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BOUZIGNAC Emily n° 10 201 217 KOUADIO Nelly Edja n° 10 308 887

DIJOUX Vanessa n° 20 403 436 KREMSER Emmanuelle n° 10 002 401


FAYE Jocelyne n° 20 407 809 PIERRE Simone n° 10 105 379
GIRAULT Katy n° 10 201 146 RENAUD Olivier n° 10 201 787
GUEYE Maimouna n° 10 205 918 ROMUSSI Hélène n° 10 201 150
HONORINE Laetitia n° 10 207 588 SIARKIEWIEZ Laury n° 10 307 521
SOULOUMIAC Amandine n°
10 201 197

Arnaud Bernard
Un village dans la ville

Université de Toulouse Le Mirail


Mai 2005

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SOMMAIRE :

Introduction

Chapitre I : Déroulement de la recherche…………………………………………..page 8

1- Cadre méthodologique
• Pourquoi ce terrain ?
• Grille d’observation
2- Données recueillies : le journal de terrain
• Observations du quartier

Chapitre II : Cadre théorique………………………………………………………...page 13

1- Théories urbaines : Ecole de Chicago


2- Sociologie des réseaux sociaux
3- Le multiculturalisme

Chapitre III : Analyse et interprétation des données recueillis…………………….page 33

1- Tableau d’analyse
2- L’effet quartier : l’esprit village
3- Les commerçants comme pouls du quartier
4- La présence des femmes dans le quartier
5- Mosaïque
6- Culture et occupation de l’espace
7- Analyse des réseaux

Chapitre IV : Problématique et hypothèses………………………………………….page 48

Conclusion : Les limites de notre étude………………………………………………page 50

Bibliographie

Annexes :
• Plan du quartier
• Extraits de journaux de terrain

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Introduction

Nous allons commencer par donner les définitions officielles du terme « quartier ». Nous
avons choisi les deux qui nous paraissaient les plus pertinentes :

• « Le mot désigne une catégorie particulière d’être géographique, qui relève de


l’« espace vécu », d’une certaine communauté d’appartenance et d’une représentation
de celle-ci, avec des lieux repères et des lieux centraux. Il correspond rarement aux
maillages statistiques ou gestionnaires (les « arrondissements » de Paris ne sont pas
des quartiers), car ils demandent, pour exister, une certaine conscience d’ « être du
quartier ». »Ndiaga Sylla1

Nous avons en effet « resserré » le quartier Arnaud Bernard à sa place et aux rues adjacentes,
c’est-à-dire : la rue Arnaud Bernard (jusqu’à la place des Tiercerettes), la rue des Trois Piliers
et la rue Gatien Arnoult, alors que selon les textes officiels le quartier est bien plus grand. Ce
découpage nous a paru plus intéressant de par le manque de temps et par l’emplacement des
boutiques. Nous nous sommes également basés sur cette idée de « communauté
d’appartenance » qui d’une certaine manière fait le quartier Arnaud Bernard.

• « Sociologiquement, le quartier est une entité vivante à l’intérieur de la ville ; de ce


fait, c’est une réalité géographique aussi. Il constitue un milieu de vie, d’activités, de
relations. Il est perçu comme un environnement immédiat, plus familier que
l’ensemble de la ville et, à plus forte raison de l’agglomération. Structuralement, le
quartier se compose d’un ensemble d’îlots, délimités par des rues, qui sont à la fois
artères de circulation et réalités fonctionnelles et sociales par la présence des
magasins, des cafés et la fréquence des cheminements quotidiens. Il est articulé sur un
certain nombre de points forts : carrefours places, qui sont à la fois des plans de repère
et des lieux de rencontre. Ces lieux de rencontre sont concrétisés et symbolisés dans
les villes historiques par la présence d’ensembles immobiliers ayant valeur de
monuments historiques et de monuments décoratifs et commémoratifs. »2

Là aussi, au fur et à mesure de nos observations nous avons pu vérifier les différents points de
cette définition. En ce qui concerne les monuments historiques qui « concrétisent » le quartier
nous en avons discuté avec Mr Jean Vilotte (président du comité du quartier Arnaud Bernard)
qui nous a expliqué que le quartier était délimité par l’église Saint Sernin et les couvents qui
en dépendaient et qui sont de nos jours devenus les Lycées Ozènes et Saint Sernin.

Nous allons ensuite développer des points qui nous paraissent essentiels dans l’étude de ce
quartier :

1. Les théories urbaines : L’Ecole de Chicago


2. Les théories des réseaux sociaux
3. Les théories du multiculturalisme

A partir de ces théories et de nos connaissances personnelles sur le quartier Arnaud Bernard
nous nous sommes posés un grand nombre de questions : Qu’est ce qui fait frontière à
l’espace Arnaud Bernard ? Le quartier Arnaud Bernard est-il un lieu de rencontre ou un lieu
de ségrégation ? Comment ce quartier se constitue à partir de la population qui l’habite ?
1
« Les mots de la géographie », Roger Brunet
2
« Dictionnaire de la géographie », Pierre George et Fernand Verger
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Pourquoi y a-t-il autant de boucheries halal sur un si petit espace ?

Nous sommes donc partis sur le terrain avec de nombreuses idées et avec pour premier
objectif (à travers l’observation) d’être les témoins des comportements sociaux d’individus ou
de groupes dans les lieux même de leurs activités ou de leurs résidences, sans en modifier le
déroulement ordinaire. Etant un groupe de 13 personnes nous nous sommes divisés en 4 sous
groupes afin de ne pas nous faire trop remarquer, agissant chacun de manière différente :
certains ont de suite parlé aux commerçants, d’autres sont allés se renseigner au près des
associations, d’autres ont observés de façon passive…

Présentation de l’histoire d’Arnaud Bernard

Arnaud Bernard: Ce nom, si important à Toulouse, n’a jamais été décisivement


expliqué. Il proviendrait d'un certain Arnaldus Bernardi, mais divers personnages ont porté
cette dénomination et personne ne peut affirmer s'il s'agissait d'un capitoul, de l'aumônier de
Saint Raymond ou d'autres. En tout cas ce nom a été attribué non seulement à une place ou à
une rue mais aussi à un four, une porte de ville, un marché, un cinéma. (Dictionnaire des rues
de Toulouse, Pierre Salies)

Le quartier Arnaud Bernard fut longtemps l’un des plus vivants de Toulouse, et sa
« balloche » très populaire. Elle se tenait sur la place, alignée vers 1880.Joliment dénommé, à
sa naissance, par certains chroniqueurs, « Bourg Saint Sernin », il adoptera les couleurs de la
Basilique à l'ombre de laquelle il rayonnait: la brique est selon les journée de la couleur ocre
ou rose... En janvier 1983, fut ouverte une enquête publique, en vue de l’expropriation et de
l’acquisition par la ville de Toulouse, de 4 « îlots » dits Gramat, Rancy, Castelbou et
Embarthe. L’urbanisation envisagée est du type « réhabilitation douce » : 800 logements
doivent être restaurés, et les îlots insalubres doivent laisser leur place aux équipements ou
espaces verts. Deux immeubles ont été « réhabilités » en 1985 : 9 rue Saint Charles et 15, rue
des Trois-Pilliers, par la société HLM « Les Chalets » marquant ainsi le début des opérations.

Quartier populaire et cosmopolite:

Le quartier Arnaud Bernard est un quartier ancien du centre de Toulouse, sa


constitution date du XI ème siècle, il fait partie des sites archéologiques à Toulouse. Arnaud
Bernard s'est développé à l'écart de la ville et la morphologie du quartier et des espaces
environnants est restée figée. En effet, c'est un quartier des plus historiques du centre, il n'a
subi de transformation que depuis quelques dizaines d'années (depuis 1950) et a conservé un
certain nombre de traces du passé. Ces formes héritées de la constitution du quartier ont
conduit Arnaud Bernard à une évolution particulière par rapport aux autres quartiers anciens
toulousains. L'isolement du quartier a participé au développement de caractéristiques
spécifiques qui représentent des constantes historiques : un peuplement modeste et
cosmopolite et une activité commerciale importante présente depuis le Moyen-Âge.

Ce quartier s'est constitué au XI ème siècle autour de deux « barris », Arnaud Bernard
et le quartier Pouzonville, ce sont des îlots pauvrement peuplés qui se situent le long de
l'enceinte des remparts. La présence d'établissements d'assistance, deux hôpitaux et une
léproserie à l'Est de la porte d'Arnaud Bernard, et la situation non loin de la Tour du Bourreau
(porte de LasCroses) laissent penser que ce quartier, dès sa constitution, est exclu de la ville,
la population est pauvre et défavorisée.

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De la seconde moitié du XIVème siècle jusqu'en 1460, deux quartiers de Toulouse se
caractérisent par leur occupation populaire homogène, ce sont Saint-Cyprien et Arnaud
Bernard. Le barrage produit par la concentration des bâtiments religieux a joué un rôle pour
Arnaud Bernard, un rôle équivalent à celui produit par la coupure de la Garonne pour Saint
Cyprien.

Jusqu'au XXème siècle, le quartier est peuplé par des ouvriers, des employés. Dans les
années 1950, la population est fortement ouvrière. La population étrangère est considérable et
largement dominée par les Espagnols (11,5% de la population du quartier). Jusqu'en 1954,
l'activité du quartier ne cesse de croître, Arnaud Bernard est caractérisé par une population
très diverse (employés, fonctionnaires) qui travaillent dans le quartier, militaires des casernes
proches, immigrés espagnols qui travaillent au marché. Dès 1962, le taux d'étrangers à
Arnaud Bernard est supérieur aux taux moyens des autres espaces sociaux centraux. En réalité
les étrangers sont présents dans le quartier depuis plus de 40 ans. En 1975, les plus nombreux
sont encore les Espagnols: 6% de la population.

Le transfert du marché au gros a eu comme effet le dépeuplement du quartier,


beaucoup de logements ont été libérés. Le quartier devient un lieu d'élection des populations
« marginales », la récupération de l'espace par des populations et pour des activités
marginales, et est favorisée par le caractère central du quartier. Les populations recherchent
des logements vétustes et des locaux commerciaux abandonnés mais aussi des cadres de vie
particuliers au centre ancien. Venant après les Espagnols, ce sont les « Nord Africains » qui
constituent le groupe le plus important apparu dans le quartier dans les années 70.

Quartier marchand:

La fonction commerciale est l'apanage d'Arnaud Bernard, elle a marqué fortement le


caractère du quartier à différentes époques. En effet, « le marché au gros de fruits et des
légumes se tient depuis le Moyen Âge sur la place Arnaud Bernard ». (Toulouse au XXème
siècle, J. Coppolani)

La première idée d’un « marché du nord » semble dater de 1874, quand fût envisagé le
déplacement du marché de la Pierre. Il en fut question dans la délibération municipale du 13
novembre. Lorsque fut organisée la place Arnaud Bernard, c’est en ce lieu que l’on fixa le
nouveau marché. Il y avait en fait 2 marchés successifs : la vente en gros et de première main,
qui commençait à 2h du matin (3h en hiver), puis à partir de 7h (8h l’hiver) les revendeurs de
détail, leur catégorie signalée par un écriteau s’y installaient à leur tour. Mais la place restait
bien exiguë pour être le « ventre de Toulouse ». On fit divers projets.

En 1909, les revendeurs durent s’installer au boulevard d’Arcole. On parla longtemps


de couvrir la place, les marchands estimant qu’ils avaient le droit, comme ceux des autres
marchés, d’être mis à l’abri des intempéries. De 1900 à 1914 l'activité du marché a fortement
augmenté ceci grâce à l'extension du marché au gros. Après 1914, d'autres grossistes
s'installent à Arnaud Bernard, épiceries, beurre, fromage, vin... Ce sont des lieux de rencontre
et de consommation, de nombreux petits bars où producteurs et revendeurs prennent leur café
matinal, des commerces d'alimentation pour subvenir aux besoins des habitants et des
grossistes.

Le 15 juillet 1924, le rapporteur de la commission des grands travaux propose au


Conseil Municipal de construire un abri en fer, tuiles et verre, et de lancer un appel aux

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entrepreneurs toulousains. Trois répondirent, et divers projets furent retenus, mais finalement
ce fut le projet présenté par TIXEIRE entrepreneur de travaux publics qui soumissionna les
1600m² de surface couverte, au prix de 124 francs le m². Le plan d’extension de Toulouse,
publié par Jules MILLOZ, réclamait le remplacement de « l’immonde marché en plein air
d’Arnaud Bernard » par un marché de première main d’intérêt régional. On fit encore des
projets. En 1939, on envisagea d’édifier un grand marché entre l’avenue Honoré Serres et la
rue de la Balance. Un autre projet, préconisé par la Chambre de commerce, envisageait de
créer sur la place Arnaud Bernard et les rues adjacentes, un vaste marché de 11800m², son
avenue centrale axée sur le clocher de Saint Sernin. La création du marché-gare de Lalande
mit fin à tous projets sur Arnaud Bernard. Le transfert du marché au gros en 1964 marque le
début d'une période de décroissance pour le quartier. Dans ces années 60, on assiste à une
mutation des types commerciaux. Les commerces alimentaires traditionnels sont repris par
des commerçants « nord africains », les boucheries traditionnelles se transforment en
boucheries casher ou en pâtisseries tunisiennes. Depuis les années 70 un nouvel artisanat se
développe, des potiers, des vernisseurs. Les restaurants se sont développés rapidement. Les
commerces destinés à la population « nord africaine » et tenus par elle ont aussi connu un
développement favorable.

Dévalorisation du quartier:

Dans les années 50 et 60, avec le départ du Marché au Gros, suivi de la démolition de
l'Arsenal, on assiste à une forme de déclin économique qui se traduit par une mutation de la
population: à l'image d'autres quartiers, et peut être à cause d'un ferme isolement, Arnaud
Bernard vieillit et se dégrade. Dans les années 60, les modes de vie des habitants des centres
anciens évoluent. Les constructions à la périphérie des villes se développent, les logements
sont à des prix modestes et offrent plus de confort. Les centres anciens connaissent un
dépeuplement rapide et la population d'Arnaud Bernard diminue en plus de la perte de toute la
fréquentation extérieure.

Réhabilitation et revitalisation du quartier:

Comme annoncé dès 1975 dans l'élaboration du SDAU (Schéma Directeur


d'Aménagement et d'Urbanisme de l'agglomération toulousaine), la Mairie de Toulouse
commence à cette époque- là une politique de réhabilitation des anciens quartiers. Cette
analyse est particulièrement alarmante : « dans la hiérarchie de la ville, Arnaud Bernard était
considéré comme un quartier « minable », un quartier oublié progressivement abandonné du
moins au niveau de l'habitat ».

Occupé essentiellement par des gens aux revenus modestes, personnes âgées et
étudiants, c'est un quartier considéré comme à rayer de la carte, dégradé, vétuste, insalubre,
constitué d'architecture « sans intérêt ». Dans un mauvais contexte, le marché immobilier était
quasiment effondré. Seule était à noter la présence de structures ludiques telles que des
restaurants, des discothèques où la bourgeoisie aimait à venir le soir, pour s'y donner le
frisson en côtoyant la marginalité. Dans l'étude réalisée par l'ATRUR apparaît certes le réel
isolement de ce quartier par diverses barrières que l'histoire a créées. Cerné au nord et à l'Est
par les boulevards et leurs commerces, à l'ouest par le vaste complexe de la Cité
Administrative, au sud par un haut lieu du tourisme: la basilique St Sernin, et les imposants
bâtiments des deux lycées, le quartier Arnaud Bernard dégageait une impression d'uniformité
dans un bâti très hétérogène...

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En 1982 était lancé un vaste plan de rénovation par l'OPAH avec diverses ambitions.
Ici c'est vérifié qu'une action de 3 ans n'était pas suffisante pour remodeler tout le quartier et
dans son premier plan global de juin 86, l'ATRUR demandait le suivi des réalisations prévues,
des campagnes de ravalement des façades et des curetages de jardins. Un autre bilan fait en 90
a quand même pu constater qu'en plus d'aménagements spectaculaires (place des Tiercerette,
Arnaud Bernard, rue Rancy...)étaient construits des logements neufs 381 appartements dont
270 en HLM.

Quartier associatif :

Quartier populaire par excellence Arnaud Bernard se situe au cœur d’une cité bercée
par l’histoire. Pendant des siècles, le quartier Arnaud Bernard fut considéré comme un
carrefour culturel, lieu de rencontre et d’interactions entre individus d’horizon divers. Ce
quartier regroupe une grande densité d’artistes de disciplines diverses, différentes
communautés culturelles et ethniques s’y côtoient ainsi que les générations et les classes
sociales. Lieu de passage et d’immigration Arnaud Bernard brasse une multitude de mondes.
Aujourd’hui encore cette idée de voir en Arnaud Bernard un carrefour culturel persiste et se
vit comme tel par ses habitants au travers d’une vie associative intense.

Nombreuses sont les associations qui contribuent à faire d’Arnaud Bernard un quartier
marqué par la convivialité et l’esprit de solidarité des gens qui l’occupent. Il est important ici
de distinguer les associations selon leur fonction. Il y a des associations culturelles comme
Carrefour, Escambiar, Com’ des fêtes…D’autres qui travaillent dans des domaines éducatifs
et sociaux comme la Parentèle. L’essentiel pour les habitants du quartier est de garder l’esprit
d’Arnaud Bernard vivant et cela passe par la conduite d’actions aussi variées que les repas de
quartiers, les conversations socratiques, les réunions publiques du Comité de quartier, le
forum des langues, la fête de la peinture,les concerts….

Nous avons choisi de présenter plusieurs associations primordiales à Arnaud Bernard.


Il y a en premier lieu la Casa Del Barri qui est un espace de rencontre et point d’écoute, tout
public, tout age, une sorte de guide vers les bonnes adresses, les centres de loisirs et culturels.
Le Comité de quartier fondé en 1975 est chargé de la défense des intérêts des habitants. Il a
vocation à rassembler tout le monde. Ces actions concernent la vie du quartier et de la cité. Il
s’engage dans des actions concrètes et représente un lieu de débats et de rencontres. Comme
beaucoup d’associations de quartier le Comité s’intéresse au cadre de vie et aux problèmes de
nos pas de portes. Le comité cherche à préserver la notion de voisinage et de « conviviença »
lié à la solidarité.

Le carrefour culturel fondé en 1990 a des objectifs un peu différents de ceux du


Comité de quartier. C’est avant tout un lieu d’actions culturelles, civiques et sociales. Il allie
une politique d’animation populaire par et pour le quartier mais aussi pour toute la ville, à une
stratégie d’action culturelle d’ambition civilisatrice. Il organise notamment les
« conversations socratiques », le forum des langues, les repas de quartier, qui ont été créés en
1991 afin de renforcer la « conviviença » entre les habitants et les gens de passage qui se
réunissent régulièrement sur la place publique pour partager un repas.
Le principe des conversations socratiques est que toute personne qui le souhaite est
libre d’intervenir et d’échanger sur ce qui lui semble intéressant de partager. Le forum des

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langues a pour ambition de présenter le plus de langues possible, toutes sur un pied d’égalité
en mélangeant sur la place publique un forum de type animation populaire et des débats
accessible au plus grand nombre. On trouve également le COCAM fondé en 1992 pour
relancer le carnaval, il publie un journal « Au pays du COCAM ».

L’association Escambiar quant à elle a pour objet de favoriser l’émergence de


nouvelles activités culturelles au travers d’activités musicales : organiser des rencontres et des
échanges. Elle organise depuis 2000 des rencontres cinématographiques sur les musiques de
peuples du monde. Le Com’ des fêtes crée en 2000 a pour but de développer le lien social
déjà existant. D’autres associations telles que le Berimbau d’Oc (entraînement de capoiera),
Speed (laboratoire multimédia), le Cosek Imbukal, le Théâtre du Fil à Plomb, l’association de
commerçants, le centre social, la Parentèle…Contribue à la vie culturelle du quartier. Toutes
ces associations pensent la culture comme une action et ce sont les actions qui font l’âme et la
vie d’un quartier. Et cela est d’autant plus remarquable à Arnaud Bernard.

CHAPITRE I :
Déroulement de la
recherche

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Chapitre I : Déroulement de la recherche

1- Cadre méthodologique :

Pourquoi ce terrain ?

Nous avons choisi ce terrain car il est connu à Toulouse comme étant un lieu de
métissage, un « carrefour culturel » (bien que nous n’ayons pas de définition vraiment précise
de cette expression). De plus, nous savions que le commerce illicite était très présent sur la
place et il nous a semblé intéressant de savoir comment il s’organisait et comment il était
accueilli par les commerçants.
Plutôt que de céder à la facilité d’observer un « quartier chaud » où les clivages sont
visibles, nous avons préféré nous concentrer sur un terrain du centre qui a traversé l’histoire et
les différentes rénovations urbaines. Ce quartier a la réputation d’être « maghrébin » alors que
les quartiers du centre sont plutôt « bourgeois ». Pourquoi ce métissage culturel ? Nous nous
intéressions aussi aux relations interculturelles entre commerçants. Nous nous sommes
également intéressés à la question de savoir si c’était le quartier qui faisait les habitants ou si
au contraire c’était les habitants qui faisaient le quartier.

Grille d’observation

Variables sociodémographiques
Variables sociologiques : sexe, âge, CSP

Variables démographiques
Limites des frontières : superficie, localisation
Type d’organisation spatiale

Les occupants de la place


Type de relation
Population
Type d’activités

Différentes pratiques
Habitudes des occupants
Relation entre occupant (mixité, réseaux)
Fréquences (périodicité, intervalle des actions)

Connaissances du terrain
Pratiques par communauté ?
Motif fréquentation de la place
Rôle de la place
Environnement (problèmes environnementaux, type d’alliance et de négociation)

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2- Données recueillis : le journal de terrain

Observations du quartier

Étant donné que nous sommes un groupe de 13, dès notre arrivée sur la place Arnaud
Bernard, aux environs de 10h30, nous nous divisons en plusieurs groupes de 3 ou 4 afin
d’éviter de trop nous faire remarquer. Chaque groupe a abordé le terrain de manière
relativement différente. Certains se sont contentés d’observer ; d’autres sont allés directement
parler avec les commerçants et les passants ; d’autres encore se sont renseignés sur les
associations et les institutions présentes sur le quartier. Malgré ces différentes approches, il
s’est avéré que nous avons observé sensiblement les mêmes choses. Nous présenterons donc
nos observations en fonction des thèmes qui s’en dégagent. Situation générale, premier
contact avec le terrain :

La première constatation que nous avons pu faire est que la place est un lieu de passage très
fréquenté et que très peu de personnes s’y attardent. Il nous est donc encore plus facile de
remarquer les groupes statiques (2 groupes de jeunes et quelques personnes âgées). Mais cela
s’avère être aussi un désavantage car cela nous oblige à bouger tout le temps afin d’éviter de
nous faire repérer. Les groupes de jeunes s’avèreront être des trafiquants de cigarettes établis
sur la place. Durant les trois jours, nous avons pu aisément observer leur trafic, d’autant plus
qu’ils ne se cachent pas.

Nous remarquons aussi que la place semble être « divisé » en deux avec d’un côté une rue très
animée (la rue des trois piliers) et une rue de passage (la rue Arnaud Bernard). En passant de
l’une à l’autre, cela donne l’impression d’être dans un tout autre endroit.

La rue Arnaud Bernard, qui amène à la place des Tiercerettes, est remplies de restaurants de
diverses origines (turc, chinois, espagnol, marocain, indien, français...). Les gens viennent
dans cette rue principalement pour manger, ce qui lui confirme son statut de rue de passage.
Alors que du côté de la rue des trois piliers (où les trafiquants de cigarettes se sont établis),
l’animation est beaucoup plus présente, il y a des groupes de gens qui discutent devant les
bazars, des camions qui déchargent leur marchandise, des personnes qui s’interpellent... Au
premier abord, ce quartier semble bien correspondre à sa réputation de quartier populaire et
commercial.

• Le commerce illicite :

Nous avons très rapidement repéré les trafiquants de cigarettes. D’autant plus facilement que
nous savions qu’ils se trouvaient sur la place et qu’ils ne s’en cachent pas. Un groupe est la
plupart du temps au bout de la rue des trois piliers et un autre sur la place. Au fur et à mesure,
nous nous rendons compte qu’ils ne gardent pas les cigarettes avec eux mais qu’elles sont
entreposées dans divers endroits de la place (une bouche de compteur d’eau, une télé
boutique...). Ils se postent à un bout de la rue et interpellent ouvertement toutes les personnes
qui passent. Si celles-ci sont intéressées, ils les informent du prix puis vont chercher la
marchandise là où elle est entreposée.

Nous remarquons aussi que lorsque la police passe sur la place, le trafic reste présent, il
semble que les policiers n’y fassent même pas attention, ils ne vont jamais jusqu’au vendeur.
Le jeudi 10 mars, la manifestation démarrant de la place Arnaud Bernard, nous nous étions dit
que les trafiquants ne seraient sûrement pas là. Cependant, au bout d’un certain temps nous

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nous rendons compte que bien que plus discrets, ils sont encore là. Ils n’ont plus aucun paquet
de cigarettes sur eux, mais interpellent toujours les manifestants. Lorsqu’ils acceptent, ils les
amènent devant la télé boutique et vont leur chercher les cigarettes.
Un peu plus tard, ils ont repris leur place au croisement de la rue des trois piliers et de la place
Arnaud Bernard. Nous remarquons que même si les policiers responsables de la manifestation
sont placés à moins de 30 mètres d’eux, ils ne se font pas plus discrets pour autant.
Lorsque certaines d’entre nous ont interrogé le responsable de la maison du quartier, il leur a
dit que la majorité de ces trafiquants étaient des sans-papiers. Les revendeurs semblent bien
connaître les gens qui vivent dans le quartier car il semble bien que nous nous sommes fait
repérer par eux très rapidement.

• Les « frontières»

Nous avons très vite remarqué que la place était divisée en deux : d’un côté les « Européens »
(la rue Arnaud Bernard) et de l’autre les « nord-africains » (comme les appelle le responsable
de la maison de quartier) (la rue des trois piliers). Cela se remarque même dans l’architecture,
le côté européen paraissant nettement plus rénové que l’autre.

On nous dit que le quartier est animé grâce aux nord-africains qui fonctionnent en réseaux.
C’est-à-dire qu’ils se connaissent entre eux et amènent beaucoup de personnes extérieures au
quartier à venir à Arnaud Bernard. De plus par la vente de viande Halal une grande partie des
habitants de la région viennent se fournir ici.

On constate que cette frontière s’étend aussi aux commerçants. Par exemple, la dirigeante de
la crêperie «la crépophile » rue Arnaud Bernard nous dit qu’il y a une très bonne entente entre
les commerçants, mais considère que la rue des trois piliers ne fait pas partie du quartier. Elle
appelle ce côté de la place « le quartier arabe », ce qui dénote bien qu’elle considère une
frontière invisible entre les deux côtés de la place, ce qui se passe en face ne l’intéresse pas.
Selon les commerçants, il n’y a pas de relation entre les « communautés » chaque
commerçant à son type de clients. Selon le barbier, par exemple, il y a « des coiffeurs pour les
maghrébins et des coiffeurs pour les autres ». Ainsi les populations se côtoient sans se
mélanger. Cela donne une illusion de « carrefour culturel », mais cela n’est pas vrai, il n’y a
pas de véritable intégration.

• Appartenance au quartier :

Nous avons rencontré plusieurs personnes nous ayant dit qu’ils étaient du quartier alors, qu’en
fait, ils n’y habitent pas. Ils se sentent d’Arnaud Bernard parce qu’ils y ont habité avant ou
parce qu’ils y passent beaucoup de temps. Ils s’approprient le quartier. Le responsable de la
maison de quartier parle de « communauté choisi » dans le sens où les gens choisissent de «
s’identifier aux activités présentes dans le quartier ».

Nous remarquons aussi que beaucoup de personnes viennent faire les courses sur la place
alors qu’elles ne sont pas du quartier. Cela est dû principalement à la profusion de boucheries
halal et de bazars maghrébins.

• Les commerçants :

Les commerçants nous parlent de leur combat, au sein de l’association des commerçants, pour
lutter contre le commerce illicite. Ils ont fait circuler une pétition pour que la police
intervienne. Malheureusement, cela n’a pas eu l’effet escompté. En effet, au lieu de faire fuir
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les trafiquants, les descentes de policiers ont fait plutôt fuir les clients (selon la dirigeante de «
la crépophile »). Les gens croient maintenant qu’Arnaud Bernard n’est pas un quartier sûr, ce
qui n’est pas le cas selon elle, puisqu’elle s’y sent « chez elle » et « plus en sécurité que dans
son quartier ».

Elle qualifie même ce quartier de « village », ce qualificatif revient très souvent pour définir
Arnaud Bernard. Les gens se sentent appartenir au quartier. Ces avis ne sont pas partagés par
tous les commerçants. Certains trouvent que le commerce illicite n’est pas une mauvaise
chose car cela amène les clients de ce trafic sur la place. De plus, pour certains, ce n’est qu’un
lieu de passage ou un lieu de travail, cela n’a rien d’un village, comme par exemple, pour la
pharmacienne du bout de la place.

Les commerces nord-africains servent d’approvisionnement à toute la population musulmane


toulousaine, des personnes qui viennent de partout passent dans le quartier et se l’approprient
(« ici, c’est notre quartier ») C’est un quartier où toutes sortes de communautés se «
croisent ».

La rénovation pour les commerçants, a modifié la population de la place. Par exemple, pour le
responsable de la maison du quartier, lorsque le marché au gros a été déplacé, il y a eu un
changement « moins affirmé et moins mélangé»
Pour la dirigeante de la « crépophile », la nouvelle place et surtout ses bancs ont attiré une «
faune » de « squatters » qui donnent une mauvaise image du quartier. Pour d’autres encore, la
place s’est «vidée », les gens passent sans s’arrêter car l’architecture de la place ne donne pas
envie de stationner.

Les commerçants et les personnes de l’association du quartier voudraient de nouveau


réorganiser la place et pourquoi pas y mettre une oeuvre d’art.

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CHAPITRE II :
Cadre théorique

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Chapitre II : Cadre théorique

1- Théories urbaines

Sociologie urbaine
Yves Grafmeyer, Paris, Nathan, collection 128, 1994.

Tout d’abord, Grafmeyer nous indique que l’urbanisation tend à affecter de façon beaucoup
plus large l’ensemble des activités sociales, des populations et des espaces.
Pour Grafmeyer étudier la ville, c’est prendre en compte l’interaction entre les objets
physiques, le cadre matériel et la population, le nœud de relation entre les individus.
Nous retenons l’idée de l’Ecole de Chicago qui a utilisé l’image de mosaïque pour qualifier la
distribution résidentielle des groupes sociaux et des communautés ethniques en milieu urbain.
Les villes nord-américaines servaient de « laboratoire »,elles sont faites de quartiers, de
secteurs, d’unités de voisinage parfois très typés voire cloisonnés. Robert Park voyait autant
de « régions » ou « d’aires » urbaines, qu’il qualifiait de « naturelles » (car découpage non
institué) et de « morales » (au sens où chacune d’elles exprime et tend à confronter dans leur
singularité les manières d’être et les manières de vivre propres à une composante particulière
de la population d’une ville). A chaque quartier se juxtaposent des formes d’emprises et des
types de construction souvent hétérogènes. Les opérations d’urbanisme peuvent surimposer
un paysage façonné par l’urbanisation « spontanée » de nouvelles lignes de rupture et de
cloisonnement. Les formes d’intervention qui raisonnent en termes de circonscription, de
secteurs de construction et non constructibles de périmètres à sauvegarder, des zones à
aménager entraînent des effets de rupture.

A propos du comportement urbain Wirth (un sociologue de l’Ecole de Chicago), indique que
la multiplicité des contacts entraîne des relations sociales anonymes, superficielles,
éphémères. Ces types de rapports qualifiés de « secondaires » (rapports de type « primaires »
correspondent aux relations sociales que peuvent entretenir les villageois) sont segmentés,
transitoires et empreints d’utilitarisme. Wirth présente le phénomène urbain comme un
« mode de vie ». Grafmeyer nuance cette idée quand il évoque le fait que la vie urbaine
n’abolit pas les relations « primaires » qui peut au contraire s’affirmer dans tel groupe, tel
milieu ou tel quartier de grande agglomération. En effet, l’auteur développe le thème de
« village dans la ville » qui évoque les liens de voisinage, de parenté, d’amitié et de solidarités
qui s’entrecroisent. Ce thème peut correspondre aux vieux quartiers populaires où les petits
commerçants, par exemple, s’y sont sédimentés ou une communauté d’immigrants fixée dans
un secteur où celle-ci y accumule des signes de son identité ethnique ou religieuse, les
instruments de sa cohésion et les moyens d’une quasi-autarcie économique. Quand est évoqué
ce thème c’est pour faire référence à une manière d’être en ville et une homogénéité du
peuplement et des modes de vie, une forte identification à un territoire regroupant l’essentiel
des sociabilités, une existence centrée sur l’environnement humain et une densité des inter
connaissances dans un espace local où se déploient des réseaux d’entraide qui sont des
instruments de contrôle social du voisinage. Il faut prendre l’image de quartier village comme
une manière de proclamer l’harmonie sociale et un enjeu qu’il convient de défendre
collectivement et qui conforte la cohésion militante, l’identité sociale et la position sociale.
Pour Grafmeyer, il n’y a pas de « personnalité citadine » mais « Reste l’idée d’une condition
propre au citadin, faite de tensions entre la territorialité et la mobilité, entre la proximité et la
distance dans les interactions quotidiennes, entre l’affirmation identitaire et l’expérience de
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l’autre, entre la diversité des milieux humains qui forment la ville et leur nécessaire
ajustement plus ou moins conflictuel, au sein même de l’espace de vie ». Le processus de
« fabrication des gens des villes » est composé de compromis qui sont source de liens
interpersonnels ou des accords minimaux sur des formes d’échange ou des règles de
coexistence. Ce processus prend racine dans un contexte de tension entre les identités et les
mobilités, entre la continuité et la rupture, entre la recherche du semblable et la rencontre de
l’autre.

Grafmeyer montre les différentes « entrées » et quelques approches du monde urbain.


La ville rassemble des populations différenciées qui coexistent et interagissent au sein d’un
espace commun. Pour lui, pour analyser les populations, la sociologie urbaine peut soit se
limiter au champ résidentiel (comme l’usage du quartier par exemple) soit se centrer sur des
populations urbaines spécifiques caractérisées par des manières d’être ou d’agir. Il faut
dégager un critère qui puisse rendre un sous-ensemble relativement homogène et que l’on
juge pertinent pour la recherche. Le critère de la population étudiée peut seulement se limiter
à l’origine géographique ou ethnique. L’important est d’identifier un groupe d’individus qui
ont une ou plusieurs caractéristiques communes (l’exemple des commerçants maghrébins
dans les quartiers résidentiels du centre ville croise plusieurs critères) et qui ont le sentiment
de faire parti d’un même groupe (cas de la proximité géographique). De plus rappelons que
l’étude de cette population va se faire à un moment donné c’est ce que l’on appelle une
approche transversale.
Nous retenons le thème de l’espace et de ses différentes significations. Ainsi l’auteur nous
aide à comprendre l’espace comme un produit social. C’est-à-dire que pour l’auteur, chaque
société se caractérise par des relations sociales qui lient les individus entre eux et leur
permettent de transformer de manière collective le milieu naturel et lui donner une fonction et
un sens. Tout espace exploité, habité et parcouru porte ainsi la marque des activités humaines
qui s’y attachent. Cet espace est le reflet de la structure sociale.
Grafmeyer nous montre aussi comment l’espace urbain peut constitué un milieu. Il cite
Durkheim qui induit l’idée que des structures morphologiques (comme des éléments
physiques, la composition territoriale, des images et des souvenirs attachés à chaque lieu de la
ville) sont produites et durent dans le temps. Ces structures apparaissent comme des cadres
qui contraignent les agents de la vie urbaine. Pour Grafmeyer, se sont les actions humaines
qui modifient le milieu mais celui-ci en détermine le contexte et les conditions de mise en
œuvre. Selon Durkheim, le milieu est un « facteur actif » qui a une incidence sur les
phénomènes sociaux. De plus, sur les effets de milieu des approches comme la science
économique montre que la ville est source d’externalités (le fait que les activités de
production ou de consommation d’un agent ait des conséquences sur les activités d ‘un autre
agent) positives et négatives. Grafmeyer s’interroge sur les effets produis par la proximité
spatiale notamment dans la cas de juxtaposition de populations hétérogènes qui conduit à
exacerber les tensions et les difficultés de coexistence.
Puisque l’espace urbain est le produit de l’activité humaine, il a une influence sur les manières
de penser et d’agir. Il constitue donc un enjeu soit de compétition, soit d’appropriation
symbolique, soit de contrôle du voisinage, …. Des recherches ont mis en valeur les
interactions autour des enjeux économiques et sociaux que représente l’espace urbain
(associations de défense d’un quartier, politiques urbaines…).
Grafmeyer nous présente l’analyse systémique : « l’idée de système renvoie à celle
d’interdépendance entre des éléments dont chacun contribue au maintien de l’ensemble qu’ils
constituent, et à la régulation des rapports que cet ensemble entretient avec son
environnement ». Cette approche peut nous aider à comprendre les enjeux les organisations
politiques, économiques ou associatives et leur influence sur la ville. Un quartier peut
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constituer un support sur lequel des enjeux mobilisent une partie des habitants. Il prend
l’exemple lors d’une opération d’aménagement où apparaît un système d’action avec la
création d’associations, des rapports de conflit et de concertation qui se nouent avec les
représentants des pouvoirs publics. L’auteur cite d’autres études avec une approche en termes
de système comme l’écologie urbaine.

Le troisième thème concerne la division sociale de l’espace urbain. Nous consacrerons


quelques lignes aux schémas qui sont les résultats de recherches sur le lieu de résidence.
Grafmeyer nous présente trois formes de schémas : le schéma concentrique (de Ernest
Burgess), le schéma sectoriel et le schéma nodulaire. Pour lui, au fil du temps se façonnent en
chaque ville des territoires auxquels peuvent être durablement associées des populations et
des images particulières.
La ségrégation est toujours à la fois un fait social de mise à distance et une séparation
physique. La problématique de la ségrégation met en jeu la question celle des rapports que les
phénomènes de proximités et de distances sociales entretiennent avec leur éventuelle
traduction dans l’espace.
Pour Park et ses collègues de Chicago, la proximité physique n’est pas garante de la
proximité sociale. Une population hétérogène dans un même espace ne préjuge pas des
modalités de leur cohabitation. Selon les cas, la proximité spatiale peut aussi bien favoriser les
relations qu’aviver les tensions. Pour étudier les jeux de proximité et de distance, il faut
analyser les interférences de trois phénomènes : les caractéristiques objectives qui rendent
compte des positions des individus et des groupes de l’espace social ; les relations entre les
individus (vie associative, conflits…) ; les configurations spatiales des positions et des
relations.
L’appropriation de l’espace se fait de manière différenciée selon les appartenances sociales.
Chombart De Lauwe par ses travaux a montré que l’appropriation de l’espace diffère selon
les groupes sociaux. Il s’est intéressé aux contextes de relative mixité sociale où cohabitent
des populations qui se distinguent par la manière dont elles organisent leur espace, leur temps
et leur budget. Il met en valeur le fait que la cohabitation soit difficile. Mais que la tendance à
l’homogénéité sociable rend de plus en plus visible les signes de ségrégation.
Nous pouvons aussi retenir que dans chaque ville des quartiers plus « typés » que d’autres du
point de vue de la composition sociale existent. Les différentes catégories y sont plus ou
moins sur ou sous représentées. Des types de quartier peuvent être construit en fonction de
l’échelle, des rapports entre milieux locaux et de l’image du lieu et du contrôle que ces
membres exercent sur ce même lieu. De plus l’auteur pense que la composition sociale du
quartier est source d’effets. Celui-ci amène des occasions d’interaction ou au moins des
situations de coprésence qui induisent des sociabilités, des tensions ou des conduites
d’évitement. Grafmeyer nous montre une approche contextualisée des groupes sociaux pour
repérer des formes de coprésence et des modes d’ajustement entre les personnes et les lieux.
Pour cette approche il faut prendre en compte les propriétés sociales qui caractérisent les
différentes catégories d’habitants et les éléments qui qualifient le contexte local.
Dans les lieux publics, « une mise en scène des différences » est perceptible et produit en
même temps des compromis entre les différents groupes qui partagent un même territoire qui
permettent de maintenir une cohésion collective.
L’auteur cite une étude de Patrick Simon sur le quartier parisien de Belleville. Un quartier
partagé par différentes communautés ethniques et les moyens utilisés pour se distinguer
(fréquentation des commerces, occupation des lieux publics…). Ces communautés ont des
relations parfois conflictuelles mais ne remettent pas en cause la légitimité de la présence des
autres communautés. Cette légitimité repose sur le rôle d’accueil et d’intégration que joue
Belleville.
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La logique des lieux se trouve subordonnée à celles des populations qui les investissent, les
quittent, les mémorisent, ou les convoitent…. Les villes se nourrissent des différentes origines
et appartenances, elles les réaniment, les dissolvent et produisent de nouvelles formes de
différenciations.
Sur les transformations de l’espace urbain nous pouvons dire que les activités industrielles,
commerciales et tertiaires modèlent l’espace de la ville. Les consommateurs et les usagers et
leurs comportements influencent les processus de transformation des espaces urbains qu’ils
fréquentent ou qu’ils occupent. Chaque lieu de la ville a plusieurs fonctions (circulation,
commerce, sociabilités…).
La sociologie urbaine en France : une approche récente.

a- Un précurseur, Maurice Halbwachs.

Il fait entrer l’étude de la ville dans les sciences sociales. Il montre que les transformations de
la ville ne résultent pas des seuls mécanismes économiques, ni des décisions individuelles, ni
même des causes politiques, trop de contingentes, mais des tendances sociales et des besoins
collectifs, conséquences des changements démographiques.
Il s’inscrit dés ces premiers travaux dans la perspective d’Emile Durkheim. C’est avec cette
vision qu’il écrit « morphologie sociale » en 1938. Il explore la mémoire collective. Selon ces
analyses, « le lieu reçoit l’empreinte du groupe et réciproquement », la mémoire individuelle
s’appuie sur ces deux aspects. Les souvenirs sont liés à des groupes sociaux (familles, amis,
professionnels, religieux) au sein desquels les événements mémorisés se sont produits. La
mémoire les reconstitue et les adapte en retrouvant le contexte spatial, l’image, l’ambiance de
moments passés.

b- Durkheim et Tonnies : quels genres d’habitus se fabriquent dans la ville ?

La ville est l’expression du passage à la modernité.


Ils développent l’idée d’un passage communautaire à la société avec deux concepts : la
solidarité (deux types de solidarités) et l’organisation sociale.
Dans une communauté, les relations sociales et l’organisation sociale sont caractérisées par
des liens affectifs et durables. Le sentiment d’appartenance au groupe est dominant.
Pour Durkheim, la solidarité organique dans les sociétés modernes oblige les individus à
exercer des fonctions différentes qui les rendent dépendant les uns des autres. Dans ces
sociétés, la division du travail crée des formes de solidarité entre les membres de la société.
Il étudie la notion de village, où chacun connaît les activités de son voisin et maîtrise les
cartes des activités telles qu’elles sont réparties sur l’espace village. Ces lieux (villages,
quartiers) sont différenciés et donc segmentés par des secteurs d’activités sociales. Les
individus évoluent dans un espace où ils ne maîtrisent pas la totalité.
Dans l’ère de la société, se sont les commerces et la vie de la grande ville qui donnent le ton.
La ville se développe à partir des villages.

L’école de Chicago : mosaïque urbaine.

Chicago est le lieu de naissance de la sociologie urbaine. Grafmeyer et Isaac Joseph


introduisent et traduisent les textes fondateurs de ce courant en France.
Les principales figures de l’école de Chicago : Robert Ezra Park, William Burgess,
Thomas et Znaniecki.
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L’école de Chicago se donne pour objet « d’explorer la ville », selon deux angles :
-la constitution physique de la ville (ses quartiers, ses réseaux)
- Du point de vue des divers types de citadins (SDF, vagabonds)
Deux approches dominent dans leurs travaux. La première étudie la ville comme une
configuration spatiale en mutation révélatrice des rapports sociaux, l’autre étudie la question
des comportements, des attitudes et des personnalités citadines.
Parmi les travaux les plus célèbres de l’école de Chicago sur la ville comme configuration
spatiale, on trouve la ville qui est décrite comme une « mosaïque d’aires naturelles ». Les
découpages et les articulations renvoient à des processus sociaux. Le modèle qui va être
proposé rend compte des logiques qui structurent la croissance et l’évolution de la ville.
Burgess propose un modèle d’approche de la ville par « cercle concentrique » qui permet de
visualiser les différentes phases de l’extension urbaine et de différencier la mise en place
d’aires différentes dans le temps.
L’expansion se fait à l’intérieur de la ville, dans le centre d’affaire. Ensuite, il y a une
première couronne autour du centre avec des habitations détériorées et pauvres. Ces espaces
de « seconde zone » sont des points d’entrée pour les nouveaux arrivants. On y retrouve les
« colonies d’immigrants », avec des ghettos, la petite Sicile, le bled, la ville chinoise…
La deuxième couronne abrite des ouvriers de l’industrie et du commerce. On retrouve aussi
dans cette deuxième zone des immigrants. La troisième couronne englobe les quartiers
résidentiels. La dernière zone est celle des « migrants pendulaires ».
Pour Burgess, les ghettos ethniques offrent une sécurité communautaire
Pour les théoriciens de l’école de Chicago, la ville est une « communauté humaine élargie qui
se nourrit en permanence de nouveaux apports ». La ville est à la fois un système d’individus
et d’institutions en interdépendance, dans un ordre spatial. La ville s’oppose à une petite
communauté traditionnelle dominée par une culture unique qui s’imposerait à tous les
membres. Elle est composée d’une mosaïque de communauté et de groupe qui a chacun une
histoire, une culture, et des intérêts spécifiques. Ces différences sont filtrées et renouvelées.
La ville est donc une zone de quartiers, d’aires morales et naturelles plus ou moins étanches.
Les espaces occupés constituent peu à peu des lieux où s’exprime la culture des habitants
parallèlement à l’organisation des activités et des emplois. Les activités et les professions, les
ambitions et les alliances réorganisent ensuite l’occupation de l’espace urbain jusqu’à la
constitution de secteurs composés de milieux particuliers, non homogènes mais qui sont utiles
les uns aux autres. Aire culturelle ou fonctionnelle, le quartier est une composante de la ville
mais non statique, non achevée, les recompositions sont permanentes.

La ségrégation

La ségrégation peut être définie comme la concentration (spatiale) durable, imposée par des
décisions politiques ou par des mécanisme économiques, d’une population homogène, le plus
souvent modeste ou pauvre. Mais attention, il faut éviter la confusion entre ségrégation et
occupation différenciée de l’espace. L’occupation dominante d’un groupe social ou d’un
groupe ethnique dans un espace ne permet pas de parler de ségrégation. Par exemple, le
« quartier chinois » ou « juif » à Paris ne sont pas des quartiers ségrégés. L’installation des
populations n’est pas toujours forcée, ni imposée. La décision peut être délibérément décidée.

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L’école de Chicago, naissance de l’écologie urbaine
Sous la direction de Yves Grafmeyer et Isaac Joseph
Editions Aubier, 1984

La croissance de la ville, introduction à un projet de recherche (Ernest W Burgess)

Burgess s’interroge sur l’expansion des villes modernes nord-américaines (organisation


urbaine, taux de nativité, immigration…) et de leurs conséquences sur la population et la
société. Il explique le phénomène de la croissance urbaine par le processus
d’organisation/désorganisation. Un premier mode de fonctionnement collectif (organisation)
est perturbé par des effets positif comme négatif (désorganisation) jusqu’à être remplacé par
un nouveau système découlant des apports de ces « perturbations » (nouvelle
organisation/norme). Pour illustrer cette théorie on peut penser à l’exemple de l’immigré
obligé de renoncer à sa culture d’origine (désorganisation) pour celle de son nouvel habitat
(organisation) afin de favoriser son intégration.
Les chercheurs de l’école de Chicago organisent la ville par différenciation en « aires » à la
manière de cercles concentriques, chacun correspondant à une forme d’activité ou de
population. On trouve d’abord le centre ville ou cœur des affaires, puis la zone de
détérioration ou industrielle, quartier à l’abandon et typé par ethnie. Vient ensuite l’habitat des
travailleurs où l’on retrouve aussi les anciens résidents de la zone de détérioration (immigrés
ayant réussi). S’en suit la zone résidentielle, satellite du centre et enfin la banlieue.
Cette forme d’organisation de la ville construite sur une différenciation aussi bien
géographique qu’économique et culturelle assigne l’individu dans une zone favorisant par là
même son développement, son appartenance à un groupe… mais aussi les conflits entre les
quartiers pouvant aller jusqu’au crimes, meurtres… (Désorganisation qui redéfinissent à long
terme les frontières intra urbaine).
La « mobilité sociale », phénomène particulièrement observable en ville, participe à la
désorganisation du système et permet même de mesurer l’avancée du changement mais ne
doit pas être confondue avec le « déplacement » (géographique, par le réseau routier…),
mouvement de masse régulier propre à l’organisation urbaine.

L’approche écologique dans l’étude de la communauté humaine (Roderick D McKenzie)

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L’écologie humaine consiste à étudier les relations spatiales et temporelles des être humains
d’après des facteurs tels que les effets de sélection/compétition, de distribution, de position,
de mobilité ou encore d’adaptation à l’environnement.
Suivant la logique écologique on peut distinguer quatre types de communautés :
• communauté d’activité primaire (avec un type de production comme le bois, les
céréales…)
• communauté commerciale (centré sur la distribution)
• communauté industrielle (réuni le fonctionnement des deux première communauté avec
activité industrielle prédominante)
• communauté dépourvue de base économique spécifique (repose sur le tourisme, les
services, universités…)
C’est à travers les communautés commerciales que l’on peut le plus facilement observer
l’effet de la croissance urbaine sur la structure interne de la population.
Avec l’expansion de leur territoire et la multiplication de leurs identités culturelles, les masses
citadines voient s’accentuer les phénomènes de différenciation et de ségrégation. Pour
répondre à la variété des demandes se développent des services particuliers et adaptés avec
des localisations spécifiques (soit correspondant à l’emplacement de la population qui en
exprime le besoin). On parle alors de structures urbaines différenciées.
L’espace disponible restant cependant limité, la concurrence pour les « bons » emplacements
aboutit à un débordement sur la zone voisine au détriment des premiers équipements déjà en
place. L’école de Chicago parle « d’invasion » dans le sens de changement de l’usage du sol
ou de la nature de la population et/ou de l’activité économique. On recense nombre de
conditions provoquant ou facilitant l’empiètement de son territoire par de nouveaux arrivants :
facilité d’accès (transport…), dégradation de la zone, plans de rénovation, nouvelles
constructions, nouvelles activités (industrie…), mobilité sociale, possibilité de devenir
propriétaire…
L’invasion peut être bien accueillie voir même encouragée par les « locaux » dans la mesure
où elle vient compléter les besoins de la zone ou améliorer son image, on parle alors de
sélection et d’investissement extérieur. Dans le cas contraire des stratégies de résistance
seront mises en place et une lutte pour le contrôle du terrain s’engagera par le biais de
compétitions violentes, regroupement en sous-ensembles jusqu’à l’émergence d’une
organisation dominante qui fixera les règles régissant le territoire concerné.
Ces phénomènes d’invasion ou d’adaptation nous renvoient au concept « d’aire naturelle »,
espace fonctionnant avec ses propres critères de sélection, sa culture dominante, ses mœurs…

Le phénomène urbain comme mode de vie (Louis Wirth)

La ville apparaît souvent comme une conséquence incontrôlée de la croissance de population


mais il s’agit aussi d’un nouveau mode de vie qui, sans être en rupture totale avec son
prédécesseur (rural et traditionnel), s’y oppose. Les sociologues du phénomène urbain
s’emploient à mettre à jour les actions et organisations qui caractérisent la ville à partir des
critères de définition suivants : dimension du groupe, densité et hétérogénéité.
La ville se caractérise par l’importance de sa population, il en découle une plus grande variété
dans les interactions mais aussi plus superficielle et segmentée. Aux liens familiaux,
sentimentaux et autres rapports de voisinage se sont substitués compétitions et mécanismes de
contrôle formel (nouveau lien social) avec toutefois quelques survivances à travers la
ségrégation spatiale (expression des rassemblements culturels). Notre survie passe par un plus
grand nombre de personnes dont on est plus indépendant, l’interaction est alors superficielle,
anonyme et utilitaire. L’anomie d’Emile Durkheim apparaît alors comme agent de
désorganisation.
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La ville doit sa spécificité à sa structure complexe, résultat de la concentration de ressources
différentes et spécialisées dans un même espace qui ne favorise pas pour autant le lien social.
Au contraire la juxtaposition des contrastes encourage la compétition pour le contrôle du
territoire (exemple des commerces, contrôle des quartiers par les gangs…). Une zone paraîtra
attrayante selon le prix des loyers, l’accessibilité, la salubrité, le prestige, l’esthétique, les
nuisances… et la répartition de sa population se fera par rapport au lieu lui-même, la
profession et le revenu des individus, leur ethnie, le statut social, la culture, les préjugés…
Plus l’habitat sera dense plus les oppositions seront flagrantes et la ségrégation se développera
au point que la ville puisse être qualifiée de « mosaïque de mondes sociaux » caractérisée par
la compétition, l’expansionnisme et l’exploitation mutuelle (d’où le recours au contrôle
formel pour maintenir l’ensemble).
La variété de la masse urbaine favorise une hiérarchisation plus ou moins continue (puisque
l’homme n’appartient jamais à un seul groupe) des individus ainsi qu’une mobilité sociale
pouvant entraîner instabilité et insécurité (éléments de désorganisation). Il n’existe donc pas
de lien assez fort pour générer un véritable attachement au groupe ou à l’habitat. Pourtant si la
population des villes est un ensemble disparate, elle n’en reste pas moins liée par des besoins
communs. Pour répondre à cette demande, on passe par la notion « d’utilisateur moyen »
(compromis qui fixe la demande des biens et services) qui dépersonnalise et catégorise
d’avantage l’individu qui n’a d’autre recours pour se faire entendre que de faire appel à la
ségrégation comme moyen d’expression.

La ville, phénomène naturel (Robert Ezra Park)

La ville correspond à un ordre territorial (limite géographique) où l’on retrouve concurrence


(lutte pour l’espace qui se joue le plus souvent dans la dimension économique) et culture
(ensemble de mœurs, habitudes… qui rassemble la population, découle souvent de
l’économique).

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2- Sociologie des réseaux

A travers nos observations et un de nos objectifs qui est de rendre compte des interactions
sociales existantes dans le quartier Arnaud Bernard, il nous a semblé faire sens d’évoquer la
sociologie des réseaux sociaux.

Qu’est qu’un réseau ? Nous admettons ici qu’un réseau est un ensemble de personnes liées
entre elles par des relations d’interconnaissance. Ainsi, si l’on accepte cette définition, un
réseau est l’agrégation des personnes et des liens qu’elles entretiennent. Un réseau ne se réduit
pas aux communautés ou aux groupes. Un réseau est par définition ouvert, c’est-à-dire qu’il
suffit qu’un seul membre noue un contact avec un autre pour que cet autre fasse
immédiatement partie du réseau sans que les autres aient à le connaître directement.

L’analyse des réseaux a un statut tout particulier, car elle ne rentre pas dans un corpus
théorique traditionnel de la sociologie. L’analyse des réseaux standard est un peu plus
générale. Elle est constituée par un ensemble de méthodes qui permet une analyse
systématique. Tout en récusant que l’analyse des réseaux n’est pas une approche théorique
sociologique, il faut admettre qu’il existe un paradigme qui donne sens aux réseaux sociaux :
l’interactionnisme structural.

a- L’interactionnisme structural

L’interactionnisme structural comporte une prise de partie épistémologique de ce qui est la


sociologie : approches en termes des catégories (relations)
La plupart des sociologues admettent que les comportements ou les opinions des individus
dépendent des structures dans lesquelles ils s’insèrent. Il faut présupposer que les catégories
sont les bonnes, ce n’est pas souvent sûr. Avec cette approche ultra standard, on peut se
limiter à être descriptif. Mais pour que cette approche soit explicative, il faut faire des
hypothèses qui ne sont pas neutres.
On se place alors là où l’on veut élucider le rôle de la structure sociale, sur la construction de
cette structure. Il faut savoir que les individus n’ont pas de relation avec ceux qui sont proches
structurellement. Et que ce n’est ni une causalité ni une corrélation.
Si on admet que les individus relevant d’une même catégorie et partageant les mêmes normes
agissent conformément à ces normes intériorisées, on peut faire un modèle explicatif de
l’action. Le problème c’est que cela n’est jamais vrai qu’en moyenne. Ce qui laisse à penser
que ceux qui agissent différemment sont des marginaux. Alors que ces derniers peuvent être
le résultat de la façon dont est construite a priori la catégorie. En fait, comment être sûr que
cette marginalité ne vient pas de la façon dont on a choisi d’expliquer l’action ? Ainsi, on ne
fait que rendre plus complexe le problème, en pensant l’avoir élucidé.
Pour faire la catégorisation il faut s’assurer des catégories utilisées, pour cela il faut établir
des relations qui les poussent à agir de la même façon. Donc, il faut arriver à admettre que les
normes sociales sont les causes des actions des individus et qu’elles prédisposent à avoir une
certaine régularité dans l’action. Comment l’analyse structurale tente d’expliquer les actions
posées par les individus ?
La démarche adoptée par l’analyse structurale est tout à fait située à l’inverse. Dans ce
contexte, la régularité dans l’action s’explique par des relations concrètes qu’entretiennent les
individus. Elles dessinent cette structure et expliquent que certains ont plus facilement accès
que d’autres à certaines ressources. Selon Fossé et Degenne, « il est donc possible de se
passer du recours aux explications selon lesquelles les acteurs sont mus par des forces
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(habitus) ». On convient qu’on peut passer d’une causalité abstraite, pour revenir à une
causalité concrète. Il ne s’agit pas de dire que les gens ne sont pas rangés suivant des
catégories mais ils le sont aussi par des réseaux. Les catégories ne sont que le reflet des
relations structurales qui lient les individus.
Il faut être en mesure de s’interroger sur les relations d’interaction entre deux personnes
comme un objet non-indépassable. Admettre qu’il y a des relations non seulement abstraites
mais également concrètes semble être la meilleure façon de procéder. On ne peut pas étudier
une relation si on n’est pas capable de replacer dans la structure dans laquelle elle s’incère. Si
on étudie trois individus, il faut voir la relation qu’il y a entre les trois. Ce n’est pas une
addition de relation mais une combinaison de relations. Elles peuvent être variées.
Suivant le champ disciplinaire on peut se limiter sur les relations de pouvoir (sociologie),
d’amitié, réseau transport –géographie. Il y a des spécifiés dans l’étude des réseaux.
Vu sous cet angle, l’analyse de réseaux essaie d’expliquer une structure. C’est un moyen
d’élucider une structure sociale. La structure est l’effet émergent d’une relation et exerce une
contrainte sur cette relation. Il faut maintenir les deux. C’est cela qui va permettre de
comprendre avec quelle structure qu’on a affaire. Elle est seulement formelle.

b- Un compromis entre holisme et individualisme

Il est généralement admis que les sciences sociales sont partagées par deux traditions
antithétiques : l’individualisme et le holisme. Afin de situer l’analyse structurale, il faut bien
spécifier les deux paradigmes différents qui sous-tendent chacune de ses traditions.

Sachant que les individus agissent dans le but d’atteindre des objectifs et que pour y parvenir
ils prennent des décisions allant dans le sens de ses intérêts individuels, « l’individualisme
méthodologique part de la détermination de ces intérêts individuels pour recomposer par
effet émergent la structure, alors que le holisme pense que cette tâche est tout à fait
secondaire puis que les structures s’imposent aux individus ». En ce sens, les intérêts
individuels sont fixés d’une manière endogène (au sein de son groupe et dans la dépendance
de l’individu). D’où les théories de « sur socialisation » chez Granovetter (1985) et de
théorie « normative » chez Burt (1982). Mis à part les qualificatifs utilisés, il convient de
résumer cette théorie de la manière suivante :

• la structure prime sur l’individu


• elle ne se réduit pas à la somme des actions individuelles
• elle exerce une contrainte absolue sur ces actions.

Cette théorie donne à voir au moins deux interprétations : une vision intentionnaliste et une
vision méthodologique où est implicitement contenu un déterminisme en un sens fort. Dans le
premier cas, le holisme suppose que les individus n’agissent qu’en raison de l’intériorisation
des normes de leur groupe ; intériorisation qui s’effectue par des processus de socialisation.
Dans un second cas, le fait social se reconnaît à la contrainte qu’il exerce sur l’individu. Le
chantre de cette approche est incontestablement Durkheim qui pose en déterminisme fort la
contrainte de la structure sur l’individu. Il soutient par exemple, dans son explication de
l’exode rural, que les migrations des campagnes vers les villes sont le résultat d’une force
collective qui pousse les individus à aller vivre en ville.
Ce déterminisme fort, qu’il soit intentionnaliste ou seulement méthodologique, est critiqué par
l’approche de l’analyse structurale. Car, ce déterminisme conduit à poser une causalité
abstraite entre structures et individus, en niant les relations sociales effectives, d’une part, et
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d’autre part parce que, comme le montre Granovetter, il n’évite pas forcément l’atomisation
des individus qui est contraire au principe relationnel de départ. Dans ce contexte, Durkheim
appréhende d’une autre manière ce déterminisme. Dans son explication du suicide par défaut
d’intégration, on trouve des éléments d’un déterminisme faible.

Du holisme méthodologique, deux propositions se dégagent :


• la structure ne se résume pas à une somme d’actions individuelles
• elle exerce une contrainte mais seulement formelle, qui laisse l’individu libre de
ses actes bien que, compte tenu de cette contrainte, tout ne lui soit pas possible.

De ce qui précède, il y a lieu de penser que l’analyse structurale se situe à mi-chemin entre
une conception de la surdétermination de l’individu par les intentions de son groupe et une
vision où le comportement de l’individu est totalement déterminé par sa classe sociale ou le
segment du marché de travail dont il relève. Ceci nous conduit à considérer la deuxième
grande approche de la sociologie : l’individualisme méthodologique. Deux paradigmes
peuvent être décelés dans l’étude de l’individualisme méthodologique. : atomistique et
interactionnisme structural.
Ici, l’objet d’observation n’est pas l’individu mais la relation qu’il y a entre lui et les autres
individus. L’action sociale est saisie à travers les motivations des acteurs. Les fins poursuivies
occupent une place prépondérante pour l’individualisme méthodologique. Il s’agit de voir que
les motivations des individus conduisent à des effets de composition qui n’étaient pas
recherchés individuellement. Ces effets ne sont pas le résultat de contraintes extérieures, mais
de l’interdépendance ou l’interaction entre acteurs. Contrairement à l’approche d’un
individualisme soumis aux intentions des membres d’un groupe d’appartenance, l’individu
agit en fonction d’une conception de la rationalité étroite. C’est une vue économicus qui
détermine l’action.
On aboutit à deux visions diamétralement opposées selon que l’on part d’acteurs séparés
(Weber) ou au contraire d’acteurs nécessairement liés à d’autres (Simmel).

L’individualisme méthodologique : atomistique –homo économicus, vue économicus (des


informations sur leurs liens sont inutiles) et l’interationnisme. On pense que les individus ne
sont nullement des atomes. La sociologie est la structure des interrelations sociales. C’est la
rationalisation de l’acteur. En économie, le rationalisme sait optimiser un bien. Cette
conception de la rationalité est étroite certes, mais elle a le mérite de rendre l’orientation
structurale dès son fondement avec un encrage ferme. L’intérêt ici ne se limite pas à être un
froid rational. Il sait tenir compte des autres intérêts. L’intérêt collectif est pris en compte.
Dans un sens restreint on aura près supposé que l’individu défend ses propres intérêts. Dans le
cas de l’approche collective, la rationalité c’est de permettre à ce qu’on arrive à une solution
optimale pour tout le monde. Donc, on aura rabaissé ses prétentions rationaliser propres. Où
on tombe dans un conflit ouvert.
La solution raisonnable est la troisième : modèle de rationalité plus large que la théorie
standard du choix rationnel. Car le sociologue cherche comment faire exister tout le monde
dans la société. Cet interactionnisme les relations sont les données de base. Le choix rationnel
n’est pas rejeté empiriquement, ce qui est nié est l’hyperbole sur lequel se sont axés les
tenants de cette théorie. En ce sens que cette théorie a une valeur générale. Au contraire, c’est
une relation plus large : prenant en compte cette dimension mais les interrelations entre
individus. Sans cette deuxième idée, on ne saura comment tel individu a choisi tel groupe ou
pas. Le but de la science est d’arriver à la généralisation. La science économique dit que tout
est du domaine de la rationalité. Il n’y a pas que cela. Comment expliquer que, malgré tout,
les conflits empêchent le fonctionnement d’un système ? Dès lors qu’on veut sortir des
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difficultés, il faut être raisonnable. Donc, il apparaît vital de se mettre ensemble sur une base
où tout un chacun se rencontre, non sur ce qui lui est rationnel mais acceptable pour la
coexistence. D’où la pluralité. Autrement, on fera triompher ses valeurs. C’est ce que fait le
libéralisme. Il reconnaît qu’on a la liberté d’avoir ses propres valeurs, mais raisonnables. Dans
le sens qu’elles n’empiètent pas sur la liberté des autres.

Pour l’analyse structurale, il y a deux façons :


• Modèle d’acteur au sens étroit de la rationalité
• modèle d’acteur au sens large de la rationalité qui inclut le raisonnable et le
rationnel. C’est l’interactionnisme structural.

Le deuxième niveau d’analyse de réseau dit complet. Dans le sens où on délimite une
frontière-classe d’école. Pour cela, on interroge tous les individus à l’intérieur de cette
frontière. C’est une population étudiée exhaustivement. L’analyse n’est pas synchronique par
essence. On peut répéter l’enquête. Statistiquement c’est pauvre, mais structurellement c’est
riche. On peut appliquer toutes les théories de graphe.
• Les méthodes d’investigation : échantillon en boule de neige
• Marqueur en petit nombre. Mil Gram essaie de prendre un individu cible et aller
tirer loin de lui un échantillon qu’il ne connaît pas. Il donne un certain nombre
de caractéristiques de quelqu’un à quelqu’un d’autre pour le repérer via un autre
membre du réseau. En moyenne, il trouve qu’il faut cinq individus. Il faut au
maximum 12 intermédiaires pour relier deux personnes qui ne se connaissent
pas. On a réalisé, plus on prend des intermédiaires qui n’ont aucune caractérielle
entre eux, plus on a besoin d’intermédiaires. C’est un mode d’investigation
totalement différent
• Autre forme : prendre un échantillon tiré dans un annuaire où on demande s’il y
a des noms que l’on connaît. Donc, le nombre de personnes que l’on connaît. On
saura que les réseaux des cadres sont plus étendus que ceux des ouvriers. On
doit se demander ce que l’on connaît personnellement. La définition n’est pas
facile à trouver.

Avec la définition la plus large, aux USA, un individu connaît plus d’une vingtaine de
personnes. Si c’est beaucoup plus lâche 5000 pour un cadre et 1500 pour un ouvrier.

c- La notion de cercle

Selon Michel Forse et Alain Degenne dans leur ouvrage les réseaux sociaux, c’est l’étude de
Stanley Milgram qui est à l’origine de l’étude des réseaux sociaux. Il a voulu déterminer
combien de liens séparés deux personnes au maximum. C’est ce qu’il a appelé l’expérience du
petit monde. Il montrera que, aux Etats-Unis, il faut en moyenne 5 liens pour relier deux
personnes.
En ce qui concerne notre étude sur Arnaud Bernard, c’est la notion de cercle développée par
Wellman en 1978 qui nous intéresse le plus. En effet, selon lui les villes n’ont pas reproduit
les formes de sociabilité des communautés traditionnelles mais elle en a fait naître d’autre qui
donnent plus d’autonomie aux individus. Les liens interpersonnels sont insérés dans des
groupes plus ou moins larges au lieu d’être réduit aux personnes d’une communauté (comme
dans les villages), des cercles qui servent de cadres de développement aux relations

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interpersonnelles. En d’autres termes, dans les villes les individus récréent les communautés
traditionnelles en circulant au sein de groupes, de cercles invisibles mais très présents.
Simmel a utilisé en premier cette notion, pour lui cela signifiait n’importe quel groupe plus ou
moins organisé où les individus se réunissent en fonction d’intérêts communs. C’est la
principale différence avec les communautés des villages qui ne se choisissaient pas hormis
grâce à leur situation géographique.
A Arnaud Bernard, nous avons remarqué un cercle formé par la population nord-africaine et
musulmane avec la présence des bazars et des boucheries Hallal.
Pour Nadel, Les réseaux ne sont pas seulement les liens entre les personnes mais la liaison
entre les liens eux même, ce qui a pour conséquence que ce qui arrive, pour ainsi dire, entre
une paire de « noeuds » ne peut manquer d’affecter une paire adjacente. Il existe donc une
transversalité des relations de sociabilité, une inter influence entre les différents individus. Les
relations sont fortement entrelacées, ce sont les cercles locaux. Certains milieux ont des
formes de sociabilité qui leurs sont propres et qui traversent les couches sociales.
Les cercles sociaux sont des éléments constitutifs des réseaux. Le seul moyen d’inférer leur
existence est l’observation des interactions entre les individus.
La notion de « Clique » se rapproche sensiblement de la notion de cercle. Selon Lloyd
Warner, les cliques sont des groupements informels à l’intérieur desquels il existe un
sentiment d’appartenance, un certain degré d’intimité et des normes de comportements
reconnues. C’est ce que nous avons pu observer avec les personnes qui se sentaient appartenir
aux quartiers Arnaud Bernard tout en n’y habitant pas.

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3- Le multiculturalisme

La culture et l’occupation de l’espace urbain à travers les activités commerçantes

Les flux migratoires de l’après guerre ont favorisé une diversité de population dans
différents espaces urbains. L’implantation des ces populations a contribué à la formation des
populations des grandes villes. Aussi cette capacité de la ville a incorporé les différentes
ethnies qui s’y installent et constitutives de l’histoire urbaine. Cet inter ethnicité s’observe
dans la plupart des activités.
Alain Belbahri (1982) dans une étude sur le quartier de la place du pont à Lyon met
en évidence l’espace public comme une « région de signification » caractérisée par son inter
ethnicité et son cosmopolitisme. Pour lui, les immigrés s’appuient sur les savoirs et les
pratiques propres à leur société d’origine pour provoquer des relations interethniques. Cela
s’observe par une spécialisation ethnique par activité. En ce qui concerne le commerce
étranger, il est d’une importance remarquable dans les pays d’immigration du fait que les
grandes villes polarisent massivement les populations étrangères. De ce fait, le commerce
étranger est compris comme un mode d’intégration relativement important des minorités
étrangères. Cette forme d’intégration reste analysée à propos des magrébins et des asiatiques
comme forme d’appropriation de l’espace.
Le terme de minorité s’applique à tout le groupe social manifestant une infériorité numérique,
économique et culturelle à l’égard des groupes dominant de la société.
Mamung et Gillon voient quatre stratégies mises en place par les minorités pour accéder au
marché économique :
• stratégie de l’offre
• stratégie d’adaptation à la demande
• stratégie dans les créneaux disponibles
• création de nouveaux créneaux

Ainsi, la tendance est la multiplication de petites unités de distribution, au peu de


concentration lequel définit un mode d’existence économique sans cesse remis en question.
Cependant cette caractérisation détermine aussi un mode d’occupation spatial et un type
d’équipement qui ont l’avantage dans certains quartiers, de reproduire les commerces de
proximité en voie de disparition. Les commerçants étrangers ont redéployé des savoirs faire
de tradition car bien souvent, ils n’étaient pas à la première émigration : l’usage de la tontine
fait partit de ces savoirs. Ainsi, ils ont souvent pu bénéficier d’un petit capital départ.
Il se crée des rapports interculturels : alors que les commerçants non juifs répondent à
des demandes juives, réciproquement les commerçants étrangers s’adaptent à la demande des
clients autochtones. Ils s’adressent à une clientèle diversifiée offrant une variété de produits
de consommation traditionnels ou industrialisés en provenance de pays très différents. A la
diversité des produits, correspondent des espaces distincts dans le magasin. En somme, les
minorités favorisent la mixité des pratiques de consommation.
Selon Anne Raulin, le lieu-boutique est un « théâtre des interactions publiques inter et intra
ethnique » et le commerce comme consommation et comme activité semble aujourd’hui
constitutif de toute culture urbaine.
L’identification à la communication ethnique semble importante en ce qu’elle permet
la transmission des savoirs faire, le maintien et le développement des réseaux de solidarité
mais aussi l’organisation et l’échange qui rendent possible la pénétration du marché
économique par la création d’entreprises et non seulement par le bas de l’échelle
professionnelle.

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Lazzarato, Negri et Santilli se sont penchés sur l’étude des communautés du Sentier,
quartier de Paris. Selon eux, les communautés ethniques et professionnelles se regroupent au
niveau d’un quartier et l’espace marchand n’est pas éloigné de l’espace domestique. Cette
forme d’occupation semble importante dans le maintien des réseaux et dans l’efficacité de
l’appropriation collective d’un quartier. Elle semble aussi indispensable au maintien de
l’autonomie. Et cette autonomie a pu être interpréter, à propos des commerces du Sentier,
comme une attitude de « refus de l’intégration ordinaire dans la culture capitaliste de la
métropole parisienne ».
Une telle affirmation rapporte le commerce parallèle à un point de vu culturel et non
comme on pourrait s’y attendre, à une stratégie économique minoritaire leur permettant de se
maintenir dans le marché concurrentiel. Une telle interprétation nécessiterait un
approfondissement des observations et des analyses sur les comportements culturels qui se
traduit aussi dans un marquage ethnique de l’espace construit.
Certains groupes sont en train de changer en ce qui concerne la localisation de leur
habitat par rapport à leur lieu de travail comme les commerces asiatiques. Les réseaux sociaux
continueront à fonctionner sur la distance d’autant plus que ceux-ci appartiennent à des
réseaux transnationaux de la diaspora de ces minorités. Pourtant, certains groupes vont
continuer à fonctionner sur la relation de proximité habitat/travail.
Les études en sociologie urbaine ont montrées que la spécialisation ethnique
commerciale des diasporas commerçantes n’est pas nouvelle mais qu’elles attirent
aujourd’hui l’attention du fait de leur visibilité de plus en plus croissante. Ainsi Anne Raulin
étudie les scénographies commerciales des diasporas commerçantes « en tant qu’elles
participent à la construction de l’environnement urbain ».
Comprendre et appréhender l’espace urbain, c’est saisir les mouvements des
populations par l’activité qui leur permet d’occuper un espace donné et les relations avec les
autres populations en présence. En outre le marquage linguistique des populations montre la
multi-ethnicité graphique et orale dans les lieux publics d’interaction. Selon L. J. Calvet, « la
ville nous parle à travers ses signes, messages pour l’œil en même temps que le spectacle »
étudier la ville c’est tenir autant compte des populations qui cohabitent mais aussi saisir les
représentations qu’elles ont de l’espace.

Les traitements sociologiques de la notion d’ethnie

Les premiers travaux qui ont évoqué la notion d’ethnie sont issus du courant
fonctionnaliste des années 50. Ces travaux traitent de la cohésion sociale et nationale, de
l’intégration des populations immigrées dans la population locale. Se serait alors une relation
cyclique qui s’effectuerait en 4 phases : la première d’entre elle correspond au fait que
l’individu n’appartient pas à la société mais à son ethnie, puis il y a une assimilation, c'est-à-
dire une uniformisation culturelle et en fin une pleine appartenance. Pour que cette pleine
appartenance soit possible, il faut qu’il y ait une « transculturation » de l’ethnie c'est-à-dire un
ajustement progressif entre l’acculturation des nouveaux arrivants et l’acceptation par les
membres de la société d’accueil. Cela nécessite également un relâchement des liens ethniques.
Du point de vue de l’Ecole de Chicago à travers des travaux tels que ceux de Park et
Burgess l’assimilation représente le stade ultime du cycle des relations ethniques et raciales
après celui de la compétition, du conflit et de l’adaptation. Elle est conçue comme une
interpénétration et une fusion permettant l’intégration des différents groupes dans une culture
commune. Elle sera accomplie lorsque les immigrants et les natifs partageront les mêmes
sentiments, les mêmes souvenirs et les mêmes traditions. Il faut ajouter au sujet de la théorie
de Park et Burgess, et contrairement aux théories assimilationnistes, que pour eux
l’assimilation ne se réduit pas à la destruction des cultures minoritaires, elle ne consiste pas
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pour les migrants à répudier ses valeurs et son mode de vie traditionnel au profit des normes
culturelles de la « société d’accueil », mais a être impliqué dans des groupes de plus en plus
larges et inclusifs.
Les théories assimilationnistes évoquées précédemment, issues du mouvement
progressiste présupposent l’assimilation des migrants aux pays d’accueil et par la même la
disparition des revendications ethniques. Au début des années 60, plusieurs auteurs vont
remettre en cause cette hypothèse. Ainsi Glazer et Moynihan dans « Beyond the melting
pot » font le constat de l’existence des 5 principaux groupes ethniques dans la ville de New
York à une époque où ces derniers étaient censés théoriquement disparaître. Ils vont découvrir
l’émergence de ce que l’on appelle « la nouvelle ethnicité » c'est-à-dire la création d’identités
ethniques distinctes basées sur l’expérience de la vie aux Etats-Unis et plus sur le maintien
des vielles cultures ethniques. Il en va de même pour les travaux de Gordon pour qui le
sentiment d’appartenance ethnique reste encore en vigueur dans la société américaine que l’on
observe à travers la présence de sous cultures structurellement séparées pouvant se maintenir
même si on ne peut plus les séparer sur la base de différences culturelles.
Dans les années 70, a travers des observations empiriques, il est de plus en plus
certains du maintien des groupes ethniques en tant que collectivités caractérisées par une
« solidarité diffuse persistante ». Des travaux tel ceux de Parenti en 1967 font état de
l’importance accorder aux liens ethniques entre les membres des groupes anciennement
installés et de la persistance des phénomènes d’endogamie ainsi que de vote ethnique. Tout
cela signifie que la population américaine est loin d’être uniforme, c'est-à-dire que les
membres de la société quelque soit leur origine ethnique partagent à un certain degré les
aspirations, la culture et les valeurs de l’ « américan way of life » mais les anciennes
distinctions n’ont non seulement pas disparu mais sont devenues des sources de mobilisation
collective. Selon Schnerder, c’est alors opéré un processus de « désocialisation » des groupes
ethniques qui se sont transformés en groupes culturels symboliques qui fonctionnent à partir
d’une identité vidée et d’une absence de toutes distinctions sociales élaborées. C’est ce que
Glazer appelait dans les années 60, les « nations fantômes » et qui correspond à la loi Hansen
selon laquelle l’identité ethnique des immigrants tend à être rejetée par la deuxième
génération mais est revalorisée par la troisième. Il y aurait donc une revitalisation des liens
ethniques ou « ethnic revival ».

Du multiculturalisme au métissage culturel

Avant de parler de multiculturalisme et de métissage on se doit de définir en quelques


termes la notion de culture. La culture est sans doute l’une des notions les plus définies au
monde ; mais c’est seulement au 19ème siècle que la notion prend le sens de « civilisation ».
En effet, E. B. Tylor, en 1871 la définit à travers le développement mental et organisationnel
des sociétés comme « ce tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances religieuses,
l’art, la morale, les coutumes et toutes les autres capacités et habitudes que l’homme acquiert
en tant que membre de la société ».
Les sciences sociales notamment l’anthropologie et la sociologie se sont beaucoup
intéressées à la culture. Et justement il dit de « l’anthropologie culturelle »qu’elle insistait sur
le développement matériel et technique et sur la transmission du patrimoine social. Ainsi la
culture, en tant que mode de vie d’un peuple, serait une acquisition humaine relativement
stable mais sujette à des changements continus qui déterminerait le cours de nos vies sans
s’imposer à notre pensé consciente.
Le courant culturaliste tend à expliquer la culture comme système de comportements
appris et transmis par l’éducation, l’imitation et le conditionnement. C’est seulement au
tournant des années 60 qu’apparaît la notion de multiculturalisme.
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La société dite « multiculturelle » est semble t-il moins un modèle que le propre des
sociétés d’aujourd’hui. Le multiculturalisme est donc lié à la modernité. Selon Fred
Constant, l’émergence du terme signale l’apparition d’un nouveau problème qui est
l’explosion des identités culturelles ainsi que l’affirmation des différences et promut en même
temps la solution à cette équation qui est la nécessité de prendre cette diversité en
considération dans le gouvernement des sociétés. La culture glisse ainsi d’un champ antropo-
sociologique à un champ plutôt politique et devient une préoccupation quotidienne.
Banalement on dirait qu’elle traduit la coexistence dans un même espace de plusieurs
cultures. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une polysémie qui peut parfois se
révéler perverse. En réalité la question que tout le monde se pose aujourd’hui est la suivante :
comment vivre avec nos différences ? Différences culturelles donc identitaires aussi car la
culture est fondamentalement une identité.
En effet l’identité désigne à la fois ce qui est propre à l’individu ou à un groupe et ce
qui le singularise. C’est un terme assez ambigu qui renvoie simultanément au même et l’autre.
Selon le niveau considéré, les expressions de l’identité varient en fonction des références
culturelles, professionnelles, religieuses, géographique, linguistiques…Mais malgré ces
difficultés, l’utilisation du concept d’identité en sociologie permet d’éclairer les relations
entre l’individu et son environnement. Elle a fait l’objet de plusieurs théorisations dont se
dégagent deux tendances principales. D'abord, pour tous les tenants de l’école
Durkheimienne, l’identité est le fruit d’une inculcation et se reproduit. Une seconde
conception, plutôt inspiré de Weber, conçoit l’identité comme le produit de parcours ou
d’attitudes singulières plutôt que comme le résultat d’inculcations plus ou moins passives.
Par ailleurs, F. Laplantine adopte une tout autre posture et critique violemment la
notion d’ « identité » et plus spécialement d’identités culturelles. Pour lui, nous n’avons pas à
faire à un concept mais plutôt à un affectif qui créait de l’exclusion qui immobiliserait la
pensée et enfermerait aussi bien l’individu que le groupe dans une autochtonie dérisoire. Cette
notion privilégie, de même que la culture, l’espace sur le temps.
Partant de là, il définit le multiculturalisme comme « la reconnaissance du fait que
peuvent coexister une appartenance civique qui est propre à des citoyens d’un pays donné et
une culture minoritaire, des cultures minoritaires ». Pour lui il s’agit d’un communitarisme et
dans sa forme la plus radicale. Pour lui, le multiculturalisme est de « l’indistinction distincte »
c'est-à-dire une banale juxtaposition spatiale qui vise à favoriser la régression vers les origines
ethniques de chaque groupe. L’auteur va de ce fait lui substituer l’expression métissage
culturel.

Pour Laplantine, le métissage n’est ni l’intégration dont l’exemple parfait est la


France, ni la différenciation qui n’est d’autre qu’une simple juxtaposition spatiale de
communautés aux origines diverses et qu’on peut observer aux Etats-Unis. De même, il n’est
pas à confondre avec le syncrétisme, le mélange, la fusion qui sont ses contraires. Penser le
métissage c’est donc s’extraire de la confusion, de cette idée d’absorption et de disparition des
différences. Il ne suffit pas d’une simple rencontre entre cultures pour parler de métissage.
L’auteur soutient l’idée que des « cultures peuvent cohabiter, se mélanger, de cette rencontre
peut même jaillir un groupe métis et cela est terrible pour lui car on reforme de la
catégorisation » alors que justement le « métissage » tel qu’il le conçoit « décatégorise »,
déclasse, déqualifie.
Dans la pensée du métissage, dans l’expérience de celui qui est métis, il n’y a plus
d’arrachement que d’attachement et beaucoup de perte. On abandonne ce que l’on est pour
devenir ce que l’on ne sait pas qu’on va devenir. C’est la question posée par le métissage et
l’identité. Le métissage, la perte de l’identité.
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De la mixité à l’entre soi?

La notion de mixité sociale

Un certain usage de concept qu’est celui de la mixité, devenu aujourd’hui banal (hommes
politiques, militants et journalistes n’ont pour ainsi dire aujourd’hui que ce mot à la bouche en
matière de politique urbaine) pose problème ; car la société ne reflète souvent plus ou pas les
incantations, les à priori que se font ses dirigeants et/ou sa population, d’elle. Et que la quête
de l’apparence trompeuse est devenue une priorité pour les sciences des sociétés et que les
études à ce propos ne cessent de fleurir.

Sur tout ce qui touche à la question sociale et aux différences, la sociologie fonctionne
aujourd’hui largement sur un vocabulaire emprunté sans vigilance aux pratiques sociales et
aux idéologies militantes. Ainsi vidés de toute substance conceptuelle, ces mots finissent par
fonctionner comme autant de signaux de reconnaissance au lieu de servir d’outils à une
recherche.

Sur ce que nous entendons par mixité, ne faudrait-il pas aussi procéder à un exercice critique?
Il ne s’agit pas de renoncer à ses réalisations ou à ses progrès, mais en tâchant d’abord de
savoir réellement ce que l’on y met, et à condition de dépouiller le mot exercice de tout ce
qu’il peut évoquer de formalisme en lui redonnant le sens énergique et vivant.

Qu’il s’agisse en effet de mixité scolaire (mélange des sexes) ou de mixité sociale (mélange
résidentiel des classes, mais aussi des publics scolaires), redoublée par celle de la mixité
ethnique, la notion paraît donc et de prime abord d’une grande clarté. Elle va de soi. Il s’agit,
du moins apparemment et en toute clarté, de traiter un mal social dont on connaît d’avance la
cause.

Il s’agit, non pas de la mixité, mais des effets pervers de la non-mixité : La mixité s’oppose à
l’exclusion, à la ségrégation, à la discrimination voire à l’apartheid social ; il s’agit moins
d’une notion rigoureuse. C’est une théorie pratique où le terme de mixité indique moins un
problème que sa solution : le mixage des populations suspendra la discrimination, ce qui
suspendra l’exclusion, et rétablira des conditions de vie égalisées.

Les sens de l’entre-soi

Les pratiques de l’entre-soi paraissent directement opposées à celle de la mixité sociale.


Ce que nous apprennent Louis Wirth et Everett Stonequist, chacun à leur manière, attire
l’attention sur la valeur protectrice des formes d’organisation qui permettent à des étrangers
de s’insérer dans une société d’accueil sans perdre les repères qui donnent cohérence à leur
monde.

Ainsi, avant d’être retourné en mode persécutoire d’enfermement, l’étranger est appelé à
établir un compromis entre deux mondes, condition à la fois du passage de l’un à l’autre et
d’une pratique de soustraction, de quant-à-soi défensif. Il s’agit d’une double scène : si le moi
de l’étranger est divisé, ce qui définit sa marginalité, c’est à travers cette division qu’opère
l’intégration dans le temps et au fil des générations. Si bien que le maintien d’un lieu où peut
se jouer la culture d’origine fournit un point d’appui destiné à éviter de confondre intégration

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et assimilation, même s’il peut aussi provoquer la désignation négative et dresser une
frontière d’exclusion.

L’histoire sociale des formes d’habitats montre d’ailleurs aussi bien que la même oscillation
marque le façonnement des quartiers populaires, lieux la plupart du temps plus contraints que
choisis. C’est pourtant de cette contrainte que s’emparent leurs habitants pour en faire un
espace de vie moins soumis à la pression des normes dominantes, lieu de résistance à
l’emprise des pouvoirs.

Sans se séparer du monde commun mais au contraire y vivre dans des conditions qui ne soient
plus dictées par une norme discriminatoire.

La difficulté à analyser ces pratiques, entre aménagement d’un réel imposé et invention de
nouveaux modèles, tient à son ambivalence. Grignon et Passeron l’ont montré en soulignant
en particulier ce trait essentiel qui est qu’une culture populaire est aussi capable de
productivité symbolique lorsqu’elle oublie la domination des autres, lorsqu’elle parvient à
s’organiser en cohérence symbolique selon le principe des expériences de sa condition. En
d’autres termes le symbolisme social élaboré par des dominés n’est pas seulement réactif, il
révèle aussi un dynamisme propre supposant un certain oubli de la domination.

La question de la mixité peut alors être posée autrement, car ce n’est plus la question de la
mixité, mais celle des logiques de différenciation.

La logique de différenciation symbolique est dualiste et fonctionne. Une différence parfois


insignifiante peut servir à constituer des frontières qui, en séparant deux groupes, tendent à les
constituer en groupes de nature sociale distincte et peut être hiérarchisée.

Mais cette opposition est elle-même trompeuse, le symbolique n’étant pas moins réel que le
réel lui-même. L’opération de naturalisation du symbolique consiste à arrêter le processus de
symbolisation, à marquer une borne, un arrêt, à stopper le mouvement qui implique une
multiplication des signes, leur circulation indéfinie.

La discrimination va toujours de pair avec la fabrication d’une unité homogène, d’une identité
totale. Lorsqu’un marqueur devient hégémonique et sert à totaliser une identité, à gommer sa
pluralité complexe et ouverte, à en faire une essence, en totalité close, interdite et de variation
et de pluralisme, le processus de distinction stigmatique est en marche. Cette interdiction
touche et le groupe et chacun de ses membres, traité non comme un individu, mais comme
une incarnation de son groupe.

La question est donc de savoir ce qui est pertinent dans la perception sociale.

Ces territoires présentent pourtant une propriété à la fois remarquable et redoutable : ils
collent à la peau de celui qui en sort, comme symbolique négative d’un lieu s’incorporant à
jamais à son résident et qui la transporte avec lui. C’est ainsi que les appellations d’origine
peuvent poursuivre un individu sa vie durant.

Les conséquences d’une telle situation sont multiples mais découlent toutes d’un
enchaînement.
Si le territoire devient le signe même de la stigmatisation, alors le hors territoire tendra à être
vécu et pratiqué comme un territoire hostile dont les lois ne s’appliquent plus à celui qui s’y

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aventure, et les représentants de ce hors territoire seront considérés comme des ennemis.

Certes, une telle typologie ne représente pas le réel et peut au mieux servir de guide pour
l’explorer, les passages, glissements et recouvrements entre ces catégories étant multiples. Il
reste qu’elle focalise l’attention sur l’équivocité des processus d’entre-soi et de mixité. Ces
situations, encore une fois, ne sont pas des états mais des processus

CHAPITRE III :
Analyse et
interprétation des
données recueillies
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Chapitre III : Analyse et interprétation des données recueillis

1- Tableau récapitulatif

Obtenues sur le terrain par observations Obtenues sur le terrain par entretien

Mode occupation des lieux : la première constatation Vision du quartier : ce quartier a une
est que la place est un lieu de passage très fréquenté et réputation de quartier populaire et
que très peu de personnes s’y attardent. Les groupes commercial, ce qui est le cas. D’un
statiques s’avèreront être des trafiquants de cigarettes autre coté ce quartier est perçu
établis sur la place. comme un quartier à ne pas trop
fréquenter, surtout depuis que le trafic
Notion de frontière : nous avons très vite remarqué que a maintes fois obligé la police à faire
la place était divisée en deux : il y a selon les dires le des descentes. Les gens croient
côté de la place « le quartier arabe » (la rue des trois maintenant qu’Arnaud Bernard n’est
piliers), et le coté des « Européens » (la rue Arnaud pas un quartier sur.
Bernard). C’est dire alors qu’ils considèrent l’existence
d’une frontière invisible entre les deux côté de la place, Vision sur la rénovation du quartier :
cela se remarque même dans l’architecture, le côté la rénovation pour les commerçants, a
européen paraissant nettement plus rénové que l’autre. modifié la population de la place,
pour eux le quartier est « moins
Les activités : affirmé et moins mélangé » et la
- Le commerce : les commerces nord-africains nouvelle place et surtout ses bancs ont
(boucherie, merceries, bazar ) servent attiré une « faune » de « squatters »
d’approvisionnement à toute la population musulmane qui donne une mauvaise image du
toulousaine, des personnes qui viennent de partout quartier, la place s’est "vidée ", les
pour s’approvisionner gens passent sans s’arrêter car
l’architecture de la place ne donne pas
Les trafics : nous avons très rapidement repéré les envie de stationner. La population du
trafiquants. D’autant plus facilement que nous savions quartier voudrait de nouveau
qu’ils se trouvaient sur la place et qu’ils ne s’en réorganiser la place et la réaménager
cachent pas, la plupart du temps au bout de la rue des
trois piliers ou sur la place. Ils se postent à un bout de Sentiment d’appartenance au
la rue et interpellent ouvertement toutes les personnes quartier :
qui passent. Si celles-ce sont intéressées, ils les Nous avons rencontré plusieurs
informent du prix puis vont chercher la marchandise là personnes prétendant être du quartier
où elle est entreposée. La majorité de ces trafiquants or, ils n’y habitent pas. Ils se sentent
sont des sans-papiers. d’Arnaud Bernard parce qu’ils y ont
habité avant ou parce qu’ils y passent
Différence d’occupation des lieux : nous remarquons beaucoup de temps. Ils s’approprient
aussi que la place semble être « divisé » en deux avec le quartier. lls qualifient même le
d’un côté une rue très animée (la rue des trois piliers) quartier de « village », ce qualificatif
et une rue de passage (la rue Arnaud Bernard). En revient très souvent pour définir
passant de l’une à l’autre, cela donne l’impression Arnaud Bernard. Les gens se sentent
d’être dans un tout autre endroit appartenir au quartier

Ambiance du quartier : on nous dit que le quartier est Vision sur le trafic : deux avis se
animé grâce aux nord-africains et aux associations. notent
C’est un lieu de rencontre, d’échange. En perpétuel - Il y a certains qui trouvent que le
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mouvement avec un flux de passage tinté d’animation. commerce illicite n’est pas une
Cette ambiance est plus ou moins importante suivant la mauvaise chose car cela amène les
partie de la place en question, la rue Arnaud Bernard, clients de ce trafic sur la place
qui amène à la place des Tiercerettes, est remplie de - Et d’autres parlent surtout de leur
restaurants de diverses origines (turc, chinois, combat, pour lutter contre le
espagnol, marocain, indien, français...). Les gens commerce illicite. Ils ont fait circuler
viennent dans cette rue principalement pour manger, ce une pétition pour que la police
qui lui confirme son statut de rue de passage. intervienne. Malheureusement, cela
Alors que du côté de la rue des trois piliers (où les n’a pas eu l’effet escompté. En effet,
trafiquants de cigarettes se sont établis), l’animation au lieu de faire fuir les trafiquants, les
est beaucoup plus présente, il y a des groupes de gens descentes de policiers ont fait plutôt
qui discutent devant les bazars, des camions qui fuir les clients.
déchargent leur marchandise, des personnes qui
s’interpellent...

Mixité : selon les commerçants, il n’y a pas de relation entre les « communautés », en tout cas
pas chez les commerçants. Chaque commerçant à son type de clients. Ainsi les populations se
côtoient sans se mélanger. Le quartier donne pourtant une illusion de « carrefour culturel »
mais cela n’est pas vrai, il n’y a pas de véritable mixité.

Réseaux sociaux : la population nord-africaine fonctionne en réseaux. C’est-à-dire qu’ils se


connaissent entre eux et amènent beaucoup de personnes extérieures au quartier à venir à
Arnaud Bernard.

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2- L’effet quartier : l’esprit village

« La ville est un état d’esprit, un ensemble de coutumes et de traditions, d’attitudes et de


sentiments organisés, inhérents à ces coutumes et transmis avec ces traditions.
Autrement dit, la ville n’est pas simplement un mécanisme matériel et une construction
artificielle. Elle est impliquée dans les processus vitaux des gens qui la composent : c’est un
produit de la nature et, de la nature humaine. »

Ainsi pour Robert Park, la ville est comme une construction sociale, un produit des relations
entre des gens organisés en société. La ville, tout comme le quartier, englobe des modes de
vie où les interactions sont anonymes. Les lieux de passage et de circulation principaux, telles
les rues et la place centrale d’Arnaud Bernard connectent les axes de circulation majeurs pour
se rendre vers les lieux de travail, d’habitation. Ces axes de passage sont denses de
populations hétérogènes. Ce quartier Arnaud Bernard, peut être considéré comme un réservoir
de liens sociaux « lui il vient d’Algérie, il est là pour les vacances et il vient nous voir pour
parler du pays ».

Le quartier est un espace magique. Il est perçu comme un territoire convivial, un espace de
proximité où on se sent chez soi « ici, c’est mon quartier je vis ici », nous confit un des
habitué du coin, qui plus tard dans la matinée nous avoue vivre en dehors du quartier. Il s’est
approprié un territoire en lui donnant une identité propre. Il développe un sentiment
d’appartenance profond « c’est mon quartier », et entretient une forte solidarité avec certains
commerçants et d’individus de même origine « ici c’est comme au bled ». La concentration
d’individus de mêmes origines et de classe sociale peu favorisée entraîne dans ce quartier une
volonté de s’en sortir, et d’améliorer les conditions de vie. Dans ce genre de communauté, les
relations sociales sont caractérisées par des liens affectifs et durables. Le sentiment
d’appartenance au groupe est dominant. Pour Durkheim, la solidarité organique dans les
sociétés modernes (et dans ce type de quartier), oblige les individus à exercer des fonctions
différentes qui les rend dépendant les uns des autres. Ainsi dans le quartier d’Arnaud Bernard,
la division du travail crée des formes de solidarité entre les membres de cette communauté.

On a ainsi pu observer le trafic de cigarettes qui se fait grâce à la complicité de certains


commerçants qui mettent des locaux à leur disposition pour stocker la marchandise. On
retrouve donc une sorte de solidarité et de complicité avec ces jeunes gens sans emploi pour la
majorité, sans qualification et de même origine.

Nous assimilerons ce quartier à un village, où chacun connaît les activités de son voisin, et
maîtrise la carte des activités telles qu’elles sont réparties sur l’espace village.
Néanmoins, Arnaud Bernard est un village différencié et segmenté par des secteurs d’activités
sociales. Ainsi, ici, se sont les commerces qui donnent le ton et animent la vie des individus.
Chacun évolue dans son espace en entretenant des rapports au quartier différent.

Lorsque l’on regarde l’évolution géographique de l’immigration dans ce quartier, on est


frappé par un certain nombre de données. Arnaud Bernard ressemble à une mosaïque de
petites patries, (quartiers arabes, chinois….), la figure dominante est celle d’un quartier
« multiethnique ». Ce quartier fonctionne comme une ouverture sur d’autres espaces de la
ville et non comme un espace clos autosuffisant. On s’est vite aperçu que ce quartier n’était
pas un espace de construction et de reproduction d’une identité communautaire même si la vie
de ce quartier est souvent intense et si le marquage ethnique des espaces commerciaux s’avère
très prononcé.
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La revalorisation du quartier a accentué cet esprit village et a consolidé les liens sociaux. Les
nouvelles cohabitations (marché plus) s’accompagnent souvent de tensions et de frictions des
modes de vie. Ainsi, les rapports au quartier diffèrent.

Devant la diversité des rapports au quartier, une chose nous a interpellée, un point commun
qui relie tout les commerçant et les habitués du quartier :
Peu de gens travaillent dans le même quartier que celui où ils résident d’une part et pour les
habitués, souvent de jeunes hommes en situation précaire, ont un rapport très instrumental au
quartier : soit ils le valorisent ou à l’inverse ils le dénigrent, pour ses équipements et son
ambiance.

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3- Les commerçants comme pouls du quartier

Le quartier Arnaud Bernard est une partie de l’ensemble appelé « centre ville », il bénéficie
donc de l’afflux du réseau routier (lui même organisé autour du centre), des transports publics
urbains, des attractions culturelles… Cela en fait une zone privilégiée pour le développement
du commerce de par le passage d’une faune bigarrée (clients, résidents, touristes…).

« quartier populaire et commercial. »


« la place est un lieu de passage très fréquenté »

« La rue Arnaud Bernard, qui amène à la place des Tiercerettes, est remplies de restaurants
de diverses origines (turc, chinois, espagnol, marocain, indien, français...) Les gens viennent
dans cette rue principalement pour manger, ce qui lui confirme son statut de rue de
passage. »

Les personnes de passage en centre recherchent la variété des biens et services qui ne leur est
pas proposée dans leur propre lieu de résidence, que cela soit pour satisfaire des besoins
primaires (démarche fonctionnelle : nourriture, ameublement…) comme plus ludiques
(détente : lèche-vitrine, promenade…). Les commerçants l’ont bien compris et, pour rester en
place (la lutte pour l’espace est particulièrement rude dans cette partie de la ville), se sont
spécialisés en conséquence pour répondre aux demandes du quotidien pour les « locaux »
comme celles plus spécialisées pour les personnes faisant spécialement le déplacement. Le
ciblage de la clientèle est une obligation pour le maintien d’un commerce et rester en accord
avec l’exigence des consommateurs du centre ville, c’est à dire répondre aux demandes les
plus exotiques et les plus singulières.

« depuis une quinzaine d’années que cet endroit est une crêperie, je suis la troisième
propriétaire. Les commerçants vont et viennent régulièrement ici »

« Les commerces nord africains servent d’approvisionnement à toute la population


musulmane toulousaine »

« Nous remarquons aussi que beaucoup de personnes viennent faire les courses sur la place
alors qu’elles ne sont pas du quartier. »

Les commerçants du quartier sont révélateurs du comportement des consommateurs, on peut


même dire qu’ils sont un facteur explicatif de l’organisation de l’espace urbain en tant que
zone différenciée. Toutefois si l’on oriente notre approche sur un plan autre que macro social
avec l’étude particulière du cas qu’est le quartier Arnaud Bernard, on apprend que la
communauté marchande peut aussi nous dévoiler le fonctionnement de l’une de ces zones
urbaines en tant que territoire où se déroule interactions, conflits... tel un microcosme social.

Si l’on interroge les commerçants d’Arnaud Bernard sur leur définition du « quartier Arnaud
Bernard » nous obtenons des périmètres très différents qui peuvent se limiter à la place elle-
même et quelques rues avoisinantes jusqu’à englober la basilique St Sernin et ses alentours.
Malgré les différences dans sa délimitation on relève une donnée récurrente : la mentalité de
village.

« ici tout le monde se connaît, pour traverser la place il me faut une demi-heure le temps de
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dire bonjour à tout le monde »

Ce quartier est qualifié de « village », ce qualificatif revient très souvent pour définir Arnaud
Bernard. Les gens se sentent appartenir au quartier.

L’esprit de quartier tient au fait que la zone a été appropriée par ses membres « réguliers »,
faisant de leur lieu de travail un « espace vécu » sur lequel ils ont des droits. Ils se doivent de
faire vivre cet endroit et le protéger contre les éléments qui le menacent, l’association des
commerçants en est d’ailleurs la manifestation la plus flagrante. Tout est fait pour rendre le
quartier vivant, agréable et surtout attractif.

Le responsable de la maison de quartier parle de «communauté choisit» dans le sens où les


gens choisissent de « s’identifier aux activités présentes dans le quartier ».

« il y a des groupes de gens qui discutent devant les bazars, des camions qui déchargent leur
marchandise, des personnes qui s’interpellent... »

« les commerçants nous parlent surtout de leur combat, au sein de l’association des
commerçants, pour lutter contre le commerce illicite »

« au lieu de faire fuir les trafiquants, les descentes de policiers ont fait plutôt fuir les clients
(selon la dirigeante de « la Crépophile »). Les gens croient maintenant qu’Arnaud Bernard
n’est pas un quartier sur ce qui n’est pas le cas selon elle, puisqu’elle s’y sent « chez elle » et
plus en sécurité que dans son quartier (du coté de Jolimont). »

Pour les commerçants et riverains des quartiers voisins qui ne partagent pas cette mentalité
communautaire, ou tout simplement ne font pas partie de ce système interne, l’image
d’Arnaud Bernard est tout autre. On peut sans doute imputer cette mauvaise réputation au
commerce illicite qui s’est insinué sur place, la présence de SDF toujours mal incorporés au
paysage urbain… ou encore est-ce tout simplement la marque d’une frontière entre zones
différenciées concurrentes. Les « locaux » d’Arnaud Bernard ont conscience de leur problème
d’image (qui avec sa localisation et ses constructions forment le quartier lui-même) et agissent
pour l’infléchir positivement.

« De plus, pour certains, ce n’est qu’un lieu de passage ou un lieu de travail, cela n’a rien
d’un village, comme par exemple, pour la pharmacienne du bout de la place. »
Pour la dirigeante de la « Crépophile », la nouvelle place et surtout ses bancs ont attirés une
«faune» de « squatters » qui donne une mauvaise image du quartier

« Les commerçants et les personnes de l’association du quartier voudraient de nouveau


réorganiser la place et pourquoi pas y mettre une oeuvre d’art. »

Les différents témoignages nous permettent de mettre à jour la notion de « territoire » avec :
le sentiment d’appartenance à un collectif, à travers des organismes comme le comité de
quartier ou l’association des commerçants ou les nombreuses autres associations ; la gestion
de l’image par une volonté de rénovation de la place (élément central du quartier)… Toutefois
si les relations avec les autres zones urbaines ne sont pas des plus positives, ce serait une
erreur de penser que la petite communauté d’Arnaud Bernard est de toute quiétude ou
exempte de concurrence interne. L’assemblée des commerçants (boulangerie, boucheries,
coin presse, restaurants…) peut se subdiviser en deux groupes : le premier centré sur la rue

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Arnaud Bernard qui rassemble les « européens » et l’autre sur la rue des Tiercerettes avec les
boutiques tenues par les nord africains. Les deux partis se retrouvant sur la place Arnaud
Bernard.

« la place semble être « divisé » en deux avec d’un côté une rue très animée (la rue des trois
piliers) et une rue de passage (la rue Arnaud Bernard) »

A travers les témoignages recueillis nous n’avons pu apprendre ce qui semblait opposer les
deux communautés, ni même eu de propos relatant clairement leur opposition. Sans la place
qui les réunit il est d’ailleurs peu probable que se produise la moindre interaction entre les
populations des deux rues de référence (Tiercerettes et Arnaud Bernard), les uns ayant une
tendance à exclure les autres du quartier.

« cette frontière s’étend aussi aux commerçants. Par exemple, la dirigeante de la crêperie «la
crépophile » rue Amaud Bernard nous dit qu’il y a une très bonne entente entre les
commerçants, mais considère que la rue des trois piliers ne fait pas partie du quartier. »
« alors le quartier ça part de la place, ça suit la rue du même nom jusqu’à St Sernin et ça
part dans les blocs résidentiels derrières jusqu’à la fac »[ce qui exclu la rue de Tiercerettes
et celles avoisinantes dites « quartier arabe »]
De la même manière que les gérants des boutiques et autres restaurants, les clientèles elles
aussi ne se mélangent pas. Riverains et gens de passage en ville pour le groupe « européen »,
groupe à caractère ethnique venant des quartiers éloignés du centre pour le groupe
« maghrébin ».
« Selon les commerçant, il n’y a pas de relation entre les « communautés » chaque
commerçant à son type de clients. »

« Selon le barbier, par exemple, il y a « des coiffeurs pour les maghrébins et des coiffeurs
pour les autres ». Ainsi les populations se côtoient sans se mélanger. »

« le quartier est animé grâce aux nord-africains qui fonctionnent en réseaux »

Avec l’observation des commerçants et de leurs rapports entre eux, on décèle des éléments
qui vont au-delà d’une organisation segmentée de l’espace mais jusqu’à des zones de
ségrégation caractérisée. On retrouve les signes de « l’invasion » telle qu’elle a été étudiée et
présentée par les chercheur de l’école de Chicago : occupation de l’espace, rassemblement en
sous-groupe, organisation en réseau, stratégie de résistance, population différenciée,
exclusion… tout ça pour l’appropriation d’un territoire stratégique : l’accès au centre ville.
L’étude des commerces locaux et de la population qu’ils sollicitent nous permet de
comprendre le fonctionnement d’une zone urbaine.

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4- La présence des femmes dans le quartier

Nous avons pu faire le constat de l’invisibilité ou de la présence isolée des femmes au sein du
quartier Arnaud Bernard.

Une grande diversité d’auteurs a mis en évidence dans de nombreuses sociétés, une
domination de la classe masculine sur la classe féminine. Christine Delphy a proposé en
1970 le concept de patriarcat, puis celui du viriarcat en 1985 pour caractériser le pouvoir des
hommes et la domination masculine. L’importance de la femme est toujours minimisée par
rapport à celle de l’homme. Ainsi, nous pouvons attester de ce pouvoir de domination à
travers un exemple tiré de nos observations :

« Dans la rue des trois piliers, plus précisément au sein de la communauté nord
africaine, nous remarquons que les femmes ne sont pas présentes sur la place. Nous n‘en
repérons que deux dans les commerces à l ‘heure de la prière. Sinon, il y en a qui passent,
qui font leur courses, elles circulent mais ne s’arrêtent pas. Il n’y a que les hommes qui
semblent « avoir le droit » de flâner et de s’arrêter. »

Le sexisme est une des formes que peut prendre cette domination lorsqu’elle s’exprime. Il
repose sur le fait que les hommes se croient supérieurs aux femmes et, dans une moindre
mesure, que les femmes se croient uniques et irremplaçables relativement aux capacités à
s’occuper des enfants et de l’espace domestique.

« Nous n’avons remarqué cette invisibilité que du côté « maghrébin » du quartier. En


revanche, de l’autre côté, les femmes circulent, s’arrêtent et travaillent. »

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5- Mosaïque et invasion

Pour les sociologues de l’Ecole de Chicago, la ville est composée d’une mosaïque de
communautés et de groupes qui ont chacun une histoire, une culture et des intérêts
spécifiques. L’espace urbain apparaît comme un ensemble d’aires différenciées (la mosaïque)
caractérisées par plusieurs variables, telles le type de population résidente, les activités
principales qui s’y exercent, les modèles culturels qui cristallisent la vie sociale. Les aires
urbaines sont caractérisées par la domination d’un type particulier de population, qui est
conduit par sa capacité économique à se localiser dans un quartier plus ou moins favorisé.
L’hétérogénéité entre les quartiers et les modes de regroupement nouveaux qui y sont
possibles autorise une grande liberté pour les individus, toujours prêts à changer de
localisation, à se regrouper selon des spécificités ethniques, culturelles, sociales et à multiplier
les lieux de rencontres où manifester une identité de besoins, de tendances, de qualités… Le
quartier est une composante de la ville ni statique, ni achevée mais en recomposition
permanente. En effet, des anciens habitants du quartier et des habitants d’autres quartiers
s’approprient le quartier d’Arnaud Bernard « ici, c’est notre quartier ». Le responsable de la
maison de quartier parle de « communauté choisit » ces individus font le choix de
« s’identifier aux activités présentes dans le quartier ». De plus, nous avons pu observer que
des individus venant de l’extérieur faisaient leurs courses dans les boucheries halal et les
bazars maghrébins. Ces commerces servent d’approvisionnement à toute la population
musulmane toulousaine.

Burgess nous propose un modèle d’approche de la ville par « cercle concentrique »


qui permet de rendre compte de l’extension urbaine et de différencier la mise en place des
aires dans le temps. L’expansion se fait à partir du centre de la ville vers l’extérieur. Une
première couronne autour du centre est composée d’habitations pauvres et détériorées qui
constituent des points d’entrée pour les nouveaux arrivants. Une deuxième couronne abrite
des ouvriers de l’industrie et du commerce ainsi que des immigrants. Une troisième couronne
englobe les quartiers résidentiels qui sont composés de « migrants pendulaires ». Si nous
reprenons l’histoire d’Arnaud Bernard, nous savons que jusqu’au XX ème siècle ce quartier
était essentiellement habité par des ouvriers. Les populations immigrées s’y sont succédées
comme les Espagnols, les Algériens,… Aujourd’hui, le quartier a pour principale activité : Le
commerce. Notons que sur le quartier la majorité des commerces sont des boucheries halal et
des bazars de type nord africain. Nous pouvons vérifier la fiabilité du modèle d’approche de
Burgess, car si nous reprenons les différentes couronnes de la ville, Arnaud Bernard peut
faire parti de la seconde couronne de part la population et l’activité qui occupe le quartier.

Pour Roderick D McKenzie qui a choisi une approche écologique, c’est à travers les
communautés commerciales que l’on peut le plus facilement observer les effets de la
croissance urbaine sur la structure interne de la population. Avec l’expansion du territoire des
masses citadines et la multiplication de leurs identités culturelles, s’accentuent les
phénomènes de différenciation et de ségrégation. Pour répondre à la variété des demandes se
développent des services particuliers et adaptés avec des localisations spécifiques (soit
correspondant à l’emplacement de la population qui en exprime le besoin) ; c’est ce que l’on
appelle les structures urbaines différenciées. Dans le quartier d’Arnaud Bernard nous avons
pu observer la présence de commerces Nord africains qui répondent à des besoins d’une
population notamment une population «musulmane » toulousaine qui ne réside pas forcement
dans le quartier.
Puis, l’Ecole de Chicago évoque « l’invasion » dans le sens de changement de l’usage du sol
ou de la nature de la population et/ou de l’activité économique. Les conditions provoquant ou
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facilitant l’empiètement de son territoire par de nouveaux arrivants sont : des nouvelles
activités par exemple. En effet, des commerces de type boucheries halal et bazars se sont
développés avec l’arrivée dans les années 70 d’une population nord africaine.
Enfin pour McKenzie, l’invasion peut être bien accueillie voir même encouragée par les
« locaux » dans la mesure où elle vient compléter les besoins de la zone ou améliorer son
image, on parle alors de sélection et d’investissement extérieur.
Ces phénomènes d’invasion ou d’adaptation nous renvoient au concept « d’aire naturelle »,
espace fonctionnant avec ses propres critères de sélection, sa culture dominante, ses mœurs,…

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6- Culture et occupation de l’espace à Arnaud Bernard

Le quartier Arnaud Bernard connaît une réputation de métissage culturel à cause des divers
groupes sociaux qui constituent sa population. L’étude que nous avons menée sur le quartier
nous a permis de déceler l’invisible, ce qui ne saute pas aux yeux, et qui est loin de rejoindre
sa réputation de quartier populaire et commercial uni.
Pour Ezra Park, la ville n’est pas seulement « une agglomération d’individus et
d’équipements collectifs » mais « la ville est plutôt un état d’esprit, un ensemble de coutumes
et de traditions, d’attitudes et de sentiments organisés ».
En effet, le quartier Arnaud Bernard, dans son organisation locale diffère du plan administratif
du quartier. Ainsi, lorsqu’on s’intéresse sur le terrain à la délimitation d’Arnaud Bernard, on
constate l’importance que constitue la place Arnaud Bernard, la rue des Trois Piliers et la rue
Arnaud Bernard dans la représentation collective du quartier. Ces espaces concentrent toutes
les activités du quartier (commerce, trafic, échange, parking, centre social et culturel).
L’organisation matérielle de cet espace est détournée par l’organisation locale, fruit des
occupants de cet espace. L’organisation locale du quartier est basée sur l’appartenance
culturelle et sur l’ordre moral « la rue des Trois Piliers est un quartier arabe … il y a trop de
bruits…ici, c’est plus calme (rue Arnaud Bernard)… je vis ici depuis 25 ans ». Selon les
propos de certains habitants, d’origine européenne, le quartier est « envahi » par les nords
africains qui font, de la rue des Trois Piliers, leur fief. Ainsi, ils préfèrent ne pas la fréquenter
et la laisser aux autres. On assiste à une occupation différenciée de l’espace. Au vu de nos
observations, il y a au sein même d’Arnaud Bernard, des sous quartiers occupés selon son
appartenance culturelle. On est loin de la vision de métissage culturel qu’on avait au début de
notre étude. L’espace considéré comme « arabe » est caractérisé par une floraison de
boucheries halal, de bazars et de restaurants kebab. L’espace représenté par les populations
comme européen, à savoir la rue Arnaud Bernard, comprend des restaurants divers, des
centres culturels, une épicerie….Aussi, l’architecture des bâtiments parait nettement plus
rénovée que celle de la rue des Trois Piliers. La place Arnaud Bernard représente la mosaïque
de ces deux rues, de ces deux modes d’occupation commerciale. En outre, elle a la
particularité d’être principalement un lieu de passage.
Cette occupation différenciée de l’espace Arnaud Bernard est la résultante de ce que Ezra
Park appelle « l’ordre moral » à savoir, que les aires occupées sont des caractéristiques des
types culturels présents sur les lieux et qui sont le reflet des pratiques et des coutumes de la
population qui la compose. Chacun de ces espaces que sont la rue Arnaud Bernard et la rue
des Trois Piliers acquièrent « quelque chose du caractère et des qualités de ses habitants »
comme nous le rappelle Park. Ces deux espaces ont pris les « couleurs » que leur impriment
les sentiments particuliers de sa population. Ces deux rues représentent des espaces de
ségrégation. Il s’agit d’espaces organisés suivant une cohérence intrinsèque d’appartenance à
un groupe culturel. La place Arnaud Bernard par contre apparaît comme une entité
géographique où le voisinage culturel est le plus visible. Nous entendons par voisinage
culturel, la coprésence dans un même espace, de plusieurs cultures qui ne sont pas forcement
imbriquées l’une dans l’autre. En effet, contrairement aux deux rues citées plus haut, la place
Arnaud Bernard est occupée par les deux communautés à travers les différents commerces
présents. Cependant, les deux communautés ne sont pas mélangées mais simplement voisines.

La population : Une représentation différenciée du quartier

Il existe une cohérence entre la ségrégation spatiale et les représentations différenciées du


quartier par ses habitants. Deux communautés distinctes se dénotent.

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D’une part, on note une population « nord africaine »qui a le sentiment d’appartenir au
quartier. Ils le disent « ici, c’est notre quartier ». Ils prétendent être du quartier or, ils n’y
habitent pas. Ils se sentent d’Arnaud Bernard parce qu’ils y ont habité avant ou parce qu’ils y
passent beaucoup de temps. Ils s’approprient le quartier. Ils qualifient même le quartier de
«arabe » « c’est un quartier arabe vous ne le savez pas ».

D’autre part, on a une population « européenne » qui voit en la Place Arnaud Bernard un
quartier commercial et pense que sa rénovation est un facteur néfaste pour eux, c’est « la
nouvelle place et surtout ses bancs » qui « ont attiré une faune de squatters qui donne une
mauvaise image du quartier » « la place s’est vidée, les gens passent sans s’arrêter car
l’architecture de la place ne donne pas envie de stationner ». La rue des 3 Pilliers « ne fait pas
partie du quartier » ; c’est pour certains « le quartier arabe ».

On constate que cette frontière s’étend aux activités de la place, selon les commerçants eux
même, » il n’y a pas de relation entre les communautés chaque commerçant à son type de
clients ; le barbier parle« des coiffeurs pour les maghrébins et des coiffeurs pour les autres ».

Cette organisation sociale ségrégée persiste, même lorsque les intérêts convergent, même dans
leur combat des trafics effectués dans le quartier. Il y a une division avec d’un coté une
pétition de commerçants européens et d’un autre coté une autre des commerçants « nord
africain ». Pour la même cause, une action divisée.

Mixité : Un à priori

On a cru pouvoir s’en sortir en spécifiant le principe de mixité du quartier Arnaud Bernard et
y trouver l’étendue des moyens de sa réalisation. Mais la politique de relations
discriminatoires s’est pourtant maintenue, nous poussant à réviser notre jugement et nous
obligeant à plus approfondir notre enquête, à travers une ouverture vers tous les aspects du
paysage même ceux inattendus. La politique de ségrégation se manifeste par une pratique
dans les relations directes de politiques d’exclusion « entre soi », assemblage tantôt de
langage complexe et/ou codé, tantôt de langage soigné grammaticalement soutenu.

Tout cela désigne la complexité du réel. L’espace urbain étant la scène où se manifeste
fortement des différences culturelles ou plutôt des processus de différenciation culturelle qui
tracent des lignes de partage incompatibles.

Si des populations nord africaines s’y réunissent, échangent (d’un point de vue commercial et
amical)… les populations françaises sur le site sont essentiellement là pour le commerce; le
quartier se trouve perdu dans un incroyable carrefour de cultures qui paraissent
s’entrechoquer alors qu’ils n’arrivent pas et n’essaient d’ailleurs pas de se combiner ; au
contraire en fonction de leur ethnicité les individus se côtoient .Ce sont eux-mêmes qui
mettent en œuvre des façons de s’identifier et de se différencier des autres en recourant par
exemple à des gestes de partage ethnique : le foulard comme manière de se distinguer des non
musulmans, un vocabulaire nouveau donnant de l’importance à la distinction, langue
étrangère comme mode d’appartenance à une population, langage et tenue vestimentaire
soignée, isolement…

La question de la mixité se trouve ainsi mise à mal par d’inquiétantes pratiques de


construction de soi et de l’autre qui mettent en place des spécificités d’appartenances.

Ainsi les populations se côtoient sans se mélanger. Cela donne une illusion de « carrefour
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culturel », mais cela n’est pas le cas, il n’y a pas de véritable intégration ; les gens ne se
côtoient que si c’est nécessaire, dans un intérêt commun. Arnaud Bernard est donc un lieu de
juxtaposition de culture et d’intérêts qui fait croire à l’existence de mixité. Le seul carrefour
culturel existant en son sein est en fait une rencontre entre un lieu de cultures différentes qui
ne se côtoient et ne se mélangent pas. On préfère donc parler de juxtaposition culturelle.
7- Arnaud Bernard et les réseaux sociaux

La plupart des sociologues admettent que les comportements ou les opinions des
individus dépendent des structures dans les quelles ils s’insèrent3.
Si on admet que les individus relevant d’une même catégorie et partageant les mêmes normes
agissent conformément à ces normes intériorisées, on peut faire un modèle explicatif de
l’action .Le problème c’est que cela n’est jamais vrai qu’en moyenne. Ce qui laisse à penser
que ceux qui agissent différemment sont des marginaux. Alors que ces derniers peuvent être
le résultat de la manière dont s’est construite cette catégorie. En fait, comment être sûr que
cette marginalité ne vient pas de la façon dont on a choisi d’expliquer l’action ?

Durant notre observation de terrain, nous avons remarqué des vendeurs de cigarettes
de contrebande ou encore ce qu’on appelle le commerce illicite est ce vraiment un commerce?
Ce que nous pouvons dire c’est que ces « marginaux »du commerce nous ont paru constituer
un réseau qui se démarque sur plusieurs points.
Nous nous intéressons sur ce qui a attiré notre regard et attisé notre réflexion. D’abord, ces
vendeurs sont, pour leur grande majorité pour ne pas dire la quasi-totalité, des nords africains.
Nous avons relevé ce trait car, pour la plupart des autres marchandises il ne nous vient pas à
l’idée de prendre cette variable origine comme une caractéristique remarquable. Le but, ce
n’est pas de créer nous-mêmes une ségrégation mais, au contraire de mieux rapprocher des
dispositifs commerciaux qui en fin de compte sont producteurs d’une sociabilité et même
d’une identité qui bousculent les rigidités de frontières et de codes dites de la
« modernité ».Nous voudrions comme le dit Alain Tarrius « mettre en lumière la réalité de
l’autre »4.

Nous considérons que ces vendeurs de cigarettes illicites constituent un réseau car, les
liens tissés entre ces individus représentent leur seul capital social5 dans le sens où le
commerce illicite de cigarettes ne se construit pas à partir d’un individu mais est possible
grâce à un réseau parce que, comme nous l’avons décrit ces vendeurs ne gardent pas les
cigarettes avec eux au moment de guetter le client et , ils négocient avant de présenter la
marchandise qui se trouve caché au milieu d’autres marchandises dans des boutiques comme
une téléboutique au milieu des cartes téléphoniques. On se demande comment se construit
cette grande solidarité entre les vendeurs ? Est ce un moyen de s’identifier par rapport aux
idées conçues, un moyen de se catégoriser ? Mais, on peut aussi supposer que cette grande
familiarité qui règne au sein de ce groupe de vendeurs entraîne une grande solidarité de vente
ce qui est vue également comme signe de fonctionnement « communautaire »6.Il s’avérait que
cette organisation de vendeurs contrebandiers est une organisation à caractère ethnique, très
hiérarchisée si l’on prend en compte les propos d’une assistante sociale « ils ont un chef à
leur tête, et pour la drogue et pour les cigarettes » difficile pour nous d’en savoir plus parce
que nous n’avons pas interrogé de vendeurs de cigarettes illicites .La seule chose que nous
3
DEGENNE A., FORSE M., « les réseaux sociaux », 2ème Ed., Armand Colin, Paris, 2004. P5
4
Tarrius, Alain, « Arabes de France dans l’économie mondiale souterraine »
5
On fait appel à cette notion parce qu’on suppose que l’action sociale est orientée vers la poursuite d’une finalité
qui peut être atteinte, dans ce cas, nécessite une coopération entre acteurs. Les conditions d’existence d’un
individu dépendent des ressources dont il dispose.
6
Là on pense surtout à la solidarité mécanique de Durkheim
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pouvons avancer c’est qu’il y un rôle stratégique joué par l’ethnicité dans des organisations
entreprenariales .

Cette analyse n’est pas sans rappeler la description faite par Simmel de la figure de
l’étranger ou du commerçant dont il se rapproche à bien des égards, « toute l’histoire
économique, montre que l’étranger fait partout son apparition comme commerçant et le
commerçant comme étranger »7 et parce que mobile et doué d’objectivité, c'est-à-dire à la fois
proche et lointain de son partenaire d’échange ; il apparaît comme un trait d’union qui lie les
groupes avec le monde extérieur.

Si ces acteurs produisent et reproduisent une urbanité porteuse de mixité (sociale, culturelle,
juridique et économique) et d’ouverture, ils sont également productifs identitairement. Si le
réseau de cigarettes est communautaire par rapport aux autres il le doit bien plus à la positivité
du message identitaire qu’il développe et qui assure à la fois intégration et ouverture aux
autres mondes socio culturels qu’à un repli sur des liens d’appartenances forts porteurs
d’enclavement.

7
Simmel, G., « digression sur l’étranger » in Joseph I., Graf Meyer, Y. l’école de Chicago : naissance de
l’écologie urbaine, paris, 1979.
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CHAPITRE IV :
Problématique et
hypothèses

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Chapitre IV : Problématique et hypothèses

Notre recherche s’intéressait dans un premier temps à l’étude de la mixité sociale, culturelle et
genrée de l’espace urbain notamment du « quartier » Arnaud Bernard. À partir de cette
interrogation nous avons cherché à attester l’existence de ce phénomène.

Nous nous sommes proposés d’établir un questionnement sociologique en choisissant de nous


appuyer sur les théories de l’école de Chicago, de la sociologie des réseaux et du
multiculturalisme.

Au fur et à mesure de notre étude, par l’analyse des entretiens et de nos observations ; nous
avons construit des hypothèses à partir de ces théories qui sont:

- Dans un espace résidentiel (voir dortoir) comme Arnaud Bernard, ce sont les commerçants
et leur clientèle qui font la « vie de quartier » et non les habitants de la zone concernée comme
c’est le cas dans des organisations urbaines plus classiques tel les villages .
- Il y a une illusion de « métissage culturel» et pas de véritable intégration ; les gens ne se
côtoient que si nécessaire, dans un intérêt commun. Arnaud Bernard est donc un lieu de
juxtaposition culturelle (ce qui renvoie au concept de voisinage de Park)
- Il y a une invisibilité des femmes autant dans les commerces de la rue des trois piliers que
dans l’occupation de l’espace. On peut l’expliquer par la place traditionnelle occupée par les
femmes dans la culture « nord-africaine », expression de la domination masculine.
- Les phénomènes d’invasion ou d’adaptation nous renvoient au concept « d’aire naturelle »,
espace fonctionnant avec ses propres critères de sélection, sa culture dominante, ses mœurs…

Ainsi, notre problématique se centre sur le concept de ségrégation sociale (juxtaposition des
cultures et invisibilité des femmes) et spatiale (frontières, vie de quartier, commerces,
architecture).

Il serait intéressant dans la continuité de cette étude, de valider ou invalider nos hypothèses
grâce à des investigations et des méthodes plus adaptées tel que l’entretien ou les observations
participantes.

Il pourrait même être judicieux d’étendre notre recherche à l’étude des quartiers limitrophes
(Compans Cafarelli ; St Pierre ; St Georges ; Les chalets…) pour vérifier le caractère
particulier d’Arnaud Bernard ou s’il s’agit d’une donnée intrinsèque aux grandes
agglomérations ou plus précisément au centre ville.

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CONCLUSION

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Les limites de notre recherche
Il nous a paru intéressant de faire une partie sur les limites qui se sont imposées à nous durant
le chantier urbain.

Tout d’abord il faut signaler qu’une étudiante du groupe avait déjà effectué un chantier urbain
sur Arnaud Bernard lors de sa licence d’ethnologie il y a 3 ans. Leur groupe avait travaillé sur
les commerçants de la place, en parallèle à l’étude d’un texte de Métral : « Dans les steppes
de la Palmyre ». La présence d’une étudiante marocaine dans leur groupe, leur avait permis de
se rendre compte de l’importance de l’origine ethnique dans ce quartier. En effet, cette
étudiante parlait directement marocain avec les commerçants dès qu’elle rentrait dans leur
boutique afin « d’afficher » sa potentielle appartenance à leur communauté. Grâce à cela elle
a été invitée dans plusieurs bazars à boire le thé avec les propriétaires. Elle a donc pu établir
une sorte de contact privilégié avec les commerçants.
De par sa nationalité marocaine un lien de confiance s’est créé ce qui lui a permis d’obtenir
des informations très intéressantes. Le propriétaire d’un bazar lui a par exemple proposé de lui
donner des francs en liquide et en échange son père donnerait des dirhams à la mère de ce
propriétaire qui vit au Maroc, pour éviter des transactions bancaires compliquées à cause des
lois marocaines. Peu à peu elle a pu devenir une habituée de la boutique, connaître l’histoire
du propriétaire et dès le troisième jour elle a été invitée à découvrir la « mosquée cachée » qui
se trouve dans une petite pièce à l’arrière du bazar. Ce lieu permet aux commerçants
marocains du quartier ainsi qu’à leurs amis de venir faire la prière étant donné qu’il n’y a pas
de mosquée à proximité du quartier Arnaud Bernard. Nous avons voulu retrouver dans quel
bazar cela se trouvait, lors du premier chantier urbain sur la façade de ce bazar un écriteau
était disposé le vendredi lors de la prière où était inscrit en marocain « ne pas déranger
pendant la prière ». Malheureusement cette année nous avons remarqué qu’à cet horaire-là
plusieurs bazars étaient fermés. Au cours de notre chantier urbain aucun d’entre nous n’a pu
établir un tel contact avec les commerçants, nous n’avons donc pas pu établir à quel point
cette appartenance à un pays se retrouve à l’étranger.

Nous avons également vite remarqué que nous avions été « repérés ». Nous sommes
rapidement devenus des « observateurs observés ». En effet, sur la place Arnaud Bernard
beaucoup de gens ne font que « passer » et il semblerait que les gens qui restent se
connaissent plus ou moins entre eux. L’un des groupes de quatre filles c’est installé le
mercredi après-midi sur un banc de la place, faisant mine de discuter de tout et de rien tout en
observant les revendeurs de cigarettes. Quelques minutes plus tard, un des revendeurs est
venu à proximité semble-t-il pour tenter d’écouter ce qu’elles se disaient. Nous avons eu cette
impression d’être observés à plusieurs reprises. Le vendredi par exemple un groupe a
demandé à un revendeur de cigarettes comment cela se faisait que certains bazars étaient
fermés, si c’était à cause de la prière…il leur a répondu que oui. Une heure après, ce
revendeur est allé voir un autre groupe où juste une étudiante faisait partie du groupe qui a
posé la question, pour leur dire que les boutiques recommençaient à ouvrir. Il a donc fallu que
nous fassions attention à nos comportements pour éviter de modifier celui des gens du
quartier.

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Une autre limite à laquelle nous avons du faire face est le fait que certaines personnes ne
voulaient pas nous donner de « vraies informations ». Une étudiante est allée parler à un jeune
homme qui se promenait souvent sur la place afin de savoir si il était du quartier, son avis par
rapport aux revendeurs de cigarettes…Il a expliqué qu’il n’habitait pas ici mais que c’était son
quartier et surtout qu’il n’avait aucun lien avec les revendeurs. Or lors de la manifestation
nous avons pu observer qu’il allait chercher des clients potentiels dans la foule pour les
revendeurs qui restaient dans les boutiques. Nous nous sommes retrouvés face à ce genre de
situations à plusieurs reprises. Une étudiante est allée demander dans un commerce tenu par
une personne qui n’est pas « nord africaine » si elle avait de bons liens avec les autres
commerçants de la place. Elle lui a dit que oui qu’il n’y avait aucun problème…Quelques
heures plus tard une autre étudiante qui s’est fait passer pour une cliente a demandé où elle
pouvait acheter un bon sandwich et là, cette même personne lui conseille d’aller à l’extérieur
de la place dans le petit casino ou carrément à Compans Cafarelli. La façon selon laquelle
nous nous présentions a beaucoup jouée sur la manière dont les gens nous répondaient.

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BIBLIOGRAPHIE
.
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Marianne BROUAT-THILLET, Doctorat de 3°cycle : géographie, 1981.

L’approche écologique dans l’étude de la communauté humaine, Mc KENZIE Roderick,


Dans « L’école de Chicago, naissance de l’écologie urbaine », par Yves GRAFMEYER et
Isaac JOSEPH, éditions Aubier, 1984.

La croissance de la ville, introduction à un projet de recherche, BURGESS Ernest, Dans


« L’école de Chicago, naissance de l’écologie urbaine », par Yves GRAFMEYER et Isaac
JOSEPH, éditions Aubier, 1984.

La ville, phénomène naturel, EZRA PARK Robert, Dans « L’école de Chicago, naissance de
l’écologie urbaine », par Yves GRAFMEYER et Isaac JOSEPH, éditions Aubier, 1984.

Le multiculturalisme, Frédéric Constant, Paris, Flammarion, 2000

Le phénomène urbain comme mode de vie, WIRTH Louis, Dans « L’école de Chicago,
naissance de l’écologie urbaine », par Yves GRAFMEYER et Isaac JOSEPH, éditions Aubier,
1984.

Les bonnes fréquentations : histoire secrète des réseaux d’influence, Sophie COIGNARD et
Marie-Thérèse GUICHARD, Ed. Grasset, 1997, Paris, 380 p.

Les citadins et leur ville, PIOLLE Xavier, éditions Privat, 1979.

Les réseaux sociaux, Alain DEGENNE, Michel FORSE, 2° édition, Armand Colin, 2004,
paris, 295 p.

Requalification de l’espace public et enjeux sociaux, commerciaux et esthétiques : le cas du


quartier d’Arnaud Bernard à Toulouse, Emmanuelle GOITY, mémoire dirigé par Nicola
GOLOVTCHENKO, 2004.

Services de proximité et vie quotidienne, Sous la direction de Michel BOMET et Yvonne


BERNARS, PUF, coll. Sciences Sociales et Sociétés, 1998, Paris, 228 p.

Sociologie des réseaux sociaux, Pierre MERCKLI, coll. Repères, Ed. La Découverte, 2004,
Paris, 118 p.

Sociologie urbaine, Yves GRAFMEYER, Nathan, coll. 128, 1994, Paris, 127 p.

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ANNEXES

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