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UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

Faculté de génie Département de génie civil

ANALYSE DE LA PERCEPTION DES RÉSIDANTS DE MULTILOGEMENTS À MONTRÉAL QUANT À LA MISE EN PLACE DE STRATÉGIES VISANT L’AUGMENTATION DE LEUR PARTICIPATION À LA COLLECTE SÉLECTIVE

Mémoire de maîtrise en environnement

Sherbrooke (Québec), Canada

Marlène Hutchinson

Avril 2004

Sommaire

L’augmentation de la population, de la consommation ainsi que nos comportements sont à la source de bien des problèmes environnementaux. La collecte des matières recyclables est un des moyens mis en place dans plusieurs pays afin de diminuer les quantités de matières résiduelles destinées à l’enfouissement ou à l’incinération. Depuis 1989, la Ville de Montréal offre le service de collecte sélective à ses résidants. En 2001, 96,5% des immeubles étaient desservis par ce service mais, cette même année, le taux de récupération des matières était seulement de 18,8%. Malgré plusieurs efforts, une problématique entre autres persiste : la participation des résidants des multilogements demeure faible.

Cette étude visait à connaître la perception des résidants des multilogements ainsi que des concierges face au service actuel et envers des scénarios de solution qui leur ont été proposés pour augmenter leur participation à la collecte sélective. Puisque la participation à la collecte sélective est la clé de la réussite pour l’atteinte des objectifs fixés par le gouvernement, il devient important de comprendre les raisons sous-jacentes du comportement du citoyen face aux différents programmes de récupération afin de mettre sur pied des interventions auxquelles il adhérera. Les variables qui influencent le comportement peuvent être divisées en quatre groupes : les attitudes environnementales, la connaissance, les variables démographiques et les variables personnelles. Toutes interagissent et influencent la participation ou non du citoyen à la réduction, au réemploi, au recyclage et à la valorisation (3RV).

Dans le cadre de ce projet, une enquête a été effectuée auprès de 150 résidants et 30 concierges à l’intérieur des arrondissements Villeray/St-Michel, Côte-des-Neiges/Notre- Dame-de-Grâce, Ville-Marie et Plateau Mont-Royal, où se trouve une grande concentration de multilogements à Montréal. Une analyse de perception catégorielle (APC) a ensuite été réalisée. Cette méthodologie est un outil d’aide à la prise de décision, de planification intégrale et de définition des priorités. Elle permet d’identifier la position ou les priorités de divers groupes d’intérêt par rapport à un projet qui risque de les affecter.

À quelques exceptions près, toutes les personnes rencontrées connaissaient déjà l’existence du service actuel. Les personnes qui participent déjà à la collecte sélective sont généralement satisfaites du service offert par la Ville. Elles croient que le service

ii

répond à plusieurs critères environnementaux mais n’augmenterait pas leur motivation à recycler davantage. Plusieurs trouvent que la façon dont l’information est fournie n’est pas nécessairement adéquate. Les non-participants croient que l’accès au service actuel n’est pas satisfaisant, qu’il n’est pas commode, que l’information véhiculée n’est pas adéquate. Chez ce dernier groupe, la barrière d’incommodité doit être levée.

iii

Remerciements

Plusieurs personnes ont contribué à ce que mon rêve devienne réalité. L'aboutissement de cette maîtrise en environnement a débuté par le soutien de mon conjoint, François Parent, à qui j’aimerais dire un grand merci pour croire en moi ainsi qu’endurer mes déplacements, mes absences, sans oublier mes frustrations et mes joies durant l’accomplissement de ce projet.

J’aimerais aussi remercier mon directeur, Alexandre Cabral, pour croire en mon projet et m’épauler tout au long de ma démarche.

Le centre de formation en environnement a aussi contribué à ce que mon projet devienne une réalité. Je tiens à remercier tout particulièrement Jean-François Comeau et Jean- Marie Bergeron.

La liste est longue mais vaut la peine d’être écrite. Toutes les personnes suivantes, par leur savoir technique et/ou leur soutien moral, m’ont appuyé dans ce projet : Thierry Conraud, Marylène Cormier, Simon Lafrance (RECYC-QUÉBEC), ainsi que toute l’équipe de RECYC-QUÉBEC, Alain Leduc (Ville de Montréal), Danielle Fortin (Ville de Montréal), Marc Janelle, Sonia Turcotte, sans oublier, Shadow, Yoshi, Guizmo, Sammy et Kenny.

iv

TABLE DES MATIÈRES

Liste des figures

viii

Liste des tableaux

ix

Lexique

x

Liste des acronymes, des symboles et des sigles

xii

1. Introduction

1

2. Problématique de la gestion des déchets

6

2.1 Situation au Québec

8

2.2 Réglementation au Québec

9

2.3 La production de matières résiduelles

11

2.4 Portrait de la récupération municipale au Québec

12

3. Déterminants de la participation des individus aux différents services de récupération

des matières recyclables

14

3.1 Participation à la récupération

15

3.2 Caractéristiques favorisant la participation

16

3.2.1 Accès au service de récupération

16

3.2.2 Croyances aux bénéfices du recyclage

16

3.2.3 Connaissance des enjeux environnementaux

16

3.2.4 Sentiment d’appartenance

17

3.2.5 Avoir une attitude positive et de bonnes expériences avec le recyclage

17

3.3

Variables qui influencent le comportement de récupération

17

3.3.1 Mesures incitatives externes

18

3.3.2 Mesures incitatives internes

19

3.4 Raisons évoquées pour la non-participation

19

3.5 La participation dans les multilogements

21

3.6 Stratégies utilisées pour augmenter la participation

22

3.6.1 Implantation de la collecte sélective

22

3.6.2 Augmentation du nombre de matières acceptées

22

3.6.3 Éducation et sensibilisation

23

3.6.4 Facilitation

24

3.6.5 Mesures incitatives

24

3.6.6 Mesures

coercitives

25

3.6.7 Réglementation

26

3.7

Quelques exemples de stratégies utilisées au Canada

27

3.7.1

Ville de Barry, Ontario (City of Barry, 2001)

27

v

3.7.2

Province de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Department of the Environment,

 

2001)

27

3.8

Portrait de la participation des Montréalais

28

4. État des connaissances sur les analyses multicritères

29

4.1 Analyses multicritères d’aide à la décision

29

4.2 L’analyse de perception catégorielle (APC)

31

 

4.2.1

Indicateur de convergence d’opinion (ICO) et indicateur de précision des

évaluations (IPE)

34

 

4.2.2

Calibration

35

5. Méthodologie

36

5.1

Scénarios

37

5.1.1 Scénario 1 : statu quo

37

5.1.2 Scénario 2 : éducation et sensibilisation

38

5.1.3 Scénario 3 : facilitation

38

5.1.4 Scénario 4 : mesures incitatives

38

5.1.5 Scénario 5 : réglementation

38

5.2

Critères

38

5.2.1 L’accès au service de récupération

38

5.2.2 Les préoccupations environnementales

39

5.2.3 La commodité

39

5.2.4 La motivation

39

5.2.5 L’entreposage des matières recyclables dans l’appartement

39

5.2.6 L’information véhiculée

39

5.2.7 Le sentiment d’appartenance à l’immeuble

40

5.2.8 La pérennité

40

5.2.9 La participation selon l’effort demandé

40

5.3 Pondération et évaluation

40

5.4 Profil socio-démographique et socio-économique

41

5.5 Données sur l’immeuble

42

5.6 Documents d’enquête

42

5.7 Stratégie d’échantillonnage

42

5.7.1 Choix des arrondissements

42

5.7.2 Choix des groupes de répondants

46

5.8

Procédure d’enquête

48

5.8.1

Choix des multilogements

48

vi

5.8.2

Prise de rendez-vous

48

5.8.3 Rencontres

48

5.8.4 Difficultés rencontrées

50

6. Résultats et analyse

52

6.1 Profil des répondants

52

6.2 Analyse par arrondissement

58

6.2.1 Analyse de la pertinence des critères

60

6.2.2 Représentation générale

61

6.2.3 Représentation détaillée de l’ensemble des scénarios

63

6.2.4 Analyse indépendante des scénarios

67

6.2.5 Cas particuliers

72

6.3

Analyse particulière des réponses des concierges

75

6.3.1 Pertinence des critères

76

6.3.2 Représentation générale

76

 

7. Discussion

80

Conclusion

85

Références bibliographiques

88

Annexe 1 – Données sur l’immeuble

95

Annexe 2 – Informations données aux répondants

97

Annexe 3 – Questionnaire français

101

Annexe 4 – Questionnaire anglais

107

Annexe 5 – Lettres de la Ville de Montréal

115

Annexe 6 – Liste des Éco-Quartiers ayant participé

118

vii

LISTE DES FIGURES

Figure 1.1 Évolution du taux de récupération à Montréal Figure 2.1 Composition moyenne des matières résiduelles produites par les ménages québécois

à Montréal Figure 2.1 Composition moyenne des matières résiduelles produites par les ménages québécois

3

12

Figure 2.2 Évolution des volumes de récupération et d’élimination entre 1988 et 2002 . 13

Figure 4.1 Histogramme d’une satisfaction unimodale SU(7)

33

Figure 4.2 Histogramme d’une satisfaction plurimodale SP 1,10

33

Figure 4.3 Histogramme d’une satisfaction d’intervalle SI(7)6-9

34

Figure 5.2 Échelle de satisfaction

41

Figure 5.3 Localisation des arrondissements de Montréal

43

Figure 5.4 Distribution des immeubles selon le nombre d’étages

44

Figure 5.5 Distribution des immeubles selon la présence d’un ascenseur et selon le nombre d’étages

45

Figure 5.6 Répartition des immeubles selon l’arrondissement

45

Figure 6.1 Âge des répondants

53

Figure 6.2 Nombre de mois ou d’années que les personnes habitent l’immeuble

53

Figure 6.3 Revenu familial moyen

54

Figure 6.4 Proportion des non-participants à la collecte sélective dans les différents arrondissements

56

Figure 6.5 Proportion des non-participants à la collecte sélective selon l’étage où les personnes habitent

56

Figure 6.6 Proportion des non-participants à la collecte sélective selon la présence ou non

d’ascenseur

57

Figure 6.7 Proportion des non-participants à la collecte sélective selon la durée d’habitation

57

Figure 6.8 Emplacement des bacs de récupération dans les immeubles visités

59

Figure 6.9 Pertinence des critères

61

Figure 6.10 Représentation détaillée des évaluations des résidants des quatre arrondissements

64

Figure 6.11 Fréquence des réponses concernant le CRI4 (motivation) et le SCE2 (scénario

66

Figure 6.12 Fréquence des réponses concernant le CRI4 (motivation) et le SCE3 (scénario

éducation et sensibilisation)

facilitation)

67

Figure 6.13 Histogramme du critère 4, scénario 2; SI(6) 7 à 7

69

Figure 6.14 Scénario de réglementation : résidants de Villeray / St-Michel

72

viii

Figure 6.15 Perception du statu quo (SCE1) chez les non-participants

73

Figure 6.16 Pertinence des critères telles que perçus par les concierges

76

Figure 6.17 Statu quo (SCE1) chez les concierges

78

Figure 6.18 Mesures incitatives chez les concierges

79

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 3.1 Variables qui influencent le comportement de récupération

18

Tableau 5.1 Répartition de l’échantillon selon l’arrondissement

46

Tableau 5.2 Répartition des immeubles selon le nombre d’étages

46

Tableau 5.3 Distribution des groupes de répondants

47

Tableau 5.4 Nombre d’immeubles contactés

49

Tableau 5.5 Entrevues réalisées

50

Tableau 5.6 Immeubles visités

51

Tableau 5.7 Nombre de réponses

51

Tableau 6.1 Caractéristiques des non-participants

55

Tableau 6.2 Représentation générale : résidants des quatre arrondissements

62

Tableau 6.3 Représentation générale pour l’arrondissement Ville-Marie (30 répondants)70

Tableau 6.4 Représentation générale (autre langue que le français ou l’anglais parlée à la

maison)

75

Tableau 6.5 Représentation générale : analyse des réponses des concierges

77

ix

LEXIQUE

Analyse de perception catégorielle : Une méthodologie d’aide à la prise de décision, de planification intégrale et de définition des priorités.

Analyse multicritère : Désigne généralement un ensemble de méthodes permettant d’agréger plusieurs critères avec l’objectif de sélectionner une ou plusieurs actions, options ou solutions.

Biogaz :

Tous les gaz générés par le processus de décomposition des déchets mis en décharge. En mode anaérobie, il se compose surtout de méthane et de dioxyde de carbone.

Facilitation :

La facilitation vise à rendre un programme ou un service plus accessible à la population.

Lixiviat :

Tout liquide filtrant des déchets mis en décharge et qui s’en écoule.

Matière résiduelle : Toute matière ou objet périmé, rebuté ou autrement rejeté par les ménages, les industries, les commerces et les institutions; à l’exception des matières dangereuses générées par les industries, les commerces et les institutions, des déchets biomédicaux et des résidus de fabriques de pâtes et papiers.

Médiane :

Dans une série de données classées par ordre de grandeur, donnée située au milieu de la série, de sorte qu'elle sépare cette série en deux parties égales. La médiane est l'une des façons de mesurer la tendance centrale d'une série statistique, tout comme le sont la moyenne et le mode.

Mesure incitative :

Les mesures incitatives visent à récompenser les citoyens qui adoptent le comportement voulu. Les mesures sont dites externes lorsque l’individu ne possède aucun contrôle sur ces dernières. Par exemple, les moyens peuvent être d’ordre monétaire, provenir d’influence familiale ou d’information.

Multilogement :

Toute habitation ayant neuf logements et plus.

Participation :

Action de prendre part directement ou indirectement à une activité sociale impliquant souvent l'identification au groupe.

Récupération :

Activité de collecte ou de traitement de matières secondaires aux fins de leur réemploi, de leur recyclage ou d’une autre forme de valorisation.

x

Recyclage :

Utilisation d’une matière secondaire dans un procédé manufacturier dont il est issu, en remplacement d’une matière première vierge de même nature.

Réduction :

Action permettant de diminuer la quantité de résidus générés à la suite de la fabrication, de la distribution ou de l’utilisation d’un produit.

Réemploi :

Utilisation répétée d’un produit ou d’un emballage sans modification de son apparence ou de ses propriétés.

Réglementation :

Ensemble des dispositions d’une loi, d’un règlement, d’un décret ou d’une directive gouvernementale, qui imposent des obligations aux citoyens, aux municipalités ou à d’autres groupes assujettis.

Répondant :

Ce terme est utilisé pour désigner toute personne appartenant à un secteur socio-économique ou groupe d’intérêt impliqué dans une problématique particulière.

Satisfaction clairement exprimée : Une satisfaction est dite « clairement exprimée » lorsqu’elle rencontre un certain nombre de critères et de seuils préétablis qui peuvent être adaptés à chaque problématique et qui la catégorisent comme telle. Par exemple, une satisfaction sera considérée comme satisfaction clairement exprimée si et seulement si un pourcentage minimum x de la population s’accorde sur une seule et même valeur de satisfaction de tel critère par rapport à tel scénario.

Taux de participation :

Taux de récupération :

Ville de Montréal :

Nombre de ménages participant à la collecte sélective par rapport au nombre total de ménages desservis, habituellement exprimé en pourcentage.

Quantité de matière secondaire récupérée par rapport à la quantité de cette matière présente dans les résidus municipaux.

Territoires de l’île de Montréal qui constituaient la Ville de Montréal avant les fusions municipales de

2002.

xi

LISTE DES ACRONYMES, DES SYMBOLES ET DES SIGLES

APC :

analyse de perception catégorielle

CDN:

Côte-des-Neiges

CRI:

critère

ICO :

indicateur de convergence d’opinion

IPE :

indicateur de précision des évaluations

MCDA :

Multiple criteria decision aid ou analyse multicritère d’aide à la décision

NDG :

Notre-Dame-de-Grâce

SCE :

satisfaction clairement exprimée

SI :

satisfaction d’intervalle

SP :

satisfaction plurimodale

SU :

satisfaction unimodale

xii

1. INTRODUCTION

À partir de 1920, le volume des matières résiduelles générées a augmenté cinq fois plus rapidement que la population (De Young, 1986). Depuis maintenant une vingtaine d’années les programmes de récupération sont devenus la solution face à la raréfaction des ressources naturelles et la rareté des sites d’enfouissement.

Entre 1989 et 1993, les municipalités du Québec ont dû accroître de 76% les budgets consacrés à la collecte, au transport, au tri et à l’élimination des quelques sept millions de tonnes de déchets solides générés chaque année (Vaillancourt et al., 1999).

En 2003, malgré la disponibilité de nouvelles technologies, un problème persiste : la croissance fulgurante des matières résiduelles destinées à l’enfouissement. Beaucoup d’argent est dépensé par la société pour faire face à ce problème et relativement peu d’efforts ont été consentis afin de changer les habitudes de vouloir se débarrasser des matières résiduelles. Il semble que l’enfouissement et l’incinération soient les deux seules façons de gérer les matières résiduelles sans aucun traitement préalable des matières, dont une bonne portion serait récupérable.

Avec la croissance économique, le niveau de consommation et la croissance de la population, la génération de déchets augmente considérablement. Puisque la consommation des biens se fait majoritairement dans les foyers, la décision sur la réduction, le réemploi et le recyclage y est également effectuée. Pour cela, il importe que les citoyens soient conscientisés aux conséquences de leur comportement.

Quant à la Ville de Montréal 1 , chaque ménage produit en moyenne 1,033 tonne de matières résiduelles par année (Ville de Montréal, 2002). Afin de contrer l’augmentation constante des matières destinées à l’enfouissement, la Ville de Montréal a implanté la collecte sélective en 1989. Ce programme invite les citoyens à déposer dans des « bacs verts » leurs matières recyclables (papier-carton, verre, plastique et métal). Ces bacs sont fournis gratuitement par la ville. Des bacs roulants (minimum de deux) d’une capacité de 240, 360 ou 660 litres, selon les besoins, desservent les immeubles de neuf logements et plus, communément appelé multilogements (Ville de Montréal, 2001a). En

1 Depuis les fusions municipales, il n’y a pas eu de rapport portant sur les matières résiduelles. Pour ce, l’ancienne Ville de Montréal, ayant un service et des règlements uniformes a été choisie comme ville cible afin d’effectuer l’enquête.

1

2000, un bac à poignée a fait son apparition. Il est offert aux personnes qui éprouvent de la difficulté à manipuler le bac traditionnel, notamment les personnes âgées. La collecte sélective est effectuée une fois par semaine et la collecte des ordures ménagères deux fois par semaine (Ville de Montréal, 2001a).

En 2001, l’information, la sensibilisation des citoyens et la distribution des bacs de recyclage relevaient, pour leur part, essentiellement des Éco-quartiers, appuyés d’une aide logistique du Service des travaux publics et de l’environnement de la Ville de Montréal. En 1995, lors de la mise en place des Éco-quartiers, 41,7% des logements situés sur le territoire de la municipalité étaient desservis par le service. En 2000, ce nombre a grimpé à 88,3%, pour atteindre aujourd’hui 96,5%, soit 496 982 logements (Ville de Montréal, 2002).

Plusieurs efforts soutenus ont été faits par les Éco-quartiers afin d’incorporer le service de collecte sélective aux multilogements. Par contre, quelques difficultés peuvent être rencontrées en raison de la configuration de certains immeubles qui ne permettent pas l’implantation de ce service, soit par manque d’espace pour entreposer les bacs roulants, soit par manque d’accès à la rue ou à la ruelle où a lieu la collecte (dû à la présence d’escaliers qui rendent la manutention des bacs impossibles ou parce que les emplacements disponibles ne sont pas conformes aux règles de sécurité, etc.). De plus, la Ville a créé un outil visant à faciliter le travail des résidants des multilogements: les recyclo-sacs. Ces sacs permettent d’entreposer les matières recyclables dans l’appartement et aident à les transporter vers les bacs de récupération qui sont situés à l’étage du bas (Ville de Montréal, 2001).

L’adoption du Règlement sur les services de collectes (R.R.V.M.c.S-0.1.1) à l’automne 1999 interdisant aux Montréalais de placer des matières recyclables dans des contenants destinés à la collecte des déchets domestiques, ainsi que la campagne publicitaire et informative l’entourant, a fait augmenter le volume de matières recyclables récupéré de 36%. Suite à la mise en place de ce règlement, 29,7% des citoyens disent recycler davantage (Léger & Léger, 2000). Durant cette même année 1999, la Ville a commencé à récupérer de nouvelles matières qui pouvaient désormais être déposées dans le bac vert : les cartons de lait et de jus ainsi que les pellicules plastiques (sacs de magasinage, de lait, de nettoyage à sec, de produits alimentaires, de pain et de produits hygiéniques). Aujourd’hui, dans la majorité des cas, les interventions face au règlement sont faites

2

suite aux plaintes de citoyens indiquant que son « voisin » place des matières recyclables avec ses ordures ménagères.

La figure 1.1 indique l’évolution du taux de récupération à Montréal entre 1995 et 2001 (Ville de Montréal, 2001a). Ce taux a presque triplé en six ans, passant de 7,05% en 1995 à 18,8% en 2001. Cette augmentation a grandement contribué à ralentir l’augmentation des quantités de matières résiduelles destinées à l’élimination. Malgré tous les efforts mis en place par la Ville de Montréal, le taux de récupération doit augmenter de plus de 40% pour que les objectifs de récupération mis en place par la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 (60% de récupération) soient atteints.

500 20% 450 18% 400 16% 350 14% 300 12% 250 10% 200 8% 150
500
20%
450
18%
400
16%
350
14%
300
12%
250
10%
200
8%
150
6%
100
4%
50
2%
0
0%
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
Milliers de tonnes
Taux de récupération

Quantité de matières éliminéesQuantité de matières récupérées Taux de récupération

Quantité de matières récupéréesQuantité de matières éliminées Taux de récupération

Taux de récupérationQuantité de matières éliminées Quantité de matières récupérées

Figure 1.1 Évolution du taux de récupération à Montréal

L’atteinte des objectifs de la politique repose en bonne partie sur des changements de comportements de la part des citoyens. Oskamp (2000) décrit quatre sources d’opposition au changement de comportement durable chez les individus. En premier lieu, la résistance au changement peut être due à l’inertie, qui remet à plus tard les actions jusqu’à ce que les dommages causés soient irréversibles. Ensuite, la croyance que la technologie peut sauver l’environnement offre une deuxième porte de sortie. La troisième force de résistance est le refus de changer le train de vie actuel car le changement est perçu comme un sacrifice de la part de l’individu. Finalement, la peur est

3

une émotion qui peut bloquer la reconnaissance par la personne de l’existence même des problèmes environnementaux.

Selon la littérature sur le sujet (voir section 3), différentes variables soit d’ordre socio- économique, socio-démographique, soit ayant trait aux services disponibles, à la facilité du service, à la connaissance des problèmes environnementaux, etc. pourraient expliquer le faible taux de participation à la réduction, au réemploi, au recyclage et à la valorisation (3RV) dans notre société. Toutefois, il est certain que le maintient du tonnage voué à l’élimination est associé à l’augmentation de la consommation et surtout au gaspillage des ressources qui en découle.

Le taux de participation des résidants des multilogements demeure encore plus faible que celui du reste de la population montréalaise. Plusieurs critères peuvent expliquer cette situation : l’accès au service de récupération, la motivation, l’espace pour l’entreposage des matières recyclables dans l’appartement, l’information véhiculée, etc. (voir section 3). L’hypothèse de cette étude s’exprime donc de la façon suivante : à l’aide d’une enquête reprenant ces critères et en utilisant l’analyse de perception catégorielle (Conraud, 2002), il serait possible de faire ressortir des perceptions et de construire de nouvelles solutions mieux adaptées au profil des répondants, afin d’augmenter leur participation à la collecte sélective. Au Québec, la participation des résidants à la récupération des matières recyclables se fait sur une base volontaire. La participation des citoyens est la clé du succès. C’est pourquoi il est important de vérifier les perceptions des résidants afin de mettre en place un service qui corresponde à leur besoin.

L’objectif premier de cette étude vise donc à identifier les perceptions des résidants de multilogements face au service de collecte sélective offert par la Ville de Montréal. En connaissant ces perceptions, il sera plus facile pour la Ville d’offrir des services qui correspondent aux besoins des résidants. De plus, la mise en place de services adéquats aidera à atteindre les objectifs fixés par la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008.

Ce mémoire est divisé en six sections. Pour débuter, la problématique entourant la gestion des matières résiduelles est exposée. Ensuite, les déterminants de la participation des individus aux différents services de récupération des matières

4

recyclables sont expliqués. Subséquemment, les analyses multicritères, plus particulièrement l’analyse de perception catégorielle (APC) seront présentées. La section suivante comporte la méthodologie employée pour cette étude. L’analyse des résultats est exposée dans la cinquième section. Finalement, une discussion et une conclusion complètent le mémoire.

5

2. PROBLÉMATIQUE DE LA GESTION DES DÉCHETS

Les déchets ne sont pas un produit de l’industrialisation, ils sont présents depuis le début des temps. En fait, un déchet se définit comme tout résidu issu d'un processus de production, de transformation ou d'utilisation, toute substance, matériau produit ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l'abandon (Office québécois de la langue française, 2003). Donc, les déchets de certains organismes peuvent être utiles à la survie des autres (pensons à l’oxygène des plantes). Longtemps les hommes ont confié à la nature le soin de digérer leurs déchets. Les objets abandonnés par ceux-ci nous permettent aujourd’hui de reconstruire le passé. En effet, l’étude des déchets permet d’analyser une société, sa façon de vivre et sa façon de consommer (Schoemans, 2003). Avec le développement des cités et villes, le cycle naturel de décomposition des matières résiduelles est rompu. De plus, les déchets produits aujourd’hui prennent une ampleur telle que le cycle naturel ne peut plus en faire l’élimination.

Pendant plusieurs années, les hommes ont vécu très près de leurs déchets, les ordures de tous et chacun étaient entassés sur la voie publique. Ce n’est qu’au siècle dernier lorsqu’il y a eu un rapprochement entre déchets et maladies que l’hygiène publique est devenue une préoccupation pour l’homme (Fromageau, 2003). La découverte des micro- organismes de Pasteur amplifie la situation (Schoemans, 2003). En 1884, Eugène Poubelle, un préfet, obligea les Parisiens à utiliser un récipient spécial pour déposer leurs ordures ménagères devant leurs portes, afin qu’elles ne soient plus éparpillées sur la voie publique, avant d’être ramassées par les service municipaux. Son nom demeure encore largement utilisé (SYCTOM, 2003). Encore aujourd’hui, certains pays sous développés n’ont pas de système de collecte et de traitement des déchets.

Ce n’est qu’à partir des années 1960-1970 que l’on prend conscience de l’ampleur du problème. Auparavant, la durée de vie de l’objet épuisait le sujet. Aujourd’hui, il y a une augmentation générale de la production, liée au niveau de vie. À cela s’ajoute la multiplication des produits d’une durabilité moindre. Les produits jetables sont d’autant plus populaires dans nos foyers, demeurant un bon argument de vente. Contrairement à une vie utile durable, maintenant, c’est la vie inutile des objets qui est indéfinie (Lhuilier,

1996).

6

Les besoins de consommation des pays industrialisés ne cessent de s’accroître. L’amélioration du niveau de vie et le rythme toujours plus rapide de la vie quotidienne favorisent la consommation de produits jetables, passant ainsi de société d’économie des ressources vers une société de surconsommation (Olivier, 2002). Mongeau décrit la situation de la façon suivante : « En termes d’énergie, tout homme, femme et enfant, en Amérique du Nord, réquisitionne l’équivalent de 80 à 100 esclaves chacun fabriquant pour eux jour et nuit, des biens qui aboutissent à la poubelle ». Ceci a pour effet d’entraîner une augmentation constante du volume des matières résiduelles générées, progressant, par exemple, de 1,02 à 1,48 tonne par année par habitant de 1998 à 2000, ce qui représente une augmentation annuelle de 3,75% (RECYC-QUÉBEC, 2002).

Les municipalités essaient donc de trouver des formules inédites afin d’encourager les citoyens à réduire le volume des matières résiduelles qu’ils produisent, à réemployer les ressources qu’ils utilisent et à se tourner davantage vers le recyclage et la valorisation des ressources (3RV). Plusieurs municipalités ont misé sur la collecte sélective afin d’augmenter le taux de détournement des matières. Le service de collecte sélective était offert à 13% de la population en 1989. Aujourd’hui, plus de 85% des Québécois bénéficient de ce service (Léger & Léger, 1989; Olivier, 2002). Malgré cela, beaucoup de municipalités ont atteint un taux de détournement inférieur à 20%.

En 1988, le taux de récupération observé aux États-Unis était de 11% (Folz, 1991). Aujourd’hui, les 30 villes américaines les plus populeuses ont atteint une moyenne de récupération de 26,7% (Truini, 2001b). Au Québec, les données de l’an 2002 reflètent un taux de 42% pour l’ensemble de la province (RECYC-QUÉBEC, 2003).

Des impacts économiques, sociaux, environnementaux et de santé pourraient résulter de la non-participation des citoyens aux programmes de recyclage et de valorisation. Les habitudes de consommation peuvent occasionner un gaspillage de ressources de plus en plus préoccupant. Aussi, la raréfaction des ressources fera augmenter leur valeur les rendant ainsi moins accessibles aux classes défavorisées. En outre, les volumes de matières résiduelles augmentant continuellement, leur élimination contribue au remplissage des lieux d’enfouissement sanitaire. Ceux-ci devant être de plus en plus grands, et souvent situés de plus en plus loin des lieux de collecte nécessitent une grande dépense d’énergie. Les risques pour la santé seraient du même coup accrus par le fait qu’il y a davantage de lixiviat produit pouvant s’échapper pour risquer de contaminer les

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eaux de surfaces et souterraines. Le biogaz est également généré et entraîne des effets potentiellement nocifs sur la santé. Il ne faut pas oublier que le biogaz est en majeure partie constitué de méthane, largement reconnu comme un gaz à effet de serre pouvant influencer les changements climatiques.

Malgré les différences procédurales, la majorité des programmes de récupération ont une chose en commun : faire confiance à la participation individuelle (Schultz et al., 1995). Recycler demeure un geste volontaire, si le consommateur n’est pas satisfait du service en ce qui concerne sa qualité, son côté pratique ou s’il ne connaît pas le service (où, comment, pourquoi), il ne recyclera pas. Il est primordial de vérifier le pouls des citoyens avant de mettre en place un nouveau service pour éviter des coûts inutiles si la participation n’augmente pas. Au Québec, la participation à la collecte sélective se fait sur une base volontaire, le succès de celle-ci dépend fondamentalement de la collaboration des citoyens. Il faut donc établir ce qui déterminera la constance d’un taux de participation élevé et ce qui motive le comportement de récupérer chez les individus.

En dépit des efforts mis en place afin que le recyclage soit plus pratique, il sera toujours perçu par le citoyen comme ayant un coût plus élevé que la méthode « normale » d’élimination des déchets en terme de temps et de facilité (Reschovsky et Stone, 1994). Jeter est devenu un automatisme qu’il faut maintenant modifier. Il existe toujours une réticence au changement de comportements de la part des personnes (Séguin, 1994). Puisque les croyances, les normes culturelles et les attitudes diffèrent substantiellement entre les pays, il faudra dessiner des programmes appropriés localement afin de stimuler la réduction et le recyclage (Yi et al., 1999). Il devient donc impératif de comprendre les facteurs qui incitent les personnes à recycler ou non.

Les prochaines sections examinent, pour le Québec, l’historique de la situation des déchets, la réglementation, la production de matières résiduelles et le portrait de la récupération municipale.

2.1 Situation au Québec

Au début du siècle dernier, les déchets étaient, en général, organiques. Il n’y a pas d’emballage et donc on jette peu. De plus, certaines matières, comme le fumier, sont très convoitées car elles ont une valeur économique élevée et sont systématiquement récupérées (Fromageau, 2003).

8

Dans les villes, vers la fin 1800, des chariots conduits par des routiers transportent les ordures vers les dépotoirs pour qu’elles y soient brûlées. Après la guerre, ces charrettes sont remplacées par des camions avec systèmes hydrauliques comprimant les tonnes d’ordures recueillies. Les déchets sont déposés dans une carrière désaffectée ou tout autre terrain libre. Cette situation entraîne des milliers de terrains à être infestés par la vermine (Olivier, 2002). En campagne, la situation est quelque peu différente. Les terrains sont vastes et les habitant y traitent eux-mêmes les matières résiduelles soit en les compostant ou en les brûlant.

Plus une ville s’agrandit, plus les problèmes de transport sont considérables et plus les difficultés de trouver des sites de traitement, d’entrepôts ou de décharges sont difficiles à résoudre.

Aujourd’hui, la gestion intégrée des matières résiduelles devient la solution face au bilan négatif de la gestion par enfouissement (Olivier, 2002). Cette gestion intégrée inclut le citoyen dont la participation au processus de prise de décision est inévitable car il joue quotidiennement un rôle clé dans la problématique. Le principe de la réduction, du réemploi et du recyclage (3R) sont maintenant des formes privilégiées, par ordre d’importance, de gestion des matières résiduelles dans toutes les sphères d’activités.

2.2 Réglementation au Québec

En plus des problèmes environnementaux, l’augmentation des volumes des matières résiduelles à éliminer occasionne des coûts d’élimination de plus en plus importants pour les municipalités. Ce sont les municipalités qui sont responsables de la gestion des matières résiduelles en vertu des articles 412, 413, 460 et 463 de la Loi sur les Cités et Villes (cité et ville) ou de l’article 390 du Code municipal (village, canton, cantons unis, paroisse et sans désignation). Certaines ont de plus en plus de difficulté à faire face à ce fardeau budgétaire (Olivier, 2002).

Les municipalités essaient donc de trouver des formules inédites afin d’encourager les citoyens à réduire les volumes des matières résiduelles qu’ils produisent, à ré-employer les ressources qu’ils utilisent et à se tourner davantage vers le recyclage et la valorisation des ressources (3RV).

9

D’un autre côté, le cadre législatif constitue un outil de gestion des matières résiduelles. La Loi sur la qualité de l’environnement de 1972, comporte une section qui s’intitule « La gestion des déchets ». Cette section identifie les modalités de contrôle ainsi que le pouvoir de réglementation du gouvernement du Québec, dont le pouvoir de certification de tous les systèmes de gestion des déchets ainsi que la délivrance des permis d’exploitation [L.R.Q.,c.Q-2].

En 1978, l’adoption du Règlement sur les déchets solides vient concrétiser le pouvoir de réglementation du gouvernement du Québec concernant la gestion des matières résiduelles [R.R.Q.,c.Q-2,r.3.2].

En 1989, la Politique de gestion intégrée des déchets solides est adoptée. Des précisions sur les objectifs à rencontrer, sur les principes à respecter ainsi que sur le rôle des différents intervenants de la gestion des résidus solides y sont inscrites. La révision du cadre réglementaire de la gestion y est également retrouvée (Olivier, 2002).

Dans le Règlement sur les déchets solides [R.R.Q.,c.Q-2,r.3.2], l’accent était mis sur les mesures d’élimination à un point tel que les projets visant la réduction des volumes de matières résiduelles se heurtaient à des contraintes réglementaires. Dans la Politique de gestion intégrée des déchets solides, au contraire, les concepts de réduction à la source, de récupération, de réemploi, de recyclage, de réutilisation, de valorisation et d’élimination sécuritaire sont à l’avant plan (Olivier, 2002).

Un objectif de réduction de 50%, entre 1989 et 2000, des déchets envoyés à l’élimination était fixé dans la Politique de gestion intégrée des déchets solides. En 1989, 5,7 millions de tonnes de matières résiduelles étaient éliminées sur une quantité générée de 7 millions de tonnes. En 2000, la quantité de matières résiduelles générées était de 10,9 millions de tonnes alors que la quantité éliminée était de 7,1 millions de tonnes, ce qui représente une augmentation de l’élimination de 25% au lieu de la réduction de 50% initialement fixée (RECYC-QUÉBEC, 2002).

Face à ce bilan, la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 est mise de l’avant. Cette politique propose une gestion plus respectueuse de l’environnement tout en contribuant au développement social et économique du Québec. Elle a comme objectif de détourner des lieux d’enfouissement 65% des matières

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résiduelles pouvant être mises en valeur annuellement. Celles-ci représentent environ 80% du total des matières résiduelles (MEF, 1998). Le 20% restant étant des déchets ultimes. En 2002, pour l’ensemble de la province, 42% des matières résiduelles sont récupérées (Recyc-Québec, 2003). L’objectif de 65% est réaliste puisqu’il est indépendant du volume de matières résiduelles produites, contrairement à la Politique de gestion des déchets solides qui elle fixait une quantité de déchets à éliminer (MEF, 1998).

2.3 La production de matières résiduelles

La gestion des ordures repose maintenant sur un nouveau concept : « déchet- ressource ». Celui-ci implique que les mêmes éléments d’une matière circulent en permanence. Les composantes de la terre sont continuellement recyclées. Depuis 1972, il y a une prise de conscience de la raréfaction des ressources créant plusieurs groupes de pression ayant des démarches visant leur conservation.

La consommation et la production de déchet pose deux problèmes : celui de la raréfaction des ressources et les problèmes environnementaux liés à l’élimination des déchets. Les emballages peuvent représenter 50% du volume de nos matières résiduelles et 30% de leur poids (Schoemans, 2003). En 2002, la quantité de matières résiduelles générées au Québec était de 11 264 000 tonnes, ce qui équivaut à 1,51 tonne par personne par année (RECYC-QUÉBEC, 2003). Selon une caractérisation des matières résiduelles réalisée en 2000 et présentée à la figure 2.1, plus de 80% des matières résiduelles produites par les familles québécoises sont recyclables ou valorisables (RECYC-QUÉBEC, 2000a).

L’augmentation de la population et des facteurs économiques favorables, tels l’évolution croissante du PIB, un taux de chômage bas et un indice de consommation élevé, favorisent la hausse de la quantité de matières résiduelles générées (RECYC-QUÉBEC,

2003).

11

Figure 2.1 Composition moyenne des matières résiduelles produites par les ménages québécois

Papiers

23%

Fibres sanitaires

Métaux Cartons 5% Verre Plastique 4% 6% 7% 7% Tex t iles 2% Autres résidus
Métaux
Cartons
5%
Verre
Plastique
4%
6%
7%
7%
Tex t iles
2%
Autres résidus
5%

Matières

putrescibles

41%

2.4 Portrait de la récupération municipale au Québec

En 2002, le Québec comptait trente-six centres de tri en activité. Ceux-ci reçoivent les matières résiduelles récupérées par le biais de la collecte sélective municipale qu’elle soit de porte à porte ou par apport volontaire. La très grande majorité des municipalités, soit 87%, offre un service de collecte sélective de porte à porte, même si rien ne les y obligent. En 2002, la collecte sélective a permis de détourner 355 000 tonnes de matières. Les autres moyens entrepris pour augmenter le volume de récupération est le système de consigne sur les contenants de bière et de boissons gazeuses, le droit environnemental de 3$ à l’achat de chaque pneu neuf, la mise en place de déchetteries (Éco-centre) pour récupérer les matières qui ne sont pas acceptées dans la collecte sélective mais qui peuvent être réutilisées ou recyclées (i.e. : gros appareils ménagers, résidus de construction, rénovation ou démolition, vêtements, résidus compostables, résidus domestiques dangereux, peinture, etc.). Dans ce dernier cas, le citoyen doit se déplacer pour aller porter ces matières à la déchetterie, s’il y en a une dans sa municipalité.

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Depuis 1988, les données concernant la gestion des matières résiduelles au Québec sont recueillies par RECYC-QUÉBEC afin de déterminer l’évolution de la récupération en prévision de l’atteinte des objectifs de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 (figure 2.2).

La population québécoise ne cesse d’augmenter ce qui peut expliquer en partie l’augmentation des quantités de matières résiduelles. En 2002, la population québécoise se chiffre à 7 455 208 individus. La quantité de matière résiduelles récupérée dans le secteur municipal a augmenté de 19,4%, passant de 501 000 tonnes en 2000 à 598 000 tonnes en 2002 (RECYC-QUÉBEC, 2003). En 2002, 31% des matières résiduelles sont générées par le secteur municipal, ce qui équivaut à 3 474 000 tonnes (excluant les boues municipales). De cette proportion, 17,2% a été récupérée et 82,8% éliminée.

8 45% 40% 7 35% 6 30% 5 25% 4 20% 3 15% 2 10%
8
45%
40%
7
35%
6
30%
5
25%
4
20%
3
15%
2
10%
1
5%
0
0%
1988
1992
1994
1996
1998
2000
2002
Volume de matière
(en millions de tonnes métriques)
Taux de récupération

Année

Quantité de matière éliminéeQuantité de matière récupérée Taux de récupération sur génération

Quantité de matière récupéréeQuantité de matière éliminée Taux de récupération sur génération

Taux de récupération sur générationQuantité de matière éliminée Quantité de matière récupérée

Figure 2.2 Évolution des volumes de récupération et d’élimination entre 1988 et 2002

13

3. DÉTERMINANTS DE LA PARTICIPATION DES INDIVIDUS AUX DIFFÉRENTS SERVICES DE RÉCUPÉRATION DES MATIÈRES RECYCLABLES

Selon un sondage réalisé par Statistique Canada (2000), les trois questions les plus importantes pour les Canadiens sont le chômage, l’économie et l’environnement. De plus, lors d’une étude réalisée en 1997, 9 personnes sur 10 se sont dites « très préoccupées » ou « passablement préoccupées » sur l’état de l’environnement. Ce qui suggère que la gestion des déchets, qui fait partie intégrante de l’environnement, serait aussi importante aux yeux des Canadiens.

Cette revue de littérature a pour but d’identifier les raisons sous-jacentes à la non- participation des résidants aux différents systèmes de récupération en place afin de déterminer les critères et les scénarios de l’enquête (voir section 5). Ainsi la contribution à l’avancement de la connaissance permettra de mettre en place des programmes et services complémentaires à la collecte sélective qui aideront à la réussite de l’objectif gouvernemental de détourner 60% des matières résiduelles municipales destinées à l’élimination. Pour ce faire, de la documentation provenant de diverses sources (banques de données universitaires, ministères, organismes et personnes ressources) sera utilisée. Très peu d’études portant sur la perception de la population sur la récupération ont été trouvées.

Afin de déterminer les raisons qui influencent les citoyens à participer ou non aux 3RV, trois différentes méthodes ont été utilisées : recherche documentaire, appels téléphoniques aux responsables du secteur de l’environnement de certaines grandes villes du Québec et rencontre avec des intervenants en matière de collecte sélective et de récupération au Québec. Au total, 78 documents ont servi à dresser les déterminants de la participation des citoyens aux différents services de collecte sélective.

Recherche documentaire

La recherche documentaire s’est effectuée de différentes façons. Dans un premier temps, la recherche d’articles auprès des banques de données de l’Université de Sherbrooke et de l’Université du Québec à Montréal, a permis de rassembler une quarantaine d’articles reliés à la problématique à l’étude. Ensuite, une recherche sur Internet a permis de se procurer plusieurs études de cas réalisées dans différentes villes (surtout américaines) sur la question de la participation à la collecte sélective.

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Aucun des documents analysés, ne portait sur la participation à la collecte sélective au Québec. La plupart des recherches portant sur la participation, la motivation et les influences face au comportement nord-américain de récupération ont été effectuées aux États-Unis. D’ailleurs, le U.S. Environmental Protection Agency, offre plusieurs documents intéressants sur la gestion des matières résiduelles.

Appels téléphoniques

Puisqu’aucun document faisant état de la situation au Québec n’a été trouvé dans la littérature disponible, la deuxième façon de procéder a été de téléphoner aux personnes responsables du secteur de l’environnement des différentes régions du Québec. Au total, huit villes, municipalités régionales de comté (MRC) ou communautés métropolitaines (CM) ont été approchées par téléphone : Gatineau, Québec, Sherbrooke, Laval, Longueuil, Beauharnois/Salaberry, MRC Lajemmerais et Montréal. La majorité ont indiqué qu’aucun sondage tentant de définir les raisons de la participation n’a été effectué. Seulement la ville de Sherbrooke et la ville de Gatineau ont réalisé certaines enquêtes sommaires visant à comprendre les déterminants de la participation. GSI Environnement a fait une étude sur les taux de récupération dans la MRC Lajemmerais en 2002 et conclut que la croissance des rendements est davantage attribuable aux participants qui ont augmenté leur efficacité en matière de récupération qu’aux nouveaux participants (MRC Lajemmerais, 2002). Les autres régions vérifient les taux de sortie de bacs et les quantités de matières récupérées sans pour autant examiner qui participe au service de collecte sélective.

Rencontres

La troisième méthode utilisée pour trouver des renseignements ou des documents pertinents s’est effectuée par des rencontres avec des personnes clés en matière de collecte sélective, de récupération et d’environnement au Québec. Des rencontres avec des représentants du centre de formation universitaire en environnement de l’Université de Sherbrooke, de la Ville de Montréal, de RECYC-QUÉBEC et de Collecte sélective Québec ont permis d’obtenir une vingtaine d’autres documents québécois pertinents pour la présente étude.

3.1 Participation à la récupération

Il existe diverses raisons qui expliquent la participation d’un citoyen aux 3RV, plus particulièrement à la collecte des matières recyclables. Suite aux lectures, aux appels

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téléphoniques et aux rencontres, plusieurs facteurs importants ont été soulevés lesquels peuvent être divisés en trois grandes catégories qui seront discutées plus bas : les caractéristiques favorisant la participation; les variables qui influencent le comportement de récupération; et les raisons évoquées pour la non-participation.

3.2 Caractéristiques favorisant la participation

Suite aux études sur ce sujet, diverses caractéristiques peuvent favoriser la participation d’une personne à la récupération ou à la collecte sélective.

3.2.1 Accès au service de récupération

Depuis plus d’une décennie, les municipalités tentent de mettre en place le service de collecte sélective pour leurs résidants. Le simple fait d’avoir un contenant pour mettre les matières recyclables à portée de main augmente le volume de matières recyclées (Oskamp et al. 1991). Les citoyens qui se situent près d’un service de récupération sont plus enclins à participer (Schultz et al., 1995). Donc, enlever le besoin de transporter ses matières à un centre de récupération augmente instantanément le taux de participation.

Malgré que 80% de la population américaine a accès aux services de récupération, ceux-

ci

sont plus souvent offerts aux personnes les plus éduquées, ayant un revenu supérieur

et

ayant traditionnellement plus de pouvoir politique (Berger, 1997).

3.2.2 Croyances aux bénéfices du recyclage

Les individus croyant que le recyclage aide aux problématiques plus globales telles la conservation des ressources et la protection de l’environnement sont plus motivés à participer aux programmes de recyclage et de réemploi (CIWMB, 2001). De plus, il y existe une relation significative entre l’intensité de la croyance concernant les bénéfices du recyclage sur l’environnement et la participation ultérieure d’un individu (Davio,

2001).

3.2.3 Connaissance des enjeux environnementaux

La connaissance générale des problèmes environnementaux peut avoir un effet positif sur

le comportement de recyclage (Garcès & al., 2002). Lorsque la participation n’est pas

obligatoire, les foyers recyclent surtout pour des raisons environnementales (Perrin & Barton, 2001). De plus, l’impact des déchets urbains peut avoir un effet positif sur le comportement de recyclage (Garcès & al., 2002).

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3.2.4

Sentiment d’appartenance

Être propriétaire du logement favorise l’adhésion à la collecte sélective (Cloutier, 2002; Perrin & Barton, 2001). Les personnes ayant habité dans un quartier depuis plus de 10 ans participent davantage aux programmes de récupération (Rankin, 2001). Les raisons sous-jacentes à ces deux phénomènes peuvent provenir d’un sentiment d’appartenance au quartier ou d’une meilleure compréhension du programme en place. Un autre fait intéressant est lorsqu’une personne habite longtemps dans un quartier, elle devient plus informée des différents services offerts, tel un programme de récupération. Parfois, ces services ne sont pas publicisés et c’est seulement en habitant longtemps à un endroit que les personnes finissent par en connaître l’existence. Une dernière influence est celle des voisins. La participation à la collecte sélective est plus forte lorsque les voisins et les amis participent visiblement au programme. Cette visibilité crée une pression sociale qui a pour effet d’entraîner plus de personnes à participer afin de ne pas se faire juger négativement (Oskamp et al. 1991; Schultz et al. 1995).

3.2.5 Avoir une attitude positive et de bonnes expériences avec le recyclage

La récupération n’est pas une activité plaisante et souvent, il n’y a pas de récompense associée à la participation. Donc, pour que les personnes recyclent sur une base régulière, elles doivent démontrer des attitudes positives face au recyclage et doivent y associer des expériences positives (Werner & Makela, 1998). Un exemple d’attitude positive serait la satisfaction perçue de la protection de l’environnement lorsqu’une personne recycle. De plus, les municipalités doivent s’assurer que les clients sont servis proprement et convenablement par leur programme de recyclage sinon, ils risquent de ne pas adhérer ou même d’arrêter de participer (White, 1999; Garcès et al. 2002; Folz, 1999; Folz 1999a).

3.3 Variables qui influencent le comportement de récupération

Plusieurs variables peuvent influencer le comportement des individus face à la récupération (tableau 3.1). Malgré certaines variables qui ne peuvent être modifiées par les municipalités, celles-ci peuvent miser sur les variables où elles détiennent un certain contrôle (mesures incitatives externes, durée du programme, information, connaissance de l’environnement, etc.). Lansana (1992) classifie ces variables en quatre groupes distincts : les attributs socio-économiques, la connaissance, les attitudes face à l’environnement et la perception du programme.

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Dans le tableau 3.1, les attributs socio-économiques se retrouvent en début de liste (niveau d’éducation, sexe, revenu familial, âge, emploi, occupation, type d’habitation) indiquant que plusieurs auteurs ont remarqué un lien entre ces variables et le comportement de récupération. Ensuite, la connaissance du programme se traduit en variables telles que l’information et la connaissance de l’environnement. Les attitudes face à l’environnement, moins étudiées, sont la connaissance de l’environnement, les attitudes sociales et le comportement, la conservation des ressources, la protection de l’environnement et l’engagement futur du comportement. La perception du programme n’est pas souvent mentionnée comme variable influençant le comportement de participation mais, tel que mentionné plus haut, elle favorise la participation des citoyens.

Tableau 3.1 Variables qui influencent le comportement de récupération

Variables

Auteurs

Niveau d'éducation

Crop (2001), Feiock et Kalan (2001), Garcès & al. (2002), Jenkins et al. (2003), Rankin (2001)

 

Crop (2001), Garcès & al. (2002), Ebreo & Vining

Sexe

(2001)

Revenu familial

Crop (2001), Feiock et Kalan (2001), Jenkins et al. (2003), Rankin (2001)

Âge

Crop (2001) ,

Garcès

&

al. (2002), Jenkins et al.

(2003)

Emploi

Garcès & al. (2002), Ebreo & Vining (2001)

Occupation

Garcès & al. (2002), Ebreo & Vining (2001)

Mesures incitatives externes 3.3.1

De Young (1986), Garcès & al. (2002); Lobber (1996)

Mesures incitatives internes 3.3.2

De Young (1986), Garcès & al. (2002); Lobber (1996)

Type d'habitation

Garcès & al. (2002), Ebreo & Vining (2001)

Connaissance de l'environnement

Valparaiso (2001); Yi & al. (1999)

Attitudes sociales et comportements

Werner (1998); Yi & al. (1999)

Durée du programme

Jenkins et al. (2003), Rankin (2001)

Conservation des ressources

CIWMB (2001), Rankin (2001)

 

Protection de l'environnement

CIWMB (2001)

Information

Davio, R. (2001)

 

Engagement futur

Valparaiso (2001)

 

3.3.1 Mesures incitatives externes

Les mesures incitatives sont utilisées pour encourager une personne à agir dans un sens déterminé. Les mesures sont dites externes lorsque la personne n’a pas de contrôle

18

dessus. Par exemple, les moyens peuvent être d’ordre monétaire, d’influence familiale ou simplement d’information.

Ces mesures incitatives réussissent généralement à promouvoir le comportement désiré. Même si la mise en place de mesures incitatives externes peut aider à développer de nouveaux comportements, celles-ci sont moins importantes pour le maintient des comportements à long terme où elles ne peuvent pas être continuellement livrées (Ebreo & Vining, 2001). De plus, ce comportement est maintenu seulement le temps que ces dernières sont en place. Dans la plupart des recherches, une fois qu’elles sont enlevées, il y a une retour immédiat au niveau de participation de base (De Young, 1986; Oskamp et al. 1991; Schultz, 1995). Elles deviennent donc difficiles à utiliser lorsque l’on veut que le comportement soit maintenu à long terme. D'ailleurs, le coût des mesures incitatives est souvent plus élevé que les profits tirés de la vente de matériel récupéré.

3.3.2 Mesures incitatives internes

Les mesures incitatives internes sont les motivations propres à l’individu. La satisfaction personnelle, l’altruisme, la connaissance et/ou la conscience des questions environnementales et l’efficacité perçue des actions individuelles peuvent motiver la personne à adopter un comportement de récupération.

Souvent, les personnes adoptent un comportement de conservation pour des raisons de satisfaction personnelle dérivant de l’activité de récupération (De Young, 1986). Les participants peuvent avoir trouvé leurs propres raisons pour adopter un comportement de récupération. Les raisons personnelles peuvent aussi influencer l’attitude face à la tâche (aimer la faire) et ainsi permettre une persistance personnelle. Afin d’assurer un comportement à long terme, il devient nécessaire d’adopter des changements d’attitude face à la mission du citoyen (Gamba et Oskamp, 1994).

3.4 Raisons évoquées pour la non-participation

Lorsque les personnes qui ne participent pas au programme de récupération sont questionnées sur les raisons qui influencent leur décision, plusieurs prétextes différents sont évoqués (tableau 3.2). Dans ce tableau récapitulatif, il est intéressant de noter que toutes les raisons à la non-participation invoquées par les personnes sont d’ordre « technique ». Aucune raison environnementale telles que « je ne crois pas au recyclage », « ce n’est pas nécessaire car les matières vont tout au même endroit (site

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d’enfouissement) » ou « je ne crois pas en la protection de l’environnement » n’est cité dans ces études.

Tableau 3.2 Raisons évoquées pour la non-participation

Raisons

Auteurs

Malcommode / manque de temps

Cyr (2001), Dostie (2001), Garcès & al. (2002), Perrin & Barton (2001), Rankin (2001), Santé Canada (2002), Werner (1998)

Équipement trop loin / inadéquat

Cyr (2001), Ebreo & Vining (2001), Garcès & al. (2002), Perrin & Barton (2001), Rankin (2001), Werner (1998)

Problème d'entreposage / manutention

Ando (2001), Cloutier (2002), Perrin & Barton (2001), Rankin (2001), Werner (1998)

Trop d'effort

Cloutier (2002), Garcès & al. (2002), Perrin & Barton (2001), Werner (1998)

Manque d'information

Gamba et Oskamp (1994), Perrin & Barton (2001), Santé Canada (2002)

 

Cyr (2001), Informa Market Research (2001); Rankin

Paresse / manque de motivation

(2001)

Inhabilité physique

CIWMB (2002), Cyr (2001), Dostie, (2001)

Mauvais service

Cloutier (2002), Cyr (2001); Dostie (2001)

Pas de bac

Cyr (2001), Rankin (2001)

Ne sais pas comment / ne connaît pas ça

Cyr (2001), Rankin (2001)

Pas assez de matériel pour récupérer

Dosti (2001); Werner (1998)

Ce n'est pas une priorité

Cyr (2001), Ebreo & Vining (2001)

Locataire

Cloutier (2002), Cyr (2001)

Langage

CIWMB (2002), Cloutier (2002)

Ne sais pas

Cyr (2001)

Difficile

Werner (1998)

Oubli

Rankin (2001)

N'y a jamais vraiment pensé

Perrin & Barton (2001)

Malgré que très peu de sondages n’aient été effectués sur le territoire québécois, il existe quelques variables qui semblent expliquer ou du moins agir sur le comportement de récupération.

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Les non-recycleurs se regroupent particulièrement au sein des sous-groupes suivants :

âgés entre 15 et 44 ans, scolarité de 13 ans et plus, revenu familial élevé, foyer composé de trois personnes ou plus (Crop-Express, 2002; Cyr, 2001). Par contre, le revenu familial est souvent débattu : est-ce le revenu ou l’accessibilité au service qui est en cause? Selon Cloutier, le revenu moyen des ménages n’est pas déterminant de l’efficacité de la collecte sélective à Montréal. De plus, dans cette ville, la méconnaissance des deux langues officielles (français et anglais) est en corrélation négative forte avec la quantité de matières récupérées (Cloutier, 2002).

En 2002, 85% des résidants québécois avaient accès à un système de récupération des matières recyclables. Parmi celles-ci, 92% habitent une maison, un semi-détaché ou une maison mobile (Crop-Express, 2002).

3.5 La participation dans les multilogements

Le caractère hétérogène des multilogements rend difficile le développement d’un système de collecte uniforme. Assurer l’implication des résidants, fournir du matériel d’éducation, donner une rétroaction informative et promouvoir le programme sont tous des méthodes importantes de succès (Thruth, 1993).

Certaines caractéristiques hors du contrôle des résidants de multilogements peuvent avoir une influence positive ou négative sur leur participation à la collecte des matières recyclables. Parmi celles-ci on dénote l’étage où la personne habite, la présence d’ascenseur et la grandeur de l’appartement (Ando & Gosselin, 2001). L’endroit où s’effectue la récupération des matières est aussi important. Lorsqu’il est à l’intérieur et facilement accessible aux résidants, le taux de participation augmente (Bresnahan, 2001; EPA, 1999). De plus, la communication avec le concierge constitue un élément clé dans la participation des résidants à la collecte sélective (Bresnahan, 2001; EPA, 1999; Foote, 1999; Lease, 1999; Regional Municipality of Peel, 2001). Si le concierge coopère ou démontre une bonne réceptivité au programme, il influencera les résidants à participer à leur tour à la collecte sélective. Le concierge mettra aussi tout en place afin de faciliter l’accès des résidants aux différents bacs de récupération.

Une raison pouvant expliquer le faible taux de récupération par les locataires s’explique par les déménagements fréquents qui peuvent provoquer une frustration entraînée par les nouveaux programmes et règlements (Cloutier, 2002; Rankin, 2001).

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L’influence sociale peut être un stimulus pour aller chercher plus de participants à la collecte sélective (Oskamp et al. 1991). Contrairement à la collecte sélective dans les secteurs d’habitations unifamiliales où l’on peu constater, lors de la journée de collecte, la quantité de matière récupérée dans chaque bac, les habitudes de recyclage demeurent anonymes dans les multilogements.

3.6 Stratégies utilisées pour augmenter la participation

Cette section identifie les différentes expériences, études ou programmes qui ont été élaborés afin d’augmenter la participation au recyclage dans plusieurs villes ou pays.

3.6.1 Implantation de la collecte sélective

La disponibilité des services constitue le facteur déterminant qui influence la participation des résidants à la récupération (Folz, 1999; Folz 1999a; Hemken, 2002). L’augmentation du détournement des matières résiduelles est en parallèle avec le nombre de programme de recyclage disponible. Le service de collecte sélective de porte à porte simplifie beaucoup la tâche. Le résidant n’a plus à se déplacer pour se départir de ses matières recyclables. Il doit simplement séparer ses matières en deux filières : matières résiduelles (destinées à l’enfouissement) et matières recyclables. Parfois, les matières recyclables doivent ensuite être séparées à leur tour, tout dépendant du type de matériel, soit le verre, le plastique, le métal et le papier-carton. Il faut noter que lorsque les matières recyclables doivent être séparées, le niveau de participation diminue car c’est un travail supplémentaire de la part de l’individu. Ensuite, il met le contenant approprié en bordure de rue selon la collecte de la journée (ordure ou matière recyclables) et le tour est joué!

3.6.2 Augmentation du nombre de matières acceptées

L’augmentation du nombre de matières acceptées provoque un effet d’entraînement et cause une augmentation du volume total de matières récupérées (EPA, 1999c; Folz, 1999; Folz 1999a). Ceci peut s’expliquer de différentes façons. Lorsque le programme change ou est modifié, la municipalité donne de l’information. Plus il y a de matières acceptées, moins les personnes se posent de questions avant de déterminer dans quel contenant ils doivent y déposer leurs matières.

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3.6.3 Éducation et sensibilisation

L’éducation et la sensibilisation continue de la population doivent se faire dans le but ultime que chaque citoyen se sente responsable de la production des matières résiduelles et du devenir de celles-ci dans l’application des 3RV. Selon certaines études en Europe, tout projet qui nécessite la participation de la population doit avoir des ressources implantées au niveau de l’information. Les citoyens doivent être conscients du volume de matières résiduelles qu’ils génèrent par année ainsi que des conséquences de la surconsommation sur les ressources naturelles. Même si les personnes se sentent concernées par la situation des résidus domestiques, la plupart d’entre elles ont besoin d’information factuelle sur le fonctionnement des 3RV et comment elles sont impliquées dans le processus (American Planning Association, 1990; EPA, 1999c). L’éducation et la sensibilisation peuvent agir à différents niveaux; celui de la connaissance, celui de l’action et celui de l’individu (RECYC-QUÉBEC, 2002a).

Cette méthode est sûrement la moins dispendieuse et la plus facile de toutes les stratégies d’intervention (Shultz et al., 1995). Il existe diverses façons d’éduquer les personnes. Qu’il s’agisse de simples brochures ou d’affiches allant même jusqu’à un cours sur les matières résiduelles, chaque communauté est différente, il faut donc trouver un moyen d’éduquer s’adaptant à chacune (Regional Municipality of Peel, 2001). Une seule façon d’informer n’est pas suffisante, il faudra incorporer différentes méthodes afin de rejoindre un plus grand nombre de personnes. Attirer l’attention des individus ne devrait pas signifier l’utilisation d’information qui pourrait leur faire peur ou sentir coupable. Ces types de renseignements provoquent du ressentiment chez les individus (Clay, 2001). Ceux-ci arrêteront de penser aux problèmes environnementaux car ils savent qu’ils contribuent personnellement aux problèmes. On doit plutôt tenir une approche positive en proposant des actions concrètes à prendre.

Certains auteurs croient que le porte à porte ou le face à face demeure la meilleure façon de rejoindre la population afin de diffuser les informations sur les différents services offerts ainsi que les raisons pour augmenter la récupération (Grodzinska-Jurczak et al., 2003, Read, 1999). Par contre, ce moyen nécessite beaucoup d’investissement en temps et en argent de la part de la municipalité et il faut garder en tête que chaque dollar dépensé en information n’équivaut pas nécessairement à un détournement d’une tonne de matières (Truini, 2001).

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La disponibilité de l’information sur le recyclage entraîne une augmentation de la participation (Hemken, 2002). La majorité des études disent que cette approche doit être continue et intensive afin de garder l’attention des résidants (EPA, 1999; EPA, 1999c; Garcès & al., 2002; Read, 1999; Truini, 2001). De plus, l’augmentation de l’intérêt environnemental et de la connaissance spécifique des non-recycleurs sur « comment » recycler et non « quoi » recycler augmente la participation (Valparaiso University, 2000).

L’un des moyens utilisé afin d’assurer la connaissance de la problématique est le feed- back. Cette information est souvent distribuée sous la forme d’un dépliant mensuel mentionnant les différents taux de récupération atteints soit pour le multilogement, le quartier, la ville, etc. (CIWMB, 2001; Foote, 1999; Lease, 1999). Ceci permet aux citoyens d’être conscients de leur performance et peut même engendrer un esprit de compétition aidant à la participation. Le fait de donner du feed-back semble augmenter le taux de récupération (Perrin & Barton, 2001)

3.6.4 Facilitation

La facilitation vise à rendre un programme de récupération plus accessible à la population. Une méthode très simple est de mettre toutes les matières recyclables pêle- mêle dans un seul bac (Touart, 2000). Cette façon de faire est plus pratique car les matières n’ont pas à être séparées ce qui nécessite moins d’espace d’entreposage chez le citoyen (Gamba et Oskamp, 1994). L’utilisation de sacs dans les multilogements ou dans les résidences où habitent des personnes âgées est une autre façon de rendre la tâche plus facile (Trendell-Whittaker, 1992). Un autre moyen mis à la disposition des citoyens habitant dans les multilogements est la cueillette des matières recyclables à leur porte par le concierge (EPA, 1999c).

3.6.5 Mesures incitatives

Les mesures incitatives visent à récompenser les citoyens qui adoptent le comportement voulu. Elles sont conçues pour utiliser des outils économiques et des politiques afin d’exploiter les forces du marché pour accomplir les objectifs politiques et publiques adoptés. Ces mesures sont aussi une façon d’entraîner les personnes à changer leur comportement. Les plus puissantes sont : taxes, frais ou évitement de coûts (CIWMB,

2001).

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Certains endroits ont employé un système de récompenses afin d’augmenter leur taux de participation. En Californie, un prix variant entre 1000 et 2000 $ pour un organisme jeunesse ayant participé activement à faire augmenter le taux de participation dans leur quartier était offert (CIWMB, 2001). Au Royaume-Uni, en mettant en place un programme qui récompensait d’un montant de 10 chaque individu qui participait une fois sur deux à la collecte sélective, le tonnage des matières recyclables cueillies a augmenté de 33,93% (Perry, 2003). Par contre, le coût de la récompense est souvent plus élevé que le profit engendré par les matières recyclables récupérées.

3.6.6 Mesures coercitives

Le programme « PAY AS YOU THROW » ou « PAYT » (payez pour ce que vous jetez) est très populaire aux États-Unis. Ce programme est aussi utilisé en Alberta, en Ontario, en Colombie-Britannique, en Chine, au Brésil et en Australie (EPA, 1999b; Kelleher et Dixie, 2000). Présentement, au Québec, le paiement du service de la collecte et de la disposition des ordures se fait par montant fixe sur les comptes de taxes municipales ou il est inclus dans la taxe foncière. Le programme PAYT encourage le principe des 3RV car, contrairement à la méthode employée ici, les municipalités facturent les citoyens en fonction du poids ou du volume d’ordures jeté. Donc, le citoyen a avantage à séparer ses matières résiduelles afin d’en mettre le moins possible dans les ordures pour économiser sur les coûts engendrés. En 1999, il y avait 4 139 communautés américaines qui utilisaient ce programme, ce qui équivaut à 27 millions de résidants (EPA, 2002; Envirosris, 2001). En moyenne, les déchets ultimes sont réduits de 14 à 27% et la récupération augmente de 32 à 59% (EPA, 2002). La majorité des villes ayant mis de l’avant les programmes de limites de sacs ou PAYT ont atteint un détournement des matières destinées à l’enfouissement de 50% (Envirosris, 2001).

Il existe plusieurs formules au système PAYT. La « limite de sacs » restreint le nombre de sacs ou de contenants de matières résiduelles pouvant être déposés en bordure de rue pour la collection hebdomadaire. Si le propriétaire dépasse le nombre de sacs établi par la municipalité, les sacs additionnels ne sont pas cueillis à moins qu’ils soient clairement identifiés ainsi que payés. Par contre, une limite de sacs au-dessus de trois n’encouragera pas les résidants à modifier leur comportement de production de matières résiduelles. Avec cette limite, le propriétaire devient plus conscient du volume et du type de matières résiduelles qu’il engendre (Envirosris, 2001). Le deuxième système est un programme complet « PAYT » où tous les contenants, ayant des matières résiduelles,

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déposés en bordure de rue doivent être payés d’avance. Encore une fois, les villes utilisent différentes façon de faire payer les contenants : les sacs spécialement marqués que les citoyens doivent acheter au magasin du coin; les autocollants ou étiquettes à apposer sur le contenant; contenant prépayé selon la grosseur et un système au poids (qui s’avère être très dispendieux à mettre en place). Lorsque le système fonctionne par sac, autocollant ou étiquette, il est important que le coût de chacun soit supérieur à un dollar afin d’avoir un impact sur les citoyens (Envirosris, 2001). Si le coût est trop bas, les citoyens ne changeront pas d’habitude car ils n’y verront aucun intérêt monétaire.

La quantité de matières résiduelles que le citoyen peut mettre en bordure de rue « gratuitement » déterminera le volume destiné à l’enfouissement. Par exemple, un système partiel avec deux sacs gratuits résultera en une réduction de 15 à 20% des matières résiduelles destinées à l’enfouissement, un système partiel avec un sac gratuit résultera d'une une réduction de 25 à 35% et avec un système complet sans sac gratuit résultera d'une réduction de 30 à 45% (Envirosris, 2001). Bien sûr, lors de la mise en place d’un programme pollueur-payeur, il est important d’avoir des programmes de collecte de matières recyclables et compostables afin que le citoyen puisse bien séparer ses matières résiduelles.

Les approches ayant un aspect monétaire comme celui-ci ont le bénéfice d’encourager les comportements de réduction des matières résiduelles tel que le changement dans les habitudes de consommation (EPA, 1999c, Reschovsky et Stone, 1994). Les changements dans les achats peuvent se faire dans le choix d’un item offrant moins de produit d’emballage ou ayant un emballage recyclable.

3.6.7 Réglementation

Parmi les villes américaines les plus populeuses, les douze villes ayant une réglementation sur le recyclage et un objectif de détournement ont une moyenne de détournement de 37,4% (Folz, 1999, Folz 1999a). Les différents règlements mis en place par les villes sont l’interdiction de mettre des matières recyclables avec les ordures, l’obligation de recycler, l’obligation de faire le tri et l’interdiction d’enfouir les matières recyclables et/ou compostables (EPA, 1999; Nova Scotia Department of the Environment,

2001).

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3.7 Quelques exemples de stratégies utilisées au Canada

Les villes essaient différentes approches afin d’augmenter leur taux de participation et par le fait même, de récupération. Quelques exemples de cas seront cités.

3.7.1 Ville de Barry, Ontario (City of Barry, 2001)

Cette ville désirait augmenter son taux de participation à la récupération dans les multilogements. Pour ce faire, la ville a vérifié si l’équipement distribué changeait le taux de récupération. Avant la recherche, chaque logement utilisait le fameux bac bleu de 64l. Pour la recherche, les résidants d’un immeuble ont reçu un sac en papier kraft et les résidants d’un autre ont reçu deux sacs en plastique réutilisables. Suite à la distribution des différents sacs, il y a eu une petite augmentation du taux de détournement (entre 1 et 3%) et la plupart des sacs en papier kraft a été utilisé plus d’une fois. Suite à un questionnaire, en général, les personnes aiment bien les deux systèmes.

the

Environment, 2001).

La Nouvelle-Écosse est la première province canadienne à avoir réussi le détournement de 50% de ses matières résiduelles. Différentes mesures ont été prises afin d’atteindre l’objectif. Deux grands moyens, mis à part la collecte sélective, ont aidé à accéder à l’objectif canadien de détournement de 50% des matières résiduelles.

3.7.2

Province

de

la

Nouvelle-Écosse

(Nova

Scotia

Department

of

Premièrement, la Nouvelle-Écosse a mis en place des mesures incitatives. Les citoyens doivent maintenant payer une consigne de 10 cents sur les bouteilles de boissons gazeuses et de bière et la moitié, soit 5 cents leur est rendu à leur retour. De plus, cette province, tout comme le Québec, a introduit un frais environnemental de 3$ par pneu acheté.

Deuxièmement, une réglementation vient supporter la collecte sélective. La province a élaboré deux règlements en ce sens : interdiction d’enfouir des matières organiques compostables et interdiction d’enfouir certaines matières recyclables (cartons, journaux, contenants en verre, contenants en plastique n o 2, contenants en métal ou en aluminium et contenants de boisson).

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Dernièrement, la province continue à éduquer et à sensibiliser l’ensemble de sa population sur les enjeux environnementaux et sur la nécessité de récupérer les matières.

3.8 Portrait de la participation des Montréalais

Plusieurs sondages ont été effectués entre 1989 et 2000 afin de définir ce qui influence la participation, les connaissances des citoyens et les habitudes des Montréalais face aux matières recyclables (Éco-quartier Saint-Sulpice, 1996; HEC, 1994; Léger & Léger, 2000; Léger & Léger, 1995; Léger & Léger 1989; Ville de Montréal, 1997).

Ces études ont permis de démontrer que l’information donnée aux citoyens semble importante à leurs yeux. Plusieurs croient que l’information concernant le comment, le quoi et le pourquoi aiderait à augmenter le taux de participation (Éco-quartier Saint- Sulpice, 1996). Le manque d’espace de rangement est aussi un élément qui inquiète plusieurs citoyens participant ou non à la collecte sélective.

Lors du dernier sondage effectué par Léger & Léger, 22,4% des citoyens disaient ne pas faire de recyclage. Les groupes de personnes âgées entre 25 et 34 ans, les allophones, les personnes ayant un revenu inférieur à 39 999$, les locataires et les autre origines ethniques étaient parmi ceux qui recyclaient le moins.

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4. ÉTAT DES CONNAISSANCES SUR LES ANALYSES MULTICRITÈRES

Cette section expose les analyses multicritères d’aide à la décision (multi-criterian decision aid ou MCDA). La première partie présente généralement ces analyses et la deuxième décrit l’analyse de perception catégorielle (APC) qui est utilisée dans le cadre de la présente étude.

4.1 Analyses multicritères d’aide à la décision

Des décisions se prennent à tout moment. Que ce soit au niveau de la nation, d’une collectivité locale, d’une administration, d’une entreprise, d’une usine, d’un service ou tout simplement de la vie familiale, des décisions se prennent quotidiennement en terme de faire ou ne pas faire, faire de telle manière ou autre. Durant toutes les étapes menant à la prise de décision, plusieurs personnes sont impliquées. Ainsi, la décision finale est rarement prise par un seul individu. Seule une approche systémique tenant compte des objectifs multiples des agents concernés permettra d’évaluer adéquatement les alternatives possibles.

Les outils d’aide à la décision visent à fournir à un décideur des outils lui permettant de progresser dans la résolution d’un problème de décision qui fait intervenir plusieurs points de vue souvent contradictoires (Vincke, 1989).

Roy (1985) définit l’aide à la décision de la façon suivante :

« L’aide à la décision est l’activité de celui qui, prenant appui sur des modèles clairement explicités mais non nécessairement complètement formalisés, aide

à obtenir des éléments de réponses aux questions que se pose un intervenant

dans un processus de décision, éléments concourant à éclairer la décision et normalement à prescrire ou simplement favoriser un comportement de nature

à accroître la cohérence entre l’évolution du processus d’une part, les objectifs et le système de valeurs au service desquels cet intervenant se trouve placé d’autre part. »

Puisque les problèmes auxquels les dirigeants font face sont de plus en plus complexes, il n’y a pas qu’un seul critère qui peut les résoudre. Dans ce sens, les MCDA peuvent contribuer. L’analyse multicritère ou les méthodes d’aide à la décision multicritère désignent généralement un ensemble de méthodes permettant d’agréger plusieurs critères avec l’objectif de sélectionner une ou plusieurs actions, options ou solutions. Elle

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vise à fournir des outils qui permettront de progresser dans la résolution d’un problème de décision où plusieurs objectifs, des fois contradictoires, doivent être pris en compte. La divergence des opinions et des objectifs nécessite la recherche d’une solution des meilleurs compromis possibles. Dans la plupart des méthodes multicritères, l’importance relative des critères accordée par les décideurs est représentée par des poids.

Les travaux de Neumann en 1944 représentent probablement le point de départ du traitement scientifique des problèmes de décision individuelle, dont le but est de rendre compatible la rationalité scientifique avec l’inévitable présence de la subjectivité dans de telles situations (Conraud, 2002). Depuis 1968, il y a eu de grands développements de

méthodes, de concepts et d’applications dans plusieurs domaines (Paruccini, 1994). Selon Barba et al. (1997), la raison principale d’utiliser l’analyse multicritère réside dans le fait qu’il n’est plus possible d’ignorer que chaque décision consiste en fait en un compromis entre plusieurs solutions, chacune avec ses avantages et inconvénients dépendant de la position que l’on adopte. Il devient donc difficile pour tout preneur de décision de ne pas

prendre en considération les différents points de vue, motivation ou buts.

Les

évaluations économico-environnementales et les problèmes de décisions sont naturellement conflictuels. Pour ces raisons, les techniques MCDA sont des outils

appropriés.

Les analyses multicritères d’aide à la décision peuvent être appliquées à différentes problématiques ou différents domaines:

Implantation (choix d’un site de projet)

Développement national ou régional

Médecine

Publicité

Recherche et développement

Exploitation

Recrutement

Implantation d’un système de fabrication

Investissements technologiques

Design d’aménagement

Environnement

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Les MCDA permettent de concilier les aspects économiques, de design, technologiques, architecturaux avec leurs conséquences sociales et environnementales.

La littérature décrit trois grandes approches opérationnelles (Milewska, 2000; Roy et Bouyssou, 1993) :

L’approche du critère unique de synthèse évacuant toute incompatibilité ou méthode d’agrégation complète. Cette approche d’inspiration américaine a comme but d’agréger les divers points de vue en une fonction unique qui sera par la suite optimisée. L’approche du surclassement de synthèse acceptant l’incompatibilité ou méthode d’agrégation partielle. Cette méthode d’inspiration française implique la construction d’une relation de surclassement qui reflète les préférences des décideurs en fonction de l’information dont on dispose. Par la suite, il faut en expliciter une règle qui aidera le décideur à résoudre le problème. Les méthodes ELECTRE et PROMETHEE s’inscrivent dans cette catégorie. L’approche du jugement local interactif avec itérations essai-erreur ou agrégation locale et itérative. Dans ce cas, on ne procède plus à l’explication d’une règle mais d’une séquence de jugements ad hoc formulée par le décideur ou les acteurs. Cette séquence met en jeu une seule action et son voisinage dans l’espace des performances. De plus, on parle de l’alternance des étapes de calculs et des étapes de dialogues avec le décideur.

Une autre technique d’aide à la décision est nommée DELPHI. Elle consiste à soumettre à un certain nombre de répondants, indépendamment les uns des autres, une ou plusieurs questions. De l'ensemble des réponses vont être tirées des informations, qui seront soumises, toujours séparément, aux mêmes répondants. Ceux-ci pourront être amenés à réajuster leur première réponse, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on parvienne à un accord satisfaisant.

4.2 L’analyse de perception catégorielle (APC)

L’analyse de perception catégorielle (APC) est une méthodologie d’aide à la prise de décision, de planification intégrale et de définition des priorités. Elle est basée sur des outils d’enquête (incluant sa préparation) et sur un outil d’analyse de résultats. Ce dernier permet d'identifier la position ou les priorités de divers groupes d'intérêt par rapport à un projet qui risque de les affecter. Suivant la méthodologie d’enquête élargie

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proposée par Conraud (2002), il est possible d’identifier les tendances de consensus entre différents groupes d’intervenants lorsque ces derniers évaluent un certain nombre de scénarios de solution par rapport à un certain nombre de critères utilisés pour évaluer les scénarios. Contrairement à plusieurs méthodes d’analyses multicritères, celle-ci ne cherche pas à déterminer quel est le meilleur scénario, en tant que réponse unique et figée. Elle permet de proportionner au preneur de décision, via l’analyse de la dispersion des réponses (bruit de fond) données par chacune des catégories de répondant qui représentent les différents points de vue face à la problématique étudiée, de l’information cruciale sur les facteurs qui pourraient éventuellement faciliter ou compliquer la mise en place d’une telle solution (Conraud, 2002).

Avec l’APC, on mesure le niveau de perception réel par rapport à diverses situations (scénarios) évaluées par le biais de critères. Au moyen d’un filtre statistique, l’APC permet de déterminer pour chaque couplet scénario-critère le degré de satisfaction potentiel, mesuré par un intervalle de confiance en fonction de l’analyse de la dispersion des données des différentes catégories de répondants ou leaders d’opinion. Le terme « répondant » est utilisé pour les personnes enquêtées. L’APC aide à détecter les éléments qui empêcheraient potentiellement l’obtention d’un consensus et permet de classer les actions par ordre de priorité, selon le degré de consensus obtenu.

4.2.1 Types de satisfaction

L’APC permet de mesurer la nature et le degré de consensus obtenu entre les différentes catégories de répondants. Lors de l’analyse des données un filtre statistique permet de classer les réponses selon trois types de satisfaction : satisfaction unimodale, satisfaction plurimodale et satisfaction d’intervalle.

Satisfaction unimodale (SU) Cette première satisfaction se traduit par un fort degré de consensus positif entre les parties. Elle se présente lorsqu’une seule valeur, la médiane, reflète l’opinion de l’ensemble des individus. Graphiquement, il y a présence d’un pic significatif unique tel que présenté à la figure 4.1.

Satisfaction plurimodale (SP) Ce type de satisfaction se rencontre lorsque deux valeurs ou plus caractérisent la satisfaction de l’échantillon total. Dans ce cas ci, le graphique aura deux pics (ou plus)

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significatifs (figure 4.2). Cette satisfaction peut être rencontrée lorsqu’un premier groupe de répondants a une perception différente d’un deuxième groupe de répondants. Les pics impliquent la présence d’un conflit d’intérêt entre deux ou plusieurs catégories de répondants.

entre deux ou plusieurs catégories de répondants. Figure 4.1 Histogramme d’une satisfaction unimodale SU(7)

Figure 4.1 Histogramme d’une satisfaction unimodale SU(7)

Figure 4.1 Histogramme d’une satisfaction unimodale SU(7) Figure 4.2 Histogramme d’une sa tisfaction plurimodale SP

Figure 4.2 Histogramme d’une satisfaction plurimodale SP 1,10

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Tout comme les SU, les SP sont des satisfaction clairement exprimée (SCE) car la perception des individus ou catégories d’individus est clairement exprimée avec une faible dispersion des données.

Satisfaction d’intervalle (SI) Cette satisfaction n’est pas une SCE car aucune valeur ne peut représenter la perception de l’ensemble des individus interrogés de façon satisfaisante. Le degré de précision diminue avec l’augmentation de l’intervalle. Le graphique de cette satisfaction est une courbe plutôt aplatie (figure 4.3) sans que des pics qui émergent significativement puissent désigner une satisfaction quelconque.

puissent désigner une sa tisfaction quelconque. Figure 4.3 Histogramme d’une sati sfaction d’intervalle

Figure 4.3 Histogramme d’une satisfaction d’intervalle SI(7)6-9

4.2.1 Indicateur de convergence d’opinion (ICO) et indicateur de précision des évaluations (IPE)

Les indicateurs de convergence d’opinion et de précision des évaluations apportent une information chiffrée du niveau de convergence et de précision des résultats. Alors que l’ICO mesure la convergence d’opinion des répondants autour d’une valeur unique, l’IPE mesure la convergence d’opinion des répondants autour d’une ou de plusieurs valeurs.

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L’indice ICO est l’indicateur de convergence d’opinion pour l’ensemble de critères d’un même scénario. Il est directement proportionnel au nombre de SU et inversement proportionnel au nombre de SP+SI. Plus l’ICO est élevé, plus l’opinion des répondants s’agroupe autour d’une valeur unique de satisfaction. Il y a donc plus de consensus chez les répondants, indépendant de la valeur du niveau de satisfaction.

L’indice IPE est l’indicateur de précision des évaluations pour l’ensemble de critères d’un même scénario. Il est directement proportionnel au nombre de SU+SP et inversement proportionnel au nombre de SI. Plus l’IPE est élevé, plus l’opinion des répondants s’agroupe autour d’une ou plusieurs valeurs de satisfaction et on peut les considérer comme clairement exprimées. Un IPE sera toujours égal ou supérieur au ICO. Une divergence entre les valeurs de IPE et de ICO signifie qu’il existe, pour un ou plusieurs critères, des SP révélant des conflits de perception entre groupes de répondants. Encore ici, l’étendue des SI est pris en considération. C’est-à-dire, que des écarts plus importants abaissent la valeur de l’IPE.

4.2.2 Calibration

L’analyse de sensibilité fait usage d’un certain nombre de paramètres, réunis en un filtre qui permettent de caractériser les courbes de fréquence des réponses des répondants. Ce filtre déterminera les types de satisfaction (unimodale, plurimodale ou d’intervalle).

Le principe de base repose sur les pics significatifs de l’échantillon total ou d’une des catégories de répondant, c’est à dire ceux dont la fréquence est considérée comme suffisante pour qu’il soit décidé de les prendre en compte.

Selon l’étude et la finalité recherchée, la calibration peut être changée afin de rendre les résultats plus ou moins sensibles. Par exemple, la fréquence des réponses sera considérée plus importante si l’étude porte sur la localisation d’une centrale nucléaire. Dans ce cas là, les pics significatifs devront être plus élevés. D’autres études considéreront des pics significatifs plus bas, selon l’objectif de l’étude. La calibration choisie pour cette étude est définie dans la section 6.2.

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5. MÉTHODOLOGIE

Ce projet constituait une excellente opportunité de donner suite à des développements récents faits à l’Université de Sherbrooke concernant des problématiques connexes à celle traitée ici. Le premier impliquait l’utilisation de l’analyse multicritère de type Delphi sur l’analyse de la satisfaction (Cormier, 2002). Le deuxième visait l’utilisation de l’analyse de perception catégorielle (APC) traitée au chapitre 3.

Cette recherche a été effectuée en collaboration avec RECYC-QUÉBEC et la Ville de Montréal. La sélection finale des critères et des scénarios a été faite par ces deux organismes et non selon la procédure normalement suivie dans une étude impliquant l’APC, soit l’analyse fonctionnelle.

L’hypothèse de cette étude s’exprime de la façon suivante : à l’aide d’une enquête reprenant les critères qui influencent participation au service de récupération et en utilisant l’analyse de perception catégorielle (Conraud, 2002), il serait possible de faire ressortir des perceptions et de construire de nouvelles solutions mieux adaptées au profil des répondants, afin d’augmenter leur participation à la collecte sélective.

Entre autres, les questions suivantes ont été soulevées: Est-ce qu’il y a une différence dans les perceptions des personnes selon l’étage où ils habitent? Y a-t-il des critères qui sont considérés plus importants aux yeux des répondants? Est-ce que les concierges préféreront un scénario en particulier?

Dans un premier temps, l’identification de l’objectif recherché est primordiale pour définir les critères et les scénarios qui seront utilisés dans l’enquête. Pour cette étude, l’objectif recherché est :

l’augmentation de la participation à la collecte sélective des personnes habitant à l’intérieur de multilogements, ce qui entraînera une augmentation du taux de récupération.

Plusieurs étapes sont nécessaires afin de préparer les documents qui sont présentés aux personnes enquêtées. Ces documents offrent une explication exhaustive des procédures d’enquête et des instructions pour remplir la grille d’enquête. Le tout nécessite une planification appropriée ainsi que plusieurs rencontres avec les intervenants afin de

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valider continuellement la démarche effectuée (par exemple, validation des hypothèses de base, des critères, des scénarios de solution, etc.). Lors de l’enquête, pour s’assurer de la compréhension des individus, les enquêteurs prennent le temps de bien expliquer la démarche, en langage accessible.

Suite au choix des critères et des scénarios la grille d’évaluation est complétée par différentes catégories d’individus, ce qui est essentiel afin de connaître la perception de chaque groupe. L’analyse de perception a été effectuée à l’aide du logiciel GUIDE qui a été développé par Thierry Conraud, Alexandre Cabral et Marylène Cormier.

Dans la section qui suit, l’élaboration des documents d’enquête (les scénarios, les critères, les profils socio-démographiques et socio-économiques et les données sur les immeubles), la stratégie d’échantillonnage et la procédure d’enquête utilisée pour cette étude seront détaillées.

5.1 Scénarios

L’élaboration des scénarios s’est fait suite à la revue de littérature (voir section 3). Pour cette étude, cinq scénarios ont été proposés aux résidants : le statu quo et quatre différentes méthodes (l’éducation et la sensibilisation, la facilitation, les mesures incitatives externes et la réglementation) qui sont couramment utilisées ici et ailleurs afin d’augmenter la participation des personnes à la récupération.

5.1.1 Scénario 1 : statu quo

Afin de connaître la perception actuelle des personnes sur le service offert par la Ville de Montréal et d’avoir une base de comparaison, le premier scénario était le statu quo. En somme, les services actuels sont une collecte sélective hebdomadaire avec tri (papier- carton et verre / plastique / métal) avec apport volontaire dans le conteneur approprié de l’édifice; un recyclo-sac pour faciliter le tri et la manutention des matières recyclables est disponible gratuitement dans les Éco-quartier; des affiches explicatives installées près des bacs de récupération et un règlement municipal interdisant de placer les matières recyclables dans des contenants destinés à la collecte des ordures domestiques.

37

5.1.2

Scénario 2 : éducation et sensibilisation

Le deuxième scénario proposé est l’ajout d’activités d’éducation et de sensibilisation au statu quo par des séances d’information sur la récupération offertes en petits groupes dans l’immeuble.

5.1.3 Scénario 3 : facilitation

Le troisième scénario proposé est l’ajout de facilitation au statu quo avec une collecte hebdomadaire des matières recyclables à la porte de chaque unité d’habitation (par le concierge ou un résidant désigné par l’immeuble).

5.1.4 Scénario 4 : mesures incitatives

Le quatrième scénario proposé est l’ajout de mesures incitatives au statu quo. Ces mesures incitatives seraient une forme de redistribution non monétaire (remise de fleurs, compost, tirage, etc.) aux résidants des économies engendrées lorsqu’il y a augmentation des matières recyclables et diminution des quantités d’ordures domestiques, donc une augmentation des quantités récupérées.

5.1.5 Scénario 5 : réglementation

Le cinquième scénario proposé est l’ajout d’une réglementation au statu quo à l’intérieur de l’immeuble. Cette réglementation serait une clause spéciale dans le bail indiquant l’interdiction de mise aux ordures des matières recyclables.

5.2 Critères

Les critères ont aussi été déterminés suite à la revue de littérature. Ils sont issus des variables qui favorisent la participation à la récupération et de raisons souvent évoquées pour ne pas participer à la collecte sélective. Pour cette étude, neuf critères sont retenus.

5.2.1 L’accès au service de récupération

Pour ce critère, les résidants doivent évaluer si l’endroit où s’effectue la récupération dans leur immeuble est satisfaisant. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Pour ce scénario, est-ce que l’accès au service de récupération est satisfaisant? »

38

5.2.2

Les préoccupations environnementales

Ce critère voulait vérifier si les préoccupations environnementales (ou problèmes environnementaux) générales sont importantes pour les résidants. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Considérez-vous que le recyclage fait sous la forme proposée aide à solutionner les préoccupations environnementales? »

5.2.3 La commodité

Le terme commodité est utilisé pour déterminer la facilité d’utilisation du service en ce qui concerne la manutention (de l’appartement à l’endroit où les résidants doivent déposer leurs matières recyclables) et l’effort demandé face aux matières recyclables (tri des matières). La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Est-ce que le service proposé est commode pour vous? »

5.2.4 La motivation

La motivation est un moteur important pour toutes actions que les personnes posent. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Est-ce que ce scénario augmentera votre motivation à faire du recyclage? »

5.2.5 L’entreposage des matières recyclables dans l’appartement

Dans les multilogements, les résidants peuvent déposer leurs matières recyclables n’importe quand dans les bacs. Malgré cela, certains résidants accumulent les matières dans leur appartement, pour ce, il était essentiel de vérifier l’importance de ce critère. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Est-ce que l’espace d’entreposage des matières recyclables dans votre appartement est satisfaisant compte tenu des services offerts dans le scénario? »

5.2.6 L’information véhiculée

En ce qui concerne les matières recyclables, différents médias sont utilisés pour informer les personnes : affiches, Éco-quartier, concierges, Ville de Montréal, etc. Puisque l’éducation et la sensibilisation va de concert avec l’information véhiculée, ce critère devait être évalué. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante :

« Est-ce que la façon par laquelle on vous fournit de l’information dans ce scénario vous paraît adéquate? »

39

5.2.7

Le sentiment d’appartenance à l’immeuble

Certaines études démontrent que le fait d’être propriétaire du logement favorise l’adhésion à la collecte sélective et que le sentiment d’appartenance peut influencer la participation au recyclage (Cloutier, 2002; Perrin & Barton, 2001; Rankin, 2001 ). La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Est-ce que ce scénario aura pour effet d’augmenter votre sentiment d’appartenance à votre immeuble? »

5.2.8 La pérennité

La participation élevée à la collecte sélective et les effets à long terme du recyclage sur l’environnement sont deux facteurs importants pour la gestion des matières résiduelles. Ce critère a été sélectionné pour vérifier si les résidants ont cette même perception. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Pensez-vous que la mise en place de ce scénario parviendra à maintenir des taux élevés de participation au recyclage à long terme? »

5.2.9 La participation selon l’effort demandé

L’effort demandé varie selon le scénario. De plus, il était important de vérifier si l’effort demandé influence la participation. La question demandée vis-à-vis les scénarios était la suivante : « Selon l’effort demandé dans ce scénario, votre participation au recyclage augmentera-t-elle? »

5.3 Pondération et évaluation

Les répondants doivent assigner un degré d’importance pour chaque critère selon une échelle de valeurs allant de 0 à 10 (figure 5.1). Ils devaient donc attribuer une valeur, en nombre entier, qui reflétait l’importance générale du critère. Il s’agit d’une pondération des critères. La pondération décrit l’importance relative qu’un individu accorde à un certain critère. Cet individu ne fait que se manifester sur l’importance de ce critère dans le contexte de la problématique globale. Ainsi, ces poids sont indépendants des scénarios évalués. Une valeur de « 1 » signifie qu’aux yeux du répondant, le critère évalué n’est pas important face à la problématique. Une valeur de « 9 » signifie que le critère évalué est très important face à la problématique. Une valeur de « 5 » est attribuée si le répondant ne sait pas ou est incapable de mesurer l’importance du critère en rapport avec la problématique.

40

Ensuite, les répondants évaluent chaque critère par rapport à chaque scénario selon une échelle de satisfaction (figure 5.2). Chaque réponse devient donc un niveau de satisfaction qu’accorde l’évaluateur par rapport à l’application d’un critère sur un scénario. Une valeur de « 1 » signifie que le répondant interrogé considère que le critère évalué n’est pas du tout à même de satisfaire la mise en place effective du scénario en question. Une valeur de « 9 » signifie qu’au contraire, le répondant considère que le scénario satisfait énormément le critère évalué. Tel que mentionné pour la pondération des critères, une valeur de « 5 » est attribuée si le répondant ne sait pas ou est incapable de mesurer l’importance du critère en rapport avec le scénario.

Échelle de pondération

10

10
   

9

 

Très important

8

 

7

 

Important

6

 
   

5

 

Ne sais pas

4

 

3

 

Peu importan t

2

 

1

 

Pas important

0

 

Figure 5.1 Échelle de pondération

Échelle de satisfaction

10

10
   

9

 

Énormément

8

 

7

 

Très

6

 
 

5

 

Ne sais pas

4

 

3

 

Peu

2

 

1

 

Pas du tout

0

 

Figure 5.2 Échelle de satisfaction

5.4 Profil socio-démographique et socio-économique

Au début du questionnaire, il y a des questions relatives aux variables socio- démographiques (type d’immeuble, étage où la personne habite, arrondissement, etc.) et socio-économiques (âge, sexe, revenu, scolarité, etc.) de l’individu. Ceci permet d’identifier les opinions par groupe d’intérêt, par niveau de scolarité, etc., afin de mieux

41

cibler les interventions futures permettant d’augmenter les chances de consensus, donc de réussite de toute intervention choisie pour palier au problème en question (dans ce cas, l’augmentation du taux de participation à la collecte sélective dans les multilogements).

5.5 Données sur l’immeuble

Lors de la visite de l’immeuble, les informations concernant la présence ou non d’ascenseur, l’emplacement des bacs de récupération, nombre de répondants, de personnes ayant refusé de répondre, de non-réponses et autres données pertinentes étaient inscrites par l’enquêteur sur la fiche de l’immeuble. L’annexe 1 présente la fiche utilisée.

5.6 Documents d’enquête

Les documents d’enquête étaient divisés en deux parties. Un premier document informatif de 3 pages présentait le projet, la problématique, les buts de la recherche, la méthodologie employée, les matières acceptées à la Ville de Montréal et une terminologie (annexe 2). Un deuxième était composé des instructions, d’une feuille de commentaires et du questionnaire (annexe 3). Le questionnaire (informations, critères, scénarios, profil) a été révisé par le personnel de RECYC-QUÉBEC, trois professionnels de la méthodologie employée (analyse de perception catégorielle) ainsi que deux conseillers du secteur de la Direction de l’environnement, Service de l’environnement, de la voirie et des réseaux de la Ville de Montréal. De plus, les documents ont été traduits en anglais afin de pouvoir inclure le plus de personnes possible (annexe 4). Une lettre demandant la collaboration des résidants à cette recherche a aussi été ajoutée à la trousse d’information (annexe 5).

5.7 Stratégie d’échantillonnage

Depuis les fusions municipales, en 2002, il n’y a pas eu de rapport portant sur les matières résiduelles. Pour ce, l’ancienne Ville de Montréal, ayant un service et des règlements uniformes, a été choisie comme ville cible afin d’effectuer l’enquête.

5.7.1 Choix des arrondissements

Afin de déterminer la stratégie d’échantillonnage, la Ville de Montréal a fait parvenir une liste exhaustive des édifices de multilogements à l’intérieur des neuf régions suivantes (territoire de l’ancienne Ville de Montréal, figure 5.3) :

42

Ahuntsic / Cartierville

Côte-des-Neiges / Notre-Dame-de-Grâce

Mercier / Hochelaga-Maisonneuve

Plateau Mont-Royal / Centre Sud

Rivière-des-Prairies / Pointe-aux-Trembles

Rosemont / Petite-Patrie

Sud-Ouest

Ville-Marie

Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension

Ville-Marie • Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension Figure 5.3 Localisation des arrondissements de Montréal

Figure 5.3 Localisation des arrondissements de Montréal

Cette liste électronique contenait une quantité importante d’informations sur les édifices. Parmi celles-ci, le nombre d’immeubles par région (arrondissement), le nombre d’étages de chaque immeuble et la présence ou non d’ascenseur, ont servi à dresser un portrait pouvant déterminer quels types d’immeubles seront retenus pour fins d’échantillonnage. Au total, 4937 immeubles sont inscrits à la liste dont 640 n’ont pas d’information quant au nombre d’étages et à la présence d’ascenseur. Les édifices avec des données incomplètes ont donc été retirés de la liste finale utilisée et comprenent un total de 4297 multilogements à l’intérieur des neuf territoires cités plus haut.

43

Les données indiquent que les multilogements ayant trois étages sont majoritaires (53%), suivi des immeubles de quatre étages, 26% (figure 5.4).

2500 2000 1500 1000 500 0 +10 6-9 543 2 1 immeubles
2500
2000
1500
1000
500
0
+10
6-9
543
2
1
immeubles

étages

Figure 5.4 Distribution des immeubles selon le nombre d’étages

La présence ou non d’ascenseur selon le nombre d’étages a aussi été vérifiée. La majorité des immeubles de quatre étages ou moins n’ont pas d’ascenseur et la majorité des immeubles de cinq étages ou plus ont un ascenseur (figure 5.5). Au total, 74% des édifices à l’étude n’ont pas d’ascenseur.

Le dernier élément important pour la stratégie d’échantillonnage était la distribution des immeubles à l’intérieur des neuf territoires (figure 5.6). La région Côte-des-Neiges / Notre-Dame-de-Grâce est l’endroit où il y a la plus forte concentration de multilogements à Montréal. En fait, 35% des édifices de multilogements sont situés sur ce territoire. Ensuite, les régions Plateau Mont-Royal / Centre Sud et Rosemont / Petite-Patrie représentent chacun 12% de la distribution. Les régions Ahuntsic / Cartierville et Ville- Marie 9% chacune, Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension représente 8%, Mercier / Hochelaga-Maisonneuve, 7% suivi de Rivière-des-Prairies / Pointe-aux-Trembles et Sud- Ouest représentant chacune 4%.

44

2500 2000 1500 1000 500 0 +10 6-9 5 432 1 immeubles
2500
2000
1500
1000
500
0
+10
6-9
5
432
1
immeubles

étages

avec ascenceur sans ascenseur
avec ascenceur
sans ascenseur
Figure 5.5 Distribution des immeubles selon la présence d’un ascenseur et selon le nombre d’étages
Figure 5.5 Distribution des immeubles selon la présence d’un ascenseur et selon
le nombre d’étages
1600
1400
1200
2 étages
1000
3 étages
4 étages
800
5 étages
6-9 étages
600
+10 étages
400
200
0
Nombre d'immeubles
Ahuntsic-Cartierville
Côte-des-Neiges-
Notre-Dame-de-
Grâces
Mercier-Hochelaga-
Maisonneuve
Plateau-Mont-Royal-
Centre-Sud
Rivière-des-Prairies-
Pointe-aux-Trembles
Rosemont-Petite-
Patrie
Sud-Ouest
Ville-Marie
Villeray-Saint-Michel-
Parc-Extension

Figure 5.6 Répartition des immeubles selon l’arrondissement

Les quatre territoires ciblés afin d’effectuer les entrevues sont les suivants:

Côte-des-Neiges / Notre-Dame-de-Grâce (CDN/NDG)

45

Plateau Mont-Royal

Ville-Marie

Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension

Ils ont été choisis d’après leur représentativité en fonction de la distribution totale des multilogements conformément à la liste fournie par la Ville de Montréal. Subséquemment, le nombre de résidants par étage, le nombre de concierges et le nombre de multilogements à faire par région a été distribué (tableau 5.1 et 5.2). Pour chaque immeuble visité, un minimum de trois résidants devraient répondre au questionnaire.

Tableau 5.1 Répartition de l’échantillon selon l’arrondissement

Arrondissements

Nb d'immeubles

Nb de résidants

Nb de concierges

Côte-des-Neiges / Notre- Dame-de-Grâce

20

60

12

Plateau Mont-Royal / Centre Sud

10

30

6

Ville-Marie

10

30

6

Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension

10

30

6

Total

50

150

30

Tableau 5.2 Répartition des immeubles selon le nombre d’étages

Étages

Nb d'immeubles prévus

% des immeubles prévus

% des immeubles dans la ville

2 étages

2

4%

4%

3 étages

27

54%

53%

4 étages

13

26%

26%

5-9 étages

6

12%

12%

10 étages et plus

2

4%

5%

Total

50

100%

100%

5.7.2 Choix des groupes de répondants

Il a été déterminé qu’il y avait trois groupes qui pourraient avoir des divergences d’opinions quant aux différents scénarios proposés : concierges, personnel des Éco- quartiers et résidants de multilogements. Le nombre de personnes interviewées par groupe est présenté au tableau 5.3. Chaque groupe retenu devait être constitué d’un minimum de 30 répondants afin de constituer un univers statistiquement valable.

46

Cependant, il était impossible dans les délais de l’étude d’interviewer plus que 10 représentants des Éco-quartier. De plus, le personnel des Éco-quartier rencontré n’habite pas nécessairement à l’intérieur de multilogements; le questionnaire ne pouvait alors vérifier leur perception car les questions étaient adressées aux occupants des multilogements seulement. Donc, cette catégorie de répondant, représentant 10 personnes, a été éliminée dès le début de l’enquête.

Tableau 5.3 Distribution des groupes de répondants

 

Groupe

Nombre

Concierges

 

30

Personnel des Éco-quartiers (abandonné)

   

(10)

Résidants (total de 150)

 
 

a. 1er ou 2ème étage

sans ascenseur

 

30

b. 3ème étage

sans ascenseur

30

c. 3ème étage

avec ascenseur

30

d. 4ème étage ou plus

sans ascenseur

30

e. 4ème étage ou plus

avec ascenseur

30

 

Total

(190)

180

Concierges Les concierges sont regroupés à l’intérieur d’une catégorie car leur opinion peut différer de celle des résidants. Il est à noter que le concierge s’occupe de la logistique de la récupération à l’intérieur du multilogement ainsi, tout changement au statu quo peut impliquer un changement dans ses tâches et dans sa charge de travail. Présentement, en plus de toutes les tâches habituelles, un concierge s’occupe de la commande de bacs, de soumettre l’information sur la collecte sélective aux nouveaux résidants, du transport des bacs de l’endroit où ils sont entreposés vers la rue lors des journées de collecte, etc. Ils sont aussi en contact avec les Éco-quartiers pour obtenir toute information relative à la collecte sélective.

Résidants Les résidants sont les acteurs principaux dans la participation à la collecte sélective. Ils décident à toutes fins pratiques librement de leur degré de participation au service que la Ville de Montréal offre et ce, malgré le Règlement sur les services de collecte. En dépit du fait que 96,5% des immeubles sont desservis par le service, le taux de récupération demeure faible.

47

Cette stratégie d’échantillonnage a été proposée à la Ville de Montréal afin d’obtenir leur approbation. Suite à celle-ci, les Éco-quartiers des quatre arrondissements ont été contactés pour démarrer la procédure d’enquête.

5.8 Procédure d’enquête

La procédure d’enquête était divisée en trois étapes. La première concernait le choix des multilogements fait en collaboration avec les Éco-quartiers. La deuxième était la prise de rendez-vous avec les concierges des immeubles ciblés et la dernière consistait à l’enquête. Les difficultés rencontrées devant ces étapes sont mentionnées à la fin de cette section.

5.8.1 Choix des multilogements

Les Éco-quartiers ont implanté la récupération dans les multilogements et ont fait une tournée afin de distribuer des affiches en novembre et décembre 2002. Ils ont été contactés afin de cibler les adresses et les contacts (nom et numéro de téléphone du concierge) parmi les multilogements ayant le service de collecte sélective et répondant aux critères sélectionnés (présence ou non d’ascenseur, nombre d’étages de l’immeuble et réceptivité de la part du concierge et des résidants). Au total, 13 Éco-quartiers ont donné cette information (annexe 6).

5.8.2 Prise de rendez-vous

Par la suite, les concierges ou responsables d’immeubles ont été contactés afin de leur expliquer les objectifs de l’enquête et d’obtenir leur engagement à répondre au questionnaire, ainsi que leur approbation pour cogner aux portes afin de rencontrer les résidants. Le tableau 5.4 présente le nombre d’immeubles contactés et effectivement visités. Les différences sont entre autres avouées à un refus de participer, à un mauvais numéro de téléphone, etc. Un minimum de trois tentatives était fait pour rejoindre les concierges d’un immeuble.

5.8.3 Rencontres

Les visites ont été effectuées entre le 20 mai et le 7 juillet 2003 par une seule et même personne. En moyenne, quatre immeubles étaient visités par jour du lundi au jeudi entre 13 heures et 21 heures. Le concierge, connaissant les heures où la majorité des résidants se trouvent à l’intérieur de l’immeuble, déterminait l’heure des rendez-vous.

48

Par exemple, les immeubles où habitent des personnes âgées étaient visités en début d’après-midi et les immeubles où les résidants travaillent le jour étaient visités en soirée.

Tableau 5.4 Nombre d’immeubles contactés

 

Nb d'immeubles

   

Arrondissements

contactés

Nb d'immeubles visités

Différence

Villeray / Saint-Michel / Parc-Extension

19

12

7

Ville-Marie

15

13

2

Côte-des-Neiges / Notre- Dame-de-Grâce

53

24

29

Plateau Mont-Royal / Centre Sud

16

11

5

Total

103

60

43

La façon de procéder à l’intérieur de l’immeuble était identique. Lors de l’arrivée de l’enquêteur à l’heure du rendez-vous, il allait rencontrer le concierge afin de lui expliquer la recherche plus en détail et au besoin, lui faire remplir le questionnaire. Ensuite, l’enquête avec les résidants débutait à partir du dernier étage de l’immeuble. L’enquêteur débutait avec le logement le plus loin de l’ascenseur ou de l’escalier et cognait à toutes les portes en descendant les étages jusqu’à ce qu’il y ait trois répondants par immeuble.

Suivant les indications de la Ville de Montréal ainsi que des Éco-quartiers, le questionnaire était rempli sur place avec la personne afin de s’assurer d’obtenir des réponses. Par contre, dans la majorité des immeubles à condos (où la majorité des répondants sont des propriétaires), les questionnaires étaient laissés aux responsables de l’immeuble qui, à leur tour les distribuaient à trois résidants. Les questionnaires étaient cueillis quelques jours plus tard. Dans ces type d’immeubles, c’était la seule façon de procéder car les responsables interdisaient à l’enquêteur d’entrer. Puisque les réponses des propriétaires était importante, il a été décidé que la quantité de questionnaires distribué de cette façon était insuffisante pour causer un biais. Même si la perception des propriétaires pouvait constituer une information pertinente dans le cadre de cette étude, il a été décidé de ne pas créer une nouvelle classe de répondants dû au faible nombre de propriétaires qu’on a pu contacter. La qualité des réponses n’est pas différente de celle où les répondants étaient interviewés directement.

49

5.8.4 Difficultés rencontrées

Malgré la stratégie d’échantillonnage fixée, plusieurs difficultés ont été rencontrées ce qui n’a pas permis de rencontrer tous les objectifs prévus en termes de nombre de répondants (tableau 5.5).

Tableau 5.5 Entrevues réalisées

Groupes de répondants

CDG/NDG

Plateau

Ville-Marie

Villeray

Total

Prévues

Réalisées

Prévues

Réalisées

Prévues

Réalisées

Prévues

Réalisées

Prévues

Réalisées

Concierges

12

12

6

6

6

6

6

6

30

30

Résidants

 

a. 1er ou 2ème étage

sans ascenseur

16

9

7

5

0

6

7

15

30

35

b. 3ème étage

sans ascenseur

16

12

7

7

0

1

7

10

30

30

c. 3ème étage

avec ascenseur

16

18

7

7

0

2

7

2

30

29

d. 4ème étage ou plus

sans ascenseur

5

13

5

7

15

1

5

1

30

22

e. 4ème étage ou plus

avec ascenseur

7

8

4

4

15

20

4

2

30

34

 

Total

60

60

30

30