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La vie d’Anas ibn Malik

Madina

Cheikh Abdel Bari At-Thoubéïti


Vendredi 26/6/1422h (14/9/2001)

Parler des grands savants n’est pas une chose facile. Quelque soit l’effort que vous
fournissez pour parler de la vie de l’un d’eux, vous ne pourrez pas tout écrire et vous ne
saurez pas tout sur lui ; il se peut même que vous ne parliez pas du plus important et du
plus touchant. La vie des premiers grands savants est le meilleur modèle, celle qui peut
être le plus bénéfique pour nos jeunes garçons et nos jeunes filles, pour ne pas qu’ils se
retournent vers des modèles qui n’ont aucune valeur et qui n’ont aucune place dans
l’histoire. Nous ne parlons pas des savants avec une préférence pour l’un d’eux, car
nous ne pouvons pas accepter tout ce que quelqu’un dit ou le refuser, sauf ce que dit le
protégé (qu’Allah prie sur lui et le salue). Notre grand savant est un Imam qui a grandi à
Médine, dont la renommée s’est élevée et la science a rempli la terre ; il s’est assis pour
enseigner dans la Mosquée sacrée du prophète, jusqu’à ce que lorsque l’on disait “le
savant de Médine, ou l’imam de la maison de l’hégire”, on n’allait que vers lui.
L’imam Malik ibn Anas est né à Médine la ville du Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et
le salue) ; il grandit en aimant la science, en allant vers elle et en la recherchant malgré
sa pauvreté. La mère de l’imam Malik dirigea bien son fils, elle vint lui dire :

“Va voir Rabîa et apprend ses bons comportements avant sa science”.

Cette mère a compris son rôle dans la vie, et son importance pour l’éducation et la
préparation de la génération ; elle a su que les bons comportements sont attachés avec
la science ; et la science n’a aucune valeur sans les bons comportements, qui doivent
être présents au début de la recherche de la science et pendant la recherche de la
science ; cette femme a fait un homme qui a fait une communauté. Le rôle de la mère
n’est pas seulement de nourrir les corps et de les protéger contre les maladies, mais
c’est un rôle beaucoup plus grand et plus important; son rôle est de renforcer la foi, de
construire la personnalité, d’aider au développement du cerveau et d’encourager à avoir
de grands buts ; et elle n’atteindra pas cela jusqu’à ce qu’elle laisse les soucis de ce
monde et qu’elle s’occupe du souci de l’éducation. La parole de sa mère a fait de la vie
de Malik une réalité et non une parole, ainsi qu’une vérité et non une illusion ; donc il fut
une école dans le bon comportement ; ses élèves profitaient de son apparence et de
ses qualités ; et la communauté a tiré profit de sa vie. Malik a dit à un jeune de
Quouraïch :

“apprend le bon comportement avant d’apprendre la science”.

Ibn Wahb a dit :

“nous avons appris plus du bon comportement de Malik que de sa science”.

Et ils ont appris beaucoup de science avec lui. Yahya ibn Yahya At-Tamimi a dit :

“je suis resté avec Malik ibn Anas pendant un an après avoir appris la science avec lui ;
j’apprenais sa personnalité et ses qualités ; et j’ai trouvé que ses qualités étaient celles
des compagnons et des Tabiînes”

La façon moderne d’enseigner ne donne pas d’importance parfois au bon comportement


et aux bonnes qualités ; c’est pourquoi la science a perdu sa beauté, son effet et son
épanouissement. Si la science est séparée du bon comportement, quelque soit la
quantité de la science et la richesse des connaissances, nous trouverons une grande
faiblesse en ce qui concerne l’effet de la science sur les qualités, le comportement, la
pureté des actions, et la piété du coeur ; et il n’y a aucun bien dans la science de
quelqu’un qui n’a pas acquis les bons comportements et les bonnes qualités.

La séparation entre la science et le bon comportement provoque des maladies comme :


s’attaquer aux savants, parler des gens de bien en mal, les mauvaises qualités, les
mauvais comportements, ne pas être obéissants aux parents, l’imitation aveugle dans
l’apparence et les vêtements, de même que s’attaquer aux professeurs et aux
éducateurs par la parole et les actes.
La ville de Médine a eu un effet sur la construction de la personnalité de l’imam Malik ;
elle était remplie de savants et de Tabiînes qui enseignaient dans la plus grande
université et la première école, la mosquée du Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le
salue). Un savant enseignait dans chaque assemblée de science dans cette mosquée.
Ceux qui veulent donner une bonne éducation à leur enfants, doivent les mettre dans
des assemblées sûres pour la religion et bonnes pour le comportement ; ceci pour que
l’enfant grandisse en ayant une vie pure et un coeur sain. Sachez que le mauvais
environnement détruit et ne construit pas ; que reste-t-il après que l’enfant reçoit le
matin l’enseignement des instructions de l’Islam, ensuite le soir, il va avec des mauvais
compagnons qui corrompent les qualités que ses parents lui ont enseigné ? Que reste-t-
il après que l’on enseigne au garçon les bons comportements pendant des années,
ensuite, ses parents l’envoient dans des environnements pollués dans des pays qui ne
pratiquent pas l’Islam, alors qu’il est encore jeune, pour que sa croyance soit détruite, sa
foi s’affaiblisse et que ses bons comportements et ses bonnes qualités disparaissent ?

L’imam Malik s’est assis pour la fatwa, et il n’a pu obtenir ce rang qu’après que soixante-
dix personnes parmi les gens de la science aient reconnu qu’il en était capable ; il y a
une différence entre celui qui dit qu’il est capable de quelque chose, et celui que les
gens de la science et du bien témoignent qu’il est capable. L’imam Malik a dit :

“ce n’est pas tous ceux qui veulent s’asseoir dans la mosquée pour enseigner et donner
la fatwa qui peuvent s’asseoir, jusqu’à ce que l’on prenne l’opinion des gens de la
science et des gens de bien ; s’ils jugent qu’ils sont capables, ils peuvent enseigner ; et
je ne me suis pas assis jusqu’à ce que soixante-dix personnes parmi les gens de la
science ont reconnu que j’en étais capable”

L’imam Malik a dit :

“parfois je me trompe et parfois j’ai raison, donc regardez mon opinion, ce qui
correspond à la Sounnah, prenez-le…”.

Malik (qu’Allah lui fasse miséricorde) met un chemin du juste milieu entre celui qui veut
absolument suivre un imam particulier, qui imite aveuglement et qui refuse les preuves
authentiques, et celui qui rejette les paroles des grands imams, il a dit :

“ils sont des hommes et nous sommes des hommes”

Et il y a une grande différence entre les hommes ; il y a une différence entre des
hommes qu’Allah a fait que leurs noms soient toujours prononcés siècles après siècles
alors qu’ils sont morts, et des hommes qui n’ont aucune valeur et dont on ne parle pas
alors qu’ils sont toujours vivants ; ceux-là les coeurs vivent lorsque l’on parle d’eux, et
ceux-ci les cœurs meurent en restant avec eux ; si l’on parle des imams : abou Hanifah,
Malik, Chafiî et Ibn Hanbal, ceux-ci comparés à eux sont minuscules ; ces grands
imams n’étaient pas simplement des gens qui mémorisaient les textes de la science,
mais ils étaient des exemples en ce qui concerne le bon comportement, des savants
dans la piété, l’adoration, l’abandon de ce monde et la crainte d’Allah…et bien d’autres
qualités.
Il y a un groupe parmi ceux qui suivent les imams, qui imite simplement, sans
réfléchir, alors qu’ils sont capables de faire la différence entre la vérité et le faux. Le
savant Abdel-Aziz ibn Abdassalam (qu’Allah lui fasse miséricorde) a indiqué cela :

“parmi les choses très étonnantes, le fait que les savants qui imitent se rendent compte
de la faiblesse des hadiths de leur imam, et bien qu’ils ne trouvent pas de justification,
ils continuent à imiter ; ils laissent ceux qui ont des preuves authentiques du Coran et de
la Sounnah pour imiter leur imam ; et ils refusent les preuves du Coran et de la Sounnah
en les interprétant d’une façon erronée pour défendre celui qu’ils imitent”.

Parmi les erreurs, le fait de minimiser les travaux des autres ; et parmi l’ignorance, le fait
que certains d’entre nous pensent que ce qu’ils font de bien est mieux que ce que les
autres font, ou certains qui ont un peu de science pensent que les autres ne sont rien,
ou certains qui interdisent le mal et prescrivent le bien, pensent qu’ils sont mieux que les
autres…ces capacités et ces possibilités sont des dons d’Allah et elles ne proviennent
pas de l’homme ; et c’est cette grande compréhension que Malik veut enseigner à tous
les groupes de la communauté : c’est-à-dire que le travail de la religion englobe tout le
monde selon leur spécialisation et leur domaine, sans que personne ne soit gênée, car
Allah facilite à chacun ce pour quoi il a été créé. Un des pieux de l’époque de Malik lui a
écrit pour l’encourager à s’isoler pour l’adoration, Malik lui a répondu :

“Allah a partagé les travaux comme il a partagé les subsistances; il se peut qu’il ait
donné à quelqu’un la capacité d’accomplir beaucoup de prières mais il ne lui a pas
donné la capacité d’accomplir beaucoup de jeûnes ; et il a donné à un autre la capacité
de dépenser beaucoup d’argent en donnant l’aumône mais il n’a pas la capacité
d’accomplir beaucoup de jeûnes ; et il a donné à un autre la capacité de combattre dans
son chemin, à un autre la capacité d’apprendre la science, et répandre la science est
parmi les meilleurs actions, et je suis satisfait de ce qu’Allah m’a donné, et je ne pense
pas que ce qu’Allah m’a donné est inférieur à ce qu’il t’a donné, et j’espère que nous
sommes tous deux dans le bien”.

Donc, ceux qui donnent l’aumône pour Allah , les pieux et ceux qui ont délaissé ce
monde sont dans le bien ; ceux qui passent leur temps dans le chemin d’Allah et ceux
qui dépensent leur argent pour Allah sont dans le bien ; les prédicateurs, les prêcheurs,
les savants, ceux qui prescrivent le bien et interdisent le mal sont dans le bien ; ceux qui
travaillent pour aider la religion selon leurs spécialisations et leurs diplômes sont dans le
bien, s’ils ont une intention sincère pour Allah le Seigneur des mondes, l’unique sans
associés. Dans la communauté, se trouvent des gens qui ont de grandes capacités et
des gens très intelligents ; s’ils utilisaient ces capacités pour rendre service à leur
société et à leur communauté, leur situation et la situation de leur communauté seraient
différentes. Lorsque l’on demandait à Malik quelque chose, il disait à celui qui lui
demandait :

“pars et laisse-moi réfléchir”


Donc la personne partait, Malik hésitait à répondre, nous lui demandions pourquoi cela ?
Il pleurait et disait :

“j’ai peur que je sois celui que l’on interrogera un jour, et quel jour alors !”.

Un homme venu de l’ouest demanda à Malik quelque chose que les gens de l’ouest lui
avaient dit de demander, la réponse de l’imam Malik fut :

“je ne sais pas, nous n’avons pas eu à répondre à cette question dans notre pays, et
nous n’avons entendu aucun de nos professeurs parler de ce problème, mais reviens” ;

Le lendemain, l’homme revint, et l’imam Malik lui dit :

“tu m’as posé une question et je ne connais pas la réponse” l’homme dit :

“ô père d’Abdallah, j’ai laissé derrière moi des gens qui disent qu’il n’y a pas plus savant
que toi sur terre” l’imam Malik lui dit :

“je ne sais pas”.

Quelqu’un lui posa une question, il demanda un certain temps pour y répondre, celui qui
l’interrogea lui dit :

“c’est une question simple”

L’imam Malik répondit :

“il n’y a rien de simple dans la science, n’as-tu pas entendu la parole d’Allah :

{Nous allons jeter sur toi des paroles bien lourdes}

Certains ont dit :

“par Allah, c’est comme si Malik était debout entre le paradis et l’enfer lorsqu’on lui
posait une question”. Et Malik disait :

“j’ai rencontré les gens de la science de notre pays, lorsqu’on posait à l’un d’eux une
question, c’était comme si la mort venait d’apparaître devant lui ; et j’ai vu que les gens
de notre époque aiment parler des Fatwas ; s’ils réfléchissaient à propos de ce qui leur
arrivera après la mort, ils diminueraient ; et Omar ibn Al-Khattab, Ali et Alquama sont
parmi les meilleurs compagnons, on leur posait beaucoup de questions, et ils font parti
de la meilleur époque pendant laquelle le prophète (qu’Allah prie sur lui et le salue) a été
envoyé, on leur demandaient à cette époque et ils répondaient ; et la fatwa est devenue
la fierté des gens de notre époque”.
Ces grands savants dont la science s’est répandue dans le monde, disent parfois :

“je ne sais pas”

Et nous nous étonnons qu’il soit permis à certaines personnes qui n’ont pas de science
de la religion de donner la Fatwa, ensuite ils transgressent les limites des lois de la
religion, en permettant et en interdisant ; il se peut qu’une question sur la religion soit
posée dans une assemblée, et avant que cette assemblée ne se termine, tous les gens
donnent leurs avis sur cette question malgré la différence de leur groupe et de leur
spécialisation ; celui-ci dit : “à mon avis”, et celui-là dit : “selon ma croyance”, et un autre
décide si c’est permis ou interdit ; qu’Allah soit glorifié ! Est-ce que la permission et
l’interdiction sont prescrites avec l’ignorance, les opinions et les illusions ? Si un
ingénieur va voir les gens, puis commence à pratiquer la médecine, et donne des
médicaments aux malades, que diriez-vous de lui ? Et que sera son avenir ? Donc que
dire de ceux qui transgressent les lois de la religion, ensuite ils écrivent dans les livres
des permissions et des interdictions, et ils ne sont pas parmi les savants des lois de la
religion, et encore moins des gens de la Fatwa, surtout dans ces moments difficiles
dans lesquels se trouve la communauté, et pour lesquels Omar aurait rassemblé les
gens de la bataille de Badr ; la Fatwa est devenue à notre époque quelque chose pour
laquelle rivalisent ceux qui suivent leurs passions et qui veulent obtenir la satisfaction
des gens en ayant la colère d’Allah.

Les questions de la croyance sont claires et évidentes, personne ne peut donner son
opinion à propos de ces questions ; de même que les questions pour lesquelles il y a
une preuve provenant du livre d’Allah, car nous ne donnons pas notre opinion s’il y a
une preuve qui provient du livre d’Allah ou de la Sounnah du prophète (qu’Allah prie sur lui
et le salue), ainsi que les questions sur lesquelles se sont rassemblés les avis des
savants de la communauté, car il n’est pas permis de contredire l’ensemble des
savants ; la communauté doit laisser les questions concernant la science aux savants
qui mettent en pratique le Coran et la Sounnah, et ils ne doivent pas donner leurs
opinions dans les questions qui concernent le licite et l’illicite, car ceci est transgressé la
loi d’Allah ; Malik a dit :

“quiconque veut répondre à une question concernant la religion, qu’il pense au paradis
et à l’enfer avant qu’il ne réponde, et comment sera son jugement dans l’autre monde,
ensuite il peut répondre”.

Certains pensent peut-être que ces grands savants ne connaissent que les questions
pour lesquelles il y a une différence d’opinion ou la discutions sur les paroles concernant
la science, et qu’ils ne parlent pas dans leurs assemblées des hadiths sur le paradis et
l’enfer, sur la foi, et les bonnes actions, qui touchent au plus profond des coeurs ; et
pour montrer que leurs assemblées étaient composées de plusieurs genres de science,
nous allons citer un sermon touchant dans lequel l’imam Malik parle d’un de ses frères
pour Allah, il a dit :
“rappels-toi des douleurs de la mort et de ses tourments, et ce qui t’arrivera, ainsi que ce
qui adviendra de toi après la mort, tout d’abord la position debout devant Allah, ensuite
le jugement ; et après cela, l’éternité soit dans le paradis soit dans l’enfer ; prépare ce
qui te facilitera les événements qui se produiront et leurs tourments ; car si tu voyais les
gens contre qui Allah est en colère et dans quelle situation ils sont dans le châtiment et
la punition terrible d’Allah - qu’il soit exalté - et que tu entendes leurs gémissements
dans l’enfer, de même que leurs sanglots et leurs visages sombres, ils ne voient pas et
ne parlent pas ; ils appellent au malheur ; et plus difficile encore, le regret qu’ils auront à
cause du fait qu’Allah - qu’il soit exalté - détournera son visage d’eux, et qu’ils n’auront
plus aucun espoir qu’Allah leur réponde, comme Allah a dit :

{Soyez-y comme des chiens méprisables et ne Me parlez point !}

Si tu connaissais cela, tu ne donnerais pas beaucoup d’importance à quelque chose de


ce monde dont tu désire la réussite”.

L’imam Malik fut malade pendant vingt-deux jours ; il était âgé de quatre-vingt sept ans
lorsqu’il mourut, et il est dit :

“il a atteint l’âge de quatre-vingt-dix ans”

Selon Ibn Nafî :

“Malik mourut à l’âge de quatre-vingt sept ans, et il fut le moufti de Médine pendant
soixante ans”.

Qu’Allah fasse miséricorde à Malik car il disait :

“j’ai rencontré des gens dans la ville de Médine qui n’avaient pas de défauts, puis ils ont
parlé des défauts des gens, donc les gens leur ont donné des défauts ; et j’ai rencontré
des gens dans la ville de Médine qui avaient des défauts, ils n’ont pas parlé des défauts
des gens, donc les gens n’ont pas parlé de leurs défauts”.

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