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Travail microbrasseries

Béquignon Victor Dalemans Boris Germeys Wendy

6 605 signes (hors titre et légende)

Microbrasseries, du local à l’international

Les

microbrasseries,

un

terme

et

un

type

d’entreprise

en

vogue.

Pour Sven Gatz, président des Belgian Brewers (Fédération des Brasseurs Belges), il n’existe manifestement pas de définition de la «microbrasserie». «On pourrait toute-

fois utiliser les critères suivants : une entreprise employant deux personnes maximum,

qui y travaillent souvent à mi-temps. Leur production tourne généralement en dessous

de 3 000 hectolitres mais beaucoup de ces brasseries produisent entre 200 et 1 000 hec-

tolitres. En fait, elles produisent donc entre 0,5 et 1% de la production totale belge.»

Microbrasseries, du local à l’international Les microbrasseries, un terme et un type d’entreprise en vogue. Pour

Sur le terrain, la donne est toute autre. Il n’y a aucun contrôle sur la production : tout le monde peut estampiller son entreprise comme «microbrasserie», nous ont confié plusieurs microbrasseurs. En Wallonie, il n’existe pas de typologie stricte, ce qui rend difficile l’élaboration de chiffres pour ce secteur : personne ne peut, à l’heure ac- tuelle, mentionner le nombre de microbrasseries, par région ou sur tout le territoire.

«Pour le moment, il existe plus ou moins 150 brasseries en Belgique, explique

Sven Gatz. Celles-ci sont parfois très grandes (AB-Inbev), grandes (Alken-Maes,

Haacht, Duvel,

),

..

grandes-moyennes, petites, les 6 Trappistes et les très petites bras-

series. Parmi celles-ci, on peut dénombrer plus ou moins 75 microbrasseries.»

© Wendy Germeys
© Wendy Germeys

La microbrasserie peut être une passion, et pas un métier. Alain Brootcoorens est microbras- seur à Erquelinnes (Hainaut) depuis une dizaine d’années. « J’ai commencé à brasser de la

bière dans les années 2000. On brasse de l’Angelus, de la Sambresse mais nous faisons aussi

des bières personnalisées, à la demande (blonde, ambrée,…).» Il ne travaille que le samedi avec

une équipe de bénévoles durant son temps libre. L’objectif n’est pas de faire du profit. Le maté- riel est de seconde main, mais qu’importe : la passion est présente. Tout est fait à la main : bras- sage, embouteillage, étiquettage, capsulage. Les matières premières sont, en parties, produites sur place : le houblon est cultivé dans la seule houblonnière à vocation didactique de Wallonie. Pas question d’exportation pour cette microbrasserie qui ne compte aucun employé, juste des passionnés. La production est locale. « On ne livre pas. Certaines grandes en-

seignes de la région viennent chercher des bouteilles (Delhaize, Carrefour,…) mais la plu-

part sont surtout achetées par des voisins. En plus, nous buvons nos bénéfices. La pro-

duction tourne donc », confie Jean-François Waterschoot, un des bénévoles de l’équipe.

© Wendy Germeys

© Victor Béquignon
© Victor Béquignon
© Wendy Germeys
© Wendy Germeys

La production peut aussi être locale, mais avec des moyens plus dévelop- pés. Le Brasse-Temps à Louvain-la- Neuve (photo supra) est une exception dans le paysage des microbrasseries. Le lieu, qui mêle bar et brasserie, dé- pend entièrement de la Brasserie Du- buisson (Pipaix, Mons). Le matériel est plus automatisé et moderne. Leur production est, elle, locale. «Nous pro-

duisons des bières qui ne seront ven-

dues que sur place, explique le bras-

seur Vincent Plancquaert. Ceci afin

de réduire les circuits de production.»

Toujours à Louvain-la-Neuve, la «1348» (code postal de la ville) est une bière par et pour les étudiants. Jérémy Calloud et Gauthiez Henroz, deux des responsables, confient «l’idéal,

devenir la bière du campus.» Le bras-

sage est réalisé à Bertinchamps, par

le

père d’un des étudiants. « Nous,

nous nous occupons de la mise en

fût et du lavage, du marketing et

de la logistique», précise Gauthier.

© Boris Dalemans
© Boris Dalemans

Exportation

« Notre bière reste assez locale. Par

contre, la Bertinchamps exporte

beaucoup »,

explique Gauthier

Henroz de l’équipe

de

la

1348.

L’aventure de la Bertinchamps a débuté il y a deux ans sous l’impul- sion de Benoît Humblet. Le créa- teur de la brasserie Val-Dieu s’est installé dans une ancienne ferme à Gembloux. Il y a créé une mi- crobrasserie familiale en investis- sant dans un matériel de pointe. Le fils aîné de l’ingénieur brassicole, Jean-Philippe, souligne à ce propos:

« Nous sommes la brasserie la plus

performante de Belgique. Nous

avons commencé dans le local et là,

on essaie de s’exporter pour amor-

tir le coût de la brasserie ». Actuel-

lement, Bertinchamps est toujours une microbrasserie (elle estime sa production à 6 000 hectolitres/an). Son statut sera probablement ame- né à évoluer dans les années à venir.

© Victor Béquignon
© Victor Béquignon
© Boris Dalemans
© Boris Dalemans
L’entreprise familiale ambitionne de grandir et vise le marché international (Amérique, Europe de l’Est, ... ).
L’entreprise familiale ambitionne de grandir et vise le marché international (Amérique, Europe de
l’Est,
...
).
Les bières belges, produites en microbrasseries et en brasseries, sont essen- tiellement exportées vers des pays

Les bières belges, produites en microbrasseries et en brasseries, sont essen- tiellement exportées vers des pays d’Europe. La France est sans aucun doute le premier importateur. Les importations françaises ont cru de 28% par rap- port à 2002. Un autre voisin direct, les Pays-Bas, est le deuxième importa- teur de bières belges. Cela représente une croissance de 28%. Les importa- tions allemandes de bières belges ont explosé de 264% entre 2002 et 2012.

Au niveau de l’Union Européenne, la Belgique exporte près de 62% de sa production. Par rapport à ses voisins directs, l’Allemagne et les Pays-Bas, deux gros producteurs, elle est leader de l’exportation par rapport à sa production. La dénomination de «bière belge» est en effet très attirante pour les importa- teurs et les amateurs, qu’ils se trouvent en Europe ou dans le reste du monde.

A l’échelle du plat pays, la proportion entre production et exportation reste généralement la même. Entre 2009 et 2012, l’exportation a augmenté de 14%. La production, elle, n’a connu une croissance que de 4%.

© Wendy Germeys 7
© Wendy Germeys
© Wendy Germeys

© Victor Béquignon

La Léopold 7, une nouvelle venue sur le marché belge, est brassée à Couthuin, dans une ferme de la région hesbignonne.

La Brasserie de la Marsinne, implantée à Couthuin, est elle aussi tournée vers l’inter- national en tant que produit de luxe sous le nom Léopold 7. Le projet, lancé en 2010 par Tanguy Van der Eecken et Nicolas Declercq, est devenu réalité vers la fin 2013. Les premières bières sont déjà distribuées un peu partout en Wallonie. Mais comme

le confie Tanguy Van der Eecken,

«le

marché national est saturé à l’heure actuelle.

Deux choix se présentent à nous : le local et l’export. Pour le moment, nous sommes

entre les deux mais nous débutons.» Le matériel de production est également à mi-chemin entre la brasserie d’Erquelinnes et la Bertinchamps, il est semi-automatisé.

Les deux néo-brasseurs confient également qu’il convient, sur le marché belge, de distinguer ven- deur de bières et producteurs. A demi-mot, le nom de la Curtius, la nouvelle bière liégeoise, est cité.

«Ils ne vous ont pas invités à voir leur brasserie? Je

me poserais des questions

....

»

Une ambiguïté qui

confirme le manque de clarté dans le secteur des brasseries. N’importe quel brasseur peut nommer son entreprise «microbrasserie». L’appelation n’est pas contrôlée. Pour en avoir le coeur net, l’amateur de bière n’a qu’une seule solution : aller à la ren- contre de microbrasseurs et de leurs installations. n

Un reportage de Victor Béquignon, Boris Dalemans

& Wendy Germeys.

Travail InDesign.

Certains microbrasseurs comme Alain Broot- coorens mettent la main à la pâte de A à Z

© Wendy Germeys
© Wendy Germeys