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La charia et la polygamie

Khalid Chraibi
La charia et la polygamie (1/4)
vendredi 25 septembre 2009 - par Khalid Chraibi

A Rachida Benchemsi

« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice


et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a
polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à 4
femmes à la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des
ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.
Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de
ce dérapage dans l’application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de
la polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes
et des enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les
ONG féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et
simple, soit, si cela n’est pas possible, du moins l’institution de contrôles sévères pour
réduire ses effets pernicieux sur les familles et sur la société.
Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les
oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont
partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu’ici dans ce domaine. Ils estiment
que chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l’enseignent les
juristes musulmans depuis les temps de la Révélation.
Mais, au 19è s., le mufti d’Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de
nouveaux axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu’en droit musulman, non
seulement le mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D’après
lui, ces derniers doivent être respectés au même titre que ceux du mari.
Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur
la conclusion qu’il est licite, en droit musulman, d’interdire la polygamie, compte tenu de
tous ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement
tous les « bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.

La polygamie en perspective

La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un


homme avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines
depuis les temps les plus anciens. Les différentes religions l’ont explicitement acceptée
ou tacitement tolérée pendant des siècles, avant de l’interdire parfois, comme ce fut le
cas du Judaïsme et du Christianisme.(2) (3)
En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée,
certains hommes prenant jusqu’à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs
moyens. L’Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes
qu’un homme pouvait épouser en même temps, et uniquement s’il remplissait certaines
conditions. Mais, il appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s’il les
satisfaisait.
Depuis le milieu du 20è siècle, sous la pression conjointe des mouvements
féministes, des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué
des procédures de contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d’ailleurs d’un pays à
l’autre. Ces procédures ont été, dans l’ensemble, peu efficaces, parce qu’elles se basent
sur des critères d’ordre qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à
l’appréciation des magistrats et des notaires chargés de leur application.
Cependant, aujourd’hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est
sur le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus
difficiles et le niveau d’éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du
dixième des foyers, et est plus répandue en milieu rural qu’urbain. Son taux est
particulièrement élevé dans les familles aux revenus modestes, et au faible niveau
d’éducation, alors qu’elle diminue de manière considérable, au fur et à mesure que le
niveau de revenu et d’éducation du chef du foyer augmente. ( 4) Depuis quelques
années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains pays, du fait de sa promotion
par les groupes fondamentalistes.

La polygamie en question

La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21è


siècle ? Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative.
Elles soulignent ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au
foyer, lorsque le mari prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de
manière considérable les ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être
redistribué de manière équitable entre plusieurs épouses et leurs enfants. La
communauté elle-même se trouve concernée, parce que des femmes et des enfants en
grands nombres se retrouvent abandonnés sans ressources et sans abri, par un mari et
un père parti vivre avec sa nouvelle femme.
Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie,
les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte
des prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l’interdiction de la polygamie,
comme le fit la Tunisie en 1956. (6) Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la
matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce
domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les
conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre
part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les
responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font
une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par
certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue,
parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le
Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie

Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles
de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane : « 3. Si vous
craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins... alors épousez ce qui vous
plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être
pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr
moyen d’échapper à la partialité. »
« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du
moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée)
comme en l’air. » (7)
Pour bien saisir le sens de ces versets, et l’importance des règles qu’ils instituent,
il faut les replacer dans le contexte de l’époque de leur Révélation. En Arabie, avant
l’Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes pertes en hommes.
Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état de se
marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de
leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d’épouser autant de femmes
qu’ils le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent.
La polygamie, qui était pratiquée sans aucune restriction, à l’époque, répondait
ainsi à un besoin social, même si ses adeptes ne pensaient qu’à satisfaire leurs désirs
sexuels personnels. Cependant, les épouses ne jouissaient d’aucun droit et servaient,
avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)
Par ailleurs, à l’époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de
nombreuses filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle
d’hommes qui envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais,
ces hommes se demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible
avec les enseignements de la foi à laquelle ils s’étaient convertis.
Le verset 3 s’inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes
de tels agissements, leur recommandant de chercher d’autres femmes à épouser, en
dehors de celles sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la
polygamie. Il plafonne à quatre le nombre maximum d’épouses par homme, et établit des
conditions et des exigences que l’homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier
avec plus d’une femme n’est pas donné à n’importe qui, n’importe comment. » (9)

La condition d’équité envers toutes les épouses

D’après les juristes, le verset 3 impose à l’homme la nécessité de réserver un


traitement juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan
matériel, en respectant scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de
préférence à aucune d’elles par rapport aux autres. S’il craint de ne pas pouvoir faire
cela, il doit se limiter à une seule épouse. De telles règles constituaient une innovation
fondamentale en Arabie.
Le verset 3 impose également au mari d’avoir des ressources financières
adéquates pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu’il n’ait le droit de
prendre plus d’une femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également
des facteurs dont il doit être tenu compte. L’islam n’encourageait donc pas la polygamie.
Bien au contraire, il la restreignait, puisqu’il limitait, désormais, à quatre le nombre de
femmes qu’un homme pouvait prendre simultanément, et établissait la contrainte de
l’équité à respecter.
Le verset 129 avertissait, pour sa part, les hommes qu’ils ne pourraient pas faire
preuve d’équité (dans les sentiments qu’ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers
plusieurs épouses. (10) Mais il n’interdisait pas la pratique. Il appartenait à chaque
homme de prendre ses responsabilités en la matière, de décider en son âme et
conscience s’il serait capable de faire preuve d’équité, sur le plan matériel, et s’il serait
capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les conditions fixées par le
Coran.
Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles De nombreux
auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des
circonstances très particulières de l’époque. (11) On cite souvent, à ce propos, l’exemple
du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa
vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un
très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La
plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient
des enfants de leurs ex-maris. » (12)
D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps
modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre
meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier
peut largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l’épouse est stérile, ou si
elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels avec son mari,
la majorité des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième
femme. (14) Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n’est
légitime, en Islam, que lorsqu’elle est assortie des conditions et des limites prescrites
dans le Coran ; et uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et
rigoureusement respectées.
Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il
faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l’esprit de toutes les conditions
prescrites par l’Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes

(1) Mortada Motahari, « L’Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p.
305
(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »
(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont,
Bouquins, Paris, 2007
(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000
(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11
December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities
(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une
codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995
(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris,
2002, p. 95 et p. 113
(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie)
dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2,
1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 91
(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260
(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93
(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la
femme), Casablanca, 2000, pp. 88-92
(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319
(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324
(14) Muhammad Abduh, « ta’addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A’mal al
kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd.
Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 95
(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322
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Mots clés
Féminisme et Islam Femmes Interprétation du Coran Penseurs de l’islam
Société

Khalid Chraibi
Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions
de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale,
avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
Est-il licite d’interdire la
polygamie ?

Khalid Chraibi

La charia et la polygamie : (2/4)

Les versets coraniques relatifs à la pratique de la polygamie, et les modalités de


leur application en particulier, ont fait l’objet d’un débat animé dans les pays musulmans,
depuis la fin du 19è siècle. Le cheikh d’al-Azhar Mahmoud Shaltout et le mufti d’Egypte
Muhammad Abduh se sont illustrés dans ce débat, en publiant à un demi-siècle
d’intervalle des opinions juridiques de sens opposé, qui sont devenues les textes de
référence incontournables des principaux protagonistes dans ce domaine.

Le cheikh d’al-Azhar et la polygamie

Le Cheikh d’al-Azhar Mahmoud Shaltout (1893-1963) un juriste égyptien éminent,


de tendance moderniste (16) à l’exemple de Muhammad Abduh, a consacré un chapitre
entier de son livre intitulé « al-Islam, ’aqeda wa shari’ah (L’Islam, dogme et charia),
publié dans les années 1950, à la défense, sur un ton parfois passionné, de l’institution
de la polygamie, en se basant sur l’exégèse des versets coraniques concernés. (17)
D’après Shaltout, la polygamie s’est justifiée, à travers l’histoire, du fait d’une plus
longue durée de vie des femmes ; des guerres qui réduisaient de manière massive le
nombre d’hommes en âge de se marier dans un pays ; de l’exercice par les hommes de
métiers dangereux qui s’accompagnent d’accidents mortels ; d’un besoin sexuel ressenti
chez les hommes à un âge plus avancé que chez les femmes...
Le verset coranique 3 de la sourate an-Nissa (n° 4) signifie que l’homme est
autorisé à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, mais il doit être capable de les traiter avec
équité et de subvenir de manière adéquate à leurs besoins matériels. S’il s’en sent
capable, il est habilité à pratiquer la polygamie. Dans le cas contraire, il doit se limiter à
une seule épouse. Chaque homme prend sa décision en son âme et conscience, sachant
qu’il est responsable de ses choix devant Dieu et qu’il aura à rendre compte de ses
actions, le Jour du Jugement.
Aucune autorité étatique ne doit intervenir dans ce processus de décision, parce
qu’elle n’a aucun moyen de savoir si un homme sera capable ou non de faire preuve
d’équité dans ses relations avec ses nombreuses épouses. Elle n’a donc pas à lui donner
l’autorisation de prendre une nouvelle femme, ou à la lui refuser. (18) C’est une affaire
entre cet homme, sa conscience et Dieu.

L’équité au niveau des sentiments


S’adressant au verset coranique 129 de la sourate an-Nissa (n° 4), qui affirme que
les hommes ne seront pas capables de traiter leurs épouses avec équité, Shaltout
observe que certains auteurs l’ont interprété comme remettant en cause la pratique de la
polygamie. Mais, explique-t-il, c’est mal comprendre le sens et le contexte de la
Révélation de ce verset. En réalité, les Croyants se demandaient si l’équité dont ils
devaient témoigner envers leurs épouses, et qui était exigée par le verset 3, s’étendait
au domaine des sentiments. Ils ne savaient pas s’ils seraient capables de ressentir le
même amour, au même degré d’intensité, pour chacune de leurs épouses.
Cela signifiait-il qu’ils devaient se limiter à une seule ? Le verset 129 vint clarifier
la situation. Il explique aux hommes qu’ils ne pourront jamais faire preuve d’équité
envers leurs épouses (au niveau des sentiments qu’ils ressentent en leur for intérieur).
Mais, ils ne doivent pas manifester, dans leur comportement, une préférence marquée
pour certaines d’entre elles, au détriment des autres. (19)
D’après la quasi-unanimité des juristes, l’équité dont les hommes doivent faire
preuve, d’après l’énoncé du verset 3, concerne essentiellement les questions d’ordre
matériel, moral et social (logement, nourriture, vêtements, compagnie sur le plan social,
préoccupation des soucis de chaque femme, témoignages d’affection en privé et de
respect en public, respect de l’alternance dans les rapports sexuels avec toutes les
épouses, etc.). (20)
Shaltout note qu’après la Révélation de ce verset, du vivant du Prophète, les
hommes ont continué d’épouser quatre femmes, ce qui prouve le bien fondé de cette
explication. Il ajoute que la polygamie ne doit pas être restreinte aux situations où la
femme est stérile, ou qu’elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des
rapports sexuels avec son mari.(21) Le Prophète, quand il recommandait aux hommes qui
se convertissaient à l’Islam de ne conserver que quatre épouses, ne leur posait pas de
telles conditions.
Pour Shaltout, les règles qui président à la pratique de la polygamie depuis les
temps de la Révélation, et qui ont fait l’unanimité des juristes, doivent continuer à
s’appliquer dans la société contemporaine, parce qu’elles sont parfaitement conformes
aux prescriptions coraniques.

Muhammad Abduh et la polygamie

Muhammad Abduh (1849-1905), l’un des maîtres à penser du mouvement


réformiste En-Nahda (Renaissance), se situe à l’opposé de Shaltout sur cette question.
Bien qu’il fasse la même lecture que Shaltout des versets 3 et 129 de la sourate an-Nissa
(n° 4), comme il ressort de la comparaison des points sur lesquels ils sont en parfait
accord, (22) Abduh a une vision différente de l’effet de la polygamie sur les foyers et sur
la communauté.
Observant la pratique de la polygamie au sein de la société égyptienne, au cours
de la deuxième moitié du 19è s., il est révolté par ce qu’il voit : les hommes ne
respectent pas les prescriptions coraniques qui doivent conditionner leur comportement
en famille, et se conduisent de manière irresponsable, tout à la poursuite des plaisirs
charnels, comme s’ils n’avaient que des droits et pas de devoirs envers leurs épouses et
leurs enfants ; les femmes ne cessent de se disputer entre elles, et de comploter les unes
contre les autres ; les enfants de différentes mères se détestent, se battent constamment
et empêchent l’établissement de toute quiétude au sein du foyer. Abduh pense que les
effets pervers de la polygamie rongent pernicieusement le tissu familial et social. (23)

Les droits du mari...et ceux des épouses


D’après Abduh, cette pratique s’est bien éloignée de la lettre et de l’esprit des
versets du Coran, pour devenir la première cause des conflits conjugaux et la source
d’innombrables malheurs dans la communauté. Pendant un quart de siècle, il essaie de
sensibiliser la communauté à ce problème à travers des articles, des livres et des
« fatawas » (opinions juridiques). (24) Analysant le verset 3 de la sourate « an-Nissa »
(n° 4), Abduh estime qu’au moment de prendre une nouvelle épouse, tout homme
devrait, normalement, craindre de ne pas pouvoir être équitable envers plusieurs
femmes.
D’ailleurs, le verset 129 de la même sourate affirme que l’homme ne pourra pas
faire preuve d’une telle justice. Abduh pense que ce dernier verset a clairement pour
objet de décourager les Croyants de prendre une deuxième épouse. Donc, si l’on prend
en considération les deux versets à la fois, et si l’on en tire la conclusion que la polygamie
est interdite en Islam, on n’aurait pas tort.
Pourtant, ajoute-t-il, la Sunnah et la pratique témoignent bien de la licéïté de la
polygamie, de manière certaine et irréfutable. (25)
Qu’est-ce que les autorités peuvent faire, dans ce cas, pour réduire ou éliminer les
méfaits de la polygamie sur le plan familial et social ?
Ayant étudié la question sous tous ses angles, Abduh aboutit à la conclusion que
l’examen de la licéïté de la polygamie doit s’effectuer dans le cadre des principes et
règles juridiques du droit musulman qui s’appliquent à l’ensemble de la communauté.
(26)
Ainsi, dans un mariage polygame, il n’y a pas que le mari qui ait des droits, tel que
le droit « inaliénable » de prendre une nouvelle épouse, à sa discrétion. Les différentes
femmes vivant sous le régime matrimonial de la polygamie ont aussi des droits, établis
par la charia, qu’il est nécessaire et légitime de protéger (tels que le droit à l’équité, à la
justice, à l’entretien matériel, pas de préférence donnée sur le plan matériel à une
quelconque des épouses ou à quiconque des enfants par rapport aux autres, pour tout ce
qui a trait à la vie du ménage, etc.). (27)

Les fondements juridiques de l’interdiction

Donc, pour que la pratique de la polygamie soit licite, il ne faut pas que l’exercice
de ses droits, par le mari, viole les droits des autres membres du foyer polygame, qui
sont protégés par les autres principes et règles du droit musulman. (28)
Par contre, s’il s’avère que la pratique de la polygamie résulte inéluctablement
dans la violation de tels droits, ce qui constitue des effets pervers considérables, causant
plus de mal que de bien au sein des familles ; et si, de plus, ces effets pernicieux peuvent
être observés au niveau de l’écrasante majorité des foyers polygames de la
communauté, constituant donc la règle plutôt que l’exception ; alors, les autorités du
pays ont le droit d’interdire la pratique de la polygamie, au nom de l’intérêt général de la
communauté, en application des règles juridiques communément admises dans la charia.
(29)
Appliquant ce raisonnement à la situation qu’il observe dans les foyers polygames
égyptiens, dans la deuxième moitié du 19è siècle, Abduh se convainct que la pratique de
la polygamie peut être remise en cause, sur le plan juridique, de manière parfaitement
légitime, du fait qu’elle produit plus de mal que de bien.
Il formule alors une proposition révolutionnaire pour son époque : compte tenu de
l’expérience vécue (largement négative) de l’ensemble de la communauté en matière de
pratique de la polygamie, celle-ci ne devrait plus être autorisée de manière générale,
comme ce fut le cas jusque-là, mais être restreinte à des situations exceptionnelles,
comme lorsque la femme est stérile, ou qu’elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche
d’avoir des rapports sexuels avec son mari. (30)
Dans une fatwa (opinion juridique) (31) rédigée des années plus tard, vers la fin de
sa vie, alors qu’il occupe les fonctions de mufti d’Egypte, Abduh réétudie la question de
l’interdiction de la polygamie. (32) Il explique qu’il existe de nombreuses règles
juridiques, communément admises en droit musulman, qui peuvent s’appliquer à la
situation, et il en donne trois exemples. (33)
En conclusion de sa fatwa, Abduh affirme qu’ « il est licite en droit musulman
d’interdire aux hommes d’épouser plus d’une femme, sauf en cas de nécessité
impérieuse démontrée au magistrat chargé de cette question. Absolument rien n’interdit
cette prohibition, seule la tradition s’y oppose. » (33)

Notes

(16) Kate Zebiri, Mahmud Shaltut and Islamic modernism, Clarendon Press, Oxford,
1993
(17) Mahmoud Shaltout, “al Islam, ’Aqeda wa shariah”, (L’islam, dogme et charia),
9è éd., Beyrouth, 1977, pp. 178-197
(18) Shaltout, ibid, p. 184
(19) Shaltout, ibid, p. 183
(20) Shaltout, ibid, p. 183
(21) Shaltout, ibid, p. 185
(22) Les points de parfait accord entre Abduh et Shaltout peuvent être résumés
comme suit : L’homme est autorisé à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, mais il doit être
capable de les traiter avec équité et de subvenir de manière adéquate à leurs besoins
matériels. Chaque homme prend sa décision en son âme et conscience. Le verset 129
(qui affirme que les hommes ne seront pas capables de traiter leurs épouses avec
équité), n’abolit pas la polygamie. L’équité dont les hommes doivent faire preuve
concerne essentiellement les questions d’ordre matériel, moral et social (logement,
nourriture, vêtements, compagnie, témoignages d’affection et de respect, alternance
dans les rapports sexuels avec toutes les épouses, etc.).
Les deux auteurs sont d’accord sur le fait que, si le mari ne respecte pas la règle
d’équité, il sera sanctionné le Jour du Jugement. Mais, si l’une de ses épouses souffre de
maltraitance, ou que ses droits sont autrement violés, et que la situation lui devient
insupportable, elle est en droit de porter plainte contre son mari auprès d’un magistrat
qui lancera la procédure prévue par la charia pour résoudre le différend (convocation des
époux, puis des représentants de leurs familles respectives, tentative de réconciliation et,
en cas d’échec de cette dernière, décision du magistrat, qui peut prononcer le divorce).
(23) Muhammad Abduh, « Hukm al-chari’a fi ta’addud al-zawjate » (Les règles de
la charia en matière de polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées
par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 78
(24) Abduh, (a) « Hukm al-chari’a fi ta’addud al-zawjate » (Les règles de la charia
en matière de polygamie) ; (b) « Ta’addud al-zawjate » (La polygamie) ; (c) « Fatwa fi
ta’addud al-zawjate » (Fatwa sur la polygamie), ibid, pp. 78, 84 et 90 respectivement.
(25) Abduh, « Ta’addud al-zawjate », ibid, p. 88
(26) Abduh, « Ta’addud al-zawjate », ibid, p. 88
(27) Abduh, « Fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93 (sur le droit à l’équité, voir
la « Justification n° 1 » pour l’interdiction de la polygamie, p. 94)
(28) Abduh, « Fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 94 (sur les droits des
épouses, voir la « Justification n° 2 » pour l’interdiction de la polygamie, p. 94)
(29) Abduh, « Ta’addud al-zawjate », ibid, p. 88
(30) Abduh, « Ta’addud al-zawjate », ibid, p. 87
(31) Une fatwa, qu’elle émane du Cheikh d’Al Azhar, du Grand mufti d’Egypte, ou
de l’Académie Islamique du Fiqh (AIF) par exemple, n’est pas un texte de loi ou une
décision judiciaire dont l’application s’impose de manière impérative à qui que ce soit.
Son objectif est de présenter un point de vue juridique compétent qui permet à toutes les
parties intéressées de mieux saisir ce que la loi dit sur une question d’actualité, d’après
l’auteur de la fatwa. Les conclusions de la fatwa ne s’imposent qu’à lui-seul.
32) Abduh, « Fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 90
(33) Abduh explique, dans cette fatwa, (pp. 92-95) que la pratique de la polygamie
ne peut être légitime que si l’équité est respectée. Or, l’écrasante majorité des hommes
ne traitent pas leurs différentes femmes avec équité. Par conséquent, les autorités ont le
droit d’interdire la polygamie de manière absolue, compte tenu du comportement de la
majorité de la population.
Abduh étudie également le cas de la maltraitance de certaines des épouses par
leur mari, et la situation des foyers où il est impossible d’instaurer l’harmonie et la
quiétude, du fait que les enfants nés de mères différentes passent leur temps à se battre
et à comploter les uns contre les autres, entraînant les adultes dans leurs disputes.
D’après lui, les autorités peuvent interdire la polygamie dans de telles situations, où il est
évident que les méfaits causés par la polygamie dépassent largement les bienfaits qui
peuvent lui être associés.
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Mots clés
Féminisme et Islam Femmes Musulmans de France Réformisme Musulman
Société

Khalid Chraibi
Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions
de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale,
avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
La diversité des
interprétations dans l’unité de la
charia
Khalid Chraibi

La charia et la polygamie : (3/4)

Evaluation des arguments de Abduh et Shaltout

De l’analyse des argumentaires du mufti d’Egypte Muhammad Abduh et du cheikh


d’al-Azhar Mahmoud Shaltout concernant la pratique de la polygamie, il ressort que les
deux juristes ne s’opposent pas, en réalité, sur des questions de droit, mais plutôt sur leur
vision de la société. En effet, ils font la même lecture des versets coraniques applicables
à la polygamie. Mais ils divergent sur les effets de la polygamie dans la société. Abduh
observe et décrit dans le détail les méfaits de la polygamie dans la société égyptienne de
la fin du 19è s., alors que Shaltout situe son analyse dans le cadre d’une société
islamique idéalisée, où l’équité, l’harmonie et la solidarité règnent au sein des foyers
polygames.
Sur le plan juridique, la fatwa du mufti d’Egypte Abduh, malgré son caractère
révolutionnaire, évolue (comme on pourrait s’y attendre) sur un terrain juridique solide,
des plus conventionnels même. En effet, Abduh ne fait qu’appliquer à l’analyse de la
polygamie les principes et les règles de droit musulman communément admis. Mais, il a
pris soin de placer la pratique de la polygamie sous un nouvel éclairage. A côté des droits
du mari, que nul ne conteste, Abduh déclare qu’il faut également prendre en compte les
droits des femmes et des enfants vivant dans le foyer polygame.
Appliquant à ce dossier ainsi redéfini les outils conventionnels d’analyse du droit
musulman, il débouche sur sa célèbre conclusion. D’après lui, l’interdiction de la
polygamie peut très bien s’effectuer de manière légitime, dans le respect des règles du
droit musulman, en vertu de nombreux principes et règles de la charia qui peuvent
s’appliquer à la situation, dont la règle bien établie selon laquelle « tout ce qui produit
plus de mal que de bien est illicite. »
A l’opposé de Abduh, Shaltout se situe (sur cette question seulement) dans le droit
courant de la pensée du « taqlid » (reconnaissant l’autorité des décisions prises dans le
passé par les Oulémas). Sur le plan juridique, il s’en tient à l’analyse conventionnelle de
la question, telle qu’elle a toujours été défendue par les juristes musulmans. Sur le plan
social, il défend le maintien de cette pratique, parce qu’il croit sincèrement aux bienfaits
de la polygamie, que ce soit pour les hommes (qui évitent ainsi la débauche) ; pour les
femmes (qui trouvent ainsi un mari) ; ou pour la société (où la Vertu règne, et où les
prescriptions divines sont appliquées scrupuleusement).
D’après Shaltout, Dieu a institué le régime de la polygamie pour les musulmans en
toute connaissance de cause des faiblesses humaines. Il l’a assorti de règles dont
l’application relève de la conscience et de la responsabilité de chaque individu. Ces règles
doivent être appliquées de la manière dont elles ont été interprétées depuis les temps de
la Révélation. Il n’appartient pas aux hommes de remettre en cause les prescriptions
divines en ce domaine, sur quelque base que ce soit, ni d’instituer des contrôles qui
rendraient la pratique de la polygamie plus difficile.
Pendant tout le 20è siècle, les opinions juridiques de Abduh et de Shaltout sur la
polygamie ont constitué des documents de référence essentiels dans le dossier du débat.
Mais, le laisser-faire prôné par Shaltout n’était plus tenable sur cette question, compte
tenu de l’évolution des esprits et de la société dans son ensemble, et l’interdiction
souhaitée par Abduh n’était guère envisageable, non plus.
Sous la pression des organisations féminines, des mouvements nationalistes, des
intellectuels et de nombreux oulémas influencés par les idées de Abduh, la majorité des
Etats musulmans ont commencé à développer, dès les années 1950, chacun à son propre
rythme, et en tenant compte de ses spécificités, une position intermédiaire sur cette
question, une « troisième voie » entre le laisser-faire prôné par Shaltout et la thèse de
l’interdiction défendue par Abduh.
Les nouveaux codes de statut personnel adoptés depuis la fin de la 2ème guerre
mondiale dans de nombreux pays musulmans reflètent ainsi, de manière manifeste, la
vision de Abduh concernant la nécessité de prendre en compte et de protéger les droits
de tous les membres de la famille, dans un foyer polygame, et non plus seulement ceux
du mari.

Les codifications nationales

La « troisième voie » développée dans le monde musulman, entre le laisser-faire


prôné par Shaltout et l’interdiction défendue par Abduh, est basée sur le postulat que la
pratique de la polygamie est licite, mais qu’elle doit être accompagnée de garde-fous
pour restreindre les excès qui pourraient être commis par des maris au comportement
trop frivole ou irresponsable. Ses promoteurs cherchent essentiellement à protéger les
droits matériels fondamentaux des épouses et des enfants, au niveau du traitement
équitable des épouses, et de la capacité financière du mari à pourvoir aux frais de
fonctionnement de plusieurs foyers.
Chaque Etat engagé dans cette « troisième voie » a ainsi établi, dans son Code de
Statut Personnel national (ou code de la Famille), des règles spécifiques visant à mieux
contrôler la manière dont la polygamie était pratiquée dans le pays. Ce faisant, il a tenu
compte de ses traditions, de ses spécificités, des objectifs qu’il cherchait à atteindre, ainsi
que de divers facteurs d’ordre politique, économique, social ou religieux. En
conséquence, les règles figurant dans les codes actuels du monde musulman reflètent un
vaste éventail de choix.(34)
Cependant, d’après une récente étude réalisée par Rand Corporation et Woodrow
Wilson International Center for Scholars, il existe des points de convergence importants
entre les codes qui cherchent à restreindre la pratique de la polygamie. Ils utilisent
fréquemment des stipulations telles que les suivantes : (35)
La première épouse doit être informée de l’intention du mari de prendre une
nouvelle femme. Elle doit donner son consentement à ce remariage, ou obtenir le
divorce.
Le mari doit prouver au magistrat que le nouveau mariage est « juste et
nécessaire » (en établissant, par exemple, que sa première femme est stérile ; ou est
incapable d’avoir des rapports conjugaux ; ou qu’elle a une infirmité physique grave ; ou
qu’elle refuse d’avoir des rapports sexuels ; ou qu’elle souffre de maladie mentale...).
Le mari doit donner l’assurance que le nouveau mariage n’affectera en rien
l’existence de sa première femme et de ses enfants. Il doit garantir qu’il pourra faire
preuve d’équité envers tous les membres du foyer. Il doit prouver qu’il dispose de
ressources financières d’un niveau adéquat et stable pour pourvoir aux besoins matériels
de plusieurs ménages.

Dans certaines cas exceptionnels, et en application de la règle d’équité, le mari a


l’obligation de prévoir un logement séparé pour chacune de ses femmes.

Le contrôle judiciaire de la pratique de la polygamie

L’examen des pratiques spécifiques par pays démontre l’existence de nombreuses


variantes au niveau des principales règles appliquées par les Etats pour mieux contrôler
la pratique de la polygamie. On peut relever, à titre d’illustration de cette diversité, les
règles suivantes : (35)
En Indonésie, la règle de base du mariage est la monogamie, mais la polygamie
n’est pas interdite à ceux dont la religion autorise cette pratique. Le tribunal doit
autoriser le mariage en polygamie, après consentement des autres épouses du mari, qui
doit prouver qu’il existe une nécessité pour ce mariage (maladie incurable de l’épouse,
stérilité, etc.) L’époux doit garantir qu’il traitera toutes les épouses et tous les enfants de
manière juste et équitable.
Au Maroc, le mariage polygame doit faire l’objet d’une autorisation judiciaire.
L’épouse peut interdire à son mari de prendre une autre femme, par le biais d’une clause
dans le contrat de mariage. La première femme et la nouvelle doivent être informées à
l’avance de l’existence l’une de l’autre. La première femme peut demander le divorce, si
son mari insiste pour se remarier.
En Algérie, le mari doit justifier la nécessité du mariage avec une nouvelle femme,
disposer des ressources nécessaires pour pourvoir à l’entretien de toutes les épouses, et
s’engager à traiter ces dernières avec équité. Les épouses existantes et nouvelles doivent
être informées de l’intention du mari de se remarier, et fournir leur consentement attesté
par un juge. Au cas où une épouse estime avoir subi un préjudice du fait de ce mariage,
elle peut demander le divorce.
Au Bangladesh, à Singapour et aux Philippines, le mariage en polygamie doit
également faire l’objet d’une autorisation officielle du Tribunal. En Jordanie, l’homme doit
traiter ses différentes épouses avec équité et affecter un logement séparé à chacune
d’elles.
En Egypte, les épouses peuvent demander le divorce, si elles peuvent prouver que
le remariage de leur mari leur porte préjudice.
En Malaisie, la cour de justice de la charia doit autoriser tout mariage polygame.
Le candidat doit justifier par écrit que le mariage proposé est nécessaire et juste ; qu’il
dispose de ressources adéquates ; qu’il pourra traiter ses épouses avec équité ; et que la
première femme ne subira aucun préjudice du fait de son remariage. Chacune des quatre
conditions est d’importance égale et doit être séparément établie et validée.
Au Pakistan, la polygamie est restreinte. Un homme n’obtient l’autorisation de
prendre une deuxième femme que dans des circonstances déterminées. Si le mari ne
respecte pas les procédures légales, ses épouses peuvent le poursuivre en justice.
En Syrie, une permission du juge est requise. Le mariage polygame peut être
refusé, sauf dans les cas exceptionnels prévus par la loi. Le mari doit faire preuve de sa
capacité financière à entretenir les deux ménages. La polygamie est interdite en Turquie
depuis la révolution de Mustepha Kémal et la substitution du Code civil Suisse à la charia
(1926), en Tunisie depuis l’indépendance en 1956, ainsi que dans un certain nombre
d’Etats africains (Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Nigéria, Rwanda, Zaïre), asiatiques (Inde,
Uzbekistan, Kyrgyzstan, Tajikistan), et du Pacifique (Iles Fiji). Mais, dans la pratique, les
hommes trouvent beaucoup de façons de contourner l’interdiction. (36) (37)

Critiques des codifications contemporaines

De nombreuses associations féminines sont insatisfaites des mesures de contrôle


de la polygamie instituées par les autorités, dans les pays musulmans. A leur avis, celles-
ci sont inefficaces, du fait du jeu combiné de plusieurs facteurs, dont on peut lister, à titre
d’illustration, les exemples suivants :
les mesures de contrôle reposent sur l’utilisation de critères qualitatifs, dont
l’appréciation est laissée nécessairement à la discrétion de magistrats qui ont une grande
marge de maneuvre en la matière ;
les critères d’ordre juridique sont interprétés diversement par les magistrats,
souvent en fonction de leurs convictions personnelles ;
les hommes qui sont décidés à prendre une nouvelle femme trouvent toujours
moyen de contourner les dispositions légales en la matière ;
concernant l’application de la règle d’équité entre les différentes épouses, dans un
foyer polygame, il existe un grand fossé entre les déclarations d’intention des candidats
au mariage avec une nouvelle épouse, et leurs actes, une fois le mariage polygame
conclu ;
L’option de divorce accordée à la femme qui ne consent pas au remariage de son
époux ne constitue pas une option viable, sur le plan concret. En effet, la femme a
le choix entre subir son sort en restant dans un foyer polygame, ou obtenir le
divorce et se retrouver, le plus souvent, livrée à elle-même, sans logement, sans
ressources, et avec des enfants à charge. (38)

Notes

(34) D’excellentes études comparatives de l’application de la charia dans les


différents pays musulmans ont été publiées au cours des dernières années, parmi
lesquelles on peut relever les travaux suivants, particulièrement méthodiques et
exhaustifs dans leur discussion de la situation par pays : Women Living Under Muslim Law
(WLUML), “Knowing our rights”, 3rd ed., 2006 ; Abdullahi A. An-Na’im, ed., “Islamic Family
Law in a changing world”, London, Zed Books, 2002 ; Rand Corporation and Woodrow
Wilson International Center for Scholars, ““Best practices” Progressive family laws in
Muslim countries”, 2005
(35) Rand Corporation, ibid, p. 12 et WLUM, ibid, pp. 197-212
(36) WLULM, ibid, p. 204.
(37) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000
(38) WLUML, ibid, pp. 198-199
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Afghanistan International Interprétation du Coran Moyen-orient Société
Khalid Chraibi
Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions
de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale,
avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.

Charia : Qui décide de ce qui


est licite ?

Khalid Chraibi
La stratégie des meilleures pratiques

Les ONG spécialisées dans la protection des droits des femmes dans les pays
musulmans développent, depuis quelques années, une nouvelle stratégie pour surmonter
les problèmes rencontrés dans l’application des règles de la charia.
Cette stratégie est fondée sur le postulat suivant : « Du moment que toutes les
mesures appliquées dans le domaine du contrôle de la polygamie sont considérées par
les oulémas comme « conformes à la charia », malgré leur très grande diversité ; et
puisqu’il existe, dans ce large éventail de mesures, des règles appliquées dans des pays
déterminés, qui protègent mieux que d’autres les droits des femmes et des enfants ;
alors ce sont ces mesures, qualifiées de « meilleures pratiques », dont les ONG réclament
l’application dans les pays musulmans, en substitution aux mesures en vigueur, quand
ces dernières sont moins efficaces pour atteindre les objectifs recherchés. » (39)

L’exemple tunisien

L’ONG « Women Learning Partnership » (WLP) a ainsi dressé un tableau comparatif


des « meilleures pratiques » utilisées dans les pays musulmans, au niveau des principales
rubriques des codes de statut personnel (ou droit de la famille). Concernant la polygamie,
la « meilleure pratique », de l’avis de WLP, est l’interdiction pure et simple appliquée par
la Tunisie. (40) Le Collectif 95 Maghreb Egalité, regroupant les principales ONG de
défense des droits des femmes au Maroc, en Algérie et en Tunisie, réclame lui aussi
l’adoption d’une telle mesure. (41)
En effet, d’après ces associations, une telle interdiction permet de résoudre, de
manière efficace et définitive, tous les problèmes familiaux et sociaux associés à la
pratique de la polygamie. Et, comme l’a affirmé le mufti d’Egypte Muhammad Abduh
dans sa fatwa sur cette question : « il est licite en droit musulman d’interdire aux
hommes d’épouser plus d’une femme, sauf en cas de nécessité impérieuse démontrée au
magistrat chargé de cette question. Absolument rien n’interdit cette prohibition, seule la
tradition s’y oppose. » (42)

L’exemple marocain

Certaines associations féminines, cependant, comme « Sisters in Islam » (SIS) de


Malaisie, (43) ne sous-estiment pas le poids des traditions comme facteur de blocage
dans la voie des réformes en ce domaine. Elles oeuvrent pour l’adoption d’une autre
« meilleure pratique », moins révolutionnaire peut-être que l’option tunisienne, mais qui
serait déjà appliquée dans un pays musulman avec de bons résultats, et qui serait plus
acceptable pour les oulémas et la population de manière plus générale.
Les mesures relatives au contrôle de la polygamie figurant dans le « Code de la
famille » du Maroc, après sa révision en 2004, constituent, à cet égard, d’après de
nombreuses associations de défense des droits des femmes, un bon exemple de
codification en ce domaine. (44)

Charia : Qui décide de ce qui est licite ?


Comme il ressort de la diversité des règles juridiques appliquées dans le monde
musulman en matière de pratique de la polygamie, et des justifications dont elles sont
assorties, les arguments présentés par les différentes parties au débat sont souvent
parfaitement cohérents et défendables, chacun dans le cadre de sa propre ligne de
pensée, sur le plan social, et en se basant sur sa propre école juridique comme référence.
C’est ce qui ressort également du débat (virtuel) entre le mufti d’Egypte Muhammad
Abduh et le cheikh d’al-Azhar Mahmoud Shaltout au sujet de l’interprétation et de
l’application des règles de la charia relatives à la polygamie.
Pour comprendre la logique de cette diversité de règles et d’arguments, il faut
placer le débat dans sa véritable perspective. Dans ce but, il faut tout d’abord souligner
qu’aussi bien Shaltout que Abduh ne font qu’exposer leur opinion juridique sur la question
de la polygamie. C’est une « fatwa » qui permet à leurs lecteurs de mieux saisir ce que la
loi dit, d’après eux, sur cette question. Mais, comme toute fatwa, elle ne s’impose à
personne. Comme l’explique Sheikh Abdul Mohsen Al-Obeikan, vice-ministre de la Justice
d’Arabie Saoudite, « même les décisions de la Chambre d’Ifta (organisation saoudienne
officielle de fatwa) ne s’imposent à personne, que ce soit aux individus ou à l’Etat. » (45)
Le professeur Ahmed Khamlichi, Directeur de Dar al Hadith al Hassaniya (du
Maroc) observe, à cet égard : « Les ulémas n’ont pas le monopole d’interprétation de la
charia. Evidemment ils doivent être consultés au premier plan sur les questions de la
charia. (Mais) ce ne sont pas eux qui font la loi religieuse, de même que ce ne sont pas
les professeurs de droit qui font la loi, mais les parlements. » (46)
De fait, il n’existe pas de hiérarchie religieuse en Islam. Il n’existe pas, non plus,
d’autorité suprême capable de statuer sur ce qui est licite ou illicite, pour l’ensemble du
monde islamique.
Ainsi, comme le note le vice-Ministre de la Justice d’Arabie Saoudite, même une
fatwa de l’Académie Islamique du Fiqh (AIF) ne s’impose à aucun des 43 Etats membres
de cette institution spécialisée de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Elle
n’a de valeur que comme l’expression d’un point de vue juridique par un organisme
spécialisé, à l’instar d’un exposé dans les livres de fiqh.

L’interprétation de la charia dans le cadre de chaque Etat

La charia est, de fait, interprétée et appliquée dans le cadre de chaque Etat, en


fonction de ses propres choix. Ce sont les autorités politiques, religieuses et législatives
de chaque pays musulman, agissant de concert, soit par consensus, soit par négociation,
qui détiennent ainsi le pouvoir de décider de ce qui sera considéré comme licite dans le
pays (en puisant dans la base de données de toutes les options que la charia peut offrir
sur une question donnée).
L’élaboration des codes de statut personnel (ou de droit de la famille) fournit une
bonne illustration de la démarche appliquée.
Les gouvernants choisissent, dans un éventail de solutions, toutes considérées
comme licites en Islam, celle qui répond le mieux à leurs objectifs. L’option sélectionnée
est examinée avec toutes les parties concernées, et en particulier avec les autorités
religieuses (comme le Mufti ou le Conseil des Oulémas), puis fait l’objet d’un projet de
texte de loi qui est présenté au Parlement pour discussion et approbation. Une fois ce
texte adopté par le Parlement, puis entériné par toutes les instances institutionnelles
concernées, il est publié au « Journal Officiel » du pays. Il acquiert alors force de loi, et
devient le texte juridique de référence pour déterminer ce qui, dans cet Etat, est
considéré comme licite en Islam, dans le domaine concerné. C’est sur la base de ce texte
de loi que tous les actes juridiques devront être préparés, et que les tribunaux du pays
seront appelés à statuer.
Mais, ce qui est considéré comme licite dans un Etat musulman, à un moment
donné, sur une question donnée, peut être considéré comme illicite dans un autre Etat
musulman, au même moment.

Le cas de la Tunisie

L’interdiction de la polygamie en Tunisie en fournit une bonne illustration. Aux


yeux des autorités tunisiennes, cette interdiction est parfaitement licite, puisqu’elle est
fondée sur des principes et des règles communément admis en droit musulman. S’il
fallait des preuves de sa licéïté, il n’y aurait qu’à citer la fatwa du mufti d’Egypte,
Muhammad Abduh, ou du ’alem de la Qarawiyine Allal el Fassi, (47) qui ont tous deux
appelé de leurs voeux cette interdiction. Ils ont développé, à cet effet, une argumentation
juridique solide, que nul juriste musulman de renom n’a jamais remise en cause, alors
qu’il s’est écoulé plus d’un siècle depuis la fatwa de Abduh et un demi-siècle depuis les
écrits de Fassi.
La licéïté de l’option tunisienne est également corroborée par le fait qu’au
Bangladesh, pays réputé pour son conservatisme sur le plan d’application de la charia, la
Division spécialisée de la Haute Cour de Justice a rendu en 1999 un jugement
décourageant fortement la pratique de la polygamie dans le pays, et demandé au
Ministère de l’Intérieur d’étudier de manière approfondie s’il était « possible ou non
d’interdire la polygamie ». Elle suggéra au Ministère que la même ligne de raisonnement
utilisée en Tunisie pour interdire la polygamie pourrait s’appliquer au Bangladesh. (48)

Les facteurs explicatifs de la diversité des règles

Mais, d’autres Etats maintiennent un point de vue opposé, en se fondant sur


d’autres principes et règles du droit musulman qui sont, également, communément
admis. Une telle situation n’est pas rare, et s’explique par le jeu combiné de plusieurs
facteurs :
Les pays musulmans appartiennent à des écoles de pensée juridique, ou rites,
différents (Abu Hanifa, Malek ibn Anas, Chafi’i, Ibn Hanbal, Shi’a), dont chacun a
développé sa propre méthodologie pour étudier les mêmes questions ;
Les oulémas peuvent interpréter différemment des textes de référence religieux
dont l’énoncé se prête parfois à de multiples interprétations ;
Une certaine confusion prévaut, dans certains cas, entre les coutumes et les
traditions nationales d’une part, et les prescriptions religieuses proprement dites, d’autre
part. (49)
De plus, les textes de loi basés sur la charia, qui sont en vigueur dans un pays
musulman, évoluent avec le temps. Chacun d’eux fait l’objet de modifications plus ou
moins importantes, en fonction des circonstances, et de l’évolution de la société. Ce qui
était licite à un moment donné peut devenir illicite à un autre moment, et vice versa,
quand la loi nationale applicable a été modifiée. C’est une situation que l’on observe
régulièrement, à l’occasion de la révision des codes de statut personnel (ou codes de la
famille) nationaux. (50) Car, si les valeurs et les principes de la charia sont immuables,
les règles d’application des prescriptions religieuses (telles qu’elles figurent dans les
codes nationaux, par exemple) s’adaptent aux nouvelles circonstances sociales.
C’est cette faculté qu’a la charia d’être réinterprétée, compte tenu de nouvelles
circonstances, (lorsque les autorités politiques, religieuses et législatives, agissant de
concert, optent pour le changement), qui donne toute sa crédibilité à l’affirmation des
juristes musulmans, selon laquelle « la charia peut s’appliquer en tous temps, en tous
lieux et en toutes circonstances. » (51)
Notes

(39) Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures


pratiques », Oumma.com, 6 et 20 mars 2009
(40) Women Learning Partnership (WLP) : « Best practices in family law : country
comparisons »
(41) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une
codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995 ; et “Dalil (guide) de l’égalité
dans la famille au Maghreb”, 2003
(42) Muhammad Abduh, « Fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, pp. 90 et 92-95
(43) Sisters in Islam, Malaysia, « Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11
December 1996 », a memorandum to the Malaysian authorities ; et “Best practices in
family law” ; et Sisters in Islam, Malaysia, website, article on « Polygamy »)
(44) Royaume du Maroc, Ministère de la Justice, « Guide pratique du code de la
famille », Rabat, 2007
Voici les principales dispositions applicables à la polygamie : L’article 40 du code
spécifie que « la polygamie est interdite lorsqu’une injustice est à craindre envers les
épouses. Elle est également interdite lorsqu’il existe une condition de l’épouse en vertu
de laquelle l’époux s’engage à ne pas lui adjoindre une autre épouse. »
L’article 41 précise que « le tribunal n’autorise pas la polygamie dans les cas
suivants :
lorsque sa justification objective et son caractère exceptionnel n’ont pas été
établis ;
lorsque le demandeur ne dispose pas de ressources suffisantes pour pourvoir
aux besoins des deux foyers et leur assurer équitablement l’entretien, le logement et les
autres exigences de la vie. »
En l’absence d’empêchements du type indiqué, le candidat à la pratique de la
polygamie doit présenter au tribunal une demande d’autorisation à cet effet. La demande
doit indiquer les motifs objectifs et exceptionnels justifiant la polygamie et doit être
assortie d’une déclaration sur la situation matérielle du demandeur.
Le tribunal convoque la première femme en vue de l’informer du désir de son mari
de prendre une nouvelle femme. Il entend la femme et son mari. Il peut ensuite autoriser
le mari à prendre une nouvelle femme, si les motifs invoqués par ce dernier revêtent un
caractère objectif et exceptionnel et si la demande remplit toutes les conditions légales
qui lui sont attachées. Si la première femme n’est pas d’accord sur cette décision, elle
peut demander le divorce. Le tribunal fixe un montant correspondant à tous les droits de
l’épouse et de leurs enfants que l’époux a l’obligation d’entretenir. L’époux doit consigner
la somme fixée dans les sept jours. Une fois cela fait, le tribunal prononce un jugement de
divorce
(45) Abdul Mohsen al-Obeikan, « Interview au quotidien « Asharq alawsat » du
09/07/2006, à propos de la valeur juridique d’une fatwa de l’Académie Islamique du Fiqh
(AIF) »
(46) Ahmed Khamlichi, « Point de vue n° 4 » (en arabe), Rabat, 2002, p. 12
(47) Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L’Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979, pp. 287-
294 ; et “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le rapprochement :
explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000, pp. 178-193
(48) Bangladesh, High Court Division, Elias v Jesmin Sultana, 51 DLR (AD) (1999),
cité dans WLUML, Knowing our rights, p. 208 (49) Par exemple, la charia interdit-elle à la
femme de conduire un véhicule, comme l’ont affirmé pendant les deux dernières
décennies les autorités politiques saoudiennes, sur la base d’une fatwa du Grand Mufti du
pays ? (Voir Khalid Chraibi, « La charia et les droits de la femme au 21è siècle »,
Oumma.com, 11 mars 2008)
(50) Les révisions importantes dont les codes de statut personnel d’Egypte (2000),
de Mauritanie (2001), du Maroc (2004) et d’Algérie (2005), entre autres, ont fait l’objet
ces dernières années, illustrent cette proposition.
(51) Yusuf al-Qaradawi, « Chari’at al-Islam, khouloudouha wa salahouha littatbeq fi
koulli zamanin wa makan » (Le droit musulman, sa pérennité et sa capacité d’application
en tous temps et en tous lieux), al-maktab al-Islami, Beyrouth, 4è éd., 1987

Ouvrages utilisés

« Le Coran », Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris,
2002
Muhammad Abduh, “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes) tomes 1 et 2, 1ère
éd. Beyrouth (1972)
Abdullahi A. An-Na’im, ed., “Islamic Family Law in a changing world”, London, Zed
Books, 2002
Abdel Nasser Tawfiq al-’Attar, « ta’addud al-zawjat fi al-charia al-islamiya » (La
polygamie en droit musulman), 5è éd., Le Caire, 1988
Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »
Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000
Alya Chérif Chamari, “La femme et la loi en Tunisie”, Ed. Le Fennec, Casablanca,
1991
Mounira M. Charrad, “States and women’s rights – The making of postcolonial
Tunisia, Algeria and Morocco”, U. of California Press, Berkeley, 2001
Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont,
Bouquins, Paris, 2007
Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification
égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995
Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Dalil (guide) de l’égalité dans la famille au
Maghreb”, 2003
Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures
pratiques », Oumma.com, 6 et 20 mars 2009
Khalid Chraibi, « La charia et les droits de la femme au 21è siècle », Oumma.com,
11 mars 2008
Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L’Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979
Allal el Fassi, “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le
rapprochement : explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000 Tahar el
Haddad, “Notre femme dans la religion et la société”, 1930, Maison tunisienne d’édition,
Tunis, 1970
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Mots clés
Féminisme et Islam Monde Musulman Société

Khalid Chraibi
Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions
de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale,
avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
Du même auteur, à lire sur oumma.com :
• Charia : Qui décide de ce qui est licite ?
mercredi 4 novembre 2009
• La diversité des interprétations dans l’unité de la charia
vendredi 23 octobre 2009
• Est-il licite d’interdire la polygamie ?
vendredi 2 octobre 2009
• La charia et la polygamie (1/4)
vendredi 25 septembre 2009
• Droits de la femme en Islam : la stratégie des « meilleures pratiques » (2/2)
vendredi 20 mars 2009
• Droits de la femme en Islam : la stratégie des « meilleures pratiques » (1/2)
vendredi 6 mars 2009
• Le calendrier musulman en 10 questions (2/2)
lundi 29 septembre 2008
• Le calendrier musulman en 10 questions (1/2)
vendredi 26 septembre 2008
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un esclave »
vendredi 18 avril 2008
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mardi 11 mars 2008
• Islam, laïcité et droits humains
mardi 8 janvier 2008
• La charia, le « riba » et la banque
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