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Monsieur le Président de la République

Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
F – 75008 Paris
FRANCE

Bruxelles, le 4 novembre 2009

Monsieur le Président de la République,

Concerne : Candidature de Monsieur Herman Van Rompuy à la Présidence de l’Union


Européenne.

Par la présente, en tant que Francophone de Belgique, je tiens à vous faire part de toute
mon inquiétude, ayant pris connaissance de la candidature de Monsieur Herman Van
Rompuy, chrétien-démocrate flamand (CD&V), au poste de Président de l’Union Européenne,
et ce pour les raisons suivantes.

D’une part, Herman Van Rompuy est l’auteur de la proposition de loi modifiant les lois
électorales, en vue de scinder la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV,
Lien). Elle a été votée le 7 novembre 2007 en Commission de l'Intérieur de la Chambre, majorité
flamande, s’appuyant sur les partis nationalistes et fascistes flamands, contre minorité
francophone. Cet épisode fut qualifié de rupture du « pacte des Belges », qui veut qu’une
communauté s’abstienne de tout vote sectaire contre une autre communauté. La proposition de loi
est actuellement suspendue par une procécure en conflit d'intérêts enclenchée par le Parlement de
la Communauté germanophone le 26 octobre 2009.

Si cet arrondissement électoral est effectivement scindé, les 150 mille francophones de la
périphérie bruxelloise perdraient la possibilité de voter pour des candidats francophones
bruxellois aux élections législatives et européennes. Elle entraînerait également la scission de
l’arrondissement judicaire et donc la perte, pour les francophones, de la possibilité de se faire
entendre en français devant les juridictions de Hal-Vilvorde. Et si la Flandre venait à prendre son
indépendance, la frontière de l'Etat flamand serait difficilement contestable, avec la conséquence
que la Région de Bruxelles-Capitale, à 92% francophone, se retrouverait définitivement enclavée
dans un Etat unilingue Flamand, aux frontières devenues intangibles.
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D’autre part, Herman Van Rompuy considère que les « facilités » linguistiques, dans les six
communes à statut spécial de la périphérie bruxelloise, où vivent plus de 75% de francophones,
ont été accordées à titre provisoire, alors qu’elles ont été « bétonnées « , c'est à dire implicitement
inscrites dans la Constitution, à l'article 129 § 2. (Lien). Il refuse que ces communes soient
rattachées à la région bruxelloise (et deviennent ainsi bilingues), en échange de la scission de
BHV, ce qui permettrait de mettre à égalité les droits des néerlandophones et francophones de ces
communes et de relier territorialement Bruxelles à la Wallonie. A cet égard, la scission de BHV
permettrait de consolider l’homogénéité territoriale et linguistique de la Flandre.

Herman Van Rompuy conteste également l'existence de nombreuses vexations et discriminations


à l'encontre de la minorité francophone qui a été arbitrairement enclavée en Flandre lors du tracé
de la frontière linguistique en 1962-1963 (lien: BHV: la carte interactive des discriminations).
Elles sont pourtant dénoncées par les plus hautes instances internationales (Commission
européenne, Parlement européen, Conseil de l'Europe, ONU, etc.). Herman Van rompuy a déclaré
dans l'Echo (Lien): "ce qui m'énerve, c'est qu'on essaie de donner de la Flandre une image
d'intolérance et de repli sur elle-même … En Flandre, on n'a pas besoin des Wallons.
Culturellement, la Wallonie c'est l'étranger".

Enfin, j’attire votre attention sur le fait qu’Herman Van Rompuy préside depuis 1999 la section
de Rhode-Saint-Genèse de l'association pan-néerlandaise "Orde van den prince" (en référence à
Guillaume d’Orange le Taciturne, 1533-1584, considéré comme le fondateur de la nation
néerlandaise, Lien). Cette association prône le renforcement de l’union culturelle et linguistique
entre les Pays-Bas et la Flandre, ce qui est louable, mais surtout la fusion des Pays-Bas et de la
Flandre, qui annexeraient Bruxelles et les Pays-Bas Français. C’est aussi cette association du
« mouvement flamand » qui finance les « missionnaires » flamands dans les « Maisons du
Néerlandais » (« Vlaams Huis ») du Nord-Pas de Calais

L’attribution de ce poste essentiel à Monsieur Herman Van Rompuy serait indigne des
idéaux de l’Union Européeenne: la protection des Droits de l’Homme et, en particulier des
droits de la minorité francophone de Belgique, arbitrairement enclavée en Flandre et
soumise à « la loi du nombre », qui veut que la majorité flamande, appuyée par l’extrême
droite, puisse décider unilatéralement, sans négociations, contre la minorité francophone,
et à son détriment. En conséquence, j’estime de mon devoir de vous demander d’user de
toute votre influence pour avertir les diplomates de l’Union Européenne du danger que
représenterait l’attribution de Président de l’Union Européenne à Monsieur Herman Van
Rompuy.

En vous remerciant de l’intérêt que vous daignerez réserver à la présente requête, je vous
prie d’agréer, Monsieur le Président de la République française, l’expression de ma haute
considération.

(signature)

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