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Thème : La classification des

contrats
6 ème séance de méthodologie
Droit des contrats
Collège Universitaire Français de
Moscou
Par Matthieu Escande

1) CAS PRATIQUE : Qualifier les différents contrats en donnant toutes les


explications utiles.

2) Rédiger les fiches des arrêts suivants : Cass. 1ère civ., 28 mars 20001 ;
Cass., 1ère civ., 19 juin 20082

Cas pratique :

Cunégonde souhaite acquérir un charmant petit appartement de banlieue, un 30 m² tout confort,


sur cour. Elle prend contact avec le vendeur potentiel, Firmin, directeur d’une agence de la prestigieuse
compagnie d’assurance « Toutassur ». La vente doit être rapidement conclue, d’autant que l’appartement
est idéalement situé entre une grande surface et un complexe de cinémas.
Ses préoccupations ne se limitent pourtant pas à trouver le logement de ses rêves, il lui reste encore à
réunir la somme nécessaire à cette acquisition. Ses maigres revenus (elle est actrice de théâtre) ne suffisent
pas à convaincre sa banque de lui prêter l’équivalent du prix de l’achat. Elle doit donc recourir à la
générosité de sa riche grand-tante, Danielle. A force de cris et de pleurs, Danielle finit par lui remettre
l’argent nécessaire, tout en lui précisant que la charité lui interdisait d’en exiger le remboursement.
La vente finit ainsi par être conclue. Quelques jours plus tard, Cunégonde peut programmer son
déménagement. Elle fait appel à une entreprise spécialisée pour emballer et transporter ses quelques
meubles et ses maigres effets dans son nouveau palais. L’opération se déroule sans trop de heurts, bien
qu’un service de table en céramique, cadeau de sa tante Danielle, ait été complètement détruit à la suite de
la chute malencontreuse du carton qui le contenait.
Le théâtre sur les planches duquel elle exerçait ses talents lui propose, la semaine suivante, un
emploi à plein temps, non comme actrice mais comme hôtesse d’accueil –et, subsidiairement, gestionnaire
du fichier des abonnés. Ses difficultés financières (elle n’a pas pu régler la dernière facture de son
abonnement de téléphonie mobile) la pousse à accepter le poste. Elle ne désespère toutefois pas de voir
son talent un jour reconnu.

1 Bull. n° 105, p. 70 ; JCP G 2000, p.753, conclusions J. Sainte-Rose ; D. 2000, p.482, note S. Piedelièvre
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D. 2008, p. 1825, obs. X. Delpech.

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Cass. 1ère civ., 28 mars 20003 indivisibilité entre ses héritiers, de sorte qu'en se
[…] fondant sur ces clauses qui impliquaient que les fonds
Attendu que Daniel Bourdillon a acheté, le 21 février avaient été préalablement remis à l'emprunteur avant
1992, à la société Sanlaville, du matériel agricole qui son décès, pour caractériser une obligation de l'UFB
devait être fourni par la société Fiatgeotech, le de verser des fonds au profit des héritiers, la cour
financement du prix devant être assuré à hauteur de d'appel s'est fondée sur un motif inopérant et a privé
700 000 francs par un prêt consenti par la société sa décision de base légale au regard de l'article 1134
UFB Locabail ; qu'aux termes du contrat, l'UFB du Code civil ; et alors, en quatrième lieu, que les
Locabail s'est engagée à verser directement à la fonds que l'UFB s'était engagée à verser à Daniel
société Sanlaville le montant du prêt sur simple avis Bourdillon ne lui ayant jamais été remis,
qui lui serait fait par le vendeur de la livraison du l'engagement de l'établissement financier ne pouvait
matériel, sous condition, notamment de l'adhésion de s'analyser qu'en une promesse de prêt dont
Daniel Bourdillon à une assurance-vie à souscrire l'inexécution, à la supposer fautive, ne pouvait donner
auprès de la compagnie UAP Collectives aux droits lieu qu'à l'allocation de dommages-intérêts, de sorte
de laquelle se trouve la société Axa collectives, qui a qu'en condamnant néanmoins l'UFB à exécuter son
repris l'instance en ses lieu et place ; que Daniel engagement résultant de la promesse de prêt en lui
Bourdillon ayant fait parvenir le 31 mars 1992 à imposant de verser aux ayants-droit de Daniel
l'UFB Locabail le dossier d'adhésion à la garantie Bourdillon les sommes qui y étaient visées, la cour
d'assurance sur la vie, la société Sanlaville a adressé, d'appel a violé les articles 1892 et 1142 du même
le 22 juin suivant, à l'UFB le bon de livraison du Code ;
matériel ; que Daniel Bourdillon est, entre-temps,
décédé accidentellement le 4 juin 1992 ; qu'une Mais attendu que le prêt consenti par un
contestation étant née sur la qualité du matériel livré professionnel du crédit n'est pas un contrat réel ; que
et l'UFB Locabail ayant dénié devoir financer l'arrêt attaqué, qui relève que la proposition de
l'opération, les héritiers Bourdillon ont assigné la financement avait été signée par Daniel Bourdillon et
société Sanlaville, prise en la personne de son que les conditions de garanties dont elle était assortie
liquidateur judiciaire et l'UFB Locabail pour faire étaient satisfaites, retient, à bon droit, que la société
prononcer la résiliation de la vente et, UFB Locabail était, par l'effet de cet accord de
subsidiairement, condamner l'UFB à verser à la volonté, obligée au paiement de la somme convenue ;
société Sanlaville le montant du prêt ; d'où il suit que le moyen qui n'est pas fondé en sa
première branche, est inopérant en ses trois autres
Sur le premier moyen, pris en ses quatre branches : branches ;
Attendu que l'UFB Locabail fait grief à l'arrêt attaqué
(Grenoble, 1er octobre 1997), d'avoir jugé que le Et sur le second moyen pris en ses trois branches :
contrat de financement souscrit par Daniel Bourdillon […]
l'obligeait à payer la somme convenue à ses héritiers, PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi.
alors, selon le moyen, en premier lieu, qu'il ressort de
l'arrêt que l'UFB n'ayant jamais remis les fonds
faisant l'objet du contrat de prêt à Daniel Bourdillon
avant la date de livraison du matériel, le contrat de Cass., 1ère civ., 19 juin 20084
prêt ne s'était pas formé, la cour d'appel a violé
l'article 1892 du Code civil ; alors, en deuxième lieu, Attendu que la Caisse d'épargne et de prévoyance
que le contrat de prêt était conclu intuitu personae des Alpes (la Caisse d'épargne) a consenti deux
dès lors que le prêteur s'engageait en considération prêts, le premier d'un montant de 3 400 000 francs,
des possibilités de remboursement de l'emprunteur, le second d'un montant de 2 400 000 francs, à
de sorte qu'en condamnant néanmoins l'UFB à Claude X... et à son épouse, que ces derniers se sont
exécuter le contrat de prêt initialement conclu au solidairement obligés à rembourser ; que, soutenant
bénéfice de Daniel Bourdillon au profit des ayants- que la Caisse d'épargne avait fautivement octroyé
cause de ce dernier, la cour d'appel n'a pas tiré les ces prêts dont elle prétendait qu'ils étaient sans
conséquences légales de ses constatations, violant cause ou fondés sur une fausse cause, Mme X... l'a
ainsi l'article 1122 du Code civil ; alors, en troisième assignée en annulation de ceux-ci et en paiement de
lieu, que l'article 6 du contrat de prêt stipulait que les dommages-intérêts ;
sommes restant dues par l'emprunteur deviendraient
immédiatement exigibles en cas de décès de ce Sur le premier moyen, pris en ses quatre branches :
dernier et l'article 10 de l'acte prévoyait qu'en cas de
décès de l'emprunteur avant remboursement de toutes Attendu que Mme X... reproche à l'arrêt attaqué
les sommes dues au prêteur, il y aurait solidarité et rendu sur renvoi après cassation (1re Civ., 1er mars
2005, pourvoi n° X 03-10.980) d'avoir rejeté sa

3 Bull. n° 105, p. 70 ; JCP G 2000, p.753, conclusions


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J. Sainte-Rose ; D. 2000, p.482, note S. Piedelièvre D. 2008, p. 1825, obs. X. Delpech.

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demande en annulation des prêts litigieux, alors, les co-emprunteurs pour acheter et mettre au point
selon le moyen : divers matériels professionnels, les juges du fond
ont violé l'article 1131 du code civil ;
1°/ que la cause de l'obligation de rembourser avec
intérêts les fonds prêtés par un professionnel du Mais attendu que le prêt consenti par un
crédit et contractuellement affectés à un usage professionnel du crédit n'étant pas un contrat réel,
déterminé est la possibilité d'user des fonds c'est dans l'obligation souscrite par le prêteur que
conformément à leur destination contractuelle, et l'obligation de l'emprunteur trouve sa cause, dont
non la simple obligation de les remettre à l'existence, comme l'exactitude, doit être appréciée
l'emprunteur ; qu'en décidant le contraire quand les au moment de la conclusion du contrat ; qu'en
contrats de prêt litigieux affectaient expressément l'espèce, ayant constaté qu'en exécution des contrats
les fonds "au financement de divers matériels et litigieux souscrits solidairement par les époux X...,
frais de mise au point", les juges du fond ont violé les sommes prêtées avaient été remises entre les
l'article 1131 du code civil, ensemble l'article 1134 mains de ceux-ci, la cour d'appel en a exactement
du même code ; déduit que l'utilisation de ces sommes par les
emprunteurs, décidée postérieurement à l'exécution
2°/ que chacun des prêts litigieux se disait consenti de son obligation par la Caisse d'épargne, était sans
à titre professionnel et "destiné au financement de incidence sur la cause de l'obligation souscrite par
divers matériels et frais de mise au point" ; que Mme X... ; que ces motifs, qui échappent aux griefs
cette stipulation claire et précise prévoyait l'achat et du moyen, justifient légalement sa décision de ce
la mise au point de matériels professionnels, et non chef ;
l'apurement des dettes de M. X... envers la banque
nées avant la conclusion des prêts en cause et Mais sur le second moyen, pris en sa deuxième
existant au jour de la conclusion des dits prêts ; branche […]
qu'en décidant le contraire motif pris de ce que M.
X... aurait pu "anticiper l'obtention du prêt" et PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de
effectuer dès avant, au moyen d'un découvert statuer sur les deux autres branches du second
consenti par la banque, des dépenses dont rien moyen :
n'établirait qu'elles aient été étrangères à la
destination contractuelle des sommes empruntées, CASSE ET ANNULE mais uniquement en sa
les juges du fond ont violé l'article 1134 du code disposition rejetant la demande en paiement de
civil ; dommages-intérêts formée par Mme X... contre la
Caisse d'épargne et de prévoyance des Alpes, l'arrêt
3°/ que l'erreur sur l'existence de la cause, fût-elle rendu le 3 juillet 2006, entre les parties, par la cour
inexcusable, justifie l'annulation de l'engagement d'appel de Lyon ; remet, en conséquence, sur ce
pour défaut de cause ; qu'en prononçant, comme ils point, la cause et les parties dans l'état où elles se
l'ont fait, aux motifs que Mme X... ne pouvait trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit,
ignorer l'état d'endettement de son époux, les renvoie devant la cour d'appel de Lyon,
l'importance du débit du compte joint au mois de autrement composée ; […]
décembre 1987 et son obligation solidaire de payer
les dettes du ménage, cependant que, Mme X...,
eût-elle commis une erreur inexcusable sur la
possibilité d'user des fonds conformément à leur
destination contractuelle, les prêts litigieux
encouraient néanmoins l'annulation pour défaut de
cause, les juges du fond ont violé l'article 1131 du
code civil ;

4°/ que l'obligation sur une cause partiellement


fausse est réduite à la mesure de la fraction
subsistante ; qu'en ne procédant pas de la sorte
quand ils relevaient que les fonds prêtés avaient été
remis, en ce qui concerne le premier prêt, par
virement sur le compte personnel de Claude X...
ouvert dans les livres de la banque et avaient ainsi
compensé le débit de ce compte atteignant la
somme d'un million de francs au début de l'année
1988, soit à l'époque de la conclusion des prêts
litigieux, ce dont il résultait qu'à cette date les fonds
ne pouvaient, au moins en partie, être utilisés par

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