4/6/2014 Marc Barani, un architecte so Nice

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Marc Barani, un architecte so Nice
LE MONDE | 28.01.2014 à 11h56 • Mis à jour le 28.01.2014 à 13h33 |
Par Jean-Jacques Larrochelle (/journaliste/jean-jacques-larrochelle/)
Est-ce son ancrage niçois, quand les réputations se font surtout à Paris, où il
n'a ouvert sur le tard qu'une petite agence de complément ? Est-ce son peu
de goût pour les déclarations tapageuses, dans un milieu où un peu de verve
bien acérée peut servir les notoriétés ?
A bientôt 57 ans, Marc Barani est une curiosité rafraîchissante du paysage
français de l'architecture, où quelques vedettes se partagent la vitrine.
Largement méconnu du grand public, il est pourtant l'un des professionnels
les plus respectés par ses pairs, qui lui ont décerné, déjà quinquagénaire, les
distinctions les plus enviables dont peut rêver un bâtisseur.
En 2008, lorsqu'il a été récompensé par l'Equerre d'argent – qui est à
l'architecture ce que le Goncourt est à la littérature –, son nom n'était guère
connu au-delà de sa région, si ce n'est d'une poignée d'esthètes qui louaient
son style épuré.
Cinq ans plus tard, en 2013, il a de nouveau été consacré, par le Grand Prix
L'architecte Marc Barani au Centre opérationnel du tramway de Nice, le 17 janvier
2014. | CLAUDIA IMBERT POUR "LE MONDE"
4/6/2014 Marc Barani, un architecte so Nice
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national de l'architecture. Considéré comme la plus haute distinction
française – la sélection est faite au départ par un panel très important de
personnalités liées à l'univers de la construction –, ce titre récompense tous
les deux ans, sous la tutelle du ministère de la culture, un architecte installé
en France, pour l'ensemble de son œuvre. Pourtant, il ne s'affiche pas
comme une star.
DES RÉALISATIONS DISCRÈTES, PRÉCISES, RÉFLÉCHIES
Au moment d'évoquer cette récompense, il use d'une formule qui lui
ressemble : « Cette reconnaissance confirme mes convictions, ou plutôt
nos questionnements. » De l'art de transformer une affirmation en
interrogation et de passer du singulier au pluriel… « En architecture on
avance plutôt par des doutes que par des certitudes », ajoute-t-il. Son ami
architecte Rudy Ricciotti, père du Mucem à Marseille, évoque un caractère
« anxieux », « intranquille », qui est un moteur.
Ses réalisations, peu nombreuses, sont à son image : discrètes, précises,
réfléchies. Il a conçu des logements, quelques bâtiments culturels, ainsi que,
plus tard, signe particulier, des passerelles et des ponts, à Contes (Alpes-
Maritimes), mais aussi à Nantes et Paris. Sa première commande, il l'a
conçue en 1992 avec le philosophe Jean-Marc Ghitti : l'extension du
cimetière de Roquebrune-Cap-Martin, où le tombeau de sa famille –
coïncidence dont il n'encombre pas sa biographie – côtoie celui de Le
Corbusier.
« Dans ce projet plus symbolique que fonctionnel, il y avait moyen de
réunir tout ce que j'avais pu apprendre », résume Marc Barani, apôtre
d'une architecture plus réfléchie que spectaculaire, qui emprunte à toutes
les disciplines. Au Népal, où il s'est rendu à l'âge de 25 ans pour étudier la
culture de l'ethnie Newar, avant la fin de ses études à l'école d'architecture
de Marseille, Marc Barani est allé chercher une indispensable distance, celle
de l'anthropologie, qu'il étudiait en parallèle : « J'ai voulu changer de cadre
de vie pour mieux savoir ce que j'avais à faire, ici, comme architecte. »
Quelques années plus tard, il a obtenu un diplôme de scénographe à la Villa
Arson, à Nice.
MULTIPLIER LES POINTS DE VUE
La multiplication des points de vue constitue l'ADN de son agence, créée à
Nice en 1989 au côté de sa compagne, la scénographe danoise Birgitte
Fryland. Il a, notamment, travaillé avec le sculpteur Bernard Pagès et le
designer Martin Szekely. Il finalise aujourd'hui à Beyrouth le tombeau-
mémorial de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, un monument
qui ouvre sur le paysage historique de la ville. Marc Barani, en bon Niçois,
aime ces endroits où les montagnes se confrontent à la ligne d'horizon.
Méditerranéen, il avoue se sentir davantage chez lui à Beyrouth, Alger ou
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Tripoli qu'à Rotterdam ou Nancy.
Le projet qui lui a valu l'Equerre d'argent, le « pôle multimodal » du
tramway de Nice, est une synthèse de son savoir-faire. Marc Barani se
souvient d'« un projet extraordinaire et fondateur » pour son agence, d'«
une grande histoire ». Elle est, de fait, peu commune. En partant d'une note
méthodologique pour un hangar de maintenance des trams prévu à un
endroit de la ville, il est parvenu, sur un autre site qu'il a choisi à l'extrémité
opposée de la ligne, à « transformer une question technique en une
question urbaine, donc sociale ».
Dans le quartier de Las Planas, sur les hauteurs de Nice, il s'est joué de
l'exiguïté d'un terrain de 2,5 hectares, bien en deçà des normes requises. Le
site est verrouillé par une bretelle d'autoroute ; l'architecte a su la
récupérer à son profit. Il est parvenu à insérer dans un contexte des plus
contraignants « tout un dispositif de mouvements ». Comme par magie sont
apparus un nouveau terminus, un parking relais de 900 places, un poste de
commandement et de maintenance, une station de lavage, des commerces,
ainsi qu'un équipement socioculturel à venir. Par sa forme composite, sobre
et étirée, la construction semble à peine sortie de terre.
« RENOUER AVEC LA MIXITÉ »
L'aménagement s'est accompagné de mesures compensatoires permettant
de rénover la cité d'habitations voisine. Le quartier, qui s'était dégradé, s'est
rouvert en retrouvant son chemin naturel vers la ville en contrebas. « On a
parié sur la question du lien : comment on lie les choses, et non pas
comment on les sépare, explique Marc Barani. On voulait renouer avec
cette mixité, ce rapport qu'il y a entre les gens, entre les lieux. »
De mixité, il en est beaucoup question à Nice. L'architecte en fait même une
des vertus cardinales de cette cité qui l'inspire, où il a choisi de vivre et de
travailler. « Nice a toujours été dans une espèce de limite, un ailleurs, qui
fait qu'elle s'est constituée de façon particulière. »
L'architecte évoque la ville aux marches de l'Empire romain, la présence
successive des Génois, des Turinois, des Français aussi, et puis des Anglais
et des Russes qui, chacun, ont façonné la ville à leur manière. « Beaucoup
de communautés ont habité Nice. La manière dont elle s'est développée
fait d'elle une ville orientale, précise-t-il. Elle a été capable d'absorber des
modèles qui ne sont pas les siens, tout en restant elle-même. »
En arabe, « el barani » signifie « l'étranger ». Cela lui convient bien.
(/journaliste/jean-jacques-larrochelle/) Jean-Jacques Larrochelle
(/journaliste/jean-jacques-larrochelle/)
Journaliste au "Monde"
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Son parcours
1957 Naissance à Menton (Alpes-Maritimes)
1992 Premier projet : extension du cimetière Saint-Pancrace à Roquebrune-Cap-Martin
2008 Lauréat de l'Equerre d'argent, pour le « pôle multimodal » du tramway de Nice
2013 Lauréat du Grand Prix national de l'architecture pour l'ensemble de son œuvre
1957
Naissance à Menton (Alpes-Maritimes)
1992 Premier projet : extension du cimetière Saint-Pancrace à Roquebrune-Cap-Martin
2008 Lauréat de l'Equerre d'argent, pour le « pôle
multimodal » du tramway
de Nice
2013 Lauréat du Grand Prix national de l'architecture pour l'ensemble de son ?uvre

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