POURSUIVRE LA BATAILLE EUROPÉENNE

Aucun écologiste ne représentera plus l’eurorégion Est au
Parlement européen. Consternant quand on sait l’engagement de
Sandrine Bélier pour défendre la biodiversité, lutter contre ACTA et
contre toutes les dérives liberticides, etc. Sa présence sur le terrain
des luttes régionales ne s’est jamais démentie : merci à elle - et aussi
aux trois candidats comtois, Claude, Audrey, Eva, pour leur engage-
ment dans cette difficile (et trop courte) campagne.
Des Européennes, ce ne sont pas seulement les écologistes
qui sortent affaiblis, mais toute la gauche, et aussi la droite parle-
mentaire. Les europhobes, partisans du repli sur soi, progressent,
faute de repères, d’espoir en un avenir plus clément, et du fait des
promesses trahies, du manque d’éthique en politique. Pour les éco-
los, disons que l’absence de l'emblématique Dany a réduit notre
visibilité, ou encore que deux ans de participation d’EÉLV au gouver-
nement ont brouillé notre message. Mais les résultats du scrutin
posent des questions qui ne sont pas seulement d'ordre arithmé-
tique.
Faut-il, comme l’écrit Laurent Joffrin dans le Nouvel Obs, voir
« l’Europe en danger de mort » ? Ou penser que « c’est l’idée de l’Eu-
rope qui est en crise mais [que] l’Europe n’est pas morte », comme
l'affirme Dany ? Les écologistes, mais aussi la majorité des Français,
savent bien que le vote FN n'est pas la solution, et que les questions
environnementales et sociales seront cruciales dans les années à
venir. Aucun mur n'a jamais arrêté la pollution, ni les gens qui espè-
rent trouver un pays où mieux vivre (ni hélas les capitaux qui cher-
chent un profit maximal). Alors oui, l’Europe est une solution,
LA solution - à condition de réconcilier les Européens avec l’Europe.
Trois remèdes pour soigner cette crise morale : rapprocher l’Europe
du citoyen, ne pas parler d’Europe une fois tous les cinq ans et
mettre l'énergie et l'environnement au centre de la politique euro-
péenne.
Au Parlement européen, la France a désormais 6 députés
écologistes, le groupe Vert 58. C’est une force d’action, à nous de la
saisir. À nous aussi de répéter que l’Europe et l’écologie ont bien des
gènes en commun.
Bernard Lachambre Brigitte Monnet


JUIN 2014 / n°197 / 1,70 €
Les moutons n’ont pas voté Bélier !
Sommaire
2
P 1 : Edito
P 2 : Les moutons n’ont pas voté Bélier !
P 3 : Premières réflexions sur le vote FN en Franche-Comté
P 4 : Après Saint-Hippolyte, poursuivre l’action
P 6 : L’avenir d’Alstom est dans la transition énergétique
P 8 : Violence et prostitution
P 11 : En économie, il faut se méfier des modèles mathé-
matiques
P 12 : En Vadrouille sur la terre des femmes
P 13 : Gare au minet toxique !
P 15 : La complainte du précaire
P 18 : Un mois, émois, et moi
P 19 : Non au Gripen !
P 20 : Adhésion
Le couperet des résultats est tombé net dimanche
soir, 25 mai. Sandrine Bélier n’est pas réélue.
Pour la Franche-Comté, elle totalise 6,55% des
voix, alors qu’en 2009, son score était de 14,47%. Le ta-
bleau suivant donne les chiffres pour les quatre départe-
ments.










Pourtant Sandrine avait fait une belle campagne,
présente dans les manifestations locales, comme à Saint-
Hippolyte pour la protection des rivières comtoises ou à
Belfort lors de l’affaire Alstom.
Manifestement, cela n’a pas été suffisant. Les élec-
teurs se sont détournés de ce scrutin qui n’évoque rien
pour une grande partie d’entre eux. En revanche, les mili-
tants du Front national se sont mobilisés pour voter pour
leurs candidats et cela leur a réussi, hélas.
J’ai honte pour mon pays, à cause du message que
nous envoyons au monde entier, car la France est tou-
jours très regardée. Je m’interroge également sur les rai-
sons d’un tel vote. Ce n’est peut-être pas tant la crise qui
est en cause mais la faillite de notre système éducatif, qui
n’explique plus et ne transmet plus à la jeune génération
les valeurs de la République et de la Démocratie.
Quant à l’impact des médias sur la population, il
est redoutable. La publicité autour du Front National est
faite au détriment des autres partis. Après les munici-
pales, on a très peu entendu sur les ondes radio et télévi-
sées qu’EELV avait augmenté son score par rapport à celui
de 2008 et qu’en réalité, celui du FN était resté stable.
Maintenant, on a les chemises brunes au Parle-
ment européen. À nous de faire en sorte qu'on n'ait pas
aussi le bruit des bottes...
Suzy Antoine
Européennes

2009 2014
Doubs 15,25 % 7,19%
Jura 14,88% 6,95%
Haute-Saône 12,06% 4,95%
Territoire de
Belfort
15,39% 6,51%
« L'Europe, ce n’est pas un choix par défaut, c’est un projet de civilisation. C’est, pour la France, la bataille politique l a
plus importante depuis l’invention de la République, depuis que notre pays se construit autour de la plus belle des devises :
Liberté égalité, fraternité. La bataille européenne, c’est la bataille pour savoir si la politique sert encore à quelque
chose. » (Cécile Duflot)
3
Elections européennes
PREMIERES REFLEXIONS SUR
LE VOTE FN EN FRANCHE-COMTÉ
Les médias n'hésitent pas à utiliser les mots les
plus forts pour décrire les résultats des Européennes : raz-
de-marée, coup de grisou, tsunami, séisme… Mais pour
commencer, sans nier la gravité de la situation, commen-
çons par relativiser un peu. Le FN totalise 4,71 millions de
voix aux Européennes. Ce n'est que 10,1 % des inscrits et
Marine Lepen avait fait plus, 6,4 millions de voix, à la Pré-
sidentielle de 2012. C'est l'énorme démobilisation des
électeurs de gauche et une assez bonne mobilisation de
l'électorat du FN qui explique en grande partie les résul-
tats.
Les bastions du vote FN
L'électorat résiste assez bien au vote FN à Besan-
çon (17,1 %), Pontarlier (20,4 %) ou Dole (22,8 %) et
même à Belfort (22,5 %) et Montbéliard (23,2 %), nette-
ment en dessous de la moyenne de la circonscription
Grand Est (29 %). Certaines petites villes font de même :
Maiche (18 %), Morteau (19,7 %), Ornans (20,5 %). Le FN
réalise ses meilleurs scores à Mathay (43,4 %), St-
Hippolyte (43,1 %), Trèvenans et Morvillars (43 %), Héri-
moncourt (40 %), Mandeure (38 %), Sochaux (36,9 %). À
noter : les scores particulièrement élevés dans les cantons
de Pont-de-Roide (39,7 %), St-Hippolyte (38 %),
Rougemont (37,2 %), Hérimoncourt (37 %).
Comment expliquer de tels résultats ? Il semble
que les endroits qui ont le mieux résisté sont les villes qui
ont une vie culturelle, qui offrent encore du lien social,
avec l'exemple typique de Besançon, par ailleurs ville uni-
versitaire. Les zones où le vote FN explose sont d'une part
les villes-dortoirs autour de Montbéliard (Mandeure, So-
chaux, Hérimoncourt), d'autre part les zones rurales éloi-
gnées des centres urbains, qui ont peut-être un sentiment
d'abandon, comme les cantons de Rougemont ou St-
Hippolyte.
Notons que les meilleurs scores de Sandrine Bé-
lier (EÉLV) sont plus ou moins corrélés avec les plus mau-
vais scores du FN (Besançon : 10,9 %, Pontarlier et Or-
nans : 8,4 % , au-dessus de la moyenne du Doubs de 7,1
%). Et pour nous remonter le moral, signalons le cas de
Nans-sous-Sainte-Anne (150 habitants), où Sandrine Bé-
lier arrive en tête avec 23,1 %, alors que le candidat FN
n'est qu'en troisième position, ex æquo avec celui du
Front de Gauche, à 12,2 %…
Sentiment de déclin et peur du déclassement
Dans son numéro de janvier 2014, Alternatives
Économiques consacrait 5 pages à l'analyse du vote FN.
Une des causes en est le sentiment de déclin : l'Europe
n'est plus le moteur de l'histoire, d'où une attitude de
repli identitaire et l'imputation de la responsabilité de la
situation à tous ceux « qui font partie du système ». Pas
étonnant que ça puisse fonctionner dans la région de
Montbéliard-Belfort, avec les situations économiques
critiques de PSA et d'Alstom.
L'autre raison évoquée est la peur du déclasse-
ment, qui est une réaction plus individuelle. « Ceux qui
votent FN sont ceux qui ont un petit patrimoine, possè-
dent leur logement, ont un statut » (1). Et les politiques
austéritaires, avec le chômage qui continue de progres-
ser, ont des effets délétères sur cette frange de l'électo-
rat populaire. Les plus pauvres, eux, ne votent plus…
Il y a évidemment une énorme escroquerie démo-
cratique dans le discours du FN qui prétend aujourd'hui
défendre les plus modestes alors qu'il soutenait, hier, la
logique ultralibérale. Mais les espoirs suscités par l'élec-
tion de François Hollande, les politiques économiques
menées en France et en Europe, s'alignant sur les inté-
rêts des marchés financiers et du grand patronat, ont
totalement désespéré l'électorat ouvrier et populaire.
Le discours démagogique et populiste du FN a fait le
reste.
Dans les mois à venir, nous allons avoir à rappeler
que le repli nationaliste n'est pas la solution, qu'il faut,
au contraire, développer des politique industrielles
communes pour la transition énergétique (cf Alstom) et
des solidarités au niveau européen. Par ailleurs, la dési-
gnation de boucs émissaires fait peser un danger mortel
pour la démocratie. Mais nous aurons du mal à inverser
la tendance si Hollande et son gouvernement s'entêtent
dans une politique économique désastreuse et injuste
qui ne règle ni la dette, ni les déficits, ni le chômage.
« S'il y a une chose criante, massive, qui ressort de ce
scrutin, c'est la demande désespérée de changement »,
ont déclaré Julien Bayou et Sandrine Rousseau, porte-
parole nationaux d'EELV…
EELV Franche-Comté
(1) Nonna Mayer, auteur de « Les effets politiques
de la crise : le vote des personnes pauvres et précaires
en 2012 ». Informations sociales n°180.
4
Rivières comtoises
APRÈS SAINT-HIPPOLYTE,
POURSUIVRE L'ACTION
La manifestation de Saint-Hippolyte, le 17 mai,
pour la sauvegarde des rivières comtoises a rassemblé
entre 1 500 et 2 000 personnes. Le matin a été consacré à
des conférences pour faire le point sur les éléments de ce
dossier, à la fois le diagnostic et les réponses à apporter. Il
faut dire que les catastrophes se succèdent sur nos ri-
vières : Loue en 2010, Doubs franco-suisse en 2011,
Bienne en 2012 et cette année le Dessoubre, le Cusancin
et de nouveau le Doubs.
Des airs de manif anti-canal…
Les plus anciens ont eu l'impression de se retrou-
ver 17 ans en arrière, comme à la grande manifestation
de Montbéliard, le 27 avril 1997, contre le canal à grand
gabarit. Une manifestation très colorée, familiale et bon
enfant, avec des airs de fête et périodiquement ponctuée
par la chanson de Pierre Perret : « Vert, je suis vert de
colère / Contre ces pauv' typ's qui bousillent la terre ».







Autre ressemblance avec les manifs anti-canal, la
présence, côte à côte, des pêcheurs, des associations de
protection de l'environnement, des commerçants, des
agriculteurs et des élus. On a eu affaire à une vraie mobili-
sation des Francs-Comtois sur ce dossier qui relève de
l'intérêt général : la préservation à long terme d'un élé-
ment de notre patrimoine naturel.
Enfin, les mili-
tants et les élus d'EÉLV
Franche-Comté ont été
très présents et très vi-
sibles dans le cortège en
prenant toute leur place,
mais sans excès ostenta-
toire. La présence, à côté
d'Éric Alauzet et de
Sandrine Bélier, de Dominique Voynet, ancienne mi-
nistre de l'Environnement du gouvernement Jospin, a
été particulièrement remarquée. Une façon aussi de
rappeler que mobilisation citoyenne et présence dans
les institutions ne sont pas contradictoires…

Un grand coup de chapeau aux associations
D'abord, il faut rendre hommage au collectif SOS
Loue et Rivières Comtoises, avec Marc Goux comme
cheville ouvrière. Le collectif a fait un gros travail d'ex-
pertise pour analyser les causes multiples de la dégra-
dation de l'état de santé des rivières : les pratiques agri-
coles, les déficiences en matière d'assainissement, les
micropolluants, le traitement des grumes en forêt, etc.
Il fait aussi des suggestions sur les mesures à prendre en
direction de la Préfecture, du Conseil Général et de la
Région




Le collectif Doubs-Dessoubre est né, à l'initiative de
Christian Triboulet, président de la Société de pêche
« La Franco-Suisse », à la suite des fortes mortalités de
truites et d'ombres, début janvier, dans le Dessoubre.
Son souci a été d'associer un maximum de personnes à
la prise de conscience de la gravité de la situation. Se
sont donc retrouvés, autour de la table, pêcheurs, agri-
culteurs, commerçants et restaurateurs, élus, etc. Et
malgré certaines « mauvaises pratiques » observées cet
hiver, comme le déversement de lisier sur la neige ou au
bord des rivières, il est très important d'éviter les géné-
ralisations et les stigmatisations à l'encontre des agricul-
teurs.
Au nom des ONG suisses, Lucienne Merguin-Rossé,
de Pro Natura, nous a rappelé que
« l'environnement transcende les frontières ». Les parti-
cipants ont apprécié les rappels de fond sur la nécessité
de revoir notre rapport à la nature et sur le fait que
l'eau est un élément fondamental de notre environne-
ment. Il est nécessaire de donner de la voix parce que
5

« les politiques répondent à ceux qui crient le plus fort ».
En même temps on ne doit pas tout attendre d'eux et
l'oratrice nous a invités aussi à « changer nos modes de
vie ».
Agir aux différents niveaux institutionnels
Des rencontres qui ont déjà eu lieu, des contacts
informels et des interventions de Saint-Hippolyte, il res-
sort qu'il y a urgence à agir. Ce qui est en jeu, ce sont
d'abord notre environnement et nos magnifiques ri-
vières. Mais aussi le potentiel touristique de la Franche-
Comté et la ressource en eau d'aujourd'hui et de de-
main. Les associations ont joué leur rôle de « lanceurs
d'alerte », d'aiguillon vis-à-vis des institutions. Tous les
responsables politiques semblent avoir compris mainte-
nant que des « mesurettes » n'y suffiront pas. Et il est
nécessaire d'agir à trois niveaux.
C'est aux niveaux départemental et régional que
sont traitées les questions agricoles et l'assainissement.
Et Claude Jeannerot, le président du Conseil général du
Doubs, a tenu à rappeler le travail qui avait déjà été fait,
dans le diagnostic scientifique, dans la mise en conformi-
té des systèmes d'assainissement et dans la mise aux
normes des bâtiments d'élevage. Le dialogue entre l'en-
semble des différents acteurs est donc indispensable.
Mais comme l'a dit Marie-Guite Dufay, « il faut bien re-
connaître que ce qui a été fait n'est pas forcément suffi-
sant ». Et les associations pointent deux difficultés : la
pratique du lisier, qui est trop facilement lessivable, et
les excédents structuraux d'effluents d'élevage, qui dé-
passent ce que la nature peut normalement traiter. D'où
la nécessité de « verdir » les aides agricoles pour favori-
ser des pratiques moins agressives sur l'environnement.
La fragilité particulière des régions karstiques est
aussi au cœur des réflexions : faible épaisseur des sols et
très grande perméabilité du calcaire. Martial Bourquin,
sénateur du Doubs, a récemment porté le débat au ni-
veau national en interpellant dans ce sens Ségolène
Royal, ministre de l'Écologie.
Il faut aller vers une réglementation plus restrictive des
zones karstiques en y interdisant l'emploi de certaines
substances comme le glyphosate ou en prohibant le
traitement des grumes en forêt par des insecticides.

Enfin, notre députée européenne préférée
Sandrine Bélier s'est engagée à porter aussi cette ques-
tion de la fragilité particulière des sols karstiques au
niveau européen.










Mais elle a surtout insisté sur la nécessité de
changer les critères d'attribution des aides de la PAC. La
politique européenne peut encourager les bons com-
portements. Elle a les moyens d' « accompagner les
agriculteurs qui optent pour un modèle plus respectueux
de l'environnement, pour une agriculture de proximité et
de qualité ». Laissons à Sandrine le mot de la fin : « Les
rivières franc-comtoises ont été et peuvent redevenir les
rivières les plus riches en matière de biodiversité, les
rivières les plus belles au niveau européen ». Et d'ajou-
ter : « Mais ce ne sera possible qu'avec un travail en
partenariat de l'ensemble des acteurs ».



Gérard Mamet
6
Politique industrielle
Les objectifs de la transition énergétique sont
clairement définis : réduire de manière drastique la con-
sommation d'énergie fossile - gaz, charbon, pétrole - par
un développement de l’efficacité énergétique à grande
échelle et des énergies renouvelables. Après Tchernobyl
et Fukushima, inutile de s'entêter dans la poursuite de la
filière nucléaire comme le préconise notamment le séna-
teur du Territoire-de-Belfort, Jean-Pierre Chevènement.
En effet, à cause des préoccupations justifiées de sécurité,
mais aussi parce que la gestion des déchets et le déman-
tèlement des centrales atteignent des coûts vertigineux -
chiffrés aujourd’hui par la Cour des Comptes à 300 mil-
liards d’euros -, l'énergie nucléaire n'a pas d'avenir.
L’effondrement du marché
de la construction nucléaire
le démontre chaque jour
davantage. Le dossier
Alstom aura également
servi à mettre en évidence
la situation financière ca-
tastrophique d’Areva.
Quant à la sacrosainte indé-
pendance énergétique qui
serait assurée par notre
production énergétique
nucléaire, inutile de rappe-
ler que les stocks d’ura-
nium, exploités notamment
au Niger dans les conditions sociales et environnemen-
tales que nous connaissons, s’épuisent rapidement, les
mines d’uranium françaises ayant été totalement exploi-
tées par ailleurs. Alstom a donc intérêt à la reconversion
urgente de ce secteur.
L’État doit entrer au capital pour garantir le
maintien des trois branches du groupe et des parte-
nariats industriels
Après le sauvetage de 800 millions du groupe
Alstom en 2004 par l’État français, ce sont aujourd’hui
2 milliards qui manquent au groupe pour poursuivre l’en-
semble de ses activités Transport, Énergie et GRID
(transport et distribution d’énergie). Le rachat par GE ou
Siemens des 29 % de parts détenues par le principal ac-
tionnaire, Bouygues, s’apparenterait à une prise de con-
trôle pure et simple du groupe. L’État se doit d’intervenir
dans les négociations en cours en entrant au capital
par le rachat des parts de Bouygues pour aboutir à un
accord industriel pluripartite qui garantisse le main-
tien des trois branches du groupe et des sites de pro-
duction en France.
Être extrêmement attentif aux préconisations
des salariés du groupe et de leurs représentants de-
vrait être une ligne de conduite du gouvernement.
Nous mesurons à quel point il est urgent qu’une véri-
table culture démocratique et de négociation se dé-
veloppe dans les entreprises françaises. Il est inad-
missible en effet que les salariés et leurs représen-
tants obtiennent par voie de presse des informations
sur la santé et la stra-
tégie économique et
industrielle du
groupe !
Par ailleurs, pas
moins de 150 millions
d’euros ont été inves-
tis par les collectivités
locales du Territoire-
de-Belfort pour l’at-
tractivité et le main-
tien des activités
d’Alstom et GE… Des
décisions unilatérales
ne sauraient être
prises dans ce cadre.
Accompagner ce sauvetage par des poli-
tiques publiques et partenariales dans les sec-
teurs d'avenir
Seul l’État peut être garant d'un accord indus-
triel gagnant-gagnant dans le cadre d’une réorienta-
tion de la politique industrielle du groupe vers des
secteurs d’avenir, tant dans le domaine de la produc-
tion d’énergie éolienne que du transport et de la dis-
tribution d’énergie. Alstom a déjà investi dans ces
secteurs d’avenir, il s’agit maintenant de démultiplier
ses capacités de production par un soutien volonta-
riste de l’État s’appuyant sur une politique de Re-
cherche et Développement à l’échelle européenne,
mais aussi par des investissements. Et aussi par le
développement des partenariats et synergies avec
L'AVENIR D'ALSTOM
EST DANS LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

7
d’autres groupes industriels, notamment tels que GE ou
Siemens.
En effet, l’État peut intervenir dans le domaine de
la politique industrielle des transports par la relance
d’une politique ferroviaire :
- ferroutage, porteur d’opportunités industrielles
dans la fabrication de trains de marchandises,
- développement des liaisons intra- et interur-
baines (trams et trains intra- et interrégionaux).


Si l’État veut pouvoir intervenir, il ne peut se con-
tenter, comme Nicolas Sarkozy l’a fait en 2004, de ren-
trer à nouveau dans le capital du groupe. Il devra aussi
mener des politiques complémentaires de transition
industrielle et énergétique, seules capables de préserver
les intérêts français, européens et mondiaux d’un fleu-
ron de l’industrie française comme Alstom, tout en
maintenant les secteurs d’activité de GE sur son sol, et
favoriser l’implantation d’autres investisseurs. Enfin, il
est temps que la France impulse avec ses partenaires
européens, notamment l’Allemagne, des politiques de
transition énergétique et de transport à l’échelle euro-
péenne.

Eva Pedrocchi
Conseillère municipale
à Belfort
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8
Le 4 décembre 2013, la France est en passe de
devenir abolitionniste en adoptant le projet de loi sur la
pénalisation des clients des prostitué-e-s ; les écologistes
se prononcent alors contre cette loi.
Le 11 mars 2014, le Parlement européen a eu à
se prononcer sur le rapport Zuber concernant l'égalité
hommes-femmes dans l'UE, proposé par Inès Cristina
Zuber. Ce texte a été rejeté par 298 voix contre, 289 voix
pour et 87 abstentions ; l'abstention d'une moitié des
eurodéputés écologistes, 26 en l'occurrence (contre 25
qui ont voté pour, le vote des écologistes français se ré-
partissant entre 7 pour, 7 abstentions et 2 absents) a pesé
lourd dans ce rejet et a montré que la question de la
prostitution divisait au sein même des écologistes.
Comment un parti a priori féministe, progres-
siste, défendant les droits humains, peut-il avoir une posi-
tion autre qu'abolitionniste par rapport à la prostitution
et ne pas reconnaître celle-ci comme une violence faite
aux femmes et comme une atteinte à la dignité hu-
maine ?
Ne pas reconnaître la prostitution comme
une violence physique, psychologique, sociale et
sexuelle (1) :
- c'est être complice d'un système de domination
masculine sur le corps des femmes : 99 % des clients sont
des hommes, 90 % des personnes prostituées sont des
femmes (2) ;
- c'est participer au système patriarcal des proxé-
nètes, des clients qui continuent, en toute impunité, à
perpétrer des viols rémunérés ;
- c'est admettre que l'homme soit par nature
dominant, violent, pulsionnel, avec des besoins irrépres-
sibles, et que la prostitution soit vue comme un mal né-
cessaire, au même titre que « les égouts, les voiries et les
dépôts d'immondices » (3) ;
- c'est accepter que des êtres humains soient
donnés en sacrifice pour la paix de la société ;
- c'est participer aux inégalités hommes-femmes
et accepter la marchandisation des personnes et du
corps des femmes (aux Pays-Bas, elles sont mises en vi-
trine au même titre qu'une paire de chaussures ou un
sac à main ; et mieux que la paire de chaussures qui ne
se vend qu'une seule fois, le corps des femmes se vend
plusieurs fois !) ;
- c'est nier l'exploitation et les violences qu'elles
subissent - viols, coups et blessures : le taux de mortalité
est quarante fois plus élevé que la moyenne nationale
(4) ; elles représentent le groupe de femmes les plus vio-
lées de l'histoire de l'humanité (5) - ;
- c'est ne pas reconnaître les prostitué-e-s
comme victimes ;
- c'est nier les psychotraumatismes engendrés
par la prostitution et par les violences subies, qui ont un
impact sur leur santé, et notamment leur santé mentale :
dépression, perte de repères, traumatismes psychiques,
décorporalisation, addictions, conduites à risque, etc.
(6) ;
- c'est nier que 80 % des femmes qui entrent
dans le système prostitueur ont subi viols et agressions
sexuelles dans l'enfance, à l'adolescence ou jeune adulte
(7) ; la dévalorisation, la haine du corps et la culpabilisa-
tion mènent à ce système autodestructeur qu'est la pros-
titution ; humiliées, rabaissées, détruites, elles sont reje-
tées en marge de la société et niées dans leur humanité.
Alors comment EÉLV peut-il nier cette vio-
lence et, par l'abstention, ne pas faire progresser la ques-
tion du droit des femmes et l'égalité hommes-femmes ?
Parlement européen : une abstention incompréhensible
VIOLENCE ET PROSTITUTION

9
Nous avons, en Europe, deux systèmes oppo-
sés : le réglementarisme aux Pays-Bas et l'abolitionnisme
en Suède , qui nous permettent de comparer les effets de
ces deux systèmes.
Aux Pays-Bas, les lois réglementaristes ont visé à
reconnaître la prostitution comme un métier et les proxé-
nètes sont devenus des « chefs d'entreprise » ; la dépéna-
lisation des proxénètes a fait exploser la prostitution et la
traite des êtres humains, notamment des femmes adultes
mais aussi des mineurs. Les Pays-Bas sont devenus le pre-
mier pays en matière de tourisme sexuel en Europe.







Sous couvert de principes libertaires, la motivation
réglementariste est devenue lucrative : elle rapporte
chaque année un milliard d'euros à l'État ; le nombre de
personnes prostituées a littéralement explosé ; quant aux
supposés droits qu'acquerraient les personnes prosti-
tuées, c'est un leurre : stigmatisées socialement, elles
renoncent à leurs droits .
L'organisation des Droits de l'Enfant à Amsterdam
estime qu'il y a aujourd'hui plus de 15 000 enfants, en
majorité des filles, victimes de la prostitution, soit une
augmentation de 11 000 depuis 1996 ; 5 000 d'entre eux
proviendraient de l'étranger, notamment du Nigeria.
Par ailleurs, la libéralisation (sur le modèle capita-
liste) de la prostitution s'est accompagnée d'une augmen-
tation des violences sexuelles, et notamment des viols : ce
que l'on peut acheter, on peut le voler.
L'actuel ministre des Affaires sociales et ex-maire
adjoint d'Amsterdam, Lodewijk Asscher, a déclaré que la
dépénalisation du proxénétisme était une « erreur natio-
nale », que le gouvernement avait été « gravement naïf »
et a préconisé le modèle suédois.
Justement, allons voir du côté de la Suède ce qu'il
en est de la prostitution.
La Suède est un pays abolitionniste depuis 1999 ;
il reconnaît la prostitution comme une violence ; il inter-
dit l'achat et non la vente d'un acte sexuel ; la loi aboli-
tionniste prévoit la pénalisation des clients.
Une étude menée par le ministère de la justice
en juillet 2010, à la demande du gouvernement,
montre que cette loi a permis des avancées significa-
tives :
- recul de la prostitution,
- recul de la traite à des fins de prostitution,
- assèchement de la demande,
- évolution des mentalités.
Selon les services de police criminelle suédoise,
en s'attaquant aux clients, la loi abolitionniste a décou-
ragé les réseaux mafieux de s'implanter et de se déve-
lopper dans le pays ; cet effet dissuasif a été vérifié par
les écoutes policières soulignant le manque de
« rentabilité » de l'investissement proxénète ; les trafi-
quants et les proxénètes n'aiment pas la Suède et ten-
tent de l'éviter.
La prostitution de rue a diminué de moitié ;
quant aux réseaux sociaux et à internet, ils n'ont pas
montré une explosion de la prostitution « cachée » ; la
prostitution nécessite toujours une forme de
« publicité » vis-à-vis des clients, elle ne peut jamais
être totalement clandestine ; et ce n'est pas un pro-
blème pour la police de pister des clients sur internet.
L' interpellation d'un client a un triple effet :
l'amende qu'il reçoit (qu'il s'empresse de payer
afin de ne pas recevoir à son domicile une convocation
au tribunal) décourage la demande ;
les personnes prostituées ont un accès automa-
tique à des associations qui peuvent les conseiller et les
aider (il s'agit souvent de personnes étrangères et iso-
lées, qui ne connaissent pas leurs droits et l'interdiction
de l'achat d'acte sexuel dans ce pays) et ont plus facile-
ment recours à la police, considérée comme une alliée ;
il est plus facile de remonter au proxénète et de
l'arrêter.
La loi suédoise a permis aussi de faire évoluer les
mentalités : lors de l'adoption de la loi, la majorité de la
population était opposée à l'interdiction d'achat d'acte
sexuel ; dix ans plus tard, trois sondages ont montré
que plus de 70 % de la population soutiennent la loi. Il
est à noter que les jeunes y adhèrent dans des propor-
tions importantes.
Il n'y aucun doute permis : le modèle aboli-
tionniste est une avancée vers plus d'humanité pour
les personnes prostituées, là où la réglementation est
un cercle infernal qui créé un marché, stimule la de-
mande et engendre de plus en plus de violence.
10
Tant que les femmes seront susceptibles d'être
achetées, toutes les femmes le seront symboliquement et
l'égalité hommes-femmes restera un mot vide. La prostitu-
tion est une violence qui pèse sur toutes les femmes ; tant
qu'elle existera, il n'y aura ni droits, ni égalité entre les
sexes, ni véritable liberté sexuelle. La seule liberté sexuelle,
dans la prostitution, est celle du client qui impose, qui
choisit, et qui prend plaisir : une sexualité de maître à es-
clave.
Où sont le consentement, la réciprocité du désir et
du plaisir dans ces conditions ? Dans quelle humanité vou-
lons-nous vivre ?

Corinne Guyonnet
Berthet-Tissot
(1) Le Comité de lecture de La Feuille Verte
tient à préciser qu'il ne reprend pas à son compte
toutes les affirmations contenues dans cet article, pré-
senté par son auteur comme « à la fois un coup de
gueule et une réflexion argumentée […], l'objectif
étant d'ouvrir la réflexion et le débat d'idées ». En
particulier, il ne cautionne évidemment pas l'idée (que
l'auteur a le droit de défendre si tel est son point de
vue) selon laquelle EÉLV ne reconnaîtrait pas « la pros-
titution comme une violence ».
(2) Osez le féminisme : Prostitution, 10 bonnes
raisons d'être abolitionniste, 2012
(3) Parent-Duchâtelet, 1836 : « Les prostituées
sont aussi inévitables, dans une agglomération
d'hommes, que les égouts, les voiries et les dépôts
d'immondices … elles contribuent au maintien de
l'ordre et de la tranquilité de la société. »
(4) Special Committee on Pornography and
Prostitution : Pornography and prostitution in Canada,
1985.
(5) Hunter et Reed, 1991.
(6) Salmona Muriel : Prostitution : mobilisons-
nous pour une loi d'abolition ! - 2013
(7) Elisabeth Coquart et Philippe Huet, 2000.
Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine

11
En janvier 2013, deux éminents économistes de
Harvard présentent le résultat de leur recherche sur le lien
entre dette publique et croissance économique. Pour eux,
dès que la dette dépasse 90 % du PIB, la croissance chute
brutalement, passant de 3 % à – 0,1 %. Ils prétendent avoir
mis un évidence un effet de seuil.
Fort impact sur les décideurs politiques
Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont analysé les
chiffres de la croissance économique et de la dette dans
une quarantaine de pays et sur une période de 64 ans (1). À
partir des données, ils ont déduit ce seuil des 90 %. Leur
étude est publiée dans l'American Economic Review en jan-
vier 2013. Les « libéraux » européens s'en emparent aussi-
tôt et en profitent pour justifier les politiques d'austérité.







Dès le 13 février 2013, le commissaire européen
Olli Rehn envoie une lettre à tous les gouvernements :
« Après la crise, la dette publique dans l'Union européenne
est passée de 60 à 90 % du PIB. Et il est largement admis,
suite à des études sérieuses, que lorsque le niveau de la
dette dépasse 90 %, il tend à exercer un impact négatif sur
les dynamiques économiques, ce qui se traduit par une
faible croissance pendant plusieurs années. »
Un étudiant révèle l'erreur de calcul
Cette idée de seuil a paru bizarre à d'autres cher-
cheurs, qui ont soupçonné un problème d'échantillonnage.
Un étudiant en économie, Thomas Herndon, parvient à
convaincre les deux auteurs de lui communiquer les don-
nées brutes. Il refait les calculs et met en évidence des
erreurs et des choix très discutables. Une fois les erreurs
corrigées, quand on passe le seuil des 90 %, la croissance
ne passe plus de 3 % à – 0,1 %, mais de 3 % à 2,2 %, écart
peu significatif. Un simple étudiant a donc pu démontrer
que l'effet de seuil n'existe pas…
Sans entrer dans les détails un peu fastidieux
des calculs, il y a eu trois séries d'erreurs. La première
paraît énorme : un tableau Excel a effacé les 5 premiers
pays dans l'ordre alphabétique : Australie, Autriche, Bel-
gique, Canada et Danemark. La deuxième tient aux
choix faits pour calculer les moyennes. En troisième lieu,
les deux auteurs ont éliminé systématiquement les va-
leurs qui contredisaient leur message.










On peut s'étonner du peu de sérieux de telles
publications de la part d'économistes réputés. Il n'y a
peut-être pas eu de fraude délibérée puisque les au-
teurs ont finalement consenti à envoyer leurs données.
En fait, ils ont choisi les données et les ont traitées en
fonction de leurs préjugés d'économistes libéraux. Le
problème est que, malgré ces erreurs élémentaires, les
deux économistes en question poursuivent une brillante
carrière et continuent de faire des conférences sur…
l'austérité ! Même quand on utilise les mathématiques,
les études et les théories économiques sont bourrées
d'idéologie.


Gérard Mamet





(1) Dette publique et croissance : des erreurs
bien choisies. (La Recherche n° 487, mai 2014, pp. 64-
67)
Dette publique
EN ÉCONOMIE, IL FAUT SE MÉFIER
DES MODÈLES MATHÉMATIQUES
12
Pour son numéro 12, la revue annuelle (et franc-
comtoise) de randonnée En Vadrouille a choisi de mar-
cher sur les pas « des femmes qui ont compté dans la
région ». Les amateurs de marche à thème en Franche-
Comté vont pouvoir se déplacer dans le temps et l'es-
pace, du Moyen-Age au vingtième siècle et de la Suisse
neuchâtelloise aux Rousses et à la limite des Vosges.
On y découvre des pionnières comme Lucy
Peugeot, qui fonda la Croix Bleue à Valentigney pour lut-
ter contre l'alcoolisme, Suzanne Melk, une des premières
femmes à voler en planeur, Agathe Coutemoine, une des
rares femmes photographes de la Troisième République,
ou Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France
en 1861.
Il y a aussi les femmes de pouvoir, comme
Mahaut d'Artois, qui a régné sur la Franche-Comté et
l'Artois, Henriette d'Orbe-Montfaucon, la « bonne com-
tesse » de Montbéliard, ou Philiberte de Luxembourg, qui
administra la Comté avec vigueur et intelligence au début
du seizième siècle.
On retrouve des femmes célèbres, comme
Colette, qui a écrit deux de ses livres aux Montboucons,
ou moins connues, comme Victoria Cordier, résistante,
qui aida les Juifs à passer en Suisse. Un mention spéciale
pour Denise Lorach, ancienne déportée avec son fils à
Bergen-Belsen : c'est à elle que nous devons le musée de
la Résistance de la Citadelle de Besançon.
Sylvie Debras, l'auteur du guide de randonnée,
intitule son éditorial « En chemin pour l'égalité », en pré-
cisant que ledit chemin est « long, escarpé, accidenté »,
un peu comme les sentiers de randonnée… En lisant ce
numéro, vous découvrirez bien d'autres femmes de pou-
voir, d'affaires, de cœur, de combat et de talent. « De
beaux arbres qui cachent la forêt des inégalités persis-
tantes, en 2014 » (1).


Gérard Mamet

(1) En Vadrouille n° 12, 130 pages, en vente en
librairie (6,90 €).
Victoria Cordier
MVictoria Cordier
ahaut d’ArtoisVictoria Cordier
Une revue comtoise
EN VADROUILLE SUR LA TERRE DES
FEMMMES
Mahaut d’Artois
Colette
Denise Lorach
Victoria Cordier
13
La revue en ligne Terra Eco parue dans la semaine
du 12 au 18 mai relaie l’inquiétude de l'ONG Générations
futures, qui a constaté la présence d'un insecticide dans
les cheveux des enfants.
Nous sommes exposés à des « cocktails de
pesticides ».
Telle est la conclusion de l’étude menée par Géné-
rations futures auprès de 30 enfants, et dont la publica-
tion le 29 avril a fait grand bruit. Dans le détail, un point
surprend. L’insecticide qu’on retrouve le plus dans les
cheveux des enfants n’est plus présent dans les champs
français depuis neuf ans : le Fipronil, soupçonné de con-
tribuer au déclin des abeilles, a été interdit d’usage agri-
cole en France en 2005, puis en Europe en juillet dernier.
Comment diable ce produit banni peut-il se retrou-
ver dans la tignasse de nos bambins ? C'est tout simple-
ment qu’il reste autorisé dans nos foyers ! On le retrouve
dans le Frontline, ce produit vétérinaire destiné à débar-
rasser les chiens et chats de leurs puces et de leurs
tiques. Les produits antipuces classiques sont dangereux
pour la santé de nos animaux, et plus particulièrement
pour le chat qui y est beaucoup plus sensible que le
chien. Ils sont aussi délétères pour la santé de l’homme.
L’animal se lèche, l’homme ou l’enfant le caresse et porte
parfois les mains à la bouche. Ces produits, qui contien-
nent des organophosphates comme le diazinon et le
chlorpyrifos, des carbamates, des organochlorés comme
le dichlorophène et le DDT, polluent aussi l’environne-
ment.











Le Fipronil est une molécule très toxique du Ré-
gent (produit par BASF et encore utilisé sous peu en agri-
culture avec le Gaucho pour la culture du mais et du tour-
nesol). «Il y a une présence faible mais constante de
Fipronil dans les cheveux de tous les enfants, explique
François Veillerette, porte-parole de l’ONG. Mais cette
présence atteint des niveaux très élevés dans les foyers
où il y a des animaux de compagnie. » Son association
accuse le Frontline d'« intoxiquer toute la famille ».
Un perturbateur endocrinien
Depuis 2005, le Fipronil est suspecté d’être un
perturbateur endocrinien, c’est-à-dire de modifier le
fonctionnement des hormones, ce qui peut potentielle-
ment entraîner des problèmes de reproduction, voire
des cancers. Une accusation que réfute Jean-Marc Petat,
le directeur développement durable de BASF, la multina-
tionale qui produit le Fipronil. « On oublie que ces pro-
duits [les pesticides] sont parmi les plus contrôlés au
monde. S’ils n’étaient pas irréprochables, ils ne passe-
raient pas les procédures d’homologation », assure-t-il.
Pourtant, en 2012, une étude de l’Institut national des
Sciences appliquées de Toulouse a mis en évidence le
lien entre une exposition au Fipronil et une altération du
fonctionnement de la thyroïde chez le rat.
Interrogé sur les dangers potentiels de son pro-
duit, le groupe Merial, qui fabrique le Frontline avec le
Fipronil produit par BASF, « n’a pas jugé prioritaire » de
répondre. Mais, dans ses notices, il invite les utilisateurs
à « ne pas autoriser les enfants à jouer avec les animaux
traités ». Par précaution, il est conseillé tout bonnement
de s’en passer car tous les antiparasitaires sont des neu-
rotoxiques, et tous présentent un risque pour la santé.
Attention aux huiles essentielles : à la goutte
près !
Les puces, comme la plupart des parasites et in-
sectes, détestent l’odeur de certaines plantes. Aussi est-
il préconisé d’utiliser des produits à base d’huiles essen-
tielles. Mais là aussi, des précautions sont à prendre,
notamment si vous avez un chat.
Mal dosées, les huiles essentielles deviennent un
poison pour votre chat. Elles attaquent le foie et peu-
vent entraîner la mort. La plupart d’entre elles peuvent
le tuer. Pourquoi ? Sa peau est très fine et absorbe beau-
coup plus les huiles essentielles, comme une éponge : il
lui manque une enzyme au nom barbare, la glucuronyl
transférase. Celle-ci rend les éléments toxiques solubles
et permet au corps de les éliminer grâce à l’urine. Consé-
quence : le chat n’élimine que 3 % des toxicités, contrai-
Insecticides
GARE AU MINET TOXIQUE !
rement au chien et à l’homme qui en éliminent 50 à 60
% ! Il vaut donc mieux utiliser les produits déjà tout
prêts, comme les hydrolats (1).
Des produits et traitements naturels :
Il est possible de fabriquer soi-même certains
traitements, tout en respectant scrupuleusement les
dosages. Sinon, la plupart des produits sont en vente
dans les magasins bio ou sur Internet.
- Le collier aux huiles essentielles : le
collier insectifuge aux extraits natu-
rels de margosa (ou neem en anglais)
est conçu pour repousser les in-
sectes.

- Les pipettes aux huiles
essentielles naturelles : aux ex-
traits naturels d´huiles de neem,
de girofle et citronnelle ; ces
plantes sont connues pour leurs
pouvoirs répulsifs.
- Le peigne antipuce : Il
est principalement utili-
sé chez les chiots, les
chatons et les lapins, par
qui les autres produits
peuvent être mal tolé-
rés. Il permet de décol-
ler et déloger naturellement les puces des poils de
votre animal.
- Le traitement de son environnement : dans
un vaporisateur rempli de 200 ml d’eau de source, on
ajoute :
- 4 cuillères à soupe de vinaigre de cidre ou de
lavande,
- 10 gouttes d’huile essentielle naturelle de
menthe (évitez la menthe poivrée que les chats détes-
teront),
5 gouttes d’huile essentielle de lavande, si vous
avez utilisé du vinaigre de cidre, - 5 gouttes d’huiles
essentielles d’eucalyptus si vous avez utilisé du vinaigre
de lavande. Pulvérisez la couche de votre animal, cana-
pé et coussins.
Maintenant vous ne pouvez plus laisser plus
votre chat vous intoxiquer et s’empoisonner. Vous dis-
posez des éléments nécessaires pour faire face à la si-
tuation.

Suzy Antoine


(1)L'hydrolat est obtenu lors de la distillation, à
la vapeur d'eau, d'une plante aromatique en vue d'obte-
nir une huile essentielle. La vapeur entraîne les molé-
cules aromatiques dans l'alambic. Cette vapeur se re-
froidit et redevient liquide, se séparant de l'huile essen-
tielle. L’eau obtenue est un hydrolat et garde en elle les
molécules solubles de l'huile essentielle.
14
Vous reprendrez bien un peu de Charlie Hebdo ...
Seconde partie d’une complainte malheureuse-
ment trop longue (1) ; mais il y a tant à dire en ces temps
de crise, avec un système devenu obsolète qui laisse sur
le carreau tant de gens qui n’aspiraient qu’à un bon job,
une belle famille, un bon toit et des vacances sympas.
Et pendant que les actifs pensent à faire radier les
privés d’emploi, que Gattaz souhaite encore baisser le
niveau des rémunérations, les précaires n’arrêtent pas de
se plaindre.









Célèbre un jour, SDF demain
La précarité n’est pas une maladie et elle n’est
pas sélective. La précarité, tout le monde peut s'y trouver
confronté et si on peut voir des personnes célèbres et
riches devenir pauvres, l’inverse relèverait du miracle. La
précarité, tu tombes vite dedans. Tellement vite qu’il y a
aujourd’hui 3,6 millions de SDF en France, dont beaucoup
bossent pourtant. 50 % d’augmentation en 10 ans, 4
femmes sur 10 SDF. La précarité, quand elle te rattrape,
c'est comme un ascenseur : descente directe, sans pa-
liers, du 19e étage au sous-sol (avec un peu de chance)
ou au 36e sous-sol si ton passé d’actif est inférieur à 610
heures de travail dans les 28 derniers mois avant inscrip-
tion (Cf. conditions pour obtenir des allocations chômage
pendant 24 mois maximum).
Mais la précarité n’est pas seulement liée à la
perte d’emploi : c’est aussi la conséquence d’un emploi
mal payé, de la perte d’un enfant suivi d’un infarctus suivi
d’un divorce suivi d’un liquidation judiciaire, d’un veu-
vage, d’une séparation, de la radiation du statut d’auto-
entrepreneur, d’une maladie ou d’un employeur qui te
vire et qui ne transmet pas l’attestation d’emploi te per-
mettant de percevoir une indemnité chômage…
Les bons penseurs qui nous gouvernent
Ils peuvent toujours tenir un beau discours social,
faire preuve de compassion, mais avec des indemnités
parlementaires qui frôlent l’indécence, ils ne connaissent
pas l’anxiété permanente qu'engendre le « vivre au quo-
tidien » avec 484 euros de minimum social - RSA ou ASS
(2). Ils ne peuvent pas imaginer non plus l’anxiété per-
manente devant le temps qui passe sans emploi, sans
perspective de guérison pour les malades, avec des aides
qui diminuent et l’horizon d’un avenir serein qui rétré-
cit, d’un cauchemar - dormir dans la rue ou, au mieux,
retourner vivre chez ses parents - qui hante de plus en
plus les nuits ; sans parler du cauchemar de se faire tuer
quand on y est déjà, dans la rue...
Mais eux, ils ont un avenir assuré, ils sauront évi-
ter le pire; et puis ça n’arrive qu’aux autres de devenir
pauvre.
Misère, misère ! Arrêtez de vous plaindre !
La misère, déjà que tu dois la subir au quotidien,
déjà que tu essaies de ne pas atteindre le 36e sous-sol,
tu dois en plus te farcir le con qui va venir te donner des
leçons de vie ou de gestion, des leçons d’éducation. Au
mieux, tu vas espérer qu’il tourne la tête, des fois que tu
lui évoques un épisode de vie qu’il pourrait avoir à vivre
dans un futur proche.
Lors d’une discussion banale sur la précarité, quel-
qu'un m’a dit un jour : « Les personnes en difficulté s’iso-
lent. Elles ne devraient pas. » Bonne réflexion, mais je
me demande si ce n’est pas la société qui condamne les
« précaires » à l’isolement.
- L’isolement parce que « le précaire » ne peut
plus partager les mêmes conversations que « l’actif ».
- L’isolement parce que ce que dit « le précaire »
n'est pas intéressant, et tout le monde a ses petits
15
Chômage, RSA, précarité...
LA COMPLAINTE DU PRÉCAIRE
Ce texte est un billet d'humeur, tiré d'expériences personnelles, dont la mienne puisque je suis à même de
côtoyer des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Les témoignages sont issus de mes rencontres au
niveau syndical (accompagnement et soutenance de dossiers en conseil de prud'hommes, accueil lors de perma-
nences juridiques), d'un militantisme associatif de tout poil et de discussions en tout genre.
Dessins publiés avec l’aimable
autorisation de Charlie Hebdo
16
problèmes.
- L’isolement parce que, dans certains centres hos-
pitaliers, les rendez-vous pour les bénéficiaires de la CMU,
c’est le mardi et le jeudi : les gueux avec les gueux !
- L’isolement parce qu'avec 484 euros par mois
d’indemnités pour une personne seule, tu ne peux déjà
plus faire tes courses chez Biocoop, alors te payer une
sortie culturelle avec des potes, tu peux toujours rêver...
et trouver une sortie « sans le sous » entre précaires,
comme ça les « autres » ne se sentent pas toujours obli-
gés de te payer une bière.
- L’isolement parce que le train qui te permet de
t’offrir une balade n'est pas dans tes cordes, même si le
conseil régional offre le TER à 25 % du tarif, au cas où te
prendrait l’envie de partir en vacances en Franche-Comté,
ou tout simplement de faire les soldes (enfin, s'il te reste
des sous).
- L’isolement parce que de toute façon, on ne
t’écoutera plus. La parole du précaire ne vaut plus rien.
L’aide sociale : le quotidien du précaire
Une personne un jour m’a dit : « Avant, j’étais ges-
tionnaire. Par déformation professionnelle, je gérais mon
budget familial comme celui d'une entreprise. Aujourd’hui,
je n’arrive pas à établir mon budget plus d’un mois
d’avance. Je ne sais pas de quoi sera fait mon lendemain.
Je prie pour ne pas avoir la surprise du chef, du genre la
grosse panne automobile qui me flinguera mon budget
pour 6 mois. C’est très anxiogène de ne pas savoir de com-
bien je pourrai bénéficier pour, au minimum, payer mes
factures et me nourrir, de penser ne plus avoir de voiture.
Comment trouver un emploi sans voiture ? »






Une autre encore : « Pendant des mois, j’ai perçu
l’ARE (3)... Depuis quelques mois, je vis avec 484 euros
(ASS). J’ai contacté différents services de la CAF, du Conseil
général, du CCAS, de la Sécurité sociale. Trop riche il y a un
an pour obtenir la CMU, trop riche il y a trois mois pour
obtenir le RSA (j’ai un enfant de 18 ans à charge, qui ne
travaille pas, qui n’est plus scolarisé). Certes, avec l’ASS, je
pourrais bénéficier d’une réduction sur mon abonnement
téléphonique (bonheur), mais à condition de ne pas avoir
internet (malheur). Qui ne l’a pas aujourd’hui ? Je peux
aussi bénéficier du tarif social à l’énergie (bonheur), mais
je suis chauffé à l’électricité et la note est salée l’hiver
(malheur) : 10 euros de remise sur une facture de
200 euros. Si j’ai un problème pour payer mes factures,
je dois prendre rendez-vous avec une assistante so-
ciale : 15 jours d’attente, et 15 jours supplémentaires
pour obtenir une réponse positive ou non pour une
aide alimentaire, une aide sur la facture énergétique.
Pendant ce temps, je fais ceinture.»
Et ce témoignage d’une mère de famille : « Ne
pouvant obtenir de réponse rapidement, j’ai paniqué.
J’ai donc dû voler de la nourriture. Je me suis fait attra-
per, mais j’ai deux enfants. Je n’avais jamais fait cela.
15 jours après, j’obtenais de l’aide alimentaire, mais en
attendant, qu’est-ce que je pouvais faire ? »






Et que dire de cette personne de 64 ans, seule,
obligée de faire des travaux ménagers chez des parti-
culiers, de-ci, de-là, pour pouvoir vivre ? Un de ses
« particuliers employeurs » ne lui transmet pas son
attestation UNEDIC après rupture de contrat. « Je suis
allée deux fois à Pôle emploi pour savoir ce que je pou-
vais faire, me dit-elle. Je n’ai jamais été reçue ni écou-
tée par un conseiller. Au « comptoir » (c’est l’accueil),
une personne m’a même dit qu’à 64 ans je n’avais plus
à travailler. »
Pourtant Pôle emploi se doit de demander les
attestations aux employeurs sous peine de sanctions :
il en a le temps et des salariés pour le faire ; mais non,
c’est à la personne en difficulté de faire les démarches
(comme d’habitude). Et en attendant, le temps
passe... et il faut attendre des semaines et une procé-
dure au tribunal des prud’hommes pour que
« mamie » obtienne ses papiers et indemnités.
Des exemples comme ça, j’en fournirais à la
pelle... Il y en a aussi ceux qui voient leurs allocations
amputées régulièrement sans qu’un conseiller CAF
puisse leur expliquer pourquoi, ou alors c'est parce
qu'ils ont trouvé 15 heures de travail dans le mois...
Il y a moins grave, mais il y a pire aussi : des gens
s’immolent chez Pôle emploi, à la CAF, tellement la
détresse causée par l’inertie de notre système d’aide
les plonge dans un gouffre sans fin.
Aide sociale : mythe ou réalité ?
L’aide sociale est-elle encore adaptée à notre
système, à ce que vit notre société aujourd’hui, pour
ce qui est de l’aide d’urgence ? L’urgence, ce n’est pas
donner des aides en fonction des revenus perçus l’année
précédente, c’est tout de suite. Ce n’est pas laisser la
personne bénéficier de la CMU alors qu’elle a retrouvé
un emploi à temps plein, super bien payé (on peut rêver
un peu). L’urgence, c’est aussi donner la capacité aux
personnes d’avoir une aide alimentaire sans attendre un
rendez-vous à 15 jours (quand il ne faut pas revenir plu-
sieurs fois car on ne trouve pas la personne chargée des
rendez-vous) ni l’attente de la rencontre d’une commis-
sion décisionnaire .
Une chose est certaine : le précaire, il faut
arrêter de lui taper dessus !
Alors que la situation est déjà critique, Manu ar-
rive au gouvernement et tous les précaires, ne lui disent
pas merci : la première chose qu’il invente, c’est de les
noyer en leur maintenant la tête sous l’eau. Oublié le
plan de taxation des plus riches, de ceux qui nous vomis-
sent leurs résultats d’exploitation outranciers, ceux qui
envoient leurs excédents dans les paradis fiscaux. Non,
Manu tape sur les citoyens en grande difficultéAu point où
on en est, je parierais qu’il a déjà un plan pour raser les
futurs bidonvilles que va créer son plan d’économies, mais
que va-t-il sortir comme mensonge pour justifier cette
action ? Les précaires sont-ils une race de gens transpor-
tant de sales maladies comme la mouise, la honte, portant
un gène inutile à la France et nuisant à l’image qu’elle doit
donner d'elle ?...

Estelle Chardon

(1) La première partie est
parue dans La Feuille Verte d'avril
(n° 195), sous le titre « La complainte du MEDEF ».
(2) Allocation de Solidarité spécifique
(3) Allocation d'Aide au Retour à l'Emploi
Souvenirs de campagne… européenne
17
Saint Hippolyte le 17 mai
Claude Mercier et Éric Alauzet
à Besançon.
Deuxième « Vague Verte » à Vesoul, avec
Audrey Ariapoutri
16 mai à Besançon : Sandrine Bélier reçoit
le soutien de Cécile Duflot .
Savoir-vivre. En Russie, une nouvelle loi interdit
les mots vulgaires au cinéma, au théâtre, dans les mé-
dias, etc. Heureusement, pas en politique : ça aurait obli-
gé Poutine à déclarer, la bouche en cul de poule, qu'il
allait « occire les terroristes jusque dans les commodi-
tés ».
Balèze. Le vainqueur des élections en Inde, le
nationaliste hindou Narendra Modi, vante son « torse de
cinquante-six pouces ». Hollande, combien de centi-
mètres ?
Stades (1). Manifestations contre le Mondial
dans les principales villes du Brésil. J'aime de plus en plus
les Brésiliens.
Stades (2). On savait leur cervelle endommagée
par les coups de tête dans le ballon ; ce sont maintenant
les pieds des footeux qui vont dérouiller, leurs godasses à
crampons étant pleines de produits hautement toxiques.
Pas de bol, c'est avec ça qu'ils pensent.
Droite. Le Monde du 17 mai voit dans la baisse
des impôts décrétée par Manuel Valls un « opportun
coup de barre à gauche ». La confusion idéologique dans
laquelle baigne ce canard m'étonnera toujours.
Téléfon. Sachant son Nicolas de mari sur écoutes,
Carla Bruni interrompt parfois les conversations télépho-
niques de Sarkozy pour engueuler « ces connards qui
nous écoutent ». Faut dire qu'en matière de connards, vu
sa fréquentation de la clique UMPiste, elle en connaît un
rayon, la Bruni.
Âge. Berlusconi effectue ses travaux d'intérêt gé-
néral auprès de malades d'Alzheimer. L'avantage pour
eux, c'est que cinq minutes après, ils auront oublié qu'ils
l'ont vu.
Allonzenfants. Taubira lynchée par la droite et
l'extrême droite pour n'avoir pas chanté La Marseillaise.
J'aimerais tant croire que, quand les écolos seront au
pouvoir (??), on n'aura plus ni drapeau, ni hymne natio-
nal.
Compète. Le guépard parcourt chaque seconde
16 fois la longueur de son corps, la cicindèle australienne
171 fois et le Paratarsotomus macropalpis 192,4 fois ! Bon,
j'arrête l'entraînement.
Voyous. Isabelle Balkany, première adjointe de
son mari député-maire de Levallois-Perret, mise en examen
dans le cadre d'une enquête pour blanchiment de fraude
fiscale. Claude Guéant placé en garde à vue. Vous, je sais
pas, mais moi, des infos comme celles-là, ça me met de
bonne humeur pour la journée.
CQFD. Critiqué pour avoir instauré dans son pays
une version très hard de la charia, le sultan de Brunei se
défend : « Pourtant Allah lui-même a dit que sa loi était
juste. » Ah ! ben, si c'est Allah qui l'a dit...
Dommage. Selon un article paru dans le quoti-
dien russe Izvestia sous la plume d'un « intellectuel » pouti-
nophile, « si Hitler n'avait fait que rassembler des terres,
unifier l'Allemagne et l'Autriche sans verser une seule
goutte de sang […], il serait resté un dirigeant de haut vol ».
Mais voilà, il en a un peu trop fait : quel con, ce Hitler !
Tranquille. La municipalité d'Iwaki, à 40 km de la
centrale de Fukushima, veut rouvrir deux plages cet été.
Moi qui crains la foule des bords de mer, je sais où je vais
passer mes vacances.
Métal. La mode imbécile (pléonasme ?) des
« cadenas d'amour » déferle sur les villes du monde. Rien
qu'à Paris, on en compterait 700 000. Ce qui signifie qu'au
moins 1,4 millions de crétins - les mêmes sans doute qui
gravent leurs noms sur les arbres ou sur les vestiges an-
tiques - se sont juré fidélité en salopant et fragilisant ainsi
rambardes et parapets. J'espère que ces malfaisants vont
vite se séparer.
Barbe. Les féministes me lapideront-ils / elles si
j'avoue ne voir en la
« victoire » de Conchita
Wurst dans le désolant
monument de kitsch de
l'Eurovision, bien plus
qu'un progrès de l'égalité
entre les sexes et de la
tolérance, qu'un énorme
canular doublé d'un gros
« coup » médiatique ?...
18
UN MOIS, ÉMOIS, ET MOI
Dessin publié avec l’ai-
mable autorisation de
Charlie Hebdo
Dessin publié avec l’aimable
autorisation de Charlie Hebdo
19
Amen. Afin de récolter des dons pour la forma-
tion des séminaristes et l'activité des prêtres en mission,
les six diocèses de Normandie lancent en direction des
jeunes la campagne « Adopte un curé ». Pourvu que par-
mi les « jeunes », il n'y ait pas trop de gamins prépu-
bères !
Européennes. Le FN obtient ses meilleurs
scores chez les jeunes et chez les ouvriers. Bon, les
ouvriers, y en a de moins en moins ; mais les jeunes,
faudrait peut-être arrêter d'en faire, hein ?

Gérard Roy
Outre-Jura
NON AU GRIPEN !
Les médias français (qui s'intéressent à la Suisse
quand leur souci d'informer sur le pape, Jérôme Kerviel
ou la vie privée de nos dirigeants leur en laisse le temps)
n'ont pas manqué de s'interroger sur les motivations d'un
peuple qui refuse de voir instaurer chez lui un SMIC à 4
000 francs suisses (3 240 euros) par mois, le plus élevé du
monde. Ils ont en revanche beaucoup moins parlé d'un
autre vote négatif survenu ce même dimanche 18 mai en
Helvétie.
Ce jour-là, en effet, les Suisses ont également refu-
sé, à 53,4 %, l'achat de 22 nouveaux avions de combat
Gripen au constructeur suédois Saab (1). Les respon-
sables militaires sont consternés : « Sans Gripen, les F/A-
18 arriveront en bout de course en 2025, alors que les
Tigers seront cloués au sol dès 2016. Sachant qu’il faut au
moins 10 ans, en Suisse, pour acheter un avion de com-
bat, il faudra très vite lancer un nouveau projet. »







Dans le camp du « Non au Gripen », évidemment,
on se réjouit de ce résultat : l'achat et l'entretien du nou-
vel avion auraient coûté à la Confédération 10 milliards
de francs suisses, ce qui, même dans un pays réputé pas
franchement à plaindre, a tout de même paru quelque
peu excessif. « Malgré la crise ukrainienne et le vibrant
appel des présidents des partis bourgeois en faveur du
Gripen, analyse ainsi Christian Van Singer, Conseiller na-
tional (2) Vert vaudois, les Suisses ont bien compris ce

qu’il fallait voter... Les F/A-18 - pour lesquels 1,5 mil-
liard ont déjà été dépensés depuis leur achat, dont 400
millions tout récemment - sont encore au top. Ils suffi-
ront très bien à assurer la police du ciel jusqu’en 2030
au moins, voire 2035. Et quand viendra véritablement
l’heure de les remplacer, on examinera quelle sera la
meilleure solution : peut-être un autre avion, peut-être
des drones, la question se posera dans dix ans. »
Évidemment, on peut juger un peu tiède cette
réaction et se dire qu'il y a encore 20 ou 30 ans, les
Verts suisses se seraient autrement réjouis d'une dé-
faite du lobby militariste et n'auraient pour rien au
monde envisagé, même à long terme, le remplace-
ment d'un avion de combat (3). Mais bon, il faut bien
constater que l'antimilitarisme de papa (de pépé ?)
n'est aujourd'hui plus de mise, y compris chez les
Verts, de part et d'autre du Jura. On se satisfera donc,
faute de mieux, de voir ainsi le Gripen grippé (4)...

Gérard Roy


(1) Cf. La Feuille Verte n° 190 (novembre 2013) et 195
(avril 2014).
(2) C'est-à-dire député.
(3) Soyons honnête : les Verts suisses réclament tout de
même (ce qui n'est pas rien) la réduction immédiate
des dépenses militaires et des effectifs de l'armée,
s'opposent à tout rapprochement avec l'OTAN et esti-
ment que le monde virtuel et la lutte contre les cyber-
risques ne doivent pas devenir le nouveau terrain de
jeu de l'armée.
(4) Désolé, j'ai pas pu m'en empêcher...
14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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