Vous êtes sur la page 1sur 2

Mlle Emilie CLERMONTE (LAP 1

)

« Femmes et politique au Moyen-Orient » Sonia DAYAN-HERZBRUN

Biographie : Sonia DAYAN-HERZBRUN, sociologue, est professeur à l’UFR de Sciences Sociales de l’Université de Paris 7 – Denis Diderot et directrice du Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques (CSPRP) ainsi que de la revue Tumultes. Livre : Le livre « Femmes et politique eu Moyen-Orient » proposé par Sonia Dayan-Herzbrun réuni en un seul volume plusieurs contributions de l’auteur, publiées dans différentes revues, sur la question féminine dans le monde arabe. Dès l’introduction de son livre force est de constater que l’auteur à pour objectif premier et pour ambition intellectuelle et citoyenne de « rendre visible la place des femmes et intégrer les relations hommes/femmes dans une théorie générale de la domination à l’intérieur de laquelle les multiples formes de domination, mais aussi de résistance doivent être articulées » (p.7). Cet objectif requiert une étude sur une longue durée, en particulier pour repérer les dynamiques de continuité mais aussi les ruptures parfois violentes. Le Moyen-Orient arabe a connu, depuis environ la deuxième partie du 19ème siècle, d’importants mouvements nationaux (intifada) où les femmes ont rempli des rôles de premier plan. Cet ouvrage s’attache à démontrer les stéréotypes trop courants qui fondent une représentation anhistorique de l’islam comme des féminismes. Par ce livre Sonia DayanHerzbrun propose une analyse des rapports de genre en relation avec la complexité des rapports de domination. La mémoire de la mouvance féministe arabe constitue indéniablement l’une des trames de l’ouvrage. L’auteur se réfère à une nationaliste et féministe très connue. Il s’agit de Huda Sharawi. Cette dernière est née en 1879 et est décédée en 1947. L’auteur la compare souvent à Georges Sand ou Marie d’Agout, parce qu’elle illustre, à elle seule, l’émergence du féminisme arabe dans les années 1920. « De l’enfance dans le harem au mariage précoce, à l’acte de dévoilement public ou à la fondation de l’Union féministe égyptienne en 1923 ou un congrès féministe arabe en 1947, Sharawi incarne d’abord un islamo-féminisme », puis un féminisme moderniste » (p.33). Tout en étant horrifiée par le génocide des juifs elle s’oppose résolument à la partition de la Palestine et soutient la fondation de la Ligue arabe, mais c’est pour prendre aussitôt ses distances par rapport à elle. En effet, à la page 41 de son livre, elle écrit « la ligue dont vous avez signé le pacte n’est qu’une moitié de Ligue, la Ligue de la moitié du peuple arabe.» L’exemple qu’elle donne de Huda Sharawi nous démontre combien il est nécessaire d’éviter de lire l’histoire à partir des données que l’on peut trouver aujourd’hui. Qui sait, aujourd’hui, que le premier congrès des femmes arabes à Jérusalem s’est tenu en 1929 et que durant les décennies suivantes des générations entières de militantes politiques féministes ont appréhendé l’émancipation de la femme avant tout comme un devoir national. Dans son ouvrage elle démontre que souvent cette politisation voire la transformation de la femme en un « symbole politique » de la nation, n’ont pas été nécessairement synonyme de féminisme.

~

1

~

Pour illustrer cela elle prend l’exemple de Leila Khaled qui « a subit une opération de chirurgie, que l’on ne peut qualifier d’esthétique dans la mesure où elle a été défiguré pour le détournement d’un avion » (p.95). Sonia Herzbrun le fait bien percevoir dans son ouvrage, en particulier quand elle écrit que « on est en présence d’un double phénomène : un marquage politique des corps des femmes et une utilisation de la place qu’elles occupent dans la division sociale et sexuelle du travail pour renforcer l’unité nationale qui doit être une unité sociale, spatiale, et historique. Tout projet national occulte les divisions, les luttes et les ruptures ; c’est pourquoi il risque, le plus souvent, de se réaliser aux dépends des groupes sociaux dominés. Les femmes sont un enjeu de ce déni de la division, puisqu’elles sont là pour montrer, avec leurs broderies et leurs pâtisseries, la persistance du groupe à travers les accidents de l’histoire. Dans le rapport politique aux femmes s’incarne donc bien ce paradoxe du nationalisme qui prétend s’ancrer dans un passé immémorial, et relève en même temps de ce qui est le plus propre à la modernité. » (p.95). La deuxième trame de l’ouvrage s’attarde sur le rapport entre le féminisme, la quête de l’émancipation du genre féminin et le nationalisme. Si la lutte nationale propulse la participation féminine, elle empêche aussi l’émancipation des femmes en tant que sujets, tant elle équivaut, « pour beaucoup, la perte de ce qui est désigné comme identité culturelle ». Même les expériences de laïcité dans le monde arabe ne font que transformer les femmes en « marqueurs et enjeux » de lutte nationale. A la lecture de cet ouvrage, et plus particulièrement à la lecture du sixième chapitre intitulé « cheveux coupés, cheveux voilés » (p.105), l’auteur établit un lien entre la virilité et la barbe de l’homme. A l’inverse la chevelure de la femme « devient le siège de la puissance reproductrice » (p.108). A l’échelle du groupe, le voile renvoie à la protection de cette « puissance reproductrice », comme le dévoilement a pu renvoyer à l’idée de renforcement du groupe et de la nation. Derrière le voile se lit un faisceau de sens et symboles (structure de domination patriarcale, stratégie de résistances féminines, codes sociaux, affirmation d’appartenance à un groupe..). Par la lecture de cet ouvrage l’on comprend mieux, et avec plus de recul la place des femmes dans les sociétés musulmanes. Cet ouvrage offre au lecteur la connaissance sociohistorique précise des mouvements politiques, y compris féministes, de la Palestine, de l’Egypte et des pays du Maghreb.

~

2

~