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LA LIBERTÉ

LA LIBERTÉ LE FA IT DU JOUR 3

LE FAIT DU JOUR

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SAMEDI 31 MAI 2014

   

GOOGLE

Répondant à une décision de la Cour européenne de justice, le ant américain a lancé un formulaire de droit à l’oubli numérique aux Européens. La Suisse est concernée.

Le droit à l’oubli s’ouvre sur internet

conc ern ée. Le droit à l’oubli s’ouvre sur internet Google va avoir du pain sur

Google va avoir du pain sur la planche à trier les innombrables demandes qui risquent de lui parvenir. KEYSTONE-A

THIERRY JACOLET ET KESSAVA PACKIRY

C’est une révolution: les Européens souhaitant se faire «oublier» sur inter- net peuvent désormais le demander aux services de recherche de Google. Le géant américain a lancé jeudi un service en ligne dans ce but. Le pre- mier site mondial de recherche sur in- ternet – 90% des requêtes le sont sur Google en Europe – n’avait pas le choix: il s’est conformé à une décision de la Cour européenne de justice, tombée à la mi-mai, en faveur du droit à l’oubli numérique. Une décision qui touche également la Suisse. «Et qui s’adresse à tous les autres moteurs de recherche: il n’y a pas de raison qu’ils ne soient pas logés à la même en- seigne», avance Nicolas Capt, avocat genevois spécialisé dans le droit des médias et des nouvelles technologies. Sur son formulaire en ligne, Goo- gle précise toutefois qu’il y aura des conditions: «Lors de l’évaluation de votre demande, nous vérifierons si les résultats comprennent des informa- tions obsolètes vous concernant.» Nous chercherons également à déter- miner si ces informations présentent un intérêt public. Par exemple, si elles concernent des escroqueries finan- cières, une négligence profession- nelle, des condamnations pénales…»

«Il était temps»

«C’est une décision historique. Une révolution en marche», insiste Sé- bastien Fanti, avocat valaisan spécia- lisé dans le droit des technologies avancées, qui affirme que la décision

vaut tant pour les particuliers que pour les personnes morales. «Mais Google sera juge et partie: si le moteur de recherche refuse de désindexer ou d’effacer un contenu, le privé devra al- ler en justice, ce qui coûte cher.» Jusqu’ici, il était très difficile d’ob- tenir le retrait d’un contenu sur Goo- gle. «Il fallait très souvent produire un jugement démontrant que le contenu était illégal. Mais la procédure pouvait prendre de longs mois. Et dans l’inter- valle, le contenu restait en ligne», ex- plique Nicolas Capt. Il était aussi possible de se tourner vers des entre- prises qui proposent de créer des contenus positifs et qui garantissent un résultat. «Mais c’est très cher, jusqu’à 20 000 francs par article. Et cela ne permet pas d’effacer les avis déplaisants», indique Sébastien Fanti.

Comment va-t-il faire?

Pour Nicolas Capt, la grande ques- tion qui se pose à présent est de savoir comment le géant américain va trier les innombrables demandes qui vont lui parvenir. «Google va probablement recevoir des dizaines de milliers de re- quêtes. Aura-t-il la capacité de gérer un nombre aussi important de de- mandes? De plus, la décision euro- péenne est assez nuancée: elle consi- dère que s’il y a un intérêt public à conserver l’information en ligne, le droit à l’oubli ne s’appliquera pas. Mais où placer le curseur? Google lui- même ne le sait probablement pas pour l’heure et devra nécessairement coopérer avec les autorités euro-

péennes aux fins d’établir une pra- tique raisonnable et respectueuse de la liberté d’expression.» Autre problème que voit Sébas- tien Fanti: le défi qui attend la presse. «Il peut y avoir une atteinte au droit à l’information. Imaginez que Giroud Vins en Valais demande à Google d’effacer tous les articles de presse défavorables…»

Il saute dans la brèche

La Suisse se mettra probablement au diapason, même si la décision émane de la Cour de justice de l’Union européenne et ne concerne dès lors que les pays de l’Union. «Ce qui est singulier dans le formulaire de Goo-

gle, c’est que la Suisse figure dans la liste déroulante des pays», constate Nicolas Capt. «Je suis surpris: dans les communiqués de presse notamment, on parle en effet des seuls citoyens eu- ropéens. Je ne sais pas si c’est une er- reur de la part de Google ou alors si, dans une vision globalisée et proac- tive, l’entreprise considère qu’elle veut appliquer à la Suisse les mêmes règles qu’elle doit respecter en Europe.» Sébastien Fanti n’a pas hésité à sauter dans la brèche: hier après midi, il a déposé auprès de Google une dou- ble requête contre un blog et un site d’information suisses pour supprimer un article déplaisant. «Si Google re- fuse, je l’attaque en justice.» I

UNE BALLE DANS LE PIED

La décision des juges européens est la conclusion d’une affaire qui remonte à 1998, en Espagne: un journal local publie dans sa version papier des annonces concernant une adjudication sur saisie immo- bilière pour recouvrement de dettes, en donnant le nom de la personne concernée. Le journal pu- bliera plus tard sur son site online l’info. Près de dix ans plus tard, la personne estime que la mention de son nom n’a plus lieu d’être, ses problèmes ayant été réglés depuis. Il dépose une réclamation auprès de l’Agence espagnole de protec-

tion des données visant Google. Mais Google refuse d’ôter le nom. Pour Sébastien Fanti, le géant s’est tiré une balle dans le pied. «Ce qui est fou c’est que les avocats de Google ont provoqué cet arrêt de la Cour de justice de l’UE qui les des- sert. Leur service juridique est pourtant basé à Londres et connaît le droit européen. C’était risqué d’attaquer une décision qui ne leur était pas si défavorable. Il faut dire qu’ils ne s’attendaient pas du tout à cette conclusion de la Cour de justice, car l’avocat général avait soutenu leur position.» TJ/KP

TR OIS QUE ST IONS À

Jean Christophe Schwaab

> Le conseiller national socialiste vaudois appelle le Conseil fédé- ral à inscrire dans la
> Le conseiller national
socialiste vaudois
appelle le Conseil fédé-
ral à inscrire dans la loi
suisse le droit à l’oubli.
Il réagit à la mise en
ligne par Google du for-
mulaire de droit à l’oubli.
KEYSTONE
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Alors, vous avez gagné? Pas encore. Que Google ait mis sur pied une

procédure non bureaucratique constitue un très bon début. Mais il faudra analyser avec quelques mois de recul comment les demandes de droit à l’oubli seront traitées en pratique. L’arrêt de la Cour européenne de justice y met, semble-t-il, des restrictions. Et puis, qui fera la pondération entre intérêt public et droit à l’oubli? Si c’est Google, il aura beau jeu d’opposer une fin de non- recevoir aux particuliers qui revendiquent l’effa- cement de liens les concernant, car beaucoup renonceront à saisir la justice.

Une loi suisse sur le droit à l’oubli s’impo se -t-elle to ujours à vo s ye se sur le droit à l’oubli s’impose-t-elle toujours à vos yeux?

Oui. La Suisse n’est pas membre de l’Union euro- péenne. Juridiquement, elle n’est donc pas sou- mise aux décisions de la Cour européenne de justice. Par ailleurs, la Commission européenne semble vouloir durcir les règles en matière de droit à l’oubli, dans le sens d’une meilleure pro- tection de la personnalité. Le pire qui puisse arri- ver, c’est donc que le droit à l’oubli s’applique dans toute l’Union, mais pas en Suisse… Or il est dans l’intérêt de notre pays de garder une pro- tection des données très stricte, c’est une marque suisse de qualité à même d’attirer ici des entreprises.

3.
3.

Ce droit à l’oubli est-il absolu pour vous? Au vu des dégâts que peuvent causer cer-

taines informations ou images, il est important que chaque individu conserve sa souveraineté numérique. Et c’est à la justice de déterminer ce qui relève de la sphère privée ou de l’intérêt public, en privilégiant par principe le droit à l’oubli. Il ne s’agit pas d’interdire l’accès aux archives numériques des médias, qui travaillent en prin- cipe en suivant les règles de la déontologie jour- nalistique. Mais aujourd’hui, un tas d’informations non vérifiées ou ne relevant pas de l’intérêt public sont rendues accessibles à beaucoup de monde sur internet. J’ajoute que le droit à l’oubli doit valoir également pour les informations que l’on met soi-même en ligne. Etre maître de ses don- nées numériques, c’est pouvoir décider non seule- ment de les publier, mais aussi de les retirer.

PROPOS RECUEILLIS PAR SERGE GUMY

aussi de les retirer. PROPOS RE CU EILLIS PA R SERGE GU MY POLICE Des taxis
POLICE
POLICE

Des taxis sauvages à Cointrin

Onze personnes ont été interpel- lées pour avoir pratiqué du taxi sauvage et du cabotage entre l’aéroport de Genève et les stations valai- sannes de Ver- bier et de Haute-Nendaz. La police a inter- cepté six véhi- cules immatriculés en Lituanie, en Lettonie et en France. L’en- quête a permis de mettre à jour «une importante» activité de taxis sauvages et de cabo- tage, soit de transports profes- sionnels de personnes avec des véhicules immatriculés à l’étranger. L’enquête a été menée avec la douane. Elle a

L’enquête a été menée av ec la douane. Elle a permis d’interpeller onze per- sonne s,

permis d’interpeller onze per- sonnes, dont dix Lituaniens et un Grec. Deux véhicules sur les six interceptés ont été séques- trés puis restitués après dédouanement. Les amendes prononcées se montent à 10 000 francs, précise la police valaisanne.

ATS/ KEYSTO NE

DÉB AR QUEMENT

Paris privatise les images de la cérémonie

Des dizaines de millions de téléspectateurs pourraient être privés d’images en direct des cérémonies du 70 e anniversaire du Débarquement. La prési- dence française a en effet décidé d’en faire payer l’accès aux grandes agences de presse mondiales. Ces dernières se sont dites choquées et conster- nées. Les droits exclusifs de retransmission en direct des cérémonies ont été attribués à la chaîne de télévision privée TF1 et au groupe public France Télévisions. Les commémora- tions réuniront le 6 juin en Nor- mandie une vingtaine de chefs d’Etat, dont le président Obama ou la reine d’Angleterre. ATS

PE OPLE
PE OPLE

Le prince Albert et Charlène attendent un enfant

Le prince Albert II de Monaco et son épouse Charlène attendent leur premier enfant. La nais- sance est prévue «à la fin de l’année», a annoncé hier le palais princier dans un communiqué. L’en- fant sera héritier du trône dès sa naissance. La rumeur d’une naissance prochaine courait sur le Rocher depuis plusieurs jours, notamment depuis un «malaise» de la princesse au cours d’une visite d’Etat en France, rapporté par la presse locale. Peu après l’arrivée du couple princier dans le comté de Carladès, territoire qui fut jadis moné- gasque, Charlène avait dû s’isoler à cause d’une «fatigue» passagère, avait-on alors indiqué offi- ciellement côté français. Le couple s’était uni en juillet 2011 au cours d’une fastueuse cérémonie. Depuis ces noces, les Monégasques attendaient avec impatience l’annonce de la naissance pro- chaine d’un héritier pour perpétuer une dynastie des Grimaldi vieille de 700 ans. L’annonce de la grossesse de Charlène inter vient deux semaines après la présentation en ouver- ture du Festival de Cannes d’un film controversé sur Grace de Monaco.

de Cannes d’un film controversé sur Grace de Monaco. Le souverain monégasque, âgé de 56 ans,

Le souverain monégasque, âgé de 56 ans, a reconnu deux enfants hors mariage: un fils qu’il a eu en 2003 avec une ex-hôtesse de l’air française originaire du Togo et une fille en 1992 avec une ancienne serveuse américaine. Charlène, elle, a

36 ans. ATS/AFP/REU/ KEYSTO NE