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Mili eu x bibliq ue s

M. Thomas römer , professeur

e nseIgnement et re cherche

Cour s : Le di eu Yh wh : ses origines, ses cu ltes, sa tr an sformati on en di eu uniq ue (p re mi èr e pa rt ie )

Le but de ce cours ét ait de re prendre une qu estion complexe et passionnante, celle de l’histoire du dieu dont parle la bible hébra ï qu e, qu i est deve nu le dieu auquel se ré fèrent, de manières différentes, les trois re ligions monot héistes. Cette qu estion a été abordée avec les outils de la cr itique histor ique, philologique et exégétique. Comment peut-on, dans l’ét at actuel de nos connaissances retracer l’histoire de ce dieu depuis ses or igines jusqu’ à sa « victoire » sur les autres dieux et déesses et l’aff ir mation qu’il est le dieu unique ? La première par tie du cours a été consacrée à la qu estion des or igines du dieu Yhwh jusqu’ à son inst allation comme dieu national en israël et en Juda.

Le nom, sa prononciation et sa signification

La bible hébra ï qu e (bH) contient deux textes, de provenance différente, qu i parlent de la révé lation du nom de Yhwh à Mo ï se, Exode 3 et Exode 6. Que montrent l’analys e et la comparaison de ces deux textes ? Les deux textes conve rgent dans l’idée qu e le nom de Yhwh a été révé lé (pour la première fois) à Mo ï se. ex 3 situe cette révé lation à l’Horeb, la « mont agne de dieu » (anticipation d’ex 19), ex 6, dans le pays d’égypte. ex 3 ch erch e à donner une ex plication au nom divin ou à faire une allusion à ce nom en l’expliquant à l’aide de la racine h-y-h (« ê tre »). ex 6 n’ ex plique pas le nom, mais dit seulement qu e ce m ê me dieu s’ est présenté auparava nt comme « el (shadday) ». bien qu e les deux textes datent au plus tôt du Vi e siècle avant notre ère, ils semblent ga rd er le souvenir qu e Yhwh n’ a pas été depuis to ujours le dieu d’israël et qu e sa re lation avec israël est liée à la tradition de l’exo de dans un sens large (égypte, séjour dans le pays de Madian, et c.). Le fait qu e, au moins dans un premier

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temps, Yhwh, en ex 3, ne ré ponde pas directement à la qu estion de Mo ï se mais, avec une espèce de pirouette (« je serai qu i je serai »), re fl ète peut- ê tre déjà une sor te d’ave rsion pour la prononciation du nom du dieu d’israël.

Comment le nom de Yhwh s'est-il prononcé ?

La re constitution traditionnelle « Yahvé » se fonde d’abord sur le témoignage de cer ta ins Pères de l’église (Clément d’alexa ndr ie, Théodoret et d’autres). or igène d’alexa ndr ie (185-253), dans son comment aire sur le Ps 2, discute l’interdiction de prononcer le nom divin ch ez les Juifs et fait férence au nom divin en parlant simplement du « tétrag ramme » mais par fois aussi via le nom « Ἰαή » (ce qu i semble cor respondre à un « Yahwé »). anmoins il sait aussi qu e, dans les noms propres, la prononciation du nom divin est « yhw ». et il cite, dans son Contre Celse , la for me de Ἰαώ en la présent ant comme la prononciation des gnostiques. Un e idée similaire se trouve ch ez Te rtullien. À par tir de cela, on a souvent considéré cette prononciation comme ét ant limitée aux groupes hérétiques, ce qu i, pour ta nt, est faux. À eléphantine, les Juifs appellent leur dieu Yhw, yhh ṣb’t, dans des noms th éophores on trouve l’élément : yh qui cor re spond peut-ê tre à la prononciation ya ho. Très intéressant aussi est un texte trouvé à Qumran 4QpapLXXLevb (fragment 20 = Lev 4,26-28) qu i contient un fragment du Lévitique en grec où le tétrag ramme est re ndu par ΙΑΩ. Cette prononciation se trouve probablement aussi dans une stèle vo tive de l’époque ro maine du iii e siècle dédiée à Zeus sérapis (dieu créé par Ptolémée i er comme dieu national de grèce et de l’égypte) qu i (après coup) a été identif ié à iao (musée de Léon, espagne). La for me brève Yahu/o est large ment attestée dans les noms propres bibliques et ex trabibliques qu i compor tent cet élément th éophore : Yir meya hu, Yesha‘yahu, Yehonat an À ces deux prononciations, il faut encore en aj outer une troisième « Yah » qu i se trouve not amment dans l’exc lamation hallelu-yah , mais aussi dans d’autres textes bibliques. selon le dossier biblique, la plupar t des férences pour « Yah »se trouvent dans les Psaumes. Quant aux autres attest ations, ce sont également des textes hy mniques. on peut donc en déduire que Yah est une va ri ante liturgique. on aurait alors deux va riantes pr incipales du nom divin : la for me longue yhwh et la for me cour te yhw. La qu estion se pose alors de savo ir qu elle est la re lation entre ces deux for mes. on devrait peut- ê tre par tir de l’idée qu e les deux va ri antes du nom coexist aient et qu e la for me cour te ét ait large ment utilisée dans les noms propres th éophores mais pas de manière exclusive. on pour rait également se poser, à la suite de Weipper t 1 , la qu estion de savo ir si le nom divin a été prononcé différemment dans le no rd et dans le sud. on pour rait aussi spéculer sur le fait qu e le tétrag ramme s’ impose dans la ré daction du texte biblique dans le contexte de l’interdiction de prononcer le nom divin. Puisqu’ on a dû ga rd er la vo calisation dans les noms propres, on a du coup re pr is pour le nom divin une for me longue peut-ê tre moins usitée à l’époque perse pour distinguer le nom imprononçable de l’utilisation des noms th éophores.

1. M. Weipper t, « Jahwe », Jahwe und die anderen Götter. St udien zur Re ligionsgeschichte des antik en Israel in ihrem syr isch-palästinischen Ko ntex t (FaT 18), Tübingen, Mohr siebeck, 1997, p. 35-44.

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Le re fus du judaïsme de prononcer le nom divin

Ce re fus est attesté dans les manuscr its grecs de la bH qu i, pour la plupar t, attestent un ku ri os à la place du tétrag ramme ce qu i cor re spond à l’hébreu ’adona y (« seigneur »). Les raisons pour ce re fus sont sans doute multiples :

Yhwh est un nom propre ; dans le cadre d’une conception monot héiste, il ne

convient guère qu e le dieu unique por te un nom qu i ser t à le distinguer d’autres divinités.

Un e cer ta ine inter prét ation du Décalogue : « tu n’ utiliseras pas le nom de to n dieu pour la futilité » et une cer ta ine sacralisation du nom.

L’ utilisation du nom dans des contextes magiques.

Cette interdiction s’ est sans doute faite prog re ssivement. dans la Mishnah , on trouve l’idée qu e le grand pr ê tre, le jour du Yo m Kippur , peut, dans le saint des saints, prononcer le nom divin ( mYom 6,2 ; ce qu i peut re fl éter une pratique durant les der nières décennies de l’existence du temple de Jér usalem). Chez les samar it ains ex iste la tradition selon laquelle le gr and pr ê tre transmet secrètement la prononciation à son successeur. alter nativement au substitut adona y/k ur ios on trouve dans cer ta ins manuscr its grecs, au lieu de ku ri os , th éos . Cela peut re fl éter l’idée de re mp lacer le tétrag ramme par élohim (cf. dans la bH des passages où se trouve l’expression yhwh ’lhym). on aurait donc eu, dans un premier temps, plusieurs manières d’indiquer le fait qu e le tétrag ramme ne peut se prononcer (voir aussi dans cer ta ins manuscr its de Qumran l’écr iture du nom divin en caractères paléohébra ï qu es).

La signification du nom

C’est une qu estion qu i donne lieu à de longs débats passionnés. il faut peut-ê tre avec va n der To or n 2 re lativiser un peu cette qu estion. est-il si impor ta nt pour nommer/invo qu er qu elqu’ un de savo ir l’étymologie de son nom ? Cette étymologie peut ê tre oubliée, elle peut ê tre obscure et ne pas jouer de rôle impor ta nt au niveau d’un culte qu’on re nd à telle ou telle divinité ; et le nom ne déf init pas nécessairement la « nature » d’une divinité. Exode 3 présuppose un lien entre le nom divin et la racine h-y-h (« ê tre »). Mais s’ agit-il vraiment d’une tent ative d’expliquer l’étymologie du nom ou seulement d’un jeu de mots à par tir d’une idée th éologique selon laquelle le dieu d’israël échappe à la mainmise de l’homme (« je serai qu i je serai ») to ut en lui promett ant assist ance et accompagnement (« je serai avec to i »). 1. né anmoins l’explication à par tir d’une racine « ê tre » est souvent acceptée. a) À par tir des noms propres amor ites attestés à Mar i, comme Yaḥwi-ilum (« el est ; se manifeste ») ; Yaḥwi-adad, etc. selon W. vo n soden 3 , le fait qu’il manque pour le « Yahwé » biblique le nom de la divinité est une preuve qu e les israélites avaient, dès les or igines, une conception plus abstraite de dieu qu e leurs vo isins.

2. K. va n der To or n, « Yahweh », DDD (2 e éd.) 1999, p. 910-919.

3. W. vo n soden, « Jahwe ‘er ist, er er we ist sich’ », dans Müller H.-P. (éd.), Bibel und

Alter Or ient. Altor ientalische Beiträge zum Alten Te stament vo n Wo lfram vo n Soden

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b) W. albr ight 4 accepte également l’étymologie biblique ; le « a » sous la

préfor mante est pour lui l’indicatif d’une for me causative : « celui qu i fait ê tre »,

« celui qu i crée ». il pense qu’il s’ agit à l’or igine d’une cer ta ine manifest ation d’el, le nom complet aurait été *’ēl ya hweh yi ś rā’ēl, « el donne la vie/crée israël ». Le problème qui se pose est double : l’hébreu n’ atteste pas de causatif pour le ve rbe

« ê tre » et il n’ est guère plausible qu e Yhwh ait été à l’or igine une manifest ation d’el qu i est un dieu créateur. Yhwh ne devient un dieu créateur qu’à par tir du Vii e siècle avant notre ère environ.

2. Un e autre solution peu défendue actuellement se fonde sur la for me brève הי.

ainsi s. Mowincke l 5 pense qu e la for me or iginelle de Yhwh aurait été *ya huwa :

« le vo ici ; c’est lui » ; il n’ y a pas de parallèles pour une telle naissance d’un nom divin. L’ idée a cependant été re pr ise ré cemment par a. López Pe go 6 .

3. on pour rait se demander avec Tropper 7 et autres si Yhwh ne vient pas d’une

for me substantivale. dans ce cas il faudrait imaginer que le « y » fait par tir de la racine : yhw/y ou whw/y. Cependant, il n’y a pas de racine qui puisse s’appliquer. görg pense lui aussi à un substantif qui serait en lien avec la racine hwh, tomber ; le subjonctif qui aurait peut-être désigné un oiseau qui tombe de haut sur sa proie : aigle ou vautour. Yhwh aurait peut-être d’abord été le nom d’une tr ibu et de sa divinité 8 .

4. Le nom divin comme for me ve rbale d’une conjugaison à préfor mantes. on

cite comme attest ation ancienne la divinité dikšudum (celui qu i a atteint), attestée une fois comme dieu voya ge ant depuis Mar i dans les arM 13, no. 111 :6. e.a. Knauf, en re prenant une idée de Wellhausen, fait re marqu er qu e les arabes préislamiques connaissent des divinités dont le nom se constr uit à par tir d’une

3 e pers. de la CP : Yaǵūt (il aide) ; Ya‘ūq (il protège). La racine sud-sémitique qu’on pour rait mettre en rappor t avec le tétrag ramme serait alors la racine arabe hwy qu i a trois signif ications : désirer, se passionner ; to mber ; souff ler.

Knauf fait re marqu er qu e les sens de désirer et de to mber sont également attestés en hébreu, seul le sens de souff ler n’ y est pas. Pe ut- ê tre s’ agit-il alors d’un év itement vo ulu de cette signif ication en hébreu à cause du nom divin 9 . Comme l’a déjà re marqu é Wellhausen, le sens de souff ler s’ applique for t bien à une divinité du type dieu de l’orage : « er fä hr t durch die Lü ft e, er we ht 10 ». Cette ex plication est peut-

ê tre dans l’ét at actuel de nos connaissances l’explication la plus satisfaisante. Yhwh serait donc celui qu i souff le, qu i amène le ve nt.

L'origine (géogra phique) de Yhwh

Plusieurs hy pot hèses ont été avancées :

Ebla . Contrairement à une aff ir mation souvent ré pétée, un dieu ya n’ appara î t dans aucun texte. son culte à ebla est donc une apparemment ch imère.

4. W.F. albr ight, Ya hweh and th e Gods of Canaa: a Histo ri cal Analys is of Two Contrasting

Fa iths , Winona Lake ind., eisenbrauns, 1994 (1965).

5. s. Mowincke l, « The na me of th e god of Moses », HUCA, 32, 1961, p. 121-133.

6. a. López Pe go, « sobre el or igen de los teónimos Yah y Yahweh », EstB, 56, 1998,

p. 5-39.

7. J. Tropper, « der gottesname *YAHWA », VT, 51, 2001, p. 81-106.

8. M. görg, « YHWH - ein To ponym? Weitere Pe rspektiven », BN, 101, 2000, p. 10-14.

9. e.a. Knauf, « Yahweh », VT, 34, 1984, p. 467-472.

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Ougar it . en KTU 1.1.iV :13-20 (Vi ab iV) on trouve peut-ê tre, dans un texte très fragment aire qu i semble faire allusion à un banquet d’el : šm bny yw ’il(t/m ?) :

le nom de mon fils : yw déesse/dieu(x ?). on a par fois vo ulu y vo ir la for me abrégée du nom de Yhwh. Mais le texte est peu clair et trop fragment aire (il s’ agit peut- ê tre d’une er re ur pour ym, le dieu Yammu bien connu et mentionné dans les lignes précédentes). d’ailleurs l’écr iture yw pour Yhwh n’ est attestée qu e dans des noms th éophores. Cependant, on ne peut déf initivement exclure ce rapprochement, qu i suggérait qu’au xiii e ou xii e siècle Yhwh aurait été connu (et intég ré dans le pant héon d’ougar it).

Égypte. Un ar ticle cent fait mention d’un nom propre avec ya dans un papyr us qu’on date entre 1330-1230 : j :-t-w-n-j 2 -r-‘ :-y-h. Th. schneider 11 pense qu e ce nom transcr it un nom propre cananéen : ’adōn ī -rō‘ē-yāh : « Mon seigneur est le berge r de Yah ». on aurait alors le problème d’un nom th éophore à trois éléments :

nor malement on n’ en a qu e deux. Un e solution possible est d’imaginer qu e « Yah » soit ici utilisé comme to ponyme.

Pe ut- ê tre peut-on alors faire un rapprochement avec les fameux nomades shasou mentionnés dans des textes égyptiens en lien avec « yhw 12 ». dans une liste d’amenophis iii de soleb au soudan (vers - 1370), on trouve, entre autres, une liste de nomades shasou avec indication de leur ter ri to ire ; par mi eux : t3 š3 ś w yhw3 :

pays des shasou Yhwh : Yhw(h) dans le pays des shasou.

Le m ê me titre appara î t à un autre endroit à soleb et aussi dans une liste se trouvant dans une halle du temple de ramsès ii à amarah ouest 13 . C’est une liste plus complète qu e celle de soleb.

dans cette liste, les ter ri to ires des shasou se trouvent sur to ut dans le né guev (dans d’autres inscr iptions, il y a bien des shasou plus au no rd du Leva nt). si on suit Weipper t 14 , on peut vo ir dans le premier to ponyme « séir » une sor te de titre englobant le ter ri to ire gé néral dans lequel se situeraient les noms mentionnés ensuite. Les attest ations arch éologiques, épig raphiques et iconog raphiques apparaissent dans le ter ri to ire d’edom, de séir et dans l’araba au moment de la transition entre le bronze ré cent et l’ â ge de Fer. Par mi ces shasou, se trouvait peut- être aussi un groupe dont le dieu tutélaire ét ait le dieu Yhwh.

Les attestations bibliq ues d’une provenance de Yhwh du Sud

La provenance de Yhwh du « sud » est également aff ir mée par qu atre textes poétiques de la bH.

11. T. schneider, « The First documented occurence of th e god Yahweh? (book of th e

dead Pr inceto n ‘roll 5’) », JA NER, 7, 2008, p. 113-120.

12. r. giveon, Les Bédouins Shosou des documents égyptiens (document a et Monument a

or ientis antiqui 18), Leiden, e.J. br ill, 1971 ; M. Leuenberge r, « Jhwhs Herku nf t aus dem

süden. arch äologische befunde biblische Üb erliefer ungen histor ische Ko rrelationen », ZAW, 122, 2010, p. 1-19.

13. amara ouest a été le siège de l’administration égyptienne de la Haute nubie (Kush),

à par tir du règne de seti i (1306-1290 bC) et a été connu sous le nom de « maison de ramsès le bien-aimé d’amon ».

14. M. Weipper t, « semitische no maden des zweiten Jahr ta usends. Üb er die Š 3 ś w der

ägyptischen Quellen », Bib., 55, 1974, p. 265-280 ; 427-433.

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dt 33,2

Jg 5,4-5

Ps 68,8-9.18

Hab 3,3.10a

il dit :

Yhwh, qu and tu

8-9 : o dieu, qu and tu sor tis à la t ê te de to n peuple, qu and tu t’ avanças sur la ter re ar ide pause

la ter re trembla, oui,

le ciel ru issela

deva nt dieu ce

sina ï – deva nt dieu, le dieu d’israël.

dieu vient de Tém â n, le saint vient du mont Par â n. Pause.

son éclat couvre le

ciel, sa louange

re mp lit la ter re .

10a : les mont agnes

te vo ient et tremblent…

Yhwh est venu du sina ï , pour eux il a br illé de sé ï r, il a re splendi depuis le mont de Par â n ; il est ar ri vé à Mér ibat de Qadesh ; de son midi ve rs les Pe ntes, pour eux.

sor tis de séir, qu and tu t’ avanças depuis le pays d’edom, la ter re trembla, de

m

ru

isselèrent d’eau ; les mont agnes

ru

ê me le ciel

issela, les nuages

enfuirent deva nt

s’

Yhwh

ce sina ï – , deva nt Yhwh, le dieu d’israël.

18 : Les ch ars de dieu se comptent par vingt aines de milliers, par milliers et par milliers ; le seigneur est par mi eux, le sina ï est dans le sanctuaire.

 

Ces qu atre textes sont clairement liés entre eux par le m ê me th ème et la m ê me aff ir mation d’une provenance « sudiste », m ê me si les dét ails peuvent va ri er. d’abord on peut re marqu er qu e les qu atre textes se trouvent dans des contextes poétiques : Jg 5, le cantique de déborah, un ch ant de guer re ou de victoire ; dt 33,2 fait par tie d’un psaume qu i encadre les bénédictions de Mo ï se sur les tr ibus d’israël ; Ps 68 : un hy mne célébrant l’inter ve ntion divine dans un contexte de guer re et Ha 3, un psaume également guer ri er sans lien direct avec les ch . 1 et 2 du livre.

Ce sont les textes de Jg 5 et Ps 68 qu i sont par ticulièrement proches l’un de l’autre.

Jg 5,4-5

Ps 68,8-9

Yhwh, qu and tu sor tis de séir, qu and tu t’ avanças depuis le pays d’edom, la ter re trembla, oui, le ciel ru issela, les nuages ru isselèrent d’eau ; les mont agnes s’ enfuirent deva nt Yhwh

ce sina ï – , deva nt Yhwh, le dieu d’israël.

Ô dieu, qu and tu sor tis à la t ê te de to n peuple, qu and tu t’ avanças sur la ter re ar ide pause

la ter re trembla, oui, le ciel ru issela deva nt dieu ce sina ï – deva nt dieu, le dieu d’israël.

Comment ex pliquer ces parallèles ? ou bien les deux textes dépendent d’une Vo rl age commune, ou bien un texte re prend l’autre. il y a qu elques indices en fave ur de la th èse selon laquelle Jg 5 est le texte le plus ancien re pr is par l’auteur du Ps 68. il semble qu e le psaume contienne qu elques allusions à l’ensemble de Jg 5. Ps 68,14 (« re ster iez-vous couchés au bivouac ? ») rappelle Jg 5,16 (« Po urqu oi es-tu re sté par mi les bagages ? ») ; 68,12 (l’ar mée céleste) peut faire allusion au combat des étoiles en Jg 5,20. Mais ces prétendus parallèles sont souvent assez va gues. autre possibilité : L’hy mne th éophanique a été un petit texte indépendant qu i a été inséré dans les deux poèmes.

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Jg 5,4 fait ve nir Yhwh d’edom qu i est mis en parallèle avec sé ï r. ï r signif ie « poilu » et désigne une ré gion compor ta nt des forê ts à l’intér ieur du ter ri to ire d’edom. dans la bible, les noms d’edom et de sé ï r sont souvent utilisés comme des synonymes. Jg 5,4-5 imagine le sina ï apparemment qu elque par t en edom et non pas dans la péninsule arabique où la tradition a localisé le sina ï . Le texte de dt 33,2 par contre n’ exclut pas entièrement cette possibilité : « Yhwh est ve nu du sina ï , pour eux il s’ est leà l’hor izon, du côté de sé ï r, il a re splendi depuis le mont de Par â n ; il est ar ri vé à Mér ibat de Qadesh ; de son midi ve rs les Pe ntes, pour eux. » Mais l’expression par ticulière du texte qu i, le seul dans to ute la bible, identif ie le sina ï à un mont Paran montre plutôt qu e nous avons déjà affaire à une spéculation sava nte sur la localisation du sina ï et probablement pas à un souvenir ancien. donc on peut imaginer qu e l’auteur de dt 33 se fonde sur Jg 5 et Ps 68 qu’il inter prète avec l’idée qu e le sina ï se trouve qu elque par t dans la péninsule du sina ï entre l’égypte et le né guev. Ha 3,3 aff ir me également une or igine de Yhwh de Paran, sans pour aut ant mentionner le sina ï . ici, le mont Paran est mis en parallèle avec Téman. Téman est attesté en gn 36 comme nom d’une personne ou d’un clan dans la gé néalogie d’edom. dans cer ta ins textes, il semble désigner une localité ou un ter rito ire en edom ou une ex pression parallèle à edom (Jr 49,7.20 ; ez 25,13 ; am 11,11-12 ; ab 8-9). en dehors de la bible une inscr iption de Ku ntillet ajr ud mentionne à côté d’un Yhwh de samar ie, un Yhwh de Téman. La comparaison des quatre textes quant à la provenance de Yhwh peut être résumée ainsi : à l’exception possible de dt 33 (mais qui est peu clair), on imagine que Yhwh est « localisé » dans le sud, en ter ritoire édomite ou, d’une manière plus générale, dans un ter ritoire situé dans le sud-est de Juda. il est diff icile de suivre la thèse de Pfeiffer 15 selon laquelle le transfer t du siège de Yhwh en dehors du pays de Juda, en ter ritoire « ennemi », serait une constr uction théologique de l’époque postexilique. il est plus plausible que ces textes gardent le souvenir que Yhwh a été à l’or igine la divinité d’une ou de plusieurs montagnes dans le déser t à l’est ou à l’ouest de l’araba.

Moïse et les Madianites

selon le cit de l’ Exode , Mo ï se fait la connaissance de Yhwh (selon les traditions non-P) lors d’un séjour ch ez les Madianites. il a la révé lation de Yhwh alors qu’il trava ille comme berge r au ser vice de son beau-père Jét hro (qui appara î t encore sous d’autres noms) et, selon ex 18, c’est le m ê me Jét hro qu i re nd visite à Mo ï se juste avant la gr ande révé lation de Yhwh au mont sina ï . il est diff icile d’imaginer qu e ce lien entre Mo ï se et les Madianites soit entièrement une inve ntion d’une époque ta rd ive. on vo it mal comment, à une époque où les « mar iages mixtes » posent problème, on aurait inve nté une femme madianite à Mo ï se. dans la bH, 1 r 11,18 mentionne un pays de Madian :

17 C’est alors que Hadad s’enfuit avec des ser viteurs édomites de son père pour se rendre en égypte. Hadad était encore un jeune garçon. 18 Par tis de Madian, ils allèrent à Paran, pr irent avec eux des hommes de Paran et ar rivèrent en égypte auprès du pharaon, le roi d’égypte, qui lui donna une maison, lui assura sa nour riture et lui donna une ter re.

15. H. Pfeiffer, Jahwes Ko mmen vo m Süden (FrLanT 211), göttingen, Vandenhoeck &ruprecht, 2005.

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Ce texte suggère qu e Madian se trouve au sud d’edom. Les ge ns qu i ve ulent mettre le jeune Hadad en sécur ité sont passés par le sud pour év iter l’expédition punitive de l’ar mée de david. La signif ication du nom n’ est pas claire, vo n soden, suivi de Knauf, propose une for me subst antivale de la racine m-d-y : « s’ étendre 16 ». Madian serait alors l’étendue, faisant allusion au fait qu e son ter ri to ire se compose sur to ut de va llées étendues. Les gé og raphes gréco-romains et arabes connaissent une ville de nom de Midama/Madyan à l’est du golfe d’aqaba et qu i est à identif ier à al-bad‘ dans le Wadi ‘afal. Le pays de Madian est donc la ré gion autour de cette ville qu i en est le centre. Le wa di sadr marqu e peut- ê tre la « frontière » sud du pays de Madian. À côte d’al-bad‘, le Wadi Š ar ma constitue un deuxième centre de présence madianite, ce qu e l’on déduit à par tir de la poter ie qu’on y a trouvé. on a découver t également de la poter ie madianite à al-Qurayya dans la Hisma. Les Madianites ét aient des « nomades pays ans ». ils ont ré ussi à domestiquer le dromadaire : ils ont donc combiné l’ag riculture et l’éleva ge ; ils vivaient apparemment dans une sor te de confédération ou dans plusieurs confédérations où cohabit aient des éléments plutôt nomades et des éléments plutôt sédent aires. ils fabr iquaient une céramique qu i a été commercialisée et dont on a trouvé des traces jusque dans le Leva nt. il ex iste en effet un type de céramique qu i se distingue de la céramique édomite et qu’on trouve sur to ut en « Madian », mais pas d’une manière exclusive. Ces céramiques peuvent ê tre datées entre les xiii e et xi e siècles. il est possible qu e les Madianites, comme les shasou (ou peut- ê tre compt aient-ils par mi les shasou pour les égyptiens) aient été impliqués dans l’exploit ation minière (or, cuivre) à Timna (el-Mene‘iye) au ser vice des égyptiens. on y a peut- ê tre trouvé un sanctuaire madianite, sur l’emplacement d’un sanctuaire égyptien. dans cet endroit, on a apparemment essayé d’éradiquer les hiéroglyphes ; il semble qu’on aie transfor mé le sanctuaire en une sor te de tente (on a trouvé des étoffes de couleur pliées du coté des murs ouest et est du sanctuaire). en sumé, on peut qu alif ier les Madianites de proto-arabes. La société madianite ét ait orga nisée d’une manière tr ibale et semble ne pas avoir eu une str ucture très hiérarch isée.

Madian et les Madianites dans la Bible

Les textes bibliques dessinent un por trait ambigu des Madianites. il ex iste d’un côté des textes neutres vo ire positifs et , de l’autre côté, des textes qu i présentent les Madianites comme faisant par tie des pires ennemis d’israël. Les textes négatifs se trouvent en nb 25 et 31 (voir aussi 22,4 et 7). dans ces textes, les Madianites désignent comme les amalécites un ennemi exemplaire de type nomade. Le deuxième ensemble où apparaissent les Madianites comme ennemi d’israël se trouve dans l’histoire de gédéon en Jg 6-8. L’ histoire ancienne raconte l’exploit de gédéon contre les Madianites. Le texte d’es 9,3 qu i parle d’un « jour de Madian » semble faire allusion à un combat victor ieux contre Madian, peut-ê tre celui qu i est re laté en Jg 6-8. Les textes positifs ou neutres se trouvent en gn 37,28 et 36 ; Ha 3,7 (voir ci-dessus) et gn 25,2 et 4 où (comme en 1 Ch 1,33) Madian appara î t comme un des fi ls d’abraham qu e lui donne Qeturah. gn 25 fait par tie de P. P vo ulait peut-

16. e.a. Knauf, Midian. Un te rs uchungen zur Geschichte Pa lästinas und No rd arabiens am Ende des 2. Jahr ta usends v. Chr. (ADPV), Wiesbaden, Har rassowitz, 1988.

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ê tre ré habiliter les Madianites contre les traditions négatives et sous inf luence d’ex 2ss, en montrant qu’il ex iste des liens de parenté entre Madian et « israël » puisqu’ ils ont le m ê me ancê tre.

Moïse et les Madianites

selon le cit non sacerdot al de l’ Exode , Mo ï se est étroitement lié aux Madianites. Le ré cit de la fuite et de l’accueil de Mo ï se ch ez les Madianites (ex 2) est très ro mancé et il est très diff icile de re constr uire un évé nement histor ique der ri ère cet épisode. il se fonde peut- ê tre sur un souvenir histor ique de l’impor ta nce des Madianites et d’un cont act étroit entre Mo ï se et les Madianites. Le beau-père de Mo ï se, un pr ê tre madianite, por te dans la bible plusieurs noms : ex 2,18 : ré ouël ; ex 3,1 : Jét hro, pr ê tre de Madian ; ex 4,18 : Jèt hèr (d’autres mss et témoins textuels : Jét hro) ; ex 18,1-12 : Jét hro, pr ê tre de Madian ; nb 10,29 : Hobab, fi ls de ré ouël, le Madianite, beau-père de Mo ï se ; Jg 1,16 : Qéni, beau-père de Mo ï se (qqs mss LXX : Hobab), Jg 4,11 : Hobab, beau-père de Mo ï se (faisant par tie apparemment des Qénites). Le lien entre Yhwh et le pr ê tre de Madian est encore souligné dans un cit qu i est placé juste avant la gr ande révé lation du sina ï en ex 18. on peut grosso modo re constr uire la tradition ancienne de cette manière 17 :

1 Jét hro, pr ê tre de Madian, beau-père de Mo ï se, appr it to ut ce qu e dieu avait fait pour Mo ï se et pour israël, son peuple 5 Jét hro vint le trouver au déser t, là où il campait,

7 Mo ï se sor tit à la re ncontre de son beau-père, se proster na et l’embrassa. ils se

demandèrent l’un à l’autre comment ils allaient, puis ils entrèrent sous la tente. 8 Mo ï se racont a à son beau-père to ut ce qu e Yhwh avait fait au pharaon et à l’égypte. 10 Jét hro dit : béni soit Yhwh, qu i vo us a délivrés de la main des égyptiens et de la main du pharaon 11 Je sais maintenant qu e Yhwh est plus gr and qu e to us les dieux. 12 Jét hro, beau-père de Mo ï se, pr it un holocauste et des sacr if ices pour dieu.

Le point impor ta nt de ce ré cit est qu e le prê tre de Madian joue un rôle décisif lors du sacr if ice : « Jét hro, beau-père de Mo ï se, pr it un holocauste et des sacr if ices pour dieu ». selon le texte hébreu, il n’ y a guère d’autre possibilité qu e de comprendre qu e c’est Jét hro qu i prend l’initiative de ce sacr if ice. M ê me les ré dacteurs qu i, plus ta rd , ont inséré aaron dans cette nar ration ne lui donnent pas l’initiative. La ve rsion pr imitive de cette re ncontre entre Mo ï se et Jét hro se ter mine donc par un sacr if ice pour Yhwh fait par le prê tre de Madian. À par tir de cette obser va tion, on peut en effet imaginer qu e le prê tre de Madian ét ait pr ê tre de Yhwh. Cette impor ta nce des Madianites qu ant à l’or igine de la vé nération de Yhwh a donné lieu à ce qu’on appelle « l’hypot hèse madiano-qénite » (voir cemment blenkinsopp 18 ). elle a été for mulée pour la première fois par F. W. ghillany, écr ivant sous le pseudonyme richard vo n der alm, Theologische Br iefe an die Gebildete n der deutsche Na tion , i, 1862. Cette hy pot hèse stipule qu e Mo ï se a connu le culte de Yhwh gr â ce aux Madianites. Puisque dans cer ta ins textes, le beau-père de Moï se est identif ié comme Qénite, on a postulé un lien entre la tradition madianite et la tradition de Ca ï n (q-y-n) dont le nom se laisse rapprocher de Qénite. on parle

17. Voir d une manière similaire Knauf, Midian , p. 156-7. 18. J. blenkinsopp, « The Midianite-Kenite Hypot hesis rev isited and th e or igins of Judah », JSOT, 33, 2008, p. 131-153.

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en effet à la fi n de gn 4 du début de la vé nération de Yhwh par l’ensemble de l’humanité.

Caleb est selon nb 32,12, un Qenizzite, un clan qu e blenkinsopp ve ut rapprocher des Qénites (en gn 15,19 les Qénites et Qenizzites sont mentionnés ensemble). Caleb est en outre présenté comme qu elqu’ un qui suit fi dèlement Yhwh (nb 13-14), c’est pourqu oi il re çoit le ter rito ire de Hébron (Jos 14,14). il para î t ainsi qu e Caleb ou les Calebites sont un clan lié à Juda. Pe ut-ê tre Juda fut-il à l’or igine lui-m ê me une de ces tr ibus proto-arabes inst allées dans le sud et liées aux Madianites, Qénites et edomites. on a déjà souligné la prox imité entre Madianites, Qénites et edomites.

Yhwh – un dieu édomite ?

on a en effet l’impression d’un lien pr ivilégié entre israël et edom, par rappor t aux autres vo isins. La bible condamne les dieux nationaux des Moabites et des ammonites, Kamosh et Milkom, mais pas le dieu d’edom. Contrairement à Moab et ammon, la bible ne mentionne pas le dieu national d’edom (Qaus/Qos) qu i n’ est attesté directement qu e dès le Vi e siècle, mais qu i est sans doute déjà vé néré à l’époque assyr ienne. Le nom Qaus signif iant « arc », a des connot ations « arabes » :

il s’ agit soit d’un arc divinisé ou simplement d’un titre pour un dieu de guer re . La découver te d’un sanctuaire édomite à prox imité d’arad a four ni des inscr iptions mentionnant Qos ainsi qu e des st atuettes divines qu’on peut identif ier à ce dieu ou à sa parèdre. Yhwh ét ait-il également vénéré à edom et Qaus aurait-il pr is seulement le re lai lorsque Yhwh devint la divinité nationale d’israël et de Juda ? on pour rait aussi imaginer qu e Yhwh et Qos ét aient deux noms, vo ire deux titres, pour la m ê me divinité. Mais to ut cela re ste spéculatif…

en sumé, on peut dire qu e le dossier sur Mo ï se et Madian conf ir me les

indications four nies par les textes évoquant une provenance sudiste de Yhwh et

peut- ê tre son lien avec les shasou, des tr ibus semi-nomades par mi lesquelles on

peut compter les Madianites et les Qénites.

Comment Yhwh devient-il le dieu d'Israël ?

selon le cit biblique du Pe ntateuque , Yhwh devient le dieu d’israël suite à une conclusion d’alliance sur le mont sina ï (ex 19-24). selon ez 20,5, cette histoire entre Yhwh et israël commence en égypte, par un ch oix de Yhwh. bien qu e ces textes ne concordent pas qu ant à l’endroit où cette re lation s’ est mise en place, ils se re joignent sur l’idée qu e Yhwh s’ est ch oisi israël à un moment donné, qu e le peuple qu’il s’ est ch oisi n’ ét ait pas depuis to ujours son peuple.

Le nom d’israël conf ir me cette vision des ch oses, puisqu’ il contient l’élément th éophore « el ». L’ étymologie du nom est discutée. La bible livre une étymologie populaire du nom d’israël. gn 32,29 : « il re pr it : on ne te nommera plus Jacob, mais israël ; car tu as lutté avec dieu ». selon cette étymologie, le nom serait constr uit à par tir de la racine ś -r-h « battre, combattre ». dans ce cas, le sens premier aurait cer ta inement été : « Qu’el combatte ». dans d’autres langues sémitiques, il y a peu d’indices pour une telle racine. il semble cependant que le

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nom iš-ra-il soit attesté à ebla (ave c la signif ication possible de « combattre 19 »). Un e autre possibilité est la racine bien attestée ś -r-r (régner, gouver ner, s’ imposer comme ma î tre) : « Que el s’ impose comme ma î tre, qu’il règne ». L’ idée de ré gner, de s’ imposer comme ma î tre convient plutôt mieux pour el, le ch ef des pant héons et le ro i des dieux, alors qu e la racine ś -r-h « battre, combattre » cor re spond mieux à la fonction milit aire de Yhwh. La première attest ation d’israël dans la bible se trouve dans la stèle de Mer nept ah. on y lit not amment l’aff ir mation suivante : « Canaan est dépouillé de to ut ce qu’il avait de mauvais. ascalon est emmené. guézer est saisie. Yenoam 20 devient comme si elle n’ avait jamais ex isté. israël est détr uit, sa semence m ê me n’ est plus. La syr ie (Ḫour ro u) est deve nue une ve uve pour l’égypte. To us les pays sont unis ; ils sont en paix ». d’abord, le nom « israël » est déter miné par un homme et une femme ainsi que par les trois traits verticaux indiquant le plur iel. Cela n’implique pas qu’il s’agisse d’un groupe nomade mais du nom d’un groupe et non de celui d’une région ou d’une localité. La signif ication de pr.t est double : il peut s’agir de semence ou de blé. il existe en effet la coutume chez les égyptiens (mais aussi chez d’autres peuples) de détr uire les champs de blés des ter ritoires vaincus. L’aff ir mation qu’israël n’a plus de semence peut également évoquer la coutume égyptienne de couper les pénis des vaincus. Peut-être le texte est-il délibérément ambigu, puisque le scr ibe aurait pu rendre le ter me tout à fait clair, en choisissant trois graines de blé pour la signif ication « blé » ou en choisissant le phallus comme déter minatif pour le sens de sper me, semence 21 . apparemment, l’israël de la stèle de Mérenpt ah ét ait considéré comme un facteur potentiel de désordre, mais aussi comme un ennemi suff isamment impor ta nt pour le mentionner et se va nter de son annihilation. selon cette inscr iption, israël serait alors une coalition de clans ou de tr ibus vé nérant comme dieu tutélaire la divinité « el ». Jusqu’ à l’ar rivé e de la royauté, il peut s’ agir d’une « société segment aire ». si asqalon et guézer désignent les ex trémités sud et Yanoam l’extrémité nord, on peut imaginer cet israël en ephra ï m peut- ê tre dans une ré gion où saül va fonder son « royaume ». L’ impor ta nce des mentions d’el dans les ré cits patr iarcaux (voir aussi « el ber it h » en Jg 9,46 22 ) et les différentes tent atives d’une identif ication avec Yhwh indiquent apparemment qu’un groupe israël vé néra d’abord la divinité el sous différentes for mes. si les traditions de Jacob re fl ètent à l’or igine le souvenir d’un groupe vé nérant el, qu i a ensuite adopté Yhwh, on pour rait aussi ex pliquer le lien étroit entre Jacob et edom. Cer ta ines traditions bibliques, comme Exode 24, ga rd ent peut- ê tre la trace

19. Manfred görg, « israel in Hieroglyphen », BN, 106, 2001, p. 21-27, 26 ; Peter Van der

Veen et al ., « israel in Canaan (Long) before Pharaoh Merenpt ah? a Fresh Look at berlin st atue Pe dest al re lief 21687 », Jour nal of Ancient Egyptian Interconnections 2, 2010, p. 15-25, 24, n ° 66. d’autres rapprochent le nom de la racine « ê tre juste » ou encore « protéger ».

20. identif ication incer ta ine ; le nom est attesté dans plusieurs documents égyptiens.

Jos 16,6 mentionne une ville de nom de Yanoah, comme frontière d’ephra ï m, mais le lien n’ est pas sûr. il s’ agit d’une localité en Palestine du no rd ou en Transjordanie (Weipper t, Textbuch, 102, n ° 136).

21. L.d. Morenz, « Wor twitz ideologie geschichte: »israel« im Hor izont Mer-en-

pt ahs », ZAW, 120, 2008, p. 1-13.

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d’un ri tuel où un groupe de shasou/Hapirou se constitue via un médiateur (Mo ï se) comme ‘am Yhwh (« peuple ou parenté de Yhwh »), d’un dieu guer ri er à qui il attr ibue la victoire contre l’égypte. Ce groupe a ensuite introduit ce dieu Yhwh dans la ré gion de benjamin et ephra ï m où se trouve israël. Un e trace de cette re ncontre se re fl ète peut- ê tre en dt 33,2 5 : « Yhwh est ve nu du sina ï , il s’ est levé sur eux de sé ï r, il a re splendi de la mont agne de Paran, … oui, il aime 23 son peuple (’am 24 ) … il devint ro i en Yeshouroun, qu and s’ assemblaient les ch efs du peuple ensemble avec les tr ibus d’israël. » Le der nier ve rset semble indiquer une sor te d’union entre les ch efs du ‘am yhwh et les tr ibus s’ appelant israël. aur ions-nous là la trace de l’ascension de Yhwh comme dieu d’israël ?

L'entrée de Yhwh à Jérusalem

no us avons vu qu e Yhwh vient cer ta inement du sud et qu’il est un dieu de l’orage et de la guer re . Comment ce Yhwh est-il deve nu le dieu national d’israël et de Juda ? si Yhwh est un dieu du sud, des steppes, il est possible qu’il ait été également célébré comme un dieu des steppes. on a trouvé, not amment dans le né guev et en Juda, des sceaux en for me de scarabées re présent ant une va ri ante du motif iconog raphique du « ma î tre des animaux » ; dat ant pour la plus gr ande par tie des x e et ix e siècles : il s’ agit d’une divinité ( ?) dompt ant des autr uches. on peut rappeler l’impor ta nce des autr uches dans les céramiques madianites. Ke el et Uehlinger ont for mulé l’hypot hèse qu’il pour rait s’ agir de re présent ations de Yhwh 25 . si l’identif ication s’ av ère juste, on aurait une indication qu e Yhwh n’ a pas été vé néré seulement comme un dieu de l’orage mais aussi comme une divinité des steppes, des ré gions ar ides. Yhwh n’ est pas attesté dans des to ponymes judéens ou israélites du ii e millénaire avant notre ère. Ces to ponymes attestent des divinités telles qu e anat (anatot, Jr 1), baal (baal-Perazim, 2 s 5 ), dagan (beth -dagan, Jos 15,41 : dans le ter ri to ire de Juda), el (beth -el, gn 28), Yar iḥu (Jér icho, Jos 6), shalimu (Jér usalem), shemesh (beth -shemesh, 1 s 6,12). Ces noms attestent la vé nération de to ute une sér ie de divinités qu i sont liées à la fer tilité, aux moissons et aux coltes. il est très diff icile de discer ner, der rière le récit biblique des or igines de la monarchie, des faits histor iques concrets. on obser ve que les trois rois saül, david et salomon ont été constr uits par des rédacteurs bibliques comme des figures types : le roi rejeté préf igurant la vision biblique du royaume du nord, le roi guer rier, élu de dieu et fondateur du royaume et de la dynastie, et le roi bâtisseur et sage. en même temps il existe de nombreux traits dans les récits des livres de samuel et des rois qui ne peuvent être pure invention. on obser ve que le passage du Fer i au Fer ii (à par tir

23. Le ve rbe utilisé ici est un hapax (ḥ-b-b), il est utilisé également comme n. pr. « Hobab »,

pour le beau-père de Mo ï se ou comme nom d’un Qénite (nb 10,29 ; Jg 4,11).

24. TM a le plur iel, LXX le singulier.

25. ot hmar Ke el and Chr istoph Uehlinger, Göttinnen, Götter und Gottessymbole. Ne ue

Erke nntnisse zur Re ligionsgeschichte Ka naans und Israels aufgru nd bislang unerschlossener ik onogra phischer Quellen , Qd, 134, Freiburg-basel-Wien, Herder, 1992, p. 157-158. P. beck (« bird Figur ines » Hor va t Qitmit: an Edomite Shr ine in th e Biblical Ne ge v, éd. itzhaq beit- ar ieh, Monog raph ser ies of th e sonia and Marco na dler institute of arch aeology, 11 ; Te l aviv, institute of arch aeology, Te l aviv Un iversity, 1995, p. 141-151) pense plutôt qu e la fi gure re présente un héros.

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d’environ 1000 avant notre ère) coïncide avec l’or igine des royaumes dans le Levant (Moab, ammon, les royaumes araméens, etc.). Un élément histor ique est cer tainement le fait que la naissance d’un « royaume » israélite se fait dans la zone d’inf luence des Philistins. La bible constr uit les or igines de la monarchie autour des deux figures de samuel et saül. Quand on regarde les noms de lieux mentionnés dans l’histoire de saül, on peut en effet voir qu’il s’agit d’un ter ritoire assez limité. Une notice assez ancienne se trouve en 2 s 2,8-9 qui contredit la version off icielle selon laquelle david aurait directement « succédé » à saül : 2 s 2,8-9 : « Cependant abner, fils de ner, chef de l’ar mée de saül, pr it ish-baal 26 , fils de saül, et le fit passer à Mahanaïm. il l’ét ablit roi ‘vers’ (’el) galaad, sur les ashér ites 27 , sur Jézreel, et sur (‘al) ephraïm, sur benjamin, c’est-à-dire : sur tout israël ». Le changement de préposition ’el et ‘al montre une différence impor tante. ‘al désigne le ter ritoire acquis de saül et ’el la possibilité d’une extension de ce ter ritoire 28 . Ce ter ritoire de saül peut cor respondre à l’israël présupposé dans la stèle de Mérenpt ah. Yhwh a été sans doute un dieu vé néré par saül, mais pas d’une manière exclusive :

son fi ls Jonat han por te un nom ya hwiste ; mais un autre fi ls s’ appelle ishbaal et un fi ls de Jonat han Méphibaal. dans le ré cit biblique, Yhwh, avant d’ar ri ve r à Jér usalem, est lié à l’arch e ( ’aron :

« la bo î te »). dans la littérature dtr et P, l’arch e devient l’arch e de l’alliance, mais le nom ancien ét ait peut- ê tre l’arch e de Yhwh. L’ histoire de l’arch e, en 1 s 4-6 et 2 s 6, se situe dans le contexte des conf lits milit aires entre israël et les Philistins. il est possible qu e l’arch e cor re sponde à un sanctuaire de guer re transpor ta ble. sa dangerosité qu i appara î t dans les cits bibliques conf ir me l’idée qu’elle re présente le dieu d’israël (peut- ê tre à l’aide d’une st atue ou d’un autre objet). L’ arch e a été souvent mise en rappor t avec des sanctuaires por ta bles de nomades. sa présence dans le sanctuaire de silo ne nécessite pas cette hy pot hèse. on peut la rapprocher soit des coffres sacrés attestés dans l’iconog raphie égyptienne, soit des étendards de guer re assyr iens ou d’autres re présent ant également la divinité. selon 1 r 8,9 (un texte deutéronomiste) : « il n’ y a ri en dans l’arch e, sinon les deux ta bles de pier re déposées par Mo ï se à l’Horeb … ». Cela indique qu e les ta bles de la loi sont ve nues re mp lacer autre ch ose. Pe ut- ê tre les deux ta bles re mp lacent-elles deux pier re s sacrées, comme on le trouve aussi dans des coffres bédouins pré-islamiques. dans cer ta ines tr ibus arabes, il s’ agissait de deux déesses ’al-Lat et ’al-ouzza qu i furent ensuite re mp lacées par des copies du Coran. il ex ist ait également des coffres avec une seule divinité. selon 2 s 6, david a fait transférer l’arch e de Yhwh de Kir ya t Year im à Jér usalem. Ce transfer t de l’arch e est présenté en 2 s 6 comme une f ê te avec des connot ations sexuelles ou érotiques. Yhwh en ta nt qu e divinité de l’orage fut-il aussi néré comme dieu de la sexualité ? apparemment david, le fondateur de la dynastie, n’ a pas fondé le sanctuaire off iciel de Jér usalem. selon la tradition biblique c’est salomon qu i est le constr ucteur du temple. Le cit biblique sur salomon ne re monte

26. ainsi LXX, TM a le nom péjoratif : « ish-boshet » (« homme de honte »).

27. TM « ashour ites » : nom peu clair. s’agit-il d’une allusion aux assyr iens ? Les

ve rsions n’ ont pas compr is le ter me et essaye nt de cor ri ge r. Jg 1,32 mentionne un clan des ashér ites qu i ét aient peut- ê tre mentionnés dans la ve rsion pr imitive du texte.

28. d.V. edelman, King Saul in th e Histo riogra phy of Judah (JsoTsup 121), sheff ield,

JsoT Press, 1991.

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pas au x e siècle mais re fl ète d’abord le contexte de l’époque néo-assyr ienne 29 . Plusieurs ét apes du cit de la constr uction du temple de salomon (1 r 6-8) se retrouvent dans de nombreux documents mésopot amiens, mais l’histoire elle-m ê me est par ticulièrement semblable à celle des cits de constr uction assyr iens. Le cit de la constr uction du sanctuaire qu i culmine dans l’inauguration de celui-ci (1 ro is 6-8) est, en très gr ande par tie, l’œuvre des ré dacteurs dtrs ; il peut cependant ga rd er qu elques traces plus anciennes. on peut d’abord se demander si le récit qui suggère une constr uction ne reflète pas plutôt une rénovation ou un aménagement d’un sanctuaire déjà existant (comme cela a été suggéré par K. rupprecht 30 ). en 8,12-13, le TM conser ve la dédicace du temple. Le TM et la LXX compor tent de nombreuses différences et, dans les deux versions, la dédicace ne se trouve pas à la même place. dans LXX, cette dédicace se trouve en 1 rois 8,53 après la longue pr ière dtr. selon Keel 31 , le texte grec reposerait sur un texte hébreu différent et plus ancien. en 1 r 8,53a LXX, le dieu solaire infor me que Yhwh veut habiter dans ‘ǎrapæl (l’obscur ité) qui est le domaine de Yhwh en tant que dieu d’orage et de guer re (Ps 18,10 : « il déplia les cieux et descendit, un épais nuage sous les pieds »). on peut reconstr uire le texte hébreu que le traducteur grec a utilisé de la façon suivante : « sæmæš hodiya‘ ba-šamayim amar yhwh liškon ba-‘ǎrapæl Le soleil (shamash) la fait connaître depuis le ciel : Yhwh a dit qu’il voulait habiter dans l’obscur ité ». suivant cette reconstr uction on peut conclure que la maison que salomon constr uit ou rénove est d’abord une maison pour shamash, dans laquelle se trouvait une sor te de chapelle latérale, un deuxième debir, pour Yhwh. L’idée d’une vénération conjointe d’un dieu solaire et d’un dieu de l’orage trouve un appui dans l’iconog raphie, pas seulement dans le sud mais aussi dans plusieurs stèles du nord de la syr ie et de l’anatolie, où l’on voit le dieu de l’orage avec ses attr ibuts et au-dessus de lui le disque solaire. Un der nier indice pour une cohabit ation de deux dieux dans le temple de Jér usalem vient peut-être du texte grec du récit de la constr uction du temple 32 . Cette descr iption un peu compliquée pour rait suggérer que Yhwh (sa st atue ?) aurait d’abord été placé dans une chapelle latérale du temple.

La nération de Yhwh comme dieu national en Israël

selon la vision des auteurs bibliques expr imée dans les Livres des Rois et quelque peu différemment dans les Livres des Chroniques, l’histoire des deux royaumes d’israël et de Juda est relatée dans une perspective « sudiste », judéenne. Le culte de Yhwh dans le nord est d’emblée considéré comme idolâtr ique et contraire à la volonté

29. J. br iend, « Un accord commercial entre Hiram de Tyr et de salomon. étude de 1r 5,

15-26 », dans Fé dération biblique (éd.), Études bibliques et Proche-Or ient ancien. Mélanges of fe rt s au Père Pa ul Fe ghali, dekouaneh - Jouineh, Fé dération biblique (coll. subsidia 1), 2002, p. 95-112.

30. K. ru pprecht, Der Te mp el vo n Jer usalem: Gründung Salomos oder jebusitisches

Erbe? , bZaW, 144, berlin, W. de gr uyter, 1977.

31. o. Ke el, « der salomonische Te mp elweihspr uch. beobachtungen zum re ligions-

ge schichtlichen Ko ntext des ersten Jer usalemer Te mp el », in o. Ke el et e. Zenger (éd.), Gottessta dt und Gottesgar te n. Zur Geschichte und Theologie des Jer usalemer Te mp els Freiburg-Wien-basel, Herder, 2002, p. 9-22.

32. a. schenker, « Un e nouvelle lumière sur l’arch itecture du Te mp le gr â ce à la sept ante ?

La place de l’arch e de l’alliance selon 1 ro is 6:16-17 et 3 règnes 6:16-17 », AScRel(M), 10, 2005, p. 139-154.

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divine. C’est ainsi que la dispar ition du royaume d’israël en 722 (transfor mation du reste du royaume en province assyr ienne) est expliquée comme la sanction divine du

« péché de Jéroboam », qui est présenté par les auteurs bibliques comme le responsable

du culte er roné de Yhwh dans le nord. dans la vision biblique, Juda est dans une meilleure position, bien que le royaume finisse également par tomber sous les coups des babyloniens. C’est la dynastie davidique qui, dans s-r et Ch, est présentée comme étant élue par Yhwh. néanmoins, comme Jér usalem a été détr uite, il faut aussi expliquer cette défaite par la punition de Yhwh pour le mauvais compor tement de cer tains rois qui ont dévié du vrai culte de Yhwh lequel, dans la perspective des auteurs des rois et des Chroniques, se caractér ise par la centralisation du culte à Yhwh à Jér usalem et par l’exclusivité de sa vénération (pas d’autres divinités à côté de lui). Cer tains rois not amment david, en par tie salomon, et sur tout ezékias et Josias auraient respecté cette « pureté cultuelle », mais leurs actions n’avaient pas réussi à éviter la cat astrophe. Cette vision biblique qui est due en grande par tie au milieu dtr ne cor respond pas à la réalité histor ique, et cela à plusieurs niveaux :

L’ idée qu e Yhwh est le seul dieu à vé nérer et Jér usalem le seul sanctuaire

légitime n’ est pas une idée ancienne, mais un concept qu i na î t au plus tôt au

Vii e siècle avant notre ère.

La manière dont on présente les ro is dans les Livres des Ro is ne cor re spond

pas aux ré ussites ou échecs politiques. Po ur ne prendre qu e deux exemples, Manassé est présenté dans le Livre des Ro is comme probablement le pire de to us les ro is de Juda, alors qu’il a ré gné durant 55 ans et qu e, sous son règne, Juda a connu une pér iode de tranquillité et de prospér ité. ezékias, dont les ré dacteurs dtrs ch antent

les louanges, a mené une politique de sit ance anti-assyr ienne assez suicidaire qu i

a mené à une occupation et une ré duction drastique du ter ri to ire du petit royaume.

au niveau géo-politique, il ne fait aucun doute que le royaume d’israël est le

royaume dominant alors que Juda est une petite entité qui semble souvent avoir été le vassal d’israël. Le royaume d’israël comprenait des régions fer tiles où il ét ait aisé de cultiver du blé (dans la plaine de Jezréel) des olives et du vin (dans les mont agnes de galilée). Très vite, israël a entretenu des relations commerciales avec les royaumes de syr ie et la Phénicie, l’économie judéenne ét ant plus fragile. Jusqu’à 722, le petit royaume de Juda se trouvait constamment dans l’ombre du grand frère du nord.

L’ idée d’un gr and royaume uni sous david et salomon re lève de l’imagination des auteurs bibliques. To ujours est-il cependant qu’il faut ex pliquer pourqu oi on a dans les deux royaumes vé néré le m ê me dieu national. il faut donc imaginer qu e les règnes de david et de salomon cor re spondent à une alité où Juda, benjamin et ephra ï m se sont trouvés unis autour d’un ro i et d’un dieu tutélaire.

il est assez clair qu e la vé nération de Yhwh a été for t diverse, comme l’attestent déjà les inscr iptions et les textes bibliques : les textes de Ku ntillet ajr ud mentionnent un Yhwh de samar ie, un Yhwh de Téman (les deux en re lation avec une ashéra), l’inscr iption de Khirbet beit Lei parle d’un Yhwh, dieu de Jér usalem (et des mont agnes de Juda ?), 2 s 15,7 d’un « Yhwh à Hébron », Ps 99,2 d’un « Yhwh dans sion », gn 28,10-22 ex plique qu e Yhwh est vé néré à bét h-el, et c. Po ur re ndre compte de cette diversité, il convient de distinguer au niveau de la

re ligiosité antique trois niveaux :

le niveau individuel, familial, clanique : on s’ adresse à des dieux protecteurs,

des dieux personnels, anc ê tres divinisés, ou d’autres. Pas besoin de sanctuaire ni de temple, le pater fa milias s’ occupe des actes ri tuels ;

414

THoMas rÖ Mer

le re groupement de plusieurs clans dans une agglomération cor re spond à un

niveau local de la pratique re ligieuse. Celle-ci se alise dans des sanctuaires locaux, pas très impor ta nts, souvent en plein air, ce qu e la bible appelle d’une manière polémique des cultes « sur ch aque colline, et sous ch aque arbre ve rt » ;

le niveau national. Le culte dont le ro i est le médiateur et qu i s’ orga nise autour

du dieu national et d’autres divinités qu i lui sont associées d’une manière ou d’une autre. en ce qu i concer ne le troisième niveau, il faut se demander si le culte off iciel royal de Yhwh a été identique dans israël et dans Juda. Très souvent, on pense en effet qu e le culte de Yhwh en Juda ét ait for tement distinct de celui d’israël. Le royaume d’israël s’ est constitué à par tir d’un ter ri to ire qu i cor re spond grosso modo au royaume d’un dénommé Lab’ayu (« un lion est XY ») de sichem mentionné dans la cor re spondance d’amar na. selon 1 rois 12, Jéroboam fait constr uire deux sanctuaires à béthel et à dan où il ér ige des statues bovines, qu’il identifie comme représentant le dieu qui a fait sor tir israël d’égypte. selon ce texte, le dieu national d’israël est celui de l’exode. L’installation des statues à béthel et à dan symbolise les frontières nord et sud du royaume. Pour les archéologues, la mention de dan pour un événement de la fin du x e siècle pose problème, car il semble que dan n’ait été israélite que depuis le Viii e siècle 33 . dans ce cas, la fondation d’un sanctuaire à dan pour rait être une rétroprojection de l’époque de Jéroboam ii. Le livre d’osée indique clairement la vénération d’un taureau à samar ie. il peut soit jouer le rôle d’un piédestal pour Yhwh, soit représenter Yhwh même. À ougar it, baal est soit représenté d’une manière anthropomor phe, soit comme un taureau ; il est d’ailleurs par fois intitulé taureau et, dans l’épopée « baal et la mor t », il s’accouple avec une vache avant de descendre vers Motu. dans un ostracon de samar ie, on trouve un nom propre ‘glyw (samar ia 41), qu’on peut traduire par « ve au de Yhwh » ou par « Yhwh est un ve au ». L’ iconog raphie atteste to utes les possibilités. Par ticulièrement intéressant est un sceau d’ebla. on y vo it un ta ureau sur un trône, entre le fi dèle à ga uche et le dieu de l’orage à droite. Cela signif ie qu e le fi dèle re ncontre le dieu de l’orage ou de la guer re à trave rs le ta ureau. apparemment, bét hel a été le sanctuaire le plus impor ta nt d’israël, comme l’atteste Amos 7,13. Le pr ê tre de bét hel ve ut se débar rasser d’amos en lui interdisant l’accès au sanctuaire : « ne continue pas à prophétiser à bét hel, car c’est un sanctuaire du ro i, et c’est un temple royal ». anmoins, il a dû y avoir aussi un temple à samar ie, comme le montre l’inscr iption de sargon qu i parle de la dépor ta tion de st atues de samar ie, et aussi l’inscr iption de Ku ntillet ajr ud mentionnant un Yhwh de samar ie.

Yhwh et Israël selon la stèle de Mésha

Cette inscr iption est datée entre 850 et 810 et per met les conclusions suivantes. on const ate qu’elle re flète une th éologie tout à fait similaire à celle des Livres des Ro is et d’autres textes bibliques, en insist ant sur le fait qu e la victoire contre un ennemi est l’œuvre du dieu national. de m ê me, la défaite ou l’occupation est- elle ex pliquée par la colère du dieu national qu i se détour ne de son peuple. il apparaî t donc qu e Kamosh joue pour Moab un rôle comparable à celui de Yhwh

33. e. ar ie, « re consider ing th e iron age ii st rat a at Te l dan: arch aeological and Histor ical implications », Te l Av iv, 35, 2008, p. 6-64.

MiLieUX bibLiQUes

415

pour israël. selon l’inscr iption de Mésha, Mésha aurait re pr is des villes transjordaniennes occupées par israël. Quant à la ville de ne bo, il dit : « J’empor ta i de là les vases de Yahvé et je les traî nai deva nt la face de Kamosh. » Le mot traduit par « va ses » est assez gé néral et peut désigner to utes sor tes d’objets cultuels (peut-

ê tre m ê me la st atue ?). Ce qu i est impor ta nt est le fait qu e cette re marqu e présuppose un sanctuaire de Yhwh à ne bo qu e Mésha aurait détr uit et dont il aurait déplacé, comme c’est la coutume, les ustensiles ou st atues dans le temple de Kamosh. on peut donc aff ir mer qu’il ex ist ait en israël sous les omr ides une diversité des lieux de cultes et qu e Yhwh y a été vénéré sous les traits d’un ta ureau ou d’une manière ant hropomor phe sous la for me d’un dieu de l’orage : samar ie, bét hel, dan (à par tir du Viii e siècle), sichem, silo, et des sanctuaires en Transjordanie. dans le royaume d’israël, Yhwh fut vénéré comme un « baal », comme un dieu de l’orage du type « Hadad ». Les ostraca de samar ie attestent des noms propres avec l’élément « b‘l ». il n’ est pas clair si, dans ces noms, b’l désigne simplement Yhwh ou une autre divinité. Le ro i omr i vo ulait créer un ét at moder ne et se lia avec les Phéniciens en mar iant son fi ls akhab à Jézabel qu i appara î t dans la bible comme fi lle du ro i des sidoniens (1 r 16,31) ; selon d’autres sources, et hbaal, son père, appara î t comme ro i de Tyr. du coup, on pour rait se demander si la vé nération de baal qu i est re prochée par les ré dacteurs des Livres des Ro is à son fils akhab n’ est pas en fait une vé nération de Milqar t, dieu phénicien. Ce Milqar t por ta it le titre de b‘l Ṣr, « le baal de Tyr ». il est donc plausible qu e ce soit cette divinité qu i soit deve nue le dieu tutélaire des omr ides et qu’elle ait été populaire auprès du milit aire et d’autres membres de la cour. L’ introduction de la vé nération de Milqar t en ta nt qu e dieu de samar ie a provoqué, selon le témoignage biblique, la révo lte des milieux att achés à la vé nération du baal Yhwh qu i aboutira à la victoire de Yhwh qu i deviendra déf initivement le « baal » d’israël. (à suivre).

Sém in ai re : Comme nt devi ent-o n proph ète ?

séminaire sous la for me d’un colloque : Comment devient-on prophète ? (4 et 5 av ri l 2011), orga nisé conjointement par les ch aires d’assyr iologie et des Milieux bibliques. Le prophétisme ét ait cette année le th ème du colloque ré unissant des ch erch eurs des disciplines des ch aires orga nisatr ices mais aussi un helléniste et un re présent ant du monde arabe. rapprochant et confront ant la vo cation et l’activité prophétique sur près de trois millénaires et dans une ère gé og raphique circonscr ite, des bords de la Méditer ranée à la Mésopot amie, les inter ve nants ont pu donner un ét at de leurs re ch erch es sur cette th ématique. au-delà de l’intér ê t par ticulier de ch aque contr ibution, la démarch e comparative a favo ri sé des échanges transdisciplinaires et guidé une ré flex ion commune. Les inf luences et empr unts culturels entre les civilisations mésopot amiennes et le monde biblique sont indéniables bien qu e leurs gé néalogies soient diff iciles à re constituer. Les différences qu ant à elles posent des qu estions et offrent des angles d’approches différents. de ce point de vue, l’étude de la ter minologie est révé latr ice de la por tée de la th ématique des prophètes dans les cor pus étudiés. Les biblistes re courent au ter me hébreu de nabi to ut aussi bien pour désigner une section littéraire (une des trois

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THoMas rÖ Mer

gr andes divisions de la bible hébraï qu e) ou pour décr ire les personnages dont les paroles ont été rassemblées dans les livres prophétiques qu e pour citer les diverses fi gures de prophètes apparaissant dans les textes nar ratifs. Cette unif ication ter minologique a pour effet de masquer cer taines caractér istiques propres à l’une ou l’autre de ces fi gures. Les assyr iologues de leur côté distinguent deux traditions prophétiques : les âpilum (« qu i prend la parole après ») et les muhhûm (« fous ») à Mar i ou les ra ggimu (« cr ieurs ») et les mahhû (« fous ») de la pér iode néo- assyr ienne. Les premiers ( âpilum et ra ggimu ), à vo cation politique, peuvent ê tre l’équivalent des prophètes de cour sur les qu estions re latives à la ge stion du royaume. Les seconds ( muhhûm et mahhû ), s’ apparentent plus aux prophètes bibliques et se font souvent l’écho de la vox populi auprès du ro i.

Les inter ve ntions croisées des biblistes et des assyr iologues ont également souligné une différence fondament ale liée au th ème du colloque. si le cit de vo cation prophétique est ré cur re nt, str ucturé et bien dét aillé dans le cor pus biblique, il est en revanche absent des sources étudiées par les assyr iologues qu i attestent to ut au plus de for mules de mission ou d’envo i. Cette différence majeure rappelle la nature des textes qu i, pour la Mésopot amie, prov iennent gé néralement d’archives qu i témoignent de la vie du palais et de l’orga nisation de la vie qu otidienne (voir www.arch ibab.fr). Les biblistes sont confrontés à une littérature déve loppée et ré écr ite durant plusieurs siècles. La fi gure du prophète y évolue au fi l de la constr uction du cor pus biblique, d’abord lors de la mise par écr it des traditions orales sur les prophètes puis dans les nombreuses inter prét ations des prophéties en fonction des nouveaux contextes socio-histor iques. Les milieux for mateurs (écoles de scr ibes, pr ê tres) de ces textes jouent également un gr and rôle dans la conception du prophétisme, comme l’illustrent déjà la tradition deutéronomiste et , à par tir du second siècle av. J-C, les textes de Qumran, le ch ri stianisme naissant ou Flavius Josèphe.

L’ approche multidisciplinaire pratiquée durant ce colloque a également per mis de re cour ir à une vision ex tér ieure par son éloignement gé og raphique, à trave rs la fi gure d’apollonius de Thya ne. Ce re présent ant du prophétisme gréco-romain offre un exemple de l’impor ta nce des figures prophétiques dans l’élaboration de la mémoire collective. Leur souvenir est enr ichi de nombreux dét ails et anecdotes ex traordinaires. il ar ri ve également qu’il s’ insère dans une to pog raphie, comme le montre l’exe mp le des lieux de pèler inages musulmans se constituant autour de damas dès le Moye n Âge sur les traces des prophètes bibliques.

Les actes du colloque seront publiés par J.-M. durand, Th. rö mer et M. burki dans la collection orbis biblicus et or ient alis (academic Press Fr ibourg, Vandenhoeck & ru precht, göttingen). Le prog ramme dét aillé du colloque et les retransmissions audiovisuelles sont en ligne sur le site du Collège de France :

http://www.college-de-france.fr/default/en/all/mil_bib/audio_video.jsp.

En se igne me nt donn é à l’u ni ve rs ité de Te l Av iv (m ai 2011)

gr âce à une invit ation de l’université de Te l aviv et de la Fo ndation sackler, le professeur a donné les enseignements suivants au dépar tement d’arch éologie et d’histoire ancienne.

MiLieUX bibLiQUes

417

The curre nt debate about « Israel’s fi rst histo ry »

Les prog rès en sciences bibliques et en arch éologie du Leva nt per mettent de mieux comprendre les contextes socio-histor iques qu i ont vu na î tre la « première histoire d’israël ». À la fin du Vii e siècle avant notre ère, les hauts fonctionnaires de la cour de Jér usalem ré digent la première ve rsion des livres du deutéronome, de Josué, de samuel et des ro is. il s’ agit de montrer qu e le temple de Jér usalem est le seul sanctuaire ch oisi par Yhwh et le ro i Josias, le digne successeur de david. après la destr uction de Jér usalem, cette histoire est radicalement révisée et modif iée. son but est maintenant d’expliquer la ch ute du royaume de Juda et l’exil babyl onien.

New perspectives on th e fo rm ation of th e Pentateuch. The case of th e Book Nu mbers

dans le débat actuel sur la for mation du Pentateuque, le Livre des Nombres apparaît de plus en plus comme une char nière qui fait le lien entre un « Triteuch » sacerdotal (gnLv) et le Livre du Deutéronome amputé de l’histoire deutéronomiste. Le Livre des Nombres accueille toutes sor tes de compléments aux lois du sinaï et aux lois du code deutéronomique qui n’ont plus pu être intég rés dans les autres livres de la Torah naissante possédant apparemment déjà un statut « proto-canonique ». Le Livre des Nombres se trouve ainsi à l’or igine d’une her méneutique d’actualisation des textes législatifs qui marquera le judaïsme tout au long de son histoire.

Older (pre-exilic) traditions in th e To ra h. The Case of th e patriarch al and th e Moses traditions

Un e tendance de la re ch erch e consiste à faire débuter la mise par écr it des textes de la bible hébra ï que à l’époque babyl onienne, après la destr uction de Juda et sa per te d’autonomie politique. il ex iste cependant suff isamment d’indices qu i per mettent de postuler qu e les traditions fondatr ices du Pe ntateuque ont été mises par écr it durant les Viii e et Vii e siècles avant notre ère. L’ histoire de Mo ï se, dont l’histor icité est diff icile à saisir, a été mise par écr it ve rs 630 comme une « contre- histoire » re prenant des éléments de la propagande royale assyr ienne. L’ histoire de Jacob, qu ant à elle, prov ient sans doute du royaume d’israël et a été probablement ré digée sous le règne de Jéroboam ii au sanctuaire de bét hel.

Histo ri ogra phy in th e Pe rs ian period

durant la première par tie de l’époque perse, les livres constituant l’histoire deutéronomiste ont été révisés dans le but d’intég re r les nouvelles donnes de l’intég ration de Juda dans l’empire perse. il s’ agit, pour les der niers ré dacteurs de cette histoire, de montrer comment l’exil s’ est transfor mé en diaspora, et qu’il est désor mais possible d’envisager une ex istence judéenne en dehors du pays .

conférences , congrès , coLLoq ues

1 er -2 octobre 2010 : Fo rm ation continue de l’université de ne uch â tel : « éléments d’ant hropologie biblique ». 4-6 octobre 2010 : Un iversité de Leipzig, symposium sur Cr isis mangement in ancient cultures : « The Hebrew bible as cr isis litterature ».

418

THoMas rÖ Mer

9 octobre 2010 : institut biblique de Versailles : « Le prophétisme ».

20 octobre 2010 : espace culturel des ter re aux, Lausanne : « Les Psaumes : histoire et

composition ».

11-13 novembre 2010 : associazione protest ante per l’interscambio culturale e re ligioso (aPi), ro me : séminaire « bibbia e sessualità ».

14 nove mbre 2010 : Mair ie du V e ar ro ndissement de Par is (« Frater nité d’abraham ») :

« abraham, Mo ï se et le monot héisme ».

17 nove mbre 2010 : Lycée de bur nier (suisse) : « Quelle est la vé ri té des cits bibliques

sur les or igines ? ».

19-23 nove mbre 2010 : annual Meeting de la sbL, atlant a : Moses, Israel’s Fi rst Prophet, and th e Fo rm ation of th e Deuteronomistic Histo ry ; « book-endings in Joshua and th e end of th e deuteronomistic Histor y ».

28 nove mbre 2010, berlin, schaubühne : « re ligionen und sexualit ät ».

27-28 janvier 2011 : Lichtenberg Ko lleg, Un iversité de göttingen, symposium sur le mal :

« Les or igines du mal selon la bible hébra ï qu e ». 24-25 janvier 2011 : Conférences à To ulouse et à albi : « La violence dans la bible ».

14

mars 2011 : Un iversité de st rasbourg : « guer re et paix selon la bible hébra ï que ».

24

mars 2011 : association « bible et Te rre sainte », Par is : « La bible et l’arch éologie ».

26

mars 2011 : Centre de for mation du Louverain : « Le concept d’alliance dans les textes

bibliques ».

9 av ri l 2011 : groupe Lambda, église amér icaine de Par is : « La sexualité dans la bible et

le Proche-or ient ancien ». 12-14 av ri l 2011 : Un iversité de bochum : « egypt no st algia in th e book of nu mbers ».

18-20 av ri l 2011 : institut Protest ant de Montpellier : cours bloc sur la for mation du cycle d’abraham.

21 av ri l 2011 : Un iversité de genève, dépar tement d’histoire des re ligions : « du jardin

d’eden au Jardin du Cantique des Cantiques ».

26

av ri l 2011 : Un iversité populaire de s t Maur : « Comment la bible fut-elle écr ite ? ».

29

av ri l 2011 : Conférence dans le cadre du séminaire de M me le professeur delmas-

Mar ty : « Hominisation, Humanisation », Collège de France. 2-3 juin 2011 : Un iversité de Münster, « Conf licting Models of identity and th e Publication of th e To rah in th e Pe rsian Pe ri od ».

10 juin 2011 : Un iversité de sheff ield : « To rah dans l’ép î tre aux Hébreux » (ave c

Chr istophe nihan). 16 juin 2011 : colloque aner-dFg, Collège de France : « Comment déceler des ré dactions communes dans les trois grands prophètes ? ». 27-28 juin 2011 : Colloque de la société asiatique, Par is : « de la cohabit ation diff icile entre les dieux et les hommes ». 4-7 juillet 2011 : inter national Meeting de la sbL, Londres : « Yhwh, th e goddess and evil: is Monot heism” an adequate Concept to descr ibe th e Hebrew bible’s discourses about th e god of israel? » ; « Jacob Milg ro m and th e Pr iestly Texts of th e Pe nt ateuch ».

I nvItatIons

Le professeur Jacob Wr ight, de l’université emor y d’atlant a, a donné le 17 décembre 2010 un cours sur « se faire un nom. Procréation, prouesses mar tiales et mor t héro ï qu e dans l’ancien israël » (voir le sumé, p. 900-902).

MiLieUX bibLiQUes

p ubLIcatIons du professeur

Li vr es éd ités

419

mer T. , Macchi J.-d. et nihan C. (éd.), Antigo Te stamento. Histó ri a, escr itura e te ologia Saõ Pa olo , sP, edições Loyo la, 2010 (Traduction por tugaise de Introduction à l’Ancien Te stament).

durand J.-M., rö mer T. et Langlois M. (éd.), Le jeune héros. Re ch erch es sur la fo rm ation et la dif fusion d’un th ème littéraire au Proche-Or ient ancien (obo 250), Fr ibourg-göttingen, academic Press-Vandenhoeck & ru precht, 2011.

Ar ti cl es

mer T. , « genesis 27-36 » ; « exodus » ; « Leviticus », in Kr ieg M. et schmid K. (éd.), Erklär t : Der Ko mmentar zur Zürch er Bibel , band 1, Zür ich, TV Z, 2010, 89-119, 150-244,

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mer T. , « The exodus in th e book of genesis », Svensk Exeget isk Årsbok , 75, 2010,

1-20.

mer T. , « ro i et messie. idéologie royale et inve ntion du messianisme dans le juda ï sme ancien », Re ligions & Histo ire, 35, 2010, 30-35.

mer T. , « book-endings in Joshua and th e Question of th e so-Called deuteronomistic Histor y », in no ll K.L. et schramm b. (éd.), Ra ising Up a Fa ithful Exegete, Winona Lake, in, eisenbrauns, 2010, 85-99.

mer T. , « itinéraire d’un rich e éleve ur », Histo ri a, 770, 2011, 20-26.

mer T. , « Quelle est la «vér ité» des ré cits bibliques sur l’or igine du monde et de l’homme ? », in bor net P. et al. (éd.), Et Dieu créa Dar win. Théor ie et évolution du créationnisme en Suisse aujourd’hui , Re ligion et moder nités , 7, genève, Labor et Fides, 2011,

59-74.

mer T. , « Les or igines de la bible hébraï qu e », Le Monde de la Bible , 196, 2011, 20-25.

mer T. , « Quand les dieux re ndent visite aux hommes (gn 18-19). abraham, Lot et la my th ologie grecque et proche-or ient ale », in Prescendi F. et Volokhine Y. (éd), Dans le laboratoire de l’histo rien des re ligions. Mélanges of fe rt s à Philippe Borge aud , Re ligions en perspectives, 24, genève, Labor et Fides, 2011, 615-626.

mer T. , « abraham, Moïse et le monot héisme », Frater nité d’Abraham , 148/149, 2011,

11-37.

mer T. , « Moïse a-t-il l’étoffe d’un héros ? obser va tions bibliques et ex tra-bibliques », in durand J.-M., mer T. et Langlois M. (éd.), Le jeune héros. Re ch erch es sur la fo rm ation et la dif fusion d’un th ème littéraire au Proche-Or ient ancien , obo, 250, Fr ibourg-göttingen, academic Press-Vandenhoeck & ru precht, 2011, 225-241.

mer T. , « das deuteronomistische geschichtswerk und die Wüstentraditionen der Hebräischen bibel », in st ipp H.-J. (éd.), Das deuteronomistische Geschichtswerk , Ö bs, 39, Frankfur t a. M., et al ., Peter Lang, 2011, 55-88.

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414-421.

420

THoMas rÖ Mer

m IssIons et opératIons de re cherche

avec le professeur Uwe becke r de l’Université de iéna, le projet franco-allemand por ta nt sur la for mation des trois gr ands prophètes s’ est poursuivi. il s’ est ter miné par un colloque à Par is en juin (pour plus de dét ails, vo ir le rappor t de Micaël burki). Les sult ats de ces projets sont en cours de publication. outre les missions liées à des cong rès (cf. ci-dessus), le professeur a été invité pour un mois à l’université de Te l aviv. Ce séjour a per mis la visite des nouveaux ch antiers de fouilles et re nforcé la collaboration avec le dépar tement d’arch éologie et d’histoire ancienne de l’université de Te l aviv. Le professeur a également re lancé la publication de la revue Semitica , liée à la bibliot hèque d’études sémitiques. il a rajeuni et re constitué le comité de ré daction. Le premier numéro de la revue ainsi re nouvelée devrait para î tre à la fi n de l’année

2011.

m édIas

18

septembre 2010 : Télévision suisse ro mande : « La bible à l’épreuve de la violence ».

29

mars 2011 : Fréquence Protest ante : « abraham entre juda ï sme et ch ri stianisme ».

9 août 2011 : France Culture, émission « Les textes sacrés dans un monde mondialisé » (ave c anne Cheng).

a utres actIvItés de La chaIre

Mic aël Bur ki , AT ER

Le projet CO REGRAP

L’ année 2010-2011 est la seconde du projet CoregraP (Composition et ré daction des gr ands prophètes), qu i ré unit une équipe franco-allemande dir igée par les professeurs Thomas rö mer de la ch aire Milieux bibliques et Uwe becke r de l’université de iéna. Ce projet est financé par l’agence nationale de la re ch erche et la deutsche Fo rschung gemeinschaf t. L’ axe de re ch erch e est l’étude de la composition et de la ré daction des trois gr ands livres prophétiques (esa ï e-Jérémie- ezéchiel) à par tir d’enqu ê tes th ématiques et comparatives. dans ce cadre, j’ai approfondi la th ématique de l’hybr is commune aux oracles contre les na tions des trois gr ands prophètes. Cette étude a donné lieu à plusieurs communications qu i soulignent la fonction str ucturante de ce th ème dans la ré daction du livre d’esa ï e, alors qu’il appara î t secondaire ch ez les prophètes Jérémie et ezéchiel. À cette occasion, j’ai mis en place une platefor me de trava il collectif en ligne qu i per met d’en suivre l’actualité : http://www.netvibes.com/coreg rap. L’ orga nisation des jour nées d’études des 15 &16 juin 2011 à Par is a été l’occasion de re nforcer la collaboration des deux équipes et de lancer un projet de publication autour du trava il alisé.

MiLieUX bibLiQUes

421

Colloques et conférences

« greatness and excessiveness in th e oracles against th e nations of th e prophet isaiah », The Fo rm ation of isaiah group, society of biblical Literature Meeting, 4-8 octobre 2010, atlant a (ga).

« L’ étoffe du prophète : le don du manteau comme transmission symbolique du

pouvoir », Colloque interdisciplinaire des ch aires assyr iologie et Milieux bibliques :

« Comment devient-on prophète ? », 4-5 av ril 2011, Collège de France.

« Jér usalem l’orgueilleuse dans les trois gr ands prophètes », jour nées d’études sur la composition et la ré daction des trois gr ands prophètes, 15-16 juin 2011, Par is.

« Tsaraat: th e disease of th e gif t or th e obligation to re ciprocate », Pe nt ateuch session in honor of J. Milg ro m, society of biblical Literature inter national Meeting, 3-7 juillet 2011, Londres.

Traduction

george brooke, « Les mystères des prophètes et les oracles d’exé gèse : continuité et discontinuité dans la prophétie à Qumran » (à l’occasion de sa conférence donnée au Collège de France en av ri l 2011).

Jacob L. Wr ight, « se faire un nom : procréation, prouesses mar tiales et mor t héro ï qu e dans l’ancien israël » (résumé de la conférence du 17 décembre 2010, pour la Lettre du Collège de France)

Jürg Hu t z li , AT ER

J’ai assisté le prof. rö mer dans la ré daction des ar ticles scientif iques ainsi qu e dans des trava ux faisant par tie de son comment aire sur le cycle d’abraham. J’ai aidé à la préparation du colloque interdisciplinaire orga nisé en commun avec la ch aire d’assyr iologie por ta nt sur le sujet « comment devient-on un prophète ? ». Ma contr ibution ét ait intitulée : « Comment samuel devient prophète : analys e du ré cit de 1 s 3 ». Mes activités ont également inclus des trava ux dans notre bibliot hèque « d’études ouest-sémitiques » (rangement, cat alogage). J’ai aussi par ticipé à la préparation de l’édition des actes du colloque sur le sujet des « vivants et leurs mor ts » dans le Proche-or ient (Collège de France, 14 et 15 av ri l 2010) ; à para î tre dans la sér ie obo ch ez academic Press-Vandenhoeck & ru precht (Fr ibourg, suisse-göttingen). Concer nant mes propres études, j’ai continué mon trava il d’habilit ation sur les différentes strates de la tradition sacerdot ale du Pe ntateuque . est liée à ce projet une étude sur la gé néalogie du ch apitre 5 de la genèse. J’ai tenu plusieurs conférences à ce sujet : à Par is (deva nt le comité de la revue Transeuphratène , 6 décembre 2010) ; à l’université de Heidelberg (12 févr ier 2011) ; à la ré union inter nationale de la Society of Biblical Literature (sbL) à Londres (4-7 juillet 2011). L’ étude sera publiée dans la revue Semitica : « The Procreation of seth by adam (gen 5:3) and th e Composition of gen 5 ». J’ai également par ticipé au colloque th ématique et interdisciplinaire « Le ciel dans to us ces ét ats » (orga nisé par l’institut du Proche-or ient du Collège de France et la société asiatique, 27-28 juin 2011) avec une conférence intitulée « Le ciel dans la tradition sacerdot ale de la bible hébraï que ».

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THoMas rÖ Mer

en outre, j’ai par ticipé à la ré union annuelle de la Society of Biblical Literature (sbL) à atlant a (21-24 nove mbre 2010) avec une conférence intitulée : « The Meaning of th e expression ʿ îr dāwīd in samuel and Kings ». Je suis également membre du comité de lecture de la revue Semitica.

Publications

Ar ticles par us

Hutzli J., « The Literar y re lationship between i-ii samuel and i-ii Kings. Considerations Concer ning th e Fo rm ation of th e Two book s », ZAW, 122, 2010, 505-519. Hutzli J., « nä he zu david, nä he zu Jhwh. Fremdst ämmige in den davider zählungen », in dietr ich W. (éd.), Seitenblicke . Ne benf iguren im zweiten Samuelbuch , Fr ibourg (suisse) göttingen, academic Press Vandenhoeck & ru precht, 2011, 71-90. Hutzli J., « The meaning of th e ex pression ʿ îr dāwīd in samuel and Kings », Te l Av iv, 38, 2011, 167-179.

Re cension

Livre de W. oswald, Na th an der Prophet: Eine Un te rs uchung zu 2Samuel 7 und 12 und 1Könige 1 (aThanT, 94, Zur ich, Theologischer Verlag, 2008), JHS , 11, 2011 publication en ligne : http://www.ar ts.ualber ta .ca/JHs/rev iews /rev iews _new/rev iew549.htm

Ar ticles achevé s (sous presse)

Hutzli J., « L’ exécution de sept descendants de saül par les gabaonites (2 s 21,1-14), place et fonction du cit dans les livres de samuel », Transeuphratène , 40, 2012. Hutzli J., « indices littéraires et arch éologiques pour l’enter re ment dans la maison d’habit ation en ancien israël », in durand J.-M., mer T. , Hutzli J. (éd.), Les vivants et leurs mor ts. Ac te s du colloque orga nisé par les ch aires d’assyr iologie et des milieux bibliques du Collège de France, Pa ri s, les 14 et 15 avr il 2010 , obo, Fr ibourg (suisse) göttingen :

academic Press Vandenhoeck & ru pprecht.