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L’interdiction de porter une tenue destinée à dissimuler son visage dans

l’espace public en France n’est pas contraire à la Convention
Dans son arrêt de Grande Chambre, définitif, rendu ce jour dans l’affaire S.A.S. c. France
re!uête n
o
"#$#%&''(, la Cour européenne des droits de l’homme dit notamment )
à la majorité, !u’il n’* a pas eu violation de l’article 8 (droit au respect de la vie privée et
familiale) et !u’il n’* a pas eu violation de l’article 9 (droit à la liberté de pensée, de
conscience et de religion) de la Convention européenne des droits de l’homme+
à l’unanimité, !u’il n’* a pas eu violation de l’article ! (interdiction de la discrimination)
combiné avec l’article $ ou avec l’article ,-
L’affaire concerne une Fran.aise de confession musulmane !ui se plaint de ne pouvoir porter
publi!uement le voile intégral suite à l’entrée en vigueur, le '' avril /0'', d’une loi interdisant de
dissimuler son visage dans l’espace public loi n
o
/0'01'',/ du '' octobre /0'0(-
La Cour a souligné !ue la préservation des conditions du 2 vivre ensemble 3 était un objectif
légitime à la restriction contestée et !ue, notamment au regard de l’ample marge d’appréciation
dont l’4tat disposait sur cette !uestion de politi!ue générale suscitant de profondes divergences,
l’interdiction posée par la loi du '' octobre /0'0 n’était pas contraire à la Convention-
5rincipau6 faits
La re!uérante est une ressortissante fran.aise née en ',,0 et résidant en France- 7usulmane
prati!uante, elle déclare porter la bur!a et le ni!ab afin d’être en accord avec sa foi, sa culture et
ses convictions personnelles- 4lle précise !ue la bur!a est un habit !ui couvre enti8rement le
corps et inclut un tissu à mailles au niveau du visage, et !ue le ni!ab est un voile couvrant le
visage à l’e6ception des *eu6- 4lle souligne également !ue ni son mari ni aucun autre membre de
sa famille n’e6ercent de pression sur elle pour !u’elle s’habille ainsi- 4lle ajoute !u’elle porte le
ni!ab en public et en privé, mais pas de fa.on s*stémati!ue- 4n effet, elle accepte de ne pas le
porter en certaines circonstances mais souhaite pouvoir le porter !uand tel est son choi6- 4lle
déclare enfin !ue son objectif n’est pas de créer un désagrément pour autrui mais d’être en accord
avec elle1même-
Griefs, procédure et composition de la Cour
9nvo!uant en particulier les articles $ droit au respect de la vie privée et familiale(, , droit à la
liberté de pensée, de conscience et de religion( et '0 liberté d’e6pression(, la re!uérante se plaint
de ne pouvoir porter publi!uement le voile intégral- 4nfin, sous l’angle de l’article '" interdiction
de la discrimination(, elle se plaint du fait !ue cette interdiction gén8re une discrimination fondée
sur le se6e, la religion et l’origine ethni!ue au détriment des femmes !ui, comme elle, portent le
voile intégral-
La re!uête a été introduite devant la Cour européenne des droits de l’homme le '' avril /0''- Le
/$ mai /0'#, la chambre à la!uelle l’affaire avait été confiée s’est dessaisie au profit de la Grande
Chambre- :ne audience de Grande C hambre s’est déroulée en public au 5alais des droits de
l’homme à ;trasbourg le /< novembre /0'#- Le gouvernement belge, le Centre des droits de
l’homme de l’:niversité de Gand ainsi !ue les organisations non gouvernementales Amnesty
international, ARTICLE 19, Liberty et Open Society Justice Initiative ont été autorisés à intervenir
dans la procédure écrite en tant !ue tiers intervenants article #= > / de la Convention(-
L’arrêt a été rendu par la Grande Chambre de '< juges, composée en l’occurrence de )
Dean Spielmann Lu6embourg(, président,
?osep "asadevall @ndorre(,
Guido #aimondi 9talie(,
9neta $iemele Lettonie(,
7arA %illiger Liechtenstein(,
BoCtjan 7- $upan&i& ;lovénie(,
4lisabeth Steiner @utriche(,
Dhanlar 'a(i)ev @EerbaFdjan(,
7irjana *a+arova ,ra(-ovs-a 2 L’e61Gépubli!ue Hougoslave de 7acédoine 3(,
Ledi .ian-u @lbanie(,
Ganna /ud-ivs-a :Araine(,
@ngeliAa 0u1berger @llemagne(,
4riA 23se Iorv8ge(,
@ndré 4otoc-i France(,
5aul *emmens Belgi!ue(,
Jelena 56derblom ;u8de(
@leC 4e(c7al Gépubli!ue tch8!ue(,
ainsi !ue de 4riA Friberg7, !re""ier#
Décision de la Cour
Le Gouvernement met en cause la !ualité de victime de la re!uérante, au motif notamment
!u’aucune mesure individuelle n’a été prise contre elle en application de la loi du '' octobre /0'0-
La Cour rejette cette e6ception préliminaire- 4lle rappelle !u’un particulier peut soutenir !u’une loi
viole ses droits s’il est obligé de changer de comportement sous peine de poursuites ou s’il fait
partie d’une catégorie de personnes ris!uant de subir directement les effets de la législation
criti!uée- La présente re!uête ne constitue donc pas une actio popularis# La Cour rejette
également les e6ceptions préliminaires du Gouvernement concernant le non1épuisement des voies
de recours internes et l’abus de droit-
La Cour déclare par ailleurs irrecevables les griefs de la re!uérante relatifs au6 articles #
interdiction des traitements inhumains ou dégradants( et '' liberté de réunion et d’association(,
pris isolément et combinés avec l’article '" interdiction de la discrimination(-
@rticles $ et ,
La Cour e6amine les griefs de la re!uérante sous l’angle de l’article $ et de l’article ,, en mettant
l’accent sur ce dernier- 4n effet, si les choi6 relatifs à l’apparence rel8vent de l’e6pression de la
personnalité de chacun, et donc de la vie privée, la re!uérante se plaint de ne pouvoir porter dans
l’espace public une tenue !ue sa prati!ue de sa religion lui dicte de revêtir, posant donc avant tout
une !uestion sur le terrain de la liberté de manifester sa religion ou ses convictions-
La Cour constate !u’il * a une 2 ingérence permanente 3 dans l’e6ercice des droits !ue la
re!uérante tire des articles $ et ,, cette derni8re étant confrontée à un dilemme ) soit elle se plie à
l’interdiction contestée et renonce à se vêtir comme son approche de sa religion le lui dicte, soit
elle ne s’* plie pas et s’e6pose à des sanctions pénales- La Cour note ensuite !ue cette restriction
est prévue par la loi du '' octobre /0'0-
La Cour admet !ue l’ingérence poursuit deu6 des buts légitimes énumérés dans les articles $ et , )
la 2 sécurité 3 ou la 2 sKreté 3 publi!ues, et la 2 protection des droits et libertés d’autrui 3-
;’agissant de la 2 sécurité 3 ou la 2 sKreté 3 publi!ues, la Cour note en effet !ue le législateur
entendait avec la loi en !uestion répondre à la nécessité d’identifier les individus pour prévenir les
atteintes à la sécurité des personnes et des biens et lutter contre la fraude identitaire- 4lle juge
cependant !ue l’interdiction litigieuse n’est pas 2 nécessaire dans une société démocrati!ue 3
pour atteindre ce but- 4n effet, selon la Cour, vu son impact sur les droits des femmes !ui
souhaitent porter le voile intégral pour des raisons religieuses, une interdiction absolue de porter
dans l’espace public une tenue destinée à dissimuler son visage ne peut passer pour
proportionnée !u’en présence d’un conte6te révélant une menace générale contre la sécurité
publi!ue- Lr le Gouvernement ne démontre pas !ue l’interdiction !ue pose la loi du '' octobre
/0'0 s’inscrit dans un tel conte6te- Muant au6 femmes concernées, elles se trouvent obligées de
renoncer totalement à un élément de leur identité !u’elles jugent important ainsi !u’à la mani8re de
manifester leur religion ou leurs convictions, alors !ue l’objectif évo!ué par le Gouvernement serait
atteint par une simple obligation de montrer leur visage et de s’identifier lors!u’un ris!ue pour la
sécurité des personnes et des biens est caractérisé ou !ue des circonstances particuli8res
conduisent à soup.onner une fraude identitaire-
@u titre de la 2 protection des droits et libertés d’autrui 3, le Gouvernement invo!ue le 2 respect du
socle minimal des valeurs d’une société démocrati!ue ouverte 3, renvo*ant à trois valeurs ) le
respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect de la dignité des personnes et le
respect des e6igences de la vie en société le 2 vivre ensemble 3(- ;i elle ne retient pas les
arguments relatifs au6 deu6 premi8res valeurs, la Cour admet !ue la clNture !u’oppose au6 autres
le fait de porter un voile cachant le visage dans l’espace public puisse porter atteinte au 2 vivre
ensemble 3- @ cet égard, elle indi!ue prendre en compte le fait !ue l’Otat défendeur consid8re !ue
le visage joue un rNle important dans l’interaction sociale- 4lle dit aussi pouvoir comprendre le
point de vue selon le!uel les personnes !ui se trouvent dans les lieu6 ouverts à tous souhaitent
!ue ne s’* développent pas des prati!ues ou des attitudes mettant fondamentalement en cause la
possibilité de relations interpersonnelles ouvertes !ui, en vertu d’un consensus établi, est un
élément indispensable à la vie en société- La Cour peut donc admettre !ue la clNture !u’oppose
au6 autres le voile cachant le visage soit per.ue par l’Otat défendeur comme portant atteinte au
droit d’autrui d’évoluer dans un espace de sociabilité facilitant la vie ensemble- 4lle précise
toutefois !ue la fle6ibilité de la notion de 2 vivre ensemble 3 et le ris!ue d’e6c8s !ui en découle
commandent !u’elle proc8de à un e6amen attentif de la nécessité de la restriction contestée-
5rocédant à cet e6amen, la Cour vérifie en particulier si l’interdiction est proportionnée par rapport
au but poursuivi- 4lle admet !u’il puisse paraPtre démesuré, au regard du faible nombre de femmes
concernées, d’avoir fait le choi6 d’une loi d’interdiction générale- 4lle constate en outre !ue cette
interdiction a un fort impact négatif sur la situation des femmes !ui ont fait le choi6 de porter le
voile intégral pour des raisons tenant à leurs convictions et !ue de nombreu6 acteurs nationau6 et
internationau6 de la protection des droits fondamentau6 consid8rent !u’une interdiction générale
est disproportionnée- La Cour se dit par ailleurs tr8s préoccupée par des indications selon
les!uelles des propos islamophobes auraient mar!ué le débat précédant l’adoption de la loi du ''
octobre /0'0- 4lle souligne à cet égard !u’un Otat !ui s’engage dans un tel processus législatif
prend le ris!ue de contribuer à consolider des stéréot*pes affectant certaines catégories de
personnes et d’encourager l’e6pression de l’intolérance alors !u’il se doit au contraire de
promouvoir la tolérance- 4lle rappelle en outre !ue des propos constitutifs d’une atta!ue générale
et véhémente contre un groupe identifié par une religion ou des origines ethni!ues sont
incompatibles avec les valeurs de tolérance, de pai6 sociale et de non1discrimination !ui sous1
tendent la Convention et ne rel8vent pas du droit à la liberté d’e6pression !u’elle consacre-
Iéanmoins, si la Cour est consciente !ue l’interdiction contestée p8se essentiellement sur une
partie des femmes musulmanes, elle rel8ve !u’elle n’affecte pas la liberté de porter dans l’espace
public des habits ou éléments vestimentaires !ui n’ont pas pour effet de dissimuler le visage et
!u’elle n’est pas e6plicitement fondée sur la connotation religieuse des vêtements mais sur le seul
fait !u’ils dissimulent le visage- 5ar ailleurs les sanctions en jeu 1 '%0 euros d’amende ma6imum et
l’éventuelle obligation d’accomplir un stage de cito*enneté en sus ou à la place 1 sont parmi les
plus lég8res !ue le législateur pouvait envisager- 4n outre, la !uestion de l’acceptation ou non du
port du voile intégral dans l’espace public relevant d’un choi6 de société, la France disposait d’une
ample marge d’appréciation- Dans un tel cas de figure, la Cour se doit en effet de faire preuve de
réserve dans l’e6ercice de son contrNle de conventionalité d8s lors !u’il la conduit à évaluer un
arbitrage effectué selon des modalités démocrati!ues au sein de la société en cause- ;elon elle,
l’absence de communauté de vue entre les 4tats membres du Conseil de l’4urope sur la !uestion
du port du voile intégral dans l’espace public conforte son constat !uant à l’ampleur de la marge
d’appréciation- L’interdiction contestée peut par consé!uent passer pour proportionnée au but
poursuivi, à savoir la préservation du 2 vivre ensemble 3- La Cour conclut !u’il n’* a violation ni de
l’article $ ni de l’article , de la Convention-
@utres articles
L’interdiction !ue pose la loi du '' octobre /0'0 a certes des effets négatifs spécifi!ues sur la
situation des femmes musulmanes !ui, pour des motifs religieu6, souhaitent porter le voile intégral
dans l’espace public- Cependant cette mesure a une justification objective et raisonnable pour les
raisons indi!uées précédemment- 9l n’* a donc pas eu violation de l’article '" combiné avec
l’article $ ou l’article ,-
La Cour estime par ailleurs !u’aucune !uestion distincte ne se pose sous l’angle de l’article '0,
pris isolément ou combiné avec l’article '"-
Lpinion séparée
Les juges IuQberger et ?Rderblom ont e6primé une opinion dissidente commune, dont l’e6posé se
trouve joint à l’arrêt-
L$arr%t e&iste en an!lais et "ran'ais#
Gédigé par le greffe, le présent communi!ué ne lie pas la Cour- Les décisions et arrêts rendus par la Cour,
ainsi !ue des informations complémentaires au sujet de celle1ci, peuvent être obtenus sur SSS-echr-coe-int -
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de nous suivre sur TSitter U4CJGpress-
"ontacts pour la presse
echrpressUechr-coe-int V tel) W## # ,0 /' "/ 0$
"éline 2enu8*ange (tel9 : ;; ; ; 9< = >8 ??)
Trace* Turner1TretE tel) W ## # $$ "' #% #0(
Iina ;alomon tel) W ## # ,0 /' ", <,(
Denis Lambert tel) W ## # ,0 /' "' 0,(
*a "our européenne des droits de l’7omme a été créée à ;trasbourg par les 4tats membres du Conseil de l’4urope
en ',%, pour connaPtre des allégations de violation de la Convention européenne des droits de l’homme de ',%0-