Bulletin d’information projet de loi ESS, 19 mai 2014

Avancement du projet de loi :
- La loi Economie Sociale et Solidaire, et notamment les articles 11 et 12 concernant la
transmission d’entreprise, a été votée la semaine dernière en 1
ère
lecture à l’Assemblée
Nationale. Les deux articles n’ont pas été modifiés par rapport au vote du Sénat.
Lire le communiqué du gouvernement
- Le chemin législatif est encore loin d’être fini, puisque le texte devra repasser par ces deux
chambres avant une adoption définitive. Néanmoins, le gouvernement ne semble plus
vouloir bouger sur les articles « transmission ».
- A noter également qu’un grand nombre de points devront être précisés dans les décrets
d’application. Nous - FUSACQ, ACIFTE et FNAIM – avons demandé au gouvernement de
pouvoir participer à la rédaction de ces décrets et nous espérons que cela puisse être le cas si
le texte est adopté définitivement. Plus d’info ci-dessous dans le CR de notre rendez-vous
avec le cabinet du ministre.

Les dernières actions menées :
- Diffusion de nos synthèses sur le projet de loi auprès d’un grand nombre d’hommes
politiques et de personnalités de tous bords. Beaucoup d’entre vous ont d’ailleurs relayé nos
communications et la pétition, leurs donnant une grande visibilité.
Ainsi, lors des débats à l’Assemblée, une grande partie de nos arguments contre le projet de
loi a été utilisé par les opposants au texte. De même, ils ont pu se servir de l’étude BPCE à
bon escient pour contredire les conclusions du gouvernement en matière de transmission
d’entreprise.
- Envoi des signatures de la pétition à tous les ministères concernés par cette mesure.
- Rencontre avec le gouvernement le 22 avril et remise de la pétition. Vous trouverez le
compte rendu de cet entretien ci-dessous.
CR de la réunion du 22 avril 2014 avec le cabinet d’Arnaud
MONTEBOURG en charge de la loi ESS
Les trois structures ayant appuyé la pétition contre le projet de loi ESS – FUSACQ, l’ACIFTE et la
FNAIM - avaient sollicité une rencontre avec le gouvernement afin de lui remettre vos signatures.
Nous souhaitions également faire entendre notre / votre point de vue et mieux comprendre certains
aspects du projet de loi.
Introduction
Nous rappelons que les professionnels sont bien évidemment d’accord pour favoriser les reprises
d’entreprises en général, et celles par les salariés en particulier. FUSACQ, l’ACIFTE et la FNAIM
participent d’ailleurs actuellement aux Assises de l’Entrepreneuriat sous l’égide d’Arnaud
MONTEBOURG et font des propositions concrètes pour aider les salariés à reprendre, notamment les
jeunes.
Améliorer la transmission d’entreprise en France
Le Cabinet du Ministre nous indique que le travail autour de la loi Economie Sociale et Solidaire a fait
prendre conscience au gouvernement qu’il y avait beaucoup à faire sur la transmission d’entreprise.
Les articles 11 et 12 du projet de loi ESS devraient être suivis d’autres mesures pour favoriser la
cession d’entreprise en France.
Les marchés de la cession d’entreprise
Nous rappelons que la « cession d’entreprise » est segmentée en deux marchés distincts :
- Les commerces et les artisans représentant plusieurs dizaines de milliers de transactions
chaque année et où on observe un marché acheteur (plus de vendeurs que d’acheteurs) ;
- Les TPE et PME plus structurées représentant quelques milliers de transactions chaque année
et où on observe un marché vendeur (plus d’acheteurs que de vendeurs).
Nous relevons que parler simultanément de ces deux marchés est ainsi dangereux et qu’il
conviendrait, lorsque des lois sont envisagées, de bien comprendre dans quelle mesure celles-ci vont
impacter le fonctionnement de chacun de ces deux marchés.
Les articles publiés par FUSACQ ont visiblement incité le gouvernement à réexaminer l’étude BPCE
sur la transmission d’entreprise. Néanmoins, le Cabinet du Ministre considère que tout le monde dit
tout et son contraire sur la transmission d’entreprise et que l’étude BPCE peut également être
interprétée sous plusieurs angles différents.
Le texte de loi est maintenant figé
Concernant les articles 11 & 12 du projet de loi, le Cabinet du Ministre nous indique que le
Gouvernement souhaite un vote conforme au texte présenté en commission et voté au Sénat. Il est,
selon lui, équilibré et convient à tout le monde. L’Assemblée Nationale n’a effectivement pas modifié
ces deux articles lors du vote.
Donner du pouvoir d’agir aux salariés
Le Cabinet du Ministre souligne que la loi répond directement à un engagement de campagne de
François HOLLANDE : favoriser la reprise d’entreprise par les salariés.
Nous faisons alors remarquer que la loi n’aide pas le cédant à trouver un repreneur, n’aide pas le
cédant qui souhaite transmettre à ses salariés et n’aide pas les salariés qui souhaitent reprendre leur
entreprise.
Il parait évident que les articles 11 et 12 de loi ESS ont été élaborés dans l’objectif principal de
donner du « pouvoir d’agir » aux salariés, comme cela a été écrit dans de nombreux documents de
travail publiés par le gouvernement. Il ne s’agit pas, comme cela avait été présenté au départ,
d’améliorer le fonctionnement des opérations de cession ou de reprise par les salariés. Une fois cette
donnée intégrée, nous comprenons que les arguments que nous pourrons apporter concernant les
effets néfastes de la loi sur les opérations de transmission ne vont pas avoir beaucoup d’effet.
Interprétation de la loi
Nous relevons que la formule utilisée dans la loi « pour permettre à un ou plusieurs salariés de
l’entreprise de présenter une offre » oblige le chef d’entreprise à donner accès aux documents à tous
les salariés, même confidentiels, nécessaires pour présenter une offre.
Le Cabinet du Ministre réfute cette lecture du texte et indique que ce n’est pas le souhait du
gouvernement. Pour lui, le cédant sera libre de ne rien transmettre aux salariés.
Nous proposons de changer la formulation par « pour permettre à un ou plusieurs salariés de
l’entreprise de faire part de leur intention de présenter une offre », mais sans succès.
Nous continuons de penser que cette formulation sera source de nombreux litiges alors qu’il serait
très simple de modifier la formulation. Le texte prévoit toujours que les salariés peuvent se faire
accompagner par des experts, mais comment ils pourraient se prononcer sans aucune information
donnée de la part du cédant ?
Décrets d’application
Nous notons qu’il sera alors indispensable d’indiquer dans les décrets d’application de la loi que le
chef d’entreprise ne sera pas contraint de fournir des documents aux salariés qui envisageraient de
faire une offre.
De façon plus générale, nous pensons que ces décrets devront définir avec précision tous les
éléments de la nouvelle obligation qui est faite aux chefs d’entreprise et aux cédants afin de limiter
tous les risques d’interprétation et donc de litiges, lesquels seraient préjudiciables à tous.
Nous proposons donc d’être associés à la rédaction des décrets d’application et recevons un accueil
plutôt favorable à notre demande.


Précision sur l’application de la loi
Si un cédant informait ses salariés tous les 2 ans dans le but simplement de purger son obligation et
non pour motiver un réel souhait de cession, il est probable qu’un juge pourrait remettre en cause la
véracité de l’information de cession, et in fine annuler la cession sur demande des salariés.
Application de la sanction et appréciation du juge
Nous rappelons que la sanction prévue dans la loi nous parait inapplicable et que nous voyons mal
comment un cédant reviendrait dans son ancienne société après l’avoir vendue ni dans quel climat
social cela pourrait s’effectuer.
Il semble effectivement que les cédants auront tout intérêt à respecter l’obligation d’information
pour éviter la sanction, même si il nous a été rappelé que la sanction était relative, c’est-à-dire à
l’appréciation du juge lorsqu’il aura été saisi par les salariés.
Respect de la confidentialité
Pour le Cabinet du Ministre, la confidentialité des opérations est aujourd’hui préservée lorsque
l’information d’une cession imminente est donnée à un comité d’entreprise. Il considère qu’il en sera
de même lorsqu’une information équivalente sera donnée à l’ensemble des salariés. Chaque salarié
sera en effet soumis à un devoir de discrétion ; si celui-ci n’était pas respecté, le chef d’entreprise
pourrait se retourner contre lui.
Nous répondons qu’il s’agit de la théorie, et que dans les faits lorsqu’une fuite se produit, il est très
compliqué de retrouver son auteur.
Nous donnons l’exemple d’un dossier en cours d’une PME où la confidentialité de l’opération n’a pas
été respectée, malgré toutes les précautions prises. L’information est ainsi utilisée par des
concurrents pour déstabiliser la société en question auprès de grands clients en Asie. La source de la
fuite est supposée mais aucun document probant ne peut être fourni.
Pour nous, il est illusoire de penser que ces cas ne seront pas en augmentation si l’information est
révélée à un plus grand nombre de personnes.
Par ailleurs, il nous est confirmé qu’un salarié en période de préavis après avoir donné sa démission
sera bien concerné par ces dispositions.
La directive européenne
Il nous est rappelé que la France est un des seuls pays à ne pas avoir transposé la directive
européenne en matière d’information lors d’opérations de cession et que les autres pays comme
l’Allemagne appliquent un droit d’information des salariés.
Nous faisons remarquer à notre tour que la directive est très différente du contenu des articles 11 &
12 de la loi ESS. Dans ces pays, les salariés ne sont pas invités à proposer une offre de reprise et que
les conséquences de cette distinction sont notoires.

Une opération ne pourra pas être finalisée au moment où les salariés seront informés
Nous mettons ainsi en avant qu’en permettant aux salariés de faire une offre de reprise, cela
implique qu’un protocole engageant les parties ne peut pas être signé au moment de l’information
des salariés. En effet, si l’engagement entre l’acheteur et le vendeur était ferme au moment de
l’information aux salariés, un juge pourrait casser la vente au motif que les salariés n’auraient pas eu
réellement la possibilité de faire une offre.
Nous mettons en garde sur le fait que pendant les deux mois potentiels de délai de réponse laissés
aux salariés, le vendeur sera en risque car l’acheteur envisagé pourrait se retirer si les conditions de
marché venaient à changer.
Nous mentionnons notamment les opérations d’adossement où le chef d’entreprise, restant partie
prenante du futur projet, devra ainsi proposer à ses salariés de faire une offre concurrente à la
sienne et sera potentiellement en risque pendant 2 mois en attendant la réponse des salariés.
Les risques pris par les salariés
Nous rappelons que si les chiffres disent vrai, 25% de reprise par les salariés échouent, contre 40%
pour les reprises par un tiers. Pour autant, et quels que soient les taux d’échec respectifs, les
conséquences d’un échec ne sont pas équivalentes.
Les personnes physiques qui reprennent ont généralement subi un licenciement ou ont accepté un
plan de départ volontaire. Ainsi leur apport provient essentiellement de leurs indemnités de départ.
Lorsqu’une reprise externe échoue à court ou moyen terme, les collaborateurs perdent leur emploi
et le repreneur le montant des fonds propres qu’il a apporté pour financer l’opération.
Les salariés quant à eux n’ont généralement pas d’apport personnel, ou extrêmement faible, c’est
notamment pour cela que les reprises internes sont si compliquées à mettre en place. Ainsi, lors
d’une reprise, les salariés sont obligés d’emprunter pour constituer leurs « fonds propres », qui n’en
sont donc pas dans les faits. Ainsi, si la reprise échoue alors que ces prêts n’ont pas été remboursés,
les salariés perdent non seulement leur emploi, mais se retrouvent alors endettés sans plus avoir les
moyens de rembourser leur emprunt.
Déstabilisation des salariés suite à une annonce de cession
Nous notons qu’une annonce faite par un chef d’entreprise de son souhait de vendre sa société
pourrait déstabiliser les salariés.
Ajouter de nouvelles contraintes risque de décourager les repreneurs potentiels
Nous soulignons qu’ajouter de nouvelles contraintes aux opérations de reprise d’entreprise, et de
nouveaux risques liés aux délais et à la confidentialité pourrait décourager certains acheteurs à se
lancer dans cette délicate aventure, même si passionnante.
Remise de la pétition
Nous remettons les signatures de la pétition au Cabinet du Ministre qui indique en avoir déjà pris
connaissance.

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