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PLACE DE LA BIOLOGIE DANS UNE CULTURE SCIENTIFIQUE ET

TECHNIQUE POUR TOUS EN AFRIQUE

Babacar GUEYE , Professeur titulaire

FASTEF/ université cheikh anta Diop de Dakar

SENEGAL

INTRODUCTION

Ce qui frappe tout observateur quelque peu averti, c'est le grand décalage dans presque tous
les pays du monde entre le progrès rapide de la Science et de la technique dans la plupart des
domaines et la faiblesse non moins remarquable de la culture scientifique et technique au sein
de la population

Dans les pays en voie de développement où, Sciences et Techniques, pour plusieurs raisons
souvent liées à leurs faibles ressources, restent très marginales, la grande majorité de la
population vit, à dire vrai, dans un état préscientifique.

C'est vers le milieu du XVIIe siècle que la science moderne a fait ses débuts en Europe. Son
développement et son extension ont au fil du temps complètement transformé les habitudes et
les manières de faire de bon nombre de citoyens.

Au fil du temps science et technique sont devenues des éléments clés de la culture occidentale
qui ont été non seulement introduits à l’école mais également vulgarisés au bénéfice des
populations profanes pour leur permettre de mieux s’adapter à leur environnement.

Maurice Godelier définit ainsi la culture « la culture est l’ensemble des principes, des
représentations et des valeurs partagés par une même société et qui organisent leurs façons de
penser, leurs façons d’agir sur la nature qui les entoure, et leurs façons d’agir sur eux mêmes,
c’est à dire d’organiser leurs rapports sociaux, la société »

Paul Langevin d’ajouter simplement que la culture est pour l’individu un moyen de rester
humain

Quant à Albert Jacquard il déclare que « vulgariser la science, diffuser les concepts
scientifiques au plus grand nombre, c’est faire progresser la société »

Nous allons montrer à travers cette communication, l’importance qu’une culture scientifique
et technique pour tous, plus particulièrement dans le domaine de la biologie peut avoir sur le
développement durable des sociétés africaines, malgré la barrière que constituent parfois,
certaines valeurs sociales de référence

I) LA DIFFUSION DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE EN


AFRIQUE
Comme partout ailleurs, il revient dans les pays africains au système scolaire de dispenser aux
élèves les connaissances et les compétences qui leur seront indispensables dans la conduite de
leur vie, dans ses aspects personnels, professionnels et citoyens.

Dans un monde où la science et les techniques prennent une place de plus en plus importante,
il est indispensable que l’école les initie et les forme à la pensée scientifique.

Elle ne doit pas s’attacher uniquement à leur dispenser des connaissances mais à leur donner
la capacité de les utiliser, de comprendre le raisonnement scientifique et d’être capable de
raisonner rationnellement et objectivement.

La Science est introduite plus ou moins tôt dans les programmes scolaires selon les systèmes
éducatifs des différents pays. L'objectif avoué ou non est de distiller à partir de l'école une
culture scientifique et technique susceptible de susciter des vocations ou alors de contribuer à
former des citoyens avertis parfaitement à l'aise dans leur environnement. Il est clair que cet
objectif est globalement atteint quant à la naissance de vocations pour des études scientifiques
chez certains élèves ou étudiants. Cependant il n'en est pas de même d'une grande masse de
jeunes qui quittent les filières scientifiques pour d'autres études ou pour entrer dans la vie
active. Pour ces derniers, au bout de quelques années, il ne reste souvent pas grand chose de
la formation scientifique reçue.
Pourquoi la culture scientifique passe-t-elle si mal au niveau du système éducatif ?
De nombreux universitaires à travers le monde (en France (Claude ALLÈGRE), en Suisse
(André GIORDAN), en Belgique (Gérard FOUREZ) )en ont déjà donné des raisons. Nous
nous contenterons ci-après d'en rappeler certaines qui sont tout aussi valables en Afrique :
- Science et technique sont mal enseignées. Généralement, seuls sont enseignés aux élèves et
aux étudiants les résultats de la Science, rarement la Science qui se fait, la fabrication de la
Science. La Science est présentée comme un dogme. Ses résultats ne sont pas donnés comme
des possibles parmi d'autres. Ses modèles ne sont pas présentés comme des explications
provisoires. il n'y est pas fait place au doute méthodologique;
- Maîtres et professeurs ignorent souvent l'épistémologie de leur discipline, ne savent pas la
plupart du temps comment fonctionne la Science; de quelle façon sont établis les résultats;
avec quel esprit critique faut-il Ies considérer. Ils ignorent souvent jusqu'à la manière dont
travaillent les chercheurs dans les laboratoires. Alors la Science et les scientifiques sont
mythifiés;
Sous cet éclairage il n’est pas étonnant que la culture scientifique et technique reste faible au
sein de la population car pour bien enseigner une Science, il faut non seulement une bonne
maîtrise de ses contenus, mais surtout une bonne connaissance des mécanismes les plus
efficaces pour les transmettre, les obstacles qui s'opposent à l'accès à ce savoir scientifique et
comment les surmonter.
Malheureusement l’enseignement formel dispensé en milieu scolaire est structuré de façon
relativement rigide en fonction d’objectifs de formation qui visent la maîtrise d’un certain
nombre de connaissances et d’habiletés bien identifiées. Cet enseignement s’inscrit déjà dans
une logique de formation spécialisée en donnant la priorité à la maîtrise de notions théoriques
de base et d’outils fondamentaux qui seront surtout utiles à ceux qui poursuivront une
formation scientifique. C’est ainsi que l’enseignement des sciences, tel qu’il se pratique
aujourd’hui, donne plutôt la priorité à des notions qui n’ont que bien peu de liens avec les
besoins fonctionnels des futurs citoyens.
Perçu à juste raison comme plus exigeant par les élèves, cet enseignement devient dès lors un
filtre d’élimination qui ne laisse poursuivre un cheminement scientifique qu’à ceux qui sont
plus doués ou plus motivés que les autres. C’est d’ailleurs généralement dès le niveau
secondaire que beaucoup d’élèves abandonnent définitivement toute intention de poursuivre
une formation en science et technologie et même tout intérêt pour ces questions en quittant les
séries S pour aller massivement se réfugier dans les séries L. C’est encore une fois l’occasion
de dénoncer la terrible dictature des mathématiques qui fait que beaucoup d’élèves fuient les
filières scientifiques
S’agissant du grand public, il ne serait pas exagéré de dire qu’il est simplement laissé à lui-
même dans la grande majorité des pays africains. On ne sent pas encore une nette volonté
politique de sortir la grande masse de la population de son analphabétisme scientifique et
technique, malgré le développement des outils de communication et de diffusion de masse. Je
suis sur que tant qu’il en sera ainsi le développement du continent africain ne se fera jamais
II) IMPORTANCE DE LA BIOLOGIE DANS LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET
TECHNIQUE EN AFRIQUE

Les questions concernant l’environnement et la santé arrivent en tête parmi celles que les
sociétés africaines posent à la science actuelle

Les problématiques globales, liées au développement durable d’autre , ne sont ni


appréhendées ni comprises par nos populations.

Ainsi le problème de l’effet de serre et ses conséquences climatiques que nombre de


spécialistes tentent d’expliquer et de montrer, et qui implique une action de la population et
un changement de comportement face à la consommation de l’énergie sous toutes ses formes
(transport, chauffage, électricité, etc.) n’est nullement appréhendé.

Les problèmes de société tels que thérapie génique, procréation assistée, organismes
génétiquement modifiés (OGM), énergie nucléaire, rayonnement électromagnétique de la
téléphonie mobile, le sida, le paludisme, la grippe qui occupent une part importante du débat
politique dans de nombreux pays du monde sont très peu discutés en Afrique du fait d’un
manque criard de culture scientifique et technique des populations.

De manière plus spécifique notre continent compte environ 720 millions d’habitants alors
qu’en 1970, la population était seulement de 350 millions. On prévoit 1,4 milliard en 2025.

De surcroît cette population est très jeune avec 44% de moins de 15 ans. La natalité est restée
très élevée tandis que la mortalité a fortement baissé.

Au Sénégal par exemple, l’indice de fécondité est encore de 6 enfants par femme. Dans
beaucoup de contrées l’enfant constitue encore une source de revenu, de prestige social qui
peut assurer un soutien aux parents pendant leurs vieux jours.

Evidemment cette explosion démographique pose de nombreux problèmes dont la résolution


passe nécessairement par une éducation scientifique à l’école mais aussi en dehors de l’école
Les principaux problèmes environnementaux sont :

- la désertification

- la déforestation (4 millions d’ha perdues par an)

- la dégradation des sols

- les pollutions diverses

- la perte constante de la biodiversité

- la surexploitation des ressources non renouvelables.

- une urbanisation rapide et incontrôlée

Au niveau sanitaire il y a une forte mortalité liée à de nombreuses maladies endémiques (sida,
paludisme etc.)

Enfin il y a l’éternel problème de la sous-alimentation et de la malnutrition.

Tout ceci est aggravé par un taux d’analphabétisme scientifique et technique sans commune
mesure d’où l’immensité de la tâche des éducateurs qui doivent participer au renforcement
des capacités des populations pour leur permettre de repousser l’obscurantisme, s’affranchir
des vieux mythes, éliminer les peurs ancestrales, renoncer aux soumissions lâches observer
enfin l’univers qui nous entoure avec un regard lucide, le dominer en le connaissant mieux,
agir sur lui, le transformer, l’asservir, prendre en main l’avenir de l’homme.( Jacquard, 1982)

La demande d’information précise se développe, donc un besoin accru de diffusion de la


culture scientifique de base dans l’ensemble de la population, c’est-à-dire une diffusion de
proximité, partout. Il faut donc informer l’homme africain à la fois sur les bases scientifiques
des innovations, et sur l’évolution des connaissances dans le monde contemporain.

Le public souhaite comprendre. Il ne peut être tenu à l’écart et maintenu dans l’ignorance.

Dans cette éducation la place de la biologie sera de plus en plus importante au regard de la
situation actuelle de l’Afrique.

Il est clair que le développement et le partage de l'esprit scientifique et technique, la maîtrise


de certains savoirs, savoir-faire et comportements biologiques, ne peuvent avoir que des
incidences bénéfiques tant au plan local qu'au plan extérieur.

.Voici quelques exemples pour illustrer l’importance de la culture en biologie

Cas de la lutte contre l'excision

Même si certains pays d'Afrique comme le Mali ou la Gambie sont les plus pratiquants en la
matière, excision et infibulation touchent encore 150 millions de femmes à travers le monde et
3 millions de femmes et de fillettes supplémentaires chaque année.
Des procès ont lieu tous les jours aussi bien en Afrique qu'en Occident mais malgré tout , la
pratique continue au nom d'une valeur essentielle en milieu africain qui est la domination
absolue qu'exerce l’homme sur toute la vie du clan y compris la vie sexuelle.
Pour l'homme il s'agit essentiellement de maîtriser les pulsions de sa femme ou de sa fille
pour mieux l'asservir et la mettre à son service et la contrôler.

Ici je ne peux m'empêcher de vous rapporter quelques éléments du dialogue lors du procès (de
parents de fillettes maliennes excisées) à la cour d'assises de Seine Saint-Denis (région
parisienne) le 15 Mars 2002 (Le Monde du 17-18 Mars) :

- Délit jugé : complicité de violences volontaires ayant entraîné une mutilation


permanente.

- Justification des parents : Même si c'est un crime en France, nous devons respecter
nos traditions.

- Réplique de l'avocate générale: On ne peut pas considérer ces femmes africaines


comme des primitives s'ancrant dans leurs traditions; elles sont capables d'évoluer.
D'ailleurs il s'agit ici d'une affaire de maris et de pères qui veulent garantir la
soumission et la fidélité des filles et des épouses.

L'avocate de l'association des femmes solidaires (partie civile) : À ceux qui disent
que c'est leur culture et qu'on donne des leçons je réponds que le respect de l'intégrité
physique est une valeur universelle et transculturelle.

Il est bon de remarquer que depuis les années 1980, vingt-six procès en Assises de cette
nature ont eu lieu en France.
Malgré les difficultés (accès aux soins limités dans les pays pauvres, ancrage des traditions
locales), il faut souhaiter que cesse complètement cette pratique mutilante qui dégrade
considérablement la vie des femmes qui en sont victimes.

L’excision est la plupart du temps un traumatisme durable, voire définitif pour les femmes
concernées. Du choc premier, psychologique et douloureux dont les séquelles peuvent
persister toute une vie, des conséquences physiologiques à court, moyen et long terme
peuvent varier du handicap à la mort pour certaines femmes. A court terme, les risques
d'hémorragie mortelle sont particulièrement forts. A moyen et long terme, ce sont
incontinence, douleurs intenses lors des rapports sexuels, risques importants pour la mère lors
de l'accouchement, kystes, abcès, augmentation du risque de contamination par le virus du
sida, et parfois stérilité, en particulier avec l'infibulation.

La prévention passe par l'écoute, le dialogue, la libération de la parole, mais surtout par
l’éducation et l'information des populations afin d'inverser la norme : l'excision est une
mutilation et non une purification !

http://www.dailymotion.com/video/x4a7bi_tiken-jah-fakoly-non-a-lexcision_music

Cas de la Lutte contre le SIDA


En 2007, ce sont ainsi 2,7 millions de personnes qui ont été infectées par le VIH dans le
monde. Dans le même temps, 2 millions en sont mortes, ce qui porte la population des
personnes vivant avec le VIH/sida dans le monde à 33 millions de personnes. 67 % des
personnes séropositives vivent en Afrique subsaharienne, soit 22 millions. En 2007, dans cette
région, 1,5 million de personnes sont mortes du sida

Le sud-est du continent affiche les chiffres les plus terribles. Au Botswana, dans la tranche
d’âge 15 à 24 ans, une jeune femme sur trois et un jeune homme sur sept sont infectés par le
VIH. En Afrique du Sud, au Lesotho et au Zimbabwe, une jeune femme sur quatre et un jeune
homme sur dix sont contaminés.

L'Afrique apparaît de nouveau comme le continent le plus frappé par le SIDA d'après les
chiffres fournis par l'OMS. Même si seulement 1/10e de la population mondiale vit dans cette
région ; l'Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée.

La conférence régionale de la FAO tenue au Caire a souligné encore une fois la nécessité de
renforcer la lutte contre la pandémie du SIDA qui menace la vie de millions de ruraux
africains. L'épidémie a prélevé un lourd tribu sur la main d'œuvre agricole avec déjà 7
millions de travailleurs agricoles décédés en Afrique Subsaharienne et au moins 20 millions
qui pourraient succomber d'ici 2020.

Les difficultés de la lutte résident en grande partie dans des valeurs de civilisation solidement
établies dans les sociétés africaines comme la famille et le courage.

En effet, au nom de la conservation de la lignée familiale, dès qu'un membre de la famille


décède on le remplace par un autre partenaire au sein du clan ; ce qui du coup favorise la
transmission sexuelle du virus du sida.

Quant au courage, il se manifeste lors de la circoncision de tout une classe d'âge dans le même
village. À cette occasion l'infirmier traditionnel tranche avec le même couteau tous les
prépuces des enfants qui en aucun cas ne doivent se dérober, au risque de jeter la honte sur
toute leur famille. Évidemment cette pratique favorise également la transmission du virus par
le sang.

Malgré les campagnes de sensibilisation de communication scientifique sur les facteurs


favorisant l'extension de l'épidémie les résultats sont décevants dans de nombreux pays c’est
pourquoi l’UNICEF préconise une réponse forte en matière d’éducation. Ce que
l’organisation appelle un " processus suivi d’éducation ". En clair, les enfants doivent être
informés dès le plus jeune âge des modes de transmission de la maladie et de ses
conséquences avec des mots qu’ils sont en mesure de comprendre. Ces informations doivent
ensuite être répétées au fil des années, pour que les " enfants les assimilent peu à peu tout en
grandissant "

Cas de la pollution automobile


Dans les grandes métropoles du tiers monde et d'Afrique subharienne en particulier la
pollution chimique atmosphérique revêt très souvent le manteau de l'automobile ; surtout celui
de la voiture au moteur diesel usagé venant d'Europe. Il y a là un problème préoccupant si
nous considérons l'environnement comme étant l'ensemble à un moment donné, des aspects
physiques, chimiques, et biologiques et des facteurs sociaux et économiques susceptibles
d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme, sur les êtres vivants et les activés
humaines (Giordan et Souchon, 1992)
Face à cette situation dans des sociétés où la pauvreté matérielle, scientifique et technique est
la chose la mieux partagée, il est plus que nécessaire d'asseoir une véritable politique
d'information, d'éducation et de communication dans ce domaine de la pollution automobile.
Durant la dernière décennie la culture écologique s'est tellement développée dans les pays du
Nord de la planète au point de devenir une idéologie qui a donné naissance à beaucoup de
partis politiques.
C'est sous la pression de ces partis que beaucoup d'habitudes de production et de
consommation ont été changées. C'est ainsi que entre autres la gestion de la qualité de l'air est
devenue une des priorités des gouvernements et des associations. Les industries les plus
polluantes sont sous haute surveillance, les voitures sont autant que faire se peut munies de
pots catalytiques ; des détecteurs de pics de pollution sont installés dans les grandes villes etc.
Dans le même temps la population se débarrasse de plus en plus vite des voitures âgées dont
la mise aux normes coûte cher.
Le problème est que la plupart de ces voitures polluantes prennent la direction des capitales
du tiers-monde notamment de l'Afrique ou du fait de la pauvreté et de la baisse constante du
pouvoir d'achat, l'acquisition d'une voiture venant d'Europe avec plus de 10 ans d'âge et
100.000 km est un luxe. Actuellement en Afrique les statistiques montrent qu'on achète
beaucoup plus de voitures Diesel d'occasion que de voitures neuves.
Le résultat de tout ceci est qu'il y a un transfert de la pollution atmosphérique des pays
développés vers les pays en voie de développement avec toutes les conséquences que cela
implique face à des populations démunies et surtout ignorantes.
Il est donc urgent et vital en Afrique d'entreprendre une éducation environnementale à grande
échelle afin de donner à la majorité de la population les éléments de culture scientifique et
technique qui permettent de comprendre les dangers de la pollution de l'air par les voitures et
d'y faire face.
Il s'agit de prendre conscience du fait que l'air est une ressource précieuse qu'il faut gérer au
même titre que l'eau ou les combustibles et les denrées alimentaires.
Voici un corpus de connaissances qui aujourd'hui méritent d'être partagées dans le cadre d'une
éducation environnementale de masse sur la gestion de la qualité de l'air.
Composition des gaz d'échappement (Frisque, 1990)
En général les moteurs à combustion dégagent. deux catégories de substances dont les uns
sont sans danger et les autres nocives:
- substances inoffensives: la vapeur d'eau, le dioxyde de carbone, le di azote.
- substances nocives : les poly aromatiques, le monoxyde de carbone, le dioxyde de soufre, les
composés oxygénés de l'azote, les particules solides.
Si l'on considère qu'un homme inspire à peu près 15 kg d'air par jour il est facile de penser
qu’une ingestion de toutes ces substances nocives va avoir des conséquences sur la santé de
bon nombre de citadins vivant dans les mégapoles africaines.
- Les poly aromatiques
Les poly aromatiques sont susceptibles de provoquer des mutations génétiques graves, pire ils
peuvent être à l'origine de certains cancers notamment des voies respiratoires.
- Le monoxyde de carbone (CO)
Plusieurs activités naturelles (éruptions, volcaniques), industrielles ou humaines produisent du
monoxyde de Carbone (CO) mais les véhicules sont la source la plus importante. A ce niveau
il faut quand même reconnaître que les voitures à essence en produisent beaucoup plus que les
voitures diesel dans un rapport de 10 mg/m3 contre 1,5 mg/m3.
Le monoxyde de carbone, se fixe surtout sur les protéines:
- dans le sang à travers l'hémoglobine dont l'affinité pour le monoxyde de carbone est 203 fois
plus intense que celle pour l'oxygène. Or, la liaison monoxyde de carbone-Hémoglobine est
difficilement réversible.
- dans les muscles il se fixe à la myoglobine qui transporte et stocke l'oxygène dans les
muscles;
- au niveau du fœtus le monoxyde de carbone traverse le placenta pour se fixer sur l'ensemble
des cellules;
- pour le système nerveux central les effets du monoxyde de carbone se font sentir au niveau
de la motricité et de la vigilance qui diminuent;
- sur le plan cardiaque le manque d'oxygène peut avoir des conséquences sur les personnes
souffrant d'insuffisance coronarienne.
-Le dioxyde de soufre (S02)
Il attaque essentiellement les voies respiratoires déclenchant ainsi des toux et d'autres
affections oto-rhino-laryngologiques, ou pulmonaires consécutives aux irritations provoquées.
- Les composés oxygénés de l'azote (Nox)
Ils sont très agressifs vis à vis de cellules du système nerveux central, des voies respiratoires
jusqu'aux alvéoles, des globules rouges.
- Les particules solides
Les poussières émises sont surtout des agrégats de microsphères de carbone sur lesquels se
fixent de nombreux éléments toxiques tels que les poly aromatiques. Elles sont phagocytées
au niveau des bronches et des alvéoles pulmonaires pour gagner la lymphe et le sang
contribuant ainsi à l'hypoxie et au développement à long terme de certains cancers.
III) COMMENT ETABLIR LE LIEN ENTRE SCIENCE TECHNIQUE ET PUBLIC ?
Il s’agit d’améliorer la diffusion des sciences et techniques des laboratoires vers la population,
du chercheur vers le profane en exploitant mieux les canaux existants et en développant ceux
qui sont jusqu’à présent mal ou peu exploités. En Afrique l’école, plus que tout autre vecteur
de connaissance, a un rôle fondamental à jouer dans la diffusion et la promotion de la culture
scientifique et technique mais les espaces de médiatisation tels que la presse, la télévision, la
radio, et les musées doivent être utilisés au maximum pour atteindre la plus grande partie de la
population africaine

III-1 Améliorer l’enseignement des sciences

À l’école, l’acquisition de la culture scientifique se fait évidemment d’abord via les


programmes d’enseignement des sciences. Cette acquisition se fait aussi par des activités
para-scolaires, telles les clubs de science, les expos-sciences, etc. Il existe en fait une
corrélation presque parfaite entre la compréhension des notions et concepts scientifiques chez
les adultes et leur niveau de scolarité ainsi que le nombre de cours de sciences et de
mathématiques suivis au cours de ces années de formation. L’école est donc le lieu par
excellence où les jeunes prennent leur premier contact avec la science et surtout avec la
pensée scientifique. C’est là qu’ils peuvent approfondir ces notions, les expérimenter, les
discuter et en voir tout le potentiel d’application. C’est aussi dès l’âge scolaire que se forge
l’intérêt pour la science alors que les jeunes se passionnent pour le monde physique dans
lequel ils vivent et cherchent à le démystifier et à le comprendre.

Malgré les efforts fournis en matière d’éducation depuis de nombreuses années et les progrès
réalisés les problèmes demeurent et s’accentuent dans de nombreux pays

La solution des problèmes identifiés tantôt passe nécessairement par une plus grande diffusion
de la science et de la technologie biologiques mais aussi par une réadaptation des contenus
éducatifs aux réalités locales. Car trop souvent dans les programmes en cours l’atome et la
molécule cachent l’être vivant et son environnement, ce qui contribue évidemment à éloigner
l’enseignement de la biologie de la réalité vécue quotidiennement par les apprenants.

Or le professeur qui ouvre les yeux de ses élèves sur les principales questions qui se posent
dans le pays et leur donne l’instruction et l’expérience pratique qui leur permettent de
participer à son développement a beaucoup plus de mérite que celui qui résolument maintient
ses élèves dans une approche purement académique.

Certes on touche de temps en temps aux programmes mais le changement des curricula n’est
pas une fin en soi. L’amélioration du curriculum devrait se faire toujours par rapport aux
besoins des apprenants et à l’évolution de la société c’est pourquoi elle ne doit plus être la
seule affaire des enseignants en ce qui concerne les programmes de biologie. Il faut penser
sérieusement à faire place aux médecins, aux agronomes, aux forestiers et aux climatologues
et aux environnementalistes car il s’agit maintenant de prendre en compte non seulement les
savoirs en jeu mais les objets, les instruments, les problèmes et les taches, les contextes et les
rôles sociaux, de penser et d’analyser les écarts entre activités scolaires et pratiques prises
pour référence ( Martinand, 2001) pour définir d’autres finalités pour l’enseignement des
sciences et des techniques
Un système d’enseignement qui jouerait bien son rôle en Afrique devrait pourtant être capable
de donner à tous ses diplômés ou non une culture scientifique et technique de base, qu’ils
choisissent ou non de suivre une formation scientifique, technique ou professionnelle.
Dans le cas particulier de la biologie on peut retenir par exemple de faire connaître : les
différents écosystèmes de l’Afrique subsaharienne, le rôle de l’homme dans la dégradation de
son environnement, les responsabilités de l’Homme dans la transmission des maladies,
d’amener les populations à avoir une attitude positive vis à vis de l’environnement et à se
débarrasser de certaines valeurs négatives

Pour atteindre les objectifs d’un tel enseignement tourné vers la résolution des problèmes en
Afrique nous pensons qu’il faut attaquer les problèmes aussi bien à l’école qu’en dehors et
restructurer le curriculum de la biologie en 3 principaux domaines : population et
environnement, population et santé, population et productions alimentaires.

Dans chacun de ces domaines on peut identifier des problèmes cruciaux qui peuvent
revêtir selon les pays et les époques des aspects différents.Le tableau ci-dessous récapitule
dans chacun des domaines quelques problèmes et des aspects correspondants.

Domaines Problèmes Aspects

- Types et état des


ressources
Gestion et exploitation des
ressources - Les formes
d’exploitation et de
consommation

Population et - Les modes de production


Environnement - La gestion .des déchets

- Déforestation

Dégradation de - Pollutions
l’environnement
- Dégradation des sols

- Perte de biodiversité.

Population et productions - Sous alimentation - Maraîchage


alimentaires
- malnutrition - Horticulture

- Arboriculture

- Elevage.

population et santé - les maladies - prévention

- santé de la - planification familiale


reproduction - contraception

- forte natalité - hygiène et salubrité

- forte morbidité

Dans chacun des problèmes on peut définir des objectifs généraux à atteindre à plus ou moins
long terme.

Par exemple dans le domaine de l’environnement l’enfant doit dès son plus jeune âge
être sensibilisé par l’observation et l’expérimentation. On peut alors retenir pour

objectifs cognitifs :

- Comprendre les lois naturelles qui régissent le fonctionnement des différents


écosystèmes en Afrique subsaharienne.

- Connaître les méthodes de préservation des ressources naturelles.

- Connaître les formes de revalorisation des déchets.

Objectifs affectifs :

- Prendre conscience du danger de la surexploitation des ressources.

- Avoir une attitude positive pour la préservation et l’amélioration de


l’environnement.

Les savoir-faire

Acquérir les moyens techniques nécessaires à la protection et à la restauration de la qualité de


l’environnement.

Par exemple pour faire acquérir les pratiques de jardinage et d’arboriculture les jardins
et les vergers sont des lieux d’apprentissage irremplaçables ou l’information concrète et la
pratique peuvent se développer autour des questions suivantes : Comment multiplier les
plantes ? Comment planter ? Comment lutter contre les parasites ? Comment tailler ?
Comment greffer ? Comment fertiliser le sol ? Comment conserver les semences et les
récoltes ? Etc.

En même temps qu’on rénove les programmes il faudra penser à ouvrir l’école sur le milieu
en amenant les enseignants à ne plus se considérer comme les seuls détenteurs de savoirs.
Voici quelques actions qui méritent d’être encouragées :

- Instaurer le recours à l’observation de sites de façon à familiariser les élèves dès


leur plus jeune âge avec la démarche scientifique, en leur apprenant à raisonner
rationnellement sur des faits observés et établis.
- Inciter les établissements scolaires à s’ouvrir sur l’extérieur à travers les visites
dans les laboratoires de recherche, les technopoles et les entreprises actives en
matière de recherche.

- Favoriser dans l’enseignement des disciplines scientifiques au collège et au lycée,


une approche nouvelle interdisciplinaire qui permette davantage des regards
croisés

- Organiser des stages en faveur des enseignants du secondaire dans les organismes
de recherche pour leur permettre de mieux appréhender les tendances de la
recherche dans les disciplines qu’ils enseignent, ainsi que la réalité des nouveaux
métiers qui en sont les débouchés.

- Rendre les études scientifiques attrayantes en réduisant l’omniprésence des


mathématiques et la dictature qu’elles exercent au niveau des coefficients

III-2 Développer l’alphabétisation scientifique et technique du grand public


C’est dans ce domaine qu’il ya encore un réel déficit dans la plupart des pays africains.
Aujourd’hui il s’agit d’opérer une véritable révolution afin d’ériger dans chaque pays la
diffusion de la culture scientifique, technique en priorité nationale en s’appuyant autant que
faire se peut sur les langues nationales pour toucher le maximum de personnes . Voici
quelques actions qui me paraissent prioritaires :

- Inciter le ministère de la culture à considérer la culture scientifique, technique et


industrielle comme une des composantes de la culture au sens large, et à intégrer
sa diffusion dans les actions qu’il conduit à l’échelon national et à l’échelon
régional

- Inciter les principaux ministères concernés et notamment le ministère de la


jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, celui de la communication et
celui de l’industrie à collaborer sérieusement avec le ministère de la culture afin
d’identifier les actions prioritaires à mener

- Exiger des chaines de télévision publiques et privées qu’elles prévoient dans leur
grille de programmes, des créneaux consacrés à des émissions traitant de sujets
scientifiques et techniques.
- Amener les universités et les laboratoires de recherche à affecter certains de leurs
personnels à des missions de diffusion, ce qui est sans doute une forme de
valorisation des résultats de la recherche et des chercheurs.

- Amener les musées scientifiques à prévoir dans leur développement la prise en


charge de la culture scientifique et technique en réalisant des expositions fixes ou
itinérantes en collaboration avec les instituts de recherche, les unités industrielles,
les universités.

- Il faut également favoriser l’accès à internet et en profiter pour montrer qu’en


Afrique il ya non seulement des chercheurs qui cherchent mais également des
chercheurs qui trouvent !

Evidemment il faut veiller à ce que ces actions ne se limitent pas à la seule capitale du pays

CONCLUSION

La tache est certes immense mais pas insurmontable. Il s’agit de prendre conscience du fait
qu’il est aujourd’hui en Afrique plus qu’urgent de doter chaque citoyen d’un savoir minimum
scientifique et technique (SMIST) qui lui permette de vivre en harmonie avec son
environnement. Le développement durable du continent est à ce prix. Dans ce challenge la
place de la biologie est aujourd’hui fondamentale au regard des problèmes spécifiques du
continent. Pour réussir le pari il faudra que tous les intellectuels africains pas seulement les
scientifiques et les techniciens s’y mettent et exploitent toutes les opportunités qui se
présentent car aujourd’hui l’Afrique est une « priorité majeure » de l’UNESCO. Il est le seul
des continents à occuper ce rang dans le plan d’action mondiale (SMT - Stratégie à moyen
terme) de l’agence des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture pour la période
2008-2013. Ce statut se traduit concrètement en termes de budget : l’Afrique a ainsi bénéficié,
pour la première année d’exercice du SMT, d’environ 40% des 631 millions de dollars alloués
à la mise en œuvre des programmes, l’Amérique, l’Europe, le Moyen Orient, l’Asie et l’Océa-
nie se partageant le reste.
L’UNESCO veut donner une impulsion nouvelle au développement de l’Afrique en respec-
tant non seulement les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) fixés par les
Nations Unies, mais également, et surtout, les priorités choisies par le continent lui-même

Les programmes mettent d’abord en évidence la pertinence des liens entre la culture et l’édu-
cation comme facteurs clés d’un développement durable. L’Afrique est aussi prioritaire dans
toutes les actions relatives aux industries culturelles créatives : politiques du livre, encourage-
ments à la traduction d’ouvrages et au sous-titrage de films, activités liant patrimoine, artisa-
nat et tourisme, et renforcement des festivals, des foires et des salons interafricains tels que le
FESPACO (cinéma), le SIAO (artisanat), le MASA (arts du spectacle), le FIMA (mode) ou le
FESPAM (musique).
L’accent est aussi mis sur le rôle essentiel de la science, de la technologie et de l’innovation
dans le développement socioéconomique du continent. Il se concrétise par la mise en œuvre
de projets phares tels que la création d’un Campus virtuel africain et d’un Forum africain des
politiques scientifiques et technologiques. Le but est de mettre à disposition des chercheurs et
des enseignants des structures de dialogue, d’harmonisation et d’échange d’expérience. Les
liens entre universités et industrie sont aussi encouragés et renforcés, notamment par le biais
de projets pilotes régionaux pour créer des incubateurs de la science et des parcs scientifiques.

L’Afrique est ainsi le principal bénéficiaire des partenariats stratégiques pour le développe-
ment des TIC forgés à l’échelon international afin d’améliorer l’accès à l’information et au sa-
voir.

C’est donc là une opportunité formidable à ne pas rater si l’on sait que le sous développement
du continent africain est surtout aggravé par un taux d’analphabétisme scientifique et
technique sans commune mesure d’où l’immensité de la tâche des éducateurs qui doivent
participer au renforcement des capacités des populations pour leur permettre d’améliorer leurs
conditions de vie de manière durable.

Certes on dit très souvent que l’éducation ne peut résoudre tous les problèmes de pauvreté et
de sous développement ce qui est probablement vrai, mais il reste vrai aussi que sans
éducation ces problèmes ne pourront trouver de solutions (Obanya, 1999).

Il ne s’agit pas d’une éducation réservée aux seules élites mais d’une éducation source de
culture scientifique et technique pour tous dans laquelle la biologie a une part importante à
jouer en Afrique.

BIBLIOGRAPHIE

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Martinand, J.L (2001). Pratiques de référence et problématique de la référence curriculaire


in A. Terisse (éd.). Didactique des disciplines ; les références au savoir ; Bruxelles, De Boeck

Obanya, P. (1999). The dilemma of education in Africa, Dakar, UNESCO/BREDA