Vous êtes sur la page 1sur 7

Une nouvelle génération d’écrivain survint… il y eut ceux qui racontèrent la vie de « Je

suis qui je serai » et de ceux qui suivirent ses voies. Puis ceux-ci écrivirent la vie de ceux
qui s’inspiraient de « Je suis, qui je serai ».

Aujourd’hui… je prends la plume pour tracer quelques pistes que je poursuis. J’ouvre le
livre du monde. Il y a de nombreuses pages blanches qui s’ajoutent à mon intention.
J’écoute ce qui m’est donné et je le transcris ici. En ces temps agités « Je suis, qui je
serai » m’offrit ses grands bras pour me protéger du danger. Il fait de son corps un
bouclier pour qu'aucune des personnes ici-bas n'ait à souffrir d'affronter les douleurs de la
mort sans l’espérance.

Et l’homme et la femme se dirent alors : « Je me ferai serviteur par amour. Il a donné sa


vie pour que nul ne se perde. Je la lui remets entre ses mains bienfaisantes ».

1
« Je suis, qui je serai » passait quelques moments sur la terre. Il vit que l’oiseau rendait
ivre de joie le pèlerin qui aspirait à s’élever loin de la souffrance. Et l’homme et la femme
offrirent des abris aux oiseaux pour qu’ils ne manquent de rien et prennent du bon temps
protéger du froid en savourant la subsistance du jour. Et Dieu s’émut.

« Je suis qui je serai » passa près de l'eau. Il voulut laver toute cette peine qui noircit
parfois nos vies. Et l’homme et la femme qui avaient oublié, pour un moment, la valeur
de l’eau reprirent rendez-vous avec la source.

« Je suis qui je serai » rencontra le vent et lui ordonna de sécher doucement toutes les
larmes de nos yeux... « Je suis qui je serai » sentit que cela était bon de voir le vent
souffler et s'amuser dans les feuilles. Ce même vent qui atténuait les fièvres transportait
les parfums. Lui qui faisait frissonner l'eau des lacs et des rivières. Cet impétueux qui
érigeait des murs avec les sables du désert brûlant, dessinait dans la neige frisquette et
aussitôt effaçait ses ébauches pour les garder comme de précieux secrets. Et l’homme et
la femme se dirent : « Si nous pouvions être comme le vent, nous serions enfin capables
de recommencer en effaçant notre peine. Mais nous ne sommes pas le vent. »

Un grand drame se jouait sur la terre. Ce matin-là le vent dormait, il fut réveillé par les
pleurs de la femme et de l’homme. L’enfant tant désiré que la petite mère attendait était
parti avant de naître. Comme toujours, le soleil s’est montré. Il s’est levé lentement à
l’horizon. Il fut ébloui, presque aveuglé par la montée lumineuse de l’âme du « petit ».
Puis, imitant Dame Tristesse, il s’est mis à pleurer. C'est si triste de voir un soleil pleurer.
Un nuage l’invita à s’abriter derrière lui et prendre le temps qu’il lui fallait pour vivre sa
peine. Le vent qui obéissait au moindre souffle de « Je suis qui je serai » a tassé sans
ménagement les nuages. Le soleil retrouva sa raison d’être : réchauffer la terre et parfois
le cœur des hommes.

Et Dieu était derrière tout cela. Il supportait la tristesse de la femme et de


l’homme.

2
Et l’humain fait à l’image de Dieu demanda respectueusement la parole à Celui-ci. Et il
dit :

« Le « petit » nous a quittés, nous pleurons. Permets-moi de prendre sa place... Tu ne


veux pas… c'est humain, non, de pleurer et de se révolter. Évidemment, je serai encore là
demain à traîner la carapace de ma vie terrestre. Pourquoi l'autre Vie nous manque-t-elle
tant? Pourquoi ce doux attachement à ceux qu'on aime? »

Et Dieu écoutait silencieusement.


Et l’humain fait à l’image de Dieu reprit :

« Mon petit enfant ne reviendra pas, je ne pourrai pas prendre sa place. Je crie, vers toi,
dans ma détresse, pour que tu viennes t’expliquer. Pourquoi? Je veux savoir pourquoi il
ne grandira pas avec nous. Viens nous expliquer pourquoi cela a pu arriver. Pourquoi
c’est ainsi! »

Malgré que Dieu écoute attentivement, l’homme se sentait incompris. Il reprit :

« Laisse-moi finir, laisse-moi crier ma colère, mon désespoir, laisse-moi, je t’en prie.
Moi, qui suis un père, un grand-père, nous tous qui aimons les enfants, jamais nous
n’aurions fait cela, jamais nous n’aurions permis que cela arrive. Et toi qu’as-tu à
répondre? Dis-moi! »

Dieu n’a pas dit un mot. Saviez-vous que, Dieu, son rôle à Lui c’est d’écouter sans dire

un mot? Pour Dieu écouter est agir. Dieu n’utilise pas toujours les mots. Le « petit » fait

de chair n’avait point humé l’air, goûter le lait de sa mère, tâter de ses petites menottes le

bras velu de son père. Pourtant, il était un sujet d’attente et d’ambition. Son départ était

porteur d’un message autant vers la terre que vers le ciel. Alors, l’humain fait à l’image

3
de Dieu comprit. Dieu savait déjà sa peine. Il sentit la présence divine à proximité de

l’enfant perdu.

Il se souvint que ce matin-là que la pluie froide avait fait place à une neige toute menue.
La neige blanchissait les blés encore vivants et c’était Lui, leur Dieu, qui avait fait reluire
de nouveau son soleil apparemment disparu.

Et la colère alors! Et la colère de l’humain fait à l’image de Dieu est tombée. Il s’est
rappelé que les petits voient le royaume des cieux. Il leur appartient. Une joie nouvelle
naquit de l’espérance.

Dieu lança d’une voix d’autorité :

« Invitons ces êtres à ma ressemblance à lire les signes que je leur


envoie. Invitons-les à faire preuve de patience, car Mon temps n’est
pas le leur.
Faisons que leurs derniers souffles et celui de leurs petits bébés
soient comme le lever du Grand Soleil, à l'aube de ces matins où ils
souffrent de toute leur âme.
Donnons-leur la faculté de voir la mort d’un autre œil. Bannissons
de leurs pensées cette signification qu’ils donnent à la mort :
disparitions, pleurs, abandons, tristesse, désespoir.

Chérissons-les d’une nouvelle Espérance en organisant une fête


pour que toute mort soit l'aube d'une vie pleine, une naissance
nouvelle ou nulle autre mort ne pourra plus les atteindre, ou nul
souci n'auront droit de visite. »

4
Alors lui est venue l’idée d’admirer cette vie qui se mouvait sur terre. Une bête à bon
Dieu, la coccinelle se présenta toute bien formée. Petit manteau de coquillage élégant
ocre et orange, un peu volage avec deux minuscules ailes qui pouvaient l’amener où elle
voulait. Puis se fit entendre une abeille, les pattes toutes tachées de pollen. Elle laissa une
impression plaisante dans le cœur de l’humain curieux.

Dieu tint promesse. Il envoya un signe à celui qui Lui ressemblait tant. Il pourrait enfin
constater que la mort n’est pas vraiment la mort, l’extinction. Dieu décida de créer la
chenille. Celui qui ne manque pas d’inventivité imagina une tête de chien miniature pour
celle-ci. Un long cylindre articulé allait servir de corps à ce lépidoptère. Les oiseaux qui
regardaient la scène songeait déjà au repas. Alors, Dieu ajouta un peu de velu et la dota
de dix paires de pattes. L’homme pourrait imiter la chenille qui malgré ses vingt pattes ne
court jamais. Enfin, Dieu ajusta aux petits membres des glandes qui pourraient produire
de la soie. La terre qui appréciait la nouvelle venue d’un œil suspicieux n’en revenait pas
que Dieu mette tant de soucis pour une simple chenille.

Alors, Dieu libéra la chenille en l’installant sur une feuille de pommier. Elle la dévora,
crouch! D’un coup! La terre trouva cela moins drôle après que la chenille à tête de chien
minuscule et sa famille eurent dérobé vingt, trente, quarante feuilles et plus encore.
L’homme et la femme et le reste de leur famille se réveillèrent ce matin-là tout étonnés de
voir une branche de leur pommier aux feuilles disparues. Ils prirent en plein travail les
petites voleuses et planifièrent d’écheniller leur précieux pommier aux fruits si
délectables.

« Ne touche pas à ces petites créatures », trembla la terre en grondant. Toute la troupe prit
peur de même que le lot de chenilles qui se mirent à se bâtir chacune sa maison en forme
de cône : un cocon. Les petites se faufilèrent une robe si serrée qu’elles ne purent plus en
sortir.

La terre bougonna et les humains présents s’inquiétèrent. Quelques jours passèrent. La


chenille se laissa aller et devint sans aucun effort une chrysalide légèrement cuivrée. Elle

5
ne bougeait plus sauf en quelques pénibles sursauts dans ce silence de mort et à l’abri de
tout regard.

Toute la famille qui habitait là se mit à pleurer. La chenille, celle à petite tête de chien,
était inanimée. En leur âme, ils ressentirent la tristesse. Ils songeaient au « petit » qui était
parti. Tout le village s’engagea dans de longs discours : « pourquoi, mon Dieu » et
« qu’avons-nous fait pour mériter cela? » Jamais ils n’oubliaient de s’adresser à Dieu
quand cela allait mal.

Ils pleuraient encore quand soudain ils entendirent le bruissement des tournesols levant la
tête. Surpris, ils s’essuyèrent les yeux et furent pris d’étourdissement, du moins il le
pensa. Un enfant au regard étonnamment sage cria de joie : « Papi, papi, regarde! Ce sont
des papillons. » Le père ouvrit les mains et un papillon vint s’y poser un peu essoufflé. Le
père repensa au « petit ». Il ferma les mains et ses yeux. Il ouvrit son cœur et imagina un
instant l’âme de l’enfant chéri. Dieu était fier de l’humain. Il avait su voir le signe. Le
père ouvrit les mains. Et dans celle-ci, le papillon, un peu étonné de l’image que l’homme
s’en était faite, prit son envol pour rejoindre la farandole des autres papillons.

Et la terre regarda l'homme et la femme, et les trouva beaux. C'étaient maintenant facile
d'écouter les dialogues de paix, prêter l’oreille au cri de l'enfant qui naît. Elle entendit la
mésange chanter et elle la vit tout près de l’homme qui la nourrissait dans ses mains. La
terre put voir l'arc-en-ciel. Elle saisit le sens du mot « alliance ».

Ce jour-là, la terre crut en l'homme et la femme comme Dieu l’avait tant espéré.

Et Dieu vit que tout cela était bien agréable à voir.

6
DE L’HUMAIN QUI CRIE VERS DIEU

JE VIVRAI COMME ON JOUE

A CONTRE-TEMPS

SANS FUIR LES INSTANTS

POUR ATTEINDRE L’EXTASE DE NOS AMES

ET L’IMMORTALITE DE NOS CORPS

POUR TOI QUE JE CHERCHE DEPUIS TOUJOURS

DE LA PART DU DIEU ETERNEL

SI TA COMPLAINTE NOCTURNE ME PARVIENT

SI TES CRIS AGONISANTS ME TOUCHENT AU COEUR

JE DEVIENDRAI TON PASSEUR

MALGRE LA TEMPETE

JE TE DIRAI « C’EST MOI »


SUR LES EAUX VIVES TU MARCHERAS

DE L’HUMAIN QUI ASSISTE AU DEPART

PARS VOLE FOL AMOUR SANS VOILES ET SANS RETENUE,

MONTE COMME
PAPILLONS CERFS-VOLANTS

BETE A BON DIEU

ET PAPIERS MOT DOUX

TU PARS

RETIENS-MOI DE TE RETENIR

FLOTTE SUR LES TAPIS DE PISSENLITS

VOILA QUE DIEU DEJA COUCHE ET BORDE LES MUFLIERS.