Vous êtes sur la page 1sur 12

L’évoLution du Lien SociaL

coordonné par Luc Bretones (ECM 96)

L
es réseauX sociauX… Faut-il y aller ou pas ? la • puis, deux articles nous préciseront les influences entre
question se pose-t-elle encore vraiment ? À travers internet et la société et l’évolution du consommateur en
des extraits d’un dossier paru dans la revue de « consommacteur ».
l’association des centraliens de Marseille, nous verrons • enfin, à travers quatre interviews, nous verrons
comment les politiques, les maisons d’édition et cer- pourquoi le monde de l’édition se doit d’aller vers
tains nouveaux acteurs de ce marché utilisent les le lien social , comment la technologie a tellement
nouvelles technologies du lien social. simplifié les outils de connexion qu’ils en deviennent
• d’abord, pierre Moscovici nous expli- banaux, de quelle manière internet devient la norme
que qu’il est nécessaire d’intégrer le lien dans les échanges et enfin le nouveau pouvoir que
social dans la communication politique possèdent les internautes.
et la vie publique. éric Devaux (85) n

Net et politique

une opportuNité pour le politique


Enjeux et usages des nouvelles technologies dans la vie publique.

loi « hadopi » a marqué l’irruption du


monde du net dans l’agenda politique. À
l’occasion d’une émission relativement
confidentielle, « Parlons net », j’ai évo-
qué, au détour d’une phrase, la possible,
Pierre Moscovici (Sciences Po et ENA), est un homme probable, entrée de Claude Allègre au
politique français, membre du Parti socialiste, réélu gouvernement. Ce qui avait été men-
député du Doubs en 2007. Il se dit fasciné par les nouvelles tionné de manière informelle, presque
technologies et a créé son propre réseau social. comme une boutade, a dans les heures
qui ont suivi pris une ampleur média-
tique surprenante et déclenché un buzz

L
E POLITIQUE s’est longtemps tions interpersonnelles, le contact direct relativement inattendu.
désintéressé des nouvelles tech- et traditionnel avec les militants et les Cet évènement s’inscrit dans la conti-
nologies, à la fois pour des raisons administrés – et logistiques, les appareils nuité d’un processus qui, depuis quel-
sociologiques – les élus, pas toujours administratifs des partis ayant mis un cer- ques années, bouleverse les cadres de
très au fait des dernières innovations tain temps à adopter les nouveaux outils la politique, en modifiant la relation du
techniques, préférant souvent les rela- de communication déjà répandus dans le citoyen à l’homme politique et l’élu. On
monde du travail. est ainsi passé d’une relation principale-
ment « descendante » (dont le Général
Charles de Gaulle est l’archétype) à
La relation entre l’élu une relation bijective (expérimentée
et le citoyen évolue notamment par Ségolène Royal), voire
triangulaire (portée notamment par
Mais cette attitude apparaît de plus Barack Obama).
en plus injustifiée, et surtout intenable. Rien ne serait moins opportun que de
Les exemples qui soulignent à la fois sous-estimer le changement qui s’opère
l’intérêt réel des citoyens pour les nou- dans la relation entre le politique et
velles technologies, et la puissance de les nouvelles technologies. L’homme
Le net ne remplace pas la politique. ces outils, se multiplient. En France, la politique n’est plus dans une tour de

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 3


L’évolution du Lien Social une opportunité pour le politique

en mode wiki, qui doit aboutir à la coré-


daction du mode opératoire d’application
des idées retenues et validées ;
– le Département d’État enfin, a invité
en mai les citoyens à jouer les ambassa-
deurs pour le compte des États-Unis, via
une réflexion sur la « public diplomacy
2.0 ». Les « citoyens ambassadeurs »
sont appelés à prendre part aux efforts
diplomatiques de l’Amérique là où
ils se trouvent dans le monde ou sur
le web, comme jadis on dépêchait les
missi dominici aux marges de l’empire.
Cette démarche témoigne de la prise de
conscience par un département pas tou-
jours réactif du rôle stratégique que joue
l’espace public numérique dans l’infor-
mation et la cristallisation d’une partie
de l’opinion publique internationale.

Le président américain Barack Obama utilise YouTube pour une plus grande réactivité.
Le net ne remplace
verre, sa parole, son expression ne sont – plus globalement, il a compris ce pas la politique
plus sacralisées. Pendant longtemps, qu’Internet changeait en termes de gou-
l’objectif de communication d’un grand vernance. Le président américain ne se Je n’ai pas la prétention de me compter
élu était de publier une tribune dans contente pas d’utiliser Internet, il intègre parmi les pionniers politiques des nou-
Le Monde ; aujourd’hui Barack Obama véritablement les nouvelles technologies velles technologies. J’ai pu être aupara-
multiplie les vidéos courtes (cinq minu- à ses politiques publiques. Dans son vant réticent ; j’en suis aujourd’hui un
tes), mises en ligne sur YouTube – la schéma « d’empowerment » du citoyen, partisan convaincu. Pour le politique, les
« weekly address » qu’il a expérimentée le citoyen change de rôle : il n’est plus nouvelles technologies représentent une
dès janvier 2009 – pour privilégier une seulement « consulté », selon les pro- opportunité formidable tout à la fois pour
plus grande réactivité, une plus grande cédures de « démocratie participative » comprendre, convaincre et travailler.
proximité aussi avec le citoyen, quitte à traditionnelles, il est carrément « mis- Reste qu’il ne faut pas confondre le
perdre en solennité. sionné » pour participer à la rénovation fond et la forme, et que le net ne rem-
et à l’innovation. place pas la politique. Donner la parole
Retenons trois initiatives : et une forme de pouvoir de décision
L’exemple Obama – le site data.gov tout d’abord, réunit aux citoyens – le fameux thème de
sur un même site Internet l’ensemble l’« empowerment » si cher à Obama –
Dans ce domaine, dans d’autres aussi, des informations et des bases de don- n’exonère pas l’homme politique de ses
nous avons beaucoup à apprendre de nées aujourd’hui éclatées et disper- responsabilités. Son rôle peut évoluer,
l’approche des nouvelles technologies sées dans les différents départements, subir une inflexion, se réorienter ; mais
élaborée par le président américain. Je agences et bureaux du gouvernement sa mission fondamentale demeure de
retiens à titre personnel du parcours fédéral. On y trouve par exemple – au proposer une orientation politique et
exceptionnel du président américain hasard – une base de données mise à stratégique globale. Soyons lucides sur
deux éléments : jour chaque mois depuis 1987 par le la puissance, les potentialités, mais aussi
– tout d’abord, nous avons probable- « Bureau of Transportation Statistics » les dangers inhérents à cette ouverture
ment en France une leçon à retenir en décrivant les causes de retards des vols du net : le web est aussi le lieu de toutes
matière de maîtrise de la communication aériens intérieurs, les aéroports et les les rumeurs, de tous les fantasmes, de
politique. En mettant sur pied le premier compagnies concernés. Le site précise toutes les dérives et toutes les calom-
réseau social « politique » (mybaracko- qu’il revient aux citoyens de suggérer nies, dues au manque de références, de
bama.com), il a démontré qu’il compre- les applications et les usages qui peu- contrôle des sources, à la plasticité des
nait parfaitement les mécanismes d’ap- vent être faits de la masse d’informa- usages et du langage. Barack Obama
propriation / diffusion / viralité qui sont tions ainsi rassemblées : a su prouver, de manière éclatante,
au coeur même d’Internet. Dans un pays – « Open Government Dialogue » est qu’Internet est un outil fantastique
de près de 10 millions de km2, qu’il est un site Internet qui organise une consul- pour mieux comprendre, mieux expli-
pratiquement impossible de sillonner en tation publique en trois étapes sur la quer, mieux organiser, et rapprocher le
personne, il a su créer une relation quasi modernisation de l’administration – un politique du citoyen. Encore faut-il en
directe avec des millions de citoyens. des thèmes phares de la campagne du comprendre les codes et les limites.
C’est un succès majeur, dont nous devons président américain : foire aux idées,
nous inspirer ici ; discussion sur le fond, et dernière étape, Pierre Moscovici n

 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009


L’évolution du Lien Social

Une transformation sociétale irréversible

Le nouveau pouvoir des conversations


On ne contrôle pas une conversation, on y participe !

publics, des entreprises et des marques,


Luc Bretones (ECM 96) est spécialiste des réseaux critique des excès du capitalisme finan-
communautaires on-line. D’abord ingénieur des ventes, cier, défense du pouvoir d’achat et du
il devient consultant stratégie, responsable canal web auprès développement durable.
des grands comptes, puis directeur du centre support clients
entreprise pour l’Île-de-France et directeur d’intervention.
Il est aujourd’hui directeur des ventes indirectes chez Orange Le troisième âge
Business Services. Vice-président de Centrale Marseille Alumni, conversationnel
il représente Centrales et Essec au sein de l’institut G9+.
Les nouvelles pratiques citoyennes
des internautes trouvent écho dans la vie
Stéphane Dieutre, enseignant au Celsa et ancien élève de politique. L’initiative populaire – utili-
l’Essec, est directeur associé et animateur du pôle consulting sée en Suisse et dans certains états des
de Think-Out. Exerçant depuis 25 ans son activité de États-Unis et permettant à un groupe de
consulting en marketing, communication et innovation, il a citoyens d’obtenir par pétition l’orga-
développé une double compétence au service des marques nisation d’un vote au parlement ou un
et des médias, acquérant une solide expérience Internet. Il a référendum sur un projet de loi, une révi-
fondé les agences l’Agence verte et Strategic Lab. sion constitutionnelle ou une demande
d’abrogation de loi – progresse et est
inscrite dans l’article 11 de la Constitu-
Nous vivons une époque fascinante. tion française depuis le 23 juillet 2008.
Avec Internet, révolutions techno- Un projet européen prévoyait qu’une
logique et sociétale se croisent et se pétition signée par un million de citoyens
répondent. Des lames de fond sont européens pourrait être présentée devant
en marche. Et, pour la première fois la Commission européenne.
dans l’histoire, l’humanité laisse une Nous assistons simultanément au
empreinte à la fois sensible et factuelle développement rapide d’un troc pla-
de sa marche vers l’avenir sur un nétaire qui fait une bonne place à la
média participatif, et non hiérarchisé. conversation : les échanges C2C (custo-
Le futur s’écrit à livre ouvert. D’où la mer to customer), ventes directes entre
nécessité de tenter d’interpréter micro particuliers, à prix fixe ou aux enchères.
et macro tendances pour décrypter Comme l’a mis en évidence le cabinet
la matrice de ce monde qui s’invente, Think-Out, nous sommes entrés dans le
sous nos yeux, en temps réel. Alors que troisième âge conversationnel, celui des
notre société connaît des ruptures sans conversations numériques.
précédent, son miroir technologique Pendant des millénaires, l’huma-
géant agit comme un bras de levier nité a fondé son développement sur
phénoménal. Et l’émergence du nou- les conversations, les échanges directs
veau pouvoir des conversations est entre êtres humains au sein de petits
sans doute l’un des constats les plus Le pouvoir de dire son mot sur tout. groupes. Les conversations étaient à
importants à faire. diffusion lente. Ouvrant une nouvelle
l’autorité, que promoteurs de nouvelles ère, le « broadcast » des mass media

C
HAQUE « CONNECTÉ » peut solidarités ou encore libéraux soucieux a monopolisé la parole et s’est imposé
aujourd’hui éprouver le vertige de transparence des institutions et des par sa verticalité. Le diktat du journal
de pouvoir dire son mot sur tout, marchés, unis dans le projet d’une révo- de 20 heures et de la publicité en ont
comme de connaître le point de vue de lution internet au service des individus, été les purs produits. L’émergence de
chacun. Sur Internet, les contributeurs des initiatives collectives et des libertés. nouveaux leaders d’opinion (entraî-
sont à égalité : un blog personnel peut Or, dans le même temps, de nouvel- nant des communautés ou mobilisant
égaler en influence un puissant site ins- les dynamiques sociologiques s’affir- sur des causes un réseau mondial plat
titutionnel d’entreprise. Renouant avec ment qui s’emparent de cette nouvelle et maillé), de médias participatifs et
les idéaux démocratiques, ce nouveau possibilité de converser : montée en de gigantesques espaces de dialogues
paradigme rassemble aussi bien indi- puissance des communautés, défiance communautaires, est la caractéristique
vidualistes libertaires en conflit avec à l’égard des médias, des pouvoirs du nouvel âge conversationnel.

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 


L’évolution du Lien Social Le nouveau pouvoir des conversations

Les marchés sont des


conversations
En 1999 déjà, Rick Levine, Christo-
pher Locke, Doc Searls et David Wein-
berger écrivaient dans The Cluetrain
Manifesto : « les marchés sont désormais
des réseaux d’individus connectés les uns
aux autres, rendus ainsi plus intelligents,
et profondément unis dans un dialogue.
Les marchés sont des conversations ! ».
Cette vision nous éblouissait à l’époque ;
elle est devenue réalité : bientôt 200 mil-
lions de blogs dont une estimation à plus
de 70 millions pour la Chine uniquement,
des forums et wikis sur tous les sujets, 4
milliards d’articles sur l’encyclopédie par- Les nouvelles générations sont « digital natives ».
ticipative Wikipedia, un partage fluide des
photos, vidéos (1 milliard de vidéos vues toilette, rappelle cruellement que la espagnol Vida Caixa ou encore dans une
par jour sur YouTube) et autres supports marque ne vit que par ses consomma- démarche de co-innovation et feedback
multimédia, avec fonctions de géolocalisa- teurs. Chacun peut faire cette expérience avec ses clients à la SNCF, l’instinct
tion et commentaires, des réseaux sociaux au quotidien : 30 % des cent premières de conversation est mis à contribution
professionnels, d’amis (50 milliards de réponses obtenues en cherchant une d’une démarche de progrès collective.
pages vues par mois sur MySpace), géné- marque sur Google sont des messa- Selon Olivier Ricard, concepteur du
ralistes, verticaux, des chats, twitts et autres ges émis par des consommateurs. Les service TalkSpirit, « les conversations
messageries instantanées permettant une « consommacteurs » ont pris les clefs, et offrent aux entreprises de nouvelles
connexion permanente à ses réseaux, des ils ne sont pas prêts de les rendre ! opportunités puissantes d’associer leurs
univers virtuels et de jeux en forte progres- Les marques ne peuvent donc plus clients à leurs réflexions pour mieux
sion. On le voit, les outils d’expression ignorer les conversations en cours sous développer leur business ».
individuelle et de mobilisation collec- peine de réactions trop lentes ou trop Mais le modèle de fédération des
tive sont là. Le contexte socioculturel est « corporate ». Les mouvements com- commentaires spécifiques à un produit,
favorable. Les nouvelles générations sont munautaires sont rapides, le bouche-à- un service ou une marque sur un terrain
« digital natives » et adeptes de la multi- oreille marche à fond, et l’agilité est de neutre fonctionne également très bien.
consommation médiatique (multitasking). mise. Ce n’est plus seulement un sujet de Tripadvisor est un exemple vertical
La presse quotidienne nationale payante communication mais aussi de marketing. réussi dans le secteur des prestations
s’effondre, la télé ne fait plus son « show Les entreprises qui écoutent, ou donnent de voyage. Getsatisfaction, généraliste,
collectif live » que sur le sport (coupe du la parole, gagnent en temps, en accepta- propose même en marque blanche un
monde de rugby) et un débat « Sarkozy tion et en efficacité. service web de self care par la conver-
– Royal ». Les chiffres Audimat du 20 Plusieurs approches peuvent être utili- sation pouvant si besoin intégrer les
heures s’effritent. sées pour écouter, participer ou organiser échanges trouvés sur Twitter.
ces conversations et aller au-delà des Bien sûr, écouter ne suffit pas. La
services web 2.0 – jeux, vidéos, cours création « disruptive » sera toujours
Tous des en ligne, conseils vidéo – déjà proposés, nécessaire. Ce n’est pas Steve Jobs qui
« consommacteurs » par exemple, par des marques comme nous contredira. Et dans ce cas, le buzz
Pampers, Nestlé, Blédina ou Nivea sur de l’innovation vaut toutes les campa-
A contrario, un blogueur seul peut la cible des jeunes mères, ou Honda qui gnes marketing. Mais comme nous le
aujourd’hui interpeller sérieusement a revu la conception de ses mini vans en montre le site Eyeka, les internautes
une marque, une personnalité, un média. y associant des mères de famille. savent aussi produire des idées pour
Jeff Jarvis, ancien critique TV et blo- les marques.
gueur reconnu, s’est exprimé en lettre
ouverte pendant plusieurs mois sur le Associer les clients
service consommateur, déplorable selon aux réflexions Analyser les
lui, de la firme Dell avant d’obtenir interactions
une réponse et un dialogue direct avec Ainsi, les premières plateformes de
le CEO, Mickaël Dell. L’affaire a terni conversations d’entreprises exploitent le Finalement, rien n’arrête les conver-
l’image de marque de la société. Dans potentiel de bonnes idées et de rebonds sations. Elles se fluidifient, s’agrè-
un autre genre, une vidéo postée sur des écosystèmes business. Que ce soit gent, font progresser la pertinence,
Internet montrant comment ouvrir un en mode intranet dans un ministère, dans l’intelligence et réchauffent un média
antivol Kensington en quelques secon- le cadre de la préparation d’un forum technologique froid. La précision de
des avec un simple rouleau de papier économique pour le premier assureur ces interactions en chaîne, leur force,

 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009


L’évolution du Lien Social Le nouveau pouvoir des conversations

sont étudiées de plus en plus finement. ou del.icio.us (social bookmarking) travers d’une marque, elle se différen-
Le système « who’s hot » – widget contribuent à qualifier l’information ciera de façon décisive.
d’Alenty.com – permet par exemple pour que le meilleur émerge. C’est dire Ce type d’enjeu est nouveau, difficile
aux blogueurs de gagner en notoriété, l’extraordinaire capacité d’intelligence à appréhender et demande assurément
de découvrir l’audience de leur blog et collective qu’offrent déjà ces réseaux une stratégie et des acteurs spécifiques
de faire connaissance avec leurs visi- de conversation. au sein de l’entreprise. Quels sont les
teurs. Chaque contenu est mesuré en La mesure du retour sur investis- lieux de conversation ? Faut-il en créer
audience au millimètre – une bannière sements est d’autant plus importante d’autres, des spécifiques ? Où sont les
de pub vue à moitié quelques secon- que ces derniers explosent. La marque benchmarks et que font-ils ? Enfin,
des ne sera pas comptée de la même Coca-Cola voit par exemple son budget quelles sont les postures à adopter ? Et
manière que si elle est en plein écran – média multiplié par 2,5 sur Internet en pour quel résultat ?
et l’on peut imaginer un web qui fasse un an à 25 %, avec notamment Happi- Autant de questions qui finiront par faire
ressortir avec précision – police de ness Factory 2, sa fameuse campagne passer les marques de la grande consom-
texte proportionnelle à la notoriété événementielle 2007. mation à la grande conversation !
par exemple – les éléments les plus Mais on ne contrôle pas une conversa-
consultés. D’autres systèmes tels que tion, on y participe ! Et l’on peut se dire Luc Bretones (ECM 96)
Digg (vote sur la qualité des contenus) que si un réseau humain se renforce au Stéphane Dieutre n

Les influences entre Internet et la société


Trouver l’équilibre entre la dépendance et le besoin de rester en contact.

Les changements
David Fayon (ENST, ENSPTT, IAE de Paris) est expert
NTIC. Il s’attache à la révolution numérique sous ses trois qu’Internet apporte
composantes interdépendantes : technique, organisationnelle à la société
et humaine. Membre de Renaissance numérique et d’Isoc
France, il est auteur de Clés pour Internet et web 2.0 et Internet redistribue les pouvoirs et plus
au-delà », Economica. particulièrement avec le web 2.0 où les
Son blog : http://livres-internet-web.over-blog.com relations deviennent de m à n personnes
Son site : http://david.fayon.free.fr sur les différents outils (blogs, wikis,
réseaux sociaux, etc.). Le principe d’égal
à égal que l’on connaît dans les réseaux
L’individualisation de notre société Mondes physique et virtuel s’interpénè- P2P se retrouve dans la société avec
et la primauté de l’égo cohabitent avec trent et des habitudes observées dans le les structures hiérarchiques au travail
une intelligence collective et collabora- monde virtuel ont des impacts dans le en mode projet dans l’entreprise. Des
tive permise avec Internet où chacun monde physique et vice versa. communautés d’intérêts au sein des
consacre du temps – ou du moins est entreprises et organisations avec des buts
sensible – à des causes qui concernent communs apparaissent. Les approches
un grand nombre d’individus (par descendante et hiérarchique sont toujours
exemple le développement durable). valables mais les effets se combinent
avec la culture projet.

A
VEC INTERNET, il devient Des rencontres virtuelles faites sur les
nécessaire de maîtriser le temps, réseaux sociaux peuvent déboucher sur
l’espace, les contenus, les sup- des rencontres dans le monde physique.
ports, la mémoire, les liens et les par- Les réseaux sociaux développent l’envie
cours. Plus globalement, la maîtrise de de faire du networking et de maintenir un
l’information devient cruciale. Internet lien avec ses relations. Par exemple, dire ce
et plus généralement les NTIC ont des que l’on est en train de faire, afficher des
impacts considérables sur la société. La maîtrise de l’informatique devient cruciale. informations sur son wall sur Facebook.

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 


L’évolution du Lien Social Les influences entre Internet et la société

Les réseaux sociaux et les moteurs de généralement sur les sujets définis par zapping. Des mouvements de masse sont
recherche peuvent aussi permettre de l’agenda médiatique. rapides. Et un outil peut vite être délaissé
retrouver des personnes perdues de vue L’influence sur le web a remplacé pour un autre (par exemple MySpace
dans le monde physique. l’autorité ce qui nécessite de faire du devenu has been). La communication
Des comportements constatés sur buzz et de le maîtriser. Dans la société, est abrégée et va à l’essentiel (emploi
le web ont des impacts sur la façon ceci se retrouve en politique où les dis- massif des abréviations notamment pour
d’agir en société. Les outils génèrent cours de fond sont habilement supplan- l’écriture des SMS et des méls) et les
des réflexes conditionnés. On constate tés par ce que les citoyens préfèrent dictionnaires traduisent ces évolutions
les syndromes du « T’es où ? » avec les entendre. Surveiller ce qui se dit (blogs, avec l’intégration de nouveaux mots de
téléphones portables et du « Qu’est-ce forums) peut permettre à certains poli- geeks dans leurs nouvelles éditions.
que tu fais ? » avec le micro-blogging, tiques de collecter des informations
Twitter et certains réseaux sociaux. Le utiles pour leur action (de même pour
copier-coller et le double-clic modifient le top management en entreprise sur les Conclusion
également nos comportements en société intranets et outils 2.0 qui se développent
avec la réutilisation de travaux précé- encore timidement). Déceler des signaux Les frontières entre la vie profession-
dents et la vérification et validation de faibles peut se révéler un précieux allié nelle et la vie personnelle ainsi qu’entre
certaines actions. pour anticiper les tendances émergentes le monde physique et le monde virtuel
La recommandation est importante et influer la prise de décision. s’estompent.
dans l’acte d’achat, qui plus est si elle Il devient nécessaire d’avoir une
émane non d’un canal publicitaire mais culture générale numérique et des
d’un internaute consommateur. Des étu- méthodes et outils pour maîtriser l’in-
des estiment qu’un internaute sur deux formation dénichée sur le web et ainsi
est influencé dans les commentaires qu’il avoir un jugement critique sur l’infor-
peut lire (TripAdvisor pour les voyages mation trouvée dans le flot information-
ou Amazon pour les produits culturels nel que constitue le web et ce d’autant
par exemple). Les achats peuvent aussi plus que les résultats qui arrivent en
bien se matérialiser sur Internet que dans premières positions de Google ne sont
une enseigne physique après collecte pas forcément les plus pertinents mais
d’informations sur le Web. Avec la lon- les plus populaires. Dans ce contexte,
gue traîne, l’ensemble des titres devient il est capital de garder un bon équilibre
accessible et l’internaute peut trouver entre vie physique et vie virtuelle pour
exactement ce qu’il cherche ou presque. ne pas devenir cyberdépendant ni rester
Il peut même aller jusqu’à fabriquer en marge des évolutions numériques de
les objets qu’il souhaite à la demande notre société.
(Myfab) ou les créer (CrowdSpirit) ou
donner vie à des idées (Ponoko) grâce à Les frontières entre les mondes physiques David Fayon n
la communauté des internautes. Il s’agit et virtuels s’estompent.
d’un nouveau marketing collaboratif où
il est possible de commercialiser des Le cycle de la version bêta perpétuelle
POUR EN SAVOIR PLUS
services rêvés. Plus généralement, les (par exemple Wikipédia ou Google)
outils sont utilisés selon les besoins et pousse certains cadres à sans cesse amé- • Le Software as a Service (SaaS) est
il en va de même avec les logiciels avec liorer leurs rapports. Les entreprises sont une technologie consistant à fournir des
l’essor du SaaS en devenir. de plus tentées de faire appel, grâce à services ou des logiciels informatiques par
Le journal Vendredi, disponible en Internet, à des contributions extérieures le biais du web et non plus dans le cadre
d’une application de bureau ou client-
kiosque, est réalisé à partir d’articles avec le crowdsourcing.
serveur. Ce concept, apparu au début
publiés sur le web. Des forums des utilisateurs voient le des années 2000, prend la suite de celui
jour avec des problèmes exprimés par les d’application service provider (ASP).
clients et la communauté des utilisateurs • Néologisme conçu en 2006 par Jeff
La société évolue avec y répond. Free avec www.aduf.org ou Howe et Mark Robinson, rédacteurs
Internet Apple se sont ainsi adaptés aux nouvelles à Wired magazine, le crowdsourcing
pratiques autour de l’échange de leurs consiste à utiliser la créativité, l’intelligence
Les médias traditionnels sont en perte clients qui s’expriment pour canaliser les et le savoir-faire d’un grand nombre
de vitesse. La presse décline ses titres problèmes et éviter que leur mécontente- d’internautes, et ce, au moindre coût.
sur Internet et on y voit apparaître une ment soit incontrôlable. Des économies • Les Anglo-Saxons l’appellent la
génération Y, c’est-à-dire les jeunes actifs
forme de journalisme citoyen. Toutefois, sur le SAV de l’enseigne en découlent.
de moins de 30 ans.
parmi les blogueurs, on retrouve des Les services autour du web 2.0 évo-
•  G e e k s o u n e r d : t e r m e s a n g l o -
journalistes. Notons que, sur les sujets de luent très vite. Si une entreprise ne prend
saxons désignant des passionnés de
société, l’agenda reste déterminé par les pas le virage suffisamment tôt, elle est technologies de l’information au sens
médias. Et les internautes (par exemple vite éclipsée. La génération Y, en particu- technique du terme.
sur Agoravox ou rue89) se positionnent lier, est une clientèle infidèle, adepte du

 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009


L’évolution du Lien Social

Une interview de Corinne Denis

Si je n’engage pas de conversations,


je n’existe pas !
Le monde de l’édition évolue pour devenir un acteur du réseau social.

blog, un peu à l’image de la plateforme


Mediapart fondée par Edwy Plenel.
Corinne Denis dirige la Business Unit activités numériques L’Express est très actif dans l’anima-
de la filiale française du groupe Express-Roularta (déco, tion des conversations. En ce moment,
Côté Sud, Est-Ouest…), news (L’Express…), économie nous construisons une nouvelle commu-
(L’Expansion, L’Entreprise…), culture (Classica, Lire…), nauté autour de la culture. Les internautes
féminin-people (Point de vue…), étudiants (L’Étudiant…). peuvent s’inscrire sur notre plateforme,
À la tête de 45 personnes, elle gère les sites des marques échanger un peu comme sur Facebook,
papier et un portail Internet dédié aux activités numériques. et publier des notes et des commentaires.
Ils peuvent même décider de virer l’ani-
mateur ! Enfin, les internautes peuvent
David Bourgeois : Le web révolu- également acquérir des droits d’animation
tionne le monde de l’information. Quelle sur des domaines secondaires.
réponse les groupes de presse préparent-
ils pour continuer d’exister ? Que pensez-vous des réseaux
sociaux ? Les utilisez-vous dans votre
Corinne Denis : La première version vie professionnelle ?
du site de l’Express a été créée en 1994 Les journalistes aiment beaucoup ces
sur Compuserve, une plateforme payante. outils. Christophe Barbier (ndlr : direc-
C’était le premier site d’information teur de la rédaction de LExpress.fr) anime
français ! Les sites des divers groupes de un groupe Facebook. Je suis présente sur
presse, comme celui de L’Expansion, ont Facebook, LinkedIn et Viadeo.
fusionné au fur et à mesure de leur entrée Les réseaux sociaux sont des outils formidables pour Les réseaux sociaux sont des outils
dans le groupe L’Express. réguler de l’information. formidables pour récupérer de l’infor-
Les groupes de presse vivent actuel- mation, mener un début d’enquête. Car
lement une véritable mutation. Pour la Comment organisez-vous les conver- malgré tous les efforts que nous pouvons
réussir, outre votre capacité à convaincre sations sur vos portails ? déployer, plus personne ne maîtrise son
et embarquer dans votre vision ceux qui Si je n’engage pas de conversations, je image numérique !
font du papier, il vous faut le soutien des suis un simple site compagnon, pas un Les journalistes entretiennent une veille
marques. site Internet et je n’existe pas ! permanente sur ces outils. Ils « twittent »
L’activité Internet doit être originale, Hier, notre activité se résumait à créer l’actualité en temps réel, utilisent les
ne pas se réduire à mettre en ligne les puis à diffuser de l’information, de l’ex- réseaux sociaux pour garder le contact
articles de la presse papier. Nos lecteurs pertise que les gens achetaient en kios- avec leurs confrères ou encore s’en servent
nous formulent des demandes spéci- que. Aujourd’hui, nous travaillons avec comme d’un CV pour trouver des piges.
fiques sur le web. Ils veulent de l’actu la blogosphère. Nous donnons la parole
chaude, une mise en ligne immédiate aux blogueurs qui deviennent de véri- Et la vidéo ?
de l’information, mais aussi des débats, tables éditeurs de contenu, suivant une Nous produisons environ soixante
du recul, de l’analyse et du décryptage charte de bonne conduite édictée par vidéos par mois. On pourrait en produire
de l’actualité. Les internautes attendent mes services. Telle Géraldine Dormoy, beaucoup plus, mais ça coûte très cher ! Il
de nos portails Internet une véritable animatrice du blog Café Mode sur la pla- vous faut des équipes de tournage, de mon-
différenciation. teforme L’Express Styles, très influente tage, du matériel, … La rentabilité est très
Nous avons développé une marque à sur sa communauté. difficile à atteindre sur ce support. C’est
part entière sur ce nouveau support. Nous Les journalistes doivent comprendre pourquoi nous développons actuellement
nous servons de l’information produite qu’ils ne sont plus uniquement des dif- des techniques de production de vidéos
par le groupe. Mais pas uniquement. Nous fuseurs d’information. Ils deviennent des low cost. Nous avons également développé
produisons notre propre information à animateurs, des débatteurs d’actualités. un partenariat avec DailyMotion.
l’aide d’une équipe de journalistes et des Ils doivent porter leur communauté, la
internautes. Nous organisons des conver- faire vivre. Ainsi, ils lisent les commen- Propos recueillis par
sations, créant ainsi de la proximité avec taires suscités par leurs articles et parti- David Bourgeois (ECM 96) n
nos lecteurs en leur donnant la parole. cipent à la conversation en prolongeant
Enfin, nous avons créé des services dédiés, le débat. Ils peuvent également inciter les
 – Usage d’un outil de réseau social et de microblo-
comme l’aide à la création d’entreprise, la internautes les plus pertinents à s’inscrire gage qui permet à l’utilisateur de signaler à son réseau
mise en relation avec des experts, … sur L’Express Styles pour y ouvrir un « ce qu’il est en train de faire ».

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 


L’évolution du Lien Social

Un entretien avec Christophe Agnus

L’avenir de la technologie :
« pas de technologie » !
Nous vivons actuellement l’adolescence du web et la petite enfance du mobile.

magasins, Le Printemps, a mis onze


ans pour son ROI (ndlr : retour sur
Christophe Agnus est fondateur et CEO de Nautilus Medias, investissement) ?
entreprise plurimédia, rédacteur en chef du magazine Il fallait donc y croire contre tout le
Nautilus, ancien fondateur, président, CEO de Transfert SA, monde dans les années 90. Rafi Haladjian,
rédacteur en chef du magazine Transfert et Transfert.net Patrick Robin et Xavier Niel ont fait de
(Best French Media Web Site Award in 2000 et 2001), ancien l’argent dans les services minitel et ce
rédacteur principal pour le magazine L’Express et sont ces entrepreneurs qui ont financé le
co-fondateur de l’édition en ligne de L’Express en 1995. lancement des premières offres Internet
grand public.

Luc Bretones et Emmanuel Naudin : En 1995, alors que j’étais reporter pour Comment analysez-vous l’évolution
Pouvez-vous nous décrire votre L’Express, nous avions obtenu trente abon- du rapport des marques à l’Internet ?
découverte d’Internet, l’époque pour- nements Compuserve gratuits pour les Je prendrai un exemple significatif qui
tant récente à laquelle les sceptiques journalistes. Nous n’étions arrivés à n’en illustre le bouleversement qu’Internet a
étaient légion ? distribuer que douze ! Cela n’intéressait provoqué dans ce domaine : Nike inves-
pas grand monde. Le terme « JAMAIS », tissait, dans les années 90, 20 % de son
Christophe Agnus : Je me souviens je l’entendais en permanence, et dès que budget de promo dans la création et 80 %
très bien des années 1992-94. A cette quelqu’un le prononçait, je répondais : dans la diffusion. Aujourd’hui, c’est
période, j’accédais au réseau en mode « notez bien ce qu’il vient de dire » ! l’inverse. Ils lancent leur film et laissent
shell – en code – pour faire du goffer, Concernant Internet, on ne dit pas les gens le diffuser par « viralité ». Ils
du ftp ; c’était avant Mozaïc. On payait « jamais » mais plutôt « pas aujourd’hui, ont radicalement changé leur structure de
cent francs l’heure de connexion par cré- mais demain je ne sais pas... ». coûts et testent largement les films.
dit de dix heures ! J’ai encore en tête mon En 1999-2000, les investissements Je l’ai appliqué une fois à mon maga-
retour des USA en 91 avec un modem à dans Amazon étaient jugés comme zine de mer Nautilus. Ce sont les inter-
2 400 bauds dans mes bagages ! Deux pure folie. Le fait qu’une société aussi nautes qui ont choisi la couverture entre
fois plus rapide que le minitel. innovante reste quatre ans sans générer cinq propositions mises en ligne.
Pensez, pour l’anecdote, que j’ai été de bénéfice créait l’émoi. Mais com- Il n’y a pas une grande marque qui
l’un des cinq premiers abonnés français bien savent qu’une célèbre marque de n’utilise aujourd’hui la « viralité », les
à Internet grand public, via FranceNet
à l’époque. C’était le 12 juin 1994. La
photo des cinq premiers abonnés est
passée récemment dans Paris Match,
quand ils ont fait un dossier sur les vingt
dernières années. FranceNet s’est lancée
avec un kit à 1 440 bauds. Les sociétés
WorldNet, Oléane et Imaginet se sont
lancées au même moment.
J’ai créé Transfert, un magazine en ligne
qui traitait de l’évolution de la société par
le prisme des nouvelles technologies.
La page d’accueil du site ne devait pas
dépasser 70 Ko. Tous nos contenus étaient
« pesés » en regard des débits accessibles
par les internautes (débit de 56 k).
En 1994, Internet était perçu comme
un truc de nerds, d’Américains, et la
plupart des observateurs disaient « cela
ne viendra jamais chez nous... ».
En 1995-96, les premières vraies proposi-
tions d’e-commerce sont apparues sur Inter-
net. Les gens ont juré pendant longtemps
que jamais ils n’achèteraient sur le net. Les gens ont juré pendant longtemps que jamais ils achèteraient sur Internet.

10 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009


L’évolution du Lien Social

réseaux sociaux. Il n’y a plus de certitude, papier qui disait en substance « on n’a
plus de « pape de la communication ». pas aimé le film ». Claude Berry, très en
Les labos sont partout ! colère, a menacé de procès.
Avant, les communicants mettaient des Un exemple contraire me semble être
sommes énormes dans des campagnes, celui d’Édouard Leclerc qui accepte
puis allumaient un cierge en espérant que l’échange car il a confiance dans sa dia-
cela marche. Nous vivons actuellement lectique personnelle. Il est très fort car il
en flux tendu avec une analyse perma- y arrive. Ce n’est pas la majorité.
nente de la performance. Second Life est Enfin, j’ajouterai que l’anonymat
à ce titre un bon labo d’essai pour voir ce de l’Internet est violent ; une violence
qui a du succès avant de généraliser. démesurée par rapport à la vie réelle. Les
Mais la plupart des entreprises et des commentaires écrits dépassent souvent
marques utilisent mal le potentiel d’In- les pensées. C’est, je pense, la raison Selon notre position, nous utilisons l’outil le plus pratique.
ternet. Si vous allez jusqu’au bout de la principale qui amène les marques à
logique web2, vous acceptez les criti- modérer largement leurs conversations. plus pratique. Le plus de l’I-phone et les
ques, et donc pas forcément celles qui 95 % des sites d’entreprises sont modérés raisons de la révolution qu’il préfigure
sont positives... a priori. Le web2 ne devrait pas l’être. sont la simplicité et la richesse d’usage.
Cela demande du courage et de l’im- Dit autrement, le style d’usage de l’Iphone
plication. C’est la raison pour laquelle les Parlez-nous de votre vision du futur marque le début d’une nouvelle ère.
marques choisissent souvent des dispo- des services web. Beaucoup essaient de le reproduire.
sitifs qui ne permettent pas une véritable Nous vivons actuellement l’adolescence Le Nokia 95, par exemple, disposait des
conversation et des réponses ouvertes. du web et la petite enfance du mobile. mêmes fonctionnalités mais rien n’était
Certaines au contraire, décident de le L’essentiel est à venir. Nous entendons intuitif. L’I-phone est moins efficace,
faire et l’assument. Ces dernières sont d’ailleurs les mêmes arguments contre le moins performant, mais orienté usage ;
encore minoritaires. En effet, la nature mobile que contre Internet par le passé. Je « il fait tout mal, mais il fait tout, et c’est
des sociétés commerciales n’est pas de considère le mobile comme l’« ultimate très simple ! ».
s’exposer mais de s’imposer ! device ». Et en la matière, l’I-phone en a L’âge adulte des services web et des
Un exemple : on a ainsi vu fleurir le révolutionné l’usage. technologies relatives (dont les termi-
concept d’« événement », décliné en Quand un utilisateur de téléphone va naux) sera marqué par la simplicité de
« livre événement », « disque », « film une fois sur Google mobile, un utilisateur l’interaction, l’absence de problèmes
événement ». Ces lancements sont de Smartphone y va trois fois et un utilisa- technologiques à l’interaction. Lorsque
appuyés par des financements très impor- teur d’I-phone cent fois ! L’I-phone n’est vous utilisez votre réfrigérateur, votre four
tants. Et tout obstacle à leurs succès est pas un téléphone. C’est le prolongement à micro-ondes, vous n’avez pas l’impres-
farouchement combattu. Lors de la sortie de poche de son environnement virtuel. sion de faire un acte technologique.
du film Germinal de Claude Berry, Gérard Je fais tout avec mon I-phone : des L’ordinateur de bord du film 2001,
Lefort, journaliste à Libération, a sorti un photos, mon réveil, mon agenda, la recon- l’Odyssée de l’espace parle. Un rêve,
naissance des musiques que j’aime avec porté notamment par Nathan Myhrvold
le petit programme « shazam », la lecture quand il dirigeait la recherche de Micro-
de livres, de journaux, la consultation soft, consiste à supprimer le clavier qui
des vélibs libres, etc. C’est mon couteau est tout sauf naturel. Dans ce type de
suisse électronique. Le week-end dernier, vision, la technologie disparaît derrière
ma femme me demande de chercher un l’usage. Imaginez dire « courriel pour
niveau pour mesurer la pose rectiligne telle personne » pour envoyer un mes-
d’un tableau au mur... bien sûr, je sors mon sage avant de le dicter. L’âge IT adulte
I-phone et l’utilise comme un niveau au sera celui de la fluidité.
centième de degré près avec le programme
correspondant. Dans l’avion qui me posait Interview réalisée par
à Roissy, une dame voulait savoir si elle Luc Bretones (ECM 96)
arriverait à rejoindre Orly en 45 minutes : et Emmanuel Naudin (ECM 04) n
j’ai consulté Sytadin, le réseau routier était
au vert alors je lui ai dit que oui contrai-
rement au jugement de nos voisins. Avec POUR EN SAVOIR PLUS
l’Iphone, je n’ai pas l’impression d’aller
sur le net. L’avenir de la technologie, c’est • Nerds ou geeks : termes anglo-saxons
« pas de technologie » ! désignant des passionnés de technologies de
l’information au sens technique du terme.
Le mobile va t-il tout balayer ? • « Shazam » reconnaît les morceaux de
Non. Nous disposons de trois écrans : musique dont j’enregistre un extrait lorsque
télévision, ordinateur et mobile. Selon je l’entends.
Toutes les marques utilisent les réseaux sociaux. notre position, nous utilisons l’outil le

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 11


L’évolution du Lien Social

Une interview de Pierre Kosciusko-Morizet

Internet devient la norme


La valeur d’un réseau se mesure à son nombre d’utilisateurs.

laboratoire de la lame de fond qui allait


s’abattre sur le monde entier.
Pierre Kosciusko-Morizet crée sa première société dès sa Ce que fait Internet, c’est de mettre
sortie d’HEC, en 1998, à 21 ans. Il travaille ensuite un an les gens en relation. Yahoo ! à ses débuts
aux États-Unis au développement de l’activité Internet était centré sur cet objectif d’aider les
d’une banque. De retour en France en 2000, il crée gens à trouver ce qu’ils cherchaient
PriceMinister, s’inspirant d’un site américain, half.com. sur la toile. Les sites d’achat / vente, de
Trouver des investisseurs ne fut pas chose facile, les fonds rencontres, de réseaux sociaux… sont
français ne croyant pas du tout à Internet à l’époque. tous au service de la mise en relation.
C’est la beauté d’Internet.
Mais attention, je ne suis pas un geek,
David Bourgeois, Luc Bretones, Quel est le business model de Price- un fou de l’Internet. La preuve, j’ai
Emmanuel Naudin et Éric Vandewalle : Minister ? utilisé le même Palm Pilot entre 2000
Parlez-nous de PriceMinister, ses chif- La mise en vente est gratuite, nous et 2007 ! Je lis mes emails sur mon
fres, sa stratégie. prenons une commission de l’ordre de téléphone seulement depuis peu !
10 % à la vente de l’objet. Nous offrons
Pierre Kosciusko-Morizet : Price- à nos clients une assurance client qui Que pensez-vous des sites de réseaux
Minister emploie actuellement deux les assure de ne pas être floués lors sociaux ? Que vous apportent-ils sur le
cents personnes, dont soixante-dix ingé- d’une transaction. Une autre source de plan professionnel ?
nieurs. C’est un savant mélange entre revenus est pour nous la publicité qui Les réseaux sociaux mélangent vie
geeks et non geeks. Nos collaborateurs est possible grâce à nos deux millions professionnelle et vie personnelle. Le
sont orientés tantôt utilisateurs, tantôt de visites par jour en France. Notre problème avec ces sites, c’est qu’une
marques, ou encore business et parfois métier d’intermédiaire, sans logistique fois inscrit, vous ne maîtrisez plus votre
techno. Cette diversité donne un site ni entrepôt, nous permet de limiter nos image. Je n’ai pas très envie que mes pho-
convivial et équilibré. coûts. La rentabilité est donc bonne. tos personnelles se retrouvent sur Internet.
Le groupe PriceMinister, c’est également Je préfère de loin les réseaux sociaux réels
trois autres sites, rachetés en 2007 : Comment avez-vous découvert aux réseaux sociaux virtuels !
• À Vendre / À Louer ; l’Internet ? Je suis totalement absent de Facebook
• Planetanoo.com ; J’ai commencé avec Internet au Viet- et de Viadeo. LinkedIn ne m’apporte
• Voyager moins cher ; nam pour rester en contact avec la guère que des contacts de gens qui veulent
• Et aussi un site automobile : Price- famille, puis aux États-Unis au moment me vendre des produits. MySpace est un
Minister Auto. même de la bulle Internet à la fin des peu différent. C’est un réseau à part, qui
PriceMinister se développe rapidement. années 90. À l’époque j’ai trouvé aisé- regroupe pas mal d’interprètes et de com-
Nous sommes aujourd’hui le deuxième ment et rapidement mon appartement positeurs. Il se trouve que j’ai une vraie
site de e-commerce en France derrière ainsi que ma voiture sur la toile. À passion pour la musique et MySpace est
eBay. Nous serons premier en 2010 ! cette période, les USA étaient un vrai très ancré dans ce domaine.

Comment imaginez-vous le web de


demain ?
La France compte plus de la moi-
tié de ses foyers connectés depuis
2008. La bascule vient d’être franchie.
Aujourd’hui ne pas être connecté est
minoritaire ! Internet devient donc un
média de masse avec une caractéristique
nouvelle : c’est la permanence. On peut
se connecter quand on le souhaite. La
machine est en route et n’est pas près
de s’arrêter. Si l’on suit les principes de
la loi de Metcalfe, l’expansion devrait
continuer en s’accélérant. Le marché
Internet, hier marginal, attire de plus en
Aujourd’hui, ne pas être connecté est minoritaire. plus d’acteurs du commerce tradition-

12 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009


L’évolution du Lien Social Internet devient la norme

nel, drainant toujours plus d’acheteurs par du lobbying auprès des politiques. Elle nous considérons comme un lobby du
vers le e-commerce. Petit à petit, Inter- a été lancée en décembre 2007 par AOL, web 2.0 dans le sens où nous intervenons
net devient la norme. Dailymotion, Google, PriceMinister et publiquement et auprès des parlementai-
D’un autre côté, on tend à être connecté Yahoo !. MySpace, Facebook, Microsoft, res lorsque certaines lois nous semblent
partout et tout le temps. En Wifi, en 3G, SkyRock et Wikipedia ont rejoint le mou- ne pas aller dans le bon sens de notre
au bureau et même en vacances. Les sites vement. D’autres suivront bientôt. Nous point de vue.
web 2.0 vont grossir plus vite que les
autres grâce à l’effet de réseau. Notre premier dossier fut la loi visant
PriceMinister grossit plus vite que les à taxer les services Internet. Nous avons
autres grâce à son système de recom- POUR EN SAVOIR PLUS réussi à bloquer le projet de loi visant
mandation des produits ainsi que des à taxer la publicité sur Internet. En
• Loi de Metcalfe : La loi dit que plus il y a
acheteurs / vendeurs. Le succès de Price- d’utilisateurs dans un réseau, plus ce réseau
effet, une telle taxe aurait simplement
Minister réside dans l’achat-vente à un aura de la valeur. convaincu ce business à se délocaliser
tiers de confiance. L’acheteur a la garantie au Luxembourg. Heureusement, nous
• Effet réseau : Les sites web 2.0 se
d’acheter un bon produit et le vendeur est avons réussi à démontrer que cette loi
distinguent des sites traditionnels par
sûr d’être payé. leur dimension sociale. Les utilisateurs
aurait été une erreur.
connectés peuvent recommander un
Vous êtes également co-président fon- produit et/ou un tiers acheteur/vendeur. Interview réalisée par
dateur de l’Asic. Parlez-nous de cette David Bourgeois (ECM 96)
• Asic : Association des Services Internet
association. Communautaires http://www.lasic.fr/ Luc Bretones (ECM 96)
L’Asic regroupe les acteurs du web 2.0 Emmanuel Naudin (ECM 04)
et vise à promouvoir le « nouvel » Internet et Éric Vandewalle (ECM 96) n

Internet est une chance pour la France

La France dans la course


On n’imaginait pas que nos services permettraient de tels usages !
Une interview de Giuseppe de Martino.

Juriste en propriété intellectuelle, Giuseppe de Martino


débute sa carrière à Rome dans un cabinet d’avocats sur la
chaîne des droits (cinéma). Après Skyrock, Arte et AOL ;
en 2007, il devient directeur juridique et réglementaire de
Dailymotion. Pour défendre les intérêts des acteurs pure
players de l’internet, il crée l’Asic qu’il préside avec Pierre
Kosciusko-Morizet, PDG de Price Minister.

Emmanuel Naudin, Éric Vandewalle : L’élément déclencheur de cette asso- La France est le seul pays où le besoin de défense des
Parlez-nous de la composition et des ciation fut l’histoire Neuf-Cegetel qui services Internet se fait ressentir.
objectifs de l’Asic. a bloqué la diffusion du site Dailymo-
tion. Pour cela, nous (Dailymotion) pour mission de donner la meilleure
Giuseppe de Martino : À l’ori- avons mis un message sur le site, qualité de service pour les fournisseurs
gine, l’Asic (Association des ser- indiquant d’appeler la hotline de Neuf- de contenu.
vices Internet communautaires) est Cegetel qui sauta rapidement sous le Didier Lombard a dit un jour : « Pour-
composée de Dailymotion, Price nombre d’appels. Ce fut une première quoi les Cadillac roulent-elles sur les
Minister et Google. Nous avons été publique en Europe. autoroutes françaises ? »
rejoints ensuite par Yahoo, AOL et L’Asic est basée sur le principe de la Je pense qu’Internet est une véritable
nous sommes une quinzaine de mem- Net Neutrality qui rejoint le principe chance pour la France.
bres aujourd’hui. eBay devrait nous d’Internet ouvert mis en avant par Goo- Nous sommes au service des intérêts
rejoindre rapidement. gle. Les fournisseurs de « tuyaux » ont des communautés.

L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009 13


L’évolution du Lien Social La France dans la course

Parlez-nous de l’évolution des com-


portements avec le web 2.0
Tout d’abord, il y a un changement
de comportement de l’internaute qui
devient actif. L’utilisateur a une liberté
d’agir et on constate un éparpillement
de l’audience. Comme Martin (ndlr :
Martin Rogard, directeur France de
Dailymotion) vous l’a dit, cinq millions
de vidéos sont vues sur les dix millions
en ligne chez Dailymotion.
Et ensuite, on aperçoit une évolution
des modes et des tendances, amplifiée
par la facilité d’échanger avec des inter-
nautes. Par exemple, sur Dailymotion,
nous avons vu naître des phénomènes
comme la Tektonic, le Booty Shaking
ou le concours de la descente de Pastis. Le web 2.0 est un agrégateur.
On n’imaginait pas que nos services
permettraient de tels usages ! Dans ce Deuxièmement, nous avons le syn- au développement numérique. L’Asic a
cas, le web 2.0 met à disposition des drome de Poulidor : on n’aime pas le même proposé quelques noms à ce poste,
technologies pour développer la créati- succès et on met des bâtons dans les comme Bruno Retaillau, mais de Villiers
vité sans notion de création de valeur. roues de ceux qui réussissent. Devant le a refusé. Nathalie Kosciusko-Morizet fut
Pour certaines, ces évolutions sont de succès de Price Minister et Dailymotion, choisie par défaut à ce ministère.
vraies révolutions d’usage du service. En l’Asic combat ce syndrome et montre
politique, Dailymotion est utilisé pour encore une fois l’Internet comme une Qui, en politique, souhaiteriez-vous
des débats entre partis. chance de développement pour la France. voir pour le développement du numéri-
Enfin, plus qu’un rôle de producteur ou Malheureusement, ce n’est pas une prio- que ? Et quelles mesures souhaiteriez-
prescripteur, le web 2.0 est un « agréga- rité pour le gouvernement. Pas d’aides vous voir prises ?
teur », il permet de rassembler les niches. publiques ni de remerciements mais que Nous verrions bien Thierry Solère
La multitude des contenus et interactions des taxations ! On demande à l’Internet (maire adjoint UMP de Boulogne-Billan-
proposés de l’offre produit du volume de financer la télévision publique ! court) qui a une grande maîtrise du sujet
donc le succès. La multitude est la part de Pour se rendre compte de la différence des nouvelles technologies. Également,
rêve et l’offre est la force. On peut faci- d’intérêt, nous voyons les États-Unis avec Emmanuel Gabla du CSA.
lement comparer ces offres du web 2.0 Barack Obama qui diffuse de nombreuses L’Asic est en réactif plus qu’en pros-
à celle de Canal Satellite qui fédère de propositions sur Internet, et la France pective. Nous poursuivons sur la position
nombreuses niches d’utilisateurs autour avec Devedjian propose une mesure, celle d’Éric Besson au niveau du gouverne-
d’une offre à large choix. d’équiper les TGV de Wifi… ment et du président de la République.
Pour information, sur Dailymotion, Le premier ministre est très intéressé par
toutes les catégories : les hommes et Quelles sont les actions de l’Asic dans ce sujet (ndlr : loi Fillon) mais il n’a plus
les femmes, les jeunes et les vieux, … ce contexte ? le temps de s’y investir.
sont des utilisateurs ; par contre, les Nous faisons de la pédagogie, nous Encore une fois, Internet ne doit pas
producteurs sont en majorité les jeunes expliquons le numérique. L’argument du être vu comme une vache à lait mais
hommes. gouvernement pour justifier sa volonté comme une chance, le gouvernement doit
de contrôle et de taxation est que l’arrêt la saisir ! Aux États-Unis, Barack Obama
Quelle est la position de l’Asic sur la de la publicité sur la télévision provoque l’a compris et voit Internet comme un
législation des services web 2.0 ? une migration des investisseurs publi- vrai relais de croissance.
Nous faisons face à deux syndromes citaires vers l’Internet. C’est faux, les
en France. investisseurs économisent ! Interview réalisée par
Premièrement, nous avons le syndrome L’Asic représente trois mille sala- Emmanuel Naudin (ECM 04)
d’Astérix : on veut imposer nos solutions riés, c’est peu à l’échelle de la France et Éric Vandewalle (ECM 96) n
françaises (locales) comme globales. mais certains chantages sont écoutés.
Contrairement à de nombreux pays, l’état Par exemple, nous avons menacé de
français a la volonté de maîtriser le web. déménager à l’étranger. Le gouverne- POUR EN SAVOIR PLUS
Par exemple, l’Asic combat le projet ment a été sensible à l’image que cela
de taxation des services Internet et la renverrait, celle d’un frein au développe- • Pure players : Acteurs de l’internet
régulation des programmes avec le CA. ment. Néanmoins, l’Asic a d’excellents qui utilisent les infrastructures pour
L’Asic n’existe qu’en France car c’est rapports avec certains élus, notamment diffuser des contenus et interagir avec les
le seul pays où le besoin de défense des avec Éric Besson, et nous sommes tris- internautes.
services Internet s’est fait ressentir ! tes de son départ du Secrétariat d’État

14 L’ingénieur N° 259 - Novembre / Décembre 2009