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HOMME ET SAGE-FEMME : UN CHOIX, UNE PRATIQUE, UNE CONSTRUCTION IDENTITAIRE

Laura Cottard

ERES | Nouvelle revue de psychosociologie

2014/1 - n° 17 pages 97 à 108

ISSN 1951-9532

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2014-1-page-97.htm

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Pour citer cet article :

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Cottard Laura, « Homme et sage-femme : un choix, une pratique, une construction identitaire »,

Nouvelle revue de psychosociologie, 2014/1 n° 17, p. 97-108.

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Homme et sage-femme : un choix, une pratique, une construction identitaire

: un choix, une pratique, une construction identitaire Laura Cottard Les femmes et les hommes qui

Laura Cottard

Les femmes et les hommes qui exercent des métiers atypiques du point de vue du genre font aujourd’hui l’objet de nombreuses recher- ches en sciences sociales. En psychodynamique du travail, l’analyse est centrée sur les difficultés identitaires que ces situations d’insertion professionnelle contre-stéréotypique peuvent faire émerger : le sujet est pris dans des contradictions, appelé à se conformer aux assignations de genre tout en respectant les codes sexués du travail (Dejours, 1996 ; Molinier, 2002a). Ainsi, parce que les femmes qui exercent des « métiers d’hommes » « n’échappent pas entièrement aux attentes qui associent le care au féminin », Pascale Molinier estime qu’elles peuvent être confron- tées à un « dilemme identitaire : être acceptées en tant que femmes ou bien exprimer leurs aspirations singulières » en termes de carrière (Molinier, 2002a, p. 580). De leur côté, certains sociologues travaillant sur ces situations d’in- sertion professionnelle contre-stéréotypique ont proposé de les qualifier d’« inversion du genre », car elles viennent poser la question d’une « éventuelle “mobilité de genre” au regard des normes actuellement en vigueur dans notre société en matière de division sexuelle du travail » (Guichard-Claudic et Kergoat, 2007, p. 5). Ces parcours à la marge sont analysés comme transgressifs parce qu’ils remettent en question les prin-

transgressifs parce qu’ils remettent en question les prin- Laura Cottard, diplômée de Sciences Po, chercheuse au

Laura Cottard, diplômée de Sciences Po, chercheuse au Laboratoire du change- ment social. lauraemiliecottard@gmail.com

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cipes de séparation et de hiérarchisation de la division sexuelle du travail (Guichard-Claudic, Kergoat et Vilbrod, 2008). Les travaux de Philippe Charrier sur les hommes sages-femmes 1 s’inscrivent dans cette orientation. Alors que les écoles de sage-femme sont ouvertes aux hommes depuis 1982 en France, ceux-ci ne représen- tent que 2 % des sages-femmes aujourd’hui 2 . S’interrogeant notamment sur le caractère « transgressif » de l’exercice du métier de sage-femme pour un homme, P. Charrier montre que ce n’est pas ainsi que les prati- ciens le vivent, car ils ont la plupart du temps bénéficié d’une socialisation primaire 3 « ouverte », s’inscrivant entre féminin et masculin (Charrier, 2010), ce qui fait que la socialisation professionnelle ne se présente pas comme une remise en cause de leur identité sexuée. D’autre part, les hommes sages-femmes sont présentés comme n’étant pas militants de la masculinisation de leur profession, pas plus qu’ils ne semblent vouloir changer le métier ni même son nom (Charrier, 2008). Ils affirment par ailleurs rencontrer peu de difficultés d’adaptation et d’intégration dans les équipes (Charrier, 2007). Ils décrivent enfin leur orientation profession- nelle, la plupart du temps, comme s’expliquant par « le hasard de leur parcours universitaire et par leurs résultats aux examens 4 » (Charrier, 2008, p. 233). P. Charrier ne relève de « choix déterminé » (ibid., p. 233) chez aucun de ses interviewés : « Mécaniquement, les étudiants qui passent pcem1 classés en position suffisante pour accéder à une école de sage-femme se voient proposer une filière à laquelle ils n’ont pas toujours songé » (ibid., p. 231). Dans cette orientation « entre raison et hasard » (ibid., p. 233), c’est le « parcours de formation » qui serait décisif (Charrier, 2007, p. 101).

lA construction identitAire des hommes sAges-femmes

Je souhaite proposer ici une approche clinique psychosociologique de la construction identitaire des hommes sages-femmes. Le questionne- ment clinique porte à s’intéresser à la conflictualité sociale et psychique qu’engendre la rencontre avec le métier de sage-femme. Alors que ce métier est naturalisé, dans les imaginaires, du côté du « féminin » et du « maternel » (Jacques et Purgues, 2012), pourquoi certains hommes choisissent-ils de l’exercer ? De quelle manière ce choix intervient-il dans leur construction identitaire ? Il ne s’agit donc pas tant de s’interroger

identitaire ? Il ne s’agit donc pas tant de s’interroger 1. Enquête menée entre 2002 et

1. Enquête menée entre 2002 et 2004, à partir de 62 questionnaires et 13 entre-

tiens de praticiens.

2. Source : drees 2012.

3. Berger et Luckmann définissent la « socialisation primaire » comme celle qui

advient dans l’enfance, au sein de la famille, de l’école et au contact des pairs (Berger et Luckmann, 1966).

4. Depuis 2003, l’orientation en école de sage-femme se fait après la première

année de médecine (anciennement pcem1, pAes depuis la rentrée 2010).

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sur l’existence d’une transgression que de tenter de suivre les processus

à l’œuvre dans ces situations d’« inversion du genre ». Les réflexions proposées sont issues d’une recherche menée entre 2012 et 2013 à partir d’entretiens réalisés auprès d’une dizaine d’hom- mes sages-femmes exerçant en maternité et en libéral et de l’observation du service d’hospitalisation d’une maternité de la région parisienne 5 . Nous commencerons par présenter les principaux résultats issus du maté- riau de la recherche dans son ensemble. On évoquera l’orientation des hommes sages-femmes, les enjeux spécifiques que fait naître la rencon- tre avec le métier et la manière dont se tissent, pour ces praticiens, les identités sexuées, dans leur lien avec l’identité professionnelle. Pour donner accès aux processus à l’œuvre dans leur complexité, nous explorerons ensuite un cas particulier, celui de Laurent D., jeune homme qui affirme lui aussi être devenu sage-femme « par hasard ». L’analyse de son itinéraire permettra de donner des contours à ce hasard.

Derrière le voile du « hasard », le processus d’orientation

Comme l’a relevé P. Charrier, rares sont les hommes qui disent avoir souhaité exercer le métier de sage-femme avant que la possibilité ne s’offre à eux par le classement au concours de médecine. Mais s’inté- resser à leur histoire permet de reconsidérer l’idée que leur orientation

relèverait principalement d’un processus « mécanique ». Derrière le voile du « hasard », le parcours d’orientation s’articule bien autour d’une suite de décisions : s’inscrire en médecine, entrer en école de sage-femme au moment des résultats du concours, exercer une fois diplômé et continuer

à exercer par la suite, etc. Ces décisions s’inscrivent dans une histoire

personnelle et familiale et sociale qui les rend possibles, facilite certains aspects de l’investissement et vient se constituer en obstacle pour d’autres.

Ainsi, selon leur histoire, ces hommes portent des regards très différents sur leur parcours. Vécue pour certains comme le résultat de l’échec des études de médecine (« J’ai fait médecine, j’ai raté, j’avais sage-femme, j’y suis allé »), l’entrée en école de sage-femme est consi- dérée par d’autres comme une victoire. S’inscrire dans ce cursus, c’est prendre une place qui est due parce qu’elle a été durement gagnée (« Ce qu’on a gagné, on le gagne ! »). L’analyse de l’histoire de Laurent D. nous permettra de revenir sur la manière dont des éléments biographiques et identificatoires peuvent peser sur les choix d’orientation et sur la façon dont le métier est ensuite investi.

et sur la façon dont le métier est ensuite investi. 5. Observation d’une équipe composée de

5. Observation d’une équipe composée de cinq sages-femmes, sept auxiliaires de puériculture et deux infirmières, complétée par le suivi de plusieurs sages-fem- mes, hommes et femmes, durant leur garde.

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L’espace d’un jeu dans les processus identificatoires

S’intéressant au travail d’équipes d’infirmières, P. Molinier a montré que celles-ci « distancient leur “être-femme” de leur professionnalité avec une insistance sans équivalent du côté des hommes » (Molinier, 2006, p. 247). Elles considèrent cette frontière comme « garante de leur santé mentale », ce qui suggère que « dans leurs représentations, l’identité féminine et l’identité professionnelle se recouvriraient en partie et la confusion entre les deux serait source de souffrance » (ibid., p. 247). L’observation de l’équipe d’un service d’hospitalisation en maternité, composée de sages-femmes, d’auxiliaires de puériculture et d’infirmiè- res, nous a permis de relever la présence d’éléments défensifs similaires. Les soignantes, qui exercent elles aussi des métiers du soin fortement féminisés s’apparentant à des métiers du care, semblent prises dans la même nécessité d’établir une distinction stricte entre « la femme » et « la professionnelle ». Pour préserver cette distinction, elles veillent avant tout à défendre les frontières de leur métier. Lorsqu’elles travaillent, elles s’appliquent à instaurer une séparation étanche entre ce qui relève de leur responsabilité et ce qui n’en relève pas, entre les tâches jugées légitimes et celles qui ne le sont pas. Une patiente qui les appellerait trop fréquem- ment pour des raisons secondaires ou un visiteur sollicitant une faveur spéciale, par exemple, peuvent être rappelés à l’ordre ou se voir opposer un refus catégorique. Les hommes sages-femmes n’étant pas soumis au même risque d’une confusion entre leur identité sexuée et leur identité professionnelle, ils ne sont pas pris dans la même nécessité de renforcer les frontières de leur métier, d’en réaffirmer les limites. Cela semble donner à certains d’entre eux la possibilité d’aborder leur travail avec une plus grande souplesse. Chez la plupart des hommes que nous avons interviewés, cette souplesse est par ailleurs vraisemblablement renforcée par le fait qu’ils exercent, en parallèle, un autre métier que celui de sage-femme. S’inscrire dans d’autres sphères professionnelles leur permet d’introduire un jeu dans les processus identificatoires. Le terme de « jeu » est utilisé ici dans un double sens, à la fois au sens winnicottien de playing (1975) et espace de non-jonction entre deux éléments, qui fait que ceux-ci sont mobiles entre eux, peuvent se rapprocher ou s’éloigner. La place du métier de sage-femme dans la construction identitaire et la socialisation professionnelle tend à être relativisée par des doubles ou triples apparte- nances. Ces hommes ne sont pas seulement sages-femmes, ils sont aussi secouristes, doctorants, sophrologues, spécialistes en sécurité incendie, etc. Ils s’inscrivent dans d’autres lieux, tiennent d’autres rôles, peuvent faire usage d’autres titres, d’autres noms pour se définir et se dire 6 .

titres, d’autres noms pour se définir et se dire 6 . 6. Sans doute sont-ils également

6. Sans doute sont-ils également moins assujettis que les autres sages-femmes à la double tâche et plus libres de multiplier les activités.

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Identifications croisées et souplesse dans les rôles de genre

Dans ses travaux sur les sages-femmes, P. Charrier a montré que les hommes qui exercent un « métier de femme » ne renoncent pas pour autant à se construire en référence à un modèle masculin traditionnel (Charrier, 2010). Il ne relève pas chez eux de parcours marqués par une « socialisation sexuée “inversée” », « au féminin », selon l’expression de Christine Mennesson (2005, citée in Charrier, 2008, p. 233). Notre recherche aboutit à des conclusions similaires, de nombreux éléments témoignant de l’existence d’identifications « masculines » chez les hommes sages-femmes interrogés : chez la majorité d’entre eux les premiers métiers envisagés sont conformes à la division sexuelle du travail (pompier, pilote de chasse, policier, ingénieur, médecin…), les professionnels évoqués comme figures identificatoires au moment de l’orientation sont presque toujours des hommes (urgentistes, médecins, chercheurs…). Les identifications « masculines » se repèrent également dans la façon dont les praticiens parlent de leur travail. Technicité, précision, responsabilité, pouvoir de prescription, urgence, dangerosité, gravité des situations à gérer, conditions de travail militaires… Ces caractéristiques utilisées pour décrire la réalité du métier ont pour point commun de l’an- crer dans un imaginaire social plus « masculin ». Mais pour la plupart de ces hommes, la revendication de la part « masculine » du métier ne s’ac- compagne pas d’une disqualification ou d’une annulation de ses aspects socialement identifiés comme « féminins ». Ils insistent au contraire sur l’importance qu’ils accordent à sa dimension relationnelle, disent le plaisir que leur procure la possibilité d’aider, de rassurer, de réconforter leurs patientes, de soulager leur douleur. Ce que la recherche met à jour, c’est donc l’existence, chez certains d’entre eux, d’une forme de bisexualité identificatoire, d’identifications croisées entre « féminin » et « mascu- lin ». Et parce qu’ils font intervenir ce double pôle identificatoire dans leur construction identitaire comme professionnels, ces hommes peuvent contribuer à enrichir l’identité de leur métier en réintroduisant, dans un univers encore très genré, une forme de souplesse dans les assignations et rôles de genre.

lAurent d., itinérAire dun homme sAge-femme

Pour mieux approcher les processus que nous venons de présen- ter, nous allons nous intéresser plus précisément à l’histoire d’un jeune homme sage-femme. Laurent D., 35 ans, diplômé en 2006, a exercé dans différentes maternités pour finalement choisir de s’installer en libé- ral. Ressaisir son orientation à travers l’analyse de son histoire person- nelle, familiale et sociale permettra de reconsidérer le rôle qu’il attribue au « hasard ». En étant sage-femme, le jeune homme se situe dans une

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transmission du côté maternel, au plus près de l’expérience de sa mère et de sa sœur, nous y reviendrons. Mais le contact avec l’intimité, le corps nu de ses patientes suscite chez lui un trouble. C’est alors l’homme sexué, désirant, qui surgit derrière le professionnel, ce qui semble indi- quer qu’il se soutient également d’identifications masculines. Lors de l’entretien, alors que nous parlons des réactions que son orientation professionnelle a suscitées dans sa famille, Laurent D. évoque sa naissance, singulière à plusieurs titres. Il parle de la grossesse de sa mère comme d’une grossesse « très difficile » qui a nécessité cinq longs mois d’hospitalisation. L’accouchement a lui aussi été « très compli- qué » : « Il y a eu une hémorragie, donc on lui a fait une césarienne. J’ai été transféré à la naissance, j’allais pas très bien, elle n’allait pas très bien non plus… » Le jeune homme ajoute : « Normalement je devais être une fille. Les échographies, c’était pas aussi performant que maintenant. Donc ils avaient choisi un prénom de fille, je devais m’appeler Amélie. Ils ne s’attendaient pas à avoir un garçon et vu qu’il y a eu naissance en urgence… ben y’avait pas de prénom. » Le père doit alors choisir seul le prénom de son fils : « Donc, vu que mon père pensait que sa femme allait mourir, il fallait choisir un prénom un petit peu dans la hâte, il s’est dit, je vais l’appeler Laurent… au cas où il arrive quelque chose de malheu- reux. Et du coup ils m’ont appelé Laurent, parce que ma mère s’appelait Laurence. » Cette première scène semble donner une coloration, une densité particulière au choix du métier de sage-femme. En devenant sage-femme, Laurent D. se trouve tous les jours confronté à des scènes de naissances, à des drames humains dans un décor de maternité. Mais nous allons voir que la résonance de la scène initiale dans sa vie d’adulte va bien au-delà d’un retour au premier décor. Dans son récit, elle semble trouver trois principales formes d’expression : répétition, transmission et réparation.

« Ah bon, vous êtes un homme ! » Du sexe et du prénom de l’enfant au sexe et au nom « du » sage-femme

Dans le récit que Laurent D. fait de sa naissance se joue un drame particulier autour du rapport sexe-prénom. Le sexe et le prénom de l’en- fant à venir sont en général étroitement associés. Sauf cas particuliers (prénoms mixtes), le prénom permet d’identifier et de désigner le sexe du bébé. Dans l’histoire de Laurent D., au contraire, s’introduit un jeu singulier qui vient distendre le lien entre identification du sexe et choix du prénom. Or il existe un parallèle frappant entre le récit de cette scène d’entrée dans le monde et la façon dont Laurent D. parle de son quotidien de professionnel. En étant homme sage-femme, il (se) rejoue un flotte- ment, une incertitude, une surprise autour du rapport entre le sexe et le nom, de leur non-correspondance. Le praticien se retrouve ainsi dans une configuration très proche de la scène de sa naissance. Le drame initial

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est rejoué quotidiennement, transformé mais s’articulant toujours autour des trois mêmes actes.

Le premier acte est celui de l’attente d’une fille. Dans la scène initiale, Laurent D., avant sa naissance, est pensé et investi par ses parents comme une fille. Dans la scène déplacée au monde professionnel, il est à nouveau anticipé par de futurs parents comme une femme, cette fois-ci du fait de sa profession qui n’est nommée qu’au féminin : « Ils se disent que sage-femme, c’est une femme. » Le deuxième acte donne lieu à un coup de théâtre : au moment de l’accouchement, le père de Laurent D.

a la surprise de découvrir un garçon. Dans sa vie professionnelle, le

sage-femme cause à nouveau la surprise des parents qu’il accompagne quand ceux-ci découvrent qu’il est un homme : « Faut s’y habituer à avoir toujours cette surprise des gens : “Ah bon, vous êtes un homme !” » Le troisième acte est celui du dénouement. Pour dépasser l’incompatibilité entre le prénom féminin choisi et le sexe masculin découvert, le père de Laurent D. trouve un compromis, il masculinise le prénom de la mère. Dans sa vie professionnelle, Laurent D. se trouve à nouveau en position de trouver un compromis entre son sexe d’homme et un nom féminin,

celui de « sage-femme ». Il s’agit alors à nouveau de masculiniser ce nom : « Moi je le masculinise, je me présente en tant que le sage-femme, on peut aussi rajouter “homme” devant : homme sage-femme… »

De mère en fils : l’identification au maternel

Dans son récit, Laurent D. laisse transparaître l’existence d’une transmission mère-fils et d’une forte identification du côté maternel.

Le premier acte qui marque cette transmission, hautement symbolique, est celui de l’attribution d’un prénom qui l’inscrit déjà dans une filiation maternelle. Son métier apparaît comme un prolongement, une réaffirma- tion de la transmission matrilinéaire ainsi inaugurée. Le jeune homme ne présente pas son entrée dans la filière de sage-femme comme relevant d’une « vocation », ni même d’un vrai choix : « Moi, à la base, j’avais pas forcément voulu faire sage-femme, je m’étais inscrit à la fac de médecine plus pour être médecin. » Les « hasards » du classement au concours font que s’ouvre, à la fin de la première année, la possibilité de devenir sage-femme. Il y a là l’espace d’un choix, le moment d’une décision qu’il décrit comme rapide, pas vraiment réfléchie, pas difficile. Peut-être son histoire familiale lui permet-elle alors de se sentir autorisé à exercer un

« métier de femme ». Son choix professionnel le rapproche d’ailleurs

singulièrement des femmes de sa famille (sa mère est assistante mater- nelle, sa sœur est auxiliaire de puériculture) et l’éloigne des hommes (son père et son frère sont agents rAtp). Laurent D. fait donc exception, il n’est pas là où on aurait pu l’attendre.

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Un prénom en forme de conjuration

Laurent D. décrit le choix de son prénom par son père comme une décision rapide prise dans l’urgence de la situation – « au cas où il arrive quelque chose de malheureux ». Un choix en forme de conjuration fait dans un moment bien particulier, suspendu, celui de l’attente du verdict de la mort sa femme. Quand il annonce qu’il va être sage-femme, le jeune homme raconte que sa mère fait un lien avec cette histoire : « Elle a été six mois hospi- talisée, donc tous les jours elle voyait des sages-femmes et les sages- femmes qu’elle a connues dans cette période-là, elle les revoit encore… Donc elle a toujours dit, peut-être que les sages-femmes qui t’ont surveillé pendant six mois se sont penchées un peu… Donc c’était toujours un clin d’œil assez sympa. » L’expression « se sont penchées un peu » fait surgir l’image des bonnes fées des contes se penchant sur les berceaux des nouveau-nés pour les doter de qualités et embellir leur destin d’un coup de baguette magique. Dans le récit de la mère, les sages-femmes se transforment ainsi en marraines bienveillantes chargées de transformer une entrée difficile dans la vie en un destin heureux. Le choix du métier de sage-femme, « clin d’œil assez sympa » à ces marraines, fait donc figure d’infléchissement du destin.

Le surgissement de l’érotique comme trouble

Associant sur son rapport avec ses patientes et la relation qu’il tente d’établir avec elles, Laurent D. cherche ses mots, peine à dérouler le fil de son discours. La parole se fait plus personnelle, la scène intime émerge sous le discours social. Ce à quoi il est attentif, raconte-t-il, c’est la ques- tion des places, de sa place. Il dit « essayer de rester à sa place », que le fait d’être un homme l’oblige à avoir « une place bien particulière ». Cette place doit être étanchement séparée de sa vie privée : « Moi, dans ma psychologie, j’ai été obligé tout de suite de me mettre des barrières :

quand je suis sage-femme je suis sage-femme. La vie privée… c’est complètement séparé ! » Ce que ces barrières interdisent, c’est l’ambi- guïté : il lui faut « instaurer tout de suite une relation qui sera sans ambi- guïté », sans « geste ou réflexion déplacés » qui risqueraient de « prêter à confusion », et ne laisser « aucune part à la séduction ». Outre l’interdit social qui frappe l’érotisation de la relation entre professionnels de santé et patients, ce que le praticien montre, dans cette attention extrême portée aux places et à ce qui est déplacé, aux barrières entre l’homme et le professionnel, c’est la nécessité dans laquelle il se trouve de se défen- dre contre ce qui correspond pour lui à un danger psychique : son trouble vis-à-vis de la nudité, de l’« intimité féminine », dans ce métier où « on voit des femmes nues toute la journée ».

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Pour illustrer son propos, le praticien décrit en exemple une situa- tion dans laquelle il s’est senti en difficulté. Il décrit une scène où il entreprend de masser une patiente souffrant du dos au moment de son accouchement : « Je me suis dit, je vais la masser. Mais ça m’a perturbé, parce que pour moi, le massage, c’était trop érotique, on va dire. Moi, je masse ma copine… dans une relation. J’ai arrêté assez rapidement. Parce que c’était déplacé. Je pense que c’était plus pour moi que pour elle, d’ailleurs ! » Dans cette scène, le geste du massage est « perturbant » parce qu’il vient brouiller la répartition des places à laquelle le sage- femme est si attentif, la séparation qu’il a si soigneusement établie entre le professionnel et l’homme de la sphère privée (en cela, il n’est guère différent des infirmières décrites par P. Molinier). Soudainement, alors qu’il masse sa patiente, c’est sa compagne qui surgit. Les deux mondes, privé et professionnel, les deux femmes, la patiente et la compagne, vien- nent se superposer, se confondre. Ce qui était envisagé comme un acte technique, médical, qui visait à soulager une douleur, est alors investi d’une charge érotique « perturbante ». Laurent D., pour faire cesser le trouble et reprendre sa place de professionnel, n’a pas d’autre choix que d’interrompre rapidement le massage. L’irruption de l’image de sa compagne dans la scène du travail fait surgir l’homme sexué, désirant. Si dans son rapport au métier le jeune homme se situe dans une proximité avec l’expérience de sa mère et de sa sœur, son trouble suggère qu’il se soutient également d’identifica- tions masculines. Hypothèse que semble confirmer sa difficulté à dire sa profession de sage-femme à autrui, malgré le plaisir que lui procure l’exercice de son métier : « Il y a quand même cette petite part, ce petit tic, le côté “c’est un métier exercé par les femmes”… La virilité ne peut pas s’empêcher d’être un peu malmenée… »

conclusion

Dans le cadre de cette recherche, nous avons cherché à explorer l’expérience singulière d’hommes exerçant la profession de sage-femme. Nous avons d’abord montré qu’absence de « vocation » dans l’enfance ou au début des études ne signifie pas absence de choix, choix dont le sens est coloré par l’histoire personnelle, familiale et sociale, qui peut les faciliter ou se constituer en obstacle. Dans le prolongement des travaux de P. Molinier sur les infirmières, nous avons émis l’hypothèse d’une spécificité de l’expérience de ces hommes qui, dans l’exercice de leur métier, ne seraient pas confrontés, au même titre que leurs collègues femmes, au risque d’une confusion entre leur identité sexuée et leur iden- tité professionnelle, mais plutôt à la nécessité de justifier leur présence en tant qu’hommes dans un « métier de femme » s’adressant à des femmes. Néanmoins, plus souvent peut-être que les autres sages-femmes, ils

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peuvent être exposés à une certaine porosité fantasmatique entre la vie sexuelle et le travail. Aujourd’hui encore, l’activité de sage-femme « n’arrive pas ou peu à se dégager d’une histoire et d’un modèle de compétences encore entiè- rement définis par le “féminin” » (Jacques et Purgues, 2012, p. 55). Dans leur construction identitaire comme professionnels, les praticiens sont aux prises avec cet imaginaire social. Or nous avons vu qu’ils font preuve, pour la plupart, d’une forme de souplesse identificatoire entre « masculin » et « féminin », souplesse qui peut leur permettre de contri- buer à transformer les pratiques et l’identité d’un métier encore très genré. Cette prise de distance avec les normes genrées du métier participe d’un mouvement qui n’est pas uniquement le fait de professionnels en situation d’insertion contre-stéréotypique. B. Jacques et S. Purgues l’ob- servent chez les jeunes sages-femmes, hommes et femmes confondus, plus fréquemment que chez leurs aînés (2012 7 ). La revendication du caractère non genré du métier s’inscrit dans une évolution actuelle de la profession, traversée depuis plusieurs années par une lutte pour sa professionnalisation (Charrier, 2004). La présence d’hommes dans ce milieu encore très féminisé apporte néanmoins la preuve qu’il n’est pas nécessaire d’être une femme pour être un « bon professionnel ». Les praticiens peuvent ainsi contribuer à ce que des aptitudes identifiées comme des qualités féminines « naturelles » soient reconnues comme de véritables compétences professionnelles des sages-femmes.

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choix professionnel et dénomination chez les hommes sages- 7. Cette tendance pourrait s’accentuer du fait du

7. Cette tendance pourrait s’accentuer du fait du nouveau mode de recrutement par le concours de médecine : « La prise de distance avec les normes sexuées de la profession viendra davantage des jeunes sages-femmes qui n’ont pas eu pour première orientation le métier de sage-femme. Elles arrivent avec des objectifs professionnels plus rationnels et veulent davantage se détacher d’une définition du métier trop féminisé » (Jacques et Purgues, 2012, p. 65).

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Homme et sage-femme

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Laura cottard, homme et saGe-femme : un choix, une pratique, une construction identitaire

résumé

Dans cet article, nous proposons une approche clinique psychosociologique de la construction identitaire des hommes sages-femmes. La position d’homme dans un « métier de femme » engendre une conflictualité sociale et psychique à chaque fois singulière parce qu’elle s’inscrit dans une histoire personnelle, familiale et sociale. L’orientation des hommes sages-femmes, souvent décrite comme relevant du « hasard », est réexaminée à l’aune de leur histoire. Chez certains d’entre eux, la recherche permet de mettre à jour l’existence d’une forme de souplesse au niveau des identités sexuées, d’identifications croisées entre féminin et masculin. Les processus à l’œuvre dans la rencontre avec le métier sont explorés à travers le cas d’un jeune homme qui affirme, lui aussi, être devenu sage-femme « par hasard ». L’analyse de son histoire permet de donner des contours à ce hasard.

mots-clés

Hommes sages-femmes, construction identitaire, identité sexuée, identification, inversion du genre, métier de femme, psychosociologie clinique, processus psychiques et sociaux.

Laura cottard, beinG a man in a « womans job » : a choice, a practice, an identity construction process

AbstrAct

In this article, we propose a clinical social psychology approach to the question of construction of the self, as it relates to male midwives. Being a man in a non-traditional occupation generates multiple social and psychological conflicts, unique from one individual to the next, as they inscribe themselves within different personal, social, and family histories. Male midwives’ career choice, often described as a result of happenstance, is reexamined in light of these histories. For some, this research has made apparent a certain flexibility in their gender identity, which lies at the intersection of « feminine » and « masculine ». The processes at work are explored through the lens of the story of a young man, who also describes his career choice as a result of chance. An analysis of his story reveals the outlying circumstances of this « chance ».

Keywords

Male midwives, identity, gender identity, identification, men in non-traditional occupations, « women’s job », social psychology, social and psychological processes.