu‟il
est mentionné au registre du commerce et des sociétés (...) est réputé avoir reçu du chef
d‟entreprise le mandat d‟accomplir au nom de ce dernier les actes d‟administration
concernant les besoins de l‟entreprise (al 1er ). Mais ce mandat est précaire, bien qu’il ne soit
pas librement révocable : il doit être révoqué par déclaration faite devant notaire, et cette
présomption de mandat cesse en cas de séparation de corps.
65. Lorsque les époux collaborent à une même profession agricole, le principe est celui d’un
mandat réciproque d’administrer. Les époux peuvent se placer dans le cadre juridique de la
coexploitation prévue à l’article L. 321-1, al. 1er du Code rural, ou dans celui de la
collaboration (art. L. 321-1 al. 2 du Code rural). Le bail rural, nécessaire à l’exploitation est
protégé selon la même technique que le logement de la famille (art. 411-68 du Code rural),
cette disposition est d’ordre public.

§3. Les conséquences juridiques de l’exercice d’une activité professionnelle

23
Cass. Crim. 22 octobre 2002, JCP éd. G, II, 10176.
66. La loi de 1965 puis celle du 23 décembre 1985 ont chacune contribué à assurer l’égalité
professionnelle des époux. Les principales manifestations de cette égalité concernent le sort
des gains professionnels.
L’article 223 du Code civil pose un principe très net : “Chaque époux peut librement exercer
une profession, percevoir ses gains et salaires et en disposer après s‟être acquitté des charges
du mariage ”. Il y a donc, sous tous les régimes matrimoniaux, une pleine liberté de principe à
l’exercice d’une profession, et à l’utilisation des gains qui en proviennent, une fois soustraite
la participation aux charges du mariage. En d’autres termes, chaque époux peut faire ce qu’il
veut de ses revenus : les consommer, les économiser ou en disposer au profit des tiers. Cette
règle est d’ordre public, et vaut pour tous les régimes, ce qui peut surprendre en matière de
régime de communauté, car elle permet aux gains et salaires d’échapper à la règle de la
gestion concurrente.
67. Toutefois, en régime communautaire, il peut être difficile de déterminer l’exacte portée de
la règle et sa compatibilité avec d’autres principes fondamentaux. (par exemple, l’article 1422
selon lequel “ les époux ne peuvent l‟un sans l‟autre, disposer entre vifs, à titre gratuit, des
biens de la communauté ” 24
Mais cette indépendance professionnelle n’aurait été que de faible importance en fait, si des
textes n’étaient venus affermir les pouvoirs respectifs de chaque époux, et rendre effective
leur indépendance

Section 2. Les mesures relatives aux pouvoirs respectifs des époux


68. Chacun des époux, outre la possibilité d’exercer une profession, peut également se faire
ouvrir, sans le consentement de l’autre, tout compte de dépôt ou de titres en son nom
personnel (art. 221) (§1.), de plus, chacun des époux conserve la gestion des meubles qu’il
détient individuellement (§2.).

§1. L’ouverture et le fonctionnement de comptes bancaires


A. L’ouverture du compte

69. L’article 221al. 1er du Code civil est une innovation de la loi de 1965, il prévoit que :
“ Chacun des époux peut se faire ouvrir, sans le consentement de l‟autre, tout compte de
dépôt et tout compte de titre en son nom personnel. ”. La loi de 1985 a ajouté un second et
fort important alinéa : “ A l „égard du dépositaire, le déposant est toujours réputé, même
après la dissolution du mariage, avoir la libre disposition des fonds et des titres en dépôt ”.
Le banquier n’a donc pas à demander un quelconque justificatif concernant le régime
matrimonial des époux, sauf si le client souhaite que son compte puisse être parfois débiteur.

B. Le fonctionnement du compte

70. L’article 221 al. 2, décide que dans les rapports entre les époux et le dépositaire “ L‟époux
déposant est toujours réputé avoir la libre disposition des fonds et titres en dépôt ”. Ce texte
est une innovation importante : il signifie que ni au moment de l’ouverture du compte, ni par

24
La Cour de cassation, après avoir pendant un temps écarté cet article, l’a appliqué à propos des gains qui ont
été économisés.
la suite, le banquier n’a à s’interroger sur l’origine des fonds et des titres qui lui sont remis en
dépôt. On parle à propos de l’article 221 al. 1er d’une présomption de pouvoir de l’époux.
71. L’article 221 vise les comptes de dépôt ou de titre ouverts au nom personnel de l’époux.
La question s’est posée de savoir si l’article 221 peut jouer pour des comptes joints ou des
comptes indivis. La doctrine majoritaire les y inclut. Le titulaire du compte peut librement
verser des fonds, déposer des titres, acquérir des valeurs mobilières etc. L’époux déposant est
réputé, à l’égard du dépositaire avoir la libre disposition des fonds et titres déposés.
72. Lors de la dissolution du régime matrimonial, les règles normales du régime matrimonial
reprennent leur empire à l’égard de l’ex-époux ou de ses héritiers. Si le régime est un régime
de communauté, les sommes et titres déposés seront réputés partie intégrante de la masse à
partager, sauf preuve contraire de leur caractère propre. En régime de séparation de biens
chacun des ex-époux devra administrer la preuve de sa propriété exclusive.
73. A l’égard du dépositaire, la situation a évolué. Sous l’empire de la loi de 1965, l’article
221 al. 2 indiquait que l’époux déposant est réputé, à l’égard du dépositaire avoir la libre
disposition des fonds et des titres en dépôt. La question se posait donc de savoir si la
présomption de pouvoir survivait à la dissolution de régime matrimonial. Les banquiers
avaient consacré sa survie, et un arrêt de la cour d’appel de Paris en 1977 prit le même parti.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 février 1980 censura cette décision25, et la Cour de
renvoi ayant résisté à cette jurisprudence, l’Assemblée Plénière de la Cour de cassation dans
un arrêt du 4 juillet 1985 jugea que “ si la règle de l‟article 221 cesse d‟être applicable à la
dissolution du mariage, les effets qu‟elle a produits antérieurement doivent être respectés
(...) ; s‟il n‟a pas reçu opposition des héritiers, le dépositaire ne peut donc prendre aucune
initiative en ce qui concerne le fonctionnement du compte ”. 26
74. Mais cette décision est rendue sans effet par la loi du 23 décembre 1985 qui a modifié
l’alinéa 2 de l’article 221 et a précisé que “ le déposant est toujours réputé, même après la
dissolution du mariage, avoir la libre disposition des fonds et des titres en dépôt ”. Cette
solution est heureuse, car elle évite en cas de décès d’un époux le blocage brutal du compte du
conjoint survivant au moment où celui-ci est le plus souvent appelé à faire des dépenses
imprévisibles.

§2. Les biens meubles détenus par chaque époux


75. L’article 222 al. 1er du Code civil dispose que “ si l‟un des époux se présente seul pour
faire un acte d‟administration, de jouissance ou de disposition sur un bien meuble qu‟il
détient individuellement, il est réputé, à l‟égard des tiers de bonne foi, avoir le pouvoir de
faire seul cet acte ”
Chaque époux peut donc vendre, louer, prêter les biens meubles qu’il détient. Il s’agit des
biens meubles corporels mais également de certains biens incorporels tels que les titres au
porteur, et les chèques à l’ordre de l’époux.

§3. La gestion par les époux de leurs biens personnels


76. L’article 225 prévoit que “Chaque époux administre, oblige et aliène seul ses biens
personnels ”. Ce texte a une valeur déclarative, il confère un caractère impératif au principe
qu’il formule, et les conventions matrimoniales ne sauraient le remettre en cause. Il n’y a plus

25
JCP 1980.II.19474, note Boulanger ; Defrénois 1981, art. 32513, note Champenois, D. 1980, p. 509, note D.
Martin
26
JCP 1980.II.19474, note Boulanger ; Defrénois 1981, art. 32513, note Champenois, D. 1980, p. 509, note D.
Martin
dans le droit actuel de possibilité de conférer au mari l’administration de tous les biens de
l’épouse, comme c’était encore possible sous l’empire de la loi de 1965 avec la clause dite
d’unité d’administration.
Toutefois à ce principe d’autonomie, le statut de base apporte une limite importante : celle de
l’article 215 relatif au logement de la famille. Du reste , les termes de l’article 225
n’interdisent pas de recourir à la technique du mandat de l’article 218 qui permet à l’un des
conjoints de donner pouvoir à l’autre de le représenter.
Chapitre 3 Les modifications judiciaires des pouvoirs des époux

77. Le régime matrimonial définit les actes que chacun des époux peut passer seul, et les actes
qui requièrent l’accord des deux époux. Un certain nombre de techniques juridiques
permettent d’assouplir ces règles ou de les aménager, lorsque la volonté des époux ou leur
situation familiale le nécessite. Les modifications des pouvoirs des époux sont des actes
graves, aussi requièrent-ils l’intervention du juge. Cette intervention a lieu dans deux sens : le
juge peut accroître les pouvoirs de l’un des époux afin d’éviter la paralysie du régime
matrimonial (§1.), mais il peut également les limiter afin de sauvegarder les intérêts de la
famille (§2.).

§1. Accroissement des pouvoirs de l’un des époux afin d’éviter la paralysie
du régime matrimonial
78. Deux mesures peuvent être prises en cas de crise dans le fonctionnement du régime
matrimonial. Un époux peut se faire autoriser à agir sans le consentement de l’autre (art. 217
Code civil), et un époux peut être habilité à représenter son conjoint (art. 219 du Code civil)

A. L’autorisation d’un époux à agir sans le consentement de l’autre (art. 217 Code
civil)

79. L’article 217 al. 1er du Code civil dispose que “un époux peut être autorisé par justice à
passer seul un acte pour lequel le concours ou le consentement de son conjoint serait
nécessaire, si celui-ci est hors d‟état de manifester sa volonté ou si son refus n‟est pas justifié
par l‟intérêt de la famille ”.
Cet article offre donc une solution aux situations de crise conjugale pendant laquelle l’un des
époux peut empêcher la conclusion de certains actes, sans que son refus ait un quelconque
rapport avec l’intérêt de la famille.
80. Il permet aussi de ne pas déclencher toute une procédure de mise sous un régime
d’incapacité de l’un des époux âgés, tout en permettant de conclure un acte nécessaire.
L’acte passé par le conjoint autorisé par la justice produit les mêmes conséquences que si le
conjoint avait donné son accord exprès. Mais l’alinéa 2 du même texte prévoit toutefois une
limite : il ne doit pas résulter de cet acte une dette ou une obligation personnelle à la charge de
l’époux qui n’a pas volontairement participé à l’opération.

B. L’habilitation de l’un des époux à représenter l’autre (art. 219 Code civil)

81. L’article 219 al. 1er prévoit que “ si l‟un des époux se trouve hors d‟état de manifester sa
volonté, l‟autre peut se faire habiliter en justice à le représenter, d‟une manière générale ou
pour certains actes particuliers, dans l‟exercice des pouvoirs résultant du régime
matrimonial, les conditions et l‟étendue de cette représentation étant fixées par le juge ”. Il
s’agit là d’une mesure applicable à tous les régimes matrimoniaux sans exception, et qui
constitue un palliatif à des mesures de protection de l’incapable.
82. Les techniques mises en œuvre par les articles 217 et 219 tendent toutes deux à éviter le
blocage du régime matrimonial. Mais elles sont différentes. L’article 217 joue lorsque l’acte
que l’on se propose de passer requiert le consentement des deux époux. L’article 219 en
revanche permet à l’un des époux de représenter l’autre et donc d’agir au nom du conjoint
empêché. L’article 219 réalisant une véritable représentation, le patrimoine du représenté peut
s’en trouver affecté.

§2. La limitation des pouvoirs d’un époux en vue de sauvegarder les intérêts
de la famille
83. Le Code civil prévoit également des règles pour limiter les pouvoirs d’un époux qui, par
ses agissements, met en péril les intérêts de la famille. Les articles 220-1 à 220-3 organisent
une intervention judiciaire.
L’article 220-1 al. 1er prévoit que “ si l‟un des époux manque gravement à ses devoirs et met
en péril les intérêts de la famille, le juge aux affaires familiales peut prescrire toutes les
mesures urgentes que requièrent ces intérêts ”.
Le texte prévoit que le juge peut prescrire “ toutes les mesures urgentes ” et l’alinéa 2 du
même texte énumère à titre d’exemple l’interdiction de disposer de certains biens, ou de
déplacer certains meubles. Mais d’autres mesures peuvent être prises, comme par exemple
l’interdiction d’utiliser un véhicule automobile. Ces mesures doivent être temporaires et leur
durée ne peut excéder 3 ans. Lorsque le juge prononce une interdiction de disposer de certains
biens, l’article 220-2 prévoit une publicité de cette interdiction, et la violation des mesures
prescrite est sanctionnée par la nullité des actes conclu en violation de l’interdiction.
En outre, la loi n°2004-439 du 26 mai 2004, dans son article 22-1, a ajouté à l’article 220-1
l’alinéa suivant : « Lorsque les violences exercées par l'un des époux mettent en danger son
conjoint, un ou plusieurs enfants, le juge peut statuer sur la résidence séparée des époux en
précisant lequel des deux continuera à résider dans le logement conjugal. Sauf circonstances
particulières, la jouissance de ce logement est attribuée au conjoint qui n'est pas l'auteur des
violences. Le juge se prononce, s'il y a lieu, sur les modalités d'exercice de l'autorité
parentale et sur la contribution aux charges du mariage. Les mesures prises sont caduques si,
à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de leur prononcé, aucune requête en
divorce ou en séparation de corps n'a été déposée.

Le dernier alinéa, précise, comme précédemment, que « La durée des autres mesures prises
en application du présent article doit être déterminée par le juge et ne saurait, prolongation
éventuellement comprise, dépasser trois ans. »
TABLE DES MATIERES
Historique ............................................................................................................................... 1
TITRE PREMIER : LES REGLES IMPERATIVES S’APPLIQUANT QUEL QUE SOIT LE
REGIME MATRIMONIAL CHOISI ........................................................................................ 4
Chap. 1. La garantie de l’association des intérêts des époux ................................................ 4
Section 1ère : Les charges du mariage ................................................................................. 4
§1. L’obligation solidaire des époux aux dettes ménagères (art 220 Code civil ) ......... 5
A. Evolution législative à propos de la capacité juridique de la femme mariée ........ 5
B. La notion de dettes ménagères ............................................................................... 6
§2. La contribution aux charges du mariage .................................................................. 7
A. Définition des charges du mariage ........................................................................ 8
B. L’exécution de la contribution aux charges du mariage ........................................ 8
C. Les sanctions de l’obligation de contribution ........................................................ 9
Section II. Le logement de la famille ................................................................................. 9
§1. Le domaine de la règle protection du logement familial ........................................ 10
A. Les droits protégés ............................................................................................... 10
B. La nature de l’acte ............................................................................................... 11
§2. Le consentement du conjoint.................................................................................. 11
Chap. 2 La garantie de l’indépendance des époux ............................................................... 13
Section 1 : La possibilité d’exercer une profession .......................................................... 13
§1. Evolution législative concernant les droits respectifs des époux ........................... 13
A. Le Code civil : ..................................................................................................... 13
1) Pour les époux communs en biens, .................................................................. 13
2) Pour les époux séparés de biens, ...................................................................... 13
B. Les réformes législatives ..................................................................................... 14
1) La loi du 13 juillet 1907 ................................................................................... 14
2) La loi du 18 février 1938 ................................................................................. 14
3) La loi du 22 septembre 1942 ............................................................................ 14
§2. Le droit actuel ......................................................................................................... 14
A. Le droit commun : l’égalité professionnelle des époux....................................... 14
B. Le cas particulier des professions commerciales et agricoles ............................. 15
§3. Les conséquences juridiques de l’exercice d’une activité professionnelle ............ 15
Section 2. Les mesures relatives aux pouvoirs respectifs des époux ............................... 16
§1. L’ouverture et le fonctionnement de comptes bancaires ........................................ 16
A. L’ouverture du compte ........................................................................................ 16
B. Le fonctionnement du compte ............................................................................. 16
§2. Les biens meubles détenus par chaque époux ........................................................ 17
§3. La gestion par les époux de leurs biens personnels ................................................ 17
Chapitre 3 Les modifications judiciaires des pouvoirs des époux ....................................... 19
§1. Accroissement des pouvoirs de l’un des époux afin d’éviter la paralysie du régime
matrimonial .................................................................................................................. 19
A. L’autorisation d’un époux à agir sans le consentement de l’autre (art. 217 Code
civil) ......................................................................................................................... 19
B. L’habilitation de l’un des époux à représenter l’autre (art. 219 Code civil)........ 19
§2. La limitation des pouvoirs d’un époux en vue de sauvegarder les intérêts de la
famille........................................................................................................................... 20
TABLE DES MATIERES ....................................................................................................... 21

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