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Lettre concernant la présidence de l’OFCE

Le président de la Fondation nationale des sciences politiques, Jean-Claude Casanova, vient d’annoncer qu’il propose au Premier ministre la candidature de Xavier Ragot à la présidence de l’OFCE, vacante depuis le 1 er janvier dernier. Cette proposition résulte du choix fait par un comité mis en place par Jean-Claude Casanova et présidé par Jean Pisani-Ferry.

Sur la méthode, la désignation du futur président de l’OFCE s’est avérée particulièrement critiquable. Contre toutes les traditions universitaires, y compris contre les principes récemment rappelés par Sciences Po dans ses directives relatives à la désignation des directeurs de ses unités de recherche, le personnel de l’OFCE n’a pas été consulté sérieusement. La direction de l’OFCE, via son comité de direction, n’a pas été non plus consultée. Seule la présidence par intérim l’a été. Le Conseil scientifique de l’OFCE n’a pas été associé à la décision, mais seulement informé du choix. Les candidatures ont été maintenues secrètes jusqu’au dernier moment, à l’exception de celle d’un candidat interne, qui l’avait lui-même annoncée et accompagnée d’un programme pour l’OFCE. Actuellement, personne à l’OFCE ne connaît le programme et les perspectives que le candidat retenu trace pour l’institution. Jean-Claude Casanova s’était engagé à consulter les chercheur-e-s et l’ensemble des salarié-e-s de l’OFCE avant la décision finale. Il n’en a rien fait. En rendant public le choix du comité de sélection présidé par Jean Pisani-Ferry, sans consultation des communautés concernées, le président de la FNSP na pas tenu les promesses formulées au personnel (réuni en assemblée en décembre dernier) et réitérées devant ses délégués. La procédure a été opaque, contraire aux engagements pris de transparence. La cohésion de l’OFCE risque d’en être affectée.

Les conditions du choix qui vient d’être annoncé sont très inquiétantes pour l’indépendance de l’OFCE. L’objectif visé lors de la création de l’Observatoire était de susciter un débat pluraliste en économie, dégagé des contingences politiques immédiates. Trois instituts ont été créés simultanément à cette fin en 1981 : l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) auprès des organisations syndicales de salariés ; l’Institut de prévisions économiques et financières pour le développement des entreprises (IPECODE, devenu REXECODE par la suite) auprès du patronat ; et l’OFCE, de nature universitaire, adossé à la Fondation nationale des sciences politiques. Le gouvernement dispose quant à lui des administrations économiques (INSEE, Direction du Trésor, etc.) pour alimenter sa propre réflexion. Toutes les sensibilités ont ainsi pu trouver un point d’appui pour développer leurs analyses et les confronter dans le débat démocratique, dans lequel l’économie joue aujourd’hui un rôle central. Dans ce paysage, l’OFCE a su remplir sa mission. L’indépendance de l’OFCE est essentielle pour qu’il puisse continuer à assurer les missions qui lui ont été confiées.

Nous demandons donc au Premier ministre de ne pas entériner le choix qui lui a été proposé, que la procédure prévue soit menée à son terme et qu’un véritable débat soit ouvert. La cohésion des équipes de l’OFCE et la qualité du débat démocratique sur la politique économique en France et en Europe sont en jeu.

Le 28 avril 2014

Les membres du comité de direction élargi de l’OFCE sous signés :

Christophe Blot , Gérard Cornilleau, Jérôme Creel, Eric Heyer, Françoise Milewski, Hélène Périvier

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