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Du Paris réel au Paris représenté sur la carte

Depuis les origines de la société humaine, à peine les hommes se sont ressemblés dans les caves pour chercher abri, ils se sont intéressés a représenter le monde qu’ils habitaient; avant même de l'apparition de l'écriture, on avait déjà dessiné ce qu’on voyait, ce qu’on vivait. L'acte même de la représentation viens alors jouer un rôle presque rituel depuis l’apparition de la société humaine. Mais, quelles sont les implications de ce processus? Pourquoi on s’est intéressé à représenter les choses qu’on pouvait déjà voir dans la réalité?

Représenter implique avant tout un choix, puisque si on ne contemple pas les moyens actuels tels que la photographie ou le cinéma, cela implique sélectionner parmi une quantité énorme des traits et détailles ceux qui, permettons nous la redondance, représentent mieux l’objet ou phénomène qu’on observe, c’est-à-dire, ceux qui permettront à qui observeront la représentation d’identifier, grâce à la

Bruno ARANCIBIA

manifestation des caractéristiques les plus notables de l'objet, le sujet réel qui est traité. Pourtant, l’acte de représenter implique avant tout un processus de rationalisation de ce qu’on voit, l’image qu’on crée doit d’abord être structurée mentalement. Ces représentations primitives dont on parlait sont dédiées a une multitude de scènes et d’objets de la réalité, et c’est a une d’elles qu’on s’intéresse spécialement : la représentation du territoire.

Il faut d’abord noter que dans ce cas l’objet d'intérêt, le terrain, échappe dans presque tous les cas le regard de l’homme, exclues seulement les situations où on peux voir le territoire représenté depuis un point du terrain plus haut 1 . Dans son livre L’Empire des cartes, ouvrage fondamentale dans la littérature francophone autour de ce sujet, Christian Jacob se réfère a la carte comme “…ce dispositif qui montre ce que nul oeil peut voir, quand bien même elle représenterait le territoire le plus familier, celui des déambulations quotidiennes 2 ”.

1 On remarque le cas de la carte de la Carte de Bedolina, étudiée en JACOB, 1999.

2 Idem.

1

Quel est alors véritablement, si on suit la logique de Jacob, l’endroit de nos déambulations?

C’est à partir de cette question qu’on a choisi de se concentrer sur le cas de Paris, une ville où depuis plus de deux mil ans les hommes déambulent et habitent, une ville représenté sur la carte une quantité innombrable des fois. Ainsi, le cas de l'agglomération parisienne est spécialement important dans le milieu cartographique:

des cartes et réflexions tout à fait notables ont été dédiées à cette ville particulier, et cet aller-retour constant entre la ville réelle et la carte a enrichit la ville dans un sens urbain et architecturale, puisque comme on l’a dit ci-dessus, dessiner un carte implique, à certaine mesure, une rationalisation comparable a l’acte de faire du projet. Soit en déployant une démarche artistique, voire une dérive, ou en dessinant le prochain plan d'aménagement de la ville, cet article se concentre sur ces activités qui manifestent ce rapport tellement intime entre réalité et figuration. Dessiner une carte, un plan, est finalement une sorte de pratique, d'expérimentation et de composition et urbaine.

Pour ce propos on traitera trois thématiques principales: Premièrement la relation entre la ville de Paris et sa représentation cartographique à travers l’histoire, où on s'intéressera d’abord à l’apparition de Paris sur la carte, au changement de la carte “à vue d’oiseau” à la carte en vue zénithale et finalement aux cartes officielles de la ville. Ensuite on traitera les transformations récentes qui ont eu lieu dans la production cartographique de Paris, premièrement l’apparition de la photographie satellite et les changements que cette technologie a déclenché, ainsi comme la possibilité d’être localisé sur la carte parisienne en temps réel pour finir avec la banalisation de la carte, désormais accessible dans tout moment pour tout parisien. Finalement, on étudiera les confrontations entre la ville réelle et la ville telle qu’elle est représentée sur la carte,

3 PINON, LE BOUDEC, 2004, p. 7.

premièrement avec le cas de Guy Debord, les situationnistes et ses dérives à Paris, et finalement en étudiant une des démarches artistiques contemporaines qui ont comme scénario la carte parisienne.

À travers le traitement de ces thématiques, cet article cherche a mener une réflexion autour du rôle qui joue à nos jours la carte, et notamment les enjeux qu’elle implique dans les milieux architecturale et urbain qui nous intéressent particulièrement: Comment influent la ville réelle la représentation cartographique de Paris? Quel est le véritable écart entre représentation et réalité? Et encore, quelles sont les démarches et les questionnements q’y se donnent lieu? Voilà quelques questions que cet article cherche à répondre.

On a déjà affirmé le rôle fondamental de la ville de Paris dans le contexte de la production cartographique, mais quelle est alors l'importance de cette relation quand on considère le cas inverse, c’est-à-dire, quelle est l’importance de la production cartographique quand on considère l’histoire de la capitale française? Pour répondre à cette question on tentera de faire l’analyse de certains aspect incontournables dans l’histoire de ce rapport constant, de cet aller-retour entre la ville réelle et celle qu’on observe dessinée sur les plans depuis le XVI ème siècle. Cependant, il est impossible de raconter l’histoire de la ville en se basant que sur ces plans, comme l’affirment Pinon et Le Boudec: “l’histoire des plans de Paris est bien incapable à elle seule de raconter l’histoire de la capitale, ne serait-ce que parce que la cartographie a pris en marche le train de l’histoire urbaine. Quand le plans plans apparaissent, dans la première moitié du XVI ème siècle, Paris existe depuis plus de 15 siècles 3 ”. Néanmoins, l’étude de cette production peut contribuer a

2

comprendre le développement et la croissance de la ville dans les derniers cinq cents ans.

Il est impossible d’affirmer quelle est la première carte de Paris qui a été dessiné, on pourrait se permettre d’imaginer que même à l’époque romaine des cartes de Lutetia étaient déjà dressées. En tout cas on possède pas connaissance d’aucune carte de cette période, et on dois se contenter en étudiant les premières cartes de la ville dont on peux confirmer l’existence. À ce propos on se réfère à l’ouvrage rédigé par Pinon et Le Boudec qu’on a déjà cité ci-dessus: “Les premiers plans de Paris, qui s'échelonnent pour l’essentiel dans le deuxième tiers du XVI ème siècle, présent un ensemble assez disparate (des documents faits à la main de grand format aux gravures réduites), mais constituent une famille par ce qui est représenté et plus précisément par une orientation unique (puisqu’il s’agit de vues cavalières) qui place la Seine verticalement, découpant ainsi clairement Paris en trois parties: la Ville, la Cité, l’Université 4 ”. Cet ensemble de plans qui partagent le même regard dans la représentation de la ville paraissent (selon les historiens et cartographes qu’on étudié le sujet), être inspirés tous d’un même plan “maître” qui aurait était relevé entre 1523 et 1530: un équipe de dessinateurs topographes aurait effectué un relevé de Pairs, qu’elle aurait entretenu jusque vers 1550 avec une étape vers 1535 5 . Il est possible d’établir ces dates approximatives en observant la présence ou l’absence de certains bâtiments et infrastructures de la ville dont on connais les moments exacts de création et démolition 6 . Cet plan ancêtre, nommé dans le milieu comme “plan premier” était possiblement dessiné a une échelle

4 Idem, p. 27.

5 Idem.

considérable, mesurant environ 5 mètres par 4, puisque des plans qu’on connaisse au présent qui en s’auraient été inspirés ont ces dimensions. Cette hypothèse pourrait paraitre d’abord un peu fortuite, mais dans l’histoire de la cartographie parisienne on peu retrouver des situations similaires en plusieurs moments postérieurs, où nombreux plans ont été dessinés à partir du même plan base. Ces plans bases qu’on retrouve au longue de l’histoire sont quelques fois considérés comme des fondateurs d’une famille, comme un plan type qui serait ensuite imité et repris. Cela s’explique probablement par le fait que réaliser le relevé cartographique de la ville impliquait (et implique encore à nos jours) un effort économique et temporelle énorme. “Le levé d’un plan d’une ville aussi étendue que Paris dès la fin du Moyen Âge est une entreprise considérable. Il est donc probable que les entreprises nouvelles de levés aient été rares. En dehors des cas où la nouveauté est indéniable, parce qu’il n’en existe pas avant (le plan perdu de 1523-1530 et sa “famille”) ou parce que le fond topographique est manifestement différent[…], elle n’est réellement assurée que si l’auteur le prétend (et encore après vérification) et que simultanément des documents (des minutes de relevés par exemple) l’attestent. Et pour chaque cas, un examen du plan s’impose 7 ”. Ainsi, l’ensemble de ces plans, de cette “famille” datant du XVI ème siècle partagent, plus ou moins, la même représentation de la ville. On reconnait dans ce groupe huit plans 8 :

-Le plan dit de la Grande Gouache, dessiné en 1540, dont l’original a brûle en 1871, conservé par un relevé photographique;

-Le plan de Sebastian Münster, gravé en 1548 - 1549.

6 Pour un analyse détaille de l'évolution de la cartographie de Paris voir PINON, LE BOUDEC, 2004.

7 PINON, LE BOUDEC, 2004, p. 12.

8 Idem, p. 27.

3

-Le plan dit d’Arnoullet, gravé en

1551, qui ne semble être qu’une copie de

l'antérieur.

-Le plan de Saint-Victor, gravé vers

1552.

-Le plan de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle, gravé vers 1553.

-Le Plan dit de la Tapisserie, tissé

vers 1570, tissé vers 1570 perdu mais

connu par une copie dessiné et lavée au

XVIII ème siècle.

-Le plan de Braun et Hogenberg, publié en 1572.

-Le

plan

de Belleforest, édité en

1575.

Alors, “ le “plan premier”, dans son état supposé de 1530, aurait été copié et

gravé par Münster (1548-1550), puis par Braun (1572), Dans son état de 1535, le “plan premier” aurait été reproduit à la même échelle et à la gouache (d’où son nom “Grande “Gouache”) vers 1540. La Tapisserie, malgré sa date tardive, aurait elle aussi été copiée sur le “plan premier” vers 1570. Son troisième état (1550) aurait été utilisé pour graver les plans d’Arnoullet (1551) de Saint-Victor (1552, lui même copié pour Belleforest en 1553), puis de Truschet et Hoyau (1553)” 9 . Hors les variations dans la représentation de Paris présentes dans tous ces plans, ils partagent tous le même regard de la ville: ils manifestent la cosmogonie de la ville que ses habitants et gouvernants possédaient à l’époque.

ville que ses habitants et gouvernants possédaient à l’époque. Figure 1 .- Plan de Saint Victor,

Figure 1 .- Plan de Saint Victor, 1550.

9 Idem.

4

Considérons, par exemple, le plan de Saint-Victor (nommé ainsi puisque le seul exemplaire connu au XVIII ème siècle était conservé dans cette abbaye). Même le titre qui figure sur le plan peux nous permettre de mieux comprendre comment on concevait la ville à l’époque: “La ville. Cité. Université. de Paris”. Ainsi, l’ensemble urbain était perçu comme la somme de trois parties, de trois quartiers divisés par les deux bras de la Seine. Par rapport a la forme même de la ville, Jean Boutier propose dans un étude de la production cartographique de Paris un nom particulier pour les plans crées à partir de ce plan premier: “la ville circulaire”, puisque les enceintes de Philippe Auguste (rive gauche) et de Charles V (rive droite) dessinent un cerce dissymétrique mais “symbolique”, avec la Seine comme axe vertical 10 . Même si ces murailles ne figurent pas de la même manière (quelque fois elles ne figurent pas du tout) dans tous les plans de cette “famille”, ils partagent tous la même représentation (exagérée plus ou moins dans chaque cas) circulaire de la ville; puisque même si ces représentations étaient évidemment basées sur la géométrie réelle de la vile à ce moment de l’histoire, on trouve aussi une volonté de simplicité et perfection dans l’organisation et la morphologie de la ville. On confirme aussi que tous ces plans partagent une représentation “à vue d’oiseau” où paradoxalement on retrouve une projection quasiment verticale (angle de 90 degrés) ce qui permet de conserver dans le fond topographique les vraies dimensions, mais le bâti est représenté avec un angle plus oblique pour montrer les volumes et les façades 11 . On se concentrera plus tard sur l’importance des différents points de vue dans la production cartographique parisienne, mais pour l’instant on veut juste noter comment ces

plans partagent aussi la même manière d’aborder la ville.

Pourtant, on peut affirmer que les premiers plans de Paris dont on connait l’existence ne sont pas venus créer la ville,

mais plutôt la représenter telle qu’elle était et, probablement encore plus, telle qu’on la voulait au XVI ème siècle. Ces plans, comme le feront ceux produits dans les siècles suivants, expriment la cosmogonie, la perception qu’on possédait de Paris à un moment donné, une volonté sociale et gouvernementale: une fois qu’on représente quelque chose sur la carte on accepte son existence, on lui donne une

place dans la ville.

Comme on viens de mentionner, dans le développement historique de la cartographie (parisienne ou pas) on reconnait une transformation fondamentale dans la manière de représenter le territoire,

notamment les villes et villages: l’adoption

d’un point de vue zénithale, représentant

l’emprise géométrique et mesuré des masses bâtis, en lieu de la “vue d’oiseau”

qui était la norme. On suit ici la réflexion menée par Nicolas Verdier dans son article “Cartes et paysages: tenter la médiation au

XVIII ème siècle. La question de paysages en

plan et perspective”, paru en 2010 dans le numéro de Les Carnets du Paysage

intitulé Cartographies 12 . Même si dans ce

cas l’auteur ne se concentre pas

spécifiquement sur le cas de la ville de Paris, on peut parfaitement extrapoler sa démarche et l’encadrer dans notre thématique, puisqu’il traite la transformation que la production des cartes a expérimenté a niveau nationale, étant comprise, évidement, la ville capitale.

Cette transformation, naturellement, n’a pas eu lieu de manière immédiate, elle a impliqué plutôt l’apparition de certaines

10 BOUTIER, 1995, p. 107-120 apud PINON, LE BOUDEC, 2004, p 17.

11 PINON, LE BOUDEC, 2004, p. 13.

12 VERDIER, 2010.

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cartes révolutionnaires isolées spatial et temporairement, qui partageaient une nouvelle méthode de dessin, elle aussi assujettie a nombreuses variations. Néanmoins, on peut situer le climax de ce processus de transformation dans le

XVIII ème siècle, motivé principalement par

la spécification des plans de cadastre.

Verdier reconnait d’abord le rôle essentiel des plans terriers, ancêtres directes du plan du cadastre qui serait développe par la suite. Produits a une échelle locale, ces plans mettaient en place une véritable juxtaposition des éléments appartenant tant à la figuration comme à la représentation. À travers l’évolution de ces différents plans l’auteur reconnait deux transformations notables dans la production cartographique de l’époque: Premièrement un passage de la manifestation sur les plans de l’activité productive mené dans un endroit particulier à la recension des surfaces rendues comparables par une échelle géométrique. En relation à cette première transformation on peut facilement noter le cas des cartes qui nous

intéressent particulièrement, les cartes des villes. De la même manière que dans les plans terriers, les plans de villes ont expérimentée une évolution notable: La représentation des bâtiments en façade selon ses proportions apparentes en fonction d’une certaine centralité sociale, en se focalisait sur les cathédrales, les palais, les jardins et autres endroits chargés d’un symbolisme politique ou religieux, c’est décliné peu à peu vers une représentation de la ville régie par la géométrie, dans laquelle les inscriptions écrites et la centralité du plan sont venus porter l’importance symbolique et sociale

d’un endroit particulier dans la ville. La

deuxième évolution notable identifiée par Verdier se situe en relation directe avec la première, et elle concerne les objets

13 VERDIER, 2010.

14 GINET 1782 p. 6 apud VERDIER, 2010.

15 GARDETTE (de la), 1803 apud VERDIER, 2010.

6

représentés en élévation, puisque d’une présence homogène sur la carte on est passé progressivement a une mise en périphérie de ces éléments, donnant place à l'imposition d’une triangulation exhaustive de la ville 13 . Il convient de se concentrer sur ces points remarquables du paysage, puisque à nos jours, comme on discutera plus tard, ces éléments continuent à ancrer la carte urbaine, ils contribuent a parcourir la distance entre la ville réelle et la ville représenté. Dans les plans terriers étudies par l’auteur, on situe dans cette catégorie une multitude de bâtiments et situations géographiques qui échappent l'homogénéité:

églises, moulins, calvaires, châteaux, arbres, rochers… Ces éléments figuratifs vont se confronter avec la nouvelle méthode, plus précise, qui était en train de s’imposer dans la production des cartes, évolution impulsée aussi par la publication de nombreux traités, notamment entre les 1720 et 1790. On relève de cette période l’ouvrage de Ginet paru en 1780 et intitulé Nouveau manuel de l’arpenteur qui établissait que tout les éléments du plan devaient être représentés en fonction de leur emprise au sol. Les “masses des maisons”, précise-t-il, seront dessinées “suivant le plan des combles” 14 . Pour définir proprement le concept des “plans des combles” on est forcé à se référer à une autre ouvrage plus tardive de Claude Mathieu de la Gardette mentionné aussi par Verdier, intitulé Nouvelles règles pour la pratique du dessin, et du lavis de l'architecture civile et militaire et paru en 1803. On y apprend que “Le plan des combles représente un bâtiment vu par dessus, sans supposer qu'on en ait rien enlevé ; de manière qu'on y voit les cours, les combles, les murs de clôture, les terrasses, les murs d'appui, les cheminées…” 15 . Verdier reconnais ici le moment d'installation de la représentation planimétrique classique qui

nous est actuellement habituelle. Ainsi, si bien que les cartes des terriers ont adopté progressivement cette nouvelle méthode, les points remarquables représentés en élévation ont continué a se manifester sur les cartes, puisque l’apparition sur les nouvelles cartes de ces objets immédiatement reconnaissables rendrait acceptable cette nouvelle figure de la terre 16 .

Il est alors pertinent de noter comment cette méthode d'ancrage de la carte a trouvé son chemin à travers l’histoire. On peut citer à ce propos l’ouvrage de Louis Nicolas de Lespinasse publié en 1801 intitulé Traité du lavis des plans, appliqué principalement aux reconnaissances militaires. Ouvrage fondé sur les Principes de l'Art qui a pour objet l'Imitation de la Nature, et où l'on enseigne à rendre, avec toute l'exactitude possible, sur de grandes échelles, un Terrain quelconque. L’auteur s’est dédié a la recherche de la méthode de représentation

juste qui concilierait le paysage et le plan 17 . De cette démarche on relève la citation suivante: "On distingue deux manières de représenter les objets, ou géométralement, ou perspectivement. Avec la première, on a la proportion réelle des choses ; avec la seconde, on a leur apparence" (p.41). La méthode géométrale -entendons ici celle de la carte façon Cassini- "exprime les objets en plan très- arbitraire, et d'un idéal entièrement dénué des principes d'imitation" (p. 41). Or, "contradictoirement à ses préceptes, elle tolère et admet des arbres, des rochers, et autres objets en

On se demande pourquoi

ces contradictions entre la convention et l'exécution, pourquoi l'une suppose le géométral, tandis que l'autre y déroge, en créant même l'impossible ? " (p. 47). 18

Ainsi, on peut affirmer que la tension générée par la confrontation entre la représentation en élévation de quelques éléments sur la carte et la rigueur

élévation [

].

16 VERDIER, 2010.

17 VERDIER, 2010.

18 LESPINASSE (de), 1801.

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géométrique observé pour le reste du dessin a donné lieu à diverses cartes ou on cherche à créer ce balance juste entre figuration et représentation.

Cette confrontation s’est continuée à travers les siècles, et on se permette de centrer la réflexion, dans l'intérêt de cet article, sur le cas des cartes parisiennes. Est-ce qu’on trouve dans les cartes de Paris ce changement du point de vue? Et encore, est-ce qu’on peut identifier dans les cartes historiques et actuels ces points remarquables qui nous rappellent que l’ensemble des figures géométriques et taches de couleur que s'étale dans le papier qu’on contemple représente en fait la ville de Paris?

En ce qui concerne les cartes actuels, on veut noter le cas des cartes de la RATP

affichées dans les stations de métro et les arrêts de bus ou figurent les différentes moyens de transport ainsi comme les rues plus importantes de la ville. Dans ces cartes on trouve dix points remarquables,

dix monuments (comment peut on appeler

sinon ces dix éléments signalés dans tous les stations du métro aux parisiens et

touristes qui l’empruntent) qui se situent sur la carte et ancrent la représentation géométrique de la ville: L’Eglise du Sacre Coeur, L’Arc du Triomphe, L’Opéra Garnier, le Centre Georges Pompidou, La Cathédrale de Notre Dame de Paris, La Pyramide du Louvre, Les Invalides, La Tour de Montparnasse et la Bibliothèque François Mitterand. On serait tenté de penser que ce choix dépends uniquement de l’hauteur de ces structures, néanmoins la pyramide du Louvre viens introduire l’exception à la règle; il est aussi impossible d’affirmer que ceci a un fondement politique, puisque cette logique exclue Notre Dame, Sacre Coeur et la Tour

de Montparnasse. Ainsi, on est incliné

plutôt à affirmer que ce choix trouve ses origines vraiment dans une recherche des

bâtiments qui permettent de se repérer à Paris. Ils sont les équivalents des moulins et des églises qu’on trouvait sur les plans terriers du XVIII ème siècle.

On peut trouver des cas similaires de représentations des monuments notables à Paris dans les diverses cartes touristiques, on est tenté même de faire un comparaison des différentes méthodes de représentation et des monuments représentés à partir d’un corpus des cartes touristiques de la ville, mais cette démarche échappe le domaine de cet article.

Néanmoins, on peut affirmer que même si on retrouve encore actuellement ces points d'intérêt représentés en élévation sur diverses cartes actuelles et historiques, au moment où les expériences du vol vont se multiplier, la proposition de remplacement de la carte ou du plan par une vue à vol d'oiseau se trouve disqualifiée, elle deviens quelque chose de beaucoup plus anecdotique, picturale, que scientifique.

de beaucoup plus anecdotique, picturale, que scientifique. Figure 2 .- Détaille des monuments en vue d’oiseau

Figure 2 .- Détaille des monuments en vue d’oiseau sur la carte des bus de la RATP.

Lever une carte, comme on a déjà dit, est une entreprise très lourde qu’implique un effort économique et technique considérable. Quels sont alors les motifs pour lesquels on créait (et crée encore) ces représentations? À ce propos Pinon et Le Boudec reconnaissent d’abord que ces raisons ne sont pas toujours précises ni

19 PINON, LE BOUDEC, 2004, p.9.

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explicites, et que même si elles le sont, une fois le plan fini est diffusé, il peut être employé des manières différentes qui s’opposent même aux objectifs visés par ses créateurs 19 . Ainsi, sans importer quelle soit la raison pour le levé et la diffusion d’un plan (comme cadeaux pour un roi, pour faire un portrait de la ville, pour

définir les taux d’un impôt, pour dessiner un futur aménagement dans la ville) il est indéniable qu’un plan contiens en lui même un pouvoir important: il révèle a ce qui le regard la structure et la forme d’une ville, d’un territoire, d’une frontière, il permet de voir et maîtriser une portion de la terre que normalement échappe au regard humain.

À propos de cette autorité, ce pouvoir inhérent à la carte Jacob écrit le suivant:

“La carte bénéficie d’une présomption de réalité, car elle véhicule une image du monde, un savoir sur le monde socialement constitués, validés par un consensus et une tradition, l’usage répandu, le statut institutionnel de ses producteurs, et peut-être aussi le prestige de ses commanditaires ou de ses dédicataires: le roi, l’Église, les auteurs anciens, l’État, les grands organisme scientifiques. La carte est ainsi indissociable d’un contexte politique, où s’affirment des pouvoirs divers, scientifiques, religieux, séculiers, sociaux” 20 . De plus, l’auteur affirme que l’autorité d’une carte ne dépends pas de son caractère véridique ou erroné, puisque pour l’usager ordinaire qui ne connait pas le territoire représenté, il est impossible de différencier ce qui existe dans la réalité et ce qui est enlevé ou additionné 21 dans le dessin. Pour illustrer cet argument on reprends le même exemple cité par Jacob dans son ouvrage 22 :

Quand on comparait le plan officiel du Moscou et la carte de la C.I.A. pour la même zone, on remarquait l’occultation de l'îlot où se trouvait la K.G.B. On peut donc modifier une carte à volonté sans qu’un usager inexpert remarque le changement, on peux mentir avec la carte, elle peut dire ce qu’on veut qu’elle dise.

On serait donc tenté de se dédier à faire un analyse général du pouvoir de la

20 JACOB, 1992, p. 351.

21 Idem, p. 352.

22 Idem.

23 PINON, LE BOUDEC, 2004, p. 10.

9

carte dans l’histoire, mais étant donné qu’on se concentre dans cet article sur le cas de la ville de Paris il est plus adéquat d’étudier comment certaines types de cartes produits pour la capitale française ont impliqué (et impliquent à nos jours) des enjeux de pouvoir.

Ainsi, on considère d’abord le processus même du relevé et les acteurs q’y apparaissent dans le cas de cette ville. Les commandes officielles ont dominé les premiers temps de la cartographie de Paris, étant donné leur lourdeur 23 . Seulement les autorités principales possédaient les moyens pour financer ces démarches. Cela n'empêchait pas néanmoins le fait que, comme on a déjà expliqué, plusieurs plans différents pouvaient être dessinés à partir du même relevé. On reconnais donc comment ces enjeux de pouvoir apparaissent même avant la création de la carte, au moment de la conception et la commande. La cartographie est assujettie aux intérêts économiques et politiques et il résulte impossible de l’en détacher.

Ensuite, il faut signaler qu’avant de l’apparition des premières cartes de Paris dont on a déjà parle qui représentaient la totalité de la ville, on a commencé à dessiner des plans des zones et quartiers spécifiques pour un propos qu’impliquait lui aussi des enjeux de pouvoir et autorité considérables: les plans fonciers. Ces plans, figurant les limites de propriété ou de juridiction qui étaient discutés pour un endroit particulier, étaient levés afin d’être employés dans un procès légal. Ils témoignent (puisqu’on a jamais arrêté de les utiliser) donc les limites invisibles et imaginaires que la société accord pour organiser et diviser la ville. Ici la représentation dépasse la réalité: les lignes qui conforment le parcellaire d’une ville

n’existent pas sur le terrain, elles apparaissent juste une fois que la carte est dessinée. Fréquentement c’est autour de la position exacte de ces limites que la polémique et même les confrontations entre groupes sociales apparaisse, puisque les conventions et accords que les ont fixés peuvent toujours être motif de discussion. On retrouve aussi dans cette catégorie les plans des censives (postérieurs puisqu’ils apparaissent au milieu du XVI ème siècle) utilisés pour calculer avec exactitude l’assiette d’un impôt. Ces plans viennent donc imposer un ordre économique qui était fondamental pour le fonctionnement et la solvabilité du royaume.

Autre aspect important de la production cartographique parisienne est le faite que, comme dans des autres villes, dans nombreux cas les bâtiments publiques et les églises sont représentés de manière différente au reste du bâti. Cette distinction est inhérente aux vues cavalières, où les monuments étaient dessinés plus soigneusement et avec beaucoup plus de détaille que le reste des maisons, de sorte qu’ils étaient reconnaissables; mais on pourra encore l’observer avec les plans géométraux 24 . Quelque fois les monuments sont représentés juste avec une couleur différente du reste des maisons, ou sinon ils sont représentés à partir de leurs plans coupés, à la manière qu’on appellerait après “à la Nolli” à cause du plan de Rome que publie Giovanni- Battista Nolli en 1748, même si on observe cette même technique dans le plan de l’abbé Delagrive crée avant, en 1728 25 . Ainsi, cette persistance de la distinction entre public et privé qu’on observe même à nos jours (pensons aux monuments représentés en perspectif sur les cartes de la RATP dont on a déjà parlé) nous démontre comment les cartes sont assujetties aux enjeux de pouvoir

24 Idem, p 16.

25 Idem.

26 PINON, LE BOUDEC, 2004, p. 80.

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politique: les créateur de chaque carte s'intéressent a centrer l’attention de l’usager sur certaines points spécifiques; la “transparence” et le regard particulier de chaque carte sur la ville est indissociable des intérêts particuliers de ses producteurs.

Finalement, on va se permettre de se concentrer sur une représentation spécifique de Paris qui sert bien à exemplifier les implications du pouvoir qu’on peut retrouver dans une production cartographique: Le Plan Verniquet. Un de plus célèbres de l’histoire de Paris, ce plan est notable d’abord à cause de son exactitude. Édite au 1/1800, il représente les rues et les bâtiments publiques de Paris à la veille de la Révolution. Les vrais édifices publiques sont donc représentés en poché noir qui contraste avec les îlots blancs à l’intérieur et entourés d’un trait fin qui structurent les rues. Ce plan était dessiné avec l’objectif de bien représenter les espaces publiques, qui intéressaient beaucoup aux acteurs du pouvoir public à ce moment. Cependant, depuis sa diffusion il était utilisé comme un “fond plan” pour la création des nouveaux projets. La première feuille gravée (le quartier de Tuileries, en 1793) a servi comme base pour le concours organisé par la Convention pour lotir la Terrasse des Feuillants, qui deviendrai après la Rue de Rivoli. Au moment même de la création du cadastre, dit “Napoléonien” en 1807, il sera essentiel pour la réalisation de cette nouvelle démarche cartographique 26 . Il est aussi intéressant de s’arrêter sur le financement du relevé du plan, puisque en 1775 à partir d’un intérêt personnel, Verniquet commença à lever un plan des rues de Paris. Postérieurement, il profitera de la Déclaration royale d’avril 1783 sur l’alignement des rues pour proposer et, en 1785, obtenir une commande royale à travers laquelle il s'engageait à lever un

plan détaillé et exact de la ville. Pour répondre à cette exigence il s’est servi d’une armée d'ingénieurs pour lever l’ensemble de rues mais aussi les plans des monuments publics. Le plan fut gravé dans son “état final” entre 1793 et 1799 27 . Ces faits viennent démontrer alors les divers implications et relations de pouvoir dont on parlait: On retrouve d’abord l’origine même de la commande qui se transforme d’une volonté particulier dans une entreprise du Royaume, suit à la publication d’une Déclaration royale. Ensuite, le code de représentation qu’on utilise: Comment va- t-on dessiner les monuments publiques? Quelle hiérarchie va-t-on leur conférer sur la surface de la carte? Dans ce cas, seulement les bâtiments “notables” trouvent une place sur la carte: le reste du tissu urbain se cache dans la même couleur du papier, il n’est pas figé, on s'intéresse seulement à son contour et non pas à son contenu, a ses qualités. Finalement, on note comment les enjeux de pouvoir suscités par une carte échappent toute

anticipation possible, puisque une carte qui répondait à l’intérêt des autorités royales sur les espaces publiques de la ville fut employé, une fois la monarchie s’est effondré, pour répondre à la volonté de la Convention qui s’est instaurée.

Revenons donc une dernière fois au discours de Jacob à ce propos: “La terre, par la cartographie, passe du statut de notion informe à celui d’espace visible et descriptible” 28 . La carte rends le terrain (la ville), maitrisable, en constate la précaution avec laquelle les gouvernements gardent les cartes “trop” exactes de leur territoire, où les photographies satellite qui sont “censurés” encore de nos jours. L'autorité et le pouvoir contenus dans une carte ne peuvent pas être mesurés ou déterminés ni par ses créateurs ni par ses éventuels usagers: Seulement la dérive de chaque produit cartographique à travers l’histoire démontrera les véritables implications de cette mise-en-évidence pour une certaine partie de la terre, de Paris.

pour une certaine partie de la terre, de Paris. Figure 3 .- Le Louvre sur le

Figure 3 .- Le Louvre sur le plan Verniquet.

27 Idem.

28 JACOB, 1992, p. 351.

11

Après avoir étudié la relation historique

de la ville de Paris avec sa représentation

cartographique, il est convenant de réfléchir autour de quelques changements tout à fait relevants qui ont eu lieu récemment dans ce domaine et qui ont transformé profondément la compréhension qu’on a du territoire et de la ville à travers la carte.

A ce propos on se permet encore de répéter le discours de Jacob, qui identifie la carte comme ce dispositif qui montre ce que nul oeil peut voir 29 , référence direct à Ptolémée, qui établissait que la carte nous montre des choses que nous ne pouvons pas voir 30 . Encore, Jacob nous dit que “la carte est tout simplement une construction, dans le cas de la représentation d’un espace qui se refuse au regard et ne permet donc pas de le déstructurer avant le recomposer. Tel est le cas de la représentation d’un pays ou de la terre entière” 31 . Cependant, Verdier identifie le moment où cette impossibilité va être dépassé: “C'est l’expérience du vol, finalement récente dans le monde occidental, qui brise cette règle” 32 .

Avant d’analyser les dispositifs

techniques qui ont permis ce changement

de paradigmes, on va encore se concentrer

sur la réflexion que Jacob dédie à cet aspect ingérable pour l’oeil humain de la

réalité (le terrain, la ville de Paris) qui est cartographiée. Il écrit que “L’espace terrestre, comme réalité visible et pensable, ne préexiste pas à sa carte: celle-

ci le crée et l'assujettit à l’ordre d’une

spéculation idéale (le monde tel qu’il pourrait ou devrait être) ou à une chaine analogique de calculs et d’observations partiels. Le monde, sans la carte, n’a pas de

29 JACOB, 1992, p. 15.

30 PTOLÉMÉE apud VERDIER, 2010, p 13.

31 JACOB, 1992, p. 51.

32 VERDIER, 2013, p. 13.

33 JACOB, 1992, pp. 50-51.

34 Idem, p. 350.

12

contour, pas de limite ni de forme ni de dimension” 33 . C’est à partir de cette réflexion qu’il écrit plus tard “En l’absence de toute possibilité de vérification empirique, du moins avant l’apparition de la photographie par satellite, la carte repose sur un consensus collectif et sur une adhésion individuelle qui en fondent la validité, l’exactitude, à défaut d’en mesurer la ressemblance par rapport à un référent inaccessible” 34 . Ainsi, il faut signaler que même si aujourd’hui on peut accéder immédiatement à l’ensemble des photographies satellite de la terre, la France et la ville de Paris une centaine d’années avant on possédait pas les moyens techniques pour voir la terre depuis l’air mais cela n'empêchait pas le fait qu’on connaissait sa figure, ses limites, ses caractéristiques: celui-ci est précisément le rôle fondamental, dans ses origines, de la cartographie: elle rends la terre visible. Il n’est pas que très récemment, avec l’apparition des photographies satellite, qu’on a pu confronter les cartes déjà existantes, la figure accepté par le consensus collectif mentionné par Jacob, avec le terrain et la ville réel. On a pu finalement réaliser une observation empirique du monde.

Si on se concentre sur le développement des outils techniques, antérieurs à l’apparition de la photographie satellite, il est convenant de mentionner les premières photos ariennes, spécialement parce qu’elles montraient la ville de Paris. La première photographie aérienne de l’histoire est réalisée par Félix Tournachon, dit Nadar (né en 1820) le matin du 23 octobre 1858, grâce à un ballon captif pour lequel il dépose un brevet. Après plusieurs essais, il arrive finalement a faire une prise

de vue de qualité. Cette photographie montre la zone du Petit Clamart, en région Parisienne. C’était la première fois qu’on voyait le tissu de la ville qui avait été représenté sur les cartes depuis plusieurs siècles. Pendant une cinquantaine d’années les photographies aériennes ont gardé ce caractère plutôt anecdotique, utilisant des divers méthodes techniques. Ce n’est pas que pendant la Première Guerre Mondiale que la photographie aérienne va expérimenter un développement considérable: des avions de reconnaissance volaient sur les positions ennemies pour registrer la localisation et le mouvement des troupes avec des caméras ordinaires montées sur des avions. À partir de ces photographies, il était possible d’observer la position et la puissance des forces ennemies. On remarque comment la photographie à été associé a l'expérience et l'évolution du vol depuis ces origines historiques.

et l'évolution du vol depuis ces origines historiques. Figure 4 .- Première photographie aérienne réalisé par

Figure 4 .- Première photographie aérienne réalisé par Nadar en 1858.

On n’est pas intéressé ici à faire un rapport détaillé de l'évolution de la photographie aérienne, et on se contentera en disant que le développent ultérieur des satellites est venu multiplier d’une manière exponentielle la quantité et la qualité de photographies si bien que l'étendu de la surface de la terre photographié.

35 BESSE, 2010, pp. 6-7.

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On peut comprendre alors que le développement de ces techniques ailé suscité une polémique considérable dans le milieu cartographique, et même si on serait incliné d’abord à affirmer que la photographie satellite constitue une représentation plus exact de la réalité géographique, il est vrai qu’elle n’implique plus le processus de déconstruction, rationalisation et reconstruction de la réalité inhérent à la mise en place d’une carte: mis-à-part le cadrage, la photographie satellite n’implique aucun choix. En tout représentant, on ne dit plus rien. On cherche pas à affirmer que les photographies satellites sont inutiles, cela serait ridicule, mais plutôt à noter qu’elles ne peuvent pas remplacer les cartes dans la totalité de ses fonctionnes.

À la fois, la carte occulte la réalité au même temps qu’elle l’explique: “Il n’y a d'identité que partielle entre l’espace réel et la carte, celle-ci offre un espace idéal et repensé. La perte d’information consécutive à la schématisation et à la miniaturisation est compensée par un gain symbolique et intellectuel” 35 . À ce propos on s’appui sur le travail de Jean Marc Besse qui nous dit que “La carte est désormais considérée moins comme une image transparente des réalités territoriales que comme un discours plus ou moins opaque à leur sujet, un discours dans lequel s’insèrent et s’expriment des enjeux de pouvoir politique, économique, culturel, et où ce qui se reflète en tout cas est moins le territoire lui même que l’interprétation qui est faite par un groupe social ou un groupe d’acteurs, en fonction de leurs représentations, de leurs intérêts et de leurs projets” 36 .

Ainsi, on peut s’interroger: que nous montre-elle une photo satellite actuelle de Paris? et une carte? Comme on avait déjà dit, le fait que la première nous montre tout, toutes les arbres, toutes les rues, toutes les couleurs réelles rends la photographie presque illisible, le choix de

la représentation n’est plus présent. On ne perçoit pas de manière immédiate la limite entre les rues, les trottoirs et les îlots, on a du mal pour lire la structure de la ville, pour l'assimiler. Au contraire, une carte de Paris suit un certain code de représentation plus ou moins spécifique, elle porte la toponymie nécessaire pour se repérer dans

la ville, elle la rends visible et compréhensible. On pourrait considérer encore ces types de cartes qui superposent aux photographies satellite la toponymie et la structure d’une carte conventionnelle, de sorte qu’on retrouve une surcharge planimétrique qui empêche une lecture rapide et efficace de la carte.

qui empêche une lecture rapide et efficace de la carte. Figure 5 .- Paris sur Google

Figure 5 .- Paris sur Google Maps, carte conventionnelle versus photo satellite.

Si on observe les images ci-dessus, on peut confirmer que même si la photo satellite nous montre l’aspect réel de la ville, elle ne nous permet pas de lire sa structure avec la même clarté que la carte à gauche. Les différentes couleurs, la toponymie, les codes de représentation cartographique conforment un ensemble des outils qui facilitent la compréhension du tissu urbain. Alors, on peut affirmer que l’utilité d’une photographie satellite se trouve dans un domaine qui diffère de celui de la carte, elle nous permet d’observer à détaille le territoire, la ville, de rendre la carte plus spécifique, mais elle ne peut pas la substituer dans son rôle d'interprète de la réalité, elle permette de mieux observer la réalité, mais elle n’en sera jamais une représentation réfléchie.

37 JACOB, 1992, p. 428.

14

Si les photographies satellite ont mis en question le rapport entre les cartes et le terrain réel, un autre outil technique développé récemment est venu révolutionner la manière dans laquelle on lit la carte, comment on se situe sur elle: Le système de géolocalisation GPS. Jacob, dans son ouvrage L’Empire des Cartes, ne réfléchi pas sur ce outil technique, mais sur l’importance de se situer sur la carte. Il dit que “La première question que l’on pose à une carte est peut-être: “Où suis-je?”. Il est essentiel de définir d’emblée ce repère fondamental, ce point d’ancrage et d’origine, garant de l’identité du sujet, référence centrale par rapport à laquelle tout l’espace alentour va s’organiser” 37 . Ensuite il affirme que “la carte peut me

montrer mon lieu d’ancrage dans l’espace, référence stable qui fonde mon identité. Ce repère essentiel n’apparait que dans la distance minimale, mais irréductible, instaurée par la représentation. Ce n’est que dans le regard sur l’image, et donc sur un lieu où je ne suis pas, qu’il est possible de prendre conscience de ma position”. 38 . Ainsi, on peut confirmer l’importance d’être capable de se localiser sur la carte, puisque on s’inscrit au même temps sur le terrain réel. Il faut d’abord noter que certains types de terrain font appel aux capacités et habilités spécifiques: Il est très diffèrent de se repérer sur une carte “d’état major” où on possède pas des signes univoques, lorsqu’il faut adopter une démarche métonymique, pour construire cette homogénéité entre l’espace réel et son image 39 ; et de se repérer dans une ville: “Ce n’est, en effet, qu’en présence d’un plan urbain que le déictique “ici” renvoie à la position du corps de l’énonciateur dans l’espace” 40 . La structure de la ville, avec ses places, ses rues, ses boulevards, ses avenues, ses îlots, ses trottoirs, organise l’espace, crée un système qui permet aux citadins de se transporter et de se repérer dans la ville. La phrase “Je suis ici” prends une signification plus réelle quand on peux la nommer où lui donner une adresse: “Je suis ici au 8 Rue Bonaparte” ou bien “Je suis ici dans la coin sud-ouest de la Place de la Concorde”.

Comment a-t-il révolutionné alors le sujet de la localisation de soi même sur la carte le développement des nouvelles technologies? Ouvert aux applications civiles à partir du milieu des années 1990, le GPS était développé d’abord comme une technologie militaire. En 1968 le Pentagone

38 JACOB, 1992, p. 431.

39 Idem.

40 Idem, p. 432.

41 DOMINGUEZ, 2005.

42 DESBOIS, 2012, p. 2.

15

planifie un système de géolocalisation à partir d’une constellation de satellites qui orbiteraient la terre et qui pourraient fournir la position d’un point sur la planète dans tout moment à partir d’une opération de triangulation réalisé grâce aux satellites. Ainsi, le système appelé à l’origine NAV.S.T.A.R.-G.P.S. (Navigation System Time and Ranging - Global Positioning System), puis réduit juste à G.P.S. était conçu, financé et développé depuis 1973 par le Département de la Défense des États-Unis comme un système d’usage strictement militaire. Le premier satellite de la constellation a été mis en orbite en 1978, et l’ensemble du système a été déclaré opérationnel en 1995, avec un ensemble de 28 satellites en orbite 41 . Le système fonctionne alors à travers un récepteur qui capte les signales constantes émis pars quatre ou plus satellites et à partir du délai de réception des signales établit sa position sur la planète.

Cela veux dire qu’à partir l’ouverture du GPS pour l’utilisation civile on peut, avec un récepteur, connaitre immédiat et constentement où on est sur le terrain et pourtant sur la carte. Nos parcours, deviennent lignes tracés sur l’écran qui affiche la carte. A ce propos on s’appui sur un article écrit par Henri Desbois, où il étude la transformation récente expérimenté par la cartographie et la géographie. Avec le GPS, il écrit, “Il devient facile de mettre à jour ou d’annoter la cartographie directement sur le terrain, de suivre en temps réel un itinéraire, ou de concevoir des systèmes de navigation simples d’emploi” 42 .

Évidemment cette localisation en temps réelle échappe tous les supports cartographiques analogiques, elle peut se

déployer uniquement sur les supports numériques. Et, naturellement, “le développement de la géographie numérique, et plus encore sa visibilité auprès du grand public, a surtout bénéficié des évolutions de l’Internet […] Mais c’est surtout avec le développement récent des applications de visualisation en ligne de données géographiques comme Google Earth ou Google Maps, et de la généralisation de l’intégration de ces applications dans les pages web, par exemple pour la recherche d’adresses ou pour la localisation du lectorat d’un forum, que la géographie numérique a réellement investi la toile” 43 . Si on se concentre sur le cas de Paris, on peut confirmer comment la géolocalisation est rentrée dans la vie quotidienne de ceux q’y habitent. En coordination constante avec l’Internet, on trouve plusieurs logiciels et applications pour les téléphones portables qui permettent a l’usager de se localiser dans la ville, on dirait même que ces systèmes numériques sont venus remplacer les cartes physiques que les parisiens emmènent avec eux pour trouver une rue, une adresse, pour fixer une rendez-vous. Seuls les touristes et les gens plus âgées paraissent encore fidèles aux cartes en papier que depuis milleniums ont aidé a l’homme à trouver son chemin, sa position sur la terre, dans la ville.

La carte, qui était avant neutre, est maintenant sujet à l’appropriation de chaque usager. Où on aurait dessiné un cercle sur une carte ancienne pour marquer notre maison, notre bureau, notre destination, on observe aujourd’hui un petit point sur l’écran qui montre nos endroits “favoris”, ou bien un point qui se déplace sur la carte, en suivant nos pas. Andrea Urlberger a écrit un article qu’on discutera plus tard autour des démarches artistiques actuelles qui traitent la carte, pour l’instant on note juste la remarque

43 DESBOIS, 2012, p. 3.

44 URLBERGER, 2010, p. 75.

45 BESSE, 2010, p. 8.

qu’elle fait en référence à la géolocalisation dans le monde actuel: “Le GPS a de cette manière une portée autre que d’être une simple commodité qui évite d’avoir a se repérer sur une carte numérique. Ce dispositif peut changer les représentation et en conséquence les cartographies territoriales en se glissant au plus près de notre corps” 44 . Tout cela viens accentuer encore le risque de confondre le territoire, la ville, la réalité, avec la représentation. “Qu’est-ce que distingue une carte d’une simple fiction, ou plutôt qu’est-ce qui garantit son utilisateur qu’on est pas en train de le conduire dans un autre monde?” 45 . Dans nos trajets dans la ville on prends le risque de confondre la carte avec la réalité, de ne pas détacher notre regard de l’écran qui affiche notre position, en suivant de manière obsessionnel le point qui nous représente pour arrêter de voir les rues qu’on suive, les places qu’on traverse.

De la même manière, l’influence du GPS se manifesté dans des domaines très variés, et souvent en relation très direct avec l’Internet, tel est le cas des réseaux sociales qui commencent a incorporer des données de géolocalisation dans leur interface (Facebook, Twitter) ou qui sont même basés complètement sur l’idée de partager avec certains contactes notre localisation accompagné par un commentaire en décrivant ce qu’on fait dans cet endroit particulier (Foursquare), cela nous fait penser à une attitude presque exhibitionniste.

nous fait penser à une attitude presque exhibitionniste. Figure 6 .- Foursquare, un réseaux sociale basé

Figure 6 .- Foursquare, un réseaux sociale basé sur le fait de partager notre localisation sur la planète.

À

la

fois,

une

énorme

controverse

est

surgie

autour

du

caractère

privée

des

16

données de géolocalisation, surtout par le fait que certaines entreprises étaient en

train de stocker les donnés de ses usagers,

à tel point que très récemment le groupe

de travail G29, l'instance européenne en

charge de la protection des données et de la vie privée a décidé de mettre en place une nouvelle réglementation, cette remise

à plat passera par une harmonisation entre

les différentes autorités de contrôle, à travers la transparence, la confidentialité par défaut, le droit à l'oubli et la protection des données où qu'elles se trouvent (notamment sur des sites hébergés à l'étranger). En plus, la commission nationale de l'informatique et des libertés n'a pas attendu les travaux du groupe européen pour publier son guide des bonnes pratiques en matière de géolocalisation des smartphones 46 .

On peut donc affirmer que le GPS est venu révolutionner profondément la manière dans laquelle on lit la carte mais surtout, comment on se situe dans l’espace de représentation et pourtant dans l’espace représenté. Ce phénomène touche spécialement la cartographie des villes, où le terrain est organisé à partir des voies de hiérarchie différente qui le découpent en îlots, parcs, places… La géolocalisation permet alors de trouver une adresse de manière immédiate, elle introduit notre position sur la carte. À la fois, comme on vient de dire, cette localisation exacte et constante peut mettre en risque la vie privée de ceux qui l’utilisent. Il est nécessaire alors d’agir avec précaution, et considérer la totalité des enjeux au moment d’employer ces technologies tellement polémiques.

Il est impossible donc de considérer les images satellites, le GPS, l’Internet de manière isolée. Ils ont tous contribué ensemble a un processus de transformation de la cartographie et la géographie, ce processus que Desbois nomme comme la “transition géonumerique” 47 . Dans cette évolution il considère aussi un concept qu’on a pas encore discuté, les Systèmes d’Information Géographique (SIGs), définis comme bases de données informatisées adaptées au stockage et à la manipulation des objets géographiques 48 .

Les divers logiciels de SIG permettent d’interroger les données à la fois à partir de la localisation des objets et à partir de leurs caractéristiques, et d’afficher le résultat sous une forme cartographique. Les premiers SIGs sont apparus avant le développement de l’informatique personnelle, dès les années 1960. Ils se sont banalisés au cours des années 1980 et 1990, avec le développement des micro-ordinateurs et l’informatisation du monde du travail, tout en restant strictement cantonnés au domaine professionnel, dû au coût très élevé des logiciels et les difficultés qu’impliquait opérer avec eux. Les SIGs sont devenus omniprésents dans les fonctions de gestion et d’inventaire où ils ont systématiquement pris la place des anciens plans en papier (cadastre, plans d’urbanisme, etc.). D’une manière générale, ils servent à stocker et à organiser les informations destinées à la production de cartes. Cela permet non seulement de simplifier les opérations de mise à jour, mais aussi d’automatiser de plus en plus le processus de production des cartes 49 . Ainsi, l’ensemble du milieu cartographique s’est transformé vers une automatisation qui n’a que accéléré la création des cartes et a permit d’atteindre un niveau de détail auparavant inimaginable.

46 L’Europe veut faire de la géolocalisation une donnée personnelle http://www.numerama.com/magazine/

18787-l-europe-veut-faire-de-la-geolocalisation-une-donnee-personnelle.html [09/10/2013]

47 DESBOIS, 2012.

48 Idem, p. 2.

49 Idem.

17

Tous ces technologies ont été combinés récemment pour créer quelque chose qui a encore transformé profondément la cartographie, qui a contribué a la banaliser et l’approcher au grand public:

les terres virtuelles. Ces modèles numériques combinent des photos satellite, une quantité énorme des données cartographiques et géographiques et la possibilité d’être localisé pour créer une planète virtuelle, une Terre en miniature qu’on peux explorer et faire tourner à volonté, en s’approchant, s'éloignant, avec la possibilité même de consulter l’imagerie des villes dans nombreux pays à niveau de rue avec le système de Google Street View. Cependant, note Desbois, “cela donne une idée très faussée de l’état réel de la cartographie du monde, et même des capacités réelles de l’imagerie satellitaire en matière de renseignement et de surveillance, d’autant plus que rien n’est fait pour rappeler que les images mises en ligne sont souvent anciennes et acquises à des dates très variables d’un endroit à l’autre. Avec cette illusion de Terre sans nuages, toujours offerte à l’œil inquisiteur sous une lumière perpétuelle, il n’est pas étonnant que Google Earth suscite des réactions inquiètes de la part de gens concernés par la protection de leur vie privée” 50 . Il continue cette réflexion, et conclu que “le développement de la géographie numérique est un bouleversement trop important de nos façons de représenter le territoire pour ne pas modifier en profondeur nos conceptions de l’espace et notre façon de l’habiter. La carte n’est plus désormais un document figé, mais un monde virtuel en évolution permanente, tantôt instrument d’observation, tantôt univers à explorer. Il est facile de se laisser séduire par la magie d’un GPS de navigation ou de Google Earth. Les critiques qu’une partie de la communauté géographique universitaire a formulées au

50 DESBOIS, 2012, p. 11.

51 Idem, p. 12.

18

sujet de la géographie numérique et de ses abus ne sont pourtant pas sans fondement” 51 .

Cette banalisation de la cartographie

a suscité alors, comme on viens de

montrer, une véritable controverse, et on ne peut pas s'empêcher de se demander

comment a-t-elle influencé particulièrement

la production et le milieu cartographique

parisien. On veux s’appuyer notamment sur le cas de la maquette numérique “Paris Métropole 2020”, situé dans l’exposition permanente du Pavillon de l'Arsenal. Développé en partenariat entre Google et JCDeacaux, ce modèle virtuelle de Paris en 2D et 3D présente l’ensemble de la ville actuelle ainsi comme les zones en mutation, les nouveaux réseaux de transporte et les projets qui sont prévus ou en chantier dans la ville. Conçue pour être

actualisé et complété de manière périodique, cette maquette numérique met en place une véritable coopération des différents moyens de représentation numérique: Des images satellite, des SIGS… la réalité du Paris qu’on connais est conjugué avec le Paris qu’on planifie, qu’on rêve, avec le Paris qu’on est en train de bâtir. On retrouve ici la dimension projectuelle de la cartographie dont Jean Marc Besse parle:

“Revenons alors, pour finir, à la carte et à son rôle par rapport au projet. Mais, surtout, revenons encore une fois à cette exigence paradoxale: imaginer le réel/ mettre le réel en une image. On peut considérer que la carte, quelle qu’elle soit son échelle, est elle-même la réalisation et la proposition graphiques d’une forme, d’une structure ou d’une idée […] On peut alors s’attacher à la question de la carte comme “espace de travail” au sein duquel le paysage se construit, par l’intermédiaire

et dans la série de ses diverses figurations.

La carte joue un rôle d’anticipation diagrammatique par rapport à l’invention effective du paysage, non qu’elle le préfigure, mais plutôt qu’elle donne à

l’invention et au projet un espace de figuration, c’est-à-dire une signification spatiale saisissable” 52 . Même si le discours de Besse se concentre sur la production paysagère, on peut se permettre de l’extrapoler dans la production de la cartographie de Paris et les projets qui

s’affichent sur la maquette numérique du Pavillon de l’Arsenal. Le réel et l’imaginaire se conjuguent sur le même support cartographique pour rendre la ville du demain visible grâce aux technologies contemporaines.

du demain visible grâce aux technologies contemporaines. Figure 7 .- Maquette numérique “Paris Métropole 2020”

Figure 7 .- Maquette numérique “Paris Métropole 2020” au Pavillon de l’Arsenal.

On a traité les origines historiques de la cartographie parisienne si bien que les transformations récentes qui sont venues questionner les paradigmes de cette discipline, mais quelle est alors la véritable dimension de cet écart qui se situ, comme on a mentionné plusieurs fois, entre l’objet physique réel de la ville et sa représentation sur la carte? Quels altérations, reinterprétations ou questionnements peuvent s’y donner lieu?

Pour illustrer les réflexions qui au long de l’histoire humaine ont traité ce terrain mitoyen et fortement indéfini, on veut d’abord se concentrer sur un mouvement d’avant-garde assez tardif qui à la moitié du XX ème siècle a mené un analyse et une réflexion considérable sur

52 BESSE, 2009, p. 188.

53 GUY, 2013.

19

ce sujet, et spécialement sur le cas particulier de la ville de Paris à laquelle on s'intéresse.

Fondateur de l’Internationale Situationniste (I.S.), mouvement paru en 1957 et dissous en 1972, Guy Debord aimait les cartes et les plans 53 . Néanmoins, si on peut se permettre d’ajouter à la réflexion menée par Emmanuel Guy dans son article intitulé “Debord(er) la carte”, il aimait encore plus les villes réelles: complexes, imparfaites et portant un certain “relief psychogéographique” dont Debord se servait pour réaliser ses dérives. Mais, quoi implique-t-elle une dérive? Observons la définition donné par l’auteur lui même dans un article lors de la diffusion des démarches situationnistes: “Entre les

divers procédés situationnistes, la dérive se définit comme une technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique-constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade 54 ”. Réaliser une authentique dérive situationniste, si on suit les pas de Debord, implique alors non pas une déambulation absolument aléatoire dans les rues, mais plutôt l’ouverture de l'esprit à la perception des stimuli qu’on retrouve dans la ville, de se laisser porter par ce célèbre relief psychogéographique constitué des courants constants, des points fixes et des tourbillons 55 . L'artiste rapprochait métaphoriquement l’étude de ce relief aux phénomènes étudies par l'écologie, des systèmes entiers fondées sur nombreuses et constantes relations entre les différentes unités de l’ensemble. Même si a priori elle pourrait apparaître comme une activité évidente, en réalité la dérive dépends directement du jugement personnel de celui qui l’effectue. “Les difficultés de la dérive sont celles de la liberté 56 ”. Debord se réfère ici à la difficulté du choix, dont l’exemple idéal est donné par le défi qu’implique choisir un itinéraire, un chemin, une rue par laquelle marcher pendant une dérive. Il est toujours plus simple de suivre un une route suggérée par quelqu’un d’autre ou même par une guide touristique que de s’ouvrir chemin par soi même dans la ville.

Cependant, Debord reconnaissait le rôle essentiel du hasard dans la dérive comme un déclencheur d’interrogations et

54 DEBORD, 1956.

55 Idem.

56 DEBORD, 1956.

57 DEBORD, 1956.

58 Idem.

20

de changements, de sorte qu’il affirme qu’il résulte inutile d’errer en rase campagne étant donné que les interventions du hasard y sont plus pauvres que jamais 57 . Ainsi, la dérive possède un caractère principalement urbain, étant les villes des centres de possibilités et de significations. Si on peut se permettre de prolonger la métaphore établie par Debord entre l'écologie et les dérives, la ville est alors l’habitat naturel de l’homme.

Si la ville est alors le site idéal pour l'occurrence des dérives, on pourrait assumer que les cartes urbaines jouent aussi un rôle important dans cette démarche. Cela est confirmé par Debord, qui affirme que l’étude des cartes intervient au moment de l'exploration d’un champ spatial fixé. Il leur confère aussi une nature écologique, et reconnait que à partir des dérives effectués dans un quartier donné on pourrait ensuite rectifier ou même “améliorer” les cartes existantes 58 . Pour comprendre qu’implique-t-elle cette amélioration il faut noter les éléments qu’on devrait identifier et relever lors d’une dérive situationniste: Unités d'ambiances ainsi comme ces composantes principales et leur localisation spatiale ainsi comme les axes principaux de passage, leurs sorties et leurs défenses. Debord explique à ce propos l’existence des plaques tournantes psychogéographiques 59 . C’est à partir de cette lecture de la ville qu’on procède donc a dresser une nouvelle cartographie, combinant des vieilles cartes, des vues photographiques aériennes et les dérives expérimentales. L’objectif de ces expériences et des plans qu’en résultent est alors de diminuer d’une manière constante,

jusqu’à leur suppression complète, les marges frontières, plus ou moins étendues, qui séparent les différentes unités d'atmosphère et d’habitation dans la ville 60 .

Alors, on reconnais comment la confrontation entre la ville réel où on dérive et la ville représenté peut résulter dans une relecture et une restructuration des cartes mai surtout de l’imaginaire, du concept de la ville. La psychogéographie nous donne les outils pour montrer la ville telle qu’on la perçoit, on adapte les plans connus de pour qu’ils expriment les changements qu’on identifie dans notre parcours. Ces nouvelles cartes résultent d’une confrontation de notre perception d’un territoire qui est commun a tous ceux q’y habitent, et sont donc des objets fortement subjectifs. Chaque production psychogéographique est seulement un

exemple de l’ensemble de possibilités. Le schéma des unités d’ambiances effectué par Debord ne prétends pas d’être unique, il résulte de l’opposition de la sensibilité de l’artiste à la ville de Paris dans certaines conditions données. On pourrait effectuer une dérive dans le même quartier et produire une carte complètement différente.

Ainsi, la confrontation entre la ville et sa représentation peut être abordée d’un point de vue très personnel, en se servant de notre sensibilité, sans considérer les a priori existants sur le quartier où on dérive pour effectuer une lecture qui nous appartienne. La cartographie se présente encore une fois comme un outil essentiel pour l’habitant de la ville, qui permet de décoder et de déconstruire le terrain pour le rendre visible, et même pour le récrire, comme dans ce cas, selon notre avis.

même pour le récrire, comme dans ce cas, selon notre avis. Figure 8 .- Guide psychogéographique

Figure 8 .- Guide psychogéographique de Paris, Guy Debord.

60 Idem.

21

D’une manière similaire aux dérives effectués par Debord et les situationnistes, nombreux artistes contemporains ont orienté leur démarche vers la confrontation entre la représentation de Paris et les expériences personnelles y vécues. Pour exemplifier ce rencontre entre la cartographie et l’art contemporain on se concentrera sur le travail d’un artiste contemporain en particulier tel qu’il est décrit par Andrea Urlberger dans son article dans Les Carnets de Paysages dont on a déjà parlé 61 .

Christian Nold, pour son projet nommé BioMapping, enregistre les parcours effectués par les participants d’un workshop sur une partie d’une certaine ville. Ce ne sont donc pas des déplacements quotidiens mais une performance dont le but est la production d’un travail artistique, une cartographie des émotions à partir de la question: “Quels sont les sentiments qui apparaissent quand on parcourt un lieu?” 62 .

Réalisés à partir de 2004 dans plusieurs villes, ces projets ne se servent pas exclusivement d’un récepteur GPS qui enregistre le mouvement des participants sur le terrain, mais aussi d’un senseur Galvanic Skin Response (GSR), qui capte les donnés biométriques en testant la résistance électrique de la peau. Cette technique, très similaire de celle employé dans les détecteurs de mensonges, permet de donner une certaine mesure comparable aux différents types d'émotions que les participants éprouvent le long du parcours 63 .

Ainsi, toutes les quatre secondes les donnés biométriques et de localisation du participant sont transmises à un serveur qui les enregistre en temps réel sur une base cartographique. Une fois les participants s’arrêtent, l'ensemble de

61 URLBERGER, 2010.

62 Idem.

63 Idem.

64 NOLD, 2008.

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l’information récupérée peut être observé sur le plan: les trajets sont représentés par des lignes et les émotions sont manifestées par des points colorées avec une certaine intensité selon le ressenti. Au même temps, ces déambulations sont commentés par les “promeneurs”, qui donnent leurs impressions et l'effet que la ville a sur leur perception. Même s’il utilise des éléments techniques similaires, pour Nold le projet de BioMapping fonctionne d’une manière totalement opposée aux détecteurs des mensonge dont l’usage habituel part du principe que le corps exprime la vérité et que la parole ment; au contraire, dans ce projet artistique les participants doivent interpréter leurs données spatiales et biométriques et c’est seulement a travers de cette interprétation qu’on peut évaluer le véritable impact émotionnel d’une personne lors de son parcours dans une zone fixe.

On note ici un similitude considérable aux dérives situationnistes, a cette ouverture aux stimuli de la ville pour en tirer une nouvelle représentation, pour dessiner sur la carte notre expérience personnelle. La ville est perçu dans ces deux cas à travers le regard fort subjectif d’un ensemble de personnes qui se confronte à un terrain commun sous des conditions partagées par tous les participants. L’espace physique est hybridé avec la subjectivité du ressenti humain. Des éléments en principe flous sont dotés d’une corporalité telle qu’ils peuvent fabriquer une carte 64 .

Dans son discours, Urlberger rapproche ces expériences artistiques à la notion d’espace vécu, développée entre autres par Henri Lefebvre dans La Production de l’espace, qui permet de mieux comprendre l’urbanité actuelle de plus en plus instable

et changeante; l’espace urbaine est donc indissociable des expériences et de l’imaginaire q’y se donne lieu.

Pour mieux illustrer cette démarche, concentrons-nous sur la carte que Christian Nold produit en 2004 pour l’Est de Paris. Ce projet résulte d’un workshop avec 18 parisiens d’une durée de deux jours commissionné par la gallérie Ars Longa. Les participants ont explorée les alentours du 11 ème arrondissement équipés avec les éléments techniques qu’on a déjà

décrit. Sur la carte résultante de cette expérience, les parcours sont représentes par des lignes bleues. Les points où une émotion plus forte était expérimenté par les participantes sont représentés en rouge; cette émotion n’est forcement ni négative ni positif, et l’artiste suggère de l'interpréter comme une intensification de l’attention du participant vers le milieu urbain. Les points blancs indiquent les endroits où des commentaires ont été ajoutés pour décrire leurs impressions et sensations pendant leurs déambulations.

impressions et sensations pendant leurs déambulations. Figure 9 .- East Paris Emotion Map, Christian Nold, 2008.

Figure 9 .- East Paris Emotion Map, Christian Nold, 2008.

Sur la carte on observe l’Est de Paris pendant les après-midis d’un weekend d’avril en 2008. On perçoit la confrontation de gens, événements et lieus, et la manière dans laquelle ces éléments se tissent les uns avec les autres. Même si l'ambiance générale est plutôt calme, on distingue clairement comment les annotations et les points d’attention intense se concentrent autour de quelques pôles. Nold même fait ici un lien entre les “unités d’atmosphère” chez les situationnistes et sa propre

démarche. Juste dans le centre du plan, le pôle d'intérêt principal, près du métro Parmentier, est l’endroit où les participantes ont commencé leurs parcours. Sur la Place de la République on observe un autre pôle occasionné par une démonstration chinoise promouvant les Jeux Olympiques le dimanche, ainsi comme une démonstration Berber au même endroit le Samedi. Le Cimentier Père Lachaise et la zone commerciale sur la Rue du Faubourg du Temple sont aussi des points de

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concentration sur la carte. Mises à part ces pôles on observe une énorme variété d’événements distribués spatiallement: des matchs de soccer, des rencontres surpris avec des amis, des embrasses partagés et des belles vues sur la ville de Paris. 65

Cette représentation de la ville plutôt que comme une carte, pourrait être décrite comme un portrait émotionnel d’un quartier à un moment donné et selon un certain groupe des gens. Évidemment si on aurait effectué la même expérience avec des touristes en lieu des locales, la carte résultante aurait été très différente. Encore un fois ces interprétations de la ville dépendent absolument de la personnalité, la cosmogonie et même l’humeur de ceux qui les réalisent. Toute démarche de lecture personnelle de la ville ne peut pas échapper son caractère contextuelle, qui s’opposé à la fois a la volonté unique et totalisante de la carte “officielle”. On considère que c’est précisément à cause de cette polarité, de cette mise en tension, que l’art contemporain s’est rapproché a la production cartographique. On utilise une carte qui se veux objective et unique pour transmettre un discours unique et, sinon personnel, au moins complètement contextuel. L’art actuelle vient encore questionner les a priori qui se suscitent dans ce milieu, il met en question un outil qui, comme on a observé le long de cet article, a accompagné à l’homme depuis la fondation de la société.

Après d’avoir commenté l’histoire de la cartographie de Paris, ses transformations récentes et sa mise en opposition avec la ville réelle il faut se demander quels sont les conclusions qu’on peut en tirer; mais surtout, comment peut cette réflexion se rapprocher a notre métier: quel rapport existe entre la production architecturale et la représentation de cette ville?

65 NOLD, 2008.

On reconnait d’abord que depuis cinq cent ans la cartographie a joué un rôle fondamental dans le développement et la croissance urbaine de l'agglomération parisienne, elle a servi comme support pour les projets d'aménagement et la mise- en-place des nouvelles lois et réglementations qui sont venues organiser et structurer le tissu urbain, elle a affirmé la volonté des acteurs économiques, religieux, et politiques. Tout monument avant de se

bâtir dans la ville s’est dessiné sur la carte, seulement de cette manière les projets d’architecture qui ont été construits à Paris depuis plusieurs siècles ont pu établir d’abord une relation avec leur contexte immédiat, avec leurs parcelles voisines, avec les rues qui les cadrent et même avec

la

totalité de la ville. L’architecture, avant

de

se matérialiser doit se dessiner; ce sont

les cartes qui ont servi de fond a ses esquisses, urbains ou architecturales.

Ensuite, l’ensemble des transformations techniques qui sont apparus dans le dernier siècle et demi ont transformé la production cartographique beaucoup plus que toutes

les innovations antérieures à cette période. Finalement, grâce au développement des moyens pour la capture des photographies aériennes et ensuite à la captation d’images avec les satellites, on a pu comparer les représentations du terrain modifiées et ensuite acceptées depuis les premières cartes à l’aspect réel de notre planète. De même, la mise-en-place du système de géolocalisation GPS a permit a l’homme de se situer d’une manière immédiate et exacte sur la carte. Tout cela

a contribué a banaliser la production

cartographique, à la rendre accessible à la population. Même si la carte garde encore une autorité et un pouvoir particulier, elle n’est plus réservé au regard d’un certain groupe privilégié. Les cartes nous appartiennent maintenant à tous, et on peut tous s’en servir pour retrouver nos amies, pour tracer notre chemin, pour planifier un voyage, pour déambuler, ou même, comme on le fait actuellement à

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l’école d’architecture, pour faire du projet. Réfléchissons un moment à la commodité avec laquelle on accède immédiatement à un ensemble des cadastres, photographies aériennes et satellite au moment d’étudier le contexte d’un site sur lequel on travaille. Au moins pour les premières étapes du projet, on n’est plus obligés à relever le terrain, à faire de triangulations et des mesures. Même si très pratique, on considère que cette commodité risque d'empêcher une meilleur compréhension du terrain sur lequel nous, en tant qu’architectes, travaillons: en regardant le terrain sur nos écrans, on risque de ne plus le parcourir réellement, de ne plus réfléchir autour de nos impressions, de notre ressenti. Il faut souligner néanmoins que cette perte de perception ne dépends pas de la technologie en elle même, mais de l’usage, adéquat ou pas, qu’on lui donne.

Finalement, les diverses confrontations possibles entre ces représentations de Paris et la ville réelle introduisent une nuance personnelle et subjective dont la carte veut habituellement s'éloigner. Soit à travers de dérives qui cherchent a identifier des unités d’ambiance ou avec des exercices collectifs de confrontation émotionnelle aux quartiers qui nous sont habituels, on donne seulement une lecture de la ville,

parmi la totalité des lectures possibles. Cela ne diminue pas la valeur de cet exercice, mais plutôt souligne son caractère fortement contextuelle. On pourrait les nommer presque comme des déclinaisons d’une production cartographique validé et accepté par la société. Ces démarches artistiques résultent très utiles puisque elles mettent en question la forme “réel” de la ville, elles instaurent un portrait ressenti du territoire. En tant qu’architectes, on devrait se questionner comment ces perceptions personnelles peuvent contribuer au développement d’un projet particulier, on serait tentés même d’employer des procédés similaires au moment d’étudier les alentours d’une parcelle, d’une site, d’un quartier sur lequel on travaille; puisque ces lectures pourraient nous aider a concevoir un projet qu'interagirait d’une manière optimale avec son contexte. En mettant en question la carte, on met en question la ville, et on contribue à s’amélioration.

Seulement le temps pourra révéler les changement qui auront lieu encore dans le milieu cartographique, mais on peut affirmer que la carte restera toujours comme l’outil par excellence au moment d’étudier et planifier la ville du demain, qui est, finalement, l’essence de notre métier.

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