Vous êtes sur la page 1sur 3

Ce document est le fruit du travail du Groupe Intersyndical de Réflexion et d'Action contre l’Autoritarisme et le Fichage (GIRAAF) qui se réunit en AG ouvertes

(rassemblant des personnes adhérentes et


sympathisantes de divers syndicats) le 1er mercredi de chaque mois à 10 heures dans les locaux de SUD-Education, 12 bis rue des Trembles à Grenoble (tram A : Arrêt La Bruyère)
BASE ELEVES (BE): REFUS TOTAL!
CE QUE PRETEND L’ADMINISTRATION
1 «Désormais, BE est 3) «Désormais, BE est obligatoire!»
sécurisée!» «On n’est plus dans la phase expérimentale!» «BE (organisation administrative de l’école) n’est pas de la compétence du Conseil d’école!» «La
On se souvient qu’en juin 2007 BE a dû être CNIL n’a pas à donner un avis préalable à une base de données administratives!» «Les parents ont accès aux informations contenues dans BE!»
arrêtée le temps de changer les mots de passe des 4 L’administration s’appuie sur l’obéissance du fonctionnaire mais pas sur des textes, car BE ne sera obligatoire qu’à la rentrée 2009.
écoles (qui auparavant étaient les mêmes que les 5 L’inscription des élèves est bien de la compétence du Conseil d’école. C’est même une faute professionnelle de ne pas mettre BE à
identifiants des écoles, accessibles à tous). Alors, l’ODJ du Conseil d’école!
aujourd’hui, tout roule? 6 Si BE n’a effectivement pas besoin de l’avis de la CNIL, comment un système aux conséquences aussi déterminantes peut-il se mettre
2 Qui peut sérieusement garantir que la en place en l’absence totale de débat public?
transmission par internet met BE à l’abri 7 Il appartient effectivement aux directeurs d’informer les parents de l’école des renseignements facultatifs saisis et les parents peuvent
d’intrusions privées? Le piratage a vaincu effectivement obtenir la communication de ces renseignements. Mais il est loin d’être évident que ces dispositions théoriques seront
des systèmes bien mieux protégés! suivies d’effets. D’ailleurs, les familles les plus concernées par les renseignements relatifs à la scolarité sont celles pour qui l’accès à
3 Qui peut sérieusement garantir que les des documents administratifs pose le plus de difficultés (encore faut-il qu’elles soient au courant du fichage de leurs enfants).
maires n’auront pas accès, tôt ou tard, à 8 La création d’Etablissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP), avec chefs d’établissement, réglerait les problèmes de
l’ensemble des données de BE? conscience des enseignants, ces derniers étant alors dépossédés des tâches administratives.

2) «Désormais, les champs qui posaient problème ont 4) «Désormais, place à la modernité!»
été supprimés!" «Plus d’enquête 19, les directeurs seront soulagés et disposeront de nouveaux outils de gestion!» «La carte scolaire
(nationalité, date d’entrée sur le territoire …) sera facilitée et plus juste!»
C’est le miel utilisé par le ministère pour tenter de stopper la contestation 12 Les écoles n’ont pas attendu BE pour utiliser des logiciels de gestion, là n’est pas la question.
liée aux droits de l’homme. N’est-ce pas plutôt de la vaseline? 13 Que pèsent le «soulagement» administratif et les quelques nouveaux outils de gestion dans le travail global de
9 Le logiciel n’ayant pas été remplacé, on a rendu ces champs direction d’une année scolaire (d’autant plus qu’on trouvera toujours de nouvelles tâches administratives)? En
invisibles mais ils demeurent sous-jacents dans la base: une simple quoi cela profitera-t-il aux élèves? Que pèsent ces «carottes» (avec également des dotations informatiques
manipulation peut les faire réapparaître, suite à une décision dans certaines écoles par l’IA) face aux enjeux de société décrits ci-dessous?
ministérielle. Avec BE, la carte scolaire deviendrait presque exclusivement arithmétique, il n’y aurait plus de place
10 Des données sensibles, certes facultatives, restent présentes: celles pour des facteurs humains ou des spécificités locales. Il est vrai qu’avec le soutien scolaire Darcos,
liées à la scolarité. désormais sous forme d’heures sups pour les élèves en difficultés, au détriment de l’individualisation
11 Il est très facile, une fois le système en place, d’élargir les champs: pendant la classe et du RASED, les effectifs des classes (qui seraient alourdis par les économies
résultats aux évaluations, incidents scolaires, renseignements d’échelle liées à la création des EPEP) n’ont plus d’importance: place à la politique gestionnaire avec
privés sur les familles … culture du résultat (LOLF).

QUEL RAPPORT DE FORCE EN ISERE? L’administration tente de forcer la main à des directeurs, envoyant les IEN au charbon, niant au passage l’existence des équipes. Elle
méprise les résistances des collègues, des municipalités (dont Grenoble) et des parents d’élèves. Elle s’appuie sur les jeunes directeurs en formation. Cette stratégie dévoile à notre avis ses
inquiétudes face au faible nombre de volontaires pour la seconde phase (sur trois) de la généralisation (2008-2009). Mais l’administration tait son rôle dans la mise en place d’une dérive sécuritaire
et liberticide. Elle compte s’appuyer sur l’obéissance des fonctionnaires mais ces derniers s’avèrent moins dociles que prévu. Elle nie les problèmes de conscience que posent BE aux enseignants,
qui n’ont pas choisi ce métier pour exercer des missions de contrôle de la population. D’après elle ces problèmes n’auraient plus lieu d’être avec le retrait –provisoire!- des champs liés à la
nationalité. Nous pensons au contraire que la mise en place de BE est contraire aux principes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, notamment en terme de liberté. Nous pouvons
donc, en tant que fonctionnaires, exercer notre refus d’obéissance, cette déclaration se plaçant constitutionnellement au-dessus de toutes les lois. La force de notre résistance s’appuie donc sur deux
pôles indissociables: l’objection de conscience individuelle et la mobilisation collective. Profitons de la dernière année scolaire avant la tentative d’imposition en force de BE à toutes les écoles et
avant la probable répression pour construire ce rapport de force.
CE QUE CACHE L’ADMINISTRATION
5) Le fichage nominatif centralisé, un progrès pour l’humanité? 7) Vous avez aimé BE? Vous adorerez Base Enseignants et
- «… C’est exactement la société que prévoyait Aldous Huxley dans son roman Le Meilleur des mondes, une humanité où Base Ecoles!
chacun serait défini, catalogué, mis aux normes. Le concept même de personne autonome, capable d’exercer sa liberté, disparaîtrait. - Si vous n’êtes pas convaincus par nos réticences totales face à BE, peut-être
Un des aspects les plus insupportables de ce projet, tel qu’il a été présenté par la presse, est l’établissement d’un document qui suivra serez-vous plus sensibles aux dangers de Base Enseignants et de Base Ecoles, en
le jeune au long de sa scolarité : inscrit dans un registre ou sur un disque d’ordinateur, ce document, avatar du casier judiciaire, projet? Car le fichage nominatif centralisé des enseignants se profile, peu
permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé. S’il est pris à dix-sept ans à faire l’école buissonnière ou à taguer un mur du susceptible de favoriser l’émancipation et l’originalité dans les pratiques
lycée, ce comportement pourra être rapproché de son instabilité caractérielle déjà notée au cours préparatoire. Cet enfermement dans professionnelles et dans les rapports avec la hiérarchie (ou avec les CA des EPEP,
un destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine : la dirigés par des élus et susceptibles d’embaucher un jour les enseignants).
possibilité de devenir autre …» Albert Jacquard. - L’assouplissement ou la fin de la carte scolaire pousseront, grâce à Base
- «… Tout abandon d’une parcelle de liberté est définitif. La protection des données, c’est comme l’environnement et la Ecoles et Base Enseignants, à l’affichage des résultats des écoles et des
biodiversité: ce qui est peu à peu grignoté n’est jamais reconstitué …» Françoise Dumont, de la LDH. enseignants, renforçant la ghettoïsation des quartiers, la stigmatisation d’équipes
- « Quiconque est prêt à sacrifier sa liberté pour un peu de sécurité provisoire ne mérite ni l’une ni l’autre.» Benjamin Franklin. ou de collègues, la pédagogie de la transmission pour faire du chiffre …

6) Big Brother, la surveillance comme but ultime du pouvoir? 8) Un contexte humaniste rassurant?
- Le système BE est loin d’être isolé: il est prévu de l’harmoniser avec Sconet, - Le contexte politique Sarkozy-Hortefeux-Bertrand-Mariani, les atteintes aux Droits de l’Homme, la liquidation des acquis
son grand frère du secondaire, afin d’étendre à toute la scolarité le fichage nominatif. et des codes sociaux, la privatisation des services publics (dont Universités et Education Nationale), ne peuvent bien sûr avoir
- La vidéosurveillance et la biométrie se banalisent et investissent les lieux aucun lien ni aucun effet avec (sur) la mise en place de BE.
publics dont les établissements scolaires. Il s’agit de conditionner la jeunesse à un - Pas plus que le rapport Bénisti, prônant le dépistage précoce des comportements déviants et définissant la langue
environnement policier, basé sur l’identification, la stigmatisation et l’exclusion. maternelle non francophone comme facteur possible de délinquance.
- Les puces sous-cutanées, en cours de généralisation sur les animaux, nous - Pas davantage que le rapport de l’INSERM, préconisant le dépistage des troubles mentaux dès la crèche.
guettent. Elles constituent une terrible menace en terme de soumission à un contrôle - Aucun rapport également avec la loi de prévention de la délinquance, qui transforme le maire en shérif, la prévention en
totalitaire. Plus de vie privée; lisibilité parfaite pour les entretiens d’embauche, pour la répression, la confiance en défiance, autorisant le maire à se constituer ses propres fichiers, avec l’aide de la CAF, de l’IA et de
Sécu, pour les contrôles policiers … nous-mêmes! Nous devons signaler au maire les cas d’absentéisme, ce que nous refusons de faire!
- A l’origine, les tests ADN étaient réservés aux délinquants les plus dangereux, - « L’actualité apporte plutôt des exemples d’enfermement dans la logique sécuritaire. Le plus inquiétant est donné par les
ils sont étendus désormais aux contrôles policiers ordinaires (lors d’une manifestation recherches en vue de dépister le plus tôt possible les enfants « à risque », c’est-à-dire susceptibles de devenir des délinquants.
par exemple). Il n’y a aucune raison que BE échappe à cette logique sécuritaire. Dès l’école maternelle, quelques experts seront chargés de cette détection qui permettra de surveiller avec une particulière
attention les individus potentiellement dangereux, ou même de les soumettre préventivement à des traitements médicaux. Ainsi
l’ordre sera préservé …» Albert Jacquard.

Acceptons-nous de devenir des agents d’une politique généralisée de délation, de contrôle et de soumission, aux antipodes de nos missions éducatives? NON! QUE
FAIRE? REFUSER tout compromis: le retrait de certains champs, l’aspect facultatif de certaines données, les demandes de moratoire et de bilan de l’expérimentation, tout cela
concourt à faire accepter l’inacceptable. INFORMER les collègues, les parents d’élèves, les élus, l’ensemble des citoyens. Oui, BE est toujours dangereuse; oui, il faut défendre ensemble nos
libertés; oui, de tels enjeux méritent un débat démocratique. POURSUIVRE les motions en Conseil d’école; y débattre également du signalement aux maires des cas d’absentéisme, mesure
extrêmement grave. DENONCER les formations à BE imposées aux directeurs sur le temps d’animation pédagogique. Dénoncer la dérive des missions des animateurs TICE, dont
un temps considérable est consacré à l’installation de BE, au détriment de leurs missions pédagogiques. EXIGER des traces écrites à l’administration, ne pas se contenter
d’injonctions orales. REFUSER de répondre individuellement à l’administration pour justifier nos motivations, le faire collectivement, syndicalement et intersyndicalement.
INFORMER les syndicats des problèmes rencontrés avec la hiérarchie. Notre intersyndicale contre le fichage et l’autoritarisme organise une veille intersyndicale pour soutenir, entre
autres, tous les collègues menacés à cause de BE. Nous pourrons, s’il le faut, faire grève pour soutenir ces collègues. LES PARENTS D’ELEVES peuvent se déclarer par écrit opposés au fichage
de leurs enfants et le faire savoir. Par défaut, ils peuvent avoir accès aux renseignements facultatifs si BE a été installée dans leurs écoles. LES EQUIPES PEDAGOGIQUES peuvent faire
savoir à l’administration que l’école n’est pas volontaire pour BE: action intersyndicale SNUIPP-FO-PAS-SUD-CNT. Y compris quand l’administration a «forcé la main» à certaines écoles, il est
encore temps de dire non! Y compris en anticipant par rapport à des sollicitations à venir … LES COLLÈGUES peuvent se déclarer objecteurs de conscience pour BE. L’intersyndicale
(ouverte) contre le fichage et l’autoritarisme prépare une campagne dans ce sens. Il s’agit d’unir adjoints et directeurs dans une même lutte. Il s’agit, comme le font de nombreux travailleurs
sociaux contre la loi de prévention de la délinquance, de déclarer individuellement son refus de BE, pour des raisons de conscience. Surveillez nos informations, relayées dans les journaux, par
messages télématiques, ou sur les sites, de CNT Education, de SUD Education et du PAS/UDAS: cette campagne sera bientôt lancée. Vous pouvez aussi consulter les publications antérieures de
l’intersyndicale iséroise contre le fichage et l’autoritarisme sur les sites ci-dessus: notamment une plaquette de 4 pages sur BE avec une analyse des différents champs.