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L’ouverture a-t-elle un

sens au niveau local ?


L’analyse exclusive du politologue Rémi Lefebvre en page 2
L e Q uo t i d i e n
d es Mu n i c i p al es 2 0 0 8
r é a l i s é p a r l e s é t ud i a n t s
d e l ’ é c o l e s up é r i e u r e d e
jo u r n al i s m e d e L i l l e

de mars N um é r o 1
J e ud i 6 ma r s 2 0 0 8

Photo : GC/BP

La
nouvelle
donne

Retour sur 48 heures de petites pages 4 et 5


et grandes manœuvres dans la région

Sarkozy à Toulon Un petit tour et puis voilà


Le Président de nouveau Ils ont été élus dès dimanche.
en campagne pour Portraits des maires d’Armentières,
sauver les meubles Jeumont, Maubeuge et Valenciennes.
page 14 page 10 et 11
ÉDITO

« L’ouverture
L’ É V É N E M E N T

L’orange et le melon

n’est
D a n s t o u t e s a s p l e n d e u r, l a
p ol iti que est à l ’œ uvr e.
De to us c ôté s, o n s’ agite .

qu’un gadget »
R éuni ons sec rète s,
tractati ons. C er tain s o nt l a
main sur le tél ép ho ne,
dé cro c he nt à l a p re miè re
son neri e , esp èr ent. I l faut
fic
fi c e le r sa vi cto ire ou bi en
s ’e n do nner l es mo ye ns,
grap pi ll e r q ue lq ue s pl ace s
au co nse i l munic ip al. E t
c omme lo rs d e l a
Pré s ide nt ie l le , a u “c ent r e”
de to ute s l es attenti ons, l e

C
Propos recueillis par Nicolas Kienast
Mo Dem. Co ur tisé de to ute s
p a r t – Fi l l o n e t R o y a l o n t
to us de ux app e lé s à des
a ll i anc es gl oba l es ,
r e f u s é e s p a r Fr a n ç o i s
Bayrou qui pour rait y
l a i s s e r Pa u – l e M o D e m I N T E R V I E W. Débauchages,
ado pte u n c omp o r teme nt à ralliements plus ou moins sincères…
gé o métri e v ariabl e. So utie n
d’ A la i n Jup pé à Bo rde aux , Pour Rémi Lefebvre, chercheur au
i l vi ent é tof fe r le s rangs de Ceraps de l’université Lille 2
Ma r tine Aub r y à L il le o u de
Fr a n ç o i s R e b s a m e n à l’impact des listes d’ouverture sur le
Dij on. À Marsei ll e , malgr é vote des électeurs est assez faible.
l es app el s du p ie d
mul tip li é s pa r Je an -C la ude
Gaudi n, c’ e st ave c l e PS
q u’i l fe ra li ste co mmune . Photo : DR
À Pa r i s , M a r i e l l e d e
Sa r ne z, la ca ndid ate
es munici- penche plutôt à droite aura mairie de Lille qui, de toute
Mo Dem, a te ndu la main à
pales ont clairement intérêt à rallier des façon, lui était acquise. Aubry a
Be r tra nd De l ano ë , s a ns
montré de gens de tendance différente. besoin du MoDem à la Commu-
grand succ ès. À Blo is,
nombreuses listes d’ouver- C’est la fragilité politique qui nauté urbaine parce qu’elle ne
Q u i m p e r, É v r e u x o u M e t z ,
ture. Est-ce un phénomène détermine l’opportunité ou non veut pas être trop prisonnière
l es vo ix o range se ro nt
nouveau lié à la politique d’ouvrir sa liste. des Verts. Les tractations avec
d é t e r m i n a n t e s . Fa c e à t a n t
prônée par Nicolas Sar- le MoDem se sont faites au ni-
d ’ é g a r d s , Fr a n ç o i s B a y r o u
kozy ? Par exemple à Tourcoing, veau cantonal, voire fédéral et
p eut d’ au tant p lus sa v our er
avec le succès de Michel- dépassent la personne de
l ’é ta t d’ i nce r titude d ans
Pas du tout. Les élections lo-
François Delannoy (PS) dès Jacques Richir.
l eq ue l il l aisse l ’UMP et l e
cales ont toujours été beau-
le premier tour…
PS. Ce pe nda nt, ba l anç a nt
coup plus apolitiques que les
On entend souvent que le
de g auc h e à d roi te, a u gré
scrutins nationaux. Il s’agit Absolument. Et cette politique
MoDem brouille les cartes.
du ve nt de s vi ll e s, le
avant tout d’enjeux locaux, les a eu d’autant plus de succès
Son rôle est-il surestimé ?
Mo Dem ri sq ue d’ y p erd re
e n l isi bil ité . Et l es listes ont toujours rassemblé que se trouvait face à lui Chris-
c on v oi tise s ne do i ve nt p as des personnes d’horizons diffé- tian Vanneste (UMP), aux idées Le MoDem brouille les cartes
f ai re o ubl ie r qu’ il ne rents ayant des points de politiques vraiment marquées à dans la mesure où il encourage
re pr ése nte q ue 3, 74 % de s convergence. Ce qui est nou- droite. Du coup, l’ouverture de la politique d’ouverture. Mais il
suff rages au ni ve au veau, en revanche, c’est l’affi- Delannoy et le recentrage de ne faut pas surestimer son rôle
na tio na l. Une p ai ll e q ui ne chage national des politiques son discours, axé sur le thème et la recomposition du paysage
j u s t i fi
fiee p as de p ren dre l e d’ouverture au niveau local. de la sécurité notamment, n’est politique que son irruption a
me lo n. Une fo is le s L’UMP a par exemple publié pas apparu comme particuliè- entraînée. Le clivage gauche-
a ll i anc es co ncl ue s e t l e s une liste de mille candidats rement centriste aux yeux des droite reste très important : les
é le cti o ns bo ucl ée s, l e d’ouverture aux élections mu- électeurs tourquennois. électeurs se sont surtout déter-
nicipales. minés en fonction de ça, et non
À l’inverse, Marc-Philippe
Mo Dem p our rai t al or s se
sur l’existence ou non de per-
À la lumière des résultats Daubresse (UMP), réélu au
v oi r éc ondui t de l a scè ne
sonnalités d’ouverture sur telle
du premier tour, quel bilan premier tour à Lambersart,
p ol iti que co mme un amant
ou telle liste…
peut-on en tirer ? présentait une socialiste en
d ’ u n j o u r.
Jérémy Marot
Ce n’est pas très concluant. De deuxième position sur sa Autre forme d’ouverture,
toute façon, il n’y a quasiment liste. Pourquoi cette ouver- plus traditionnelle, la pré-
que les hommes politiques ture alors que sa victoire sence de listes dites sans
pour penser que ces listes était assurée ? étiquettes, avec des per-
d’ouverture fonctionnent et Cela n’avait rien à voir avec les sonnes issues de la “société
LA PRESSION de mars
permettent réellement de ga- élections municipales. Dau- civile”. Est-ce que ça
gner des électeurs. Ces listes bresse voulait apparaître marche ?
Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de

ne sont que des gadgets pour comme un homme d’ouverture Oui et non. Cela marche pour
2e année (presse écrite et agence) et de PHR.
Refermentation et maturation -
faire parler. On l’a particulière- et de rassemblement en vue de les petites communes, mais
Directeur de la publication :

ment vu pour Sébastien l’éventuelle présidence à la pas pour les villes. Dans les
Pierre Savary

Huyghe (UMP) à Lille, qui a dé- Communauté urbaine, au- villages, les électeurs sont da-
Fermentation -

bauché Brigitte Mauroy [NDLR : jourd’hui plutôt compromise vantage structurés sur des
Directeurs adjoints de la publication :

nièce de Pierre Mauroy]. Si ce avec les résultats du premier identités locales et sur les pro-
Jacky Durand, Sylvie Larrière,
Cyril Petit, et Yves Sécher

nom ne lui a pas permis de ga- tour. grammes. Tout le monde


Houblonnage - Rédacteurs en chef :

gner des voix, il ne lui en a pas connaît celui qui se présente


Hélène Bekmezian, Julien Damien,

fait perdre non plus. À Lille, est-ce justement et donc ses projets pour la
Delphine Lacroix, Jérémy Marot

cette présidence qui a commune. Les logiques de


Embouteillage -

Il n’y aurait donc aucun in- poussé Martine Aubry à


Rédacteurs en chef techniques :
gestion du village et le facteur
térêt à présenter des listes s’allier avec le MoDem de
Guillaume Carré, Jean Décotte,

individuel jouent à plein. En


Alexandra Nawawi, Benoist Pasteau

d’ouverture… Jacques Richir alors que les revanche, en ce qui concerne


Sur le blog des municipales de l’ESJ,

Cela dépend en fait de la so- voix des Verts d’Éric Qui- les villes de plus grande im-
lire, écouter et regarder

ciologie électorale, de l’an- quet lui suffisaient ? portance, les électeurs se dé-
les reportages des deuxièmes années :
http://chroniquesdemars.blogspot.com

crage politique de la ville. Par Tout à fait. Pour Martine Aubry, terminent surtout, encore une
exemple, un candidat de la Communauté urbaine est fois, sur un clivage droite-
École supérieure de journalisme de Lille,

gauche dans une ville à qui bien plus importante que la gauche.
50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex.
Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

La Pression de mars 2 Mercredi 12 mars 2008


L’ E S S E N T I E L

Calais
Hénin et Bouchart
au coude-à-coude
N
Par Jonathan Roux

duel
atacha Bouchart peut-elle
mettre un terme à trente-
sept ans d'investiture com-
muniste à Calais ? C’est ce que tout le
Le
monde se demande dans la capitale de
la dentelle, à l’issue du premier tour
des élections municipales. Avec 36 %
des suffrages, la candidate UMP, tête
de la “liste d’ouverture populaire et so-
ciale”, talonne de près le maire com-
muniste sortant, Jacky Hénin. Pour ce
dernier, c’est évidemment la surprise.
En 2001, le numéro 1 du PCF à Calais
récoltait 47,23 % des voix au premier
tour. Dimanche soir, il ne rassemblait
que 37,7 % des Calaisiens. La douche
froide pour Jacky Hénin ? Selon lui,
pas du tout. Il considère déjà que
« seule la gauche est capable de rassembler
plus de 50 % des suffrages ». En effet, le
communiste n’a pas mis longtemps à
faire les comptes et s’aperçoit que les
voix réunies des Verts, de Lutte ou-
vrière et de la LCR lui apporteraient
plus de treize points supplémentaires
lors du second tour. Une perspective
que Natacha Bouchart ne peut entre-
voir. Pour l’emporter dimanche, elle ne
peut compter que sur ses voix, ou
celles... du FN [voir ci-dessous]. La can-
didate d’ouverture préfère toutefois af-
fronter le duel du 16 mars en rassem-
Photos : Gaël Arcuset

blant les abstentionnistes à sa cause, et


non les voix d’extrême droite. Une
manœuvre pas plutôt habile au vu de
la faible participation de dimanche qui
s'élevait seulement à 56,52 %.

JACKY HÉNIN, NATACHA BOUCHARD


Les arbitres
Pourtant inexistant à Calais en 2001, le PCF, 47 ans. UMP, 44 ans.
Maire sortant (élu depuis 2001) Conseillère régionale
Front National fait figure d’arbitre à
l’occasion de ces élections munici-
pales. Le parti mené localement par
François Dubout a en effet récolté un
peu plus de 12 % des suffrages lors du C’est en 1978, le jour de ses 18 ans, que Jacky Hénin adhère Conseillère de l’opposition dans la municipalité de Calais,
premier tour de scrutin. Malgré ce ré- au Parti communiste français. Trente ans plus tard, cet ancien Natacha Bouchart compte sur sa liste d’ouverture pour mettre
sultat qui le propulse au second tour, le rugbyman est plus que jamais engagé en politique et compte fin à trente-sept ans d’investiture communiste à Calais.
FN calaisien ne semble cependant pas bien renouveler son mandat après avoir passé sept ans à la Considérant « qu’il n’est pas sain d’être dirigé par les mêmes
en mesure de faire de l’ombre à Jacky tête du beffroi calaisien. « Je ne suis pas le plus beau, je ne suis hommes », la candidate étiquetée UMP joue en effet sur
Hénin et Natacha Bouchart, crédités pas le meilleur, mais je travaille et je donne tout ce que je peux l’orientation au centre et à gauche de ses colistiers, ce qui
respectivement de 37 % et 36 %. Tou- pour être bon », déclarait-il en février dans La Voix du Nord. s’avère être une situation inédite. Le numéro 2 de cette “liste
tefois, François Dubout a proposé une En 2000, il est intronisé malgré lui à la tête de la mairie de d’ouverture populaire et sociale” en est d’ailleurs un parfait
alliance à Natacha Bouchart dans le but Calais, suite à la démission inattendue de Jean-Jacques exemple puisqu’il s’agit de Philippe Blet, membre du Parti
de faire tomber le maire sortant. Mal- Barthes, ancien maire communiste de la ville. Jacky Hénin socialiste.
heureusement pour le parti de l’ex- n’avait pas prévu de tenir cette première place, mais il a pris En s’entourant de collaborateur du MoDem et du PS, la candi-

37
trême droite, la candidate d’ouverture goût à ses nouvelles responsabilités. « J’ai pris les choses en date UMP peut donc attirer les électeurs de tous bords. Ce-
a refusé la proposition. François main en faisant face à une opposition très dure. On m’a qualifié pendant, la stratégie peut également se révéler préjudiciable
Dubout devra donc se contenter de de maire par intérim. Aujourd’hui, chacun s’aperçoit qu’il y a un tant elle sème le trouble parmi les Calaisiens. Une telle ouver-
quelques sièges au conseil municipal. capitaine dans le bateau. » ture peut en effet manquer d’une certaine identité.

Le chiffre La phrase
du jour du jour
millions d’euros.

« C'est l'alliance de la carpe et du lapin. »


C’est la somme
d’argent que deux
sœurs japonaises
auraient caché
dans des boîtes
en cartons pour
Sébastien Huyghe (UMP), à propos du ralliement de Jacques Richir (MoDem) et Éric Quiquet (Verts)
Photo : DR

échapper au fisc.
à Martine Aubry (PS) lors d'une conférence de presse à son QG de campagne mardi.

La Pression de mars 3 Mercredi 12 mars 2008


“Speed-dating” en
EN RÉGION

R É G I O N . Séduction, chantage, tractations... Ils avaient

Drague effrénée sur le littoral


48 heures pour se placer dans les principales villes de la
région. Panorama des accords et désaccords entre listes.
CALAIS. Les petits partis sont les plus cour-
tisés. À Calais, ce sont eux et la possible
mobilisation des 43 % d’abstentionnistes,
qui feront la différence. Au coude-à-coude
au soir du premier tour, les deux principaux
candidats se sont lancés dans une drague
effrénée. D’un côté, Jacky Hénin, le maire
communiste sortant [ci-contre], a récolté
37,70 % des voix et se rapproche des partis
de gauche : les Verts, la LCR et Lutte
ouvrière, qui comptabilisent au total près de
13 % des suffrages. Mais leur soutien est loin
d’être indéfectible, certains fustigeant une
gestion vieillissante de la ville (Hénin est au pouvoir depuis
1971) ou le manque de respect du maire sortant
à leur égard. De l’autre côté, Natacha Bouchart pointe
en deuxième position avec sa Liste d’ouverture,
populaire et sociale. Avec 386 voix de retard,
elle pointe à 36,36% des voix, laissant
présager un second tour
difficile pour le maire communiste.
Plus de 12 % des suffrages sont allés au FN.

Les rancœurs après le divorce


SAINT-OMER. Maire sortant, Jean-Jacques Delvaux
(UMP) s’est présenté face à son ancienne adjointe,
Murielle Volle-Gens, qui arborait de son côté les cou-
leurs du MoDem. Au final, il arrive en deuxième position
avec 40,89 % des suffrages, alors que le MoDem en

Union sacrée contre le sortant


compte 16,56 %. La division de l’équipe du maire sor-
tant propulse le challenger Bruno Magnier (PS, ci-contre)
en tête avec 42,55 % des voix. S’il
peut compter sur la mobilisation
des abstentionnistes, il pense que BÉTHUNE. Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Élu
la marge de progression, à droite, dès le premier tour en 2002 après l’invalidation du maire sortant,
est beaucoup moins grande que la Jacques Mellick (PS, ci-contre) se retrouve aujourd’hui dans une si-
sienne. Car si le MoDem ne se ral- tuation bien inconfortable. Arrivé en tête dimanche soir avec
lie pas, ce qui risque de se pro- 41,49 % de suffrages, il doit faire face à un front uni de l’ensemble
duire, Jean-Jacques Delvaux aura de ses adversaires. L’union sacrée anti-
Photos : ESJ

bien du mal à combler l’écart... et Mellick balaie tout le spectre politique : on y


se retrouvera pris à son propre croise son ancien directeur de cabinet,
piège. Stéphane Saint-André (PS dissident, 22,35 %),
Olivier Gacquerre (MoDem soutenu par
l’UMP, 23,74 %) et Bernard Seux (PS, invalidé
en 2002, 12,42 %). La fusion des trois listes se
retrouve donc favorite pour le second tour.
Après quatre élections à la mairie de Béthune
(de 1977 à 1995), Jacques Mellick avait dû
démissionner en 1996 à cause d’une condam-
nation pénale dans l’affaire OM-VA.

Quinte de toux pour le maire socialiste


LENS. Quincangulaire ? depuis 1998, était passé
Pentangulaire ? Les sans problème en 2001.
36 000 Lensois font face En 2008, il fait face à
Photo : Assemblée nationale

à un problème de voca- quatre listes qui de-


bulaire : cinq listes se vraient se maintenir le
sont qualifiées pour le 16 mars, mais qui ont
second tour. Depuis plus peu de chance de lui
de cinquante ans, c’est la ravir son fauteuil :
première fois qu’un Béatrice Permuy (UMP,
maire socialiste n’est pas 18,41 %), Annie
réélu dès le premier tour. Saint-Arnoult (gauche,
La désunion de la gauche 12,70 %), Jean-Michel
a sans doute fait leur fai- Humez (PCF, 11,15 %),
blesse. Guy Delcourt (PS, et Vincent Naceira
47,22 %, ci-contre), maire (Verts, 10,52%).

La Pression de mars 4 Mercredi 12 mars 2008


Nord-Pas de Calais
EN RÉGION

Par Flore Thomasset


et Hélène Bekmezian

Aubry scelle un ménage à trois


LILLE. De l’art de jongler avec les forces en
présence. Martine Aubry [ci-contre], maire
sortant et probablement réélue à l’issue du
second tour, négocie au plus large. Soutenue
depuis sept ans par les Verts, elle a trouvé
un accord avec le parti d’Éric Quiquet qui,

Passer devant le maire sans alliances


avec 11,58 %, ne fait pas un score à la hau-
teur de ses espérances. Mais Martine Aubry
a aussi réussi à rallier le MoDem de Jacques
Richir (7,79 %), en échange du retrait de la
candidate socialiste aux cantonales au profit ROUBAIX. Chacun pour soi. À Roubaix, les trois listes se maintien-
du MoDem. Avec ses 46,02 % et l’apport des nent. Le maire sortant René Vandierendonck [ci-dessous], qui a mené
voix des Verts et du MoDem, elle n’a rien à une liste d’union PS-MoDem-PC, a viré en tête dimanche soir, avec
craindre du second tour qui l’opposera à Sébastien Huyghe, 21,64 %. 48,06 % des voix. Un bon score, nuancé par une très forte abstention.
Elle prouve, en outre, qu’elle est capable de faire des alliances En ballotage favorable, l’édile socialiste
larges, un point très important pour sa candidature à Lille métropole a choisi de maintenir inchangée sa liste
communauté urbaine (LMCU). entre les deux tours. Deux adversaires
tenteront de combler le fossé qui les sépare
de Vandierendonck : d’un côté, Max-André
Pick (UMP, 19%), qui espère mobiliser
les abstentionnistes. Et de l’autre, les Verts,
qui, bien que membres de la majorité
sortante, ne font pas alliance avec les socia-
listes. Ils auraient cherché, en vain, un ac-
cord avec la LCR (5,37 %). Slimane Tir
(13,67 %) se maintient donc au second tour.

Deux socialistes font chambre à part


VILLENEUVE-D’ASCQ. La surprise, c’est
le mauvais score de Jean-Michel Stievenard.
Le maire socialiste sortant ne récolte que
27,01 % des voix. Pour lui, le choc a été dur :
c’est la première fois en trente ans que
le candidat investi par le PS est en difficulté à
Villeneuve.
Gérard Caudron, candidat dissident du PS et
maire de la ville jusqu’en 2001 [ci-contre],
arrive en tête avec 42,82 % des voix
et devrait logiquement retrouver son siège
laissé en 2001. Quant à Didier Plancke, can-
didat de droite malheureux avec 10,74% des
voix, il devra probablement se contenter di-
manche d’un poste d’observateur.

La guerre des roses face au FN


HÉNIN-BEAUMONT. Au premier tour, les candidats de droite et de
gauche ont bien fait barrage au FN de Steeve Briois et Marine Le Pen,
qui ne récoltent que 28,53 % des voix.
Mais pour la seconde manche, ils n’iront pas
jusqu’à l’union. Le maire sortant PS, Gérard
Dalongeville [à gauche], a fait le meilleur
résultat avec 43,09 %. Il dépose la même
liste pour dimanche prochain, mais reçoit le
soutien de Laurent Bocquet, candidat UMP
(5,49 %). Candidat socialiste dissident,
Daniel Duquenne repart au second tour avec
ses 18,64%. Il aurait, un temps, courtisé
Bocquet, selon les dires de ce dernier, mais
sans succès. Son inimitié profonde envers
Dalongeville a empêché de faire l’union
de la gauche.

La Pression de mars 5 Mercredi 12 mars 2008


Le Caudron vert
EN RÉGION

C
VILLENEUVE-D’ASCQ. La gauche dissidente et les Verts font alliance pour le scrutin
de dimanche. Jean-Michel Stievenard, maire PS sortant, se retrouve lui isolé.

Par Joël Bronner

e n’est pas faute d’un Rassemblement citoyen. Une liste plus à


d’avoir appelé au gauche que le PS, qui a choisi dès dimanche de
« rassemblement ». s’allier au second tour avec les Verts (6 %) plu-
Le maire PS sortant tôt qu’avec le MoDem (9,4 %). « J’ai beau-
de Villeneuve-d’Ascq, coup de sympathie pour le MoDem Christian
Jean-Michel Stieve- Carnois, mais je ne suis pas le seul à décider :
nard, pensait débou- mon équipe a fait un choix politique. » Trois
cher en tête à l’issue places éligibles sur la liste Caudron, telle est la
du premier tour. Il n’en a rien été. Avec seule- proposition faite aux Verts. Après négociations,
ment 27 % d’électeurs, il est le grand perdant la chef de file des écologistes, Florence Le-
du premier tour. Faute de mieux, Jean-Michel cocq, en obtient finalement quatre. Pour le can-
Stievenard aurait aimé pouvoir s’unir à Gérard didat de l’UMP et ses 10 % de fidèles, les
Caudron, Divers gauche, qui a rassemblé 42 % choses sont simples. « Mon portable n’a pas
des voix. « Il m’aurait semblé logique que le sonné », résume Didier Plancke. Le dernier re-
vainqueur rassemble toute la gauche. » Mais présentant de la droite repartira donc en soli-
le candidat PS s’est heurté au refus de son ad- taire, comme la semaine dernière. Le MoDem,
versaire. éliminé, n’a contracté d’alliances ni à gauche
« On a d’emblée exclu toute réconciliation sur ni à droite. Le parti qui fait figure d’arbitre au
l’oreiller avec Jean-Michel Stievenard », ex- plan national devra se contenter des gradins à
plique Gérard Caudron. La campagne tendue Villeneuve-d’Ascq, d’où il observera le résul-
entre les deux hommes a laissé des traces. Gé- tat final.
rard Caudron a déjà été maire de Villeneuve
d’Ascq durant plus de 20 ans sous la bannière
socialiste. À l’époque, le maire actuel était son
dauphin. Caudron a claqué la porte du parti en
Après un premier tour décevant,

2001 pour revenir aujourd’hui en tête de liste


Jean-Michel Stievenard risque

Retour à la case départ


de se retrouver isolé au second tour.
Photo : Séverine Rouby

A
ucune fusion, aucune alliance.
On prend les mêmes candidats
et on recommence. Guy Del-
Guy Delcourt va devoir reprendre le micro

court, le candidat PS crédité de 47 %


pour haranguer les foules. Il aura quatre

des suffrages au premier tour, devrait


concurrents pour la Mairie de Lens.

donc conserver les rênes de la ville.


Photo : DR

Malgré son avance, personne ne sou-


haite s’allier à la liste du maire sortant.
Par Joël Bronner Ses opposants fustigent son manque de
diplomatie et les difficultés à travailler à
ses côtés.
Pourtant l’opposition est incapable de
s’unir. Écologistes et PRCF (Pôle de re-
naissance communiste en France) em-
LENS. Les cinq listes menés par Annie Saint-Arnoult (12 %),
et communistes du PCF (11 %) ont né-
gocié durant la journée de lundi. Sans
présentes dimanche
dernier se succès. Chaque liste reproche bien sûr à
maintiennent, l’autre d’être responsable de l’échec.
Michel Herman, mandataire financier
de la liste écologiste dit regretter ce ca-
ce qui fait de Lens
la seule ville de potage. « Hélas, la fusion ne se fera pas. On
la région avec autant voulait une vraie gauche à Lens. Mais ils ne
veulent pas prendre d’engagements clairs. »
« Ils », ce sont les communistes de la
de candidats en lice.
Le second tour liste de Jean-Michel Humez. Pour lui, chacun préfère partir de son côté. lecté huit points de moins qu’en 2001.
même constat : c’est la faute des autres. Le premier tour a mis en évidence la La division de l’opposition rend tout de
Photo : DR

En cas d’union, « la liste Saint-Arnoult poussée de la droite lensoise. Béatrice même sa victoire quasiment certaine.
des municipales aura
veut conserver les deux premières places », se Permuy, la candidate UMP a obtenu Seule véritable inconnue : la participa-
un goût de déjà vu.
défend Herman. La crainte de ces listes 18 % des suffrages, soit quasiment le tion. Dimanche dernier, près de la moi-
d’opposition : être peu ou pas repré- double des dernières municipales. Guy tié des Lensois n’a pas pris la peine de
sentées au conseil municipal. Alors Delcourt, maire depuis 1999 a lui col- se déplacer jusqu’au bureau de vote.

La Pression de mars 6 Mercredi 12 mars 2008


EN RÉGION

Ton univers
impitoyable
H É N I N - B E A U M O N T.
Quand le candidat UMP
soutient le maire sortant PS
contre son ennemi intime
également de gauche, cela
donne un grand désordre
dont le Front National risque
de tirer parti.

L
Par Madjiasra Nako
Photo : Amélie Tulet

L’UMP Laurent Bocquet roule pour le socialiste, Gérard Dalongeville.


Gares aux représailles de la majorité présidentielle !

de gauche autour des voix de la droite. La situation La rivalité entre les deux hommes va provoquer une
risque de faire le jeu du Front National, arrivé troi- scission au sein de la gauche héninoise. La liste de
aurent Bocquet, tête de liste UMP arrivé sième (28,53 %) et sur qui risquent de se reporter les l’Alliance républicaine de Daniel Duquenne fédère
quatrième au premier tour (5,49 %) à voix de droite. Mais en attendant, le jeu des alliances ainsi tout ceux à gauche, et même au-delà, qui rejet-
Hénin-Beaumont a annoncé lundi appor- en vue du second tour, empreint de trahisons, tent aussi bien la personne, que la politique de Gé-
ter son soutien à Gérard Dalongeville (PS), sorti pre- croche-pieds et menaces, provoque un grand désor- rard Dalongeville. Les Verts rejoignent la fronde.
mier avec 43,09 %. Il avait été approché par une dre. Une situation dont les origines ne datent pas Sortis de la majorité dès 2001, ils critiquent « les pra-
autre liste de gauche et du MoDem conduite par Da- d’hier. tiques de clientélisme et d’autoritarisme » du maire en
niel Duquenne (18,64 %) et ennemi intime de Dal- Tout commence en 2001 lorsque Gérard Dalonge- place. Jean-Pierre Chruszez, directeur de cabinet de
longeville : l’Alliance républicaine. En dépit de son ville, alors directeur de cabinet du maire Pierre Dar- Gérard Dallongeville, balaie d’un bon mot ces accu-
refus, certains colistiers du candidat UMP se démar- chicourt, se présente contre son supérieur et lui ravit sations : « Une liste qui réunit tous les mécontents, raille-
quent en appelant à voter pour Duquenne. Du coup, sa place. Calife à la place du calife, le nouveau maire t-il, les exclus du PS, du MRC et le MoDem. » « Le soutien
l’ambiance devient électrique à Hénin-Beaumont. va procéder à l’éviction du directeur des services de de Bocquet à Dalongeville n’était pas la réponse préparée
« Si Bocquet soutient Dalongeville, il va subir la foudre de la mairie d’Hénin-Beaumont, qui n’est autre que Da- par les instances du parti », explique Francis Cotard,
la part du parti. » Ces mots prononcés par Francis Co- niel Duquenne. Sept ans plus tard, le licencié, dési- ex-UMP et membre de la liste de Duquenne. Boc-
tard, membre de la liste de Daniel Duquenne illus- reux de prendre sa revanche sur le maire sortant, se quet confirme, expliquant que sa décision relève
trent la guerre fratricide que se livrent les deux listes présente contre lui. d’une « démarche personnelle ».

Berck-sur-Mer. Harnes.
Cousein sans la famille de droite Un deuxième tour à trois

À L
Berck-sur-Mer, l’al- jorité. « J’ai rencontré Monsieur es deux listes de gauche Marianne Thomas, directrice
liance entre le maire Beraud. […] Il n’a pas été envi- qui pointaient en tête à de cabinet du maire sortant.
UMP sortant et le sagé d’alliance. Pour lui nos pro- Harnes dimanche soir « Nous allons essayer de mobili-
candidat divers droite aurait grammes présentent trop de diffé- refusent de s’accommoder du ser les habitants qui ne sont pas
assuré la réélection du maire rences sur le fond », déclare Front National classé troi- venus voter. Avec eux, on espère
sortant. Mais la journée Bruno Cousein. « Aucun com- sième. Du coup, il y aura un rattraper notre retard. »
d’hier n’a pas permis de trou- mentaire », indiquait de son deuxième tour à trois. Devan- C’est sans doute vers les abs-
ver un terrain d’entente. côté Jean-François Beraud, le cée de 54 voix par le PCF di- tentionnistes que va se
PS et UMP sont au coude-à- candidat Divers droite qui re- manche, la liste PS du maire concentrer la campagne de
coude dans la commune : présente 11 % des voix. En sortant espère rattraper son cette semaine. Il y a eu 37 %
46 % de voix pour la socialiste début de campagne, il décla- retard. Le Parti communiste d’abstentions pour 9 434 élec-
Jean-Marie Krajewski et 42 % rait : « Si je partageais ses choix, mené par Philippe Duques- teurs. Pour le FN aussi, il
pour Bruno Cousein, le maire ses opinions, je serais avec Bruno noy a totalisé 2 389 voix n’est pas question d’une quel-
sortant. Une alliance avec Cousein. » Malgré la défaite, sa contre 2 335 voix pour le PS. conque alliance : « Il faut tou-
l’autre candidat de droite, position n’a pas changé. Le FN de Jean-Pierre Klein- jours s’allier pour avoir quelque
Jean-François Beraud aurait Dimanche prochain, la divi- peter a réalisé 11,27 % des chose. C’est manquer de respect
facilité sa réélection. Mais sion de la droite garantira un voix et Daniel Clin réalise pour son parti. C’est honteux »,
l’avenir de Berck et son déve- minimum de suspens aux 5,45 % des voix avec une liste expliquait hier après-midi, le
loppement économique sont 15 000 habitants de la station de Divers droite. tête de liste du FN Jean-
au cœur des divergences entre balnéaire. « Pour nous, il n’est pas question Pierre Kleinpeter.
les deux candidats de la ma- Joël Bronner de s’allier avec le FN », explique MN

La Pression de mars 7 Mercredi 12 mars 2008


Slimane Tir fait cavalier seul
EN REGION

Par Séverine Fiévet

M É T R O P O L E . À Lille et à Roubaix,
les écologistes ont passé la barre
des 10 %. Ils peuvent donc
se maintenir au second tour
des élections municipales. Mais si la
liste d’Eric Quiquet à Lille a choisi
de s’allier à Martine Aubry,
Slimane Tir se maintient seul
au second tour à Roubaix.
Coup de projecteur sur ces deux
stratégies différentes.

Par Séverine Fiévet

«
J

Photo ESJ
Le QG de Slimane Tir reste
ouvert une semaine de plus.
Pour le candidat Vert, il n’est pas
à Slimane Tir pour les élections législatives et question d’alliance avec le PS.
municipales. « Il a décliné cette offre, ce qui ex-
e préfèrerais perdre les municipales que plique aussi notre choix d’alliance avec le
de les gagner avec les Verts », a lancé MoDem ». Une proposition de liste commune
René Vandierendonck, maire sor- qui n’aurait jamais eu lieu selon Slimane Tir.
tant PS, dimanche soir, fort des 48,06 % de Le militant vert va plus loin et en fait une af-

À Lille, tous
sa liste d’Union avec le MoDem. Une posi- faire de personne… voire de patronyme. « Je
tion reléguée par son directeur de campagne crois que ce qui était valable pour Guy [Hascoët,

avec Aubry
André Renard qui rejette l’idée « d’une alliance avec qui Slimane Tir avait conduit la liste aux

N
mal ficelée, préparée au petit matin, sur un coin de dernières élections municipales, NDLR] en
table. Ce qui est important, c’est de faire campagne 2001 n’est pas valable pour Slimane en 2008. J’ai
ensemble, de faire du porte-à-porte ensemble, pour bien intégré le message de la section socialiste : c’est
être soudés », explique son directeur de cam- un message extrêmement négatif sur leur concep- « ous n’accepterons aucune alliance
avec le MoDem », affirmait jusqu’à
pagne. Pas d’accord de dernière minute donc tion de la diversité », attaque-t-il. La liste de Sli- lundi Michel Ifri, colistier d’Eric
qui aurait pu mettre un terme aux distensions mane Tir se maintiendra donc au second tour Quiquet (Verts) à Lille. C’est pourtant le
sourire aux lèvres que ce dernier a fait une
apparues bien avant le après avoir obtenu conférence de presse commune avec Mar-
premier tour. Les Verts 13,7 % des voix di-
« UNE SOLIDARITÉ
tine Aubry hier midi. Malgré l’annonce
et leur chef de file manche. Un score qui d’un accord avec le MoDem, le chef de file
Slimane Tir, avaient pourrait être amélioré
À GÉOMÉTRIE
des Verts de Lille est plutôt satisfait. « On a
décidé de présenter si les quelque 29 000 d’abord travaillé sur du contenu », estime-t-
il. Traduction : le programme de la liste a
VARIABLE »
une liste indépendante abstentionnistes (plus été établi par les Verts et le PS. Le MoDem
dont le nom, Ouverte- de 60 %) se rendaient s’est juste rallié à leur projet. Il faut dire
ment à gauche, est en aux urnes, ou si un ac- qu’avec 11,58 % des voix, la marge de né-
lui même une critique voilée du maire sor- cord était trouvé avec la liste d’extrême gociation des Verts était réduite par rapport
à 2001, où ils avaient atteint 15,52 %. Et
tant. « C’est un homme de droite qui est retourné gauche menée par Yann Merlevede (5,37 %). puis, pour Eric Quiquet, « tout ne se passe
à droite », attaque Slimane Tir, qui a du mal à Une alliance que la liste de celui-ci a refusé. pas à Lille, il y a aussi l’enjeu de la commu-
digérer le choix du PS de s’allier avec le Ils seront donc trois à s’affronter dimanche à nauté urbaine. »
MoDem. Roubaix : les Verts, le Parti socialiste et la liste Car derrière l’alliance Lilloise se jouent des
Pourtant, quatre élus au conseil municipal et (UMP) de Max-André Pick. stratégies pour le contrôle de Lille métro-
pole communauté urbaine (LMCU), avec en
une adjointe sont affiliés aux Verts, alliés à la Derrière ce scrutin, c’est aussi la composition ligne de mire, la présidence pour Martine
majorité. « Au sein de la majorité, depuis 2001, les du conseil communautaire de Lille métropole Aubry.
Verts étaient d’une solidarité à géométrie variable », qui se joue. René Vandierendonck et Slimane Les Verts conservent leurs six postes de
estime néanmoins André Renard. Ces der- Tir ont toutes les chances d’y être élus. Ils de- conseillers communautaires pour Lille, ainsi
que les quatre adjoints à la mairie et dix
nières années, les Verts se sont opposés à la vront donc défendre côte à côte les dossiers conseillers municipaux dont ils disposent
politique de René Vandierendonck sur plu- roubaisiens à Lille-Métropole communauté actuellement. Ils s’en sortent donc avec les
sieurs points. « Ils ne sont pas parvenus à travail- urbaine (LMCU). Mais là, les adversaires lo- mêmes postes qu’à l’issue des municipales
ler ensemble, reconnaît André Renard, ils ont caux pourraient avancer main dans la main. de 2001 malgré leurs résultats en baisse de
étalé leur différends dans la presse ou au Conseil Au moins pour soutenir la candidature de 4 points. « Je suis très réaliste, si tout se
passe bien à Roubaix avec Slimane Tir, nous
municipal au lieu de les régler au sein de la majo- Martine Aubry à LMCU. « Slimane a toujours aurons neuf conseillers communautaires
rité ». été actif et impliqué à la Communauté urbaine. avec Villeneuve d’Ascq et Tourcoing », es-
Au nombre des points de blocage, la gestion C’est un bon allié… à LMCU », affiche confiant time Eric Quiquet.
du musée de la piscine ou la politique du lo- André Renard. Slimane Tir assure, lui, qu’il Comme un marchandage n’arrive jamais
seul, les Verts ont signé un accord de ges-
gement. « Les Verts se sont plus comportés en élus suivra la ligne du parti. « Le problème n’est pas tion qui les engage
de l’opposition qu’en conseillers de la majorité ». avec le Parti socialiste, il est avec René Vandieren- « à soutenir la candidature de Martine Aubry
Selon le directeur de cabinet, René Vandie- donck. J’ai pour ma part toujours affirmé que je à la présidence de la communauté urbaine ».
rendonck aurait proposé en 2005, une alliance soutiendrai Martine Aubry »

La Pression de mars 8 Mercredi 12 mars 2008


Aubry et associées
L’ E N J E U

HELLEMMES-LOMME. Deux communes. Deux votes,


pour leur Conseil communal et la mairie de Lille.
Martine Aubry pourra compter sur les communes
associées pour briguer un nouveau mandat.

Par Mélanie Carnot

communes associées ramènent des voix de gauche à Lille. « En 1977, l’as-


sociation était clairement validée pour faire gagner la gauche. À l’époque, Lille
s’embourgeoisait et avait besoin de voix socialistes pour conserver sa mairie. Hel-
lemmes constituait une réserve importante de voix à gauche », explique-t-elle.
La numéro 2 de la liste Les gens d’Hellemmes a sa propre explication.
Les Hellemmois sont proches du Parti socialiste local du fait de son im-
plantation historique dans la
“CETTE DÉCISION
commune. Ils se sentiraient
donc obligés de voter à gauche.
EST UN PUR « Est-ce une intension délibérée ou

Q
un état de fait historique ?, s’inter-
CALCUL roge-t-elle, Martine Aubry est
peut-être moins dans le calcul poli-
ÉLECTORAL tique que ne l’était Pierre Mauroy,
Photo : MC

le maire en 1977, mais il est certain


POUR S’ASSURER
Lille-Centre boude Aubry, qui n’a obtenu
que 40 % des voix contre 48 % à Hellemmes. qu’elle sera élue grâce aux com-
QUE LILLE RESTE
munes associées. »
À Lomme, même constat. Les
À GAUCHE” électeurs ont toujours voté à
gauche depuis 1919. En 2000,
ui vote pour Martine Aubry ? Pierre Mathiot, directeur de la commune s’est associée à
Sciences-Po Lille, expliquait dans Le Point, le 7 juin 2007, Lille. Didier Trédez, le candidat UMP, battu dimanche dernier par le
que les périphéries votent à droite. À l’inverse, le centre ville maire socialiste sortant Yves Durand, le confirme : « Cette décision est un
favorise la gauche. Cette tendance, valable aux dernières élections prési- pur calcul électoral pour s’assurer que Lille reste bien à gauche. »
dentielles et législatives, s’est pourtant inversée au premier tour des mu- Il y a donc bien un enjeu électoral derrière l’association de Lille, Lomme
nicipales. Martine Aubry a fait le plein de voix à Hellemmes et Lomme, et Hellemmes. Ludovic Coupin, le candidat Verts, est conscient que les Hel-
mais a perdu des électeurs dans le quartier du centre. lemmois reconduiront la maire sortante au second tour. « Les électeurs ont
Sur les 27 202 suffrages exprimés en faveur de la maire sortante, 37,11 % voté et voteront majoritairement pour Martine Aubry. Pourvu qu’elle se souvienne
viennent des deux villes rattachées à Lille*. Un nombre de voix non né- de cette contribution dans l’avenir. » Il réclame une meilleure transparence dans
gligeable sur laquelle l’équipe socialiste devra compter pour asseoir sa vic- la gestion financière de la commune. Un petit geste de Martine Aubry ne
toire au second tour. serait pas de trop.
Depuis 1977, Hellemmes est rattachée à Lille. Anne Lefebvre, ancienne * La loi du 16 juillet 1971 sur les communes associées, dite “Loi Marcellin”, visait à
présidente Des gens d’Hellemmes, association politique ayant obtenu réduire le nombre de petites communes. Les maires élus dans ces villes deviennent
23,95 % des voix pour l’élection du Conseil communal, est formelle. Les maires délégués, et perdent prise sur la gestion budgétaire.

Hellemmes.
Les Verts
voient rouge
Ludovic Coupin
appelle à voter
deux fois.

Double ration
de programmes
électoraux

D
Par Éric Filliastre
L’association de communes présente

«
des effets secondaires amusants. Une
semaine avant le scrutin, Florent La-
ans le bureau de vote, vous allez voter deux fois : croix a reçu dans sa boîte aux lettres les
pour le conseil municipal de Lille-Lomme- programmes électoraux pour Hel-
Hellemmes et pour le conseil communal d’Hel- lemmes… mais aussi pour Lille. De quoi
lemmes. » Cette année, les écologistes étaient les seuls surprendre cet électromécanicien de
25 ans. « Je n’avais pas pensé que les
à évoquer ouvertement l’existence de l’association deux communes faisaient partie de la
de communes sur leurs programmes électoraux, se même agglomération. Ça m’est venu à
définissant comme “Les Verts de Lille, Lomme &
Photo : ÉF

l’esprit en ouvrant les enveloppes »,


Hellemmes”. À titre de comparaison, le maire so- s’amuse le jeune homme. Une discus-
cialiste sortant, Gilles Pargneaux, n’avait pas eu un sion avec sa sœur, juriste, finit de clari-
fier la situation. Et au final, l’expérience
mot à ce sujet. Une situation qui s’explique facile- ne déplaît pas à Florent. « Je me suis
ment, selon Ludovic Coupin, tête de liste des Verts Coupin voit une forme d’hypocrisie. Et aussi de cal- rendu au bureau de vote pour voter à
dans la ville. « En occultant l’association des communes, cul politique : « La logique de Gilles Pargneaux est de Hellemmes, puis je suis allé dans la
Gilles Pargneaux tente de faire croire que c’est lui le maire faire croire que rien n’a changé à Hellemmes alors que ce pièce à côté pour voter sur Lille. » Le
jeune aura donc présenté deux fois sa
et qu’il a tout pouvoir en matière de décision. » n’est pas le cas. La majorité des décisions est prise par le carte d’électeur. Et surtout, il aura voté
Il faut dire que les Hellemmois semblent peu infor- conseil municipal de Lille. » S’il fallait chercher à la ville pour deux candidats différents. Une ex-
més de l’existence du double vote. Les écologistes un nouveau statut, l’écologiste s’inspirerait de la ca- périence inoubliable ? « Pas vraiment,
ont donc la charge de la pédagogie : « Nous sommes pitale. « On pourrait avoir un modèle calqué sur Paris, sourit-il. Je suis surtout content de pou-
les seuls à expliquer aux électeurs qu’ils vont élire deux can- avec des arrondissements disposant de pouvoirs spéci- voir mettre en avant mes convictions po-
litiques. Je suis marqué à gauche, j’ai
didats différents. Le problème de l’association des com- fiques. » En attendant, sur leur programme, les Verts donc pu appuyer le vote PS des deux
munes doit être remis à plat. » Derrière le manque de d’Hellemmes appellent toujours à voter Éric Qui- villes. »
communication de la part de la commune, Ludovic quet, le candidat écologiste à… Lille.

La Pression de mars 9 Mercredi 12 mars 2008


« Le temps
PORTRAITS

de la reconstruction »

H
M A U B E U G E . Dès le premier tour des municipales, Rémi Pauvros
a conservé son siège. Il est le premier maire sortant à être réélu
Par Julien Damien depuis plus de vingt ans dans la cité au clair de lune.
Rémi Pauvros, le maire socialiste sortant, vient ville soit plus propre, plus belle. Parce qu’une belle
d’être réélu avec près de 54 % des suffrages. Loin ville, on la respecte. On l’aime », ajoute-t-il.
devant les deux listes de droite, reléguées à 30 Né en 1952 à Hautmont, une commune voisine,
ôtel-de-Ville de Maubeuge. Il est un points. d’un père enseignant et d’une mère institutrice,
peu plus de 20 h. En ce dimanche Une victoire éclatante dès le premier tour du Rémi Pauvros a grandi à Maubeuge. C’est “l’en-
9 mars, soir d’élections munici- scrutin qui met fin à une étrange tradition qui fant du pays”. Après avoir dirigé la Maison des
pales, le salon d’honneur de la mairie est bondé collait à la ville de Maubeuge. Une tradition qui jeunes et d’équipements socio-éducatifs jusqu’en
de plusieurs centaines de personnes. Dans un voulait, depuis 1984, qu’aucun élu sortant ne 1982, il poursuit sa carrière dans la capitale des
brouhaha d’applaudissements et de cris de joie, soit jamais réélu. Une valse des maires comme Flandres. Il devient directeur de cabinet du pré-
un symbole des difficultés de reconversion que sident du conseil régional du Nord-Pas de Ca-
rencontre cette commune de 30 000 âmes, située lais, Bernard Derosier, puis de l’Agence régio-
en plein cœur de la vallée de la Sambre. nale de développement. Parallèlement, il est élu
L’ancien bassin minier et industriel du Nord conseiller municipal à Hellemmes.
reste durement frappé par le chômage depuis la « J’aurais très bien pu rester à Lille, j’y avais ma place.
fin des années 1970. Sa population, la plus jeune Mais j’ai fait le libre choix de revenir ici, dans la ville
de France dans une ville de mon enfance. »
moyenne, attend beau-
coup de ses représen- « NOUS ENTRONS En 2001, à la surprise géné-
rale, il souffle la mairie à la
tants politiques. Aussi
cette réélection est DANS UN NOUVEAU droite… En 2004 il est élu
vice-président du conseil gé-
lourde de sens pour
Rémi Pauvros.
CYCLE » néral du Nord. Des mandats
successifs qui lui permettent
« Nous entrons dans un de défendre nombre de dos-
nouveau cycle. Les Maubeugeois s’apaisent, repren- siers sambriens devant la Région ou le Départe-
nent confiance, commente-t-il. Et ça, c’est le fruit ment. Aujourd’hui Maubeuge semble petit à
d’un travail de sept ans. Un travail de reconstruction petit voir le bout du tunnel, et peut enfin espérer
que nous avons entrepris en 2001. » sortir de son enclavement.
Et c’est vrai que la municipalité affiche un bon Un travail de reconstruction qui n’est pas sans
bilan. Plusieurs grands projets sont en cours : le rappeler celui qu’avait entrepris au sortir de la
tramway, l’université, le développement de la Seconde Guerre mondiale un certain Pierre Fo-
zone d’activité, la requalification du centre rest. Figure emblématique locale et maire so-
Rémi Pauvros, au soir de la victoire,
ville… « Mais surtout, nous avons veillé à ce que la cialiste de la ville de 1946 à… 1984.
à la mairie de Maubeuge.
Photo : La Sambre

Benjamin des maires de la région


J E U M O N T. À 24 ans, le maire Benjamin Saint-Huile
détient la palme du plus jeune élu de la région.

A
Par Florian Pottiez

près Cysoing il y a sept ans, la recherche du contact et prêt à faire directeur de cabinet dans la com-
c’est à Jeumont, près de bouger les choses ». Une force de per- mune de Ferrière-la-Grande ainsi
Maubeuge, qu’a été élu le suasion qu’il exerçait déjà lorsqu'il qu’au Syndicat mixte du Val de
plus jeune maire de la région. Ben- n’était encore qu’étudiant. « Pour la Sambre. « C'est une expérience qui a été
jamin Saint-Huile s’est imposé à Présidentielle de 2002, Ben avait été le très bénéfique car j'ai pu travailler sur
seulement 24 ans avec son style dy- premier à faire des tracts entre les deux beaucoup de dossiers. Et il ne faut pas
namique et naturel. tours pour les manifestations à Lille. Il se le cacher, ça m’a permis de me consti-
« TF1, M6, France 3, 20 Minutes, La avait photocopié la Une de Libé avec tuer un réseau de personnes compétentes
Voix du Nord... Depuis ce matin “Non !” à Le Pen et les distribuait. autour de moi. »
[NDLR : lundi], ça n'arrête pas. » C’était son premier geste politique », se Aujourd'hui, les électeurs l’ont choisi
C’est un véritable tourbillon média- souvient Pierre-Joachim Mubiri, un et il est conscient de l’ampleur de la
tique qui s’est emparé de la ville de de ces proches amis de l’université tâche. Surtout dans cette ville touchée
Jeumont. Et pour cause : en battant de droit de Valenciennes. par la crise industrielle. « Ça va être dif-
Christine Marin (UMP), maire sor- ficile, mais je n’ai pas peur. » Même si
tante avec 56,44 % contre 43,56 %, Compétences. Si ses adversaires ses principaux projets concernent la
Benjamin Saint-Huile (PS) est de- ont fait de son âge et de son inex- réhabilitation de la base de loisirs en
venu l’un des plus jeunes maires de périence une faiblesse durant toute pôle touristique – « parce que tous les
France. Au-delà de ses ambitions. la campagne, lui les a valorisés Jeumontois n’ont pas les moyens de partir
« J’espérais créer la surprise, mais jamais comme atouts. « Il faut faire confiance en vacances » – et l’image de Jeumont
avec un tel score », avoue le nouvel élu aux jeunes. D'ailleurs, dans mon au niveau départemental, Benjamin
socialiste, dont l’emploi du temps équipe, la plupart ont moins de 45 ans Saint-Huile veut avant tout être un
s’est accéléré ces dernières heures. et sont représentatifs de tous les quartiers “homme de terrain”. Dès la semaine
Même s’il porte le costume et la cra- de la ville ainsi que du monde associa- prochaine, il pourra mettre en œuvre
vate, c’est par son côté naturel et son tif », argumente ce jeune Jeumon- ses actions plus sereinement. « Désolé,
humour que Benjamin Saint-Huile tois. Quant à sa compétence, après je dois vous laisser. La préfecture me rap-
a séduit les électeurs. Le jeune un Master de sciences politiques, pelle », s'excuse le nouveau maire. Dé-
homme est perçu comme « très sou- Benjamin Saint-Huile occupe de- cidément, les sollicitations ne sont
cieux des problèmes des gens, toujours à puis plus d’un an les fonctions de pas prêtes de s'arrêter.
Benjamin Saint-Huile a de quoi
triompher. Photo : La Sambre

La Pression de mars 10 Mercredi 12 mars 2008


Riquet, un ami fidèle
PORTRAITS

É
Par Jeffrey Martin
puisé mais heureux. Cette soi- à sa porte, il décide de « sortir de [sa] bulle ».
rée du 9 mars 2008 restera gra- « Je ne pouvais rester indifférent aux difficultés de
vée dans sa mémoire comme ma région », dit-il.
V A L E N C I E N N E S . Le maire sortant UMP
a su convaincre ses électeurs de le réélire une consécration. Dominique Si Dominique Riquet n’est devenu maire
Riquet se maintient à la mairie qu’en 2002, il joue un rôle de tout premier
dès le premier tour avec plan depuis le deuxième mandat de
dès le premier tour. Il va pouvoir continuer
55,54 % des voix, faisant ainsi taire tous ses l’équipe, de 1995 à 2001. C’est lui qui a su
sereinement le travail entamé depuis 1989
avec son ami Jean-Louis Borloo. détracteurs. convaincre Borloo de miser sur la culture
Celui qui a succédé à Jean-Louis Borloo à comme moteur du développement écono-
la mairie en 2002, lorsque ce dernier est de- mique. Valenciennes lui doit notamment la
venu ministre, a gagné son pari. « On espérait rénovation du musée des Beaux-Arts, la
passer dès le premier tour. On visait les 54 %. On construction de la médiathèque-biblio-
a fait plus, c’est une vraie victoire », confie Pas- thèque, ou le Phénix, une scène nationale
Et de deux !
cal Dubois, son chef de cabinet et ami de- qui ne pèse, de ce fait, presque pas sur les fi-
Dominique
puis quinze ans. L’amitié, c’est l’une des nances municipales. Point noir de son bilan,
Riquet en-
principales qualités de Dominique Riquet. selon le chef de file socialiste Jean-Luc
tame son
Ce colosse de 90 kg Chagnon, le tracé
deuxième

« JE NE POUVAIS
pour 1,90 m sait pas toujours cohé-
mandat
s’entourer, déléguer rent du tramway.
consécutif.
et faire confiance.
« Mais il exige beau- RESTER INDIFFÉRENT « Il n’arrive même pas
devant l’hôpital, et
coup en retour et c’est
normal », renchérit
AUX DIFFICULTÉS certains quartiers ne
sont pas desservis »,
Pascal Dubois. DE MA RÉGION » ajoute l’opposant à
Autre qualité de Do- Dominique Riquet.
minique Riquet : le Au fil du temps, il
travail. Cet homme de 60 ans ne compte pas est devenu un intime du ministre. Jean-Louis
ses heures. Chirurgien urologue de profes- Borloo et Dominique Riquet partent d’ail-
sion, il troque sa blouse blanche à 19 heures leurs souvent en vacances ensemble. Quand
tous les soirs contre la cocarde. Un de ses il se représente pour un deuxième mandat,
proches confie que « cela ne l’arrête pas. Il ren- il peut donc naturellement compter sur le
tre de sa clinique et reste jusqu’à 22 h à la mairie. ministre d’État à l’Écologie pour figurer sur
Il connaît tous les dossiers sur le bout des doigts ». sa liste, en numéro 5. Il réussit également à
Dominique Riquet, c’est la révélation de la convaincre Valérie
bande à Borloo, ces novices en politique qui Létard, secrétaire d’État à la Solidarité,
prirent les rênes de la ville en 1989. Rien ne d’être sa numéro 2. Grâce au succès obtenu
prédisposait à la politique ce Valenciennois dimanche dernier, Dominique Riquet prend
Photo : DR

qui se décrit comme « issu d’un milieu très mo- en main les clés de Valenciennes, où l’ombre
deste ». Mais, quand Jean-Louis Borloo toque de Jean-Louis Borloo plane toujours.

De Gérard l’ouvrier
à Bernard le “soilleut”
A R M E N T I È R E S . Bernard Haesebroeck (PS),le nouveau maire d’Armentières suit

«G
les pas de son père, Gérard, maire de la ville pendant quarante ans.

arçon, ne fais pas de poli- vail et à l’éducation comme ascen- devenir maire comme papa, ce
tique », disait Madame seur social. Docteur en sciences n’était pas forcément son truc.
Haesebroeck à son fils économiques, il n’en tire pas parti- N’empêche qu’à la communauté
Bernard. Raté. Depuis dimanche culièrement de fierté, mais goûte la urbaine de Lille où il a travaillé
soir, il est maire d’Armentières. « revanche sur la vie ». « J’ai appris à comme secrétaire général adjoint, il
Près des trois quarts des votants me battre », affirme-t-il. Son tempé- apprend la politique auprès
l’ont choisi, contre l’avis de rament, plus que le soutien de ses d’hommes comme Arthur Notebart
maman. Il faut dire que les parents parents, lui a permis de faire des (président de LMCU de 1971 à
Haesebroeck n’ont pas donné le études. « Je suis un battant, un ga- 1989) et Pierre Mauroy, à qui il
bon exemple. La mère était mili- gneur », martèle notre homme. voue une franche admiration. Mais
tante. Le père, Gérard, fut l’édile de « Soilleut. C’est le surnom que me don- il reprend : « La politique ce n’est pas
Photo : DR

la ville jusqu’en 1999. « Quarante naient mes parents. » En Chti : « un un métier. » « Je suis désolé qu’actuelle-
ans à la tête de la ville », sourit le fis- soilleut, c’est quelqu’un qui scie. Du pa- ment on oppose les gens les uns aux au-
ton. tois d’Armentières. Le soilleut est tres. Des gens pauvres se déchargent sur
De son enfance, le nouveau maire quelqu’un de très déterminé, presque ir- les plus pauvres qu’eux. Il y a un dés-
Les deux modèles de Bernard

garde le souvenir de la courée, des ritant, tant il est insistant. » Quelqu’un amour pour la chose publique, mais je
Haesebroeck : Pierre Mauroy

usines, l’esprit de lutte et le goût de de pénible dans son obstination. refuse d’abandonner », déplore-t-il.
et… son père !

l’effort. « Mon père qui était vernisseur Dimanche soir, Haesebroeck père
prenait des cours du soir. » Il deviendra « Pas un métier. » Dès 20 ans, était là pour le voir. Lui qui a dû
secrétaire général de mairie. En Bernard Haesebroeck prend sa abandonner la politique après une
1973, l’ouvrier bat Maurice Schu- carte au Parti socialiste. Il sera très grave maladie. « J’ai vu mon père
mann, alors ministre des Affaires Conseiller général et premier ad- à deux doigts de la mort. » Tout un Par Gaël Cogné
étrangères. Fierté. joint à la mairie. Ses domaines : symbole. « Si l’on m’avait demandé
Fils d’ouvrier, Bernard Haese- l’urbanisme et l’aménagement. mon avis pour choisir mon père, j’aurais
broeck a des valeurs. Il croit au tra- Pourtant, cet obstiné soutient que choisi… le mien. »

La Pression de mars 11 Mercredii 12 mars 2008


De l’amphi aux urnes
POINTS DE VUE

Q
U N I V E R S I T E L I L L E 3 . Pour ces quatre étudiants de quatre communes Par Caroline Bozec
différentes de la région, l’essentiel est d’élire un maire actif et innovateur.

uatre étudiants en his- tions étaient intéressantes. » Et Giovanni


toire autour d’une table d’admettre que même s’il ne votera
ronde, sandwichs et ca- pas, il aimerait bien un maire plus
nettes à la main, à la ca- actif : « Ils ont mis plus d’un an à créer la
fétéria de Lille 3 (Ville- piste cyclable. » Quant à Kévin, s’il n’a
neuve-d’Ascq). Ils étudient dans la pas encore choisi son candidat, il sait
métropole lilloise, mais votent tou- déjà que pour lui aussi, le critère local
jours chez leurs parents, dans des dépassera les enjeux nationaux. « Le
communes de la région, où ils re- maire parle d’aménager le centre-ville, de
tournent week-ends et vacances. réorganiser les lignes de bus et d’ouvrir un
C’est le cas de Pauline, qui rentre nouveau ciné. Mais ça n’avance pas
voter pour l’unique candidat de sa trop. » Il ajoute, avec un grand sou-
commune de 1 000 habitants. Mal- rire : « L’important, c’est que ça change,
gré l’absence de tout enjeu. « C’est im- et à Armentières on n’est pas aidé… »
portant de voter parce que les anciens se Et au plan national ? Giovanni se
sont battus pour qu’on en ait le droit, il lance tout de suite : « J’espère que ça va
faut en profiter », explique-t-elle avec voter à gauche dans les grandes villes,

Photo : CB
un brin d’ironie. À l’inverse, Gio- pour montrer le dégoût profond envers la
vanni ne s’est pas déplacé au premier droite de Sarko. » Le débat s’engage,
tour, concours à passer oblige. « J’ai Kévin estime que les maires n’ont
Les étudiants lillois gardent un oeil sur

voté à la Présidentielle, mais je m’inté- aucune influence, que seules les lé-
la politique de leur commune d’origine.

resse moins aux municipales. Je suis plus mentières et de Loon-Plage. Tous cision est vite prise », estime Myriam. gislatives importent pour la politique
sensible aux enjeux nationaux que lo- deux s’entendent sur un objectif, dé- Elle cite médiathèque, animations du pays. Même si, souligne Myriam,
caux », admet-il, bien en peine pour signer un maire « qui fasse quelque pour jeunes et moins jeunes, ville ça pourrait être une piqûre de rappel.
citer le nom de son maire actuel, à chose ». « Chez moi, le choix se pose entre fleurie ou encore les skateparks : Mais plus important selon eux que le
Haubourdin. le maire sortant (UMP) qui a réalisé de « Peu importe l’étiquette politique, c’est le vote « pour ou contre Sarko », se trou-

Engagés mais
Des enjeux que saisissent mieux nombreuses choses ou l’ancien maire qui programme sur place qui compte. Je pour- ver un maire qui fasse bouger leur
Kévin et Myriam, électeurs d’Ar- n’avait rien fait pour la commune. La dé- rais voter pour la gauche si ses proposi- ville, pour eux, les jeunes.

prudents
«
D
idier Debels est venu me chercher pour vantage Philippe Deltombe, président ré-
mon engagement au DAL, avoue Pa- gional du DAL. « Notre force se situe dans notre
trick Everaert, l’un des adminis- indépendance vis-à-vis des politiciens et des par-
trateurs de l’association Droit au logement tis, indique-t-il, s’engager pour tel ou tel bord ris-
de Lille (DAL). Mais cela ne veut pas dire que querait de remettre en cause notre liberté d’action.
je modifie ma façon de voir les choses. Je reste Nous devons pouvoir travailler librement par-
avant tout un militant de l’association. Ce n’est tout. » Le DAL compte en effet sur sa capa-
pas parce que je figure sur cette liste que je ne suis cité de pression sur les élus pour faire avan-
pas indépendant. » Il tient beaucoup à ce que cer la cause du logement. Philippe
l’on ne fasse pas l’amalgame entre son en- Deltombe reste donc très vigilant quant à la
gagement associatif et sa présence sur la récupération du DAL dans la campagne des
liste municipale d’ouverture de Didier De- municipales. « Tous les membres de notre asso-
bels (PS) à Wasquehal. « Je ne suis pas en po- ciation présents sur des listes doivent l’être de ma-
sition éligible, pré- nière personnelle et
Patrick Everaert :

cise le militant, car


« NOUS DEVONS privée, insiste-t-il. À
« Je suis avant tout

dans le cas contraire, aucun moment ils ne


un militant du DAL » Photo : JR

je devrais abandonner
ma fonction d’admi-
POUVOIR TRAVAILLER peuvent invoquer leur
statut de militant
Par Jonathan Roux nistrateur du DAL. » LIBREMENT PARTOUT. » pour le Droit au loge-
Et ça, pour Patrick ment. »
Everaert, il n’en est Pourtant, s’impli-
pas question. Ce Wasquehalien l’a d’ail- quer dans la vie locale peut être un outil de
leurs bien fait comprendre à Didier Debels plus pour les militants. « Je trouve intelligent
quand ce dernier est venu le voir en décem- qu’un élu fasse appel à des personnes qui connais-
bre. « Après un temps de réflexion, j’ai finale- sent bien le terrain et les enjeux liés à l’habitat »,
WASQ UEH A L.L es m ilit ant s ment accepté, confie-t-il, mais je n’ai pas non avance Patrick Everaert. Une compétence
associatifs ont été for tement plus oublié de lui dire que le jour où je serai en qui peut s’avérer utile, d’autant plus que si
désaccord avec lui, je n’hésiterai pas à faire face. » Wasquehal fait partie du riche “BMW”
Par conséquent, Patrick Everaert agirait en avec Bondues et Mouvaux, le logement ne
cour tisé s pour rejoindre l es l iste s
électorales, tout en continuant tant que “consultant” auprès de la ville de reste pas moins un dossier sensible pour le-
de re ve ndiq uer le ur indé p enda nce. Wasquehal. Une position qui rassure da- quel il apportera son expérience.

La Pression de mars 12 Mercredi 12 mars 2008


L’Europe
L’ E N Q U Ê T E

sans voix

V
À Lille,
500 “Européens”
sont inscrits
sur les listes.
Ils représentent
0,4 % des
électeurs
de la ville.
Photo : ME

Par Meak Em et Éric Filliastre

«
R É G I O N . Depuis 2001, les ressortissants européens peuvent voter
aux municipales. Dimanche, ils ont été peu nombreux à se déplacer.
Une situation probablement liée à un manque d’information
de la part des mairies… et des candidats.

ous m’apprenez quelque chose ! Je paraison des quelque 16 000 votants de ce dimanche.
m’étais informée pour la Présiden- À Lille, Marie-Françoise Baju, responsable du ser- Rosita Espolin,
tielle, on m’a dit que je ne pouvais pas vice élections, se montre plus optimiste. « Les Euro- l’Espagne à Wattrelos
participer. Je n’ai donc pas eu l’idée de péens ont été bien informés. On compte environ 500 inscrits À Wattrelos, l’Espagne n’a pas passé le
me renseigner pour les élections de cette année, soit le double de 2001. » Certes, mais cela ne premier tour. Rosita Espolin était en
cette année. » Dorotea Zwerenz est représente que 0,4 % des électeurs lillois… « Il ne faut quatrième position sur la liste de Nor-
secrétaire à la Maison de la Polo- pas oublier que la démarche doit être volontaire », rappelle dine Bellal, candidat Divers gauche.
nia, une association franco-polo- l’employée municipale. Ayant obtenu moins de 3 % des suf-
frages, l’Espagnole n’accèdera donc
naise. « J’habite près de Douai. Les candidats ont beau- C’est bien là que réside le problème : comment pous- pas à la mairie. Mais elle a tout de
coup communiqué sur leurs programmes, mais n’ont pas ser les Européens à entreprendre d’eux-mêmes cette même atteint son objectif. « En tant que
évoqué le vote des ressortissants européens. » En instau- démarche ? Selon un sondage, ils ne seraient que résidente en France, je trouve normal
rant la citoyenneté européenne, le Traité de Maas- 37 % à savoir qu’ils peuvent voter aux municipales. que l’on puisse s’engager dans la vie po-
litique de son pays d’adoption, ou au
tricht a permis aux étrangers originaires de l’Union Pour Edmond Oszczak, Européen convaincu, la so- moins y participer. » Née à Tourcoing,
de voter aux municipales. Une information qui lution serait de créer un département d’information Rosita Espolin est partie à Barcelone
reste ignorée de bon nom- dans les hôtels de ville à rat- dans le cadre d’un projet d’études. Elle
bre d’électeurs. tacher au service culture ou a alors abandonné sa nationalité fran-
Edmond Oszczak, respon- 45 000 RESSORTISSANTS élection des mairies. Selon çaise pour devenir Espagnole. À son re-
tour en France, elle a rencontré des dif-
sable des programmes de lui, « les ressortissants de
l’association, le confirme : EUROPÉENS VIVENT l’Union européenne ne sont pas
ficultés inattendues. « Quand je suis
arrivée à Wattrelos, j’ai demandé à la

DANS LE
« Beaucoup de gens peuvent assez au courant de leurs possi- mairie s’il était possible de me réinscrire
voter, mais ne s’en sont pas bilités en termes de citoyen- sur les listes électorales, mais le service

NORD-PAS DE CALAIS
d’accueil étaient incapables de me ré-
rendu compte. J’habite à neté. » pondre. » Un exemple emblématique
Hénin-Beaumont, et l’admi- Il faut dire que les Euro- selon la Wattrelosienne, qui dénonce le
nistration n’en a pas parlé. » péens ne représentent manque de connaissance de certaines
Dans la plupart des com- qu’une petite partie de la municipalités en la matière. « Souvent,
munes du Nord-Pas de Calais, le constat est le population des communes. Dans une région qui les ressortissants européens viennent en
France pour travailler et n’ont pas un ba-
même : un service spécialement dédié à l’informa- compte plus de quatre millions d’habitants, ils ne gage culturel et politique très déve-
tion et à la communication des ressortissants euro- sont que 45 000. Pas de quoi en faire un enjeu élec- loppé. J’ai l’impression que la situation
péens fait cruellement défaut. toral pour les candidats, donc. Même un parti réso- n’est pas très nette pour les services pu-
À Arras, par exemple, « les services municipaux ont lument pro-européen comme Les Verts n’en fait pas blics, alors, pour les électeurs… » Un
manque de clarté regrettable, selon
mené la même campagne d’inscription pour tout le monde, sa priorité. « Nous n’avons pas fait de recensement spéci- elle, d’autant que le vote demeure « le
affirme Edith Sadrin, responsable du bureau d’élec- fique. Il faut dire aussi que ce n’est pas notre angle d’ap- premier facteur d’intégration. Cela per-
tions. L’inscription sur les listes électorales est obligatoire, proche principal, reconnaît Bernard de Weylder, délé- met aux ressortissants européens de par-
mais en pratique, on n’a aucun moyen de vérification. » gué aux élections pour les écologistes. Notre combat ticiper à la politique de leur pays
Conséquence : seuls 53 ressortissants européens vise plutôt à légaliser le vote des étrangers hors de l’Union d’adoption, plutôt que de la subir. »
étaient inscrits pour les élections. Une paille en com- européenne. » Tant pis pour les électeurs potentiels.

La Pression de mars 13 Mercredi 12 mars 2008


Au
ET AILLEURS

Dialogue à Paris

secours
PARIS. Le duel entre Bertrand Delanoë

Photo : DR
et Françoise de Panafieu aura finale-
ment lieu. Elle le voulait sur LCI-RTL,
lui sur Canal +, c’est finalement lui qui
a gagné la première manche : une ren-
contre en direct sera organisée entre

de l’UMP
les deux candidats à la mairie de Paris
devant les caméras de Canal et présen-
tée par Laurence Ferrari. Rendez-vous
aujourd’hui, en clair, à 18h30.

Extorsions de fonds
entre candidats
TOUL. Nadine Morano, porte-parole de
l’UMP et candidate à la mairie de Toul
(Meurthe-et-Moselle), a déclaré avoir
été victime d’une tentative de chantage
et d’extorsion de fonds de la part d’un
autre candidat. Alain Oger, qui a récolté
Affaibli par les sondages, le chef 3,14% des suffrages dimanche a été
placé en garde à vue. Nadine Morano a
de l’État était resté jusqu’à présent subi, quant à elle, un dur revers face à
très discret pendant la campagne la maire PS sortante Nicole Feidt, et
n’arrive qu’en troisième position.

Marie-Jo Zimmerman
des municipales. Dans l’urgence,

N
lâchée par l’UMP
et face aux difficultés, le président A Toulon,
revêt ses habits de candidat. Nicolas Sarkozy
METZ. L’UMP abandonne Marie-Jo
a retrouvé les joies
de la campagne. Zimmerman, arrivée troisième
Par Sophie Bouillon, dimanche, loin derrière la liste d’union
de gauche (PS, PCF,Verts et transfuges
avec AFP du MoDem) et après Jean-Marie Rausch
(DVD) qui brigue son septième mandat.
De quoi donner là aussi le tournis. Face au retard qu’accuse La direction régionale de l’UMP n’a pas
la droite (45 % contre 47 % pour la gauche à l’échelle na- apprécié le rapprochement de Marie-Jo
icolas Sarkozy reprend les rênes de la cam- tionale), au ballottage dans les grandes villes comme Mar- Zimmerman avec la candidate MoDem,
Nathalie Griesbeck. « C’est un coup de
pagne UMP pour le second tour des munici- seille et Strasbourg et à l’échec de Françoise de Panafieu à Jarnac », a dénoncé un cadre de l’UMP
pales. Hier, il a retrouvé sa verve de candidat Paris, on comprend son inquiétude. mosellane, sous couvert d’anonymat.
qu’il affectionne tant. Et les discours efficaces. En visite à Il a tenu quand même à féliciter les quatorze ministres élus L’UMP a donc reporté son investiture
Toulon, dans l’ancien bastion de l’extrême-droite que le dès le premier tour. Reste Rachida Dati (Justice), Xavier à Jean-Marie Rausch, 78 ans, celui « qui
est arrivé en tête des listes de droite »,
candidat UMP Hubert Falco a remporté dès le premier tour, Darcos (Éducation) et Christian Estrosi (ministre de l’Ou- a déclaré le président de la fédération
Nicolas Sarkozy a renoué avec son thème de prédilection : tre-mer), en ballottage dans leur ville. Mais avant de penser régionale.
l’immigration. Lors d’une séance de naturalisation à la pré- à l’après, il engage ses forces pour le second tour de di-
fecture du Var, il a rappelé la lutte de l’État français contre manche. Jean-Claude Gaudin, en position très délicate à Leçon de politique
l’immigration clandestine. Sujet qui avait fait son succès lors Marseille, a dévoilé au lendemain du premier tour la cor-
de sa campagne présidentielle en 2007. Reste à voir si cela respondance privilégiée qu’il entretient avec le chef de l’État.
mobilisera les électeurs de l’UMP dimanche. Dans une lettre adressée au maire sortant, titrée « Mon cher
Et pourtant, le président de la République ne veut pas don- Jean-Claude », Nicolas Sarkozy s’engage à soutenir la cité
ner l’air de s’impliquer dans un scrutin local, assénant à qui phocéenne dans son développement économique et dans la
veut l’entendre que ce n’est pas le rôle du chef de l’État. La lutte contre la délinquance. On aurait presque oublié ce
semaine dernière, dans une interview accordée au Figaro, il deuxième thème fétiche du candidat Sarkozy. Jean-Claude
avait refusé toute modification de l’équipe gouvernementale Gaudin, numéro 2 de l’UMP, ne devance son rival Jean-Noël
au lendemain des municipales, dénonçant cette « maladie Guérini que de deux points. Alors le président s’engage à la
française » du remaniement ministériel « qui donne le tournis ». « création d’une compagnie de fonctionnaires spécialement recrutés
Il avait alors affirmé vouloir garder le cap de ses réformes, ne et formée pour la lutte contre les violences urbaines » et à la parti-
rien changer au programme pour lequel il avait été élu. cipation de l’État à hauteur d’un quart (« au moins »), pour le
Aujourd’hui, le ton est plus nuancé. À Toulon, il a déclaré projet de développement du Port autonome. Visiblement,
qu’il tiendrait « naturellement » compte du vote des Français : Nicolas Sarkozy n’a pas oublié qu’une bonne campagne, ce

Photo : DR
« Après le deuxième tour, il appartiendra à chaque responsable po- sont avant tout de belles promesses.
litique, et d’abord à moi-même, de tirer les leçons de ces élections. »

La revanche de la gauche
à Strasbourg
Alain Juppé a été réélu
dès le premier tour.
BORDEAUX. Alain Juppé, réélu au pre-
mier tour des élections à Bordeaux, se
lâche dans une interview accordée au
Monde hier. « C’était une erreur de vou-
loir politiser cette élection. C’était
un mauvais mélange des genres, encore

L
moins bon quand la situation nationale
Par Flore Thomasset, avec le Monde.fr n’est pas porteuse. » Et voilà l’ancien
ami de Jacques Chirac qui donne des
leçons de politique à Nicolas Sarkozy :
e résultat du premier tour retard sur la gauche… Au final, premier tour. Après avoir trouvé « Quand il est venu à Bordeaux, je lui ai
dit que ce n’était pas une bonne stratégie
strasbourgeois est l’une des Roland Ries arrive largement en avec eux un « accord de gouver- et il a compris. » Interrogé sur une éven-
plus grandes surprises du tête avec 43,9 % des voix, laissant nance », Roland Ries leur a offert, tuelle « réhabilitation nationale », il a
9 mars. Et le basculement de la le maire sortant loin derrière avec dès lundi, sept places sur sa liste, concédé que « pour des responsabilités
ville de droite à gauche devrait se ses 33,93 %, malgré un bon bilan dont six éligibles. Aucun accord n’a suprêmes », il avait été mis « hors-jeu ».
confirmer le 16. Avec près de 50 % que les socialistes n’ont que peu par contre été trouvé avec le
des voix, en comptant le seul ral- critiqué. MoDem de Chantal Cutajar, crédi- Mauvais gagnant
liement des Verts, Roland Ries ne Ce serait donc les enjeux nationaux tée de 5,73 % des voix au soir du CAMPAGNE. Jean-Christophe Camba-
devrait pas laisser échapper la mai- et le “style” politique du tandem 9 mars. Roland Ries leur aurait délis s’indigne. Réagissant aux propos
rie de Strasbourg. Le PS retrouve- Keller–Grossmann (le président de proposé deux places éligibles mais de Nicolas Sarkozy hier matin à Toulon,
rait alors une ville perdue en 2001. la Communauté urbaine de Stras- sans contrepartie. L’opposition du qui se félicitait des résultats
de ses ministres au premier tour
Le maire sortant, Fabienne Keller bourg), souvent jugé autoritaire, parti centriste à rejoindre la liste so- des municipales, le député PS a qualifié
(UMP), avait certes perdu des qui auraient pénalisé la droite. Au cialiste s’est accompagnée d’un de « fanfaronnade » un tel encourage-
points dans les sondages pendant deuxième tour, l’UMP aura du mal refus de donner une quelconque ment. Dans un communiqué il a appelé
les dernières semaines de la cam- à se relever. Surtout que le candidat consigne de vote. La position cen- les électeurs à infliger une « vraie sanc-
tion » à la politique du président
pagne, allant jusqu’à se faire chiper et sénateur socialiste va bénéficier triste ravit d’ailleurs les Verts qui re- de la République.
la vedette par son adversaire socia- de la fusion avec les Verts d’Alain jetaient certaines mesures du pro-
liste. De là à prendre dix points de Jung qui ont enregistré 6,37 % au gramme MoDem.

La Pression de mars 14 Mercredi 12 mars 2008


ET AILLEURS

REIMS, sous-préfecture de la Marne, se situe en région Champagne-Ardennes. Jean-Louis Schneiter (DVD) en est le maire
depuis 1999.
Avec 187 206 habitants, c’est la treizième ville de France par sa population (mais vingt-neuvième en comptant l’aggloméra-
tion) et la ville la plus peuplée du département et de la région, bien que n’en n’étant pas le chef-lieu.
Reims est le premier pôle économique de la région Champagne-Ardennes devant Troyes et Châlons-en-Champagne. Les
principaux secteurs d’activité économique sont l’agroalimentaire, la santé, l’industrie automobile. L’arrivée du TGV Est
place Reims à seulement 45 minutes de Paris (gare de l’Est), 35 minutes de Marne-la-Vallée et 30 minutes de l’aéroport de
Roissy-Charles de Gaulle.
La “Cité du sacre”, appelée ainsi car les rois s’y faisaient couronner, compte quatre édifices classés au patrimoine mondial
de l’Unesco : la cathédrale Notre-Dame, le Palais du Tau, la basilique Saint-Rémi et l’ancienne abbaye royale Saint-Rémi.

Vautrin enfin seule,


Côté culture, Reims compte huit musées, deux médiathèques, cinq bibliothèques et quatre théâtres. La ville accueille, entre
autres, un festival de jazz et un festival de musique électronique.

Dutreil tellement seul

D
R E I M S . Dans le combat des droites,
Renaud Dutreil se voyait sacré,
Catherine Vautrin se posait en héritière.
Leurs déchirements pourraient profiter
à la candidate de gauche, Adeline Hazan,
largement en tête au premier tour.

Par Jérémy Marot

e ce duel fratricide, licat. Savoyard de naissance, il a


l’arbitre en sortira d’abord été député de l’Aisne, puis
peut-être vain- s’est intéressé à la mairie de Lyon.
queur. Entre Re- Multipliant, à l’époque, les voyages
Duel à droite entre Catherine Vautrin

Reims s’offre
naud Dutreil et Ca- ministériels dans la capitale des
(à gauche) et Renaud Dutreil (à droite).

therine Vautrin, Gaules, ce diplômé de Sciences-Po et


Photo: D.R.

tous deux candi- de Normale Sup s’était finalement fait

le tramway
dats à Reims chiper sa place par Dominique Perben.
(Marne) et anciens du gouvernement La mairie de Château-Thierry (Aisne)

G
Villepin, de la détestation avant tout. lui avait aussi échappé en 1995. De-
Leur opposition au premier tour a per- puis, il parle de « passion pour Reims ».
mis à Adeline Hazan, candidate PS- Ephémère ? En tout cas, son image de
PC-Verts, de virer largement en tête, cavalier seul lui a peut-être coûté cher. uère de différence entre le programme de Renaud Du-
avec 42 % des voix. Dernier épisode en Il a ainsi dédaigné le soutien de poin- treil et celui de Catherine Vautrin. Sauf sur un point
date, lundi, d’un psychodrame long de tures nationales. « C’est un problème d’importance : le tramway. L’idée du tram vient de
plusieurs mois. Dutreil, troisième parce que je suis moi-même une personna- Jean-Louis Schneiter, le maire sortant. Le coup d’envoi des
(23 %), est sommé par l’UMP de s’ef- lité nationale, je fais venir qui ? Fillon ? travaux sera donné en avril 2008... juste après les municipales.
facer devant sa rivale, qui le devance Franchement, ça m’apporte quoi ? » Au total, 11 kilomètres de voies doivent être construits d’ici
de deux points (25 %). En position de En face, Catherine Vautrin peut se pré- octobre 2010 pour un coût d’environ 300 millions d’euros.
force, Vautrin rencontre Dutreil à valoir de ses origines rémoises. Très vite, le projet est devenu un enjeu politique. Désireuse de
13 heures. Chacun Conseillère muni- gagner le soutien de Jean-Louis Schneiter, Catherine Vautrin
repart alors dans son
QG, puis Dutreil ap-
« JE FAIS VENIR cipale depuis 1983,
elle se voit comme
s’est vite rangée du côté des supporteurs du tramway. La can-
didate PS-PC-Verts, rappelle pour sa part qu’elle a toujours
pelle sa concurrente QUI ?FILLON ? » l’héritière désignée été favorable à cet équipement, « pour créer du lien entre les quar-
à 20 h 30. Il lui si- de Jean-Louis tiers ».
gnifie qu’il refuse de Schneiter, le maire Renaud Dutreil se pose en chef de file des opposants. Dès mai
prendre la tête d’un comité écono- sortant. Soutenue par Simone Veil, 2006, le député de la Marne distribue un tract remettant en
mique de développement de l’agglo- Vautrin, ancienne ministre déléguée à question l’utilité du tramway. « Je me pose la question, je vous pose
mération rémoise, comme la candidate la Cohésion sociale, s’est d’abord dé- la question : est-ce vraiment, pour Reims et son agglomération, la
le lui avait proposé plus tôt. clarée en dissidence de l’UMP avant priorité des dix ans qui viennent ? ». Il faut dire que Jean-Louis
L’énarque, mauvais perdant, annonce d’en recevoir le soutien pour le second Schneiter a tout fait pour s’assurer de la réalisation du projet,
également qu’il ne lui apportera pas tour. « Je n’en veux pas à Renaud, disait- quelle que soit l’issue du scrutin. Le préfet a ainsi signé la dé-
son soutien. « Elle en prend acte. Mme elle avant le premier tour. Tellement pas claration d’utilité publique le 5 mars, pressé par les multiples
Vautrin estime avoir fait le nécessaire pour que je suis prête à le raccompagner person- demandes du maire sortant. Selon le journal local l’Union,
permettre la réunion des deux listes », ex- nellement jusqu‘à Paris. Comme ça, son Jean-Louis Schneiter aurait souligné l’importance du projet
plique Xavier Albertini, son directeur épouse et ses enfants, qui vivent toujours, au regard des emplois qu’il génère.
de campagne. pourront le voir tous les soirs. » Am- Il n’en fallait pas plus pour irriter Dutreil. Il s’est dit « surpris
Dutreil, de son côté, rejette la faute sur biance... du chantage à l’emploi que fait M. Schneiter dans son courrier ».
son adversaire. « Je lui ai proposé de fu- En attendant, Adeline Hazan compte Avant d’ajouter: « On dirait que le tramway n’a d’autre objectif
sionner nos listes arrivées au coude à coude les coups. Et peut envisager, si les par- que d’assurer l’emploi des salariés du groupement Mars (fabricant
avec un millier de voix d’écart. Mme Vau- tisans de Dutreil suivent la consigne et du tramway, ndlr) ou de recruter des ambassadeurs du tramway. »
trin a écarté mes propositions ». Un refus ne reportent pas leurs voix sur Vautrin, Le retrait forcé de Dutreil règle de toute façon la question. Le
qu’il « regrette ». de prendre une ville manquée pour successeur de Schneiter se retrouvera ainsi avec un tramway
Pour Dutreil, l’échec à Reims n’est que 1 500 voix en 2001. Une revanche de sur les bras, avec, en corrolaire, son lourd financement.
le dernier d’une longue série, démon- la gauche unie, longtemps raillée, pour J.M.
trant que le parachutage est un art dé- ses divisions, par la droite...

La Pression de mars 15 Mercredi 12 mars 2008


Le maire de Lille
DÉCALÉ

a 11 ans

I
PORTRAIT. Sacha, déjà passionné de politique,
dirige la capitale des Flandres… dans un jeu
vidéo. Pendant une semaine, il a reçu les conseils
avisés de Martine Aubry, qui, séduite
par sa curiosité, l’a accueilli en stage.
Par Françoise Marmouyet Aurait-elle déjà trouvé son successeur ?

l s’appelle Sacha de Sousa, il a 11 ans


et il est maire de Lille. Maire virtuel
d’un Lille virtuel, via le jeu vidéo Sim-
City (http://simcitysocieties.ea.com),
qui permet de gérer une ville que l’on
crée de toutes pièces. Il y a un an, le
jeune écolier lillois, coupe de bébé
rockeur et répartie incontestable, se passionne
pour ce jeu d’adultes. Lorsqu’en octobre
2007, il rencontre Martine Aubry à l’inaugu-
ration du jardin des Coccinelles de Lille Sud,
tout près de chez lui, il la bombarde de ques-
tions. « Je voulais savoir si être maire, en vrai, ça
ressemble à SimCity. » Des conseils pour diriger
son Lille virtuel, il en avait besoin, reconnaît-
il en plaisantant : « Au début, pour voir, j’ai
baissé tous les salaires et j’ai augmenté les impôts
de 100 %. Résultat, les gens sont descendus dans la
rue. »
À l’issue de l’inauguration, la vraie maire de
Lille, séduite par la curiosité et l’audace du
garçonnet, lui propose un stage. « Au début, on
n’y croyait pas trop », raconte sa maman, Es-
telle, qui travaille dans l’industrie pharma-
ceutique. Mais Martine Aubry tient parole :
un samedi en février, « le premier samedi des va-
cances », elle sonne à la porte des de Sousa, à
Lille-Sud, et embarque Sacha pour la se-
maine. « Je l’ai suivie partout, j’ai pu comprendre
les difficultés de la vie de maire », se souvient le
garçon. Ce samedi-là, il
QUAND ON VOIT assiste avec elle à un
spectacle de hip hop.
CE QUE SARKO « C’était chouette ! » Mais
FAIT EN CE
le lundi matin, dès neuf
heures, place aux réu-
MOMENT, nions de travail. « À
mon avis, à la longue, ça
ON AURAIT PU doit être saoûlant. »
Il n’empêche, il a
LAISSER « adoré ». En particulier
« les réunions avec les ar-
UNE CHANCE chitectes, concernant des
À SÉGOLÈNE ”
projets pour Lille-Europe ».
Il faut dire que son
papa, Gilles, est archi-
Pour Sacha, c’est clair : quand il sera

tecte. Il a d’ailleurs construit et aménagé lui


grand, il sera maire de Lille.

même leur maison ouvrière de Lille-Sud : pla-


Photo : Nathalie Gros

fonds hauts, duplex, originaux du peintre lillois Guillaume Caron 11 ans. Quand j’en aurai 18, je pourrai sûrement répondre. Pour l’ins-
accrochés aux murs. Un appartement à l’ambiance plutôt bobo. tant, je suis trop petit. » Sous le regard protecteur de sa maman, il
Sacha a également assisté à la rencontre entre Martine Aubry et commente les déboires du président de la République : « Quand
le maire israélien d’Haïfa, « une ville où les communautés arabes et on voit ce qu’il fait en ce moment, on aurait quand même pu laisser une
juives cohabitent pacifiquement ». À 11 ans, l’élève de sixième ne chance à Ségolène. »
perd pas une miette de l’actualité. Vocabulaire de jeune adulte, Avec ses copains du collège, il aime aller à la piscine ou tchatter.
phrasé posé, il a l’audace des petits derniers choyés. « On ne parle pas de politique : ça ne les intéresse pas. » Il avoue préfé-
Son stage auprès de Martine Aubry l’a conforté dans sa voca- rer l’histoire aux mathématiques et profitera d’un exposé en édu-
tion de maire. « J’ai vraiment compris qu’être maire c’est aider plein de cation civique pour raconter son incroyable expérience à ses ca-
gens différents. » Les qualités nécessaires à la fonction ? « Il faut être marades.
intelligent, généreux, gentil, il faut aussi faire ce qu’on dit. » Le jeune Dimanche prochain, comme il l’a fait pour l’élection présiden-
garçon à la tête blonde semble déjà se débrouiller question tielle, il accompagnera sa maman dans l’isoloir. « Elle fera ce qu’elle
langue de bois. Mais surtout, il admire la maire sortante, et lui voudra, mais j’espère qu’elle votera pour Martine. » Estelle, qui se dit
sera « toujours reconnaissant de cette expérience ». Il viserait bien centriste, et « refuse de choisir un bord », sourit : « Il y a des chances. »
l’Hôtel-de-Ville mais pas l’Élysée : « Être président de tout un pays « Martine, elle est géniale, conclut Sacha. C’est sûr, ce n’est pas Brigitte
c’est énorme, ça fait peur surtout quand on voit les polémiques qu’il y a Mauroy [liste de l’UMP Sébastien Huyghe] qui m’aurait permis de
autour de Sarkozy en ce moment... » Quand, bluffé par une telle ma- la suivre ainsi ! » Sa mère le reprend d’un réprobateur : « Ça tu n’en
turité, on lui demande quelle est sa sensibilité politique, il répond sais rien mon chéri, tu ne la connais pas. » « Oui, enfin d’après ce que tu
enfin comme un enfant. « Ben je ne sais pas trop encore, je n’ai que m’en as dit... » Pas si langue de bois.

La Pression de mars 16 Mercedi 12 mars 2008