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Photo : Gaël Cogné

Photo : Gaël Cogné Aubry-Daubresse : duel pour LMCU Et ailleurs : Strasbourg, vers un îlot

Aubry-Daubresse :

duel pour LMCU

Et ailleurs : Strasbourg, vers un îlot socialiste en Alsace ?

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page 17

de mars LLee QQuuoottiiddiieenn ddeess MMuunniicciippaalleess 22000088 rrééaalliisséé ppaarr lleess
de mars
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Après huit mois de préparation, la police a mené mardi une vaste opération à Lille-Fives.
Après huit mois
de préparation,
la police a mené
mardi une vaste
opération
à Lille-Fives.
À cinq jours
d’élections
où la sécurité
est un enjeu,
les habitants
s’interrogent
sur ce calendrier.
page 2
Le corridor qui
mène à la cité Lys
servait de poste
de guet aux dealers.
Photo : Gaël Cogné

Une descente qui tombe à pic

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Et ailleurs Amiante : à Douai, Alstom condamné à la peine maximale Focus CALAIS :
Et ailleurs
Amiante : à Douai,
Alstom condamné
à la peine maximale
Focus
CALAIS : dans le bastion PC,
l’après-Sangatte et ses migrants
enveniment les débats
page 15
pages 9 à 12
 

É D I TO

 

L’ É V É N E M E N T

 

Fumée sans feu

La descente qui tombe à pic

QQuuoonn nnee ssyy ttrroommppee ppaass LLeess ddééppllaacceemmeennttss ssuurrmméé--

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Par Gaël

Cogné

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Depuis plusieurs mois, les habitants ne se garent plus

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D es tags sur les portes, une voiture désos- sée, des débris de verre, des chaussures qui

pendent aux fils télépho- niques. La cité Lys est dans

un sale état. « Une fois, ils ont même accroché un vélo aux fils », soupire un habitant. Mais surtout, une quinzaine de personnes – dont plusieurs mineurs – faisait ré- gner sa loi sur la courée, un lieu dif- ficile à contrôler pour la police. Mardi matin, la préfecture a sorti les grands moyens pour mettre le grap- pin sur cette petite bande qui agis- sait en toute impunité. « Il y avait la

police, la Bac, le GIGN, les stups », ra- conte un témoin. Deux personnes auraient échappé au coup de filet. 300 grammes de cocaïne ont été trouvés dans leur squat. Hier, les gardes à vue s'achevaient. Une in- formation judiciaire a été ouverte.

tiques, circulent. « C'est trop gros. Juste avant les municipales. Alors qu'on at- tendait cette descente depuis deux ans », s'exclame Martine qui habite dans la cité. Le commissaire Gilbert qui a dirigé

les opérations affirme que la police n’est au courant que depuis huit mois, quand les cambriolages se multipliaient. Interrogé par la Pres- sion de Mars, M. Hernandez, porte- parole à la direction départementale de la police, est catégorique : « On n'est absolument pas manipulé. On a tapé quand on était sûr que cela allait porter ses fruits. » Le commissaire Gilbert est plus nuancé. « On avait de grosses présomptions sur ce qu'on allait trouver. On n'était pas sûr à 100 %. » Pourtant, selon une source proche de l'enquête, les policiers auraient été surpris de trouver de la cocaïne. Autre fait troublant, une réunion avait été organisée par Martine Aubry le dimanche précédant la des- cente. Quelques Fivois, voisins de la cité, étaient présents. La candidate socialiste aurait laissé entendre que

 

sur le parking de la cité Lys. De nombreux véhi- cules y ont été dégradés.

Photo:G.C.

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Anonymat

garanti

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Mesure controversée, l’usage des témoignages anonymes s’est révélé utile, en tout cas dans l'opération menée cité Lys. « Ça a permis de faire remonter des informations im- portantes », reconnaît le commis- saire Gilbert, qui a dirigé le coup de filet. La procédure de témoignage anonyme, votée en 2001 sous le gouvernement Jospin, se limitait d'abord aux crimes et délits graves. Étendue par la loi Perben du 3 août 2002, elle concerne désormais les délits punis de trois ans d'emprison- nement minimum. À l'époque, les magistrats, avocats et associations des droits de l'homme, épaulés par l'opposition de gauche, avaient crié

au scandale, accusant la droite d'ins- titutionnaliser la délation.

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Julien Damien

 

Deux personnes ont été déférées au parquet. Depuis cette spectaculaire descente, le quartier s’in-

 

«

Je remarque juste que la mairie se

 

LA PRESSION de mars

Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de deuxième année (presse écrite) et de PHR. Refermentation et maturation Directeur de la publication :

Pierre Savary Fermentation Directeurs adjoints de la publication :

quelque chose se préparait et souli- gné l'implication de la mairie. Une cellule de veille, dédiée à la sécurité, avait été mise en

félicite d'une opération menée grâce

à une loi qu'elle disait “sécuritaire”, ironise Christian Decocq, chef de file de la fédération UMP du Nord. Or, elle est bien contente de l'avoir quand il le faut. » Mardi, Martine Aubry se réjouissait en effet d'avoir

réussi à obtenir avec le procureur

«

quiète d’éventuelles représailles, notam-

« ON ATTENDAIT ÇA DEPUIS DEUX ANS »

place depuis quel- ques mois. Lors de

ment en raison des témoignages ano- nymes d’habitants qui ont nourri l’enquête [lire ci-contre]. Pendant des mois, des habitants ont discrète- ment dépeint à la police les raisons de leur ras-le-bol : la crainte de voir son véhicule dégradé ou incendié sur le petit parking. La peur des cambriolages (plusieurs chaque se- maine, souvent en plein jour), les vi- tres brisées, les coups et les insultes reçus. Le petit Casino du coin se fai- sait régulièrement piller, poussant le gérant a mettre la clé sous la porte en moins d'un an. D’autres interrogations, plus poli-

cette réunion, Mar- tine Aubry a af- firmé qu’elle réclamait depuis long- temps 400 policiers supplémentaires sur la métropole. Elle aurait aussi présenté aux habitants le plan de ré- novation de leur quartier. Les habitants de la cité, eux, assu- rent ne pas avoir été invités. « Le quartier se “boboïse”. Les nouveaux ont plus de contacts, par exemple, dans la municipalité et les journaux », rapporte un habitant satisfait que les difficul- tés du quartier aient été prises en compte. Martine est plus amère :

« Nous ça fait deux ans qu'on attend. Ils s'en foutent de nous. »

l'anonymat pour les habitants ».

«

Cela a donné aux victimes la possi-

Cyril Petit, Yves Sécher, Fabrice Tassel. Laurent Brunel Houblonnage - Rédacteurs en chef :

Hélène Bekmezian, Julien Damien, Delphine Lacroix, Jérémy Marot Embouteillage Rédacteurs en chef techniques :

bilité d'enfin témoigner », renchérit Roger Vicot, adjoint à la Sécurité de la mairie de Lille. Dans les faits, les services de police chargés de l'enquête ont transmis une demande d'anonymat au par- quet. Le juge des libertés et déten- tion a alors évalué les risques de re- présailles pour les témoins, l'importance de leurs témoignages, et a finalement autorisé la procé- dure. Un coup de pouce bienvenu dans une enquête engagée il y a plus de huit mois

Jérémy Marot

Guillaume Carré, Jean Décotte, Alexandra Nawawi, Benoist Pasteau

Sur le blog des municipales de l’ESJ, lire, écouter et regarder les reportages des deuxièmes années :

http://chroniquesdemars.blogspot.com École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

La Pression de mars

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Jeudi 6 mars 2008

L’ E S S E N T I E L Par Marc-Antoine Barreau Villeneuve-d’Ascq Les
L’ E S S E N T I E L

L’ E S S E N T I E L

L’ E S S E N T I E L
L’ E S S E N T I E L Par Marc-Antoine Barreau Villeneuve-d’Ascq Les meilleurs

Par Marc-Antoine Barreau

Villeneuve-d’Ascq

Les meilleurs ennemis

Le duel et le crédit Photos : DR GÉRARD CAUDRON JEAN-MICHEL STIEVENARD Ensemble pour Villeneuve-d’Ascq,
Le duel
et le crédit
Photos : DR
GÉRARD CAUDRON
JEAN-MICHEL STIEVENARD
Ensemble pour Villeneuve-d’Ascq,
63 ans.
Ancien maire (1977-2001).
Parti socialiste,
62 ans.
Maire sortant (depuis 2001).

Jovial, direct avec les habitants de Villeneuve-d’Ascq, Gérard Caudron est en terrain conquis dans la ville nouvelle. Pas étonnant, l’homme y a été maire durant vingt-quatre ans et les Villeneuvois n’avaient connu que lui avant qu’il ne décide de passer la main à Jean-Michel Stievenard. De retour aux affaires, Gérard Caudron puise ses ressources dans l’histoire égyptienne : « Les Égyptiens ont une perception de la vie et de la mort qui me correspond. On sait qu’on est là seulement pour un temps. C’est pareil concernant un mandat, on sait qu’il faudra passer la main un jour où l’autre.Alors pour 2008 si je gagne, c’est bien, et si je perds tant pis, je passerai à autre chose. » Il est aussi comme ça Gérard Caudron : un air détaché qui explique sans doute son aisance à approcher les gens. Un comportement à double tranchant qui peut en déconcerter quelques-uns pouvant lui reprocher de ne pas toujours se prendre au sérieux. De son propre aveu : « Je ne suis pas un homme qui ne pense qu’à la politique. »

Même s’il peut paraître rigide, peu convivial comme le sont la plupart des hommes “de dossier”, Jean-Michel Stievenard est, selon ses proches collaborateurs, « quelqu’un que l’on peut in- viter chez soi ». Autrement dit, il y a un gouffre entre « l’appa- rence et le fond du personnage ». Décrit comme un épicurien, ce natif de Denain dans le Valen- ciennois, propulsé dans le fauteuil de maire grâce au coup de pouce de Gérard Caudron, ne le fait pas vraiment transparaî- tre auprès des Villeneuvois. Aussi, afin de cerner convenable- ment le personnage, mieux vaut encore jeter un œil sur son livre. Dans À Corps et à cœur, « pas un programme » mais plu- tôt « une méditation », on apprend par exemple qu’il n’est pas rare que Jean-Michel Stievenard enfourche son scooter pour une ballade dans Villeneuve-d’Ascq. Morceau choisi : « C’est devenu un plaisir rituel… avec ma femme.Tous les deux sur le scooter, cadeau d’anniversaire de nos amis, nous aimons sillon- ner notre ville… » Certes, cet extrait est un brin réducteur, mais il faut un début à tout. Même ses collaborateurs le recon- naissent : « Jean-Michel est toujours un peu sur la réserve. »

P our la première fois depuis 1977, la gauche part en ordre dispersé aux élections municipales de Vil-

leneuve-d’Ascq. Conséquence : tout pourrait se jouer au deuxième tour. Du jamais vu dans une ville où les candi- dats socialistes ont toujours été élus dès le premier dimanche des élections. Depuis seize mois, Jean-Michel Stie- venard, actuel maire PS, ne dort pas sur ses deux oreilles. Et pour cause, il se serait bien passé de la candidature de Gérard Caudron qui n’est autre que le maire historique villeneuvois. Après quatre mandats de maire sous les cou- leurs socialistes (1977-2001), celui-ci avait choisi « de prendre volontairement du recul » et de passer le relais à celui qui fut son premier adjoint durant dix- huit ans. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, les deux anciens collaborateurs ne sont plus amis et Gérard Caudron a quitté les rangs du PS se disant « cho- qué par le système clientéliste qui règne au- tour de Pierre Mauroy et compagnie ». Tous les coups sont permis : mercredi dernier, Gérard Caudron a été condamné par le tribunal correction- nel de Lille pour propos injurieux en- vers son adversaire via son blog. Autrement dit, le duel villeneuvois op- pose le père à son fils spirituel, l’un ac- cusant l’autre d’avoir maltraité le bébé. De retour aux affaires et soutenu par les nostalgiques de l’époque 1977- 2001, Gérard Caudron débarque sans étiquette avec « un nouveau projet, une nouvelle équipe et une nouvelle gouver- nance ». Jean-Michel Stiévenard a bien essayé de rappeler son ancien ami à la raison en lui proposant de faire partie de sa liste, « même si Gérard m’a trahi après seulement mes huit premiers mois de mandat ». Ambiance…

[voir aussi notre article page 6]

Les arbitres

Six listes sont en compétition à Ville- neuve-d’Ascq pour les municipales de mars 2008. Le camp de la gauche est très éparpillé avec quatre listes candi- dates. Outre celle de Jean-Pierre Stié- venard (PS) et celle de Gérard Cau- dron, s’ajoutent les Verts et les communistes. Autrement dit, le temps de la gauche unie de 2001 est révolu et s’il y en a un qui boit du petit lait, c’est bien Didier Plancke, le jeune candidat UMP. Bénéficiant d’une réserve de voix de 30%, le candidat de la majorité présidentielle ose espérer une triangu- laire. Petit bémol : la liste MoDem de Christian Carnois qui pourrait lui coû- ter des voix.

Le du chiffre jour

6 200

C’est le nombre de kilomètres parcourus par un Australien en voiture, pour un simple essai chez un concessionnaire.

en voiture, pour un simple essai chez un concessionnaire. La phrase d u j o u

La phrase du jour

« Le MoDem ne sert à rien. »

Daniel Cohn-Bendit, lors d’un café politique à Lille mercredi. Pour “Dany le Rouge”, le parti de François Bayrou n’est indispensable à personne dans la capitale des Flandres, en particulier à Martine Aubry, assurée de gagner « sans l’aide de quiconque » selon lui.

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

E N R É G I O N

Le FN fait front contre le socialiste Dalongeville

Steve Briois [à gauche] pouvait compter sur le précieux soutien de Marine Le Pen [à
Steve Briois [à gauche] pouvait
compter sur le précieux soutien
de Marine Le Pen [à droite],
mercredi soir à Hénin-Beaumont.
Photo : M.C.

la salle » insiste-t-il. Un choix comme celui de Michel, qui habite la ville depuis trente ans et déménage bientôt. « La politique de Gérard Dalongeville ne me convient pas », souligne-t-il. Pour faire son choix, le soixantenaire se rend à toutes les réu-

nions publiques. « Je veux écouter tous les candidats. Je les compare tous. » Mais il sait déjà qu’il donnera sa voix au Front National. Autre exemple avec Éric, qui est revenu vivre à Hénin- Beaumont après son divorce. Il a constaté un change-

ment radical depuis quelques années. « Le cadre de vie n’est plus le même que sous les anciens maires Piette et Dar- chicourt », explique-t-il. Pour ces Héninois, il est impor- tant de distinguer le parti (et tout ce qu’il représente) et le candidat dans cette échéance locale. « Je vote pour les idées de Steve Briois et non pas pour un parti. » Ce qui les

unit, c’est leur envie de tourner la page Dalongeville. Sé- duits par le Front National, ils ne veulent pas pour au- tant apparaître comme des sympathisants FN. Le « tous contre Dalongeville », Marine Le Pen et Steve Briois l’ont suffisamment rappelé et en ont fait tout un programme pour rassembler les déçus de la politique de la gauche. Durant son discours, le jeune candidat est revenu point par point sur les promesses du maire sortant en 2001, « non tenues », selon lui. Marine Le Pen conclut : « La seule liste pour faire tomber Dalongeville, c’est la nôtre. »

« BRIOIS ET LE PEN :

DES GENS QUI SAVENT SE BATTRE »

Jacky, un membre du FN

Par Mélanie Carnot

HHÉÉNNIINN--BBEEAAUUMMOONNTT. Cent cinquante personnes étaient rassemblées mercredi soir pour écouter Steve Briois et Marine Le Pen, numéros 1 et 2 de la liste FN de la ville. Le mot d’ordre :

« Tous contre Dalongeville ! »

D édicaces du programme par la “vedette” Marine Le Pen, poses photos et cris de victoire, la campagne

menée par le Front National passionne les militants du parti. Convaincus qu’Hénin-Beaumont sera le symbole absolu de leur victoire, cent cinquante per-

sonnes étaient venus s’informer hier soir lors de la dernière réunion publique, avant le premier tour de dimanche. Ils tiennent dans leurs mains le programme de Steve

Briois, la tête de liste. Un candidat qui n’est pas le leur, car beaucoup d’entre eux n’habitent même pas Hénin- Beaumont. Annick et Francis, membres du FN, vien- nent de Tourcoing et ont voulu « honorer une invitation » qu’ils ont reçu personnellement. Jacky habite Phalem- pin mais soutient les « très bonnes idées de Steve Briois et

Marine le Pen, des gens qui savent se battre ». Il y aussi les jeunes encartés des communes environ- nantes, qui regrettent qu’une liste Front National n’ait pu se construire dans leurs villes respectives. Alors ils tractent et font du porte-à-porte à Hénin-Beaumont. Des candidats d’ autres villes sont également venus apporter leur soutien, comme Christopher Sczurek, candidat aux cantonales à Courrières, ou même Eric Dil- lies, la tête de liste Front National à Lille. Finalement peu d’Héninois. Ce qui ne surprend pas Steve Briois. « Les gens ont fait leur choix même s’ils n’étaient pas dans

ARRAS. « Nous attendions la présence de Marine »

Par Clémence Lambard

L e Front National a-t-il tenté de rejouer Le Liè- vre et la tortue à Arras, sans toutefois espérer le même résultat que dans la fable ? À vouloir at-

tendre la présence symbolique de Marine Le Pen dans la cité, le parti en a été réduit à patienter jusqu’à ce mercredi, soit quatre jours avant le premier tour des élections municipales, pour présenter sa liste. Et ce sur le marché de la Petite Place, devant une mai- gre assemblée de journalistes et de badauds. « Il y a quelques semaines, Marine Le Pen ne pouvait pas venir, tente de justifier Jean-Marc Maurice, la tête de liste FN. Le week-end dernier, elle avait un meeting, le marché d’Arras s’est donc imposé naturellement… » Er- reur de stratégie ou pas ? Fallait-il attendre que le ca- lendrier de la candidate à la mairie d’Hénin-Beau- mont soit en accord avec celui de Jean-Marc Maurice, au risque que, comme le souligne une pas- sante, « plus personne ne s’y retrouve » ? Cependant, pour le Front National, l’idée est simple. Il faut « avant tout utiliser la campagne comme tremplin

pour réimplanter le parti sur Arras ». En effet depuis 1995, le FN n’a plus proposé de listes aux différentes élections. La permanence de la Grand Place a été fer- mée. Le groupe dissout au profit de celui d’Hénin- Beaumont. Autour du nouveau leader Jean-Marc Maurice, arrageois d’origine, le parti espère retrou- ver sa verve de l’époque. Pourtant le pari n’est pas encore gagné. Sur les qua- rante-trois noms qui composent la liste, trois seule- ment sont des militants FN, tous les autres colistiers sont indépendants. Reste, pour mettre tout le monde d’accord, un programme centré autour de la notion

« d’insécurité constante ». Pour cela plusieurs solutions

sont avancées : mise en place d’une police de proxi- mité 24h/24, dans tous les quartiers de la ville, l’ins- tallation d’un système de vidéo surveillance… Des

vieilles recettes qui ont fait leurs preuves par le passé.

« On ne fait pas de miracles, même à Lourdes, il y en a de moins en moins », ajoute, un brin fataliste, Jean-Marc Maurice.

Jean-Marc Maurice, tête de liste FN. Photo :C.L
Jean-Marc Maurice,
tête de liste FN.
Photo :C.L

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

E N R É G I O N
Entourée d’élues, Martine Aubry a lancé les festivités. Photo : CB
Entourée d’élues, Martine Aubry a lancé
les festivités.
Photo : CB

Polémique au sujet de la journée des femmes

LLIILLLLEE

a été fêtée avec trois jours d’avance dans la capitale nordiste, au grand dam de l’opposition qui dénonce une manipulation électorale.

La Journée des femmes

Par Caroline Bozec

S ous les rires, la metteur en scène Esther Mollo lit et mime en italien un extrait de Récits d’une femme de Dario Fo et France

Rame… Un millier de personnes sont rassemblées au Grand Palais de Lille pour fêter, avec trois jours d’avance, la Journée de la femme. Une majorité de femmes, de la grand-mère à la plus jeune, de toutes les origines. L’ambiance est chaude et festive, les ap- plaudissements nourris, le spectacle varié. On pour- rait croire à une trêve au milieu de la campagne élec- torale. Et pourtant… Même cet événement fédérateur a réussi à échauder les esprits. La décision d’avancer la fête, traditionnellement or- ganisée le 8 mars, suscite une mini-tempête dans le monde politique lillois. Pour la Mairie, il s’agit d’un ajustement pour ne pas enchaîner la Journée de la femme samedi prochain et le premier tour des élec- tions dimanche. Pour l’opposition, c’est une mani- pulation du calendrier à des fins électorales. « Je suis furieux ! s’emporte Étienne Forest, candidat social- démocrate. Martine Aubry a avancé la soirée au 5 mars pour que les journaux lui fassent de la pub, alors qu’ils n’auraient pas pu le faire le 8. Soit, mais dans ce cas, qu’elle mette les 4 000 invités dans ses frais de campagne, pas sur le budget de la Mairie. » Le candidat, qui accuse la maire de « se croire au-dessus des lois », a déjà monté un dossier avec son avocat pour déposer un référé. « C’est

le plus gros scandale de cette campagne » conclut-il. À l’UMP, les réactions sont plus réservées, teintées de cynisme : « Tous les maires sortants, quelle que soit leur couleur politique, sont tentés de manipuler le calendrier à leur avantage, s’amuse Loïc Lesserre, conseiller mu- nicipal de l’opposition. C’est un mélange d’artifice, d’électoralisme et d’opportunisme, et c’est bien dommage, car la Journée de la femme vaut mieux que ces tripatouil- lages politiques. » Les suspicions sonnent pourtant creux, à mesure que la fête se déroule sans la moindre allusion politique. Poétesses, musiciennes, danseuses et metteurs en scène sont, seules, mises à l’honneur. Tout au plus Martine Aubry valorise-t-elle, par le programme cos- mopolite de la soirée, sa politique multiculturaliste. Et refuse d’aborder la question électorale. « On a bien vu ce soir que ce n’est pas une réunion politique, comme tous les ans c’est une grande fête pour lutter contre la dis- crimination féminine », souligne Danielle Poliautre, ad- jointe au développement durable. Les accusations semblent d’autant moins convaincantes que d’autres villes ont fait le même choix que la mairie de Lille, à commencer par Paris. Alors, ultime manœuvre pour capter des voix ou banale adaptation du calendrier municipal ? « C’est peut-être un coup de pub, on ne sait pas », admet Audrey, 27 ans, danseuse de hip-hop. Elle est pourtant dubitative. « De toute façon, quand les gens votent, ce n’est pas le jour J qu’ils choisissent. Une date ou une autre, ça ne va pas changer grand chose. »

Le FN s’allie aux Identitaires

Par Flore Thomasset

L a Fédération identitaire, groupe xénophobe et régio- naliste, composé par les

déçus d’un FN jugé « ramolli », s’impose dans le Nord. N’ayant pas reçu l’investiture du FN à Lomme, Luc Pécharman s’est allié à Virginie Crépin, responsable de la Fédération identitaire Flandres qui revendique de « très bonnes rela- tions » avec le sulfureux Vlaams Be- lang belge. Trois Identitaires ont rejoint la liste de Luc Pécharman, qui tenait hier soir son dernier meeting, sous le slogan “Rendre Lomme aux Lom- mois”. Au cœur de la campagne, la remise en cause de l’association avec Lille : « La fusion coûte aux

contribuables lommois, puisque la dette par habitant pour Lille (717 euros) est beaucoup plus importante que pour Lomme (446 euros). Parmi les thèmes chers à l’extrême droite, Luc Pécharman reprend ceux de la sécurité et de la famille. L’arri- vée des Identitaires sur la liste y ajoute la culture. « Cela passe par la réhabilitation de nos monuments ou l’apprentissage du néerlandais dans nos écoles. » La présence des Identitaires sur une liste dans une ville de 28 000 habitants constitue une reconnais- sance importante. Jusqu’alors, les Identitaires n’étaient qu’un grou- puscule violent, né d’Unité radi- cale, dissout en 2002 après l’atten-

tat manqué d’un proche du mou- vement contre Jacques Chirac. Au- jourd’hui, les Identitaires progres- sent sur l’échiquier politique local. Carl Lang, président du groupe FN au Conseil de région du Nord- Pas de Calais, déclarait début no- vembre : « Je suis agréablement sur- pris par le travail fourni par les Identitaires depuis cinq ans. Je ne vois pas pourquoi on exclurait certaines mouvances de l’extrême droite. » Au niveau national, Marine Le Pen critique avec virulence le groupus- cule, rejetant officiellement toute alliance avec le FN. Mais officieu- sement, selon Fabrice Robert, le leader des Identitaires, les contacts sont pris.

Bulletins dans la nature ROUBAIX. Slimane Tir, candidat des Verts, a convoqué hier soir la
Bulletins
dans la nature
ROUBAIX. Slimane Tir, candidat des
Verts, a convoqué hier soir la presse.
Motif : selon lui, « des milliers » de bul-
letins de vote, au nom des Verts, n’ont
pas été envoyés aux bureaux électo-
raux. S’apercevant de cette absence, il
a enquêté et retrouvé lui-même les bul-
letins. Oubli ou acte volontaire ? Selon
le candidat, la deuxième option serait à
privilégier… Tout sur cette affaire dans
notre édition de samedi.
Où habite
Bernard Six ?
CROIX. Ira, ira pas ? À l’heure actuelle,
la présence de Bernard Six (Nouveau
Centre) à Croix pour les municipales
n’est pas garantie. En cause: l’absence
de domicile du maire sortant sur le terri-
toire de la commune. « Au 1 er janvier
2008, je suis inscrit au rôle des contribu-
tions pour (posséder) un garage et inscrit
sur les listes électorales », a déclaré Ber-
nard Six. Cependant, aucune trace n’éta-
blit que le candidat a payé des impôts
avant cette date. La menace d’une inéli-
gibilité pèse donc toujours pour l’édile.
Le forcing
de Vanneste
TOURCOING. Carnet de notes dans
une main, DVD promotionnels dans
l’autre, Christian Vanneste arpente les
rues de Tourcoing au pas de charge. Le
controversé candidat UMP profite des
derniers jours de la campagne pour
faire du porte-à-porte. « Cela permet de
vraiment connaître le terrain. » Mercredi
après-midi, accompagné d’une dizaine
de militants, il profite de son statut de
député pour s’enquérir des problèmes
des habitants et promettre des solu-
tions. « Bonjour madame ! Difficile le sta-
tionnement dans cette rue, non ? » « Vous
avez des problèmes d’insécurité dans le
quartier, je crois… » Ceux qui choisis-
sent d’ouvrir leur porte racontent leurs
soucis, même si plusieurs habitants ne
le connaissent pas. Devancé dans les
sondages par la gauche, Christian Van-
neste pourrait se rallier au Front Natio-
nal dans l’entre-deux tours.
Les Verts se livrent
NPDC. La région Nord-Pas de Calais
compte trois maires écologistes. Jean-
François Caron, Luc Coppin et Bernard
Weisbecker ont décidé d’écrire un livre
en commun. Le titre : « La contribution
des maires verts et écologistes. En gé-
rant une ville, on quitte la sphère de
l’idéologie, on agit sur le terrain ; pour
nos collègues, on est parfois considérés
comme des bêtes curieuses », a déclaré
Luc Coppin. Objectif annoncé de l’ou-
vrage : définir l’engagement et la sensi-
bilité des Verts à l’échelle municipale.
Brigitte Mauroy
réplique aux attaques
LILLE. Mise en cause par l’hebdoma-
daire Charlie Hebdo, qui l’accusait de
justifier l’excision, Brigitte Mauroy s’est
défendue hier devant la presse. Soute-
nue par Sébastien Huyghe et le Dr Mau-
rice Laude, ancien doyen de la faculté
de médecine d’Amiens, la numéro 2 sur
la liste UMP à Lille a contre-attaqué. « Je
n’ai pas à me justifier. Je suis indignée en
tant que femme, en tant que femme mé-
decin, (…) et en tant que citoyenne », a-
t-elle dit. À suivre dans notre édition de
samedi.
Photo : Jérémy Marot
Photo : DR

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

E N R É G I O N

Dans la cour des grands ?

HHEELLLLEEMMMMEESS

C’est un peu David

contre Goliath. Dans une ville dirigée pendant près de deux décennies par Bernard Derosier, président du Conseil général, une association politique fait trembler les élus:

Les gens d’Hellemmes.

Par Florian Pottiez

Tête de liste, Nabil El-Haggar ne veut plus qu’« à l’avenir, un élu préside une
Tête de liste, Nabil El-Haggar ne veut plus
qu’« à l’avenir, un élu préside une association »
Photo : FP

P etit Poucet des municipales de 2001, la liste Les gens d’Hellemmes avait déjoué

tous les pronostics en échouant de peu der-

rière la liste PS de Bernard Derosier lors de la trian- gulaire avec le FN au second tour. Crédité de 18,68%

des voix au premier tour et de 36,77% au second en 2001, les gens d’Hellemmes étaient parvenus à ravir six sièges au Conseil munici-

pal. Dimanche, ils devront se mesurer à la liste de Gilles Pargneaux (PS), de Caroline Vannier (UMP) et de Ludovic Coupin (Verts). Désormais ac-

teurs majeurs et atypiques de la vie locale hellemmoise, Nabil El-Haggar et ses co- listiers entendent poursuivre leur ascension. « On a l’impression que le temps s’est arrêté à Hellemmes. On ne veut pas d’une ville dortoir. On veut lui redonner vie », revendiquait, mercredi soir lors d’une réunion, le can- didat Gérard Burnol, martelant ainsi la profession de foi de ces « citoyens-acteurs. » S’appuyant sur des va- leurs de gauche sans pour autant être affiliée à un parti, cette association à but politique veut proposer une alternative plus dynamique. « En général, il est d’usage que le monde associatif ne se mêle pas à la vie poli- tique mais nous, on veut offrir une éducation politique et ci-

toyenne », explique Anne Lefèvre, numéro 2 sur la liste

et conseillère sortante. Une particularité qui leur coûte une absence de subvention aussi bien de la mairie que d’un parti politique. C’est de leurs poches que pro- viennent les 5 000 euros déboursés pour la campagne. « On est devenu la réserve foncière ou la résidence secon- daire du Conseil général », s’insurge Nabil El-Haggar. Pour la tête de liste, la situation ne peut plus durer. Il souhaite améliorer la concertation et l’information avec la mise en place de

Maisons des Gens et de Conseils de Rues. Le manque d’équipements culturels et la dégrada- tion des rues font aussi

partie des grands chan- tiers du mouvement. « La priorité du prochain mandat est de rattraper le niveau des quartiers de Lille. Il faut re- donner une identité à la ville. » Avec ce scrutin municipal, Hellemmes, vieille ville ouvrière, très ancrée à gauche, semble être à un tour- nant de son histoire. « Si la municipalité actuelle venait à remporter les élections, j’ai bien peur que ce soit les der- nières que nous vivions ici », s’inquiète Nabil El-Hag- gar. La crainte que leur ville soit rattachée à Lille dans un avenir proche est dans leurs têtes. Une vic- toire de cette liste sans étiquette politique marquerait la fin de la politique de l’ère Derosier.

« ON A L’IMPRESSION QUE LE TEMPS S’EST AR- RÊTÉ À HELLEMMES »

Guerre des gauches à Villeneuve-d’Ascq

[voir aussi notre article page 2 ]

« P our cette élection, j’ai le vent dans le dos. » La division de la gauche à Villeneuve-

d’Ascq ne semblait pas inquiéter le maire sortant, Jean-Michel Stieve- nard (PS), lors de son dernier mee- ting avant le premier tour. Mer- credi, entre un concert de gospel et deux démonstrations de hip hop, l’édile a placé la soirée sous le thème de l’union et du rassemble- ment. Un thème que ses colistiers reflètent fidèlement : membres de Lutte ouvrière, d’Avenir écolo ou du Parti socialiste, étudiants et re- traités, hommes et femmes, d’ori- gine française ou d’ailleurs…

Cette image d’Épinal n’a cepen- dant pas pu faire oublier l’autre liste de gauche indépendante, celle

de l’ex-PS Gérard Caudron. L’om- bre de l’ancien maire a plané sur la soirée sans qu’il ne soit jamais nommé. Le directeur du comité de soutien de Stievenard, Claude Vandeputte, a ouvert les hostilités, évoquant les déboires de Caudron avec certains de ses colistiers, es- timant que « ce climat de perpé- tuelle suspicion est invraisembla- ble et la politique du rentre- dedans qu’il affectionne est dan- gereuse. » Revenant sur les ten- sions entre les listes de gauche, il a jugé que « nous, nous n’avons jamais mis en cause notre adver- saire, voilà notre différence. » À la tribune, Jean-Michel Stieve- nard a continué sur cette lancée, ironisant sur les listes concur-

Par Séverine Rouby

rentes, « le MoDem inexistant » et « la droite tétanisée » car « on la reconnaît pour ce qu’elle est, le parti du Président qui a tant déçu et rendu indigne la direction de l’État. » Mentionnant la liste de Caudron à demi-mot, il a estimé « qu’on a voulu nous entraîner dans des querelles, on a préféré s’engager contre la droite ». Après le meeting, le maire sortant s’est toutefois laissé aller à quelques piques plus prononcées. « Je suis le candidat légitime, Caudron est une candidature d’aventure personnelle et n’in- carne pas l’avenir » avant de conclure : « Notre victoire serait le triomphe de la conviction contre la méchanceté. »

L’opposition défend son bilan SAINT -ANDRÉ. Maire de 1989 à 2001 avant de perdre son
L’opposition
défend son bilan
SAINT -ANDRÉ. Maire de 1989 à 2001
avant de perdre son siège au profit
d’Olivier Henno (Modem), Paul Laue-
rière (PS) invoque le passé pour envisa-
ger l’avenir à l’Hôtel de ville de Saint-
André. Mercredi soir, devant environ
quatre-vingts personnes, il a tenu à
« rectifier quelques erreurs profitant à
une majorité qui veut prouver qu’elle fait
tout plus vite que tout le monde ». Et le
socialiste d’égrainer les crèches, can-
tines, maisons de retraite, « des réalisa-
tions lancées sous (son) mandat dont Oli-
vier Henno s’est arrogé l’inauguration ».
Pour Paul Lauerière, le maire sortant,
se « cache derrière une forme d’apoli-
tisme » en insistant sur les personnalités
d’ouverture qui composent sa liste, si
bien « qu’on en oublie les idées poli-
tiques. »
Mort de Robert
Hazebrouck
BEUVRY. À la veille des municipales,
Beuvry est endeuillé. Robert Haze-
brouck (indépendant), maire de la ville
entre 1997 et 2007, est décédé ce mer-
credi à l’âge de 59 ans, des suites d’une
maladie cardiaque. En juin dernier
déjà, cet universitaire avait dû laisser sa
place à Voltaire Bouque pour raisons de
santé. Son mandat reste marqué par
l’assainissement des finances de la
ville, mais aussi par le détachement de
Beuvry par rapport à Béthune en 1997,
qui avait rendu à la ville sa pleine indé-
pendance.
Marine Le Pen s’offre
un DVD de campagne
HÉNIN-BEAUMONT. Marine Le Pen
s’offre un joli coup de pub. La candidate
Front national a cassé sa tirelire pour
faire réaliser une vidéo par des produc-
teurs parisiens qui ont souhaité rester
anonymes. Ce sont quelque 11 000 DVD
qui ont été distribués ces derniers jours
dans les boîtes aux lettres de Hénin-
Beaumont. Coût de l’opération :
10 000 € soit un tiers du budget de cam-
pagne de la candidate. Sur ce film, d’un
peu plus de cinq minutes, des habitants
témoignent sur ce qu’ils attendent de la
candidate frontiste. Des points de cam-
pagne clés, tels que la solidarité, le tra-
vail, l’insécurité ou encore les impôts lo-
caux sont au cœur de leurs
préoccupations. Et pour cause : ils ne
sont autres que les membres de la pro-
pre liste de Marine Le Pen.
Sur la liste du MNR…
à son insu
ROUBAIX. Philippe Loridan, un chô-
meur de 34 ans, a découvert avec effa-
rement qu’il figurait avec sa compagne
sur la liste du MNR. Il affirme avoir été
victime d’un abus de confiance, ce que
conteste Luc Van Engelandt. Lui et sa
compagne Séverine Vandenberghe,
également colistière à son insu, ont dé-
cidé de porter plainte. « C’est ma fille
de 12 ans qui en feuilletant les docu-
ments électoraux m’a lancé: dis papa, il y
a ton nom et celui de maman aussi. »
Philippe, un électeur de gauche, est
tombé des nues [voir notre édition du
samedi] !

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

L’ E N J E U

L’ E N J E U

L’ E N J E U

LMCU en ligne de mire

Séverine Fiévet et Flore Thomasset

MÉTROPOLE. Pour Martine Aubry et Marc-Philippe Daubresse, candidats à Lille et Lambersart, le véritable enjeu, c’est le 18 avril et l’élection du président de la communauté urbaine de Lille. Un duel attendu entre deux personnalités controversées.

errière les élections municipales, la présidence de Lille métropole com- munauté urbaine (LMCU) est en jeu.

Les 170 conseillers de LMCU pourraient bien voir leur majorité basculer à droite. Car aucun des can- didats déclarés jusqu’ici ne fait l’unanimité… même dans son propre camp. Le challenge est pourtant de taille : succéder au fondateur de la communauté urbaine : Pierre Mauroy (PS). Le 18 avril, le duel pour la tête de LMCU oppo- sera Martine Aubry (PS), la candidate lilloise, à Marc-Philippe Daubresse (UMP), son homologue à Lambersart. Pour ces deux poids lourds régio- naux, si la campagne pour les municipales s’est ré- vélée assez confortable, la bataille pour la prési- dence s’annonce acharnée. Auréolée de sa victoire probable à la mairie de Lille, Martine Aubry part favorite. De son côté, pas question de parler de son projet pour LMCU avant les municipales, même si son équipe reste

. D

Photo : Raphaelle Laurent Photo : DR
Photo : Raphaelle Laurent
Photo : DR

Pour Martine Aubry et Marc-Philippe Daubresse, l’enjeu dépasse le cadre de la commune.

équilibre et avec le maire de Lille, elles pourraient crain- dre que leurs intérêts soient mal défendus ». Politicien aguerri, bien implanté dans la région, il connaît les acteurs locaux et a déjà présenté son programme. Martine Aubry à la mairie de Lille, Marc-Phililippe Daubresse à LMCU, plusieurs points de blocage pourraient compromettre les politiques locales comme la gare TER de Lille-Sud

voulue par la maire de Lille, alors que son concurrent défend plutôt une nouvelle gare TGV

européenne. « Ils n’ont pas la même vision de choses à long terme : Marc-Philippe Dau- bresse a un programme très axé sur le Sud de la métro- pole, que fera-t-il pour le Nord ? », s’interroge Grégory Vandenberghe, animateur fédéral des jeunes socia- listes du Nord. Dans ce duel gauche-droite, deux éléments feront pencher la balance. Le basculement de Tourcoing à

droite serait un élément fort pour Marc-Philippe Daubresse, même s’il minimise l’enjeu : « Tourcoing n’est pas une condition ni nécessaire ni suffisante. » Pour lui, c’est Henri Ségard, président du groupe Mé- tropole passion commune, qui arbitrera l’élection. Il chapote une équipe de 47 conseillers sans éti- quette alors qu’il faut 85 sièges pour obtenir la ma- jorité. De sensibilité plutôt de droite, il se rêvait en adversaire de Martine Aubry à la mairie de Lille. Il aurait alors soutenu Marc-Philippe Daubresse à LMCU, mais ce dernier a refusé le marché. Henri Ségard prolonge le suspens. « Aucun de nos élus ne doit prendre position avant les municipales. Il n’y a rien de gagné ni pour l’un ni pour l’autre », tempère Hélène Garidel, directrice de cabinet du groupe Métropole passion commune. Marc Philippe Daubresse en a bien conscience : « L’appui de Henri Ségard est fonda- mental, s’il soutient ma concurrente, ma candidature n’a plus de sens. »

confiante. « Je pense qu’on va facilement gagner Tour- coing, et je n’ai pas plus d’inquiétude pour LMCU que pour Lille », confie Pierre de

Saintignon, premier adjoint et porte-parole de Martine Aubry. Mais son fort caractère pourrait

bien lui poser problèmes: prési- der LMCU, c’est savoir jouer des alliances, provo- quer le consensus. « Jamais Lille n’a fait l’objet d’au- tant de concertation. C’est le première fois depuis cinq mandats que le parti communiste et les verts vont au bout », se défend Pierre de Saintignon. Pour l’out- sider, Marc-Philippe Daubresse, « être maire de Lille est un handicap. Les petites communes chercheront un

DIVERGENCES

D’OPINIONS

Daubresse mise sur l’économie et l’habitat

Alors que Martine Aubry refuse d’exposer son programme avant la fin des élections municipales, Marc-Philippe Daubresse a dévoilé le sien. Son projet s’organise autour de deux principaux axes :

l’économie et l’habitat.

Économie

Réviser le Plan local d’urbanisme (PLU) pour déve-

lopper le foncier économique afin de permettre aux entreprises de s’implanter.

Développer un bassin d’emploi transfrontalier.

Développer les partenariats publics-privés.

Promouvoir les nouvelles technologies et l’implanta-

tion d’industries high-tech à forte valeur ajoutée.

Accueillir une agence nationale pour l’environne-

ment.

Créer une agence pour le développement écono-

mique pour développer les entreprises existantes et promouvoir la métropole à l’échelle internationale.

Habitat

Réviser le PLU et libérer le foncier.

Mettre en place un plan d’urgence pour les loge-

ments très sociaux.

Expérimenter une baisse des charges sociales de

25 % dans le parc public.

Généraliser l’accession à la propriété à mensualité

modérée sur le fondement d’un foncier à bas prix, des prêts à taux zéro et une TVA à 5,5 % dans certains quartiers.

Développer le parc locatif privé : multiplier les loge-

ments à loyers conventionnés, vendre 500 à 1 000 loge- ments sociaux par an.

Développer une politique de logement HQE : expé-

rimenter un éco-quartier et rendre obligatoire le COS énergétique (Coefficient occupation du sol).

Communauté urbaine, mode d’emploi

Séverine Fiévet et Flore Thomasset

A l’issu du deuxième tour des municipales, la dé- signation des membres du conseil de Lille mé- tropole communauté urbaine se fait par les

conseillers municipaux. Ses membres voteront, le 18 avril, pour élire leur président. Le conseil est composé de 170 membres représentant 85 communes, dont 29 pour Lille, 13 pour Roubaix, 12 pour Tourcoing et 9 pour Villeneuve d’Ascq. Les petites communes, elles, sont surreprésentées car

chacune possède au moins une voix quel que soit son nombre d’habitants. La communauté urbaine a pour mission d’accompa- gner les politiques de la ville dans la métropole. Elle est compétente dans les domaines de l’aménagement du territoire, l’habitat, les équipements urbains. Elle prend également en charge les transports et services publics, la voirie, l’eau… Enfin, elle gère le musée d’Art moderne de Villeneuve-d’Ascq et le Stadium Lille-Métropole.

Répartition des membres du conseil de la communauté urbaine (Nombre de sièges par groupe) D
Répartition des membres du
conseil de la communauté urbaine
(Nombre de sièges par groupe)
D ivers gauche
D ivers droite
G rou pe des Verts
UDF
et apparentés
8 9
G rou pe socialiste
et apparentés
47
11
UMP
60
22
FN
3
G rou pe
9
communis te
Non insc rit

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

P O I N T S D E V U E

P O I N T S

D E

V U E

P O I N T S D E V U E

Des novices en campagne

WWAASSQQUUEEHHAALL eett LLIILLLLEE

IIllss ssoonntt ééttuuddiiaannttss eett cchhooiissiisssseenntt

Étienne Diot est 29 e sur la liste de Sébastien Huyghe photo : Jonathan Roux
Étienne Diot est 29 e sur la
liste de Sébastien Huyghe
photo : Jonathan Roux

ddee ssee pprréésseenntteerr ssuurr uunnee lliissttee ppoouurr lleess mmuunniicciippaalleess QQuueesstt--ccee qquuii lleess mmoottiivvee ??

Par Jonathan Roux

L undi 3 mars, 20 h.

waele accueille à

l’entrée de la salle Gérard Philippe le public venu pour Didier Debels (PS), tête de la liste d’ouverture Wasquehal au- trement. Qui se serait douté, six mois plus tôt, que Benjamin se- rait sur cette liste en 19 e posi- tion ? Personne, pas même lui. Car pour ce jeune de 19 ans, la politique c’était avant tout ma- nifester dans la rue et coller des affiches. Jamais il n’aurait pu imaginer se retrouver aussi im- pliqué dans la vie politique de la ville qui a bercé son enfance. Sa présence sur cette liste, il la doit bien sûr à Didier Debels. Durant l’année 2007, Benjamin et lui se croisent maintes fois à l’occasion de la campagne pré- sidentielle puis législative.

Benjamin Vande-

« Nous avons vite sympathisé, se souvient Benjamin. Et puisque

j’étais assez motivé pour faire bou- ger Wasquehal, je n’ai pas hésité longtemps. » Car finalement,cet étudiant en licence de maths se dit qu’il n’est pas impossible de concilier son cursus universi- taire et ses envies politiques :

politique, c’est pour défendre ses opinions et ses valeurs.

« Mais ce que je veux avant tout, c’est m’occuper des autres », lance-t-il entre deux tracts dis- tribués sur le marché de Wa- zemmes. Issu d’une famille engagée en politique dans son village de Picardie, ce res- ponsable ad-

joint des jeunes UMP de Lille n’en est pas à son coup d’es-

sai et a des am- bitions concrè- tes pour la capitale des Flandres. « Après cinq années d’études et d’investissement dans la vie locale, j’ai acquis une cer- taine expérience et une bonne connaissance du terrain. Une liste municipale se doit de représenter toute une mosaïque d’habitants, y compris les jeunes », conclut-il, déjà rompu à la langue de bois.

« C’est une acti- vité que j’ai en

plus, je veux faire évoluer ma ville au sein d’une équipe

« JE N’AI PAS HÉSITÉ LONGTEMPS »

municipale, tout simplement. C’est une occupation qui demande beaucoup d’investissement, mais la motivation est la même que pour les engagements sportifs, culturels ou associatifs. » Ce sentiment va plus loin pour Étienne Diot, étudiant de Science-Po Lille. Ce jeune de 23 ans est 29 e sur la liste UMP de Sébastien Huyghe, à Lille. Si Étienne s’investit autant en

Dans la maison de retraite Edilys, à Lille Photo: Séverine Fievet
Dans la maison de retraite
Edilys, à Lille Photo: Séverine Fievet

Par Séverine Fiévet

LLIILLLLEE

de retraite, des résidents oubliés des candidats tentent de s’intéresser aux élections municipales.

Derrière les murs des maisons

Les municipales peinent à motiver nos aînés

I ls ont entre 85 et 95 ans. Pour eux, les élections municipales, c’est avant tout ce qui se passe dans un lointain

et brumeux “dehors”. Ces résidents de la maison de retraite lilloise Edilys, près de Gambetta, n’ont pas reçu les pro- grammes des candidats. De quoi am- plifier leur sentiment de vivre dans une bulle hermétique à la vie municipale. « On est un peu à l’écart de tout ce qui se passe dehors, alors je n’ai pas trop suivi les programmes. Je crois que Martine Aubry est intallée dans son fauteuil pour assez long- temps de toute manière », explique un ré- sident de la maison de retraite, un peu fataliste. « On vit en milieu fermé ici, alors il n’y a pas de choses bien importantes », lance son voisin. Une autre, un peu gênée, avoue qu’elle ne sait pas qui sont les principaux candidats. « Je ne m’y suis pas tellement intéressée », lâche-t-elle du bout des lèvres. Beaucoup ne voient pas les enjeux, se sentent en décalage et peu concernés par les programmes, mais tous iront aux urnes dimanche. « J’ai toujours ex- primé mes opinions, le droit de vote c’est une liberté que je souhaite à tous les peuples du monde, mais j‘avoue que je ne me suis pas

intéressé aux programmes. Je suis un peu las et je sais déjà pour qui je vais voter. La ville n’est pas mal gérée mais je souhaite que la couleur politique change », poursuit le même résident.

Personnalités . D’autres sont plus im- pliqués. Pour cette habituée des urnes qui s’y rend depuis que les femmes ont le droit de vote, « aux municipales, mis à part les extrêmes, le parti politique a peu d’importance. On vote pour une personna- lité, Martine Aubry, on a vu ce dont elle était capable, son concurrent, on n’en sait rien. Je compte sur elle pour améliorer les transports dans la ville, prévoir des places de parkings devant les maison de retraite, comme ici, où on ne peut jamais se garer ». Une autre se lance dans une bataille verbale avec sa voisine de table : « Je ne suis pas d’accord avec vous c’est très impor- tant d’aller voter dimanche, l’abstension, c’est quelque chose de très grave. » À 95 ans, cette résidente a déjà choisi son favori :

pour elle, se sera Sébastien Huyghe. « Je pense à tous ceux qui n’ont pas de travail. Elle, elle ne propose rien pour eux. Pour moi l’emploi c’est ce qu’il y a de plus important. Il faut penser aux jeunes. »

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

F O C U S

F O C U S

F O C U S
Calais Dossier réalisé par : REPÈRES ∆ Habitants : 73 200 ∆ Taux de chômage
Calais
Dossier réalisé par :
REPÈRES
∆ Habitants : 73 200
∆ Taux de chômage : 14 %
∆ Maire sortant : Jacky Hénin (PC)
∆ Nombre de listes : 6
Jonathan Roux,
Gaël Arcuset,
Florian Hervieux
et Éric Filliastre
Photo : Jonathan Roux L’impasse migratoire sur le devant de la scène
Photo : Jonathan Roux
L’impasse
migratoire
sur le devant
de la scène

L a vague de froid qui vient de s’abattre sur la France n’a pas épargné Calais. Sur le

port, à proximité du phare, les quelques centaines de migrants finis- sent de prendre leur repas chaud et de faire le plein de couvertures distri- buées par les bénévoles de l’associa- tion humanitaire Salam. Il est temps d’aller dans la “jungle” - sorte de “no man’s land” boisé improvisé par les réfugiés, pour pouvoir dormir tran- quille. Demain, ils retenteront de pas- ser la douane pour rejoindre l’Angle- terre. En repartant du dock par petits groupes, certains ne prennent pas garde et se font surprendre par un ca- mion de CRS prêt à les interpeller. Les bénévoles accourent aussitôt pour apporter leur soutien. Cette fois-ci, la tentative des policiers échouera. Une situation qui, avec le temps, est deve- nue habituelle pour Calais.

qui, avec le temps, est deve- nue habituelle pour Calais. Victime de sa situation géogra- phique,

Victime de sa situation géogra- phique, la ville compte chaque jour plus de 400 migrants sur son terri- toire. Elle devient ainsi le point de convergence des routes migratoires vers le Royaume-Uni, qui se trouve à moins de 35 km de ses côtes. Il est

donc très difficile pour les six candi- dats aux élec-

tions munici- pales de faire l’impasse sur ces mouvements de populations, dont la situation est très préoccupan- te. « Avec la ferme- ture du centre de Sangatte, les réfu-

giés n’ont pas d’autres choix que d’investir les plages la nuit et la ville de Calais le jour, déplore Sylvie Copyans, bénévole de Salam. Trouver des solutions pour ces migrants devient plus qu’urgent. Ce n’est pas seu-

lement le problème de l’État, c’est aussi celui de Calais ! » Sur les six candidats qui briguent la mairie, cinq d’entre eux ont l’ambition de solutionner la situation des migrants. En effet, seul le FN, mené par François Dubout, ne juge pas utile de faire quoi que ce soit pour ces “illégaux”. Le projet le plus

important est sans doute celui de Ca- therine Bourgeois, tête de liste des Verts. Engagée de- puis quatre ans dans le collectif de soutien d’urgence aux réfugiés, elle propose un centre

de jour qui pour- rait accueillir les migrants afin de ra- tionaliser et d’optimiser le dispositif d’aide humanitaire. Pour l’écologiste, c’est avant tout à la mairie d’apporter une aide au fonctionnement d’une

« CE N’EST PAS SEULEMENT LE PROBLÈME DE L’ÉTAT, C’EST AUSSI CELUI DE LA VILLE ! »

telle structure. Un avis partagé par Dominique Wailly (LO) et Jacky Hénin, maire communiste sortant, qui travaille déjà sur ce projet « d’antenne de jour ». Pour ce qui est de « la liste d’ouverture populaire et sociale » menée par Natacha Bouchart, la construc- tion d’un tel centre aurait pour effet immédiat de reconstituer le phéno- mène « d’aspiration » connu à San- gatte. Selon la candidate UMP, « il faut envisager des espaces sanitaires, de soins et de distribution de repas dans des lieux dif- férents pour éviter les points de rassemble- ment et de fixation favorisant l’activité des passeurs ». Pour gérer la situation, elle propose d’autre part la création d’un conseil de migrants qui rassemblerait la municipalité, l’État et les représen- tants des associations humanitaires. Une solution à laquelle Laurent Rous- sel est favorable. Toutefois, le candi- dat de la LCR semble penser que « c’est au niveau national qu’il faut revoir toute la politique de migration. »

La Pression de mars

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Vendredi 7 mars 2008

F O C U S

Contre Sarkozy ou pour Calais ? CALAIS. Alors que la campagne bat son plein, Le
Contre Sarkozy
ou pour Calais ?
CALAIS. Alors que la
campagne bat son plein,
Le Parti communiste de
Jacky Hénin et la liste
d’ouverture de Natacha
Bouchart s’affrontent sur
l’enjeu des élections :
faut-il élire un maire ou
sanctionner un
gouvernement ?
«
Les militants DU PCF
iront accrocher ces
affichettes aux portes
des Calaisiens.
Photo : Éric Filliastre

D

imanche 9 mars, votez non à Sarkozy et oui à Calais ! » Tels sont les panonceaux

que les militants communistes iront accrocher aux portes des Calaisiens dans les prochains jours. Il faut dire que le PCF n’y est pas allé de main morte sur ses tracts. D’un côté, une face rouge avec le portrait de Jacky Hénin, le maire sortant, et une invitation à voter communiste. De l’autre, une photo en noir et blanc de Nicolas Sarkozy, la main sur l’épaule de Natacha Bouchart. Les communistes sont très critiques envers la liste d’ouverture de la candidate UMP, qui a su rallier le MoDem et certains socialistes déçus de la politique de Jacky Hénin [voir en page suivante]. « Aujourd’hui, la droite essaye de se camoufler. Il faut qu’on rétablisse la vé- rité », affirme Jean-Claude Vanzavelberg. Pour l’adjoint

à la communication de la mairie, la situation est claire :

Natacha Bouchart est la représentante à Calais de la politique de Nicolas Sarkozy. « Elle répète en permanence que les frais de fonctionnement de la ville sont trop élevés, au niveau du personnel notamment. Si elle était élue, elle conti- nuerait à casser le service public, ce qui correspond à la poli- tique de la droite au niveau national. » Pourtant, le communiste reste conscient des enjeux du suffrage. « Ce ne sont pas des élections présidentielles, mais des élections locales. Il faut juste rappeler aux électeurs la vé- ritable affiliation de chaque candidat. ». De son côté, la candidate UMP fait tout pour recentrer le débat au ni- veau local. Sa prochaine réunion publique aura lieu ce vendredi. Objectif annoncé : « Faire passer nos derniers messages de campagne. Ma démarche sera d’expliquer que je ne suis pas la méchante femme de droite que l’on présente. » Là encore, les tracts sont emblématiques : une liste

d’union de Calaisiens, Fiers d’être Calaisiens, qui re- cueille des “paroles de Calaisiens”… Bref, une alliance composée de personnalités politiques diverses, mais qui s’accordent sur un point : l’enjeu, c’est Calais. « Le maire essaye de politiser les débats à l’extrême en les re- situant au niveau national alors qu’ils portent avant tout sur le plan local », affirme Philippe Blet, socialiste et nu- méro 2 sur la liste de Natacha Bouchart. « Jacky Hénin se cache derrière la politique nationale pour masquer son ab- sence de programme, notamment en matière d’emploi », ren- chérit Michèle Courmont, du MoDem. Une affirmation qui fait bondir Jean-Claude Vanza- velberg : « Ce n’est pas à Calais que se joue la politique na- tionale et industrielle de la France ! » Sarkozy ou Hénin pour le Parti communiste, Hénin ou Calais selon Na- tacha Bouchart : le choix sera-t-il vraiment clair pour les électeurs calaisiens ?

sera-t-il vraiment clair pour les électeurs calaisiens ? Nom : Bouchart Prénom : Natacha Âge :
sera-t-il vraiment clair pour les électeurs calaisiens ? Nom : Bouchart Prénom : Natacha Âge :

Nom :

Bouchart

Prénom :

Natacha Âge : 44 ans Parti :

UMP

Emploi

Création d’un conseil de

développement économique avec les élus. Favoriser l’adap- tation des formations aux be- soins de la population et des entreprises. Création d’un es- pace de congrès et de salons.

Création d’un es- pace de congrès et de salons. Nom : Bourgeois Prénom : Catherine Âge

Nom :

Bourgeois

Prénom :

Catherine Âge : 50 ans Parti :

Les Verts

Aménagement du centre-

ville pour relancer l’attracti- vité économique. Valorisation de la pêche touristique. Créa- tion d’un centre de recherche pour les métiers du dévelop- pement durable.

de recherche pour les métiers du dévelop- pement durable. FN Nom : Dubout Prénom : François

FN

Nom :

Dubout

Prénom :

François Âge : 48 ans Parti :

Projet d’un Palais des

Congrès à Fort-Risban pour l’accueil de séminaires inter- nationaux. Étude pour l’im- plantation d’une compagnie low-cost sur le site de l’aéro- port de Calais-Marck.

low-cost sur le site de l’aéro- port de Calais-Marck. Nom : Hénin Prénom : Jacky Âge

Nom :

Hénin

Prénom :

Jacky Âge : 47 ans Parti :

PCF

Développement des zones

d’activité de Transmarck – Turquerie. Raccordement au réseau ferroviaire et aux zones d’activités du nouveau port prévu en 2015.

Jeunesse

Création d’un conseil mu-

nicipal des jeunes. Création d’un foyer des jeunes et de salles d’animations sportives pour les jeunes au Beau-Ma- rais et au Fort-Nieulay.

Mise à disposition de salles pour les associations de jeunes. Utilisation de produits certifiés dans les cantines sco- laires. Mise en place de zones protégées aux abords des écoles.

Recrutement d’animateurs en musique et en arts plas- tiques chargés d’intervenir dans les écoles aux côtés des enseignants. Création possi- ble d’un skate-park.

Création d’un événement

présentant les jeunes Calai- siens. Favoriser l’accès à la culture pour les jeunes avec la création d’un “pass-jeunes”. Création d’aires de jeux dans les quartiers dépourvus.

Écologie

Création d’une maison de

l’environnement et organisa- tion d’un salon pour sensibili- ser la population. Achat de matériel plus adapté pour net- toyer les trottoirs. Réduire la consommation d’eau potable.

Création de zones vertes

dans le cœur de la ville et de zones piétonnes. Étude du dé- veloppement du train-tram- way. Isolation et emploi des énergies renouvelables pour les bâtiments municipaux.

Remplacement des pou-

belles par des sacs plastiques. Encourager les entreprises à respecter les normes environ- nementales en vigueur. Privi- légier l’esthétique dans le do- maine de l’urbanisme.

Aménagement de la zone

naturelle du Colombier-Vir- val et de la Maison de l’eau. Aménagement de l’espace vert du Boulevard Curie. Ré- habiliter le bois de Campagne comme espace public.

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