N° 7

-
Deuxième année
15 J uin 1926
LA
RÉVOLUTION
SURRÉALISTE
LES
DERNIERES CONVERSIONS
SOMMAIRE
L'enclume des forces : AntoninArtaud
Le
surréalisme et la
peinture
: AndréBreton.
RÊVES
Marcel Noll. Michel Leiris.
POÈMES
:
Robert Desnos,
PhilippeSoupault,
Paul Eluard,
AntoninArtaud, Michel Leiris.
TEXTES SURRÉALISTES :
Louis
Aragon. Arp.
A la fenêtre : Paul Eluard.
Derniers efforts et mort du
prévôt
:
Pierrede Massot.
Ladernière nuit du condamné à mort :
Benjamin
Péret.
LePont de la mort : RenéCrevel.
CHRONIQUES
:
L'opportunisme impuissant
: Marcel Fourrier
Liberté,
liberté chérie : MaximeAlexandre.
Protestation : L.
Aragon,
A. Breton,
Georgia
: Louis
Aragon.
Correspondance.
Notes.
ILLUSTRATIONS :
Arp, Giorgio
de Chirico,
Georges
Malkine,
AndréMasson, Picasso,Man
Ray,
Pierre
Roy,
Dédé
Sunbeam,
Yves
Tanguy,
etc.
ADMINISTRATION :
42,
Rue
Fontaine,
PARIS
(IX<)
ABONNEMENT,
les i i Numéros:
France : 55
francs
Etranger
: 75francs
Dépositaire général
: Librairie GALLIMARD
15,
Boulevard
Raspaîl, 15
PARIS
(VII )
LE NUMÉRO ;
France : 5francs
Étranger
: 7 francs
LA REVOLUTION SURRÉALISTE
Directeur :
André BRETON
42,
Rue
Fontaine,
PARIS
(IX')
Tél. Trudaine 38-18
ÉDITIONSSURREALISTES
I»E
N° 1
HOMMAGE A PICASSO
Vientde
paraître
Il a été lire (le cette
boule ÎOO
exemplaires
numérotés de 1à IOO
L'exemplaire.
<>()ïr.
Leinouïe aétédétruit
après
le
tirage.
Prochainement :
Boules
par
; Hlan
llay,
Tanguy,
Malkine,
Pi-
casso, Arp,
Lie.
(d'après
des
maquettes orioji^
uales).
MA* Kiï
REV0LV1NGDOORS
1volume avec 1(>re-
productions
en cou-
leurs
d'après
les
aqua-
relles
originales
de
Man Hay.
Kit 0«'<oB»a'«-
Anthologie
de la Poésie moderne
ÎO
disques piton^gra-
phiques.
Lectures
par
: Louis
Araqon,
Antonin Ar-
taud,
André Breton,
Koberl Desnos, Paul
Eluard, Maji.
Mori
se.
Benjamin
Péret,
Phi-
lippe Soupaull.
Mayson
TangU'y
ChilAico
Man
I\ay
Rrose
S-L^lavy
Pic£%bia
Mal—'kine
T
Miro
PicaQso
T
ALERI
O
b
i
t
Sauvages
Paris
(VIe)
16,
Rue
J acques-Callot
Alan
Haï)
L'ENCLUME DES FORCES
Ce
fleuve,
cette
nausée,
ces
lanières,
c'est dans ceci
que
commence le Feu. Le feu
de
langues.
Le feu tissé en torsades de
langues
dans le miroitement de la terre
qui
s'ouvre comme un ventre en
gésine,
aux entrailles demiel et de sucre. De toute sa bles-
sure obscène il bâille ce ventre
mou,
mais le feu bâille
par-dessus
en
langues
tordues
et ardentes
qui portent
à leur
pointe
des
soupiraux
comme de la soif. Ce feu tordu
comme des
nuages
dans l'eau
limpide,
avec à côté la lumière
qui
trace une
règle
et
des cils.
Et la terre de toutes
parts
entr'ouverte et montrant d'arides secrets. Des secrets
comme des surfaces. La terre et ses
nerfs,
et ses
préhistoriques solitudes,
la terre aux
géologies primitives
où sedécouvrent des
pans
du monde dans une ombre noire comme
le charbon. La terre est mère sous la
glace
du feu.
Voyez
le feu dans les trois
rayons,
avec lecouronnement de sacrinière où
grouillent
des
yeux. Myriades
de
myriapodes
d
yeux.
Le centre ardent et convulsé decefeu est comme la
pointe
écartelée du tonnerre
à la cime du firmament. Un absolu d'éclat dans l'échauffourée de la force. La
pointe
épouvantable
de la force
qui
se brise dans un tintamarre tout bleu.
Les trois
rayons
font un éventail dont les branches tombent à
pic
et
convergent
vers le même centre. Mais cecentre est un
disque
laiteux recouvert d'une
spirale
d'éclipsés.
L'ENCLUME DES FORCES
L'ombre de
l'éclipsé
fait un mur sur les
zigzags
dela haute
maçonnerie
céleste.
Mais au-dessus du ciel est le Double-Cheval. L'évocation du cheval
trempe
dans lalumière dela
force,
sur unfond demur élimé et
pressé jusqu'à
lacorde. La corde
de son double
poitrail.
Et en lui le Premier des deux est
beaucoup plus étrange que
l'autre. C'est lui
qui
ramasse l'éclat dont le deuxième n'est
que
l'ombre lourde.
Plus bas encore
que
l'ombre du mur la tête et le
poitrail
du cheval font une
ombre,
comme si toute l'eau du monde élevait l'orifice d'un
puits.
L'éventail ouvert domine une
pyramide
de
cimes,
un immense concert de som-
mets. Une idée de désert
plane
sur ces sommets au-dessus
desquels
un astre échevelé
flotte, horriblement,
inexplicablement suspendu. Suspendu
comme le bien dans
l'homme,
ou le mal dans le commerce d'homme à
homme,
ou la mort dans la vie
Force
giratoire
des astres.
Mais derrière cette vision
d'absolu,
ce
système
de
plantes, d'étoiles,
de terrains
tranchés
jusqu'à l'os,
derrière cette ardente floculation de
germes,
cette
géométrie
de
recherches,
ce
système giratoire
de
sommets,
derrière ce soc
planté
dans
l'esprit
et
cet
esprit qui dégage
ses
fibres,
découvre ses
sédiments,
derrière cette main d homme
enfin
qui imprime
son
pouce
dur et dessine ses
tâtonnements,
derrière ce
mélange
de
manipulations
et de
cervelle,
et ces
puits
dans tous les sens de
l'âme,
et ces cavernes
dans la
réalité,
sedresse la Ville aux murailles
bardées,
la ville immensément
haute,
et
qui
n'a
pas trop
de tout leciel
pour
lui faire un
plafond
oùdes
plantes poussent
ensens inverse
et avec une vitesse d'astres
jetés.
Cette villedecavernes et demurs
qui projette
sur l'abîme absolu des arches
pleines
et des caves comme des
ponts.
Que
l'on voudrait dans lecreux de ces
arches,
dans l'arcature de ces
ponts
insérer
le creux d'une
épaule
démesurément
grande,
d'une
épaule

diverge
le
sang.
Et
placer
son
corps
en
repos
et sa tête où fourmillent les rêves sur le rebord decescor-
niches
géantes

s'étage
le firmament.
Car un ciel de Bible est dessus où courent des
nuages
blancs.
Mais les menaces douces de ces
nuages.
Mais les
orages.
Et ce Sinaï dont ils
laissent
percer
les flammèches. Mais l'ombre
portée
de la
terre,
et
l'éclairage
assourdi
et
crayeux.
Mais cette ombre enforme de chèvre enfin et ce bouc ! Et le Sabbat des
Constellations.
Un cri
pour
ramasser tout cela et une
langue pour m'y pendre.
Tous ces reflux commencent à moi.
Montrez-moi l'insertion de la
terre,
la charnière de mon
esprit,
lecommencement
affreux de mes
ongles.
Un
bloc,
un immense bloc faux me
sépare
de mon
mensonge.
Et ce bloc est de la couleur
qu'on
voudra.
Le monde
y
bave comme la mer
rocheuse,
et moi avec les reflux de l'amour.
Chiens,
avez-vous fini de rouler vos
galets
sur mon âme. Moi. Moi. Tournez la
page
des
gravats.
Moi aussi
j'espère
le
gravier
céleste et la
plage qui
n'a
plus
de bords.
Il faut
que
cefeu commence àmoi. Cefeu et ces
langues,
et les cavernes de ma
gesta-
tion.
Que
les blocs de
glace
reviennent s'échouer sous mes dents.
J 'ai
le crâne
épais,
mais l'âme
lisse,
un coeur de matière échouée.
J 'ai
une absence de
météores,
absence
de soufflets enflammés.
J e
cherche dans mon
gosier
des
noms,
et comme le cil vibratile
des choses. L'odeur du
néant,
un relent
d'absurde,
lefumier de la mort entière... L'hu-
meur
légère
et raréfiée. Moi aussi
je
n'attends
que
le vent.
Qu'il s'appelle
amour ou
misère il ne
pourra guère
m'échouer
que
sur une
plage
d ossements.
Antonin ARTAUD.
LE SURREALISME ET LA PEINTURE
(Suite)
'
...Telhommeauxmoustaches
tropgrisespour
l'oeiltrop
bleuconnaît maintenant le
pire
som-
meil, auquel préfèrent
le leur les morts. Les
souriset lesrats
qui
le
contemplent
nesaven-
trop
sur
quelpied
danser. J 'ai vu dernièrement
un deses
portraits.
Il alatête un
peupluspeut
chéesur
l'épaule
et c'est tout.
Quel
abbéBrcmond demisèreet d'horreur
Aiendrad'ici
peu
nousentretenir dela
peinture
«
métaphysique »,
de la
peinture
rêvée
et,
à
ce
propos,
de tout ce
que
de 1910à 1916
Chirico lit
d'incomparable,
et
qu'il compa-
rera? J 'ai
mis,
nous avons mis
cinq
ans à
désespérer
de
Chirico,
à admettre
qu'il
eût
perdu
tout sens de te
qu'il
faisait. Nous
y
sommes-nousassezsouvent retrouvés sur cette
place
où tout semblesi
près
d'être et est si
peu
ce
qui
est ! C'est là
que
nous avons tenu
nosassises
invisibles,plusquepartout
ailleurs.

qu'il
eut fallunous chercher nous et le
manque
de coeur. C'était le
temps
où nous
n'avions
pas .peur
des
promesses.
On voit
comme
déjàj'enparle
àmonaise. Deshommes
commeChirico
prenaient
alors
ligure
desenti-
nellessur larouteà
perte
devue des
Qui-vive.
Il faut dire
qu'arrivés là,
à ce
poste
où il se
tenait,
il nous était devenu
impossible
de
rebrousser
chemin, qu'il y
allait detoute notre
gloire
de
passer.
Nous sommes
passés.
Plus
tard,
entre nouset àvoix
basse,
dans l'incer-
titude croissante de la mission
qui
nousétait
confiée,
nousnous sommessouvent
reportés
à
ce
point
fixecomme au
point
fixe Lautréa-
.mont, qui
suffiraitavec lui
à déterminer notre
ligne
droite. Cette
ligne,
dont il nenous
appar-
tient
plus
désormais de nous
écarter,
peu
importe que
Chiricolui-mêmel'ait
perdue
de
vue:
longtemps
il netiendra
qu'à
nous
qu'elle
soit laseule.
Quelleplusgrande
folie
que
celle
de cet
homme,
perdu
maintenant
parmi
les
assiégeants
de la ville
qu'il
a
construite,
et
qu'il
a
faite
imprenable
1A lui commeàtant
d'autres, elle
opposera
éternellement sa
rigueur
terrible, car il l'a vouluetelle
que
ce
qui s'y
passe
ne
pourrait pas
ne
pas s'y passer.
C'est
l'Invitation à l'Attente
que
cette ville toute
entière comme un
rempart, que
cette ville
éclairéeen
pleinjour
del'intérieur.
Que
defois
j'ai
cherché à
m'y orienter,
à faire le tour
impossible
de ce
bâtiment,
à me
figurer
les
levers et les
couchers, nullement alternatifs,
des soleils de
l'esprit! Epoque
des
Portiques,
époque
des
Revenants,
époque
des
Mannequins,
époque
des
Intérieurs,
dansle
mystère
del'ordre
chronologique
où vous
m'apparaissez, je
ne
sais
quel
sensattacher au
juste
àvotresucces-
sion,
au terme de
laquelle
on est bien
obligé
de convenir
que l'inspiration
a abandonné
Chirico,
ce même Chirico dont le
principal
souci est
aujourd'hui
de nous
empêJ ier
de
prouver
sa déchéance.
11m'est
déjà
arrivé
(*)
àd'autres
propos,
de
meréférer àl'observation transcrite
par
Taine
et
qui porte
sur untrès émouvant cas d'hallu-
LANGOISSANTVOYAGE Cllirico
cination
progressive
avec
intcgriléjde
laraison.
11
s'agit,
on s'en souvient,
de l'histoire (l'un
homme
qui,
traité
cinq jours
au cours d'une
maladie
par
la
diète,
suit de son lit les dé-
marches
mystérieuses
d'une créature issuede
ses
rêves, assise
près
de lui dans la
pose
du
tireur
d'épine,
mature des
plus gracieuses
et
dont lamain
parfaite, posée
sur lacouverture
àtrente centimètres des
yeux
del'observateur,
*
Voirlesil""4etG(-elaR.S.
(•)
Cf.
Mani/csle
du
surréalisme, p.
11,
LE SURREAl1SME ET LA PEINTURE
ne se dérobe
pas lorsqu'avec
d'infinies
précau-
tions celui-ci va
pour
la saisir. «0
surprise
!
il la sent bientelle
qu'il
lavoit
;
il étendtous
ses
doigts
et les
passelégèrement
sur ledosde
la main
magique,
dont les
contours,
la résis-
tance flexibleet
ferme,
la
peau
fineet tiède
répondent
fidèlement à l'illusion de la vue.
Alors,
desa main
dépliée,
il embrasse
pleine-
ment cettemain
pluspetite,
il la sent dansla
sienne,
il
palpe
ces
doigts,
ce
pouce,
cesten-
dons,
recouverts d'une
peau souple,
halitueuse
et douce
;
il arrive au
poignet,
minceet bien
pris
;
il sent
parfaitement
latête duradius et
cherchele
pouls
;
maisalorsla
figure
à
laquelle,
appartient
cette main
chimérique
lui dit d'une
voix
fraîche,
enfantineet
souriante,
maissans
relever la tête : «
J e ne suis
pas
malade.
»
L'alitéallait lui demander : «
Qui
êtes-vous? »
lorsqu'on
entra danssa
chambre,
apportant
un
bouillon. 11le
prit,
sadièteétait
finie,
et avec
elle finirent les hallucinations
;
mais il
pense
que,
s'il avait
continué,
ses
agréables
chimères
auraient de
plus
en
pluscomplètementrépondu
aux bonnes
dispositions qu'il commençait
à
avoir
pour
elles,
et
que
finalement il eût
pu
soutenir avecellescesrelations detoussessens
réunis,
sans être sûr
pourtant que
lecontrôle
impartial
deson
intelligence
eût
pu
semainte-
nir.
»
Sans être sûr... en vérité il était bien
question
de celaI Comment ne m'en
pren-
drais-jepas
àcet homme
qui
n'a
pas
suvivre
le
plus
beau
poème
du monde? La
peste
soit
de sa faimmalencontreuseet de cet absurde
bouillon!A la
place
decet A.
M.,j'y
ai souvent
songé,j'aurais
fait minedetrouver le
breuvage
trop
chaud et le
temps
de le laisser
refroidir,
je congédiais
l'être réel
qui,
en
l'apportant,
avait oséme
déranger.
Afin
qu'il n'y
eût
plus
à nouveau
que
VOUS. Certes
je
n'aurais
pas
bu le
poison.
Maisune fois
que
nous aurions
été bien
seuls, j'aurais
soulevétrès'doucement
lebol et
je
vous l'aurais tendu. Vousl'auriez
pris,
n'est-ce
pas
? 11
n'y
a
pas
deraisons
pour
que
mon
geste
vous ait lâché. Voici le bol
suspendu
à
cinq
centimètres au-dessusdemon
lit. C'est donc bienTOUS
qui
le
tenez,
cen'est
plus
moi ? 11mesemble
que
vousn'auriez fait
aucunedifficulté
pour
boire. Un
peu plus
tard
la servanteserait venue
reprendre
le bol vide.
Chirico,
que je
tiens
pour
le hérosd'une
histoire
semblable,
n'a
pas
su non
plus
se
garder
des tentations
grossières.
Il serait
injuste,
en
effet,
de
penser que
sonabdication
et ses reniements successifsdoivent être mis
au
compte
de la
déception que
ses
premières
recherches
pourraient
lui avoir fait
éprouver.
Cen'est
pas
auseuil interdit d'un
palais,
ni
par
un
point
blanc sur untableau noir,
ni sur un
lancer de
gant
éternel
que
nous
pouvonsaccep-
ter
qu'une
telle aventure
prenne
fin.
Chirico,
qui,
en continuant à
peindre,
n'a
faitdepuis
dix ans
que
mésuser d'un
pouvoir
surnaturel,
s'étonne
aujourd'hui que
l'on ne veuille le
suivreenses
piètres
conclusions,
dont lemoins
qu'on puisse
direest
quel'esprit
enest totale-
mentabsent et
qu'y préside
un
cynisme
éhonté.
Le
«bol de bouillon
»,
suivi naturellement de
bien d'autres bols
(l'Italie,
le
fascisme,

on
connaît de lui un tableau assez infâme
pour
être intitulé : «
Légionnaire
romain
regardant
les
pays conquis
»

l'ambition
artistique qui
est la
plus
médiocre de
toutes,
la
cupidité,
même)
a eutôt fait de
dissiper
lesenchante-
ments. La
complète
amoralité du
personnage
encauseàl'aitlereste. Et il voudrait
que
nous
hésitions à nous
prononcer
sur son
attitude,
envertu de
je
nesais
quelle
faiblessesentimen-
tale
qui
nous ferait
reporter
sur sa
personne
une
i^art
del'émotion
que
ses
premières
oeuvres
nous ont causée!
Quedis-je
? il irait
presque
jusqu'à
nous
opposer
cette vérité à
laquelle
ici nous souscrivons
tous,
à savoir
que
dans le
temps
un
esprit
ne
peut que
rester
parfaite-
ment
identique
à lui-même. Aussi
pensons-
nous bien
que
de méchantes oeuvrescomme
son Retour de
l'Enfant Prodigue,
sesridicules
copies
de
Raphaël,
ses
Tragédiensd'Eschyle,
ettant de
portraits
àmenton
fuyant
et àvaine
deviselatine ne
peuvent
être lefait
que
d'un
méchant
esprit.
Que
Chiricoait
joui quelque
temps
d'une rare faculté de discrimination
s'exerçant
sur les
apparences
extérieures les
plus
troublantes,
commetout ce
qui,
autour
denous, participe
à la l'oisdela vie et dela
mort,
et les ait su
baigner
dans unelumière
propice
d'orage, d'éclipsé
ou de
crépuscule,
il
n'est rien en cela
qui puisse
limiter ses torts
en le
gardant
finalement de s'être
trompé.
Tant
pispour
lui s'il s'est cru un
jour
lemaître
desesrêves I 11n'est
guèremoyen,
en
présence
decertaines de leurs donnéeslesmoinsinter-
prétables,
et
pour peu qu'on
ait eule
courage
de tenir celles-ci
pour
telles, de donner le
change
et d'assumer en toute
simplicité
la
charge
de vivre. Or cen'est
pas
envain
que
Chiricoa
accompli
dans sa
jeunesse
le
voyage
le
plus
extraordinaire
qui
soit
pour
nous. Ne
pourrait-on répéter
à son
sujet
la
phrase qui,
je gage,
aura l'ait
frissonner,
serpentant
dans
la nuit de
l'inconnu,
del'avenir et du
froid,
les
spectateurs
del'admirablefilmNOSFERATU :
«
Quand
il fut del'autre côté du
pont
lesfan-
tômes vinrent à sa rencontre
»? Si réticent
q
u'il semontre
aujourd'hui
surce
point,
Chirico
avoueencore
qu'il
ne les a
pas
oubliés. Dans
unmouvement deconfiancedont il doit main-
tenant se
repentir,
il m'en a même nommé
deux :
Napoléon
III et Cavour, et m'a laissé
entendre
qu'il
avait entretenu avec eux un
commercesuivi.
Si,
comme
je
le
pense,
onfait
LE SURREALISME ET LA PEINTURE
plus
tard
grand
cas desa contribution à l'his-
toire fabuleuse d'une
époque
dont nous
ferions remonter l'avènement
plus
loin
que
nous,
et non
cependant
àcelui duromantisme
mais
peut-être
aux environs de l'année
1860,
il ne sera
pas
sans intérêt desavoir
que
l'une
des dates les
plus importantes
àenretenir est
pour
Chiricocelle de l'entrevue sans témoins
de
Napoléon
III et de Cavour à Plombières.
C'est, dit-il,
àsa
connaissance,
laseulefois
que
deux fantômes ont
pu
se rencontrer
officielle-
ment,
et desorte
que
leur
inimaginable
délibé-
ration lut suivie
d'effets
réels,
concrets,
parfai-
tement
objec-
tifs. J e ne sais
au nombre de
combien sont
les
équivoques
personnages
de
cette
espèce
dont s'est au
cours desheures
peuplée
la soli-
tude de Chirico
mais,
sans
qu'il
leur accorde à
tous la même
importance,
ils
pourraient
bien
être
légion.
Louis
Aragon
se souvient
comme moi du
passage
dans ce
café où nous
étions un soir
avec
Chirico,
place Pigalle,
d'un enfant
qui
venait vendre
des fleurs. Chi-
rico,
le dos
t ourne à la
porte,
nel'avait
pas
vu entrer
et c'est
Aragon qui, trappe
de 1allure bizarre
de
l'arrivant, demanda
sice n'était
pas
unfan-
tôme. Sansseretourner Chiricosortit une
petite
Hace
de.sa
poche
et
après y
avoir
longuement
dévisage
le
jeune garçon, répondit qu'en
effet
c'en était un. La reconnaissance des fantômes
sous lestraits humains
il
y paraît
bien
excep-
tionnellement exercé;
il n'est
pas jusqu'à
unmarchanddetableaux
à
qui
il doit
beaucoup
dont il nenous ait assuré
qu'il répond
entous
p
)ii ts aus
gaalement qu'il
ena.
Mystification
à
part,
nul de ceux
qui
ont
vécu
passagèrement pour
autre chose
que
la
vie,
la vie admise, et
qui
ont
éprouvé
l'exal-
tation dont ce sentiment
s'accompagne,
ne
peut
ensuite
y
renoncer si aisément. Il ne
suffit
pas
de fixer sur unetoile leciel detous
les
jours,
une
coupe
et
quelques
fruits
aigres
pour que
letour soit
joué.
Encorevousdeman-
dera-t on
compte
des
apparitions qui
ont cessé
et,
si vousne
répondezpas
assez
vite,
devra-t on
sedétourner devousavec
mépris.
11
y
a ainsi
deshommes
cpii
osent
parler
del'amour
quand
déjà
ilsn'aiment
plus.
J 'ai assistéàcette scène
pénible
: Chiricocherchant à
reproduire
desa
main actuelle
et de sa main
lourdeunancien
tableau de lui-
même,
non du
reste
qu'il
cher-
chât dans cet
acteuneillusion
ou une désillu-
sion
qui pourrait
être touchante,
mais
parcequ'en
trichant sur son
apparence
exté-
rieure,
il
pouvait
espérer
vendre
la même loilo.
deux
fois.
C'était si
peu
la
même,
hélas !
Dans son im-
puissance
à re-
créer en lui
comme en nous
l'émotion
pas-
sée,
il amisainsi
en circulation
un
grand
nom-
bre de
faux
ca-
r a c t é.r i sé
s,
parmi
lesquels
des
copies
ser-
vilcs,
d'ailleurs
pour
la
plupart
antidatées,
et
d'encore
plus
mauvaisesvariantes. Cetteescro-
querie
aumiraclen'a
queIrop
duré.
Si cet hommeavait eu
quelque
tour
âge
il
y
a
longtemps qu'il
se serait lassé de ce
jeu qui
consiste àbafouer son
génie perdu*.
En
dépit
de lui-même, de celte conscience
acquise
si
chèrement d'Italien esclave, de cette
prison
dont il ne s'évadera
plus,
lui
qui
s'est évadé
LEDÉPARTDUPOÈTE Chirico
*
Cf.la
prélaceque, pour
sadernière
exposition
(du
4 au 12
juin,
chezPaul
Guillaume),
il a laissé
écrire
par l'ignoble
crétin Albcrt-C.Haines. Elle
suffirait,jepense,
àledéshonorer.
RÊVES
dela liberté,
nous
garderons
intacte
l'étrange
espérance
que
nous ont donné ses
premières
oeuvres. Nous les
interrogerons
tant
que
nous vivrons,
sans
que
l'embarrassante
per-
sonne de leur auteur
parvienne
à nous en
détourner. C'est là-même,
nous en sommes
toujours
aussi
sûrs,
à l'heure
prévue pour
l'arrivée decetrain,
àcette heure
qui
ne
peut
tarder, c'est
parmi
cesarcadeset
quand
sesera
calmé le vent
qui
monte abominable de la
terre à lancer verticalement le
rouge
des ori-
flammes,que
lelivredont nousavonssi
long-
temps contemplé
la reliure muette s'ouvrira
aufeuillet
marqué.
C'est seulementalors
qu'en
signesfulgurants
se
préciserapour
touslesens,
je
crois extrêmement
particulier,
de notre
intervention. Car nous ne sommes
pas,
dans
la littérature et clansl'art. Toutenotre
impa-
tiencevient dece
que
noussavons
qu'un jour,
en
ayant
bien fini avec tous ceux
qu'on
nous
compareencore,
nousauronsseulsàintervenir.
ANDRÉRRETON.
RÊVES
Marcel Noll :
I
C'est la révolution. Le matin de ce
jour
Sadea étéconduit en
prison par
un détache-
ment de
chevaux-légers.
Le roi
(dont je
suis
undes
conseillers),
sasuiteet la
majeurepartie
du
peuple qui
lui est restée
fidèle,
habitent
unensembledevieillesmaisons
(apparemment
l'Hôpital
Civil de
Strasbourg) qui,
entourées
d'un haut mur et
protégées
detourellescom-
posent
la résidence
royale.
Sans l'avoir vue
encore, je
sais
que je
dois
aimer la filledu
roi, Augustina, qui
admireet
estime hautement le
marquis
de Sade
qu'elle
a vainement
protégé
contre les
poursuites
de
son
père.
J e suisavec leroi et deux desesconseillers
dans une
pièce
carrée dont
l'unique
fenêtre
domine la route nationale. Accoudé,à cette
fenêtre, j'assiste
àcette scène:
quelques
cava-
liers accourent au
trot,
se
dirigeant
vers la
résidence,
sans doute
pour y
rendre
compte
d'une mission
remplie.
Une
jeune
fille
que je
reconnaisaussitôt
pour
être
Augustina,
s'élance
vers eux et tente d'arrêter les chevaux. Mais
elleest bientôt traînéeàterre et maltraitée
par
les cavalier?. Merendant
compte
du
danger
couru
par
la
jeune fille, je
veux m'élancer au
dehors
pour
la secourir. Mais leroi,
devinant
mon
projet,
ordonneàcemoment àtoutes les
personnes présentes
de
s'agenouiller
à l'effet
de
prier.
Eou de
colère, je
sors monrevolver
et le
décharge
à
plusieursreprises
sur le roi.
Celui-ci
part
d'un énormeéclat derire et me
fait savoir
que
la meilleure
façon qu'il
avait
deme
punir
était deme laisser
tranquille.
Il
me tient une sorte de discours où revient
constamment le sens de cette
phrase
:
«
La
prison
ou la mort ne sont
pas pour
les amou-
reux.
»
Pendant ce
temps,
la
jeune
filleaeulaforce
desetraîner
jusqu'à
noue
porte.
Elleest
pour-
suivie
par
toute la
populace
de la résidenc
qui l'injurie
et lamenacedemort. J 'ai
grande
peine
àlaisserentrer
Augustina
et à
empêchée
lesmanifestants d'envahir la
pièce. J 'y
réussis
pourtant,
et bientôt, devant
moi,
se tient la
jeune fille,
presque
nue,
le dos couvert des
traces de
coups
de cravache. J e
remarque
quelques ecchymoses
sur son sein droit. Elle
m'enlace sans mot dire.
Des servantes
s'empressent
bientôt autoui
d'Augustina pour
lui laver les blessures
qui
disparaissent,
aussitôt sans laisser de traces.
Durant tout le
temps que
durent ces
opéra-
tions, je
suis
muet,
en admiration devant la
REVES
grande
beauté decette
jeune
fille.Monémotion
atteint son comble
lorsqu'elle
me
dit,
tout à
coup
: «Vous
savez, Bataille
(je comprends
:
Sade),
ne se doutait
pas que
J ustine...
»
J e
n'écoute
pas'la
fin dela
phrase,
très
frappé
de
l'analogie qUi
semble exister entre le nom de
J ustine
que
la
jeune
fillevient de
prononcer
et son
propre
nom.
A ce
moment,
leroi
réapparaît,
et toute son
attitude
indique qu'il
a
pris
une résolution à
l'égard
de sa fille et au mien. Avant même
qu'il
ait
prononcé
un
mot, Augustina jette
un
cri et s'élance au dehors. J e cours à la fenêtre
et la vois
s'engager
à une allure folle sur la
grande
route. Elleà bientôt
disparu
à l'horizon
Dès
lors,
une
grande
tristesse
m'ayant
envahi, je
ne
prends plus
aucune
part
d'intérêt
à ce
qui
se
passe
autour de moi.
J 'apprends
encore
que
leroi est
détrôné,
sa suite et tous
ses fidèles chassés de la résidence. La tête
baissée, debout, je
sais
que
défilent devant
moi tous mes ennemis. C'est un
cortège long
et lent
queje
suis
plutôt
tenté de
prendre pour
un
hommage
rendu à ma tristesse
que pour
le
départ
d'un
peuple
vaincu.
Indifférent, je
sais
qu'ils sortent, nommes et
femmes,
par
une
porte
basse. De
temps
à
autre,
une main de
femme setend vers moi. Sans me
préoccuper
autrement decette
femme,
sansmême
regarder
son
visage, je
baisecette main...
J e suis
assis, seul,
dans la salle du trône
J e ne
penseplus
à la victoire
remportée,
mais
seulement au
projet
dememettre àlarecherche
d'Augustina.
Puis,
la nuit
s'épaississant, je
ne
merends
plus compte que
du décor
qui
m'en-
toure,
et de
moi-même,
latête dans mesmains
ouvertes, seul.
II
C'est à Odessa,
pendant
la
révolution,
un
soir. Le
crépuscule plutôt,
car unefaibleclarté
defin de
jour parvient
à
pénétrer par
endroits
dans'Ia sallede
spectacle

jenie trouve,
assis
dans un fauteuil
d'orchestre, à attendre la
deuxième
partie
d'un
spectacle organisé par
les nouveaux
dirigeants
du
pays.
Lerideau se
lève bientôt sur une clairière de forêt
lorsque
par
une
porte
à ma
gauche
entre une
jeune
femme,
très
belle,
tout habillée de bleu
;
d'un
bleu-ciel très
clair,
très
lumineux,-et
qui
inonde
aussitôt la salle d'une
étrange
clarté. J e
pense
que
voilà la couleur
qui
tue les
scrupules
de
l'homme. La
jeune
femme
que je
sais être
l'étoile de la
troupe
J osé Padilla traverse la
salleà
pas
lents,
se
dirigeant
vers une
loge

est assis un homme seul
qui
lui fait
signe
de
s'approcher.
Elle le
rejoint
et ils se
parlent,
lui
souriant,
elle
gravement.
Au moment où
ma conscience est touchée
par
cette
gravité
qu'exprime
toute l'allure de la
jeune
femme
et son
visage, je
fais devains efforts
pour
me
rappeler
en
quelles
circonstances
j'ai pu
autrefois,
larencontrer. Tout
ce
que j'obtiens,
c'est
queje
nelui ai
jamais
connucettecouleur.
Après
avoir en souriant
furtivement,
serré la
main de son
interlocuteur,
elle monte sur la
scène
par
un
petit
escalier à droite
de
l'or-
chestre. Au moment où elle est arrivée au
milieu de la
clairière,
au moment où
elleva
parler, jeremarqueque
sa
couleur,
son
rayonne-
ment n'a aucun
pouvoir
sur le vert
qui règne
sur la scène. Et elle
parle,.et
à mesure
que
se
prolonge
son
discours,
sa robe
pâlit, pâlit,
et
je pense que
ce n'est
plus qu'un
vêtement
commeen
portent
les autres
femmes,
un vête-
ment blanc, d'un blanc
ordinaire,
un blanc de
première communion,
pas
même un blanc de
rose. Elle
parle
en termes conventionnels de
la
pièce qu'ils
«
viennent d'avoir l'honneur
de
présenter
devant nous
», et de son auteur
qu'on
devinecaché dans la forêt
qui
s'étend à
perte
de vue derrière la
jeune
femme
; c'est
en tremblant
qu'elle prononce
son nGm :
FANTOMAS ! Puis ellefait allusionà
elle-même,
répondant
à des
questions qu'elle
devine
posées par
des
spectateurs.
Sa voix devient
grave

je penseque
sa conscienceatteint et
embrassetout à
coup
la
plus entière,
la
plus
terrible vision
d'elle-même,

son sourire de
scène devient un rire
désespérélorsqu'elle
dit
enfaisant dubras un
geste
lent et bas :
«
J e
suisnéeun
peupartout
dans le monde.
»
J 'ai
à cet
instant,
la vision très nette d'une carte
planisphère
: les
Balkans,

je distingue
un
fourmillement de choses
informes,

je
sens
des forces obscures se mouvoir
;
et
l'Asie,
toute blanche et comme
rayonnante,
avec
l'ombre de ses hauteurs et
l'argent
de ses
fleuves. Sur le
point
deme
réjouir
d'un
espoir
soudain,,
d'une
espèce
de
promesse qui
vient
de m'être faite,
d'un
gage qu'on
vient de
m'assurer,
la
jeune
femme semble
prête
à
s'évanouir sousle
coup
d'un
grand
effort
qu'elle
vient
apparemment
defournir. A la vue desa
détresse, je
suis aussitôt distrait
par
l'idée de
sonsacrifice.
J e descendsuntrès
long
escalier
qui
conduit
dansuncouloir
long
et sombreaubout
duquel
setrouve une cour faiblement éclairée
par
la
lune d'une nuit
agonisante.
J e
pense
à la
nouvelle
journée qu'il
va falloir
vivre, je pense
un
peu
au
sangrépandu (mal répandu) partout
et
je
me sens infiniment attristé
lorsque
je
constate
que
tous les
scrupules,
toutes ces
faiblessesmesont ensommerestés
qui
rendent
si décevants mes
rapports
avec les hommes
et les événements. A ce
moment,
j'aperçois
la
jeune
femme de la
veille,
se
dirigeant
vers
8
REVES
la cour. J 'arrive à l'atteindre et la trouve
toujours
aussi
grave,
aussi essentiellement
silencieuse. Elle me tend une main
que je
serre;
et durant les
quelques
instants où nous
allons côte à côte vers la cour
qui
recule à
mesure
que
nous
pensons
l'atteindre, je songe
auheurt douloureuxet
angoissant
denos deux
pensées.
J e sens tout l'irrémédiable de notre
union,
sans
comprendre,
et
pourtant
avec la
force d'un
espoir queje
sais être
toujours
le
même. J e devine
que
sous d'autres latitudes
nous aurions
peut-être,
tous les
deux, préféré
l'indifférence...
Aumoment où la
jeune
femmefait minede
m'enlacer, je
suiséveillé
pour
descausesétran-
gères
au rêve.
Michel Leiris
:
C'est un rêve de
voyages.
Nous sommes
plusieurs
à errer dans le continent entier en
prenant
voitures, auto-cars,
chemins de fer.
Il
y
a des crimes dans les stations isolées,
les
hôtels dans
lesquels
nous descendonssont
par-
fois
attaqués par
des bandits et le revolver
y
est de
rigueur.
Dans unevillede
province,
je
suis
juré
et
j'assiste
à unecondamnation à
mort
(sans
doute celled'une femmedecham-
bre).
MarcelNoll,
qui
voyage
avec
moi,
memontre
dansunerued'un
faubourg
deParislematelas
de30mètres de
longqu'il emportetoujours
en
voyage.
Deux
couplespeuventydormir,
chacun
àun bout,
maisils
risquent
dese
perdre
dans
le
long
tunnel des
draps.
En
route,
cematelas
sert de valise;
Noll roule son
bagage
dedans
et entoure letout avec-unecourroie.
Il
y
a Rimbaud aussi
(ou
Limbour
?),
sous
laformed'unenfant
souffreteux,
physiquement
analogue
à ceux
que
l'on
appelle
«
gibier
de
bagne
». Il traverse commetous les
person-
nages
de ce rêve
plusieurscycles
demort
et de résurrection.
Dans une ville
que
nous
visitons,
sur une
grandeplace
oùsedresseunestatue de
plâtre,
unmonsieuren
redingotequi
me
rappelle
lefan-
tôme de Gérard de Nerval
apparu
une nuit
dansma
chambre,
il
y
aun
bagne
surlefronton
duquel
sont
gravés
ces mots: PALAIS DU
GREFFE
(je
voudrais lire PALAIS' DES
GREFFES).
Des femmes assez
jolies,
mais
d'allure
populacièrc
et très
pauvrement
vêtues,
se
dirigent par petits groupes
vers le monu-
ment. J e les entends
parler
entre elles. Elles
doivent sehâter derentrer au
bagne
où elles
sont
détenues,
sinon ellesseront en retard et
punies
du fouet ou dela torture. C'était leur
jour
de sortie
;
elles sont allées voir leurs
maîtresseset ont
perdu
du
temps
àlescaresser.
LAFINDESMAUVAIS J OURS Pierre
J iuy
Car ces femmessont lesbiennes
parce que
les
hommesneveulent
pas
d'ellesàcausedeleur
vêtement misérable et de l'infamie de leur
condition.
Accompagné
dema
fiancée,j'entre
dans le
bagne.
Nous
voyons
d'abordunesortedecloître
le
long duquel
stationnent un
grand
nombre
d'enfants, surveillés
par
des femmes
d'aspect
aristocratique (et
sans doute
anglo-saxonnes)
qui
sont les
épouses
des
geôliers(des
«
colons
»,
ainsi
qu'on
les
appelle)-
Ces enfants sont
habillés à
l'anglaise
et
portent
des cartables
decuir souslebras. Cesontlesfilsdesdétenus
;
ilsattendent l'heure d'entrer enclasse.
Au delà ducloître commencele Musée. Ce
lieutient àla foisduMusée
Grévin,
duMusée
Carnavalet,
du Parc des
Attractions,
del'Ex-
position
des Arts
Décoratifs,
du Salon de
l'Aéronautique
et du J ardin des
Supplices
d'Octave Mirbeau.
Nous savons
que
cemuséeest unesorte de
MuséedelaPeur et nous
y pénétrons
enredou-
tant la sorcellerie.
D'abord,
ce n'est
pas
bien terrible. Il fait
seulement assez sombre e1 nous
voyons
des
appareils
assez
analogues
aux
nègres-dyna-
momètres,
mais
composéspresqueuniquement
d'ampoules électriques
mobiles, multicolores,
figurant
desdémons. Ensuitecesont devastes
POEMES
stands
presque complètement
obscurs. Dans
l'ombre,
on
distingue vaguement
d'énormes
avions construits en forme detêtes d'oiseaux.
Cestêtes d'oiseaux ont le bec
grand
ouvert ;
c'est tout
au
fond dela
gorge, étrange espace
nocturne où seules deux ou trois lumières
luisent comme des
escarboucles, que
setient
le
pilote.
Lavoûte ducrâne
(haute
à
peu près
comme une maison de six
étages)
est une
coupole
de toile et doit servir de
parachute
(ici
cela senomme
«
montgolfière»).
Nous n'avons
pas
encore très
peur
(il
est
vrai
que
certaines attractions
que
l'on nous
avait dites assez
inquiétantes
ne fonctionnent
pas),
mais
plus
loin le
spectacle
devient
plus
effrayant.
Il
y
a commeau MuséeGrévin des
personnages
decire
qui
ont l'air d'être
vivants,
mais aussi des
personnages
vivants
qui
ont
l'air d'être en cire. Cesont les
bagnards.
Ils
subissent des
supplices
horribles. Partout,
j'aperçois
des
chevalets,
des
brodequins,
des
gibets,
des roues
chargées
de
cadavres,
des
piloris,
desescaliers
remplis
demembres
dépe-
cés et toutes sortes d'instruments de torture
qui
me font
penser
aux Prisons de Piranèse.
Dans la dernière
salle, enfin,
des
bourreaux,
vêtus de blouses blanches
dissèquent
des
hommes vivants.
Nous sortons alors du Musée,et nous nous
embarquons
sur un
steamer,
afin de visiter
lereste du
bagne.
Uninstrument
qui
ressemble
àunniveau d'eau est
placé
aucentre du
pont,
à côté de la boussole. Un
long
tube vertical
lefait
communiquer
avec la mer et il
indique,
mieux
que
la
ligne
de
flottaison, comment
normalement le bateau doit setenir sur l'eau.
Unedénivellation serait le
signe,que
lenavire
prend
l'eau ou
qu'une
forte
tempête
lemenace.
Nous sommes au milieu d'une foule,
qui
se
compose d'hommes;
de
femmes, d'enfants et
d'animaux. Le bateau a
déjà gagné
le
large,
quand
une
panique épouvantable se
produit.
Leniveau d'eau s'est «affolé
»,
ce
qui indique
que
nousallons sombrer. Tousles
passagers
se
jettent par-dessus
bord
et,
malgré
les efforts
qu'ils
font
pour surnager,
netardent
pas
à se
noyer. Cependant,
ma fiancée et
moi,
nous
gardons
notre
sang-froid
etrestons sur lebateau
qui, malgré
une
grave
voied'eau et:la
tempête,
parvient
à
regagner
la
rive,
nous
ramenant à
terre sains et saufs.
Onnous félicite denotre
courage
et onnous
montre,
dans le
catalogue
du
Musée,
une
gra-
vure
burlesque
d'un artiste
inconnu,
représen-
tant un accident semblable arrivé
quelque
temps auparavant
à un bateau de la même
compagnie.
J e vois des
gensqui
tentent dese
sauver à la
nage,
des
épaves, et, flottant àla
surface de
l'eau,
des sortes de
trépieds
ren-
versés
que je prends pour
des
kangurous.
Mais
j'apprends que
cesont enréalité desche-
vaux
qui
sont tombés à l'eau la tête la
pre-
mière et sesont
noyés.
Leurs
queues
et leurs
membres
postérieurs
raidis
émergent seuls,
et
c'est cela
que je prenais pour
des
trépieds.
POÈMES
POÈMES A LA MYSTÉRIEUSE
O DOULEURS DE LAMOUR !
0 douleurs de Vamour !
Comme vous m'êtes nécessaires et comme
vous m'êtes chères.
Mes
yeux qui
se
ferment
sur des larmes
imaginaires,
mes mains
qui
se tendent
sans cessevers levide.
J 'ai rêvé cette nuit de
paysages
insensés et
d'aventures
dangereuses
aussi bien du
point
de vue de la mort
que
du
point
de
vue dela vie
qui
sont aussi le
point
devuedel'amour.
Au réveil vous étiez
présentes,
ô douleurs
de
l'amour,
ô
muses du
désert,
ô
muses
exigeantes.
Mon rire et ma
joie
se cristallisent
autour
de vous. C'est votre
fard,
c'est votre
poudre,
c'est votre
rouge,
c'est votre sac
de
peau
de
serpent,
c'est vos bas desoie
et c'est aussi ce
petit
pli
entre l'oreille et
la
nuque,
à la naissance du cou
c'est votre
pantalon
de soie et
votre
fine
chemise
et votremanteau de
fourrures
votreventre rond
c'est mon rire et mes
joies
vos
pieds
POEMES
NATUREMORTE:
TABLE, MONTAGNE,
ANCRESET NOMBRIL
Arp
et tous vos
bijoux
En vérité comme vous êtes bien vêtue et
bien
parée.
O douleurs de
l'amour,
anges exigeants,
voilà
queje
VOÎIS
imagine
à
l'image
même
de mon amour
queje
vous
confonds
avec lui
O douleurs de
l'amour,
vous
queje
créeet
habille,
votis vous
confondez
avec mon amour dont
je
ne connais
que
les vêtements et aussi
les
yeux,
la
voix,
le
visage,
les
mains,
les
cheveux,
les
dents,
les
yeux.
J 'AI TANT RÈVÊ DE TOI
J 'ai tant rêvédetoi
que
tu
perds
ta réalité
Est-il encore
temps
d'atteindre ce
corps
vivant et de baiser sur cette bouche la
naissance de la voix
qui
m'est chère.
J 'ai tant rêvé de toi
que
mes bras habitués en
étreignant
ton
ombre à se croiser sur ma
poitrine
ne
se
plieraient pas
au contour de ton
corps
peut-être.
Et
que,
devant
l'apparence
réelle dece
qui
me hante et me
gouverne depuis
des
jours
et desannées
je
deviendrais une ombresans
doute,
O balances sentimentales.
J 'ai tant rêvéde toi
qu'il
n'est
plus temps
sans doute
que je
m'éveille. J e dors
debout le
corps exposé
à toutes les
appa-
rences de la vie et de l'amour et
que
toi,
la seule
qui compte aujourd'hui pour
moi,
je pourrais
moins toucher ton
front
ettes lèvres
que
les
premières
lèvres et le
premier front
venu.
J 'ai tant rêvéde toi
tant
marché,
parlé,
couchéavec,ton
fantôme
qu'il
nemereste
plus peut-être,
et
pourtant,
qu'à
être
fantôme parmi
les
fantômes
et
plus
ombre cent
fois que
l'ombre
qui
se
promène
et se
promènera allègrement
sur
le cadran solaire de ta vie.
LES ESPACES DU SOMMEIL
Dans la nuit il
y
a naturellement les
sept
merveilles du monde et la
grandeur
et
le
tragique
et le charme.
Les
forêts s'y
heurtent
confusément
avec
des créatures de
légende
cachées dans les
fourrés.
Il
y
atoi.
Dans la nuit il
y
a le
pas
du
promeneur
et celui de l'assassin et celui du
sergent
deville et la lumière du réverbèreet celle
de la lanterne du
chiffonnier.
Il
y
a toi.
Dans la nuit
passent
les trains et les
bateaux et le
mirage
des
pays
où il
fait
jour.
Les derniers
souffles
du
crépuscule
et les
premiers frissons
de l'aube.
Il
y
a toi.
Un air de
piano,
un éclat devoix.
Une
porte claque.
Une
horloge.
Et
pas
seulement les êtres et les choses et
les bruits matériels.
Mais encoremoi
qui
me
poursuis
ou sans
cesse me
dépasse.
Il
y
a toi
l'immolée,
toi
que j'attends.
Parfois d'étranges figures
naissent à l'ins-
tant du sommeil et
disparaissent.
POÈMES
Quand je ferme
les
yeux
des
floraisons
phosphorescentes apparaissent
et se
fanent
et renaissent comme des
feux
d'artifice
charnus.
Des
pays
inconnus
que je parcours
en
compagnie
de créatures.
Il
y
a toi sans doute, ô belle et discrète
espionne.
Et l'âme
palpable
de l'étendue.
Et les
parfums
du ciel et des étoiles et le
chant du
coq
d'il
y
a Î2.000ans et le cri
du
paon
dans des
parcs
en
flamme
et
des baisers.
Des mains
qui
se serrent sinistrementdans
une lumière
blafarde
et des essieux
qui grincent
sur des routes
médusantes.
Il
y
a toi sans doute
que je
neconnais
pas,
que je
connais au contraire.
Mais
qui présente
dans mes rêves s'obstine
à
s'y
laisser deviner sans
y paraître
Toi
'qui
restes insaisissable dans la réalité
et dans le rêve.
Toi
qui m'appartiens
de
par
ma volonté
de te
posséder
en illusion mais
qui
n'
approches
ton
visage
du mien
que
mes
yeux
clos aussi bien au rêve
qu'à
la
réalité.
Toi
qu'en dépit
d'une
rhétorique facile
ou
le
flot
meurt sur les
plages,
où la corneille vole
dans des usines en
ruines,
où le bois
pourrit
en
craquant
sous un
soleil de
plomb,
Toi
qui
es la basedemes rêves et
qui
secoue
mon
esprit plein
de
métamorphoses
et
qui
me laisses ton
gant quand je
baise
ta main.
Dans la
nuit,
il
y
a les étoiles et lemouve-
ment ténébreux de la
mer,
des
fleuves,
des
forêts,
des
villes,
des
herbes,
des
poumons
demillions et millions d'êtres.
Dans lanuit il
y
alesmerveilles dumonde.
Dans la
nuit,
il
n'y
a
pas
d'anges gardiens
mais il
y
aie sommeil.
Dans la nuit il
y
a
toi,
Le
(jour
aussi.
SI TU SAVAIS
Loin de moi et semblable aux
étoiles,
à la
mer et à tous les accessoires de la
mytho-
logie poétique,
Loin de moi et
cependant présente
à ton
insu,
Loin de moi et
[plus
silencieuse encore
parce que je t'imagine
sans
cesse,
Loin de
moi,
mon
joli mirage
et mon rêve
éternel,
tu ne
peux pas
savoir.
Si
\tu
savais.
Loin de moi et
peut-être
davantage
encore
de
m?ignorer
et
m'ignorer
encore.
Loin de moi
parce que
tu ne m'aimes
pas
sans doute
ou,
ce
qui
revient au
même,
que j'en
doute.
Loin demoi
parce que
tu
ignores
sciemment
mes désirs
passionnés.
Loin de moi
parce que
tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi ô
joyeuse
comme la
fleur
qui
danse dans la rivière au bout de sa
tige
aquatique,
ô triste comme
sept
heures du
soir dans les
champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi
qu'en
ma
présence
et
joyeuse
encore
commel'heure
en
forme
de
cigogne qui
tombe de haut. Yves
Tanguy
POEMES
Loin de moi à l'instant où chantent les
alambics,
à l'instant où la mer silen-
cieuse et
bruyante
se
replie
sur les
oreillers blancs.
Si tu'savais.
Loin de moi ô mon
présent
tourment,
loin
de moi au bruit
magnifique
des
coquilles
d'huîtres
qui
se brisent sous le
pas
du
noctambule,
au
petit jour, quand
il
passe
devant la
porte
des restaurants.
Si tu savais.
Loin de
moi,
volontaire etmatériel
mirage.
Loin de moi c'est une île
qui
se détourne
au
passage
des navires.
Loin de moi un calme
troupeau
de
boeufs
se
trompe
de
chemin,
s'arrête obstinément au bord d'un
profond
précipice,
loin de
moi,
ôcruelle.
Loin de
moi,
une étoile
filante
choit dans
la bouteille nocturne du
poète.
Il met
vivement le bouchon et dès lors il
guette
l'étoile enclose dans le
verre,
il
guette
les
constellations
qui
naissent sur les
parois,
loin de
moi,
tu esloin demoi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d'être
construite.
Un
maçon
en blouse blanche au sommet de
V
échafaudage
chante une
petite
chanson
très triste
et, soudain,
dans le
récipient
empli
de mortier
apparaît
le
futur
de la
maison : les baisers des amants et les
suicides à deux et la nudité dans les
chambres des belles inconnues et leurs
rêves mêmes à
minuit,
et les secrets
voluptueux surpris par
les
lames de
parquet
Loin de moi
Si tu savais.
Si lu savais comme
je
t'aime
et,
bien
que
tu ne m'aimes
pas,
comme
je
suis
joyeux,
comme
je
suis robuste et
fier
de
sortir avec ton
image
en
tête,
de sortir
de l'univers.
Comme
je
suis
joyeux
à en mourir.
Si tu savais commelemondem'est soumis.
Et
toi,
belle
insoumise,
aussi commetu es
ma
prisonnière.
O
toi,
loin-de-moi à
qui je
suis soumis
Si tu savais.
NON L'AMOUR N'EST PAS MORT
Non l'amour n'est
pas
mort en ce coeur
et ces
yeux
et cettebouche
qui proclamait
ses
funérailles
commencées.
Ecoutez
j'en
ai assez du
pittoresque
et des
couleurs et du charme.
J 'aime
l'amour,
satendresse etsa cruauté.
Mon amour n'a
qu'un
seul
nom,
qu'une
seule
forme.
Tout
passe.
Des bouches se collent à cette
bouche.
Mon amour n'a
qu'un
nom.,
qu'une forme.
Et si
quelquejour
tu t'en souviens
O
toi,
forme
etnomdemon
amour,
Un
jour
sur la mer entre
l'Amérique
et
l'Europe,
A l'heure où le
rayon final
du soleil se
réverbère sur la
surface
ondulée des
vagues,
ou bien une nuit
d'orage
sous un arbre
dans la
campagne
ou clans une
rapide
automobile,
Un matin de
printemps
boulevard Males-
herbes,
Un
jour
de
pluie,
A l'aube avant dete
coucher,
Dis-toi,
je
l'ordonne àton
fantôme familier,
Que
je fus
seul àt'aimer
davantage
et
qu'il
est
dommage que
tu ne l'aies
pas
connu.
Dis-toi
qu'il
oie
faut pas regretter
leschoses :
Ronsard avant moi et Baudelaire ont
chanté le
regret
des vieilles et des mortes
qui méprisèrent
le
plus pur
amour.
Toi
quand'^u
seras morte
Tu seras belle et
toujours
désirable.
J e serai mort
déjà,
enclos tout entier en
ton
corps
immortel,
en ton
image
étonnante
présente
à
jamais
parmi
lesmerveilles
perpétuelles
delavie
etde
l'éternité,
mais si
je
vis
Ta voix et son
^accent,
ton
regard
et ses
rayons,
L'odeur detoi et celledetes cheveux
et
beaucoup
d'autres choses encore vivront
en moi,
PARAVENT
(XIX-
SIÈCLE)
'
+ POEMES
En moi
qui
ne suis ni
Ronsard ni Baude-
laire,
Moi
qui
suis Robert Desnos et
qui pour
t'avoir connue et
aimée,
Les vaux
bien;
Moi
qui
suis Robert
Desnos,
pour
t'aimer
Et
qui
ne veux
pas
attacher d'autre
répu-
tation
à ma mémoire sur la terre
méprisable.
COMME UNE MAIN A L'INSTANT
DE LA MORT
Comme une main à l'instant de la mort et
du
naufrage
se dresse ainsi
que
les
rayons
du soleil
couchant,
ainsi detoutes
parts jaillissent
tes
regards.
Il n'est
plus temps,
il n'est
plus temps
peut-être
de me
voir,
Mais la
feuille qui
tombe et la roue
qui
tourne,
Te diront
que
rien n'est
perpétuel
sur
terre,
Sauf
l'amour d'un
poète,
Et
je
veux m'en
persuader.
Des bateaux de
sauvetage peints
de rou-
geâtres couleurs,
Des
orages qui s'enfuient,
Une valse surannée
qu'emportent
le
temps
et le vent durant
les
longs espaces
du
ciel.
Paysages.
Moi
je
n'en veux
pas
d'autres
que
l'étreinte
à
laquelle j'aspire,
Et meure lechant du
coq.
Comme une
main,
à l'instant de la
mort,
se
crispe,
mon coeur se serre.
J e n'ai
jamais pleuré depuis que je
te
connais.
J 'aime
trop
mon amour
pour pleurer
Tu
pleureras
sur mon
tombeau,
Ou moi sur le
tien,
il ne sera
pas trop
tard.
J e mentirai. J e dirai
que
tu
/?/•<?
ma maî-
tresse.
Et
puis
vraiment c'est tellement
inutile,
Toi et
moi,
nous mourrons bientôt.
A LA FAVEUR DE LA NUIT
Se
glisser
dans ton ombre
à
la
faveur
de la nuit
Suivre tes
pas
ton ombreà la
fenêtre
Cette ombre à la
fenêtre
c'est toi ce n'est
pas
une autre c'est toi
N'ouvre
pas
cette
fenêtre
derrière les ri-
deaux de
laquelle
tu
bouges
Ferme les
yeux
J e voudrais les
fermer
avec mes lèvres
Mais la
fenêtre
s'ouvre etlevent
levent
qui
balance bizarrement la
flamme
et le
drapeau
entoure ma
fuite
de son manteau
La
fenêtre
s'ouvre Ce n'est
pas
toi
J e le savais bien.
Robert DESNOS.
L'EXTASE
Georges
Malkinc
POEMES
ESST-CE3 3L.E3 V !E3 3NT T ?
Est-ce le vent
qui m'apporte
tout à
coup
ces nouvelles
Là-bas des
signaux
des cris
et
puis
rien
la nuit
C'est levent
qui
secoueet
qui
chante
Il traîne derrière lui tout un
fracas
et une
lente
poussière
quelque
chose de mou
quelque
choc
qui
est la
paresse
une de ces méduses mortes
qui pourrissent
en crachant une odeur rose
c'est levent
qui pousse
ces
pauvres
bateaux
bleus
et leur
fumée
morose
qui
secoue ces arbres malheureux
et c'est lui encore
qui
enivre les
nuages
il rase l'herbe
J e sais
que
c'est lui
qui pousse jusqu'à
moi
cette morne lumière et ces ombres san-
glantes
c'est- lui
toujours qui fait
encore une
fois
battre mon coeur
Ainsi ce
coup
de
poing quej'entends
et
qui
frappe
une
poitrine
nue
cette
galopade
de chevaux ivres d'air
Il découvre le chemin
qui
mène là-bas
dans ce
pays rouge qui
est une
flamme
Paris
queje
vois en tournant la tête
il me
pousse
en avant
pour fuir
cet incendie
qu'il
alimente
J e m'accroche au bord de cetteterre
j'enfonce
mes
pieds
dans lesable
cesable
qui
est une dernière
étape
avant la mer
qui
est là
qui
me lèche doucement comme un brave
animal
et
qui m'emporterait
comme un vieux bout
de bois
J e ne lutte
pas
j'attends
et lui me
pousse
en
soufflant
toutes ses nouvelles
en me
sifflant
les airs
qu'il
a
rapportés
de
là-bas
il s'écrie
que
derrière moi
une ville
flambe
dans le
jour et dans la
nuit
qu'elle
chante elle aussi
comme au
jugement
dernier
J e
jette
tout mon
poids
sur cesol chaud
et*jeguette
tout ce
qu'il
dit
Il est
plus fort
Mais lui cherche des alliés
il est
plus fort
il cherche des alliés
qui
sont le
passé
et le
présent
et il
s'engouffre
dans mes narines
il me
jette
dans la boucheune bouled'air
qui m'étouffe
et m'écoeure
Il
n'y
a
plus qu'à
avancer
et à
faire
un
grand pas
en avant
La route est devant moi
il
n'y
a
pas
à se
tromper
elle est si
large qu'on
n'en voit
pas
les
limites
seulement
quelques
ornières
qui
sont les
sillages
des bateauv
cette rouie vivanir
qui s'approche
avec des
langves
et des Iras
pour
vous dire
que
cela ira tout seul
et si vite
Cette route bleue et verte
qui
recule mais
qui
avance
qui
n'a
pas
de cesseet
qui
bondit
Et lui
toujours qui siffle
une chanstn de
route
et
qui frappe
dans le dos
et
qui aveugle pour que
l'on ait
pas peur
Moi
je
m'accroche au sable
qui fuit
entre
mes
doigts
pour
écouter une dernière
fois
encore
ce tremblement et ces cris
qui firent
remuer mes bras et mes
jambes
et dont lesouvenir est si
fort
que je
veux l'écouter encore
que je
voudrais le toucher
Et lui ne
m'apporte qu'un peu
de ce
souffle
un
peu
de la
respiration
du
grand
animal
bien aimé
Encore trois
jours
sur cetteterre
i6
POEMES
avant le
grand départ
comme l'on dit
Me voici tout habillé
enfin
avec une
casquette
et un
grand foulard
autour du cou
les mains
rouges
et la
gueule
en avant
Me voici comme un
grand
lâche
un incendie ou bien une belle
catastrophe
ces autres
que j'oublie
Comme ils étaient
déjà
morts
pâles
et crachant ce
qu'ils appellentleur
âme
jerenifle
moi
pendant
ce
temps-là
SCÈNE RITUELLE
fcoiwelle-Bi
elugne
qui
oublie tout
et
qui
sait encore tout de même
que
les autres dans le
fond
derrière
derrière les
forêts
et toute la
campagne
au milieu de leur ville
qui bouge
comme
une
toupie
les autres les amis
ont le mal de terre
et ils sont là
qui
attendent on se sait
quoi
avec mon nez en
coupe-vent
l'odeur du sel et l'odeur du charbon
Encore trois
jours
et voici la mer
queje
vais toucher avec mes
pieds
decoton
et
puis
il
y
aura là-bas
plus
loin derrière
un morceau de verre
qui
deviendra un
fil
de verre
ou un
nuage
POEMES
'7
on ne saura
plus
très bien
Onn'aura
juste
te
temps
de
regarder
uns
fois
et de dire au revoir
et
puis
il
n'y
aura
plus
rien du tout
la terre sera couchée
et la mer s'élèvera dans l'aube bleue
Encore trois
jours pour penser
à ceux
qui
restent
et
qui
étaient commedes membres
qu'on
ne
pouvait
détacher de soi
sans
souffrir
et voilà
voilà mon
corps qui
se brise en mille mor-
ceaux
à cause del'éclatement de
l'impatience
et
qui
devient comme un
peuple
de
fourmis
que
tout l'air rend ivres.
Trois
jours que
cette
tempête
crache et
vomit
tout ce
qu'elle
aavalé sur sa route
trois
jours que
rien, n'est
plus
sacré
pour
ceux
qui
étaient bien
tranquilles
au coin du
feu
et
qui
maintenant ont
peur
que
tout ce
qu'ils possédaient
leur
dégringole
sur le crâne
Trois
jours que
cette mer
qui sifflait
pour
charmer les
voyageurs
se bat
contre cetteterre
qui
allait la nourrir
et
qui
se dresse
aujourd'hui pour
chasser
tous ceux
qui
voulaient oublier
leur
pays
Maintenant il semble
qu'une
heure
une treizième heure
ait sonné
et on ne l'attendait
Tout ce monde
qu'on
allait
quitter
tremble et
rage
et
puis
celle
qui
semblait si bonne
si douce
a
pris
une
grande
colère
on la voit
qui
serre ses milliers de
poings
et
qui
les
jette
en avant
pour faire peur
Alors il
faut
attendre encore
attendre les secondes et les
journées
qui glissent
tout de même
On a
plus
besoin des'accrocher
ni au sable ni à la mémoire
on est cloué là. comme un vieux
papier
contre un mur
On
regarde
ce
qui
se
passe
dans la rue
àtravers la vitre d'une
fenêtre
on en
ferme
les
yeux
et on entend lemorceau de
musique
que joue
le vent
avec ses
coups
de
rafales
et ses
flûtes
dans les
fentes
Allons Allons on trouvera bien de
quoi
se
consoler
Ce n'est
pas
la
peine
tout de même de se
tourmenter
et de croire
que
tout cela va
finir
d'un seul
coup
On rira encore un
peu
et
puis
on boira
beaucoup
tellement
que
la terre et la mer
tourneront
comme elles le
font
tous les
jours
et toutes
les nuits
Allons /liions ce n'est
pas
la
peine
de
pencher
la tête et de se dire comme
je
suis malheu-
reux
et de
faire
des choses et des choses
qui
ne
serviront
pas
On n'a
qu'à
se laisser
glisser
comme
ça
dans lesommeil etdans la
fatigue
et
puis
oublier tout cevent
qui rage
parce qu'il
est tout de même
impuissant
et
qu'il
ne
fera pas
cette
fois
encore
crever la terre
Allons Allons mettons nos
gants
nos manteaux et -nos
drapeaux
en attendant la,
pluie
et la nuit
en attendant le
départ
Voilà la mer et bientôt lesoleil
Voilà la mer et cettebrise
qui,
est sucrée
Voilà une dernière
fois
la terre
qui
se secoue comme un. chien couvert de
puces
Philippe
SOUPATJ LT.
•8 POEMES
VIVRE ICI
Quand
je
l'ai
vue,
je
l'ai
perdue
La traced'une hermine sur lesvitres
givrées,
Une
étoile,
à
peine
une
étoile,
la
lumière,
Ses
ongles
sur lemarbre éveillé de la nuit.
J e ne
parle plus pour personne,
Le
jour
et la nuit se mêlent si bien dans
la
chevelure,
Sous mon
regard,
sous ses cheveux elle se
fane,
Etre
vertueux, c'est être
seul.
Inconnue,
elleétait ma
forme préférée,
J e n'avais
pas
lesouci d'être un homme,
Et, vain,
je
m'étonne d'avoir eu à subir
Mon désir comme un
peu
de soleil dans
l'eau
froide.
Paul ELUARD
INVOCATION A LA MOMIE
Ces narines d'os et de
peau
par
où commencent les ténèbres
de
l'absolu,
et la
peinture
de ces lèvres
que
tu
fermes
commeun rideau
Et cet or
que
te
glisse
enrêve
la vie
qui
te
dépouille
d'os,
et les
fleurs
dece
regard faux
par
où tu
rejoins
la lumière
Momie,
et ces mains de
fuseaux
pour
teretourner les
entrailles,
ces mains où l'ombre
épouvantable
prend
la
figure
d'un oiseau
Tout celadont s'orne la mort
commed'un, rite
aléatoire,
ce
papotage d'ombres,
et l'or

nagent
tes entrailles noires
c'est
par

queje
te
rejoins,
par
la route calcinée des
veines,
et ton or est commema
peine
le
pire
et le
plus
sûr témoin
Antonin
ARTAUD.
CYCLE
Collier sous-marin
l'odeur des
règnes
se
propage
en ondes
de
plusieurs
couleurs
sur
plusieurs
kilomètres
Déchargez
l'alcool sur mes mains et la
lueur
ma tête sera le baril
tesson
d'intelligence ensanglantant
les
paumes
d'un
petit
maraudeur venu du ciel
nommé Louis et
âgé
de 14 ans et demi
Les
requins passent
et
repassent
ils
flairent
le
piège
l'horrible
piège
des maisons
des
fenêtres
à
guillotine
Les Suicidés des derniers
jours
avec les
Saints des derniers
jours
pourrissent quelque part
là-bas en
Amérique
où le sel est la
gemmeplus précieuse que
le
gel
leciel
qui
n'est
qu'un gel
DMéSimbeam
POEMES
>9
Caressez les
onyx
sur les
vagues
les
dragues
dela
peur
Le cadavre d'un roi remonté d'une
fosse
dans unelourdearmure
pourrit
tristement
Ledestin vertébral
poursuit
sa course
fausse
malgré
les mains les
pierres
et les
achoppe-
ments
Câblez le
filigrane
dosez
pesez
Cordesecasse et crie : Où est le
puits
?
Le
puits
est un oiseau sans tête
un
oeuf
cochéune vitre un soleil
un
paquebot
sur une mer
épaisse
et lourde comme le
sang
le
sang qui fait
tourner les roues
quand
les chars
outrepassent
les bornes
couronnes de
fruits
mûrs
échafaudés
en
auréoles
J e ne crois
pas que
la moisson soit
fête
car un insecte minuscule
que je
connais
fort
bien
a
percé
l'un des
fruits
a
longé longuement
les moindres couches
du
pulpe
les a
rongées
délicieusement
et s'est
logé
au
fond
sans
que
cela trouble en rien les
dragues
ni les rois
Quand
les machines ailées diviseront la
hauteur
en autant de couches irréversibles
qu'il y
a
de strates en mon cerveau
les
cerf-volants
déclancheronl des arcs-en-
ciel de
foudre
et les clairons
comme des murs tomberont en
poudre
Si
je perdais
mes
yeux
Si de ma
poche
entrebâillée dans la
fissure
des nuées
sortait un revolver
fumant
canon solaire
les obstacles de
neige
les
poulpes
d'herbe
pétrifiée
décocheraient un cri
froid
:
«Animation concave des nues »
Quand
les
spirales d'angle paralysées par
l'absolu
s'affaisseront
outrés de chair
plus
creuses
que
la
paille
des mottes de terre s'envoleront
et les
poissons quecoagule
la
profondeur
péril d'argile
haï des os
MARQUES
A Marc-Aurèle
Lire l'avenir dans lemarc de
café
Livrer ses amis
pour
un marc
d'argent
Lisser son
oesophage
avec du marc ancien
Liquéfier
un cadavre avec un marc de
soude
LE FER ET LA' ROUILLE
A
J acques
Baron
Si
je passe l'espace
crie et le sabre des
minutes
aiguise
son tranchant d'os sur la meule
du
temps
leschiens
d'orage jappent
entre lescourroies
engendreuses
d'étincelles et de tournois de
lances
lesable coulele
long
des escaliers du
sang
chaque
marche est une
ogive portail
ouvert
à deux battants
passent
les
aigles qui
circulent à travers
le val
vierge
des os
un
squelette rompt
la corde Silence Indice
des lèvres
des lèvres éclatées
gui saignent
du berceau
gonfle
l'audace des
sortilèges
le
jeu
des
bagues\'et
des
fléaux
tambour voilé brûlé le soir
par
le
spectre
des siècles
TEXTES SURREALISTES
la serrure
siffle quand je parle
même
voix basse
la
clef
m'invite au bal des
ferronneries
sanglots
si
longs Carthage
surnaturelle
les
poutres frêles
brisent
l'espace
lesilex est un
aigle
un vol sinueux d'exil
sesailes sont des couteaux
qui
ancrent dans
la terre
un circuit
majuscule
mais
que
le
feu
saura
franchir
armure del'évidence
Voussavez bien
quejepleurerai peut-être
lesoleil s'éveillerait
Lingot
d'astronomie
entreterre etciel une comète
s_e
balance
sachevelioreest
faite
dedés
Les victuailles au
palais
riche en
joies
sacrilèges
fumaient
Les
prêtres
levèrent tous ensemble
une
pierre
en
forme
demétéore
et
marquèrent
leur
front
du
sang
de la
vengeance
Un
poignard
un collier decristal une
plaie
béantede
fruits
mûrs étendus sur sa claie
Que
leciel soit solideoubien
vague
charmée
la
vengeance
est un astre étoile
vendangée
Plus bas
juste
sous lacolombe
entre les
quatre griffes qui engendrent
chacune l'un des
points
cardinaux
une rivière se
fige
.Proie nourricière des
flots qui
en
font
leur
pâture
des cailloux tendres roulent : ce sont les
fils-des pioches
Ils s'arrachent deux
par
deux des routes
sans douceur
reines d'obscurs travaux battant commedes
cloches
Mais la
frayeur
?
Un délire souterrain l'annonce la,
frayeur
Les entrailles de la terre se
groupent
en
forme
de maison
il s'ennuierait entre mes
doigts
comme un
serpent
de
flammes
serpent
ruisselant de têtes
et
pourri,
de
sanglots
Michel LEIRIS.
TEXTES
SURRÉALISTES
Louis
Aragou
:
Lescavernesles
jets
d'eaulesdieuxles
petits
ponts
de.sel lessaisissementsla fureur dormir
les
guirlandes
les miroirs soi-mêmela
prière
à cheval le
gouffre
les larmes d'autres déchi-
rures dans le ciel d'autres éclairs
pareils
au
sourire c'est au-dessus de ces
arabesques,
de ces
funérailles de la lumière,
que
le
signe
plus
s'est levé
pour
inviter à sa
croisade,
la
terre sainte des
additions,
les fantômesblancs
que
nous
sommes
quand
réveillés en sursaut
par
les baisers des meubles nous
surgissons
sur lesmatelas
rayés
soulevant denos
genoux
les
draps
encore
baignés
dans lerêve Ah les
drôles de
pinces
à
linge, que
nous faisons.
Et àcette croisadeil
y
aura
grand
mondeil
y
aura
l'épouvante
et lesursaut d'autres
couples
descélibataires des enfants en cartes à
jouer

cause de
l'avenir)
des vieillards en allu-
mettes

cause du
passé)
des femmes des
femmes : des fenêtres. On dira c'est
par
ici
la Palestine et les
casquettes
sauteront au-
dessus des
arbres,
et retomberont dans la
grille.
Et
puis
le vent
ayant
courbé la croix
celle-ci,
ne sera
plus que
le
signe
indicateur
descarrefourssur les
plaques
bleuesdesroutes
et
laquelle
des routes
emprunter
devant l'in-
connu blanc
qui
en annonce au moins deux
aux
pèlerins
avides. La foule des croisés
s'arrête et délibère : tout à
coup
le multi-
plicateur
deschemins se.met àtourner semet
à tourner tourne et c'est une étoile un feu
d'artifice la roue le cercle et se déforme,
l'ellipse
et
plie,
le
patin
à
glace,
sur le ciel
des feuilles
où les nids de bouviers étaient
accrochés comme des
épingles
au bras d'un
homme
qui
ne veut
pas
oublier ce
qu'il
doit
faire. Nouscherchionsunecroix et noustrou-
vons un
patin.
Quel pied s'adapterait
à ce
patinsurgi
?Lescroisés
comparent
leurs
pieds
Pieds desenfants enformedecoccinellesPieds
desvieillardsen formedescarabéesPieds des
hommes en forme de domination Pieds des
femmesen formede baiser Pieds Pieds Pieds
semblables,
et dissemblables
nuage
dela mul-
titude
pieds allignés
le
long
de la vie feston
TEXTES SURREALISTES It
de la foule
palpitante
mais, le
patin
«st si
grand qu'il
n'est
pas
un
pied
assez
petit
assez
parfait pour s'y
exactement
ajuster
: en vain
on chercherait
parmi
les
voyageurs
la Cen-
drillon céleste dont la
pantoufle
est le
soleil,
uneerreur de
prononciation
a
trompé
ce
peuple
J amais ! Où donc
ai-je
rêvé d'un
patin
tran-
chant comme une
épée
Par
pitié,
enfoncez
ce
patin
dans moncoeur.
Sur lestoits
rouges
de mes
yeux
s'ouvrent
les
nénuphars
des larmes bizarre
marécage
en
pleinjour
mais
déjà
c'est: lanuit detrente
pendant
sa
migration
délirante
«Lesigneplus
»
disez-vous
quelleerreur,
un mot s'était caché
derrière le tournant de la
montagne.
Il
n'y
avait écrit sur le ciel
que
deux mots Plus-
J amais,
et le
pied qui s'ajuste
à ce
patin
du
désespoir
ce
pied
ne foule
pas
les chemins il
préfère
fouler mon coeur
qui gémit
Plus-
ans
qui
baisse en veilleuse les
aigrettes
des
Pieasso
aventurières. O
genoux
croisés
énigmes
demon
destin
j'avais
cru
pouvoir
vous
répondre
sphinx
des bas desoiesousle
point
d'interro-
gation
bleu du tabac
j'avais compté
sans
Solange
La Solitude
j'avais compté
sans les
reflets et les
bagues
du soir. La
gazelle
du
gaz
à
peine
avait ellecouru lesrues où tremblait
TEXTES SURREALISTES
la réclame
polaire que
dans ce-
pays
de fan-
tômes familier à l'excès avec lesrevenants de
pierre
et les chuchotantes ombres du faux
amour
je
reconnaissais à sa fourrure de fris-
sons, Solange
et
Solange
était làmuettecomme
leciel étoileavec sesmains d'alcool et l'éche-
vèlement deses
pas.
A l'abri decette
passante
adorable en vain
j'imaginais que j'étais
une
pierre transparente
un décor des
tropiques
l'enfant desîlessansnom
qu'à peine
unemain
vacillante au
plus
bleu dela carte au hasard
situe,
mon existence
prenait
l'accent
tragique
du
cristal elle ne l'a
plus quitté
et voici la
cloche d'alarme et
je
me réveille en sursaut
Oùestu
Solange
Ho
Solange
ellene
répond
pas
il
n'y
a
qu'une grande
flammeblondeun
peuplus
loin dans ce
paysage
d'acier
Solange
serait elleun
songe
elletient
par
un bout de
son nomà la terre et
par
l'autre au ciel de
l'imaginaire
elles'évanouit dans ma mémoire
et sa
présence étrangement
à l'absenceest
pareille
elleselèvesur maviecommeunastre
invisibleelleest
plutôt
un
signe
du
zodiaque
une influence
planétaire qu'une
lueur ou un
soleil.J 'entre dans lazoned'attraction
qui
lui
sert
d'écharpe
ou de
harpe
le doux chant
que
celui de
Solange perdue
dans la forêt
nous sommesforêt l'un àl'autre
couple
bizarre
oùchacunresteseul
couple
fait
pour
lemalheur
et les
draps
noirs des
séparations
volontaires
couple
defeux follets dansla
bruyère
blanche
desrendezvous.Maistoi
magie,
blondeécoute:
peut
être me suis
je trompé, j'ai
cru recon-
naître ton haleineà la vitre de ma chambre
pourtant
tu devraisêtreencemomentailleurs
si c'est ailleurs
que
s'étendent les déserts
peuplés d'aiguilles
mais les cristaux de tes
regards
et tes floiaisonsdecaressesremontent
lentement au fond du verre demon
coeur,
encoreunefois
Solangeprends
si seulement tu
existes cette main
qui
doit être la mienne.
Ellesourit
ellenecroit
pas
àma
réalité,
nous
sommes hantés l'un
par
l'autre irrémédia-
blement seuls ensemble au bord d'une cuve
d'oubli:
je
lui
parle
dumondetu saislemonde
ellesecouele monde avec ses cheveux
pâles.
Ce
que j'ai
aimé ne
l'effraye pas
elle n'est
jalouse que
de ce
qui
m'obscurcit
chaque
minute est une
flambée,
dema boucheil sort
des
poignards
elleles
reçoit
sans un mot elle
en fait des
bouquets pour
ses
chapeaux
de
fumée.Mamainla mordelledevient incendie.
Es tu là dans
l'aveuglement Solange,
on
peut
à
peine
dire
que
lasolitudeestlà. Noussommes
donc en
plein
dans le siècle des
apparitions
celle-ci nesait rien ducimetièreoùelle
surgit
mes
tempes
en sont les tombes J e t'aime
anéantit les croix sinistrement
penchées
vers
l'avenir
Solange
ohcenomcommeune
vapeur
au dessus des morts
agitée.
Ce
qui
n'est
ni leciel ni lamer ni lesvarechs
ni l'ombrece
qui
n'estni le
sang
ni lesvautours
ni ladiversitédesboisdemenuiserieni ladélec-
tation
coupable
desdormeursce
qui
n'est ni la
morsureni l'amorceni lamortni lemouvement
ce
qui
vienttout à
coup
ce
qui pourtant
déferle
commeune
grande
étolïe constelléeet l'ivresse
duvins'est enroulé avec un bruit bizarreau
destin
qui poursuit
l'enfant du
songe
au
songé
engendreur
àl'enfant du
songe
et
je
lenommeainsi
car
j'ai
les
yeux
bleus.C'est l'année du
beige
et dubleulamodeest aux baisers les femmes
ont
compris
enfinlecharme des
grands
éven-
tails decaressesellesvont sur les
promenades
avec de
petits
chiens blonds et des ombrelles
qui
sont mes mains.Ah les souliers
adorables
qu'on
fait
aujourd'hui
ce sont des frôlements
légers
commedes feuillesdes
feuillages
fanés
oudeseffleurements.Lamodeestàlanaissance
des fleurselleest au coeur desarbres elleest
à l'aubier elleest àl'aube et relevez cevoile
par

s'échappent
les oiseaux tenant dans
leur bec un
nuage.
Cettesaisonnous nerever-
rons
plus
les
grands
rires
sauvages
nous ne
reverrons
plus
ces éclats de couteau la
neige
aux
pleurs
solides ni les vêtements d'alcool
noir ni labrochedetrois heuresdumatin
que
les
élégantesportaient négligemment piquées
au travers de mon coeur.Celane sel'ait
plus
moncher un
chapeau
commelevôtre uncha-
peau
de
jalousie
aux bords de
précipice.
J etez
vos
gants
de
rage
et vosmouchoirstremblants
cette annéelesmainssont vivantes cetteannée
de ciel et de sableest dédiéeà la
fraîcheur:
on rencontre
partout
des
paysages
qui
s'en
vont dormir
près
d'une source. Les
petites
fillesont eu des
jouets
merveilleux
qui
disent
l'avenir
5
dans les
jardins publics
on
remarque
unenouvelle
espèce
de sourireoh
joli
ruban
des bouches.Les
spectacles
sont
à l'unisson
du costume il vient de s'ouvrir un théâtre.
oùil nesefaitrien
quesouffler
unebriseembaumée
par
lesvariétés de
l'orge
et des
seiglesqui
sont
innombrablesc'est làledernier
opérapossible.
Ce
qui
chante est comme le
passage
d'un
bras très
pur.
Lesmusic-halls sont devenus
transparents
et à travers leur
déluge
de
plumes
on voit la vie
qui
est une immense
plage
australe à l'indécise
apparition
dusoleil
avec de
grandspeignespoignardsplongés
dans
lescheveuxblondsdu
rivage.
Danslescabarets
chantants une
peuplade
inconnue fait des
numéros de murmures. Un
peu plus
tard on
nous
promet
des danseuses debuée Paris
verra bientôt les fameusesétoilesfilantes
qui
se sont accrochées dans la Croix du Sud
lesnobismeseraaux
éclipses
sansdoute: mais
onne fumera
pas
les verres on les boira;
TEXTES SURREALISTES i3
MORT D'UNOISEAU AndréMaison
Arp
:
la médailleselèvetandis
que
lesoleil,
après
cinquante
ans de
service, seretire danslesroues
calcinées dela lumière.
c'est l'homme
qui
a
remplacé
les réveille-
malin
par
lestremblements
déterre,
lesaverses
de
dragées par
des averses de
grêle,
l'ombre
de l'homme rencontrant <elle d'une mouche
cause une inondation, c'est l'homme aussi
qui
a
appris
aux chevaux à s'embrasser
comme des
présidents,
avec cesonze
queues
et demiel'homme
compte
dix
objets
et demi
dansla chambre meublée de l'univers : les
épouvanfails portant
dans leurs boutonnières
des volcans et
geysers,
les devantures des
éruptions,
les
étalages
de la ficelle de lave
les
systèmes
de monnaie solaire, les ventres
étiquetées,
les murs rasés
par
les
poètes,
les
palettes
des
césars, les natures
complètement
mortes,
les écuries des
sphinx
et les
yeux
de
l'homme
pétrifié
en louchant sur sodome.
entre dans les
continents, sans
frapper,
mais
avec une muselière de
filigranes.
les feuillesne
poussent jamais
sur les
arbres,
comme une
montagne
vue à vol d'oiseau elles
n'ont
pas
de
perspective,
le
spectateur
se
trouve
toujours
dans une
position
fausse
devant unefeuille,
quant
aux branches, troncs
et racines
je
déclare
que
ce sont des menson-
ges
dechauves, commeun lion
qui
flaire féro-
cement un succulent
couple
de
jeunes mariés,
le tilleul
pousse
docilement sur les
plaines
planchai
es. lestart du
châtaignier
et duchêne
sefait au
signe
du
drapeau,
le
cyprès
n'est
pas
un mollet de ballet
eucharistique.
attelés à
quatre
devant les
quatreprécédents,
comme les cimetières des
ventriloques
ou les
champs
d'honneurs,
les insectes en sortent,
voici ève la seule
qui
nous reste, elleest la
complice
blanchedesvoleurs de
journaux,
voici
le
coucou,
l'origine
delà
pendule,
lebruit deses
mâchoires ressemble à celui d'une forte chute
decheveux, ainsi on
compte parmi
lesinsectes
le
pain vacciné,
le choeur des cellules, les
éclairs au-dessous de
quatorze
ans et votre
humble serviteur.
le ciel des marines a été décoré
par
des
tapissiers expressionnistes qui
ont
suspendu,
unchâleàfleursde
givre,
du
temps
delarécolte
des diamants
conjugaux
on rencontre sur les
mers d'immenses armoires à
glaces
flottant
sur leur dos. la
glace
est
remplacée par
des
parquets
cirés et l'armoire elle-même
par
des
châteaux en
Espagne,
cesarmoires à
glaces
se
louent comme
ring
à des
sages-femmes
et àdes
cigognes pour y
faire leurs innombrables
rounds ou comme tabourets à de
gigantesques
pieds
rouilles
qui yreposent
et
qui
font
parfois
quelques pas
dessus,
pampam.
c'est
pour
cela
qu'on
nomme aussi les mers
pampas
car
pam
veut dire
pas
et deux
pas
font
pampam.
vous
voyez
donc
qu'on
neconsumemonsieur
son
père que
tranche
par
tranche,
impossible
d'en finir enun seul
déjeuner
sur l'herbe et
le citron même tombe à
genoux
devant la
beauté de la nature.
LA NUIT D'AMOUR Georges Malkine
A LA FENÊTRE
J en'ai
pastoujours
eucette
sûreté,
ce
pes-
simisme
qui
rassure lesmeilleursd'entrenous.
Il lut un
temps
où mes amis
riaient de moi.
J e n'étais
pas
lemaître demes
paroles.
Unecer-
taine indiffé-
rence.
J e n'ai
pastoujoursbien
suce
queje
vou-
lais
dire,mais,
le
plus
souvent
c'est
que je
n'a-
vaisrien à dire.
La nécessité de
parler
et ledésir
de n
'
etre
[pas
entendu. Mavie
ne tenant
qu'à
un fil.
Il futun
temps

je
ne sem-
blais rien
comprendre.
Meschaînes flottaient
sur l'eau.
Tous mes désirs sont nés de mesrêves. Et
j'ai prouve
monamour avec desmots. A
quelle
créature
fantastique
me
suis-je
donc confié,
dans
quel
monde
douloureux et
ravissant mon
imagination
m'a-t-elleenfer-
mé ? J e suis
sûr d'avoir été
aimé dans le
plusmystérieux
des
domaines,
le
mien.Le
langage
de mon amour
n'appartient pas
au
langage
hu-
main,
mon
corps
humain ne tou-
che
pas
àlachair
de mon amour.
Mon
imagina-
tion amoureuse
a
toujours
été
assez constante
et assez haute
pour que
nul ne
puisse
tenter
demeconvaincred'erreur.
Paul ELUARD.
COURSED'AUTOS Man
Ray
DERNIERSEFFORTSET MORTDU PREVOT
// André Breton.
Chacundoncest sur ses
positions,
s'observe,
lorsqu'éclate
comme un
coup
de feu la J ac-
querie.
J e
n'ai malheureusement
ni les loisirs
ni la
place,
danscebref
essai,
dedisserter sili-
cesoulèvement
populaire,
provoquépar
l'admi-
rable
paysan
Guillaume Karl
;
l'essentiel est
que je signale
ici la sincèreattitude révolu-
tionnaire
d'Etienne Marcel
qui
fait aussitôt
allianceavec les
insurgés.
D'abord
parcequ'il
connaît
la misère
effroyable
desserfs et
qu'il
y compatit,
ensuite
parce qu'il
devinecom-
biendeforce
vitale est en
puissance,
là. I lélas
ce
sont des
hommes
qui,
à défaut de savoii
tuer,
savent
mourir et toute cette
troupe
indisciplinée
et
Fanatique
vasefairehacher en
quelques
semaines
par
les armées coalisées
du
Dauphin
et de la noblesse. Voilàle beau
spectacle
patriotique
auquel
on nous convie:
les
patriciens
français
massacrantla
plèbe,
d'isle
de France,
sans
risque,
comme le boucher
égorge
un mouton,
à l'abattoir. Non,
il
n'y
aura
pas
assez detout le
sang
noble
répandu,
en1792,pour
effacerlesouvenirdecettecurée
;
il faut encore
pour
notre
vengeance
une
jac-
querie
àrebours. Le
temps
n'est
pas éloigné
qui
lasatisfera. Lesvictimes
queje désignerai
ne
manquent pas
si lebourreau
quejepressens
répond,
le
jour venu,
àmon
appel.
Seresserre l'encerclement de Paris
par
les
troupes
du
régent.
Lamisèreest clansla
place.
La famine commenceses
ravages
et voici la
haine
qui
succède à l'amour. La
population
rend Marcel
responsable
de tous ses maux.
Les sales
bourgeois,
tout
bas,
souhaitent sa
perte,
eux
qui
arboraient hier le
chaperon
mi-rouge, mi-bleu,
avec un fermoir demétal
émaillé,
«
en
signe
d'alliance de vivre et
mourir avec lui ». Des
mégères
murmurent
quand
il
passe, impassible
et solennel
; parfois
l'une d'entre
elles,
plus hardie,
ribaude aux
yeuxcanailles,aux fesses
provocantes,s'appro-
cheet, sur le
pavé qu'il
va
fouler, lance un
jet
desalive.
Alors,
il continuesa
route,
aussi
dédaigneux
dosaffronts et des menaces
qu'il
l'avait été des
agenouillements
et de l'ado-
ration.
DERNIERS EFFORTS ET MORT DU PREVOT 25
Les
jours
tristes se
succèdent,
les défections.
Un à
un, furtivement, parce qu'ils
savent
commettre une
faute,
les membres des Etats
abandonnent leur chef. L'infâme
parti royaliste,
àlatête
duquel pérore
le
bourgeois
J ean Mail-
lard,
prend
nettement
parti
contre le
prévôt,
réclame son
incarcération,
samiseen
jugement
et fait des voeux
publics pour
leretour triom-
phal
du
régent.
Le
peuple qu'affole
la famine
réclame latête deMarcel.
Un soir
(j'aime
de
l'imaginer
sans lune,
glacial, désolant,
ce soir
!)
le
prévôt
des mar-
chands
songea pendant
de
longues
heures,
devant son
feu,
à l'avenir : d'hallucinantes
formes lui
apparaissaient emmy
les flammes,
ressuscitaient tout le
passé.
Qui, lorsqu'il
devinela mort assiseà sa
droite,
necaressede
pensées
tendres les blancs cheveux de sa
mère ? un
coup
de vent
parfois saccageait
le
trésor,
chavirait lesbûches. Alors,
il se
penchait
davantage,
son dur
profil
se confondait avec
ses rêves.....
L'impossible,
ne l'a-t-il
point essayé
afin
d'éviter les désastres
qu'il pressentait
? Mais
puisque
le duc de Normandie se
complaît
dans la mauvaise
foi,
Etienne certes ne lui
servira
pas d'otage.
Charles de
Navarre,
l'ambitieux
prince,
n'est
pas
très loin derrière
lesmurailles
;
il suffit d'un
signe,
d'un
appel
:
on le sacre
roy
de France.
Qu'est-ce qu'un
changement
de
dynastiepour
Marcel ?
qu'est-ce
même
que
la France ? il a usé sa vie
pour
l'humanité tout
entière, jamais spécialement
en faveur decette
patrie,
si
impatiente
de le
renier, si avide de levoir mourir.
«
Trahir sa
patrie
»,
existe-t-il au monde une
expression
aussi dénuée de sens?
qui blasphème
Dieu,
sans
y croire, celui-là n'est
pas
raisonnable ?
et Marcel ne croit ni à la
patrie,
ni en son
Dieu.
Cette
nuit,
il nedort
pas,
il envoieun
message
à Charles le Mauvais
qui
transmet sa réso-
lution de lui livrer Paris. A son
reçu,
Charles
de Navarre
répond, par
ses
émissaires, qu'il
setient
prêt
à entrer dans Paris et à ceindre
la couronne. Etienne
Marcel,
délesté du
poids
qui l'oppressait, prend
les clés de la cité.
Il les
palpe,
les considère : on
peut
ouvrir une
ville,
pas
son coeur. Un amant ne
regarde pas
avec unetelle fixité le
corps
de sa
maîtresse,
lorsqu'elle
le découvre. Il
joue
avec les
clés,
maintenant,
comme une courtisane avec son
miroir,
les
aligne
sur une
table, par rang
de
taille. Cen'est
pas
sans un
âpre
ricanement
intérieur
qu'il contemple,
entre ses
mains,
brillante commeun minuscule
poignard,
celle
par quoi
va
changer
la destinée du'un
pays.
Un seul tour de cette
cli,
la France ne sera
plus
laFrance. La délibération ne l'embarrasse
pas davantage et,
voici
que,
suivi de
quelques
rares amis, le
prévôt, par
les
plus
étroites
ruelles et les
plus malodorantes, gagne
la
bastille Saint-Denis. Sur son
passage,
s'élèvent
les
grognements
de ses
compatriotes,
cochons
qu'il engraissa
et dont il
méprise aujourd'hui
la sale viande.
En
marchant, Etienne Marcel
soliloque
:
«
Il n'est
pas
uneminute demon existenceoù
je
ne fus
prêt
à mourir.
N'ayant espéré
de la
vie
rien, j'attends
tout de la mort. Car la
mort ressembleàl'amour
qui,
sur unlit
défait,
couche,
pour
des chevauchées
adorables,
la
reine de France et son
palefrenier.
11en va
ainsi de sa soeur
qui égalise
tous les
êtres,
enfin,
sous lemarbre destombeaux. La
mort,
l'amour !
jambes entrelacées,
paupières
closes,
extase des
couples
évanouis ! Les
grandes
amoureuses et les
moribondes,
rien ne les dis-
tingue
et la
grâce
du
corps qui
se donne, je
la
compare
àl'abandon du
corps qui
seraidit.
Le
spasme
de la
volupté, je l'imagine
moins
doux encore
que
le râle de
l'agonie.
Nuits
silencieusesoù dufondde
l'espace
se
répondent
la mort et
l'amour,
comme deux bouches
étoilées,
nuits de
baisers, d'offrandes,
derenon-
cement et
d'adieux,
voici
qu'en
ceclair
matin,
je
vais à vous. Si
je
dois succomber
demain,
tout à
l'heure, que dis-je,
à
l'instant,
ce sera
sans
regrets.
Cet amour dela mort
quej'entre-
tenais en
secret,
n'était-ce
pas
la seule excuse
valable
par quoi je
me donnais des raisons de
vivre ? »
Ils arrivent devant la bastille Saint-Denis.
Le
prévôt
se détache, du
groupe.
Comme il
s'apprête
à ouvrir les
portes,
voici
que
reten-
tissent descris, unefoule
glapissante
lesentoure
A la tête de ces hideux
bourgeois,dont
la
gueule
ferait vomir les
chiens,
reconnaissez
J ean
Maillard, capitaine quartenier
dela
ville,
qui
se
repaît
à l'avance de son
ignominie.
Tout de
suite,
il
désigne
Marcel
qui
reste
insensible à ses
outrages ;
il l'accuse dehaute
trahison. Les amis du
prévôt dégainent.
J usqu'à
sa
fin,
pacifique, Marcel, qui
lesdomine
tous de sa haute
taille, essaie,
mais en vain,
d'apaiser
les fureurs
réciproques.
Il sedétourne,
pour haranguer
les siens. C'est alors
cpie
Maillard le lâche
rampe
comme une
hyène,
renifle sa victime.
Puis, subitement,
saisissant
une lourde
hache,
il
assène,
par
derrière,
un
coup
formidablesur lecrâne du
prévôt.
Le
sang
ruisselle
;
la
cervelle,
ce floconde
neige, jaillit
contre le mur. Une
seconde,
Marcel reste
debout, puis,
comme un
grand aigle
foudroyé,
s'abat, au seuil de cette
porte qu'il
n'ouvrira
jamais
(1358"). Pierre deMASSOT.
Extraitd'unlivreà
paraître: EtienneMarcel,prévôt
des marchands.
LA DERNIÈRE NUIT DU CONDAMNÉ
A MORT

Letemps
de mettremescheveux
etj
esuis
à vous.
C'était moi
qui parlais
et
j'étais juché
sur
unedes
plus
hautes branches d'un
châtaignier
centenaire. Il
pleuvait beaucoup.
Desenfants
jouaient
au
pied
de l'arbre.
A l'intérieur du
tronc
qui
était creux et netenant
guère que
par
l'écorce, une
poule pondait
continuel-
lementdesoeufs
qu'elle
brisait,
séancetenante,
à
coups
de bec.
Mon
interlocuteur,
un
jeune
fermier des
environsenlevait son boucet lemettait dans
sa
pochequand
il était
fatigué,
lesoir
surtout,
en fumant une
grosse pipe
de verre bleu,
laquelle
n'était autre
qu'un
isolateur
évidé
et muni d'un
tuyau
deroseau.
J e descendisdemon arbre et
prenant
mon
ami
par
le bras
je partis
àla
chasse, quoique
à cette
époque
de l'année les
règlements
en
vigueur
ne le
permissent point.
A ce
moment,
la
porte
demacellules'ouvrit
avec fracas et un enfant dehuit ans traînant
une
petite
chèvre entièrement
noire
entra,
précédant
unefoulede
gens, queje
neconnais-
sais
i>as.
Parmi eux se trouvait mon défen-
seur. Il tenait une
paire
de bretelles
qu'il
fixait obstinément et ses lèvres remuaient
prononçant
des
paroles
que. je
n'entendais
point. «Bonjour,Papa»
lit l'enfant et il
poussa
la chèvresouslelit.
L'un des hommes
qui
m'étaient
inconnus
s'approcha
demoi et me dit :

Benjamin
Péret,
vous savez ce
qui
se
passe.
Moi Non.
Lui Ecrivez ce
que
vous voudrez.
M<1 J e n'ai
pas
àécrire.
Lui Bienhabillez-vous.
NATUREMORTE:PAOLOET FRANCESCA
Arp
J e
m'habillai,
merasai avec soin,
décrochai
par
habitude mon
ampoule électrique,
lus
quelques
versets de la Bible et un
chapitre
des11.000
verges
et
annonçai quej'étais prêt.
En route la conversation ne
languit point.
J 'entretins mon défenseur de mes
projets.
Sitôt sorti de
prisonjecomptai reprendre
ma
professionque je
considérais commela
plus
belledetoutes. J e me
proposais
devioler et
d'assassiner ensuite avec des
procédés
detor-
ture
inédits,
une
jeune
fille
que j'avais
ren
contréeun
jour
sur la route
d'Epinal
et
que
j'avais
suivie
jusqu'à
son domicilenon sans
lui déclarer
qu'elle
était la
plus
belledetoutes,
et
que
si ellemelaissaitl'aimer
je
serais infi-
nimentheureux. Ellesourit un
peu
etmedonna
un
petit
oiseau
qui
n'avait
qu'unepatte.
J e le
gardai longtemps.
Il vivait dans la
poche
de
mon veston ; tenez,
là.
Mondéfenseurétait unhommecharmant
qui
comprenait
la vie et à mesure
queje parlais
je
lesentais
gagné
àmesidées,
àmesambitions.
Tuer n'est-ce
pas
le
plaisir
le
plus
délicat
qui
soit donné à l'homme.

Tenez,
lui
disais-je,quand je
mesens un
poignardlong
et effiléen mainet
que
ce
poi-
gnard plonge
dans la
poitrine
d'une fillette
ou àtravers la faced'un deceshommes
qui,
lesoir,
en brasde
chemise,
lisent le
journal
à
leur fenêtre.
J esentais
que
cette vieletentait et il m'eût
été
agréable que
cet homme
qui
m'avait
défenduaux assisesavec tant detalent con-
tinuât
après
moi l'oeuvre
que j'avais
entre-
prise
: La
généralisation
du crime.Pour
ce,
jedéveloppais
les
argumentsqui
mesemblaient
les
plus
favorablesàma
thèse,
et
quand
nous
arrivâmes dans la cour dela
prisonaprès
un
temps qui
me
parut,
ou très court ou très
long (il
est si difficile
d'apprécier
le
temps),
il était tout
disposé
àassassinerundes
person-
nagesqui
nous
accompagnaient,
afindisait-il,
de nous enfuir à la faveur du désarroi
que
causerait son
geste.
Arrivé clansla cour de la
prison, je
vis la
guillotine,
et metrouvai sanstransition aucune
dans un état d'excitation sexuelle
surprenant.
J e crois
que
si
j'en
avais eu la
possibilité,
j'aurais pu
aimer successivementune
quinzaine
de femmes. Néanmoins
je
me dominai et
m'adressant à M. Deibler
je
lui demandai la
permission
dem'entretenir
un instant avec le
gardien-chef
dela
prison.
J e dis à ce brave homme,combien
j'étais
attristé dele
quitter
et
quel
souvenir
agréable
je
conservaisdesrelationsamicales
qui
s'étaient
LE PONT DE LA MORT
a7
AndréMasson
établies entre nous. Pour lui
prouver
ma
sym-
pathie je
lui déclarai
que j'allais
semer dansla
cour dela
prison,
du côté le
plus exposé
au
soleil un
noyau
de ceriseet lui fis
promettre
d'apporter
tous ses soins à sa culture.
Quand
il m'eut fait
cette
promesseje
lui
représentai
combien m'était doux de
penser que
dans
quelques années,
alors
que
le
noyau
serait
devenu un
arbre,
il recueillerait des fruits
délicieux. J e lui demandai seulement d'en
donner une
poignée
à ceux
qui viendraient,
comme
moi,
expier
leurs
crimes,
encore
que.je
jugeasse point que
mes crimes méritassent
un
châtiment
quelconque.
Mon défenseur
m'approuvait
—-
Cher ami

Cefut au tour del'abbé demedire
queje
ne
ne devais
pas
mourir avant
d'avoir demandéà
Dieu
pardon
demes fautes. Cette
fois, je
me
mis en
colère,
et haussant les
épaules
lui dis
rudement
que je
n'avais aucune faute à me
faire
pardonner.
Il fit un
signe
decroix
préci-
pité
et semit à direson
chapelet
ensilencece
qui
me
gênait beaucoup.
M. Deibler
s'avança
vers moi et avec une
politessequi
metoucha
beaucoup
medemanda
si
j'étais prêt.
Surma
réponse
affirmative,
il me
fit latoilette habituelle du condamné à mort.
L'opération
terminée
je m'avançai,
soutenu
par
M. Deibler et mon défenseurversla
guillo-
tine
près
de
laquelle
se tenaient les aides.
Tous trois nous chantions le Die Wacht am
Rhein. Au loin un
piano mécanique
tordait la
5e
symphonie
deBeethoven.
Aumoment de
passer
surlabascule
je
deman-
dai à
téléphoner.

A
qui
medit M. Deibler.

N'importe,
lui
dis-je, je
veux
simplement
téléphoner.
11ne voulut
pas
me refuser. J e demandai
unnuméro. C'était celui d'un amiral,
qui
sans
melaisser le
temps
de
parler
m'annonça qu'il
allait
quitter
Paris
pour
serendre à bord de-
sonnavire. Il devait
prendre part
aux manoeu-
vres navales dans la Méditerranée. J e raccro-
chai
l'appareil.
On me
jeta
sur la bascule
J e metrouvai dans lemêmeétat d'excitation
sexuelle
que lorsque
la
guillotine
m'était
apparue.
M. Deibler s'en
aperçut
et
enjoignit
à un de ses aides de me satisfaire.

Puisqu'il
va mourir et
qu'il n'y
a
pas
de femmes
ici, disait-il,
vous
pouvez
bien le
satisfaire.
J amais de ma vie
jouissance
n'avait été
aussi
complète,
il est vrai
que j'allais
mourir.
Effectivement
quelques
minutes
après,
le
couperet
dela
guillotine
tombait sur matête.
J ustice était
faite,
commeon dit...
Benjamin
PÉRET
LE PONT DIE L.A. IMIOiRT
Navigateur
du
silence,
le dock est sanscou-
leur et sans formece
quai
d'où
partira
ce
soir,
lebeau vaisseau
fantôme,
ton
esprit.
Autrefois
tu te contentais d'allumer de faciles chansons
et seul l'incendie des
pianos mécaniques
éclai-
rait ta nuit. Dans la rue
perpendiculaire
une
négresse
assise sur le seuil de sa chambre à
coucher,
de sa chambre à
travailler,
dès
que
le
passant
l'avait
dépassée, renonçait
à sa
majesté vénale,
et dans le
ruisseau,
unique
souvenir d'un
Congo originel,
ramassait à
pleines
mains
-
des débris de
légumes,
des
papiers gras.
Et cen'était
pas
seulement
pour
se
venger
desonindifférence
qu'elle
bombardait
l'homme,
mais cette reine devenue
mégère
à
lafindu
compte
se
changeait
en
oiseau, voletait
autour du
promeneur,
sa
victime,
roucoulait
si
gentiment que lui,
oublieux des taches sur
son
veston, se demandait soudain si les co-
lombes,
au coi.traire d'une
opinion professée,
28 LE PONT DE LA MORT
ne sont
pas
decouleur noire. Et. elle, inspirée,
tandis
qu'elle nettoyait
ce
qu'elle-même
avait
gâté,
trouvait de
quoi
séduire. Elle
s'emparait
de
l'étranger,
se
pavanait
à son bras et avec
lui,
revenue
jusqu'à
son
taudis,
montrait des
dents si
blanches, que
dames
putains,
ses
collègues,
frissonnaient dans leurs chiffons
roses.
Les marins
qui
avaient assisté à tout ce
manège
riaient à
grands coups.
Ils étaient
connaisseurs en bons tours
et, par exemple,
savaient com-
ment
pour quel-
ques
centaines
de
francs,
sous
prétexte
d'une
traversée à
prix
réduit,
on
per-
suade aux Afri-
cains

qui ap-
prendrait
la
peur
de la chaleur
aux fils du so-
leil ?
•—
de se
laisser rôtir
près
d'une chauffe-
rie. Le bateau
rendu au
port,
il suffisait de
déboulonner les
plaques
de tôle
qui
tenaient
pri-
sonniers ces
passagers spé
-
ciaux.
Simple
histoire, des
hommes bruns
sont devenusdes
hommes bleus.
Grâce à des
pierres qui
rem-
placent
dans
leurs
pauvres poches
Parc-enciel
plat
des
por-
tefeuilles
marocains, leur
corps prend
avec du
poids
une discrétion suffisante
pour qu'on
les
laisse
doucement,
doucement
glisser jusqu'au
centre mêmedecette obscurité
clapotante, qui
clans
quelques heures,
à
l'aube,
pour
les
poissons
et les
navigateurs
redeviendra lamer. la vie.
Or,
quel
soir ?
Enfin,
les
prostituées
oui
compris que
les
pieds
n'étaient
pas
faits
pour
des tortures de velours noir mais
pour
une
nudité de
peau
à même une nudité de sable.
Mors les
talons,
sur
lesquels, depuis
des
siècles,
elleschaviraient,
tous lestalons se
sont
brisés,
et des fleurssans semenceont
jailli
du maca-
dam. Parce
que
nul
mensonge
ne
pouvait plus
être
toléré,
fût-il celui si mince des semelles
de
ficelle,
les
voyous
ont
jeté plus
loin
que
l'horizon leurs
espadrilles.
Eclatez couleurs.
Les criminels ont les mains bleues. Et
vous,
filles,
si vous voulez desbouches
rouges, passez
sur vos lèvres le
doigt
taché de vos dernières
amours. Au font des
océans,
tous les Africains
crédul'S cui voulurent faire des
voyages
à bon
compte
et mou-
rurent
près
des
chaufferies,
res-
suscitent. Sans
doute bientôt
seront-ils
pois-
sons,
puisque
déjà
leurs
jam-
bes deviennent
transparentes.
Ecoutez leurs
chansons sans
mot,
à la lu-
mière desmons-
tres
électriques
Les
hyppocam-
pesappuient
sur
leur nombril,
comme sur le
bouton d'une
sonnette électri-
que.
Est ce
poiu-
lethé? Mais
non,
Desforêts d'eau,
ils
montent,
points
d'interro-
gation
àtête de
cheval, jus-
qu'aux yeux
des
savants euro-
péens,
qui
écla-
tent dans leur
peau
terrestre. Levaisseau ian-
tôme écrit sa danse en
plein
ciel. Les murs
s'écartent entre
lesquels
onvoulut enchaîner
lesvents de
l'esprit.
Derrière les
plis
d'un ve-
lours
trop
lourdement
paisible
s'allume un
soleil de soufre et d'amour. Les hommes du
monde entier se
comprennent par
le nez.
Un
geyser imprévu
envoie au diable des
pierres
dont on atenté d'habiller lesol. 11
y
a un
pont
dela
planète
minusculeàlaliberté.
Du
pont
de la
mort,
venez voir,
venez tous
voir la fête
qui
s'allume. Biné CREVEL.
VERSAILLES
CHRONIQUES
L'OPPORTUNISME IMPUISSANT
Si l'on considère d'une
part l'opportunisme
politique
des
gouvernements capitalistes

quelles que
soient les formes revêtues
par
ces
gouvernements

et d'autre
part
les intérêts
vitaux dela classe
ouvrière,
onest
frappé
de
constater fin-
compatibilité
absolue
qui
existe
entre eux.
A
l'époque
de l'évolution
économique
du
capitalisme
où nous sommes
parvenus,
l'im-
périalisme, qui
est comme l'a écrit
Lénine,
«
la dernière
étape
du
capitalisme »,
il
apparaît
clairement
que
cet
opportunisme politique,
grâce auquel
la
bourgeoisie
dans la
plupart
des
pays d'Europe,
a
pu échapper
à la révolution
prolétarienne,
est
impuissant
à remédier aux
conditions
économiques présentes, qui
rendent
plus aiguë,
dans toutes ses
manifestations,
la
lutte des classes.
En
vérité,
la cause révolutionnaire s'hiter-
natioi.alise
chaquejour davantage,
et elles'élar-
git
aussi
chaque jour davantage
au fur et à
mesure
que
tous les révolutionnaires mettent
en concordance leurs
révoltes,
ou
plutôt
les
identifient àla mêmecause : larévolution
pro-
létarienne.
Ceux
qui
ne
comprennent pas qu'une
vic-
toire des
«
rebelles »
rifl'ains sur les
troupes
franco-espagnoles

ou sur les
diplomates
d'Oudjda
—est un événement
révolutionnaire,
aumêmetitre
que
la
grève
desmineurs
anglais,
sont
incapables
derien
comprendre
à la révo-
lution.
(Bien
entendu
je
ne
parle pas
ici dela
classe ouvrière dont lerôle
historique
en tant
que
classe révolutionnaire demeure
entier,
même
lorsqu'elle
n'a
pas
conscience decerôle
historique,
mais decette
partie
des
«
idéologues
bourgeois
»
pour reprendre
cette
expression
de
Marx,
«
parvenus
à
l'intelligence théorique
del'ensembledumouvement révolutionnaire
».)
Il est biencertain d'autre
part, que
lesmani-
festations violentes de l'action de classe dans
tel ou tel
pays
ont
pu
être rendues efficacesou
annihilées
par
une bonne ou une mauvaise
tactique
de combat de la fraction avancée et
organisée
du
prolétariat.
Les bolchevicks ont
pris
le
pouvoir
en
1917...,
lescommunistes alle-
mands ont laissé
passer
leur heure en octobre
1923.
Mais,
en
définitive, le sort de la révolu-
tion mondiale ne s'est
pas
encore
joué.
Certes
larévolution russe a donné à laclasseouvrière
sa
première organisation puissante
decombat :
un Etat
prolétarien,
une armée
rouge.
Mais il
serait dérisoire
pour
des communistes de
pré-
tendre s'en tenir àce.seul
acquit
et d'attendre
duseul Etat soviétiste denouvelles
conquêtes
révolutionnaires. 11est
trop évident,
au con-
traire,
que
lesort mêmedel'U. R. S. S.
(100
mil-
lions de
paysans pour
9 millions d'ouvriers
environ)
est étroitement lié à de nouvelles
actions demasses du
prolétariat
dans
les
Etats
capitalistes
les
plus
évolués.
Il
me_sembleimpossible d'analyser ici_dans
l'ensemble des faits
économiques,
la Situation
particulière
de
pays
comme
l'Angleterre,
l'Allemagne,
la
France,
etc.
;
ils
peuvent
être
dans un
temps plus
ou moins
long
le théâtre
d'événements 'révolutionnaires considérables
tandis
que
les
Etats-Unis,
au
contraire,
sem-
blent
pour
ce même
temps préservés. Cepen-
dant,
ce
qu'il
est
permis
de dire dans cet
article,
et cela sans
qu'il
me soit nécessaire
d'apporter
aucun
commentaire, c'est
que
l'im-
périalisme,
cette
suprême
construction
capita-
liste,
s'édifie au
profit
d'un nouveau monde
capitaliste, l'Amérique,
tandis
que passe
au
second
plan l'Europe
colonisée. Unetelle situa-
tion
replace
les
prolétariats européens

même
les
plus embourgeoisés
comme le
prolétariat
anglais,
comme le
prolétariat français

dans
des conditions d'existence telles
que
la lutte
des
classes,
voilée
pendant plus
d'un demi-
siècle
d'opportunisme, reparaît brusquement,
éclate à tous les
yeux.
«
Cette
grève
estunemenace
fuite
àla
nation,
la
plus grande
menace dont elleait été
l'objet
depuis,
la chutedes
Sluarl»,
écrivait hier
(on.ai)
Le
Times,
le
grand journal
conservateur an-
glais,
à
propos
de la
grève
des mineurs. Et
Le Westminster Gazette
«De la
grande
dame
richementvêtueet
qui
nese
déplaceque
dans son
automobilede
luxe, jusqu'à
la
petitedactylo,
les
femmesmanifestent (dans
les enrôlementsvolon-
taires),
une ardeur
comparable
à celledont elles
ont
fait preuvependant
la
grandeguerre.
»
11n'est
pas
besoin deciter d'autres extraits
de la
presse britannique pour
donner uneidée
del'état
d'esprit qui règne
dans le
camp
bour-
geois
: c'est bien l'état
d'esprit
de la
guerre.
Aujourd'hui
1.500.000 mineurs
; demain,
plus
de 2 millions d'ouvriers des
transports,
de la
métallurgie, etc.,
entreront en
grève
et nul ne
peut
direce
qu'il peut
advenir d'un tel mouve-
ment de
masses,
bien
qu'il
ait été déclanché
in extremis
par l'organisation
la
plus
réformiste
et la moins révolutionnaire du mouvement
ouvrier mondial : lestrades-unions.
3o
CHRONIQUES
-
Mais
que prouve
le mouvement
gréviste
anglais?
Il
prouve que l'opportunisme
des
chefs
travaillistes,
comme deschefs
bourgeois,
a été
impuissant
à
empêcher
la classeouvrière
d'entrer en lutte
pour
ladéfensedesesintérêts
vitaux.
Onsait
l'origine
du conflit : refus
par
l'Etat
decontinuer à
payer
la différenceentre letaux
des salaires accordé
par
les
patrons
et celui
réclamé
par
lesouvriers. Maisceci n'est
qu'un
prétexte.
En
réalité,
la
grande bourgeoisie
an-
glaise
met àexécution un
programme
écono-
mique indispensable pour
soutenir la concur-
renceinternationale :
augmentation
dela
jour-
néede
travail,
diminution dessalaires.
L'impé-
rialisme
anglais
battu en brèche sur tous les
marchés du
monde, mieux,
dans ses
propres
dominions
par
son rival
américain,
se voit
obligé
deréduire àla
portion congrue
laclasse
ouvrière
métropolitaine.
D'un seul
coup,
les
patrons anglais,
avec la
protection
de l'Etat
abolissent une série de
«
réformes
»
obtenues
au
prix
de laborieux
marchandages par
les
crades-unions.
]7.i*
ynifi jiii'n]]niêrn" tomos trois million
12
et
demi de
prolétaires
«
embourgeoisés
»
revien-
nent àl'action de
classe, obligeant
leurschefs
à déclancher un des
plus
vastesmouvements
de
grève générale qu'aie
connu un
prolétariat
organisé
d'une
grande
nation
capitaliste.
«
Tout est
fini
! »
disait tristement un des
leaders
travaillistes,
après
sadernière entrevue
avec M.
Baldwin,
tandis
que
son
collègue,
S.
H.
Thomas,
secrétaire du
syndicat
deschemi-
nots, ajoutait
: «C'est unebientriste
affaire

Or,
ce
qui
est
fini
dans tout
cela,
la bien
triste
affaire,
c'est la mort decet
espritopportu-
niste néfaste
qui
a annihilé
pendant
la seconde
moitié du xixe siècle et les
vingt-cinq pre-
mièresannées duxx° lemouvement ouvrier er
Gran
de-Bretagne.
J 'ai
parlé
decette
grève
desmineurs
anglais
àtitre
d'exemple que.
tout révolutionnaire eu-
ropéen
doit méditer. Il mesemble
impossible
qu'un
tel mouvement s'oriente immédiatement
dans un sens
révolutionnaire,
car il est encore
bien
trop
soumis à l'influence des chefsréfor-
mistes;
mais il achemine le
prolétariat anglais
inévitablement vers une issue
révolutionnaire,
après
la
liquidation
du trade-unionisme.
Laréalité delalutte des
classes, qu'il s'agisse
de
n'importe quel
Etat
capitaliste, apparaît
ainsi
malgré
ses détracteurs
impuissants
inal-
térable,
quellesque
soient lesconditions d'exis-
tenceoù setrouve
placé
le
prolétariat
considéré
dans son
ensemble, voire même dans ses frac-
tions
privilégiées.
Unefois
pour toutes,
il
s'agit
deréaliser
intégralement
ce
que représente
la
classe
ouvrière,
ce
que
vaut sa missionrévolu-
tionnaire,
et dansl'action tout aumoins
—pour
ceux
qui
ne veulent se lier
auparavant par
aucune doctrine d'ordre matérialiste
•—
lare-
joindre
en toute
circonstance,
sans débat.
Toute autre
position
est forcément contraire
à
l'esprit
révolutionnaire.
Marcel FOURRIER.
P. S.

Cetarticleaétéécritle4
Mai,second
jour
dela
grevagénérale
en
Angleterre
etàlaveillede
la
rupture
delaconférence
d'Oudjda.Depuis
cette
datelesévénementsont
évolué,apportanteux-mêmes
une
première
vérificationdemathèse

M.F.
LIBERTÉ, LIBERTÉ CHÉRIE
I
Uneceinture decristal
enveloppe
le
corps
de
la
morte,
ce sont les baisers
qu'elle
a donnés.
La vie ne laisse d'autre trace
que
celle des
baisers. La
vie,
nous disonsla
vie, pourdésigner
cette
petite
chambrée aux murs demarbre où
nos mains
glissent désespérément,
sans fin.
Il faudrait en sortir
pour
atteindre l'absolu
Mon
existence'^est
limitée
par
ma
conscience,
maconscience
qui s'oppose
àl'absolu.
L'absolu,
dans cette forêt bleue
j'entre
en
tremblant,
les
yeux
brouillés
par
l'habitude de la soi-
disant
réalité, qui
n'est
qu'une
des formes de
ma
pensée
même.
Le moi ne
peut
être
qu'identique
à l'infini.
J 'en arrive ainsi à nier l'individu. J e nie la
vie. Le moi étant
l'infini,
l'infini est le moi.
Il
n'y
a
pas
de
place pour
la
personnalité.
Ce
n'est
pas
ma
penséequi m'apprendra quoi que
cesoit. Le moi est en dehors dema
pensée.
Desconsidérations decetordre nousamènent
à rechercher les endroits
où nous
pourrions
battre une brèche dans cette dure
prison qui
nous enferme.
L'étude du rêve est un de ces
moyens-là ;
ellene
peut que
"détruire de
façon
définitivela
croyance
à une
quelconque
réalité en dehors
de l'idée.
Débarrassés ainsi de toute entrave venant
decette
réalité,
nous entrons dans le domaine
de l'absolu.
L'absolu se confond avec laliberté.
Lamorale
qui
enrésulte,
lamorale
delaliberté,
on
peut prévoir
dans
quelle opposition
elle
nous met avec la
société,
l'histoire. Nous,
sommes
incapables
désormais denous
plier
à
quelque
commandement
que
ce
soit,
si ce
n'est à la dictée del'absolu.
Les
hommes, voyez-vous,
sont les foutus
instruments de la
pluie
et du vent et sèment
les
petites
erreurs au
gré
des
saisons,
un scan-
dale. La nullité dont ils font
preuve
dans
l'emploi
de leurs facultés
moyennes,
dans
l'art ou dans la
mécanique, par exemple,
laisse
prévoir
combien ils seront
désemparés
dans le
CHRONIQUES
domaine des
idées,
de la morale enfin. La
lâcheté
qui règne
dans ledomainedela morale
est un
sujet
d'étonnement
perpétuel pour moi,
un
sujet
de
dégoût
tel
que je
n'arrive
pas
faci-
lement à
pardonner
à
qui que
cesoit de
porter
des traits humains.
Il
n'y
a évidemment d'autre réalité
que
les
images poétiques.
Cette ville où
je
me
meus,
si
mystérieusement d'ailleurs, est une
image
poétique,
ce
ciel,
cette bouche de femme.
Matière à
poésie,
voilà ce
que
les hommes
appellent
le
monde,
et ils
y
croient commeà
une chose
figée,
comme si
je
n'étais
pas
libre
d'en fairece
qui
me
plaît.
Il m'est
impossible
d'admettre une
préoccu-
pation quelconque
de l'homme autre
que
la
morale. J 'ai besoin d'excuser ma
présence
sur
la
terre, je
ne me
supporte
moi-même
qu'au
prix
de cet abandon sans fin à l'idée morale.
En
dehors dece
parti quepour
ma
part j'ai
définitivement
adopté, je
ne vois
pas
desolu-
tion.
MAXIMEALEXANDRE.
PÊCHERIEDECÉTACÉS Pierre
Roy
PROTESTATION
Il n'est
pasadmissible
que
la
pensée
soitauxordres
de
l'argent.
11n'est
pourtantpas
d'année
qu
i
n'apporte
lasoumissiond'unhomme
qu'oncroyait
irréductible
aux
puissances
auxquelles
il
s'opposaitjusqu'alors.
Peu
importent
lesindividus
qui
se
résignent
àce
point
àen
passerpar
lesconditions
sociales, l'idéede
laquelle
ilsseréclamaientavant unetelle
abdicationsubsiste
endehorsd'eux.C'estencesens
que
la
participation
des
peintres
MaxErnst etJ oanMirôau
prochainspec-
tacledesballetsrussesnesaurait
impliquer
avecleleur
ledéclassementdel'idéesurréaliste.Idéeessentielle-
mentsubversive
qui
ne
peut composeravecdesem-
blables
entreprises,
dontlebuta
toujours
étédedomes-
tiquer
au
profit de l'aristocratieinternationaleles
rêvesetlesrévoltesdelafamine
physique
etintellec-
tuelle.
Il a
pusembleràErnst etàMirô
que
leurcollabora-
tionavecMonsieur de
Diaghilew, légitiméeparl'exemple
de
Picasso,
netirait
pas
àsi
graveconséquence.
Elle
nousmet
pourtant,dans
l'obligation,
nous
qui
avons
avanttoutsoucidemaintenirhors
déportéedesnégriers
detoutessortesles
positionsavancéesde
l'esprit,
elle
nousmetdans
l'obligation
de
dénoncer,
sansconsidé-
rationde
personnes,uneattitude
qui
donnedesarmes
aux
pirespartisans
de
l'équivoquemorale.
Onsait
que
nousne faisons
qu'un
castrèsrelatif
denosaffinités
artistiques
avectel outel.
Qu'on
nous
fassel'honneurdecroire
qu'en
mai 1926noussommes
plusquejamaisincapablesd'y
sacrifierlesens
que
nous
avonsdelaréalité
révolutionnaire.
LouisARAGON

AndréBRETON.
Philippe Soupault
: GEORGIA
Le
pontqui passepar-dessusle
temps
estfaitdemille
maçonneriesmurmurantes:
poutres,ciments,poèmes,
etvouscolères
bleues,
leciel
gros
de
l'orage.Qu'est-ce
que
tu asfaitsurlaterre 1cen'est
paschrétiendele
demander.Tuas
tapé
du
pied.
Il estsorti des
fleurs,
des
siphons,
desétincelles.Tu as
tapé
du
pied.
J 'ai
longuementpenséaujdébut
decetteannéescolairede
1925-20àun
quatrain
deGuillaume
Apollinaire,
et
je
vous
prie
decroire
queje
nefaisni le
littéraire,ni l'éru-
dit :
Belles
journées,
sourisdu
temps
Vous
rongezpeu
à
peu
ma
vie,
Dieu
je
vaisavoir
Dingl-hu.lt
ans
Et mal vécusà monenvie.
Tristesvers
qui
vont
quatre
a
quatre
au tombeau
gris
desHeursséchées.Tristesversd'unhomme
que
j'ai
tant
admiré,
et
qui
n'était
epicça,
ma
phrase
montre
la
poussière.Vingt-huitans,quatre
fois
l'âgede
raison,
vingt-huitans,
deuxet
huit,
deuxfois
quatre,
0télé-
phone
dela
nostalgie.Qu'est-cecpii
avait
marqué
précisément
cet
âge
du
doigtdela
destinée,pour que
celui
qui
devaitmourirsousle
poids
dela
Légiond'1lon-
neur,
lechoisitcommele
plusindiqué
entretous
pour
àlalindutroisièmedes
quatre
vers
péniblement
ali-
gnés
donnerletremblementàceux
qui
commelui se
tiendraientuninstantàcette
fuyante
stationdufuni-
culairedes
jours
?
Toujours
cst-il
que
c'estàl'automne
dernier
quand
les
garnements
aveclesfeuillesmortes
retombentdesarbresdel'étédansles
préaux
froidsdes
collègesquej'ai, que
nous
avons,
nousdeux
Philippe
Soupault,
atteint lesvin
gt-hult
ansdont
parle
le
poète
Presque
tousanciensc'est
pourtantaujourd'hui,
ace
point
delaréflexionterrible
qu'on
nommela
vie,que
paraissent
les
poèmes
de
Georgia, après
tant d'années
qui
ont courbéle
monde, après
tant d'années
qu'on
a
pensé
tout
dire,
et
peut-êtrequ'on
avaittout
dit. Il aeu
vingtans,
il nelesa
plus.
C'estunehistoire
assezbanale.PU
qu'a-t-11
doncfaitsurlaterre?
Pardon,
j'oubliais.
J 'oublie.
J emesouviensdu
jour,
c'était
pendant
la
guerre,
a
Paris,
boulevard
Berthicr,qu'André
Bretonlut devant
moi,
il faisait
gris
etnous
marchions,
leslettresdeJ ac-
ques
Vachéàun
jeune
homme
qui
disaitdelui-même:
Vousmereconnaître/,amescheveuxfrisés.J 'ai vu
depuis
ce
tempsPhilippeSoupault
abiendeslumières.
Et moi-mêmemescheveuxsontblancs.Ni des
livres,
ni des
paroles,
riennenousafaitce
que
nous
sommes,
maisces
éclipses,
cestremblementsde
terre,
ce
que
nous
avons
eu,
ce
qui
nousa finalementéchappé.
J en'ai
pas:
aimétouslesromansdecet
ami,
avec
lequel
au
reste,
j'ai, jecrois,
étéfâché
pendant
desmois,
desannées.
J evoisd'ici ce
qu'il
abiensouvent
pupenser
demoi.
Et
puisqu'est-ceque
vousvoulez
queça
foute? Le
CHRONIQUES
mondeoùtout cecise
passe
n'est
pas
levôtre. Il
y
a.
entre
quelques-unsque
nous
sommes, qu'ils
leveuillent
ou
non,
lesentimentd'uneaventure
qui
nefinit
pas
avecelle-même.
Que
connaît-ond'unhomme? On
remarque
detel outel ses
goûts,
ses
paroles,
l'exté-
rieurdesa
façon
de vivre. On dira
que Philippe
Soupault
a eula
nostalgie
du
départ,qu'il
aaiméles
cafés,
lesairsaméricains.J evois
d'icil'articleSoupault
dumanuel.
Georgia, jeneparlequepour
moi.Moi
qui
commepas
uncroitàlaforcedes
paroles.
Voilàunlivre
qui
m'a
fait
penser
àleur faiblesse.Vous
n'y
êtes
pas.
Vous
seriez
trop
contentdem'entendre
critiquer
des
poèmes.
Sont-ce
eux,
était-celalourdeurduclimat1J 'ai cru
soudaintoucherlafaiblessedes
paroles.
Celivre
qui
est
pareil
aux
signesavant-coureursde
l'orage. Quand
chaque
brind'herbea
pris
conscienceduciel.Celivre
qui
m'estarrivéd'Italie.Et cen'est
pas
enItalie
qu'il
est
Soupault.
Oùest
PhilippeSoupault
?Bienmalin
qui peut
le
dire,
et d'ailleursvousmentez.Voici le
temps
deshommes
incompréhensible.
LouisARAGON.
CORRESPONDANCE
Lettre d'un inconnu à M. Louis Bertrand
de l'Académie
Française
Monsieur
J 'ai lu dans Le
Figaro
du 15
avril,
votrearticle
intitulé:
<•Allons-noustraiteravecAbd-el-Krim?»
J 'entranscrissansmodifications certains
passages
:
«Onnous
promet
de
/aire
merveillesans
risquer
la
peau
d'un
légionnaire
cl sans
risquer
unsou...
«Làoànousn'avons
paspage
le
prix
du
sang,
la
dominationn'aaucunebasesolide...
«iVoussommeslesmaîtresd'écoledelabarbarie...»
J e cesseles citationset renvoiele
lecteur, pour
édification
complète
àl'article
intégral.
Que
vous
soyez,
Monsieur Louis
Bertrand,del'Aca-
démie
Française,jen'y
voisnul
inconvénient,
et d'ail-
leurscelaneme
regardepas;
lesbassessesetlescom-
promissions
sont dece
monde,commeondit et l'on
«
fraye , n'est-ce
pas,
avec
qui
l'on
peut. 11estmême
fort
probableque
vossentimentssinoblesetsi chrétiens
sont
partagéspar
les
poètes,par
les
prélats,par
les
«
psychologues
»
devotreillustre
Compagnie... par
tousceux
qui
se
sont,
avec
bienveillance,
n
penchés
sur les
angoisses
humaines».
Que
la
politiqueétrangèreégalement
vous
occupe
et
que
vousraisonniezavec
sang-froid
des
principes
qui
nousautorisentennotre
qualité
de
Français,
à
tuer,
chez
eux,
des
Marocains,
etvousn'êtes
pas
diffé-
renciédesbanditsdont noussouhaitonslimiter les
méfaits.
Mais
que
vous
disposiez
aussi
élégamment
dece
que
vousnommezsi
plaisamment
la
peau
d'un
légionnaire,
alors
je
voudraissavoirde
quelsdroits,
envertu de
quel mandat,
àlasuitede
quelmiracle,
vous
trafiquez
avecunesemblableinsoucianced'une
peauqui
n'est
point
la vôtre?
J 'ai
copié
lesmotsodieuxetdecela
j'éprouve
encore
maintenantune
gêneintolérable.
Causantde
PEAU,instinctivement
j'ai regardémes
doigts,
mes
mains,
mes
bras,
de
près,
detrès
près...
j'ai
lentementexaminétoutema
peau

ce
queproba-
blementvous n'avez
jamais
fait dela vôtre

et
alors...
La
peau
d'un
légionnaire,
MonsieurLouis
Bertrand,
sur un
mort,
celadevientsaleet celadevient
noir;
des
poils
drus
poussent
un
peupartout,
des
poils
de
racines
;
le
tatouage
del'hommese ratatineet les
seinsdeCarmenou deFlore
s'épuisent
lentement
;
un lier couteause
perd, amaigri,
dansle
petit
coeur
veiné;
les
pétales
d'une
margueritesentimentalese
fanent,,1alettre,creusedumot
AMOUR,
lalettreU
disparaît
dansun
pli,
et les
phrasesbleuâtres,
aban-
donnantleur
objet,
se
dispersentétrangementdansle
langage
desmorts.
Peut-être,aujourd'hui,
vaut-il mieuxne
pasinsister,
vouslaisser
provisoirement
votre
peau
de
légionnaire
et
qu'elle
fasseledélicedevosheures
perdues...que
vousvous
plaisiez,
commel'onfait d'une
peau
fémi-
nine,
à en suivrele
contour,
à suivrele contourde
l'Infini...
Peut-êtrevaut-il
mieux,même,
et
pour
votre
jeu
intime,
définitivementvous laisser votre
peau
de
légionnaire
Vousl'abandonneravecses
yeux,
avecses
dents,
Avecles
ongles
desdix
doigts
desesdeux
pieds,
Avecsestesticulesvides.
Amuse-toibien.
X X X
Robert Desnos à Pierre Mille
CherMonsieur1.000.
11estbientard
pour
vousécrire.Unarticledevous
n'a
pasgrand
retentissement etc'estvousfaire
beaucoup
d'honneur
ques'apercevoir
devotreexistence.
Vousavez
publié,
Monsieur100voiciune
quinzaine
un articledansl'OEuvre oùvousdisiezn'avoir
jamais
trouvédanslesoeuvresdeDumas
père
unsentimentou
une
expressionoriginal.
Cela
signifie,
cherMonsieur
10,
(vous
connaissezla
signification
decechiffreen
argot)
que
vousêtesuncon.
Ceci
dit,veuillez
agréer,
cherM.0etmêmedouble0
l'expressionde.la considérationtrès
particulièreque
j'ai pour
l'adresseavec
laquelle
vousmariezlecontenu
desmanuelsRoretavecunsenstrèsvif du
petit
com-
merceetdelacombine
FUMET ? NON : RELENT !
Uncertain
Stanislas,quiparle
de«sonBaudelaire»
commes'il avaitcouché
avec,
vientdedécouvrir
que
le
marquis
deSadeestuneauteur
catholique.
M.Stanislas
Fumet,
dontlenomesttoutun
programme
et
qui
doit
nécessairement
posséder
des
pieus
aussi
catholiquesque
sonoeuvremériterait certainsoirderencontrer lefantôme
du divin
marquis.
Si d'ailleurscefantômesefaisait
attendre,
etcommecesmessieursdelacalotte
exagéren
t
de
plus
en
plus,je
meferaisun
plaisir
demesubstituer
àlui
pour apprendre
àM.StanislasRelentde
quelle
façon
l'auteur
catholique,queje
suisaussisans
doute,
entendtraiterlessacristainsetles
grenouilles
debéni-
tiersdetoutes
espèces
etdetoutesconditions.M.Sta-
nislasRelentn'est
pas
seulementuncrétindela
plus
belle
eau,
c'estencoreundeces
personnages répugnants
qu'unelonguemanipulation
descrucifixet dessaintes
huilesainvertidelatêteaux
pieds.
11conviendraun
jour,
encore
que
lamémoiredes
morts
m'importepeu,d'apprendre
brutalementâcette
engeance
cléricale
que
ni
Baudelaire,
ni Rimbaudni
Sadeni
beaucoup
d'autresnesontlesinstrumentsde
leurssales
besognes
etdeleurslouches
agissements.
L'ETRANGE CAS DE M. WALDEMAR
Edgard
Poeasurveilléla
décomposition mortuaire
deM.
Waldcmar,
maisM.Waldemarvit encore.Il se
signalepar
sonhaleine
fétide,
sonteintboueuxetcras-
seux,ses
yeux
miteuxet savoix
qui
rotecommeun
cercueil
que
l'onbrise.A
quoi
bondécrirecette
grande
charognequi depuisquelquesannées,
infectel'atmos-
phère
deParis.
11suffirad'avoir
signalé
à l'attention
publique
le
gravedangerque
M.Waldemar
George
fait courir à
lasanté
pourque
les
gens
évitentdele
rencontrer,
de
letoucherd'êtrefrôlés
parlui,
demarchersursonom-
breoud'avoirlesoreillessouillées
par
ses
paroles.
Outre
que
ce
personnage
estàlafoisunabcèsetun
pot
de
sanies,
il
représente
laconneriela
plus
absolue
etl'ordureintellectuellela
pluspuante.
RobertDESNOS.
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ÏM<* vfsll SO
et
déplaira
et
déplaira
et
déplaira
III1TM3M J L1
WM/
W
&ZYIW
-23
II 1*I* Collection des amis de l'édition
originale
i I*f
N° 8

Deuxième année
1" Décembre 1926
LA
REVOLUTION
SURRÉALISTE
CE
QUI MANQUE
A TOUS
CES MESSIEURS
C'EST LA
DIALECTIQUE
(ENGELS)
SOMMAIRE
Revue dela Presse : P. EluardetB. Péret
TEXTES SURRÉALISTES :
Pierre
Unik,
Cl.-A.
Puget.
Moi l'abeille
j'étais
chevelure : Louis
Aragon.
l>.A. F. de
Sade,
écrivain
fantastique
et
révolutionnaire : P. Eluard.
POÈMES
:
Max
Morise,
André
Breton,
BenjaminPéret,
Michel Leiris.
Dzerjlnski, président
de la Tcliéka :
PierredeMassot.
Lettre à la
voyante
: AntoninArtaud.
Opération
:
règle
d'étroit : PierreBrasseur.
Les dessous d'une vie ou la
pyramide
humaine : Paul Eluard.
Confession d'un enfant du siècle :
RobertDesnos.
Uccellole
poil
:
AntoninArtaud.
CHRONIQUES
:
La saison des bains deciel : G. Ribemont-
Dessaignes.
Correspondance
: Marcel Noll,
E.
Gengenbach.
Lég-itime
défense : AndréBreton.
ILLUSTRATIONS
:
Max Ernst.
Georges
Malkine,
André
Masson.J oan
Mirô, Man
Ray.
Yves
Tanguy,
PaoloUccello.
ADMINISTRATION : 16, Rue
J acqucs-Callot,
PARIS
(VI?)
ABONNEMENT,
les 13Numéros:
France : 55 francs
Etranger
: KM)frnnca
Dépositaire général
: Librairie GALLIMARD
15,
Boulevard
Raspnil, 15
PARIS
(Vil)
LE NUMERO
;
France : Sfrancs
litranger
: 7 francs
LA
RÉVOLUTION SURRÉALISTE
Directeur :
André
BRETON
42,
Rue
Fontaine,
PARIS
(IX 1)
Tél. Trudaine 38-18
LESENTRÉESDESSERRURES.
--
NEPASCONFONDRE.
REVUE DE LA PRESSE
AUPROCÈS DEMmc
SlERRI, L'EMPOISONNEUSE,
M. LE
PRÉSIDENT GOUYL'ACCUSANT D'AVOIR TUÉSON
AMANT,
DONNAIT LAMESURE DESONINFAMIE ENLUIREPROCHANT
«
DE N'AVOIRMÊMEPASLA RECONNAISSANCE DU
VENTRE ».
OR,
LE10
J UILLET DERNIER, ONPOUVAIT LIREDANS
LES
J OURNAUX LESTROIS FAITS-DIVERS SUIVANTS :
SUICIDE INATTENDU
UNEIDYLLE
QUIFINITMAL
Cette
nuit,
vers1 h.
30, le nomméDonal Clément
était accosté
place
dela
République, par
Madeleine
Danct.
Aprèsquelques
minutesde
pourparlers,
tousdeux
se
dirigeaient
Versl'hôteloùhabitecette
dernière, 36,
rue
du
Faubourg-du-T emple.
Un court instant s'était écoulé
depuis
leur entrée
dansunechambresituéeausecond
étage,lorsque
lebruit
d'une
fenêtre
ouverte
fit
seretournerM. DonalClément
qui
constata
que
sa
compagnen'était
plus
dansla
pièce.
Stupéfait,
il se
pencha
danslarueetvitun
corps
inanimé
étendusurletrottoir.
D'après
les
premières
constatations
effectuéespar
le
commissaire,
il
s'agirait
d'unactede
désespoir.
UNE TRAGÉDIEDANSUNE MAISON
DE FOUS
Vienne,
9
juillet.

OnmandedeBrno
(Tchécoslo-
vaquie)qu'une
rixe
tragique
s'est
produite
lanuitder-
nièredansl'asiled'aliénésdecettelocalité.
Fautede
place,
onavaitdû
logerdanslamêmecellule
deux
fous naguèreextrêmement
-dangereuxmais
qui,
depuisquelquetemps,
nedonnaientplusaucun
signe
d'agitation.
Versuneheuredu
matin,l'un
d'eux,nommé
Swobodn, s'étantéveillé, commença
àhurlerdanslanuit
puis
à imiterle
rugissement
des
fauves.
Vivement im-
pressionné, son
compagnon
de
cellule,
uncertain
Tomola,
sesoulevasur sacoucheet semità
rugir
à sontour.
Toutà
coup,
lesdeux
hommes, en
proie
à unecolère
dautant
plus
violente
quel'épouvantes'y mêlait,se
jetèrent
l'unsurl'autresemordantet
s'égratignant
avec
la
fureur
des
fauves
dontilsimitaientlescris.
Lorsque
les
infirmiers
réussirentà
séparer
lesmalheu-
reux
déments,
Swoboda
agonisaitdéjà,
le
visage,
lecou
etlesbras
sanglants,
déchirés
par
les
ongles
etlesdents
deson
adversaire,et Tomolalui-mêmeétait dansun
étatdes
plusgravesquoique
non
désespéré.
REVUE DE LA PRESSE
SUICIDESAUVAGE
D'UNEMEREETDESESDEUXENFANTS
<
<
Limoges,
9
juillet.

Au
village
desFaynes,commune i
dela Roche-I'Abeille. M'neveuve
Longuequeue, âgée
de l
44ans
;
son
fils,âgé
de24
ans,etsa
fille,âgée
de17
an*,
'
sesont
empoisonnés
enabsorbantun
produitpour
tuer
les
taupes.
La mortnevenant
pas
assezvite, It
fil-,
avecson
'
couteau,a
essayé
de
couper
la
gorge
à sa
soeur,puis
il
'
s'est
fait
sauterlacervelleàl'aidedeson
fusil.
Lesdeux
femmes
sontdansunétat
grave.
'
APRÈSUNLONCVOYAGE DANS
L'OMBRE,
LES
FOUS,
LESASSASSINS ET,
COMME L'ON
DIT,LESDÉSESPÈRES
j
ABORDENT A LA LUMIÈRE VORACE. VolCI
QU'EUX-
MÊMES ILSSONT LESFLAMMES ETVOICI
QU'ILS
LAISSENT
DERRIÈRE EUXDESCENDRES. A SAVOIR SI M. LEPRÉ-
SIDENT
GOUY,
LÂCHÉTOUTCRUPARMI CESRÉELS
VIVANTS, TROUVERAIT,
DANSSA MISERABLE IMBÉ-
CILLITÉ, LEMOYENDEFAIREUNBON
MOT,
UNMOT
DELAFIN.
CELUIQUI
TENTADETUERMUSSOLINI-LA-VACHE
PROUVE QUE
LESASSASSINS N'ONTPASENCORE RENONCÉ
AFAIREDELEURCESTEUNSYMBOLE DEDÉLIVRANCE.
MAISDIEU-LE-PORC PROTÈGE MUSSOLINI-LA-VACHE.
UNEFOISDEPLUSCEDERNIER ÉCHAPPE AUSORTQUI
L'ATTEND ETQU'ILMÉRITEDEPUISSI LONGTEMPS.
L'HEURE
VIENDRA OUSONSANCS'ÉTALERA COMME UNE
BOUSE SURLEPAVÉDE
ROME, DÉJ À
DÉSHONORÉ PAR
LALITIÈRE DUPAPE.
ENFRANCE, NOTRE MUSSOLINI DEPISSOTIÈRE EST
DENOUVEAU SORTI DEL'ÉGOUT. POINCARÉ RÈGNE EN
FRANÇAIS
MOYEN SURDERIDICULES ÉVÉNEMENTS ET
DESHOMMES DEPAILLEPOURRIE. DÉCOURACERA-T-IL
LONCTEMPS ENCORE L'ÉVIDENTE BONNE VOLONTÉ DES
MEURTRIERS ?
HENRI BÉIIAUD,
BIENCONNU DENOS
LECTEURS,
AVU
L'ALLEMAGNE COMME DEBONSALLEMANDS NATIONA-
LISTESVOIENT HEUREUSEMENT LAFRANCE. QUOIQUE
NESACHANT PASUNMOT
D'ALLEMAND,
ILS'ESTADMI-
RABLEMENT RENDU COMPTE DELAMENTALITÉ ALLEMANDE
ETHATEHONORABLEMENT LFPROCHAIN CONFLIT ENTRE
CESDEUXGÉLATINEUSES NATIONS.
BÉRAUD-I.E-GOUJ AT
DÉCLARE
QUE
«
LEPEUPLE ALLE-
MANDA UNEAME-TROU
», REGRETTE QUE
les
fraiien

COMME ILNOMME LESFEMMES

AIENT DANS LEUR
SACDUPAINPOURLESÉLÉPHANTS AULIEUDFCOCO
ETDE
MORPHINE,
ETRÉÉDITE POURL'USAGE D'UNE
FRANCE ANÉMIQUE
ETCRAINTIVE LEVIEUXLEIT-MOTIV
DETOUTES NOSGUERRES :
«
La
joie
denuireestune
invention
allemande,
sadismedescollectivités teutonnes,
ETC.. »
DANSLEMÊME NUMÉRO DU
fournal,
ONPEUTLIRE
CESFORMULES BIEN
FRANÇAISES QUIAFFOLÈRENT LES
RENTIERS ETRUINÈRENT HEUREUSEMENT CEUX
QU'A"
VAIF.NT ÉI'ARCNÉ LESRENTES NATIONALES ET LES
EMPRUNTS TSARISTES :
«
Votrecochon
qui s'engraisse,
ccst votre
capital qui
s'accroît.Achetezun
cochon,
c'est
toujours
delaviande.Le
porc
matriculeconstitue
une
obligation
vivanteclsamortalitéestcouverte par une
assurance.
»
ETPLUSLOIN:
«
Il
y
aenFranceàpeine
2millions
de
porcs,
c'est
troppeu.
"
PARFOIS UNHOMME SEMONTRE COMME ENTÉMOIGNE
CEFAIT-DIVERS !
Le
Mans,
13
septembre.

Unincidents'est
produit,
à
Parigné-TEvêque
au
passage
du112e
régiment d'infan-
terie,enmanoeuvres au
camp
d'Auvours.Unautomo-
biliste,qui
avaitarrêtésavoiture,nesalua
pas
le
drapeau.
Desassistantsvoulurentle
faire
se
découvrir,maisil
refusa.
Unlieutenantsedétachaalorsdes
rangs
etenlevala
casquette
du
chauffeur, quiripostapar
un
coup
de
poing
au
visage
de
l'officierqui
aurait eu unedentcassée.
Plusieurscamarades decedernierintervinrent etl'automo-
biliste
fut malmené, mais
peu
àprèslecalme
fut
rétabli.
Une
enquête
estouverte
pour
établirles
responsabilités.
L'ARC-DE-TRIOMPHE CONTINUE A FAIREDETEMPS
ENTEMPS PARLER DELUI.UNINFIRME OUUNIVROGNE
ESTALLÉSALUER LE
SQUELETTE INCONNU, LEDERNIER
ENDATE. ILABULECHAMPAGNE ASSIS SURLA
TOMBE,
PUISABRISÉ LABOUTEILLE SURLAFLAMME QUI
DUCOUP
A FAILLI ÊTREÉTEINTE. D'AUTRES VIENDRONT AUSSI
S'Y ÉVACUER OUYVIDER LEURS ORDURES, ETLESALLE-
MANDS
QUI
YAPPORTENT DESCOURONNES, MÉCONNAIS-
SANTSINGULIÈREMENT LEURDEVOIR D'ALLEMANDS
ETLA
QUALITÉ DES
«
CENDRES »,
ENLÈVENT
INJ USTE-
MENTAUBOMBARDEMENT DELACATHÉDRALE DEREIMS
TOUTE SAVALEUR SYMBOLIQUE.
DEMPSEY QU!
NOUSFITLE PLAISIRD'ASSOMMER
CARPENTIER NOUSARASSURÉ ENSEFAISANT BATTRE
PARGENETUNNEYDONTLABRILLANTE CONDUITE
PENDANT LACUERRE EST
J USTE
ALAHAUTEUR DESA
DÉFAITE PROCHAINE.
FONCK,
L'ESCROC AL'HÉROISME POUR BOURSES
PLATES.
ARÉUSSI ATUERSESDEUXOUVRIERS . LEMÉCANICIEN
ISLAMOFF ETLERADIOTÉLÉGRAPHISTE ClIARLES CLA-
VIER.
DÉJ À
IL ANNONCE Qu'il-SEPRÉPARE AENTUER
D'AUTRES;
IL ESTVRAI
Qu'il.
ENATANTASSASSINÉ
PENDANT LAGUERRE
QUE
DEUXDEPLUSOUDEMOINS
CELAN'APLUSD'IMPORTANCE. LEVENDU DELAGUERRE,
LOUÉAUBLOCNATIONAL POURLACHAMBRE BLEU-
HORIZON, A
DÉJ À
DISPARU AL'HORIZON DEL'INFAMIE.
AH!CESERAUNFAMEUX
RAID,
UNRAIDMORAL DANS LE
CIELDEL'ORDURE QUE
LAVIEDE
FoNCK,
CARBIENTOT
LATERRE GRASSE AURA RAISON DELUIETLERAPPELLERA
AVEC LESVERS
QU'lL
N'AURAIT
J AMAIS
DU
QUITTER.
AssisLESMORTS !LESERGENT PÉRICARD,
DEMACABRE
MÉMOIRE, PUBLIE UNLIVRE :
J 'ai
huit
enfants,QUI
FAIT
LESDÉLICES DESPÉDÉRASTES ETDES
J OURNALISTES.
HUITENFANTS !!!
QUE
NFLESA-T-IL MANCÉS !
Paul ELUARD et
Benjamin
PÉRET.
P.-S.

ETLAVACHE S'ARRÊTA POURASSISTER AU
LYNCHAGE ATROCE D'UNENFANT DE
QUINZE
ANS. LA
LUTTE POURLALIBERTÉ ESTMONOTONE ETTERRIBLE,
D'UNPEUPLE
QUI
SUBITUNAUTRE MAITRE
QUE
LUI-
MÊME,
DESHOMMES SELÈVENT QUI
ESPÈRENT ET
QUI
ABATTENT LETYRAN TOUT-PUISSANT ETABSURDE. AMORT
MUSSOLINI
!VIVELARÉVOLUTION MONDIALE !
ManKaij.
TEXTES
SURRÉALISTES
Pierre Unik :
Les baies
sauvages
de
l'atmosphère
se ren-
contrent dansmon coeur.Flottent lescadavres
d'étincelles sur la
pieuvre
immense
rongeuse
de mains et d'amours. Laissez
partir
le blanc
signal
des
jointures
du monde et vous verrez
ma
pureté plus
haute
que
l'élan devos
paroles
natales. Le
germe
de lamort ébranlera le ciel
des vrilles
saignantes
la
rupture
d'ivresse le
feu la fournaise sans duvet sans trace sans
moi. Le creux des larmes s'illuminera vous
pourrez
caresser le cheval .d'automne
que
monte une femme
transparente
ses seins sont
les
yeux
devotre
espoir
et
s'éloignent
des bat-
tements de mes cils et du cri des
granges
en
réveil. Laissez sain et sauf laissez.
Marquis
et
papes
te lieront
par
les
flaques
du sable mais
la terreur au coin des vases s'arme de nuées
et
d'ongles
sans
plaie pour
retracer lechemin
des ruées. 11est
trop
tard
pour
nerien croire
pour priser
le fard des cascades. Mon âme
éclatera au
grand jour
vers le
jeu
des filles
sans merci ni
regards
la crevasse des râles
appartiendra
à ma volonté
qui
est le
gouffre
superbe
du noir et dela
pluie
les lacs
nègres
les
aigrettes
la file des
gerçures
le broiement
des
pieds
et des cerveaux les
giclures
de boue
de
sperme
de vie de
rage
la nature le coton
les filaments de l'aube l'arme au
pied
les
raies les
gémissements
des
jeunes
héros la
flèchedes carcasses volantes le
jour
de déli-
vrance le crachat des rues l'armure des cal-
vaires endormis au diable à la folie courrez
courrez à l'eau l'eau de formes et demiracles
sans fin mon bras vous
indique
la suite des
temps
immaculés la verdure du
croup
et
l'ardeur. Suivez la route aux clameurs les
méandres des miasmes
l'arabesque
mourrez, à
la fin
jusqu'au
sonde voscordeslescordessan-
guinolentes
devososdevotre amour immonde
immondeimmondeamertume eh bienoui c'est
moi
je
ne
peux plus
me déchirer
je
ne
peux
plus
ne
pas ravager
les ventres les
squelettes
sacrés des crimes
qui répondent
à mon nom
je
suis
presqu'éteint
couvert de cendres dans
les ruisseaux de l'orient les
vasques
m'envi-
ronnent delueurs
je
ne vois rieri
j'entends
les
sirènes
qui
hurlaient le matin blême de la
naissance horrible l'horizon n'est
plus
là le
silencela crevaison
l'épouvantail
mescheveux
pendent
sous les
engrenages qui crayonnent
mon
corps je
n'ai
plus que
mes lienset l'âme
du sort l'ère des fluorescences.
Cl.-A.
.Puget
:
Les hautes branches
jetaient
leur
pesant
d'ombre sur mes
épaules.
J e continuai
mon
chemin. Tous les cent
mètres,
il
y
avait une
nouvelle réunion d'amis autour d'une table
de
jeux ;
à
nouveau, je
les
suppliais
de me
défendre,
et le
plus
cher d'entre eux me tra-
hissait,
me livrait à nies tortionnaires.
Et,
de
fait,
on me
précipita
dans une salle
carrée,
lourd bloc
d'ébène,
où se
dressaient,
face à
face,
deux
grandes
croix sur
lesquelles
du
sang
avait séché. J e restai seul.
Aucune
issue. J 'avais entendu les verrous de la
porte
se refermer à l'extérieur. Aucun
espoir.
J e
m'étendis à
terre, suçant
une
plume
de
para-
disier
que j'avais, par hasard, gardée
entre
mes
doigts, lorsque je distinguai
une forme
indéfinissable, qui
rasa le
rmir, puis disparut
par
un trou creusé dans le bas de la
porte.
J e résolus dela suivre.
Et, par
ce tunnel
où,
dès
l'abord,
vous auriez
parié que
mon
poing
ne
passerait, je pus
si bien me
disloquer
et
m'assouplir, quej'y glissai presqueentièrement,
les
pieds
devant. Mais ma tête
y
resta
prise.
La
porte pesait
maintenant de tout son
poids
sur mon
cou,
et macervelleallait éclater comme
un citron... J 'eus encore la force de hurler.
Et
je
m'évanouis.
J e me réveillai crucifié. Mais
je
ne souffrais
point
: mon
corps
était devenu comme exten-
sible. Face à
moi,
distante de
cinquante
centi-
mètres,
sur l'autre
croixj
était cloué le
plus
beau
corps
de femme
que j'eusse approché
de
longtemps.
« J e
m'appelle
Obsidienne
»,
dit-elle,
«et
je t'apparLiens
». J e
.lui conseillai
aussitôt de s'arebouter vers moi comme
je
faisaisaussi vers
elle,
et nousnous
rejoignîmes.
J 'enlrai en elleau moment où
l'effort, que
son
désir lui
permettait,
et l'intuition dela
volupté
faisaient ciller ses
paupières.
Nous ne nous
touchions
que par
les
parties
mêmes du
corps
qui
détiennent le secret du
plaisir ;
mais nous
nousvoulions tellement l'un
l'autre, qu'il
nous
paraissait que
nos
peaux
fussent confondues.
A
chaque
mouvement du
rythme, que
cet
amour
étrange m'imposait, je croyais
avec
désespoir que
mes forces m'abandonnaient et
quej'allais
sortir d'elle
;
et
je voyais
la même
angoisse
allumer son
regard ;
mais ce n'était
chaque
fois
qu'une
alerte
pleine
de frisson-
nements,
et ce n'était
que pour éprouver
mieux la douce
longueur
du chemin deretour.
Il
y
avait une
chaleur, qu'on
aurait dit d'un
2
MOI L'ABEILLE
J 'ETAIS
CHEVELURE
soleil de
juillet
à midi sur les terrasses radio-
thérapiques,
et
qui
me
passait
sa tiède soie
sur la
chair,
laissantunebrisefraîche
s'occuper
des
genoux,
et
par
endroits du
ventre,
et do
la
nuque
aussi. Cefut l'instant
que
mon ami
Leneveu
(nous
l'avions surnommé
ainsi,
car
il n'était chose extraordinaire 'de l'univers
dont il ne se
prétendit
le
parent),
ce fut la
minute
qu'il
choisit
pour
entrer dans la salle
en criant. 11
agitait
sa voix commeun
poi-
gnard,
et il sauta autour de notre amour
commeautour d'un feude
camp,
et il chanta
un
hymnequi parlait
de moi et
qui
commen-
çait par
cesmots: «Personneaumondemieux-
que
lui ne. fait l'amour. » 11
disparut.
Ellem'aidait maintenant d'un balancement
souple
à l'amble du mien
même, qui prolon-
geait
la caresseen la facilitant. Nos sourdes
devenaient,inégaux. Nousavionstous deux la
fête
renversée,
le
corpsarqué
en
avant,

pose
inconnue, exténuante, divine,

et
je n'aper-
cevaisd'Obsidienne
que
son menton
levé,
les
plis
de ses lèvres
crispées
aux
commissures,
les
pointes
dures de ses'seins. J e n'étais
plus
qu'une vérité, qui s'épanouissait
en floraison
intérieure. J e savais bien
que
nous nous don-
nions à un
plaisir mortel,
et
qu'au
moment
de
jouir,
il faudrait rendre l'âme. Desmains
souplesglissaient
sur mon
flanc,
et mecares-
saient les reins
;
me
déliaient, Obsidienne,
me
déclouaient... Obsidiennedans mes bras! et
sesseinsdansmes
paumes
! cl meslèvresclans
ses cheveux! et ma
langue
entre ses cuisses!
lia ! cette
fumée,
ces cendres dans ma
bouche...
Obsidienne!succubeimmonde! C'était,donc
encorefoi !
(Miracledu
Dovmt'ttr.)
II L'ABEILLE J ETAIS GHEYELURE
Le
grand
rideau à
ramages
dans la
longue
strie
passée
laissevoir
par
unaccrocancienun
petit point
du ciel oude la
persienno
suivant
l'heureet lasaison.Suivant l'heureet lasaison
diverses
figures allégoriques
se tiennent soli-
taires ou
groupées
dans la
p:èce
d'où nous ne
connaissons avec
quelque précision que
ce
meuble
négatif
le trou l'ait dans une étoffe
démodée
par
la maladresse d'une servante
chargée
dela
nettoyer qui
avait,
cru,
dans sa
présomption, pouvoir,
à travers les couloirs
étroits comme les fêles de la
province

s'élevait, la demeure
que pareil
à ce savant,
comment lenommez-vous
qui
à
parlir
del'os
de l'orteil vous reconstruisait,le
plésiosaure
dans foulesabeauté
je
suisen train deréédi-
iier de
poutre
en ohaUièro autour de la vir-
tuelle
pierre
angulaire
d'une
déchirure, avait,
avec une
pile
de
draps, cru,
car ellevoulait,
sortir,
pouvoir,
sonamant l'attendait fumant
sa
pipeblonde, porter
en courant dela buan-
derie où le savon bleuissait commeune
pro-
messeau devant des tribus d'Israël à la lin-
gerie peuplée d'aiguilles
et de chansons, ou-
blieuse
déjà
des
imperfections
du
lapis
decor-
ridor, qui présentait, après
untournant
rapide,
aussitôt au sortir de la buanderie, le
danger
d'uneusure àlatrame oùson
piedpouvait
se
prendre
et se
pril,
de telle :orle
que
le
linge
lui
échappa,
s'étalant dansfouleslesdirections,
qu'elle
leramassavraiment àlava-viteet
que
le
grand
rideau se trouva
déplié
et
déplié
s'accrochaàunvieux cloudelamurailledont
la
présenceinexpliquée
ne duit
pas
bien
long-
temps
nousretenir. Maisellen'avoua
pas
son
élourderie et, c'est, en vain
qu'au doigt
de la
ravai dauso tourna le dé
d'argent prêté par
Mademoiselle
pour
celte
journée seulement,
on n'aime
guère
à
perdre
un souvenir de
pension,
la continuité de la cretonne ne fut
pas
rétablie faute d'une confidence
qui
eut
sans dmilemis en rumeur la
nymphe
des ar-
moirescl,Isasoeurla
lampepigeon.
Les
figures
allégoriquess'impatientent
de la
longueur
ds
mes
phrases
autour des secrétaires
d'acajou.
Paix, paix, grands symbolesblancs, je glisse
doucement versles
plis pétrifiés
devos
robes,
je
vais ouvrir bienlôt le cabriolet
qui joint
vos mains décharnées. Lifissez-moim'attarder
à cet, orifice
accidentel,
à cevide
qui
seul me
permet,
de redonner l'existence à votre habi-
lalion abolie. Ainsi cet accroc"dûlui-mêmeà
un autre accroc
possédait
dans son
manque-
ment, à lamatière une sorte de forceinduite
qui
devait me
permettre
de
recomposer
le
plésiosaure
de
campagne

plusieurs géné-
rations avaient laissési
peu
de traces deleurs
parties
decaries et deleurs
sanglots
étouffés.
Deux
négations
au reste
n'équivalcnt-ellespas
à une aiïirmalion?
L'image
de l'automne à
cet instant
surgit
dans un
rayon
de
pétrole
et
avecsonbruit decoeursfroisséset de
drapeaux
élève au-dessus de moi sa voix d'acteur des
tournéesBaref. Oh dit le
groupe,
del'automne
formédesix
personnagesqui
debout
qui
com-
posant
sonombreavec sa
nostalgie.
Ohdit le
groupe
de l'automne
qu'est-il
advenu de la
chansoncommencéedansla
lingerie
tandis
que
MOI L'ABEILLE
J 'ETAIS
CHEVELURE
s'éleignait
la
pipe
decelui
qui
attendait
auprès
de la fontaine la bonne maladroite cl char-
mante dont
je
n'ai fait
qu'apercevoir
le
visage
tentant et
pur par
la croisée C'était une
chanson de lavande et de roules On avait
reconnu à ses cheveux l'enfant. La douce
sourceau versant deJ a
t'alignejouait
un rôle
de
premier
ordre
par
une semblable chaleur
Desbras nus à damner les
vipères passaient
le
long
des arbustes en fruits Ou avait tant
cherché à oublier les femmesElles
revenaient,
soudain
pour
se
venger
Lis deux
vieillards
sans nez de1lu
vertirèrent alors
les rideaux de
l'alcôve Dansle
béni lier trem-
pait
un rameau
flétri
Pourquoi
les
pas
des ser-
vantes sont-ils
muetsOuelssont
soudain ces cris
cl ce désordre
Des oiseaux se
sont envolés t\\\
toit Ils ne re-
viendront
plus
jamais
Leur dé-
part
m- ressem-
bla
pas
à. celui
de l'année der-
nière Ils inon-
Ieut dans leciel
Ils tournent Ils
cherchent
àl'ho-
rizon un
signe
mystérieux
qui
dirige
leur vol
I lia ni: Il Iai n:
Pourquoi
1rsoi-
seauxdessinent-
ils ainsi le sexe
de la femmesur
la rue frémis-
sante
.Nous ne
voulons
pas
re-
venir disent-ils
nous nevoulons
pas
revenir Untrou aélé l'ail
nu rideau à
ramages
Nous ironsvers lesuit ri.
puis
un beau malin
quand
la
nostalgie
des
climats
pâles reprenant
nous nous souvien-
drons du nid sous la
gouttière
l'un d'entre
nous se
rappellera
le trou l'ail au rideau à
l
alliages
cl nous
guidera
Versune
petite
ville
allemande où nous
reprendrons
de nouvelles
habitudes
pareilles
à noire aile lustrée Nous
jouerons
sur d'autres toits Un trou a été l'ait
au rideau à
ramages
Les deux vieillards du
l'hiver
saluent
àleur tour lesoiseauxet disent
La ravaudeuse a
perdu
le dé
d'argent qui
ne
lui avait été confié
que pour
la
journée
Cette
demeure est maudite Mademoiselles'est mise
à
(plaire pattes
cl sontrousseau declefs
pendu
à sa ceinture heurte les murs el les chaisesen
vain
Que
va devenir la ravaudeuse Nous ne
connaîtrons
pas
lalindesachanson Mademoi-
selles'esl assiseet
pleure
Ellen'aurait
jamais
imaginé que
l'étourderie d'une tillede
journée
put
lui faire
perdre
sondé
d'argent.
Cen'était
pas
un dé ordinaire ('/était un souvenir de
pension
11ressemblait au nid des oiseaux
qui
s envolèrent
Sans doute
qu'il
a roulé vers le
sud
personnages
du'
groupe
de
l'automne et les
deux vieillards
saluentle
groupe
de l'a titomne
qui
ne
répond
pas
tout d'abord
('.'('•lait un dé
d'arg(
ni comme
l'on n'en voit
guère
personna-
ges
du
groupe
de
l'automne un

qui
aurait
pu
être un miroir
'faut de rêves
s'él aient accro-
chés
à
ce
petit
objet
de métal
Il au l'Hi I,
pu
servir à
réparer
le rideau à ra-
mages
Ilélus la
ravaudeuse n'a
pas
liai sachan-
son et la scr-
vanfc a dissi-
mulé sa faute
Elleestavec son
amoureux main-
tenant
person-
nages
du
groupe
il' l'automne
Ils
répondent
Us enlèvent le
pampre
de leurs
chapeaux
et s'inclinent
Vieil-
lards
si bien
appariés que
nous songeons
à
l'équinoxe
cen'élail certes
pas
un déordinaire
cedé
d'argent,
qui
aroulé vers lesud avec les
oiseaux
migrateurs
11
ignorel'usage
du sextant
el delaboussolecedé
d'argent
mais il suit les
vols des oiseaux et comme eux
jamais
il ne,
reviendra vers lamaison de Mademoiselle
qui
:'est assisecommeune fleurfanéeSi ledéétait
un miroir si ledén'était
pas parti
àtired'ailes
jepourrais
m'enservir
pour
liresur lesbuvards
LESDRAPS. Atl'tréMussmi
MO] L'ABEILLE
J 'ÉTAIS
CHEVELURE
abandonnés les secrets
épongés
à rebours
par
celle
qui reçut
en
pension
le
mystérieux objet
qu'elle pleine aujourd'hui
avec un
papier plié
menu dans sa cavité
digitale
Ah voilà du nou-
veau
Quand
une main sur
laquelle
nous ne
savons rien encore lui transmit en
pension
le
petit paquet qui
contenait de
quoi
coudre le
dé lui contenait un
papier plié,
menu El, un
papier pelure
Ce
qu'il y
avait d'écrit sur ce
mica du coeur les larmes
depuis beautemps
l'ont effacé Mademoiselle se souvient Cela se
résume à trois mots et
pourtant
ce ne serait
pas
assez de la science humaine et de toute
la
psychologie
des
professeurs
de la Sorbonne
et deceux
qui
se
moquent
delaSorbonne
pour
expliquer
laforcedeces trois mois et le
grand
mirage qui
en
naquit jusqu'à
ce
qu'un
accroc
fut fait au rideau à
mirages
Celaavait l'accent
de toutes les chansons des ravai deuses Cela
faisait dans la tête un bruit
pareil
à celui des
trousseaux de, clefs On
n'imagine pas
comme
un dé
pauf parfois rappeler
uneclocheLesbras
nus
qui
sortaient d'une
guimpe
d'odeur son
liaient cette cloche à la volée. Maisalors dans
leciel
par
une
inexplicable
infraction aux lois
de la
géométrie
animale c'est le sexe de
l'homme
que
formaient l'essaim
transparent
des abeilles Ce
qu'ont
vu les abeilles aucun
n'en
peut parler
Les oiseaux
qui
avaient
pris
leur essor vers le sud rencontrent les abeilles
et leur envoie un
messager
le
plus
fin le
plus
retors d'entre eux un oisouu
squelette
unesorte
d'oiseau
concept, quelque
chose comme un
Irait de
plume
sur l'azur
Après
des
pour-
parlers
sans lin lesabeilles consentent à
accep-
ter le
repas qu'on
leur offre Les meilleurs
chanteurs sefont entendre dèsleshors-d'oeuvre
Au café
par
une trahison
indigne
les abeilles
sont
poignardées
et leur reine emmenée en
esclavage
et soumise aux
plus
durs travaux
Pour seconsoler deson exil elle
psalmodie
une
complainte
dont
personne
n'a entendu les
pre-
miers mots II faudrait connaître la
langue
des
abeilles
pour goûter
le,charme de
paroles qui
tirent leur intérêt bien
plus que
de leur sens
d'un certain
mystère qui
réside dans l'allité-
ration et les
perpétuelles syncopes
de la
pro-
sodie Dans la traduction le tcxle
perd
d'une
façon inimaginable
Voici la
complainte
de la
reine déchue Elle la dit en brodant avec son
aiguillon l'image
d'un vol d'oiseau sur une
douzaine de mouchoirs
pour
les
cigognes
des
pleurs
sont du
Champagne qui
détordent le
cristal de sa voix J 'étais ravaudeuse et
légère
J e dansais au bord d'une fontaine où semirait
prétentieusement
le charron amoureux d'une
servante J e n'aimais
pas
cecharron J e n'aimais
personne
J 'étais ravaudeuse et cela suffisait
à mon bonheur Voilà
qu'un
trou fut fait dans
une étoffe
diabolique
Par ce.trou s'envolèrent
LA VALLÉEDE CHEVREUSE.
Georges Malkinc
les souvenirs
qui craignent
les deux
figures
jumelles
del'hiver
Pourquoi
nous
craignent-ils
cesoiseaux du BonDieudemandent les
géniaux
neigeux
à l'abeille Ne sommes-nous
pas
aussi
des coccinelles Nos
.ossements ne sont-ils
pas
doux au loucher Ah dit l'abeille vous ne vous
feriez
pas
detellesillusions sur lacaressefroide
de vos membres si vous aviez vu les beaux
bras nus de Mademoiselle à
vingt
ans II
y
a
dans la
jeunesse
de la chair un
parfum qui
couvre le
parfum
dos
champs
et l'haleine eni-
vrante des
fougères
II avait élédonné
d'appro-
cher tes lèvres deces
bras,
àcelui
qui
avait eu
la
précaution
de
plier
menu le
papier
inclus
dans la caverne où
jouait
une sirène et un
paysan
brun
que
Mademoiselle sans défiance
mit, au
doigt
coutumier
qu'on protège
en cou-
rant Le livre
qu'elle
tenait dans ses mains la
prem
ère fois
qu'il
l'embrassa lui
échappa
et
vint, retrouver sur la
moquette
une fleur
que
dans son trouble il avait mal
passée
à sa bou-
tonnière Le dé
d'argent
luisait dans Pentrelac
des mains sur la
nuque
virile
qu'elle
n'oubliera
plus
si sombres
que
soient les nuits C'étaient
debeaux bras
qui
formaient unerade heureuse
el. la tête de l'homme avait l'air d'une botte
de.
jonquilles.
Unemétairie defraîcheurs trem-
blait au bord d'un baiser Ce n'était
pas
elle
c'était son relief dans es fleuve Les arbres
refaisaient le
geste
adorable desbras Le
vertige
MOI L'ABEILLE
J 'ÉTAIS
CHEVELURE
était fermé
par
ce diamant un dé à coudre
11luisait au dessus de l'amour 11aurait
coupé
unevitre o cambrioleur demon coeur Ledécor
était celui des chansons de la ravaudeuse
Moi l'abeille
j'étais
chevelure en ce
temps-là
et
je
laissais s'enfuir des
peignes
couleur de
miel Vous connaissez,l'armoire •
linge
Eh bien
si vous m'en
croyez
alors elleétait
éprise
d'un
grand
arbre
d'Amérique
et alors vous ne
l'auriez
pas
reconnue car elle
n'occupait pas
la même situation sociale
qu'aujourd'hui
Mais
chut
que peut
un insecte contre une armoire
J e te défendrai dit l'Eté un batteur des foires
au maillot constellé car moi
j'aime
les abeilles
J 'ai connu la solitude de Mademoiselle moi
Moi
je
l'ai vu mourante de
soupirs
défaisant
son corset dans l'herbe haute et bourdonnante
el,
j'ai
vu son sein et
j'ai peloté
son
sang
Les
femmes ne voient
pas
les
figures allégoriques
îles saisons Elles ne savent
pas que
nous les
guettons
Maiselles sont à noire merci El
j'ai
roulé
mon
corps
musclé sur son
corps
sans
méfiancedans l'ombre des tuelleset la
vigueur
des bluefs Elle, se
croyait
chaste el s'aban-
donnait à mon étreinte abstraite Allons donc
j'étais
dans sesveines et ledé
d'argent
brillait
plus que jamais
à sa main
que crispait
un frô-
lement
d'épis
J e touchais l'étendue desa
peau
diaphane
J e mêlais mon
poil
à son abandon
J e me vautrais sur ses hanches
je
l'accablais
de tout mon
poids mythique
et alors tandis
qu'elle
défaisait encore un
peu pour respirer
lenoeud
unique
de ses vêlements d'amoureuse
j'appelais
les abeilles et les oiseaux
par
mes
conjurations pour
obscurcir le ciel O vraie
nuit, de la
volupté
voilà
que
l'Eté couvre une
vierge
de sa ruade de lueurs Sur la femme
choisie la statue de feu se referme Los ravau-
ùeuses les armoires les rideaux à
ramages
passent
dans le
chemin creux On entend leurs
voix
gaies qui
se mêlent L'est
depuis
ce
jour
qu'il y
a des
coquelicots
dans les
champs
Maisnous ne sommes
(pie
trois mes chers col-
lègues
où est donc, la
quatrième
el dernière
saison Alors la déchirure du rideau à
ramages
laissant
passer
un Ilot, de colombes dans un
bruit d'ailes dit J e suis le
Printemps
el
j'éclaire
l'alcôve où la morte a roulé comme son dé
d'argent.
Louis ARAGON,
.--
-ïj&fa
-
LABELLESAISON. MaxErnsi
IA LIBERTE DONNEL'ESPRIT
(ET L'ÉGA-
LITÉAVEC
LUI),
L'ESPRITDONNELALIBERTÉ.
DANSLA
VEILLE,
NOUSFAISONSCE
QUI-;
NOUSVOULONS;
DANSLE
RÊVE, NOl'SVOU-
LONSCL
QUE
NOUSFAISONS.
POUR
L'IMAGINATION,
IL N'Y A J AMAISDE
FORMESFIXES,MAISSEULEMENTDESFORMES
QUI DEVIENNENT; ELLENECONÇOIT
QU'UNE
NAISSANCE,
ET PAR
CONSÉQUENT
UNE CES-
SATIOND'EXISTENCEÉTERNELLES.
J EAN-PAUL Fn. Riciniiit.
La
J ^èvolulion
Surréaliste
publie
danscenuméro
la
reproduction
dedeux tableauxde Max Ernst. Il
va falloir unefoisde
plus
nousreconnaîtreet nos
ennemis,
unefoisde
plus,
doivent renoncer à nous
juger.
Entendons-les
ricaner,
maisconstatonssurtout
avec
mépris
cettecraintede
plus
en
plusgrandequi
I s
défigure.
Nous vivonsdansune
atmosphèrequi
leur est
irrespirable.
Les
plus purs
restent avec
nous. P. E.
J
D. H. F. de
Sade,
écrivain
fantastique
et révolutionnaire
"
Ce
quej'entendspar
cette
gloirede la
France,
s'il
faut
le dire,
cétoitl'illustreauteurd'unlivrecontre
lequel
vouscriezloutsài
infa-
mie,el
que
vousaveztoulsdansvotre
poche,je
vousen demandebien
pardon,
cherlecteur; c'éloil,dis-je,
Irès-haul et
très-puissantseigneur,
monsieurlecomtedeSade,dontles
fils dégénérésportentaujourd'hui
parmi
nousun
front
nobleet
fier,
un
front
nobleet
pur.
»
PÉTRUS BOREL: Madame
Putiphar.
M. Maurice
Talineyr
a
publié
dans Le
Figaro
des 10
juillet,
et 18
septembre,
deux articles
pour
montrer le dévouement cl l'amour de la
marquise
deSade
pour
sonmari. Cen'est
(pi'une
longue
énumération
déconfitures, pûtes, gilets,
chemises, etc., toujours
suivie de ferventes
déclarations de tendresse et d'amour. El
M. Maurice
Talineyr
de
s'indigner que
^:u\v
ne
réponde jamais que par
des
injures,
des
railleries ou
par
denouvellesdemandes. Il n'es!
pas
étonnant
que
tous les
hypocrites
commen-
tateurs du divin
Marquis
aient
toujours négligé
la haute
signification
des oeuvres de celui-ci
pour
ne s'attacher
qu'à
sa
légende qui
révolte
leur
parfaite
médiocrité et leur sert de facile
prétexte pour
défendre leur morale sans cesse
outragée.
L'esprit
de Sade s'est, fait la
plus grave
dis
violences. Entraîné
par
une idée de la
justice
telle
qu'elle
fait, bon marché de l'individu casé
dans la
société,
il
n'accepte
de considérer,
que pour
lebafouer et le
détruire,
tout ce
qui
subsisle dans le
plateau-injustice
dela balance.
La vertu
portant
son bonheur en
elle-même,
il
s'efforce,
au noir, de tout ce
qui
souffre de
l'impureté,
de
l'abaisser,
de
l'humilier,
de lui
imposer
la loi
suprême
du malheur. La morale
chrétienne n'est,
que
dérision
et,
contre
elle,
se dressent tous les
appétits
du
corps
cl de
l'imagination.
Pour le
corps
«c'est une chose,
1res
différente que
d'aimer ou
que
de
jouir ;
la
preuve
en est
qu'on
aime tous les
jours
sans
jouir,
el
qu'on jouit
encore
plus
souvent stins
aimer. » 'foules les
ligures
créées
par
l'ima-
gination
doivent être les maîtresses absolues
des réalités de l'amour. VAcelui
qu'elles
ins-
pirent
s'enfermera avec, elles : « Les
jouis-
sancesisoléesont doncdes
charmes,
elles
peuvent
donc en avoir
plus que
toutes autres
;
ell ! s'il
n'en était
pas
ainsi, comment
jouiraient
tant
de. vieillards, tant île
gens
ou
contrefaits
ou
pleins
de
défauts
? lia son! bien sûrs
qu'on
ne
les aime
pas ;
bien certains
qu'il
est
impossible
qu'on partage
ce
qu'ils éprouvent
: en ont-ils
moins de
volupté
? »
Et Sade,
justifiant
les hommes
qui portent
la
singularité
dans les choses de l'amour,
s'élève contre ceux
qui
ne le reconnaissent
indispensable que pour perpétuer
leur sale
race : «
Pédants,
bourreaux,
guichetiers, légis-
lateurs,
racaille
tonsurée, queferez-vous, quand
nous en serons là?
Que
deviendront vos
lois,
voire
morale,
voire
religion,
vos
potences
voire
paradis,
vos
Dieux,
volve
enfer, quand
il sera
démontré
que
Ici ou le! cours di
liqueurs,
telle
sotiede
libres,
tel
degré
d'ûcrelédans le
sang
ou
dans les
esprits
animaux
suffisent
à
faire
d'un
homme
l'objet
(le vos
peines
ou de vos récom-
penses
? »
L'article deM. Maurice
Talmoyr
nous révèle
un curieux
aspect
de
l'espril
(le Sade. Dans
sa
prison,
celui-ci couvre les Ici1res de sa
POEMES
femme de
railleries,
de malédictions et de
calculs
cabalistiques.
Sur une lettre à
laquelle
sa
tille,
Laure de
Sade,
a
ajouté quelques lignes,
il inscrit : « Cellelettreû 72
syllabes qui
sjnl
les 72 semaines du retour
;
elle a 7
lignes
cl
7
syllabes, qui
sont
juste
les 1 mois et 7
jours
qu'il y
a du 17avril au 22
janvier
1780.Lemol
«
aujourd'hui
» se trouve, à
(ici,
une
phrase
illisible).
Elle a 191 lettres cl 49 mots.
Or,
-19
mots el 10
lignesfont.
59, el il
y
a. ô9 semaines
jusqu'au
30mai. »
Ailleurs, quand
-Mn,c deSade
lui annonce
qu'elle pense
obtenir l'autori-
sation de le voir, i! note : «J e rais mettrema
main dans la. tienne. Serre-la-moi. aidant de
fois qu'il y
aura de moisou de.
semaines,
bien
fort
si ce son! des
mois,
bien doucement si ce
sont des semaines. »
Et
toujours comptant,
combinant lenombre
des
lettres,
des
syllabes,
des mois et des
lignes,
il
accuse la
marquise
de le
tromper,
de mentir
etvl'êlre
une
gueuse.
M. .Maurice
Talmeyr, qui, probablement,
effeuilleencorela
marguerite,
conclut à la folie. Le
marquis
de
Sade n'en était,
plus
évidemment, aux ména-
gements sentimentaux, lui
qui
écrivit : a
Allons,
je
vous
pardonne
el
je
dois
respecter
des
prin-
cipes qui
conduisent à des
égarements.
»
Pour avoir voulu redonner à l'homme civi-
lisé la force de- ses iiislincls
primitifs, pour
avoir voulu délivrer
l'imagination
amoureuse
et
pour
avoir lutté
désespérément pour
la
justice
et
l'égalité
absolues, le
marquis
deSade
aétéenfermé
presque
toute savieàla
Bastille,
à Yinoennes et à Charenton
(1).
Son oeuvre
a été livrée au fou ou à la curiosité sénile
d'écrivains
pornographiques (2) epii
se firent
un devoir dela dénaturer. Son nomest devenu
le
synonyme
de cruel et d'assassin. Tous les
assis ont bavé sur cette âme
indomptable.
Il ne l'ut,
jamais
d'homme
plus
souverai-
nement malheureux. 11a
toujours accepté
le
défi de la morale convenue et est
toujours
resté à la
pointe
des
ouragans qu'elle
déchaîna
contre lui. La Révolution le trouva dévoué
corps
el âme. 11
put
confronter son
génie
et
celui de tout [\\i
peuple
délirant de force cl,
de
liberté,
mais
quel phénomène
maintenant,
pourrait-il
le
garder,
lui
qui
seflattait de
dispa-
railrj de la mémoire des
hommes,
du contact
affreux des
porcs
el des sinyes'?
Paul EH.WHD.
(1)
Le
marquis
(leSadea
passévingt-sept
ansdans
onze,
prisons
dilîéi'cnU'.s.
(2) DiilUui'u, .limiii,
OctaveIzanm-, Paul
Ginisly,
Léo
Taxil, J lk'.hclol,
Anatole
Krancc,
Maurice'l'al-
incvr, eli'...,etc..
Seuls,l'ont
exception,
Guillaume
Apollinaire,qui,
danssa
préface
auxJ 'agischoisies,
écrit:
«
Le
marquis
de
Sade,
cet
esprit.
le
plus
libre
qui
ail encoreexisté»
et ledocteurKu«enDuchreii.
POÈMES
(POUR
CHANTER EX
VOYAGE)
An,
sillage
des otaries
Flottait des mâchoires brisées
Que
les
iarpans
de la
prairie
Prennent
pour
des
fleurs fanées.
Dois de fer.
tarpan,
dors de
verre,
Un
grand
baobah ton
pareil
Veille à la
porte
de tes
lèves,
Dors de
lune,
dors de soleil.
Les Uirnaiis nesavent
pas
rire,
Vavenir leur est
inconnu,
Les
iarpans
nesavent
pas
lire
Z(?s
lignes
desveines sur la
peau
nue.
Au refrain
Us
jmppenl
d'un,
galop sanglant
Les ventres des
]mnmes
enceintes
El
quand
ils sont
gorgés
de vent
Ils vont boire au
fleuve
(Vabsinthe.
Au refrain
Leur crinière
faite
deslambeaux
De, la clavicule de Dieu
Peut aussi bien êtreun
drapeau
Ou un bandeau
pour
vosbeaux
yeux.
Au refrain
Ils "c
rangeai
en demi-cercle
Dans la
(dus grande
immobilité
En, attendant
que
lecouvercle
Des boites crâniennes soit levé.
Au i elVain
Entre leurs
pattes
enlacées
Passe wn courant d'air délétère
POEMES
Et les moustaches de la Réalité
S'épanouissent
ci leur derrière.
Au refrain
Les oiseaux sans bec des armoires
Sont dans la nécessité de
faire,
Chaque fois quepasse Vespoir
Un
grand
salut
réglementaire.
Au refrain
Moi
je
considère la
vie,
Au
fil
des couteaux du
futur,
Comme une
papesse
en
folie
Qui
chérit la littérature.
Au refrain
Les
troubles,
les émotions,
les
cormorans,
les
diplomates,
les
fieures,
les révolutions,
les
égarés,
les mille
pattes,
Au refrain
Sont autant
(Vaveugles
chanteurs
Dont lesdents tombèrent
jadis
A l'instant où sonnait dix heures
1,2,3,4,5,6,7,8,9,10.
Au refrain
Or
parmi
les
papillons
mâles
Qui
volent autour des cercueils
Voici le
visage
très
pâle
De mon dernier ami : l'OEil.
Au refrain
Les
nuages plus
bas
que
terre
Qui
charrient les voeux del'amour
Vont éclater en
grand mystère
Dans le
pays
du tour-à-tour.
Au refrain
Et le
tarpan
au nez sordide,
Attend sans hâte lemoment
Où,
ses artères étant
vides,
Il
fera peut-cire
beau
temps.
Au
refrain
Max MOUISE.
POEMES
I
J 'aimerais n'avoir
jamais
commencé
Et
m'enquérir,
de la vie
Comme un roi
jadis
rendait la
justice
sous
un chêne
Lemondeserait un crible
L'avoine
folle
du
temps
se courberait au
loin
Comme des cheveux dont
je
n'aurais
pas
à
connaître lebruit
Bien
qu'ils
soient
pleins
de
petits
morceaux
de verre
Le
drapeau
de l'invisibilité
flotterait
au-
dessus des maisons
que j'ai
habitées
Il
flotterait
sur ma vie comme sur une
maison dont l'extérieur seul est achevé
Drapeau
detoutes lescouleurs et
qui
battrait,
si vite
J 'aurais l'air de
quelqu'un qui
ne se
souvient
pas
D'être
déjà
descendu dans la mine
Et
je regarderais
autour de moi sans rien
voir
Comme un chasseur adroit dans un
pays
dedécombres
J 'attendrais aussi
je
vous attendrais
Moi
qui
aurais
fait
à l'attente un
tapis
de
mes
regards
N'ayant pas
encore commencé
J e
goûterais
le
long
des marais salants la
paix
inconnue des
métamorphoses
L'outre là où l'on désirerait voir
passer
la
loutre
Le sextant du sexe tant vanté
Adorable
tem,ps
du
futur toujours
antérieur
La vérité tomberait du ciel sous la
forme
d'un
harfang
Aux
yeux agrandis
de toutes les rixes
possibles
Celles
auxquelles j'ai pris part
Celles
auxquelles j'aurais pu prendre part
J 'interrogerais
la vie comme mille
sages
insoupçonnables
sous des habits de men-
diants
Dans les
gorges
du Thibet
Comme mille morts sous la verdure brisée
de
fleurs
II
La sonnerie
électrique
retentit de nouveau
Qui
entre
C'est moi remets-toi si tu veux
que je
te
remette
L'armoire est
pleine
de
linge
Il
y
a même des
rayons
de lune
que je peux
déplier
Tu as
changé
Voici la
preuve que
tu as
changé
Les dons
qu'on fait
aux morts dans leur
cercueil
Les dons
qu'on fait
aux nouveau-nés dans
leur berceau
Sont
presque
les mêmes la
flèche indique
ladirection d'où tu viens
Où tu vas
Ton coeur est sur lechemin decette
flèche
Tes
yeux qui
vont être à nouveau si clairs
s'emplissent
du brouillard des choses
Tes mains le
long
d'une voie cherchent à
tâtons
l'aiguille
sombre
pour parer
à la
catastrophe
Tu vois les
femmes que
tu as aimées
Sans
qu'elles
te voient tu les vois sans
qu'elles
te voient
Comme tu les as aimées sans
qu'elles
te
voient
Les
loups
noirs
passent
à leur tour derrière
toi
Qui
es-tu
Ombre de
malfaiteur
sur les
grands
murs
Ombre de
signalisateur qui
va
plus
loin
que
le
signal
J e suis le
principal coupable
En même
temps que
le
principal
innocent
Ma tête roule de là-haut où
jamais
ne se
porteront
mes
pas
Quel
maquillage
Nul ne mereconnaîtra
Plus tard entre les
pierres
del'éboulement
La
fenêtre
est
grande
ouverte
Sur cet éboulement
magnifique
Penche-toi
Penche-toi
pour changer
encore
C'est bien toi
qui
te
penche
et
qui change
Cette
photographie que
tu as oublié de
faire
virer
Comme c'est toi André BRETON.
POEMES
ANIMAUXPERDUS.
ym
Tanyiiy
LA SOCIETE DES NATIONS
Or en ce
temps-là
les
pissotières
marchant
au
pas
cadencé
se retrouvaient à Genève
La
plus
vieille et la
plus
sale disait
je
suis la France
et cette autre dont l'ardoise était couverte
cl'excréments
je
suis
l'Allemagne
Une troisième
que
recouvraient les hosties
avalées
par
les
papes
hurlait dans un bec Aner
L'Italie c'est moi
Et la
pissotière anglaise
était
pleine
tic
débris de bibles
d'autres
espagnole
avec des
fragments
de
cigares
grecque portée par
des
cliaugeurs accroupis
et d'autres encore tendues de
biftecks
sai-
gnants
Toutes se réunissaient à Genève au bord
de la tinette du lac
A tout instant des
généraux y puisaient
à
pleins
seaux
un
liquide, gluant
comme leur
gloire
qu'ils
versaient dans la
pissotière
de leur
pays
et chacune criait
J e ne suis donc
pas
crevée
LE CONGRES
EUCHARISTIQUE
DE CHICAGO
Lorsque
les
cloportes
rencontrent les
cafards
et
que
les
biftecks
verdâtres sécrètent leurs
hosties
tous les crachats se réunissent dans le
même
égout
et disent
J ésus viens avec nous
et toutes les
biques
du monde
répandent,
leurs crottes dans V
égout
et s'ouvre le
congrès eucharistique
et chacun d'accourir vers les divins excré-
ments et les crachats sacrés
C'est
que
dieu,
constipé depuis vingt
siècles
n'a
plus
de boueux messie
pour féconder
les terrestres latrines
et les
prêtres
ne
vendangeaient plus que
leur
propre
crottin
C'est alors
que
leur sueur murmura
Vous êtes du cambouis et
je
suis dieu
Pour me recevoir vous tendrez vos vastes
battoirs
Lorsque
vos oreilles et votre nez se
rempli-
ront de boue
vous me verrez sous la
forme
d'un
putois
pourri
-Hors tous
les
poics nègres
se retrouvèrent
sur la même
fesse
et dirent Dieu est
grand
dieu est
plus grand que
notre
fesse
Nous avons
fait
l'hostie il nous a
faits
crapauds
pour que
nous
puissions
tout le
jour
coasser
ledies iroe
cependant
la
poussière
des césars
pénétrait
dans leurs naseaux
et,ces ruminants
galeux
beuglaient
J udas a vendu dieit comme des
frites
et ses os ont
gratté
les sabots des
purs-sang
POEMES
i3
Ah
qui
nous donnera un dieu
rafraîchi
comme un crâne sortant du
coiffeur
un dieu
plus
sale et
plus
nu
que
la boue
Le nôtre lavé
par
les rivières
n'est
plus qu'un
absurde et livide
galet.
LE TOUR DE FRANCE CYCLISTE
Que
nos oreilles soient des
lampions
ou des
poissons
crevés nous courons
Les
pédales
s'usent comme des cors de
chasse et nous courons
Les
boyaux
crèvent comme des 'mouches et
nous courons
Les
guidons
sedressent commedes
parapluies
etnous courons
Les
rayons
se
mudiplieut
comme des
lapins
et nous courons
C'est
que
la France s'étale comme un étroit
céleste
et nous courons tout autour
pour
chasser
lesmouches
Rayonne
Marseille
Strasbourg
ne sont
que
des
crapauds
crevés
d'où s'exhale une
puanteur
sacrée
que
dissipe
nidrr
passage
Les
pieds
des PUS
garnissent
lessalades
et
les
yeux
des autres la
pointe
des seins
deleur maltresse
et l'on,
part
L'êdredon, de la nuit s'est assis sur la selle,
et les
puces voltigent
tout autour comme des
poissons
dans
Vaquarium,
de leur tête
Les bornes
kilométriques
leur lancent des
flèches
de curare
et les
poteaux
indicateurs sont des ours
qui
croissent à tort et à travers comme des
flics
Ah si les
rayons
étaient des
jets
d'eau
chacun
figurerait
le bassin des Tuileries
ouladouble bossedu chameau
Mais voici
que
dieu a craché sur la route
et traînant sa sottise commeun
parapluie
a tracé des ornières
jonchées
de
crucifix
Malheur au coureur
imprudent qui s'y
engage
comme un cheval sous un tunnel
J ésus sort de sa croix et
plante
son coeur
dans les
boyaux
de la bécane
on entend un bénissez nous
seigneur
et il tombe comme une souris dans l'huile
du mat'
et lesmille bénédictions dela bousedevache
ne le,
jauniront plus.
NOTRECOLLABORATEURBENJ AMINPÉRET
INJ URIANTUN PRÊTRE.
LA BAISSE DU FRANC
Franc
petit franc qu'as-tu fait
de tes os
Qu'en
aurais-tu,
fait
sinon le
poker
dire
qui projette
ces mois sur le
papier
J adis curé
pansu
tu
officiais
dans les cou-
loirs des bordels
distribuant l'hostie à tic
maigres putains
dont les
yeux reflétaient
ta double
effigie
J adis encore les vastes
bajoues
insultai eut les boucs
squelel
tiques
qui répandant
alentour leur
gauloise
et
chrétienne
puanteur
te suivaient comme l'ombre d'un soleil
Soleil disons
lampion,
car
jamais
lu n'éclairas
que
des nies barrées
'4
POEMES
où l'on
remplaçait
les
pavés par
des tessons
de bouteille
Mais
aujourd'hui que
lombric sectionné
par
de
multiples pelles
tu
t'efforces
en vain
d'échapper
aux
pois-
sons
tu voudrais bien redevenir
général
des
jésuites
mais les
jésuites
sont crevés comme des
rats
et de leur ventre suinte des
francs
mous
et leur
eucharistique pourriture emplit
tous
les calices
quand
les derniers survivants
implorent
dieu
pour que
l'hostie devienne
franc
Hélas dieu
pauvre franc
usé
gît parmi
les crottins de ses
prêtres
Ci
gît
le
franc
betterave sans sucre.
Benjamin
PÉRET.
LES ARUSPICES
(*)
Faix du sommeil
tréteau
d'étranges
lambris
decariatides
aveugles
ton aube casse au
fond
demon
gosier
froid sortilège
Si lesmaisons n'étaient
que
des
fenêtres
si le mobile
que j'observe
le
long
de cette
courbe
qui
est moi-même
cessait
enfin
•—
point
noir

de
respirer
si les
vagabonds
du tonnerre avaient
enfin
fixé
leur tente
sur
quelque
îlot
perdu
dans la mâchoire des
nuages
lesoleil s'éveillerait
Lingot
d'astronomie
entre terre et ciel une comètesebalance
sa chevelure est
faite
de dés
Les victuailles au
palais
riche en
joies
sacrilèges
fumaient
Les
prêtres
levèrent tous ensemble
une
pierre
en
forme
de météore
et
marquèrent
leur
front
du
sang
de la
vengeance
Un
poignard
un collier de cristal une
plaie
béante de
fruits
mûrs étendus sur sa
claie
Que
leciel soit solide ou bien
vagué
charmée
la
vengeance
est un astre étoile
vendangée
juste
sous la colombe
entre les
quatre griffes qui engendrent
chacune l'un des
points
cardinaux
une rivière se
fige
Proie nourricière des
flots qui
en
font
leur
pâture
des cailloux tendres roulent : cesont les
fils
des
pioches
Ils s'arrachent deux
par
deux des rouies
sans douceur
reines d'obscurs travaux battant comme des
cloches
Mais la
frayeur
?
Un délire souterrain l'annonce la
frayeur
Les entrailles de la terre se
groupent
en
forme
de maison
un
jet
de
sang
descend sur le
perron
et dresse en l'air ses cheveux
rouges
mouillés
pour
voir d'où vient levent
LE FER ET LA ROUILLE
à
J acques
BARON
Si
je passe l'espace
crie et le sabre des
minutes
aiguise
son tranchant d'os sur la meule du
temps
leschiens
d'orage jappent
entre lescourroies
engendreuses
d'étincelles et de tournois de
lances
le sable coule le
long
des. escaliers du
sang
chaque
marche est une
ogive portail
ouvert
à deux battants
passent
les
aigles qui
circulent à travers
leval
vierge
des os
(*)
Nousrétablissonsci-dessusdansleur
intégrité
les
poèmes
deMichelLeiris
qui, par
suited'uneerreur
typographique,
seson!,trouvesdéformésdans
notre
derniernuméro.
DJ ERZ1NSK1
i5
un
squelette rompt
la corde Silence Indice
des lèvres
des lèvres éclatées
qui saignent
au berceau
gonfle
l'audace des
sortilèges
le
jeu
des
bagues
etdes
fléaux
tambour voilé brûlé lesoir
par
le
spectre
des
siècles
la serrure
siffle quand je parle
mêm,e à
voix basse
la
clef
m'invite au bal des
ferronneries
sanglots
si
longs Carthage
surnaturelle
les
poutres frêles
brisent V
espace-
lesilex est un
aigle
un vol sinueux d'exil
ses ailes sont des couteaux
qui
ancrent dans
la terre-
un circuit
majuscule
mais
que
le
feu
saura
franchir
armure de l'évidence
Vous savez bien
queje pleurerai, peut-être
si,lesbiches marines en
légèreté
d'alcôve
trépassent
avec les
orgues qui
brûlent sous
la mer
Gorgone
mielleuse
apaise
la
rigueur
et le
fiel
des
conflits
la
fêle vespérale
décoche encore
quelques
fines
ossatures receleuses dedélices
comme les armoires
quotidiennes
où se
défont
les
corps
humains
Une
lampe
un château
qui
bâille detoutes ses
grilles
un
règne
de batiste
affolée
Douce dentelle
les
co?ijugaisons
traversent la
plaine
en
attelages
de
fantômes
balancent la
flamme triangulaire
et tombent
tout-à-coup
comme le
drapeau
du laboureur
carnage originel
sous couvert dela
foudre
0 sueur decarême lasse
le soleil dédoré
mangeur
de
coups
de hache
abandonne le radeau du silence
comme 2 et 2
font
4
Il se
penche
et va
frôler
le
pavillon
delueurs
lesextant noir des
poulpes
le crime des
pôles
oublieux de leurs stèles
de
glace
comme mes mains
ignorantes
oublient les
pierres qui imprimèrent
à mes deux
paumes
les
planisphères
de
sang
et d'os
Laquais
d'ennui
<>rêled'ossements tombés des nuées
si le soleil une seule
fois
me
parlait
à
l'oreille
hissé sur l'escabeau de l'ouïe
je
lui tendrais la corde raide des sensations
tactiles
la
perche
traîtresse des
regards
il s'ennuierait entre mes
doigts
comme un
serpent
de
flammes
serpent
ruisselant de têtes
et
pourri
de
sanglots
Michel LEIRIS.
DJ ERZINSKI Président die lia Tchéka
Voici, hélas, qu'au
ciel le
plus lointain,
un
astre cesse à
jamais
de
dispenser
sa lumière!
la terre là-bas s'obscurcit un
peu
et
déjà
les
bêtes immondes
rampent qui
dans l'ombre se
feraient.
Avec
Dzerjinski, disparaît
la
figure
la moins
connue mais la
plus pure
de la Russie des
Soviets. Ce
que
les
journaux bourgeois
vomis-
sent sur sa
dépouille aujourd'hui pour
la salir
n'est
point calomnie, je
vous le
jure,
et
qu'on
ne
parle pas d'exagération
! Les misérables
petits papiers français qui
osent
imprimer
ce
nom maudit sont tous bien au dessous de la
vérité. Car
Dzerjinski
fut
par
excellence
l'Impi-
toyable
et
personne
à ses
yeux
ne trouvait
grâce qui
ne se donnait tout entier et
pour
toujours
à la cause révolutionnaire. Ne
comp-
tons
pas
ses
victimes,
à ce
bourreau,
leurs
charognes
me font horreur ! S'il ne
répugna
pas
àassumer lerôle
qu'il
haïssait le
plusjadis»
rôle
qui risque
à
coup
sûr des'attirer le
mépris
général,
si cet
incorruptible
se fit en un mot
« bas
policier
»
pour
lesalut du
monde, croyez
que je
trouve en ce renoncement de
cjuoi
surexciter mes motifs d'admiration.
Dzerjinski
connaissait-il
l'apophtegme
do
l'admirable
Saint-J usf, qu'il appliqua
mieux
que quiconque
: «
Soyez inflexibles, c'est
l'indulgence qui
est féroce. » Sa tâche n'est
point achevée,
et il meurt...
Qui pourrait
désormais se
targuer
d'être
implacable
?
qui
osera
prendre
une telle
place
? Moïse Salo-
monvitch Ourilzki n'est
plus, qui
ne
par-
donnait
pas
?...
Les
yeux
fixés sur ces
exemples, je
ns
demande
rien,
au
jour
de noire
Révolution,
que
d'être à la hauteur de tels
sacrifices.
Pierre DE MASSOT.
LETTRE A LA YOYAFTE
Pour André Breton.
MADAMR,
Vous habitez une chambre
pauvre,
mêlée
àlavie. C'est envain
qu'on
voudrait entendre
le ciel murmurer dans vos vitres.
Rien,
ni
votre
aspect,
ni l'air nevous
séparent
de
nous,
mais onne sait
quellepuérilitéplus profonde
que l'expérience
nous
pousse
à taillader sans
fin et à
éloigner
votre
figure,
et
jusqu'aux
attaches de votre vie.
L'âme déchiréeet salievous savez
que je
n'assieds devant vous
qu'une ombre,
mais
je
n'ai
pas peur
deceterriblesavoir. J e vous
saisàfouslesnoeudsdemoi-mêmeet,
beaucoup
plus proche
de moi
que
ma mère. Et
je
suis
commenu devant vous.
Nu, impudique
et,
nu,
droit et tel
qu'une apparition
de
moi-même,
mais sans
honte,
car
pour
vol reoeil
qui
court,
vertigineusement,
dans mes
fibres,
lemal est
vraiment sans
péché.
J amais
je
ne me suis l,r<uvé si
précis,
si
rejoint
si assuré mêmeau delà du
scrupule,
au delà de toute
malignité qui
me vint des
autres ou de
moi,
et,aussi si
perspicace.
Vous
ajoutiez
la
pointe
de
feu,
la
pointe
d'étoileau
fil tremblant de ion hésitation. Ni
jugé
ni
me.
jugeant,
entier sans rien
faire, intégral
sans
m'y
efforcer
;
sauflaviec'était lebonheur.
Et enfin
plus
decrainte
"que
la
langue,
ma
grande languetrop grosse.
la
langue
minus-
cule ne
fourche, j'avais
à
peine
besoin de
remuer ma
pensée.
Cependant je pénétrai
chez vous sans ter-
reur,
sans l'ombredela
plus
ordinairecurio-
sité. Et
cepi
ndunf vous étiez la maîtresseel
l'oracle,
vous auriez
pu m'apparailre
comme
l'âmemêmeet leDieudemon
épouvantable
destinée. Pouvoir voir et me dire!
Que
rien
de sale ou de secret ne soif
noir, que
tout
l'enfoui se
découvre,
que
le refoulé s'élale
enfinà cebel oeilétaled'un
juge
absolument
pur.
Decelui
qui
discerneet
dispose
mais
qui
ignore
même
qu'il
vous
puisse
accabler.
Lalumière
parfaite
etdouceoùl'onnesouffre
plus
de son
âme, cependant
infestéede mal.
La lumière sans cruauté ni
passion
où ne sa
révèle
plus qu'une
seule
atmosphère,
l'atmos-
phère
d'une
pieuse
et
sereine,
d'une
précieuse
fatalité.
Oui,
venant chez
vous, Madame, je
n'avais
plus peur
de ma mort. Mort ou
vie,
je
ne
voyais plus qu'un grand espaceplacide
oùsedissolvaientlesténèbresdemondestin.
J 'étais vraiment
sauf,
affranchidetotite
misère,
car mêmema misèreà venir m'était
douce,
si
par impossiblej'avais
delamisèreàredouter
dans monavenir.
Ma destinée ne m'était
plus
cette route
couverte et,
qui
ne
peut joliisguère
receler
que
lemal. j'avais vécudansson
appréhension
éternelle,
et à
dislance, je
la sentais toute
proche,
et,
depuis toujours
blottie en moi.
Aucunremousviolentnebouleversaitàl'avance
mes libres,
j'avais déjà
été
trop
atteint et
bouleversé
par
lemalheur. Mes
libres,
n'enre-
gistraient plus qu'un
immensebloc tmiJ 'orme
et doux. Et
pdi m'importait que
s'ouvrissent
devant moi les
plus
terribles
portes,
leterrible
était,
déjà
derrière moi. Et même
mal,
mon
avenir
prochain
ne me Louchait,
que
comme
une harmonieuse
discorde,
unesuite decîmes
retournéeset rentréesémousséesenmoi. Vous
ne
pouviez m'annoneer, Madame, que l'apla-
nissciiienl deniavi".
Maisce
qui par
dessus tout me
rassurait,
cen'était
pas
cettecertitude
profonde,
attachée
à ma chair, mais bien le sentiment de l'uni-
formitédetouteschoses.Un
magnifique
absolu.
J 'avais sans doute
appris
à me
rapprocher
de la
mort,,
et c'est
pourquoi
foules
choses,
même les
2'luscruelles,
ne
m'apparaissaienf
plusque.
sousleur
aspect d'équilibre,
dansune
parfaite
indifférencede sens.
Maisil
y
avait encore autre chose. C'est
que
ce
sens,
nidifièrent
quant
à ses effets
immédiats sur ma
personne,
était tout de
même coloréen
quelque
chose de bien. J e
venais à vous avec un
optimisme intégral.
Un
op.imismequi
n'était
pas.une pente
d'es-
prit,
mais
qui
venait de celle connaissance
profonde
de
l'équilibre
où foule ma vie était
baignée.
Mavie à venir
équilibréepar
mon
passéterrible,
et
qui
s'introduisait sanscahot,
dans la mort. J e savais à l'avance ma mort
comme l'achèvement d'une vie enfin
plane,
et
plus
douce
que
messouvenirslesmeilleurs.
Et laréalité
grossissait
àvue
d'ceil,s'amplifiait
jusqu'à
cette souveraineconnaissanceoù la
valeur dela vie
présente
sedémontesousles
coups
del'étereilé. 11ne se
pouvait, plus que
l'éterniténeme
vengeât,
decesacrificeacharné
de
moi-même,
et
auquel, moi,je
ne
participais
pas.
Et monavenir
immédiat,
monavenir à
partir
decelteminuteoù
jepénétrais pour
la
première
fois dans votre
cercle,
cet avenir
appartenait
aussi à la mort. Et
vous,
votre
LETTRE A LA VOYANTE
aspect
mefut des le
premier
instant favorable.
L'émotion de savoir élait dominée
par
le
sentiment de la mansuétude infiniede
l'exis-
tence
(1).
Riendemauvais
pour
moi ne
pouvait
tomber de cet oeilbleu et fixe
par lequel
vous
inspectiez
mon destin.
Toute la vie me devenait ce benheureux
paysage
oùlesrêves
qui
tournent se
présentent
LAVIERGECORRIGEANTL'ENFANT-J ÉSUSDEVANTTROISTÉMOINS
(A.B.,
P. E. ET LE
PEINTRE).
Maxlùn.sl
(1)
,1e
n'y peux
rien. J 'avaisceSelllilllenl devant
Elle.Lavieétaitlionne
parceque
celte
voyante
élait
là. La
présence
«lecellefemme11!'était commeun
opium,pinspur,pluslifter,quoique
moinssolide
que
l'autre. Mais
beaucoupplusprofond,plus
vasteet
ouvrantd'antresarchesdanslescellulesdemon
esprit.
Cetél'il actifd'éclianucs
spirituels,
cettecou
Majoration
demondesimmédiatsel
minuscules,
cetteImminence
deviesinlltiiesdontcollefemmem'ouvraitla
perspec-
tive,m'indiquaient
enlinuneissue;ïIn
vie,
etunel'Oison
d'êtreaumande.Caron
Ile
peutaccepter
laVie
qu'A
conditiond'être
grand,
desesentirài
îrlglnc
des
phé-
nomènes,
tout aumoinsd'uncertainnombred'entre
eux. Sans
puissanced'expansion,
sansmiecertaine
dominationsur les choses,la vieest Indéfendable.
I
neseulechoseesl exaltanteanmonde: lecontact
LETTRE A LA VOYANTE
ànousavec lafacedenotre moi. L'idéedela
connaissanceabsolueseconfondait avec l'idée
de la similitude absolue de la vie et de ma
conscience.Et
je
tirais de cette doub!esimi-
litude le sentiment d'une naissance toute
proche,
où vous étiez la mère
indulgente
et
bonne,quoiquedivergente
demondestin. Rien
ne
réapparaissait plus mystérieux,
dans le
fait decette
voyante anormale,
oùles
gestes
demonexistence
passée
et fulurese
peignaient
àvousavecleurssens
gros
d'avertissementset
de
rapports.
J e sentais mon
esprit
entré en
communicationaveclevôtre
quant
àla
figure
de ces avertissements.
Mais
vous, enfin, Madame, qu'est-ce
donc
que
celle vermine defeu
qui
se
glisse
foui à
coup
en
vous,
et
par
l'artificede
quelle
inima-
ginableatmosphère
?•car enfinvous
voyei-,
et
cepoidanl
lemême
espace
étalénousentoure.
L'horrible, Madame,
est dans l'immobilité
deces
murs,
deces
choses,
dans lafamiliarité
des meubles
qui
vous
entourent,
des acces-
soires de votre
divination,
dans l'indiffé-
rence
tranquille
delavieà
laquelle
vous
parti-
cipez
commemoi.
Et vos
vêtements, Madame,
ces vêlements
qui
louchent une
personne qui
voit. Votre
chair,
toutes vos fondions
enfin, je
ne
puis
pas
me faire à celle idée
que
vous
soyicz
soumiseaux conditionsde
l'Espace,
du
Temps,
(pie
les nécessités
corporelles
vous
pèsent.
Vous devez être b-
aucoup trop légère,pour
l'espace.
El d'autre
part
vous
m'apparaissiez
si
jolie,
et d'une
grâce
tellement
humaine,
tellement
de tous les
jours.
J olie comme
n'importe
laquelle
de ces femmesdont
j'attends
le
pain
et le
spasme,
el
qu'elles
me haussent virs
un seuil
corporel.
Aux
yeux
de mon
esprit,
vous êtes sans
limites et sans
bords, absolument, profon-
dément inco
préhensible.
Car comment vous
accommodez-vousde la
vie,
vous
qui
avez le
don de lavue toute
proche
? Et cette
longue
route tout unie où votre âme comme un
balancier se
promène,
et où
moi, je
lirais si
bien l'avenir de ma mort.
Oui,
il
y
a encore
des
hommes'qui
connaissent la dislance d'un
sentiment à un
autre,
qui
savent créer des
étages
et des haltes à leurs
désirs,
qui
savent
s'éloigner
deleurs-désirset deleur
âme, pour
y
rentrer ensuite faussement en
Vainqueurs.
Et il
y
a ces
penseurs qui
encerclent
péni-
blement leurs
pensées, qui
inti'i duisent des
faux-semblants dans leurs
rêves,
ces savants
qui
déterrent des lois avec de sinistres
pi-
rouettes !
Mais
vous,
honnie,
méprisée,planante,
vous
mêliez lefeuàlavie. Et voici
que
5arou-2du
Temps
d'un seul
coup
s'enflammeà force de
faire
grincer
lescieux.
Vous me
prenez
tout
petit, balayé, rejeté,
cl, fout aussi
désespéré que vous-même,
el,
vous me
haussez,
vous me relirez de ce
lieu,
decet
espace
faux où vous ne
daignez
même
plus
fairele
gesle
de
vivre, puisquedéjà
vous
avez atteint la membrane de voire
repos.
Et cet
oeil,
ce
regard
sur
moi-même,
cet
unique
regard
désolé
qui
est foutemon
existence,
vous
le
magnifiez
el le faites seretourner sur lui-
même, et voici
qu'un bourgeonnement
lumi-
neux l'ail de délicessans
ombres,
me ravive
commeun vin
mystérieux.
Antonin ARTAUD.
avecles
puissances
de
l'esprit.Cependant
devantcelle
voyante
un
phénomène
assez
paradoxal
se
produit,
.le
n'éprouveplus
lebesoind'être
puissant,ni
vaste,
laséduction
qu'elle
exercesurmoiest
plus
violente
que
mon
orgueil, une.certainecuriositémomentanément me
sultit.J e.suis
prêt
àtout
abdiquer
devantelle:
orgueil,
volonté,intelligence. Intelligence
surtout.Cetteintel-
ligencequi
esttoutemafierté..lene
parlepas
bien
entendud'unecertaine
agilitélogique
de
l'esprit,
du
pouvoir
de
penser
vileetdecréerde
rapides
schémas
sur les
marges
delamémoire.J e
parle
d'une
péné-
trationsouterrainedumonde,el des
choses,péné-
trationsouventà
longueéchéance, qui
n'a
pasbesoin
desematérialiser
pour
sesatisfaireet
qui indique
des
vues
profondes
de.
l'esprit.
C'estsur lafoi decette,
pénétration
au
pied-bol
et le
plus
souventsans
matière,
el
que
moi-même
je
ne
possède, pas,quej'ai
toujours
demandé
que
l'onmefassecrédit,dût-onme
fairecréditcentansetse.contenterle,restedu
temps
desilence.J esaisdans
quelles
limbesretrouvercette,
femme.J ecreuseun
problèmequi
me
rapproche
de
l'or,
detoute,ni.lièrcsubtile,
un
problème
abstrait
commeladouleur
qui
n'a
pas
deformeet
qui tremble
et sevolatiliseaucontactdes"os.
André Masson
OPÉRATION. RÈGLESD'ÉTROIT.
MESREGRETS : SAOULER L'AVISETLESOULEVER :
MONCHIRURGIEN
:
AMEDE
<<
LINE»RARCIEL
Certes
que
faire
pour
ceindre les
mystères.
La
chimie de l'inégal
esl encore insoluble.
La conclusion nette d'une batteuse telle
que
nos
poitrines
encontiennent esl unechâtelaine
intransigeant
e.
«Nos
gens
»
ne sont-ils
pas
cis
souillures,
el cesvilenies
qui
n'ont
d'égal que
la
vidange
des Cicux
sales.
J e touchenus tourbillons de
trop près pour
ne
p
as avoi r
conscience de
mes
vertiges.
Histoire ver-
meille «mois »
l|UC
le
dégoût
r.
réa h1il nc
commebouc de
neige

nmois»
qui
l'ail l'an

«
nu>is»
qui
l'ail
l'une
pour
avoir
ce (iue mes
clochesdonnent

adnlesee n| .
j'étais pour-
voyeur
en
pro-
jecl
des

je
de-
vins tireur
commeconcilier
lecérémonial de
son coeur el la démarcation du
temps?
cesl
avuir du (lair

je
devins
prophète

un
débarcadère m'acciieillail en la
maladie, je
thésaurisais là connue un
ligre,
dans lulié-
delir du soudard.
LE (îOU l'KN sur une Inde
inattendue
exposail
une larme de
moi,
ma
première,
cautionncnienl
artificiel,
Ccrlilical
qui
faci-
lita le
négoce Silivaill, quel
domaine
quand
même,quel
domaine
quand
«aime •>. dans une
prison que
l'on esl donc studieux, les deux
(•(uniessur son
coeur,
on
apprend
lalêle dans
sesmains à
parler
à la
vierge,
nli bienà
juger
la
persévérance
de sou
roniue-inéunge.
Vu
centre de l-nil commeun tonnerre
pendu
aux
nuagespar
les
pieds
el sourianl eiicore. l'Ai!
CIEL
apparaissail topaze
dans la couleur du
crime.
Quelques
feuilles se
délneltèrcnl de
mon
bloc,
volèrent vers elle,
quelques
feuilles
se
détachèrent de la
providence,
el
par
ses
doigl.
mis wiwtourterelle
à ma l'eue!
re,
mes
barreaux
pclil
à
pelil
devinrent des chants
solides,
mes barreaux
pelil
à
pelil
devinrent
des
hymnes
enfantins dmil ses
yeux
étaient le
refrain.
«La Toussaint
porte
des Meurssur les
lombes. »
«Le «Tout-seul ->
porte
une Heur dans sa
tombe. »
El à midi le lendemain une comète
qui
pour
moi seul avail
épingle
sur sa robe un
bouquet
de «
l'.amr-volanl
»vint me sourire
avec des
yeux qui
faisaient des réussites axer,
des cartes invisibles.
L'HISTOIRE nivanlesuivit.
Mou
esprit
retardataire n'est
pas
comes-
tible, il
empoi-
sonne ma vie.
(,ecoeur embar-
rassau!
qui
glousse
(Unisses
jambes,
traîne
péniblement
ses
proies,
ousa
poi-
gne
esl ilLSI iHi-
saII1e ou ses
mainsn'ont
pas
l'expérience
de
l'arme, doute,
doute,
mène i\\\
p
i é(lestai au
pied-à-terro,
il
esl dommil
g
e
que
leiliilllcsoit
le
plus gros
dé-
faut d'un Hom-
me de coeur...
cl ce Ilelllonde houle me
|n'il
ensii fourche,
.le
m'y
enfoncele
plus profondément possible,
sans réclamer à ce I.mi 1er de bleu
peinl
d'autres
sanglot
s
que
ceux de l'immobile stu-
peur que
la vérité
angoisséedéploielorsque
la
jeunesse
a dérnuverl sim
premier
nllichage,
et.
qui
ressemble au Bonheur comme deux
larmes

la mienne el mie nuire.
Les événements ensuile me laissaient
per-
cevoir des
gouffres. Qu'aile
sache : les brides
que
l'on
m'accroche,
les
soupirs, que j'ai
le
lorl d'évaluer
Irop
cher, le
chantage que
nus
malériiiux
proposent
à mes
rêves,
la bouscu-
ladei\<*dieux
pour
la
régularité
îlemes
actes,
ledésordrenaturel
que
la nature me
reproche,
Inul cela laissesous-clileiidre ail luolllelll (le
l'explosion
la
plusloyale,
un tel désir desau-
vetage, que
mêmecette indifférencesuivante
à
craindre,
a de suflrsanles bouées dans les
bras,
pour
vaincre l'hésitation du
plusimpres-
sionnable ifs enfants.
Ma Coiilinnccest le seul chloroforme
qui
m'endormira
prés
d'elle.
Au réveil
je
n'aurai
plus
d'autre rêve
que
celui
qu'en
ses bras
je
rêvais.
Pierre BRASSEUR.
CARNAVAL
D'ARLEQUINS
,/OHII Mlrf)
LES DESSOUS D'UNE VIE
OU
LA PYRAMIDE HUMAINE
à Marcel Xoll.
Il'abord, un
grand
désir m'était venudesolen-
nité el
d'apparat.
J 'avais
froid.
Tout mon cire,
vivant et
corrompuaspirait
à la
rigidité
el à la
majesté
des morts. J e
fus
lenteensuite
pur
un
mystère
oit les
forme.',
ne
jouent
aucun cile.
Curieux d'un ciel décoloréd'où tes oiseaux el
les
nuages
sont bannis, de devins esclaveîlela
facultépure,
de voir, esclavedemes
yeux
irréels
et
vierges, ignorants
du mondeet d'eux-mêmes.
Puissance
IranqiliUe.
de
supprimai
le visible
el l'invisible,
je
me
perdis
dans un miroir sans
loin.
Indestructible, je-n'étais pus aveugle.
LES CENDREvS VIVANTKS
Plus
j'avance, plus
l'ombres'accroît. J eserai
bientôt cerné
par
ses monuments détruits et
ses statues aball.tes. J e n'arriverai
jamais.
Mes
pensées orgueilleuses
nul
trop-longtemps
élé liées ;III luxe de In lumière.
J e déroule
depuis trop longtemps
la soie
chatoyante
de
nui
fêle,
tout ce turban avide de reflets ri de
compliments.
Il
n'y
a
qu'une façon
maintenant
desortir de(-elleobscurité : lier monambition
à ht misère
simple,
vivre foute ma vie sur
le
premier
échelon
nocturne,
à
pi
ineau-dessus
da
moi,
à
peine
celui des oiseaux de nuit.
Détaché de celle
ferre,
de cette ombre
qui
m'ensevelit. Le ciel a la couleur ('o la
pous-
sière.
Trois heures du malin. Un
cortège,
des
cris,
d.s
chants,
des
armes,
des ton lies, des brutes.
J e
suis, je
suis
obligé
desuivre
je
ne sais
quel pacha, quel padishah
sonore. J 'ai
trop
sommeil el
je
me révolte. J e mérite la mort.
Mange
Ion
pain
sur la voilure
qui
le mène à
l'érhal'aud.
mange
Ion
pain tranquillement.
J 'ai
déjà
dit
que je
n'attendais
plus
l'aube.
Comme
moi,
la nuit est immortelle.
Dans un
bouge
ma mère
m'apporte
un.
livre,
un.si beau livre. J e l'ouvre et
je
crache dedans.
Matilleesl assiseen lace de
moi,
aussi calme
que
la
bougie.
La nuit des ehi-IToiiniers. J e tiendrai ma
pro-
messe (lerendre visite aux chiffonniers. Leur
maisonbrûle. Ces
gens
sonl vraiment aimabl s.
J e ne méritais
pas
tant d'honneur : leurs
chevaux brûlent. On t'-licrcticdans les fisses
les trésors
que
l'on doil m'offrir,
Que
le feuil-
lage
invisib'eest beau. J 'ai l'ail un ai sic incom-
préhensible, j'ai
mis nui main en visière sur
mes
yeux.
L'AUBE IMPOSSIBLE
H/.r
ijvontl
enchanteurestmort!
ri ce
pays
d*illitsiont,'cxi e
ffaeé.
•>
YIIIM;
C'est
par
une nuit comme celle-ci
que je
me sais
privé
du
langage pour prouver
mon
amour el
que
j'ai
eu affaire
à une sourde.
C'esl
par
une nuit, comme celle-ci
que j'ai
ciii illi sur laverdure
perpendiculaire
desfrnm-
bi ises blanches comme c\u
lait,
du dessert
pour
celle amoureuse de mauvaise volonté.
C'esl
par
une nuit comme celle-ci
(pie j'ai
régné
sur des rois el des reines
alignés
dans
nu couloir de craie. Ils ne devaient, leur taille
qu'à
la
perspective
el si les
premiers
étaient
g
ganlcsques,
les
derniers,
au
loin,
éfaicnl si
petits que
d'avoir
un
corps
visible, ils sem-
blaient taillés à facettes.
C'esl
par
une nuit comme celle-ci
que je
les ai laissé
mourir,
ne
pouvant
leur donner
CONFESSION D'UN ENFANT DU SIECLE
leur ration nécessaire de lumière et de raison.
C'est
par
une nuit comme celle-ci
que,
beau
joueur, j'ai
traîné dans les airs un filet fait
de tous mes nerfs. Et
quand je
le relevais
il n'avait
jamais
une
ombre, jamais
un
pli.
Rien n'élait
pris.
Le vent
aigre grinçait
des
dents,
le ciel
rongé
s'abaissait et
quand je
suis
tombé,
avjc un
corps épouvantable,
un
corps pesant d'amour,
ma tête avait
perdu
sa raison d'être.
C'est
par
une nuit comm. celle-ci
que naquit
de mon
sang
une herbe noire redoutable à
tous les
prisonnier^.
EN SOCIÉTÉ
J e ne
regrette pas

mais seulement
parce
que
le
regret
n'est
pas
une forme suffisante
du
désespoir

le
temps

j'étais
méfiant,

j'espérais
encore avoir
quelque
ennemi à
vaincre, quelque
brèche à tailler dans la
nature
humaine, quelque
cachette sacrée.
La
méfiance,
c'était encore
l'arrêt,
la consta-
tation délectable du fini. Un fil tiré
par
une
hirondelle
qui,
les ailes
ouvertes,
fait la
pointe
de la
flèche, trompe
aussi bien
l'apparence
de l'homme
que
sa réalité. Le vent n'ira
pas
où l'homme veut aller avec lui. Heureusement.
Voici lesfrontières de
l'erreur,
voici les
aveugles
qui
ne consentent
pas
à
poser
le
pied
là où la
marche
manque,
voici les muets
qui pensent
avec des
mots,
voici les sourds
qui
font faire
les bruits du monde.
Les membres
las,
ma
parole,
ne se
séparent
pas
facilement. Leur
ignorance
de la solitude
ne les
empêche pas
de se livrer chacun à de
sournoises
expériences
individuelles de
physi-
que
amusante, miettes du
grand repos,
autant
de minuscules éclats de rire des
glycines
et
des acacias du décor.
Lasourcedesvertus n'esl
pas
tarie. D, beaux
grands yeux
b'en ouverts servent encore
à la
conte
iplation
des mains laborieuses
qui
n'ont
jamais
fait le mal et
qui
s'ennuient el
qui
ennuient tout le monde. Le ^lus bas calcul
fait =efermer
quotidiennement
ces
yeux.
Ils ne
favorisent le sommeil
que pour
se
plonger
ensuite dans la
contemplation
des mains
laborieuses
qui
n'ont
jamais
fait le mal et
qui
s'ennuient et
qui
ennuient, tout lemonde.
L'odieux trafic.
Tout cela vit : es
corps patient
d'insecte,
ce
corps
amoureux
d'oiseau,
ce
corps
fidèlede
mammifère et ce
corps maigre
el vaniteux de
la bêle de mon
enfance,
tout cela vit.
Seule,
la tête esl morte. J 'ai dû la tuer. Mon
visage
ne me
comprend plus.
Et il
n'y
en a
pas
d'autres.
Paul ELUARD.
CONFESSIOND'UNENFANTDU SIÈCLE
TANDIS
QUE J E
DEMEURE
Tandis
que je
demeure ceux
qui
favorisent
illégitimement
son
amour,
si toutefois
je puis
consentir à'
appeler
de cenom le hasard misé-
rable
qui
les met en
présence,
se succèdent
comme des fantômes. J 'assiste à leur
fugitive
apparition.
Comment
serai-je jaloux d'eux,
instruments inconscients d'une destinée
poéti-
que
et
pathétique, jouets
d'une fatalité
plus
haute
que
laleur et
qui
nelessuscite
quepour
éprouver davantage
la
patience
invincible
que
j'oppose
aux avatars et aux tribulations.
Patience,
mais non
résignation.
J e
garde
le
secret de mes
tempêtes
et de mes
désespoirs.
Le récif
placé
au milieu d'un
cyclone
ne subit
pas
l'atteinte de l'écume. Elle
glisse
sur ses
arêtes lisses et si l'eau
qui
ruisselle sur lui
laisseun
peu
desel dans les
fissures,
celui-ci se
transforme en cristaux
féeriques. (J 'aime
l'éclat
que
laisse aux
yeux profonds
leslarmes
intérieures.)
J 'attends
depuis
des années le
naufrage
du
beau navire dont
je
suis amoureux. J e vois
les tourbillons' s'amonceler dans le ciel en
telle
quantité que depuis longtemps
la catas-
trophe
aurait dû s'abattre sur la mer
trop
calme el
que, puisque
elle
attend,
il esl
impos-
sible de. douter
qu'elle
sera terrible et fabu-
leuse.
J 'aspire
à ce
naufrage, j'aspire
à la fin tra-
gique
de ma
patience.
Le
beau
navire
impas-
sible et
qui parfois
se
présente
à moi sous
l'aspect
du bateau fantôme
n'acceptera pas
la
perle corps
el biens sans entraîner celle du
récif
qui
la causera.
Tandis
que je
demeure ses amants illé-
gitimes
sesuccèdent et
passent.
11esl,des
jours

je
crois
qu'elle
sait,
des
jours

je
crains
d'être
dupe.
Mais
je
demeure el ils
passent.
Elle
accepte
dans sa vie la
présence
de mes
pensées
non
dissimulées,
(die
acceptera quelque
jour
le
témoignage tragique
et écrasant
(pie
j'apporterai
de mon "amour el du sien.
El du sien. Car nul doute
qu'elle
ne m'aime
nu m'aimera car
je
ne saurais condescendre à
soumettre celte
question
à l'illusoire condition
de
temps.
Mais
pourtant je
ne suis
pas
de ceux
qui
s'humilient el
qui acceptent.
La
tempête,
j'en
serai l'auteur el nue des victimes. Pensées
amoureuses devenez
plus
terribles el
plus
sereines, jour prochain
du
règlement
de
compte
lève-toi.
J e
demeure,
ils
liassent.
El
qu'ils passent
ainsi, vagues
fantômes
soumis des rites sexuels el,
qui
ont oublié les
lois
spirituelles
de l'amour
qu'ils prétendent
UCCELLO,
LE POIL
éprouver.
Vivant
par
l'âme el la matière
je
n'aurai au
jour
voulu
qu'à
lever le
doigl pour
que
ces
mirages
dérisoires soient
balayés
avec
les
premières épaves,
au souffle de l'amour
réciproque.
Robert DESNOS.
UCCELLO,
LE ROIL
Pour Gènica
LAPROFANATIONDEL'HOSTIE
(DÉTAIL).
PtmluUccello
Uccellomon
ami,
ma
chimère,
lu vécus a\ ec
ce
mythe
de
poils.
L'ombre de cette
grande
main
lunaire OÙlu
imprimes
les chimères du
ton
cerveau,
n'arrivera
jamais jusqu'à
la
végé-
tation de ton
oreille, qui
tourne el l'nurmill.'.
à
gauche
avec tous
les.
vents de Ion coeur.
A
gauche
les
poils, Uccello,
à
gauche
les
rêves,
à
gauche
les
ongles,
à
gauche
le coeur. C'esl
à
gauche
que
toutes les ombres s'ouvrent
,
des
nefs,
comme d'orifices humains. La lêle
couchée sur celle table où l'humanité foui
entière
chavire, que
vois-tu autre chose
que
l'ombre immense d'un
poil.
D'un
poil
comme
deux
forêts,
comme trois
ongles,
comme un
herbage
de cils, connue d'un râteau dans les
herbes duciel.
Etranglé
le
monde,
el
suspendu,
et
ctcrnellcnienl vacillant sur les
plaines
de
celle table
plate
où lu inclines la lêle lourde.
El
auprès
de lui
quand
lu
interroges
des
faces,
que vuis-lu,
qu'une
circulation de
rameaux,
un
treillage
de
veines,
latrace minusculed'un.'
riilo,
le
ramage
d'une mer de cheveux. TouL
esl
tournant,
tout esl
vibralile,
et
que
vaut
l'oeil
dépouillé
de ses cils.
Lave,
lave les
cils,
Uccello,
laveles
lignes,
lavela.trace tremblante
des
pniis
et des rides sur ces
visagi
s
pendus
de
nuirls
qui
le
regarilinl
comme des oeufs,
el d us la
paume
monstrueuse et
pleine
de
lunecommed'un
éclairage
de
fiel,
voici encore
les frac s
augustes
de les
poils qui émergent
avec leurs
lignes
fines comme k's rêves dans
Ion cerveau dâ
noyé.
D'un
poil
à
un
autre,
conibien de secrets et combien de surfaces.
Maisdeux
poils
l'un àcôté de
l'autre,
Uccello.
La
ligne
idéale des
poils
inlraduisiblcment
liueel deux l'ois
répétée.
Il
y
a des rides
qui
font le four des faces el se
prolongent jusque
dans le
cou,
niais sous les cheveux aussi il
y
ii des
rides,
Uccello. Ainsi tu
peux
faire tout
le leur de cet oeuf
qui pi
nd entre les
pierres
et les
astres,
et
qui
seul
possède
l'animal ion
double des veux.
CHRONIQUES
Quand
tu
peignais
tes deux amis et toi-
même dans une toilebien
appliquée,
tu laissas
sur la toile comme l'ombre d'un
étrange coton,
en
quoi je
discerne tes
regrets
et ta
peine,
Paôlo
Uccello,
mal illuminé. Les
rides,
Paolo
Uccello,
sont des
lacets,
mais les cheveux sont
des
langues.
Dans un de tes
tab'eaiix,
Paolo
Uccello, j'ai
vu la lumière d'une
langue
dans
l'ombre
phosphoreuse
des dents. C'est
par
la
langue que
tu
rejoins l'expression
vivante
dans les toiles inanimées. Et c'est
par

que
je vis,
Uccello tout
emmajllotté
dans ta
barbe,
que
tu m'avais à l'avance
compris
et défini.
Bienheureux
sois-tu,
toi
cpii
as eu la
préoccu-
pation
rocheuse et terrienne de la
profondeur.
Tu vécus dans cette idée co une dans un
poison
animé. Et dans les cercles de cette
idée tu tournes éternellement et
je
te
pour-
chasse à tâtons avec comme fil la lumière de
cette
langue qui m'appelle
du fond d'une
bouche miraculée. La
préoccupation
terrienne
el rocheuse de la
profondeur,
moi
qui manque
de terre à tous les
degrés.
Présumas-tu vrai-
ment ma descente dans ce bas monde avec la
bouche ouverte et
l'esprit perpétuellement
étonné. Présumas-tu ces cris dans tous les
sens du monde et de la
langue,
comme d'un
fil
éperdûment
dévidé. La
longue patience
des
rides est ce
qui
te sauva d'une mort
préma-
turée.
Car, je
le
sais,
tu étais né avec
l'esprit
aussi creux
que
moi-même,
mais cet
esprit,
tu
pus
le fixer sur moinsde
choses
encore
que
la trace et la naissance d'un cil. Avec la dis-
tance d'un
poil,
tu te balances sur un abîme
redoutable et dont tu es
cependant
à
jamais
séparé.
Mais
je
bénis
aussi, Uccello, petit garçon,
petit oiseau, petite
lumière
déchirée, je
bénis
ton silence si bien
planté.
A
part
ces
lignes
que
tu
pousses
de ta têle comme une fron-
daison de
messages,
il ne reste de loi
que
le
silence et le secret deta robe fermée. Deux ou
trois
signes
dans
l'air, quel
est l'homme
qui
prétend
vivre
plus que
ces trois
signes,
et
auquel
le
long
des heures
qui
le
couvrent,
songer~.it-on
à demander
plus que
le silence
qui
les
précède
ou
qui
les suit. J e sens toutes
les
p'erres
du monde et le
phosphore
de l'éten-
due
que
mon
passage
entraîne faireleur chemin
à tivvers moi. Il forment les mots d'une
syllabe
noire dans les
pacages
demon cerveau.
Toi
Uccello,
tu
apprends
à n'être
qu'une ligne
et
l'étage
élevé d'un secret.
Antonin ARTAUD.
CHRONIQUES
LA SAISON DES BAINS DE CIEL
Les conversions sont à la mode.
On sait
que petit
à
petit
les
égarés
rentrent
au bercail. On va tuer le veau
gras.
A cet
usage déjà,
de hardis
spéculateurs organisent
l'élevage
de cet animal de
salut,
car il esl à
prévoir que
bientôt les
champs
de la société
seront insuffisants à lenourrir. La
grâce
tombe
du ciel sous l'orme de
grêlons gros
comme des
oeufs de
pigeon.
Le saint
giron
s'entr'ouvre
comme une vulve en chaleur. El de
fait,
ce
n'est
que
l'énorme vulve enchaleur del'énorme
vieillevache aux mamelles vides
qu'est l'Eglise
universelle. Si énorme
.que
les trains de
plaisir
organisés par
les
Compagnies pour
le
transport
des nouveaux convertis
pourront
lui entrer
dedans comme des sexes demiracle el déverser
dans ses flancs à
piine
chatouillés
par
ce
passage,
la semence
parfumée
aux excès mon-
dains
qui jusqu'alors
constituaient l'erreur el
l'abomination. Deux
jours
aux bains do ciel ?
Point. Il
s'ag
t
d'éternité,
et non
plus
de
D<auvillc. Celui
qui
est entré dans
l'Eglise
y
restera
toujours,
ou si l'on veut ne s'en
déiachera
plus.
Celane
('épi
nd
pas
delavolonté
de l'enfant
prodigue.
Dans les siècles des
siècles on consultera les
registres
où les noms
sont inscrits el les
panoplies
où les
concierges
de servie;
suspendent
la
peau
el le
plus
bel
organe
du nouveau locataire. El l'on dira sans
risque
de
mensonge
: Max
J acob,
J ean Cocleau,
étaient,
sont et seront de la famille.
La vieille vache universelle aux mamelles
vides a besoin de
jeunesse.
Elle
languissait
dans sa litière comme une couleuvre d'hiver.
Ses
gr.
ndes cornes d'abondance étaient
pleines
d'un air
méphitique qui peu
à
peu
en ramol-
lissait la matière tout au
plus
bonne à trans-
former en
peigne
de chevelure
pour Espagnole
ou en
pendeloques pour
douairières. Sa
queue
aux couleurs maintenant
livides
s'agitait
à
peine pour
chasser les mauvaises mouches
anticléricales. Où donc étaient
les
grands
coups
de fouet, d'anlan
pleins
d'amour
cl de
bot
se, qui
veillaient à
l'aplomb
des âmes ou
marquaient
les
visages
d'universelle
igno-
minie ?
Et les
laitiers,
les laitiers
papelards,
aux
mains
pleines
des doux
stigmates
de leur
14 CHRONIQUES
besogne,
tiraient en vain sur les
pis plus
inutiles
que
des sexes de
vieillards, pour
obtenir les richesses fluides de la foi. Il ne
sortait
qu'une vague
eau
bénite,
celle
qu'on
se
passe
distraitement de l'un à l'autre au
sortir d'un
grand mariage.
L'or de crème et
de beurre était la
graisse
des
jours passés.
C'est
que l'Esprit,
comme ils doivent
dire,
s'était détourné de la chose.
Entre une société secrète et
l'Eglise,
il
n'y
a
pas
de différence. Sauf celle-ci :
l'Eglise
est
une société secrète
publique.
11ne suffît
pas
de réunir
quelques
atomes
au beau nom et d'attendre
que
la vie naisse.
L'étonnante association de foi et
d'exploi-
tation de la foi
qu'est l'Eglise,
a besoin du
battement deson coeurcentral et delalumière
de sa cervelle.
Or,
la cervelle de
l'Eglise
est
molle maintenant commelachair decesvieux
poulpes
abandonnés sur le sable du
rivage
par
les
pêcheurs pressés.
11est merveilleux devoir
que plus
sensibles
encore
que
les
puces
manifestant leur sentiment
stomacal de la mort en abandonnant le
corps
du rat
mort,
les
exploiteurs
dela foi
compren-
nent à l'avance
l'approche
des râles de la
chair
sentimentale, point d'appui
et de délec-
tation de leurs mandibules.
Songez-vous
à tous cas insectes de la
terre,
qui
sentant le feu central se
refroidir, jet-
teraient vers le ciel des
regards d'angoisse
el
trouveraient àlavue des étoiles
quelque
chose
comme un
goût
de
sang
tentateur ? En haut
le salut !
Ici c'est
plus
facile. Point n'est besoin d'user
d'appareils
volants. C'est l'étoile
qui voyage.
Ellea
trop voyagé
dans lasdessins des constel-
lations et les desseins de
l'intelligence qui
donne un nom à toutes les
figures
: Il sullit
de l'écrire dans les ténèbres où
passent
lés
étoiles si brillantes soient-elles : J e suis le
Repos
Eternel avec
inscription
au
procès-verbal.
Il
y
a des saisons où les étoiles
voyagent
comme des miles. Il faut croire
que
nous
y
sommes. On a
trop
secoué de
tapis
de chair
et de
pensée.
Sous les
coups
du
canon, trop
de cervelles sesont unies hors deleur caverne
d'os
pour
former une voie lailée. El, la rôle
dela
guerre
esl en effet bien à considérer dans
celte
affaire,
quoique
la
guerre
elle-mên e n'ait
été
que
la fleur
rouge
des blés civilisateurs.
Mais c'est un l'ait. La
guerre
et les révoltes
se sont
allumées,
et. éteintes. El maintenant
les
trajectoires
se terminent avec
grâce
dans
deséclaboussements
archangéliques.
Onsecon-
vertit. C'est-à-dire on sauve, son âme. On la
met à l'abri.
On sauve son âme ? On la met dans un éta-
blissement de
crédit,
voilà tout.. J ean
Cocteau,
Max
J acob, Reverdy
et
quelques autres,
ne
font
pas
autre
chose,
un
jour
de
purée, que
d'aller au
Mont-de-Piété, y engager
leur âme
et recevoir des mains des
préposés
aux célestes
magasins,
un
peu
de
papier
monnaie
qui
met
leur
existence
à l'abri du besoin. La
gloire
des nommes est caillouteuse. Le laurier n'est
vivace
que
dans lasauce descuisines. C'est un
singulier végétal que l'unique atmosphère
des
Ballets
russes,
des trottoirs et des ateliers de
Montmartre,
des Bars de
nuit,
delaPédérastie
et des rendez-vous mondains ne suffit
pas
à
rendre
rustique.
J e ne vais
pas
dire
que l'Eglise
rémunère
les
employés
de sa
puissance jusqu'à
l'enri-
chissement.
L'or,
ce beau
liquide,
coule de
préférence
dans le sens
inverse,
vers
l'Eglise.
Mais il
s'ag.t
de cette
inquiétude
de l'avenir
dont on
peut aplanir
les
vagues
avec
quelques
gouttes
de Saintes-Huiles. II
y
a ce bien-assis
des
réputations,
cefauteuil desvieux derrières
qui
tentent ces anciens
petits
fous. Il
y
a bien
des
petits
enfants
qui
deviennent-
maquc-rclles
el meurent ouvreuses de théâtre ou
concierges.
D'un côté sécurité des vieux
jours
el
perpé-
tuité de la
renommée, blanchissage spirituel
:
voilà ce
qu'ils
obtiennent. De
l'autre, rajeu-
nissement de la'
vigueur,
roublardise du ser-
vice : voilà ce
qu'ils
donnent.
J e vois bien
quelque
vieux
marquis
ou
colonel, quelque
beauté honorable faire la
grimace. Quoi,
le saint
giron
ne
peut-il
tirer
profil
de caresses mieux lavées ? On sait, d'où
viennent ces
repentis
! Ils traînent avec, eux
leur ancienne
pestilence qui perce
l'encens el
la
pastille
de menthe
trop
nouveaux
pour
eux.

Oue les
personnes dégoûtées
se ras-
surent : oi ne fait
pas
de meilleur
garde-
chiourme
qu'avec
un
qui s'y
entend
pour
vous
ouvrir en deux un
coffre-fort,
un
pansu
ou
une
petite
fille.
La
Religion
et laSociétésedonnent lamain.
Maisà
laquelle
desdeux
profile
cette alliance ?
Laquelle
esl au-dessus de l'autre ? Dans la
société
secrète, agent,
on ne sait
pas toujours
pour qui
on
travaille,
ni
qui
a donné le mot
d'ordre.
Peu
importe
d'ailleurs, 'foules deux ont
depuis longtemps
déterminé ce
qui
leur con-
vient ou leur nuit. Une fois
pour
toutes la
grande
discrimination entre le Bien et le Mal
aétéélablie. Amiset Ennemis. Entre les
deux,
les
jambes pendantes
de
chaque
côté de la
ligne
de
partage
des
eaux,
un
grand person-
nage
dissimule son
visage
dans les hauteurs.
Maisen son
nom,
on
distingue
vite celui dont
il
pourra
dire : Mon Fils.
Hé bien son fils n'est
pas
toujours
du côté
CHRONIQUES
du Bien. On va le
pêcher
chez les
ennemis,
car son
visage
esl
déjà marqué.
Cela se sait.
Commedit Paul
Valéry

en
parlant
de
poésie

cjla se sent. Et ce fils du
personnage
est
considéré comme un de ces
agenls déguisés
qu'on
entretient sur le territoire de la nation
rivale
pour
une obscure
besogne.
Parmi les
affranchis on
peul
dire
que
J ean
Cocteau,
par
exemple,
a fait
figured'espion.
Celan'a
trompé
personne.
Les secrets dérobés n'enrichiront
l'Eglise que
de monnaie de,
singe.
C'est
parmi
ceux
qui
sont
marqués
du
signe
du démon
que
se
recrute d'ordinaire un tel
ornement desantichambres
paradisiaques.
C'est
que
le
Démon esl un filsde Dieu. LeDiab'e esl
un des
patrons
du bien. La
plus
mauvaise
manière de
plaire
à Dieu n'est
pas
d'ouvrir
son lit au
Diab'e,
de coucher avec
lui, el le
matin
venu,
de lui offrir une tasse de café.
Le
Démon,
dit,
J acques Maritain,
est un
esprit
pur.

En vérité les
joues
du Diablene sont,
(pie
lesfessesdeDieu. C'esl
pourquoi
tous (-eux
qui
les ont
taquinées
sont, accueillis
lorsque
plus
tard ils
reviennent vers la
lumière,
et
confessent avec, suffisance
que
s'ils oui erré
en
s'altardanl si
bas,
ils n'ont
pas
moins
caressé Dieu.
C'est à
Satan
que l'Eglise
doit dereconnaître
lessiens
parmi
lesennemis. La lumière
révoltée
est la lumière
(c'est pourquoi
il faut se méfier
de la
révolte).
De miroir en miroir ellerevient
vers Dieu. J e
parlais
d'étoiles. Celles
qui
se
décrochent
pour
se
placer
au haut des
cierges,
doivent sentir le
soufre,
tout comme nos
pro-
digues
barrasses.
On va mechercher
querelle parce que j'agite
le Diable et Dieu de droite et de
gauche
!
On connaît la haine d'André Breton
pour
Dieu. Le seul nom de celui-ci le secoue de
colère.
En vérité il suffirait de ne
plus jamais pro-
noncer le.nom de Dieu
pour que
ce
dangereux
personnage
cessed'exister. Mais au moins une
fois dans sa
vie,
André Breton même dut le
prononcer,
ne fût-ce
que, pour
cet
analhème,
et cela suffit
pour coaguler
une monnaie
d'échange
destinée à circuler de bouche en
bouche,
et
qu'elle
bâtisse
prmr
ce
nom,
à
défaut d'un
corps

encore faudrait-il voir

une âme
effrayante.
On
peut
croire
malgré
lessoucis de
J acques
Rivière ou de Marcel
Arland,
que
nous n'avons
pas inventé,
ni réinventé Dieu ni son nom.
Nous l'avons sucé avec le lait maternel. Nous
nous
sommes nourris d'un nom
qui jusqu'à
présent
a
empoisonné
la ferre. J e
comprends
l'exécration d'André Breton.
Malgrénous,
nous
continuons à
employer
ce nommême
pour
le
blasphème.
Ils ont dû sourire ceux
qui
ont
ordonné : Tu ne
prononceras pas
en vain le
nom du
Seigneur

car ceux
qui
ne le
pro-
noncent
que pour
dire : NomdeDiau !servent
encore bien la cause de Dieu. Ils affirment son
existence. C'est tout ce
que
demandent les
gardiens
visibles de
l'Eglise.
L'homme
qui
jure
ne fait
que
tirer la
queue
du diable.
L'homme
qui
insulte Dieu
s'approche
tout
près
de lui.
Evidemment c'est un beau rêve
que
celui
d'exterminer
Dieu. H faudrait
organiser
une
trop
vaste
grève,
réunir une
complète
una-
nimité (h;
silence,
si bien
qu'aucun
écho d'au-
cun coeur
n'appeilsrail plus
le nom le cet-
oppresseur,
mêinj dans le secret Iremblotlant
d'un
sauge
du sommeil. Peu à
peu
cel autre,
là-haul,
sur ses
splendeurs
île
nuages
dorés où
les lis
poussent parmi
les crottes
d'anges,
seul
sa
poitrine
se
troubler,
te. su,d'Ilelui
manquer.
Il
maigrit.
Il se vide.
Quoi
donc? lin ? Les
saints crèvent et le Diable
perd
le
poil
de ses
lianes. Puis tout à
coup
le
Maître lui-même
SCULPTURE.
Mnnlliui
î6
CHRONIQUES
chancelle et
disparaît
sans
qu'aucun
morceau
de ses
augustes
membres ne subsiste. Les
hommes
pensent
à autre chose
Non,
celane sera
pas.
Il
y
a
trop
de
germes
répandus partout, prêts
à
reproduire
ce fou-
gueux
cancer. Et la
stup'dité
humaine ne
manquerait, pas
defaire
promener
nos
grévistes
en
longues
théories de
gloriole
avec des ban-
nières
portant l'inscription
suivante : Nous
sommesceux
qui
ne
prononcent plus
le nomde
Dieu.

Ils s'étonneraient desevoir accueillis
avec fleurset couronnes
par
les
Fidèles,
comme
de
petits
saints.
Reste un
espoir
: Peut-être la
fatigue aidant,
peut-on
attendre lesuicide de Dieu ?

Chut !
Il n'est
pas politique
de lui mettre la
puce
à
l'oreille !
On dit, : Tout ceci est de l'anticléricalisme,
et, l'anticléricalisme est une vieille sornette.
Soit. J esuis
prêt,
lemoment
venu,
àremettre
en honneur les
pires
lieux communs.
Si
je
nela
détestais, je
serais
porté
àadmirer
la
perfide
et
ignoble
force de ces
gens.
Elle se
cache derrière leur face molle et tortille leur
échine de
python.
Les
cataclysmes
deviolence
ou riedissolution ont
passé
sur elleel,ne l'ont,
pas
éteinte.
Eux,
ils vont dans leur soutane
noire en silence. Ils vont se mettre à
pondre,
si l'heure est
venue,
et des millions d'oeufs
répandus
à l'envers des êtres el des
gestes
naîtront des millions d'hommes noirs à l'ace
molle. On sait
quelle
esl la vitesse de
repro-
duction de ces
parasites
! Maissi l'heure vient
aussi,
on verra leur face
perdre
sa mollesse
pour
devenir aussi dure et
impitoyable que
lerocher de
granit qui
use la chair des
noyés
dans la mer. Il ne
s'agira plus
de salut
alors,
mais d'une
tyrannie
mortelle.
Cette
puissance
à
longue portée
est admi-
rable,
mais
je
mesoucie
peu
de l'admirer
quoi
que j'en
aie dit. II ne
s'agit pas
d'anticléri-
calisme. C'est un
appel
au meurtre de cette
hideuse certitude
catholique.
Ce
placement
des âmes
parmi
la
naphtaline
et les housses
du salut me
dégoûte.
Nos
jeunes propagateurs
ont fait lesimulacre
de
jouer,
et ils ont
gagné.
Maintenant dans une
atmosphère
de
lavabo,
ils vont chanter des
cantiques,
distribuer des médailles. Ils vont
dissimuler les vents de leur estomac derrière
les
soupirs
de la
contemplation.
Ils sont entrés
par
le fondement du diable
el sortis
par
la bouche de Dieu. Ils vont mon-
nayer
leurs souvenirs de
voyage,
s'endormir
dans des chemises blanches. Ils
pourriront
tout de même comme la
charogne
habituelle.
Pendant ce
temps,
il
y
a un tas de
pauvres
diables
qui jouent
et
perdent
à
coup
sûr,
et
ceux
qui
sans
jouer perdent
aussi

et
perdent
leur
âme,
dans la solitude. Ceux-là aussi vou-
draient sortir de la Terre.
Qu'est-ce
donc
que
lesalut ? Usn'ont
qu'eux-mêmes pour s'échap-
per
du
monde,
du
vide,
du
ciel,
et d'eux-
mêmes.
S'ils crachent en
l'air,
cela ne se
change pas
en astres de strass. Us n'ont
pas
de
magot
pour
l'éternité. Mais
je préférerais
baiser la
pourriture
de leurs lèvres
lorsqu'ils
seront
morts, plutôt que
teindre mes
joues
au fard
de nos
repentis
en fleurs
pendant
le
temps
de
leur vie sauvée ou dans celui
que
la mort
parfumera
d'une
ignoble
et fade odeur desain-
telé.
G. RIBEMONT-DESSAIGNES.
CORRESPONDANCE
Le?,
juin
192G.
A MonsieurStanislas
FUMET,
auxsoinsdeséditions
Pion, 8,
rue
Garaneière,
Paris.
MONSIEUR,
J e
pensequ'on
ne discute
pas
avec vos
pareils
lorsqu'ils
se
permettent
de
s'approprier
un homme
qui
lestraiteà
coups
de
pied
danslecul.
Dommage,
tout de
même,que
vousnevous
soyez
pas
trouvédansmon
entourage(vouspouvez
enremer-
cier votre dieu
imbécile)
au momentoù
je
devais
apprendre
entreautreschoses
que
tel
poème
deBau-
delaire
/ail
un
joli
morceaude
prière
dusoir.
Baudelaire
catholique
?
croyant
? commentalors
cût-il été
poète
?
J etiensàvous
informer,monsieur,
queje
tetiens
pour
un
cou,
un
lâche,etledernierdes
pores.
MarcelNoix.
Ce5
juin
1926.
MONSIEUR
(puisque
monsieuril faut dire
!),
Cematin en
dépouillant
lecourrierdemon
mari,
je
trouvevotrecharmantelettreet
je
tiensà
yrépondre
avant
que
mon
mari
jette
les
yeux
sur vos
injures
inutileset
qui prouvent
uneâmelâche,injuste
etbasse.
J esouhaitemetromper
I Maisne
jugez-vous
p'~strop
vite,vous-même? Onne doit
jamais
commencerpai-
lles
injures. Puisque
voussavezlireet écrire,
ceia
prouveque
vousêtesunhommecivilisé

votrelettre
nele
prouvepas.
Ne.vousfâchez
pas
et
prenezpatience.
Savez-vousseulementlesensdumot
«
catholique
»V
Commentosez-vousécrirele mot Dieu'? Puisse-t-il
vousinterdireà le
prononcer,jusqu'à
nouvel ordre.
Puisque
vousêtes
poète(ce
dont
je
doutehélas),je
vous
prie
dene
répondre
àcettelettrequepour
engager
m.combat
loyalspirituel
et
juste.
J esuisentièrement
àvotre
disposition
danslamesuredu
peu
detemps
libredont
je disposepour répondre
avec,
patience
a
toutesvos
questions
et
objections.
Maistâchez
désor.
CHRONIQUES
maisderetenirceflotinutiledetantdemots
injurieux.
Il
y
a uneseule
phraseinterrogativedans votre
lettre. C'estautroisièmealinéa: «
Baudelairecatho-
lique
?
croyant
? commentalorseût-il été
poète
'? »

Partons
là-dessus,
voulez-vous?

J e voisclai-
rement
que
vousne savezmême
pas
CE DONTIL
S'AGIT,
et
cpie
dans
l'aveuglementdecertainsvieux
petitspartis-pris
et l'ignoranceméchanted'unecolère
inutile,
vousn'avezmême
pas
entrevu.Mesintentions
sont
simples
et ouvertes:
je
veuxvous
prouverque
vous avez tort. Si vraimentvous êtes un homme
franc,
sincèreet donc
héroïqueje
vous
prie
derelever
ici le
gant
d'unduel
spirituel; et sans
gros
motss'il
vous
plaît,
ou un strict
minimum,
si c'est une
trop
vieillehabitude.
J evoussouhaitelaPaix.J ene
puis
dire
que
levous
pardonne
vos
gros
mots
puisque
vousenêtessi lier.
Anne-.Michel FUMET.
Miasiiour^,ce
C
juin
192(i.
MADAME,
C'eslvraimentle
signe
d'une bien
grande
désinvol-
ture, d'une
pro-
fonde méconnais-
sance aussi des
chosesdontil
s'agit
et
que
vousmere-
prochezn'ignorer,
que
de vouloir
fairede la Poésie
une
pâture
à con-
versation,une oc-
casion à exercer
une
plus
oumoins
grandeprésence
d'esprit. puis
à
constaterleseffets
d'une
petite
dia-
lectique
confec-
tionnéeauxheures
îleloisir.
Eh
bien,
nonI
Madame,
cen'est
pas
à moi
qu'il
appartient
derele-
ver ce
gant dont
vous
parlez.
D'au-
tant
plus que je
m'ensuis
déjà
servi
pour giller votre
mari,
il vousa
plu
de
citer le troisième
alinéadenialettre
à M.Fumetenme
demandantde
par-
tir là-dessus. Et
pourquoi
donc ?
Ne
comprenez-
vous
pas que
ce
seraittricher?
que
ceseraitaussimal-
honnête
que
votre
procédé,qui
con-
siste
par
ailleursà
me
prévenirqu'en
cas de silencede nia
part, je
passerais
à vos
yeuxpour
un hommesans
franchise,
sans
loyauté,
sanshéroïsme
(trèsréussie,cettedernière
évocation
!)
?
Allons,
Madame,quittons
ce ton
qui
dérivevers
l'indulgence.
11nes'est
jamaisagi d'uneconciliation
possible,
l'.l,c'esl
perdre
voire
tempsque
devouloir
fairerevivreau
moyen
(l'unemixtureloucheàbasé
de
sentimentalité,
un
dogmemort
depuislongtemps.
Voire
dieu,
m'a-t-on
dit, pardonne
les écartsde
tontesorte,des
hommes.I.a
poésie,Madame,

etc'est
là tout ce
qu'il
me,resteàvousdire

ne
pardonne
pas.
Ellese
venge. J e ne
désespèrepas dedevenir
un
jour,
au hasarddes
rencontres,
un
instrumentde
sa
vengeance. .MarcelNoix.
P.-S.

J erendsvotre
pauvre
demari
pourperson-
nellement
responsable
de la
petiteimprudenceque
vousavez commiseen
perlant bieninutilementde
monâme
lâclw,injuste
etbasse.
15,
rue
Linné, lundi.
.Monsieur, jereçois
votrelettreet
je
vois
que
nous
nous
parlons
chinois.

D'abordm'adressantà cetle
part
envous
qui
estla
plusnoble,je
vousdéfendsde
prononcer
entrenouslenomdemonmari et de
diriger
l'ombred'une
injure
àsonadresse.J evousle.défends,
et ce
qui
est nobleen vousdoit me
comprendre
et
m'obéirlà-dessus.L' «
imprévu
»afait
que
c'est moi
qui
aieouvertvotre
première
lettre
; c'est doncune
affaire
loyale
entrenousdeux.

Soyez
assezcheva-
leresquepour
voirenmoiun
championdigne
devous.

J e neveux vousdonner à boireaucune
«
mixture
loucheàbasede
sentimentalité»,
mais
j'exige
devous
une
explicationpluslongue, plus
détailléeafin de
comprendre
lesens
devos
injures
dé-
loyales
et
grossiè-
res. Et puisje
me
sensle
droit,
lede-
voiret la forcede
défendrela Poésie
autant
que vous,
vous en sentezle,
droit,
ledevoir et
laforcedela dé-
fendre.J eferaivo-
lontiersle
voyage
jusqu'à
Strasbourg
pour
une explica-
cationfranchede
vive
voix, pacifi-
que,juste
ctsincère.
Mais
je
ne
pourrais
y
aller
que
dans
unmois.Alorsnous
pourrons
nousren-
contrersur unter-
rain égal de soif,
de
justice
: sans
injures,
sans vio-
lencesinutiles
(car
toutceciestluforce
des
faibles).
Sans
vengeance
non
plus.
Ce mot de
«
vengeance
»vous
ne savez ce
qu'il
est
pour
moi.Vous
avez louchédans
monâmeàce
qui
fait la
préoccupa-
tion essentiellede
toutema vie. En
attendant doncde
pouvoir
aller à
Strasbourg, je
vous
demande d'avoir
la
loyauté
dem'é-
crire des choses
plusprécises
et de
savoir
cpieje
">uis
àvotreentièredis-
positionpour
ré-
pondre.
C'est très
grave
: vous vous
êtes
permis
des
'injuresgrossières
et basseset telle-
ment
injustifiées
et vous n'avezmôme
pas
la force
de
supporter
celles
queje
vousai écritesdans ma
lettreI!

Monsieur,loyalement,je
vousdemande
des
précisions.J ugez-moi
unadversairedigne
devons.
Unadversaire
juste
e.l
pacifique.
Savez-vous, Monsieur,
ce
que
c'esl.
(pie
la
Paix,l'Universl'ignore.
Vousvous
trompez
absolumentendisant
que
Dieu
pardonne
lesécarts'detoutesorte.Vousvoustrou
pez
étrangementparceque.
vousignorez
ce
qu'est
l'Enfer
etce
qu'est
laPaix..T'osemeconsidérerautant
«poète
»
que
vous-mêmeetdemême
que
vousn'avez
pas
hésité
uneseconde
pour
écrirevotre
première
lettre
j'ai
le
droitde
demander,d'exigerdes
explications,
car c'est
moi
qui
ai
reçu
cellelettreenl'absencedeceluià
qui
L'ESPOIR.
Georges Mulkine
CHRONIQUES
elleétait adresséeet c'est moi seule
que
vousavez
devantvouscar
je
iresuissentiele
devoir,de.prendre
toutceci
pour
moiseule.
J 'espèreque
vousaurez
confiance
queje
nevousdis
pas
l'ombred'un
mensonge,
étant
absolument
incapable
d'endire
jamais.
Vousvousrendez
compteque
vousmedevezune
explication,plus
détailléeet
plusloyale, plus juste,
aussi..Vousvousêtesabsolument
trompé
d'adresseen
m'écrivajitaudébutdevotrelettre
cpieje
veux
«
faire
de,laPoésieune.
pâture
à
conversati'on,
uneoccasionà'
exercerune
plus
oumoinsgrandeprésenced'esprit,
puis
àconstaterleseffetsd'une
petitedialectique
con-
fectionnéeaux heuresac loisir. »
Ah, Monsieur,je
voudrais,
detoutemon
âme,que
votrerencontreavec
moi vous
guérisse,
d'untrès
gravedéfaut,
dont
je
me
suis
guériedéjà,
et
qui
est
l'injustice
d'un
jugement
enl'air. Vousnetrouverezenmoi aucune
dialectique
et
pas
l'ombrede
jonglerie
et d'habiletéet deruseet
d'amusement
de
l'esprit.
J e
prends
les choses
trop
gravement.
Et si
j'ai parlé
d'heuresde
loisir,
c'est
que
mesoccupations
de mamanm'absorbent
beaucoup.
J 'espère
allerd'iciunmoisenAlsace
accompagner
mes
deux
petits
enfantsenvacances.Ainsinous
pourrions
faire
plus ample
connaissance.Et
alors,
seulement
alors,
lavéritésefera
jour
: l'amouroulahainedans
la
justice
et lavéritéetnon
pascesmotsà
côté,
ces
coupsd'épée
dans
l'ceu,
tout àl'aitabsurdes.Vousle
verrezvous-même.
Remarquezcpieje
neveux
pas
dutoutvousembar-
quer cîaps
une discussion
philosophique
ou
dogma-
tique.
J eveux
simplement
tirer leschosesauelrir.
Non,
Monsieur
Noll,je
netriche
pas
et netrichez
pas
non
plus.
J eviensàvoussans
haine,
sans
rancune,
sanscolère
parcequeje
neveux
pas iugertrop
vite.
J eviens
pour
vousentendreet
comprendre
vos
griefs.
Cen'est
paspar
vilecuriosité
queje
viensmais
je
veuxvous
comprendre.
J eveux
comprendrequ'est-ce
qui
vousa missi en colèreet
pourquoi
votre âme
tourmentée,s'est-ellecabréeet. s'est-elletrahieelle-
mêmeen
agissant
si
peu'ioyalement
dans
l'aveuglement
desacolère'?J enevousdemande
pas
dedialectique.
J evousdemande
gravement
ce
que
vousvouliezdire
exactement ?Sivousnevoussentez
pas
legoûld'entre-
prendre
une longuecorrespondance,
alors
répondez-
moi
que
c'est entendu
que
nous
pourrons
nousvoir
à
Strasbourg
audébutde.
juillet.
Anne-Michel FUMET.
Strasbourg,
ce21
juin
192(1.
MADAME,
Tlfauten Unir.J em'excuse(luretard
quej'ai
mis
àvous
répondre,
du
tempsqu'il
m'afallu
pourmettre
un semblantd'ordredansvotrelettre. J e mehâte
d'ajouterquejecomprends
aisément
qu'occupée
comme
vousl'êtesà
donner
à
manger
delabouillieà deux
mioches,vous
n'ayez guèrele
temps
de
surveiller,
commeil le
faudrait,
votre
style.
Enfin,
si
j'ai
bien
compris,
vousmedemandezsi
jepuis
croireàl'utilitédevotre
voyage
à
Strasbourg.
Maiscomment,
donc,
mabelleI Nevousserait-il
pas
possible,pourtant,
de
m'envoyer
unedevos
photos
?
Carvous
comprendrez,
n'est-ce
pasque
cen'est
pas
enlisantetenrelisantvos
cinqpages
de
papierpelure
quej'ai pu apprendrequoi quecesoit
qui
mefasse
désirervotre
présence
ici. Et voussavezsansdoute
aussibien
que
moi
que
desmotscommepaix,univers,
enfer,otc.,
n'ont
jamais
faitbander
personne.
Ceserait
avoir mal
compris
meslettres
précédentesque
dé-
penserquejepuisse
mecontenterdelalectureoude
l'auditiondevos
boniments,
devoscrisdu
coeur,
de
votre
hystérie.
Il
s'agit
de
vivre, Madame,
devivre,la
queue
au
Ciel !
MarcelNoix.
2'A
juin
1920.
MONSIEUR,
Il vousa falluunebien
longue
réflexion
pour
ne
trouver-que
ce
pauvremoyen
niaiset
grossierpour
vous
dérober
à
une^
franche
explication
en
feignant
de
reptrrtelrl'atte'ntiôn
sur autre clfôsè."J e suistrès
étonnéede«l'avoirtrouvéen vousune étincelledu
vrai et
authentiqueccurage
de
quelqu'unqui
est
calmeet sûrde
soi,
maisseulementunebravade
gros-
sièreet desmenacesabsurdes.
Ne
répondezplus;
c'estinutiledecontinuer
puisque
vous vous dérobez
toujours. J e vous souhaitede
trouver,
dedécouvrirun
jour
au
fond
devotre
propre
coeurcettetrès
simple
et
pure
vérité
qui
doit
guérir,
fortifieret consolerlemonde.
Sansaucune
rancune,
danslasincéritéabsoluede
cevoeu.
\.-M. FUMET.
Clamart,
ce9
juillet,
11 h. du soir.
MONCHER
BRETON,
Vousm'avez demandéd'écrirece
que je pensais
sur la
questionreligieuse.
Ecrire,.penser, lire,
me
poser
des
problèmes,
toutcela
depuislongtemps
me devientcifïicjleet
impossible.
Agir
aussi.
Ayant
vu un
jour
dansunedevanturede
librairiesouslesnomsMaritainet Cocteau
quelque
chose
qui
étaitintitulé
prétentieusement
Poésieet
Religion,
j'ai
achetéle.livre
;
il
y
était
question
de.Dieu...Cela
m'aconduitfinalementà
l'Abbaye
deSolesmes. Ce,
que
j'ai
vu de
plus
curieuxà
l'Abbaye
deSolesmes
c'est,
non
pasDieu,mais
Reverdy,épave
du
ciel,
encxtpse
devant un
rosier,
ou circulant en sabots dans son
jardin,
ou
pleurantpendant
lesoffices.
J 'ai pris quelques
notes deretraite,
que je
vous
coulie...
mais,
à
part
la
mort,
aucun
problème
n'est
assez
étrange,suggestif
etmerveilleux
pour
se
proposer
àmon
esprit...
Et
puis
mon
esprit
nese
poseplus
de
problèmes...
Il
n'y
a
pas
de
questionreligieuse...
il
n'y
a
pas
de
question...
J econnaissurtoutun désirviolentde
«
Contemplation
»
et de
«
Liberté»..
D'Occidentmefait souffriratrocement: tout mon
êtreintimeetlointainsetendversl'Orient
el,
si
pour
y arriver,
il
n'y
a
pas
d'autre
moyenque
l'anéantis-
sementetl'annihilation,fût-ce
par
lefeuetle
sang
de
tout cet Occident
pourri,
alors vivementla Révo-
lution.
La
Religion,
connuelemot Dieuest
pour
moi vide-
desens. Des
dogmes,
des
rites,
du
théâtre,
de.l'intel-
lectualisme,
etc.Lescloîtres
permettent
aux
névrosés,
auxécorchésvifsdevivreenunlieuoùonleurfoute
la
paix...
Leshabitants des cloîtresse foutent du
monde...
Danslavie
sociale,
la
religion
esl matièreàcom-
mercé,
à
ambition,
ellesert aux épiciers,
aux ima-
giers,
auxorfèvres: elleestaussi
(ex.:Maritain)
unlieu
favorableaux
joutes métaphysiques...
Des
saints,
ayant
la
joi pourqui
celle
/oi
soiluneraisonde
sacrifice,
je
n'en ai
jamais
vu...
Partout deshommes
qui
veulent
s'affirmer, s'oppo-
ser, seretranchereneux: lesaint,estun homme
qui
s'elface,qui s'oublie,
et
qui
sedonneà caused'une,
foi : il vit dansla
sagesse
et la
contemplation
: il se
consumeavecardeuret
passionpour
cettefoi...
Maisencoreune
fois,
autre choseest d'avoir la
notionintellectuelledela
religion
et de
poser
une
questionreligieuse,futrechoseestdefaireune
expé-
rience
mystique,
avec découvertes,
explorations
de
l'inconnu,
inventiondans un domaineoù
jusque-là
onne
pressentait
rien...
îl
n'y
a
pas
de
questionreligieuse...
Maisil se
peut qu'un
monsieurfumantet buvant
àune terrassede
café,
soit
pris
soudaind'un désir
violent,et
imprévu
des'en aller dansun
cloître,par
caprice
ou
pargoût
de
l'absurde,
et
que
làoùlesmoines
ne voientrienil découvre
quelque
chose...S'il ren-
contreun
saint,il aura
peut-être,
lasensationdel'iné-
dit,
de
l'alunissant,
del'extraordinaire...Cette
expé-
rience
mystique
vaudra
pour
lui et
pour
lui seul :
CHRONIQUES 19
ellesera
irréductible
à tout essai
d'enregistrement
sismographique...
detousles
psychiatres,hagiograph.es
et amateurslittérairesde
pieuseslégendes
oudecas
pathologiques...
Pour
moi, j'ai
unefoi...
Pourquoi
1 J e n'en sais
rien,pasplusqueje
nesais
pourquoij'ai
descheveux,
des
dents,
etdes
boyaux...
J e.nedésire,
pas
le
savoir..,
Puissetout celane
pas
vous
paraître
incohérent...
J enechercheni à
convaincre,
ni à
comprendre...
Due
orange,
uneceriseestpour
mon
esprit
une
question
plus
essentielleet
plus
intéressante
que
la
question
religieuse...
Et
puis,je
vousl'ai
dit, je
sens
que
de
plus
en
plus
mon
esprit
nese
poseplus
de.
questions...
En somme
l'inquiétude
de
l'esprit,
l'angoisse
de
l'âme,
ladétressedemachair et demes
nerfs,
tout
cela, je
l'ai maintenantà l'étal
endémique...
Lasolution
religieuse
me
répugne
commetoutesles
autres, parce,que
bêtement
pragmatique...
U
n'y
a
encore
que
lerêve
qui
soit
pour
moi l'évasiondans
l'inlini, l'Eternel,
et l'Illimité.
Bienamicalement vôtre.
Retraite à
Solesmes-Abbaye
Bénédictine
Cesamedi
soir,
19
juin
1926
A l'heuredurecueillement
crépusculaireje
lisdans
le
journal
Neurasthénied'uneartiste.
RégineFlory
s'estsuicidéeàLondres
En dessous
je.
voisune
petiteaviette,
nonI une
avionctte
LeLieutenantT. a terminéson
voilage
RégineFlory,
étoiledemusic-halj. charmanteartiste,
s'esttuée,d'un
coup
derevolverdanslescoulissesdu
théâtre...
Un
cou])
derevolverau coeuravant la chutedu
rideau..
Tout celaest
mystérieux...
J 'ai récitéun DePro-
lundispour
l'âme
l'Amede
Régine
FLORYII!ReinedesHeurs
Hôtellerie, de
l'Abbaye,
dominantlaSarthe...
entouréede
Heurs,
rosiers
grimpants...
Dans
l'hôtellerie,
unechambre
Danscette,
chambre,
moi
J e
pense
au
suicide,
J e
pense
à la
femme,
J e
pense
àla
mort,
J e
pense
àl'avionnette.
Toutesces
pensées
sontd'unmauve
noirâtre,
etmoi
je
nesuis
pas
une
fleur,
ni unoiseau,
pas
même
évoque...
Au
point
devue
émotif,
la
gamme
vadel'attendris-
sementau
désespoir.
'Aceux
qui
connaissentle
spleenmonastique
avis:
'foutesolitudeenfacedel'absolu
comprime
lecer-
veau.
Prière,Travail,Liturgie
.'.'.'
A
remarquerque
la
prièresuppose
uneconscience
priante,
et uneconscienceattentiveàcette,prière...
J e
prie,oui,jeprie,
Qui,quoi
1
Dieu,
la
Vierge...
Supplications
lancéesdans un monde
inconnu,
commelesondesde
téléphonie
sansfil...Pasde
réponse.
L'enfantdansle
coquillage
n'entend
pluslebruit de
la mer...
Déception. Désenchantement...
Undoute? S'il
n'y
avait
pas
deDieu111
J 'ouvreunmanuel
dethéologiescolastique...
:
«Argu-
mentdumouvement. 11afalluun
premiermoteur.
»

Voire.Entout casDieuestunbonmécanicien...
Unautredoute? Si lemondeextérieurn'était
pas
réel ???
Problèmeangoissant...
J 'ai des
névralgiesfaciales...
LaPensée11Instrumentdetorture...
i
Malaise
métaphysique,
Hantisedusuicide,
Obsessi'on féminine«
RégineFlory»,
Excitation
dynamique
de
l'avionnette,
Sublimation
mystique
insuffisantede
nra
«
Libido».
Lesmoinesnoirsont chanté
Complies...
Dansmavalise:unebouteillede
cherrybrandy,
uneboîtede
cigarettes
«
Greys»,
un
petitphono
de
poche
:
J e
joueYearning,
Teafor Two...
J ebois.J efume...J edemande
pardon
àDieuet
je
rêve
queje
m'endorssur leseindela
Vierge...
Ce mardi soir, 22
juin
1926.
LePèreAbbéaune
petite
calotteviolettesurlatête...
Lesmoinessontnoirs., danslescouloirs...
Une
barque
immobilesur la Sarthe...
Nostalgie
deParis: ici rien
d'imprévu,pas
d'évé-
nement,
riendenouveau...
DieuUIciilsconsumentleurvie.
poury
aboutir..
Rien11Etreassisàuneterrassede
café,boire,fumer,
rêver.
Pourquoi
leshommes
s'agitent
V
Pourquoi
leshommes
pensent
?
Pourquoi
dormir?
L'AMOUR
\ Là-basenSuisseune
Chateaubriand J femme
qui
rêveen re-
Lescheveuxauvent(„. . „
gardant
les
glaciers
Sur
l'ouragan
M'X
puis
/
et
Un
goéland
\ Au
Vatican,
le
Pape
/
se
promène
solitaire
Le
Simplon-Orient-Express,
à
grande
allureàtravers
l'Europe
: unveau
philosophe
le
regardepasser...
La
liturgie
associeleveauauculte,
divin,
caravec
la
peau
duveauonrelielesmissels...
Les
yeux
brillantsd'un
épervier...
Lemondeest
identique
à lui-même: deshommes,
des
oiseaux,
des
animaux,
fies
plantes,
desHeurs,des
ruisseaux,
le
soleil,
les
étoiles,l'espace,
desarbres...
L'Esprit.
LeSouffle.LaPoésie.
Clamait,cel.'î
juillet
1926.
MONCHER
BRETON,
Il
y
aexactementun
an,je
vous
envoyais
deGérard-
merunelettrevousfaisant
part
demesintentionsde
suicide...Acettelettre
j'avaisjoint
ma
photographie
en
ecclésiastique,
celled'unejeuneactrice,
celleduLacde
Gérardmer,
la
nuit,
celledu Monastèredela
Grande-Trappe...
Quelquesjoursaprès, revenant,
tard danslanuit
du
dancing
ducasinodeGérardmer, je
trouvaisur ma
tableunelettre, avecen-tête
rouge.
R. S.,
que
vous
aviezadresséeà macousine
qui
habitaitune
petite
maisonforestière
auprès
du lac de Retournenier...
Danscette
lettre,
vousdemandiezmon adresseet
expriniez
ledésirdemeconnaître...Nousnousvîmes
peu
de
tempsaprès
à
Troyes...
et
je
voussuivisà
Paris...
Encenornent
je
suisensoutaneet me
repose
chez
un artisterusseà Clamart...Maiscommecertaines
3o LEGITIME DEFENSE
personnesayant appris...queje
venaisdefaireun
séjour
à
l'AbbayedeSolesmes, quejeportais
denou-
veau le costume
ecclésiastique,queje
metrouvais
mêléàla
Société
d'Entreprise
deNéo-Conversion
Cocteau.Maritain.
Reverdy
et-Frères
et
quej'étais
un admirateurd'uncertainlivreinti-
tulé
Poésieel
Religion.
commeles
personnes,ayantappris
tout
cela,
insinuent
partout quej'ai
reniélesurréalismeet
qu'après
une
annéede
folie,je
suisrevenuà
l'Eglise,
me
réfugiant
dansun monastèrebénédictin...
je
tiens à démentir,
officiellement cesfaussetés...
J esuisalléeneffetà
l'Abbaye
deSolesmes,
maisil
n'y
a 'à rien
d'extraordinaire,j'ai
l'habituded'aller
plusieurs
fois
par
an me
reposeret me
remplumer
chezlesmoines...etl'onconnaîtdansle.milieusurréa-
liste,
mon
goût prononcé,pour
les
fugues
dsns les
monastères..
J enefais
paspartie
delaSociétéCoctcau-Maritain...
et
je
considèrelelivre
prétentieusen
eutintituléPoésie
cl
Religion
commeun crimede
lèse-poésie
et delèse-
mystique...
Quant
aucostume
ecclésiastique, je
le
porte
ence
moment
par fantaisie,parceque
mon
complet-veston
est déchiré...
J 'y
trouveaussi unecertainecommo-
dité
pour
ébaucherdesaventuresamoureuses
sadiques
avec,desAméricaines
qui
m'emmènentla nuit au
Bois...
Celam'a
proc.u.ré
certainessoiréestrès
agréables
en
compagnie
de K.
R.,
aux' terrasses des cafésde
Montparnasse,
leSélectetleDôme...Un
gros
monsieur
polonais,catholique,
s'est même
indigné
devoir un
jeuneabbé,
desroses'àla
boutonnière, boiredes
cherry-
brandy
en
compagnie
de K.
R.,
mais
je
ferai
remarquerque
leChristne
fuyaitpas
lasociété,des
courtisanes...11est mêmemortdansune
compagnie
plutôt douteuse,entouréde deux
bandits,
et
ayant
àses
pieds
une
poule
deluxedeGalilée...
Il
y
aunan
j'allaischaquenuit,
seulsurune
barque,
au Lac de
Gérardmer,

j'essayais
d'avoirl'attrait
du suicide...
j'espéraisque l'angoissenocturneme
pousserait
fatalementdansl'eau
noire,
mais
j'avais
peur
du froid... et
puis
mon
imagination
mefaisait
entrevoirautant d'aventines
étrangespossibledans
laVie
que.
dansla
Mort,
si bien
queje
n'ai
pu
merésou-
dreau suicide...
Mais
jen'ai paschangé.
J en'ai trouvéaucunesolution,aucun
détour,
aucun
pragmatismeacceptable...
Ilmerestelafoiau
Christ,lescigarettesetles
disques
de
jazzqui
me
passionnent.
Teafor
tvvo,
Yearnmg,
il merestesurtout lesurréalisme...
J evous
priedonc,
moncherBreton,defaire
paraître
dansvotre
prochainnuméro,
la
présente,lettre,jointe
à celle
queje
vousai
envoyée
dernièrementsur la
questionreligieuse
et sur mon
séjour
à
l'Abbaye
de
Solesmes... ainsi
cpie
la
petite
illustration
ci-jointede
monélat
psychique
l'aile
par
mon
on-i,
lecélèbregra-
veur Alexeïefi...
J 'ai l'intentiond'écriremesmémoiresà
partir
du
jour

j'ai fréquenté
lemilieusurréaliste...
J e
suis,
moncher
Breton,
votreami biendévoué.
AbbéE. GENGENHACH.
LEGITIME DEFENSE
Du dehors au dedans, du dedans au
dehors,
surréalistes,
nous continuons à no
pouvoir
témoigner que
de celle sommation totale el
pour
nous sans
exemple
en vertu de
laquelle
nous sommes
désignés pour
donner el,
pour
recevoir ce
qu'aucuns
des hommes
qui
nous ont
précédés
n'ont donné ni
reçu,- pour présider
à
une sorte
d'échange vertigineux,
faute
duquel
nous nous désintéresserions du sens de noir?
vie,
ne serait-ce
que par paresse, par rage
cl.
pour
laisser libre cours à noire débilité. Celle
débilité existe : elle nous
empêche
de nous
compter chaque
fois
qu'il y
alieu,
mêmedevant
les idées
que
nous sommes sûrs de ne
pas
partager
avec les autres el dont nous savons
assez
qu'à
un
degré d'expression près

l'ac-
tion

elles nous niellent hors la loi. Sans
vouloir
choquer personne, je
veux dire sans
tenir
spécialement
à cela, nous considérons la
présence
de M. Poinearé à la lêle du
gouver-
nement,
français
comme un obstacle
grave
en
matière de
pensée,
une
injure
à
peu près gra-
tuite à
l'esprit,
une
plaisanterie
féroce à ne
])as
laisser
passer.
On
sait,
d'autre
pari, que
nous ne sommes
pas suspects
de lialier
l'opi-
nion libérale dece
temps
et il esl entendu
que
la
perle
de M. Poinearé ne nous
paraît
réelle-
ment consommable
que moyennant
celle du
])lus grand
nombre de ses adversaires
poli-
tiques.
Il n'en est
pas
moins vrai
que
les traits
de cet homme sullisenl admirablement à fixer
noire
répugnance.
Le sinistre «Lorrain >est
déjà pour
nous une vieille connaissance : nous
avions
vingt
ans. Sans être
dupes
derancunes
personnelles
et tout en
n'acceptant pas
defaire
dépendre
en toute occasion noire
angoisse
des
conditions sociales
qui
nous sont-
faites,
nous
sommes
obligés
de nous retourner à
chaque
instant,
el de haïr.
Notre situation dans le monde moderne est.
cependant
tell-j
que
noire adhésion à un
pro-
gramme
comme le
programme communiste,
adhésion de
principe
enthousiaste bien
qu'il
s'agisse
évidemment à nos
yeux
d'un
pro-
gramme
minimum
('),
n'a
pas
été accueillie
(*)
J e
m'explique.
Nous n'avons
l'impertinence
d'opposer
aucun
programme
au
programme
commu-
niste.Tel
quel,
ilestleseul
qui
nous
paraisses'inspirer
valablementliescirconstances,avoir une fois
pour
toutes
réglé
son
objet
sur lachancetotale
qu'il
ade
l'atteindre,présenter
dansson
développement théorique
commedanssonexécutiontous lescaractèresdela
fatalité. Au delànousne trouvons
qu'empirisme
et
rêverie.Et
cependant
il estennousdeslacunes
que
tout
l'espoir que
nousmettonsdansle
triomphe
du
communismene comble
pas
: l'hommen'est-il
pas
irréductiblementun ennemi
pourl'homme,
l'ennui ne
linira-l-il
pas qu'avec
le
monde,
touteassurancesur
LEGITIME DEFENSE 3i
sans les
plus grandes
réserves et
que
tout se
passe
comme
si,
en linde
compte,
elleavait été
jugée
irrecevable. Purs
que
nous étions de
toute intention
critique
à
l'égard
du Parti
français (le
contraire,
étant donnée notre foi
révolutionnaire,
ert été
peu
conforme à nos
méthodes de
pensée),
nous en
appelons aujour-
d'hui d'une sentence aussi
injuste.
J e dis
que
depuis plus
d'un an nous sommes en butte de
ce côté à une hostilité
sourde, qui
n'a
perdu
aucune occasion de se manifester. Réflexion
l'aile,
je
ne sais
pourquoi je
m'abstiendrais
plus longtemps
de dire
que
L'Humanité
pué-
rile, déclamatoire, inutilement
cvélinisaide,
est
un
journal illisible,
tout à fait
indigne
du rôle
d'éducation
prolétarienne qu'il prétend
assu-
mer. Derrière ces articles vite
lus,
serrant l'ac-
tualité desi
près qu'il n'y
arien àvoir au
loin,
donnant à tue-tête dans le
particulier, présen-
tant les admirables difficultésrusses commede
folles
facilités, décourageant
toute autre acti-
vité
exlra-polilique que
le
sport, glorifiant
le
travail non choisi ou accablant les
prisonniers
de droit
commun,
il esl,
impossible
de ne
pas
apercevoir
chez ceux
qui
les ont cDmmisune
lassitude
extrême,
une secrète
résignation
à ce
qui
est,
aveclesouci d'entretenir lelecteur dans
une illusion
plus
ou moins
généreuse,
à aussi
peu
de frais
qu'il
est
possible..
Qu'on com-
prenne
bien
que j'en parle techniquement,
du
seul
point
de vue de l'efficacité
générale
d'un
texte ou d'un ensemble de textes
quelconque.
Rien ne me
paraît
concourir ici à l'effet dési-
rable,
ni en
surface,
ni en
profondeur (').
D'effort
réel,
en dehors du
rappel
constant à
l'intérêt humain
immédiat,
d'effort
qui
tende
à détourner
l'esprit
de tout ce
qui
n'est
pas
la recherche de sa nécessité
fondamentale,
et
l'on
pourrait
établir
que
celle nécessité no
saurait être
que
la
Révolution, je
n'en vois
pas plus que
detentative sérieuse
pour dissijjer
des malentendus souvent
formels,
ne
portant
que
sur les
moyens,
el
qui,
sans la division
par
camps qu'on
ne
s'oppose
aucunement à ce
qu'ils entraînent,
ne seraient
pas susceptibles
demeltrc en
péril
lacause défendue
(
"
*).
J e ne
puis comprendreque
sur laroute de la révolte
il
y
ait une droite et une
gauche.
A
propos
de
la satisfaction decet intérêt humain immédiat
qui
est
presque
leseul mobile
qu'on juge
bon
d'assigner
de nos
jours
à l'action révolution-
naire
(***),qu'il
mesoit
permis d'ajouter que
je
voisà son
exploitation plus
d'inconvénients
que
de
profits.
L'inslinct de classe me
paraît
avoir à
y perdre
tout ce
que
l'instinct deconser-
vation individuelle
a,
dans le sens le
plus
médiocre,
à
y gagner.
Cenesont
pas
les avan-
tages
matériels
que
chacun
peut espérer
tirer
de la Révolution
qui
le
disposeront
à
jouer
sa
vie

sa vie
-
sur la carte
rouge.
Encore
faudra-l-il
qu'il
se soit donné toutes raisons
desacrifier le
peu qu'il peut
tenir au rien
qu'il
risque
d'avoir. Ces
raisons,
nous les connais-
sons,
cesont lesnôtres. Ce
sont, jepense,
celles
detous Ls révolutionnaires. De
l'exposé
deces
raisons monterait uneautre
lumière,
se
propa-
gerait
uneautre confiance
que
celles
auxquelles
la
presse
communiste veut bien nous accou-
tumer. Loin de moi le
projet
de détourner si
pe
i
que
ce soil l'attention
que
réclament des
dirigeants responsables
du Parti
français
les
problèmes
de
l'heure, je
me borne à dénoncer
les loris d'une méthode de
propagande qui
me
semble
déplorable
et à la révision de
laquelle
ne
sauraient,
selon
moi,
être
apportés trop,
et
trop rapidement,
de soins.
(.'.'estsans aucune
présomption
el de même
sans timidité
que je développe
ces
quelques
observations. Mêmedu
point
devue
marxiste,
elles ne sauraient raisonnablement m'ôtre
interdites. L'action de L'Humanité est loin
d'êlre
irréprochable.
Ce
qu'on y
lit n'est-
pas
toujours
fait
pour retenir,
a fortiori
pour
tenter. Les courants véritables de la
pensée
moderne
s'y
manifestent moins
que partout
ailleurs. Laviedesidées
y
est à
peu près
nulle.
Tout
s'y passe
en doléances
vagues,
déni-
grements oisiux, petites
conversations. Dc-ci
de-là se l'ait
jour quelque symptôme d'impuis-
sance
plus
caractérisé : on
procède par
cita-
tions,
on se retranche derrière des
autorités,
au besoinon enarrive àréhabiliter destraîtres
commeGuesdeet Vaillant. Faul-i! à tous
prix
lavieet surl'honneurn'est-elle
pasvaine,
ele?Com-
mentéviter
que
ces
questions
se
posent,
entraînentdes
dispositionsparticulières
dontil estdilliciledene
pas
faireétat'?
Dispositionsentraînantes,auxquelles
la
considérationdes facteurs
économiques,
chez des
hommesnon
spécialisés,
el
par
nature
peu spcciali-
sables,
nesuffit
pastoujours
à donnerle
change.
S'il
faut à tout
prix
obtenir notre
renoncement,
notre
désistementsurce
point,qu'on
l'obtienneSinonnous
continuerons
malgré
nous à faire des réservessur
l'abandon
complet
à unefoi
qui présuppose
comme
uneautreun certainétat de
grâce.
(*)Exception
faite
pour
lacollaborationde
J acques
Doriot,
deCamille
Fégy,
de Marcel Fourrieret de
Victor
Crastre,qui
offretoutes
garanties.
(**)
J ecroisàla
possibilité
deseconcilierdansune
certainemesurelesanarchistes
plutôt que
lessocia-
listes,je.
croisàlanécessitéde
passer
àcertainshommes
de
premierplan,
commeBoris
Souvarine,
leurserreurs
decaractère.
(***)
J e
répètequebeaucoup
de
révolutionnaires,
de
tendances
diverses,
n'en
conçoiventpas
d'autres.
D'après
MarcelMartinet
(Europe,
15
mai),
la
décep-
tion dessurréalistesne leur est venue
qu'après
la
guerre,
(lufait d'avoirmal àleur
porlc/cuille.
«
Si le
Bocheavait
payé,lias
de.
déception
etla
question
dela
Révolutionnese
posaitpasplusqu'après
une
grève
qui apportequatre
sous
d'augmentation.
»Affirma-
tiondontnouslui laissonsla
responsabilité
et dont
l'évidentemauvaisefoi me
dispense
de
répondrepoint
par point
àsonarticle.
LEGITIME DEFENSE
passer
cela sous silence? Au nom de
quoi
,}
J e dis
que
la flamme
révolutionnaire
brûle
oùelleveut et
qu'il n'appartient pas
àun
petit
nombre
a'hommes,
dans la
pério
led'attente
que
nous
vienns,
de décréter
que
c'est ici 0.1là
seulement
qu'elle peut
brûler. 11faut être bien
sûr desoi
pour
en décider ainsi el
L'Humanité,
fermée comme elle esl sur des exclusives de
toutes
sortes,
n'est
pas
tous les
jours
le beau
journal
enflammé
que
nous voudrions tenir
entre les mains.
Parmi les services dont
je
ne sais
par quelle
étroitesse elle se
passe pour
n'être
que
l'écho
presque inintelligible
de la
grande
voix de
Moscou,
il n'est
pas jusqu'aux
nôtres
qui,
si
spéciaux qu'ils soient,
lui seraient entièrement
acquis
el dont
j'aimerais
direun mot. Si notre
contribution à
l'action
révolutionnaire,
dans
ce
sens,
élait
agréée,
nous serions les
premiers
àne
pas
vouloir
outrepasser
les limites
qu'elle
comporte
et
qui
sont en
rapport
avec nos
moyens.
Cenesérail
peut-être pas trop
deman-
der
que
de ne
pas
être tenus
pour quantité
négligeable.
Si
quelques-uns
ont droit
aujour-
d'hui de se servir d'une
plume,
sans
y
mettre
le moindre
amour-propre professionnel,
et ne
sera.l-oe
que parce qu'ils
sont seuls à avoir
banni le hasard des choses écrites

tout le
hasard, chance cl nialcli;
nce, prolils
el
perles

c'esl,
nous, me
semblc-l-ji, qui-d'ailleurs
n'écrivons
plus guère
et nous en remettons à
de
plus
libres
que nous,
un
jour,
du soin
d'ap-
précier,
il
n'y
ave.il rien à faireen
l',)26, pour
moi
pas
même à
répondre
à celle lettre de
M. Henri Barbusse :
« Mon cher
Confrère,
«de
prends
la direction littéraire du
journal
L'Humanité, .\011svoulons en
faire
un vasle
organe populaire
dont l'action s'exerce dans
toutesles
larges
voiesdel'activité el delu
pensée
contemporaines.
« L'I lumanil é
publiera
uolammcnl une nou-
velle
chaipie jour,
de vous demande si vous
vaudriez en
principe
donner voire collabora-
lion à noire
journal pour
celle
rubrique.
« De
/dus, je
vous serais reconnaissant si
vous vouliezbien mesomnellredes
propositions
el desidéesde
campagnes
de
pressequi
rentrent
dans le cadre d'un
grand journal prolétarien
destiné à éclairer el à instruire, les
masses,
à
dresser le
réquisitoire qui s'impose
contre les
tendances
rétrogrades,
les
insuffisances,
lesabus,
les
perversions
de la « culture a actuelle el ù
préparer
l'avènement d'un
grand
art humain
el
collectif ipii
nous
parait s'imposer
de
plus
en
plus
aux
jours où nous sommes.
»
Avec la meilleure volonté
je
ne
puis
en
passer ]iar
ce
que
M. Barbusse me demande.
J e céderais sans doute à l'envie de soumetIre
des
propositions
et dosidées de
campagnes
de
presse
à L'Humanité si l'idée
que
M. Barbusse
en est directeur littéraire ne m'en dissuadait
complètement.
M. Barbusse a écrit autrefois
un livre honnête intitulé : LeFeu. A vrai
dire,
c'était
plutôt
un
grand
article de
journal,
d'une
valeur d'information
incontestable,
rétablis-
sant clansleur vérité élémentaire une série de
faits
qu'il y
avait alors tout intérêt à
masquer
ou à trahir
;
c'était
plutôt
un documentaire
passable, quoique
inférieur à toute bande ciné-
matographique
réelle
reproduisant
des scènes
de
carnage
sous l'oeil amusé du mêmeM. Poin-
earé,
et du
spectacle
de
laquelle
nousavons été
privés jusqu'ici.
Le
peu queje
sais
par
ailleurs
de la
production
de M. Barbusse me confirme
dans cette
opinion que
si le succès du Feu
n'était venu le
surprendre
et ne l'avait du
jour
au lendemain rendu tributaire de
l'espoir
violent, de milliers d'hommes
attendant,
exi-
geant presque qu'il
se fît leur
porte-parole,
rien nele
désignait pour
être l'âme d'une
foule,.
le
projecteur. Or,
intellectuellement
parlant,
il
n'est
pas
non
plus,
à
l'exemple
des écrivains
que nous, surréalistes,
faisons
profession
d'ad-
mirer,
mi éclaireur. M. Barbusse
est,
sinon un
réactionnaire,
du moins un
retardataire,
ce
qui
ne vaut
peut-être pas
mieux. Non seulement
il est
incapable d'extérioriser,
comme, l'a fait
Zola,
le sentiment
qu'il peut
avoir du mal
public
el de faire
passer jusque
sur les
peaux
délicates le vent Icrrible de la
misère,
mais
encore il ne
participe
en rien au drame inté-
rieur
qui
se
joue depuis
des années entre
quel-
ques
hommes et dont on verra
peul-êlre
un
jour que
l'issue intéressait tous les hommes.
En ce
qui
me
concerne, l'importance que .j'at-
tache àcelle dernière
partie
el l'émotion
qu'elle
me donne sont telles
qu'il
ne me resle aucun
loisir
pour publier
des «nouvelles».mômedans
L'Humanité. J e n'ai
jamais
écrit de nou-
velles, n'ayanl
de
temps
ni à
perdre
ni à faire
perdre.
C'est là selon moi un
genre périmé,
el
l'on sait
(piej'en juge
non selonla
mode,
mais
d'après
le sens
général
de
l'interrogation que
je
subis.
Aujourd'hui, pour compter
écrire ou
désirer lire une <<nouvelle >>il faut être un
bien
pauvre
diable.
Quand
M. Barbusse ne le
voudrait
pas,
la niaiserie sentimentale a l'ail
son
temps.
En dehors de loulc
rubrique
litté-
raire,
lesseulesnouvelles
que
nous
admettions,
que
nous
connaissions,
sont celles
que
nous
donnedo la situation révolutionnaire L'Huma-
nité
quand
elle
prend
la
peine
de. ne
pas
les
calquer
sur d'autres
journaux.
!\î. Barbusse cl
ses
suppôts
ne
parviendront pas
ànous mettre
du
vague
à l'âme.
11esl entendu
que
M. Barbusseest,
pour
nous
une
prise
facile.
Cependant,
voilà un homme
qui jouit,
sur le
plan
même où nous
agissons,
d'un crédit
que
rien de valable ne
justifie
:
qui
n'est
pas
un homme
d'action, qui
n'est
pas
LÉGITIME DÉFENSE
33
une lumière de
l'esprit,
el
qui
n'est même
positivement
rien. Sous
prétexte que
son der-
nier roman
(Les Enchaînements, paraît-il)
lui
a valu
quelques
lettres
commr'natoires,
il se
plaint
dans L'Humanité, des 1eret 9
septembre
de l'aridité de sa
tâche,
des difficultés de ses
relations avec le
public prolétarien,
« seul
publie,
dont le
suffragecompte »,
auquel
il est
«
profondément
attaché
»,etc.,
etc. Cefaisant,
il en arrive « à
propos
des
mots,
matière
première
du
style »,
à rouvrir maladroitement
un débat au
sujet duquel
nous aurions tout à
dire et
auquel
on nelevoit aucunement mêlé :
«Dans mon article delasemaine
dernière, j'ai
indiqué
le fort courant de
renouvellement du
style qui
semanifeste actuellement et m'a
paru
digne
d'être
qualifié
derévolutionnaire. J e me
suis efforcédemontrer
que
ce
renouvellement-,
qui
reste
malheureusement
(*)
dans le seul
plan
de la forme, dans la ?one
superficielle
du
mode
d'expression (?)
est en train demodifier
tout
l'aspect
de la littérature. »
Qu'est-ce
à
dire ? Alors
que
nous n'avons cesséde
prendre
tant de
précautions pour
rester maîtres denos
recherches, n'importe qui pourrait
venir, dans
une intention conl'usionniste
que je
m'ex-
plique trop ..bien,
assimiler notre
altitude,
et
par-dessus nous,
l'altitude de
Lautréamont,
par exemple,
à celle des
gens
de
plume
les
plus
divers
auxquels
tient à être
agréable
M. Henri Barbusse ! J 'extrais les
lignes
sui-
vantes du Bulletin de la Vie
artistique
du
1eraoût : «Toute l'activité des surréalistes ne
se réduit
pas
au seul automatisme, fis usent
de l'écriture d'une
façon
toute volontaire el
contradictoire au sentiment
qu'ils
ont de cet
automatisme,
et
pour
des buis
qu'il
n'est
pas
lieu d'examiner ici.
Simplement peut-on
cons-
tater
que
leurs actes et leur
peinture qui
trouve
là sa
position, appartiennent
à celle vaste
entreprise
de re-création de l'univers où Lau-
tréamont et Lénine se sont donnés tout en-
tiers. »On ne
saurait,
me
semble-t-il, mieux
dire et le
rapprochement
des deux noms
que
présente
celle dernière
phrase
ne
peut passer
ni
pour arbitraire,
ni
pour plaisant.
Ces noms
nenous
paraissent
aucunement
opposables
l'un
à l'autre et nous
espérons
bien l'aireentendre
pourquoi.
M Barbusse devrait
y pivndre
garde,
ce
qui
lui éviterait d'abuser de la con-
fiance des travailleurs en leur faisant
l'éloge
de Paul Claudel et de
Cocteau,
auteurs de
poèmes patriotiques infâmes,
de
professions
de
foi
catholiques nauséabondes, profiteurs igno-
minieux du
régime
et contre-révolutionnaires
fieffés. Ce
sont, dit-il,
des « novateurs » et
certes nul ne
songerait
à en écrire autant de
M.
Barbusse,
le vieil emmerdeur bien connu.
Passe encore
que
J ules
Supervielle
et Luc
Durtain lui
paraissent représenter
avec le
plus
d'autorité et devaleur lesnouvelles tendances :
vous
savez,
J ules
Supervielle
et Luc
Durtain,
ces « deux écrivains
remarquables
en tant
qu'écrivains
»
(sic),
mais
Cocteau,
mais Clau-
del !
Pourquoi pas aussi, par
un rédacteur
poli-
tiquede/'Humanité,à
propos
du
prochain
monu-
ment aux morts, une
apologie impartiale
du
talent de M. Poinearé ? M.
Barbusse,
s'il
n'était
pas
un fumiste de la
pire espèce,
ne
ferait
pas
mine de croire
que
la valeur révo-
lutionnaire d'une oeuvre et son
originalité
apparente
ne font
qu'un.
J e dis :
originalité
apparente,
car la reconnaissance de
l'origina-
lité des oeuvres dont il
s'agit
ne saurait
nous
renseigner que
sur
l'ignorance
de M.
Barbusse.
Qu'on comprenne que
la
publica-
tion dans L'Humanité de l'article : « A
pro-
pos
des
mots,
matière
première
du
style »,
vaut,
pour
moi comme
signe
des
temps
et mérjte
d'être relevé en tant
Cjue
tel. 11est
impos-
sible de faire
plus
mauvaise
besogne
où l'on
passe (je
dis bien : où l'on
passe) que
ne le
l'ait M. Barbusse.
Nous avons
toujours
déclaré et nous main-
tenons
que l'émancipation
du
style,
réalisable
jusqu'à
un certain
point
dans la société
bour-
geoise,
ne saurait consister dans un travail de
laboratoire
portant
abstraitement sur lesmots.
Dans ce domaine comme dans un
autre,
il
nous
paraît que
larévolte seuleesl créatrice et
c'est
pourquoi
nous estimons
que
tous les
sujets
derévolte sont bons. Les
plus
beaux vers
d'Hugo
sont ceux d'un ennemi irréductible
de
l'oppression ; Borcl,
dans le
portrait
qui
illustre un de ses
livres,
lient un
poignard
en
main
;
Rabbe sesentait «un surnuméraire de
la vie
»,
Baudelaire maudissait Dieu el Rim-
baud
jurait
ne
pas
être au monde. 11n'était
pas
de salut
pour
leur oeuvrehors de là. Ce
n'est
que
sachant cela
que
nous
pouvons,
vis-
à-visde
nous,
lestenir
pour quilles.
i\5ais
quant
à nous en laisser
imposer par
ce
qui
tend au-
jourd'hui
à se
présenter
extérieurement sous
le même
angle que
ces oeuvres sans en offrir
l'équivalent
substantiel :
jamais.
Car c'esl bien
de «substance »
qu'il s'agit,
même au sens
philosophique
de nécessité réalisée. La réali-
sation de la nécessité seuleesl d'ordre révolu-
tionnaire. 11ne
peut
donc être
permis
de dire
d'une oeuvre
qu'elle
est d'essence révolution-
naire
quesi,
contrairement àce
qui
alieu
pour
celles
que
nous recommande M.
Barbusse,
la
«substance »en
question n'y
fait
pas complè-
tement défaut.
Cen'est
qu'ensuite qu'on
en
peut
venir aux
mots et aux
moyens plus
ou moins radicaux
d'opérer
sur eux. A vrai
dire,
l'opération
est
(*)
Cemalheureusement est font un
poème.
34.
LEGITIME DEFENSE
généralement
inconsciente

chez ceux
qui
ont
quelque
choseà
dire,
naturellement

et
il faut êtreledernier des
primairespour
accor-
der
quelque
attention àlathéoriefuturiste des
«mots en liberté
»,
fondée sur la
croyance
enfantine
à l'existence réelle et
indépendante
des mots. Celle théorieest mêmeun
exemple
frappant
de ce
que peut suggérer
à l'homme
épris
seulementdenouveautél'ambition deres-
sembler aux hommes les
jibis
fiers
qui
l'ont
précédé
el les
plus grands.
Onsait
qu'à
celte
théorie commeà
beaucoup
d'autres nonmoins
précaires,
nous avons
opposé
l'écriture auto-
matique qui
introduit dans le
problème
une
donnéedont il n'a
pu
être suffisammenttenu
compte,
mais
qui l'empêche
dans unecertaine
mesure de se
poser.
J usqu'à
ce
qu'il
ne-se
poseplus
nous veille-
rons
cependant
à
empê-cher
son
escamotagepur
el
simple.
H ne
s'-agitpas
du tout
pour
nous
deréveiller lesmots et delessoumettre àune
savante
manipulation pour
lesfaireservir àla
création d'un
style,
aussi intéressant
qu'on
voudra.
Constater
que
lesmoissont lamatière
première
du
style
est à
peine plus ingénieux
que présenter
les lettres comme la base de
l'alphabet.
Les mots
sont,
en
elïel,
bien autre
choseet ils sont même
peut-être
tout.
Ayons
pitié
deshommes
qui
n'ont
comprisquel'usage
littéraire
qu'ils pouvaient
en faire et
qui
se
vantent
par
là de
préparer
« la renaissance
artistique qu'appelle
et
qu'ébauche
la renais-
sancesocialede demain ».
Que
nous
importe,
à
nous,
celle renaissance
artistique
? Vivela
révolution socialeel elleseule!
Nous avons
un
compte
assez,
grave
à
régler
avec
l'esprit,
nous vivons
trop
mal dans noire
pensée,
nous
subissons
trop
douloureusement le
poids
des
«
styles
»chers à M. Barbusse
pour
avoir la
pluslégère
attention àdonner d'un autre côté.
Encoreune
fois,
tout ce,
cpie
noussavonsesl
que
nous sommesdoués àun certain
degré
de
la
parole
el
que, par elle, quelque
chose de
grand
et d'obscur tend
impérieusement
à
s'exprimer
àtravers
nous, que
chacundenous
a été choisi et
désigné
à lui-mêmeentre mille
pour
formulerce
qui,
denoire
vivant,
doit être
formulé. C'esl un ordre
que
nous avons
reçu
une fois
pour
toutes el
que
nous n'avons
jamais
euloisir dediscuter. 11
peut
nous
appa-
raître,
cl c'esl mêmeassez,
paradoxal, que
ce
que
nous disonsn'est
pas
ce
qu'il y
a de
ph
s
nécessaireà dire el
qu'il y
aurait manièrede
le mieux dire. .Maisc'esl comme si nous
y
avionsélécondamnésdeloul.3éternité.
Ecrire,
je
veux direécriresi
diffieilemenl,
cl.non
pour
séduire,
et
non,
ausensoù
onl'cnlend d'ordi-
naire, pour
vivre, mais,
semble-l-il,
foui au
plus pour
se suffire
moralement,
el. faute de
pouvoir
rester sourd à un
appel singulier
el,
inlassable, écrire ainsi n'est
jouer
ni
tricher,
que je
sache. Nous sommes
peut-être chargés
seulement de
liquider
une
succession
spiri-
tuelleà
laquelle
il
y
irait del'intérêt dechacun
de
renoncer,
et c'est tout.
Nous
déploronsgrandement que
la
perver-
sion
complète
de la culture occidentale en-
traîne de nos
jours l'impossibilité pour qui
parle
avec une certaine
rigueur,
de se faire
entendre du
plus grand
nombredeceux
pour
qui
il
parle.
11semble
que
tout désormaisles
empêche
dese
rejoindre.
Ce
qui
se
pense(pour
laseule
gloire
dese
penser)
est devenu
presque
incompréhensible
à la massedes
hommes,
et
leur est à
peu près
intraduisible. A
propos
de
la
possibilitégénéraled'intelligence
decertains
textes il a
pu
mêmeêtre
question
d'initiation.
Et il
s'agit pourtant toujours
delavieet de
la
mort,
del'amour el dela
raison,
dela
justice
et ducrime. La
partie
n'est
pas
désintéressée!
Tout lesensdema
critiqueprésente
esl là.
J e ne
sais, je
le
répète
humblement,
comment
on
peut espérer
réduire à noire
époque
le
malentendu, angoissant
au
possible,qui
résulte
des difficultés en
apparence
insurmontables
d'objectivalion
desidées. Nousnous
étions,
de
noire
proprechef,placés
aucentredecemalen-
tendu el
prétendions
veilleràce
qu'il
ne
s'ag-
gravât.
Duseul
point
devue
révolutionnaire,
la lecture de L'Humanité tendrait à
prouver
que
nous avions raison. Nous
pensions
être
dans noire rôleen
dénonçant
delà les
impos-
tureset lesdéviations
qui
serévélaientautour
denous les
plus caractéristiques
el aussi nous
estimions
que, n'ayant
rien à
gagner
à nous
placer
directement sur leterrain
politique,
de
lànous
pouvions
enmatièred'activité
humaine
user à bon droit du
rappel
aux
principes
et
servir denoiremieuxlacausedelaRévolution.
Du sein du Parti communiste
français
on
n'a
pas
cesséde
désapprouver plus
ou moins
ouvertement celte altitude el mêmel'auteur
d'une brochure
parue
récemment sous le
litre : La Révolutionel lesIntellectuels.

Que
peuventfaire
les Surréalistes?
qui
tente dela
définir du
poinL
de vue communisteavec le
maximum
d'impartialité,
nous accuse d'os-
ciller encoreentre l'anarchieel lemarxismeel
nous met en
quelque
sortelemarchéenmain.
Voici,
du
reste,
la
question
essentielle
qu'il
nous
pose
: «Oui ou
non,
celterévolutionsouhaitée
esl-elle cellede
l'esprit
a
priori,
ou celledu
monde des fails? Esl-elle liéeau marxisme,
ou aux théories
contemplatives,
à
l'épuration
delavieintérieure? »Colle
question
est d'un
tour
beaucoup plus
subtil
qu'elle
n'en a
l'air,
quoique
sa
principale malignité
me
paraisse
résider dans
l'opposition
delaréalitéintérieure
au monde des
faits, opposition
foule artifi-
cielle
qui
cède aussitôt à l'examen.
Dans le
LEGITIME DEFENSE 35
domainedes
faits,
denotre
part
aucune
équi-
voque
n'est
possible
: il n'est
personne
denous
qui
nesouhaitele
passage
du
pouvoir
desm. ins
de la
bourgeoisie
à celles du
prolétariat.
En
attendant,
il n'en esl
pas
moins
nécessaire,
selon
nous,
que
les
expériences
de la vieinté-
rieure se
poursuivent
et
cela,
bien
entendu,
sans contrôle
extérieur,
même marxiste. Le
surréalismene tend-il
pas,
du reste, à donner
àla limitecesdeux états
pour
un seul, enfai-
sant
justice
de leur
prétendue
inconciliabilité
pratique par
tousles
moyens,
àcommencer
par
le
plus primitif
de
tous,
dont
l'emploi
trouve-
rait mal àse
légitimer
s'il n'en était
pas
ainsi :
je
veux
parler
de
l'appel
au
merveilleux(*).
Mais tant
que
la fusion des deux états en
question
reste
purement
idéale, tant
qu'il
n'est
pas permis
de dire dans
quelle
mesure
ellefinira
par s'opérer

nous en sommes à
indiquer pour
l'instant
qu'elle
esl concevable

il
n'y
a
pas
lieu denous mettre en contra-
dictionavec nous-mêmesau
sujet
des diverses
acceptionsque
noussommesamenés à donner
à certains mots,
à certains
mots-tampons
tels
que
le mol, «Orient ». Ce mol
qui joue
en
effet,
comme
beaucoup d'autres,
sur un sens
propre
el
plusieurs
sens
"figurés,
et naturelle-
ment aussi sur divers conlre-sc-ns.esl
prononcé
de
plus
en
plusdepuisquelques
années. Il doit
correspondre
àune
inquiélude particulière
de
ce
temps,
àsou
plus
secret
espoir,
àune
prévi-
sion inconsciente; il ne doit
pas
revenir avec
celle insistanceabsolument envain. Il consti-
tue à lui seul un
argument qui
en vaut un
autre,
el les réactionnaires
d'aujourd'hui
le
savent
bien, qui
ne
perdent
aucune occasion
de mettre l'Orient en cause.
«
Trop
de
signes,
écrit
i\iassis,
nous font
craindre
que
les doctrines
pseudo-orientales,
enrôléesau servicedes
puissances
dedésordre,
ne
servent,
enfinde
compte, qu'à
ranimer les
dissensions
qui, depuis
la
Réforme,,
se sonl
abattues sur
l'esprit
de
l'Europe,
et
que
l'asialisine. comme le
germanisme
de
naguère,
nesoil
que
le
premier message
des Barbares. »
Valéry
insinue
que
«les Grecset les Romains
nous ont montré comment l'on
opère
avec les
monstres de l'Asie ». C'est un ventre
qui
parle
: «D'ailleurs la
question,
ences
matières,
n'est
que
de
digérer.
» Pour
Maurras,
nous
confie1\1.Albert
Gareau,
toule déraison vient
des
puissances
troubles de l'Orient. »Toutes
les
grandescatastrophes
denotre
histoire,
tous
les
grands
malaises
s'interprètent par
les cha-
leurs du même miasme
juif
et
syrien, par,
l'âpre
foliede l'Orient et sa
religion
sensil-.ive
el lesoûl de
l'orage proposé
de la sorte aux
esprits fatigués.
»
Pourquoi,
dans ces condi-
tions,
ne continuerions-nous
pas
à nous récla-
mer de l'Orient, voire du «
pseudo-Orient
»
auquel
le surréalisme consent à n'être
qu'un
hommage,
commel'oeilse
penche,
sur la
perle
?
Tagore, qu
esl un mauvais
esprit oriental,
pensequs
«lacivilisationoccidentalene
périra
pas,
si ellerecherchedèsmaintenant l'harmonie
qui
a été
rompue
au
profit
de sanature maté-
rielle ». Entre
nous,
c'est bien in
possible,
et
voilà une civilisationcondamnée. Ce
que
nous
ne
pouvons souffrir, dis-je,
et c'est là tout le
sujet
de. cet
article,
esl
que l'équilibre
de
l'homme, rompu,
c'esl
vrai,
en
Occident,
au
profil
de sa nature
matérielle, puisseespérer
seretrouver danslemonde
par
leconsentement
de nouveaux sacrificesà sa nature matérielle.
C'est
pourtant
ce
que
de lionne
foi, pensent-
certains
révolutionnaires,
notamment à l'inté-
rieur du i-'arli communiste
français.
11existe
un domainemoral où les semblables ne sont
lias guéris par
les
semblables,
où l'homéo-
pathie
nevaut rien. <^en'est
paspar
le«machi-
nisme »
que
les
peuples
occidentaux
peuvent
se
sauver lemol d'ordre :
éleclrificalion,
abeau
êlre à l'ordre du
jour

ce n'est
pas par
là.
qu'ils échapperont
au mal moral dont ils
périssent.
J e suisbien
d'avis,
avec l'auteur du
manifeste : La Révolutionet les
Intellectuels,
que
«lesalarial esl unenécessitématérielleà
laquelle
lestrois
quarts
dela
population
mon-
diale sont
contraints,
indépendante
des con-
ceptions philosophiques
des soi-disant Orien-
taux ouOccidentaux »el
que
«souslaférule
du
capital
lesuns et lesautres sont des
exploi-
tés
»,
mais
je
nesaurais
partager
sa
conclusion,
à savoir
que
« les
querelles
de
l'intelligence
sonl absolument vaines devant celle unité de
condition ».
J 'estime,au contraire.(piel'homme
doit moins
que jamais
faire abandon de son
pouvoir
discriminafeur
; qu'ici
le surréalisme
doctrinaire cesse
précisément
d'être de
mise,
et
qu'à
un examen
plus approfondi, qui
mérite
d'être
tenté,
lesalarial ne saurait
passer pour
la causeefficientedel'état dechoses
que
nous
(*)
Lecadredecetteétudenese
prêlepas
àce
cpie
je
m'étende
longuement
surce
sujet.
Reste-t-ilencore
àdémontrer
que
lesurréalisme nes'est
pointproposé
d'autrebut?Il est
temps,
nouscontinuonsavecvéhé-
menceà
l'affirmer, plusquejamais
il est
tempspour
l'esprit
de révisercertaines
oppositions
de termes
purement
formellestelles
quel'opposition
del'acteà
la
parole,
durêveàla
réalité,
du
présent
au
passé
el
àl'avenir.Lebienfondédeces
distinctions,
dansles
conditions
déplorables
d'existenceen
Europe,
audébut
duxxe
siècle,
mêmedu
point
devue
pratique,
nese
défend
plus
unseulinstant.
Pourquoi
ne
pas
mobiliser
toutesles
puissances
de
l'imaginationpoury
remédier ?
Si la
poésie,
avecnous,y gagne
: tantmieuxoutant
pis,
maislàn'est
pas
la
question.
Nous
sommes,
de
coeuraveclecomteHermann
Keyserling,
surla-voie
d'une
métaphysique
monotone.
«Ellene
parlejamais
que
del'êtreun,

Dieu,
l'âmeetlemondese
rejoi-
gnent,
del'un
qui
est l'essencela
plusprofonde
de
toute
multiplicité.
Elleaussin'est
qu'intensitépure;
ellenevise
que
lavie
même,
cet
in-objectif
d'ofi
jail-
lissentles
objets
commedesincidents.»
36 LEGITIME DEFENSE
supportons
;

qu'il
admettrait
pour
lui-même
une autre causeà larecherche de
laquelle
l'in-
telligence,
en
particulier
notre
intelligence,
est
en droit de
s'appliquer (*).
Nous nous
plaignons
de rencontrer la
plus
grave
obstruction en ce sens. Si encore nous
étions
suspects
de
passivité
à
l'égard
desdiverses
entreprises
de
brigandage capitaliste, passe
encore,
mais cen'est même
pas
lecas. Nousne
défendrions
pour
rien au monde un
pouce
de
territoire
français,
mais nous défendrions
jus-
qu'à
famort
en-Russie,
en
Chine,
une
conquête
minime du
prolétariat.
Etant ici nous
aspirons
à
y
faire notre devoir révolutionnaire comme
ailleurs. Si nous
manquons peut-être d'esprit
politique,
du moins ne
peut-on
nous
reprocher
de vivre retirés en notre
pensée
comme en
une four autour de
laquelle
les autres se
fusillent. De notre
plein gré,
nous n'avons
jamais
voulu entrer dans cette tour et
nous.ne
permettrons pas qu'on
nous
y
enferme. Il se
peut,
en
effet, que
notre tentative de
coopéra-
tion,
au cours de l'hiver
1925-1926,
avec les
plus
vivants éléments du
groupe
«Clarté »en
vue d'une action extérieure bien
définie,
ait
abouti
pratiquement
a un échec
mais,
si l'ac-
cord
envisagé
n'a
pu
se
manifester, je
nie
que
cesoit «
par incapacité
derésoudrel'antinomie
fondamentale
qui
existe dans la
pensée
surréa-
liste ».J e croisavoir l'ait
comprendre que
celle
antinomie n'existe
pas.
Tout ceà
quoi,
lesuns
comme les
autres,
nous nous sqmmes
heurtés,
c'esl à la crainte d'aller contre les desseins
véritables de
l'Internationale communiste et à
l'impossibilité
denevouloir «connaître
que
la
consigne
»aUmoins déroutante donnée
par
le
Parti
français.
Voilà essentiellement
pour-
quoi
La Guerrecivilen'a
pas paru.
Comment
échapper
à la
pétition
de
prin-
cipe
? .Onvient encore de
m'assurer,
en toute
connaissance de
cause, qu'au
cours de cet
article
je
commets une erreur en
attaquant,
de
l'extérieur du
parti,
la rédaction d'un de ses'
organes,
et deme
représenter que
celte
action,
apparemment
bien intentionnée et mêmeloua-
ble,
était de nature à donner des armes aux
nnemis du Parti dont
jejuge
moi-même
qu'il
est, révolutionnairement,
la seule force sur
laquelleop.puisse compter.
Ceci nem'avait
pas
échappé
et
je puis
dire
que
c'est
pourquoi j'ai
longtemps
hésité à
parler, pourquoi je
ne
m'y
suis résolu
qu'à
contre-coeur. Et il est
vrai,
rigoureusement vrai, qu'une
telle
discussion, qui
ne se
propose
rien moins
que
d'affaiblir le
Parti, eût du se
poursuivre
à l'intérieur du
Parti.
Mais,
de l'aveu même de ceux
qui s'y
trouvent on eut écourlé cette discussion au
possible,
à
supposer qu'on
lui eût même
permis
de
s'engager.
Il
n'y avait, pour
moi, pour
ceux
qui pensent
comme
moi,
rien à en
attendre,
exactement. A ce
sujet je
savais dès l'année
dernière à
cpioi
m'-;n tenir et c'est
pourquoi
j'ai jugé
inutile de me faire inscrire au Parti
communiste. J e ne veux
pas
être
rejeté
arbi-
trairement dans 1' «
opposition
» d'un
parti
auquel j'adhère
sans celadetoutes mes
forces,
mais dont
je pense que possédant pour
lui la
Raison,
il
devrait,
s'il était mieux
mené,
s'il
était véritablement
lui-même,
dans ledomaine
où mes
questions
se
posent,
avoir
réponse
à
tout.
J e termine en
ajoutant que, malgré tout,
cette
réponse je
l'attends
toujours.
J e ne suis
pas près
de me retourner d'un autre côté. J e
souhaite seulement
que
de l'absence d'un
grand
nombre d'hommes comme
moi,
retenus
pour
des motifs aussi
valables,
les
rangs
de
ceux
qui préparent
utilement et en
pleine
entente la Révolution
prolétarienne
ne soient
pas plus clairs,
surtout si
parmi
eux se
glissent
des
fantômes,
c'est-à-dire des êtres sur la
réalité
desquels
ils s'abusent et
qui,
de cette
Révolution,
ne veulent
pas.
Légitime
défense?
André BRETON.
(*)
Il n'estaucunement
question
demettreencause
le matérialisme
historique,
maisunefoisde
plus
le
matérialismetout court.Est-il biennécessairede
rap-
pelerque,
dans
l'esprit
deMarxet
d'Engels,
le
premier
n'a
pris naissance
que
dans la
négationexaspérée,
définitivedusecond?Aucuneconfusionn'est
permise
àce
sujet.Selonnousl'idéedumatérialisme
historique,
dont nous
songeons
moins
quejamais
à contesterle
caractère
génial,
ne
peut
se soutenir
et,
commeil
importe,
s'exalterdansla
durée,
ne
peut
aussi nous
forcerà
envisager
concrètement ses
conséquences, que
si elle
reprend
à
chaque
instant connaissanced'elle-
même,cpie
si elle
s'oppose
sanscraintetouteslesidées
antagonistes,
àcommencer
par
celles
qu'àl'origine
il
lui afalluvaincre
pour
êtreet
qui
tendentàse
repré-
sentersousdenouvellesformes.Cesontcesdernières
qui
nous
paraissentfaire,sournoisementleur chemin
dans
l'esprit
decertains
dirigeants
duParti communiste
français.Peut-onleur demanderdeméditer
les'pages
terriblesdeThéodore
J oufîroy
: Comment les
dogmes
finissent
1
Le Cuirassé Potemkine
?Ï?IIT IfiMS i@YIlïl
L-cGérant: LouisARAUON.
Imprimeriespéciale
dela RévolutionSurréaliste, 42,rueFontaine,Paris-9»
POUR PARAITRE LE 25 NOVEMBRE
ANTHOLOGIE
DE LA NOUVELLE
PROSE FRANÇAISE
BIOGRAPHIE
-
BIBLIOGRAPHIE
-
TEXTES INÉDITS
J .-R. m.oeil

in., CENDHAHS ,I. DELTEIL I>.i>nn-:rI.AKOC.II EII.K
(i DUHAMEL 1.
-
I' l-'AUGl'K A.GIDE -I IIII!AU1)01X I" 1STHATI
M.J ACOB .1.IOLINON -M.IOL' HANDliAU V. UhUAl'l) l>.MAC1)11-
l.AN II. DEMOXTHEHLANTP. MOHAND

.1.PAU1.1IAN M.PUOl'ST
.1.-1'.HAMl'Z (1.lilBE.MONT 1ll'.SSA1GNES .1IlOMAIXS II. ItOI'SSKI.
A. SALMON Pli. SOl'I'ACLT P. VAI.ÉUY.
l-n i'm-t Hiluine. . . 3.» l'r.
RAPPEL :
ANTHOLOGIE
DE LA
NOUVELLE
POÉSIE
FRANÇAISE
BIOGRAPHIE
-
BIBLIOGRAPHIE
-
POEMES
1)1!
APOl.l.INAI III-'. AHCOS

Alil.AMI IIAI' I)El.AIltli HtllOT CAIICO
CENDHAHS CLAUDEL C.OC.TEAl' CHOU I) llf-'.ME D1V0IHK
Diuiii; I.AHOCIIKI.I.K DUIIAMEL PAUGUK GAHOHY IIKHAHI)
Gi-.IIMAIN GIDE ( ;i;U'IIUI'X GOI.I, .IAC0I1 .IAMMKS .IAII1IY
.IOUVK LAI.UKII'E LAlIliAUD I.AI I HKAMON I' LISVET
LUBECK MAC. Olil.AN
-
MAETEHI.INCK MAI.I.AII MI-: MAUK1AC
Mil.OS/,
MONTHSQl'IOt:
MONil 11.11 I.ANI MOHAND NKKVAI.
NOUVEAU- l'EGUY PKLLIiHIN PHOUSl' HADIGUlii' Ill-'.Vl-'.ll 1)Y
HIliEMONT-DESSAIGNES

HIMIJ AUD HUMAINS HOUSSKL SAUMON
SOl'PAUI.i
—-
SP1KE SI PEHY1E1.I.I. i'OUI.ET T/.AIIA VAI.fiHY
-
VEHIIAEHEN
—-
l'u iiiliniii' <l<>!."»<»
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EDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE
FRANÇAISE
3,
Rue de Grenelle PARIS-VP Tél. Fleurus 12-27
nrf
PAUL ELUARD
CAPITALE
DE LA
DOULEUR
RÉPÉTITIONS
-
MOURIRDE NE PASMOURIR
LESPETITSJ USTES
-
NOUVEAUX. POÈMES
Sur mille
lignes
de
points qu'on
ne voit
pas
s'ouvre et se ferme le
grand
livre de. Paul
Eluard : CAPITALE DE LA DOULEUR.
Que
s'est-il
jamais passé, que
se
passera-t-il,
6mes
amis,
quoi que
nous en
pensions
? Etre ou ne
pas
être,
on commencé à
s'apercevoir que
cen'est
pas
la
question.
Et voici sans doute le.
premier ouvrage qui
ne soit
plus
ou moins bâti sur ce
faux et
persistant
dilemme.
CAPITALE DE LA DOULEUR s'adresse à ceux
qui depuis longtemps n'éprouvent
plus

sevantent ou secachent dene
plus éprouver
-
lebesoin delire : soit
que
très vite ils
aient fait letour dece
qui pouvait
leur être livré dela sorte et
qu'ils
tiennent à honneur dene
pas encourager
les
jeux littéraires,
soit
qu'ils poursuivent
sans
espoir
des'en laisser distraire une
idéeou un être
que
nécessairement, d'autres n'ont
puapprocher,
soit
quepour
toute autre raison,
àtelle heure de leur
vie,
ils soient enclins à sacrifier en eux la faculté
d'apprendre
au
pouvoir
d'oublier. Lemiracle d'une telle
poésie
est deconfondre tous cessecrets enun
seul,
qui
est celui
d'Eluard et
qui prend
lescouleurs del'éternité.
Aussi vrai
que
cerecue.il
supporte
et
appelle
les
plus
hautes
comparaisons, qu'à
sa lueur
comme à aucune autre l'action et la
contemplation
cessent de se
nuire,
le tourment humain
d'implorer
miséricorde et les choses
imaginées
d'être un
danger pour
les choses vécues :
plus
encore
que
lechoix
que
Paul Eluard
impose
àtous et
qui
est
celui, merveilleux,
des mots
qu'il
assemble,
dans l'ordre où il lesassemble —choix
qui
s'exerce d'ailleurs àtravers lui et
non,
à
proprement parler, qu'il
exerce

je
m'en
voudrais, moi,
son
ami,
dene
pas
louer seulement
et sans mesure en lui les
vastes,
les
singuliers,
les
brusques,
les
profonds,
les
spîendides,
lesdéchi-
rants mouvementsdu coeur.
CAPITALE DE LA DOULEUR.
--
C'est, paraît-il,
un
scandale
pour
certains si la
passion
et
l'inspiration
se
persuadent qu'elles
n'ont besoin
que
d'elles-mêmes.
ANDRÉBRETON.