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Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794 ... Paul d'Estrée ... / par
Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794 ... Paul d'Estrée ... / par

Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la

peur), 1793-1794

... Paul d'Estrée ...

/ par

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Estrée, Paul d' (1838-1922). Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794 ... /ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr . " id="pdf-obj-1-2" src="pdf-obj-1-2.jpg">

Estrée, Paul d' (1838-1922). Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794

...

/ par Paul d'Estrée

....

1913.

Estrée, Paul d' (1838-1922). Le théâtre sous la Terreur (Théâtre de la peur), 1793-1794 ... /ici pour accéder aux tarifs et à la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation. 4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle. 5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr . " id="pdf-obj-1-14" src="pdf-obj-1-14.jpg">

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AJ Viï

A

1

J3CO

Paul

d'ESTRÉE

LE

IBfgiyfM

M TERREUR

^TMA/TRE

DE

LA

PEUR)

1793-1794

 

D

APRES

DES

PUBLICATIONS

 

RECENTES

ET

'D'APRÈS

LES

DOCUMENTS

RÉVOLUTIONNAIRES

DU

TEMPS

 

IMPRIMÉS

OU

INÉDITS

Prix

biennal

de l'Association

de la Critique

dramatique

et musicale

(1910)

EMILE-PAUL

PARIS

FRÈRES.

ÉDITEURS

;:;».

IOO,

RUE

DU

FAUBOURG

SAINT-HONORÉ,

100;

1918

LE

OUS LA

TERREUR.

RE

DE LA

PEUR)

J\ij

 

OUVRAGES

 

DE

 

PAUL

D'ESTRÉE

 

OEuvres

inédites

de

Motin

(avec

notice

et

notes).

Paris,

librairie

des

 

bibliophiles,

1S83.

 

Mémoires

de

Voltaire,

 

écrits

par

lui-même

(avec

notes

et

commen-

 

taires).

Paris,

Kolb,

1891.

 

Les

Hohenzollern

(en

collaboration

 

avec

E.

Neukomm).

Paris,

Perrin

et

C",

1892.

Un

policier

homme

de

lettres.

 

L'Inspecteur

Meusnier

(1718-1757).

Paris,

aux

bureaux

de

la

Nouvelle

Revue

rétrospective,

 

1892.

au

XVIIP

siècle.

 

Paris,

aux

bureaux

de

la

Nouvelle

Les Explosifs Revue

rétrospective,

 

1891.

 

y''

Journal

inédit

du

lieutenant

 

de

police

Feydeau

de

Marville

(1744).

 

Paris,

aux

bureaux

de

la

Nouvelle

Revue

rétrospective,

 

1897.

,

Les

théâtres

libertins

du

XVIIP

 

sièele

(en collaboration

avec

Henri

d'Alméras).

Paris,

Daragon,

1905.

Epuisé.

 

de

l'Opinion

 

publique

 

dans

l'Ancienne

 

France

(en

Les organes collaboration

avec

Fr.

Funck-Brentano).

Paris,

Hachette

et

Cie.

 

I.

Les

Nouvellistes,

2e édition,

 

1905.

II.

Figaro

et

ses

devanciers,

1909.

 

III.

La

Presse

clandestine

 

(en

préparation).

 

Le

Père

Duchesne.

Hébert

et

la

Commune

de

Paris

(1792-1794).

(Couronné

par

l'Académie

française).

Paris,

Ambert

 

et

C'% 1909.

La

Duchesse

d'Aiguillon

 

(en

collaboration

avec

A.

Callel).

Paris,

Emile-Paul,

1912.

Un

Rebouteur

la

Société

du Val française

d'Ajol

et

de l'Histoire

la

Légende

de Valdajou.

de

la

Médecine).

1912.

(Bulletin

de

EN

PRÉPARATION

Le

Maréchal

de

Richelieu.

:

LE

TpAm

SOUSLA TERREUR

1 DE

LA

PEUR)

793-1794

I3NTS

PUBLICATIONS

RÉCENTES

RÉVOLUTIONNAIRES

IMPRIMÉS

OU

INÉDITS

DU

TEMPS

Par

Paul

d'ESTRÉE

Pria; biennal

de l'Association

de la Critique

dramatique

et musicale

(1910)

ÉMILE-PAUL

PARIS

FRÈRES,

ÉDITEURS

IOO,

RUE

DU

FAUBOURG

SAINT-HONORÉ,

IOO

igi3

A

MONSIEUR

ADOLPHE

BRISSON

PRÉSIDENT

DE

L'ASSOCIATION

DE

LA

ET

MUSICALE

CRITIQUE

DRAMATIQUE

Hommage

de l'Auteur

PATTL D'ESTRÉE

*W»T-PROPOS

Le

Théâtrelferia

d'historiens, M. Welschinger

dont

x,

de

souffle,

d'idées

Révolution,

le

mieux

qui a documenté

déjà

est

trouvé

tant

assurément

est,

et

de

de

l'avis

style

unanime, qu'il est

aussi

pauvre

inesthétique.

C'est

moins

l'espace

que

les

hommes.

Il

et

les

horizons

semblerait,

tout

lui

qui d'abord,

manquent

à

vue

de

pays,

qu'au

consacrée

par

lendemain

la

tradition

du

14

pour

juillet

marquer

1789

date

l'avènement

de

la

liberté

en

Erance

une

s'ouvrir

également

pour

notre

ère

d'émancipation école dramatique.

dût

Ne

'

pouvait-on

régénératrice

d'auteurs

légitimement

espérer

que

allait

donner

l'essor

à

cette

tout

atmosphère

un

essaim

indépendants,

qui,

affranchis

des

entraves

de

la

censure,

produiraient,

aux

yeux

de

l'univers

étonné,

autant

et

d'aussi

que

le théâtre

des

sous

l'étreinte

Corneille,

arbitraire

magnifiques

des

Racine

du

pouvoir

chefs-d'oeuvre

et

des Molière,

absolu

?

Or,

ce

toujours

nouveau

au-dessous

répertoire,

s'il

du

médiocre.

fut

Ce

abondant, n'était pas

resta

qu'il

eût

à

souffrir,

que,

uns

qu'il ne ou cahoté

dans

le

principe, pas stimulé l'hostilité

fût

par

de l'indifférence

par

la

bienveillance

publi-

des

des

autres.

Aux

premiers

1.

H.

WELSCHINGER.

Théâtre

ments

inédits.

Paris,

1SS0.

de

la

Révolution

(1789-1799).

Docu-

VIII

AVANT-PBOPOS

appels

s'étaient

de cette

liberté

transformées

naissante,

en

arènes

les

salles

politiques,

de

spectacle

où

specta-

teurs,

maient

les

auteurs,, le moins de

partisans

acteurs

s'invectivaient

courtoisement

du

monde.

l'Ancien

régime

restaient

terrain,

le

lendemain

leurs

adversaires

et

se

gour-

Si,

un

maîtres

jour,

du

reprenaient

l'avantage.

permises,

pour

être

Quand

le

désordre

la

police

honnie

et

intervenait,

rossée

par

dépassait

les

mais

bien

limites

souvent

les

belligérants.

N'im-

chacun

ou

porte, ses idées

avait

manifester

librement,

suivant

était

pu ses convictions

: seulement

ce milieu

peu

favorable

pour

une

autre

liberté,

celle

dramatique, que gênent singulièrement

les trop

de

l'art

bruyantes

explosions, simultanées ou successives, d'enthousiasme

ou

de

Dans

malveillance. la période

qui

l^articulièrenient

l'objet

suivit de notre

ne

furent

pas Le vent

sèrent.

moins

formidables,

de la Terreur

avait

et

celle-ci les bientôt

étude

mais

sera plus tumultes

ils

ces-

soufflé

sur les théâtres.

Il

ne

fut

plus

désormais

permis

aux

directeurs,

aux

auteurs,

d'autre

aux

opinion,

acteurs,

ou

tout

au

au

public

moins

qui ne guillotine

fût

celle

« à

répondait

l'ordre

du

jour

victorieusement

lui-même,

d'avoir

d'en

exprimer

mie,

». L'argument

à

la

de

la

moindre

objection

ou

velléité

On

comprend

si

d'opposition. l'art dramatique,

leurs

par

décrets

de la Convention,

Comité

de

Salut

Public,

pouvait

réglementé sur propositions s'accommoder

d'ail-

du

d'un

tel

régime. silence. Et,

Cependant, s'il parlait,

il

lui

était

il

devait

Gouvernement

révolutionnaire.

aussi

copieux

que

le

précédent,

interdit

célébrer

de

la

garder

gloire

le

du

Or,

vaut

son

répertoire

moms

encore'

Q,ue peut

impresarii,

être,

écrit

en

effet, par des

un

théâtre,

commandé

auteurs,

joué

par

des

par des artistes

AVANT-PROPOS

écouté

menace

par

de

des

spectateurs

la

délation

?

qui

vivent

IX

tous

sous

la

LE

THEATRE

DE

LA

PEUR.

Quand

de

toutes

ce

qu'elles

disparut

cette

les

heures,

les

angoisse

salles

de

de

tous

spectacle

les jours redevinrent

et

étaient

à

l'aurore

de

la

Révolution,

des

champs-clos

cèrent,

avec

où

des

républicains

et

fortunes

diverses,

royalistes se heurter

à

recommen-

de

rude

façon.

pendant

décrets

La

faisait de la

police l'âge d'or avaient

se

toujours

peut-être

Constituante

force

de

loi

n'aurait

mise

en

pu

tolérer

discussion.

que

la

Mais

forme

du

l'idolâtrie

mieux

:

car

obéir

que

les

anciens

;

et

d'ailleurs

gouvernement

elle

fût

ultra-révolution-

naire

n'était

avaient

les

plus

de

coudées

rigueur

franches.

et

les

L'art

gens de dramatique

théâtre

n'y

perdit A peine

pas

en quantité,

mais

quelques

comédies

n'y

gagna

et

peut-être

guère

en qualité.

un

peu

plus

de

vaudevilles,

marquent-ils

d'une

pierre

blanche

cette

troisième

période

du

Théâtre

de

la

Révolution.

Il

verra

est

vrai

que

pas

une

la 'grandp^épopée gélïérationM|ute

Napoléonienne

ne

brillante

d'auteurs

dramatiques.

>:

,

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-,-~\ V^\

!

':'.'

ï

s

;

j

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i

4Ëq^

Po&foirs

publics

Le

Théâtre

et

les

Pouvoirs

publics

CHAPITRE

PREMIER

Entreprises

Les

de la Commune

» de

de Paris Pétion.

« invitations

et

de

« Mérope

Beautés

de

la

».

Décret

des

censure

théâtrale.

cutions

policières.

sur

l'autorité

de

la

Convention.

Interdiction

2

août

et

Servilité

de

V

« Ami

1er

septembre

des

théâtres.

des Lois

»

1793. — — Exé-

La

loi

Nationale,

liberté.

du 13 avait

janvier

accordé

votée

1791,

par sa pleine

au

théâtre

l'Assemblée

et

entière

Le

décret

de

la

Convention

du

2 août

1793,

confirmé

par

celui

du

1er septembre,

La

Convention

cédait

qu'entendait

exercer

sur

la

lui

retira.

ainsi

à

la

pression ses délibérations

continue

le

Conseil

général

de

la

L'Assemblée

Commune

de Paris. avait

souveraine

tenté

cependant

un

semblant

et

surtout

Gironde,

de

cette

de

résistance.

Elle

supportait

impatiemment,

quand

elle

obéissait

à

l'impulsion

de

la

le

ton

Commune

impérieux de Paris,

et

les

mesures

arbitraires

soucieuse

d'imposer

son

autorité

despotique

à

la

les

pièces

et

de

fermer

liberté

de penser,

les

théâtres

qui

de supprimer n'avaient pas

l'heur

de

C'était

lui

plaire.

précisément

le

Conseil

général

qui

avait

  • 4 LE

THEATRE

SOUS

LA

TERREUR

 

ouvert

les

hostilités,

sur

à

l'occasion

des

représentations

de

l'Ami

des Lois

le

Théâtre

de

la

Nation

 

(janvier

1793).

Il

avait

interdit

la

pièce

qu'il

estimait

 

trop

favo-

rable

aux

intérêts

 

de

la

contre-révolution,

déjà

surex-

citée

par

les

débats

du

procès

de

Louis

XVI.

 

La

Convention

 

casse

l'arrêté

de

la

Commune.

Celle-

ci,

furieuse,

 

en prend

un

autre,

le

14 janvier,

 

qui

pres-

crit,

par

mesure

 

de

police,

la

fermeture

des

spectacles.

Mais

le

nouvel

 

arrêté,

non

moins

illégal

que

le

précé-

dent,

est

cassé

à

son

tour.

Pétion,

au

nom

de

la

liberté,

s'était

élevé

contre

l'abus

de pouvoir

de

la

Commune

:

« La

loi,

disait-il,

 

met

les pièces

de

théâtre

sous

la

res-

ponsabilité

des

 

auteurs

et

des

acteurs

;

voilà

la

vraie,

la

seule

responsabilité.

 

»

Mais,

en

sa

qualité

d'ancien

uiaire

de Paris,

 

il

crut

devoir

son

expliquer

à ses collègues

la

procédure conflits :

 

usitée

de

temps en

de

semblables

« Les

magistrats

 

font

des

invitations

:

ils

appellent

chez

eux

les

directeurs

de

spectacles

et

leur

répètent

qu'il

est

imprudent

 

de

jouer

telle

ou

telle

pièce.

J'ai

fait

moi-même

 

de

pareilles

invitations

;

et

elles

ont

réussi.

»

La

Commune

 

devait

avoir

était

le dernier

mot.

Le

30 mars,

sous

prétexte

 

qu'elle

chargée

de

la

police

des

spectacles,

elle

interdisait

l'Ami

des Lois

;

et,

du

même

coup,

elle

« invitait

 

» (elle

n'avait

pas

oublié

le

mot

de

Pétion)

la

Convention

Nationale

à

faire

réviser

par

son

Comité

d'Instruction

 

publique

l'ancien

répertoire,

pour

« le

purger

de toutes

pièces.propres

à corrompre

l'esprit

républicain.

»

 

Le

lendemain,

 

le

député

Gémssieux

 

abondait

dans

le

sens

du

Conseil

général

de

la

Commune,

 

en

disant

qu'il

venait

de

voir

dans

Mérope

(quel

aristocrate

 

que

ce

Voltaire

 

!)

une

reine

pleurer

la

mort

tragique

de

LE

THEATRE

ET

LES

POUVOIRS

PUBLICS

5

son

mari

et

souhaiter

ardemment

le

retour

de

ses

frères.

Aussi,

sur

la

proposition

de Boissy

Convention,

avec

une

déférant

à

l'«

invitation

docilité

dont

elle

fut

» de bientôt

ordonnait-elle

au

Comité

d'Instruction

la

d'Anglas, la Commune, coutumière, publique

de

lui

elle

présenter

chargeait

une

loi

sur

la

surveillance

en même

temps

le

maire

des

spectacles

Pache

d'arrêter

:

les représentations

de

Mais

ce

fut

surtout

Mérope.

après

la

chute

des

Girondins,

partisans

déterminés

de

la

liberté

du

théâtre,

chute

et

la

la

qu'avait

Convention

grâce

provoquée se laissa

Commune,

un

précipitée

la

que

forcer

main

pouvoir

qui,

la

par des sections

les

à l'appui si

des Jacobins lourdement nationale.

et

sur

parisiennes,

de

délibérations

pesait-déjà

représentation

En

effet,

le

31 juillet,

le

du

de

département «aux rédacteurs

cation

Paris

» du

« Comité » adressait Journal

de

Salut

cette

Public ... communi-

des Hommes

libres,

qui

la publiait

« Citoyens,

ment

de

la

dans

son

le

Comité

numéro

du

de

Salut

3 août. Public

du

Seine,

séant

aux

Quatre-Nations,

Départe-

vous

« invite

dans

» (c'était votre

décidément

le terme

journal,

aujourd'hui

ou

consacré)

demain,

suivante « Signé

:

: MARCHAND,

président

; GÉNOIS,

à insérer

la

note

secrétaire.

« Le a invité taires

Comité

les

de Salut Directeurs

avec

que

Public

des

lui

du

de Paris socié-

Département

et

théâtres

comédiens

qu'ils

à conférer

pendant

les pièces des

sur

frères

représen-

seront

rendus

de

leur

teront, à Paris. « Les l'invitation

nos

et

départements

s'étant

Directeurs

et

les

Comédiens

à

donné

communication

ayant

répertoire,

le

Comité

a

vu,

avec

la

plus

grande

  • 6 LE

THÉÂTRE

 

SOUS

LA

TERREUR

satisfaction,

que

ses

intentions

avaient

été

pré-

venues.

)>

Le

directeur

du

Journal

 

des Hommes

libres,

 

Charles

Duval,

en

bon

Montagnard

et parfait

Jacobin

 

qu'il

était,

ne

pouvait

qu'obtempérer

 

à

l'invitation,

 

d'au-

tant

que,

la

veille,

le

2

août,

le

vrai

Comité

 

de

Salut

Public,

celui

de

l'Assemblée

 

Nationale,

emboîtant

le

pas à

ses

collègues

de

Paris,

avait

proposé

 

une

loi

réglementant

les

spectacles,

qu'adopta

sur

l'heure

la

Convention.

Le Comité

 

invoquait,

lui

aussi,

pour

motiver

de

son

projet,

« la

fête

du

 

à laquelle

le dépôt devaient

assister

les

députés

10 août, de

chargés

présenter

l'acceptation

de

la

Constitution

et

son

désir

 

de

former

de

plus

en

plus,

chez

les

Français,

le

caractère

et

les

sentiments

républicains

 

x.

»

Cette

loi

du

2

août

1793

était

ainsi

libellée

 

:

« ARTICLE

I.

A

compter

du

4 de

ce mois,

et

jus-

qu'au

1er

septembre

 

seront

représentées,

trois

fois

désignés

prochain, sur les théâtres

la semaine, la

par

municipalité,

de Paris,

 

qui

de

seront

Guillaume

Tell,

Gaïus

Gracchus,

les tragédies et autres

pièces

Brutus,

tiques

qui

retracent

les

glorieux

événements

drama- de la

liberté.

Une

de ces représentations

 

sera

donnée

chaque

semaine

aux

frais

de

la

République.

 

« ARTICLE

public

à

IL

Tout

 

théâtre

sur lequel

superstition

seraient

représentées et

des pièces réveiller

la

tendant

honteuse

à dépraver

 

l'esprit

de

la

royauté,

sera

fermé,

et

les

directeurs

arrêtés

 

et

selon

la rigueur

des lois.

 

punis

1.

SCHMIDT.

Leipzig,

1867-70,

Tableaux

3

vol.

de

in-8.

la

Révolution

française

'

t

'

II

'

,-, L

110

LE

THEATRE

ET

LES

POUVOIRS

PUBLICS

7

« La

municipalité

du

présent

Un

autre

décret

décret

x.

de

Paris

»

ordonnait

est

chargée

de l'exécution

la

même

surveillance

à

toutes

les

communes

de

la

République.

La

loi

du

1er septembre

complétait

celle,

en accordant

à la

depuis

si longtemps,

Commune

la police,

de Paris

par

ce qu'elle ses soins,

du 2 août, souhaitait

des théâtres

de

la

capitale,

c'est-à-dire

la

libre

satisfaction

de

ses

animosités

De

là à

hier

encore

qu'un

pas.

et

de

ses rancunes. une

reprendre

pratique

de

l'ancien

régime,

bafouée,

méprisée,

Et

la

Commune

l'eut

détestée, bien vite

il

n'y

avait

franchi.

si

Il

fallait

facilement

donc,

pour

obéir

insurrectionnelle,

à la

loi

se

scrupuleuse de les

près

observatrice

pièces

de

de la légalité),

théâtre.

Et

(et

cette

piquait il fallait

ce

furent

Commune,

d'être

une

examiner

les

deux

administrateurs

furent

chargés

de

de

police, ce travail

Baudrais

et

de censure,

Froidure,

d'ailleurs

qui

aussi

pénible

chacun

que

des

un

certain

fastidieux.

Il

vingt

théâtres

ne

se passait Paris 2

de

pas de ne leur

jour

envoyât

nombre

de

manuscrits.

Quand

une

pièce

leur

« présentait

quelque

chose

de

contraire

aux

prin-

1.

Le

théâtres

Journal

de

de

la

Nation,

la

Montagne du Vaudeville,

(n°

par

trant

la force

armée

sa carte

de

entre

8 et

civisme.

9 heures

LXVI)

de l'Opéra

: on

n'en

dit

que,

avaient

le

put

sortir

2

été

août,

les

entourés

qu'en

mon-

2.

Nous

n'avons

avaient

tille

« poussé », écrivait

un

pour

le

sujet

qui

pas

cru

devoir

donner

la

comme

des

contemporain

champignons d'autant

nous

occupe.

On

la

trouvera

liste

de

ces théâtres

qui

sur

les

ruines

de

la Bas-

qu'elle

est

complète

sans

dans

intérêt

le

livre

de

M.

Welschinger.

de l'Opéra-Comique,

A l'exception des scènes

de

l'Opéra,

d'Audinot

et

du

Théâtre

de Nicolet,

Français, des Variétés

Amusantes

et

de

avant

la

Révolution,

se

modifiaient

au

forains,

de

tous

ces petits

quelques la plupart gré des

spectacles

théâtres,

qui

dont

événements,

n'eurent

qu'une

éphémère. A donner

Il

est vrai

que

les grands

avaient

l'acte

de naissance

et

l'histoire

déjà

de tous

tant

de mal

les théâtres

exis</