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François Colle IPAG – MAP

Séance N° 13 : La laïcité.

Fiche de travail 2/ - La loi sur les signes distinctifs en France, origine, dispositif, application,
critiques.

Le 9 décembre 1905, le député Aristide Briand fait voter la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat.
Cette loi met fin à une longue tradition par laquelle l'Eglise jouait un rôle majeur dans les affaires
publiques, en particulier celles touchant à l'enseignement. En effet le régime concordataire de 1801
permettait à l'Eglise de maintenir son rôle dans divers domaines publics, mais permettait aussi à
l'Etat d'organiser le culte, par exemple la nomination des évèques était prononcée par le pape sur
proposition du ministre des cultes.
La loi de 1905 dispose donc une séparation nette entre l'Eglise et l'Etat, cette séparation ne s'est pas
faite sans douleur, la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican suffit à décrire les tensions
engendrées à l'époque par cette loi.
Malgré des premiers temps difficiles, la loi de 1905 est devenue l'un des symboles du modèle
républicain ainsi que des valeurs d'unité et de cohésion qu'il sous-tend.
Pourtant les évolutions sociétales ont révélé une certaine crispation, ou plus généralement une
incompréhension à propos de cette loi sur la laïcité. La multiplication d'affaires concernant le port
du voile à l'école, et les difficultés rencontrées par les équipes pédagogiques, ont suscité un débat
public intense.
Le législateur, par la loi du 15 mars 2004, a apporté une réponse au problème, en interdisant à
l'école le port de tout signe religieux « ostensible ». Toute la difficulté – comme c'est d'ailleur
souvent le cas en matière législative – réside dans l'interprétation qu'il faut donner à ce texte et plus
précisément au terme « ostensible ». Cette difficulté d'interprétation a généré de vives critiques, le
législateur était, et est encore taxé d'avoir créé un problème périphérique au problème initial plutôt
que d'avoir réglé définitivement le statut juridique du port des insignes religieux à l'école.

Pour comprendre la loi de 2004, il convient de se pencher avec attention sur son origine et le
dispositif qu'elle met en place (I), ensuite en étudiant le résultat de son application avec mis en
parallèle les critiques dont elle faisait l'objet (II) il est possible de dresser un véritable « point
d'étape » de la laïcité en France.

I Les origines et le dispositif de la loi du 15 mars 2004 sur les signes distinctifs

La loi de 2004 trouve son origine dans la multiplication des affaires concernant le port de voiles
islamiques dans les écoles et la virulence du débat public sur la pertinence des dispositions de la loi
de 1905 (A), en outre cette loi qui complète l'idée de la loi de 1905, le fait par un savant dispositif
ou le dialogue prime sur la répression (B).

A L'origine de la loi sur les signes distinctifs


En septembre 1989, au collège du Creil, trois musulmanes sont exlues parce que refusant de retirer
leurs voiles. L'affaire du Creil est la source d'un long débat public passionné, ou les défenseurs
d'une laïcité pleine et entière s'opposent à ceux qui dénoncent une vaste entreprise de stigmatisation
et d'exclusion. Le ministre de l'éducation (Lionel Jospin) réaffirme le caractère laïc de l'école
républicaine en prenant soins de préciser que la mission de l'école est d'intégrer plutôt que d'exlure.
A ce moment la conciliation entre l'application de la laïcité et le port du voile qui pour une partie
des musulmans est un devoir de chaque instant, apparaît compromise.
L'affaire est portée devant le Conseil d'Etat, lequel tranche en concluant dans un avis, que le port du
voile n'est pas forcément incompatible avec la laïcité, cette position sera maintenue dans un avis
ultérieur de 1992 (Kherouaa).
Lionel Jospin, en vertu de son pouvoir réglementaire de chef de service, publie une circulaire par
laquelle il confie aux équipes pédagogiques de décider au cas par cas si un signe religieux constitue
une atteinte au principe de laïcité. Plus tard en septembre 1994, François Bayrou alors nouveau
ministre de l'éducation, publie une nouvelle circulaire, qui pose la distinction entre les signes
discrets (qui peuvent être portés en classe) et les signes ostentatoires qui eux portent atteinte au
principe de laïcité.
En dépit de tout cela le problème demeurait, et Jacque Chirac exprime sa volonté de voir une loi
interdire le port de tout signe religieux visible afin de clore définitivement le débat; à cet effet une
commission est créée, elle est dirigée par Bernard Stasi qui est médiateur de la république.
La commission Stasi remet son rapport le 11 décembre 2003 au président Jacque Chirac, ce rapport
va dans le sens de la volonté du président, en préconisant une loi interdisant le port de signe
religieux et politique dans les écoles.
La loi de mars 2004 est alors adoptée en reprenant l'esprit des dispositions préconisées par la
commission Stasi, c'est à dire des dispositions axées sur le dialogue et l'explication, plutôt que sur la
répression brutale.

B Le dispositif de la loi sur les signes distinctifs

La loi de 2004 interdit donc le port d'insigne religieux à l'école, ce sont tous les signes religieux qui
sont visés. L'article 1 de la loi énnonce le principe : « Dans les écoles, les collèges et les lycées
publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une
appartenance religieuse est interdit. ». Le problème réside dans l'interprétation qu'il faille donner au
terme « ostensible », par exemple beaucoup se demandaient avec facétie à partir de combien de
centimètres une croix portée autour du cou devenait ostensible. Mais outre cette difficulté
d'interprétation, il faut bien noter la seconde partie de l'article premier qui dispose : «Le règlement
intérieur rappelle que la mise en oeuvre d'une procédure disciplinaire est précédée d'un dialogue
avec l'élève. ».
Cette seconde partie démontre une volonté d'apaisement, et plus encore une volonté de faire
comprendre à l'intéressé la portée et la signification politique de son acte. Cette disposition qui fait
du dialogue une part indispensable de l'application du principe, exprime la volonté de voir la laïcité
comprise comme une nécessité pour la cohésion entre tous, plutôt que comme un outil juridique
destiné à exclure brutalement les personnes d'une confession donnée.
La circulaire du 18 mai 2004 sur la bonne application de la loi de 2004, précise bien que le port
d'insignes discrets est accepté, et explique les étapes du dispositif de dialogue. Ce dialogue est
orchestré par le chef d'établissement, il ne s'agit nullement d'une négociation. Ce dialogue a pour
mission principale de faire comprendre que le respect de la loi n'est pas un renoncement aux
convictions personnelles et de mettre en garde sur les effets désastreux sur l'avenir scolaire de
l'élève s'il refusait définitivement de se conformer à la loi.
Si le dialogue ne débouche pas sur une issue positive le conseil de discipline prononce l'exclusion
de l'élève, et c'est désormais à l'autorité accadémique qu'il appartient de décider de concert avec les
parents, des conditions dans lesquelles l'élève continuera sa scolarité.

Ainsi la loi sur les signes distinctifs trouve son origine dans des événements nouveaux,
résultant des évolutions de la société française, qui sans pour autant prouver le caractère désuet de
l'esprit de la loi de 1905, ont au contraire montré la nécessité de perpétuer cet esprit par des
dispositions législatives nouvelles adaptées à la société d'aujourd'hui, ce que fait la loi de 2004.
Cette loi en mettant l'accent sur le dialogue, prouve la mission d'intégration et de cohésion du
principe de laïcité.
Le résultat de l'application de la loi, quand il est mis en parallèle avec les critiques violentes
dirigées à son encontre, permet de dresser un point d'étape satisfaisant.

II L'application et les critiques de la loi sur les signes distinctifs.

Les critiques concernant le dispositif prévu par la loi de 2004 et concernant plus généralement son
esprit ont été et sont encore nombreuses (A), néanmoins l'application de la loi (B), décrite dans son
ensemble par le rapport d'Hanifa Chérifi semble ne pas donner raisons à ces critiques.

A Les critiques sur la loi du 15 mars 2004

La critique principale contre la loi, était de la dénoncer comme un outil de discrimination et


d'exclusion, beaucoup pensaient que la laïcité était un prétexte et que le but subversif était d'exclure
l'Islam qui est pourtant une des composantes de la société française.
Une autre critique visait à faire de cette loi, une loi liberticide car contraire à la liberté de
conscience et d'opinion. Beaucoup des opposants à la loi, montraient que le problème du port du
voile à l'école ne concernait q'une minorité de jeunes filles, et que cette minorité ne justifiait pas un
débat d'une telle ampleur et encore moins l'adoption d'une loi qualifiée de vague et dans un contexte
de précipitation complètement disproportionné au problème réel.
L'idée de stigmatisation a été également beaucoup développée, pour les anti -loi on aurait fait croire
que les quelques cas de jeunes filles porteuses du voile, étaient une menace directe contre l'école
républicaine, et que cette idée de menace n'est qu'un pure fantasme comme beaucoup de milieux
d'extrème droite savent en produire. En d'autre termes cette loi pour beaucoup d'opposants, ne serait
qu'un texte normatif islamophobe, d'ailleurs la comparaison avec la législation antisémite du
régime de Vichy a souvent été faite.
D'autres opposants à la loi, se sont démarqués des autres en ne se focalisant pas uniquement sur le
terrain religieux, mais en prenant en considération la problématique de l'habillement à l'école dans
son ensemble. Ces opposant ont fait remarqué qu'il n'y avait pas eu d'empressement à légiférer sur
des problèmes vestimentaires autres (comme le nombril à l'air, ou encore cette pratique consistant à
faire dépasser son string du pantalon), et qu'à ce titre il y avait une certaine incohérence à interdire
le voile par voie légale sans en faire autant pour des tenues incorectes.
En dépit de ces critique, le bilan de l'application de cette législation nouvelle n'est pas pour autant
désastreux.

B L'application de la loi sur les signes distinctifs

Le bilan de l'application de la loi de 2004 est un bilan sur le court terme. Avant tout il est bon de
noter que l'agitation médiatique qui ne cessait entre 1989 et 2004 a aujourd'hui quasiment disparue.
Ceci peut être interprété comme un bon signe, car en effet le silence médiatique révèle une absence
ou une résolution des problèmes d'autrefois.
En outre, le rapport d'Hanifa Chérifi (qui faisait partie de la commission Stasi), qui dresse l'état des
lieux une rentrée après l'appplication de la loi (c'est à dire en juillet 2005) tend à montrer que
l'application de la loi a été globalement positive. Ce rapport montre que le dispositif de dialogue a
été appliqué avec une rare énergie, en effet des plans académiques de pilotage de l'application de la
loi ont été mis en place ainsi que des commissions d'appui destinées à assister les équipes
pédagogiques.
Le premier jour de la rentrée, à l'échelle nationale, 240 signes distinctifs étaient recensés, tous des
voiles islamiques hormis deux croix et un turban sikh. Sur ces 240 cas seuls 70 refusèrent de retirer
le voile, ce qui est un chiffre dérisoire à l'échelle de toute la France.
Plus étonnant, bon nombre d'académies à fort taux d'immigration ne présentèrent aucun problème
dans l'application de la loi. Cepandant beaucoup de chefs d'établissements observèrent une
amertume sur le visage des élèves concernés, quand on leur annoncait que le port de substitut n'était
pas possible (le port d'un demi voile, ou d'un sous turban). Aussi, la plupart des associations
religieuses ont appelé au respect de la loi (même celles qui pourtant y manifestaient une opposition
farouche).
En dernier lieu beaucoup des élèves ont vécu cette loi comme une opportunité salvatrice de se
libérer d'une obligation non choisie, mais imposée par le milieu et le contexte de vie.

En conclusion la loi du 15 mars 2004 sur le port de signes distinctifs dans les établissements
d'enseignement public, trouve son origine dans la nécessité d'un rappel à l'ordre en matière de
laïcité, chose avec laquelle on ne transige pas. Ce rappel à l'ordre ne s'est pas voulu brutal, une
option contraire aurait d'ailleurs entrainé le contraire de ce que la laïcité a pour but d'instaurer : la
cohésion et la concorde.
Ainsi un important processus de dialogue dans la mise en oeuvre du principe a été mis en place, ce
qui outre de permettre au final un bon respect de la loi, a permis un rapprochement plus étroit entre
les équipes pédagogiques et les les élèves concernés.