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Numéro 116
I
Juin 2014 RLDC
I
71
TRIBUNE
Perspectives
Coparentalité et famille recomposée :
une conciliation impossible ?
À propos de la proposition de loi relative à l’autorité parentale
et à l’intérêt de l’enfant
Après l’avant-projet de loi présenté par Nadine Morano en 2008, une proposition de loi portant
sur l’autorité parentale et l’intérêt de l’enfant devait être votée avant l'été. Quelles sont les
principales dispositions de ce texte ? Quelles sont les innovations qu’il propose ? L’analyse
critique de Françoise Dekeuwer-Défossez.
(1)
TA AN n° 1856, 2013-2104
L
e dépôt par un ensemble de parlementaires de la majorité, le
1
er 
avril 2014, au bureau de l’Assemblée nationale, d’une pro-
position de loi relative à l’autorité parentale et à l’intérêt de
l’enfant fait suite à l’échec de l’avant-projet de loi déposée par Na-
dine Morano en 2008 (dont le rapport de Jean Leonetti, Intérêt de
l’enfant, autorité parentale, droits des tiers, 7 oct. 2009, avait démontré
l’absence d’intérêt pratique), puis, plus récemment, à l’interruption des
travaux des quatre groupes de travail à qui Madame Bertinotti, précé-
dente ministre déléguée à la Famille, avait confié plusieurs thèmes à
étudier en prévision d’une grande loi sur la famille. On se souvient
que la perspective de voir certains députés déposer des amende-
ments relatifs à l’assistance médicale à la procréation, qui aurait re-
lancé les manifestations, avait amené le précédent gouvernement
à renoncer, au moins provisoirement, à cette loi famille.
(1)
Par ailleurs, le groupe de travail mis en place de manière conjointe
par le garde des Sceaux et le ministère des Affaires sociales a
rendu, en janvier  2014, un rapport faisant état de l’impossibilité
de trouver un consensus sur les réformes destinées à améliorer
la situation des enfants de parents séparés (Direction des affaires
civiles et du Sceau, Direction générale de la cohésion sociale,
(1) NDLR : Ce texte a été examiné par l'Assemblée nationale les 19, 20
et 21 mai derniers (v. infra l'encadré) La discussion a été interrompue
alors qu'il restait 361 amendements à examiner. Le gouvernement
a fait part de son intention de faire voter ce texte avant l'été. Pour
l'heure, aucune date n'est inscrite à l'agenda parlementaire.
Rapport sur les réflexions du groupe de travail sur la coparentalité,
Comment assurer le respect de la coparentalité entre parents sé-
parés ?, janv. 2014) tant les positions des associations de pères et
des associations de mères s’avéraient inconciliables.
Entre-temps, et alors que la proposition de loi avait déjà été dépo-
sée, plusieurs des groupes de travail mis en place par le précédent
gouvernement ont diffusé leurs rapports, n’engageant en rien le
gouvernement, et aboutissant à des prescriptions parfois contra-
dictoires (concernant les sujets sur lesquels porte la proposition
de loi, ont été diffusés les rapports du groupe présidé par Irène
Théry, « Filiation, origines, parentalité, Le droit face aux nouvelles
valeurs de responsabilité générationnelle », et celui du groupe de
travail présidé par Jean-Pierre Rosenczveig, « De nouveaux droits
pour les enfants ? Oui… dans l’intérêt même des adultes et de la
démocratie  »  ; a enfin été dévoilé, le 30  avril 2014, le rapport du
groupe présidé par Marc Juston « Médiation familiale et contrats
de coparentalité »). De fait, certaines de leurs conclusions avaient
fuité et ont pu inspirer la proposition parlementaire. Il est tout à fait
possible, et même probable, qu’elle puisse donner effectivement
naissance à une loi, la voie parlementaire ayant en l’occurrence été
choisie avec l’accord au moins tacite du gouvernement.
Cet historique pour le moins complexe attesterait à lui seul de la
difficulté des réformes. La multiplication des projets et leur inabou-
tissement répétitif manifestent tant la nécessité de répondre aux
difficultés que la quasi-impossibilité d’y parvenir. Dans un tel
ÎRLDC 5481
Par Françoise DEKEUWER-
DÉFOSSEZ