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Les Cotes-d’Armor Pécheur et paysan, comme autrefois, courent l’aventure, Imaginant l’avenir meilleur pour façonner un présent acceptable Les cormorans piaffants se font des malices en battant l’eau à grands coups d’ailes. Ils jouent. Ils s’arrachent à la vague, volent quelques mètres, se détendent brusquement, pattes tirées en arrière et bec pointé, en longues flèches noires qui plongent dans le violet pour remonter un peu plus loin en se secouant comme des chiens mouilles. Ils jacassent, ces clowns, devant un public de quatre pingouins qui applaudissent avec leurs moignons. Bien que nous soyons en France, ce petit monde joyeux ne risque rien et en semble tout a fait convaincu : pour lui faire des misères, il faudrait commencer par l’approcher et ça, bernique !... L’effondrement vertigineux du cap Fréhel persuade tout curieux de garder ses distances. Pas besoin d’écriteau pour dire . Le granit dresse, face au large, 70 mètres de remparts étirés sur n front de taureau qui rejoint à droite l’envolée de Fort la Latte, coincé entre deux ravins-où bien des assaillants se cassèrent les dents. À gauche, par dérochages successifs, Sable- d’Or-les-Pins, dont le nom à lui seul unit le style wagnérien a la comédie de boulevard. Fréhel encore avec ses deux phares : l’ancien, tout rond, mais décalotté de sa lanterne ; le nouveau, carré comme un chevalier teuton. Soleil où frissonne la mer… Rouzic des 3 000 couples de fous de Bassan, la plus orientale de cet archipel des Sept-Iles baigné par le Gulf Stream, constitué en réserve ornithologique, des 1912, par la ligue pour la protection des oiseaux. Depuis un siècle, les rochers étaient fréquentes par les touristes – fusillots amateurs de macareux : doux et sociables, ces oiseaux se laissaient approcher…L’importante colonie fondait, au début du siècle, à vue d’œil. Aussi décida-t-on, pour la protéger, d’en interdire l’approche. La réserve Albert-Chappelier, qui se trouve être, de ce fait, la plus ancienne de France, constitue un exemple magnifique de succès en matière de protection de la nature. Si les macareux, en dépit de la mesure, continuent de se raréfier et si la << marée noire>> de la 1967 en a réduit la population de 2 500 à 400 couples << une magique attirance, écrit Pierre Pellerin, joue aux Sept-Iles >> qui hébergent aujourd’hui plus 60 000 oiseaux de mer. Au centre d’une presqu’île sauvage, Plougrescant, sorte de refuge pour l’amoureux de la mer, semble rivé de plaisir à l’énigme poétique de ses innombrables récifs, aux iles que l’homme peut atteindre à marée basse, à ces rochers qui prennent des formes irréelles, à ces cavernes qui furent utilisées au temps de la Terreur, à ces grèves lointaines ou proches, envahies la nuit par les korrigans, génies de la terre bretonne, qui viennent y danser. Cité épiscopale à la mode ancienne, Tréguier, qui résume tout un aspect historique et littéraire de la Bretagne, a conservé son atmosphère, ses vieilles demeures, ses jardins, ses couvents et sa cathédrale. Trois grands hommes sont profondément liés au destin de la ville : saint Tugdual , qui fut au VIᵉ siècle le fondateur de l’agglomération, à l’époque une simple abbaye entourée de quelques cabanes ; saint Yves, défenseur des pauvres, au XIIIᵉ siècle ; Ernest Renan, auquel un rare mélange d’érudition, d’imagination et de scepticisme, le tout illuminé par la pureté du style, a conféré une séduction étrange. L’Ille-et Vilaine Là, les forêts sont grandes et belles…mais elles ont en plus quelque chose d’indéfinissable, un parfum d’ailleurs qui leur donne un charme mystérieux. QUE SIGNIFIENT DONC << marches >>de Bretagne ? << Marche >>, du verbe marcher… Mettre un pas devant l’autre…Toutes les grandes frontières ont leurs << marches >>. Sous-entendez : marches d’approche. Mots redoutables, à la connotation frissonnante évoquant en filigrane avidités armées, cliquetis, bruits de bottes, hennissements. Il y a de l’affrontement dans l’air. D’un côté, les vieux tenants du sol, forts de leur droit établi depuis ce qu’ils considèrent comme l’éternité. De l’autre, le droit au jour porte à la pointe du couteau, ou celui, plus redoutable encore, de la raison d’Etat caparaçonnée derrière ses majuscules d’où tombe, s’il le faut et quand il faut, la voix du canon : ultima ratio regum, << le dernier argument des rois >>, devise chère au Roi-Soleil, implicitement reprise par la suite lors des grandes chouanneries de 93… l’année terrible. Entre autres. Remémorons-nous donc l’histoire à travers ces paysages, tampon entre la nation et une Bretagne qui a conservé sa culture originale grâce à la résistance de ses paysans grâce à leur ardeur à convaincre et à vaincre des armées dépêchées par Paris. Paysages presque ordinaires, ils le seraient vraiment si quelque chose de parfaitement perceptible, même aux sensibilités les moins douées, ne les habitait, on peut bien le dire, réellement. Grandes et belles, certes, sont les forêts… Mais elles ont en plus quelque chose de parfaitement indéfinissable, un parfum d’ailleurs qui donne à leurs ombrages une dimension autre, une charme légèrement mystérieux. Brocéliande, forêt de légendes Brocéliande : 8 000 hectares de bois autour de la petite ville de Paimpont située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Rennes. Le romantisme du début du siècle dernier fit de cette forêt le théâtre des exploits des chevaliers de la Table ronde. La légende, ici fait voyager le roi Arthur, Merlin l’Enchanteur, Lancelot du lac, Galaad et quelque autres, de la Grande-Bretagne insulaire à la Bretagne qui nous intéresse aujourd’hui. Brocéliande, cœur de l’Ille-et-Vilaine, justifie-t-elle ces vers du poète breton Brizeux ? Nous y sommes, et il bruine. Sous les troncs des hêtres, des paquets de feuilles jaunes fuient le long des fougères, virevoltant sur les bruyères tassées en petits fourrés grenus. Les genêts exhalent des plaintes diffuses, de longs gémissements que le vent traîne sur le dos des roches grises. Qui donc murmure ainsi dans la lande et les sous-bois ? Quels anges, quels démons, quelles bêtes fantastiques galopent donc encore sous les nuages bas, qui les traquent presque derrière les fourrés et les poussent en fuites éperdues entre les bouleaux et les chênes dressés sur l’infini des vallons ? Qui, le paysage crée bien la légende et celle du roi Arthur s’y attache, en retour, de toutes ses fibres, à toutes les racines de la terre cousue de mousses. Les marches méridionales Si Fougères, sa voisine, s’est reconvertie dans l’industrie de la chaussure de dame, Vitré a trouvé son salut dans la fabrication des lits métalliques. Ainsi va l’Histoire. Ville traditionnelle du drap , du bas de fil et du chanvre qui se vendaient en Angleterre, en Espagne et jusqu’aux Indes, mais aussi de la chaussure pour épauler Fougères , la cité est l’une de celles qui, de France, a su le mieux conserver son paysage urbain traditionnel, exemple presque parfait de ces métropoles historiques de petite taille aux vieux quartiers restés intacts, avec leurs rues étroites aux étages en surplomb et leurs maisons à colombages. Mais Vitré, porte du Massif armoricain au même titre que Fougères, La Guerche, Châteaubriant ou Nantes , offre également à ses visiteurs le décor guerrier et médiéval d’une forteresse qui fut ducale et semble toujours sortir du rêve... Depuis les Tertres noirs, falaise boisée qui dresse à l’ouest de la ville, baignons nos yeux du paysage de la citadelle, bâtie tout d’une pièce, château et remparts, sur un même éperon. A la pointe jaillissent les tours de la demeure des XIVᵉ et XVᵉ siècles, aux murs très hauts, aux toits aigus coiffés de poivrières qui évoquent beaucoup plus les résidences Renaissance des bords et Loire que les lourdes bâtisses guerrières de Normandie et du Maine. A l’ombre des tours crénelées se pressent, comme dans les paysages plus méridionaux, les vieilles maisons aux toits en ardoise de Renazé. Vitré doit être considérée comme un des passages obligés vers la Bretagne du sud. Querelleuse comme Fougères, elle accueillit la Réforme et longtemps fut tenue par les Coligny. On ne voit plus, face à Notre-Dame, la tribune où s’exprimaient les orateurs de la Ligue, mais le mur de l’église a conservé la chaire extérieure ou les prédicateurs catholiques venaient soutenir la controverse. Depuis Les Ponts-de-Cé, au pied des coteaux du Layon, glissant entre les bancs de sable et tourbillonnant dans les herbes folles, la Loire tente de se frayer un chemin pour entrer en Bretagne. Ici ou là, une butte surgit, heurtant sa fuite vers l’Océan : Champtoceaux, où le donjon évoque la mémoire de Barbe-Bleue ; Oudon, au château longtemps tenu par les chouans ; Ancenis, tout imprégné encore du << petit Lire >> de Du Bellay et qui rejette le projet d’installation d’une centrale nucléaire ; Saint-Florent-de-Vieil enfin, rive gauche, juste en amont d’Ancenis. Sous les ciels les plus tendres de France, le fleuve épouse les îles empanachées de feuillage, joue dans le sable que dore le soleil du soir. Les longues barques plates et noires des pêcheurs s’y accrochent et rappellent les chalands de l’ancienne marine qui transportaient, depuis le Berry et l’Orléanais parfois, le vin jusqu’à Nantes. Les bateaux étaient alors détruits à leur arrivée, le bois vendu par le transporteur pour payer les bateliers, qui rentraient généralement au pays à pied. La Loire vit toujours du vin : sur ses rives, juste en aval de Saint-Florent, s’étagent les premiers alignements de muscadet. Plus de quarante morceaux de schiste brun, dont certains pèsent quarante tonnes, composent l’impressionnante allée couverte de la Roche aux Fées, à mi-chemin entre Vitre et Châteaubriant. Historiens et préhistoriens s’accordent à y reconnaître le plus remarquable des monuments mégalithiques bretons, et peut-être français, mais aucun n’y voit un monument funéraire : la Roche aux Fées ne serait pas un dolmen ! Divisée en deux pièces, longue de plus de vingt mètres, elle fut élevée en deux nuits par les fées. Les jeunes gens qui désiraient se marier s’y donnaient rendez-vous : chacun des amoureux partait dans un sens pour effectuer le tour du monument en comptant les pierres ; lorsqu’ils se rencontraient, ils devenaient en avoir trouvé le même nombre ; si la différence dépassait deux, il valait mieux se séparer tout de suite. La pratique dure, dit-on, toujours dans ce pays où l’on a cru longtemps aux<>

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