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TOXICITE DES FUMEES D'INCENDIE

" FACE AU RISQUE " N° 288 - Décembre 1992

" SI L'ON SAIT METTRE EN EVIDENCE LES SUBSTANCES TOXIQUES LIBEREES DANS LES FUMEES
D'INCENDIE, IL EST CEPENDANT TRES DIFFICILE D'EN TIRER DES GENERALITES "

Les incendies mettent en oeuvre des réactions chimiques nombreuses et complexes. Il est donc
particulièrement difficile de déterminer, a priori, la nature et les quantités de substances toxiques formées par un
feu. D'une part, la composition élémentaire du combustible joue un rôle prépondérant, avec non seulement la
forme de la molécule, ses fonctions chimiques, mais aussi la présence ‚ éventuelle d'éléments particuliers comme
le chlore, le soufre, l'azote, l’oxygène ... D'autre part, les conditions dans lesquelles se déroule un feu modifient les
réactions chimiques de la flamme et changent totalement les substances formes. Parmi ces paramètres, à signaler
en particulier : la température, le flux thermique incident, le taux de comburant disponible qui dépend des
conditions de ventilation ou, au contraire, du confinement.
Pour s'en convaincre, il suffit d'allumer un chalumeau oxyacétylénique. S'il manque d'air, il fume abondamment.
S'il est bien réglé, sa flamme est chaude et ne forme pas de fumée.

Malgré ce premier abord qui s'annonce complexe, il est intéressant d'énoncer quelques principes
fondamentaux qui peuvent permettre de connaître des ordres de grandeur. Ils paraîtront simplistes aux
chercheurs. Mais ils pourront guider ceux qui sont régulièrement confrontés aux situations concrètes et qui, de
toute façon, n'auront jamais à leur disposition, au cours des feux réels, ni les mesures ni les paramètres suffisants
pour une approche plus fine de leur problème. Parmi les matériaux qui constituent généralement la proie des
incendies, on retrouve en majorité : le bois, le papier, les tissus, les matières plastiques, sans oublier les liquides
inflammables. Tous ces matériaux possèdent un point commun : ils contiennent majoritairement du carbone et de
l’hydrogène. Il est donc intéressant d'examiner d'abord ce que deviennent ces composants majoritaires.

Dans une combustion complète, après que les molécules se soient cassées pour former des radicaux libres, le
carbone donne du gaz carbonique (CO 2) et l'hydrogène de la vapeur d'eau :

C + O2  CO 2

2 H2 + O2  2 H 2O

Tous les combustibles classiques donneront principalement des réactions de ce type. Prenons l'exemple
de l'heptane et du polyéthylène. Pour l'heptane, on a :

C7 H16 + 11 O 2  7 CO 2 + 8 H 2O
100 g + 352 g = 308 g + 144 g
452 g = 452 g

Le polyéthylène est un polymère qui résulte de l'association d'une multitude de motifs élémentaires
appelés monomères. Sa formule est (-CH 2 -CH 2 -)n. L'indice n signifie que le motif est représenté n fois, n pouvant
être très grand, de l'ordre de 1000.

Examinons la combustion de ce motif :

(-CH 2 - CH 2 -) + 3 O2  2 CO 2 + 2 H 2O
28 g + 96 g  88 g + 36 g
124 g = 124 g

On constate immédiatement que la masse de gaz carbonique formée est nettement plus importante que la
masse de combustible initiale. Ceci surprend souvent les non-initiés car ils oublient de compter l'oxygène qui a
réagi et augmente la masse des fumées.
On peut, de la même manière, calculer le pouvoir comburivore du polyéthylène dans l'air, en sachant que
l'air se compose de 1/5 d'oxygène et de 4/5 d'azote, et une mole de gaz occupe sensiblement 25 litres à 25 °C :
(-CH 2-CH 2- ) + 3 O 2 + 12 N 2  2 CO 2 + 2 H 2O + 12 N 2
28 g 375 l  400 l

Il apparaît clairement que le pouvoir comburivore du polyéthylène est de 13,4 m3 d'air par kg. On remarque aussi
que le volume des fumées produites, après refroidissement à 25 °C, est du même ordre de grandeur que le
volume d'air consommé : 400 litres pour 375 litres.
Ce pouvoir comburivore est tout à fait théorique. Il ne s'applique qu'aux brûleurs qui consomment totalement l'air
frais et ne rejettent que les produits de combustion. La réalité d'un incendie est très différente. En appliquant ce
calcul théorique, un local de 100 m3 permettrait de faire brûler 7,5 kg de polyéthylène. On constate dé‚jà que c'est
peut. Mais tout le monde sait que l'on peut éteindre un feu de polyéthylène, comme tout autre feu qui ne forme pas
de braises profondes, avec du CO 2 dès que la teneur en oxygène de l'air descend à 14 %. Dans le cas d'un feu
pris dans un local, la part d'oxygène consommé ne dépasse généralement pas 7/21, c'est-à-dire 33 %, de
l'oxygène disponible. Ceci signifie donc que le feu s'arrêtera dès que, dans un local de 100 m3, il aura consommé
7,5 x 0,33 = 2,5 kg de polyéthylène. Ce n'est vraiment pas grand chose.

Il ne faut donc pas s’étonner qu'un incendie soit toujours en manque d'air. Que se passe-t-il alors ? Les réactions
que l'on a présentées ci-dessus ne sont que des bilans globaux. la réalité est beaucoup plus complexe et fait
intervenir une multitude d' étapes intermédiaires. Dans un souci de simplification, on ne retient que les deux étapes
fondamentales qui sont des équilibres que l'on va continuer à appliquer au cas du polyéthylène.

1ère étape:

(- CH2 - CH2 - ) + 2 O2 2 CO + 2 H2 O

2ème étape:

2 CO + O2 2 CO2

A basse température, vers 400 °C, la deuxième étape ne consomme pas tout le monoxyde de carbone
(CO) pour le transformer en CO2. A plus haute température, vers 1000 °C, les réactions sont plus complètes et la
majeure partie du CO est oxydée à son tour en CO 2. C’est ce que montrent les essais réalisés en four tubulaire,
selon la norme NF X 70-100.

Influence de la température
sur la production de CO

Rapport massique CO / CO2


Echantillon 400 °C 600 °C 800 °C

Elastomère 0,33 0,13 0,01

Colorant 0,2 0,03 0,01

Substance pharmaceutique 0,2 0,15 -

La température de réaction joue sur la formation du CO. Cela explique en partie que les feux couvants
libèrent plus de CO que les feux vifs.

Mais le principal paramètre est la teneur en oxygène. Il apparaît aussi que la si quantité d’oxygène n’est
pas suffisante pour assurer l’oxydation totale du carbone en CO2, la première oxydation aura lieu, mais la seconde
ne sera que partielle. D’un point de vue global, la nature économise l’oxygène disponible et les fumées
contiendront une proportion de CO et de CO2 pour oxyder au mieux le carbone du combustible.

Le souci d’économie va jusqu’à modifier des molécules, même s’il n’y a pas assez d’oxygène pour les
brûler, dans le but d’en extraire encore un peu d’énergie supplémentaire. On retrouve là une loi universelle, selon
laquelle tout système tend à évoluer vers son état d’énergie minimum, c’est-à-dire, vers un état plus stable.
C’est, en quelque sorte, la loi du moindre effort, appliquée à la chimie. Or, les molécules cycliques, et
particulièrement le noyau benzénique, sont stables. Les fumées contiennent des composés de ce genre et,
schématiquement, il se produit des réactions de la forme :

Combustible hydrocarboné + O2

H2O, CO2, CO, suies, benzène,


composés aromatiques, autres imbrûlés.

Oxyde de carbone, toxique majeur

CO 0/00 dans l’air

Admissible pour une exposition de plusieurs heures 0,1

Pouvant être inhalée pendant 1 h sans effet appréciable 0,4 à 0,5

Causant des effets tout juste appréciables après 1 h d’exposition 0,6 à 0,7

Causant des symptômes désagréables mais non dangereux après 1 h d’exposition 1 à 1,2

Dangereuses par heure d’exposition 1,5 à 2

Mortelles pour des expositions de moins d’une heure 4 et au-dessus

Effets sur l’organisme en fonction de la teneur en oxyde de carbone pur dans l’air respiré
(D’ après Hendersen et ses collaborateurs)

En résumé, un incendie n’a jamais assez d’oxygène pour donner lieu à des combustions complètes. Par
ailleurs, il se forme des fumées dont la composition est complexe. Elles comprennent en particulier, de la vapeur
d'eau, du gaz carbonique, de l'oxyde de carbone, du carbone sous forme de suies et une multitude de substances,
dont beaucoup contiennent un noyau benzénique, comme le benzène, le toluène ... Elles contiennent aussi des
hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui sont cancérigènes mais heureusement formés en faibles
quantités. Par chromatographie en phase gazeuse, on peut analyser les fumées et mettre en évidence les
nombreuses substances qui les composent. Chaque pic représente une substance, caractérisée par sa position
sur le chromatogramme, et dont la surface est proportionnelle à la concentration.
Effets de l’oxyde de carbone sur l’homme en fonction
de la durée de l’exposition

Concentration dans l’air


% en volume

0,16
0,15
0,14
0,13
0,12
0,11 
0,10
0,09
0,08
0,07 DANGEREUX
0,06
0,05 EFFETS
PERCEPTIBLES
0,04
NAUSEES
0,03
0,02
PAS D’EFFETS
0,01

1 2 3 4
Durée en heures

(D’après le document 212 du Bureau of Standard, Etats-Unis)

A ces produits de combustion, viennent encore s'ajouter les produits de pyrolyse. Il s'agit alors de la
dégradation thermique du combustible, en absence d'oxygène, qui aboutira à la formation d'aérosols de liquides et
de goudron. Les produits de combustion contiennent toujours des suies noires, tandis que lors d’une pyrolyse
pure, les fumées sont plus claires. Dans un incendie, et plus particulièrement s'il se forme des braises profondes,
les fumées contiennent des produits de combustion et de pyrolyse.

La formation de suies et d'imbrûlés est favorisée par la présente de doubles liaisons dans la molécule, de
noyaux benzéniques ainsi que par la grosseur de la molécule. Cette formation de suies est également favorisée
par la grandeur du foyer. Un feu d'heptane fume plus qu'un feu de propane. Mais au-delà de quelques mètres
carrés en feu, la production de suies s’accélère. Inversement, la présence d'eau ou d'oxygène dans la molécule
diminue la quantité des suies formées. Ceci s'observe facilement sur les feux d'alcool ou d'acétone. Mais, là
encore, la taille du feu augmentera le taux de production de suies.
Variation du rapport CO / CO + CO2
dans les gaz de pyrogénation du bois

CO2 CO
0 100

20 80

40 Equilibre 60
BOIS C + CO2 = 2CO
60 40

80 20

100 0

200 400 600 800 1000 1200 °C

(D’après le Syndicat professionnel des fabricants de matières plastiques et résines synthétiques, SPMP)

Chromatogramme des fumées émises par la combustion de l'heptane

HEPTANE

BENZENE

TOLUENE

Dans les chromatogrammes des fumées émises par la combustion de l'heptane, on trouve une multitude de
produits. On note en particulier la présence de : benzène, heptane octane et autres alcanes; de toluène, para et
meta-xylène, ortho-xylène, cumène, PME toluène et de 1, 2, 4, triméthylbenzène.

Les lecteurs intéressés par les mécanismes de formation des suies pourront étudier avec intérêt une
présentation plus fondamentale dans I' article de Catherine Breillat et de Jean-Pierre Vantelon, publié dans Face
au Risque n° 268, de décembre 1990.

Bibliographie

• Formation des suies et des fumées, par Catherine Breillat et Jean-Pierre Vantelon
Face Au Risque n° 268 - décembre 1990, p. 37;
• Contribution à I'étude de la toxicité des produits de thermolyse des matériaux, par Michel
Guerbet, Thèse de doctorat d’état- Université de Rouen;
• Matières plastiques et feu, Syndicat professionnel des fabricants de matières plastiques et résines
synthétiques (SPMP).

Les fumées noires, constituées de suies, diminuent fortement la lisibilité. Des essais réalisés en laboratoire
montrent qu'une concentration de suies de 100 mg/m3 diminue la visibilité jusqu'à environ 3 mètres.
Pour les fumées blanches, constituées principalement d'aérosols, s'ajoute un autre phénomène de
diffusion, qui tend à désorienter les personnes qui s'y trouvent. Au lieu de se sentir dans un milieu noir et restreint,
elles ont une impression d'espace infini qui contribue à donner une sensation de vertige et de panique. Ces
remarques sont régulièrement faites par les stagiaires qui, au CNPP à Vernon, viennent s'entraîner dans la
chambre de fumée.

Les photographies au microscope électronique montrent que les suies sont constituées de sphères agglomérées
les unes aux autres pour former des ensembles plus ou moins importants. L'analyse granulométrique de la suie
d'un hydrocarbure, assez chargé en produits aromatiques, donne les résultats suivants :

Dimensions Pourcentage
0 - 0,1µm 4%
0,1 - 0,2 µm 31 %
0,2 - 0,3 µm 20 %
0,3 - 0,4 µm 14 %

95 % des particules ont un diamètre inférieur à 1 micron. Cette répartition dépend bien évidemment du
combustible brûlé et des conditions du feu. De plus, avec le temps, elles tendent à s'agglomérer pour former des
particules de plus en plus grosses. A proximité des grands feux, on retrouve sur les cibles placées à cet effet, des
particules nettement plus grosses.

Il est généralement admis que les particules les plus fines sont les plus dangereuses, car elles pénètrent jusque
dans les alvéoles pulmonaires. Les autres sont arrêtées au niveau des bronches ou du nez.

Dimensions des particules Pénétration


< 2 µm Alvéoles
2 - 10 µm Bronches
> 20 µm Nez

Ces suies contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques, dont le benzo-a-pyrène est considéré
comme le traceur le plus intéressant.

Photographie au microscope électronique des suies résultant de la combustion d'un hydrocarbure.


L'oxyde de carbone est un toxique majeur, toujours présent dans les fumées d'incendie. Sa toxicité a été étudiée
par Hendersen et ses collaborateurs. Mais il ne faut pas oublier que les fumées contiennent, en plus, du C02 qui
accélère la respiration et donc les doses inhalées. Cette accélération de la respiration tend donc à augmenter la
toxicité des produits pour une même concentration dans les fumées. Par ailleurs, les autres toxiques également
présents auront des effets de synergie qui renforceront encore leur toxicité intrinsèque. Les matériaux
combustibles, s'ils sont formés principalement de carbone et d'hydrogène peuvent également contenir d'autres
éléments. Le polychlorure de vinyle est fortement chargé en chlore.

Sa formule est:

- CH2 - CH - n

Cl

Un simple calcul montre qu'il contient 56,8 % de sa masse en chlore. Par combustion, celui-ci est presque
intégralement transformé en acide chlorhydrique (HCl). On en déduit qu'un kilo de PVC peut libérer 584 g d'HCI.
A ceci, il convient de faire plusieurs remarques. D'abord, iI ne libère pas de chlore libre qui serait
beaucoup plus dangereux, et les autres produits chlorés qui peuvent se former restent très minoritaires. De plus, le
WC pur, rigide, n'est généralement pas employé tel quel. Il est plastifié, de telle sorte que son pourcentage de
chlore diminue.

L'acide chlorhydrique est irritant, toxique et corrosif. Il peut provoquer la mort par oedème aigu du poumon.
Heureusement, son seuil d’irritation est bien plus bas que son seuil de toxicité. Il est donc détecté avant d'être
toxique.

Effets de HCI sur l'homme

Concentration HCI (ppm) Symptômes

1-5 Limite de l'odeur


10 Légère irritation des muqueuses
50 - 100 Irritation de la gorge
1 000 - 2 000 Danger d’OAP après exposition de 30 min.

(D’après Bertrand, 1976)

Le PVC produit beaucoup de suies corrosives, ce qui rend l'intervention des pompiers particulièrement
délicate comme lors de l'incendie d'Orly Sud, le 3 décembre 1973, ou celui de la centrale thermique d'EDF de
Porcheville.
Le PVC plastifié est largement utilisé pour la fabrication des câbles électriques, car il propage mal le feu.
Cependant, dans des installations sensibles, on tend à le remplacer par des produits sans halogène formant moins
de fumées qui sont elles-mêmes moins toxiques et non corrosives. Certains matériaux contiennent du soufre.
C’est le cas du caoutchouc, qu'il sert à vulcaniser. Le soufre se transforme en anhydride sulfureux SO2

Hydrocarbures aromatiques polycycliques


contenus dans les suies

Nature Formule brute Pt d’ébullition

Fluoranthène - -
Benzo (b) Fluoranthène C20 H12 481 °C
Benzo (k) Fluoranthène C20 H12 481 °C
Benzo (a) Pyrène C20 H12 495 °C
Benzo (1,12) Perylène C22 H12 500 °C
Indeno-Pyrène C22 H12 -

On remarque que toutes ces formules brutes sont voisines - seule la forme de la molécule change - et qu'elles
contiennent très peu d'hydrogène.

Qui s’oxyde ensuite en anhydride sulfurique SO3, et qui, dissout dans l'eau, formera de l’acide sulfurique.

Toxicité une demi-heure à une heure de quelques gaz purs,


dilués dans I’air atmosphérique normal.

Nature des gaz Concentration en volume 0/00

Gaz carbonique (CO2) 60 à 120


Oxyde de carbone (CO) 1,5 à 2
Cyanogène (C2 N2) 0,10 à 0,15
Acide cyanhydrique (HCN) 0,10 à 0,15
Vapeurs nitreuses (NO + NO2) 0,20 à 0,40
Chlore (Cl2) 0,03
Acide chlorhydrique (HCl) 1à2
Phosgène (COCl2) 0,025
Acide fluorhydrique (HF) 0,05 à 0,25
Anhydride sulfureux (SO2) 0,5 à 0,6
Méthanol formol (CH2O) 0,6
Ammoniac (NH3) 2

(D’après le syndicat professionnel des fabricants de matières plastiques et résines synthétiques)

Les quantités de soufre présentes dans les matériaux sont généralement très faibles. La réaction S + O2 =
SO2 n'est stable qu'au-delà de 1100 °C.
Aux températures et selon les conditions réelles des feux, on constate que le taux de soufre transformé en SO 2
varie de quelques pourcents jusqu'à 75 %.
Les produits azotés donnent des réactions plus complexes. Ils transforment, d'une part, des oxydes
d'azote, que l'on nomme NOx et qui regroupent en réalité NO et NO 2. Ils peuvent se transformer ensuite en acide
nitreux ou nitrique en présence d’eau. Ils pourront alors être responsables d'oedèmes pulmonaires.
Le dioxyde d’azote, NO2 est le plus dangereux d'entre eux (Michel Guerbet, Université de Rouen)

Effets du NO2 sur l’homme


Concentration NO2 ( ppm ) Symptômes

20 - 50 ppm Irritant
60 ppm Dangereux pour 2 - 3 heures
90 ppm Oedème pulmonaire après 30 min.
250 ppm Mortel en quelques minutes.

(D’après Christensen, 1975) Source : thèse de doctorat M. Guerbet- Rouen.

D’ autre part, ils forment de l’acide cyanhydrique (HCN), particulièrement toxique. Il semble que son rôle ait été
quelque peu sous-estimé (voir article dans ce dossier). C’est un gaz dont l’odeur rappelle celle de l’amande amère.
A faible concentration, il stimule la respiration, ce qui favorise également l’inhalation des autres gaz toxiques
(Morikaw, 1978)

Effets de HCN sur l'homme

Concentration HCN (ppm) Symptômes

0,2 - 5 Seuil de l'odeur


10 Limite admissible pour une exposition de 8 h
20 - 35 Maux de tête après quelques heures
45 55 Toléré pendant 1/2 h sans problème
100 Mort en 1 h
180 Mort en 10 min.
280 Mort immédiate

D'après Bertrand, 1976

Il est intéressant de comparer la toxicité du CO et de l’HCN. Bien qu’il soit délicat de comparer des valeurs
venant de sources différentes, on peut apprécier les ordres de grandeur. Le CO est mortel en une heure, pour
environ 1500 à 2000 ppm, tandis que l’HCN l’est pour 100 ppm. Il en résulte que l’HCN serait de 15 à 20 fois plus
toxique que le CO.
Tout le problème est de savoir quelles sont les proportions du CO et de l’HCN dans les fumées ?
On a toujours accusé les matières plastiques de former de l'acide cyanhydrique, en particulier la mousse de
polyuréthanne. Nous avons étudié quelques matériaux, aussi bien lors d'essais en vraie grandeur qu'en
laboratoire. Nous présentons ici quelques résultats obtenus par la méthode dite du four tubulaire et qui fait l'objet
de la norme NF X 70-100.
Pour des raisons de similitude avec des essais en vraie grandeur, la masse d'échantillon a été réduite à 100 mg.

Analyses au four tubulaire

Matériau Laine Soie Nylon Polyuréthane


400 °C
HCN 23,1 16,2 0 30
CO 59,0 77,9 82,3 177,8
CO2 0 0 0 0
CO/CO2 - - - -

500 °C
HCN 41,4 38,9 0 84
CO 197,2 142,5 269,2 363,4
CO2 194,5 243,4 411 3 150,3
CO/CO2 1,01 0,58 0,65 2,42

600 °C
HCN 47,0 39,3 0,1 16,6
CO 290,6 137,5 191,5 428,7
CO2 313,1 401,4 1203,6 501,3
CO/CO2 0,93 0,34 0,16 0,85

650 °C
HCN 14,5 38,8 - -
CO 37,8 187,9 124,6 -
CO2 629,0 454,3 1 037,4 -
CO/CO2 0,06 0,41 0,12 -

Les résultats sont exprimés en g de substance par kg de matière brûlée.

Le tableau fait apparaître que le matériau qui produit le plus d'HCN est la laine, suivie de la soie, du
polyuréthanne, puis du Nylon.
Il apparaît aussi que le dégagement de HCN est maximum entre 500 et 600 °C.
Pour des températures plus élevées, HCN est à son tour décomposé. Ceci a été confirmé au cours d’essai en
vraie grandeur, sur des masses de polyuréthanne de plusieurs centaines de kilogrammes, qui donnent des feux
très vifs avec des températures très élevées mais qui forment peu d’HCN. Il apparaît donc une certaine
corrélation, bien que partielle, entre la production de C0 et d'HCN. Pour le C0, le taux décroît toujours avec la
température. Pour HCN, le taux de production semble passer par un maximum avant de redescendre. Il ne
faudrait cependant pas généraliser ces observations.

Yannick Le Botlan

(Directeur du laboratoire du feu et de l'environnement au CNPP)

Les tableaux indiquant la toxicité d'HCl, HCN, NO2 viennent de la thèse de M. Guerbet.
Les résultats expérimentaux proviennent du Laboratoire du feu et de l'environnement du CNPP.

EN MATIERE D’IMPACT TOXICOLOGIQUE SUR LES VICTIMES, LES SAUVETEURS OU


L’ENVIRONNEMENT, LES RETOURS D’EXPERIENCE DES SAPEURS-POMPIERS SONT PRECIEUX.
Lorsque les sapeurs-pompiers interviennent sur un incendie, le risque toxique est souvent présent.
Malheureusement, il arrive qu'il soit sous-estimé, voire carrément méconnu. Pourtant, le sinistre expose les
victimes et les sauveteurs à trois types de problème :
• Les accidents traumatologiques dus aux chutes, écroulements de charpente, explosions, chutes de tuiles,
paniques de foules, etc. Les lésions provoquées n'ont pas de spécificité par rapport aux autres
traumatismes; Ies effets de la chaleur, brûlures, plus ou moins étendues et profondes, coups de feu
externes mais aussi pulmonaires. La prise en charge des brûlures et des grands brûlés est maintenant
bien définie et fait l'objet d'un large consensus comme l'absolue nécessité de procéder au refroidissement
immédiat des brûlures;

• La toxicité et l'agressivité des fumées, dont on connaît bien l’intoxication à l'oxyde de carbone et les
cyanures, mais qui sont loin d'être les seuls toxiques. Dans le domaine de la toxicité des fumées
d'incendie, une foule de questions se posent et, ce, avec d'autant plus d'acuité que se pose en arrière-plan
le problème de la toxicité environnementale des eaux d'extinction.

• En présence d’un incendie, il faut garder à l'esprit certaines règles de base essentielles: savoir qu'une
victime peut être un véritable polytraumatisé du feu associant lésions traumatologiques, brûlures et
intoxication; penser systématiquement à la toxicologie. Ne pouvant pas connaître tous les toxiques
présents, il est indispensable de prévoir immédiatement la protection des intervenants afin d'éviter toute
intoxication supplémentaire. Il ne faut pas non plus sous-estimer le risque toxicologique, en particulier
secondaire, pour l'environnement et ne pas hésiter à demander des avis techniques et scientifiques
spécialisés

En cas d'incendie, trois principales situations se dégagent:

• Les feux de bois: la pyrolyse de la cellulose est bien connue, génératrice de CO, C02, d'aldéhydes, d’acides
carboxyliques, d'alcool, d'hydrocarbures aromatiques et aliphatiques saturés ou insaturés c'est, bien sûr, le
CO et les aldéhydes qui sont les plus préoccupants d'un point de vue toxicologique. Autre facteur à intégrer:
I'importante modification des produits avec I'apparition des bois spéciaux, des agglomérés, des colles et des
bois traités; Ies feux de matières plastiques: I'introduction dans la construction et dans l'aménagement intérieur
de matières plastiques est à l’origine d'une toxicité multiple car la dégradation thermique des polymères
synthétiques a permis d'identifier une multitude de molécules différentes. Parmi ces produits de dégradation,
les toxiques les plus dangereux sont l'acide cyanhydrique, les nitriles, le phosgène, les aldéhydes, I'ammoniac,
I'acide chlorhydrique et fluorhydrique, le styrène, les isocyanates;

• Les feux chimiques : dans cette rubrique, on classera les feux intéressant les industries chimiques et les
transports. En dehors de la toxicité initiale des produits en cause, il faut compter avec la toxicité des produits de
dégradation et le danger des associations de produits, en particulier des produits intermédiaires. Le danger
toxique est bien répertorié et plus facilement perceptible dans ce cadre qui, en cas d'incendie dans une
industrie, fait l'objet d'une réflexion en amont dans le cadre des plans de protection.

• En pratique, c'est le feu d'habitation qui possède le profil toxicologique le plus dangereux et qui fait le plus
de victimes. En effet, il associe rapidement une augmentation de la température au voisinage du foyer, une
consommation de l'oxygène de l'air ambiant - surtout en espace clos - à des dégagements de toxiques et
d'irritants extrêmement nocifs. Les intérieurs modernes comportent de nombreuses matières synthétiques
dont les produits de décomposition thermique sont très agressifs et toxiques. L’ambiance toxique est
particulière- ment dangereuse au niveau de l’étage en feu et aux niveaux supérieurs. Une étude récente,
menée de concert par le Service médical de la BSPP et le Service de réanimation toxicologique de l ‘ hôpital
Fernand Widal, confirme cette prévalence et montre qu’en cinq ans, sur 87 526 incendies, on dénombre
8500 victimes dont 4761 intoxiqués pour 2500 brûlées; la statistique parisienne objective une augmentation
des intoxications.

Les muqueuses, des indicateurs de toxicité des fumées

Mécanisme des lésions: quelques grandes notions physiopathologiques se dégagent chez les poly intoxiqués
que sont les victimes d'incendie. En premier lieu, I'agressivité des fumées. Elle semble être un facteur-clé dans
leur caractère toxique, mais souvent sous-estimé. Cette agressivité est, pour l'essentiel, liée à la causticité. En
dehors des acides, toujours présents ou presque, les produits les plus caustiques sont les aldéhydes, les gaz
halogénés et les oxydes d'azote ou de soufre. De ce point de vue, les muqueuses sont souvent les meilleurs
témoins de la causticité des fumées. Les premiers symptômes se manifestent généralement par des larmoiements
avec des picotements oculaires, puis une sensation de brûlure oculaire. L’irritation de la gorge, doublée de
sensations de brûlures de l'arrière-gorge, provoque une toux sèche. S'installent ensuite des picotements de la
peau et des parties en contact : visage et mains.

La survenue de ce type de troubles exige une protection complète et un retrait immédiat des personnes non
équipées d'appareils respiratoires. Elle entraîne des réactions de panique et de fuite incoordonnées chez les
intoxiqués. Si l'exposition accompagnée d'une gêne ventilatoire se prolonge, une dyspnée, avec striction
thoracique, s’installe. le rythme respiratoire s'accélère, contribuant encore à augmenter l'intoxication et débouche
sur un syndrome de détresse respiratoire aiguë associant détresse ventilatoire à des troubles de la conscience.
L' arbre respiratoire subit le premier l'agression des fumées au-dessus de la glotte d'abord, dont le dépôt de suie
provoque oedème et réactions inflammatoires, une symptomatologie aggravée lors de brûlures de la face. A
hauteur de la trachée et des bronches ensuite, avec lésions corrosives de muqueuses qui peuvent apparaître dans
les 48 heures, les dépôts de suies constituent un véritable film adhérant à la paroi. On peut se trouver devant un
empoussiérage massif. Enfin, au niveau du parenchyme pulmonaire, apparaît un oedème lésionnel avec une
altération immédiate du surfactant qui rend inopérant les échanges gazeux. Compliquée d’infections respiratoires,
cette altération sera responsable d’une insuffisance respiratoire chronique séquellaire.

Dans le cas d’une toxicité générale, I’hypoxie globale résulte à la fois de la diminution de l’oxygène
ambiant, de l’altération des échanges gazeux de la membrane alvéolo-capillaire par agression locale, de la
diminution du transport sanguin par blocage de l’hémoglobine par l’oxyde de carbone et la formation de
méthémoglobine et par l’inhibition de la respiration cellulaire sous l’effet de l’acide cyanhydrique. La toxicité
générale suppose l’existence d’une hyperventilation lors de la phase initiale. Elle résulte des efforts fournis par les
victimes pour échapper à la situation dans laquelle elles se trouvent ainsi qu’à l’hypoxie tissulaire et à
l’enrichissement de l’air pulmonaire en dioxyde de carbone (C0 2). Cette hyperventilation conduit immanquablement
à augmenter l’intoxication.

Le coup de fumée, un phénomène réversible

Viennent ensuite les troubles métaboliques. L’apparition d’une acidose respiratoire est la conséquence rapide de
l’hypoxie globale et de l’enrichissement en dioxyde de carbone (CO 2) de l’air pulmonaire. Il s’y ajoute une acidose
métabolique de type lactique en rapport avec I’hypoxie tissulaire, notamment telle due à l’action de l’acide
cyanhydrique. Le taux de lactates sanguins est à ce point de vue un des meilleurs révélateurs de l’intoxication
cyanhydrique. Les manifestations des intoxications aux fumées dépendent évidemment du temps d’exposition et
de la nature des fumées. On peut cependant distinguer quelques grands tableaux cliniques:

• Ie coup de fumée. Il s’agit de victimes présentant l’un des signes suivants : céphalées, nausées, vomissements
et forte asthénie pouvant aller jusqu’à l’épuisement physique. Le coup de fumée est toujours rapidement
réversible par une oxygénation, un repos simple et une réhydratation orale. Il atteint souvent les sapeurs-
pompiers, exposés en première ligne. Cette symptomatologie s’explique pour une part par le CO, mais aussi
par l’action de l’effort conjugué à la chaleur et l’hypoxie. Le mécanisme n’est pas totalement éclairci, mais la
résolution de la symptomatologie est toujours complète et rapide et ne nécessite pas l’hospitalisation;

Le syndrome de détresse respiratoire aiguë se manifeste par de la suie dans les crachats, une dysphonie, des
sensations de suffocation, une dyspnée, une polypnée, des râles et sifflements à l’auscultation, une cyanose des
extrémités. Les lésions de la face avec suie autour des lèvres et du nez constituent un véritable signe d'appel. En
dehors de l'oxygénothérapie immédiate, il convient de prévoir rapidement l'admission dans un centre hospitalier
pour pratiquer une fibroscopie d'urgence. Cet examen permet de confirmer le diagnostic en visualisant les lésions
et d'évaluer la gravité. Par ailleurs, il possède un intérêt thérapeutique par la possibilité d'un lavage bronchique et
d'injections endo-bronchiques de médicaments; Ie syndrome neurocardiotoxique : vertiges, céphalées, troubles du
comportement avec obnubilation, agitation, coma, convulsions sont les principaux signes neuropsychiques,
collapsus avec chute de la tension artérielle et troubles rythmiques sont autant de signes de gravité extrême et
exposent à un risque important de décès rapide. L'association d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë à des
signes d'intoxication systémique constitue la forme la plus grave de l'intoxication aux fumées.

L'oxygénation, une thérapie prioritaire

Face au problème toxique des fumées d'incendies, quelques règles s'imposent. Il faut d'abord soustraire les
victimes à l’intoxication. Puis, partir en mission de reconnaissance à la recherche des intoxiqués qui peuvent avoir
trouvé refuge sous les lits, dans les meubles, etc. Ces missions ne peuvent être assurées que par des personnels
parfaitement protégés eux-mêmes, équipes de tenues d'intervention complètes et d’une protection respiratoire
totale. Seuls les porteurs d’appareils respiratoires isolants (ARI) peuvent être engagés dans une atmosphère
enfumée. On ne saurait trop insister sur la mesure de prévention collective que constituent les systèmes de
désenfumage qui doivent être intégrés dès la construction. Dès qu’un incendie est susceptible de faire des
victimes, une assistante médicale doit être présente sur les lieux jusqu'à la fin de la reconnaissance. Seule une
équipe médicale formée, et surtout protégée, peut intervenir à l'avant, à proximité immédiate du sinistre.
L'oxygénation est la thérapeutique médicale prioritaire. Si les victimes sont nombreuses, il faut prévoir une
logistique d'approvisionnement, en sachant, par exemple, que pour oxygéner 20 victimes, à raison de 10 litres par
minute pendant une heure, il faut 12 000 I d'O 2, ce qui correspond en calcul théorique à 12 bouteilles de cinq litres
à 200 bar, mais en nécessitera au moins 30 % de plus en pratique.

Bibliographie

• Toxicovigilance des incendies, Journée scientifique du 13 octobre 1992, H. Julien, Ch. Favre-Bismuth;
BSPP et Centre d’étude et de traitement des inhalations de fumées et gaz toxiques
• Toxicité systémique des fumées d’ incendie, F.-J. Baud, P.Barriot, B. Riou, Jeur, 1988, 1, 83-88;
• Inhalation de fumées d’ incendie : apport de la fibroscopie bronchique au diagnostic précoce, Y.
Lambert, P. Carli, Ph. Chauchat, Jeur, 1988, 1, 89-95;
• Pathologie médicolégale, M. Durignon, Ed. Masson, Collection d’ histopathologie;
• Guide d’intervention face au risque chimique, groupe des risques naturels et technologiques, Fédération
nationale des sapeurs-pompiers français, 1992.

Dans le contexte d'une intoxication collective, on établira un centre de tri pour catégoriser les victimes en
fonction de leur gravité et privilégier leur évacuation vers des centres adoptés. La libération des voies aériennes
s’inscrit comme un geste de secourisme essentiel. Telle est la règle pour toute victime présentant un trouble de la
conscience. Si cette première intervention n’est pas rapidement résolue, il faudra recourir à l’intubation oro-
trachéale et à la ventilation assistée. L’évacuation doit se faire vers un centre de réanimation spécialisé La
recherche de lésions associées - brûlures et traumatismes - doit être automatique. Il faut systématiquement
considérer une victime dans le coma lors d’un incendie comme intoxiquée à la fois au CO et à l’acide cyanhydrique
et lui appliquer sans tarder un traitement spécifique (voir l’article sur le sujet dans ce même dossier).

La collaboration de tous, un gage de réussite.


Les soins locaux consistent en lavage oculaire à l’eau ou par des collyres simples, en évitant les anesthésiques et
les corticoïdes. Les sapeurs-pompiers et les sauveteurs, qui ont souvent les yeux qui piquent, à cause du contact
prolongé avec les fumées, même à faible toxicité, sont soulagés par des installations de « Chibro-Boraline » ou
d’« Uvéine ». A ce titre, lors de tout incendie d’une certaine importance, la mise en place d’un poste de secours
s’avère indispensable. Destiné aux personnels intervenants, il doit comprendre des moyens d’oxygénation, de
décontamination locale et de réhydratation orale ainsi qu’une aire de repos.

Il appartient au commandant des opérations de secours d’établir un périmètre de sécurité. Le confinement


de la population dans un premier temps, et son éventuelle évacuation sera décidé d’après confrontation des
données résultant de l’analyse du risque et des renseignements cliniques sur le nombre de victimes et la gravité
des lésions constatées. En effet, aucune donnée de laboratoire n’étant disponible dans les premiers moments, une
collaboration étroite entre le commandant des opérations de secours et le médecin responsable sur les lieux
s’impose. Lors d’un sinistre dans une entreprise, il est indispensable d’associer à ces décisions l’exploitant et les
responsables de la sécurité, mais également le médecin du travail, car ils sont capables d’apporter, par leur
connaissance des produits et de leurs toxicités, des informations essentielles. L’enquête toxicologique recherchera
la nature et la quantité des produits soumis à l’incendie, I’analyse des conséquences de la pollution atmosphérique
et des eaux. Dans toute la mesure du possible, il sera fait des prélèvements et des analyses de terrain avec
l’usage de méthodes de confronter avec les données d’observation clinique privilégiant la dernière. Une cellule de
réflexion en présence d’experts est d’une grande utilité lors d’événements complexes ; en urgence,les
interlocuteurs qui peuvent apporter le plus de renseignements sont les centres antipoison.
Dans toutes les interventions des sapeurs-pompiers, il faut penser au risque toxique. Au cours d’un incendie, il est
impossible de connaître tous les toxiques en cause, mais une enquête toxicologique rigoureuse confrontée aux
données cliniques observées permet de fixer rapidement l’importance du danger des fumées. Dans tous les cas,
I’action la plus efficace est toujours préventive car elle peut éviter l’incorporation de toxiques. Sapeurs-pompiers,
médecins, ingénieurs, techniciens, chefs d’établissement doivent collaborer pour identifier au plus près le risque.
Savoir qu’il existe est bien, le connaître est mieux.
Lieutenant colonel Francis Lévy
(Médecin Chef de la DDSIS du Haut-Rhin et du CSP de Mulhouse)
L ‘auteur anime le groupe de travail international Toxicologie du feu ou sein de la commission santé du comité technique
international du feu.
LES CYANURES SONT SOUPCONNES D’ETRE RESPONSABLE DE NOMBREUX DECES APRES
INHALATION DE FUMEES D’INCENDIE MAIS LEUR PRESENCE EST DIFFICILEMENT IDENTIFIABLE

L'inhalation de fumées provoque le décès de nombreuses victimes au cours des incendies, mais la nature des
gaz toxiques responsables de ces décès reste encore discutée. En dehors du monoxyde de carbone, I s
cyanures pourraient jouer un rôle important. En effet, la dégradation thermique de nombreux matériaux naturels
(laine, soie) ou synthétique (polyuréthanne, polyacrilonitrile) contenant de l'azote, peut produire des
concentrations toxiques de cyanures. Par exemple, la dégradation thermique de 1 g de polyacrilonitrile dons
une chambre de combustion de 15,6 l produit une concentration de cyanures de 1 500 ppm. Une concentration
létale pourrait être atteinte par la combustion de 2 kg de polyacrilonitrile dons une pièce de taille moyenne. Les
effets des cyanures contenus dans les fumées ont été bien étudiés expérimentalement. L’exposition d'animaux
à des produits de combustion contenant des cyanures, provoque une incapacitation rapide et les animaux
meurent avec des concentrations élevées de cyanures dans le sang.
Les résultats des études cliniques sur l'importante des concentrations sanguines de cyanures chez les
victimes d’incendie sont contradictoires; or, les cyanures disparaissent rapidement du sang et les prélèvements
sanguins sont souvent obtenus après un délai de plusieurs heures par rapport au moment de l'exposition.

Résultats

Dosages sanguins de cyanures et de monoxyde de carbone chez les 109 victimes intoxiquées

Concentration sanguine de cyanures 66 survivants 43 décédés

Non toxique 57 11
Toxique 6 12
Létale 3 20

Concentration sanguine de cyanures


(CN) et de monoxyde de carbone (CO) 66 survivants 43 décédés

(CN) et (CO) non toxiques 50 5 (4) *


(CN) et / ou (CO) toxiques 13 16 (8) *
(CN) et / ou (CO) létales 3 22 (1) *

* Brûlures étendues

Une étude a tenté de déterminer l'importance clinique et biologique des concentrations sanguines de
cyanures chez les victimes d’incendie, décédées ou survivantes, en effectuant des prélèvements sanguins sur
le lieu même de l’incendie. Cent-neuf victimes d’incendies, âges de 2 à 87 ans, ont été étudiées pendant une
période d’un an. Les prélèvements sanguins ont été effectués par la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris
avant administration de tout antidote des cyanures ou d’oxygène hyperbare.

Par contre, I’oxygène normobare était administré chez tous les patients vivants au moment du
prélèvement, et certains étaient ventilés mécaniquement. Trente-six de ces patients étaient déjà décédés.
Les prélèvements sanguins ont été transportés à température ambiante pendant une durée maximale de 90
minutes, puis stockés à 4 °C. L’analyse toxicologique a été effectuée en général dans les 24 premières heures,
et jamais au-delà de trois jours, après la réception des prélèvements aux laboratoires.

La concentration de cyanures dans le sang a été mesurée par une méthode calorimétrique en micro
diffusion. Le seuil de détection est de 2,2 mol / l et le coefficient de variation de la mesure de 8 %.

Concentration sanguine
Cyanures Monoxyde de carbone

- non toxique < 40 µmol / l < 1,0 µmol / l


- toxique > 40 µmol / l > 1,0 µmol / l
- létale > 100 µmol / l > 5,8 µmol / l

Concentration sanguine de cyanures


et de lactate chez 39 victimes admises à l’hôpital

(CN) < 40 µmol / l (CN) > 40 µmol / l

(Lactate) peu élevée


< 10 µmol / l 15 3

(Lactate) élevée
> 10 µmol / l 1 20

NB : concentration normale de lactate 2 µmol / litre

La détermination de la concentration de cyanures pose plusieurs problèmes car ils disparaissent rapidement du
corps après une intoxication mortelle, et I’élimination des cyanures après une intoxication non mortelle est rapide,
sa demi-vie d’élimination est d’une heure environ. La concentration de monoxyde de carbone dans le sang a été
mesurée par spectrophotométrie infrarouge. La concentration plasmatique de lactate a été mesurée chez
39 victimes d’inhalation de fumées au moment de l’admission à l’hôpital. Les victimes présentant une brûlure
supérieure à 15 % de la surface corporelle ont été exclues de cette partie de l’étude.

La concentration plasmatique de lactate à l’admission à l’hôpital a été corrélée avec les concentrations de
cyanures et de monoxyde de carbone du sang prélevées sur les lieux de l’incendie. Les résultats des dosages ont
été comparés à ceux effectués chez un groupe témoin de patients constitué de 114 personnes hospitalisées pour
une autre raison qu’une intoxication

Concentration de lactate et de cyanures ... un indice

Les concentrations sanguines moyennes de cyanures étaient significativement plus élevées pour l’ensemble des
victimes que pour le groupe témoin. Ces résultats montrent qu’il est raisonnable de suspecter une intoxication par
les cyanures chez les victimes d’incendies avec inhalation de fumée. La survie malgré une concentration sanguine
considérée comme létale de cyanures a déjà été rapportée.

Ces données indiquent qu’il est difficile de définir une valeur seuil de concentration sanguine de cyanures au-delà
de laquelle, il n’y a plus de survivant. Vingt-sept victimes étaient brûlées. Treize d’entre elles avaient
des brûlures étendues sur plus de 80 % de la surface corporelle. Il n’y avait pas de corrélation significative entre la
surface corporelle brûlée et la concentration sanguine de cyanures.

Toxicité des cyanures


Les ions cyanures libérés dans l’organisme, inhibent les phénomènes respiratoires cellulaires. Ils forment des
complexes avec les métaux des enzymes de la chaîne respiratoire mitochondriale. Ainsi le fer de la cytochrome-
Oxydase reste sous forme réduite et ne peut plus être oxydé par l’oxygène qui lui parvient. Le tableau clinique
réalise la plus typique, la plus rapide et la plus grave des anoxies cellulaires, avec détresse cardio-respiratoire,
convulsions, coma et décès en quelques minutes. Dans les intoxications modérées, on note des maux de tête, des
vertiges, une fatigue extrême, des douleurs musculaires.
Principes du traitement

Le traitement symptomatique pour corriger les détresses.

Oxygénothérapie normobare ou hyperbare. Triple action de l’oxygène :

• il réactive la cytochrome-oxydase
• il réactive les voies métaboliques insensibles aux cyanures
• plus elle est oxydée, plus la cytochrome-oxydase est active et
moins elle est affine pour les ions cyanures.

Traitement antidotique

• Thiosulfate de sodium : il augmente la voie d’élimination physiologique des


cyanures, mais la réaction est très lente
• Méthemoglobinisants ( nitrites - bleu de méthylène ) : le fer trivalent de la
méthemoglobine est plus avide des ions cyanures que la cytochrome-
oxydase. Toutefois, I’effet délétère des nitrites au cours de l’intoxication
mixte cyanures-monoxyde de carbone a été mise en évidence
expérimentalement .

Chélateurs : en raison de l’affinité du cobalt pour les cyanures, les composés


cobaltiques (EDTA dicobaltique, hydroxocobalamine) sont des antidotes
puissants et rapides. Toutefois, I’EDTA dicobaltique provoque des effets cardio-
vasculaires potentiellement délétères chez un patient pour lequel l’intoxication
par les cyanures est suspectée mais pas encore confirmée.
L’hydroxocobalamine se combine aux cyanures pour former de la
cyanocobalamine (vitamine B 12)

On préférera l’hydroxocobalamine en première intention, en raison de son


action antidotique rapide et efficace, et de sa faible toxicité en comparaison
avec les nitrites et l’EDTA
dicobaltique.

Par contre, il y avait une corrélation significative entre les concentrations sanguines de cyanures et de
monoxyde de carbone chez les 109 victimes. La concentration sanguine en monoxyde de carbone pourrait être
considérée comme un indice d’intoxication par les cyanures. Toutefois la valeur basse du coefficient de corrélation
indique une dispersion importante de la concentration sanguine de cyanures pour une valeur donnée de
concentration sanguine en monoxyde de carbone. Ce résultat exclut la possibilité de prédire précisément la
concentration sanguine de cyanures à partir de celle de monoxyde de carbone. Dans cette étude, certaines
victimes décédées avaient une concentration sanguine de cyanures considérée comme létale, alors que celle de
monoxyde de carbone était non toxique. Ces résultats suggèrent que l’intoxication par les cyanures a joué un rôle
plus important que celle par monoxyde de carbone, dans le décès de ces victimes.

Pour les 39 victimes chez lesquelles un dosage de lactate plasmatique a été effectué, on note une corrélation
significative entre la concentration plasmatique de lactate et les concentrations sanguines de cyanures à partir de
celle de monoxyde de carbone.

L’étude statistique montre que la concentration plasmatique de lactate était mieux corrélée à la concentration
sanguine de cyanures qu’à celle du monoxyde de carbone. Les concentrations plasmatiques de lactate élevées
chez les victimes étaient probablement dues à leur intoxication par les cyanures, pour les raisons suivantes:

• Ies valeurs élevées de PaO2 permettent d’exclure le rôle de l’hypoxie dans l’acidose lactique des victimes,
• en dépit d’un arrêt cardio-respiratoire observé chez certaines victimes la valeur de la pression artérielle à
l’admission n’explique pas l’acidose métabolique ;
• il existait une corrélation significative entre les concentrations de lactate et de cyanures.

L’acidose lactique est une conséquence reconnue de l’intoxication par les cyanures. Une acidose métabolique est
fréquemment observée chez les victimes d’incendies. Le monoxyde de carbone peut également induire une
acidose lactique, qui ne dépend pas seulement du taux de carboxyhémoglobinémie mais aussi de la durée
d’exposition.
Or, I’exposition aux gaz toxiques des victimes d’incendie est généralement de courte durée. La présente étude
indique que chez les victimes d’incendie non brûlées ou ayant des brûlures mineures, une concentration
plasmatique de lactate élevée ( 10 mol / l) suggère fortement une intoxication par les cyanures, en plus de
l’intoxication par le monoxyde de carbone généralement suspectée.

L’inhalation de suies obstrue les poumons

Les principaux facteurs de décès au cours d’un incendie sont les gaz toxiques, la chaleur et l’hypoxie. Jusqu’ici,
le principal gaz toxique incriminé était le monoxyde de carbone. Toutefois, de nombreux irritants respiratoires sont
libérés au cours d’un incendie et peuvent provoquer une atteinte broncho-alvéolaire chimique. L’inhalation de suies
peut obstruer l’arbre bronchique. La contribution exacte de chaque gaz est difficile à établir. Un des résultats
importants de la présente étude établit que 55 % des victimes décédées avaient des concentrations sanguines de
cyanures et de monoxyde de carbone inférieures aux concentrations létales. Certaines de ces victimes avaient des
brûlures étendues, mais qui ont pu survenir après la mort, et le rôle d’une baisse de la pression partielle d’oxygène
dans l’air et/ou d’atteinte broncho alvéolaire ne peut être exclu. Les études expérimentales ont montré une
potentialisation toxique des cyanures et du monoxyde de carbone. Les résultats de cette étude suggèrent
également un effet toxique additif de la combinaison de ces deux gaz chez l’homme.

Dr Isabelle DELOFFRE d’après Dr Frédéric BAUD et coll.


(Hôpital Fernand WIDAL)

Cet article est paru au Journal Européen des Urgences - 1992, vol. 5, 1 - Editions MASSON
PAR SES TRAVAUX, L’INERIS RECHERCHE UNE METHODOLOGIE D’EVALUATION DE LA TOXICITE DES
FUMEES D’INCENDIE ET DE LEUR IMPACT SUR LA SANTE DE L’HOMME.

L‘accident industriel majeur, dans le cas d’un incendie, peut se traduire par la formation et la dispersion d’un
nuage de fumées potentiellement toxiques. Les conséquences peuvent être graves pour la population proche du
lieu du sinistre et, plus généralement, pour l’environnement. Lors de tels accidents - et l’exemple récent de la
décomposition de quelques centaines de tonnes d’engrais NPK à Nantes l’illustre - des questions se posent aux
responsables de gestion de la crise : y a-t-il danger pour la population ? Faut-il seulement la rassurer ? Lui
demander de se mettre en situation de confinement ou, pire, I’évacuer ? Pour estimer le danger encouru par la
population exposée à un tel nuage toxique, il est déterminant de savoir si des personnes sont susceptibles
d’inhaler des doses critiques au regard de leur santé et de mieux appréhender ces notions de doses.

Les travaux engagés par l’lneris visent plusieurs objectifs:

• mettre au point une méthodologie d’évaluation de la toxicité des fumées qui recouvre les domaines de la
toxicité analytique (prélèvements, analyses, référence à des seuils), de la toxicité expérimentale (expositions in
vivo et in vitro) et de la toxicité humaine (retour d’expérience des hôpitaux);
• améliorer la connaissance sur divers aspects de la toxicité des fumées d’incendie et les conséquences
potentielles sur la santé de l’homme (altérations irréversibles, importantes, problèmes de respiration, capacité
de jugement, de mobilité...). Pour améliorer ces connaissances, I’lneris est amené à utiliser l’expérimentation
animale dans le respect de l’éthique : cette expérimentation ne concerne que des expositions à des doses sub-
létales (inférieures aux doses mortelles), expérimentations qui restent à ce jour indispensables comme
références et meilleur outil pour évaluer les conséquences des fumées. De plus, ce type d’expérimentation sert
de support à l’élaboration de techniques in vitro performantes qui se substitueront ainsi à l’expérimentation in
vivo;
• apporter et valoriser cette connaissance dans la mise en application de la Directive Seveso : aide à l’industriel
au niveau de la réalisation des études de danger : scénario enveloppe dans le domaine incendie; aide aux
autorités pour la prévision et l’organisation de l’intervention en cas d’accident grave; aide aux responsables de
l’information des populations (risques encourus mieux définis)

Impact d’un nuage toxique sur les populations

Pour atteindre ces objectifs, I’lneris fait appel, en partenariat, à des compétences et cultures professionnelles très
différentes: des chercheurs (chimistes, biochimistes, toxicologues, médecins...), des opérateurs sur les incendies
(sapeurs-pompiers chargés de la lutte contre le feu et du secours aux vies humaines) et de médecins praticiens
des hôpitaux (qui reçoivent et traitent les victimes). Il étudie, en comparaison et en complémentarité, des concepts
donnant souvent lieu à querelles scientifiques telles que toxicité analytique (analyses physico-chimiques des
composants), toxicité expérimentale (expérimentations in vivo et in vitro) et toxicité humaine (par retour
d’expérience des hôpitaux). L’lneris crée également des liens étroits entre recherche et retour d’expérience.

Des travaux importants ont été réalisés de par le monde dans le domaine de la toxicité des fumées, plus
particulièrement lorsque des circonstances aggravantes, le milieu confiné, peuvent conduire rapidement à la mort,
feux d’habitation, d’immeubles, d’ établissements recevant du public.
La chaleur et l’appauvrissement en oxygène rendent plus compliquée l’évaluation de l’impact toxique des
fumées. De tels incendies, très souvent caractérisés par des intoxications, mortelles ou non, ont conduit sapeurs-
pompiers et médecins à constater que les fumées peuvent tuer par elles-mêmes mais qu’elles peuvent aussi tuer
indirectement ou présenter un danger grave en modifiant les comportements des gens en situation d’incendie.
L’incendie industriel, et plus particulièrement l’impact du nuage toxique sur les populations proches du
sinistre ( de 50 mètres à quelques kilomètres généralement) n’a été au contraire que peu étudié. On signalera
cependant que de gros programmes de recherche sur ce thème, dont trois projets Step en cours, ont été engagés
depuis quelques années. (Les travaux concernent essentiellement la définition physicochimique du terme source.
Ils sont généralement complétés par des études mathématiques sur la dispersion du panache et ne font référence
qu’à la toxicité analytique des fumées.

Cette méthodologie - définition expérimentale du terme source et calcul de dispersion du nuage - est maintenant
souvent utilisée dans la réalisation des études de danger imposées par la Directive Seveso. Elle conduit à une
cartographie de concentration d’un certain nombre de composés toxiques dans le temps et dans l’espace. Elle est
aujourd’hui indexée sur des valeurs de seuil de toxicité de divers composés pris un à un. Par ailleurs, I’une des
valeurs de seuil communément utilisées est l’IDLH (Immediately Dangerous to Life and Health) mais des travaux
récents (G. Alexeef et al.) laissent à penser que son utilisation est critiquable dans le domaine de la planification
de l’état d’urgence lié à un accident industriel.

Des statistiques à long terme encore incertaines

L’examen de ces différentes valeurs de seuil et de leur application nécessite des travaux et discussions
multidisciplinaires entre toxicologues, médecins, scientifiques, industriels et représentants des gouvernements.
Parallèlement, pour étoffer le débat, il est nécessaire d’accumuler des données de toxicité analytique et de toxicité
expérimentale de façon à disposer à terme d’un guide utile aux plans d’évacuation. En ce qui concerne les
données expérimentales, il ne faut pas mésestimer la difficulté de l’extrapolation à l’homme, des données
recueillies sur animaux. C’est dans ce cadre très vaste et très complexe que se situe le projet.

Les nuages toxiques de fumées d’incendie industriel possèdent leurs caractéristiques propres. Le domaine
de la toxicité d’un nuage de fumée au regard des populations peut être limité par un certain nombre d’hypothèses
et constats. L’expérience indique que, à ce jour et à notre connaissance, il n’y a pas eu de mort directe de
personnes ayant inhalé des fumées à une distance supérieure à 50 ou 100 m du foyer de l’incendie.
En général, les victimes décédées sont soit des acteurs de la lutte contre l’incendie soit du personnel
bloqué en milieu confiné près du feu. On peut donc admettre que le nuage toxique n’a pas, a priori, de
conséquences immédiatement mortelles. Par contre, les statistiques indiquent que des personnes ont été
indisposées, choquées, intoxiquées par les fumées. Certaines d’entre elles ont été hospitalisées plus ou moins
longtemps mais les conséquences à court ou plus long terme sur leur santé ne sont guère connues. Si le problème
de la toxicité des fumées est certes très compliqué (car les fumées contiennent de nombreux composés), on
retiendra en revanche que, dans le cas du nuage toxique du fait de l’ascension du panache et de sa dispersion,
I’air inhalé par les populations n’est pas (ou très peu) appauvri en oxygène. La situation est donc moins
pénalisante qu’en milieu confiné.

Actions du projet
Sapeurs-pompiers CELTIG + experts européens
+ Représentants autorités
+ INERIS

Toxicité analytique Toxicité humaine


(Avec retour d’expérience (avec retour d’expérience
sinistres réels) des hôpitaux)

Synthèse
Règles d’utilisation communes

Toxicité expérimentale
(Recherche)

INERIS - Université Toulouse III

Schéma 1
Un partenariat très varié et très actif

De ces constatations, il ressort que de nombreux laboratoires, publics et privés, travaillent dans le
domaine de la connaissance analytique des fumées d'incendie et que les recherches en toxicité expérimentale
sont conduites dans un nombre limité de laboratoires - sur des travaux in vivo (exposition d'animaux aux fumées)
ou in vitro (Exposition de cellules cultivées).
Le plus souvent ces recherches sont orientées sur la détermination de critères de létalité. Par voie de
conséquence, les techniques d'étude de réponses biologiques et de réponses comportementales ne sont que très
peu utilisées dans le domaine des fumées d’incendie. On note aussi que le problème de la synergie ou de
l’antagonisme de différents toxiques simultanément présents n'est que peu étudié. Toutes ces réflexions
recentrent le problème et mettent en évidente le fait que les travaux en toxicité des fumées menés sur les bases
d'un nuage toxique sont peu nombreux.

L'lneris développe un programme de recherche avec différents partenaires comme la Fédération nationale des
sapeurs-pompiers, groupe Risques technologiques et naturels, la direction de la Sécurité civile au ministère de
l'lntérieur, le service de santé de la Brigade de Sapeurs-pompiers de Paris, le service de réanimation du laboratoire
de toxicologie de l'hôpital F. Widal et plus particulièrement le CETIG ( Centre d'Etude et de Traitement des
Inhalations de fumées et de Gaz toxiques), I'Université de Toulouse III , centre de recherche en biologie du
comportement et le TNO ( Pays-Bas ), Risoe NL (Danemark) ...ce partenariat débouche sur de nombreuses
actions.

Le schéma 1 présente les domaines d'action pris en compte dans le projet et la répartition des partenaires au
regard de ces actions. Les domaines d ‘action sont définis comme suit :
• toxicité analytique. Elle est traitée par analyses physico-chimiques des composants des fumées, puis indexée
par des valeurs de seuil telles celles de l'lDlH, composé par composé;
• toxicité humaine. Elle est définie par les réponses cliniques, comportementales et biologiques recueillies lors de
la prise en charge des victimes par les pompiers, leur transfert vers l'hôpital et la période de traitement et suivi
hospitalier ;
• toxicité expérimentale. Elle prend en compte des facteurs aussi variés que la génération de fumées
représentatives et l'évaluation de leur toxicité analytique, I'exposition d'animaux (rats) aux fumées et l'évaluation
de réponses comportementales et biologiques et la collecte de réponses biologiques par techniques in vitro

Les résultats obtenus dans les recherches feront l’objet de comparaisons, discussions et synthèses de façon à
proposer des règles d’utilisation communes aux partenaires en s'appuyant sur les démarches de modélisation
décrites dans la littérature.
Le schéma 2 décrit l'approche expérimentale mise en place pour traiter le problème de la toxicité aiguë des
fumées d'incendie dans le cas d'un incendie industriel et de la formation de nuage toxique.

Des essais en grand et en laboratoire

L'lneris fait le point sur l'avancement des travaux. Le choix du premier matériau d'étude pour générer des
fumées toxiques s'est fait selon les critères suivants : produit azoté - les compétences du partenariat actuel sont
très fortes sur les toxiques azotés - et produit industriel et de grande diffusion. Les données telles que industriels-
producteurs, tonnages, procédés de synthèse, utilisation et compositions (additifs, charges...), composition des
effluents lors de la dégradation thermique, toxicité des gaz... ont été collectées. Devant l'ampleur du champ d'
investigation, le sujet d'étude a été recentré, dans un premier temps, sur les mousses de polyuréthanes. Un
programme expérimental important a été réalisé cette année. Il a consisté en la définition, par affinements
successifs, d'un scénario d'incendie permettant l'exposition sub-létale d'animaux aux fumées sur une période
donnée (20 à 30 min.), dans des conditions de stabilité thermique et chimique; puis en la sélection et la mise au
point des tests biologiques et des techniques d'approche in vitro de la toxicité; enfin, la préparation de la phase
expérimentale en laboratoire. Un premier essai en grand a été réalisé, destiné à percevoir les phénomènes
généraux intervenant lors de la combustion d'un bloc de mousse de polyuréthanne, soit : toxiques émis et
concentrations; comportement de la mousse; déroulement du feu, propagation du feu; vitesse de combustion;
température des fumées.

Les informations recueillies ont permis d'entreprendre une série d'essais destinés à maîtriser le développement du
feu, essais menés sur 30 à 40 kg de mousse, chacun d'entre eux testant une configuration expérimentale spécifique
et bénéficiant des observations et déductions tirées du déroulement des essais précédents. Au terme de cette phase,
deux essais en grand, mettant en jeu quelque 170 kg de polyuréthanne, ont été réalisés. Durant le premier, 14 rats
ont été exposés à l'ensemble des fumées ( gaz + suies ); durant le second, 30 rats ont été exposés soit à l'ensemble
des fumées, soit aux gaz seuls. ces essais ont permis de tester la validité des hypothèses émises sur le déroulement
de la combustion, sur le caractère sub-létal des concentrations inhalées et sur les tests et méthodes retenus lors de
l'examen des rats.

Programme de toxicité expérimentale


Sapeurs-pompiers

Représentants autorisés Celtig + experts européens

Ineris

Retour d’expérience

Retour d’ expérience

Expériences Expériences
toxicité in vivo in vivo

Génération des fumées

Essais en grand
Essais en semi grand
Essais en laboratoire

Toxicité analytique

Réponses Réponses
biologiques comportementales

Ineris Ineris Université Toulouse III Ineris

Schéma 2

Le programme expérimental 1993 comprendra essentiellement des essais en laboratoire avec une reconstitution des
conditions de l'essai en grand pour l'exposition des animaux (concentrations, cinétique). La validité des essais en
laboratoire dépendra de la fidélité avec laquelle ces conditions auront été reproduites. En plus des contrôles
analytiques, la réponse biologique permettra de déceler des biais éventuels ou la présence de toxiques ou super-
toxiques non identifiés dans l'essai en grand. Il comportera également une évaluation de la toxicité des produits de
combustion pris séparément ainsi qu'une évaluation de la toxicité d'un mélange gazeux représentatif lorsque l'on fait
varier la teneur de l'un des composants. Les moyens employés pour évaluer les réponses biologiques et
comportementales seront identiques à ceux utilisés dans l'essai en grand. la mise au point de méthodes substitutives in
vitro appropriées sera poursuivie. Les données recueillies chez l'animal permettront d'estimer la validité d'un modèle de
prévision du temps d'incapacitation ou de létalité et de conclure soit à l'additivité des effets toxiques des effluents soit à
la potentialisation de certains d'entre eux.

C. CWIKLINSKI et F. MARLIERE

(INERIS)