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GESTION DES RISQUES NATURELS

SUREXPLOITATION DE NAPPES AQUIFERES

DES RISQUES NATURELS SUREXPLOITATION DE NAPPES AQUIFERES ANALYSE D’ARTICLE SCIENTIFIQUE : « Nouvelle approche

ANALYSE D’ARTICLE SCIENTIFIQUE :

« Nouvelle approche d'estimation des prélèvements d'eau d’irrigation à partir des ressources souterraines : cas de la nappe côtière du Gharb »

Malika KILI, Bouabid EL MANSOURI, Abdelilah TAKY & Jamal CHAO

Cet article paru dans le bulletin de l’Institut Scientifique de Rabat, section Sciences de la Terre, volume 28 en 2006 fait l’objet de notre analyse. En nous appuyant sur la surexploitation de la nappe aquifère nous allons faire ressortir successivement :

- La problématique et la présentation de la zone d’étude

- L’approche méthodologique utilisée

- Les résultats et l’analyse qu’on peut en faire

- Enfin nos critiques et suggestion.

Réalisé par :

AGODIO Akpa Marius

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Problématique :

Dans les pays arides et semi-arides où l'eau constitue le principal facteur limitant, l'irrigation des terres est la pièce maîtresse du développement agricole et rural. En effet, l'apport d'eau mobilisée depuis la nappe souterraine ou les retenues de barrage permet une diversification des cultures et une augmentation très importante des rendements pour assurer l’autosuffisance alimentaire et même autoriser l'exportation du surplus, source de devises. La plaine du Gharb fait partie de l’un des plus grands bassins hydrogéologiques du Maroc occidental. La gestion de l’eau d’irrigation combine l’usage du réseau superficiel au niveau de la plaine et le pompage des ressources souterraines dans la zone côtière. Les prélèvements par pompages privés de la nappe sont en continuelle augmentation au regard des riches ressources hydriques, des importantes infrastructures hydroagricoles (barrages) destinés à exploiter le fort potentiel agricole de la région du Gharb. Il en résulte, pour la nappe, une surexploitation avec le risque d’invasion saline, car l’exploitation de ces ressources ne respecte pas toujours l’équilibre naturel entre les apports et les sorties du système aquifère. La problématique abordée ici est la mise en valeur des sols sous irrigation, avec à la clé le risque d’épuisement de la nappe et la salinisation des sols, en s’appuyant sur le cas du périmètre d’irrigation le plus étendu du Maroc doté d’une superficie agricole utile de près de 600 000 ha.

d’une superficie agricole utile de près de 600 000 ha. Présentation de la zone d’étude Le

Présentation de la zone d’étude

Le périmètre du Gharb est situé au Nord-Ouest du Maroc. Il est baigné par l’oued Sebou et ses affluents. Cet oued y pénètre par l’Est décrit un trajet en méandre pour déboucher dans l’océan Atlantique.

Sur le plan géographique la plaine est délimitée :

- au Nord par la marge prérifaine ;

- à l’Est également par la marge prérifaine et les rides sud-rifaines ;

- à l’Ouest par l’Atlantique ;

- au Sud par la région de Zemmour Mamora

Au plan administratif il appartient à la région Gharb-Chrarda-Beni Hssen dont la fiche technique est ainsi libellée :

- Superficie totale : 8805 km2

- Population: 1,86 million d’habitants

- Taux d’urbanisation : 42 %

- Température moyenne : Hiver 11,6 °C, été 23,5°C

- Humidité relative : 80 %

- Pluviométrie : 480 mm

- Ressources hydriques : 6,57milliards de m³

- Superficie totale : 893.860 ha

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- Superficie Agricole Utile : 576.422 ha

- Terres de labour (Irriguées : 177.800 ha, Bours + pompage privé : 467.402 ha)

- Superficie des forêts : 126 345 ha dont 36.536 ha de forêts naturelles.

Au plan hydrographique la plaine du Gharb est traversée d’Est en Ouest par l’oued Sebou qui prend sa source dans le Moyen Atlas à 2030 m d’altitude. Son bassin versant, de 40 000 km² environ, s’étend sur les domaines du Rif (essentiellement imperméable), du Moyen Atlas (calcaire) et de la Méséta (essentiellement imperméable). Le bas Sebou, encaissé dans les alluvions argilo-silteuses sillonne la plaine du Gharb sur une longueur de 225 km environ avant de se jeter dans l’Océan Atlantique à Mehdia. Le long de son parcours, le Sebou intercepte plusieurs affluents dont les plus importants sont les oueds Inaouène, Lébène et surtout Ouergha sur la rive droite et les oueds R’dom et Beht sur la rive gauche.

La plaine du Gharb constitue un collecteur naturel des eaux de surface. Sa morphologie plate (la majorité de la plaine ayant une côte inférieure à 12 m) défavorise l’évacuation des eaux de crues des oueds jusqu’à la mer. C’est ce qui rend cette zone fortement vulnérable aux risques d’inondations. D’ailleurs la construction des barrages de Idriss 1 er (en 1973 sur l’Inouaène) et Al Wahda (en 1996) avait pour objectif, entre autres, de régulariser les débits à évacuer par l’oued Sebou et par conséquent limiter les risques d’inondation dans la plaine.

Toute l’histoire sédimentaire du bassin du Gharb, depuis son initiation jusqu’à son individualisation, présente des changements rapides d’épaisseur et de faciès, dans le temps et dans l’espace et reflète la complexité de l’environnement géologique. Ces variations sont principalement dues à l’activité tectonique et aux apports sédimentaires. L’effet des fluctuations du niveau marin, de court terme, vient se superposer à celui des mouvements tectoniques de plus long terme.

Le bassin de Gharb referme un important complexe aquifère. Il est limité :

- Au Sud par la plaine de Mamora,

- Au Nord par le bassin de Dradère-Souière,

- A l’Ouest par l’océan Atlantique,

- A l’Est par les affleurements conglomératiques constituant les limites du bassin.

Le complexe aquifère du Gharb dispose de plusieurs atouts dont voici les plus importants :

- Structure en dépression favorisant le drainage et le stockage des eaux souterraines,

- Aquifère puissant,

- Bonnes caractéristiques hydrodynamiques, entraînant des réserves et des productivités élevées,

- Conditions de réalimentation favorable avec des conditions climatiques favorables.

Le système hydrogéologique très complexe du Gharb a toujours été considéré comme formé par deux unités aquifères : une nappe superficielle libre et une nappe profonde semi captive. Il est probable qu’il ne s’agisse que d’un seul aquifère avec alternance de niveaux plus ou moins perméables. Sur les bordures occidentale et méridionale, les aquifères sablo-gréseux affleurent, la nappe devient libre en l’absence des dépôts argileux sommitaux. Les aquifères de la partie libre de la nappe sont rattachés aux aquifères captifs du fait qu'ils s’enfoncent sous la plaine et sont en

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continuité géologique et structurale avec les niveaux aquifères profonds et captifs sous d’épaisses formations argileuses.

Approche méthodologique

L’objectif de l’étude était d’évaluer les prélèvements par pompages privés à partir des ressources souterraines. Pour y parvenir l’étude s’est basée sur la nature des cultures pratiquées et leurs superficies irriguées. Puis elle a estimé les besoins en eau de chaque type de culture. Cela a alors permis de déduire le volume théorique d’eau mobilisé par l’activité agricole.

Ainsi dans un premier temps les données sur l'occupation des sols pour les différentes cultures a été exploitée en relation avec la ressource en eau utilisée pour l'irrigation (eau superficielle ou souterraine).

L’année de référence est la campagne agricole 2000-2001. On note que l’irrigation privée a concernée 86 000 ha dont 60 000 ha utilisent des eaux de la nappe tandis que 24 000 ha sont irrigués à partir du réseau superficiel. Une superficie de 3 000 ha est mixte, c’est à dire irriguée à la fois à partir des deux ressources.

Il ressort que la zone côtière utilise uniquement des ressources souterraines pour satisfaire les besoins en eau de sa zone maraîchère.

Pour la plaine alluviale les pompages dans la nappe profonde sont moins importants sinon négligeables, l’eau superficielle étant la principale source d’irrigation.

Un listing de 30 types de culture a été arrêté pour lesquels il fallait estimer les besoins en eau. Cela passe par l’estimation de l'évapotranspiration de référence, celle de 1999 qui est une année sèche.

La méthode et les formules appliquées sont celles de Doorenbos & Pruitt (1986) et Allen et al. (1998). L'évapotranspiration de culture (ETc) a été établie selon la relation qui associe l’effet du climat sur l’évolution de la culture par le biais de l’évapotranspiration de la culture de référence (ET0), et l’effet des caractéristiques culturales sur les besoins en eau des cultures par l’intégration du coefficient cultural (Kc) : ETc = Kc * ET0 (mm)

Les données de 11 stations météorologiques couvrant la totalité de la plaine ont été utilisées à savoir rayonnement, température, humidité, vitesse du vent. Les méthodes Blaney-Criddle (in Doorenbos & Pruitt 1986), Hargreave & Samani (in Mohan 1991), et de Turc (in De Marsily 1986) ont été utilisés pour tester l’estimation de l’évapotranspiration de référence.

La demande en eau d’irrigation a été estimée à partir des besoins nets en eau des différentes cultures mais en tenant compte de l’efficience du système d'irrigation qui dépend lui de la texture du sol, de la vitesse du vent et des facteurs techniques du mode d’irrigation et de la technicité de l’irriguant. Pour cette variable (efficience) l’étude s’est basée sur les valeurs appliquées par l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole du Gharb (ORMVAG)

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Résultats et Analyses

Pour l’année sèche de référence 1999, les résultats trouvés sont les suivants :

- besoins nets en eau des superficies irriguées à partir des ressources souterraines = 213 Mm 3

- avec l’application de l'efficience globale les besoins bruts sont = 462 Mm 3 /an.

- Les eaux non consommées par les cultures sont estimées à 86 Mm 3

L’étude elle-même souligne qu’une partie du volume d’eau calculé devrait constituer le retour d’irrigation (eau retournant à la nappe par percolation). Néanmoins elle l’assimile aux pertes liées à l’efficience globale et est fortement tributaire de la perméabilité du sol. Ce retour d'irrigation est estimé à 130 Mm3/an, mais ne se produit que dans les zones d’infiltration couvertes de sols perméables situées dans la zone côtière et le sud.

Si les tendances observées au niveau des prélèvements de la nappe perdurent, il y aurait des risques d’épuisement, la baisse du niveau piézométrique en période de stress hydrique et la menace de l’intrusion saline à partir de l’océan favorisée par la structure du système aquifère et la subsidence au centre de la plaine du Gharb.

Il est donc impérieux de rechercher un système de drainage adéquat, de réviser les techniques d’irrigation, en particulier dans le secteur privé visant à améliorer les efficiences et de préserver le Gharb d’une surexploitation risquée.

Critiques et Suggestions

L’étude met en exergue l'important développement agricole réalisé dans la région du Gharb suite à la mise en valeur sous irrigation d'une plaine jadis marécageuse. Cependant les performances agricoles devraient s’inscrire dans une perspective de durabilité en prenant en compte les approximations des volumes mobilisés par l’agriculture faites ici par une estimation mathématique des besoins en eau de chaque type de culture. Par ailleurs il est impératif d’envisager la réduction des pertes considérables par des pratiques agricoles et des techniques d’irrigation mieux élaborées. Il ne faudrait pas perdre de vue que hormis les prélèvements agricoles (90%), les prélèvements pour l’AEP urbain et rural de la nappe quoique négligeables sont non compressibles et interviennent également dans le bilan des ressources en eau de cette nappe de Gharb.