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GROUPE DES VERTS

Bordeaux, le 28 février 2005

A Messieurs les Commissaires Enquêteurs

Objet : Enquête publique concernant le projet Valorizon, commune d’ Izon en Gironde - Contribution à
l’enquête publique Projet Valorizon Lyonnaise des Eaux

Monsieur le Commissaire enquêteur,

Par l’avenant n°2, en date du 26 février 2001, du contrat d’affermage du service de l’assainissement,
la Communauté Urbaine de Bordeaux a chargé Lyonnaise des eaux de la prise en charge de
l’élimination des boues issues de ses stations d’épuration urbaines.
Elu communautaire de Mérignac depuis Mars 2001 et Vice Président de la Communauté Urbaine de
Bordeaux depuis Décembre 2004, je tiens à manifester mon désaccord ainsi que celui du groupe
politique des Verts concernant le projet Valorizon de traitement des boues de la Lyonnaise des Eaux à
Izon.

1/ La situation actuelle

Suite à la mise en demeure préfectorale du 19 juin 2002, la CUB a lancé un vaste programme de mise
en conformité de ses stations d’épuration qui se traduira par une meilleure épuration des eaux usées,
mais aussi, corollairement, par une augmentation significative et progressive du tonnage des boues à
éliminer. D’ici 2013, selon les estimations 20 000 tonnes de boues brutes viendront s’ajouter aux
25 000 tonnes actuelles pour un équivalent de 8312,6 tonnes de matières sèches (cf doc 1 ci-joint
extrait du rapport de la Lyonnaise des Eaux 2003 page 169).

Pour appréhender au mieux le dossier il faut distinguer les boues brutes qui peuvent plus ou moins se
déshydrater, des matières sèches qui sont le résultat « in fine » de la pollution retenue dans les
stations d’épuration. Les boues brutes sont liquides ou quasi liquides et en augmentant son taux de
siccité, par différents traitements au niveau de la station d’épuration, on diminue les volumes de boues
brutes à quantité de matières sèches égales. Si le séchage ne réduit pas la présence possible de
pollution dans les boues, en revanche, l’augmentation du taux de siccité facilite la valorisation de la
matière sèche. Ainsi une boue séchée à 70 % voir 80 % à un PCI, pouvoir calorifique inférieur,
équivalent a celui des ordures ménagères et peut être incinérée comme telle, sans équipement
spécifique, dans un incinérateur classique, sans limitation de volume, selon les autorisations.

Des capacités inexploitées à Louis Fargue, 3 000 tonnes !

C’est le procédé mis en œuvre à la station Louis Fargue par la Lyonnaise des Eaux qui permet
d’envoyer une partie des boues séchées dans les fours de la cimenterie SCORI. Comme l’explique
Lyonnaise des Eaux dans le même rapport (doc 2 extraits page 92) « le tonnage des boues
transportées est divisé par trois du fait du séchage ».

D’ailleurs le sécheur de Louis Fargue présente la capacité de sécher 15 000 tonnes de boues brutes
par an d’une siccité initiale de 29 % à une siccité finale de 80 à 85 % (référence permis de
construire déposé le 5/11/2001 par la Lyonnaise des Eaux numéro PC 33 063 01 21480).
Ces 15 000 tonnes correspondent à environ 5000 tonnes d’équivalent matières sèches.
Sur la base des données 2003 (cf doc 1 page 169), le sécheur à éliminé 1947 tonnes, il reste donc
encore une capacité d’éliminer 3000 tonnes de matières sèches ou 9000 tonnes de boues brutes
environ.

Un potentiel de 1500 tonnes de matières sèches à Astria !

Enquête publique Valorizon, position du groupe des Verts, 28 Février 2005 1


Les boues à très faible taux de siccité entre 15 et 25 % peuvent également être co- incinérées en
étant mélangées avec les ordures ménagères, cette technique est employée à Bègles Astria et
Cenon. Actuellement, l’élimination des boues de la CUB est assurée principalement en co-incinération
avec les déchets ménagers dans les incinérateurs de Bègles, (voire doc 2 ci-joint « rapport annuel
eau 2003 » annexe assainissement page 169), 8 357.8 tonnes de boues brutes/an soit 2 772,
tonnes d’équivalent matières sèches et de Cenon, 10826.6 tonnes de boues brutes soit 2 656 de
matières sèches et également en cimenterie SCORI 2 195 tonnes de boues brutes soit 1864
tonnes de matières sèches. Soit un total de matières sèches de 7 292 tonnes par an aujourd’hui.
Au demeurant, selon l’exploitant de l’incinérateur Astria, sur les bases actuelles, il reste encore des
capacités d’incinération, environ 3 à 4 mille tonnes des boues brutes à faible taux de siccité (20%),
ceci en équipant le 3ème four des injecteurs nécessaires à l’instar des deux autres fours déjà équipés.
Cette possibilité d’optimiser le 3 ème four d’ Astria est confirmée par les propos tenus par Mr Turon,
Vice Président de la CUB en charge de l’assainissement et donc du dossier, lors de la commission
du 26 Novembre 2004 (cf doc 3 page 10 compte rendu de commission du 26 Novembre) :

Extrait « De plus Mr Turon informe qu’il a insisté sur la ferme volonté de la CUB de traiter sur
son territoire le maximum de boues provenant des 27 communes et dans cette optique,
l’équipement en co-incinération du troisième four à l’usine d’Astria de Bègles pourrait être
envisagé. De même, une autre piste de réflexion est menée visant à proposer une filière de
valorisation agricole lorsque la qualité des boues le permet. »

Ainsi la capacité actuelle de 7 à 8 mille tonnes de boues brutes par an sur Astria pourrait passer à
11 ou 12 mille t/an. Ceci laisse une marge de progrès de 1000 à 1500 tonnes de matières sèches.
Rien que pour la co-incinération on dégage un potentiel de 2772+2656 + 1500 soit 6928 tonnes de
matières sèches auxquelles il convient d’ajouter la cimenterie,1864 tonnes et les 3000 tonnes de
Louis FARGUE. Il existe bel et bien des marges de progrès à partir des installations actuelles, soit un
potentiel d’élimination de 11 792 de tonnes matières sèches au lieu de 7292 tonnes actuelles.

Les boues entre 20 et 50 % de siccité peuvent aussi être valorisée en agriculture sous forme
d’épandage ou bien de compost, c’est ce que fait la société Pena à St Jean D’Illac qui a une
autorisation de 35 000 tonnes sous exploitée et qui pourrait être utilisée par la Lyonnaise et donc par
la CUB et ainsi par exemple confirmer les propos tenus par MR TURON dans la commission déjà cité
(cf doc 3) sur la recherche de solution en agriculture.

On constate qu’aucune étude d’optimisation des équipements actuels n’a été fait que ce soit
sur les incinérateurs ou sur les équipements des stations d’épuration de la CUB ou sur les
possibilités de valoriser en agriculture.

Il convient donc de résonner en équivalent tonnes de matières sèches, car il permet de comparer ou
d’envisager les divers usages. Cette notion n’apparaît pas en permanence dans le dossier c’est aussi
un reproche que l’on peut faire.

L’incinérateur de Cenon a une autorisation préfectorale de 16 000 t/an de boues. Si d’après


l’exploitant l’équipement est à saturation, une étude fine pourrait permettre de connaître les
possibilités de gagner deux à trois mille tonnes supplémentaires.

2/ Incompatibilité avec le Plan Départemental des Déchets de Gironde

L’augmentation substantielle des tonnages de boues brutes d’ici 2013, 20 000 tonnes pour la
CUB ne représentent en fait que 8 à 12 mille tonnes de matières sèches supplémentaires suivant les
procédés mis en œuvre. Ces chiffres nous font dire qu’il n’est pas nécessaire de faire de la pyrolyse
pour ce différentiel mais doit inciter la CUB à élaborer un véritable schéma directeur d’élimination des
boues dans le droit fil du respect des orientations du plan départemental de gestion des déchets
ménagers et assimilés - dont dépend l’élimination des boues - et qui préconisent prioritairement dans
l’ordre suivant :
• la prévention (quantitative et qualitative de la production de boues) ;
• le retour au sol;( chaulage et compostage avec la création de cinq centres de compostage de
boues, sous maîtrise d’ouvrage publique, dans les zones géographiques hors CUB
• la valorisation thermique
• la mise en CSDU

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On peut affirmer que le projet Valorizon n’est pas conforme au plan départemental des déchets,
puisque (doc4 ci joint extrait du plan page 48/ 8.2.3. filière thermique) le plan précise :

« L’élimination des boues par voie thermique, (sur des unités de traitement spécialisées ou en
co-incinération avec les ordures ménagères) ne constituera sur le département de la Gironde
qu’une solution alternative dans le cas où, quelle que soit la qualité des boues, les collectivités
productrices seront en mesure de justifier l’impossibilité du recyclage agronomique ».

La CUB ne répond pas aux exigences du plan, elle n’est pas en mesure de justifier cette impossibilité.
Il n’y a pas de schéma directeur préconisant les points prioritaires du plan départemental, prévention
ou retour au sol notamment. La Lyonnaise et la CUB n’ont réalisé aucune étude sur la mise en œuvre
des prérogatives du plan départemental décrit plus haut et joint au dossier d’enquête. Pourtant il n’est
nullement inscrit dans le plan départemental que la CUB doit s’en affranchir ou que les filières autres
que la valorisation thermique ne la concernent pas.

3/ Ignorance du Plan Départemental des déchets

Ainsi les choix techniques du mode de traitement, de la capacité de traitement, de l’implantation


géographique de cette installation à Izon se font en dehors de la réflexion stratégique des travaux du
Conseil Départemental des Déchets initié par le Président du Conseil Général. Le projet de Lyonnaise
des Eaux pèse sur le déroulement de ces travaux car il va dans le sens opposé aux orientations
principales retenues par cette instance de concertation.

Si le Plan prévoit bien l’élimination thermique pour une partie des boues non conformes à la
valorisation agricole, il ne prévoit pas dans son économie une installation unique départementale
d’élimination par voie thermique des boues.

Pourtant l’installation Valorizon préconisée par la Lyonnaise des Eaux est présentée comme une
installation à vocation départementale « d’intérêt général », page 14 du dossier d’enquête publique,
avec une capacité de traitement de 55 000 tonnes par an.
L’intérêt général invoqué suscite une série de questions que l’on est en droit de poser :
- la Lyonnaise des Eaux est-elle seule détentrice de l’intérêt général de l’élimination des boues
en Gironde ?
- n’est-ce pas aux collectivités de se soucier de l’intérêt général dans ce domaine ?
- pourquoi ne pas attendre la position du Conseil Départemental des déchets qui doit publier un
livre blanc des déchets au mois de Juin 2005 ?
- et si une autre société voulait également agir au nom de l’intérêt général, qu’en serait il ?
- l’intérêt général est- il le seul motif de cette société pour agir ?
Or, si le projet proposé a bien une capacité de traitement de 55 000 t/ an, la Lyonnaise ne peut
s’appuyer que sur le seul contrat de la CUB, aucune autre collectivité ayant des boues urbaines n’est
pour l’instant cliente du projet.
En ce qui concerne les boues industrielles, aucun nom d’entreprise potentielle n’est avancé dans le
dossier, ce qui parait curieux, car les rejets des industries sont largement suivis et connus par
l’administration. Sur quelles entreprises et quelles augmentations de volume par site est étayé le
dossier des boues industrielles ? Quelles sont les difficultés d’évacuation des boues industrielles, où
sont elles éliminées actuellement, quelle est la source principale d’augmentation du gisement ? Si
pour les boues urbaines un des arguments invoqué est la difficulté à les valoriser agronomiquement
en raison de la variabilité de la qualité, les boues industrielles présentent la particularité d’être très
régulières et présentent peu de fluctuations car issus de process constants. Le dossier du requérant
est muet sur toutes ces questions.
Pourtant après interrogation de la sous direction industries de l’ Agence de l’Eau Adour Garonne, en la
personne de Jean Luc SCHARFFE, Conseiller Technique, (copie du mail joint doc 10), « il ne
dispose pas d’éléments sur la nature et l’origine des boues industrielles pouvant être
concernées par le projet VALORIZON et il n’existe aucune difficultés majeures d’élimination
des sous-produits d’épuration industrielle ».

Comment les services de l’Etat pourraient il donner un accord sur une installation dont 65 % des
déchets entrants sont en fait inconnus ?
Pour l’heure, ce projet est d’abord dimensionné en fonction de la rentabilité de l’outil industriel
d’élimination projeté, la pyrolyse. Ainsi, les volumes annoncés le sont sur des prévisions non justifiées,
liées d’abord à la rentabilité du site VALORIZON et non à des besoins définis finement.

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4/ Négation des filières alternatives

Comme nous l’expliquons dans le premier paragraphe, au minimum, une étude d’optimisation de la
filière thermique actuelle s’avèrerait nécessaire et permettrait d’étudier les marges de progrès à partir
des équipements actuels et ainsi de connaître le déficit réel de traitement. D’autre part et en premier
lieu, des procédés de réduction à la source de 30 à 70 % des boues des stations d’épuration existent,
objectifs atteignables sur 10 ans. Notre affirmation s’appuie sur des éléments concrets dont nous vous
joignons en annexe deux documents qui permettent de juger de la philosophie à géométrie variable de
Lyonnaise des Eaux, suivant les intérêts en jeu et le contexte local. Ceci permet à notre sens de
relativiser fortement l’argumentation de cette société pour justifier son projet de « pyrolyseur » de
boues à Izon.
Le premier document (doc 5 ci joint) est un extrait du journal de Lyonnaise des Eaux, « Eau
services » n°11 de juillet 2003. On peut y lire un article intitulé « La valeur des boues » démontrant
tout l’intérêt de la valorisation agronomique des boues. Il est fait mention également d’un procédé de
réduction du volume des boues appelé Biolysis. Ce procédé a été développé par Degrémont, filiale de
Lyonnaise des Eaux et permet de réduire de 60 à 80 % le volume des boues au sein même des
stations d’épuration. Mais dans ce document informatif et exhaustif, jamais il n’est fait référence à la
pyrolyse…

Le second document (doc 6 ci -joint) est relatif à un séminaire de formation organisé par Euroforum
le 2 février 2005 et dont le thème est le compostage des boues et la réduction à la source du volume
des boues. Vous pourrez constater à la lecture du programme que différents procédés de réduction à
la source, dont celui de Degrémont, ont été mis au point par les trois grands groupes privés se
partageant le marché de l’assainissement et que ces procédés sont entièrement opérationnels.

Un troisième document (doc 7) est un article complet sur le sujet des boues de la revue
Environnement et Technique de Novembre 2004 où page 70 est présenté le procédé Mycet mis en
œuvre sur des stations de plus de 200 mille habitants, Brive, La Baule et qui réduit le volume des
boues de plus de 30 %.

Autre document, (doc n°2, page 91 extrait du rapport annuel 2003 du service public de l’eau et
de l’assainissement de la Lyonnaise fait à la CUB) où il est stipulé que grâce au sécheur thermique
installé construit en 2002 à Louis Fargue, le volume des boues séchées est passé de 6 789 m3 en
2002 à 8313 m3 en 2003 avec un volume de boues brutes stables 25 mille m3.
Comme déjà expliqué précédemment, cette donnée est importante puisque l’augmentation de la
siccité des boues par le séchage thermique est un facteur qui permet une valorisation agronomique
en compost sous réserve de qualité ou bien une incinération plus facile. Rien ne s’oppose à ce que le
séchage thermique puisse être installé sur l’ensemble des stations d’épuration de la CUB.

Il est donc possible de réduire très fortement le volume des boues produites au sein même des
stations d’épuration, il est également possible - quand on s’en donne les moyens - d’obtenir des
boues de qualité et d’en faire une excellente valorisation agronomique. Il existe aujourd’hui toute une
gamme de traitements alternatifs à l’incinération pouvant être mis en œuvre. Il est primordial de ne
pas interdire de telles évolutions aussi pertinentes en avalisant la création de cette installation à Izon
sans au moins répondre aux exigences du Plan Départemental. Si la possibilité de leur mise en œuvre
ex nihilo n’est peut – être pas possible sur tous les équipements et en toutes circonstances, la
nécessité d’une étude indépendante et contradictoire permettrait d’évaluer un schéma possible.
Or le projet d’une unité de traitement thermique de boues par pyrolyse, projeté par Lyonnaise des
Eaux à Izon, d’une capacité de 55000 t/an, procède d’une tout autre logique. Le « tout incinération »
des boues préconisée par Lyonnaise des Eaux, est une solution de facilité, irréversible, qui n’incite
pas au respect des normes de conformité pour obtenir des boues de qualité et favoriser ainsi en partie
leur valorisation agronomique. Face à cette augmentation du volume de boues à traiter, la CUB a le
devoir, d’imposer à Lyonnaise des Eaux de respecter le cadre du plan départemental.
Or, force est de constater qu’il n’en est rien, la mise en œuvre dès aujourd’hui d’une installation
dimensionnée pour répondre à un gisement qui sera atteint dans 10 ans, c’est s’interdire de bénéficier
des évolutions et des progrès technologiques issues de la recherche qui ne manqueront pas de se
produire dans le domaine. C’est s’interdire également la possibilité de mettre en œuvre
progressivement un dispositif départemental réversible où dans ce domaine, les évolutions
réglementaires ne manqueront pas.

Tout semble fait pour favoriser la création d’une installation surdimensionnée de traitement des boues
à Izon sur laquelle serait évacué un gisement important de boues laissées excédentaires.

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5/ Des postulats non justifiés et mensongers

Un des principaux arguments du requérant invoqué est la difficulté à valoriser en agriculture les boues
de la CUB et les boues urbaines en général du fait de l’abaissement des normes futures et préconise
le principe de précaution.
Cependant, à l’heure actuelle les boues produites par les stations de la Communauté Urbaine de
Bordeaux notamment sont conformes aux normes en vigueur, il suffit de consulter le rapport annuel de
la Lyonnaise des eaux (doc 2), Il n’y a pas de chronicité de non-conformité, le taux de conformité se
situe entre 83 et 96 % selon les stations d’épuration.

On peut malheureusement constater une pratique permanente de la Lyonnaise des Eaux qui vise à
produire des informations fausses sans aucune pondération afin de dénigrer la valorisation agricole
pour mieux justifier son projet. Pour preuve, (Doc 2) page 92, paragraphe 3.5 du rapport annuel 2003
« Prix et qualité des services publics de l’eau potable et de l’assainissement de la CUB » ci joint, il est
écrit :

«la DDASS n’autorise plus la valorisation agricole des boues de la communauté urbaine
depuis 1999 et les déchets comprenant une fraction valorisable ne sont plus
réglementairement acceptables dans les centres de stockage depuis juillet 2002 «

Si la partie concernant les centres de stockage est exacte, la première partie, après vérification auprès
de la DDASS, courrier à l’appui, (doc 8 ), du 23 MAI 2000, la décision de la DDASS ne concernait que
l’épandage des boues produites par la station LOUIS FARGUE en raison de dépassement de valeurs
autorisées pour les PCB. Le courrier de la DDASS, s’il émet des doutes sur la filière épandage dans le
contexte précité et dans un avenir proche, ne concerne que la station LOUIS FARGUE. De ce courrier
la Lyonnaise fait un amalgame pour affirmer que l’administration n’autorise plus la valorisation
agronomique.
Lorsqu’une société utilise de telles pratiques, notamment le détournement de l’information
émanant d’un courrier d’une administration comme la DDASS, on est en droit de se
s’interroger sur la réalité des informations fournies par cette société sur ce dossier ?

Pour autant la valorisation agricole ne se limite pas au seul épandage des boues brutes, la filière
épandage fait l’objet de recherche notamment en forêt, le compostage des boues constitue une part
importante de la valorisation agricole actuelle.

Deux phénomènes sont à venir.

En premier lieu un durcissement des normes d’ici quelques années, qui peut en effet rendre plus
difficile la conformité des boues pour leur valorisation agricole, essentiellement pour l’épandage de
boues brutes. Cependant les taux des normes ne sont pas connus encore et leur date d’effectivité ne
l’est pas non plus, entre 3 à 5 ans. Nous pensons que le principe de précaution invoqué plus haut
devrait l’être de préférence pour mettre en place une politique de qualité des rejets afin d’augmenter la
qualité des boues résiduaires. Des démarches qualité de type Iso sont mises en œuvre par des
collectivités sur les stations d’épuration. Rien n’empêche la Lyonnaise de le faire. Il faut qualifier un
certain nombre de stations d’épuration pour la valorisation et mettre une gestion dans le temps.
La police du réseau doit être renforcée afin de s’assurer de la qualité des rejets de la part des
particuliers mais également des industries. C’est la politique de prévention invoquée en priorité par le
PDODMA.
En deuxième lieu, l’autre difficulté provient de la gestion du réseau de la CUB, nous avons à faire à un
réseau en partie unitaire qui reçoit les eaux de pluies et celles des eaux usées. Les eaux de
ruissellement sont bien sûr porteuses de pollutions, hydrocarbures notamment, plus difficilement
traitables.
Cependant plusieurs systèmes de traitement existent aujourd’hui, les recherches à venir d’autre part
ne manqueront pas d’ici quelques années d’apporter des solutions éventuelles ou partielles dans ce
domaine.
S’il existe bien des incertitudes ou des difficultés à venir sur les différentes filières de traitement et
d’élimination, y compris celle de l’incinération, ou bien sur la difficulté à gérer le réseau, il n’y a rien
d’insurmontable. Cependant toute la communication de la Lyonnaise est orientée vers une incapacité
à gérer ses difficultés et la politique mise en œuvre vise à justifier à posteriori les choix technologiques
en amont.

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6/ Quelles solutions ?

Pourquoi lancer ce projet surdimensionné avec le risque de bloquer d’autres filières plus écologiques
alors que la production supplémentaires de boues de la CUB d’ici 10 ans ne représente que 7950
tonnes de matières sèches supplémentaires selon le dossier d’enquête publique dans le projet de
pyrolyse, soit 35 % du projet, qui pourrait être éliminé par les installations existantes sur la CUB et par
une politique plus vertueuse.
Valorizon est une mauvaise solution, elle élimine d’emblée les possibilités de valoriser la filière
agricole et les possibles utilisation en matière première des boues par le compostage, amendement
naturel et nécessaire à la reconstitution des sols.
Elle est moins respectueuse de l’environnement, par les rejets et les transports qu’elle va générer par
conséquent elle ne respecte pas les principes de développement durable.
Cette solution est chère, à 100 euros la tonne, sans compter le coût du séchage.
Ainsi ce projet ne respecte pas le plan départemental des déchets, est moins respectueux de
l’environnement, des incertitudes pèsent sur les conséquences sanitaires et est défavorable
financièrement pour le contribuable.

Face à l’augmentation du tonnage des boues de la CUB des pistes existent et devront être validées
par une étude :

- optimisation sécheur de Louis Fargue 3 000 t/ MS


- équipement du 3ème four de Bègles 1 500 t/ MS
- séchage thermique mobile ou permanent sur
les différentes stations (agriculture et incinération) 5 000 t/ MS
PROPOSITION
- valorisation agronomique de boues en compost 3 000 t/ MS
OBJECTIF

On constate que des solutions et un potentiel existe à hauteur de 12 à 13000 tonnes à partir
des solutions existantes sur la CUB !

D’après un rapport de l’agence de l’eau Adour Garonne dont un extrait est publié dans le doc 9 :

« l’évolution des filières de traitement et des destinations finales tend vers un maintien et une
diversification de la valorisation agricole des boues. En 2002 la part de boue valorisée en
agriculture sur la région Aquitaine a atteint 59% du gisement total de la région (France : 60%,
Bassin Adour - Garonne : 73%). L’évolution majeure consiste en une diminution de l’épandage
de boues liquides et pâteuses (-50% de 1999 à 2202) au profit de l’épandage de boues
compostées dont la production a doublé de 1999 à 2002 ! «

Cette évaluation ne prend pas en compte la possibilité de diminuer les volumes de boues par les
différents procédés évoqués plus haut. Ainsi, il ressort assez facilement que diverses solutions ou
procédés peuvent être soit mis en œuvre, soit optimisée soit recherché avant de projeter un
équipement global. Il faut également insister sur les nuisances qu’engendrera cet équipement,
notamment la multiplication des transports par camion.

7/ Les boues un marché à capter rapidement

Le dossier n’est établi que sur la base du marché conclu entre la CUB et la Société Lyonnaise des
Eaux. Si cette installation voit le jour, la Lyonnaise des Eaux, aux dires de ses dirigeants, sera dans
l’obligation de trouver des clients et donc de démarcher les collectivités en se trouvant déjà de fait
dans une situation de monopole par anticipation par la capacité quelle aura à proposer des prix très
avantageux pour capter le marché des boues. Quel autre opérateur s’aventurera à investir dans un
site si le projet Valorizon sort de terre ? Quel opérateur sera en mesure de proposer un panel de
solutions évolutives selon les besoins des syndicats ?
Pour autant, comme nous l’avons mentionné déjà plus haut, dans ce domaine différents procédés
existent, au sortir des stations d’épuration pour réduire le volume des boues, pour l’élimination
thermique ou le stockage en CSDU. Cette démarche pose également un problème de libre
concurrence. En effet, la déontologie voudrait qu’après avoir défini clairement les besoins dans le
cadre du PDEDMA, un appel à proposition soit lancé afin que diverses solutions soient proposées,

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évaluées et choisies par l’ensemble des acteurs dans le cadre défini par le conseil départemental des
déchets. En effet le contexte des boues peut être très variable d’un syndicat à un autre.
L’implantation d’une telle installation surdimensionnée à Izon, hors Communauté Urbaine, tuera dans
l’œuf toutes les initiatives locales de création de centres de compostage de boues prévus par le plan
départemental. Le captage du marché du traitement des boues par un opérateur privé privilégiant le
traitement thermique, changera radicalement l’économie générale du plan départemental.

En effet, ayant l’assurance de pouvoir réceptionner sur son installation d’Izon les boues en
provenance de la CUB, Lyonnaise des Eaux aura tout loisir de concentrer ses efforts sur le captage du
gisement des boues des syndicats ruraux de la Gironde et des départements voisins. D’aucuns auront
compris que le véritable objectif du projet d’Izon est de prendre une part de marché significative du
traitement de boues, un quasi monopole, avec de substantiels profits à la clé.

Avec cet équipement la Lyonnaise des Eaux est gagnante sur tous les tableaux :

• Sur celui de l’élimination des boues de la CUB en s’évitant les efforts nécessaires pour
obtenir des boues valorisables en partie et s’affranchir des contraintes environnementales
du plan départemental;
• Sur celui de l’élimination des boues hors CUB, en mutualisant un équipement dont
l’investissement sera payé par le contrat d’affermage la liant à la CUB et qui générera de
juteux bénéfices sur le traitement des boues des syndicats intercommunaux ruraux.

En s’appuyant sur le gisement des boues de la CUB, le projet d’ Izon est d’abord un projet
financier qui vise à capter un marché au profit d’un groupe privé, ceci au détriment de
l’environnement et de l’intérêt général.
Tout démontre que d’ici dix ans de multiples solutions s’offriront aux décideurs pour trouver des
solutions adaptées et que le cas échéant, il sera toujours possible le moment venu de trouver une
solution plus lourde si l’urgence était là.

8/ Une tierce expertise !

Il nous semble qu’il y a suffisamment d’arguments factuels, environnementaux, légaux, économiques


et sociaux pour rejeter ce projet sans pour autant mettre en péril l’avenir de l’élimination des boues de
stations d’épuration en Gironde.

Il nous semble urgent également de demander dans le cadre de cette enquête une tierce expertise,
pas seulement sur le procédé de la Pyrolyse en lui même mais sur les possibilités de traitement des
boues dans le cadre des équipements actuels et des possibilités de valorisation agronomique.

En effet, nous pensons que de nombreux aspects du dossier sont occultés par le projet lui-même. Les
alternatives en amont de l’installation pyrolyse doivent être étudiées comme le demande le plan
départemental des déchets.

De surcroît, cette décision obligera un respect du plan départemental des déchets et la mise en œuvre
de solutions respectueuses de l’environnement et porteuses de développement local.

Face à ce projet et aux enjeux qui en découlent, l’élimination des boues de station d’épuration
doit faire l’objet d’abord d’un choix politique et stratégique dans le respect du Plan
Départemental des Déchets et non être seulement un choix technologique.

Veuillez recevoir Messieurs les Commissaires Enquêteurs mes salutations distinguées.

Gérard CHAUSSET
Vice Président de la Communauté Urbaine
de Bordeaux
Adjoint au Maire de Mérignac

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