L’Europe, l’Europe, oui, mais quelle Europe ?

« D’un bout à l’autre de l’Union, le ras-le-bol anti-européen
enfle. Comment pourrait-il en être autrement ? En Grèce, en Es-
pagne, les politiques d’austérité ont laminé les plus faibles et laissé
des millions de personnes sur le carreau. Mais ne nous trompons pas
de combat. Ce n’est pas l’Europe qui est responsable, mais ceux et
celles qui ont pensé et imposé ces politiques européennes injustes.
Face à ce constat, certains se réfugient dans les habits étriqués du
nationalisme. Ils refusent de voir que la finance, la pollution et le
réchauffement climatique se moquent des frontières dessinées par
l’Histoire. »
Tels sont les premiers mots de l’édito du programme écolo-
giste pour les élections européennes du 25 mai, édito co-signé de
nos deux têtes de liste au niveau européen, Ska Keller et José Bové.
Les écologistes sont fondamentalement attachés à l'Europe
mais pas n’importe quelle Europe. Nous voulons une Europe plus
juste, plus solidaire, plus humaine. Pendant les quelques semaines
de campagne qu’il nous reste, il nous faudra démontrer que la seule
solution à la crise écologique, sociale et économique passe par l’Eu-
rope. Nous agissons déjà concrètement sur le terrain et dans les
assemblées où nous sommes présents pour faire grandir cette
Europe-là. Le travail remarquable de notre députée, Sandrine Bélier,
le démontre : biodiversité, énergie, emploi, défense des libertés
numériques, mobilisation contre le projet de traité transatlantique
(TAFTA) … (1).
Le Tour de France des écologistes pour l’Europe s’est arrêté
le 18 mai à Besançon, lieu emblématique du mouvement ouvrier. A
cette occasion, Charles Piaget figure historique des « LIP », disait à
Sandrine Bélier : « Ça fait 35 ans qu’on est dans un chômage massif.
Comment on peut faire croire pendant 35 ans que la croissance fera
revenir le plein emploi ? Il y a des problèmes très profonds : la répar-
tition du temps de travail et une autre répartition des revenus. » Des
propositions qui s’intègrent pleinement dans le programme des
écologistes.
Il nous reste peu de jours pour convaincre.
Participez aux différents temps de campagne en Franche-Comté
Venez très nombreux au meeting de notre euro région à Dijon le 12
mai ! Faites connaître autour de vous nos propositions pour l'Eu-
rope.
Et puis, n’oubliez pas le rassemblement de Saint Hippolyte
auquel appelle « SOS Loue et rivières comtoises » (2). Sandrine Bé-
lier y sera parce que l’écologie passe aussi par la défense de nos
rivières.
(1) :A lire sur le site de Sandrine Bélier : sandrinebelier.eu
(2) :Conférence dès 9 heures le matin et manifestation à 14 heures
MAI 2014 / n°196 / 1,70 €
Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Co secrétaires EELV
Le tour de France de Sandrine
Sommaire
2
P 1 : Edito
P 2 : Le tour de France de Sandrine
P 3 : L’expérience de LIP peut-elle inspirer un autre modèle
social européen?
P 5 : Placer la biodiversité au cœur des politiques euro-
péennes
Center parc de Poligny
P 6 : Natura 2000 … en Franche-Comté aussi
P 7 : Conseil fédéral
P 8 : Manif à Saint Hippolyte
P 9 : Colère !
P 10 : Européennes : Meeting national à Dijon le 12 mai
P 11 : Que faire des régions?
P 13 : Science et écologie
P 15 : Pourquoi le comté ne doit pas être vendu en Chine
P 17 : Saines lectures, belles musiques
P 19 : Bulletin d’adhésion
P 20 : Quelques photos du tour de France de Sandrine
Bélier
Le tour de France d’Europe Ecologie Les Verts était
de passage à Besançon ce vendredi 18 avril de 8h à 10h
sur la place de la Révolution. L’objectif : « Partir à la ren-
contre des Français et des Françaises » autour d’un café et
d’un croissant sous une tente aux couleurs d’EELV et
d’aborder les thèmes et les enjeux des élections euro-
péennes.
La tête de liste du Grand Est (1) et députée euro-
péenne, Sandrine Bélier, 40 ans, était accompagnée de
deux candidats francs-comtois, Claude Mercier et Audrey
Ariapoutri, ainsi que d’Antoine Waechter (MEI), en deu-
xième position sur la liste. Vu les enjeux, la décision a été
prise de partir unis dans la diversité pour ces élections.
Proeuropéens mais pas « euronaïfs »
Sandrine Bélier arrive à la fin de son premier mandat.
Elle explique dans un premier temps qu'elle reste
« profondément pro-européenne » à l'issue de cette pre-
mière expérience mais nuance par « Je suis pro-
européenne mais pas pro-eurobéate, pas pro-euronaïve
mais euro-lucide. L'idée de cette campagne est de ne pas
dire que tout va bien en Europe et qu'elle est absolument
parfaite. Ces cinq ans m'ont permis de mesurer les fai-
blesses de l'Union européenne. Il y a des domaines dans
lesquels on doit la renforcer pour la rendre plus efficace et
plus protectrice ».
Un autre modèle
Reste à convaincre les électeurs. Sous la grande
tente, des anciens de Lip avaient été invités parmi les-
quels Charles Piaget, l’une des figures du conflit qui fit de
l’usine horlogère de Palente un symbole en 1973.
Sandrine Bélier souligne « qu’ils ont été des précurseurs,
ils ont prôné un autre modèle, quelque chose de très
proche de ce qu’EELV défend : un autre modèle de déve-
loppement, l’économie sociale et solidaire. La crise ac-
tuelle nous oblige à inventer des alternatives. ».

Le Tour de France d'EELV continue sa traversée
dans les sept euro-zones françaises métropolitaines. La
23e et dernière étape s'effectuera à Paris le 25 avril.


Suzy Antoine



(D’après les articles de l‘Est Républicain du 19 avril
2014 et Macommune.info)
(1) : La circonscription Est comprend les régions
Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardenne, Lorraine et
Franche-Comté. Quatre Francs-comtois figurent sur la
liste EELV : Claude Mercier (Besançon), Jean-Louis
Cannelle (Haut-Doubs), Audrey Ariapoutri (Vesoul) et Eva
Pedrocchi (Belfort).
Européennes 2014
3
Européennes 2014
L'EXPÉRIENCE DE LIP PEUT-ELLE INSPIRER UN
AUTRE MODELE SOCIAL EUROPEEN ?
1973 est l'année du conflit Lip qui a marqué les
esprits par l'originalité des moyens d'action utilisés : l'oc-
cupation de l'usine et la célèbre formule « C'est possible,
on fabrique, on vend, on se paie ». Sandrine Bélier, dépu-
tée européenne EÉLV, fait remarquer que c'est aussi l'an-
née de sa naissance… Dans le cadre d'un tour de France
électoral, Sandrine Bélier et Antoine Waechter ont débat-
tu de l'Europe, le vendredi 18 avril, à Besançon, avec trois
anciens Lip : Charles Piaget, Fatima Demougeot et Roland
Vittot. Deux candidats Francs-Comtois étaient également
présents : Claude Mercier et Audrey Ariapoutri.
Les idées que le combat de Lip a fait germer
La députée européenne lance le débat par une
série de questions en soulignant un certain nombre
d'enjeux. « Face à la crise démocratique, sociale, écolo-
gique que vit l'Europe, est-ce que l'expérience de Lip peut
nous aider à trouver des réponses, sur le modèle de déve-
loppement, sur d'autres modes de production, sur le rôle
et la place des salariés dans les entreprises ? » Est-ce
qu'on peut s'inspirer des idées que le combat des Lip a
fait germer pour préparer un autre avenir en Europe ?
Le chômage est une des grandes priorités avec un
niveau insupportable qui a considérablement augmenté
depuis 2008. Dans ce contexte, on a « une jeunesse per-
due qui ne croit plus en rien ». Ce que confirme Fatima
Demougeot en faisant remarquer « que le chômage mine
les jeunes, qu'il produit de la désespérance et une ab-
sence de perspectives ».
Au cœur de ce débat pour sortir de la crise se po-
sent donc des questions comme la relocalisation des acti-
vités, la réinvention de notre industrie (1), le développe-
ment de l'Economie Sociale et Solidaire. Autant de ques-
tions qui se sont posées au moment de « l'affaire Lip » et
ensuite dans la mise en place des coopératives ouvrières
de l'après conflit.
Un chômage de classe
A 85 ans, Charles Piaget refuse la résignation et
il continue d'être un militant actif de la cause des chô-
meurs. « Depuis 35 ans, on est en face d'un chômage
massif qui est un chômage de classe. » Ce sont les mêmes
familles ouvrières qui sont touchées, maintenant depuis
plus de trois décennies. Dans d'autres secteurs de la so-
ciété, les gens ne sont pas touchés de la même façon ou
même pas touchés du tout.








Dès lors se posent deux questions-clés. La pre-
mière est la répartition du travail. Et Charles rappelle
que depuis 35 ans, on entend le même discours : « La
croissance va revenir et cela va permettre de retrouver
le plein emploi. » En attendant, on continue de deman-
der aux chômeurs les mêmes choses : refaire un CV,
reprendre une formation… La deuxième question est
celle de la répartition des revenus. « Au moment du
démarrage de la coopérative Lip, l'écart de revenu entre
le directeur et le travailleur du bas de l'échelle était de 1
à 3,5 et on trouvait que c'était déjà beaucoup. Aujour-
d'hui, dans un certain nombre d'entreprises, il est de 1 à
100».







Et si chaque pays se bat pour la compétitivité,
non seulement cela ne donne aucun résultat en terme
d'emploi, mais les conditions de travail et de rémunéra-
tion des salariés se dégradent partout en Europe, l'har-
monisation se faisant par le bas. C'est la course au
moins-disant social qui fonctionne au profit des action-
naires et au détriment des salariés.
L'Europe loin des préoccupations de gens
Roland Vittot poursuit sur le chômage des jeunes :
« Les jeunes sortent de l'école et ne trouvent pas de tra-
vail. Ils restent chez les parents, sans argent, sans boulot ».
Pour Roland l'Europe est loin des jeunes, loin des gens en
général. Dans ce marasme, ils se sentent déjà loin des ins-
tances communales ou du député. « Alors l'Europe, com-
ment arriver à y croire ? » D'où l'absence d'engouement,
l'abstention aux élections. Ce que confirme Fatima :
« L'Europe est loin de nos préoccupations, même s'il y a de
temps en temps des manifestations d'espoir ».
Sandrine répond qu'elle comprend ce point de vue,
mais qu'en même temps, grâce à internet, trois millions de
signatures ont pu être recueillies en cinq semaines pour
dénoncer les dérives du Traité anti-contrefaçon. Sous la
pression de leurs électeurs, les députés européens ont
finalement voté majoritairement contre. Internet peut être
un nouvel espace démocratique, un nouvel outil qui a per-
mis aussi de mobiliser l'opinion contre les gaz de schistes.
« Huit mois ont suffi pour avoir gain de cause contre les
forages, au lieu de huit ans pour les OGM ».
Par comparaison, on mesure l'évolution liée au dé-
veloppement du numérique. Les Lip rappellent que leur
grande « victoire » en 1968 avait été l'obtention d'un pan-
neau d'affichage de 2 m sur 3 m, dans l'usine. La préoccu-
pation démocratique était que tous les ouvriers, tous les
employés soient au même niveau d'information. Aujour-
d'hui Internet rend les choses plus simples…
Solidarité et sens du collectif
Antoine Waechter aborde la place de la consom-
mation : « Si on veut changer de modèle, il faut que, dans
ses choix, le consommateur intègre les critères sociaux et
environnementaux de la production, ainsi que sa localisa-
tion ». Les citoyens ont alors la possibilité de soutenir, d'en-
courager, par un acte d'achat, les nouvelles façons de pro-
duire.
Mais c'est à ce magnifique mot de « solidarité »
que l'on associe le plus souvent l'épopée des Lip. Solidarité
et démocratie dans l'entreprise. Roland explique que, bien
avant 1973, l'équipe syndicale avait fait un gros travail
d'information des salariés pour faire en sorte que les déci-
sions ne soient pas prises par quelques uns mais pas l'en-
semble du personnel. Et quand on se remémore l'affaire
Lip, ce qui revient c'est « la force du collectif », d'autres
rapports de travail dans l'entreprise, l'absence de rapports
hiérarchiques, la coopération entre les acteurs et la com-
plémentarité des compétences.
Pour Fatima, il y a même, dans l'expérience de
Lip, des ferments pour favoriser la cohésion des équipes de









travailleurs et les inciter à la prise de responsabilité. Et
ce serait peut-être même une façon de dynamiser l'éco-
nomie.
Sandrine Bélier a été ravie de ces discussions pas-
sionnantes. Elle nous explique aussi que si elle reste
"profondément pro-européenne" à l'issue de cette pre-
mière expérience (elle arrive à la fin de son premier
mandat), elle n'est pas pro-eurobéate, pas pro-
euronaïve mais euro-lucide. L'idée de cette campagne
est de ne pas dire que tout va bien en Europe et qu'elle
est absolument parfaite. Ces cinq ans lui ont permis de
mesurer les faiblesses de l'Union européenne. « Il y a des
domaines dans lesquels on doit la renforcer pour la
rendre plus efficace et plus protectrice ». EÉLV pense, en
s'inspirant de Lip, qu'un changement des rapports dans
l'entreprise est possible et souhaitable. Il serait peut-
être temps aussi qu'on harmonise par le haut et non par
le bas, comme c'est trop souvent le cas, les normes so-
ciales en vigueur en Europe.


Gérard Mamet

(1) :La désindustrialisation, en France, a préci-
sément commencé au début des années 70 et à cette
époque, le Ministre de l'industrie, Jean
Charbonnel, était bien seul au sein du gouvernement
Messmer à défendre l'avenir de l'horlogerie française.
C'est le moment où la France bascule dans le capita-
lisme financier. Jusqu’à Lip, nous étions dans un capita-
lisme où l’entreprise était encore au cœur de l’écono-
mie. Après, nous nous sommes retrouvés dans un capi-
talisme où la finance et l’intérêt de l’argent ont pris
progressivement le pas sur les logiques industrielles. Et
dans le documentaire réalisé par Christian Rouaud,
« Les Lip, l'imagination au pouvoir » Jean Charbonnel
dit même avec une étonnante franchise que c'est ça qui
a coûté la vie à l'entreprise Lip…
4
5

Élections européennes
À mon arrivée au Parlement européen, la
biodiversité n'était pas considérée comme un des grands
enjeux de ce début de siècle. À tort. C'est pour cela que
j'ai voulu « politiser » cette question et l'intégrer dans
toutes les politiques sectorielles européennes. Envisager
la transformation écologique et responsable de l'écono-
mie sous le prisme de la biodiversité est un formidable
levier pour faire évoluer positivement notre modèle de
développement.
Dès 2010, année interna-
tionale pour la biodiversité, nous
lançons avec les Verts européens une
campagne de sensibilisation et de mo-
bilisation dans toute l'Europe et au
Japon. Cette même année, je suis au
cœur du Sommet de Nagoya, à l'issue
duquel 193 pays, réunis sous l'égide
de l'ONU, signent un accord interna-
tional pour agir rapidement contre
l'érosion de la biodiversité. C'est histo-
rique.
Au Parlement européen, mon travail s'oriente
dès lors sur des textes sensibles mais cruciaux, comme le
principe de bio-conditionnalité des aides publiques, le
développement des zones Natura 2000 ou encore la révi-
sion de la directive cadre sur l'eau et celle des évalua-
tions d'incidence environnementale.
Mon rôle d'eurodéputée aura consisté à veiller
à ce que les voix des citoyens, de la société civile et
des entreprises responsables et innovantes soient en-
tendues. Les nombreuses conférences-débats et
échanges que j'ai organisés et auxquels j'ai participé
m'auront permis de promouvoir et d'enrichir notre
position.
J'ai été nommée rapporteure en
2012 pour la mise en œuvre du Pro-
tocole de Nagoya à l'échelle de
l'Union européenne, après une négo-
ciation difficile avec le Conseil et la
Commission, et nous sommes en
passe d'aboutir enfin à la ratification
qui permettra à l'Union européenne
d'être à la table des négociations, à
Séoul, en octobre 2014. C'est une
victoire et une avancée.
La route est encore longue, mais
je me réjouis de voir les progrès ac-
complis grâce à l'engagement et aux
convictions des acteurs mobilisés pour préserver la
biodiversité et le vivant.


Sandrine Bélier
Députée européenne EÉLV Grand Est
PLACER LA BIODIVERSITÉ AU CŒUR
DES POLITIQUES EUROPÉENNES
Center parc de Poligny
Quelques sceptiques jurassiens de la région de Poligny ont décidé de se constituer en associa-
tion loi 1901 pour examiner de près le projet d'aménagement du Center parc. (voir La feuille Verte
d’avril)
Une première réunion a permis de constituer un noyau dur d'adhérents (environ 50) prêts à
participer. Dans un premier temps, l'association se donne pour objectif de collecter de l'information.
En effet, les responsables politiques assurent à qui veut les entendre que le projet est bouclé et que tout va bien...
Pour alimenter votre imaginaire, vous êtes invité-es à prendre 5 minutes pour regarder le Center parc des 3 forêts en
Moselle vu du ciel. Vous aurez une idée du devenir de la forêt de Poligny entre Plasne, le Fied, Barretaine et Besain :
http://www.youtube.com/watch?v=6gqS4Xiy5gA
Vous pouvez rejoindre l’association du Pic Noir, en vous adressant à Geneviève Dandelot— 16, Grande Rue—39800
Poligny
6
Natura 2000...
Natura 2000 est un réseau européen institué
par la directive « Habitats » du 21 mai 1992, complétée
par la directive « Oiseaux» sur la conservation des habi-
tats naturels de la faune et de la flore sauvages. Les États
membres de l'Union devaient sélectionner sur leur terri-
toire les sites naturels soumis à la formation du réseau
Natura 2000.








Ainsi, en Europe, ce sont plus de 26 000 sites
Natura 2000 qui sont référencés, parmi lesquels 1 700 en
France, dont 71 en Franche-Comté. Ils constituent le ré-
seau des sites naturels les plus remarquables du conti-
nent. L’objectif premier est le maintien de l’état de conser-
vation des habitats et des espèces remarquables notifiés
au niveau européen tout en conciliant les activités hu-
maines qui s’y déroulent. C’est l’article 2 de la directive
« Habitats » qui mentionne la nécessaire intégration « des
activités traditionnelles et des particularités régionales ».
En Franche-Comté, Natura 2000 représente 251
031 hectares, soit 15,4 % du territoire régional. Les activi-
tés humaines extensives, agricoles et sylvicoles, qui ont
bien souvent façonné ces paysages traditionnels et inté-
ressants pour la faune et la flore, sont maintenues. Les
principaux milieux naturels remarquables sont :
- Les grands massifs forestiers, de plaine ou de
montagne : ce sont des zones refuges pour le lynx, le
grand tétras ou le pic noir.
- Les vallées alluviales au relief peu marqué,
avec des îlots, des berges, des prairies inondables, des
roselières, etc. On y trouve, entre autres, l'apron (1), le
martin-pêcheur, le râle des genêts et le castor.
- Les vallées karstiques, encaissées et surmon-
tées de falaises rocheuses, comme celles de la Loue ou du
Dessoubre. Les espèces caractéristiques sont, pour les
poissons, le chabot, et pour les oiseaux, le faucon pèlerin.
- Les grands secteurs d'étangs, principale-
ment en Bresse, au nord de la Haute-Saône et dans le
Territoire-de-Belfort. Ils constituent des zones de
nidification et de repos pour les oiseaux migrateurs.
- Les grottes, les cavités, particulièrement
nombreuses en Franche-Comté. Elles sont soit natu-
relles, soit le résultat d'anciennes exploitations mi-
nières. C'est le royaume des chauves-souris : murin,
rhinolophe, barbastelle…
- Les tourbières, les zones humides d'al-
titude, où les espèces animales et végétales sont les
témoins des périodes glaciaires : saxifrage, busard
des roseaux, écrevisse à pattes blanches.
- Les pelouses sèches, les landes. Répu-
tées pour la présence d'orchidées sauvages ou de
l'alouette, elles sont d'un intérêt écologique majeur.
Comme leur existence est liée à des activités hu-
maines en régression, elles sont progressivement
gagnées par la forêt.

En contrepartie d'un cahier des charges à
respecter, les exploitants agricoles et forestiers des
zones Natura 2000 peuvent bénéficier d'exonérations
fiscales et d'aides spécifiques de l'État et de l'Europe.


Gérard Mamet

(1) Poisson d'eau douce de la même famille
que la perche.



… EN FRANCHE-COMTÉ AUSSI

7
Après le refus d’EÉLV d’entrer au gouvernement
Valls, le Conseil fédéral des 5 et 6 avril était, à en croire
de nombreux militants commentateurs, celui de tous les
dangers. La majorité allait voler en éclat, Emma Cosse
serait désavouée, un nouveau congrès deviendrait ainsi
incontournable.
Rien de tout cela ne s’est produit, grâce aux re-
présentants des différentes tendances internes
(particulièrement Alain Coulombel et Michel Bock), qui
ont su, après une longue nuit de travail et avec le soutien
sans faille d’Emma Cosse, garante de l’unité du mouve-
ment, trouver une synthèse. Seul Jean Desessard n’a pas
su entraîner l’adhésion de la totalité de son courant (Via
ecologica), dont une partie des membres continue de
souhaiter l’entrée de ministres EÉLV au gouvernement.







Le texte de synthèse, largement diffusé par
ailleurs et intitulé « Motion portant sur la position des
écologistes quant au vote de confiance au gouverne-
ment », a pu être voté le dimanche à une très large ma-
jorité (102 pour, 10 contre, 11 blancs) : il précise que « la
confiance dans le gouvernement ne peut être accordée
tant qu’une réorientation de la politique économique,
sociale et environnementale n’aura pas été amorcée ».
Chaque mot, bien sûr, a été pesé afin, d’une part, de ne
pas enfermer nos parlementaires dans un mandat impé-
ratif contraire à notre tradition politique et, d’autre part,
leur donner un repère suffisamment clair.
Pour autant, basculons-nous dans une position
d’opposition mélenchonienne ?
Cécile Duflot, dans son discours, a répondu clai-
rement à cette interrogation : « Pas question pour nous
de participer à une quelconque opposition de gauche. »
Réponse confirmée par Emmanuelle Cosse : « Pas plus
que nous ne sommes le supplément d’âme des socia-
listes, nous ne serons celui de l’autre gauche... Le
choix n’est pas entre la social-démocratie et la petite
injonction anti-austéritaire. La vraie alternative, c’est
celle de l’écologie politique. »
Toutes les deux ont réaffirmé qu’EÉLV a
vocation à participer aux gouvernements de gauche,
mais pas dans n’importe quelles conditions. Notre
ligne politique ne change donc pas, nous continuons
de marcher sur nos deux pieds, l’un dans les luttes
de terrain, l’autre dans les assemblées et les exécu-
tifs.
Le débat autour de ce texte est resté parti-
culièrement serein, même pendant les passages
obligés (les moments « danette », où tout le monde
se lève pour…) et la rhétorique souvent convenue
des orateurs de chaque tendance. Quelques mor-
ceaux de bravoure ont néanmoins prêté à sourire –
celui de Jean Desessard, par exemple : « Les for-
mules choisies pour convenir à tout le monde peu-
vent forcément ne pas convenir à tout le monde » ;
ou encore celui de Gilles Lemaire, qui a expliqué
sérieusement que la délégation qui est allé rencon-
trer le Premier ministre aurait dû être composée de
personnes favorables et d'autres défavorables aux
propositions qui allaient être faites ! Il est vrai que
lorsque les positions sont dogmatiques, ce qui im-
porte n’est pas le contenu de la proposition, mais sa
provenance…
Ceux qui attendaient une empoignade
féroce ont été déçus, d’autant plus que ce même
week-end, nous avons sans psychodrame excessif
validé nos listes de candidat(e)s pour les Euro-
péennes.
D’autres textes ont été travaillés et adop-
tés, le plus souvent à une large majorité, comme le
soutien à la proposition de loi de la sénatrice Esther
Benbassa sur la légalisation de l’usage du cannabis,
ou encore notre position sur l’évolution du droit de
l’environnement (1).
Un peu plus d’animation autour de la ques-
tion du Canal Seine-Nord : si nous sommes tous
d’accord pour dénoncer la disproportion du projet
présenté, certains souhaitent laisser la porte ou-
verte à une amélioration du transport fluvial, et
Conseil fédéral d'EÉLV
TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE !…
8
d’autres plus nombreux mettent en avant les alternatives
(ferroutage, merroutage…).
Tous ces moments, plus quelques autres (motion
handicap adoptée à l’unanimité, élection au Conseil sta-
tutaire, échanges sur la réforme interne), ont contribué à
l’impression positive qui se dégage de ce Conseil fédéral :
nous sommes de fait beaucoup plus mûrs que ne le di-
sent les commentateurs « avisés ».

Nous pouvons aujourd’hui aborder la campagne
pour les élections européennes en ordre de marche - si
d’aucun(e)s veulent bien cesser de répandre leurs insigni-
fiants états d’âme dans les médias). De notre score dé-
pendra notre capacité à peser sur les politiques pu-
bliques et notamment sur la future loi de transition éner-
gétique.
Notre mobilisation doit être à la hauteur de
l’enjeu.


Philippe Chatelain


(1) Comme d’habitude, vous retrouverez les
textes votés, dans leur intégralité, dans le compte rendu
officiel du CF.
Manif à Saint-Hippolyte samedi 17 mai
Suite aux récents événements du Dessoubre et
aux fortes mortalités de salmonidés depuis le début de
l’année, SOS Loue et Rivières Comtoises a participé à la
création du collectif Doubs-Dessoubre.

La première action proposée est une journée
de manifestation à Saint-Hippolyte le 17 mai pro-
chain. Un voyage en car est organisé par EELV
depuis Besançon, départ de Micropolis à 9h30.
Retour prévu au départ de Saint Hippolyte à
16h30, arrivée 18h30 à Besançon.

Participation souhaitée aux frais de trans-
port : 10€

Vous pouvez dès à présent vous y inscrire en
écrivant par mail (eelv.fcomte@gmail.com) au secréta-
riat ou en téléphonant directement au local régional
(03 81 81 06 66).

Date limite d’inscription : samedi 10 mai
2014

Lien menant au site du collectif :
http://www.arrete.net/pages/manifestation-st-
hippolyte-le-17-mai-2014


9
Colère !
Libre opinion
Le 8 avril 2014 10 député(e)s EELV ont déci-
dé, malgré le consensus réalisé lors du Conseil Fédéral
précédent, de voter la confiance au gouvernement Valls.
Après que les différentes tendances d'EELV aient réussi à
élaborer un positionnement politique alliant radicalité et
responsabilité qui logiquement aurait dû conduire nos
parlementaires à s’abstenir, ce vote m'a paru incroyable.
J'ai été d'autant plus surpris que les parlementaires croi-
sés au CF semblaient avoir compris le message !








Que s'est il passé pour que 10 personnes,
fussent elles députés, se croient en mesure de balayer
le travail et la réflexion des 102 conseillers fédéraux qui
leur enjoignaient de garder leurs distances ?
Vengeance de certain(e)s qui se voyaient déjà mi-
nistres ? Je ne veux pas le croire. Choix tactique de privilé-
gier les (tout) petits pas en manifestant notre « bonne
volonté » ? Sans doute.
Les arguments évoqués ensuite par ceux des
parlementaires qui ont présenté une explication de vote
semblent faibles :
- ne pas confondre la forme et le fond et bloquer
sur la personnalité de Valls
- rester dans la majorité pour peser sur les choix
futurs et notamment sur la loi de transition énergétique.
Le premier argument, Victor Hugo l'avait en son
temps rejeté d'une formule devenue célèbre : « la forme
c'est le fond qui remonte à la surface »...Les faits parais-
sent depuis lui donner raison.
Le deuxième argument aurait pu être recevable si
la perspective du pacte de responsabilité n'avait rendu
hautement improbables les investissements massifs né-
cessaires à la transition énergétique (sans même oser par-
ler de transition écologique).
Jusqu'à ce 8 avril la distance croissante entre les
citoyens et les élus était pour moi un des éléments de
réflexion permettant d'expliquer la montée du Front Na-
tional. Ce 8 avril, il me semble avoir mieux compris pour-
quoi un grand nombre de Français jettent pêle-mêle dans
le même sac d'opprobre les élus de tous bords. Ce senti-
ment est particulièrement désagréable.
Dans les jours qui suivirent le vote de confiance
nous apprîmes d'une part les dernières consignes laissées
par M Valls, ministre de l’intérieur, en matière d'expulsion
des demandeurs d'asile et de leurs familles, consignes qui
ont suscité de vives réactions des associations d'aide aux
étrangers et de défense des droits humains, et d'autre
part les détails du plan d'économie porté par M Valls
1
er
ministre.









Ce plan d'économie de 50 milliards d'euros
est particulièrement dur pour les plus fragiles (21 mil-
liards d'économie sur la protection sociale) et Barbara
Romagnan, députée PS du Doubs, a brillamment montré
dans une récente tribune que les femmes en seraient les
premières victimes. Le geste concédé par Michel Sapin
sur les petites retraites ne change rien au fond du projet.
Ce plan très douloureux risque également d'être
inefficace et d’entraîner notre pays dans une spirale ré-
cessive. Un exemple : la baisse de 10 milliards de dotation
aux collectivités territoriales aura des effets délétères. En
effet la pression fiscale locale ne pourra pas être ou très
peu augmentée, les collectivités devront donc réduire la
voilure en terme de fonctionnement (des emplois en
moins et des services de moindre qualité, la RGPP (1)
Sarkoziste ayant déjà rogné toutes les marges existantes
qui auraient permis de faire des économies à qualité
Dessin publié
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo
10
constante) et d'investissement au détriment des entre-
prises locales qui du coup travailleront moins, donc moins
d'emplois , moins de rentrées fiscales pour l'état, etc.
Pour répondre à ces critiques le gouvernement, une
partie du PS et certains de nos député(e)s évoquent le re-
tour de la croissance (+0,5 en 2016 et 2017 ce qui rappor-
terait 20 milliards). Je crains que ceci ne soit un vœu pieux
et au delà peut être serait-il temps de nous souvenir que
l’augmentation à l'infini des flux de matière et d’énergie
détruit notre planète qui n'en peut plus de se réchauffer.
A ce moment, fier du refus de Cécile Duflot et
de Pascal Canfin d'entrer au gouvernement (2) et du vote
du CF d'avril, j'étais plutôt serein pour affronter chaque
matin mon image dans le miroir. Cette sérénité n'a pas
duré car face aux critiques, il est vrai acerbes (mais com-
ment pouvait il en être autrement?) à leur encontre sur la
liste mail du CF , certains député(e)s (ceux qui daignent
s'exprimer) ont dit se sentir insultés ! Insultés d'être mis
face aux conséquences de leur vote, insultés de s'entendre
dire qu'en soutenant le gouvernement Valls, ils caution-
nent sa dérive antisociale et sa politique d'expulsion des
familles demandeuses d'asile ! Que devraient dire dans ce
cas les enfants placés au petit matin en centre de réten-
Les actes ont un sens et des conséquences, les
nôtres aussi en tant que militants qui avons contribué à
installer ces élus qui aujourd'hui n'écoutent pas les réac-
tions de conseillers fédéraux humiliés et semblent pour
certain(e)s adhérer à une pensée économique que nous
savons pourtant, en tant qu'écologistes, quasi suicidaire.
Lorsque vous lirez ces lignes vous saurez si parti
et député(e)s ont retrouvé , ce que j'espère, un début
de cohérence en refusant le vote indicatif sur le pacte de
stabilité ou si demain tel ou tel(le) viendra nous expli-
quer que le traité transatlantique en cours de négocia-
tion entre l'Union Européenne et les USA n'est pas si
mauvais et que nos entreprises en ont besoin...

Philippe Chatelain

(1) : Révision générale des politiques publiques
(2) : Contrairement à ce qui est dit, Cécile et
Pascal n'ont pas quitté le gouvernement, mais ils ont
refusé d'entrer dans un nouveau gouvernement, ce qui
fait une différence qui n'est pas que sémantique
En présence de toutes les têtes de listes Europe Ecologie-Les Verts des 8 régions : Karima Delli, Pascal Durand,
José Bové, Michèle Rivasi... et notre tête de liste pour la région Grand Est, Sandrine Bélier.
Lieu : salle Camille-Claudel, 4, rue Camille-Claudel, quartier des Grésilles, 21000 Dijon.
Heure : 19h.
Un covoiturage est proposé. Pour les frais de transport, soit chaque participant verse une somme forfaitaire au
conducteur, soit le conducteur se fait rembourser ses frais ou une partie des frais, sur justificatifs, par EELV.
S’adresser à Gilles Gardot : 03 81 81 06 66 eelv.fcomte@gmail.com
Election européenne
LUNDI 12 MAI – Meeting national à Dijon
Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
11
Je ne résiste pas au plaisir de commencer cette
réflexion en vous proposant l’observation de la de la carte
suivante (la proposition géométrique du comité Sieyès-
Thouret de 1789) :











… ainsi que de celle-ci (disparition des provinces
d'Ancien Régime (en couleur) au profit des départements
(limites en noir) :











Il n’est pas question de livrer ici une histoire des
départements et des régions, mais seulement d’illustrer un
propos introductif aux débats qui ne vont pas manquer de
s’ouvrir après les déclarations de Manuel Valls lors de son
discours d’investiture : nouvelle cartographie des intercom-
munalités, suppression des conseils départementaux (eux-
mêmes avatars des futurs ex-conseils généraux), diminu-
tion par deux du nombre des régions, suppression de la
clause de compétence générale - pour ne retenir que les
principales pistes.








Photo montage AFP.

Remarque préalable : EÉLV (comme les Verts
avant) a toujours été en pointe sur ces questions ; la
présentation de Cécile Duflot (alors accompagnée de
Jean-Vincent Placé et de François de Rugy) devant la
commission Balladur en 2009 est, à ma connaissance, la
dernière production officielle de la position des écolo-
gistes sur ces questions. Le propos était clair et balisait
bien le terrain :
- Affirmation du principe de subsidiarité (qui
renvoie à la question des compétences).
- Renouvellement de la position, déjà énoncée
de longue date, de suppression de l’échelon départe-
mental (la nuance entre conseil général et conseil dépar-
tement devra être reprise).
- Confirmation des échelles intercommunale et
régionale comme colonnes vertébrales de l’édifice.
On notera que rien n’est dit sur le nombre des
régions. Ce débat est revenu plus tard sur le devant de la
scène à la faveur des habituelles comparaisons entre les
différents pays européens. Il est d’usage en effet de va-
loriser le poids des länder allemands par rapport aux
régions françaises.
Nous reviendrons plus tard sur ce débat, parce
qu’il découle, de mon point de vue, des questions préa-
lables sur les compétences et sur la forme des relations
entre l’« État central » et les « échelons inférieurs », et
non pas d’un préalable sur « l’évidence » d’un trop
grand nombre de régions.
Mosaïque, centre, périphérie
Commençons par le début, en présentant le plus
simplement possible la logique des découpages territo-
riaux. Vieille obsession de la gestion par le politique des
territoires, la fascination pour les mosaïques est une
constante dans la constitution de la France moderne.
C’est celle qu’illustre le premier document soumis à
Vous avez dit redécoupage ?
QUE FAIRE DES RÉGIONS ?
12
votre observation.
On connaît le principe, voulu par le pouvoir révo-
lutionnaire de 1789 et des années qui suivirent, de don-
ner une forme spatiale simple à sa volonté de pouvoir
rapidement contrôler l’information et l’action initiées
par le centre en direction des périphéries. Un gouverne-
ment, 100 préfets (pour faire simple) à la tête de 100
départements, dessinés de telle sorte que ce représen-
tant puisse à son tour impulser et contrôler les actions
décidées jusque dans la plus petite commune en un
temps limité (la fameuse journée de cheval). Il en est
découlé des propositions, passionnantes à étudier pour
les historiens, de découpage de l’espace français. Cette
logique, disons-le tout net, ne tranchait pas totalement
avec les principes des découpages tout droit sortis de la
féodalité : des seigneuries, des comtés, des duchés… À
une différence, majeure, près : celle de la conception
que la hiérarchie n’était plus fondée sur des liens de su-
zeraineté liés à la possession de la terre, c'est-à-dire des
surfaces, mais du pouvoir centralisé, non plus dans les
châteaux, mais dans les villes, c'est-à-dire dans des
pôles.
Métropoles et aires d'influence
Or peu à peu, et sans qu’on y prenne vraiment
garde, le découpage en apparence égalitaire (100 dépar-
tements avec les même droits et les mêmes pouvoirs) a
laissé la place à la réalité d’une hiérarchie bien plus sub-
tile, celle de la taille des villes, parfaitement inégalitaire
celle-là, qui s’est peu à peu traduite par de nouveaux
découpages, bien moins visibles, ceux des aires
d’influence de chacune des métropoles. Ainsi, ce n’est
plus un étagement en apparence fonctionnel - État, dé-
partement, commune (je reviendrai sur la région après) -
qui est le plus opératoire, mais l’équilibre plus ou moins
réalisé entre une grande capitale, huit à dix grandes mé-
tropoles, une quarantaine d’autres plus petites et ainsi
de suite. Chacune, en fonction de son poids respectif,
tenant ses voisines à bonne distance grâce à une sorte
de loi de la gravitation universelle rapportée à l’échelle
des territoires : les villes s’équilibrent en fonction directe
de leur poids et du carré de leur distance. À partir de là,
dessiner des territoires homogènes relève au sens
propre de la quadrature du cercle : les limites des aires
d’influence s’affranchissent allègrement des limites ad-
ministratives du temps passé et la question devient à
présent de savoir de quel pôle chacun dépend pour sa-
tisfaire les besoins qui sont les siens. En conséquence,
l’idée qu’on pourrait dessiner un découpage qui respec-
terait à la fois les nécessaires hiérarchies administrative,
fiscale, judiciaire, etc. se heurte à la réalité de la hiérar-
chie des pôles urbains. Les choses se compliquent d’ail-
leurs lorsqu’on veut « faire coller » ces découpages avec
ce qu’on pense être des sentiments d’appartenance. Il
n’est pas question de nier ces derniers, et le premier Al-
sacien ou Breton qui passe pourrait me renvoyer dans les
cordes, mais que représentent en fait ces identités elles-
mêmes hiérarchisées et entremêlées ? Les dessinateurs
de « régions de programme » des années cinquante n’ont
rien fait d’autre que de chercher des cohésions parfois
difficiles à identifier ou se sont appuyés sur des logiques
plus anciennes. Force est de constater que ce « paysage »
fonctionne parfois correctement.
Et si on s'essayait au redécoupage ?
Tout cela pour dire qu'il ne faut surtout pas com-
mencer par découper le gâteau, mais par fixer ce que l’on
attend de ce découpage. Amusez-vous seulement à des-
siner par vous-même une nouvelle cartographie régio-
nale. Si, si essayez. Inévitablement vous fabriquez
quelque chose autour de Paris, une Île-de-France plus ou
moins large. Puis vous vous dites : Ah ! il faut que j’arrive
à une dizaine (onze peut-être) ; mais j’ai la Corse ! Bien
entendu la Corse, je ne peux la placer avec aucune autre.
Donc il m’en reste neuf. Comment faire ? Il leur faut bien
une capitale, non ? Alors je prends les grandes métro-
poles d’équilibre du territoire et je leur fabrique un ar-
rière-pays. C’est drôle, ce que ça donne, parce qu’en
France, elles sont toutes périphériques, les métropoles
de cette taille. Il y aurait bien une solution : les capitales
pourraient ne pas être les plus grandes villes, on pourrait
ainsi les placer au centre de leur territoire (autre fascina-
tion). Mais quelle serait la logique de ces villes-centres
purement administratives ?
J’arrête là cette géographie-fiction pour plaider en
faveur d’un processus par étapes. Redéfinir les compé-
tences de chaque niveau, supprimer les doublons inu-
tiles, redonner de la cohérence à la subsidiarité en in-
cluant les communautés d’agglomérations et de com-
munes dans cette réorganisation, et ensuite on verra.
Si l’on pense, au bout du processus, qu’il convient,
pour donner au fait régional une réalité à l’échelle euro-
péenne, de redéfinir des territoires par de nouvelles li-
mites, forcément plus élargies que les actuelles, alors on
pourra s’attaquer à ce morceau de bravoure.
Je ne demande qu’à être convaincu qu’il faut faire
autrement. Le débat est ouvert.

Claude Mercier
13
1. Situation et incidences écologiques des
grands carnivores
Les grands carnivores terrestres sont rares à cause
de leur situation au sommet des réseaux alimentaires.
Pour se nourrir, ils ont besoin de grosses proies et de
vastes territoires. Et ils entrent souvent en conflit avec
l'homme et le cheptel. Leur déclin massif est dû aussi
bien aux persécutions qu'à la perte de leur habitat. Pour-
tant les grands carnivores sont nécessaires au maintien
de la biodiversité et ils rendent des services considérables
aux écosystèmes. (Revue Science, janvier 2014, article
téléchargeable en anglais : http://www.acsu.buffalo.edu/
~jcallen/Carnivores%20Science%2001-10--2014-Ripple--
1%20(1).pdf)






Commentaire : Les grands carnivores sont le lion,
le tigre, le puma, l'ours brun etc. et en Franche-Comté le
loup et le lynx qui avaient disparu au début du XXème
siècle, Depuis quelques décennies, le lynx a été réintro-
duit et le loup a commencé à recoloniser les Alpes. Il a
même fait des passages dans notre région. Les études
montrent, par exemple, que la densité des cervidés est 6
fois supérieure dans les zones sans loup, avec des effets
indirectes, en cascade, sur la végétation, l'érosion des
sols, les petits carnivores etc… Il a été démontré que
l'homme ne pouvait pas imiter les grands carnivores dans
les écosystèmes. Ainsi le loup chasse toute l'année, le
jour comme la nuit, et dans des endroits inaccessibles à
l'homme. Il en résulte une régulation beaucoup plus fine
des écosystèmes.
2. Anticiper une diminution de la ressource
en eau
Le réchauffement climatique a des conséquences
importantes sur la ressource en eau. En France, on es-
time qu'il pourrait y avoir, dès 2050, une diminution du
débit annuel des rivières de 20 à 30 pour cent, avec des
sècheresses plus fréquentes et plus longues, sans pour
autant diminuer les risques de crues. En fait ce sont les
évènements extrêmes qui seront plus fréquents. L'assè-
chement des systèmes hydriques pourrait s'accompa-
gner d'un dépérissement des écosystèmes qui en dépen-
dent. Et quand les fleuves sont transfrontaliers, la fluc-
tuation des débits risque aussi d'exacerber les tensions
entre les pays. (Pour la Science n° 438, avril 2014, pp. 66-
69)
















Commentaire : L'agriculture devra s'adapter en
consommant moins d'eau, par exemple en introduisant
des espèces moins gourmandes. Mais il faudra surtout
coordonner les différentes approches : agronomique,
économique, hydrologique, sanitaire et environnemen-
tale. Pour les usages domestiques, il faudra généraliser
les équipements sanitaires et électroménagers plus éco-
nomes en eau. La raréfaction de la ressource en eau
étant source de conflits, les adaptations devront intégrer
la notion d'équité, entre les usagers et entre les pays
d'un même bassin versant.
Science et écologie
GRANDS CARNIVORES, RESSOURCE EN EAU
ET REACH
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique
La réflexion politique pour développer la critique de la science.
3. Faut-il assouplir le règlement Reach ?
Le règlement Reach (1) est le système de con-
trôle des substances chimiques le plus complet du
monde. Toutes les substances fabriquées ou importées
à plus de 100 tonnes par an dans l'Espace économique
européen, doivent être enregistrées auprès des autori-
tés. En 7 ans, ce sont 6 600 substances qui ont été dé-
clarées. A l'horizon 2018, ce sont 25 000 substances
supplémentaires au tonnage annuel de 1 à 100 tonnes,
qui devraient être enregistrées. (La Recherche n° 486,
avril 2014, pp. 83-85)



Commentaire : Les industriels européens de
la chimie trouvent que la mise en œuvre de Reach est
trop complexe et trop coûteuse. lls considèrent qu'ils
sont désavantagés par rapport à leurs concurrents ex-
tra européens. Au contraire Greenpeace considère que
le lobby industriel a réussi à créer des brèches. Et cer-
taines substances pourtant extrêmement dangereuses
ne sont pas remplacées par des substituts plus sûrs.
Sous prétexte de confidentialité, des informations
échappent au domaine public, rendant plus difficile
l'évaluation du danger. A terme, s'il n'y a pas plus de
transparence, c'est la crédibilité de Reach qui pourrait
en pâtir.



Gérard Mamet

(1) REACH : Registration, Evaluation, Authori-
zation and restriction of CHemicals : enregistrement,
évaluation, autorisation et restriction des produits chi-
miques. Règlement adopté par l'Union Européenne le
18 décembre 2006.
14
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Vous pouvez recevoir La Feuille Verte sans être adhérent à Europe Ecologie Les Verts. Il vous suffit de souscrire
à un abonnement.
Sur son site, le CIGC (1) communique sur ses dé-
marches pour prendre pied sur le marché chinois. Ses
responsables précisent que les volumes de production
nécessaires ne seront pas réalisés par une intensification
des fermes actuellement productrices de lait à comté,
mais qu’ils seront réalisés par un recrutement de produc-
teurs au sein de l’aire géographique, actuellement encore
en lait standard, et par une extension de l’aire géogra-
phique de l’AOP (2), cette extension étant déjà définie.
L'état des rivières et des prairies est extrê-
mement dégradé.
Cette démarche pourrait être rationnelle si la
production de lait des plateaux karstiques était en équi-
libre avec son territoire. En équilibre avec la vie de ses
sols, avec la diversité floristique et avec le niveau d’exi-
gence très contraignant des rivières karstiques à la répu-
tation mondiale.
Or le printemps montre à nou-
veau des prairies artificielles couleur
du pissenlit en fleur. Cette plante
nitrophile (3) ne pose pas trop de
problèmes si elle reste à un niveau
inférieur à 30 % d'occupation de l'es-
pace. Or elle prend la place des
plantes à fleurs, les dicotylédones, qui
ne supportent pas les sols saturés
d’azote. Et c'est pourtant cette diver-
sité floris-
tique que revendiquent les AOP de montagne pour en
vanter la qualité. Et à l'automne, de nouveau, une par-
tie des trop vertes prairies, passée au désherbant, se colo-
rera en jaune triste. L'utilisation du glyphosate se banalise
sur ces prairies à comté, alors que sa molécule dérivée,
l’AMPA, est reconnue cancérigène et se retrouve dans
tous les cours d’eau à des niveaux de plus en plus élevés.
De plus, la mise à nu de ces sols dès l’automne favorise
l’érosion et le lessivage de l’azote vers les rivières.
Ces dernières s’enfoncent dans une eutrophisa-
tion de plus en plus grave ; les populations d’invertébrés,
principale source d’alimentation des poissons, se sont
effondrées depuis 25 ans. Les poissons, affaiblis par ce
manque de nourriture et par toutes sortes d’agressions
bien ou insuffisamment identifiées, n’en finissent pas de
mourir lors du frai et en toutes saisons. Les micro-
polluants dans ces rivières, mesurés par l’agence de
l’eau, sont essentiellement d’origine agricole,
comme l’a montré le travail du collectif SOS Loue et
Rivières comtoises.
L'empreinte écologique du comté est déjà
trop forte.
Avec les quotas laitiers, des droits à produire ont
été remontés des plaines de Haute-Saône sur les pla-
teaux à Comté. L’augmentation des performances lai-
tières, privilégiées au détriment de la rusticité, et ces
quotas importés ont augmenté les besoins en alimenta-
tion. Les agriculteurs y ont répondu par l’importation de
nourriture (tourteaux de soja brésiliens, céréales et foin
de Haute-Saône) et encore de paille. Parallèlement à
cette démarche, la production de céréales a été aban-
donnée au profit d’une monoculture de l’herbe partici-
pant à la baisse de la biodiversité floris-
tique et au déve-loppement des cam-
pagnols. Les dégâts de ce petit mammi-
fère ne se limitant pas aux aspects éco-
nomiques, ils amplifient les transferts
vers les rivières et posent des pro-
blèmes de santé (échinococcose, pou-
mon du fermier).
Les méthodes de production majoritai-
rement pratiquées font que l’impact
écologique du litre de lait produit au-
jourd’hui est beaucoup plus fort que le
litre de lait produit avant 1990. Les
importations déjà évoquées sont la principale cause de
l’excédent structurel de fumure totale sur les premiers
plateaux, qui connaissent des sols peu profonds. Dans ces
conditions, actuellement, il se produit trop de lait et la
manière de le produire n’est pas durable pour les AOP
fromagères. Cette situation obère totalement l’avenir des
rivières.
Une profonde adaptation des modes de produc-
tion est incontournable et urgente, autant pour la dura-
bilité des trois AOP fromagères des plateaux que pour le
sauvetage du patrimoine rivières, qui doit revenir à un
très haut niveau de qualité pour exprimer son potentiel
économique.
15
Élevage franc-comtois
POURQUOI LE COMTÉ NE DOIT PAS ETRE
VENDU EN CHINE
16
Bio et haute qualité environnementale.
Une désintensification de la production de lait est
la voie rationnelle. Elle passe par un cahier des charges et
des pratiques adaptés aux exigences des milieux, sols et
rivières. Les volumes de fromages se stabiliseront à un
niveau compatible avec le territoire et la légitimité des
AOP.
La profession doit viser un haut niveau de qualité
dont le contenu environnemental soit indiscutable, et
trouver dans le prix de vente du fromage une compensa-
tion suffisante aux pertes liées à la baisse des volumes de
lait produit (4).
L’actuel plafond de 4 600 litres de lait par hectare a
montré son incapacité à protéger les milieux. Un plafond
beaucoup plus bas a été avancé lors de la table ronde de
Pontarlier, le 15 octobre 2012, pour assurer cet équilibre
au territoire. Ce nouveau plafond impliquera une baisse
de la fumure à l’hectare. Un plafond de 5 000 kg de lait
par vache entraînera, lui, une baisse des farines et des
aliments concentrés par vache
Les producteurs déjà en bonnes pratiques prouvent
chaque jour que ce changement profond est possible. De
plus, la production bio existe, les fruitières de Cerneux-
Monnot (5), Chapelle-des-Bois, La Chaux, Grange-de-
Vaivre et d’autres en apportent la démonstration. Cette
voie doit être sérieusement envisagée comme un des
moyens pour sortir les AOP des difficultés actuelles et
asseoir leur avenir. Un moyen pour compenser cette
baisse de volume de lait par un prix de vente plus élevé et
maintenir ainsi le niveau de revenu initial.






Respecter le cahier des charges pour respec-
ter les milieux.
Non, dans les conditions actuelles, il ne faut expor-
ter le comté ni aux États-Unis, ni au Qatar, ni en Chine.
L’intégration des producteurs de lait standard en comté ne
pourrait apporter un léger mieux que si les pratiques en
comté étaient totalement respectueuses des milieux, et
donc significativement meilleures que celles du lait stan-
dard, et enfin si le poids démographique des fermes en
lait standard était important. Or aucune de ces deux con-
ditions n’est présente.
L’extension de la zone comté et le recrutement de
nouveaux producteurs, à l’intérieur de la zone actuelle,
doivent d’abord servir à compenser la réduction de pro-
duction de lait chez les producteurs aux pratiques inadap-
tées aux rivières. Cette démarche contribuera à calmer les
exigences des commissaires ultra-libéraux de Bruxelles.
Les cahiers des charges doivent-être sous-tendus par
l’obligation de résultat de la « directive cadre eau 2015 » :
les plafonds d’azote et de phosphore exportés par sous-
bassins doivent donc être compatibles avec le haut niveau
de qualité des eaux déjà évoqué.
Une vraie culture fondée sur le respect des limites
du cahier des charges doit s’installer, accompagnée de
moyens de contrôle indépendants et rigoureux, deux con-
ditions sans lesquelles toutes les constructions seront
vaines. Les compétences agronomiques des agriculteurs de
tous âges doivent être renforcées et valorisées, comme
doit être distinguée, dans les comices et au Salon de Paris,
la montbéliarde à Haute Qualité Territoriale chère à Denis
Michaud (6).

Pour les ONG de défense de l'environnement, parler
du marché chinois n’est pas compatible avec l’instauration
d’un débat constructif entre la société civile et la profes-
sion agricole. L’abandon de cet objectif illégitime me paraît
une condition indispensable pour travailler ensemble à la
restauration d’un haut niveau de qualité des rivières com-
toises.

Marc Goux
(Collectif SOS Loue et
Rivières Comtoises)

(1) Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté.
(2) Appellation d'Origine Protégée (ex-AOC, Appella-
tion d'Origine Contrôlée).
(3) Nitrophile : qui « aime » l'azote. Les plantes nitro-
philes se développent préférentiellement sur des sols riches
en nitrates.
(4) D’ailleurs cette baisse organisée réglera le pro-
blème du lait en surplus, dit « lait de dégagement », dont
le prix va être très pénalisant.
(5) http://www.comte.com/cerneux_monnot
(6) Denis Michaud est agriculteur à Reculfoz (Doubs)
et professeur d’économie rurale. Il défend une forme d'éle-
vage favorable au maintien de la biodiversité.
Saines lectures, belles musiques
SORTIR DU CAPITALISME. LE SCÉNARIO GORZ
17
Le livre, édité sous la direction d'Alain Caillé et de
Christophe Fourel, se compose de différentes contribu-
tions d'auteurs (dont Robert Castel, Alain Lipietz,
Dominique Méda...), réunis lors d'un colloque pour dia-
loguer autour de la pensée d'André Gorz.
Livre hom-
mage à un théori-
cien de l'écologie
politique, il n'en est
pas moins critique
dans le sens où
chaque auteur s'ef-
force de discuter
avec une œuvre,
d'en saisir les lo-
giques, de situer les convergences et les divergences
qu'il éprouve, et c'est ce qui fonde son grand intérêt.
Il n'est guère possible de restituer en quelques
lignes le foisonnement des contributions, sauf à dégager
au moins deux thèmes importants : le travail et la ques-
tion écologique. Auparavant, il n'est pas inutile de reve-
nir sur le titre et ce qu'il peut signifier.
Sortir du capitalisme. A l'ère du valls-
hollandisme triomphant, le titre peut sembler ana-
chronique, comme un vieux slogan dont nous-mêmes,
en tant que parti, paraissons nous défaire. Sans épouser
les thèmes du grand soir, sans confondre la sortie du
capitalisme et la mise à la lanterne des capitalistes, sans
oublier le goût amer des révolutions, qui n'ont conduit
qu'au remplacement d'une domination par une autre,
poser la question de la sortie du capitalisme revient à
réfléchir à un processus de transformation radicale
d'une société, bien au-delà d'une transition écologique :
on sait combien le capitalisme peut s’accommoder de
nouvelles contraintes – Cf. la « croissance verte »...
Prenons la question du travail. Celui-ci est le plus
souvent analysé comme aliénation (vente de sa force,
soumission à des logiques hétéronomes, imposées en
extériorité, qui s'opposent aux logiques autonomes,
celles de l'individu). Pourtant, non sans raison, Robert
Castel rappelle que c'est dans le cadre des rapports de
travail que se sont construites un certain nombre de
protections, des logiques de solidarité. D'autres ajoute-
raient des considérations sur le travail comme source
d'identité.
Alors, le travail aliénation ou libération ? Et
s'il fallait poser la question autrement ?Comme le souli-
gnent plusieurs auteurs, nous peinons à penser le travail
autrement que dans les catégories du travail-salaire,
travail-emploi, toujours inscrit dans un échange mar-
chand ; nous peinons à penser le travail social, qui re-
pose sur l'utilité collective, les valeurs d'usage. On peut
ici penser à tous ceux qui participent au développement
de logiciels libres ou de Linux et qui contribuent, par un
travail souvent non rétribué, à l’accès aux outils informa-
tiques. Inversement, on peut observer cette capacité
d'une société capitaliste à transformer en rapport mar-
chand ce qui était un rapport social (les emplois de ser-
vice à la personne entrent dans cette catégorie).
Penser la sortie du capitalisme, c'est repenser le
rapport au travail (produire pour assurer notre existence
et non exister pour produire, écrit Lipietz), c'est éven-
tuellement penser le revenu social garanti comme rétri-
bution d'un ensemble d'activités sociales, socialisées,
qui contribuent à la production de la société (vivre en-
semble) en dehors des rapports marchands.
Les chapitres consacrées à ces questions, ici bien
mal résumées, s'avèrent passionnants et source de ré-
flexion.
La question écologique, dans le droit fil de
la pensée d'André Gorz, n'est pas traitée sur un plan
environnemental strict mais d'un point de vue huma-
niste, celui de la place de l'homme. Elles est surtout
abordée d'un point de vue qui m’apparaît essentiel, ce-
lui des limites. Si le capitalisme exacerbe la question des
besoins en nous imposant des logiques consuméristes
(l'obsolescence programmée en est une illustration)
pour continuer à produire et alimenter les rapports mar-
chands, le propre de l'homme est d'être un être de désir,
de repousser les limites de son désir, et une société, par
ses institutions, pose justement des limites à celui-ci.
Penser la sortie du capitalisme, c'est aussi repen-
ser des institutions de la limite (pas simplement celle
des ressources), opposer à l'individu triomphant de la
nature et des éléments, triomphant d'autrui, le sujet
autonome en lien avec d'autres.
Pour le dire autrement, il ne suffit pas pour cer-
tains de parler de décroissance comme d'autres parlent
d'écologie punitive : il faut donner du sens.
À lire pour ne pas en rester à la seule question de
participer ou non à un gouvernement.
Alain Caillé et Christophe Fourel, Sortir du capita-
lisme. Le scénario Gorz. Éditions Le bord de l'eau.

COUP DE CŒUR
J'ai découvert Mailys de Kerangal avec son roman
Naissance d'un pont. J'avais apprécié l'écriture, ces
phrases amples qui épousent la pensée de ses person-
nages dans ses aléas, ses avancées, ses retours en arrière,
ses enroulements, sans pour autant jamais nous faire
perdre le fil malgré la longueur des phrases, leur ponc-
tuation un rien décalée.








Lorsqu'on a aimé un auteur, on appréhende tou-
jours un peu son nouveau livre. Va-t-on retrouver le
même frisson, un autre, un nouveau ou connaître la dé-
ception ?
Avec Réparer les vivants, Maylis de Kerangal nous
entraîne dans un monde où se côtoient la vie, la mort, la
résurrection au sens de la vie qui se transmet, la vie de
ceux qui la transmettent dans un quotidien soudain rava-
gé par la douleur ou happé par une aventure extraordi-
naire, tous restant dans leur histoire des hommes et des
femmes ordinaires.
Par le choix des mots, par le ciselé des phrases,
par le souffle tantôt énergique, tantôt haletant, tantôt
affaibli qui traverse ces pages, par cette écriture à la fois
déroutante et majestueuse, qui prend tant de fois des
chemins de traverse sans jamais nous perdre, l'auteur
nous place comme témoin privilégié d'une histoire qu'on
sait lointaine parce qu'on ne pense pas devoir y être con-
fronté un jour. Quelle histoire ? Celle d'un cœur.
Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Éditions
Verticales.
COUP DE CŒUR (BIS)
À la fin des années soixante-dix jusqu'au milieu
des années quatre-vingt, nombre de ceux qui s'intéres-
saient aux musiques traditionnelles (au folk, disait-on
alors), et surtout à ceux qui les réinventaient plus qu'à
ceux qui se faisaient les gardiens sourcilleux d'une mé-
moire forcément défaillante, ont croisé l'aventure
Malicorne.
D'autres groupes ont poursuivi, se sont créés,
défaits, et de fait on ne suit pas forcément les aventures
individuelles des anciens membres de tel ou tel de ces
groupes. Et puis, il y a quelque temps, je trouve un disque
de Gabriel Yacoub (un des fondateurs de Malicorne) :
l’enregistrement d'un concert de 2003 à Quimper (c'est
vous dire si je suis l'actualité !) Un choc, un émerveille-
ment : poésie des textes, finesse des musiques, subtilité
des sonorités, où un basson dialogue avec l'ulleann pipe
(cornemuse irlandaise), où la vielle à roue soutient discrè-
tement la guitare, où les voix se mêlent dans une magie
qui rappelle celle de Malicorne - mais ce n'est pas du
Malicorne. C'est du Gabriel Yacoub, marqué par les mu-
siques traditionnelles sans en être, plus exactement sans le
revendiquer, en suivant un chemin personnel où la simpli-
cité fait naître tout simplement l'émotion.

Gabriel Yacoub, Je vois venir. Le Roseau
(grabrielyacoub.com).


Michel Boutanquoi



PS : Plus de trente après, un nouveau Malicorne
est en préparation. Une musique d'aujourd'hui, on espère.
Pour la nostalgie, il y a les vieux disques.

18
19
14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/
Quelques photos du tour de France de Sandrine Bélier
Sandrine Bélier avec Claude Mercier
Sandrine Bélier avec Audrey Ariapoutri
Sandrine Bélier avec les anciens de
LIP :
Charles Piaget, Fatima Demougeot
et Roland Vittot
Sandrine Bélier, Antoine
Waechter, des écologistes
francs-comtois et les Lip sur la
place de la Révolution à
Besançon

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