Jeudi 6 mars 2014 - 70

e
année - N˚21502 - 2 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice: Natalie Nougayrède
A
troissemainesdesélectionsmunici-
pales, à trois mois des européennes,
Marine Le Pen peut se frotter les
mains. La droite dans l’opposition
comme la gauche augouvernement se char-
gent, chacune à sa manière, d’apporter de
l’eauà sonmoulin.
Ladroite, d’abord. Deuxans après la défai-
te de Nicolas Sarkozy, un an après la lutte
sans merci qui a opposé François Fillon et
Jean-François Copé pour la présidence de
l’UMP, elle escomptait bienpanser ses plaies
et retrouver les faveurs des Français à l’occa-
sion du scrutin municipal. Deux méchantes
affaires risquent de torpiller cet espoir.
Depuis quelques jours, c’est le président
de l’UMP qui se retrouve, une nouvelle fois,
sur la sellette. Hier accusé d’avoir triché pour
s’emparer de la présidence de l’UMP, le voilà
soupçonné d’avoir favorisé indûment une
société de communication dirigée par deux
de ses anciens collaborateurs. Selon une
enquête duPoint, cette société aurait récupé-
ré, en particulier, la gestion des meetings de
M. Sarkozy durant sa campagne de 2012 et les
aurait lourdement surfacturés. Quand on se
rappellequelescomptesdecampagnedel’an-
cien président ont été rejetés par le Conseil
constitutionnel et que les militants de l’UMP
ont étéinvités àéponger lanotede11millions
d’euros, onpeut douter qu’ils apprécient.
Et que fait Jean-François Copé? Loin de
répondre précisément à ces accusations, il se
pose en victime d’un complot et s’efforce de
mouiller tout le monde, en exigeant une loi
detransparenceabsoluedescomptesdespar-
tis politiques. Non seulement c’est prendre
son camp en otage. Non seulement c’est
oublier que cette législationexiste depuis un
quart de siècle et que les comptes de tous les
partissont consultablesauprèsdelaCommis-
sion nationale des comptes de campagne et
des financements politiques. Mais c’est, sur-
tout, alimenter le «Tous pourris! » ressassé
depuis toujours par le Front national.
La seconde affaire n’est pas plus brillante.
Pendant des années, selonLe Canardenchaî-
né, Patrick Buisson, influent conseiller de
Nicolas Sarkozy à l’Elysée, aurait discrète-
ment enregistré ses discussions avec l’an-
cien président et son entourage. On croit
rêver ! Ce n’est plus «Tous pourris! », mais
«Tous tordus ! »…Pathétique.
M. Sarkozy pourra dénoncer la trahison
d’un homme; il ne pourra échapper ni au
ridicule de ces révélations, ni auclimat délé-
tère dont elles témoignent. Pour celui qui
s’estime seul capable de contrer, demain, le
FNet defaireregagner ladroite, lecamouflet
est cinglant.
Quant à la gauche au pouvoir, c’est plus
simple. Pas de vilain scandale à l’horizon.
Mais sonimpuissance à lutter contre la crue
du chômage, sa panne de résultats appa-
rents dans leredressement del’économiedu
pays, la purge fiscale opérée depuis deux
ans, le discrédit profond du président de la
République et la faiblesse dugouvernement
se conjuguent pour expliquer la crise de
confiance dont elle est victime.
On le constate : la présidente du Front
national a bien toutes les raisons de se
réjouir. Les autres travaillent pour elle. Sans
qu’elle ait besoind’enrajouter. Hélas! p
ET PROCHAINEMENT LE 29 AVRIL :
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UKRAINE : POUTINE CALME
LE JEU FACE AUXPRESSIONS
INTERNATIONAL–LIRE PAGES 2-3
EnCentrafrique, chronique
d’unéchecannoncé
INTERNATIONAL–LIRE PAGE 4
NOUGARO CÉLÉBRÉ
EN MAÎTRE DE MUSIQUE
CULTURE–LIRE PAGE 12
Intégrer une grande
école avec ousans prépa
Les classes préparatoires aux
grandes écoles étaient jusqu’ici
la voie royale pour intégrer les
grandes écoles. Celles-ci se sont
ouvertes depuis auxétudiants
de licence, master, DUT ouBTS,
qui peuvent tenter le concours
par admission parallèle. Mais
le succès est mitigé auregard
dupoids des traditions.
CAHIERÉCOPAGES7-8
AuSénat,
Jean-PierreBel
jettel’éponge
Dans une tribune
auMonde, le
président duSénat
annoncequ’il quit-
terasonfauteuil
après les sénatoria-
les deseptembre.
Il renonce àtoute
«fonctionélective».
DÉBATS– PAGE18
Pluie, chaleur:
hiver record
enFrance
C’est le2
e
hiver le
plus chauddepuis
1900, avecuneplu-
viométrieextrême
et des tempêtes
àrépétition. Breta-
gneouCôted’azur,
aucunerégion
n’aétéépargnée.
FRANCE–PAGE10
Lacourseàla
compétitivité
affolel’Europe
Les pays del’Union
selivrent une
bataille féroce.
LaFrance, l’Espagne
et l’Italiejouent
lacarteducoût du
travail. Mais l’Alle-
magnea déjàpris
dixans d’avance.
CAHIERÉCO–PAGE3
L’hydrogène
entre en bourse
3+$% 0#,).(% '"!
0$ 12-,/& ã1()(*,/
ÉDITORIAL
LadroitesouslechocdesécoutesBuisson
AUJOURD’HUI
UNIVERSITÉS
MarineLe Penpeut sefrotter les mains…
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1
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0
tL’ancienconseiller de Nicolas Sarkozyaenregistré secrètement des réunions tenues àl’Elyséeen2011 LIRE P. 7
LE REGARD DE PLANTU
VIOLS EN SYRIE :
ENQUÊTE
SUR UNE ARME
DE GUERRE
t«LeMonde»arecueilli
denombreuxtémoignages
defemmes violées enSyrie,
faisant état d’unepratique
systématique
PatrickBuisson, en2011,
lors de la cérémonie
du11-Novembre
dans la cour d’honneur
des Invalides.
LUDOVIC/REA
D
ans le flot d’horreurs per-
pétrées dans la guerre en
Syrie, il est un crime plus
tabouque les autres : le viol. Filles
violées devant leur père, femmes
devant leur mari, opposantes au
régime torturées et victimes
d’abus sexuels ensérie…
Malgré la honte et la peur des
représailles, des femmes syrien-
nes ont accepté de se confier au
Monde. Témoignages souvent
insoutenables qui viennent
appuyer le constat des organisa-
tions internationales : le régime
de Bachar Al-Assad utiliserait le
viol comme une arme de guerre
systématique. p
LIRE L’ENQUÊTE
D’ANNICKCOJEANP. 20-21
Algérie 150 DA, Allemagne 2,40 ¤, Andorre 2,20 ¤, Autriche 2,50 ¤, Belgique 2 ¤, Cameroun 1 800 F CFA, Canada 4,50 $, Côte d’Ivoire 1 800 F CFA, Croatie 19,50 Kn, Danemark 30 KRD, Espagne 2,30 ¤, Finlande 3,80 ¤, Gabon 1 800 F CFA, Grande-Bretagne 1,80 £, Grèce 2,40 ¤, Guadeloupe-Martinique 2,20 ¤, Guyane 2,50 ¤, Hongrie 950 HUF, Irlande 2,40 ¤,
Italie 2,40 ¤, Liban 6500 LBP, Luxembourg 2 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,40 ¤, Portugal cont. 2,30 ¤, La Réunion 2,20 ¤, Sénégal 1 800 F CFA, Slovénie 2,50 ¤, Saint-Martin 2,50 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,40 CHF, TOMAvion 450 XPF, Tunisie 2,40 DT, Turquie 9 TL, USA4,50 $, Afrique CFA autres 1 800 F CFA
international
Kiev
Envoyé spécial
P
endantdixjours, lesilencede
Vladimir Poutine ausujet de
l’Ukraine avait été très com-
menté. Indécision, improvisation
ou bien plan muet pour placer les
Occidentaux et l’Etat voisin, à la
dérive, devant le fait accompli
d’une occupation partielle? Les
spéculations n’ont pas été étan-
chées par la conférence de presse
qu’a finalement donnée le prési-
dent russe, mardi 4mars.
Destinée à ranger, «pour l’ins-
tant», les clairons de la guerre, cet-
te intervention a marqué une
esquisse d’apaisement. Mais elle
est loind’avoir levé les ambiguïtés
sur la position russe. « Si nous
voyons que le désordre commence
dans les régions de l’est, nous nous
laissons le droit d’utiliser tous les
moyens pour défendre les citoyens,
d’autant quelademandenous ena
été faite par le président
[Ianoukovitch] », a précisé Vladi-
mir Poutine.
L’optionmilitairen’estdoncpas
une question de principe, mais de
circonstances. Dans cette pause,
difficile de mesurer le rôle qu’ont
joué les indicateurs catastrophi-
ques sur les marchés, la chute du
rouble, ou bien les mises en garde
occidentales, soulignant l’isole-
ment de la Russie. Les dernières
attaques ont été déclenchées à
Kiev, mardi, par le secrétaired’Etat
américain, John Kerry, venu offrir
un crédit de 1 milliard de dollars
(728millions d’euros), simple
début d’unecoopérationintense.
Après s’être rendu à Maïdan,
M. Kerry – qui devait rencontrer
son homologue russe mercredi à
Paris – a tenu un discours battant
en brèche les affirmations russes
sur l’insécurité en Ukraine. «C’est
ladiplomatieet lerespect delasou-
veraineté, pas la force unilatérale
qui peuvent résoudre au mieux les
disputesdecettenatureauXXI
e
siè-
cle», a-t-il conclu.
Pendantcetemps, VladimirPou-
tine ne semblait absolument pas
nerveuxousurladéfensivedevant
les journalistes. Ni contrarié par la
menace de sanctions occidentales,
estimant que « les dommages
seraient mutuels». «Il a défendu
farouchement les intérêts russes,
maisil s’est dit prêt enmêmetemps
à des compromis, explique à Mos-
cou Vladimir Jarikhine, le vice-
directeurdel’Institutpourlespays
de la Communauté des Etats indé-
pendants. Il a déjà atteint son but:
arrêter l’expansion nazie et natio-
naliste dans l’ouest, qui menaçait
l’Ukraine d’une guerre civile. » Un
vocabulaire banalisé dans les cer-
cles moscovites et àlatélévision.
Sans surprise, leprésident russe
a qualifié la nouvelle révolution
ukrainienne de «renversement
anticonstitutionnel » et de «coup
armé». Il a euquelques mots posi-
tifs à l’égard des manifestants de
Maïdan–maispaspourdéplorerla
centaine de morts – disant «com-
prendre»leurs demandes dechan-
gements radicaux. Puis le prési-
dent russe a emmuré vivant son
ancienhomologue ukrainien, Vik-
tor Ianoukovitch, qu’il a vu «il y a
deux jours». Tout en dénuant tou-
te légitimité à son successeur par
intérim, Olexandre Tourtchinov,
VladimirPoutineaestiméqueVik-
tor Ianoukovitch n’avait « pas
d’avenir politique». La Russie
l’auraitaidé, dit-il, pourdesraisons
«humanitaires».
Contretouteévidence, Vladimir
Poutineassurequeseulsdes«grou-
pes d’autodéfense» locaux agis-
sent en Crimée et non des élé-
ments de sa propre armée. Mais il
veut bien répondre par avance à
l’hypothèse d’une intervention
militaire plus large. Son principe
serait tout à fait «légal », dès lors
que les habitants de certaines
régions appellent la Russie àlares-
cousse, face au «chaos». D’autant
que, selonle président russe, Mos-
counesentirait alors plus lié par le
mémorandumde Budapest sur la
dénucléarisation de l’Ukraine, en
1994: une révolution signifie
l’émergenced’unnouvel Etat, avec
lequelMoscoun’ariensigné. Etran-
ge façonde se délester des engage-
ments passés de la Russie, quand
Boris Eltsineétait président.
«C’estunedémonstrationinvrai-
semblable de cynisme, de double
langage, souligne à Kiev Guiorgui
Kassianov, chef du département
d’histoire contemporaine à l’Insti-
tut d’histoire. Poutinetordles faits.
Il parle par exemple de “terreur” à
Kiev, deviolences. Jemarchedansla
rueet j’encherchelespreuves. Dela
même façon, il refuse la légitimité
des autorités ukrainiennes, mais il
n’a aucun problème avec les nou-
veauxpouvoirslocauxenCrimée. Il
veut y créer une enclave, un quasi-
Etat marionnette. »
Vladimir Jarikhine, lui, voit la
stratégie du Kremlin au-delà de la
Crimée. A l’écouter, la seule façon
de préserver l’intégrité territoriale
de l’Ukraine, quitte à affaiblir son
centre, «est de mettre en place sa
fédéralisation, politique et écono-
mique, avec une élection de ses
représentants régionaux. Il ne faut
plus que l’Ukraine soit au cœur
d’un jeu entre Washington et Mos-
cou. C’est un pays compliqué qui
doit rester là où il est, entre l’Union
européenneet laRussie».
La pausemilitaire n’aurait donc
rien à voir avec la stratégie politi-
que sur le terrain, très large.
D’autant que Vladimir Poutine
refuse toute leçon de droit de la
part des Occidentaux, enfaisant la
liste des entorses américaines:
Irak, Afghanistan, Libye. Selon lui,
Washington aurait agi à chaque
fois sans résolution du Conseil de
sécurité de l’ONU, ou bien en les
contournant.
Le chef de l’Etat russe a multi-
plié les attaques contre les Etats-
Unis, dont les experts se livre-
raient «à des expérimentations
[sur l’Ukraine] comme sur des rats
de laboratoire». Dénonçant un
«coup d’Etat très bien préparé»,
Vladimir Poutineamis encausele
rôle des «instructeurs occiden-
taux».
La référence la plus incroyable
danssarhétoriqueest leKosovo. La
guerre de 1999 a été un marqueur
majeurdanssavisiondes relations
internationales. Il évoque l’ancien-
ne province serbe, devenue indé-
pendanteenfévrier2008, àpropos
du principe du droit des peuples à
l’autodétermination. Il est peu
clair, pourtant, de quel peuple de
Crimée – mosaïque complexe –
parle le président russe, et quelle
est sa visée. Poutine assure que
Moscoun’apasdeplanderattache-
ment de la Crimée à la Fédération
de Russie, mais sans jamais préci-
ser qu’elle fait partie intégrante de
l’Ukraine. Or, latenued’unréféren-
dum dans la péninsule, annoncé
pour le 30mars, pourrait confir-
mer le détachement de facto de la
Criméedurestedupays. Toutesles
options restent donc ouvertes. p
PiotrSmolar
Ledrapeauukrainienaretrouvédroit decitédanslesruesdeDonetsk
Leprésident russe
refusetouteleçon
dedroit delapart
desOccidentaux,
enfaisantlalistedes
entorsesaméricaines
LapausemilitairedeVladimirPoutineenUkraine
FustigeantlesOccidentaux, leprésident russeseréserveencoreledroit d’intervenirchezsonvoisinukrainien
Donetsk (Ukraine)
Envoyé spécial
Il est revenudans Donetsk. Mardi
4mars, le drapeauukrainienest
d’abordréapparuautour de la
tailled’une jeunefille. La militan-
te solitaire était venuedevant le
palais dugouverneur, occupé
depuis la veillepar les activistes
prorusses et pavoiséenhommage
àlaRussie. «Je ne suis pas d’accord
que flotte ce drapeauétranger»,
avait dit cettedemoiselleàl’âme
deJeanne d’Arc. Elleresterasans
nompuisque l’entretienfut aussi-
tôt écourtépar une douzainede
gros bras menaçants, éléments
radicauxqui l’encerclèrent et la
chassèrent manumilitari del’es-
planadedont ils ont fait leur fief.
Depuis plusieurs jours, le jaune
et le bleuétaient bannis decette
grandeville russophonede l’est
dupays. Ils ne flottaient plus guè-
reque commeune survivancesur
la mairieet, cequi est moins négli-
geable, sur les manches des tenues
dela police. Ailleurs, le drapeautri-
coloredupuissant voisinrégnait
enmaître. Les activistes prorusses
occupaient pour la deuxièmejour-
néele siège de l’administration
régional. Pavel Goubarev, leur diri-
geant, réitérait sonintentiond’or-
ganiser unréférendumsur l’ave-
nir duDonbass, proposant soit un
statut d’autonomieauseinde
l’Ukraine, soit unrattachement
avec la Russie. Ces partisans ne fai-
saient aucunmystèrede leur pré-
férence, enscandant «Russie! Rus-
sie! » devant les équipes de télévi-
sionmoscovitesqui avaient traver-
séenmassela frontièrepour écou-
ter ce chant d’amour.
Puis le drapeauukrainiena
resurgi, cette fois devant l’univer-
sité nationale de Donetsk. Il avait
été déployé par des étudiants, à
l’occasionde la visite de Svyatos-
lavVakarchuk. Ce chanteur, lea-
der dugroupe OkeanElzy, est
immensément connudans le
pays. Bienqu’écrits enukrainien,
ces textes sont écoutés par toute
la jeunesse dupays, d’ouest en
est. A39ans, il est également
connupour ses prises de position
citoyennes, pro-occidentales. Il
fut undes grands soutiens de la
«révolutionorange», fin2004.
Il devint même député en
2007, avant de démissionner,
dégoûté par les magouilles dans
lesquelles se délitaient les rêves
démocratiques de la société ukrai-
nienne. Récemment, il a soutenu
les manifestants de Kievqui ont
renverséle président Viktor
Ianoukovitch. Depuis deuxjours,
mettant enjeusa popularité, l’ar-
tiste a commencé une tournée
d’explicationdans l’Est.
Dans l’amphithéâtrede 500pla-
ces, plus de mille personnes
s’étaient entassées, débordant jus-
quedans lehall. Pendant trois heu-
res, acclamé, SvyatoslavVakar-
chuka dit sonsouhait d’uneUkrai-
neunie. «Comment faire pour que
les gens de l’Est et de l’Ouest puis-
sent s’entendre, se comprendre,
vivre ensemble?», a-t-il demandé.
Enukrainienet enrusse, maîtri-
sant parfaitement ces deuxlan-
gues, il afustigé les politiciens des
deuxcamps qui jouent des divi-
sions culturelles et linguistiques
pour asseoir leur clientèle.
Il adénoncéla corruption, le
niveauintellectuel affligeant des
élus, mais aussi l’indifférence
d’unesociétéqui sembles’être
résolueàlaconcussionet à la
démagogie. «Depuis vingt-trois
ans que l’Ukraineest indépendan-
te, les gens veulent toujours la
même chose: une vie normale,
mais ils se font voler cette espéran-
ce si simple. » La vedetten’a pas
éludéles questions d’étudiants
plus que réservés sur ce qui se pas-
sait àKiev. Ala finde la réunion,
auxfans qui lui demandaient une
chanson, il a entamél’hymne
national, repris par sonauditoire.
Endébut de soirée, le drapeau
ukrainienafinalement retrouvé
droit de citéà mêmeles trottoirs.
Unemanifestationdes partisans
del’unité nationaleétait organi-
séedevant l’égliseSaint-Michel
l’Archange, àtrois cents mètres à
peinedupalais dugouverneur.
«Ukraine! Ukraine! »
Vers 18heures, ils étaient àpei-
nequelques centaines qui brandis-
saient l’étendardnational aubout
d’unehampeous’endrapaient les
épaules. Et puis les minutes pas-
sant, sans doutel’effet dubouche
àoreilledes réseauxsociaux, la
fouleapeuà peugrossi. Ils se
retrouvèrent bientôt plus d’un
millier, étonnés de leur propre
audace, scandant «Ukraine! Ukrai-
ne! », tandis que des voitures
klaxonnaient ensigne d’approba-
tion. Biensûr, ils étaient dixfois
moins nombreuxqueceuxd’en
face, le samedi 1
er
mars. Pas de quoi
fairevaciller les projets des séces-
sionnistes oudePoutine. Mais
c’était aumoins unacte d’ex-
istenceaprès ces jours decatacom-
bes. Youri, unentrepreneur de
43ans, Maxime, unouvrier sidé-
rurgistede 35 ans, Vladislava, une
assistantesociale de 25 ans,
disaient leur souhait quela situa-
tionpolitique s’apaise. Commele
chanteur Vakarchuk, ils espé-
raient même que la nationsorti-
rait renforcéede cetteépreuve.
La manifestationétait protégée
par les «ultras» duChakhtar
Donetsk, le grandclub de football
de la ville. Yegor, 22 ans, et Sviatos-
lav, 25ans, évoquaient l’amour de
leur pays. D’ailleurs, il y a deux
jours, ces supporteurs réputés
indociles ont organisé unerencon-
tre amicale avec leurs ennemis
jurés, les «ultras» duDynamo
Kiev. Le matchamical s’est termi-
né sur unrésultat nul 1-1. «Si nous
sommes arrivés ànous entendre,
les autres le peuvent aussi », expli-
quaient-ils. Mercredi matin, le dra-
peauukrainienflottait à nouveau
sur le palais dugouverneur. p
BenoîtHopquin
Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse, le 4 mars, dans sa résidence officielle de Novo-Ogarievo. ALEXEI NIKOLSKIY/REUTERS
50 km
RUSSI E
BI ÉLORUSSI E
ROUMANI E
MOLD. MOLD.
P
O
L
O
G
N
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U K R A I N E
Kiev
Crimée
Kharkiv
Simferopol
Mer Noire
Donetsk
2
0123
Jeudi 6 mars 2014
international
Une grande
école mérite
Une grande
prépa
Sciences po.
école du louvre
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celsa
Journalisme
inscriptions ouvertes
sans passer par apB
www.isth.fr
tél. 01 42 24 10 72
Enseignements supérieurs privés
Berlin
Correspondant
T
out unsymbole: aumoment
où, jeudi 6mars, les chefs
d’Etat et de gouvernement
européens se réuniront à Bruxel-
les pour prendre, éventuellement,
des «sanctions ciblées» contre la
Russie, lenumérodeuxdugouver-
nement allemand devrait être à
Moscou…pour parler affaires.
Sigmar Gabriel, ministre de
l’économie et président du Parti
social-démocrate (SPD), doit effec-
tuer jeudi et vendredi «un voyage
prévudelonguedate»dans lacapi-
tale russe pour rencontrer, entre
autres, son homologue chargé de
l’économie.
L’enjeu: discuter de «politique
énergétique et de développement
économique», indiquait le minis-
tremardi. Mais celui-ci étant égale-
ment vice-chancelier, des entre-
tiens avec d’autres dirigeants ne
sont pas exclus. Vladimir Poutine
n’a-t-il pas rencontré durant une
heure vingt le «simple» ministre
des affaires étrangères, Frank-Wal-
ter Steinmeier, le 14février? Sig-
mar Gabriel, qui pourrait faire une
halteàKiev, devraitégalementplai-
der auprès des Russes la cause éco-
nomiquedel’Ukraine.
Lundi, lors de la réunion des
ministres des affaires étrangères
européens à Bruxelles, l’Allema-
gne a, sans surprise, fait partie des
pays les plus opposés à des sanc-
tions contreMoscou. Elleademul-
tiples raisons.
Dépendances
Une des caractéristiques de la
diplomatie allemande depuis
Willy Brandt est d’être un «pont»
entre la Russie et l’Occident. «La
transformation par le rapproche-
ment», expliquait l’ancienchance-
lier social-démocrate (1969-1974).
Les échanges téléphoniques qu’a
eus, cesderniersjours, AngelaMer-
kel avec Vladimir Poutine, Barack
Obamaet avec le premier ministre
ukrainien, Arseni Iatseniouk, s’ins-
crivent dans cette tradition de
créer «ungroupe de contact»pour
rapprocher les parties.
Une des difficultés d’Angela
Merkeldepuisdimancheestdepri-
vilégier le dialogue avec Moscou
sans avoir l’air de se désolidariser
de la fermeté américaine, notam-
ment en matière de sanctions.
Pour l’Allemagne, il n’y a pas de
paix en Europe sans, et encore
moinscontre, laRussie. D’oùlaréti-
cence de Berlinà boycotter le som-
met duG8de Sotchi prévuenjuin.
D’où, aussi, le voyage de Sigmar
Gabriel. Pour le moment, la pro-
chaine rencontre annuelle entre
les deux gouvernements, prévue
enavril àLeipzig, est maintenue.
L’histoireetlaproximitégéogra-
phiqueentrelesdeuxpaysn’expli-
quent pas tout. L’économie joue
unrôlemajeurdanscettestratégie.
Apriori, laRussien’estqu’unparte-
nairesecondairepourl’Allemagne.
Leonzième. L’Allemagneneréalise
que4%desoncommerceavecMos-
cou. Moins qu’avec Varsovie. Mais
les échanges atteignent quand
même 76milliards d’euros. Sur-
tout, la Russie est le principal four-
nisseur de gaz naturel, loindevant
la Norvège: 31 % du gaz allemand
vient deRussie.
La présence de l’ancien chance-
lier social-démocrate Gerhard
Schröder à la tête de Nord Stream,
l’une des principales filiales du
géant russe Gazprom, illustre on
ne peut mieux les intérêts croisés
des deux pays dans le domaine
énergétique. Incidemment, plus
de la moitié de ce gaz transite par
l’Ukraine. La Russie fournit égale-
ment 35% du pétrole consommé
en Allemagne. De plus, environ
6000entreprisesallemandessont
implantéesenRussie. SelonRainer
Lindner, directeur de la commis-
sion Est du patronat allemand,
environ«200000emplois enAlle-
magne dépendent du commerce
avec laRussie».
Le 18février, plus de 250invités,
dontdesministres, desdiplomates
etdesdéputés, ontassistéàlarécep-
tionannuelledecettecommission.
«Dans au moins 80 des 83régions
russes, vous trouverez des entrepri-
ses dont les Allemands sont partie
prenante. Même au-delà du cercle
polaire. Les collaborateurs alle-
mands y apportent leur culture et
leur conception de la démocratie»,
se félicitait Eckhard Cordes, prési-
dent dela commission.
On cherchera, en vain, la moin-
dre critique du régime de Poutine
dans ce discours. En revanche,
selon Eckhard Cordes, également
président du directoire du groupe
de grande distribution Metro, très
présent en Russie, «l’Union euro-
péenneavraimentcommisunegra-
ve erreur dans le passé en dévelop-
pant le Partenariat oriental sans
engager avec la Russie undialogue
efficace».
Pour ce puissant lobbypatronal
qui plaide pour «une zone de libre-
échange de Lisbonne à Vladivos-
tok», des sanctions à l’égard de la
Russie seraient particulièrement
malvenues. «Il faut voir les consé-
quencesqui enrésulteraient, lespos-
sibles contre-sanctions dans le
domaine des matières premières»,
alertel’association. p
Frédéric Lemaître
«L’Europedoit continuerdedénonceruneattitudeinacceptable»
Urmas Paet, ministreestoniendes affaires étrangères, souhaitequel’UEresteuniefaceàl’«agression»russe
Simferopol (Ukraine)
Envoyé spécial
L
’ordre russe régnant désor-
mais en Crimée, du moins
dans les principales villes, un
début de processus politique
devait s’enclencher, mercredi
5mars à Simferopol, la capitale
régionale. Les employés du Parle-
ment n’ont plus à contourner un
barrage de chaises et de tables bri-
sées qui obstruait encore récem-
ment ses portes. Les douze dépu-
tés qui s’y sont présentés mardi
glissaientensilencesuruncarrela-
ge propre.
Mercredi, ces douze députés
constituant le présidiumduParle-
ment, rassemblés autour duprési-
dentVladimirKonstantinov, devai-
entdéfiniravecplusdeprécisionla
question sur «l’autonomie» de la
régionqui doit être posée par réfé-
rendumannoncé pour le 30mars.
Sa tenue avait été votée le
27février, à la veille de l’invasion
russe, à huis clos par un nombre
imprécis de députés. Jeudi,
M. Konstantinov doit s’envoler
pourMoscou, àlatêted’unedéléga-
tion de trois parlementaires. Puis
une réunion plénière réunissant
les100députésdoitvaliderlaques-
tion posée au référendum. Le
ministère de l’économie russe a
chargélachambredecommerceet
d’industriedetrouver 3,6milliards
d’euros pour soutenir la Crimée.
Autonome, larégionl’estdéjàen
partievis-à-visdeKievdepuis 1991.
Elledisposed’unstatut deRépubli-
que en Ukraine, d’une Constitu-
tion, d’un Parlement et d’un gou-
vernement local. Ses compétences
ont été réduites en 1995, dernière
période pendant laquelle le statut
de la péninsule a été débattu. Boris
Eltsine avait tranché en refusant
unrattachement àlaRussie.
Depuis l’invasion, les pouvoirs
du gouvernement de Simferopol
necessent des’étendre. Lepremier
ministre, Sergueï Aksionov, non
reconnu par Kiev, s’est arrogé
samedi l’autorité sur la police et
les forces armées de la région. Les
agents semblent obéir. Ils évitent
les lieuxde pouvoir, gardés par les
milicesqu’ontforméesleparti Uni-
té russe de M. Aksionov (un nom
qui rappelleRussieunie, leparti de
Vladimir Poutine) ainsi que des
groupuscules prorusses. On voit
des policiers contrôler les excès de
vitesse sur la route de Sébastopol.
L’armée, quant à elle, poursuit
sa résistance passive aux soldats
russes qui encerclent ses bases.
Mardi, une colonne de 300 hom-
mes de la base aérienne de Belbek,
proche de Sébastopol, a accompli
un petit fait d’armes non violent:
ils ont marché désarmés et chan-
tant vers l’aéroport civil voisin. Ils
ont été repoussés par une douzai-
ne de soldats russes sans signe de
nationalité, qui ont tiré des coups
de semonce.
Autour de ces derniers pans de
terre encore sous l’autorité de
Kiev, se négocient divers aban-
dons de souverainetés: reddition
des armes et des troupes à l’armée
russe ou à celle, encore inexistan-
te, de la République autonome de
Crimée, ou garde conjointe avec
les forces russes. Ces discussions
relèvent du droit et du symbole.
Les forces ukrainiennes n’ont pas
la capacité de résister aux plus de
25000hommes du contingent de
Sébastopol, base de la flotte russe.
A ce rapport de force établi, un
référendum pourrait donner une
légitimité populaire. Irait-on
cependantjusqu’àproposerlarup-
ture avec Kiev, ou un rattache-
ment à la Russie? Refat Chouba-
rov, patrondel’organereprésenta-
tif des Tatars de Crimée (musul-
mans, 12% de la population), le
majlis, ungroupe noninstitution-
nel mais puissant, en doute. «Ils
essaient de séparer la Crimée de
l’Ukraine, dit-il, mais il est encore
trop tôt. » Depuis quelques jours,
M. Choubarov est courtisé par le
nouveau pouvoir : «Ils nous pro-
mettentunevice-présidenceduPar-
lement, troisministèreset onzepos-
tes de collaborateurs gouverne-
mentaux. » Il arefusé: «Ce gouver-
nement est illégitime. »
Les partis favorables à un ratta-
chement à la Russie disposaient
avantlacrised’uneaudiencenégli-
geable en Crimée. Aujourd’hui,
Kiev paraît loin et on craint les
«émeutiers» de Maïdan. Mais lais-
ser débattre d’une rupture, ce
serait réveiller de vieilles lignes de
fracturesentrecommunautésrus-
se, ukrainienne et tatare, et don-
ner un espace d’expression au
nationalismeukrainien.
«Ilsleferontendeuxtemps, esti-
me Refat Choubarov. D’abord un
référendum sur l’autonomie. Puis
ils trouveront unprétexte, unrefus
de Kiev de signer leurs conditions.
Et ils organiseront un autre vote
sur le rattachement à la Russie. » Il
reste vingt-cinq jours pour ouvrir
une campagne. p
Louis Imbert
Lespatronsallemandsneveulentpas
desanctionscontrelepartenairerusse
Levice-chancelier, Sigmar Gabriel, doit serendreàMoscou, jeudi 6mars, pour parler économie
Lespartisfavorables
àunrattachement
àlaRussiedisposaient
avant lacrised’une
audiencenégligeable
LaCrimées’émancipe
deKievsansserésoudre
aumariageavecMoscou
Lenouveaugouvernement criméenprépare
leréférendumdu30mars sur l’autonomie
Unconseil OTAN-Russie devait
setenir mercredi 5mars àBruxel-
les, entre les ambassadeurs des
28pays membres de l’Alliance
atlantiqueet leur homologuerus-
se. Al’issue de sa deuxième réu-
nionsur le sujet, mardi, consulta-
tionprovoquée par la Pologne,
l’OTANa publié une déclaration
communed’attente. «La Russie
continue de violer la souveraine-
té et l’intégrité territoriale de
l’Ukraine, et de manquer à ses
obligations internationales, dit-
elle. Nous nous engageons àpour-
suivre et à intensifier, en étroite
coordinationet enconsultation,
l’évaluationrigoureuse et conti-
nue des implications de cette cri-
se pour la sécurité de l’Alliance. »
Aucunpland’interventionmilitai-
re n’est pour l’instant élaboré
par l’OTAN, les Occidentaux
misant sur l’ONU, l’Unioneuro-
péenne et l’OSCEpour régler la
crisepar la voie diplomatique.
Vladimir Poutine et l’ancienchancelier allemandGerhard Schröder, patrond’une filiale dugéant russe
Gazprom, le 6septembre 2011, àPortovaya, pour l’inauguration dupipeline NordStream. ALEXEÏ NIKOLSKY/REUTERS
Entretien
L
’offensive russe en Ukraine a
choqué l’Europe. Mais la
démarcheduKremlin, menée
aunomdeladéfensedesminorités
russes d’Ukraine, a surtout de quoi
donnerdessueursfroidesauxtrois
Pays baltes, où réside une impor-
tantecommunautérusse.
Leministreestoniendesaffaires
étrangères, Urmas Paet, fait part au
Monde de ses préoccupations et de
son soulagement que l’Europe ait
caractérisé l’attitude de la Russie
d’«agression».
L’offensive de la Russie pour
«défendre» les Russes de Cri-
mée est-elle une menace pour
votre pays?
Toute la communauté interna-
tionale, toutel’Europedoitêtrepré-
occupée! C’est unproblème grave.
Il s’agit d’envahir un pays voisin.
C’est très sérieux. Une attaque net-
te envers l’intégrité territoriale de
l’Ukraine. De la réaction de l’Euro-
pe dépendra la confiance envers
l’Union européenne (UE). La com-
munauté internationale doit être
claire afin de faire cesser au plus
vitetoutrecoursàlaforcemilitaire.
L’attitude de l’Europe vous sem-
ble-t-elle appropriée?
La décision du gel des visas et
d’autres sanctions qui pourraient
s’appliquer est nécessaire. C’est un
premier signal fort. Il faut agir, oui,
maisnous devons agir ensemble. Il
nous faut rester unis pour dénon-
cer ce quefait laRussie.
Jesuis satisfait dela réuniondes
ministres européens des affaires
étrangères [lundi 3 mars] qui a
caractérisé l’attitude de la Russie
d’agression. Cequi est unfait.
L’Europeest maintenant prêteà
prendre des mesures supplémen-
taires si l’escalade se poursuivait.
Nousnousréunironsjeudi [6mars]
pour en décider. D’ici là, l’Europe
doit continuer àdénoncer uneatti-
tudeinacceptable.
Cela suppose aussi de tendre la
main à l’Ukraine, lui proposer une
lignedecréditetunpackageécono-
mique avec son lot de réformes
visant à mettre sur pied une vraie
démocratieetfairecesserlacorrup-
tion.
N’aurait-il pas fallu agir avant ?
Il est toujours bon d’avoir une
positionlisibleet rapidemaisnous
sommes vingt-huit Etats. Obtenir
le consensus nécessite un mini-
mumde temps. L’essentiel est que
l’Europe ait employé les mots adé-
quats pour qualifier le comporte-
ment de laRussie.
Près de 29%de la population
d’Estonie est russophone. Exis-
te-t-il une solidarité envers la
Russie?
Non. Unepartiedelapopulation
est russophone mais aussi ukrai-
nienne (22000personnes). Tout le
monde, et c’est naturel, est inquiet
vis-à-visdelaRussie.
Vladimir Poutine prétend, lui,
défendre la communauté russe.
Tout cela est complètement
faux, c’est de la propagande pure.
M. Poutinefait delapolitiqueémo-
tionnelle. Il rêve d’une unioneura-
sienneet veut yinclurel’Ukraine.
L’Europe a-t-elle pris la mesure
dudanger de cette agression
pour les Pays baltes?
Il suffit de regarder une carte
pour s’enrendrecompte!
Les Pays baltes ont, par le pas-
sé, plaidé pour une réforme de
l’article5 du traité de l’OTANqui
permet de réagir par la force à
l’agressiond’un pays voisin.
Jenecroispasquecelasoitnéces-
saire. L’article4, qui permet une
consultation lorsque l’intégrité
d’un pays est menacée, suffit. La
Turquie l’a utilisé dans le cadre du
conflit syrien. Toutes les organisa-
tions, UE, OTAN, doivent avoir le
mêmediscourspour dénoncer l’at-
titudeinacceptabledeMoscou.
L’Europe aurait-elle dû davanta-
ge se méfier de Moscou?
L’Union européenne a été trop
arrogante quand elle a proposé un
rapprochement à l’Ukraine et à
d’autres pays comme la Géorgie et
la Moldavie. La «mise aux nor-
mes» de ces pays prend du temps.
Il fallait leur accorder undélai. p
Propos recueillis par
Claire Gatinois
Nouvelle réunion de l’OTAN
3
0123
Jeudi 6 mars 2014
international
Lesréfugiéscentrafricainsnesontpasprèsderentrer FrançoisBozizédans
lecollimateurdelaFrance
Analyse
L
a Centrafrique vit sa crise
sécuritaire et humanitaire la
plus aiguë depuis l’indépen-
dance, proclamée en1960. Le pays
est enproieàunevaguedetueries,
de transferts forcés de popula-
tionset depillages sans précédent.
Les crimes de guerre ont touché
tout le monde. Et la purification
ethnique, qui viselacommunauté
musulmane, est radicale.
Trois mois après le lancement
del’interventionmilitairefrançai-
se «Sangaris», souhaitée et saluée
paruneimmensemajoritédeCen-
trafricainsetbénéficiantd’unefor-
te légitimité internationale, le
constat est amer.
Si, à terme, les troupes étrangè-
res–deSangaris, del’Unionafricai-
ne, del’Unioneuropéenne, et bien-
tôt de l’ONU– parviennent à réta-
blir une certaine sécurité dans le
pays, l’opération a été menée de
telle manière qu’elle n’a pu éviter
que la tempête se déchaîne sur
une Centrafrique déjà meurtrie
par une année de crimes commis
parlaSéléka, unmouvementrebel-
le musulman venu du Nord. Les
forces étrangères ont assisté à une
campagne croisée de tueries qui
sera un jour qualifiée, si la justice
internationale s’en saisit, de «cri-
mes contre l’humanité».
Aujourd’hui, un calme relatif
nerevient que fauted’ennemis ou
de cibles, dans les endroits où la
purificationethniqueaétécouron-
née de succès. Et la guerre est loin
d’êtrefinie.
La première étape fut le désar-
mement de la Séléka et son départ
de Bangui, symbolisée par la chute
du président Michel Djotodia, le
10janvier. Maislacoalitiondecom-
battants musulmans, appuyés par
des mercenaires tchadiens et sou-
danais, a quitté la capitale sans
avoir été véritablement désarmée.
Ils occupent toujours plus de la
moitiéde laCentrafrique.
La deuxième étape est le conflit
contre les anti-balaka (les «anti-
machettes», les «invincibles»), ces
milices chrétiennes qui occupent
l’ouest du pays et qui, de la lutte
contre la Séléka, sont passés à une
guerre sans pitié contre la popula-
tion musulmane. Elles se divisent
actuellement sur leurs prochains
objectifs, latendancelaplusradica-
le souhaitant combattre le gouver-
nement et les forces étrangères.
La troisième étape, prévisible
même si nul ne peut affirmer
quand elle aura lieu, devrait de
nouveauopposer les forces étran-
gères et la Séléka, si celle-ci –com-
me cela semble être le cas depuis
un mois environ– stoppe son
retrait pour tenter de conserver
certaines régions et de diviser le
pays. Actuellement, la ligne de
démarcation va des régions de
Kaboaunord à Mobaye ausud, en
passant par Kaga-Bandoroet Bam-
bari. La Centrafrique est de facto
divisée entre l’ouest et l’est.
Al’est de cette ligne invisible et
que nul n’évoque officiellement,
la Séléka contrôle encore des terri-
toires où elle se livre à des assassi-
nats et des pillages. Dans certaines
villes, les chrétiens sont majoritai-
res, comme à Bambari ou Bangas-
sou, ou représentent la moitié de
la population, comme à Bria. Ces
régions sont aussi celles, stratégi-
ques, dudiamant et de l’uranium.
Jusqu’àprésent, la guerre a pro-
voqué le mouvement d’unquart à
untiers delapopulationcentrafri-
caine, selon l’ONU. Environ
300000Centrafricains sont réfu-
giés à l’étranger, au Tchad, au
Cameroun, en République démo-
cratique du Congo, et dans des
pays où ils ont été évacués par
avion. La majorité des civils qui
ont fui leurs maisons sont toute-
fois encore dans le pays, dans des
camps de réfugiés. Ces déplacés
internes sont aumoins 700000.
Il resterait entre 100000 et
150000musulmanspiégésensec-
teur contrôlé par les anti-balaka,
dansl’Ouest, enattentedeconvois
d’évacuation. Ils sont le plus sou-
vent assiégés autour de mosquées
oudemairies. Parailleurs, deschré-
tiens peuplent de nombreux
camps dedéplacés, mêmedans les
régions d’oùla Séléka s’est retirée,
effrayésparl’insécuritéetlespilla-
ges. Et ils sont encore des centai-
nes de milliers dans l’Est, livrés
auxviolences de la Séléka.
«Sangaris est légitime et utile,
mais lamanière dont l’opérationa
étéconduiteest vraimentlachroni-
queamèred’unéchecannoncé, s’in-
digne un observateur européen,
finconnaisseurdelaCentrafrique.
Le seul véritable succès est en fait
l’objectif initial : le départ de Djoto-
dia et de la Séléka de Bangui. Mais,
depuis que l’arméefrançaise alais-
sé les anti-balaka commettre le
massacredu5décembre2013àBan-
gui sans réagir, et parce qu’entrois
mois elle n’afait que de l’interposi-
tion molle, sans tuer ni arrêter les
pires criminels de guerre, elle a
déçu les Centrafricains, trahi son
mandat. La France sera un jour
questionnée sur le fait que son
armée a assisté à une campagne
radicale de tueries et de “purifica-
tionethnique” sans réagir. »
Aurait-ilétépossibled’agirautre-
ment?Desofficiersfrançais, outrés
par le déni de réalité en vogue à
Paris et dans les discours officiels
français à Bangui, pensent que oui.
«Il yaeuàlafoisunproblèmepoliti-
que de volume du contingent et de
règles d’engagement, et un com-
mandement trop timoré, critique
unofficiersupérieur. Quel’onpren-
ne quelques semaines, malgré ses
crimes passés, pour désarmer l’ar-
mée de la Séléka, et ainsi éviter un
conflittropviolent, c’estcompréhen-
sible. Mais en revanche, qu’on n’in-
tervienne pas tout de suite et dure-
ment contre les anti-balaka, qui
sont devenus les principaux crimi-
nels de guerre depuis trois mois, est
incompréhensible. C’estdugâchis. »
Et de poursuivre: «Malgré des
opérations ponctuelles utiles sur le
terrain, je crains que nous soyons
de facto un jour accusés de non-
assistanceàpopulationendanger,
ce qui était précisément la raison
de l’intervention. »
Les organisations humanitai-
res telles qu’Amnesty Internatio-
nal et Human Rights Watch dres-
sent le même constat très critique
envers Sangaris, même si l’inter-
vention militaire est perçue com-
me légitime. L’ONUet ses diverses
agences, qui ont étéd’uneineffica-
cité spectaculaire pendant cette
période d’urgence humanitaire,
semblent prendre, bien que tardi-
vement, la mesure de la tragédie.
NewYorktente désormais de met-
tre sur pied l’une des plus impor-
tantes opérations militaires et
humanitaires de la planète.
Pour les musulmans de Centra-
frique, et à moins d’un retour fort
improbable, il sera trop tard. La
purification ethnique aura vain-
cu, sur aumoins lamoitiéduterri-
toire.
Les deux questions des semai-
nes et mois à venir sont de taille:
comment aider le gouvernement
de Bangui à prendre le contrôle de
l’Ouest auxmainsdes anti-balaka?
Puis comment l’aider à maintenir
l’unitéterritorialedupaysenrepre-
nant lecontrôledel’Est àlaSéléka?
L’Est où, là aussi, des milices anti-
balaka sont à l’affût et pourraient
commettre des tueries égales ou
pires àcelles de l’Ouest. p
RémyOurdan
Centrafrique:
«Sangaris»ou
la«chroniqued’un
échecannoncé»
Troismoisaprèslelancement del’opération
française, ladivisiondupays s’est accrue
Reportage
Mbitoye, N’Djamena (Tchad)
Envoyée spéciale
Assis sur une natte sous le soleil
encette find’après-midi de
février, Boubacar Yeola a encore
dumal à y croire. Il y a unmois, ce
père de famille centrafricainet
musulmanhabitait à Bocaranga,
à l’ouest de la Centrafrique (RCA).
Il y vivait de commerce et d’un
peud’agriculture. Aujourd’hui, il
est réfugié de l’autre côté de la
frontière, auTchad, à Mbitoye. Sa
famille, comme d’autres, est ins-
tallée sous unmanguier, dans un
abri de fortune. «Là-bas, ils ont
tout brûlé», explique-t-il, abattu.
Petitevilleruraledusuddu
Tchadperdueaumilieudela
brousse, Mbitoyesetrouveà
10kmde laCentrafrique, 3kmdu
Cameroun. Lorsqueles violences
sesont accrues enRCAendécem-
bre2013, labourgadeavuaffluer
des milliers de Centrafricains
venus de tout l’ouest dupays: en
l’espacede sept semaines, 13000
personnes ont traverséceposte-
frontière, chrétiensfuyant l’insécu-
ritépour certains, musulmans
pour laplupart. «Les anti-balaka
[milices chrétiennes] nous ont
accusés d’être des Tchadiens, et
nous ont dit de partir, de rentrer
chez nous», expliqueAladi Séré,
ancienvoisindeBoubacar Yeola.
CentrafricainsouTchadiens ins-
tallés delonguedate enRCA, ces
musulmans, accusés d’êtrecompli-
ces des rebelles dela Sélékaqui
régnaient sur le pays depuis
mars2013, ont dûfuir devant
l’avancéedes anti-balaka.
«L’imam, le prêtre et le pasteur
sont allés les voir pour négocier
mais çan’apas marché», raconte
Yunus Saleh, lui aussi originaire
deBocaranga, assis devant le
camionfamilial. Faceàuneatta-
queimminentedela ville, il
embarquefamille et voisins dans
soncamionpour les mettreàl’abri
auTchad. Enunesemaine, il fera
cinqallers-retours pour évacuer
des dizaines d’autres musulmans.
«On n’a plus rien là-bas»
Ases côtés, Aboubacar, com-
merçant souriant aufrançais par-
fait, a lui aussi fait le trajet en
camion, mais depuis la ville de
Bozoum. Plus d’une semaine de
voyage. «Tous les villages que
nous traversions étaient déserts»,
indique-t-il, expliquant avoir été
escorté par des hommes de la Sélé-
ka. Comme les autres, il reste sidé-
ré par cette flambéede violence
intercommunautaire: «Dans le
passé, nous avons connudes atta-
ques de l’armée. Chrétiens et
musulmans fuyaient ensemble.
Mais ça, ce n’était jamais arrivé. »
Après untel déchaînement de
violence, aucunn’envisage de ren-
trer enCentrafrique. Yunus Saleh
dit savoir que la force africaine de
la Misca et les Français de «Sanga-
ris» se sont rendus dans l’ouest
de la RCApour patrouiller, mais
cette présence ne le rassure pas.
Aladi Séré est plus amer: «Même
dans dixans, cette guerre ne sera
pas finie», estime-t-il.
Chacunest àla recherched’un
lopinde terreàcultiver, d’une
échoppeàinstaller. Femmeénergi-
queet débrouillarde, Sadia Hamati
adéjàmontéune petitecantine
localeàMbitoye. Elleyloueune
maisonpour loger les enfants. «De
toute façon, jen’ai aucuneattache
ailleurs auTchad», dit-elle. Ouma
Maya, une éleveusepeule d’une
trentained’années, resteraelleaus-
si ici, àlarecherched’unespaceoù
fairepaîtreles animaux: «Pour-
quoi voulez-vous que l’onyretour-
ne? Onn’aplus rienlà-bas. »
Sur les milliers de réfugiés arri-
vés à Mbitoye, une partie a conti-
nué sa route vers d’autres villes
duTchad; une autre a décidé de
s’installer dans la région. Face à
cet affluxde nouveauxarrivants,
les autorités locales ne cachent
pas leurs craintes. «Les cases des
familles sont déjàpleines, et l’ac-
cès àl’eaudifficile», rappelle
SalehAbout Djarma, le sous-pré-
fet de la circonscription. Dans cet-
te régionrurale, oùl’onvit de la
cultureducotonet d’une agricul-
ture vivrière, la période de soudu-
re, entre deuxrécoltes, est déjà
longue pour beaucoupde foyers;
les prixs’envolent facilement et
l’équilibre entre agriculteurs et
éleveurs est fragile.
L’inquiétudedépasse large-
ment les villes frontalières. Près
de 80000personnes ont afflué
auTchadenl’espace de deux
mois. Le gouvernement, qui ne
veut pas voir des camps de réfu-
giés s’installer comme ce fut le cas
à la frontière soudanaise lors de la
crise duDarfour, s’emploie à
transférer les réfugiés vers des
centres de transit et, de là, à leur
retrouver d’anciens liens de paren-
té auTchadpour ceuxqui enont.
«Mais cet afflux s’est fait très
rapidement et risque de provo-
quer des tensions sociales, souli-
gne QasimSufi, chef de mission
de l’Organisationinternationale
pour les migrations. Beaucoup
étaient des commerçants. Il vafal-
loir leur trouver une place. En
outre, ceuxqui envoyaient chaque
mois de l’argent auTchadne pour-
ront plus le faire. C’est une perte
importante. »
Des inquiétudes reprises par la
représentanteduHaut-Commis-
sariat des Nations unies pour les
réfugiés. «Lacommunauté inter-
nationale ales yeuxfixés sur la
Centrafrique, elle ne voit pas l’im-
pact humanitaire sur le Tchad»,
prévient Aminata Gueye. p
Charlotte Bozonnet
«Jecrainsquenous
soyonsunjouraccusés
denon-assistance
àpopulation
endanger, cequi était
précisémentlaraison
del’intervention»
Unofficier français
RÉPUBLI QUE DÉMOCRATI QUE
DU CONGO
CONGO
CAMEROUN
TCHAD
SOUDAN
SOUDAN
DU SUD
RÉP. CENTRAFRICAINE
Bouar
Bossangoa
Sibut
Berberati
Zone contrôlée
par les anti-balaka
Zone contrôlée
par la Séléka
Bria
Bangassou
Bambari
Mobaye
Kabo
Kaga-Bandoro
Bangui
250 km
Le5février àBangui, des soldats des Forces armées centrafricaines
ont lynché unhomme accusé d’être unex-rebelle delaSéléka. J. DELAY/AP
«BOZIZÉ et ses fils jouent unrôle
insupportable», estime le ministè-
refrançais de la défense. Avant le
déclenchement de l’opération
«Sangaris», le 5décembre 2013,
diplomates et militaires français
jugeaient l’implicationdel’ex-pré-
sident centrafricainderrière les
milices anti-balakanégligeable.
Celui-ci, disaient-ils, tentait tout
auplus de récupérer le mouve-
ment. Mais cette analyseachangé.
Après sonrenversement, en
mars2013, par les rebelles de la
Séléka, François Bozizé a circulé
entre le Cameroun, la France, le
Kenya, l’Ouganda et le Soudandu
Sud. Selondes sources concordan-
tes, il est actuellement installé à
Kampala, oùil bénéficiede la bien-
veillancedes autorités ougan-
daises. Le chef de l’Etat déchua
toujours nié être derrière les anti-
balaka, se limitant à les considérer
comme des «résistants». Mais un
enregistrement audiocirculant
depuis plusieurs jours sur Inter-
net confirme ses liens avec des
commandants de cette milice.
Selondes sources militaires
françaises, François Bozizé et des
membres de sa famille manipu-
lent les groupes qui font la chasse
auxmusulmans. «Ils méritent la
Cour pénale internationale [CPI] »,
avanceunhaut responsablefran-
çais. Le bureauduprocureur de la
CPI a ouvert le 7février unexa-
menpréliminaire, étape préalable
à une enquête officielle, sur les cri-
mes commis enCentrafrique
depuis septembre2012.
Gel des avoirs
Paris travaille actuellement au
Conseil desécuritédel’ONUpour
geler les avoirs et àinterdire de
voyagehuit personnalités centra-
fricaines, dont François Bozizéet
sonfils Jean-Francis, unancien
ministredela défense qui était
encoreenjanvier enFrance. Selon
unesourceprochedes services de
renseignement, la familleBozizé
aurait placéaumoins 156millions
d’euros sur des comptes enSuisse,
auLuxembourget dans les îles
anglo-normandesdeJerseyet
Guernesey. Des fonds auraient aus-
si été placés enAfrique duSud.
Unautrepersonnageest aussi
dans lecollimateur de laFrance:
NoureddineAdam, l’ex-chef des
services derenseignement dupré-
sident déchuDjotodia(issudela
Séléka), considérépar Paris com-
mele principal acteur agissant
pour unepartitiondupays. Après
s’êtreréfugiéauBénin, il serait,
selonunesourcegouvernementa-
lefrançaise, passéauNigeria. p
Cyril Bensimon
4
0123
Jeudi 6 mars 2014
international
L
a menace d’une guerre en
Ukraine n’empêche pas
Barack Obama de reprendre
les rênes du dossier de la paix au
Proche-Orient. Alors que les pour-
parlers israélo-palestiniens menés
par le secrétaire d’Etat John Kerry
ont peu de chances d’aboutir,
avant la date butoir du 29avril, à
l’«accord-cadre» recherché par les
Américains, le président des Etats-
Unis a reçu le premier ministre
israélien, Benyamin Nétanyahou,
lundi 3mars à la Maison Blanche.
Le président palestinien, Mah-
moud Abbas, aura droit au même
honneur dans deuxsemaines.
L’entouragedeM. Obamalesou-
ligne à dessein: le processus de
paixaétéaucentredesdiscussions
plutôt détendues avec
M. Nétanyahou, et non pas le
nucléaire iranien et la décolonisa-
tion, sujets sur lesquels les deux
hommes s’étaient opposés lors de
leursprécédentesentrevues. L’heu-
re est venue «de prendre certaines
décisions difficiles », a déclaré
M. Obama à l’adresse du premier
ministre israélien. «Israël a fait ce
qu’il devait et, je suis désolé de le
dire, les Palestiniens n’en ont pas
fait autant», arépliquécedernier.
Mais l e discours de
M. Nétanyahouasignificativement
changé, mardi, lorsqu’il a pris la
parole à Washington devant les
10000délégués de l’American
Israel Public Affairs Committee
(Aipac), leprincipaletpuissant«lob-
by américainpro-Israël », comme il
se définit lui-même. Le premier
ministre israélien s’est alors mué
en ardent promoteur d’un accord
depaixaveclesPalestiniens. «Nous
avons tous tant àgagner àlapaix»,
a-t-il lancé, reprenant la rhétorique
américaine. Alors que John Kerry
essuie de vives critiques en Israël
pour ses déclarations mettant en
gardelepays contrelerisqued’être
isoléetostracisés’il échoueàfairela
paix avec les Palestiniens,
M. Nétanyahou a rendu hommage
au «secrétaire d’Etat qui ne dort
jamais», allusion aux incessantes
navettesdeM. Kerry.
Depuis son élection de 2008,
Barack Obama s’est, à deux repri-
ses, exprimé en personne devant
l’assembléeannuelledel’Aipac. Cet-
te année, il a préféré laisser son
secrétaire d’Etat l’yreprésenter. Un
signe qui correspond au nouveau
rapport de force récemment établi
par le président américain avec le
puissant lobby. Enseptembre2013,
la renonciationde M. Obama à une
intervention militaire en Syrie,
ardemment défendue par l’Aipac,
avait constitué un premier revers
pourlegroupe. Plusrudeencorefut
lechocencaisséaudébutdefévrier,
lorsque la vigoureuse campagne
menéepar le«lobby»enfaveur du
vote de nouvelles sanctions contre
l’Irans’étaitheurtéeauxfortespres-
sions de laMaisonBlanche visant à
préserver les négociations avec
Téhéransur lenucléaire.
«Elan brisé de l’Aipac»
Les lobbyistes, qui avaient réus-
si à convaincre pas moins de
59sénateurs (dont 16démocrates)
de voter les sanctions, ont dû bat-
treenretraitepubliquementetont
cessé, jusqu’à présent, leurs pres-
sions sur les sénateurs démocra-
tes. Le New York Times titra alors
sur «L’élanbrisé»de l’Aipac.
Barack Obama semble avoir
ébranlé la tactique de l’Aipac qui
consiste à prétendre agir sur une
base «bipartisane» alors que cer-
tains de ses responsables présen-
tent le président comme un faux
ami d’Israël. De facto, M. Obama a
aussi misencauselaplacerevendi-
quéeparl’organisation, quiacollec-
té 3,1 milliards de dollars (2,25mil-
liardsd’euros)d’aideenfaveurd’Is-
raël en 2013, de représentant uni-
que des Américains pro-Israël. En
réalité, 70% des juifs américains
ont voté en sa faveur en 2012,
contredisant l’idée selon laquelle
leur préférence irait au plus viru-
lent défenseur des autorités israé-
liennes.
Les réactions aux plaidoiries
insistantesdel’Aipac sur le dossier
iranienontmisenlumièreladiver-
sité de l’électorat juif et le discours
des groupes pro-Israël favorables
au président, tel J. Street. Le nou-
veaumairedeNewYork, Bill deBla-
sio, a été critiqué par des juifs de
gauche pour avoir pris la parole
lors d’uneréunionde l’Aipac qu’ils
ont qualifié de «défenseur dugou-
vernementintransigeantd’Israël et
de ladroite qui le soutient».
Un nouveau front s’est ouvert
pour l’organisation américaine,
avec la virulente condamnation,
mardi, par M. Nétanyahou, de la
campagne de boycottage d’Israël
qu’il a qualifiée d’«antisémite».
Baptisé «Boycott, désinvestisse-
ment et sanctions» (BDS), le mou-
vement a récemment pris de l’am-
pleur aux Etats-Unis avec l’adhé-
siond’une importante association
deprofesseurs et chercheurs. p
Philippe Bernard
Lire aussi la tribune p. 18
CHINE
Pékinaugmenteencore
sonbudgetmilitaireen2014
PÉKIN. LaChine aannoncé, mercredi 5mars, qu’elleaugmentait
de12,2%sonbudget militaireen2014, une nouvellehaussequi
inquièteles pays impliqués dans des différends territoriauxavec
cepays. Pékindevrait allouer 808,23milliards de yuans (95,9mil-
liards d’euros) àsa défense, aindiquéle ministèredes finances à
l’Assembléenationalepopulaire. Lebudget de la défensechinoise
est ledeuxièmeplus élevédumonde, mais restenettement derriè-
recelui des Etats-Unis (460milliards d’euros en2014). Les experts
occidentauxconsidèrent cependant queles dépenses réelles de
Pékindépassent très largement les chiffres annoncés. – (AFP.) p
Egypte Interdiction duHamas palestinien
LECAIRE. Untribunal égyptiena interdit, mardi 4mars, le
Hamas, le soupçonnant de s’allier avec les Frères musulmans
pour commettre des attentats. Le mouvement palestinienau
pouvoir dans la bande de Gaza a accusé LeCaire de «servir» ainsi
«l’occupationisraélienne». – (AFP.)
Mali Uncommando djihadiste attaque unhaut
responsable du principal mouvement touareg
KIDAL. Des djihadistes ont attaqué, mardi 4mars, dans la soirée,
à Kidal, dans le nordduMali, unhaut responsablede la sécurité
auseinduprincipal mouvement touareg, le Mouvement natio-
nal pour la libérationde l’Azawad(MNLA). Blessé par balles, Aha-
bi Ag Ahmeidaa été évacué par les forces françaises vers Gaooù
sonétat était, mercredi, jugé critique. Il représentait le MNLAau
seinducomité de liaison, mis enplace après les élections de 2013
pour tenter d’apaiser les tensions locales, comprenant unmem-
bre de l’ONU, de l’armée malienne et d’unautre groupe touareg,
le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad.
Nucléaire Greenpeace s’attaque à plusieurs
centrales nucléaires dans six pays européens
PARIS. Pour dénoncer le vieillissement des centrales nucléaires
européennes, l’organisationécologisteGreenpeaceamené, mer-
credi matin5mars, plusieurs actions, notamment enSuisseet en
France. SelonGreenpeace, sur les 151 réacteurs enfonctionnement
enEurope, 66ont plus de30ans et 7 ont étémis enserviceil ya
plus dequaranteans. – (Reuters, AFP.)
PollutionPoursuivi enAmazonie, Chevronobtient
le soutiende la justice américaine
NEWYORK. Le groupe pétrolier Chevrona gagné une manche
contre le jugement équatorieninfligeant, en2011, une amende
de 6,9milliards d’euros pour pollutiondans la forêt amazonien-
ne. La justice américaine a infirmé, mardi 4mars, la décisionren-
due par des magistrats équatoriens enfaveur des 30000plai-
gnants, qui ont décidé de faire appel. – (AFP.)
BarackObama met engarde Ben-
yaminNétanyahou au sujet de la
«construction accélérée dans
les colonies» dans unlong entre-
tienpublié par le site Bloomberg
View, dimanche 2mars. «Si les
Palestiniens arrivent à la conclu-
sionqu’unEtat palestiniensouve-
rain et contigun’est plus possi-
ble, alors notre capacité à gérer
les conséquences internationa-
les sera limitée», ajoute le prési-
dent américain. M. Obama se dit
convaincuque M. Nétanyahou
«est assez fort pour que, s’il déci-
dait qu’ [avancer vers des discus-
sions de paix] était la bonne cho-
se à faire pour Israël, il pourrait
le faire». Dans le cas contraire,
ajoute le président, «il doit pro-
poser clairement une approche
alternative. Et (…) il est difficile
d’enfaire émerger une qui soit
convaincante».
Lepuissant lobbypro-israélienAipac
aperdudesoninfluencefaceàM. Obama
AWashington, BenyaminNétanyahoufait l’élogeduprocessus depaixmenépar laMaisonBlanche
Le président américainmet engardecontre la colonisation
5
0123
Jeudi 6 mars 2014
Achevé en1997, le barrage de Mesochora n’a jamais été mis eneau
grâce à la mobilisation des habitants. TOMSTODDART ARCHIVE/GETTY IMAGES
international &planète
Bruxelles
Bureau européen
M
ichel Barnier ne s’avoue
pas vaincu. Le Français
jouesonva-toutcesjours-
ci pour être désigné chef de file de
sa formation, le Parti populaire
européen (PPE), en vue des élec-
tionsdemai. Maislaparties’annon-
ce rude. Jean-Claude Juncker, l’an-
cienpremier ministre luxembour-
geois, est donné favori lors du
congrèsdeDublin, quidoitdéparta-
ger les deux hommes, jeudi 6 et
vendredi 7mars.
Dans un entretien au Monde,
Michel Barnier considère néan-
moinsque«lejeuest assezouvert»,
endépit des pronostics qui le don-
nent battud’avance. «Personne n’a
rien à perdre dans un tel débat »,
veut-il croire pour justifier sa
démarche, tandis que Jean-Claude
Juncker aurait préféré ne pas avoir
d’adversaire avant d’être désigné
avec l’appui des chrétiens-démo-
crates d’Angela Merkel. «Nous
démontronsquelePPEauneappro-
chedémocratiquedecechoix, cequi
n’a pas toujours été le cas», lâche
Michel Barnier: «Celacorrespondà
lalogiquedeladésignationduprési-
dent de la Commission à la faveur
des élections européennes. Je mûris
cetteidéedepuis longtemps. »
Jusqu’au vote des quelque
800délégués du PPE, vendredi,
Michel Barnier entend s’appuyer
sursonexpériencedecommissaire
aumarchéintérieuret auxservices
financierspourrallierdessoutiens.
« Le seul candidat du PPE qui
connaisselaCommission, c’est moi.
C’est un fait objectif », dit-il, sans
rougirdubilan, pourtantcontrover-
sé, de l’équipe dirigée par José
Manuel Barroso: «La Commission
ajouésonrôlepoursauvegarderl’es-
sentiel, l’euro et le marché unique,
qui ont failli exploser. »
A l’en croire, cette expérience
vaudrait à Michel Barnier de nom-
breuxappuis chez les eurodéputés
duPPE. Sonconcurrentdispose, lui,
après dix-huit années comme pre-
mier ministre du Luxembourg, de
multiples connexions parmi les
chefs d’Etat et de gouvernement,
dans l’optique d’une éventuelle
nominationàlatêtedelaCommis-
sion européenne après le scrutin.
«Le vainqueur devra rassembler
une majorité au Parlement, une
majorité qualifiée au Conseil euro-
péen, et être enmesure de diriger la
Commission», prévientMichel Bar-
nier: «Celanes’improvisepas. »
Sur le fond, le Français veut ren-
forcer «l’indépendance de l’Euro-
pe». «De Gaulle, Churchill, Ade-
nauer ne feraient plus de discours
sur l’indépendance nationale, mais
sur l’indépendance de l’Europe»,
veut-il croire. «Nous ne sommes
pas condamnés à acheter des pro-
duits et des technologies fabriqués
par les Chinois oules Américains. »
Pour lui, il est temps de muscler
l’économie numérique, la politi-
que énergétique et la stratégie
industrielle des Européens. Il faut
aussi accélérer la mise sur pieds
d’une diplomatie commune, afin
de peser davantage sur la scène
internationale et dans le voisinage
de l’Unioneuropéenne. «Laremise
à plat des relations avec la Russie
doit être prioritaire», dit-il à la
lumièredelacrise ukrainienne.
PourM. Barnier, untel program-
medoitservird’antidoteauxpopu-
lismesdetousbords, enparticulier
enFrance. Acejour, l’ancienminis-
tre de Nicolas Sarkozy et Jacques
Chirac ne croit pas à une victoire
de Marine Le Penle soir du25mai :
«Il n’y a pas de fatalité», assure-il.
«C’est insensé de vouloir sortir de
l’euro, c’est se mettre dans la main
des marchés financiers, c’est perdre
ce qui nous reste de souveraineté
nationale», affirme l’ex-chef de la
diplomatie française (2004-2005),
qui avait été contraint de démis-
sionner après lavictoiredu«non»
auréférendumsur la Constitution
européenne.
«Pour autant queles partiseuro-
péens prennent au sérieux cette
campagne, il est possible de contrer
leFront national », dit-il. Dans cette
logique, Michel Barnierseméfiedu
slogandel’UMPpourlacampagne:
«Une autre Europe». «Je préfére-
rais “Nouvelle Europe”, qui signifie
nouvel élan. »
«Il faut être juste avec l’Europe,
et préservercequel’onafait ensem-
ble. Elledoitcesserd’êtrepouruncer-
tain nombre d’hommes et de fem-
mes politiques un bouc émissaire,
même dans ma propre famille»,
prévient-il. Pour lui, l’UMP, tout
comme le PPE dans son ensemble,
doivent poursuivre dans la voie
ouverte pendant la présidence
Sarkozy, en cherchant la synthèse
entre le «oui » et le «non» à la
Constitution: «En2009, j’étais tête
deliste, etnousavionsgagnélacam-
pagnesur cetteligne-là: clairement
proeuropéenne, mais sans naïveté,
et pas euro-béate. »p
Philippe Ricard
nSur Lemonde.fr
Lire l’intégralité de l’entretien
sur le blog «La bataille de Bruxelles».
Athènes
Correspondance
L
es défenseurs du fleuve
Achéloos bataillaient depuis
vingt ans pour sa sauvegarde.
Ils viennent d’emporter unevictoi-
requalifiéed’historique: leConseil
d’Etat grec vient de mettre un ter-
me au très controversé projet de
dérivation du plus long fleuve du
pays. Les juges estiment qu’il viole
leprincipededéveloppementdura-
ble inscrit dans la Constitution et
qu’il doit àcetitreêtreabandonné.
«C’est lapremièrefois enEurope
qu’une cour se réfère auprincipe de
développement durable pour met-
tre finàunprojet qui constitue une
véritable catastrophe écologique»,
se félicite Théodota Nantsou, du
Fonds mondial pour la nature
(WWF). Depuis plus de vingt ans,
WWF, Greenpeace, mais aussi la
Sociétéhelléniquedeprotectionde
l’environnementluttaientpartous
les moyens possibles – manifesta-
tions, concerts, recours enjustice –
pour empêcher le détournement
prévu de 600millions de mètres
cubes d’eau par an vers les plaines
agricoles deThessalie.
Le fleuve Achéloos, surnommé
le «fleuve blanc», prend sa source
danslemassifmontagneuxduPin-
de, aunord-ouestdupays, ets’écou-
lesur220kilomètresjusqu’àlamer
Ionienne, dansl’unedesrégionsles
plus sauvages de Grèce. L’une des
plus préservées aussi, dont plu-
sieurs sites sont classés dans le
réseau européen Natura 2000. Le
delta de Missolonghi, où le fleuve
sejettedans lamer, est l’undes dix
sites grecs protégés par la conven-
tiondeRamsar sur les zones humi-
de (1971) et abrite des espèces
d’oiseauxprotégéesparunedirecti-
veeuropéenne.
Plus à l’est, de l’autre coté des
monts du Pinde, se situe la plaine
de Thessalie. 80% du coton euro-
péen est produit dans ces vastes
champs, soit plus de 230000 ton-
neschaqueannée. Uneculturepar-
ticulièrement gourmande en eau
et qui a modifié en profondeur les
ressources hydrauliques de la
région. «Pendant soixanteans, les
agriculteurs ont pompé sans aucu-
ne retenue. A grands coups de
canons à eau. Les lacs naturels se
sont asséchés, les nappes phréati-
ques se sont salinisées ousont deve-
nues inexploitables, car contami-
nées par les pesticides utilisés pour
protéger les plants decotontrès fra-
giles», soutient ThéodoraNantsou.
Le président de l’Association
grecque du coton, Apostolos
Dondas, reconnaît que les prati-
ques d’irrigation ont longtemps
été problématiques, mais affirme
«que tout a radicalement changé
depuis dixans. Nous sommes tous
passés au goutte-à-goutte et nous
nous montrons beaucoupplus res-
pectueux de la ressource, en
essayant de limiter l’évaporation
liée ausoleil, par exemple».
Face à ces problèmes d’approvi-
sionnement eneaude la Thessalie,
les autorités grecques ont, dès le
milieu des années 1980, ressorti
des cartons le projet de dérivation
du fleuve Achéloos, qui remontait
auxannées1930. Pasmoinsdequa-
tre barrages et lacs de retenue en
plusieurspointsdufleuve, associés
à deux tunnels et uncanal de déri-
vation d’environ 18km, ont ainsi
étéentrepris dès 1990.
Mais une vaste campagne euro-
péenne, lancée en 1992 par des
dizaines d’associations de protec-
tion de l’environnement, a débou-
ché en 1994 sur le refus de l’Union
européenne de financer le projet.
S’en est suivie une longue bataille
judiciaire. Des dizaines de déci-
sionsdejusticeont concluàl’aban-
don du projet, sans que jamais les
travaux soient réellement stoppés
par legouvernement grec.
Unbarragede 135 mètres aainsi
été achevé en1997 à proximité du
village de Mesochora: il attend
depuissamiseeneau. Lamobilisa-
tiondes habitants, qui refusent de
quitterleursmaisons, vouéesàdis-
paraître sous l’eau, a de fait empê-
chétoute inaugurationdel’ouvra-
ge. Cequeleprésidentdel’Associa-
tion grecque du coton regrette.
«La Grèce a déjà dépensé plus de
340millions d’euros pour ces
grands travaux et on ne peut pas
les utiliser ? C’est de l’argent jeté
par les fenêtres!, s’indigne M. Don-
das. Je ne comprends pas la déci-
sion du Conseil d’Etat. Nous avons
besoin de cette eau pour survivre.
Quereprésententquelquesoiseaux
rares et leurs nids face à l’avenir de
nos enfants? Notre pays doit créer
de la richesse pour rembourser ses
dettes et l’agriculture doit devenir
unsecteur prioritaire. »
Pour Théodota Nantsou, «les
politiques n’ont jamais osé propo-
ser des solutions alternatives à ces
agriculteurs, qui sont une clientèle
électoraleàbichonner, et personne
n’oseleur dire quede toute façonle
coton grec est fini. Il ne peut pas
être compétitif avec le coton turc
ou égyptien! » De fait, depuis l’ef-
fondrement de l’industrie textile
grecque, le coton de Thessalie est
principalement voué à l’exporta-
tion dans un marché mondial
ultracompétitif, oùles prixsesont
contractés ces dernières années.
«La culture du coton grecque ne
survitdepuisdesdécenniesquegrâ-
ce aux subventions européennes,
mais ça change, et je ne vois donc
pas pourquoi il faudrait détourner
le cours d’un fleuve qui remonte à
l’Antiquité pour alimenter une
plante vouée à disparaître», affir-
me ThéodotaNantsou.
En réalité, la Politique agricole
commune européenne (PAC) pré-
voit encore des subventions pour
le coton grec pour la période
2014-2020, conformément aux
engagements du traité d’adhésion
delaGrèce. Maislesproducteursde
Thessalie devront désormais cher-
cher ailleurs l’eau dont ils ont
besoin. «Nous allons être vigilants
dans les prochains mois et vérifier
que le nouveau plan de gestion des
eaux pour la Thessalie, que doit
remettreleministèredel’environne-
ment, respecterabien la volonté du
Conseil d'Etat et n’utilisera pas une
astuce juridique pour remettre au
programme de manière détournée
les travaux sur l’Achéloos »,
prévient ThéodotaNantsou.
Le porte-parole du ministère de
l’environnement,ThodorisKaraou-
lanis, affirme que les travauxliés à
la gestiondes ressources eneauen
Thessalieserontplanifiésenaccord
aveclesétudesenvironnementales
réalisées. «Nous attendions la déci-
sionduConseild’Etatpournouspro-
noncer», assure-t-il. Les défenseurs
dufleuve attendent donc encore la
traduction politique de l’injonc-
tionjuridiqued’abandonnercepro-
jet. C’estseulementaprèsqu’ilssou-
lèverontlaquestiondelaréhabilita-
tion des sites défigurés par les tra-
vaux. Une autre longue bataille en
perspective. p
AdéaGuillot
«Leseul candidat
duPPEqui connaisse
laCommission,
c’estmoi.
C’estunfaitobjectif »
Michel Barnier
Michel Barniercroiten
seschancespourconduire
lacampagneduPPE
Réuni encongrès, leParti populaireeuropéen
désignesonchef defileauxélectionsdemai
«Quereprésentent
quelquesoiseaux
raresetleursnids
faceàl’avenir
denosenfants?»
Apostolos Dondas
Association grecque du coton
EnGrèce, lefiascoécologiqueduprojet
dedérivationdufleuveAchéloos
LeConseil d’Etat grecvient d’ordonner l’abandonduprojet, destinéàirriguer lacultureducoton
Legouvernement et lestalibanspakistanaisveulentcroireàleurprocessusdepaix
Endépit d’attaques menées par des insurgés hostiles audialogue, les discussions sepoursuivent pour pacifier lafrontièreafghano-pakistanaise
100 km
Mer Egée
Mer
Ionienne
Achéloos
G R È C E
MACÉDOI NE
ALBANI E
Athènes
P É L O P O N N È S E
Mesochora
NewDelhi
Correspondant régional
L
e gouvernement pakistanais
paraissait toujours engagé
mercredi 5mars dans les dis-
cussions de paix avec les talibans
du Tehrik-e-Taliban Pakistan
(TTP), deux jours après une san-
glante attaque dans un tribunal à
Islamabadqui a fait onze morts et
une trentaine de blessés.
Alors que les contacts formels
ont débuté il y a un mois entre
deuxdélégations – l’une nommée
parlepremierministreNawazSha-
rif, l’autredésignéepar leTTP–, les
discussions visant à mettre un
terme à l’insurrection islamiste
concentrée dans la zone pachtou-
ne frontalière avec l’Afghanistan
sepoursuiventdansunclimatd’in-
certitudes, voire de scepticisme.
Porté au pouvoir à l’issue des
élections législatives de mai 2013,
Nawaz Sharif, chef de la Ligue
musulmane du Pakistan-Nawaz
(PML-N, parti conservateur), sem-
ble résolu à continuer d’explorer
touteslesvoiesdudialogue, confor-
mément à sa promesse électorale.
Les réticencesd’unepartiedel’opi-
nion, laperplexitéde l’arméeet les
divisions des insurgés – dont cer-
tains groupes radicaux prônent le
maintien de la lutte armée – sou-
mettenttoutefoislabonnevolonté
deM. Sharif àrudeépreuve.
L’assaut dulundi 3mars aucen-
tre d’Islamabad, perpétré par un
commando lourdement armé, est
survenu deux jours à peine après
que le TTP a décrété un cessez-le-
feuunilatéral –unegrandepremiè-
re depuis la formation de cette
galaxie de groupes djihadistes fin
2007. L’attaque du tribunal d’Isla-
mabad a été revendiquée par un
groupepeuconnu, Ahrar-ul-Hind,
composédedissidentsduTTPhos-
tiles auprocessus de paix.
Frappes aériennes
LeTTPlui-mêmeaniétouteres-
ponsabilité – ce qui a apparem-
ment convaincule gouvernement
de poursuivre les contacts. L’état-
major taliban s’était résolu le
1
er
mars à appeler à faire taire les
armes pendant une durée d’un
mois alors que les pourparlers
étaientsurlepointdedérailler. L’ar-
mée avait procédé pendant une
dizaine de jours à des frappes
chirurgicalescontrecertainsrepai-
res du TTP au Nord-Waziristan,
sanctuaire abritant des groupes
talibanspakistanaisetafghans, ain-
si quedesnoyauxdjihadistesorigi-
naires d’Asie centrale (Tadjikistan,
Ouzbékistan). L’aviation d’Islama-
bad était intervenue en repré-
sailles à des attentats revendiqués
par le TTP, en particulier l’assassi-
nat collectif, le 16février, de 23 gar-
des-frontière retenus prisonniers
après leur enlèvement en 2010
dans la zonetribalede Mohmand.
Affaibli par cette vague de frap-
pesaériennes, leTTPs’est résignéà
demander à ses combattants une
cessation provisoire des combats,
sans exiger les pré-conditions
qu’il avait initialement avancées.
Dèsl’ébauchedescontacts, ladirec-
tiondes talibans pakistanais avait
réclamé l’application de la charia
(loi islamique) à l’ensemble du
pays et le retrait de l’armée des
zones tribales. Le fait de ne plus
imposerdetelspréalablesàunces-
sez-le-feuindiquequeleTTPsur la
défensive cherche à «gagner du
temps», afin d’«éviter une inter-
vention militaire au Nord-Waziris-
tan», écrivait lundi le quotidien
pakistanais The News.
Selon des sources militaires
relayées par la presse pakistanai-
se, l’arméeseraitprêteàuneopéra-
tion terrestre à grande échelle au
Nord-Waziristan, du type de celle
qu’elle avait menée en 2009 au
Sud-Waziristan, fief historique du
TTP. NawazSharif nesembletoute-
fois pas prêt à valider l’opération
tant qu’il n’aura pas épuisé toutes
les ressources du dialogue. Les
frappes qui ont ciblé le Nord-
Waziristandansladeuxièmequin-
zainedefévrierontpermisaugou-
vernement d’envoyer aux tali-
bans unsignal clair: uneinterven-
tionmilitaire d’ampleur reste une
optionsi le dialogue échoue.
L’actuel scénario se déroule
dans le contexte d’un rapproche-
ment entreIslamabadet Washing-
ton. Faitsansprécédent, laCIAaces-
sé ses frappes de drones dans les
zones tribales depuis deux mois,
cédant ainsi aux requêtes de
Nawaz Sharif, qui demandait aux
Américains de ne pas torpiller les
chances dudialogue. p
Frédéric Bobin
6
0123
Jeudi 6 mars 2014
france
APPEL DES ARCHITECTES
Pour que chacun
puisse habiter
Pour que nous
puissions tous
habiter ensemble!
Chers électeurs, chers concitoyens,
Vous choisirez bientôt les élus de votre commune.
Ils ont en charge l’aménagement des villes et villages où nous vivons tous et
autorisent la construction des logements.
C’est une responsabilité essentielle et les enjeux sont immenses.
Notre pays traverse une crise du logement qui n’est pas sans rappeler la crise
des années cinquante. Le retard accumulé depuis trente ans fait qu’aujourd’hui
3,5 millions de nos concitoyens sont mal logés ou sans logement.
Le logement est une « impossible marchandise »; il ne doit pas être traité comme
un produit fnancier.
Pour tous, l’habitat est un besoin vital, fondamental. Chacun de nous y a droit.
L’équilibre d’une société, l’emploi, la qualité de nos vies, l’éducation des enfants
en dépendent.
Ne laissons pas se développer, aux portes de nos métropoles, de nouveaux
bidonvilles.
Faisons du logement pour tous une priorité nationale et engageons notre
responsabilité collective.
Il y a crise du logement et en même temps - incroyable paradoxe! - la France
construit de moins en moins entraînant une crise du bâtiment qui met en péril les
emplois et les savoir-faire.
Il faut à nos élus une volonté politique forte pour construire 500000 logements
par an et en rénover autant.
Mais prenons garde, il ne s’agit pas de construire n’importe où et n’importe
quel logement. De lourdes erreurs ont été faites dans le passé que notre société
continue de réparer.
En construisant des logements standardisés et éloignés de tout, en consommant
sans retenue les terres agricoles ou naturelles, en multipliant à la périphérie des
villes des zones sans qualité et inaccessibles sans voitures, nous préparons le mal-
logement de demain!
Nous avons besoin de construire des logements près des transports en
commun, des commerces et des services.
Nous avons besoin de logements spacieux, lumineux, calmes, avec des
balcons et des terrasses, des greniers et des caves.
Nous avons besoin de logements économes en énergie.
Nous avons besoin de logements adaptés aux évolutions des modes de vie.
Nous avons besoin d’un urbanisme concerté, solidaire et respectueux de
l’environnement pour vivre ensemble dans des villes accueillantes, belles et
écologiques.
Soyons vigilants et ambitieux! Les projets d’aménagement, de construction et
de réhabilitation permettent d’allier développement économique vertueux et
créations d’emplois, solidarité et mieux vivre.
Les 30000 architectes français sont les acteurs de l’habitat au quotidien.
Ils sont à vos côtés et sont prêts à mettre leur savoir-faire et leur imagination au
service de la ville de demain.
Ils sont à la disposition de vos futurs élus, parce que
L’ARCHITECTURE
CONCERNE CHAQUE CITOYEN
www.architectes.org
#!($%'%"&
L
a Sarkozie ne voulait pas y
croire. C’est pourtant vrai :
Patrick Buisson enregistrait
bien Nicolas Sarkozy à son insu,
lors de réunions privées à l’Elysée
pendant le précédent quinquen-
nat. Le Canard enchaîné et le site
Internet Atlantico dévoilent mer-
credi 5mars plusieurs extraits qui
ne laissent aucundoute.
LeCanardpubliecequ’il présen-
te comme le verbatim d’une réu-
nionà l’Elysée, enregistrée à l’aide
d’un dictaphone par l’ex-
conseiller de M. Sarkozy. Selon le
journal satirique, lascènesedérou-
le le 27février2011, lors d’une réu-
nion de travail autour du prési-
dent, à quelques heures du rema-
niement qu’il va annoncer. Outre
NicolasSarkozyet PatrickBuisson,
le secrétaire général de l’Elysée
Claude Guéant, le conseiller spé-
cial Henri Guaino, le conseiller en
communication Franck Louvrier,
le publicitaire Jean-Michel Gou-
dardetlesondeurPierreGiacomet-
ti sont présents.
D’après la retranscription de
l’hebdomadaire, les six hommes
et le chef de l’Etat échangent
notamment sur l’allocution que
va prononcer M. Sarkozy pour
annoncerleremaniementministé-
riel. Brice Hortefeux est en passe
d’être remplacé par Claude
Guéant à l’intérieur et Michèle
Alliot-Marie par Alain Juppé au
Quai d’Orsay.
Lors de cette réunion privée,
Nicolas Sarkozy demande à ses
conseillers s’ils n’ont «pas d’états
d’âme» à évincer du gouverne-
ment son fidèle Brice Hortefeux.
Réponsecinglantede PatrickBuis-
son: «Le problème est de faire un
choix politique», fait-il valoir,
avant de regretter que M. Horte-
feux soit « inhibé » en matière
d’immigration. « Une partie de
notre électorat manifeste une cer-
taine impatience», affirme le
conseiller venu de l’extrême droi-
te, qui ainspirélastratégiededroi-
tisation de Nicolas Sarkozy pen-
dant la campagne présidentielle
de 2012. A l’issue de la réunion,
M. Buisson se moque aussi des
ex-ministres Roselyne Bachelot,
Michèle Alliot-Marie ou Xavier
Darcos, qu’il juge «archinuls».
Contacté par Le Monde, Patrick
Buisson s’est refusé à tout com-
mentaire. Desoncôté, sonavocata
confirmémardi soir l’authenticité
de l’enregistrement de la réunion
de travail retranscrite par Le
Canard. «Je confirme qu’il s’agit
d’un enregistrement authentique
et que c’est bienmon client Patrick
Buissonqui aprocédéàcet enregis-
trement », a admis M
e
Gilles-
WilliamGoldnadel.
M. Buisson avait pourtant nié
en bloc les accusations publiées
parLePoint, datédu12février, révé-
lant l’existence de ces enregistre-
ments pirates. L’hebdomadaire
écrivait que M. Buisson avait saisi
«des heures et des heures de réu-
nionsstratégiquesàl’aided’undic-
taphone dissimulé dans sa veste».
Patrick Buissonavait alors annon-
cé son intention de déposer une
plainte pour diffamation contre
Le Point.
DanslafouléeduCanard, Atlan-
tico a mis en ligne des extraits
sonores de quatre autres enregis-
trements datant du26février2011
à la Lanterne, à Versailles, lors
d’une réunionconsacrée aurema-
niement, soit la veille de la réu-
nionévoquée par Le Canard.
On y entend l’ancien patron du
journal d’extrême droite Minute
tenir en aparté avec Jean-Michel
Goudarddespropos peuamènes à
l’égarddeNicolasSarkozyetdeCar-
la Bruni-Sarkozy. Les deux hom-
mes ironisent sur les «interven-
tions percutantes» de l’épouse du
chef de l’Etat. M. Buisson s’agace
aussi du manque de fermeté de
M. Sarkozy sur l’immigration, en
regrettant de devoir revenir
constamment «àlacharge».
Un autre sujet paraît plus
gênant: lesdeuxhommess’inquiè-
tent du changement de fonction
de Claude Guéant, qui passe du
secrétariat général de l’Elysée au
ministère de l’intérieur. Patrick
Buissonsembleredouterlessuites
judiciairesdesaffairesimpliquant
la Sarkozye. Il s’interroge sur la
capacité du nouveau secrétaire
général de l’Elysée, Xavier Musca,
à savoir «se mouiller» autant que
Claude Guéant pour les «affaires
du parquet ». «Tu vois l’avantage
de Guéant, là depuis trois mois,
c’est qu’il connaissait un petit peu
les dossiers, notamment pour les
affaires auprès du parquet. Il se
mouillait unpetit peu», relève-t-il.
L’ancienjournalisteseplaint aussi
à propos du remaniement de ne
pas avoir «réussi à entraîner la
tête» du ministre de la justice
Michel Mercier, qu’il qualifie de
«totalement calamiteux».
Selon son entourage, Nicolas
Sarkozy est «furieux» d’avoir été
espionné par celui qui a fait partie
de son premier cercle. «Il se sent
trahi » par son ancien conseiller
qu’il acontinuéàconsulter depuis
son départ de l’Elysée. La dernière
fois que les deux hommes se sont
entretenus, c’était le 11 février,
juste après les révélations du
Point. Ce jour-là, M. Buisson a
démenti devant l’ex-président les
révélations de l’hebdomadaire.
Les proches de Nicolas Sarkozy
affirment qu’il n’a jamais su qu’il
était enregistré à son insu. C’est la
stupéfaction. «Si c’est vrai, c’est
consternant», déplore l’un de ses
proches. «La confiance a été tra-
hie, c’est vraiment une trahison.
Nous vivons tous cet événement
comme une sorte de viol », s’est
insurgé Henri Guaino sur France
Info. «Moi, cela ne m’étonne pas.
Buissonest undingueet aagi com-
me un historien en voulant garder
des archives», souligne un autre à
propos dupatronde lachaîne His-
toire.
Dans les rangs de l’UMP, plu-
sieurs dirigeants ont exprimé leur
consternation, à l’instar de Jean-
Pierre Raffarin jugeant sur Fran-
ce2 la méthode des enregistre-
ments «inacceptable» et «intolé-
rable».
Pour les sarkozystes, pas ques-
tion de surréagir à la polémique:
l’ancien chef de l’Etat a donné
consigne à ses troupes de ne pas
donner tropd’échos à cette histoi-
re peureluisante. Aucune prise de
parole ou dépôt de plainte de
M. Sarkozy ne sont prévus. L’idée
estdefaireledosrond, enespérant
que cela passe… Mais un grand
déballagen’est pas à exclure.
Mardi soir, l’avocat de M. Buis-
son a affirmé sur i- Télé que son
client rendrait «coup pour coup».
Un sarkozyste redoute que l’affai-
re donne lieu à un feuilleton, ali-
menté par des révélations poten-
tiellement dévastatrices pour son
candidat: «Le problème, c’est que
personnene sait jusqu’oùcelapeut
aller maintenant que la boîte de
Pandore est ouverte…»p
Alexandre Lemarié
Sondagesdel’Elysée: les
jugessurlapistedesbandes
LesécoutesBuissonfontvacillerlaSarkozie
L’ancienconseillerdeNicolasSarkozyreconnaît avoirenregistrédesréunionsconfidentiellesàl’Elysée
LES ENREGISTREMENTSde
PatrickBuissonintéressent
depuis plusieurs semaines les
juges Serge Tournaire et Roger Le
Loire chargés de l’enquête dite des
sondages de l’Elysée et dans
laquellel’ancienconseiller de
Nicolas Sarkozyjoue unrôle-clé.
Une série de perquisitions a été
réaliséeauxdomiciles de M. Buis-
son, mais aussi dans ses bureaux
à TF1. Toutefois, unhaut responsa-
ble de la police judiciaire a assuré,
mardi 4mars auMonde, quelques
heures après les révélations du
Canardenchaîné, que la police
«n’apas découvert de documents
sonores» lors de ses recherches.
Les échanges entrel’ex-
conseiller deM. Sarkozyet lagarde
rapprochéede l’ancienprésident
pourraient éclairer les enquêteurs
sur lamanièredont M. Buisson,
notamment, apubénéficier,
entre2007et 2012, decontrats de
plusieursmillions d’euros attri-
bués sans appel d’offres. Révélée
enjuillet2009par laCour des
comptes, qui avait alors dénoncé
unmarché«exorbitant», au
regarddes règles de ladépense
publique, cetteaffaireest cellequi
inquièteleplus leclanSarkozy.
Des faits de«favoritisme»et de
«détournements de fonds publics»
sont enjeu.
Enmai 2007, M. Sarkozyn’était
pas éludepuis trois semaines que
sadirectricede cabinet, Emma-
nuelleMignon, accordait, entrois
paragraphessur une feuillevolan-
tesans en-tête, ledroit àM. Buis-
sonde rédiger et decommander
des enquêtes auxinstituts deson-
dagesde sonchoix. Pour laseule
année2008, leconseiller aprésen-
téunefactured’1,5milliond’euros
àl’Elyséeaunomde sasociété
Publifact.
Laconventionaccordéeà
M. Buissonaensuiteétérenouve-
léechaqueannéepar Jean-Michel
Goudard, l’ami publicitairede
NicolasSarkozy. LorsqueLeMon-
de, àl’automne2012, avait interro-
gél’ancienconseiller stratégie du
président pour savoir s’il avait la
délégationdesignaturepour lefai-
re, M. Goudards’était montrésur-
pris: «Unedélégationde quoi ?»
Autotal, l’Elyséea verséencinq
ans plus de 3,3millions d’euros
auxsociétés de PatrickBuisson.
Les contrats de conseil passés avec
lasociété Giacometti Péron, une
autresociété amie de la maison,
respectent davantagela forme,
mais l’Elysée yaconsacré 2,56mil-
lions d’euros entre2008et 2012.
Caisses de documents
L’enquêtesur les sondages a
mis dutemps àdémarrer. Pendant
plus de trois ans, le dossier est res-
tésur lebureaudujugeSergeTour-
nairesans quecelui-ci, saisi par
l’associationAnticor, puisseenquê-
ter. Leparquet de Paris, alors repré-
sentépar Jean-ClaudeMarin, s’y
était opposécar, selonlui, l’immu-
nitéduchef de l’Etat s’étendait à
ses collaborateurs. LaCour de cas-
sationajugéducontraireen
décembre2012et ainsi renduau
jugele droit d’instruire.
Depuis, les enquêteurs s’effor-
cent de ramasser documents et
témoignages qui pourront les
aider à y voir plus clair dans ces
passations de marché et à identi-
fier le donneur d’ordre. Outre les
perquisitions menées chez
PatrickBuisson, les policiers se
sont rendus dans les différents
instituts de sondages. Ils ont égale-
ment récupéréune quinzainede
caisses de documents auprès de la
société Giacometti Péron.
M. Sarkozypourrait êtredirecte-
ment rattrapépar cetteaffaire. Si
lajusticeétablit que«les sondages
commandésrépondent àuneinitia-
tivepartisaneoupersonnelle»,
expliqueM
e
JérômeKarsenti, l’avo-
cat d’Anticor, «ces actes détacha-
bles de lafonctionprésidentielle»
neseraient alors plus couverts par
l’immunitéprésidentielle. p
LaurentBorredon
etEmeline Cazi
Selonsonentourage,
l’ex-président est
«furieux»d’avoir
étéespionnépar
celui qui afaitpartie
desonpremiercercle
7
0123
Jeudi 6 mars 2014
france
«L’indispensable»Daniel Cohn-Benditn’estpas
candidataurenouvellementdesonmandateuropéen
Al’approchedes élections européennes, «Dany»n’épargnepasEELV, qu’il soutient malgrétout
C
et hiver, c’est à Boulogne-
Billancourt (Hauts-de-Sei-
ne) que les cadors de l’UMP
défilent. Dans ce fief de la droite
où, selon Roger Karoutchi, séna-
teur des Hauts-de-Seine, «l’UMP
fait 70%lors des périodes demarée
basse politique», Alain Juppé est
venu au gymnase des Abondan-
ces, mardi 4mars, quittant un
temps la campagne municipale
bordelaise pour soutenir son
anciendirecteurdecabinet àMati-
gnon, Pierre-MathieuDuhamel.
Maire UMP de la ville de 2007 à
2008, mais relativement éloigné
des arcanes du parti, M. Duhamel
s’était fait ravir l’investiture UMP
lors des précédentes municipales
au profit du sarkozyste Pierre-
Christophe Baguet. Six années ont
passé, et latoute-puissancedel’an-
cienprésidentdelaRépubliquesur
ladirectionde l’UMPégalement.
Pierre-Mathieu Duhamel, bien
décidé à reprendre son siège, peut
compter dans son entreprise de
reconquête sur l’ancien maire
UMP Jean-Pierre Fourcade et le
députéUMPThierrySolère, qui ne
ménagent ni leur énergie ni leur
carnet d’adresses pour convaincre
les électeurs boulonnais de voter
pour un candidat dépourvu de
l’étiquetteUMP.
Plusieurspoidslourdsont fait le
déplacement pour soutenir le can-
didat dissident: Gérald Darmanin,
député du Nord, David Douillet,
ancienministredessports, Benoist
Apparu, ancien ministre du loge-
ment, Bruno Le Maire, ancien
ministre de l’agriculture. Afficher
le soutien du président-fondateur
de l’UMP, «c’est affirmer son pedi-
gree “droite républicaine”. Il est
important que les électeurs se sen-
tentlibresdevoterselonleursensibi-
lité», estime ThierrySolère, expert
en dissidence et tombeur de
ClaudeGuéant à Boulognelors des
législatives de 2012. L’ancien pre-
mier ministre est donc le certificat
de compatibilité UMP de Pierre-
MathieuDuhamel.
Devant plusieurs centaines de
sympathisants, Alain Juppé a vite
troqué son rôle de soutien dans
une campagne locale pour revêtir
lecostumedechef del’opposition.
L’ancien premier ministre a passé
en revue la politique de l’équipe
Hollande, dénonçantledésengage-
mentdel’Etatdanslefinancement
des collectivités locales, la mise en
place des rythmes scolaires,
moquant Arnaud Montebourg –
«notre flamboyant ministre du
redressement n’arienredressé»…
«Ecuries»
Une fois le compte de l’exécutif
réglé, Alain Juppé présidentialise
encore son discours, développant
sa vision d’une Europe plus inté-
grée, soulignant la renaissance de
«la guerre froide» et la nécessité
pour la France de maintenir son
budget de défense. Les municipa-
les semblent bienloin.
Lesoutiend’AlainJuppéneman-
que pourtant pas d’agacer le maire
sortant: «Enpleinecampagne, cha-
cunveuts’afficherenhommed’Etat
dans notre UMP déliquescente,
cogne Pierre-Christophe Baguet.
Lesécuriesprésidentiellescommen-
cent à se phagocyter les unes les
autres. Aujourd’hui, lastratégiedes
Juppé, LeMaire, Bertrandconsiste à
faireexploserlesyndicdecoproprié-
té de l’UMP que codirigent Fillon et
Copé, tout en empêchant le retour
deNicolasSarkozy. Mais les Boulon-
nais sont à 15000kilomètres de la
coursed’écuriesdontuneétapesem-
ble se jouer à Boulogne. » Pierre-
Mathieu Duhamel et Alain Juppé
quittent côte à côte la salle alors
que le public lance: «Duhamel àla
mairie, Juppéprésident! »p
Eric Nunès
Marseille
Correspondance
A
Marseille, le6
e
secteur et ses
116000 habitants consti-
tuent-ils la clé duscrutinde
mars?«C’estundesdeuxswingsec-
tors », confirme régulièrement,
accent du Vieux-Port en prime,
Patrick Mennucci, le chef de file
socialiste. «Ces arrondissements
sont importants pour gagner »,
rétorque, sensible sur la question,
Jean-ClaudeGaudin, enquêted’un
quatrièmemandat de maire.
Alaprésidentiellede2012, Nico-
las Sarkozy a laminé François Hol-
landedanscesquartiersEstdeMar-
seille, où cités paupérisées, zones
pavillonnaires et friches indus-
trielles forment un échantillon
assez représentatif de l’ensemble
de l’agglomération. «C’était du
55/45, rappelle Christophe Masse,
le candidat PS-EELV. Ici, je m’atta-
que àunvéritable mur de droite! »
Un mur qui affiche quand
même deux belles failles. «Tout
réside sur deux inconnues, confir-
me Denis Barthélemy, conseiller
général PS et directeur de campa-
gne de M. Masse. Le score du Front
national, comme partout à Mar-
seille, et surtout le nombre d’élec-
teurs qui se porteront sur Robert
Assante. Une quadrangulaire au
secondtour, ça change tout. »
Maire sortant de ces 11
e
et 12
e
arrondissements, élu en 2008 sur
les listes UMP, M. Assante a choisi
la dissidence depuis quelques
mois. Ce conseiller général de
61 ans est un ancien élève de
M. Gaudin, «au collège comme en
politique». «Et comme je ne suis
pas d’accord sur sa façon de gérer
Marseille, il s’est mis en tête de me
punir, s’enflamme-t-il. Avec lui,
c’est Assante aupiquet ! »
Démissionnaire de l’UMP il y a
quatreans, M. Assantes’estradicali-
sé: «J’ai refusé de voter le nouveau
planlocal d’urbanismequi bétonne
nos quartiers, je me suis présenté
auxlégislativescontrel’UMP», énu-
mère-t-il. Bien calé dans son fau-
teuil de maire de secteur, qu’il
entend «plus que tout, garder», il
s’étonne: «Moi, j’aime ça la proxi-
mité. Alors pourquoi Gaudinveut-il
mepriver de cemandat?»
Tout à ses exercices d’équilibre
dans sa majorité, M. Gaudina pré-
féré valider dans ce 6
e
secteur, un
ticket réunissant son premier
adjoint, Roland Blum, et la dépu-
tée ValérieBoyer. Reléguéàla troi-
sième place, M. Assante, vexé, a
pris le maquis, entraînant sept
conseillers d’arrondissement sous
étiquette divers droite.
«Evidemment que ce n’est pas
facile de mener campagne sans
l’appareil de l’UMP», reconnaît-il.
La veille, il était venuseul rencon-
trer une quinzaine d’électeurs
potentiels sous les serres d’unami
pépiniériste. Pas destaff, quelques
tracts et un discours incendiaire
contre le bilan Gaudin. «On ne
peut pas vouloir rester maireparce
qu’on a peur de s’ennuyer à la
retraite», assène l’ex-ami.
Dans une villa cossue du quar-
tier de la Treille, M. Blum et
M
me
Boyer animent, eux, un apéri-
tif decampagne. Derrièreleportail
de la propriété, les pins sont
immenses et les voitures alleman-
des. Les deux candidats jouent
l’union, même s’ils n’ont pas tou-
jours été proches. La première,
directe et pugnace, est une fidèle
de Guy Teissier. Le second, tout en
onctuosité, un ami de trente-cinq
ans de M. Gaudin. «Vous allez voir,
notrenuméroest bienrodé», glisse
M. Blum, 68 ans, qui a promis la
mairiedu6
e
secteuràM
me
Boyer, de
17anssacadette. Faceàunetrentai-
ne d’habitants, verre de cassis
blanc en main, le duo distille les
messages-clés de la campagne
UMP: «poursuivre le développe-
ment de Marseille», «éviter la dou-
ble peine socialiste» et «ne pas
votez FN, car cela favorise Patrick
Mennucci».
Quand un trentenaire pose la
question des «74 ans de M. Gau-
din», M. Blum encaisse et évoque
2017 et la fin du cumul des man-
dats: «Ceserauntournant…Lemai-
rechoisira-t-il leSénat ouMarseille?
Je ne peux le dire. » Le cas Assante,
lui, n’est même pas abordé. «Sui-
vant sonscore, nous négocierons ce
qu’il faudra. Ceseraviteréglé», pro-
metM. Blum. «Voilàleurproblème,
s’énerve encore celui que tous ses
adversaires surnomment désor-
maisle“kamikaze”. Ils n’ont jamais
cruàmadétermination. »
A gauche non plus, on ne voit
pasRobertAssantealleraubout de
sa dissidence. «Tous les matins, je
m’attends à lire son ralliement
dans La Provence», lâche M. Mas-
se. Fils et petit-fils d’élus socialis-
tes, ceconseillergénéral jouebeau-
coup sur son nom. Lorsqu’il passe
entrelestablesdel’EntraideSolida-
rité 13, qui organise un loto pour
lesseniorsduquartier, onl’attrape
pour lui parler de Marius, son
père, oude Jean, songrand-père.
«J’essaie de m’inscrire dans ces
traces. Cellesd’unélulocal deproxi-
mité», assure-t-il humblement
aux anciens, qui s’impatientent
devantleurscartonsdejeu. Poussé
par M. Mennucci à s’aligner dans
ce secteur-clé – il aurait préféré le
7
e
, déjà PS –, M. Masse a déjà reçu
les visites des ministres Manuel
Valls et AurélieFilippetti. «Et cette
fois, assure-t-il, j’ai un vrai pro-
gramme à défendre pour faire
changer cette ville. »
Alors que PapeDiouf aparachu-
téuncandidat venud’EELV–Ferdi-
nandRichard, cofondateurdelaFri-
cheBelle-de-Mai–etqueleFrontde
gauche compte capitaliser sur les
nombreuses luttes sociales
menées dans ce secteur lourde-
mentfrappéparladésindustrialisa-
tion, lachancedelagauchedépend
aussiduscoreduFrontnational. Eli-
sabeth Philippe, la candidate Mar-
seille Bleu Marine, a frôlé les 22%
auxlégislatives de2012. p
Gilles Rof
Marseille: le«swingsector»
qui pourraittoutfairevalser
Pour gagner lamairie, lagauchemarseillaise doit conquérir le6
e
secteur, oùladroites’est divisée
I
l n’est pas candidat maisil est la
vedette de la journée. Mardi
4mars, Daniel Cohn-Bendit,
68ans, est venu soutenir les têtes
de listes d’Europe Ecologie- Les
Vertsauxeuropéennes. L’ex-leader
de Mai-68 agace les écologistes
mais ceux-ci ne peuvent se passer
delui.
Avant de se rendre rue Lafayet-
teàParis, oùl’équipeaéludomici-
le jusqu’au 25mai, le chroniqueur
d’Europe1 s’est offert la matinale
de France Inter. Quelques heures
plustard, surlepas-de-portedusiè-
ge de campagne, M. Cohn-Bendit
répond encore et toujours aux
journalistes. A l’intérieur, tout le
monde attend que «Dany» termi-
ne. Oui, il ne se représente pas et
oui, il seradifficilede rééditer l’ex-
ploit des 16,28%des voixde 2009.
« C’était plus facile avec moi,
lâche-t-il. Il faut que tous s’y met-
tent. Ce sera plus collectif, ce qui
peut être unavantage…»
Le chef de file, c’est désormais
Pascal Durand, candidat en Ile-de-
France, avec Eva Joly en deuxième
position. L’ex-secrétaire national
d’EELVest undesraresànepasêtre
sortant. Yannick Jadot se représen-
te dans l’Ouest et José Bové dans le
Sud-Est. L’ex-leaderdelaConfédéra-
tionpaysanne est aussi le candidat
desécologistesàlaprésidencedela
Commissioneuropéenne, avecl’Al-
lemandeFranziskaKeller.
«C’est notre boussole»
La tâche ne sera cependant pas
facile pour EELV, qui devra pro-
mouvoir l’Europedans uncontex-
te de fort euroscepticisme. Mais le
parti de Cécile Duflot, endifficulté
depuis les 2,31%de la présidentiel-
le, veut croire qu’un score à deux
chiffres est possible. «Nous som-
mes à un point de basculement :
soit onest sur unrepli nationaliste,
soit sur un saut fédéral, affirme
M. Jadot aumicro. Nous porterons
une conviction et une détermina-
tionproeuropéenne. L’Europen’est
pas néolibérale et conservatrice
par essence. L’Europe est ce que les
majorités politiques enfont. »
Tous se succèdent à la tribune.
Puis, «évidemment», vient le tour
deM. Cohn-Bendit. Artisanmajeur
dusuccès de2009et de lacréation
d’Europe Ecologie, le député euro-
péen a depuis rendu sa carte. En
2013, il confirmait qu’il ne brigue-
rait pas un cinquième mandat
européen. Très critique à l’égard
d’EELV, il ne s’est pas privé de
taclerlanouvellepatronnedupar-
ti, Emmanuelle Cosse: «On n’en a
rienàcirer delasecrétairenationa-
le pour les élections européennes,
a-t-il lancé sur France Inter. Ce
n’est pas lasecrétairenationalequi
afaitlesuccèsd’EuropeEcologieil y
aquatre ans et demi. »
Riendetout ça, rueLafayette. Le
coprésident du groupe Verts au
Parlementeuropéenesttoutsouri-
re –«c’est notre boussole», dira
même Karima Delli, candidate
dans le Nord-Ouest. «J’ai passé un
pacte de responsabilité avec EELV,
explique M. Cohn-Bendit. Je suis
prêtàdonneruncoupdemainpen-
dant lacampagneet EELVest prêt à
me donner un coup de main pour
transformerl’Europe. »Et devanter
la «cohérence» des têtes de listes
écologistes, contrairement aux
autres partis politiques accusés
d’avoir «nommé, négocié, mar-
chandé leurs candidats» avec des
préoccupations «beaucoup plus
nationales qu’européennes». C’est
oublierunpeuvitequelesdésigna-
tions à EELV se sont faites dans la
douleur mi-décembre2013 après
uncongrès houleux.
Qu’importe, laphotode famille
est dans la boîte. M. Cohn-Bendit
enprofitepour glisser sapréféren-
ce pour la présidence de la Com-
missioneuropéenne. Ala surprise
générale, il ne cite pas le nom des
candidats écologistes –«soyons
réalistes », dit-il – mais celui de
Michel Barnier, ex-ministre UMP
de Nicolas Sarkozy et commissai-
re européen sortant. «C’est le seul
candidatcrédible, unDelorsducen-
tre droit», a plaidé le député euro-
péen. Avec son savoir-faire et son
franc-parler, M. Cohn-Bendit n’a
décidémentpasfini desurprendre
ses petits camarades. p
Raphaëlle Besse Desmoulières
BernadetteChirac
veutconserversoncanton
M
oncanton, moncanton,
qui a volé moncanton?
Tel Harpagondésespéré
àl’idéequ’onlui eût dérobé sa cas-
sette, BernadetteChirac, conseillè-
re générale ducantonde Corrèze
(Corrèze), a vilipendé, mardi
4mars, le nouveaudécoupage
cantonal qui fait passer «son»
cantonà la trappe.
L’élueUMPétait lavedettede
laconférencedepresseorganisée
par François Sauvadet, député
(UDI) et président duconseil géné-
ral de Côte-d’Or, entourédequel-
ques autres barons locauxdel’op-
position, pour présenter le Livre
noir sur le redécoupagedes can-
tons de France, sous-titré«Les ter-
ritoires deFrancesacrifiés». Sous
les micros et les caméras braqués
vers elle, l’épousedel’ancienpré-
sident delaRépublique, 80ans et
toutesonacrimonie, s’est indi-
gnéequesoncantonde
3445âmes – 4,5fois moins que le
cantonle plus peuplédudéparte-
ment –, dont elleest l’éluedepuis
trente-cinqans, eût étésacrifié,
écarteléentrois morceaux, sur
l’autel durééquilibragedémogra-
phiqueet delaparité.
«Massacre»
Depuis la promulgationde la
loi du17mai 2013 qui a instauré
unscrutinbinominal paritaire –
deuxconseillers, unhommeet
une femme, dans chaque can-
ton–, entraînant la diminution
de presque la moitiédunombre
de cantons, a été engagé unredé-
coupagegénéral duterritoirecan-
tonal, le premier depuis…1801.
Alors, les hobereauxlocauxvicti-
mes duremembrement fustigent
une opération«qui n’ad’autre
finalité que de sauver les meubles
duPS», selonM. Sauvadet.
Et de déclarer la guerre– Berna-
detteChirac entotem– à cette
inqualifiableatteinte aupatri-
moine national. La voilà donc qui
défendses gens. «Je les connais
tous et ils me connaissent tous. Ils
savent tout le travail que j’ai
accompli pour eux», geint-elle,
n’enrevenant toujours pas qu’on
ait puattenter à sondomaine.
«Inimaginable», s’excla-
me-t-elle. Pour plaider sa cause,
elle a «fait des visites enhaut
lieu». Sans succès. Sonillustrevoi-
sincorrézienest resté sourdà ses
doléances. «Le président Hollan-
de abeaucoupde choses àfaire. Je
ne pense pas qu’il se soit penché
sur le problème, l’absout-elle. J’ai
une petite idée de ce que représen-
te lacharge d’unprésident de la
République. » Mais, après le miel,
la sommation: «Si je tombe àla
trappe, je dirai uncertainnombre
de choses. »
Enrang serré derrière
leurfigure de proue, les croisés
de la ruralité sont fermement
décidés à engager tous les
recours possibles pour empê-
cher le «massacre». Avec le
secret espoir d’obstruer les voies
administratives et de rendre
impossible la tenue des élections
départementales à la date pré-
vue. «Elles auront lieu en
mars2015, comme prévu», assu-
re le ministère de l’intérieur. p
PatrickRoger
«Juppéprésident!»,
scandentlesmilitants
UMPdeBoulogne
Enmeetingpour les municipales, l’ex-premier
ministreafustigélapolitiquedeM. Hollande
«Moi, j’aimeça, la
proximité. Pourquoi
Gaudinveut-il me
priverdecemandat?»
Robert Assante
candidat divers droite dans
le6
e
secteur de Marseille
Christophe Masse, candidat PS dans le 6
e
secteur de Marseille, le 26février. P. GHERDOUSSI/DIVERGENCE POUR «LE MONDE»
8
0123
Jeudi 6 mars 2014
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Les petites annonces
immobiIières
france
P
as un flocon de neige sur
Paris de tout l’hiver. Unpetit
17˚C à Colmar (Haut-Rhin), à
la veille de Noël, bienau-delà de la
moyenne des maximales de sai-
son (5,7˚C). Des tempêtes à répéti-
tion. L’hiver 2013-2014 en France
est celui de tous les records: à la
foisextrêmementpluvieuxettem-
pétueux mais aussi particulière-
ment doux. Il se classe au deuxiè-
merangdes hivers les plus chauds
depuis 1900, derrière celui de
1989-1990 et parmi les plus arro-
sés, selon le bilan climatique
publié par Météo France mardi
4mars.
Entre décembre 2013 et
février2014, la température a été
supérieure de 1,8˚C à la normale
(la moyenne de 1981-2010). La plu-
viométrie s’est révélée supérieure
de40%auxnormalessurl’ensem-
ble du pays, malgré un bilan très
disparate selon les régions. «Très
abondantes sur la façade ouest du
pays et du Sud-Est, les pluies sont
enrevancherestéestrèsdéficitaires
de l’Hérault aux Pyrénées-Orienta-
lesainsi quedansleNord-Est», indi-
que MétéoFrance.
Aurangdesrégionslesplustou-
chées, la Bretagne a enregistré son
record de pluie depuis 1959. Les
Bretons ont dûouvrir le parapluie
decinquanteàquatre-vingts jours
au cours de l’hiver, soit quinze à
vingt joursdeplusquelanormale.
Au total, le cumul des précipita-
tions sur la saison a atteint entre
350 et 1 000 mm selon les
endroits, c’est-à-dire près de deux
foislamoyenne. «Cespluiesexcep-
tionnelles, conjuguéesauxsubmer-
sions marines lors des grandes
maréesdejanvieretfévrier, ontpro-
voquédesévèresinondations», pré-
cise Météo France. Morlaix et
Quimperlé (Finistère) ont ainsi eu
àdenombreuses reprisesles pieds
dans l’eau, suscitant la colère des
habitants.
Dans le Sud-Est, la région Pro-
vence-Alpes-Côte d’Azur, en parti-
culier le Var et les Alpes-Mariti-
mes, a également enregistré un
recorddeprécipitations. Elleaain-
si compté entre trente et quarante
jours de pluie et entre 350 et
800mm de cumuls de précipita-
tions, soitdeuxfoisplusquelanor-
male. Des événements intenses
qui ont provoqué la crue de plu-
sieurs cours d’eau, ainsi que des
glissementsdeterrainet desébou-
lements de falaise. Les skieurs ont
toutefois pu en retirer un avanta-
gepuisquelaneigeaété très abon-
dante sur les Alpes duSud.
La succession de tempêtes
venues d’Atlantique renforcées
par de forts coefficients de marées
s’explique, selon Christine Berne,
climatologue à Météo France,
«parunezonededépressionsurl’Is-
lande, plus creusée et active que
d’habitude, ainsi qu’unfort anticy-
clone reculé sur le sud, vers les Aço-
res, qui laisse la porte de l’Atlanti-
que ouverte aux perturbations
hivernales». Ce phénomène a aus-
si laissé passer des courants d’alti-
tude d’Ouest et de Sud-Ouest, qui
ont apporté de l’air chaud.
Météo France décompte
40dépressions depuis le début de
l’hiver, soit deux fois la normale.
Mais dans l’Hexagone, contraire-
ment à la Grande-Bretagne, la for-
ce des vents «n’a pas présenté de
caractère exceptionnel », comparé
à des tempêtes historiques com-
me en 1999 avec la succession de
« Lothar » et « Martin » ou
«Klaus» en2009.
La plus violente tempête de cet
hiver sur la pointe bretonne a été
«Ulla», les 14 et 15février, avec des
vents dépassant les 150km/h sur
les côtes, et des rafales jusqu’à
110km/h à l’intérieur des terres.
«Dirk», de son côté, s’est étenduà
la quasi-totalité de la France du 23
au25décembre.
«Cephénomèneest surtout rare
par sa durée: on comptabilise 56
jourssur les 65del’hiver durant les-
quels lasituationaété propice aux
tempêtes, indique Pascal Yiou, cli-
matologue au Laboratoire des
sciences du climat et de l’environ-
nement. C’est quelque chose que
nous avons déjà observé à l’échelle
européenne en 2006-2007 ou à la
fin des années 1990. Mais il faudra
réaliser des études plus poussées
pour savoir si c’est dû au change-
ment climatique. L’an dernier, par
exemple, l’hiver était à l’inverse
moins pluvieuxet très froid. »p
AudreyGarric
Pluies, tempêtes, chaleur:
l’hiverenFrancebattouslesrecords
Latempératuremoyenneestsupérieurede1,8
0
Cparrapportauxnormales, lapluviométriede40%
Lesassautsdel’océanvontcoûtercher
ROUTESFERMÉES, entreprises et
commerces inondés, digues abî-
mées, pêcheurs cloués à quai,
champs submergés: la multiplica-
tiondes tempêtes qui ont assailli
le littoral français, cet hiver, va
laisser des traces.
Dans le Finistère, à Quimperlé
(12000habitants), l’undes épicen-
tres des inondations enBretagne,
le débordement de l’Isole, rivière
de 48kmde long qui traverse le
Morbihanet le Finistère avant de
se jeter dans la Laïta, a entraîné
l’évacuationet le relogement
d’une quinzaine de familles après
la découverted’importantes fissu-
res dans les bâtisses duXIX
e
siècle
qui la bordent.
AHyères-les-Palmiers, ville
varoise de 60000habitants, il est
tombé, le 19janvier, autant d’eau
entrois heures qu’il entombe
d’habitude entrois mois. Selonla
mairie, 800 logements ont été
inondés.
Le nombred’alertes à la vigilan-
ce témoigne à lui seul duharcèle-
ment subi par certains départe-
ments. Normalement limitées à
quelques jours par an, elles se
sont multipliées ces trois derniers
mois, comme dans le Finistère qui
figure entête de liste avec
44 jours placés sous surveillance
de MétéoFrance, avant le Morbi-
han, l’Ille-et-Vilaineet la Loire-
Atlantique.
Affaiblis et épuisés par les
coups de vent exceptionnels, plus
de 21 000oiseauxmarins se sont
échoués sur les plages depuis fin
janvier, «une hécatombe histori-
que» selonla Ligue de protection
des oiseaux. Le macareuxmoine
et le guillemot de Troïl sont les
espèces les plus touchées. Le pin-
gouintorda a été affecté dans une
moindremesure.
«La clé sous la porte»
Le coût des assauts à répétition
de l’océanreste à préciser, mais
des chiffres commencent à circu-
ler. Dans la régionAquitaine, les
données disponibles sur le grigno-
tage des côtes sableuses par la
mer sont impressionnants. Même
si le printemps devrait ramener
unpeude sable sur le littoral, c’est
dujamais vu: le trait de côte a
reculé enmoyenne de 11 mètres,
avec des pics à 20mètres. Rien
que pour les travauxliés à l’activi-
té touristique estivale, il faudra
débourser entre 2,5 et 3millions
d’euros. Face à cette inquiétante
accélérationde l’érosiondulitto-
ral, le président duconseil régio-
nal AlainRousset (PS) a interpellé
le ministre de l’écologie, Philippe
Martin, appelant à la «solidarité
nationale».
Les dégâts s’annoncent aussi
importants dans les secteurs de la
pêche et de l’agriculture. «Entre
Noël et mi-janvier, les bateaux
sont sortis deuxfois moins que
l’année dernière», s’inquiète
BrunoDachicourt, de l’Union
nationaledes syndicats demarins-
pêcheurs. Dans le Nord-Pas-de-
Calais, même les plus gros chalu-
tiers ne sont pas sortis.
Lachute des ventes à la criée a
eudes conséquences sur l’ensem-
ble de la chaîne. Interrogé par
l’AFP, Pierre Labé, le président de
l’Unionnationalede la poissonne-
rie française, estime que la situa-
tionest «catastrophique» pour
les mareyeurs: «Ons’attendàune
perte de 35%à40%duchiffre d’af-
faires et si çacontinue, beaucoup
vont mettre laclé sous laporte. »
Les agriculteurs dont les terres
ont été noyées sous des pluies tor-
rentielles redoutent l’arrivée du
printemps: les légumes ont pour-
ri et les semis n’ont souvent pas
puêtre faits. Sur les 130 sites de
productionde la coopérative bre-
tonne Savéol, numérounde la
tomate enFrance, 20ont été
endommagés.
De quels montants seront les
indemnisations? Le gouverne-
ment a fait unpremier geste en
reconnaissant l’état de catastro-
phe naturelle dans près de
135 communes. Mais les assureurs
mutualistes sont les seuls, pour le
moment, à avoir avancé le mon-
tant de la facture qui leur incom-
be. Le syndicat des mutuelles d’as-
surance GEMAestime que les
intempéries du23décembre au
21février vont leur coûter unpeu
plus de 133millions d’euros. p
Diane Jeantet
LesBretons
ontouvert
leurparapluiequinze
àvingt joursdeplus
quelanormale
cethiver
SOCIAL
Pactederesponsabilité:
lesnégociationssetendent
Le projet de relevé de conclusions dupatronat sur les contrepar-
ties aupacte de responsabilité, envoyé mardi 4mars auxsyndi-
cats, a suscité la colère de ces derniers. Dans ce texte, le Medef, la
CGPMEet l’UPArefusent notamment de s’engager sur des créa-
tions d’emplois ousur l’obligationde négocier dans les branches,
enéchange de la baisse de 30milliards d’euros ducoût dutravail
promisepar François Hollande. «Soit ils reviennent à laraison
avec des objectifs quantifiés dans les branches, soit il n’y apas de
pacte de responsabilité», a dénoncé, mercredi, le secrétaire géné-
ral de la CFDT, Laurent Berger, sur France Inter. Syndicats et
patronat devaient se retrouver, mercredi enfinde matinée, pour
tenter de s’entendre sur untexte. pJean-Baptiste Chastand
Police Enquête de l’IGPNsur un chantage présumé
à la naturalisation
Leministredel’intérieur ademandéàl’Inspectiongénéraledela
policenationaled’enquêter sur uneaffairede chantageprésuméà
lanaturalisation, rapportéemercredi 5mars par Le Figaro. Le com-
mandant ducommissariat de Viroflay(Yvelines) aurait menacé
d’émettreunavis défavorable à la demande de naturalisation
d’une jeune fille russe, à moins qu’elle ne se rende à la Manif
pour tous du10octobre 2013 et ne donne le nomde participants.
Faits divers Agression homophobe à Lille
Deuxétudiants ont porté plainte après une agression, lundi
3mars ausoir, dans le métrode Lille. Ces deuxjeunes d’une ving-
taine d’années, qui se tenaient la main, ont été insultés par six
individus, et ont reçucoups de piedet coups de poing. – (AFP.)
Deux arrestations après un meurtre auTrocadéro
Deuxhommes soupçonnés d’avoir participé aumeurtre d’un
jeune homme de 20ans dans les jardins duTrocadéroà Paris, la
nuit de la Saint-Sylvestre, ont été interpellés, mardi 4mars, et pla-
cés engarde à vue. – (AFP.)
ASoulac-sur-Mer (Gironde), l’océanAtlantique a rongé quatre mètres de dune enjanvier. DUFFOUR/ANDIA.FR
J
eneserai pascandidatpourexer-
cer, pendant six ans supplémen-
taires, un nouveau mandat. »
Dans une tribune publiée dans
LeMondedujeudi6mars, Jean-Pier-
re Bel, président duSénat depuis le
1
er
octobre 2011, annonce qu’il quit-
tera son fauteuil du Palais du
Luxembourgaprès les élections de
septembre2014, qui doivent en
renouveler la moitié des sièges.
A62ans, M. Bel précise par ailleurs
qu’il ne se présentera à «aucune
autre fonction élective». Sénateur
de l’Ariège depuis seize ans, prési-
dent du groupe PS entre2004 et
2011, ce proche de François Hollan-
de a été en 2011 le premier prési-
dent socialiste du Sénat sous la
V
e
République.
Sa décision relève d’«un choix
personnel très ancien», expli-
que-t-il, dictépar«lesnouvellesdis-
positions de la vie politique ».
«Pour redonner confiance dans la
parole politique, on ne peut pas
s’en tenir à proclamer des princi-
pes, il faut être capable de se les
appliquer et, d’abord, ne pas se
considérer comme propriétaire de
ses mandats», détaille M. Bel.
Eluen2011faceauprésidentsor-
tant, l’UMP Gérard Larcher, et à la
centristeValérieLétard, lesocialis-
tese retiredonc après trois années
de mandat et un bilan mitigé. A
plusieurs reprises depuis le début
duquinquennat, les sénateurs ont
eneffetrejetédesloisfondamenta-
les pour l’exécutif – comme celle
sur les retraites en novembre2013
ouleprojet deloi definancesrecti-
ficatifpour2014unmoisplustard.
Contrairement à l’Assemblée
nationale, lePSnedisposepasdela
majoritéabsolueruedeVaugirard.
Une différence qui provoque un
jeud’alliancesparfoisdifficileàsui-
vrepourvoter–ourejeter–destex-
tes gouvernementaux. «Fier de ce
que [la] nouvelle majorité a pu
accomplir», M. Bel regrette néan-
moinsqueles équilibresdans l’Hé-
micycle aient rendu depuis
juin2012 «plus incertain et moins
cohérent le positionnement politi-
que du Sénat victime d’un rapport
deforce politiquevolatil ».
Sonretrait àvenir vaouvrir une
nouvelle séquence pour désigner
son successeur. A gauche, plu-
sieurs profils sont envisageables.
A commencer par celui du séna-
teur (PS) de Côte-d’Or et maire de
Dijon, FrançoisRebsamen, qui pré-
sidedepuis2011 legroupesocialis-
te au Sénat. Autres prétendants
possibles: François Patriat, élu
socialiste, lui aussi de Côte-d’Or,
ou le président du Parti radical de
gauche et sénateur de Tarn-et-
Garonne, Jean-Michel Baylet.
Unbasculement compliqué
Adroite, lesénateur(UMP, Yveli-
nes) GérardLarcher adéjàannoncé
sa candidature. Celui qui fut prési-
dent du Sénat de 2008 à 2011 a
confirméauMondequ’il avait bien
l’intentionde reconquérir la prési-
dence de l’institutionsi elle bascu-
laitàdroiteenseptembre. «Jedépo-
serai ma candidature encas de pri-
maires», a-t-il déclaréle4février.
Sur sa route, l’ancien maire de
Rambouillet (Yvelines), âgé de
64ans, pourrait retrouver Jean-
Pierre Raffarin. Le sénateur de la
Vienne, 65 ans, avait déjà affronté
M. Larcher en 2008, mais, pour
l’instant, il n’a pas encore exprimé
publiquement ses intentions. «Il
faut voir le rapport de force qui res-
sort des élections municipales et du
vote sur les communautés de com-
munes», explique son entourage.
Autrement dit, l’ex-premier minis-
tre se détermineraselonle résultat
du scrutin des 23 et 30mars, qui
livrera une orientation quant à la
future composition du Sénat – les
grands électeurs sont désignés par
les conseillersmunicipaux.
Si M. Larchermisesur unbascu-
lement de la majorité sénatoriale
en septembre, le défi semble très
compliqué à relever. La droite
compte aujourd’hui six sièges de
moins que la gauche: pour recon-
quérir la Rue de Vaugirard, elle
seraitdonccontrainted’enrepren-
dre plus du double. La faute à la
réforme du mode d’élection des
sénateurs, votéeenjuin2013, qui a
donné davantage de poids aux
communesdeplusde30000habi-
tants et instauré la proportionnel-
le pour les départements élisant
trois sénateurs, au lieu de quatre
précédemment. p
BastienBonnefous
etAlexandre Lemarié
Lire la tribune de Jean-Pierre Bel page18
LeprésidentduSénat
quitterasonfauteuil
àl’automne
Jean-PierreBel annonceau«Monde»qu’il nese
présenteraà«aucuneautrefonctionélective»
10
0123
Jeudi 6 mars 2014
france
R
omainLetellieraquittéletri-
bunal commeil yétait entré:
menotté. Premier prévenu,
depuisdelonguesannées, àcompa-
raître détenu devant la 17
e
cham-
bre du tribunal correctionnel de
Paris, ce jeune père de famille nor-
mandarejoint, mardi4mars, lacel-
lule de Fresnes dans laquelle il vit
depuis sixmois. Il a été condamné
àunandeprisonferme, plus deux
avec sursis, pour «apologie d’actes
deterrorisme»et«provocationàla
commission d’actes terroristes»,
deux délits encadrés par la loi sur
lapressedu29juillet1881.
La 17
e
est spécialisée dans les
délitsdepresse. Il yest questionde
diffamation, d’injure, d’apologie
de crime, de droit à la caricature et
de liberté d’expression. Ony com-
paraît généralement libre, aucune
de ces infractions ne prévoyant,
jusqu’àrécemment, unplacement
en détention provisoire. Romain
Letellier a inauguréune des dispo-
sitions de la loi antiterroriste de
décembre2012, qui prévoitunetel-
le mesure pour les deux chefs
pour lesquels il était poursuivi.
Aussi, l’apparition dans le box
des accusés, barbe en friche et
menottes aux poignets, de ce chô-
meur de 27ans tenté par le djihad
virtuel avait-elle quelque chose
d’«inhabituel », de l’aveu même
duprocureur, Annabelle Philippe.
Prévoyant «qu’on n’aura pas à
l’avenir d’exemple plus grave d’in-
fractions prévues par la loi sur la
presse», la représentante du par-
quet avait donc requis une peine
elleaussi «inhabituelle»: trois ans
de prison, dont la moitié assortie
du sursis. Le tribunal a eu la main
moins lourde. Romain Letellier
devrait retrouver la liberté dans
quelques mois. Il encourait jus-
qu’à cinqans d’emprisonnement.
Il estreprochéàcejeuneconver-
ti à l’islamd’avoir, ensa qualité de
modérateur duforumAnsar-alha-
qq.net, le deuxième plus impor-
tant site de propagande djihadiste
francophone, publié la traduction
enfrançaisdelarevueenligneIns-
pire. Un magazine anglophone,
lancé en juillet 2010 pour élargir
aumonde occidental l’ère du«dji-
had médiatique» professé par
Al-Zawahiri, le leader d’Al-Qaida.
Cette revue à la maquette soi-
gnée vise à inspirer les «loups soli-
taires» en dispensant, entre deux
considérations théologiques, des
appels au djihad et quelques
conseils pratiques pour mener à
bien son projet terroriste. Elle
apparaît, selon le parquet, dans la
plupartdesdossiersd’autoradicali-
sation. Sous le pseudonyme
d’Abou Siyad Al-Normandy («le
descendant du Prophète de Nor-
mandie»), Romain Letellier a
publié deux numéros de la revue
contenant des textes appelant à
«saigner les têtes de la mécréan-
ce», ou glorifiant «la formidable
opération du marathon de Bos-
ton», qui fit 3morts et 264 blessés,
qualifiéede «parfait exempled’in-
vestissement àbas coût».
La voix douce, parfois chevro-
tante, Romain Letellier a laborieu-
sement expliqué qu’il regrettait
d’avoir publié cette revue, affir-
mant sans convaincrene pas avoir
lutouslespassagesvisésparl’accu-
sation. Se décrivant comme «paci-
fiste », il a admis avoir pris
conscience, après son interpella-
tion, qu’il avait été «très bête» de
publier toutes les envolées djiha-
distes patiemment égrenées par le
juge assesseur. « Pour moi, ce
n’était que des textes », s’est-il
défendu. «Les textes ont un sens»,
lui afait remarquer le magistrat.
Lesens, c’est cequ’AbouAl-Nor-
mandyasembléchercheraufil des
années, en se rapprochant de l’is-
lamjusqu’à enembrasser les éma-
nations les plus radicales. Aucune
expertisepsychologiquen’aétéfai-
te, aregrettésondéfenseur, M
e
Tho-
mas Klotz, ce qui aurait permis de
comprendrele cheminde ce jeune
homme sans histoire vers l’extré-
misme religieux.
Les éléments biographiques
sommairement évoqués à
l’audienceont toutefois permis de
devinerleparcoursd’unenfantéle-
védansunvillageduCalvados, qui
perdsa mère à l’âge de 4ans. Habi-
té depuis le plus jeune âge par la
croyance en «une divinité», il se
heurte au «tabou» de la religion
dans sa famille, «athée» et «com-
muniste»: «Quand je demandais
ma religion à mon père, il me
disait: “pas de religion.”»
Le jeune homme refoule son
élan mystique pendant des
années, jusqu’à son inscription
dansunlycéedeCaen, oùil rencon-
tre des camarades musulmans
avec lesquels il peut «enfin» s’ex-
primer. L’islamlui apparaîtrapide-
ment comme«lavraiereligion», il
se convertit à l’âge de 20 ans et se
documente en lisant des livres et
sur Internet, ce qui le conduira à
découvrir le forum Ansar-alha-
qq.net, dont il devient administra-
teur début 2013.
Se sentant «insulté et méprisé»
entant quemusulman, il dévelop-
peaugrédeseslecturesuneidenti-
fication victimaire aux «musul-
mans innocents tués par les drones
américains» et affirme avoir vou-
lu «informer » de ces faits dont
«lesmédiasneparlentpas». Lepré-
venunepouvaitignorerlerôlecen-
tral de la revue Inspire dans la pro-
pagandedjihadiste. Sonavocat n’a
pas demandé la relaxe. «Certain»
néanmoins que son client « ne
représente aucun danger », il a
demandé de le «remettre en liber-
té». Le jeune homme, qui a purgé
la moitié de sa peine, dit vouloir
retrouver sa vie d’avant, «sans les
forums, biensûr». p
SorenSeelow
Bilel, étudiant grenoblois en
licence d’économie et pompier
volontaire, parti faire le djihad
enSyrie, est mort mi-février à
Homs d’une balle dans le cœur.
Le jeune homme de 23ans avait
quitté Grenoble en voiture le
5juillet 2013 avec d’autres jeu-
nes Français, pour aller combat-
tre en Syrie, a indiqué à l’AFPsa
sœur Oumaïna, 22ans. «Monfrè-
re disait qu’il voulait aider le peu-
ple syrienen apportant des médi-
caments et de la nourriture et
aussi en combattant le régime
de Bachar Al-Assad», a-t-elle
expliqué. Bilel, dont la famille
est musulmane modérée, s’était
radicalisé à la suite d’une ruptu-
re amoureuse. «Mais on n’imagi-
nait quand même pas qu’il allait
partir en Syrie», a précisé sa
sœur.
En Syrie, il avait rejoint le Front
Al-Nosra, branche officielle d’Al-
Qaida dans le pays, et continué à
donner régulièrement des nou-
velles à ses parents. C’est un
des amis de Bilel sur place qui a
annoncé son décès à la famille.
«On aimerait bienvoir son corps
pour faire le deuil mais onne
peut pas, déplore Oumaïna. On a
juste une photo de lui mort. »
I
ncorrigible Gaston Flosse.
Depuis sa réélection à la prési-
dence de la Polynésie françai-
se, le17mai 2013, l’inoxydableséna-
teur (82 ans) a renoué avec les
méthodes qui ont contribué à ses
succès politiques mais aussi à ses
déboires judiciaires. Ces derniers
semblent ne jamais devoir se ter-
miner : impliqué dans de nom-
breuses affaires, pour l’essentiel
financières, celui queles Tahitiens
surnomment «le Vieux Lion» est,
selon nos informations, visé par
une demande de levée de son
immunité parlementaire. Saisie
finfévrier par lejuged’instruction
de Papeete Philippe Stelmach, la
chancellerie s’apprête à transmet-
tre la demande du magistrat au
bureauduSénat.
L’initiativedeM. Stelmachsigni-
fiequ’il envisagedeprendreàl’en-
contre du sénateur (divers droite)
polynésien des mesures coerciti-
ves–enl’occurrenceunplacement
en garde à vue. Il souhaite que les
policiersl’interrogentsurlescondi-
tions dans lesquelles fut passé le
marchédeconstructiondupharao-
nique centre hospitalier de Taao-
ne, lancéen2004àPapeete. Al’épo-
que, M. Flosse était déjà président
de la Polynésie française. Le fils du
sénateur, RéginaldFlosse, aétélui-
même mis en examen et placé
sous contrôle judiciaire dans cette
affaire le 7février, de même qu’un
entrepreneur proche de Gaston
Flosse, Robert Bernut.
Les enquêteurs soupçonnent
M. Bernut, attributaire par le biais
de sa société SMPP-Sogeba d’une
partie du marché de construction
de l’hôpital, d’avoir en échange
cédé à vil prixà RéginaldFlosse ses
partsdel’hôtel duTahara’a. Gaston
Flosse lui-même aurait pesé de
toutsonpoidsenfaveurdelaSMPP-
Sogeba. Un renvoi d’ascenseur qui
nourrit les soupçons de favoritis-
me. Sollicitépar LeMonde, M
e
Fran-
çois Quinquis, avocat de Gaston
Flosse mais aussi de la SMPP-Soge-
ba, n’apuêtrejoint.
Gaston Flosse a par ailleurs été
mis en examen, le 21 février, pour
détournement de fonds publics,
dansunautredossierinstruitautri-
bunal de Papeete. Le président de
l’AssembléedelaPolynésiefrançai-
se, Edouard Fritch (gendre de
M. Flosse), est poursuivi pour les
mêmes faits. Les deux hommes
sont soupçonnés d’avoir fait sup-
porter àlacommunedePirae, dont
ilsonttousdeuxétémaires, l’appro-
visionnement en eau de la villa de
M. Flosse, située à Arue, commune
voisine. Cette propriété, construite
sur une zone alors dépourvue
d’eaupotable, aétéraccordéeàune
réserve située à Pirae, six kilomè-
tres plus loin. Le pompage de cette
eau pour l’acheminer entre autres
verslarésidencedeM. Flosseagéné-
ré «des frais d’électricité et d’entre-
tien colossaux», selon la Chambre
territorialedes comptes.
Ces avancées judiciaires inter-
viennent dans un contexte de
reprise en main politique. A l’évi-
dence, «le système Flosse», fondé
sur le clientélisme et le culte du
chef, areprisdeplusbelledepuisle
retour aux affaires du Vieux Lion,
écarté du pouvoir entre2008 et
2013 –période durant laquelle il
futmêmeincarcéré, dansuneaffai-
re de corruption.
L’omnipotence de Gaston Flos-
sesuscitedenombreusesinquiétu-
des, notammentchezlesjournalis-
tes locaux dont le travail se révèle
deplusenpluscompliquélorsqu’il
s’agit d’évoquer des faits suscepti-
bles de mettre en cause le patron
de la collectivité d’outre-mer. Ain-
si, le groupe Média Polynésie
(GMP), leader de la presse papier
dans cettezone duPacifique, vient
de faire l’objet d’une prise de
contrôle par la société Chin Foo,
qui détient désormaisnotamment
les deux quotidiens de Tahiti, La
Dépêche et Les Nouvelles.
Gérant de Chin Foo, Pierre Mar-
chesini, futurdirecteurdecesdeux
publications, a annoncé la couleur
en début de semaine, dans les
colonnes du journal gratuit Tahiti
Infos : « Je m’engage à ne plus
jamais accepter la publication, sur
l’undessupportsdugroupe, d’infor-
mations transgressant le secret de
l’instruction, qu’il s’agisse d’un pla-
cement en garde à vue ou d’une
mise en examen. » Cette déclara-
tion a suscité un vif émoi dans les
rédactions des deux quotidiens (la
presse n’est pas, il faut le rappeler,
tenue au secret de l’instruction).
Lesjournalistestahitienscraignent
de ne plus pouvoir tenir la chroni-
que des nombreuses mésaventu-
res judiciaires de M. Flosse…p
GérardDavet
etFabrice Lhomme
Leprévenu
aprisconscience
d’avoirété«trèsbête»
après
soninterpellation
Undjihadiste français de 23ans tué le 18février enSyrie
AuprocèsducyberdjihadisteLetellier:
«Pourmoi, cen’étaitquedestextes»
Letribunal correctionnel deParisacondamnéàunandeprisonfermeunconverti pour«apologie
d’actesdeterrorisme». Il avait publiésurunforumdesextraitsdelarevuedjihadiste«Inspire»
Al’évidence,
le«systèmeFlosse»,
fondésur
leclientélisme
etleculteduchef,
areprisdeplusbelle
Outreles affaires del’hôpital de
Taaoneet delacommune d’Arue,
M. Flosseest poursuivi pour com-
plicitédedétournement de
fonds publics dans l’affaire de
l’atoll Anuanuraro, qui serajugée
enjuin. Il aaussi été condamné
enappel, enfévrier2013, àqua-
treans deprisonavec sursis et
trois ans d’inéligibilité pour prise
illégaled’intérêts et détourne-
ment de fonds publics, dans un
dossier d’emplois fictifs –il s’est
pourvuencassation. M. Flosse a
enfinété condamné, enjan-
vier2013, enpremièreinstance,
àcinqans deprisonfermeet cinq
ans d’inéligibilité, pour trafic d’in-
fluencepassif et corruptionacti-
vedans l’affairedes annuaires
téléphoniques.
M. Flosse mis encause
dans plusieurs procédures
GastonFlossevisé
parunedemandedelevée
d’immunitéparlementaire
UnjugedePapeetenourrit des soupçons
defavoritismesur laconstructiond’unhôpital
DOSSIER SPÉCIAL
MUNICIPALES
0123
RENDEZ-VOUS JEUDI avec Le Monde daté vendredi 7 mars
Septième volet de notre série hebdomadaire
Alain Juppé, du haut de son Aventin
BORDEAUX
Et dans le sur
11
0123
Jeudi 6 mars 2014
culture
Musique
L
e 4 mars 2004 mourait
Claude Nougaro, emporté à
74ansparunemaladied’épo-
que, le cancer. Il n’avait pas aimé
l’école, ni le solfège. Né à Toulouse
le9septembre1929, il avait étééle-
vé par ses (bons) grands-parents
tandis que son père –son «géni-
teur», si craint, si admiré– mou-
raitenscèneenchantantdedrama-
tiques opéras àlongueur desaison
lyrique. Sa fille Cécile, objet de la
chanson, voudrait ancrer sonpère
à Toulouse. Elle a acheté une péni-
che, la Santacnox, pour en faire,
sans doute en 2015, une Maison
Nougaro, vagabonde, au fil de
l’eau.
Que nous a donné Nougaro? Il
étaitunhommedechoc, «charbon-
neux», comme il aimait à le dire.
Un «mineur de fond», comme il
l’avait écrit en 1993 en hommage,
et réponse, à Serge Gainsbourg
dans Art mineur (musique du Zaï-
rois Ray Lema) : «Je pratique l’art
mineur/Qu’a illustré le beau
Serge/Puisse-t-il sur l’autre
berge/S’enivrer d’alcools
meilleurs/Est-ce bien sérieux
d’ailleurs/Passé les soixante
berges/De pratiquer l’art
mineur/Qu’a illustré le beau Ser-
ge?/ Pourquoi suis-je et àquoi sers-
j e/Dans l a mi ne où j e
m’immerge/Charbon rouge de
mon cœur ?/ Un projecteur sur le
front/Comme un casque de
mineur/Artiste mineur de fond. »
Onappréciera, vingt ans plus tard,
qu’unmonstresacrédelachanson
française se soit si élégamment
insurgé contre l’idée que la chan-
sonne pèse riendans la vie de nos
sociétés et dans la formation de
l’intelligenceindividuelle.
Nougaro était un fils de Trenet
et de Piaf, mais il avait très tôt por-
té ses regards sur le monde noir,
sur l’Afrique, creuset des civilisa-
tions contemporaines. Le petit
bonhommebrunavait surgi d’une
Toulousetellurique, «pèrecathare
toulousain, mère italienne avec
ascendants siciliens». En prime, le
jazz lui était tombé dessus, via le
poste de radio qui trônait dans la
cuisine de sa grand-mère. Mais,
dans les années 1950 et 1960, la
Franceseposait encorelaquestion
de savoir si l’onpouvait être blanc
et avoir le rythme. Nougaro rend
compte de la fin d’une époque, et
de la modernité de cette transi-
tion. C’est son karma. «Il y a dans
tout cela une flamme sacrée. L’art
doit faire dubien. Lachansonrégé-
nère, donne chaud. Moi, je suis un
archaïque qui prend les mots les
plus usés pour les frotter comme
des cailloux pour en faire une peti-
te étincelle», déclarait-il au Monde
en1994.
Des étincelles, il ena vécu. L’en-
fant des Minimes allait aucinéma,
il aimait Tarzan. Plus tard, il croise
Johnny Weismuller à Los Angeles,
«dans unbar spectral, àlaKubrick,
vieuxTarzandéchu, has-beende la
liane». C’est sans doute un rêve,
une presque-phobie, un rêve
d’Afriquemutilée, «chant des Pyg-
mées auzoo», éléphants morts.
Une petite fille, la chanson qui
l’a révélé au grand public en 1962,
met en scène la révolution amou-
reuse de l’après-guerre. L’émanci-
pation des mœurs passait alors
par le dévoilement : glissement
des bas nylon, décolletés en cor-
beille, déshabillage-effeuillage.
Lui était champion en la matière.
Comment tromper sa femme sans
levouloir, commentleregretteren
recommençant, comment être
papa enperdant des blondes et en
gagnant des brunes, etc. Le Ciné-
ma, Les Don Juan, Une petite fille
sont les textes fondateurs de cette
masculinitébe-bop, pasdemachis-
me, de la féminité, beaucoup de
torture.
En 1963, il est ramassé en miet-
tes sur le bord d’une route: l’acci-
dent de voiture fait son entrée
dans la catégorie des phénomènes
de masse. Il compose A bout de
souffle à l’hôpital, adaptation de
Blue Rondo à la Turk, de Dave Bru-
beck, image duDonJuanvivant sa
vie entravellingpanorama. L’ami-
admirateur de Jacques Audiberti,
le chanteur à l’accent caillouteux,
passait des nuits au Rosebud, à
Montparnasse, ou au Chat qui
pêche, leclubdejazz delarue dela
Huchette, à regarder ses démons
dans unverre. Il avait unsens aigu
de la jeunesse.
Il aimait le rap, parce quecet art
populairese nourrit d’une énergie
générationnelle. Il observait, il can-
nibalisait, avec une acuité aujour-
d’hui absente de la chanson fran-
çaise. Ainsi, les événements de
mai 68 lui avaient inspiré un tor-
rentiel Paris mai, plaidoyerpour la
vie, qui serait interdit d’antenne,
bien que farouchement opposé à
la politique, «cette guérite étroite,
avec sa manche gauche, avec sa
manche droite, ses pâles oraisons,
ses hymnes cramoisis, sa passion
dufutur, sachronique amnésie…».
Comme Brassens, Nougaro fait
les frais d’une surdité qui, faute de
mieux, s’accroche au vertige des
mots. On les entend en «poètes»,
acrobates des syllabes, patineurs
sur syntaxe, mais la musique, on
n’enfaitpascas. Eux, oui : Brassens
mélodiste, rythmicien, et Nou-
garo, qui chante toujours si exact.
Chez Nougaro, la musique est le
laserdesadiction. Quandil parle, il
chante. S’il surjoue, il joue. FaraC.,
l’unedes plus subtiles connaisseu-
ses de la musique africaine et du
jazz, dit à son propos –on croirait
l’entendre lui, Nougaro, accent et
scansion compris: «En ces divers
courants musicaux qui, par l’effer-
vescence créatrice, ont exorcisé les
affres de l’esclavage, le gamin “au
cartable bourré de coups de poing”
reconnaît la trace de son exil. Le
Nègre cathare profère sa colère qui
se niche à l’hémistiche, instille un
swing inouï à la langue française,
conte les tragiques destins de gosse
de bidonville, de looser… Dans sa
façonde chanter, onsent, à l’instar
des bluesmen américains, le mus-
cle, le souffle, lasueur, tout à lafois
l’âpreté et l’exaltation de l’existen-
ce. Comme eux, son génie créateur
transmue la douleur intérieure en
jubilationpartagée. »
Ony ajoutera ceci : sa conscien-
cedefilsdepianisteprofessionnel-
leet debarytonconnuauraaiguisé
sa soif de musique. Nougaro se
remet mal d’être un cancre en sol-
fège. Il s’adaptera donc. Comme
d’autres –fous, saintes, philoso-
phes– entendent des voix, lui il
entenddes mélodies. Il les fredon-
ne à l’oreille des compositeurs
(Michel Legrand, Daniel Goyone,
Maurice Vander, Jean-Claude Van-
nier, Christian Chevallier, Marcus
Miller pour Nougayork). Eux se
chargent d’habiller sonchant – «le
chant, c’est de lachair qui pense».
Ce qui est bien, chez Nougaro,
c’est qu’il osait : il ose dire, écrire,
proférer des trucs limites, des cli-
chés, desnaïvetés. Çanelui fait pas
peur, et chaque fois c’est fort. Cer-
taines de ces chansons fredon-
nées, il les cosigne. En 1984, il
endosse seul une œuvre de poids,
SaMajesté le jazz.
Dans une époque où les vedet-
tes de variétés traitaient les musi-
ciensenloufiats, Nougarolesécou-
te, les célèbre, les aime. «Je ne joue
pas du piano, je joue du Maurice
Vander»: cequi n’empêchepasles
brouilles, parfois de plusieurs
années, idemavec l’immenseIvan
Jullien, maisil reste, selonlaformu-
le du batteur André Ceccarelli, «le
chanteur des musiciens… Quand
j’entends les sempiternelles bêtises
sur lejazz, je medis: aumoins, ona
Nougaroavec nous».
Respect des musiciens, jeuégal,
conscience que rien ne sépare la
notedumot: il yfaut untrèsgrand
chanteur et les meilleurs autour.
Le coffret de 29albums consacré à
cetroubadour, le«virtuosedes ver-
tigineux» (FaraC., toujours) est
ornédes photos detoutes ces mer-
veilles humaines que sans lui le
grand public ne connaîtrait pas:
EddyLouiss, BernardLubat, Mauri-
ce Vander –dans les années 1980,
le trio devient aussi célèbre que le
chanteur–, Baden Powell, Michel
Portal, AldoRomano, PierreMiche-
lot, André Ceccarelli, Richard Gal-
liano, BernardArcadio, FrancisLas-
sus… Mine de rien, Nougaro fait
accéder à la chansonnette Dave
Brubeck, Quincy Jones, Monk,
Chico Buarque, Gilberto Gil, Min-
gus, WayneShorter…
Veut-on du bizarre ? Lui,
auteur des paroles d’une géniale
guignolade de Jean Constantin,
bon pianiste de jazz au demeu-
rant, Les Pantoufles à papa, il se
retrouve le troubadour poignant
d’un chant dédié à Montségur,
Gloria.
Le thème est de Don Byas. La
musique ne manque pas d’am-
pleur sans verser dans l’emphase.
L’album s’intitule Femmes, fami-
nes (1976). Et, tout du long, un sax
alto libre comme l’air, l’air d’évo-
luer sur les ruines de Montségur
tel un émouchet au chant léger,
déchirant, guilleret, àcôtédelapla-
que, parfaitement en place jus-
qu’aux dernières notes : c’est
OrnetteColeman, l’undes maîtres
delatroisièmerévolutionenmusi-
que afro-américaine, embarqué
dans cette épopée cathare, nul ne
saura jamais comment. Toujours
est-il que, surprenant et décalé en
1976, legesteaquelquechosed’évi-
dent, de terrible et d’harmonieux.
Ou plutôt d’harmolodique.
L’amour musicien. p
Francis Marmande
etVéronique Mortaigne
DU ITFO
SUR LES TRACES
DU 8 AU 30 MARS 2014
TURAK THÉÂTRE
RÉSERVATIONS 01 48 13 70 00
www.theatregerardphilipe.com
D’unimposantcoffretàdescompilationsthématiques
CommeBrassens,
Nougarofaitlesfrais
d’unesurditéqui,
fautedemieux,
s’accrocheauvertige
desmots
ClaudeNougaro, plusquechanteur, musicien
Dixansaprèssamort, desdisquescélèbrentleToulousainqui s’estfrottéaujazz, auxrythmesbrésilienset africains
AUFORMATd’ungros livre, en
tirage limité, contenant 29CDet
unlivret pleinde témoignages
amicauxd’artistes (Higelin, Al Jar-
reau, Michel Legrand, Lubat, Mau-
rice Vander…), le coffret Amour
sorcier enimpose parmi les publi-
cations musicales consacrées à
ClaudeNougaro(1929-2004),
pour la célébr ationdes dixans de
sa mort.
Il contient les albums enregis-
trés enstudios et lors de concerts
par Claude Nougaropour les
labels Philips, Barclayet Mercury
entre1962 et 1985, puis de 1991 à
1999. Ainsi que le premier album
de l’artiste pour le label Président,
en1959, des titres publiés sur des
disques 45-tours, des versions dif-
férentes de certaines chansons,
une quarantained’inédits, la pre-
mière éditionenCDde deux
albums enregistrés enpublic…
Une somme.
Ony retrouve le meilleur de
Nougaro, enparticulier celui des
années1960et 1970qui va faire
chanter ses mots comme person-
ne aucontact dujazz –avec le pia-
niste Maurice Vander, de la petite
formationaubig band–, de la
musique brésilienne, de l’Afrique
noire (L’Amour sorcier, Locomoti-
ve d’or). Durant une vingtaine
d’années, chacunde ses albums
contient auminimumquatre ou
cinqperles.
Et des tubes, concurrents de
ceuxdes yé-yé, des airs entrés
dans le répertoire, classiques de la
chansonauprès de ceuxde Barba-
ra, Brel, Ferré, Brassens ouGains-
bourg: Le Cinéma, Une petite fille,
Le Jazz et laJava, Cécile mafille,
Chansonpour Marilyn, Il y avait
une ville, Je suis sous…, Bidonville,
About de souffle, Armstrong, Sing-
SingSong, Toulouse, Quatre bou-
les de cuir, Paris mai, Lapluie fait
des claquettes, Dansez sur moi, Ile
de Ré, Tuverras, Mondisque
d’été…
En1986, Nougaron’a plus de
maisonde disques. Barclay, qui
onze ans plus tôt avait remercié
LéoFerré, a fait de même avec
Nougaro. Pas assez vendeur, pas
dans l’époque. Le coffret passe
directement à une série d’enregis-
trements de 1991 à 1999. Ceux
pour Mercury, de bonne facture,
mêmesi par endroits onsent com-
me des redites, des facilités.
Pour compléter cet ensemble,
il faudra se procurer deuxcoffrets
conçus par Warner Music, autre
major dudisque. Le premier,
Made inUSA, contient le grand
succès commercial de Nougaro,
Nougayork, paruen1987, avec
rythmiquefunk, arrangements
de claviers et production«moder-
ne». Unpiedde nez à ceuxqui
l’avaient mis unpeurapidement
dans la case anciennegloire. De la
Côte est, Nougaropart pour la
Côte ouest, avec l’albumPacifique
(1989), plus faible, bienplus mar-
qué par unsonà la mode.
L’autrecoffret, InParis, regrou-
pe les derniers chants de Nou-
garo. Dont ceuxde l’albumpos-
thume La Note bleue, sonultime
hommageaujazz. Dans les
deuxthématiques, américaine et
parisienne, des enregistrements
publics (Zénithde Paris, Théâtre
des Champs-Elysées) enCDet
DVDsont auprogramme.
Pour qui trouverait tout cela
unpeutropmassif, Universal
Music commercialisedeuxcompi-
lations. Avec la première, Best of
1962-2004(«le meilleur de... »), col-
laborationavec Warner Music,
que duconnu. La seconde, Quand
le jazz est là, présente, endeuxCD,
les adaptations de standards du
jazz chantés par Nougaro. L’idéal
pédagogiqueaurait été d’inclure
les thèmes originaux.
Sous l’intituléPorte-plume, Uni-
versal Music propose unparcours
chez les interprètes de Nougaro:
de JeanConstantinavec le
fameuxLes Pantoufles àpapaà
-M- avec La pluie fait des claquet-
tes, de Philippe Clayinterprétant
Il y avait une ville à Dee Dee Brid-
gewater pour Dansez sur moi, de
NicoleCroisille pour Toulouse à
Arnodans Je suis sous…
Enfin, toujours chez Universal
Music, le double DVDL’Enchan-
teur présenteles passages à la télé-
visionde Nougaro(émissions de
variétés, actualités, reportages). Il
yimpose aussi sa présence, sa joie
d’artiste. p
SylvainSiclier
Amour sorcier, 1 coffret de 29CD Mer-
cury Records/Universal Music; Made In
USA, 1 coffret de 4CD et 2DVD WEA-
Rhino/Warner Music; In Paris, 1 coffret
de 4CD et 1 DVD Parlophone/Warner
Music; Best of 1962-2004, 2CD Mercu-
ry Records/Universal Music; Quand
le jazz est là, 1 CD Universal Classics
&Jazz; Porte-plume, 2CD Universal
Music; L’Enchanteur, 2DVD
Mercury/Universal Music.
Il observait,
il cannibalisait,
avecuneacuité
aujourd’hui absente
delachanson
française
Enjuin1976. PATRICK ZACHMANN/MAGNUM
«Nougayork», paru
en1987, pieddenez
àceuxqui l’avaient
misunpeu
rapidementdansla
caseanciennegloire
12
0123
Jeudi 6 mars 2014
13
0123
Jeudi 6 mars 2014 culture
«offroad» (2014), installation de Céleste Boursier-Mougenot. CEDRICK EYMENIER
LaRochelle
Correspondant
C
’est, depuisplusd’unedécen-
nie, lesujetpolémiquepréfé-
ré de l’opposition rochelai-
se. Lesdivisionsauseindelamajo-
rité, de plus en plus affirmées à
l’approchedesélectionsmunicipa-
les, lui ont chipé ce monopole.
MaisleréaménagementduMusée
maritime de LaRochelle, l’un des
derniers grands chantiers mené
par le maire socialiste Maxime
Bono, qui cédera son siège après
trois mandats, continue de faire
des vagues.
Del’avisdetous, lepassémariti-
me de la ville mérite pourtant un
écrinqui mettrait envaleur laflot-
te patrimoniale réunissant le
Manuel-Joël, dernier chalutier en
bois rochelais, le remorqueur
Saint-Gilles, ou encore le ketch
légendaire de Bernard Moitessier,
Joshua, autourdelagrandefrégate
météorologique France 1, fleuron
qui domine le bassin des Chalu-
tiers, en face de l’Aquarium de
LaRochelle.
Pour l’instant, le Musée mariti-
me créé en 1988 se résume aux
bateaux, sans espace à terre. L’an-
ciennehalle àmaréeconstruiteen
1956, où les chalutiers venaient
dans le temps décharger leur
pêche, adoncétéchoisiepourabri-
terunespacedeplusde10000m
2
.
En 2003, la muséographie a été
confiée à Emmanuel de Fontai-
nieu, directeur du Centre interna-
tional de la mer, au scénographe
Philippe Délis et à l’architecte Eric
Cordier.
Le fruit de leur réflexion avait
del’allureet de l’ambition, tropau
goût de la droite locale, qui y
voyait «un projet pharaonique»,
estimé à plus de 14millions d’eu-
ros. La suite ne lui a pas donné
tort : plombé par des difficultés
financières, PhilippeDélis aquitté
lagalèreencoursderouteetlamai-
rie a dû réduire la voilure, allant
même jusqu’à reprendre une par-
tie de la halle à marée pour y
créer…des studios de cinémaet de
télévision.
En 2010, l’architecte Patrick
Bouchain, avec Patrick Schnepp,
directeurdumuséedepuissacréa-
tion, reprendleprojet. Celui-ci pré-
voit désormais de nouveauxespa-
ces à terre dans la halle à marée et
autour du slipway, la grande ram-
pe qui servait à hisser les navires,
classé aux Monuments histori-
ques. Unsitequi accueilleralecen-
tre d’interprétation chargé de
raconterl’histoiremaritimeroche-
laise.
Unnouveauchantierde9,5mil-
lionsd’eurosestlancé, dontlespre-
miers éléments ont pris forme en
février, telle que la Galerie des
pavillons, sept cabanes surmon-
tées de grands spis colorés, que les
élus eux-mêmes comparent sou-
vent à des «chips».
Pour autant, lahoulearepris de
plusbelleauseinduconseil muni-
cipal, où l’opposition continue de
tirer àbouletsrougessur ceprojet,
dont elle dénonce «le coût exorbi-
tant» et la démesure, à l’image du
sémaphore de 32 mètres qui sur-
plomberal’ensemble.
En décembre2013, elle a trouvé
un allié des plus inattendus, en la
personne de Jean-François Foun-
taine, qui brigue la succession de
M. Bono à la mairie. ExcluduParti
socialistepournepasavoirrespec-
té le résultat des primaires dési-
gnant Anne-Laure Jaumouillié
comme candidate officielle du PS,
celui qui avait fait campagne
contre Ségolène Royal lors des
législatives de 2012 a critiqué les
dépenses supplémentaires enga-
gées dans ce projet.
Cequi n’apas manquéd’entraî-
ner uneripostedumaire, Maxime
Bono, entre stupéfaction et rire
jaune: «Vous voulez peut-être que
je vous rafraîchisse la mémoire?»
Une référence à la première ver-
sion avortée du projet, dessinée
par Emmanuel de Fontainieu, un
proche de Jean-François Fountai-
neet qui figured’ailleurssur salis-
te. «Jamais il n’a ouvert la bouche
sur le sujet. Il seréveille àtrois mois
des élections», relève Dominique
Morvant, candidate de l’UMP aux
municipales.
Maxime Bono, lui, veut croire
que son successeur mènera le
chantier à sonterme, tel qu’il a été
déterminé par l’équipe municipa-
le. p
Frédéric Zabalza
Prochain article: la Fondation Cartier,
à Paris
&,#,%&,#,%
0*/")
-+$&'(+/*,
+(.*"$
3 .0%%'"$,* w
"(, !,%$+'(0)2*+'%2, -, *0#%+$#,$$,
“Si votre cœur ne fond pas juste un peu,
c’est peut-être que vous n’en avez pas.”
Les Inrockuptibles
“On adore” ELLE
,(.'(.,%# W&0%+$
0"('"!,0".0$+('
*, 1 )0%$
ET EN TOURNÉE
DANS TOUTE LA FRANCE
Art
D
uvent, dumouvement; un
silence trouble; de l’eau et
sesclapotis…Il suffit detrès
peu à Céleste Boursier-Mougenot
pourfairedesAbattoirsdeToulou-
se un lieu d’enchantement. On
savait le plasticien français, musi-
cien dans l’âme, capable de toutes
les alchimies: transformant l’ima-
ge en son, le labeur enmusique, le
hasard aussi. Il a déjà offert à des
oiseaux mandarins des guitares
électriques en guise de nichoirs,
pour qu’ils créent des concertos
timidement punks en griffant les
cordes.
Il aaussi, c’est undeses hits, fait
flotter des bols de porcelaine dans
l’eau de piscines gonflables: en
divaguant, en se heurtant, ils
créentunemélodiecristalline, mil-
le variations. Mais voilà des
années que l’on ne l’avait vu en
expositionpersonnelle, endehors
de la Galerie Xippas, qui le repré-
sente à Paris. AToulouse, il confir-
me comme jamais sontalent.
Les cinqinstallations qu’il pré-
sente (dont deux produites pour
l’occasion) sont simples, en appa-
rence. Comme un haïku peut
l’être. C’est-à-direqu’ellesnaissent
d’une infinie sophistication, pour
aboutiràuneévidence. Enguisede
dessous chics, elles ont des logi-
ciels créés sur mesure, d’improba-
bles instruments de mesure, des
heures et des heures de composi-
tion. Nousn’enrévéleronsquel’es-
sentiel. C’est avant tout la magie
qui doit opérer.
Elles se nichent au sous-sol, le
rez-de-chaussée et l’étage étant
consacrésàunensembletrèsriche
demultiplesœuvresdeSigmarPol-
ke, ainsi qu’aux récentes acquisi-
tionsdumusée. Mais, avantdedes-
cendre, il faut d’abord les appré-
hender depuis le balcon, qui plon-
ge vers les très hautes salles en
contrebas. Apparaît alors la scène
d’un concert abandonné. Posée
surl’escalier, dansunbassind’eau,
une batterie d’argent rutile. Au
loin, trois pianos à queue, un peu
vieillots.
Toutcequ’il yadeplusnormal ?
Sauf que, de temps en temps, il
pleut sur la batterie. Et que les pia-
nos sur roulettes se meuvent,
obéissant à une force aveugle. Ils
se heurtent à peine, glissent avec
grâce, évitent par miracle les
murs. «J’ai voulu mettre en place
commeunécosystème, avecsesélé-
ments perturbants, à commencer
par la présence humaine. Une cho-
régraphiequi inviteàladéambula-
tion, etfaitémergerlesilence», ana-
lysecelui qui agrandi avec le théâ-
tre et beaucoup collaboré avec le
metteur enscène Pascal Rambert.
Quel est le secret de ces objets
animés? «Une girouette et unané-
momètre sont posés sur le toit du
musée et, en fonctionde la force et
de la direction du vent, ils influent
sur les comportements des pia-
nos. »Si latempêteapproche, leurs
errances se font plus nerveuses.
«Ces pianos, on dirait des bêtes,
reconnaît l’artiste. J’ai un rapport
très animiste, parfois inquiet, aux
objets, à la question des fluides et
des flux. »
Impossibledeprédireoùlevent
poussera ces colosses à cordes: le
logiciel complexe qui les guide
obéit à toutes sortes de paramè-
tresqui rendentleurparcourscom-
plètement aléatoire. Il a été créé
sur mesurepar desétudiantsingé-
nieurs de Toulouse. Des caméras
au plafond cartographient l’espa-
ce, et l’ordinateur crée une choré-
graphie en fonction du vent, des
incidents du terrain, des visiteurs.
«L’ordinateur fait croire aux pia-
nos qu’ils sont dans un paysage,
avec des reliefs particuliers à cha-
cun: c’est le côté science-fiction
qu’ont amené les ingénieurs. Ces
objets inanimés sont donc animés,
mais avecuneconsciencedel’espa-
ce qui est fausse. » Parfois, on ne
sait pourquoi, l’un des visiteurs
est désigné par les dieux: il attire-
ra les pianos, quand d’autres les
repoussent. Et soudain le magné-
tisme cessera, sans qu’on sache
pourquoi.
Quant à la batterie, que lui arri-
ve-t-il ? Posé à quelques mètres
d’elle, un drôle d’instrument livre
son secret : c’est une roue cosmi-
que, outélescopeà particules, prê-
tépar unlaboratoired’astrophysi-
ciens de Marseille. Il perçoit les
rayons cosmiques, ces très fines
particules émanant du soleil, qui
traversent tout, suscitent les auro-
res boréales et seraient peut-être à
l’origine de la vie sur terre. Pas
moins. A chaque fois qu’un de ces
rayons frappe les Abattoirs, une
pluie tombe du plafond et vient
jouer sur la batterie. Manière de
«rendre tangible un phénomène
invisible, de faire comprendre que
cesrayonsnoustraversent». Cequi
amuseaussi l’artiste, c’est «d’arro-
ser cette batterie collector des
années 1960: c’est comme si tu
mouillais une guitare Gibson, ça
rendfoules rockers»…
Tout comme les larsens qu’on
perçoit dans la salle adjacente. Ils
sont produits par unballon-sonde
blanc, muni d’unmicro. Ausol, des
ventilateurs créent des vents per-
turbants. Et trimballent la mini-
montgolfièred’uncoinàl’autrede
la salle, où sont posés des haut-
parleurs. Les rencontres provo-
quent des larsens, retravaillés par
l’artiste. Et parfois perturbés par la
sonnerie d’un téléphone, posé
dans le hall : à chaque fois que le
motfantômeapparaîtdanslesaler-
tesGoogle, il retentit. «Unautopor-
trait », commente pudiquement
l’artiste. Le vent, le mouvement, le
silence et ses ruptures: ce dont
sont aussi faits les spectres. p
Emmanuelle Lequeux
Perturbations, de Céleste Boursier-
Mougenot. Les Abattoirs, 76, allée
Charles-de-Fitte, Toulouse. Tél. :
05-62-48-58-00. Du mercredi
au vendredi de 10 à 18heures, samedi
et dimanche de 11 heures à 19heures.
Entrée 3¤ à 7¤. Jusqu’au 4mai.
Rencontre
P
our le rendez-vous, Alexis
Michalik a proposé deux
adresses diamétralement
opposées: le café Jaurès, dans le
19
e
arrondissement de Paris, ou le
mythique Café de Flore, dans le
quartier de Saint-Germain-des-
Prés. Le Flore, comme unclind’œil
à l’ascension de cet artiste prolifi-
que. On choisira le Jaurès, à deux
pas du conservatoire municipal
qu’il afréquenté.
Comédien, auteur, metteur en
scène, scénariste, Alexis Michalika
«expérimentétouteslespistesartis-
tiques depuis dix ans et, aujour-
d’hui, tout arriveenmêmetemps»,
résume-t-il aveccalme. A31ans, cet
autodidacte au physique de jeune
premier voit les portes s’ouvrir. Au
théâtre, deux de ses pièces sont
actuellement à l’affiche à Paris. Sa
premièrecréation, Le Porteur d’his-
toire, un succès, joue les prolonga-
tions au Studio des Champs-Ely-
sées, tandis que son nouveau et
enchanteur spectacle, Le Cercle des
illusionnistes, est promis à un bel
avenir à La Pépinière Théâtre. A
l’écran, il incarne un photographe
chasseur de scoops dans «Kaboul
Kitchen», lasériedeCanal+. Derriè-
relacaméra, il aréalisésonpremier
court-métrage, Ausol, retenudans
la prochaine sélection de Talents
Cannes.
«J’ai beaucoupd’envieset j’aime
êtreunélectronlibre», fait valoir ce
jeune artiste. Alexis Michalik est
un«démerdard», dit-il. Etdétermi-
né. Dèslelycée, il s’inscrit àdescas-
tingset trouveunagent. A18ans, il
décroche son premier tournage et
empoche 10000francs pour cinq
joursdetravail. Il quittealorssafac
de maths. Puis il obtient le rôle-
titre de Juliette et Roméo sous la
direction d’Irina Brook. Admis au
Conservatoire national supérieur
d’art dramatique, il cède sa place:
«Jen’avaispasenviedemerevendi-
quer d’une école et puis on ne pou-
vait pas travailler à l’extérieur pen-
dant le cursus », justifie-t-il sans
vanité.
Lui veut bosser. Il multiplie les
rôles dans des téléfilms et, grâce à
son premier cachet de comédien,
se paie son premier Festival off
d’Avignonavecsa«bande», lacom-
pagnie Los Figaros. Il y présente La
Mégère à peu près apprivoisée et
R&J, du Shakespeare largement
revisité en spectacles déjantés. «Je
croyais uniquement à l’adaptation
de classiques et ne pensais pas à
l’écriture théâtrale contemporai-
ne». Mais, unjour, BenjaminBelle-
cour, avec qui il jouedans «Kaboul
Kitchen», lui demande d’«écrire
quelque chose» pour le lancement
de son festival Mises en capsules
auCiné13Théâtre, àParis (18
e
). Ain-
si naît en2011 Le Porteur d’histoire,
qui, d’Avignonà Paris, a conquis le
public.
Selon Alexis Michalik, il y a
«deux types d’auteurs : ceux qui
ont des choses àdiresur euxet ceux
qui écrivent sur lerestedumonde».
Parcequ’il n’a«aucuntrauma; jeu-
nesse heureuse, parents aimants»,
il se classe dans la seconde catégo-
rie. LeCercledes illusionnistes s’ins-
crit dans la droite ligne du Porteur
d’histoire: unepièceàtiroirs oùles
siècles et les récits s’entremêlent,
oùlescomédiensinterprètentavec
maestriaplusieurs rôles. Cetteder-
nière création emporte le specta-
teur dans untourbillonhistorique
et romanesque qui fait rêver, rire,
s’interrogersurleshasardsdelavie
et lestoursjoués par ledestin. Ony
croise Robert-Houdin et Georges
Méliès, ces illusionnistes du
XIX
e
siècle.
Lapièceserajouéecetétédansle
Off d’Avignon, cette «jungle répu-
blicaine» qu’Alexis Michalik affec-
tionne. «Ce sera mon dixième Off.
Avignon, c’est uneécoledel’humili-
té et ma madeleine de Proust. »
Dans Le Cercle des illusionnistes,
l’horloger narrateur évoque «les
aiguilles du temps. Certains pen-
sent que la vie est un trait. Mais la
vie est uncercle puisque nous tour-
nons tous. La seule question est de
savoir quand notre tour arrivera».
Celuid’AlexisMichalikestarrivé. p
Sandrine Blanchard
Le Cercle des illusionnistes, La Pépiniè-
re Théâtre, 7, rue Louis-Le-Grand,
Paris2
e
. Theatrelapepiniere.com.
Le Porteur d’histoire, Studio
des Champs-Elysées, 15, av. Montaigne,
Paris 8
e
.
Comediedeschampselysees.com
AuxAbattoirs, unconcertdehaïkus
AToulouse, labelleinstallationdeCélesteBoursier-Mougenot donnevieet voixauxobjets
Del’avisdetous,
lepassédelaville
mériteunécrin
qui mettrait envaleur
l’ensembledelaflotte
patrimoniale
Untourbillon
historiqueet
romanesquequi fait
rêver, rire, s’interroger
AlexisMichalik,
leconteurd’histoires
Danssapièce«LeCercledes illusionnistes»,
lejeunetouche-à-tout mêleles récits
L’ordinateurcrée
unechorégraphie
enfonctionduvent,
desincidents
duterrain,
desvisiteurs
LeMuséemaritimen’enfinitpasdeballotterLaRochelle
Lesbataillesculturellesdesmunicipales7/18Unprojetcontestéparplusieurscandidats
VoyageLaprovinceautrichienne, qui possèdelesplushautssommets desAlpesorientaleset les
plusgrandsglaciers, disposedesuffisamment d’atoutspour attirerlestouristesentoutesaison
LeTyrol, cœurhautperchédesAlpes
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Yaller
C’est peut-être le seul point noir
duvoyage: la desserte est compli-
quée. Plusieurs trajets sont possi-
bles. Idéalement, la voiture reste
lemoyen de transport le plus pra-
tique. Pour l’avion, l’aéroport le
plus proche est celui d’Innsbruck
à 80km, mais il est, hélas, moins
biendesservi que ceux de Munich
(280km) et Zurich (280km). En
trainvia Zurich.
Par tous les modes de transport,
il faut compter environ10heures
audépart de Paris pour rejoindre
Sölden.
Se loger
ASölden. Das Central. Membre
de lachaîne prestigieuse Best
Wellness Hotels Austria, cet hôtel
de 121chambres est situé dans
l’undes plus beaux endroits de la
vallée de l’Oetz. Pour l’été, nuit en
chambredouble à partir de
142euros par personne. De nom-
breuses formules sont proposées
pour les familles, notamment un
hébergement gratuit pour les
enfants de moins de 9ans. Il dis-
pose de quatre restaurants. L’ac-
cès auspa est gratuit pour les rési-
dents. info@central-soelden.at et
Central-soelden.at
Se détendre
Al’entrée de la vallée de l’Oetz,
l’Area 47 (parce que situé à 47˚
de latitude) est un parc de loisirs
aquatiques de 8hectares où l’on
peut faire aussi bienducanyo-
ningque durafting. Ony trouve
aussi, pour les plus audacieux, le
plongeoir le plus haut d’Autriche
(27,50mètres de haut).
Area 47.at.
ALangenfeld. Tout aussi aquati-
quemais plus calme quel’Area
47, l’Aqua Dome. Des thermes
avec piscines chauffées de plein
air et des bains à remous.
Aqua-dome.at.
Se renseigner
ASölden, dans le centre-ville, à La
Freizeit Arena.Soelden.com
Officeautrichien dutourisme.
Austria.info
Guide: le Routard Autriche.
Hachette Tourisme. Edition
2013-2014, 480p., 14,20euros.
Sölden (Autriche)
I
l y a vingt ans, seuls les Autri-
chiens ou les fondus de ski – et
pas seulement de fond! –,
connaissaient la vallée de l’Oetz au
Tyrol. Mais ça, c’était avant…Avant
qu’uncouple de randonneurs alle-
mands ne découvre, en 1991, celui
qui fut opportunément baptisé
Oetzi, parce que trouvé dans cette
région. Oetzi, un chasseur quadra-
génaire du néolithique mort il y a
5300ans. Il reposait àplusde3200
mètres d’altitude, à la frontière ita-
lo-autrichienne. Conservé par la
glace, il est l’une des plus vieilles
momies connues dans un état de
conservationexceptionnel.
Depuis cette date et ce coup de
projecteur, cette vallée attire de
plus en plus de visiteurs, été com-
me hiver. Pourtant, la desserte n’y
est pasfacile(enaviondeZurichou
Munich), et lamaîtrisedelalangue
de Goethe est souvent indispensa-
ble. Mais qu’importe: le Tyrol vaut
le voyage! La montagne est omni-
présente. Tout comme le sont les
églises, chapelles et crucifix qui
fontdecebastioncatholiquelapro-
vincelaplus touristiquedupays.
C’est ici, eneffet, quel’ontrouve
les plus hauts sommets des Alpes
orientales, les plus grands glaciers,
les villages les plus haut perchés.
Pour justifier de telles richesses et
autant de superlatifs, les habitants
de la vallée aiment raconter une
légende selon laquelle, lors de la
créationdumondeetdeladistribu-
tion des merveilles de la nature,
leurs ancêtres avaient fait deux
fois laqueue…
L’une des stations les plus
connues de la vallée de l’Oetz est
sanscontesteSölden. Parcequecel-
le-ci est la plus étendue d’Autriche
mais aussi parce qu’elle accueille
régulièrement des épreuves de la
Coupedumondedeski. Etpourcau-
se: le domaine skiable peut être
une bonne alternative aux Alpes
françaises. Avec près de 150 kmde
pisteset35remontéesmécaniques,
le sportif accompli comme l’ama-
teur y trouveront leur bonheur.
Bleues, rouges, noires, pistes pour
ski de fond, l’offre est complète.
Depuis 2009, un nouveau télé-
siègedehuitplacesdessertleGiggi-
joch, domaine plutôt réservé aux
débutants. Un net avantage: capa-
ble d’acheminer 3700 skieurs à
l’heure, il réduit le temps d’attente
par rapport àl’ancientélésiège.
Söldenne compte pas moins de
trois sommets culminant àplus de
3000 mètres d’altitude. Baptisés
les Big3, ils sont tous accessibles
par des remontées mécaniques et
offrent des vues panoramiques à
couper le souffle: le Gaislachkogl
(3058m), avecsonpanoramaàper-
tede vue.
Le Tiefenbachkogl (3 250m),
d’où l’on peut admirer le le Wilds-
pitze (3776m) et la Schwarze Sch-
neide (3340m), dont la plateforme
naturelle offre un panorama à
360˚ sur les Dolomites. Les plus
téméraires pourront s’aventurer
surlecircuitproposéparleBig3Ral-
lye, mais mieuxvaut êtrebienpré-
paré, les meilleurs skieurs et les
snowboardersavertismettentenvi-
ronquatreheurespour effectuerle
parcours…
Pour faire une pause, durant le
trajet, on peut s’arrêter à l’IceQ,
nouveau restaurant d’altitude du
Gaislachkogl, pourlequell’architec-
te n’a utilisé que des matériaux
locaux faisant la part belle au bois
et dotéd’immenses baies vitrées.
Lasaisontoucheraàsafindébut
avril, avec le concert de clôture de
l’Electric Mountain Festival, qui
accueille cette année le DJ français
MartinSolveig.
Pour ceux qui n’ont pas d’appé-
tence particulière pour les sports
d’hiver, le Tyrol n’en reste pas
moins attirant en d’autres saisons.
Larégionrecèlebiendestrésors, les
beaux jours venus. A la sortie de
Sölden, à environ 5km, à Zwiesels-
tein, la vallée se divise en deux:
GurglerTal et VenterTal. Aelleseu-
le, la Gurgler Tal vaut le détour. Ne
serait-ce que pour rejoindre le ver-
sant sud du Tyrol, en direction de
Bolzano, en Italie, par la très belle
route du col de Timmelsjoch
(2509m). Une voie que l’on peut
également emprunter pour rejoin-
dre le lac de Garde. Cette route
panoramique–privée–, ouvertede
maiàoctobre, estsoumiseàunpéa-
ge(18eurospour unaller-retouren
voiture).
Le long de cette artère se trou-
vent cinq bâtiments contempo-
rains conçus par l’architecte Wer-
ner Tscholl. Des édifices qui sont
des œuvres en soi : Walkway, Sch-
muggler, Telescope, Garnets et le
PassMuseum, oùest retracéelavie
des pionniersdecetteroutealpine.
Ce petit musée, construit sur un
promontoire, offre un incroyable
porte-à-faux.
Fidèle à sa tradition catholique,
c’est auTyrol que l’ontrouve l’une
des plus belles abbayes cistercien-
nes d’Autriche: Stams, près de Silz,
àunequarantainedekilomètresde
Sölden. Située sur le chemin tyro-
lien de Saint-Jacques-de-Compos-
telle, onnevoit qu’elledanslevilla-
ge, avec ses deux imposants clo-
chers bulbeux.
Fondée au XIII
e
siècle par Elisa-
bethdeBavièreenmémoiredeson
fils, elleaétéreconstruiteàlafindu
XVII
e
sièclepourêtre«baroquisée»
auXVIII
e
, commelepréciseleguide
francophone. La grille des Roses,
chef-d’œuvre de la ferronnerie
tyrolienne, devant la chapelle du
Saint-Sang, est souvent mise en
avant, mais levéritabletrésor reste
l’Arbre de vie en bois sculpté qui
s’enracine à partir d’Adam et Eve.
Semblant jaillir du maître autel,
tels des fruits sur les branches,
84saintset prophètessedétachent
sur undrapéàfondbleu. p
François Bostnavaron
Musique
M
anu Dibango a eu 80ans
le 12décembre 2013. Mais
il a décidé d’en différer la
célébration, afin de s’approprier
son costume d’octogénaire et de
s’y sentir à l’aise. Le saxophoniste
estunoctogénairejoyeux, évidem-
ment. Très tendre aussi. Il a publié
en 2013 une autobiographie, Bala-
de ensaxo, dans les coulisses de ma
vie (éd. L’Archipel), qui finit ainsi :
«Je vais mereposer unpeu, car tout
resteàfaire. »
«Grand-père» (quatre petits-
enfants) a repris du saxo à l’Olym-
pia, mardi 4mars. Manu Dibango
mesure le temps qui le sépare de
sonenfance enrevenant à ses pre-
miers émois musicaux, quand,
enfant, il chantait dans la chorale
du temple de Douala. En prélimi-
naire, il faudradoncsuivreManule
Camerounais sur les pentes d’un
protestantisme presque anachro-
nique–il invitelaChoraleEspéran-
ce Dipita en première partie, puis
en scène avec lui pour un thème
dédiéàsesparentsdisparus, Sango
Yesus Christus. Ce chœur d’hom-
mes distribue des «alléluias », et,
bien que fondé à Paris en 2002,
nous gratifie d’un chant patrioti-
que dédié à la jeunesse camerou-
naise digne de l’euphorie des
années 1960, quand tout espoir
était permis pour l’Afrique indé-
pendante.
Manu Dibango n’est pas un
homme révolté. C’est un marieur.
Il a cherché à cerner un panafrica-
nisme qui lui semblait vital pour
l’Afrique, l’a trouvé en vivant en
France, en partant aux Etats-Unis;
il l’a regardé depuis le Congo, per-
duenrentrant s’installer auCame-
roun. Il n’a jamais été pauvre. Son
père, fonctionnaire, l’avait envoyé
faire des études en France. Il s’est
bien sûr enrichi, d’abord parce
qu’il a écrit en 1972 un tube plané-
taire, Soul Makossa, dont le refrain
« Ma-mako, ma-ma-sa, mako-
mako ssa» demeure l’objet des
attentions artistiques – Michael
Jacksonl’avait copié sans autorisa-
tion en 1983 pour Wanna Be Star-
tin’ Something (dans Thriller), en
2007, Rihanna meublait son Don’t
Stop the Music de quelques
emprunts «makossa» (les deux
casontétéconcluspardesarrange-
ments financiers àl’amiable).
A l’Olympia, dès son entrée en
scène, ManuDibangoimposel’effa-
cement de la nostalgie au profit
d’un univers de musiciens, avec
sontoujoursexcellentSoul Makos-
sa Gang, où les meilleurs (Paul
Simon, Sting) sontallésparlepassé
recruter pour leurs propres
besoins.
Homme de la mondialisation
Manu Dibango et son groupe
(basse, guitares, flûtes, saxopho-
nes, claviers, batterie, percussions,
deux choristes) donnent à l’Olym-
pia une leçon de styles. Lui est
l’homme de la mondialisation,
l’un des créateurs de la world
music dans son versant disco des
années1970. Ausaxophone, il orga-
nise avec fluidité la traversée du
monde noir. Il joue comme à ses
débuts, très bal africain, dans l’or-
chestre de Joseph Kabasélé, dit le
GrandKallé, as de la rumba congo-
laise, qui avait intégré Dibango
dans sonorchestre, l’AfricanJazz, à
l’aubedesindépendances. Puisil se
glisse dans la biguine ou le reggae,
citeCharlieParker, rendhommage
à Sydney Bechet, Maurice Cheva-
lier ou Henri Salvador. Le groupe
est jazz, jazz-rock, puis mamboà la
cubaine, «guitar hero» échevelé,
percussionnistesàlatimbale, salse-
roduSpanishHarlem. Enruptures
constantes.
D’une voix grave, ferme, le
géant africain – crâne lisse, lunet-
tes noires, chemise brodée, souri-
re éclatant – chante, presque au
ralenti. Les chocs musicauximpo-
sésparleGang, lavélocitédusaxo-
phoniste Dibango s’apaisent dans
une heureuse superposition d’af-
fects. Dehors, unetrentainedejeu-
nes gens de la Chorale Espérance
Dipita organisent une photo de
groupe devant les néons rouges
del’Olympia, sallereinedumusic-
hall parisien. p
Véronique Mortaigne
Balade en saxo, 1 CD EGT/Wagram
Les«Big3»,
accessiblespar
desremontées
mécaniques,
offrentdesvues
panoramiques
àcouperlesouffle
Carnet de route
ManuDibango, 80ans
dechocsmusicaux
Al’Olympia, lesaxophonistecamerounais a
fêtésonanniversaireavecuneleçondestyles
100 km
RÉPUBLI QUE
TCHÈQUE
ALLEMAGNE
I TALI E
SUI SSE
SLOV.
Sölden
Munich
Zurich
Bolzano
La route panoramique ducol duTimmelsjoch (2509 m), que l’onpeut emprunter pour rejoindre le lac deGarde, enItalie. CHRISTIAN ADAMS/GETTY IMAGES
14
0123
Jeudi 6 mars 2014
15
0123
Jeudi 6 mars 2014 mode
AlessiaXoccato, architectetextileàl’italienne
L
a mode est-elle soluble dans
le quotidien? Il n’existe pas
deréponsesimple ouunique
à cette question. Une chose est
sûre: cet art textile appliqué s’ex-
prime mieux quand il est en prise
plusoumoinsdirecteaveclasocié-
té. Sans cela, il est menacé d’as-
phyxie et de stérilité. Et, à l’instar
du cinéma, de la littérature ou de
la peinture, la mode propose un
reflet déformé du monde, une
interprétation qui dépend de la
sensibilité du créateur et de son
talent à communiquer.
A ce jeu, difficile de battre Karl
Lagerfeld. PourChanel, il arecons-
titué sous la verrière du Grand
Palais un supermarché de
13000m
2
rempli de100000vrais-
faux produits inspirés par la
culturedelamaison. Enseprome-
nant dans les rayons, les specta-
teurs découvrent des mouchoirs
en papier «Les larmes de Gabriel-
le» (le prénom de Coco Chanel),
lesbouteillesde«TweedCola», les
boules de «cocotons», la tronçon-
neuse à chaîne Chanel ou les
«brossesàreluire»et pâtesenfor-
medelion, emblèmedelamaison.
Cette opérationqui a mis le feu
au site Instagram n’est pas qu’un
amusement pour réveiller un
public blasé. Aforce de guetter ses
saillies verbales, on oublie pres-
que que le couturier est un hom-
mecultivéqui suitl’actualitémon-
diale dans plusieurs langues. «J’ai
eu cette idée au moment du der-
nier défilé dans undécor de galerie
d’art, raconte-t-il. Je me suis dit :
puisque l’art est devenu un grand
supermarché, autant aller directe-
ment ausupermarché. »
Avec sa fausse grande surface,
Karl Lagerfeld questionne le rôle
de la créationdans une époque où
tout sevaut, oùlemanquederecul
et d’éducation fait facilement
prendre des vessies pour des créa-
tions originales. Et si les manne-
quins déambulent dans les
rayons, panier aubras, ce n’est pas
qu’il les considère comme des
ménagères ; au contraire Karl
Lagerfeld a son idée sur l’égalité
des sexes : « On parle de parité,
maisunefemmenepeut passesen-
tir l’égaledel’hommesi elletangue
en talons-échasses. Il lui faut des
talons plats, c’est pour cela que les
mannequins sont enbaskets. »
Ces baskets de tweed (qui exis-
tent aussi en version montantes)
complètent unvestiaire moderne,
drôle et séduisant auconfort raffi-
né. Des vestes et des robes à épau-
les conques, à taille fine et souple
parée de zips à ouvrir pour libérer
le corps, les grands manteaux en
soiematelasséeauximprimésnéo-
Bauhaus, les tweeds aux textures
savantes (des créations exclusives
pour la maison) ou des pantalons
façon jogging en cachemire libè-
rent l’allure avec légèreté et
humour. Chaque accessoire est
unetrouvaille: sacboîted’œufsou
paquet de bonbons, manchette à
capsule de cannette, pochette ber-
lingot, ou la nouvelle montre Pre-
mière à bracelet chaîne triple tour
sont des hits assurés.
L’atmosphèreest plusintimiste
chezValentinomaislesdeuxdesi-
gners de la maison, Pier Paolo Pic-
ciolli et Maria Grazia Chiuri ont
empruntédesréférencesàlasocié-
té italienne. Après avoir beaucoup
exploré l’histoire de l’art, ils se
sont tournés vers des artistes
romaines à penchants féministes
des années1960 et 1970: Giosetta
Fioroni, Carol Ramaet CarlaAccar-
di. Après l’ère Silvio Berlusconi,
l’Italieabesoindeserappelerqu’el-
leadéfendubrillammentlacondi-
tion féminine et peut retrouver
ces valeurs.
Le vestiaire de Valentino,
luxueux et maîtrisé, n’exhibe pas
les corps. Les grandes capes et les
jupes de cuir à motifs géométri-
ques arrondis évoquent l’esthéti-
quedes années 1970tandis queles
silhouettes fluides à manches-
capesoulesmarqueteriesdelosan-
ges et les broderies depapillons en
essaims renvoient à l’aristocratie
romaine. Dans ce luxe cultivé
mais opulent, les féministes puris-
tes pourraient ne pas se retrouver;
mais sa grâce et son élégance met-
tent parfaitement la femme en
valeur.
C’est vers le futur que se tourne
Iris van Herpen: la créatrice néer-
landaise s’interroge, dans sa note
d’intention, sur les dérives de la
génétique (on peut désormais fai-
re commerce de gènes), les limites
entreprivéet public, etl’appropria-
tion du corps. Alors que le droit à
l’avortement est de nouveau au
cœur du débat et que les réseaux
sociaux font de la vie privée un
spectacle, lethèmedecetteprésen-
tationrésonnefortement. Lamode
qui traduit ces concepts est la fois
radicale et poétique.
Alors que des mannequins
vivants sont présentés « sous
vide» comme des organismes en
suspension (un happening totale-
mentsécurisé), lessilhouettesdela
collectionalternent une simplicité
étrange (des tailleurs pantalons et
desrobestailléesdansunesoieflui-
de comme le mercure) et des
constructions high-tech, des robes
sculptures aux effets 3D façon
branchies, des broderies comme
desécaillesrondesauxrefletschan-
geants. Undébat sur labiologiequi
a de l’allure.
Avec son tempérament de
punk, l’Anglais Alexander
McQueen aimait aborder les
sujets dérangeants comme la sur-
consommation(avec un défilé sur
un podium orné de vieux décors
brûlés) oulaconditiondesfemmes
(un show en l’honneur d’une sor-
cière martyre, un autre baptisé
«viol dans les Highlands»).
Sarah Burton, qui l’a remplacé
aprèssamort, adavantageuntem-
pérament de conteuse. Les défilés
de la marque ont, enconséquence,
un peu perdu en substance. Mais
pas enpoésie. Sa collectiond’hiver
défile dans un décor de lande au
parfumde terre et ses silhouettes
ont une beauté sauvage.
Les bustes étroitement corsetés
contrastent avec des jupes trapèze
aux volumes extra-amples. Les
broderiesanglaisesvirginalescroi-
sentlesfourruresépaisses, lesmar-
queteries de plumes, les velours
dévorés ou les cuirs vernis. Cette
créature mi-princesse mi-sorcière
traduit unepart derêve qui comp-
te aussi dans la mode. p
Carine Bizet
ENCOREINCONNUE enFrance, la
créatrice Alessia Xoccatoprésen-
tait sontravail à Paris pour la pre-
mière fois. Cette talentueuseIta-
lienne de 31 ans a déjà fait parler
d’elle dans sonpays. En2009, elle
remportait le projet NewGenera-
tion, destiné à encourager les sty-
listes émergents enItalie, avec
une collectioninspirée des réalisa-
tions de l’architecte FrankGehry
et de l’œuvre dupeintre Umberto
Boccioni.
En2012, fraîchement diplômée
de l’école de mode milanaise
Domus Academy, elle est finaliste
duconcours Vogue Talents. Son
travail sur les volumes traduit
sonamour de la sculpture et de
l’architecture.
Sobriété
AlessiaXoccatoreconnaît
d’ailleurs l’influence majeure d’ar-
tistes comme AnishKapoor sur
sontravail. Mais reste fidèle à ses
racines. «Tous mes modèles sont
réalisés enItalie. Outre ladimen-
sionmilitante et le souci de propo-
ser des pièces très qualitatives,
c’est aussi une manière de réaffir-
mer mes origines. Monesthétique
est enréalité plus proche de la
mode parisienne. »
Adepte de la sobriété, elle sou-
haite véhiculer l’image «d’une
femme intelligente qui n’apas
besoinde miser sur unglamour
ostensible, de dévoiler soncorps à
outrance, pour être séduisante».
Sa ligne hiver joue sur les contras-
tes: «J’ai mixé de l’extralarge à
des éléments cintrés, proposant
des pièces très longues ou, au
contraire, très courtes…Je me suis
aussi intéressée aux formes géo-
métriques, tout engardant l’esprit
masculin-fémininque je dévelop-
pe depuis mapremière collec-
tion. »
La styliste a utilisé une large
gamme de matériaux– tweed,
vinyle, cuir ouencore raphia, sa
matière fétiche. «J’aime sa textu-
re, elle donne durelief auvête-
ment. Je l’associe généralement à
une matière plus douce pour que
lapièce ne soit pas troprigide. »
Unstyle à suivre. p
Aude Lasjaunias
Chanel. THIBAULT CAMUS/AFP
Iris vanHerpen. PATRICK KOVARIK/AFP
Valentino. MIGUEL MEDINA/AFP
Desdéfilésenrésonanceaveclasociété
Loind’êtredétachéedela«vraievie»desfemmes, l’industriedustyles’eninspireet enrenvoieunreflet déformé
PARIS PRÊT-À-PORTER | AUTOMNE-HIVER 2014-2015
Chaqueaccessoire
estunetrouvaille:
sacboîted’œufs
oupaquet
debonbons,
manchetteàcapsule
decannette…
16
0123
Jeudi 6 mars 2014 carnet
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du
0123
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.vis #" #>%<s~ r"m"r%i"m"nts~
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Expositions
Vernissages
Communications
diverses
AU CARNET DU «MONDE»
Naissance
Margot
est trIs heureuse de la naissance
de son minuscule cousin,
Nathan,
le 26 f%vrier 2014,
chez
Marion CLAMENS
et Thomas HUARD.
Décès
Giuliana et Tommaso Setari
avec Charlotte et Nicola, Alice et Andrea
Ainsi que Dora Stiefelmeier
et Mario Pieroni, Maria Thereza Alves
et Jimmie Duhram, Marco
et Simona Bagnoli, Laurence Boss%,
Chiara Parisi et Emmanuel de la Baume,
Carolyn Christov-Bakargiev
et Cesare Pietroiusti, Lorenzo Benedetti
et Katinka Bock, Pauline de Laboulaye,
Chiara Fumai, Ida Gianelli,
Alanna Heiss, Fabrice Hyber,
Gloria Friedmann et Bertrand Lavier,
Hans Ulrich Obrist, Suzanne Pag%,
Maria et Michelangelo Pistoletto,
Paola Pivi, Remo et Sally Salvadori,
Grazia Toderi et Gilberto Zorio,
ont la tristesse de faire part du d%cIs de
Carla ACCARDI,
artiste majeure dont l`fuvre a marqu%
au Zl des d$cennies, et jusqu`1 son dernier
jour, l`histoire de l`art contemporain,
exemple lumineux pour les jeunes
g%n%rations,
survenu 1 Rome, le 23 f$vrier 2014.
La c%r%monie de comm%moration a eu
lieu dans la Sala del Carroccio in
Campidoglio, le vendredi 28 f$vrier.
Chri st ophe, Bert rand, Mart i ne,
GeneviIve,
ses enfants
et leurs conjoints,
Charlotte, Juliette, Gr%goire, Cl%ment,
J%r“me Barr%,
Paul, Thomas, H%lIne Barr%,
Lucas P%pin,
Samuel, Hana% Taxis,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
Ses arriIre-petits-enfants,
Claude Bordet,
son frIre jumeau
Et les familles Barr% et Bordet,
ont la tristesse de faire part du d%cIs de
M
me
BenoÑte BARRú,
n%e BORDET,
1 Nancy, le 10 d$cembre 1923,
chercheur, biologiste,
survenu 1 Dijon, le lundi 3 mars 2014.
La c%r%monie religieuse sera c%l%br%e
en l`$glise Notre-Dame, 1 Dijon, samedi
8 mars, 1 10 heures.
L`inhumation aura lieu le même jour,
1 12 h 30, au cimetiEre de Villeberny
(C“te-d`Or), oÚ repose son %poux
Fran7ois.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Famille Barr%,
40, rue de la Pr%fecture,
21000 Dijon.
Sa famille
Et sa belle-famille
ont la tristesse d`annoncer le passage
1 l`Orient \ternel, le 3 mars 2014, de
M. Andrh BLAVY,
ing%nieur d`aviation en retraite,
m%daille de l`a%ronautique,
membre pionnier des Ÿ Vieilles Racines ¨
franc ma8on du Grand Orient de France,
V$n$rable d`honneur de la loge
Ÿ Les Amis de la Tol$rance ¨,
33
e
membre %m%rite du Suprême Conseil,
Grand collEge du REAA.
La l ev%e de corps aura l i eu l e
vendredi 7 mars, 1 9 heures, au
fun%rarium, 7, boulevard de Menilmontant,
Paris 11
e
.
Son corps sera incin$r$ 1 10 heures,
au cr%matorium du cimetiIre du PIre-
Lachaise, Paris 20
e
.
Les cendres seront dispers%es au jardin
du souvenir, 1 16 heures.
G G G mais Esp$rons.
Pierre, Michel et Gilles Blayau,
ses Zls,
Jeanne, Clarisse, Anne, Elsa, Vincent,
C%cile et Antoine,
ses petits-enfants,
Zo% et Romy,
ses arriEre-petites-Zlles
Et toute sa famille,
ont le chagrin de faire part du d%cIs de
Renhe BLAYAU,
n%e COLLIN,
survenu le 2 mars 2014, 1 Rennes,
1 l`âge de quatre-vingt-six ans.
Ils rappellent 1 votre souvenir son
mari,
NoÀl BLAYAU,
agr%g% de l`Universit%,
maÛtre de conf%rences
d`histoire contemporaine 1 l`universit$
de Haute-Bretagne,
d$c$d$ le 5 d$cembre 1971,
1 l`âge de quarante-six ans.
Les obsIques ont eu lieu ce mercredi
5 mars, 1 10 h 30, au cimetiEre de l`Est,
place du Souvenir Fran9ais, 1 Rennes.
Ni Yeurs ni condol$ances.
Le conseil d`administration,
La direction g%n%rale,
L`ensemble du personnel
du Centre du logement des jeunes
travailleurs, %tudiants et stagiaires,
ont la tristesse de faire part du d%cIs
de leur pr%sident,
Yves DIETHELM,
dipl“m% de l`Ecole sup%rieure de Paris,
chevalier dans l`ordre national du M%rite,
survenu le 1
er
mars 2014.
La c%r%monie religieuse sera c%l%br%e
en l`%glise Saint-Jean-de-Montmartre,
1 Paris 18
e
, le vendredi 7 mars, 1 10 h 30.
CLJT,
20, rue d`Anjou,
75008 Paris.
Isabelle et Robert Cimolino,
Laurence et Jean-Bernard Quiot,
Jacques-Olivier et Edith Douine,
B%atrice et Jacques Prunis,
ses petits-enfants
et arriIre-petits-enfants,
Catherine, Emmanuelle et Joseph Veil,
ont la tristesse de faire part du d%cIs de
M
me
Hhl>ne DOUINE,
n%e VEIL,
veuve de Albert DOUINE,
agr%g%e de l`Universit%,
professeur honoraire
de lettres classiques,
ofZcier
dans l`ordre des Palmes acad%miques,
survenu le 1
er
mars 2014,
dans sa cent uniEme ann$e.
L`inhumation a lieu ce mercredi 5 mars,
1 16 heures, au cimetiEre du Montparnasse,
Paris 14
e
.
Cet avis tient lieu de faire-part.
13, rue des Magnolias,
84300 Cavaillon.
M. Claude Far9at,
son Zls,
Sa famille,
Ses proches,
Ses amis,
ont la grande tristesse de faire part
du d%cIs de
Henriette FARŽAT,
n%e RENDER-HUBERT,
inspecteur g%n%ral honoraire
des affaires sociales,
ofZcier de la L$gion d`honneur,
survenu le 2 mars 2014,
dans sa quatre-vingt-seiziEme ann$e.
La c%r%monie religieuse sera c%l%br%e
en la coll%giale de Poissy (Yvelines),
le vendredi 7 mars, 1 10 heures, suivie
de l`inhumation dans le caveau familial
du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20
e
,
oÙ elle retrouvera son Zls cadet,
Alain
d$c$d$ en 1973,
et son %poux,
le prhfet FARŽAT,
d$c$d$ en 1983.
Le pr%sent avis tient lieu de faire-part
et de remerciements.
cfarcat@club-internet.fr
Fran8ois Gerin,
son %poux,
AgnIs Tr%d%,
B%atrice Tr%d%,
C%cile Gerin,
ses Zlles,
Alexis et Gaspard Samuylla,
son gendre et son petit-Zls,
Sa sfur, ses frIres, sa belle-sfur,
son beau-frIre,
Ses neveux et niIces
Et toute la famille,
ont la douleur de faire part du d%cIs de
Martine GERIN,
aprIs une longue et courageuse lutte
contre la maladie, le 1
er
mars 2014,
dans sa soixante-neuviEme ann$e.
La c%r%monie sera c%l%br%e le jeudi
6 mars, 1 10 h 30, au temple du Marais,
17, rue Saint-Antoine, Paris 4
e
, suivie
de l`inhumation dans l`intimit$.
Ni Yeurs ni couronnes, des dons peuvent
être adress$s 1 la Fondation ARCAD (Aide
et recherche en canc%rologie digestive),
151, rue du Faubourg Saint-Antoine,
75011 Paris.
Catherine,
sa femme,
Claire, Marc, Chlo%, Alice,
ses enfants,
Lucas, Violette, Eliott, Octavio,
ses petits-enfants,
ont la grande tristesse de faire part
du d%cIs de
Jacques INGUENAUD,
designer,
fondateur d`EnZ Design,
survenu 1 Paris, le 27 f$vrier 2014.
Un dernier hommage lui sera rendu
le jeudi 6 mars, 1 10 h 15, en la coupole
du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20
e
.
Laurent et ArlIne IsraÀl,
Maurice et Martine Cukier,
ses enfants,
J%r“me et Liora P%lisse,
Dan et AmaÀlle IsraÀl,
ses petits-enfants,
Rivka, Esther, Ita•, Matan, Eyal,
ses arriIre-petits-enfants,
Simone Weiller,
sa sfur,
ont la grande tristesse de faire part
du d%cIs de
Suzanne ISRA.L,
n%e WEILLER,
survenu le 28 f%vrier 2014,
dans sa centiEme ann$e.
En rappelant la m%moire de son mari,
Jean ISRA.L.
L`inhumation a eu lieu, le lundi 3 mars,
1 15 h 30, au cimetiEre des Batignolles.
Ni Yeurs ni couronnes.
Jean, Robert, Michel et Sylvie,
Philip, Sylviane, Alessandra,
ses enfants,
Alexandra et Allan, Anna et Didier,
Elsa, Guillaume et C%line, Simon,
Fran8ois et Charlotte,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du d%cIs de
M
me
Denise LúVY,
n%e SMAZA,
dans sa quatre-vingt-cinquiEme ann$e.
L`inhumation a eu lieu dans le caveau
de famille, le 28 f%vrier 2014, au cimetiIre
du Montparnasse, Paris 14
e
.
Pierre et Marc Nahum,
ses enfants
et leurs $pouses, Virginie et Sandra,
Mathias, Lara, Shad%, Ilan,
ses petits-enfants,
ont la tristesse d`annoncer le d%cIs de
M
me
Claude MABILLE,
Zlle de
Pierre MABILLE
et
Hhl>ne DETROYAT,
survenu le 3 mars 2014, 1 Paris,
1 l`âge de quatre-vingt-six ans.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Christiane Menasseyre,
son %pouse,
Fr%d%ric et Anne Menasseyre,
Clara, Juliette, Hector,
Anne-Sophie et Etienne
de la VaissiEre,
Le•la, Romain, Eloi,
Laurence Menasseyre,
ses enfants et petits-enfants
Ainsi que toute la famille,
ont l`immense tristesse d`annoncer le
d%cIs de
Bernard MENASSEYRE,
pr%sident de chambre honoraire
1 la Cour des comptes,
commandeur de la L%gion d`honneur,
ofZcier dans l`ordre national du M$rite,
survenu le lundi 3 mars 2014,
1 son domicile.
La c%r%monie d`adieu aura lieu
le vendredi 7 mars, 1 10 h 30, en la salle de
la Coupole du cimetiIre du PIre-Lachaise,
Paris 20
e
.
Elle sera suivie de l`inhumation au
cimetiEre de Viarmes, dans le caveau de
famille, 1 16 heures.
Nos profonds remerciements au
professeur Christophe Louvet et 1 son
%quipe de l`Institut mutualiste Montsouris,
Paris 14
e
.
Aux f l eur s, pr %f %r ez, si vous
le souhaitez, un don 1 la recherche sur
le cancer.
10, rue de Maubeuge,
75009 Paris.
R%my et Maryvonne Piel,
ses parents,
M. Laurent Piel,
M
me
Fran8oise Piel
et M. Vincent Lechevrel,
son frIre et sa sfur,
M
me
Isabelle Brault-Duplenne,
sa tante
Ainsi que toute la famille,
Andr%a Fuchs,
Elsa Marmursztejn,
ont la douleur de faire part du d%cIs de
M. Christophe PIEL,
survenu 1 Paris, le 28 f$vrier 2014,
1 l`âge de quarante-trois ans.
Un hommage lui sera rendu le jeudi
6 mars, 1 14 h 30, au cr$matorium du
cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20
e
.
Ni Yeurs ni couronnes, mais des dons
au proZt de la recherche m$dicale.
Remerciements 1 tous les soignants,
t ous l es ami s qui l ` ont si bi en
accompagn$.
Maryse Delarue-Rivoire,
son %pouse,
David et Thomas Rivoire
et Philippe Delarue,
ses Zls,
ont la profonde tristesse de faire part
du d%cIs de
M. Christian RIVOIRE,
survenu le 1
er
mars 2014.
Il a %t% inhum% ce mercredi 5 mars,
dans le caveau familial de Lambesc
(Bouches-du-Rh•ne).
42, rue Henri Tomasi,
13009 Marseille.
Commémoration
Commhmoration de la dhportation
des Juifs de France par l`association
« Les Fils et Filles de D%port%s Juifs de
France ¨, avec le soutien de la Fondation
pour la M$moire de la Shoah.
Chrhmonie / la mhmoire des dhporths
du convoi n©69 parti, il y a 70 ans,
du camp de Drancy pour le camp
d`extermination d`Auschwitz-Birkenau,
avec 1 son bord 1501 personnes dont
175 enfants.
Vendredi 7 mars 2014, / 12 heures.
Lecture des noms des d%port%s du
convoi n²69.
M%morial de la Shoah,
17, rue Geoffroy-l`Asnier,
Paris 4
e
.
Renseignements : FFDJF.
T$l. : 01 45 61 18 78.
Email : klarsfeld.ffdjf@wanadoo.fr
Conférences
Le proc>s d`Olympe de Gouges
devant le tribunal rhvolutionnaire
M. Olivier Blanc,
historien,
« Olympe de Gouges,
des droits de la femme 1 la guillotine ¨,
²ditions Tallandier, 2014.
Introduction,
Yves Laurin, avocat au barreau de Paris.
Jeudi 6 mars 2014, / 18 heures,
1
re
chambre
du Tribunal de grande instance de Paris,
(ancienne salle
du tribunal r%volutionnaire),
Palais de justice,
4, boulevard du Palais, Paris 1
er
.
Inscription : conference.odg@gmail.com
Communication diverse
Rencontre au Mhmorial de la Shoah
de Drancy,
le dimanche 9 mars 2014, 1 15 heures,
hommage / Max Jacob,
lecture par Roland Bertin, com%dien,
soci%taire honoraire
de la Com%die Francaise,
suivie d`une projection
de Ÿ Monsieur Max ¨ de Gabriel Aghion.
Mhmorial de la Shoah, Drancy,
110-112, avenue Jean-JaurIs,
93700 Drancy.
Entrée libre sur r%servation
au 01 53 01 17 42.
Navette possible depuis
le M$morial de la Shoah 1 Paris.
www.memorialdelashoah.org
Les Amphis de l`AJEF,
Quelles frontières
pour l'Union europûenne ?
Le jeudi 6 mars 2014, 1 20 heures,
confhrence de Pascal Lamy,
ancien directeur de l`OMC.
Lyc%e Louis-le-Grand,
123, rue Saint-Jacques, Paris 5
e
.
Informations : a.vernholes@noos.fr
0123est édité par la Société éditrice du « Monde » SA
Durée de la société : 99 ans à compter du 15décembre 2000. Capital social : 94.610.348,70¤. Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
Rédaction 80, boulevardAuguste-Blanqui, 75707Paris Cedex13 Tél. : 01-57-28-20-00
Abonnements par téléphone: deFrance 32-89(0,34¤TTC/min); de l’étranger: (33) 1-76-26-32-89;
par courrier électronique: abojournalpapier@lemonde.fr. Tarif 1 an: Francemétropolitaine: 399¤
Courrier des lecteurs: blog: http://mediateur.blog.lemonde.fr/; Parcourrier électronique: courrier-des-lecteurs@lemonde.fr
Médiateur: mediateur@lemonde.fr
Internet: site d’information: www.lemonde.fr ; Finances: http://finance.lemonde.fr; Emploi : www.talents.fr/Immobilier:
http://immo.lemonde.fr
Documentation: http://archives.lemonde.fr
Collection: Le Mondesur CD-ROM: CEDROM-SNI 01-44-82-66-40
LeMondesur microfilms: 03-88-04-28-60
L
eprincipeduconcours de
beautépour maisons n’est
pas uneinventiondeFran-
ce2, commepourrait le laisser
accroirelesuccès de«Lamaison
préféréedes Français 2014», dont
j’avais raté–jene sais àvrai dire
troppourquoi – les diffusions des
épisodespassés jusqu’àlafinale
dumardi 4mars enpremièrepar-
tiede soirée: StyliaouMaison+,
filiales «art devivre»et «déco»de
TF1 et Canal+, proposent régulière-
ment des séries nord-américaines
dévoluesaux«dixplus belles mai-
sons de plage», «dixplus beaux
chalets», etc. Aladifférenceprès
quel’émissionfrançaiseest ouver-
teauvotedes téléspectateurs.
Lemenude«Lamaisonpréfé-
réedes Français 2014», qui sent à
pleinnez lapoutreapparente,
l’horlogefranc-comtoiseet la
tomettede terrecuite, proposede
partir «àladécouvertede vingt-
deuxmaisons traditionnelles de
nos régions de Francemétropolitai-
ne»et de partager «les secrets de
rénovationet les astuces de décora-
tionde leurs propriétaires». (Mais
d’ailleurs, pourquoi seulement la
Francemétropolitaineet ses vingt-
deuxrégions? Lepatrimoine
immobilier des territoires d’outre-
mer neserait-il fait quedebico-
ques délabréeset immontrables?)
Parmi les maisons sélection-
nées, chacuntrouverasonfantas-
meimmobilier: cabanegéante
dans les pins, maisonde pêcheur,
fermeprovençaleoualsacienne,
ancienneécolecommunale, dat-
chapicarde, etc.
N’ayant pas lemoindresens du
bricolage, jesuis évidemment fasci-
népar ceuxqui parviennent àreta-
per unevieilleruinedeleurs pro-
pres mains, àtransformer une
cuveàmazout enbaignoirehigh
tech, àfaired’unevieilleportede
cabinets unetêtedelit façon
Robert Rauschenbergoudeflot-
teurs decasiers bretons une sculp-
tureàlaCalder.
Mais l’obsessionde ces proprié-
taires sembleêtrede pomponner
leur biencommele font les maî-
tres avec leurs toutous decompéti-
tion. Desortequ’onasouvent l’im-
pressionqueces maisons bichon-
nées sont surtout conçues pour
épater les voisins et les objectifs
des reportagespour magazines
(papier outélé) dedécoration.
Et j’avouequeles bois flottés
africains sur lacheminéecoffrée
dechênedécapé, les chaises d’Arne
Jacobsenassociées àunetablede
formicacustomisée, leplaidde
cachemirecannelletombant sur le
dossier d’uncanapébeigeoule
mobilier industriel àlarouilleartis-
tement «fixée»finissent par m’en-
nuyer autant quelestyleLouis XV
des salons bourgeois.
Aussi, les intermèdes qui présen-
taient lamaisonfuturistede Pierre
Cardin(avec ces bubons àhublots
protubérants) et lavilladeSanto
Sospir (auxmurs tatoués par les
soins peinturlurantsde JeanCoc-
teau) offraient-ellesunesoupape
d’audaceet presquede«mauvais
goût»rafraîchissant dans cepano-
ramaauchic si tristement prévisi-
ble. p
C’EST À VOIR | CHRONI QUE
par Renaud Machart
Poutresapp.
D
D
D
D
D
D
D
A
A
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Madrid
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Rome
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Cayenne
Fort-de-Fr.
Nouméa
Papeete
Pte-à-Pitre
St-Denis
Paris
Madrid
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Rabat
Alger
Tunis
Rome
Barcelone
Tripoli
Le Caire
Jérusalem
Beyrouth
Athènes
Berne
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Bruxelles
Berlin
Londres
Edimbourg
Dublin
Oslo
Stockholm
Copenhague
Riga
Varsovie
Kiev
Ankara
Istanbul
Sofia
Odessa
Budapest
Vienne
Prague
Munich
Zagreb
Milan
Belgrade
Bucarest
St-Pétersbourg
Helsinki
Minsk
Moscou
30 à 35° > 35° 25 à 30° 20 à 25° 15 à 20° 10 à 15° 5 à 10° 0 à 5° -5 à 0° -10 à -5° < -10°
Amiens
Metz
Strasbourg
Orléans
Caen
Cherbourg
Rennes
Brest
Nantes
Poitiers
Montpellier
Perpignan
Marseille
Ajaccio
Nice
Clermont-Ferrand
Lyon
Chamonix
Bordeaux
Biarritz
Limoges
Besançon
Rouen
PARIS
Châlons-
en-champagne
Toulouse
Dijon
Lille
1 22
Grenoble
11 6
15 9
10 3
10 2
10 2
13 1
14 8
12 6
8 7
7 4
14 8
14 8
2 -1
12 9
6 3
13 11
20 10
10 1
14 5
12 -2
20 6
4 1
21 14
4 1
6 2
2 0
15 11
22 11
33 25
24 21
26 20
25 16
20 17
31 26
27 20
20 19
28 17
34 22
29 15
23 9
-21 -10
27 16
24 10
1 -2
5 -3
18 17
21 12
31 25
31 24
24 21
19 9
7 2
16 10
4 -2
25
25
22
27
24
25
bienensoleillé
averseséparses
faiblepluie
bienensoleillé
enpartieensoleillé
bienensoleillé
beautemps
enpartieensoleillé
fortepluie
bienensoleillé
ciel couvert
nuageux
enpartieensoleillé
bienensoleillé
ciel couvert
averseséparses
bienensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
beautemps
beautemps
ciel couvert
bienensoleillé
ciel couvert
assezensoleillé
aversesdeneige
averseséparses
beautemps
beautemps
bienensoleillé
pluiesorageuses
assezensoleillé
beautemps
pluiesorageuses
beautemps
enpartieensoleillé
beautemps
soleil,oragepossible
beautemps
beautemps
beautemps
soleil,oragepossible
beautemps
assezensoleillé
beautemps
couvertetorageux
bienensoleillé
soleil,oragepossible
bienensoleillé
4 -4 bienensoleillé
averseséparses
bienensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
enpartieensoleillé
bienensoleillé 17 15
enpartieensoleillé
bienensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
bienensoleillé
soleil,oragepossible
Vendredi
Jeudi 6 mars
06.03.2014
25 km/h
25 km/h
25 km/h
25 km/h
60 km/h
3 1
15 8
10 4
6 1
17
0 3
4
8 1
10 4
0
7
3
5
enpartieensoleillé
assezensoleillé
ciel couvert
assezensoleillé
enpartieensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
ciel couvert
pluiemodérée
Samedi Dimanche Lundi
/
07h22 09h51
18h41
4
15
4
17
3
19
5
15
5
17
5
18
1
15
1
15
0
15
2
18
6
19
4
20
4
19
3
19
5
19
3 12
3 15
-1 13
3 15
2 17
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2 15 1 17
1 17
4 17
5 13
5 13
2 15
1 16
-1 15
0 14
0 14
3 17
8 14
-1 13
0 14
0 14
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1 15
1 15
0 13
0 15
1 14
-6 8
3 14
3 15
-1 13
3 15
8 17
4 17
5 17
7 16
0 13
3 18
28
27
28
27
27
30
Québec L’hiver battra encore son plein avec -21 degrés à Montréal
En Europe
12h TU
L'anticyclone s'installera pour le bon.
Il apportera un temps très ensoleillé
en toutes régions. Quelques brumes
ou brouillards matinaux séviront
parfois du sud-ouest au nord-est,
mais ils se dissiperont rapidement.
Un léger voile nuageux circulera par
ailleurs vers le littoral de la Manche.
Douceur après quelques gelées
blanches à l'aube.
Sainte Colette
Coeff. de marée 80/72
Lever
Coucher
Lever
Coucher
Soleil et douceur
Aujourd’hui
Horizontalement Verticalement
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
Solution du n° 14 - 054
Horizontalement
I. Fréquentable. II. Laminoir.
Eux. III. Eva. Innocent. IV. Marle.
Ipé. Dé. V. Muge. Avé. Kir.
VI. Adénome. Fi. VII. Ré. Gué.
Pétai. VIII. Duplessis. Nn.
IX. Esses. Testée. X. Réintroduite.
Verticalement
1. Flemmarder. 2. Ravaudeuse.
3. Emarge. Psi. 4. Qi. Lenglen.
5. Unie. Ouest. 6. Eon. Ames.
7. Ninive. STO. 8. Trope. Pied.
9. Ce. Fessu. 10. Bée. Kit. Ti.
11. Lundi. Anet. 12. Exterminée.
Philippe Dupuis
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12
1. Toujours pertinents. 2. Pourra
être contemplé et étudié. 3. En
Serbie. Prises dans l’apéro. En
réduction. 4. Convient très bien.
Dame du monde. 5. Couvre une
grande partie du globe. Roi des
dieux sur le Nil. 6. Rendirent un
peu gai. 7. Evacuer les déchets.
8. Essaies de réduire. Ne doit pas
venir à manquer. 9. Bien piégée.
Canton en Helvétie. 10. Ouverture
de gamme. Grises, roses et même
royales. 11. Du cochon dans les
mains des orfèvres. Est en tête.
12. Facilitent les rapprochements.
I. Prête à raconter n’importe quoi.
II. Souvent abrégé et dans le
même ouvrage. Souffle du sud.
III. Prépare la salade. Petit à un
bout. IV. Vient d’arriver. Vivent
en compagnie. Pli sur le tapis.
V. Passée. Un peu trop salé.
VI. Joliment arrondie. Belge
réaliste et visionnaire. VII. Cap
entre Valence est Alicante.
Petit espace de culture. On doit
pouvoir compter dessus.
VIII. La deuxième est la plus
connue. De beaux et précieux
béryls. IX. Gouverne dans
les airs. Avait essayé de séduire
Charlemagne. X. Fixés sur place.
Mercredi 5mars
TF1
20.50Football.
Match amical 2014. France - Pays-Bas.
23.00Les Experts.
Série. Ennemis pour la vieU. Jouer au chat
et à la souris V. On n’oublie jamais sa première
foisU. Là où tout a commencéV(S11, ép. 15,
20, 21 et 22/22). Avec George Eads (195min).
FRANCE2
20.453 Femmes en colère.
Téléfilm. Christian Faure. Avec Marina Vlady,
Florence Pernel, Bruno Todeschini (Fr., 2012).
22.25La Parenthèse inattendue.
Invités : Jean-Christophe Rufin, Louis Chedid.
0.40Grand Public. Magazine (45min).
FRANCE3
20.45Au cœur du Vatican.
Documentaire. Stéphane Ghez (2014).
22.35Météo, Soir 3.
23.40Les Chansons d’abord.
Spécial Dalida. Divertissement.
0.30Couleurs outremers (25min).
CANAL+
20.55Love Is All You Needpp
Film Susanne Bier. Avec Pierce Brosnan,
Kim Bodnia, Trine Dyrholm (coprod., 2012).
22.45Des gens qui s’embrassent
Film Danièle Thompson. Avec Eric Elmosnino,
Monica Bellucci, Lou de Laâge (France, 2013).
0.25Braquo. Série (S3, 7-8/8, 115min) V.
FRANCE5
20.35La Maison France 5. Magazine.
21.40Silence, ça pousse! Magazine.
22.35C dans l’air. Magazine.
23.45Entrée libre. Magazine (20min).
ARTE
20.50Hommage à Alain Resnais:
Mon oncle d’Amériquepp
Film Alain Resnais. Avec Gérard Depardieu,
Nicole Garcia, Roger Pierre (France, 1980).
22.55 Méloppp
Film Alain Resnais. Avec Sabine Azéma, Fanny
Ardant, Pierre Arditi, André Dussollier (Fr., 1986).
0.20Camp 14, dans l’enfer
nord-coréen. Documentaire (110min).
M6
20.50La Méthode Claire.
En pères et contre tout. Téléfilm. Vincent Monnet.
Avec Michèle Laroque (Fr., 2013, audiovision).
22.40La Méthode Claire.
Téléfilm. Vincent Monnet. Avec Michèle Laroque,
Christelle Chollet (Fr., 2012, audio., 90min).
météo&jeux écrans
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pour comprendre le monde”
Motscroisés n˚14-055 Sudokun˚14-055 Solutiondun˚14-054
Jeudi 6mars
TF1
20.55Section de recherches.
Série. L’Emmerdeuse. Barbe-BleueU
(S8, ép. 3 et 4/12, inédit) ; Partie de campagne
(saison 7, 13/16) U. Avec Xavier Deluc.
23.4524 heures aux urgences.
Documentaire (235 min) U.
FRANCE2
20.45Envoyé spécial.
Au sommaire : Les Marchands de sommeil ;
Impression 3D, la vie en relief ; etc.
22.20Complément d’enquête.
Oradour, spoliations : quand les enquêtent
continuent. Magazine. Invité : George Clooney.
23.30Alcalinele mag. Avec Alex Beaupain.
0.25Au clair de la Lune.
Jordi Savall, le concert des nations. Œuvres
de Rameau. Par le Concert des nations (100min).
FRANCE3
20.45Le Boulet
Film Alain Berbérian et Frédéric Forestier.
Avec Gérard Lanvin (Fr. - GB, 2002, audio.).
22.35Météo, Soir 3.
23.35Ensemble, c’est mieux (120min).
CANAL+
20.55Homeland.
Série. Opération Téhéran. Héros malgré lui
(S3, 11 et 12/12, inédit) V. Avec Claire Danes.
22.45Workingirls. Série (S3, 7-9/12, inédit).
23.25MadMen. Série (S6, 10/13, inédit) U.
0.10Zero Dark Thirtypp
Film Kathryn Bigelow (EU, 2012, 155 min) V.
FRANCE5
20.35La Grande Librairie.
Spécial romancières. Invitées : Nina Bouraoui,
Murielle Magellan, Emmanuelle Richard...
21.40Duels. Mandela - De Klerk (audio.).
22.35C dans l’air. Magazine.
23.45 Entrée libre. Magazine (20min).
ARTE
20.50De grandes espérances.
Série [1 à 3/3]. Avec Oscar Kennedy (inédit).
23.30Rani. Série (saison 1, 7 et 8/8).
1.20Capitaine Conanpp
Film Bertrand Tavernier. Avec Philippe Torreton,
Samuel Le Bihan (France, 1996, 125min).
M6
20.50Bones.
Série. Culpabilité (saison9, ép. 9, inédit) ;
Au service de sa majesté [1 et 2/2] (saison4,
épisodes 1 et 2/26). La vérité n’a pas de prix.
Faux frère (S1, 1 et 2/22) (250min) U.
Lesjeux
Résultats du tirage du mardi 4mars.
3, 5, 22, 27, 44, 1 eet 6e
Rapports : 5 numéros et ee: pas de gagnant ;
5 numéros et e: 1 000384,00 ¤; 5 numéros : 41 682,60¤ ;
4numéros et ee: 4 763 ,70¤ ; 4numéros et e: 197,10¤ ;
4numéros : 79,00¤ ;
3 numéros et ee: 57,90¤ ; 3 numéros et e: 13,50¤ ;
3 numéros : 9,70¤ ;
2 numéros et ee: 18,60¤ ; 2 numéros et e: 7,50¤;
2 numéros : 3,40¤ ; 1 numéroet ee: 10,30¤.
Onasouvent
l’impressionqueces
maisonsbichonnées
sont surtout conçues
pourépater lesvoisins
La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire
des publications et agences de presse n° 0717 C81975 ISSN0395-2037
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12, rue Maurice-Gunsbourg,
94852 Ivry cedex
Toulouse
(Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)
80, bd Auguste-Blanqui,
75707 PARIS CEDEX 13
Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26
Président : Louis Dreyfus
Directrice générale :
Corinne Mrejen
17
0123
Jeudi 6 mars 2014
I
l ne faut avoir aucun regret pour le
passé, aucunremordpour leprésent
et une confiance inébranlable pour
l’avenir », disait Jean Jaurès, dont
nouscélébronscetteannéelecente-
nairedel’assassinat. Il yalàdesbali-
ses qui jalonnent monparcours de vie.
Le 1
er
octobre 2011, la victoire de la gau-
che au Sénat a représenté un bouleverse-
ment historique attendu depuis près de
cinquanteans; elleaégalement contribué
à légitimer le bicamérisme en démon-
trant que l’alternance était possible.
A la fin du mois de septembre, auront
lieude nouvelles élections pour la moitié
des sièges à pourvoir. Pour ce qui me
concerne, je ne serai pas candidat pour
exercer, pendant six ans supplémentai-
res, unnouveaumandat.
Dès les premiers jours qui ont suivi
mon électionà la présidence j’en ai infor-
méFrançois Hollande, alors qu’il était lui-
même candidat à la candidature pour la
présidence de la République. Lui et lui
seul, car c’était laconditionpour effectuer
cetteextraordinairemissionentouteplé-
nitude.
C’est d’abord un choix personnel très
ancien. J’ai étéélusénateuril yaseizeans;
j’y ai exercé diverses responsabilités
avant de devenir, grâce à la confiance de
mes camarades, président du groupe
socialiste. Pendant sept ans, avec l’ensem-
bledelagaucheet desécologistes, rassem-
blés, nous avonstravaillé, nous avonspré-
paré minutieusement le changement
dans cette assemblée qui, depuis si long-
temps, ne l’avait pas connu.
J’ai été le candidat qui allait porter l’al-
ternance. Premier président socialiste du
Sénat depuis le début de la V
e
République,
j’ai ressenti celacommeunimmensehon-
neur, ce fut la responsabilité la plus pas-
sionnante de toutes celles que j’ai eu à
exercer. Cette décision, qui vient de loin,
c’est un engagement souvent affirmé,
vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de mon
entourage, un engagement auquel je ne
souhaite pas me soustraire.
Avec les nouvelles dispositions sur la
vie politique, je suis convaincu que nous
entrons dans une nouvelle ère. Je suis
convaincu que pour redonner confiance
dans la parole politique on ne peut pas
s’enteniràproclamerdesprincipes, il faut
être capable de se les appliquer… et,
d’abord, ne pas se considérer comme pro-
priétaire de nos mandats.
Je ne prétends surtout pas à l’exempla-
rité; j’ai la chance de me trouver ensitua-
tion de pouvoir le faire sans mettre en
péril lespositionsdelagaucheet dessocia-
listes ni dans mon département, l’Ariège,
ni, demain, pour la majorité sénatoriale.
Rien ne m’oblige et, pour répondre par
avance à certains commentaires orientés
ou ignorants, en particulier pas la crainte
des échéances à venir.
J’ai été presque le seul à annoncer, en
2011, lebasculement àgaucheduSénat; je
dis, aujourd’hui, pour l’avoir bien étudié,
qu’il restera à gauche en 2014. Je suis fier
de ce que cette nouvelle majorité a pu
accomplir depuis deuxans et demi.
J’ai aimé le Sénat; je continue à l’aimer
pour ce qu’il apporte à la démocratie, à la
qualité du travail législatif. L’heure n’est
pas encore, en ce moment, au bilan; mais
qu’onnes’ytrompepas, nous aurons l’oc-
casiondanslesmoisqui viennentdemon-
trer le cheminparcouru.
La première année, exaltante, fut celle
oùnotre actiona contribué à la reconquê-
te; puis, depuis juin2012, l’absence de
majorité gouvernementale a rendu plus
incertainet moinscohérentlepositionne-
mentpolitiqueduSénat, victimed’unrap-
port de force politique volatile.
Certes, j’ai été confronté à nombre de
conservatismes, maisj’ai exercécettehau-
teresponsabilitéavecbeaucoupd’enthou-
siasme en me gardant de toute tentation
narcissique ouconcessions médiatiques.
Voilà maintenant trente et un ans, je
devenais maire d’une commune de haute
montagneenAriège, puismairedeLavela-
net, une ville ouvrière textile. J’ai été
conseiller régional, conseiller général ; je
me suis investi sans compter au Parti
socialiste, exerçanttouteslesresponsabili-
tés, de secrétaire de section jusqu’à celle
dedirigeantnational auxfédérations, aux
élections… J’ai accompagné à ces postes,
Lionel Jospin, Henri Emmanuelli, Fran-
çois Hollande…
C’est unlong chemin. Je ne serai candi-
dat à aucune autre fonction élective. Je
demandeàchacundecroireenmasincéri-
té, àmesamis, àmesamispolitiques, mais
égalementauxautresvis-à-visdesquelsje
mesuis efforcédetoujoursmecomporter
avec respect et loyauté.
Je ne suis ni déçu ni blasé… bien au
contraire. Nous avons toujours mille rai-
sons d’attendre et de ne pas entendre;
maisleprixdurenoncement est pluscher
à payer que le prixducourage.
Comme d’autres, comme Bertrand
Delanoë, je décide simplement moi-
même, entoutelucidité, toutesérénitédu
moment, de m’arrêter. C’est le plus grand
desprivilèges. Jesouhaiteàchacundepou-
voirendisposeraumomentqui lui corres-
pond. Je continuerai, avec la même pas-
sion, jusqu’au dernier jour pleinement
investi dans la fonction qui est la mienne
tout enm’impliquant dans lacampagneà
venir. J’encourage tous ceux qui veulent
donner dusens à leur citoyennetéà servir
laRépublique, às’engager dans la viepoli-
tique.
J’exprime ma profonde reconnaissan-
ceàtousmescollègues, enparticulieràcel-
les et ceux qui ont partagé mes valeurs,
des valeurs qui restent fortes, qui nous
honorent. Jelesappelleàcontinuercemer-
veilleux combat pour lequel j’ai consacré
une grande partie de ma vie. p
C
’était il y a quelques années
encore: l’Espagne était déjà
durement frappée par la réces-
sion mondiale. L’austérité
menaçaitlesfondementsenco-
re fragiles d’un Etat-providen-
ce, tantauniveaucentral quedanslescom-
munautés autonomes. Pourtant, à bien
des égards, la société espagnole démon-
trait unematuritéenviable, contribuant, à
travers le mouvement des «indignés», à
questionner les origines de la crise finan-
cière et l’injustice profonde de ses consé-
quences.
Celles-ci, à commencer par ces 26% de
sans-emploi, n’ont pu, durant les premiè-
res années de récession, déraciner l’atta-
chement des citoyennes et des citoyens
espagnolsauxlibertéspubliquesissuesde
la transition, à une justice qui s’était jus-
qu’alors montréetrès soucieuse deremet-
treencausel’immunitédes baronslocaux
ainsi qu’aux piliers d’un Etat-providence
parmi lesquelsunsystèmedesantéfaisait
partiedes plus performants d’Europe.
Mieux, sans que les élites politiques, à
commencerparleParti populaireactuelle-
ment au pouvoir, en aient eu conscience,
ces politiques adoptées augré d’une ému-
lation positive entre communautés auto-
nomes et des impulsions données par les
gouvernementsdirigésparJoséLuisRodri-
guez Zapatero, ont contribué plus d’une
décennie durant à forger l’image du pays
aux yeux de ses partenaires. Celle d’une
sociétésoucieused’égalité, de justice et de
protectioncontretouteformedediscrimi-
nation.
En matière de politiques d’égalité de
genre, l’Espagnea, enl’espace de quelques
années, rejointunclubauseinduquel sem-
blaient ne devoir être admis que les pays
scandinaves. L’Espagne avait fait le choix
de bâtir «par le bas» des politiques publi-
ques efficaces pour s’attaquer aufléaudes
violences faites auxfemmes, soulignant à
juste titre leur spécificité: celle de se fon-
der sur unehiérarchieentreles deuxcom-
posantes del’humanité, nourrieàforcede
stéréotypes et d’injustices de tous ordres.
La Frances’est, depuis, inspiréede cette
expérience pour adopter à son tour une
approcheintégréedel’égalitédes sexes, se
saisissant elle aussi des violences faites
auxfemmes qui y font encore, enpropor-
tion, près de 50% de victimes de plus
qu’en Espagne. On trouve en particulier
l’empreinte des progrès enregistrés sous
les gouvernements PSOE de 2004-2011
dans l’approche adoptée par le gouverne-
ment français, sous l’impulsionduminis-
tère des droits des femmes. Une influence
d’autant plus significative qu’elle prove-
nait d’unpays proche culturellement.
Saper la cohésion sociale
Après plus de cinq années de crise, le
consensus bâti à grand-peine autour des
valeurs démocratiques communes à l’en-
semble des Espagnols est sur le point de
volerenéclats. Lestensionssurlefrontéco-
nomique et de l’emploi, d’une part, et
autour de la forme de l’Etat, d’autre part,
nesontpasseulesencause. Danssonobsti-
nationàvouloirrevenirsur ledroit àl’IVG,
le Parti populaire, qui contrôle l’essentiel
des leviers de l’Etat et des régions, remet
en cause le fondement de toute politique
visant à reconnaître l’égalité pleine et
entière entre les sexes: la reconnaissance
de l’autonomiepersonnelledes femmes.
Mené, cruel paradoxe, au nom de «la
santé sexuelle et reproductive des fem-
mes», leprojetdeloi portéparlegouverne-
ment présenteuncontenuprofondément
liberticide qui excède de loin l’engage-
ment decampagned’unerévisiondelaloi
sur l’IVG adoptée en 2010 – et par consé-
quent, le mandat donné par son propre
électorat. Cefaisant, dansuncontexteplus
large de retour en arrière en matière de
libertés publiques, il contribue à saper la
cohésion sociale et menace de ramener
l’Espagne quatre décennies en arrière
dans la promotionde l’égalité.
Auregard du rôle de modèle gagné par
l’Espagne au cours de la décennie passée,
ce recul majeur revêt une gravité et une
signification qui dépassent amplement
les frontières dupays, et mettent encause
sonimageet le sens mêmede sa contribu-
tion à l’édification de sociétés européen-
nes plus justes, plus égalitaires et plus
démocratiques. Il nous alerte également
surlanécessitédeneriencéder enmatière
d’égalité et de lutte contre les discrimina-
tions fondées sur le genre.
Ace titre, il appartient à l’ensemble des
gouvernements soucieux d’égalité et de
progrès, et auxacteursdel’égalitéenEuro-
pe, quelle que soit leur orientation politi-
que, de rappeler le gouvernement espa-
gnol àsesdevoirset ses responsabilités, en
soulignant qu’en matière d’égalité et de
libertés civiques, tout retour enarrière est
uneatteinteauxvaleursdémocratiqueset
au«vivre ensemble». p
décryptages
Jean-PierreBel
Président (PS) du Sénat
IvarEkeland
Président de l’Association universitaire pour
le respect du droit international en Palestine
RonyBrauman
Médecin, essayiste
GhislainPoissonnier
Magistrat
Pourredonnerconfiance
danslaparolepolitique,
onnepeutpass’entenirà
proclamerdesprincipes,
il fautêtrecapable
deselesappliquer
Sansregret, sansremords, pourquoi jeneserai pluscandidat
E
ntant queconsommateurcitoyen, jen’achè-
tepas deproduits israéliens tant qu’Israël ne
respecterapasledroitinternational ; j’appel-
le aussi mes concitoyens à faire de même
afin de faire pression sur Israël pour qu’il
démantèle le mur de séparation et les colo-
nies. » Pour avoir tenu de tels propos dans la rue ou
dans des commerces, pour les avoir écrits dans des
magazinesousurInternet, prèsd’unecentainedeper-
sonnes sont traduites enFrancedevant les tribunaux.
Il s’agit de membres d’associations qui soutiennent la
campagne «Boycott-désinvestissement-sanctions»
(BDS). Ces personnes sont poursuivies par les procu-
reursenvertud’untexteinterneauministèredelajus-
tice adopté le 12février 2010, dite circulaire Alliot-
Marie, gardedes sceauxdel’époque.
La circulaire ordonne aux parquets de poursuivre
pénalement les personnes qui appellent auboycotta-
gedesproduits israéliens. Elleaffirme, sans le démon-
trer, quel’article24alinéa8delaloi de1881 sur lapres-
se permettrait de réprimer les appels lancés par des
citoyens ou des associations au boycottage de pro-
duitsissus d’unEtat dont lapolitiqueest contestée. Ce
texteinterprètelaloi demanièreextensive, encontra-
dictionavec la règle de l’interprétationstricte des lois
pénales.
Eneffet, l’article24alinéa8delaloi de1881 nes’atta-
chepas à interdireles appels auboycottage, mais uni-
quement les provocations «à la discrimination, à la
haineouàlaviolenceàl’égardd’unepersonneoud’un
groupedepersonnesenraisondeleurorigineoudeleur
appartenanceoude leur non-appartenanceàune eth-
nie, une nation, une race ouune religiondéterminée».
LacirculaireAlliot-Marieaétécritiquéepar lemon-
de associatif au nom de la liberté d’expression. Mais
également par de nombreux juristes, universitaires,
avocats et magistrats, en raison de son contenu qui
procèdeàunusagedétournédela loi prévuepour lut-
tercontrelesproposracistesetantisémites. Desprocu-
reurs ont même refusé de requérir oralement la
condamnationdes militants de la campagne BDS, en
dépit des instructions écrites de leur hiérarchie.
La cour d’appel de Paris a prononcé en 2012 des
relaxes, considérant que les propos tenus relevaient
de la critique pacifique de la politique d’un Etat. La
Cour européenne des droits de l’homme, quant à elle,
rappelle très régulièrement que les groupes militants
bénéficient sur des sujets politiques d’une protection
renforcée de leur liberté d’expression. Christiane
Taubira a même déclaré publiquement à plusieurs
reprises que cette circulaire contenait une interpréta-
tion de la loi qui pouvait être considérée comme
«injuste» ou«abusive».
L’ensemble de ces éléments et le changement de
majoritépolitiquepermettaientdepenserquelaprise
de conscience du caractère absurde de cette situation
allait se traduire en acte. Or, la circulaire Alliot-Marie
de2010esttoujoursenvigueuret lespoursuitespéna-
les contre des militants de la campagne BDS conti-
nuent. Ce faisant, la FrancesesingulariseenEuropeet
danslemonde: elleestleseul Etat, avecIsraël, àenvisa-
ger la pénalisation d’une campagne pacifique et
citoyenne, demandant le respect du droit internatio-
nal. Campagne pacifique en ce sens que les actions
d’appel au boycottage organisées consistent en des
mesuresincitatives, qui selimitent àfaireappel, par la
diffusiond’informations, àlaconsciencepolitiquedes
consommateurs. Aucune forme de contrainte n’est
exercéeni àl’égarddesclientsetdesdistributeursfran-
çais, ni à l’égarddes producteurs israéliens. EnFrance,
l’appel au boycottage, forme d’action politique non
violente, s’inscrit dans le débat politique républicain
depuis des décennies.
M
me
Taubiral’amêmequalifiéde«pratiquemilitan-
te, reconnue, publique» et admet l’avoir encouragé en
son temps contre les produits sud-africains, dans le
cadre d’une campagne internationale que personne
n’avait alors envisagéd’interdire.
Campagne citoyenne en ce sens qu’elle repose sur
une mobilisation des sociétés civiles. La campagne
BDSaétéengagéeen2005àlademandede172associa-
tionset syndicatspalestiniens. Elleappellelessociétés
civiles du monde entier à se mobiliser pour que leur
gouvernement fasse pressionsur l’Etat d’Israël.
En France, de nombreuses associations ont rejoint
l’appel lancé en 2005. Les actions qu’elles conduisent
dans le cadre decette campagnesesituent aucœur de
la liberté d’expression et d’information des citoyens
français sur un sujet international. Ces actions ne
consistent pas à discriminer les citoyens israéliens:
elles visent à boycotter les institutions et les produits
d’Israël envue defaire changer unepolitique d’Etat.
Campagne pour le respect du droit international
enfin, dans lamesureoùlebut recherchéest d’obtenir
le respect des résolutions des Nations unies et la fin
des politiques déclarées illégales par l’avis du9juillet
2004 de la Cour internationale de justice de LaHaye
que sont la construction du mur de séparation et la
colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La
mobilisationdes sociétés civiles est rendue indispen-
sable, carlaplupart desEtatsn’ont rienfait oupresque
pour pousser Israël à se conformer à l’avis de la Cour,
notamment en prenant des mesures de sanctions
pour quele mur et les colonies soient démantelés.
Rien n’est plus faux que de laisser entendre que la
campagne BDS puisse être raciste ou antisémite. Cet
amalgamerelèvedelamêmerhétoriquequecellepar-
fois utilisée dans les années1970 et 1980 contre les
militants anti-apartheidcomparés à d’irresponsables
marxistes-léninistes ou à des racistes anti-Blancs.
Aucun des militants de la campagne BDS poursuivis
depuis 2010 en vertu de la circulaire évoquée ne l’a
d’ailleurs été pour avoir tenu des propos ou commis
des actes racistes et antisémites. Il est temps de procé-
der àl’abrogationdela circulaireAlliot-Marie. p
Droit àl’IVG: l’Europedoit
rappelerl’Espagneàlaraison
Aucundesmilitantsdelacampagne
«Boycott désinvestissement sanctions»
poursuivisdepuis2010nel’aété
pouravoirtenudesproposoucommis
desactesracistesetantisémites
DanielleBousquet
Présidente duHaut Conseil àl’égalité
entre les femmes et les hommes (HCEfh)
MaximeForest
Président de lacommissionenjeux
internationauxet européens duHCEfh,
enseignant-chercheur àSciences Po
Paris
SoledadMurillo
delaVega
Professeure de sociologie àl’université
de Salamanque, secrétaire générale
auxpolitiques d’égalité
dugouvernement Zapatero
Cessonsdepénaliserleboycottaged’Israël
Il fautabrogerla«circulaireAlliot-Marie»
18
0123
Jeudi 6 mars 2014
analyses
ANALYSE
par Mirel Bran
Bucarest, correspondance
S
i l’histoire des peuples est ponctuée
de moments de grâce, les Moldaves
ont eule leur, le 27février, lorsque le
Parlement européen a voté à une
grande majorité la libéralisationdes
visas. Les portes de l’espace Schen-
gen vont s’ouvrir pour les Moldaves, qui se
considèrent Européens à part entière et rêvent
d’intégrer un jour l’Union. «La Moldavie a
consenti de sérieux efforts ces dernières années
enmettant en place des réformes difficiles et un
processus de renforcement institutionnel », sou-
ligne le Parlement européendans soncommu-
niqué. «C’estunebonnenouvelleet unpastangi-
ble vers une association plus étroite et une inté-
grationéconomique avec l’Unioneuropéenne»,
acommentéCeciliaMalmström, la commissai-
re européenne chargée des affaires intérieures.
Souvent réduiteàlaSyldaviedeTintinqu’el-
le aurait inspirée, la Moldavie sort de l’oubli et
arrive sur le devant de la scène à la faveur de la
crise ukrainienne. Les yeuxrivés sur les machi-
nations de la Russie en Ukraine, les Occiden-
taux découvrent ce petit pays enclavé entre la
Roumanieet l’Ukraine. GrandecommelaBelgi-
que, la Moldavie compte 4millions d’habitants
dont deux tiers sont roumanophones et un
tiers russophones. Ancien territoire roumain,
elle a été annexée par l’Union soviétique après
la seconde guerre mondiale. Devenue Républi-
quesoviétique, laMoldavieaobtenul’indépen-
dance en 1991 à la suite de l’effondrement de
l’ancienne URSS.
Son problème: la Transnistrie, sa partie
orientale, qui a fait sécession en 1990. Cette
zone à majorité russophone redoutait une réu-
nification de la Moldavie et de la Roumanie,
paysqui s’étaitdébarrasséen1989deladictatu-
recommunistedeNicolaeCeausescu. Avecl’ap-
pui deMoscou, laguerreavait éclatésur cepetit
bout de terre qui s’est déclaré indépendant en
1992. Un scénario qui se répète aujourd’hui en
Crimée. «On va d’abord agir, et on expliquera
après! »: c’estainsi qu’en1992legénéral Alexan-
dre Lebed, chef de la XIV
e
armée soviétique
basée en Transnistrie, résumait la vision que
Moscouavait decepaysfantômequ’aucunEtat
ne reconnaît. Malgré la promesse de la Russie,
en 1999, de retirer ses troupes de Transnistrie,
ellessonttoujoursprésentesetlapetiterépubli-
queautoproclaméedemeureuneplaieauxpor-
tes de l’Europe.
Malgréces difficultés, les Moldaves ont reçu,
le 30novembre 2013, une énorme bouffée
d’oxygène lors du sommet européen de Vil-
nius, l’UEleurayantouvertlavoiepourlasigna-
tured’unaccordd’associationetdelibre-échan-
ge. Certes, ils ont payé le prix fort. Après plus
d’une décennie de gouvernance communiste
qui avaitplongélepaysdanslemarasmeécono-
mique, les jeunes Moldaves ont fait leur petite
révolutionenavril 2009. Al’époque, ils avaient
pris d’assaut les rues de la capitale, Chisinau, et
remis en question les institutions de l’Etat. Un
gouvernement de coalition proeuropéen avait
été mis en place. Son désir d’intégrer la Molda-
vie à l’UE avait été accueilli avec frilosité en
Europe occidentale, où la fatigue de l’élargisse-
ment arefroidi lespolitiqueset l’opinionpubli-
que.
Bruxelles met les bouchées doubles
Avecl’échecukrainien, leprojet européende
laMoldaviearebondi. Après avoir étérejetépar
l’Ukraine de Viktor Ianoukovitch, Bruxelles
met les bouchées doubles pour satisfaire les
doléances de la Moldavie. Le rêve des Moldaves
devoyager sans visadans l’UEaainsi vule jour.
Cette liberté est néanmoins assortie d’une
contrainte: les séjours dans l’espace Schengen
nedoiventpasdépasser90jourspar périodede
180jours. Et le Conseil européen, qui représen-
te les 28 Etats membres, doit encore approuver
cet accord au plus tard en avril. «Cette décision
aura un impact extraordinaire sur nos voisins
ukrainiens, affirme le premier ministre Iouri
Leanca. Ilsvontcomprendrequesi onsecompor-
tecommeil faut, l’Unioneuropéennenoustraite
bien. Regardez les pays de l’Europe centrale, la
Roumanie, la Bulgarie, les pays baltes! La pers-
pective d’adhérer à l’UE a été le meilleur levier
pourréformernonseulementlesélites, maisaus-
si lasociété. »
Longtemps oubliée par la diplomatie occi-
dentale, la Moldavie commence à peser dans
cette partie du monde où l’Occident se frotte à
la Russie. En août2013, la chancelière alleman-
de, AngelaMerkel, s’est rendueàChisinaupour
assurer les Moldaves que leur pays pouvait
trouver sa placeauseinde l’UE. Endécembre, le
secrétaire d’Etat américainJohnKerry est venu
fouler le sol moldave. Le 3mars 2014, M. Leanca
a été reçu à Washington par M. Obama. «Les
Etats-Unis soutiennent sans réserve le parcours
européende laRépublique de Moldavie, a décla-
ré le président américain. Je sais que ce ne sera
pas facile, mais nous soutenons l’intégrité terri-
toriale et la souveraineté de votre pays. Je vous
souhaite de tout moncœur de réussir. »
Même son de cloche à Paris et à Berlin où la
petiteMoldavieseretrouvesurl’agendadeLau-
rent Fabius et de son homologue allemand,
Frank-Walter Steinmeier. Les deux ministres
des affaires étrangères vont organiser bientôt
leurpremiervoyageconjoint enMoldaviepour
affirmer le soutien de Paris et de Berlin à l’an-
cienne république soviétique qui frappe
depuisdesannéesauxportesdel’UE. LesMolda-
ves les attendent depuis unquart de siècle. p
bran@lemonde.fr
MUNICIPALES
TRAIN EUROPE1
DES
LE
LE RÊVE DES
MOLDAVES
DE VOYAGER
SANS VISA
DANS L’UE
A VU LE JOUR
M
aître William Bourdon
est ungêneurpatenté. Un
avocat parisien aux
convictions sociales et politiques
certaines. Il n’aime pas l’ordre éta-
bli, l’argent sale, les dictateurs afri-
cains, les hommes politiques cor-
rompus, les systèmes répressifs.
Aussi ne faut-il pas s’étonner
quand il publie un ouvrage docu-
menté, instructif, intitulé Petit
manuel de désobéissance citoyen-
ne. Il y est question d’un sujet qui
le taraude. Comment protéger sur
leplanjuridiqueceuxqui, unjour,
décident de se révolter contre un
ordre illégal, ou, mieux, en vien-
nent à révéler des secrets d’Etat?
Dans ce livre, de précieux
conseils sont dispensés à ces lut-
teurs de l’impossible. On y croise
des figures désormais connues:
IrèneFrachon, cemédecinqui révé-
lalesdangersduMediator, Edward
Snowden, cet espion qui mit au
jour les sales méthodes de la NSA,
ou encore Hervé Falciani, l’infor-
maticien de HSBC, qui pourfend
les dérives des banques suisses.
M
e
Bourdon sait de quoi il parle, il
est le défenseur d’Hervé Falciani.
Ce qui lui ôte évidemment une
objectivité qu’il ne revendique
pas…
«Délégitimer la démocratie»
La problématique est ancienne.
Mais l’auteur stigmatise de «nou-
vellesformesdecollusionentrel’ar-
gent et les pouvoirs qui ont contri-
bué à délégitimer la démocratie».
En ces époques arides, la soif de
démocratie demeure, pourtant.
«L’exception de citoyenneté», ce
concept cher à William Bourdon,
compte de vrais héros. Ainsi, ce
petit juge provincial, Paul
Magnaud, qui relaxaen1898Loui-
se Ménard, coupable d’avoir volé
un pain, au motif qu’elle et son
enfant n’avaient pas mangé
depuis 36heures. Et les lanceurs
d’alerte, ces anonymes qui devien-
nent fameuxenrévélant les turpi-
tudesdusystème. M
e
Bourdonsou-
met une vraie idée, en examinant
les lois en vigueur chez nos voi-
sins. Prenez le Luxembourg, qui
disposed’une loi exemplaire pour
protéger les lanceurs d’alerte. Une
forme de leurre, puisque dans ces
pays personne n’a intérêt à briser
l’omerta. En France, une loi, votée
en décembre2013, permet à ces
«saints qui sont aussi des traîtres»,
d’être protégés sur le plan juridi-
que, s’ils font montre de leur bon-
nefoi. Ce n’est certes pas suffisant,
assure l’auteur.
Qui appelledonc de ses vœuxla
création d’une autorité adminis-
trative indépendante, protectrice.
En attendant, M
e
Bourdon recom-
mande aux lanceurs d’alerte de
s’appuyer sur leur réseaurelation-
nel. Et de solliciter des avis juridi-
ques, tout en faisant appel à des
relais médiatiques. Bref, de s’en-
tourer, avant de dénoncer. p
GérardDavet
etFabrice Lhomme
Lacrise ukrainienne redonne ses chances àlaMoldavie
Petit manuel de désobéissance
citoyenne
William Bourdon
Jean-Claude Lattès, 218 p., 12,5 ¤
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65e Année - N˚19904 - 1,30 ¤ - France métropolitaine --- Jeudi 22 janvier 2009 Fondateur: Hubert Beuve-Méry - Directeur: Eric Fottorino
Algérie 80 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,00 ¤, Belgique 1,40 ¤, Cameroun 1 500 F CFA, Canada 3,95 $, Côte d’Ivoire 1 500 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 25 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 500 F CFA, Grande-Bretagne 1,40 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 650 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,00 ¤, Luxembourg 1,40 ¤, Malte 2,50 ¤,
Maroc 10 DH, Norvège 25 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 500 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 28 KRS, Suisse 2,90 FS, Tunisie 1,9 DT, Turquie 2,20 ¤, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 500 F CFA,
Barack et Michelle Obama, à pied sur Pennsylvania Avenue, mardi 20janvier, se dirigent vers la MaisonBlanche. DOUGMILLS/POOL/REUTERS aLes carnets d’une chanteuse. Angélique Kidjo, née au Bénin, a chanté aux Etats-Unis pendant la campagne de Barack Obama en2008, et de nouveau pendant les festivités de l’investiture, du 18 au 20 janvier. Pour Le Monde, elle raconte : les cérémonies, les rencontres – elle a croisé l’actrice Lauren Bacall, le chanteur Harry Belafonte… et l’écono- miste Alan Greenspan. Une question la taraude : qu’est-ce que cet événement va changer pour l’Afrique ? Page 3
aLe grand jour. Les cérémonies ; laliesse ; les ambitions d’unrassembleur ; la première décision de la nouvelle administration: la suspension pendant cent vingt jours des audiences de Guantanamo. Pages 6-7 et l’éditorial page 2 aIt’stheeconomy... Il faudraàlanou- velle équipe beaucoup d’imagination pour sortir de la tourmente financière et économique qui secoue la planète. Breakingviews page 13
aFeuille de route. « La grandeur n’est jamais un dû. Elle doit se mériter. (…) Avec espoir et vertu, bravons une fois de plus les courants glacials et endurons les tempêtes àvenir. »Traductionintégrale du discours inaugural du 44e président des Etats-Unis. Page 18 aBourbier irakien. Barack Obama a promis de retirer toutes les troupes de combat américaines d’Irak d’ici à mai 2010. Trop rapide, estiment les hautsgradés del’armée. Enquêtepage19
GAZA ENVOYÉ SPÉCIAL
Dans les rues de Jabaliya, les enfants ont trouvé un nou- veau divertissement. Ils col- lectionnent les éclats d’obus et de missiles. Ils déterrent du sable des morceaux d’une fibre compacte qui s’enflamment immédiatement au contact de l’air et qu’ils tentent difficilement d’éteindre avec leurs pieds. « C’est du phosphore. Regar- dez comme ça brûle. » Surlesmursdecetterue, destra- cesnoirâtressont visibles. Lesbom- bes ont projeté partout ce produit chimique qui a incendié une petite fabrique de papier. « C’est la pre- mièrefoisquejevoiscelaaprès trente- huit ans d’occupation israélienne », s’exclame Mohammed Abed Rab- bo. Dans son costume trois pièces, cette figure du quartier porte le deuil. Six membres de sa famille ont été fauchés par une bombe devant un magasin, le 10 janvier. Ils étaient venus s’approvisionner pendant les trois heures de trêve décrétées par Israël pour permet- tre aux Gazaouis de souffler. Le cratère de la bombe est tou- jours là. Des éclats ont constellé le mur et le rideau métallique de la
boutique. Le père de la septième victime, âgée de 16 ans, ne décolè- re pas. « Dites bien aux dirigeants des nations occidentales que ces sept innocents sont morts pour rien. Qu’ici, il n’y a jamais eu de tirs de roquettes. Que c’est un acte crimi- nel. Que les Israéliens nous en don- nent la preuve, puisqu’ils sur- veillent tout depuis le ciel », enrage Rehbi Hussein Heid. Entre ses mains, il tient une feuille de papier avec tous les noms des morts et des blessés, ainsi queleur âge, qu’il énumère à plusieurs reprises, comme pour se persua- der qu’ils sont bien morts. Michel Bôle-Richard Lire la suite page 5 et Débats page 17
Ruines, pleurs et deuil : dans Gaza dévastée
WASHINGTON CORRESPONDANTE
Devant la foule la plus considérable qui ait jamais été réunie sur le Mall national de Washington, Barack Obama a prononcé, mardi 20 janvier, un discours d’investiture presque modeste. A force d’invoquer Abraham Lincoln, Martin Luther King ou John Kennedy, il avait lui même placé la barre très haut. Le discours ne passera probablement pas à la postérité, mais il fera date pour ce qu’il a
montré. Une nouvellegénérations’est ins- tallée à la tête de l’Amérique. Une ère de transformationa commencé. Des rives du Pacifique à celles de l’At- lantique, toute l’Amérique s’est arrêtée sur le moment qu’elle était en train de vivre : l’accession au poste de comman- dant en chef des armées, responsable de l’armenucléaire, d’unjeunesénateur afri- cain-américain de 47 ans. Lire la suite page 6 Corine Lesnes Education L’avenir de Xavier Darcos « Mission terminée » : le ministre de l’éducation ne cache pas qu’il se considérera bientôt en disponibilité pour d’autres tâches. L’historien de l’éducation Claude Lelièvre explique comment la rupture s’est faite entre les enseignants et Xavier Darcos. Page 10
Automobile Fiat : objectif Chrysler Au bord de la faillite il y a quelques semaines, l’Américain Chrysler négocie l’entrée du constructeur italien Fiat dans son capital, à hauteur de 35 %. L’Italie se réjouit de cette bonne nouvelle pour l’économie nationale. Chrysler, de son côté, aura accès à une technologie plus innovante. Page 12
Bonus Les banquiers ont cédé Nicolas Sarkozy a obtenu des dirigeants des banques françaises qu’ils renoncent à la « part variable de leur rémunération ». En contrepartie, les banques pourront bénéficier d’une aide de l’Etat de 10,5 milliards d’euros. Montant équivalent à celle accordée fin 2008. Page 14 Edition Barthes, la polémique La parution de deux textes inédits de Roland Barthes, mort en 1980, enflamme le cercle de ses disciples. Le demi-frère de l’écrivain, qui en a autorisé la publication, essuie les foudres de l’ancien éditeur de Barthes, François Wahl. Page 20
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Les Unes du Monde
0123
LE LIVRE DU JOUR
Protéger
les lanceurs d’alerte
19
0123
Jeudi 6 mars 2014
20
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Jeudi 6 mars 2014
Amman
Envoyée spéciale
C
’est le crime le plus tu, perpé-
tré actuellement en Syrie. Un
crime massif, organisé par le
régime et réalisé dans les
conditions les plus barbares.
Un crime fondé sur l’un des
tabouslesmieuxancrésdanslasociététra-
ditionnellesyrienneetsurlesilencedesvic-
times, convaincues de risquer le rejet par
leur propre famille, voire une condamna-
tionàmort.
C’est uncrimequi anéantit les femmes,
détruitlesfamilleset disloquelescommu-
nautés. Un crime que les hordes de réfu-
giés fuyant la Syrie pour les pays alentour
désignent comme la cause principale de
leur départ, mais que les enquêteurs de
l’ONU et toutes les ONG peinent à docu-
mentertantlesujetestdouloureux. Uncri-
meabsentdesdiscussionsdeGenèvealors
qu’il obsède les Syriens et hante des dizai-
nesdemilliersdesurvivantes. Leviol. L’ar-
mede guerre secrètede Bachar Al-Assad.
Alma, 27 ans (les noms des victimes ont
été changés), est allongée, décharnée, sur
unlit d’hôpital au cœur d’Amman. Elle ne
marchera plus, sa colonne vertébrale a été
brisée par les coups administrés par un
milicien du régime avec la crosse de son
fusil. Dès les premiers mois de la révolu-
tion, cette mère de quatre enfants, diplô-
mée en gestion, s’est engagée résolument
du côté des rebelles, livrant d’abord de la
nourritureet desmédicaments, puistrans-
portant des munitions dans un paquet
noué sur son ventre afin de passer pour
unefemmeenceinte.
Arrêtée unjour à uncheckpoint dans la
banlieue de Damas, elle est restée trente-
huit jours dans uncentre de détentiondes
services de renseignement de l’armée de
l’air, entouréeparunecentainedefemmes.
«Abou Ghraïb, à côté, devait être un para-
dis», dit-elle avec un pauvre sourire, allu-
sion à la prison américaine en Irak. «J’ai
tout eu! Les coups, le fouet avec des câbles
d’acier, les mégots de cigarette dans le cou,
les lames de rasoir sur le corps, l’électricité
dans le vagin. J’ai été violée – les yeux ban-
dés–chaquejourparplusieurshommesqui
puaient l’alcool et obéissaient aux instruc-
tions de leur chef, toujours présent. Ils
criaient: “Tu voulais la liberté? Eh bien la
voilà!” » Toutes les femmes, dit-elle, en
plus de leurs souffrances, pensaient que
leur famille les tueraient si elles appre-
naient leur sort. Sadéterminationàs’enga-
gerdansl’Arméelibren’enétaitquerenfor-
cée. A sa sortie, elle est devenue l’une des
rares femmes chef de bataillon, à la tête de
vingt hommes, avant d’être grièvement
blesséeet évacuéeenJordanie.
DescentainesdemilliersdeSyriensont
afflué en Jordanie, et c’est là que nous
avons pu, grâce à des médecins, avocates,
psychologues, collecter et croiser de nom-
breux témoignages ainsi que rencontrer,
en face à face, plusieurs victimes. Entre-
tiens douloureux et sous haute pression:
«Mavie est entre vos mains. »
«Il est grandtemps que ce scandale soit
dénoncé publiquement ! », estime l’ancien
président du Conseil national syrien,
Burhan Ghalioun, membre influent de
l’opposition. Car c’est cette arme, selon
moi, qui a fait basculer dans la guerre
notre révolution qui s’était voulue pacifi-
que. » Dès le printemps 2011, raconte-t-il,
des campagnesdeviols par les milices ont
été organisées à l’intérieur des maisons
alors que s’y trouvaient les familles. Des
filles ont été violées devant leur père, des
femmes devant leur mari. Les hommes
devenaient fous et hurlaient qu’ils
allaient se défendre et venger leur hon-
neur. «Je pensais, moi, qu’il fallait tout fai-
repournepasentrerdansunephasemilita-
risée, qu’armer la révolution allait multi-
plier par cent le nombre de morts. Mais la
pratique du viol en a décidé autrement. Et
je crois que Bachar l’a vouluainsi. Une fois
les révolutionnairesarmés, il lui était facile
dejustifierlesmassacresdeceuxqu’il appe-
lait déjà“les terroristes”. »
Difficile de vérifier cette thèse. Ce qui
est avéré, en tout cas, c’est que les violen-
ces sexuelles n’ont fait que s’accroître,
contribuantauclimatdeterreur. «Lesfem-
mes servent d’instruments pour atteindre
les pères, frères et maris, dénonce l’écrivai-
ne Samar Yazbek, réfugiée en France.
Leurs corps sont des champs de torture et
de bataille. Et le silence de la communauté
mondiale sur cette tragédie me semble
assourdissant. »
Plusieurs organisations internationa-
les ont fait état des viols commis par le
régime – Amnesty International, l’Inter-
national Rescue Committee, la Fédéra-
tion internationale des ligues des droits
del’homme, HumanRights Watch…Mais
toutes évoquent l’extrême difficulté à
obtenir des témoignages directs, le silen-
ce obstiné des victimes, la peur des cri-
mes d’honneur perpétrés contre les fem-
mes violées et l’anxiété née de la percep-
tion généralisée qu’une femme arrêtée
par le régime a forcément été violée.
Un rapport particulièrement bien
documenté, publiéennovembre2013 par
l’Euro-Mediterranean Human Rights
Network, confirme l’ampleur du phéno-
mène et proclame l’urgence d’enquêter
sur ces crimes de guerre qui, si leur plani-
ficationétait avérée, pourraient être qua-
lifiés de crimes contre l’humanité. «Le
régime a fait des femmes ses premières
cibles, affirme Sema Nassar, l’auteure
principaledurapport, jointepar Skype, et
dont les deux sœurs viennent tout juste
d’être arrêtées. Elles sont visées, en tant
que telles, par les snipers, notamment les
femmes visiblement enceintes. Elles ser-
vent deboucliershumains, commedans le
quartier Ashria d’Homs, en février 2012,
quand l’armée a forcé des femmes à mar-
cher devant les troupes oules a même fait
monter dans les tanks pendant des
patrouilles. Elles font l’objet de kidnap-
pings pour rançons et échanges. Les violer
systématiquement, qu’elles aient 9ans ou
60ans, est une façon de détruire durable-
ment tout le tissusocial. »
enquête
AnnickCojean
«Violerlesfemmes
systématiquement,
qu’ellesaient 9ans
ou60ans, estunefaçon
dedétruiredurablement
toutletissusocial »
Sema Nassar
auteure d’un rapport
sur les viols en Syrie
Desfillesviolées
devant leurpère,
desfemmes
devant leurmari:
dèsleprintemps
2011, peuaprès
lesdébutsdela
révolution,
leviol aétéutilisé
parlerégime
deBacharAl-Assad
contreses
opposants.
Témoignages
Syrie
Leviol,
arme
de
destruction
massive
enquête
Oui, elleadeshistoiresàraconter, Sema
Nassar. Des cas précis, datés. Des dizaines.
Comme celui de cette jeune fille d’Hama,
actuellement réfugiée aux Etats-Unis, qui
se trouvait chez elle avec ses trois frères
quanddes soldatsont fait irruption, et ont
exigéqueles trois jeunes gens violent leur
sœur. Lepremier arefusé, onlui acoupéla
tête. Le deuxième a refusé, il a connu le
mêmesort. Le troisièmeaaccepté, ils l’ont
tué sur la fille qu’ils ont eux-mêmes vio-
lée. Ou l’histoire de cette Syrienne emme-
née dans une maison de la banlieue
d’Homs, à l’été 2012, avec une vingtaine
d’autres femmes, torturées et violées col-
lectivement sous l’œil d’une caméra dont
le filma été envoyé à sononcle, uncheikh
connu, prédicateur à la télévision, mem-
brede l’opposition.
«La pratique est très fréquente lors des
raids dans les villages, et systématique
dans les centres de détention des services
secrets», affirme au Monde Abdel Karim
Rihaoui, présidentdelaLiguesyriennedes
droits de l’homme, actuellement auCaire,
qui estime à plus de 50000le nombre de
femmes violées dans les geôles de Bachar
Al-Assad depuis le début de la révolution.
Les régions sunnites sont assurément les
plus touchées, et il note, dans les récits,
une forte implicationdes troupes duHez-
bollahlibanais et de la brigade AbouFadel
d’Irak. «Avec les tortures les plus sadiques,
comme le rat introduit dans le vagind’une
jeunefille de Deraaâgéede 15 ans. Avec des
viols collectifs en public comme celui de
quarante femmes, le matin du 5janvier
2014, àYelda. Et avecpour conséquencedes
centaines de crimes d’honneur sur les fem-
mes sortant de prison dans les régions de
Hama, IdlibouAlep. »
C’estaucampderéfugiéssyriensdeZaa-
tari, à80kilomètresd’Amman, qu’onaren-
contré Salma, lourde, épuisée, le regard
éteint. Née à Deraa il y a une cinquantaine
d’années, mais ayant habité Damas avec
sonmari etleurshuitenfants, elleaétéstu-
péfaite en 2011 d’apprendre qu’en rétor-
sion du soulèvement dans sa ville natale,
ses enfants étaient renvoyés de leur école,
danslacapitale. «Aunomdequoi punissez-
vous mes petits? Ils ne sont pour rien dans
les événements! », est-elle allée se plaindre
à la directrice. Elle n’avait pas terminé sa
phrase que débarquaient les services
secrets. Une cagoule sur la tête, elle a été
conduite dans le sous-sol d’un centre de
détention, jetée dans une cellule plongée
dans l’obscurité et pleine de rats. Deux
jours à l’isolement, sans boire ni manger,
avant de rejoindre pour sixmois la cellule
minuscule occupée par deux autres fem-
mes. «Nous nepouvionspas nous allonger.
Pas le droit de nous laver, y compris pen-
dant nos règles. Et nous étions violées tous
les jours aux cris de: “Nous les alaouites
allonsvousécraser.” Uneseuleprotestation
et onavait lebâtonélectriquedans levagin
ou l’anus. On m’a tellement battue qu’on
m’a cassé la jambe. Elle est devenue noire,
on m’a opérée n’importe comment avant
demeremettredans macellule. Mafamille
n’a eu aucune nouvelle pendant six mois.
Comme je ne sais ni lire ni écrire, j’ai signé
avec l’empreinte de mon index n’importe
quelaveu. »Asasortie, sonmari avaitdispa-
ruavec la voiture.
Oum Mohamed, 45 ans, a été arrêtée
avecsafillele21 septembre2012auhasard
d’une rue et conduite à l’aéroport militai-
redeMazzé. Leportabledel’étudianteaffi-
chant ledrapeaudelarésistanceet lapho-
to d’un «martyr», les deux femmes ont
été détenues pendant vingt jours, frap-
pées, violées, enfermées dans une cellule
de 4mètres sur 4 avec dix-sept femmes et
plusieurs enfants. L’une, épouse enceinte
d’un membre de l’Armée syrienne libre
suspecté d’avoir participé au kidnapping
de quarante-huit Iraniens dans un auto-
bus en août 2012, était accompagnée de
ses enfants de 8 et 9 ans. Le mari d’une
autre, directeur de prison sanctionné
pour s’être opposé à des tortures outran-
cières, était détenu à l’étage au-dessous,
de telle façon qu’il entende les cris de sa
femme pendant qu’on la violait. «Tout
était occasion de sévices sexuels», dit-elle,
les yeux humides, ravagée à l’idée que
l’avenir de sa fille, qui a perdu 20 kilos et
nécessiteuntraitementpsychiatrique, est
définitivement compromis.
L
es médecins décrivent des vagins
«ravagés», des corps martyrisés, des
traumatismes «incurables». Yazan,
psychologue de 28ans venu s’installer à
Amman pour «aider les victimes de la
guerre», nous parle ainsi (en souhaitant
resteranonyme) d’undesespatientsorigi-
naires d’Homs, dont les voisins avaient
dénoncé des activités révolutionnaires,
entraînant le kidnapping de sa femme et
de son petit garçon de 3 ans. Arrêté quel-
ques semaines plus tard, il a été emmené
dans une maison privée utilisée pour des
séancesdetorture. «Tuferaismieuxdepar-
ler! Tafemme et tonfils sont là!
– Amenez-les d’abord! »
La jeune femme est exsangue: «Ne
dénonce personne! Ce que tu redoutais est
déjà arrivé. » On les a violemment frappés
tousles deux. Puis, alors qu’il était suspen-
du au mur par les poignets, on a violé sa
femme devant lui. «Tu parles ou tu veux
qu’oncontinue?» La femme a alors bondi,
s’est emparée d’une petite hache utilisée
par les bourreaux et s’est ouvert le crâne.
Lepetit seraplustardégorgésoussesyeux.
Alors?Initiativesbarbareset dispersées
menées par des soudards livrés à eux-
mêmes ou arme stratégique pensée,
déployée par une hiérarchie aux ordres?
LeprésidentdelaLiguesyriennedesdroits
de l’homme, Abdulkarim Rihaoui, n’a
aucun doute: «C’est un choix politique
pourécraserlepeuple! Technique, sadisme,
perversité: tout est méticuleusement orga-
nisé. Aucun hasard. Les récits sont similai-
res et des violeurs ont eux-mêmes avoué
avoiragi surordre. »Lesavocatesjointesen
Syriepartagent cette conviction, malgré la
difficulté à rassembler des preuves. «J’ai
des photos de boîtes de stimulants dont se
munissent les miliciens avant de partir en
raid dans un village», affirme Sema Nas-
sar. Plusieurstémoignagesfontégalement
état de produits paralysants injectés dans
lacuissedes femmes avant les viols.
L’une des victimes, Amal, explique que
dans uncentrededétentionde Damas, un
médecin – surnommé «Docteur Ceta-
mol »– faisait le tour des cellules pour
noter les dates des règles de chaque fem-
me et distribuer des pilules contracepti-
ves. «Nous vivions dans la crasse, dans le
sang, dans la merde, sans eau et presque
sans nourriture. Mais nous avions une telle
hantise de tomber enceintes que nous pre-
nions scrupuleusement ces pilules. Et
quandj’ai euunretardderègles, unefois, le
docteur m’a donné des cachets qui m’ont
fait mal au ventre toute une nuit. » Un
témoignage capital pour établir la prémé-
ditationdes viols endétention.
Desbébésnaissent pourtantdecesviols
collectifs, provoquantdesdramesencasca-
des. ALatakia, unejeunefemmes’estsuici-
dée de n’avoir pu avorter. Une autre a été
précipitée par son père du balcon du pre-
mier étage. Des nouveau-nés ont été trou-
vés aupetit jour dans des ruelles de Deraa.
«Mais comment aider ces femmes ?, se
désespère Alia Mansour, membre de la
Coalition nationale syrienne. Elles ont si
peur en sortant de détention qu’elles res-
tent murées dans leur malheur sans pou-
voir demander de l’aide. »
A Homs, nous raconte la poétesse
syrienne Lina Tibi, une femme a cepen-
dant réussi à organiser en une semaine,
dansleplusgrandsecret, cinquanteopéra-
tions d’hymenoplastie sur des filles vio-
lées de13à16ans. «C’était laseule façonde
leur sauver lavie. »Maisles famillesexplo-
sent. Desmarissedétournentetdivorcent.
Telle belle-famille d’Homs a rassemblé les
affaires de sa bruenvue de sonexpulsion
du foyer avant même qu’elle ne sorte de
prison. Des parents se précipitent pour
marier leur fille au premier volontaire
venu, fut-il âgé et déjà marié.
«Le monde se préoccupe des armes
chimiques; mais pour nous, Syriennes, le
viol est pire que la mort», murmure enun
sanglotuneétudianteendroitqui n’aenco-
re osé confier son drame à personne. Sur-
tout pas àsonmari. p
«J’ai étéviolée
chaquejour
parplusieurshommes
qui puaientl’alcool
etobéissaient
auxinstructions
deleurchef,
toujoursprésent»
Alma
ÀL’INSUde sonpère, un
opposant notoire aurégi-
me, la jeune Amal, âgée de
18ans – le prénoma été
changé–, participait aux
activités d’uncomité révo-
lutionnairequand, enocto-
bre2012, elle fut arrêtée à
Banias par des hommes de
lasécuritémilitaire. Empri-
sonnée pendant quatre
mois, elle sera l’objet et le
témoinde nombreuses tor-
tures sexuelles infligées
auxdétenus. Réfugiée à
Amman, elle rêve de
reprendreunjour ses étu-
des, malgré les projets de
sonpère de la marier à un
vieil homme.
Y
“C’est toi,
cette brin-
dille qu’on
prenait pour une géante?
m’adit unofficier. J’ai un
compte àrégler avec toi !”
Il a enlevé sa bague, sa che-
mise, sonpistolet et m’a
pousséedans unescalier
qui menait àunsous-sol.
Nous avons descendutrois
étages. J’entendais des hur-
lements. Ça sentait le sang,
levomi, les excréments.
Onaparcouruunimmen-
se couloir sombre, d’envi-
ron3 mètres delarge. Des
deuxcôtés, des hommes
nus de tous âges étaient
collés auxparois, bras et
jambes écartelés. Certains
étaient fouettés outabas-
sés. Onm’a ligotée et mise
dans une cellule oùje ne
pouvais ni m’allonger ni
tenir debout. Puis onm’a
sortiepour me faire
entrer, recroquevillée,
dans unpneuqu’onafait
rouler dans le couloir.
“Pour faire connaissance
avec l’endroit.” Dans une
chambrede torture pleine
d’instruments, il yavait
des hommes suspendus à
uncrochet. Onm’a atta-
chéede la même façon,
frappée, électrocutéepen-
dant des heures. Puis j’ai
assisté àune condamna-
tionàmort “par rat”. Un
hommenu, très maigre,
attachédans une roue,
s’est vuenfoncer unrat
dans labouche. Unsoldat a
maintenusa bouchefer-
méependant qu’unautre
acoususes lèvres avec du
fil et une aiguille. Les rats
pullulaient, onm’ena
balancéuncartonàla figu-
realors que j’étais ligotée
dans ma cellule. Le 4
e
jour,
trois hommes, enshort et
débardeur, sont venus me
violer. J’ai perduconnais-
sance et repris mes esprits
enentendant le médecin
déclarer: “Je lui fais une
piqûrepour arrêter l’hé-
morragie.”
[Après une audience kaf-
kaïenneautribunal civil de
Tartous, oùonlui annonce
qu’elle serajugée àDamas
pour haute trahison, Amal
seratransportéedans diffé-
rentes branches des servi-
ces secrets, notamment à
Homs, oùle directeur lavio-
leraavant sontransfère-
ment àlabranche215 de
Damas.]
Unofficier armé d’un
bâtonélectriquem’a fait
m’aligner aumur, avec
sept autres femmes, dans
une salle muniede camé-
ras. “Déshabillez-vous!”
Mavoisine, d’unecinquan-
tained’années, a protesté:
“Je préfère mourir!” Des
hommes ont approché:
“Vous préférez qu’onle fas-
se?” Ils ont ri, attendu
qu’onretire nos sous-vête-
ments, fait des remarques
salaces, sous-pesénos
seins, et exigé qu’onfasse
des mouvements de gym-
nastique. Les caméras fil-
maient tout. Nous parta-
gions une cellule mais
avions l’interdictionde
nous parler. Et, à heures
fixes, il yavait les séances
detorture: coups, fouets
et bâtonprovoquant des
décharges électriques pas-
sé sur le corps ouintroduit
dans levagin, parfois sus-
pendues par les pieds, tête
enbas, parfois suspendues
par les poignets et les
pieds dans l’eau, pour
démultiplier lechoc. Une
fois, j’ai vuune femmede
Homsrevenir dans sacellu-
le, hagarde, les mains plei-
nes de sang. Elle avait réus-
si àarracher l’œil d’unchef
qui laviolait. Ala branche
“Palestine” oùj’ai ensuite
ététransférée, les horreurs
ont continué. Unjour,
nous étions quatrefem-
mes nues écartelées contre
lemur, face à huit hom-
mes dans lamême posi-
tion. Unofficier est venu
les interroger unpar un:
“Alors, tues de Homs? Et tu
as participé àune manifes-
tationcontre Bachar?
– Non!”
Il a pris une cisaille et a
coupé lepénis de l’hom-
me. Il afait de même pour
les suivants, dont ungar-
çonde 14ans qui enest
mort aussitôt. J’ai vurecou-
dredes plaies enduites de
sel sur le corps lacéréd’un
homme. Et j’ai rencontré
une femmequ’onavait
allongéenue, dans une cel-
lule, une cagoule sur la
tête, enobligeant dixpri-
sonniers à se masturber
sur elle. Al’und’euxona
ordonné: “Viole-la!” Il a
refusé, onl’atabasséet cou-
chésur la filleavant de reti-
rer la cagoule: c’était sa
sœur. Voilà. Tout était pos-
sible. Moi, lorsqu’onm’a
emmenéedans une cellule
pour yêtre violéepar cinq
hommes, je me suis éva-
nouieet réveillée àl’hôpi-
tal. Je n’étais plus rien,
j’étais comme morte. Ona
d’ailleurs appelé ma
famillepour récupérer
moncadavre. » p
A. C.
«Jen’étais
plusrien,
j’étais
comme
morte»
«Hama 30», 2011,
encre sur papier, 40×50cm,
tableau dupeintre syrien
Khalil Younès. DR
21
0123
Jeudi 6 mars 2014
Société éditrice du«Monde» SA
Président dudirectoire, directeur de lapublication Louis Dreyfus
Directricedu «Monde», membre dudirectoire, directrice des rédactions Natalie Nougayrède
Directeur délégué des rédactions Vincent Giret
Directeur adjoint des rédactions Michel Guerrin
Directeurs éditoriaux GérardCourtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann
Rédacteurs enchef ArnaudLeparmentier, Cécile Prieur, Nabil Wakim
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Rédactriceenchef «édition abonnés» duMonde.fr Françoise Tovo
Rédacteurs enchef adjoints François Bougon, Vincent Fagot, Nathaniel Herzberg, Damien Leloup
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(Economie), Auréliano Tonet (Culture)
Rédacteurs enchef «développement éditorial » Julien Laroche-Joubert (Innovations Web),
Didier Pourquery (Diversifications, Evénements, Partenariats)
Chef d’éditionChristian Massol
Directeur artistique Aris Papathéodorou
PhotographieNicolas Jimenez
Infographie Eric Béziat
Médiateur Pascal Galinier
Secrétairegénérale du groupe Catherine Joly
Secrétairegénérale de la rédactionChristine Laget
Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président
L
eTout-Paris émoustillésepressait ce lun-
di 3mars àl’hôtel de Beauharnais, àl’invi-
tationdel’ambassadriced’Allemagne,
pour écouter GerhardSchröder. Onétait venu
l’entendrediredumal. Dumal de laFrance. Pré-
dire, qui sait, uneattaquedes marchés finan-
ciers contrelaFrancede FrançoisHollandesi
elleneseréformait pas assez vite. Lajouteétait
prévued’avance, avec Nicolas Baverez, chantre
delaFrancequi tombe, enmodérateur. L’équi-
peHollandeavait fait serviceminimum, se
contentant d’envoyer laporte-paroledugou-
vernement Najat Vallaud-Belkacem. Il n’ena
rienété. Les bruits debottes russes enUkraine
ont conduit àunchangement de programme.
Schröder-le-modernisateur-de-l’Allemagne
s’est transforméenSchröder-l’ami-de-Poutine.
L’ancienchancelier allait nous donner des nou-
velles venues dufroid.
Schröder, Poutineet laRussie, c’est unelon-
guehistoire. En2004, lechancelier adopteune
petiteorphelineoriginairede Saint-Péters-
bourg, lavilledePoutine. Justeaprès sadéfaite,
en2005, Schröder seretrouveàlatêtedel’entre-
prisechargéedeconstruire, sous l’égide deGaz-
prom, ungazoducàtravers laBaltique, projet
qu’il avait lancéentant que chancelier avec son
ami Poutine. Postequ’il occupetoujours.
Schröder, rentier debientôt 70ans, est resté
fidèle. Il n’apas dit unmot sur Poutine.
«L’Ukraine, qu’est-cequec’est?», esquive-t-il
d’abord. Plus tard, il assurenepas avoir euau
téléphonele président russe. «Il yales écou-
tes», glisse-t-il, remontécommetous les Alle-
mandscontrelesystèmed’espionnageaméri-
cain. Il neveut pas direunmot delasituation,
«pour nepas jeter de l’huilesur lefeu». Et se
refuseàjouer les médiateursdans lacriseukrai-
nienne. Cetteaffairedoit êtreconfiéeàdes insti-
tutions, l’ONUoul’OSCE.
Enrevanche, Schröder est beaucoupplus pro-
lixedès qu’il s’agit dediredumal des Occiden-
taux. LadétestationdePoutinene saurait tenir
lieudepolitique, Schröder l’aexpliquémardi
sur Europe1: «Détester n’est pas uncritèredans
lapolitique! Lapolitiquedoit êtrerationnelle,
portéepar laraison. Beaucoupde problèmes
dans lemonde, laSyrie, l’Iranoul’Ukraine, ces
problèmes-làonnepeut les résoudrequ’avec la
Russie, et pas contrelaRussie…»
Dans lacriseukrainienne, uneerreur fut de
convoquer uneréuniondel’OTAN, organisa-
tionqu’il accusede«nepas créer de confiance
mais denourrir les craintes». «Dites-moi ce que
vous attendezde l’OTAN! L’Ukrainen’est pas
dans l’OTAN. Il doit yavoir une solutiondiplo-
matiquecar personneneveut une intervention
militaire. Qui devrait lamener?», demande-t-il
àlapresse. L’Europeest soudainbiencontente
denepas avoir ouvert lavoiedel’adhésionde
l’Ukraineàl’OTAN, commelevoulait George
W. Bushausommet de Bucarest, en2008. Mer-
ci àSarkozyet Merkel d’avoir bloquél’affaire.
Sinon, il faudrait appliquer letraitéatlantique
et mourir pour Kievet Sébastopol. Il flotteun
petit air qui rappelleClaudeCheysson: leminis-
tredes relationsextérieures deFrançois Mit-
terrandavait affirméaprès lecoupd’Etat du
général Jaruzelski enPologne, endécem-
bre1981: «Bienentendu, nous neferons rien. »
Corriger la faute originelle
Il nerestequ’àdiscuter, inlassablement.
Schröder ne veut pas d’unboycott duG8de
Sotchi qu’imaginent Français et Américains:
«Celanesert àriende chasser les Russes duG8;
il faut les confronter avec leurs positions. »Selon
lui, il faut corriger lafauteoriginelle, cellequi
forçales Ukrainiens àchoisir entrelepartena-
riat que leur proposaient l’Europeet l’Union
douanièrechèreàlaRussie. Onenest loin.
Lacrise russo-ukrainiennerendlafragilitéde
l’Europecrianteet donneraisonàHelmut
Kohl: «L’Europeest une questionde guerreet de
paixauXXI
e
siècle», expliquait levieuxchance-
lier. Les citoyens européens l’ont compris, qui
saluent à53%«lapaixentreles Etats membres»
commeundes plus grands achèvementsde
l’Unioneuropéenne. «L’Europen’apas été faite,
nous avons eulaguerre», affirmait déjàladécla-
rationSchumandu9mai 1950.
Laréalitéest unpeuplus subtile. Cen’est pas
l’Europequi fait lapaix, mais lapaixqui rend
l’Europepossible. Cettedernièreapusedéve-
lopper lorsqu’il fut clair qu’elleétait protégée
del’Unionsoviétiquepar lapaxamericanaet le
bouclier nucléairedel’OTAN; lorsqueFrançais
et Allemands sesont sentis unis dans unecom-
munautéde destin. Pour preuve, ladernière
granderelancedel’Europe, qui conduisit au
marchéuniquepuis àl’euro, eut lieulorsque
MitterrandsedéplaçaàBonnenjanvier1983
devant leBundestagpour soutenir Helmut
Kohl et plaider enfaveur del’installationde
fuséesPershingaméricaines pour faireface
auxSS20soviétiques.
Al’opposé, l’UErégresselorsqueles Euro-
péenssedivisent et que secreusele fossétran-
satlantique. Cefut le cas lors del’aventuretiers-
mondistedeDeGaulleavec sasortiedel’OTAN
en1966; lors de l’éclatement delaYougoslavie
audébut des années 1990, ouavec l’invasionde
l’Irakpar GeorgeBushen2003.
Aujourd’hui, l’Europeest laisséeàelle-
même. Orphelineduretrait inexorablede
Washington, ellen’aplus de grandfrèreaméri-
cainpour laguider. Elargie, elleades centres
d’intérêtsdivergents –laPolognes’intéresse
autant àl’Afriqueque lePortugal àl’Ukraine;
diluéeinstitutionnellement, ellen’apas de
structurede commandement susceptibled’en
faireunepuissanceactive. LamenacedeStaline
aidal’Europeàsesouder avec l’aidedes Améri-
cains. Celle dePoutine, plus insidieuse, ladivise
et donc lamenacepeut-êtreplus profondé-
ment encore. p
leparmentier@lemonde.fr
L
’hellénismeatteignit sonapo-
gée au V
e
siècle avant notre
èreet Athènesenfut lavitrine
incomparable, ainsi quel’illustrele
septième volume de la collection
«Histoire &civilisations» présen-
téeparJacquesLeGoff, LaGrèceclas-
sique.
Tout commence par l’invention
deladémocratie, legsleplusimpor-
tant d’Athènes ànotrecultureocci-
dentaleetpeut-êtremêmeaumon-
de. Le «pouvoir du peuple», cela
signifiait une alternance rapide au
pouvoir, la mise en place de jurys
populaires, la publicité donnéeà la
loi quenul n’était censéignorer.
Dans cette période, la culture
comme la religion sont au service
dupolitique: l’inventiondel’histoi-
re et de la philosophie participe de
laréflexionconceptuelle, celledela
rhétoriquedelagestiondeladémo-
cratie, celle du théâtre de la
constructionidentitaire et de l’éta-
blissement duconsensus.
Luttes victorieuses
Par un jeu de miroirs incessant,
l’art, les spectacles et les liturgies
renvoient à la communauté son
image idéalisée. La frise duParthé-
non, qui représente la procession
des Grandes Panathénées avec un
échantillondetoutes les catégories
de la population, incluant les
ancienscombattants, enestl’exem-
pleemblématique.
C’estl’époquedeluttesvictorieu-
sesaunomdelaliberté. Ladémocra-
tie se fonde sur un tyrannicide.
Avoir refoulé par deux fois l’enva-
hisseur perse dans un combat iné-
gal et démesuré permet auGrec de
s’identifierparoppositionau«bar-
bare» et d’imposer l’hellénisme
commeseul modèledecivilisation.
L’idéal civique est représenté par
l’hoplite, le paysan-soldat qui
défend sa terre. Mais les guerres
médiques n’ont pas conduit à
l’union nationale. Jalouses de leur
liberté, les cités grecques s’affron-
tent entre elles dans des guerres de
voisinage ou des guerres civiles.
Sparteet Athènesluttent pour l’hé-
gémonie; Athènes surtout entre
dans une dérive impérialiste qui
entraînesaperte.
Atraverscemiracledelaculture,
il faut voir aussi «les Grecs sans
miracles»aveclesparadoxesd’une
démocratie qui maintient au pou-
voir les mêmes familles tant qu’el-
les savent créer leconsensus popu-
laire, et qui s’avèrefragile.
La démocratie n’est peut-être
qu’une oligarchie, si l’on considère
la masse des immigrés et des escla-
vesparrapportaucorpscivique. Les
femmes sont d’éternelles mineu-
res. Lajusticedevient unejusticede
classe. Cependant, lemiraged’Athè-
nes «école de la Grèce» reste tou-
jours opérant, à travers des chefs-
d’œuvreimpérissables. p
Marie-Françoise Baslez
professeurà laSorbonne
EUROPE | CHRONI QUE
par Arnaud Leparmentier
Unami dePoutineàParis
HISTOIRE&CIVILISATIONS
Volume 7: la Grèce classique
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0123
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pTirage duMonde daté mercredi 5 mars 2014 : 299742 exemplaires. 2
22
0123
Jeudi 6 mars 2014
ASCOMÉTAL
DÉPOSE
SON BILAN
POUR ALLÉGER
SA DETTE
LIRE PAGE 5
Mini, mini,
mini…
Lenouveau
mantrades
constructeurs
automobiles
LIRE PAGE4
L’Afrique,
prochain
eldoradodes
cosmétiques
LIRE PAGE4
j TAUX FRANÇAIS À 10 ANS 2,19 %
LE PREMIER
MINISTRE
CHINOIS,
LI KEQIANG,
PLAIDE
POUR PLUS
DE MARCHÉ
LIRE PAGE5
J PÉTROLE 108,98$ LE BARIL
Carrefour
C
ette année sera sans
doute l’une des plus
délicates pour le
patron de Carrefour.
Arrivédepuis bientôt deuxans,
en avril 2012, Georges Plassat a
réussi à réveiller le numéro un
français de la distribution.
C’était àlafoisleplus dur, car la
machine était bien grippée, et
le plus facile, puisqu’un nou-
veau patron peut plus aisé-
ment utiliser les électrochocs.
Alors que le lent délitement
deCarrefourfaceàuneconcur-
rencehyperagressivesemblait
inexorable, le retournement
de situation est spectaculaire.
Le groupe a publié mercredi
5mars des comptes annuels
meilleurs que ce qu’antici-
paient les analystes financiers,
pourtant globalement positifs
sur la nouvelle stratégie mise
enœuvre.
Lerésultatopérationnel cou-
rant du groupe progresse de
5,3% (+9,8% à taux de change
constants), à 2,24milliards
d’euros. Surtout, cesontlesper-
formances du champion des
grandes surfaces sur son pro-
premarchéqui donnentlamesu-
re dutravail accompli.
Carrefour a renoué en 2013
dansl’Hexagoneaveclacroissan-
ce (hors ouverture de magasins)
dans tous ses formats, avec
35,4milliards d’euros de chiffre
d’affaires (+1 %). Dans les maga-
sins de proximité, les supermar-
chés et surtout les hypermar-
chés, oùil a réussi à regagner des
partsdemarché. Autotal, ledistri-
buteur affichesameilleurecrois-
sance organique en France
depuis 2007.
Contre-révolution
Gagnerdespartsdemarché, si
cela se fait en cassant les prix,
peut ne pas mener très loin. Or,
l’épicier Georges Plassat est par-
venuàregagner laconfiancedes
clients, notamment sur la per-
ception des prix, sans sacrifier
ses marges.
Mieux, le résultat opération-
nel courant desactivitésfrançai-
ses bondit de 30% en 2013, à
1,2 milliard d’euros. Refaire
confiance aux chefs de rayon
plutôt qu’à des consultants au
siège pour sentir l’évolutiondes
attentes des clients n’est finale-
ment pas si bête.
Cettecontre-révolutioncultu-
relle ne se fait pas sans une
visionàpluslongterme. Ainsi, le
groupe a-t-il augmenté de plus
de 40% ses investissements en
2013. Ils seront encore enhausse
cette année.
Rééditer en 2014 l’exploit de
l’annéeécoulées’annoncediffici-
le. D’autant que les risques de
déflationdans les grandes surfa-
ces françaises doivent être pris
au sérieux. Auchan, qui a perdu
du terrain, pourrait, par exem-
ple, riposter à son tour sur les
prix. Maislaremiseàplat dusys-
tème informatique et le plan de
réorganisation de la logistique
qui s’engagent devraient per-
mettre des gains en efficacité et
encoûts.
Maintenir la dynamique d’un
groupe de 365000salariés et ne
pas faire retomber lesoufflé, tel-
le doit être l’obsession du cuisi-
nier Plassat, formé à la dure éco-
le hôtelière de Lausanne. Le Bré-
sil et l’Espagne pourraient jouer
les locomotives à l’international
cette année. Mais onne peut pas
dire que Carrefour soit aidé par
la conjoncture. p
jacquin@lemonde.fr
Réchauffement islandais
L’Islandes’est relevéedelachute
deses banques, en2008.
Leproduit intérieur brut devrait
croîtrede2,7%cetteannée.
Lechômageest retombé
de9,3%, en2010, à5%. Mais
tout n’est pasréglé. Lecontrôle
descapitauxfreinel’essor
international des entreprises.
LIREPAGE2
Penser l’écologie comme
une solution aux crises
Faire évoluer les processus de
productionet de consomma-
tionvers unmodèle soutenable
n’est ni punitif ni impossible:
c’est ce que s’attachent à mon-
trer deuxessais: Transitionéco-
logique, mode d’emploi et Miser
(vraiment) sur la transitionéco-
logique.
LIREPAGE6
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PERTES & PROFITS | par J ean- Baptiste J acquin
L’obsessiondusoufflé
BruxellessommelaFrancede«couper
danssesdépenses»publiques
05/03- 9 H30
PLEIN CADRE
PUBLICATIONS
tLa Commission exige
de la France qu’elle tienne
ses objectifs enmatière de
réductiondudéficit budgé-
taire. Et qu’elle coupe dans
les dépenses publiques
pour le ramener à 3%du
PIBen2015 comme prévu
tBruxelles pointeles
insuffisances françaises en
matière de compétitivité.
Les partenaires sociauxse
sont rencontrés mercredi
pour négocier sur les
contreparties aupactede
responsabilité
tLes Européens sesont
lancés dans une course àla
compétitivité sans
précédent. La France est en
retardet ses choixpour se
rattraper laissent les
experts sceptiques
LIRE PAGE3
François Hollande et
José Manuel Barroso,
endécembre2013,
à Paris. THIBAULT CAMUS/AFP
Coût de l’heure de travail, en euros
dans l’Industrie et les services marchands
32,57
20,99
35,47
France
EN 2013
Allemagne Espagne
j DOW JONES 16395 PTS +0,41 %
Jeudi 6 mars 2014
Cahier du« Monde » N˚ 21502 daté Jeudi 6mars 2014- Ne peut être venduséparément
Printempsarctique
L’Islandes’est relevéedel’effondrementdesesbanques, en2008. Maistout n’est pasréglé
L’ISLANDE
BÉNÉFICIE
D’UNE FORCE
DE TRAVAIL
JEUNE
–50% DE LA
POPULATION
A MOINS DE
35ANS–
ET TRÈS
QUALIFIÉE
LE CONTRÔLE
DES CAPITAUX,
TOUJOURS EN
PLACE, EST UN
FREIN AU
DÉVELOPPE-
MENT DES
ENTREPRISES
À L’INTERNA-
TIONAL
pleincadre
Reportage
Reykjavik
Envoyée spéciale
S
udureyri, un petit village de
300âmesaunord-ouestdel’Islan-
de. Depuis quelques jours, une
interminable tempête de neige
bat le fjord. Impossible de distin-
guer la route sous l’épais manteau blanc.
Pas de quoi décourager Elias Gudmunds-
son. «Il mefautdumatériel pouraménager
de nouvelles chambres, dit-il en prenant la
route d’Isafjordur, la ville la plus proche. Je
profiteducalmede l’hiver. »
Il faut dire que, depuis cinq ans, la fré-
quentationestivaledesonpetithôteladou-
blé, si bien que la quinzaine de chambres
ne suffit plus. «De la folie pure: l’été der-
nier, j’ai dûrefuser près de 1000demandes
de séjours, faute de place! » Alors, comme
tous les hôtels de la région, celui d’Elias
Gudmundsson s’agrandit. D’après ses
calculs, son chiffre d’affaires pour les cinq
mois de la haute saison (de mai à septem-
bre inclus), de 100millions de couronnes
islandaises (645 000euros) en 2013,
devrait doubler d’ici cinqans.
Pour un peu, on croirait presque que la
crise n’est jamais passée par Sudureyri. Et
pourtant… Il y a tout juste quatre ans, le
6mars 2010, 93% des Islandais rejetaient,
lors d’un référendum, le remboursement
des créanciers britanniques et néerlandais
lésés par la faillite de la banque islandaise
Icesave. Le pays traversait alors la crise la
plusviolentedesonhistoire. Aprèslachute
deLehmanBrothers, enaoût2008, lestrois
plus grands établissements de l’île (Kaup-
thing, Landsbanki et Glitnir), dont lesactifs
représentaient près de dixfois le PIBislan-
dais, avaient fait faillite. «Ils avaient abusé
des placements spéculatifs comme aucune
autre banque européenne», témoigne
Asgeir Jonsson, ancienchef économiste de
Kaupthing.
Et ils ont entraîné tout le pays dans leur
chute. Entre janvier et décembre2008, la
couronneislandaiseavait perdu50%desa
valeur, faisant aupassage exploser le coût
des crédits des nombreuxménages endet-
tés en devises étrangères. L’inflation avait
grimpé jusqu’à 20%. En deux ans, le PIB
avait plongé de 11 % et la dette publique
s’était envolée au-delà de 100% du PIB.
Désespéré, le premier ministre d’alors,
Geir Haarde, avait appelé publiquement
Dieuàl’aide…
Maislapetiteîleafait face. Pours’ensor-
tir, elle a adopté des mesures à peu près
opposées à celles prises par les autres pays
dans la tourmente, commela Grèceoul’Ir-
lande. Après avoir sollicité unprêt duFMI,
le gouvernement islandais a procédé à des
coupesbudgétaires–toutenrenforçantles
aidessocialespourlespluspauvres. Ilaaug-
menté l’impôt sur les plus riches (de 17%à
31%desrevenus) etamisaupointunauda-
cieuxplanderéductiondedettesdesména-
ges et des entreprises. Radical. Et efficace.
Cinq ans après, le pays va mieux. Et
même bien. «Les indicateurs économiques
repassent dans le vert », se réjouit le pre-
mier ministre de centre droit Sigmundur
DavidGunnlaugsson. LePIBdevraitcroître
de 2,7%cette année, bienplus que dans les
autres pays de l’Organisation de coopéra-
tion et de développement économiques
(2,3%enmoyenne). Dopées par l’effondre-
ment de la couronne, les exportations de
poissons, qui représentent 11%duPIB, ont
explosé. Tout comme le tourisme: près de
800000personnes ont visité le pays en
2013, 60%de plus qu’en 2008! «Ces deux
activités ont porté l’économie islandaise
après l’effondrement des banques», com-
mente Michel Sallé, spécialistede l’Islande
contemporaine.
Passé le choc, les Islandais n’ont pas tar-
déàrebondir. «Lacréativitéaexplosé, ceux
qui ont perduleur jobont crééleur entrepri-
se sans hésiter», raconte Andri Magnason,
qui, en 2008, a ouvert une pépinière de
start-updansuneanciennecentraleélectri-
que de Reykjavik. Des sites comme le sien
ont éclos dans tout le pays. Résultat : le
taux de chômage est retombé de 9,3% en
2010 à 5%, se rapprochant de son niveau
d’avant crise (2%). Enthousiasmés par
ceschiffres, nombre d’économistes, com-
me les Prix Nobel américains Paul Krug-
manetJosephStiglitz, n’hésitentpasàqua-
lifier larepriseislandaised’exemplaire. En
ayantréussi làoùlaGrèce, soustutelledela
«troïka», peine encore, la petite île serait
même, selon eux, la preuve de l’échec des
politiquesd’austéritéàl’européenne. Vrai-
ment?
«Lavéritéest plus nuancée», commente
Asgeir Jonsson, amusé par les «fantas-
mes» que suscite son pays. «Le choc a été
biengéré àcourt terme, mais les problèmes
de moyen et long terme ne sont toujours
pas réglés», abonde Thorolfur Matthias-
son, de l’universitéd’Islande.
A commencer par la délicate question
du contrôle des capitaux. En théorie tem-
poraire, celui-ci a été instauré en novem-
bre2008 pour stopper l’effondrement de
lacouronneet les sorties defonds dupays.
Cequi abienfonctionné. L’ennui, c’est que
le contrôle est toujours en place. Et qu’il
représenteunfreinaudéveloppementdes
entreprises à l’international. «Elles ne peu-
vent pas investir à l’étranger, puisque
acquérir des euros ou des dollars depuis
Reykjavik est impossible », résume
Andri Magnason. De plus enplus de socié-
tés songent à délocaliser leur siège, à Lon-
dres ouNewYork.
Le gouvernement ne semble pas pour
autant pressédelever lecontrôledeschan-
ges. Il faut dire que, contrairement à une
idée reçue, l’Islande n’a pas claqué la porte
à tous ses créanciers étrangers enrefusant
de leur verser une couronne. Après le réfé-
rendumdu 6mars 2010 sur Icesave, suivi
parunsecondà2011, unplanderembourse-
ment progressif avait été conclu. La situa-
tion est encore plus complexe pour les
créanciers–parmilesquelsnombredehed-
ge funds américains– des autres banques
qui ont fait faillite. «Depuis l’instauration
du contrôle des changes, leurs actifs sont
toujours bloqués dans le pays, et ils s’impa-
tientent de pouvoir les retirer», explique
Gunnar Haraldsson, directeur de l’Institut
d’études économiquesde Reykjavik.
Selonses estimations, ces sommes s’élè-
veraient à près de 2000milliards de cou-
ronnes, soit13milliardsd’euros. Plusquele
PIBIslandais. «Laisser cet argent sortir dés-
tabiliseraitbientropnotremonnaie, ajoute
l’économiste. Il faudrabienle faireunjour,
mais personnene sait comment. »
S
econd défi pour le pays : trouver,
après l’effondrement de son sec-
teur bancaire, un nouveau modèle
de croissance. L’île ne manque pas
de richesses. Elle bénéficie d’une force de
travail jeune –50% de la population de
320000âmes a moins de 35ans– et très
qualifiée. Mais quel secteur économique
faut-il privilégier? Lapêche? Oui, mais les
stocks de poissons offerts par l’océan
Atlantique sont limités. «Nous avons mis
en place un système de quotas élaboré
pour éviter de l’épuiser», rappelle Gudny
Karadottir, du programme parapublic
«Pêche responsableenIslande».
Le tourisme? Le sujet fait l’objet de
débats brûlants dans le pays. Tropde visi-
teursnerisquent-ilspasdedégraderlefra-
gileécosystèmedel’île?«Nosinfrastructu-
res ne sont pas dimensionnées pour
accueillir tant de monde», s’inquiète
M. Matthiasson. Faut-il, à l’inverse, miser
suruntourismehaut degamme, réservéà
uneélite?«Nous sommes unpeuperdus. »
Autre source de croissance: l’énergie.
Grâce à ses ressources géothermiques et
hydrologiques, l’Islande profite d’une
électricitéabondanteet bonmarché. Mais
qu’elle ne peut pas exporter. Ces derniè-
resannées, elleainvitédesusinesd’alumi-
nium à s’installer sur ses terres pour en
profiter. La coalition de centre droit au
pouvoir, élue en avril 2013, envisage
d’autoriser la construction d’une dizaine
de nouvelles centrales électriques. Et son-
ge à installer un câble sous-marin jus-
qu’au Royaume-Uni, afin d’exporter
enfinle courant islandais.
Ellert Grétarsson, photographe et mili-
tant écologique, dessineuneligneàl’hori-
zonduchampde lave. «Là, c’est le cratère
Eldvorp, forméauXII
e
siècle: unemerveille
géologique», décrit-il. Nous sommes sur
la péninsule de Reykjanes, non loin de la
capitale, Reykjavik. «Si la construction de
nouvelles centrales est autorisée, il y aura
des pipelines et des lignes à haute-tension
partout: l’horreur! » Comme lui, les asso-
ciationsécologistessont inquiètes. Même
si le gouvernement assure que les projets
sont sérieusement étudiés et débattus,
elles redoutent leur impact sur la nature.
Et sur le tourisme.
Reste la délicate question de l’Union
européenne. Le 21 février, le gouverne-
ment, eurosceptique, a mis unterme aux
négociations sur l’adhésion. «Les Islan-
dais ont toujours balancé entre ouverture
et repli sur soi », explique M. Jonsson,
redoutant que, lassés de ne pouvoir
investir à l’étranger, les entrepreneurs
finissent par fuir le pays. Quand on lui
demande si le sujet l’inquiète, Vala Hall-
dorsdottir, jeune créatrice de jeux vidéo,
hausse les épaules encitant ce dictontrès
populaire dans l’île: «Thetta reddast. » Ça
s’arrangera… p
Marie Charrel
Le centre thermal Blue
Lagoonà Grindavik.
ANALDUR HALLDORSSON/
BLOOMBERG VIA GETTY/IMAGES
L’îleséduitlesréalisateurshollywoodiens
«BIENVENUEautour spécial “Game
of Thrones”! » Apeine descendus de
l’avion, la cinquantainede passa-
gers est accueillie par deuxguides
spécialisés. Il y a trois ans encore,
rares étaient les touristes qui s’aven-
turaient enpleinhiver jusqu’à Aku-
reyri, une petite ville des fjords du
Nord. Mais la célèbre série américai-
ne a changéla donne. «C’est unbon
filonpour le tourisme, les gens veu-
lent voir oùse sont déroulées les scè-
nes», confie l’undes guides.
BatmanBegins, LaVie rêvée de
Walter Mitty, Prometheus ouencore
Noé, le nouveaublockbuster de Rus-
sell Crowe…Depuis quelques
années, les tournages de films et de
séries américaines se multiplient
sur la petite île de l’Atlantique Nord.
20%des frais remboursés
«Les réalisateurs sont attirés par
l’incroyablediversitéde nos paysa-
ges», expliqueEinar HansenTomas-
son, le directeur de FilminIceland,
la sociétéchargée depromouvoir le
pays à l’international. «Nos plages
de sable noir, glaciers, volcans, prai-
ries et champs de lave permettent de
reproduirele décor de n’importe quel
pays. » Cen’est pas tout. Pour attirer
les tournages, l’Islanderembourse
20%des frais de productionet des
dépenses réalisées sur place.
Grâceàcela, l’industriecinémato-
graphiquepèse71millionsd’euros
dans lepays, chiffrequi augmente
tous les ans. Leplus: les films sont
unepublicitégrandeur naturepour
les beautés del’île, attirant toujours
plus detouristes.
Les réalisateursislandais sont
moins enthousiastes. Lacoalitionde
centredroit aupouvoir aeneffet
réduit de40%le budget 2014(de6,8
à3,8millions d’euros) duCentredu
filmislandais, qui soutient, notam-
ment grâce àdes subventions, les
productionsnationales.
«C’est uncoupdur, dit Hronn
Marinosdottir, directriceduFestival
international dufilmdeReykjavik.
Si le budget 2015 est aussi sévère, cer-
tains denos techniciens qualifiés
pourraient s’expatrier. Et ceseraau
détriment des productions américai-
nes, qui ont besoinde leurs services
lorsqu’elles tournent ici. »p
M. C.
2
0123
Jeudi 6 mars 2014
économie &entreprise
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rÌce aux solutIons technologIques
développées par |cPhy, l'hydrogƒne
devIent une nouvelle source d'énergIe.
Propre et InépuIsable, l'hydrogƒne est
l'énergIe de demaIn.
Ìssue de plus de 1J ans de recherche et
développement avec le CNFS et le CEA,
la technologIe exclusIve de |cPhy Energy
permet de maQtrIser ce gaz extrëmement
léger en le stockant sous forme solIde.
|aIllon central de la nouvelle chaQne de
valeur hydrogƒne énergIe, les solutIons de
productIon et de stockage d'hydrogƒne de
|cPhy Energy permettent :
d'absorber et réutIlIser les surplus
d'électrIcIté produIte par les EnergIes
renouvelables ;
de favorIser le déploIement des nouveaux
véhIcules électrIques | hydrogƒne;
de rendre plus propres les nombreuses
IndustrIes utIlIsant de l'hydrogƒne.
Aujourd'huI, |cPhy Energy équIpe plus
de 1000 clIents dans le monde avec ses
solutIons hydrogƒne et partIcIpe | des
projets d'envergure aux cŸtés d'IndustrIels
et énergétIcIens de premIer plan comme
CdF, Total, LInde, E.DN, Enel >
SouscrIvez | l'IntroductIon en 8ourse de
|cPhy pour accélérer son développement
et accompagner la transItIon énergétIque
mondIale.
L>2 >->859B:3>2 ?0 53625>@102" /:2ç 2602 9> 7°&I*($! >7 ?B1> ?0 #)%(#%#(&I 5B3 9+M0163:1ç ?>2 EB3@;ç2 J:7B7@:>32
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x
D
anslacourseàlacompétiti-
vitéqui sejouedanslazone
euro, la France abat ces
jours-ci une carte importante. Les
partenaires sociaux ont rendez-
vous, mercredi 5mars, pour une
séance de discussions sur les
contrepartiesaupactederesponsa-
bilitéproposé mi-janvier par Fran-
çois Hollande. Le président de la
Républiqueapromisauxentrepri-
ses 30milliards d’euros de baisse
dechargessocialeset fiscalesd’ici à
2017 et il attend en retour embau-
chesetinvestissementspourrelan-
cer l’économiefrançaise.
La France n’est pas seule à se
focaliser actuellement sur la bais-
se ducoût du travail pour amélio-
rersacompétitivité. EnEspagne, le
premier ministre, Mariano Rajoy,
a annoncé, le 25février, l’instaura-
tion d’une cotisation patronale
unique de 100 euros mensuels
pour toute création d’un CDI
d’une durée d’au moins trois ans.
«Cela suppose, pour un salaire
brut annuel de20000euros, quele
montant payé par l’entreprise en
cotisations sociales, par an, passe-
ra de 5700 euros à 1 200 euros», a
détaillé le chef du gouvernement.
EnItalie, l’unedespremièresinitia-
tives du nouveau premier minis-
tre, MatteoRenzi, a été de promet-
tre 10milliards d’euros de réduc-
tions de charges sociales et/oufis-
cales.
«Si laquestiondelacompétitivi-
té se cristallise autour duthème du
coût du travail, c’est parce qu’il
s’agit du levier le plus efficace à
courttermepouraméliorerlacom-
pétitivité-coût des entreprises et
d’une économie», explique Denis
Ferrand, directeur général de COE-
Rexecode. Améliorer la compétiti-
vité hors-coût prend en revanche
beaucoupplus de temps.
Maislabaissedescharges, privi-
légiéeparlaFrancedepuisledébut
des années 1990, n’a pas été le pre-
mier choix de ses voisins euro-
péens, qui lui ont souvent préféré
la modération salariale. Et si
aujourd’hui ils semblent s’y
convertir, c’est sans doute plus
dansunelogiquedesoutienàl’em-
ploi et àleur demandeinterneque
dans l’idée d’aller décrocher des
parts de marché.
«Inertie à la hausse»
L’Allemagne, modèle euro-
péen de puissance exportatrice, a
ouvert la voie au début des
années 2000. Le coût du travail
par unité produite (CSU) – la mas-
se salariale (salaires plus charges)
divisée par la richesse produite
(PIB) – « a évolué au ralenti
entre2002 et 2007, sous l’impul-
sion du chancelier [Gerhard]
Schröder », explique M. Ferrand.
Ce n’est qu’ensuite que le pays a
procédé à des baisses de charges,
notamment parcequ’ellepouvait
se le permettre grâce à un solde
budgétaire revenuà l’équilibre.
En Espagne ou en Irlande, où
les CSU ont augmenté à un ryth-
mebienplusrapidequ’enAllema-
gne sur la même période, les ajus-
tementsont ététrèsrapideset vio-
lents à compter de 2010, avec à la
clé une explosion du nombre de
chômeurs. «En Espagne, l’amélio-
ration de la productivité et de la
compétitivité de l’économie est
passée par une réduction de la
masse salariale, d’abord via le
nombre de travailleurs et ensuite
mécaniquement par le canal des
salaires », explique Bénédicte
Kukla, économiste chez Crédit
agricole SA. A l’avenir, estime
l’économiste, le coût du travail
espagnol devrait cesser de reculer
poursestabiliser. Lesgainsdepro-
ductivité devraient donc se pour-
suivre mais à un rythme moin-
dre.
EnFranceouenItalie, onobser-
veunevéritable«inertieàlahaus-
se » des coûts du travail, note
M. Ferrand. Ainsi, alors qu’en
2000le coût salarial horaire était
inférieur de 7,3% en France par
rapport àl’Allemagne, il l’adépas-
sé dès 2004et le lui est désormais
supérieur de 8,9%.
L’écart entre l’Italie et l’Allema-
gne s’est quant à lui resserré en
défaveur de l’économie transalpi-
ne. Il n’est sans doute pas anodin
de pointer que l’Italie depuis les
années 2000 et la France depuis
les années 1990 sont deux pays
qui ontleplusjouédel’outil baisse
descotisationssociales patronales
pour soutenir leurs entreprises.
Ailleurs, comme au Portugal,
c’est l’outil fiscal qui est privilégié
pour doper la compétitivité. Ainsi
Lisbonnevaréduirel’impôt sur les
sociétés. A 25% en 2013, il devrait
être ramené à 23% en 2014 et 17%
en 2016. L’essentiel des efforts de
l’exécutif portugais depuis la crise
aconsistéàaméliorerl’environne-
ment économiquedes entreprises
et à cibler les fonctionnaires dont
les salaires avaient bien plus aug-
menté avant la crise que ceux du
privé, explique M
me
Kukla.
Au Royaume-Uni, qui n’appar-
tient pas à la zone euro, l’outil
monétaire et la dévaluation de la
livreont permisàlaGrande-Breta-
gne, qui sait aussi jouer delacarot-
te fiscale, de restaurer une partie
de sa compétitivité perdue.
Danscettecourseàlacompétiti-
vité, la France part aujourd’hui
avecdixansderetardsurl’Allema-
gne. Surtout, estime Denis
Ferrand, elle n’a pas chaussé les
bonnes baskets. «Avec le crédit
d’impôt pour la compétitivité et
l’emploi et le pactede responsabili-
té, le gouvernement vise deux liè-
vres: l’amélioration de l’emploi et
la compétitivité. Or ces mesures ne
sont pas calibrées pour aider les
entreprisesexportatrices…», regret-
te-t-il. Et ons’interroge sur le délai
qui s’écoulera entre la mise en
œuvre de ces dispositifs et l’amé-
lioration des marges des entrepri-
ses, les décisions d’investir et la
hausse de la demande.
L’autre question que pose cette
compétition entre les pays de la
zone euro est celle de ses consé-
quences. Ces politiques claire-
ment non coopératives risquent
desetraduirepar unedemandeau
sein de la zone qui resterait dura-
blement en berne. Voire par un
appauvrissement généralisé en
cas de déflation. p
Anne Eveno
La compétitivité économique
C’est, selonl’Organisationde coo-
pérationet de développement
économiques, «la latitude dont
dispose un pays pour produire des
biens et services qui satisfont aux
normes internationales dumar-
ché tout en augmentant simulta-
nément les revenus réels de ses
habitants dans le long terme».
La compétitivité-coût Elle com-
pare l’évolution des coûts sala-
riaux unitaires de la France à celle
de ses partenaires. De même, la
compétitivité-prix compare l’évo-
lution de nos prix d’exportation à
celle de nos partenaires.
La compétitivité hors coût dési-
gne les facteurs autres que les
prix et les coûts qui contribuent à
lacompétitivité.
C’estparexemplelaqualité, l’inno-
vation, l’imagedemarque, lalogis-
tique, lesdélaisdelivraison, lepro-
cessus de vente, l’ergonomie, le
design, etc.
LafollecourseàlacompétitivitédesEuropéens
France, Espagne, Italiejouent lacartedelabaisseducoût dutravail. Danscettebagarre, l’Allemagneadixansd’avance
BruxellessommeParisderespecterses
engagementsenmatièredebaissedudéficit
Dans le maquis des indicateurs
SOURCE : EUROSTAT COE REXECODE *Estimations
Le match de la compétitivité salariale
COÛT SALARIAL UNITAIRE, base 100 en 2005
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013*
100
119,51 Italie
114,89 France
109,81
115,47
115,03
107,96
104,98
104,43
103,18
96,33
111,94
111,65
115,6
104,57
92,58
104,9
88,21
109,83 Allemagne
104,6 Espagne
98,2 Royaume-Uni
LACOMMISSIONeuropéenne
attendbeaucoupdupactederes-
ponsabilitémis enchantier par
FrançoisHollande. Pour Bruxelles,
leproblèmede compétitivitédela
Francene s’améliorepas et sadéri-
vebudgétaireinquièteauplus
haut point.
Lecommissairechargédes affai-
res économiques, Olli Rehn, devait
présenter, mercredi 5mars, son
bilandes pays européensqui ont
fait l’objet dumécanismed’alerte
ennovembre2013, et laFrancey
occupeuneplacede choix.
Grandepremière, M. Rehnutili-
seunenouvelleprocédureàl’en-
contrede laFrance(et delaSlové-
nie) : faceaurisquede dérapagedu
déficit budgétairefrançais –la
Commissionprévoit qu’il repré-
sentera4%duproduit intérieur
brut (PIB) en2014, aulieudel’objec-
tif de3,6%fixéàParis–, Bruxelles
exercera«uncontrôlespécifique»
des comptes publics français.
Il yamoins d’unan, Bruxelles
avait accordéundélai de deuxans
àlaFrancepour atteindreles 3%
dedéficit prévus par lepactedesta-
bilitéàfin2015. Elledouteque
Paris puisseyparvenir sans multi-
plier les coupes dans les dépenses
publiques. Elleadonc décidéde
lancer cetteprocédure, qui ne
nécessitepar l’aval des ministres
des finances: Bercyest somméde
réduiredrastiquement et rapide-
ment ledéficit budgétaireen«cou-
pant dans les dépenses», afinde
tenir lecapdes 3%en2015.
LaCommissions’inquièteaussi
dela«détériorationdelabalance
commercialeet de lacompétitivi-
té»françaises, et du«haut niveau
d’endettement dusecteur public».
Elleréitèreses préoccupations: fai-
blerentabilitédes entreprises
hexagonales, coût dutravail, man-
quedeflexibilitéet ouverturelimi-
téedes services àlaconcurrence
constituent autant de«déséquili-
bres»et créent un«environne-
ment défavorableauxaffaires».
L’Italie, autre mauvais élève
Si lasituationest jugée«sérieu-
se»pour laFrance, celle-ci reste
dans lacatégoriedes Etats endésé-
quilibresimple, sans passer dans
celleplus préoccupanteet plus
contraignantedes pays en«désé-
quilibres excessifs». Aucontraire
del’Italie, qui devrait rejoindrele
pelotondes pays àproblèmes
macroéconomiquesde l’Europe,
avec laSlovénieet laCroatie.
Lenouveauprésident du
Conseil, MatteoRenzi, n’aurapas
detropd’uneréformepar mois
–promised’ici àjuin–pour réta-
blir laconfiancedans l’économie
transalpine, confrontéeàuntrès
fort tauxd’endettement public et
àunepannedecompétitivité. L’Ita-
lieremplacedans cettecatégorie
l’Espagne, qui confirmeleredresse-
ment relatif de sonéconomie:
Madridreste endéséquilibre, mais
celui-ci n’est plus jugéexcessif.
LaFranceet l’Italiepourront se
consoler de voir arriver unautre
mauvaisélève: l’Allemagne.
Bruxelles confirmeque lepays fait
l’objet d’undéséquilibremacroéco-
nomique, enraisondeses excé-
dents. Lesurplus deses comptes
courants est, depuis trois ans,
au-dessus duseuil de6%identifié
àBruxelles commeproblémati-
que, dans lecadredunouveaudis-
positif desurveillancemacroéco-
nomiqueforgéauplus fort dela
crisedelazoneeuro.
Al’issued’unepremièreenquê-
tepréliminairelancéeàl’automne
2013, laCommissionnemet pas en
causelapuissanceexportatricede
l’Allemagne, mais plutôt lafaibles-
sede saconsommationintérieure
et sonmanqued’investissements
dans les infrastructures. Deux
défautsquele gouvernement de
coalitionentrelaCDUet les
sociaux-démocratesespèrepou-
voir corriger avec l’instauration
d’unsalaireminimumet unepoli-
tiquedegrands travaux.
Cetteprocédured’enquête
approfondieneprévoit pas de
sanctions, mais viseàmettrela
pressionsur les pays endéséquili-
bre. Elleaétécrééependant lacrise
del’europour mettreenplaceles
mécanismesdecontrôleafinde
limiter les dérapages commecelui
delaGrèceàlafindes
années2000. Cettefois, laCom-
missionne secontentepas de dis-
tribuer des mauvais points: le
Danemark, le Luxembourget Mal-
teont corrigéleurs déséquilibres
et sont sortis delaliste. p
Philippe Ricard
(Bruxelles, bureaueuropéen)
etAlainSalles
3
0123
Jeudi 6 mars 2014
économie &entreprise
AGenève
L
’heureétait aux«mini-citadi-
nes » pour l’ouverture du
Salondel’automobileàGenè-
ve, mardi 4mars. Quatrenouveaux
modèlesont étédévoilés. Renault a
présenté la troisième génération
desaTwingo, dont leprofil ressem-
ble à celui de la Fiat 500, numéro
un du segment. Peugeot a lancé sa
108 à l’allure très «bourgeoise»,
tandis que Citroën propose une
nouvelle C1 à la «bouille irrésisti-
ble», selon ses dires. Le japonais
Toyota a, lui, dévoilé la seconde
générationde sonAygo.
Cette série d’annonces peut
paraître d’autant plus étonnante
qu’il ne s’est vendu, en2013, qu’un
millionde «minis», soit moins de
8%dumarché européenglobal. Et
qu’aucun constructeur ne semble
dégager de profits sur ces petits
véhicules, concurrencés par les
citadines à bas coûts, bien moins
chères.
«Ils sont persuadés que le public
souhaite des véhicules toujours
plus petits pour les villes, et que, s’ils
s’absentent de ce segment, ils per-
dront des clients, explique un pro-
fessionnel. Pourtant, rares sont les
succès, à part la Fiat500. » «La ges-
tation de toutes ces voitures a eu
lieu au cœur de la crise, en 2009,
quandlesprimesàlacasseontpous-
sé ce segment au-delàde 1,5million
d’immatriculations (12% du mar-
ché) », rappelle Bertrand Rakoto,
analysteàlatêtedeD3Intelligence.
Avec les nouvelles venues, le
cabinet Inovev anticipe d’ailleurs
une remontée de ce segment de
véhicules à 12% du marché d’ici à
2016.
«Quand vous êtes un généralis-
te, qui plus est un spécialiste de
moyennes et petites voitures, il est
gênant de pas avoir de mini-citadi-
nes», relève Jérôme Stoll, directeur
commercial de Renault. «Si vous
voulez couvrir le cœur du marché
européen, il faut offrir une palette
allant des mini-citadines aux berli-
nes», confirmeDidierLeroy, lepré-
sident deToyota enEurope.
Autre avantage pour les
constructeurs: ces petits modèles,
plus sobres, permettent de faire
baisser la moyenne des émissions
de CO
2
de la flotte vendue par cha-
que marque, qui sera limitée après
2020à95grammes deCO
2
.
Avec des petits modèles, les
constructeurspensent aussi attirer
une clientèle plus jeune. Chez
Renault et Toyota, l’âge moyendes
acheteurs d’une Twingo ou d’une
Aygo est de 40ans, contre plus de
50ans pour le restede lagamme.
Personnaliser les véhicules
Reste à traiter la question de la
rentabilité de ces véhicules. «Nous
ne lançons jamais de véhicule pour
perdre de l’argent, rétorque
M. Leroy. Rendre profitable cette
voitureimposederevoirnotrestruc-
turedecoûtset, surtout, delesparta-
ger avec unpartenaire. »
Laplupartdesconstructeurss’al-
lient donc pour amortir, grâce aux
volumes(aubasmot200000véhi-
cules), ces modèles vendus à partir
de10000eurosetpourlesquelsles
marges sont de quelques pour
cent.
Toyota s’est associé à PSA Peu-
geot-Citroën. Renault s’est rappro-
chéde l’allemandDaimler, maison
mère de Smart. Les sud-coréens
Hyundai et Kia partagent les
mêmesbasestechniquespour leur
i10 et Picanto, tandis que l’alle-
mandVolkswagena développéses
Up! (marque Volkswagen), Mii
(marque Seat) et Citigo (marque
Skoda) sur la mêmeplate-forme.
L’italien Fiat, qui produit la Ka
de l’américain Ford, sera bientôt
seul. Mais il écoule chaque année
plus de 300000mini-citadines…
Les constructeurs jouent aussi
la carte de la localisation des pro-
ductions dans des pays à bas coûts
demain-d’œuvre, delaRépublique
tchèque(PSA, Toyota, Volkswagen)
à la Turquie (Hyundai), en passant
par la Pologne (Fiat) ou la Slovénie
(Renault). Smart, qui produit en
France, etl’allemandOpel, quifabri-
que son Adamen Allemagne, sont
les seules exceptions.
«Cette localisation ne fait pas
tout, il faut que l’usine tourne au
maximumdesacapacitépourtenir
les coûts», précise M. Leroy. «Pour
gagner de l’argent sur les minis, les
constructeurs multiplient les
options de personnalisation», indi-
que M. Rakoto. «Si le client obtient
ce qu’il souhaite, il est générale-
ment prêt à payer pour », résume
FrédéricBanzet, lepatrondelamar-
queCitroën.
Après l’Adam d’Opel, Renault,
ToyotaouPSApoussentàlaperson-
nalisation: il sera possible de créer
le véhicule à son image, avec la ou
lescouleursdecarrosserieoul’inté-
rieur de son choix. « Certaines
options, comme des stickers, coû-
tent peu à produire, mais permet-
tent d’augmenter significative-
ment le prix de la voiture», relève
M. Rakoto. L’autre avantage, pour-
suit-il, est decontribueràrestaurer
les marges des réseaux commer-
ciaux. «Cesontlesconcessionnaires
qui mettent en place nombre d’op-
tions. Il peuvent ainsi augmenter
leurs revenus. » p
Philippe Jacqué
MarkPigott, l’oncle
d’AmériquedelaBNF
P
arce qu’elle englobe désor-
maisseptdesdixpaysdontla
croissanceest la plus forteau
monde, l’Afrique subsaharienne
devient l’objet d’une stratégie de
conquête très disputée entre
grandsacteursmondiauxdelacos-
métique.
Laclassemoyenne, qui consom-
mece typede produits, yreprésen-
tedéjà plus de300millions d’habi-
tants, autant qu’en Inde ou en
Chine. Et, selon l’African Develop-
ment Bank, elledevrait atteindrele
capdumilliarddepersonnesd’ici à
2060. Uneétude, publiéeendécem-
bre2013 par le cabinet Roland Ber-
ger, affirme que ce marché de la
beauté et des soins enAfrique pas-
sera de 6,9milliards d’euros en
2012à10,5milliards en2017.
Ces chiffres, qui sont ceux d’Eu-
romonitor, parient sur une crois-
sance beaucoup plus forte (+10%
par an en moyenne entre2007 et
2017) qu’ailleurs dans lemonde.
Ces statistiques sont toutefois
difficilementcomparablesaveccel-
les données par les grands acteurs
eux-mêmes, puisque ce périmètre
– très large – inclut les produits
d’hygiène. L’Oréal, par exemple,
évalue le seul marché des cosméti-
ques (hors savon, dentifrice…) en
Afriqueà2,7milliardsd’euros.
Pionnier dans la région d’Afri-
que subsaharienne, où il est pré-
sent depuis le début du XX
e
siècle,
l’anglo-néerlandais Unilever reste,
de loin, le principal acteur avec,
selon Euromonitor, plus de 16,4%
departs de marché.
Le groupe n’est pas seulement
bien implanté dans les pays les
plusriches, enAfriqueduSudet au
Nigeria, mais il a aussi introduit
massivement ses produits, en les
adaptant avec une «touche africai-
ne», auKenyaouenEthiopie. Unile-
ver, qui a acquis la marque africai-
ne Alberto Culver dès 2001, va
ouvrir un nouveausite de produc-
tionenAfriqueduSud.
L’Oréal, le numéro deux de ce
marché, n’est pas enreste. Le grou-
pefrançais, qui comptevendrecet-
te année 170millions de produits,
revendique, selon Geoff Skingsley,
le directeur général de la zone Afri-
que- Moyen-Orient, 8%departsde
marché en Afrique. En se donnant
pour objectif de conserver dans les
annéesàvenirunecroissancedeux
foisplusimportantequecelledesa
maisonmère, il espèrerattraperun
jour Unilever.
Pour compléter ses deuxusines
en Afrique du Sud et au Kenya,
L’Oréal aouvert unnouveausitede
productionenEgypte, à l’automne
2013, et cherche à ouvrir une qua-
trième usine enAfrique de l’Ouest,
qui serait opérationnelleen2015.
L’Oréal s’appuie sur vingt-cinq
ansderecherchesurlescaractéristi-
ques des cheveuxet de la peaudes
Africaines pour mettre au point
desformulesadaptées. Selonlader-
matologueMichèle Verschoore, de
ladirectionscientifiqueinternatio-
nale, lecheveuafricainest plus fra-
gile, plus sec, plus difficile à coiffer
etpoussepluslentementqueleche-
veu européen. L’Oréal a lui aussi
acquis des marques locales, à com-
mencer par les produits capillaires
SoftsheenCarsonouDark&Lovely
– le numéro un mondial des pro-
duits dedéfrisagedes cheveux.
En 2013, le groupe a acheté la
marquekényane de soins ducorps
Nice &Lovely. Au total, 60% des
ventes de L’Oréal en Afrique pro-
viennent de marques africaines
(dont les produits Mizani destinés
auxsalons decoiffure).
Procter &Gamble a, lui, l’ambi-
tiondequadruplersesventesd’icià
2020etconcentreseseffortssurles
pays africains les plus rentables,
l’AfriqueduSudet leNigeria. L’alle-
mand Beiersdorf (Nivea) est aussi
présent depuis longtemps en Afri-
que. D’importants groupes
indiens, comme Marico ouGodrej,
multiplient depuis peules acquisi-
tions. Ce dernier a pris le contrôle
de Darling Group au Kenya et de
Tura, une marque de cosmétiques
nigérienne. Des groupes chinois
arrivent également sur cemarché.
Tous doivent s’adapter aux
demandes spécifiques du marché
etproposerdestoutespetitesdoses
de produit (moins de 100 millili-
tres) vendues très peucher.
Pour l’heure, le parfum reste
peu commercialisé sur ce conti-
nent, fautederéseaudeventeadap-
té. La distribution reste très frag-
mentée et passe très majoritaire-
ment par des échoppes, des mar-
chés ou des épiceries. Il n’existe de
grandes enseignes spécialisées
comme ShopRite ou Metcash
qu’enAfriqueduSud. p
Nicole Vulser
La troisième génération de la Twingo de Renault présentée auSalonde Genève, le 4 mars. FABRICE COFFRINI/AFP
Lesmini-citadines,
grosenjeux
pourl’automobile
enEurope
Renault, Peugeot, Citroënet Toyotaont dévoilé
quatrenouveauxmodèles auSalondeGenève
CarlosTavaresdressesalistedesprioritéspourPSA
P
our laBibliothèquenationa-
le de France (BNF), qui a
récemment pris l’eau, c’est
une excellente nouvelle. Mardi
4mars, elle a reçuundonexcep-
tionnel d’unmilliond’euros de la
part d’unindustriel américain,
francophileet philanthrope.
MarkPigott, 59ans, est l’incon-
nudeSeattle. Il est àlatêtede l’en-
treprisefamilialePaccar, fondée
par sonarrière-grand-père
WilliamPigott Sr (1860-1929). Cet-
tesociétéprésenteenFrance, avec
safilialeDAFTrucks qui yemploie
1500personnes, est enpointe
dans les biens d’équipement de
transport. Descendant d’immi-
grés irlandais, il n’apas deliens
directs avec laFrance, sauf une
passiondans sajeunessepour le
Tour deFrance. Mais chez les
Pigott, depuis quatregénérations,
il existeunelonguetraditionde
mécénat auprès des grandesinsti-
tutions universitairesouculturel-
les qui les conduit àfaireprofiter
deleurs largesses àdes bibliothè-
ques oudes universités auxEtats-
Unis, mais aussi enEurope.
Récemment, M. Pigott aaidéla
BritishLibrary, l’équivalent britan-
niquedelaBNF, et l’universitéde
Cambridge. EnFrance, leMusée
duLouvreadéjàreçulesoutien
duMarkPigott Lectureand
ResearchFund, àl’occasiondel’ex-
position«NewFrontier»consa-
créeàl’art américainen2012.
«Il s’agit de l’undes plus impor-
tants dons faits dans l’histoirede la
BNF, entout cas depuis lacréation
dusiteFrançois-Mitterrand», préci-
seBrunoRacine, président del’éta-
blissement public. «Dans un
contexteéconomiquetrès
contraint, c’est uneheureusenou-
velleet celadémontrele prestigeet
lerayonnement de laBNF, hors de
nos frontières», ajoute-t-il.
Restaurer des boiseries
Lefonds endotationcréépar
M. Pigott vapermettrede soutenir
des boursesderecherche, deres-
taurer les boiseries duXVIII
e
siècle
delasalledelecturedudéparte-
ment des manuscritssur lesite
Richelieuet d’acquérir unmicros-
copevidéo3Dhautedéfinition,
pour lelaboratoiredeconserva-
tiondelabibliothèque.
M. Pigott seral’undes hôtesde
marquedudéjeuner des bienfai-
teurs delaBNForganiséenjuin.
«Peut-êtrequecelapermettra
d’élargir le cerclede nos mécènes à
d’autres fortunes américaines», se
prendàrêver M. Racine, dont l’ins-
titutionavait annoncéenjanvier
qu’ellerenonçait àorganiser de
grandesexpositions, fautede
moyens. p
AlainBeuve-Méry
Laclassemoyenne
enAfriquereprésente
déjàplus
de300millions
d’habitants,
autantqu’enInde
ouenChine
Lesgrandsacteursmondiauxdescosmétiques
s’affrontentsurunmarchéafricaintrèsprometteur
L’Oréal comptevendrecetteannée170millions deproduits enAfrique
TOUTACOMMENCÉpar unpetit
«couac»decommunication. Alors
queCarlos Tavares, lefutur prési-
dent dudirectoirede PSAPeugeot
Citroën, devait réserver, selonle
groupe, ses premières paroles àla
presseauSalondeGenève–qui a
ouvert ses portes mardi 4mars –, il
aaccordéunentretien, dès lundi, à
unsiteInternet 7PMNewset àla
télévisiondeReuters.
L’ex-numérodeuxde Renault,
qui remplaceraofficiellement Phi-
lippeVarinfinmars, entendfaire
savoir qu’il serabientôt numéro
un. C’est quele personnageest
direct et nes’enlaissepas compter.
Après deuxmois d’auscultation
dugroupe, il adéjàbienentêteson
planpour «revenir dans lacour-
se», qui seradévoilémi-avril.
M. Tavares entendconcentrer
unepartiedesonénergiesur le
développement d’unnombrelimi-
tédenouveauxproduits. «Pour
gagner de l’argent, a-t-il confiéàla
presse, mardi, nous devons avoir
des produits queles gens veulent.
Il faut concentrer nos moyens
sur quelques voitures qui feront
ladifférence. »
«Gaspillage de ressources»
PSAne devrait pas pour autant
réduireenEuropeles gammes Peu-
geot, Citroënet DS(qui deviendra
progressivement une marquepro-
pre). Mais il le ferasignificative-
ment enRussieet enAmérique
latine, deuxzones oùleconstruc-
teur n’arrivepas àgagner de l’ar-
gent après de nombreuses années
deprésence. C’est enpartieàce
prixquele grouperetrouverala
rentabilitéperduedepuis lafinde
l’année2011, assureM. Tavares.
Côtéindustriel, le futur patron
jugequ’il existe«ungrandpoten-
tiel d’améliorationdes usines».
«Celane passepas par unebaisse
des effectifs», précise-t-il, mais
avant tout par une«meilleureeffi-
cience» des sites et, àl’internatio-
nal, par une«attitudemoins naïve
et plus cynique» quandil s’agit de
dimensionner lacapacitéindus-
triellepar rapport aumarché.
L’usinede Kaluga, enRussie,
prévuepour produire
100000véhicules, enaainsi pro-
duit àpeine20000en2013. «C’est
dugaspillagede ressources», juge
M. Tavares.
Alors quePSApeineàproduire
àdes coûts compétitifs sur le
VieuxContinent, larumeur d’une
nouvelleusine àla périphériede
l’Europepour produiremoins
cher, notamment les citadines, a
récemment ressurgi. «Pour l’ins-
tant, ce n’est pas dutout sur la
table», insisteM. Tavares.
D’autant, ajoute-t-il, que«j’ai
des usines enpériphériede notre
pays qui sont àdes niveauxde
coûts compétitifs et ne sont pas
saturées, commeTrnava
[Slovaquie], Vigo[Espagne] et Man-
gualde[Portugal]». «Quandona
des capacités disponibles, onn’a
pas besoind’unsite de plus. C’est
unequestionde bonsens», tranche
M. Tavares. p
Ph. J. (à Genève)
4
0123
Jeudi 6 mars 2014
économie &entreprise
il est temps
de parler d’économie
8H30DULUNDI AUVENDREDI
SUR
Shanghaï
Correspondance
L
e gouvernement chinois ten-
te l’équilibre entre préserva-
tion de son taux de croissan-
ceet engagement de réformes éco-
nomiques profondes qui affecte-
ront la performanceà court terme.
Le premier ministre, Li Keqiang,
maintient pour 2014unobjectif de
croissance «modérément élevé»,
similaire aux deux années précé-
dentes de 7,5% de progression du
produitintérieurbrut(PIB). Cechif-
fre est cette fois-ci précédé de l’ad-
verbe «zuoyou», littéralement
«environ», carlaChineavaittermi-
né l’année 2013 à 7,7%de croissan-
ce, tout juste au-dessus de l’objec-
tif officiel qu’il était auparavant de
coutumede survoler de très haut.
Mercredi 5mars au matin, en
ouverturedelasessionannuellede
l’Assembléenationalepopulaire, le
chef de gouvernement a d’ailleurs
porté unregardlucide sur les diffi-
cultés pesant désormais sur la
deuxièmeéconomiemondiale.
«Les conditions de base sur les-
quelles est fondé le développement
subissent de profonds change-
ments, desproblèmesdefondémer-
gent, de douloureux ajustements
structurels doivent être engagés, le
rythme de la croissance économi-
que change et les pressions négati-
ves sur l’économie demeurent for-
tes», s’est lamenté Li Keqiang sous
la grande étoile rouge du plafond
duPalaisduPeupleet faceàunpar-
terrede près de3000officiels.
Li Keqiang était attendu sur le
rythmedesréformespromisesàla
mi-novembre2013àl’issuedutroi-
sièmeplénumduParti communis-
te chinois (PCC). En ce qui concer-
ne la convertibilité du yuan et la
fixation par le marché des taux
d’intérêt, deux sujets sur lesquels
la volonté de Pékin ne fait plus
débat mais oùtout est questionde
calendrier, le gouvernement
annonce les prochaines étapes.
Alorsquelesautoritésfixentquoti-
diennement un cours pivot face
aux devises étrangères au-dessus
et en deçà duquel le marché ne
peut faire bouger la monnaie que
de 1%, le premier ministre s’enga-
geàélargir labandede fluctuation
dutauxde change.
Quant aux taux d’intérêt prati-
qués par les banques, thème sur
lequel Pékin a déjà avancé en
juillet 2013 en cessant de fixer le
coût des crédits, unpas est franchi
vers la libéralisationde la rémuné-
rationdel’épargne. Li Keqiangs’en-
gage à établir un mécanisme de
garantie sur les dépôts, le pré-
requis pour protéger les épar-
gnants avant d’introduire plus de
rémunérationet donc de risque.
Réputé réformateur mais aussi
éclipsécesderniersmoisparlepré-
sident Xi Jinping, Li Keqiang était
notammentattendusurlapartiela
plus délicate des réformes écono-
mique: toucher aux très puissan-
tes entreprises publiques et à leurs
privilèges exorbitants, désormais
perçus comme un fardeau pesant
sur lamodernisationchinoise.
Les résistances sont colossales.
Le lobby des groupes automobiles
étatiques, l’Association des
constructeurs automobiles de
Chine, bloque l’ouverture aux
étrangers du marché chinois – qui
se voient toujours imposer unpar-
tenaire local à 50%. «Les limita-
tionsactuellesn’ont pasaffectél’en-
thousiasmedesconstructeursétran-
gers investissant en Chine, donc
pourquoi la Chine devrait-elle être
plusouverte», s’interrogeaitrécem-
ment Dong Yang, son secrétaire-
général. De même, les banques
font, elles, pression sur les autori-
tés pour qu’elles réglementent
davantage les nouveaux place-
ments très attractifs proposés par
les géants du Net chinois, qui font
concurrenceauxinstitutionsfinan-
cières traditionnelles.
Lepremierministredoitdonner
desgages. Il répèteàtrentereprises
le terme «marché» et promet de
«le laisser décider quelles affaires
survivent». Concrètement, il dési-
gne les secteurs – banque, pétrole,
électricité, ferroviaire, télécommu-
nications, ressources et services au
public – dans lesquels le «capital
non-étatique» pourra participer à
un certain nombre de projets, res-
tant àdéfinir.
Dès mercredi matin le géant
pétrolier public CNPC, plus connu
sous le nom de sa filiale cotée
Petrochina, annonce qu’il s’ouvri-
ra aux participations du privé
dans laconstructiond’oléoducs, le
développement des gaz non-
conventionnels (gaz de schiste) et
les investissements à l’étranger.
Depuis son arrivée au pouvoir,
Xi Jinping a pris le secteur pétro-
lier et surtout Petrochina comme
emblème des dérives quasi
mafieuses dans la gestion de cer-
tainsgrandsgroupesétatiques, fai-
sant arrêternombredesesanciens
dirigeants et mettant celui que la
presse chinoise désigne désor-
maiscommel’ancienparraindece
système, l’ex-membre du Comité
permanent chargé de la sécurité
nationale, ZhouYongkang, aujour-
d’hui engrande difficulté. p
HaroldThibault
C
’est un nouveaurevers pour
la sidérurgie française.
Ancienne filiale d’Usinor, le
groupe Ascométal, qui emploie
1 900 salariés dans l’Hexagone,
s’est déclaré, lundi 3mars, en état
de cessation de paiement auprès
du tribunal de commerce de Nan-
terre (Hauts-de-Seine), a-t-on
appris de source syndicale.
«La direction nous a annoncé
qu’elle allait déposer jeudi une
demande de mise en redressement
judiciairedevantletribunal », assu-
re au Monde Christian Pantous-
tier, déléguéCGTàl’usineAscomé-
tal de Fos-sur-Mer (Bouches-du-
Rhône), la plus importante du
groupe avec celles de Dunkerque
(Nord) et d’Hagondange (Moselle).
Spécialiste des aciers spéciaux
pour l’automobile et l’industrie
pétrolière, Ascométal est depuis
plusieurs mois l’objet d’unbras de
fer entre son actionnaire, le fonds
d’investissement américain Apol-
lo, et ses banques, américaines
elles aussi, Morgan Stanley et
Bankof America.
«Ascométal a été repris en LBO
[achat avec effet de levier] en 2011
et porte une dette de 360millions
d’euros dont elle n’arrive plus à
payer les échéances», explique un
proche dusidérurgistefrançais.
Concrètement, Ascométal doit
rembourser chaque année 37mil-
lions d’euros d’intérêts, sans par-
lerdeladetteelle-même, unechar-
ge insupportable pour une entre-
prisequi aréaliséunchiffred’affai-
res de 731 millions d’euros et enre-
gistré une perte nette de 59mil-
lions d’euros en2012.
Un compromis semblait pour-
tant avoir été trouvé il y a quin-
zejours: Bank of America et Mor-
gan Stanley, qui ont pris Roths-
childpour conseil, avaient accepté
deconvertirleurscréancesencapi-
tal, ce qui leur aurait donné 49%
de l’entreprise. En échange, Apol-
lo, qui conservait 51 % du capital,
s’engageait à réinvestir 50mil-
lions d’euros dans Ascométal.
«Tout s’est bloqué ces derniers
jours sur des questions de gouver-
nance et Apollo essaie de passer en
force, assure un proche des négo-
ciations. Maissemettreenredresse-
ment judiciaire, c’est ouvrir laboîte
de Pandore. »
Pris en otage
Selon nos informations, la ban-
queMessierMarisetAssociés, qui a
été mandatée par Ascométal,
aurait en effet trouvé cinq indus-
triels, européens mais également
étrangers, prêtsàdéposeruneoffre
dereprisetotaleoupartielledel’en-
trepriseauprèsdutribunal deNan-
terre. LebrésilienGerdauseraitl’un
des candidats les plus sérieux.
ABercy, oùl’onsurveillecedos-
sier comme le lait sur le feu, on
disait continuer à négocier d’arra-
che-pied pour éviter d’ici à jeudi
cette mise en redressement judi-
ciaire, dont les conséquences sont
difficilement mesurables.
«On assiste à une bataille entre
un fonds et des banques américai-
nes dans laquelle unfleuronindus-
triel français est pris en otage et
voit sasurvie menacée, ce n’est pas
acceptable», explique-t-on dans
l’entourage d’Arnaud Monte-
bourg, le ministre du redresse-
ment productif. p
Isabelle Chaperon
etCédric Pietralunga
L’aciéristeAscométal
déposesonbilan
pourapurersadette
L’actionnaireaméricain, lefonds Apollo,
est enconflit avecles banques créancières
Legéantpétrolier
publicCNPC
aannoncé
qu’il s’ouvrira
auxparticipations
duprivé
Le premier ministre chinois, Li Keqiang, lors l’ouverture de la session annuelle
de l’Assemblée nationale populaire, mercredi 5mars. ANDY WONG/AP
AuJapon, leshaussesdessalairesetdelaconsommation
semblent insuffisantespourréveillerl’inflation
Les entreprises privilégient les primes, et les achats dejanvier anticipent lahaussedelaTVA
RESTAURATION
LegroupeEliorveutretourner
enBourseavantl’été
Le groupe de restaurationcollective et commercialeElior a lancé
sonprocessus d’introductionenBourse, envue d’être coté à
Paris «d’ici l’été», a-t-il annoncé mardi 4mars. Les fonds Charte-
rhouse et Chequers, principauxactionnaires d’Elior, auxcôtés
dufondateur Robert Zolade, cherchaient de longue date à vendre
leur participation. Elior a réalisé lors de l’exercice clos finseptem-
bre2013 unchiffre d’affaires proche de 5milliards d’euros, à 40%
à l’étranger. – (AFP.) p
Equipement Bond de 49%du bénéfice d’Adidas
L’équipementier sportif allemandAdidas a annoncé, mercredi
5mars, unbénéfice net enhausse de 49%, à 787millions d’euros
en2013. Le PDG, Herbert Hainer, dont le mandat a été renouvelé
pour deuxans, compte sur le Mondial de football auBrésil pour
accélérer l’allure en2014. – (AFP.)
EnergieL’Algérie annule unprojet avec Total
Lepétrolier algérienSonatrachadécidéd’annuler unprojet de
constructiond’uneusinede vapocraquaged’éthaneennégocia-
tionavec Total, enraisond’undésaccordsur leprixdugaz. Sona-
trachet Total avaient signéen2007 uncontrat estiméà5milliards
dedollars (3,6milliardsd’euros) pour saréalisation. – (AFP.)
MinesImerys relève encore sonoffre sur Amcol
Le producteur français de minérauxindustriels Imerys a de
nouveaurelevé, mardi 4mars, sonoffre d’achat sur l’américain
Amcol, auprixde 45,25dollars par action, afinde contrer celle de
sonrival Mineral Technologies. La nouvelleoffre valorise Amcol
à 1,7milliardde dollars (1,2milliardd’euros). – (AFP.)
VidéoFilmoTVet Videofutur fusionnent
Les deuxacteurs français de la vidéoà la demande FilmoTV
et Videofutur, ont annoncé, mardi 4mars, qu’ils créaient
unpartenariat dans la vidéoà la demande par abonnement.
Lepremierministrechinois
entendlibéraliserplusieurssecteurs
Li Keqiangassurequeleprivéparticiperaàdesprojetsdanslabanqueoul’énergie
Tokyo
Correspondance
L
a fin du «shunto» approche.
Les traditionnelles négocia-
tionssalarialesduprintemps
au Japon se terminent le 12mars.
Leurs résultats sont attendus par
les salariés, mais aussi par ungou-
vernementqui comptesurlesaug-
mentations de revenus pour
gagner son pari d’une inflation à
2%d’ici audébut de 2015.
Mercredi5mars, Toyotarencon-
trait les représentants du person-
nel pour latroisièmefois depuisle
début du shunto en février. Le
constructeur automobile a déjà
acceptéune haussedes bonus ver-
sés en été et en hiver. Sur le point
de dégager des profits record à
l’exercice2013 clos fin mars, le
groupe de Nagoya devrait verser à
chaque salarié, en 2014, un mon-
tantdebonussupérieurà2,08mil-
lionsdeyens(14863euros), lasom-
me accordée en 2013. Un accord
sur une augmentation du salaire
debaseseraitunepremièredepuis
2008.
Mardi, la presse nippone faisait
savoir que Panasonic pourrait fai-
redemême. Aprèsdeuxansdeper-
tes, le géant de l’électronique
devrait renouer avec les bénéfices
et en faire profiter ses salariés.
Toshiba, Hitachi ou encore Fujit-
su… l’augmentation du salaire de
bases’échelonneraitentre1 000et
2000 yens (entre 7,1 et 14,2 euros)
par salarié et par mois, un plus
jamais observé depuis 2008, mais
loin des 4000yens réclamés en
moyenne par les syndicats.
En acceptant ces augmenta-
tions, les grands groupes sem-
blent davantage répondre aux
pressions du gouvernement que
suivrelesexigencesdeleursactivi-
tés. Le premier ministre, Shinzo
Abe, souhaite que la hausse des
salaires accompagne, voire pren-
ne le relais, des deux «flèches» –
dépense publique et assouplisse-
ment monétaire – des «Abeno-
mics» – les mesures économiques
de son gouvernement – pour sou-
tenir l’économie.
Signe positif pour lui, en jan-
vier, le salaire de base a augmenté
pour la première fois en deux ans
selonleschiffresdévoilésle4mars
parleministèredutravail. Lahaus-
se a atteint 0,1 % pour un salaire
moyen de 239 156 yens
(1 709euros), même si le total des
gains, primes comprises, a reculé
de 0,2%.
Ces chiffres accompagnaient
ceuxde la consommation, enpro-
gressionde 1,1%en janvier et de la
productionindustrielle, enhausse
de 4%, un record depuis juin2011.
De quoi espérer une croissance
soutenue au premier trimestre.
Guère plus, car les données de jan-
vier traduisent l’anticipation par
lesconsommateursdel’augmenta-
tion de la TVA de 5 % à 8 % le
1
er
avril. Il s’est vendutroisfoisplus
de réfrigérateurs en janvier qu’au
même mois en 2013. Les ventes de
téléviseurs ont crûde 21,4%et cel-
les de climatiseurs de 19,7%.
Affaiblissement du yen
L’ampleur des achats anticipés
sembleconfirmerlescraintespour
ledeuxièmetrimestre2014. Lepro-
duit intérieur brut (PIB) est atten-
duenbaissede3,9%englissement
annuel entre avril et juin, malgré
un plan de soutien annoncé par le
gouvernement et les promessesde
la Banque du Japon d’intensifier
l’assouplissement monétaire.
Outre la TVA, l’évolution de la
situationdes économies émergen-
tes, affectées par le resserrement
monétaireauxEtats-Unis, nerassu-
re guèrepour les exportations.
L’une des raisons de la hausse
des profits des entreprises est l’af-
faiblissement du yen, et non un
réel surcroît d’activité. Annoncée
le 17février, la croissance au der-
nier trimestre 2013 a déçu. Elle n’a
pas dépassé 1 % en glissement
annuel, enraisonnotammentd’ex-
portations en hausse limitée à
0,4%.
Et la troisième «flèche» des
«Abenomics» peine à être déco-
chée. Elle doit se traduire par des
réformes structurelles, notam-
ment du marché du travail et de
l’agriculture, qui restentàfinaliser.
Dévoilé le 19février, l’indice de
confiancedesentrepreneursmesu-
répar l’agenceReuters enregistrait
une légère baisse, la première en
cinqmois, par rapport àjanvier. De
quoi rendrelesentreprisespruden-
tes avant de s’engager sur les salai-
res, qui représententuncoût fixe, à
la différence des bonus, lesquels
offrent plus de souplesse.
D’après un sondage réalisé à la
mi-février par l’institut Nikkei
Research pour Reuters, 66% des
entreprises consultées pré-
voyaient une hausse des bonus,
qui représentent 17% des revenus
annuels d’unsalariéà temps plein,
mais pas dusalaire de base. Seules
11%envisageaient d’élever à la fois
les bonus et les salaires, et unique-
mentpourcompenserlahaussede
laTVAet l’inflation. p
Philippe Mesmer
5
0123
Jeudi 6 mars 2014
H
abituéeàl’avoir sous les yeux,
la Francene voit plus l’atout
queconstitue sonterritoire.
Enseignants-chercheursàMontréal
(Québéc) pour les deuxpremiers, et
àl’universitéParis-Est pour le troisiè-
me, les coauteurs de cet essai fouillé,
argumentéet chiffré nous permettent
d’enprendreconscience.
Ils montrent comment la fracturesi
souvent décriteentre «Paris et le
désert français»a vécu. De 1982 à 2012,
Paris, «tout enrestant le centre incon-
testéde laFrance, croît moins vite que
d’autres régions». Les grandes capita-
les régionales – notamment Toulouse, Nantes ouBor-
deaux– tirent à l’inverseleur épingle dujeu. Et «ce sont les
agglomérations moyennes, de 5000000à1milliond’habi-
tants, et celles, urbaines oururales, àproximité de lamer et
dusoleil, qui croissent le plus rapidement».
Décentralisation, aménagement duterritoire: l’action
publiquea préparé et accompagné ce mouvement mais
ne l’explique pas. Telles NewYorkouLondres, Paris n’a
pas échappé à la «tertiarisation»: elle s’est désindustria-
lisée et concentrée sur des activités de services.
Malheureusement, notre capitalene parle pas la langue
des élites de la mondialisation. Surtout prisée pour sa
beauté, sonromantisme et ses attraits touristiques – plu-
tôt que pour sonrégime fiscal favorable auxtrès hauts
revenus –, beaucoupviennent plutôt y acquérir…une rési-
dence secondaire.
Unensemble uni et relié
Les diplômés, faceauxinconvénients deParis (prixdu
logement, temps de transport…), ont tendance– quandl’en-
fant paraît – àapporter leurs compétences àd’autres métro-
poles, qui ont également pris le virage dela «tertiarisa-
tion». Et qui, avec l’intégrationeuropéenne, sont aucœur,
ouprochede la«bananebleue» – lazone géographiquepri-
vilégiéedudéveloppement économique–, oubiende limi-
tes frontalières, offrant des possibilités de développement.
Enfin, les retraités sont attirés vers les littorauxet le soleil,
déplaçant aupassageles emplois de services.
Aucontrairede Londres – décaléeduresteduroyaume–,
oude l’ItaliefracturéeentresonNordet sonSud, Paris et les
régions françaises font unensembleterritorial relative-
ment uni et relié. Et, malgréses autres fragilités, laFrance
devrait pouvoir tirer parti de cet avantagesubstantiel. p
Adriende Tricornot
La France avantagée. Paris et la nouvelle économie des régions,
Mario Polèse, Richard Sheamur et Laurent Terral,
éditions OdileJacob, 220 pages, 23,90 euros.
publications
L’ÉCO DE LA TOILE
Laformation«sursite»
O
rientation, insertion professionnelle, métiers, qualifica-
tions et compétences, formation: tout ce qui touche aux
stratégies à mettre en œuvre pour trouver un emploi de
qualité, le conserver, évoluer professionnellement, se reconvertir
ouretrouver dutravail est expliqué, par les meilleurs spécialistes,
sur lesiteduCentred’étudeset derecherchessur les qualifications
(Céreq). Cetétablissementpublicdépenddesministèresdel’éduca-
tion nationale et du travail. Sa richesse est d’associer quinze cen-
tres régionaux, implantés dans des laboratoires de recherche uni-
versitairescouvranttoutleterritoire, d’Aix-en-Provence(Bouches-
du-Rhône) à Lille et de Nantes à Strasbourg.
Sur le site, onpeut accéder à unvaste éventail de statistiques et
dedonnéessur lelienentrelesformations, initialesouultérieures,
et l’emploi, ainsi qu’àdesétudessurlessystèmesdecertificationet
devalidationdesacquisdel’expérience. Cesressourcess’adressent
àunpubliclarge: desstagiairesauxseniors, deschômeursauxpro-
fessionnelsdes ressourceshumaines, enpassant par les acteursde
la formationoules partenaires sociaux.
Parmi les dernières publications, onpourralire«Politique d’en-
treprise et sécurisation des parcours» (Bref n˚318, janvier2014,
4pages). Jean-ClaudeSigotetJosianeVeroydisentque«lemaintien
chezl’employeur et lemaintiendans l’emploi ouleretour àl’emploi
encasdedépartdel’entreprisenerelèventpasdelaseulepolitiquede
formation, maisd’unspectrepluslargequi englobe, enoutre, lapoli-
tiquederessourceshumainesetl’organisationdutravail ». Il yaaus-
si un rapport sur «Le développement des politiques régionales
d’apprentissage», coordonnépar DominiqueMaillardet Claudine
Romani (Net.docn
o
118, janvier2014, 40pages). Dequoi enrichir«la
boîteàoutils»pour inverser lacourbeduchômage…p
Adriende Tricornot
http://www.cereq.fr/
LIVRE
Parisetledésertfrançais,
lafind’unmythetenace
D
ans un discours récent, pro-
noncé àParis devant l’Organi-
sation de coopération et de
développementéconomiques
(OCDE), la chancelière alle-
mande, Angela Merkel, qualifiait de
«tâcheherculéenne»latransitionénergéti-
que. Plusieurs publications font le point
sur la question, et plus largement sur la
transitionécologique, qui nepourrapasse
réaliser, selon leurs auteurs, sans innova-
tions sociales.
La première, Transition écologique,
moded’emploi(LesPetitsMatins, «Alterna-
tives économiques», 260p., 12 ¤), est
publiéesous l’égide de l’Institut Veblen. Sa
mission est de militer pour un mode de
développement soutenable et une écono-
miesocialement juste. Crééen2010, il por-
telenomdeThorsteinVeblen, économiste
américain connu pour le fameux «effet
Veblen», qui explique les mécanismes de
laconsommationostentatoire.
Philippe Frémeaux, journaliste àAlter-
natives économiques, Wojtek Kalinowski,
sociologue, et Aurore Lalucq, économiste,
rappellent que, pour l’instant, les crises
économiques et environnementales per-
durent. Et que, si l’onpoursuit danslavoie
actuelle, « nous allons vers des lende-
mains…qui font peur».
Ils estiment pourtant que des solutions
existent, qui n’ont rien de «punitif ». La
révolutionqui se prépare pourrait même
permettre de vivre mieux.
Alors pourquoi les gouvernements ne
font-ils pas le nécessaire? Pour plusieurs
raisons. D’abord, la sacro-sainte préféren-
ce pour le présent. Ensuite la dynamique
du capitalisme. «L’idée d’une société sans
croissanceresteraparticulièrement diffici-
le à faire accepter tant que le chômage de
masse sera au rendez-vous», écrivent les
auteurs; les gouvernements restent pri-
sonniers du « logiciel productiviste».
Enfin, il y a la fragmentationde la société
internationale: le chacun pour soi règne
enmaître. Le résultatde tout cela: «la fui-
te dans lacroissance».
Les auteurs identifient quatre raisons
d’espérer. Enfiniravecl’hyperconsomma-
tionne serait pas undrame. Nos possibili-
tés techniques, inédites, peuvent être
mises au service d’une économie qui
réduirait sa pressionsur les ressources.
Il yauneprisedeconsciencedelanéces-
sité d’engager la transition écologique,
passeulementdanslespaysriches. Latran-
sitiondémographique, enfin, s’opèreplus
rapidement que prévu.
«Il s’agit de transformer le monde »,
disait Karl Marx, au XIX
e
siècle. Pour les
auteurs, il est urgent, au XXI
e
siècle, de
«transformerl’économie». Maisest-il pos-
sible de rompre avec la «dictature dupro-
duit intérieur brut »? Le livre ne répond
pas vraiment à cette question.
Optimistes, les auteurs de Miser (vrai-
ment) sur la transition écologique (Edi-
tions de l’Atelier, 144 p., 16¤), qui sort le
13mars, veulent l’être également. «Nous
vivons une époque formidable qui va faire
oublier les “trente glorieuses”», assurent
AlainGrandjeanet HélèneLeTeno, spécia-
listes dudéveloppement durable.
Le livre aborde notamment la question
du financement de la transition écologi-
que, «lenerf de laguerre». Il faut mettrela
finance au service de cette mutation;
mais le grand chantier de la régulation
financièreest inachevé.
Concernant nos dirigeants, le constat
n’est pas très différent de celui de l’Insti-
tut Veblen: manquede recul, dictaturedu
court terme, pression des lobbies… Tout
semble à repenser en profondeur. «Nos
systèmes de gouvernance, à tendance hié-
rarchique, vontdevoirévoluerversdeslogi-
ques de réseauet de subsidiaritébeaucoup
plus fortes», disent les auteurs.
Le livre est convaincant, même si son
enthousiasme pour le modèle allemand
de transition énergétique laisse scepti-
que. Lecharbonreprésenteeneffetaujour-
d’hui plus de 25 % de la consommation
d’électricité outre-Rhin. Et les Allemands
eux-mêmes doutent de plus en plus du
bien-fondé du virage énergétique pris
sous le chancelier Gerhard Schröder et
accéléré avec M
me
Merkel.
Latransitionécologiquenedoit pasêtre
un chemin de croix. Là-dessus, on suit les
deux auteurs entièrement. Mais il y a du
painsur laplanchepour rendrelechange-
ment «souhaitable et désirable».
Signalons enfin un article de l’écono-
miste Benjamin Coriat – «Transition éco-
logique et politique industrielle», paru
dans le numéro83 (janvier-février2014)
delarevuebruxelloisePolitique, et consul-
tablesur leNet (Politique.eu.org/). Pour ce
professeur àl’universitéParis-XIII, lacrise
écologique doit être l’occasion de procé-
der à un véritable «aggiornamento» de
notre politique industrielle.
Deuxaxes sont selonlui essentiels. Pre-
mièrement, il faut s’orienter vers de nou-
veaux modèles productifs et favoriser le
rôledesmicro-entrepriseset descollectivi-
tésterritoriales. Deuxièmement, latransi-
tion écologique devra associer innova-
tions techniques et innovations sociales.
«La mise en place de modèles économi-
ques reliant dans des coopérations renfor-
cées des acteurs multiples, entreprises
publiques et privées, centres de recherche
et universités, collectivités locales, associa-
tions et organismes à but non lucratif,
poursuivant des buts d’utilitépublique, est
une conditionde la réussite de la politique
nouvelle», écrit-il.
Le rôle de l’Europe? «Idéalement, elle
est le lieuprivilégié pour assurer les impul-
sions nouvelles», dit M. Coriat. Il déplore
l’immobilisme des décideurs européens.
Et rappelle ce propos de François Hollan-
de, relayé par le ministre allemand de
l’énergie, Sigmar Gabriel, favorable à un
«Airbus européendel’énergie». Maispour
cela, il faut accorderlesFrançaiset lesAlle-
mands. Une «tâche herculéenne»? p
Philippe Arnaud

« Transition
écologique,
mode
d’ emploi »,
Philippe
Frémeaux,
Wojtek
Kalinowski,
Aurore Lalucq
LIRE AUSSI
Nouvelle gouvernance
Deuxchercheurs, l’unfrançais l’autre danois, exposent
la genèse duconcept des «parties prenantes»
d’une entreprise – clients, salariés, collectivités,
actionnaires, etc. – et sa mise enpratique.
La Théorie des parties prenantes
Maria-Bonnefous-Boucher et Jacob Dahl Rentdorff,
collection «Repères », La Découverte, 125pages, 10euros.
Crime parfait
Cette nouvellelivraisonde la revue Regards croisés
sur l’économie est consacrée à toutes les dimensions
de l’économie criminelle: crime, trafic, travail aunoir.
Lumière sur les économies souterraines
La Découverte, 244pages, 16euros.
Lepari perdudespolitiquesd’austérité
LecturesétrangèresLa«déflationvolontaire»est unpoison, assureunéconomisteaméricain
Larévolution
qui sepréparepourrait
toutsimplement
permettredevivremieux
Latransitionécologique,
horizonpourunevéritablesortiedecrise
Plusieurs publications dressent leportrait d’unemutation, au-delàdelapeur oudel’enthousiasme

Miser
( vraiment)
sur la
transition
écologique,
Alain
Grandjean
et Hélène
LeTeno,
préface de
Nicolas Hulot
N
ous voici revenus dans les années
1920! C’est le cri d’alarme de l’éco-
nomiste Mark Blyth, professeur
àla Brown University (Providence, Rhode
Island), auteur de Austerity. The History of
a Dangerous Idea (Oxford University
Press, 288p., 29,90¤).
A cette époque, les gouvernements
manipulaient, sans lesavoir, ledétonateur
descrisesqui marqueraientladécenniesui-
vante. EnEurope, c’était letempsduretour
à l’étalon-or, accompagné d’une «doctrine
de la rigueur comparable à celle qu’affi-
chent aujourd’hui les dirigeants du Fonds
monétaireinternational et de l’Eurozone».
AuxEtats-Unis, l’emballement des mar-
chésàlaveilledelacrisede1929s’accompa-
gnait d’une forte concentration des fortu-
nes. Une situation, là encore, comparable
àcelle que nous connaissons puisqu’en
2013, comme en 1928, la fortune des
400Américains les plus riches se compare
aveccelledes150millionslespluspauvres.
Quelle est la cause première des crises
économiques et financières se demande
l’auteur, keynésien déclaré? La confiance.
Quelle est la condition pour en sortir? La
confiance. Dans le premier cas, une
confiance excessive, dévoyée, a conduit le
monde de la finance à prendre des risques
excessifs (la crise de 2008-2012, enrayée
avec l’argent du contribuable). Dans le
second, une confiance restaurée donne
l’envie de dépenser et d’emprunter. Le
moteurdelacroissancepeut alorsrepartir.
Solutions punitives
L’histoire économique montre que la
confiance ne naît jamais de la «déflation
volontaire». Punir, tailler dans la dépense
aumilieudelatempête, n’est paslabonne
méthodepourréveillerlesardeursetgéné-
rer les anticipations positives.
La manie des solutions punitives pour
sortirdescrisesest néeàlafinduXVIII
e
siè-
cle, àuneépoqueoùlesfinancespubliques
des Etats monarchiques étaient gérées
sans transparenceet sans contrôle. Le sou-
ci légitime de gestion parcimonieuse des
finances de l’Etat d’un Adam Smith s’est
transformé enune croyance dans la vertu
decures brutales de désintoxication.
Justifiées à de rares exceptions – par
exemple en Grèce ces dernières années –,
les politiques d’austérité produisent la
plupartdutempsuneffet contraireàcelui
recherché. «Elles cassent le moral des
acteurs, suspendent la décision d’investis-
sement, alourdissent les dettes au lieu de
les réduire et retardent le moment de la
reprise», nous dit Mark Blyth.
Pire, ellescreusentlesinégalités. L’ascen-
seur social se bloque et les classes moyen-
nes sont entraînées sur la pente du décro-
chage. «Je nepeuxpas oublier d’oùjeviens,
confesse l’auteur au début de son livre.
Sans l’Etat-providence, orphelinde mère, je
neseraisjamaispassédelapetiteboucherie
de monpère dans l’Angleterre pauvre à un
postedeprofesseurdansuneuniversitéchic
de la Ivy League américaine…» Cette fran-
chise mérite que l’on suive son parcours
dans le labyrinthe des crises mal soignées
depuis unsiècle. p
Jacques Barraux

Jacques
Barraux
est journaliste,
ancien
directeur
de la rédaction
des «Echos»
6
0123
Jeudi 6 mars 2014
universités &grandes écoles
'("%(#$'!#"&
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1-*&<,'-!"'-2$0'.-•B&)-
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BCA=?;<?87
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z9(+1(6--2
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z 9(+1(6--2
>(6,32`4+.2
z @/*.--2$/'†BCA)!
z >(63232-6'&2(
BCA)#E)!
z D!:BC'*†4/6./'†'
",(3(104 !3(3.0)0($4
!3&+0$,(.E
L
a scène s’est passée à la ren-
trée 2013 lors d’une réunion
parents-professeurs dans
uneclassepréparatoireauxécoles
de commerce d’un lycée parisien.
«Si votreenfantatropdemal àsui-
vre, peut-être vaut-il mieux qu’il
intègre l’université puis qu’il tente
lesconcoursd’entréepar lavoiedes
admissions parallèles», avait aver-
ti le professeur principal.
Appelé aussi admission sur
titre, ce dispositif permet auxétu-
diantsqui sont formésàl’universi-
té–licence, masteroudiplômeuni-
versitaire de technologie (DUT) –
outitulairesd’unbrevet detechni-
cien supérieur (BTS), d’intégrer
une grande école de commerce ou
d’ingénieurs encours de cursus.
«Cettealternativeest apparueil
yaunevingtained’annéesdansun
esprit d’ouverture», explique
BrunoCohanier, directeurdumas-
ter grande école chez Neoma
(issue de la fusion de Rouen Busi-
ness School et de Reims Manage-
ment School). L’idée étant qu’inté-
grer des profils différents et peut-
êtremoinsformatésparlesclasses
prépa serait un plus pour les éta-
blissements. «Quelqu’unqui aune
licenced’histoireoudemathémati-
ques nous intéressera», confirme
Bernard Belletante, ex-directeur
de Kedge désormais à la tête de
l’EM-LyonBusiness School.
Dans l’oreille de certains étu-
diants et de leurs parents, le pro-
posde«notre»professeuraététra-
duit par: il serapeut-êtreplusfaci-
le pour lui d’intégrer une grande
école. Pas si sûr. «Contourner la
prépa n’est pas un gage de réussi-
te», avertit M. Cohanier. Selon un
directeur d’école, le taux de sélec-
tion est de 80%lorsqu’on est issu
d’une classe prépa, il n’est que de
40% à 50 % pour l’admission sur
titre. Chez Neoma, il y a 175places
parcampuspourentrerendeuxiè-
me année –et il faut être titulaire
d’un bac +3 ou +4– mais 330pla-
cesparcampuspourceuxqui vien-
nent de classes prépa.
«Quelqu’un qui n’est pas obnu-
bilé par les très grandes écoles est
sûr d’intégrer untrès bonétablisse-
ment, même si la classe prépa est
encore la voie royale pour entrer
dans les écoles de la banque
d’épreuves baptisée Ecricome [les
écoles Kedge, Neoma et ICN] et de
la banque commune d’épreuves à
vingt écoles de management
[Ecole des hautes études commer-
ciales (HEC), Audencia, Ecole supé-
rieure des sciences économiques
et commerciales (Essec)] », insiste
M. Belletante.
Les très grandes écoles de com-
merceoud’ingénieurs–HEC, Essec,
Polytechnique…– continuent en
effet de faire leurs «courses» dans
lesclassesprépa, entout casenpre-
mière année. «C’est unchoix, affir-
me Marie-Noëlle Koebel, directrice
des études et des admissions de la
Grande École à l’Essec. L’admission
sur titre s’ajoute àunparcours soli-
de déjàacquis. »
«Entretiendepersonnalité»
L’Essecintègredes étudiantsen
deuxième année qui ont au mini-
mumun master1. Les profils sont
très variés : ingénieur, juriste,
diplômés de Sciences Po. Ontrou-
ve quelques médecins et même
quelques linguistes… «La sélec-
tionsefait surdossieret surlamoti-
vation, leprojet professionnel. Une
fois qu’ils sont admissibles, ils pas-
sent un entretien de personnali-
té», indique M
me
Koebel. En 2013,
l’Essec a ainsi intégré 160étu-
diants français et 120étudiants
étrangers.
La prestigieuse HEC a aussi un
attachement à la classe prépa. En
deuxième année, 25 étudiants
environ sur 700candidats sont
retenus. Le mode de sélection est
différent. «Les épreuvessont beau-
coupplus schématiques, il n’yapas
de problèmes de mathématiques
et pas de dissertation», indique
M. Belletante. Le concours repose
sur des tests, questionnaires à
choix multiples sur plusieurs
épreuves. Néanmoins, le candidat
à l’admission sur titre doit avoir
undossierexemplaireetdevrasur-
tout être bon à l’oral d’admission
pour convaincre le jury que son
profil est incontournable. «Ontes-
tera peut-être sa culture générale
alors qu’on ne le fera pas pour un
candidat passé par la classe pré-
pa», ajoute-t-il.
De plus en plus, les écoles cher-
chent des profils variés trouvant
souvent les étudiants de classes
prépaunpeutrop«formatés». Les
écoles d’ingénieurs se sont elles
aussi ouvertes aux admissions
parallèles. Mais comme pour les
écoles de commerce, les très gran-
des écoles d’ingénieurs, comme
Polytechnique ou les Arts et
métiers par exemple, recrutent
essentiellement sur concours
après une classe prépa. Même si
ces établissements ouvrent quel-
ques places chaque année: 18 sur
400 à Polytechnique et une cin-
quantainepour les Arts et métiers.
«Tout dépenddes écoles, confir-
me Christian Lerminiaux, prési-
dent de la Conférence des direc-
teurs des écoles françaises d’ingé-
nieurs (CDEFI). Dans certaines, le
taux d’admis sur titre ne dépasse
pas les 10%, pour d’autres il atteint
les 50%. Evidemment, si l’on veut
entrer dans les écoles de très haut
niveau, la voie royale c’est la classe
prépa oualors il faut être un excel-
lent élève. Pour les établissements
plus standards, cela peut être une
stratégie. »
Ouverture
Etplusl’ondescenddansleclas-
sement, plusil doit êtrefaciled’en-
trer par l’admission sur titre.
«Attention, prévient M. Lermi-
niaux, lavoie commenceàserétré-
cir petit à petit. Par exemple,
aujourd’hui un étudiant dans un
IUT qui veut entrer dans une école
d’ingénieurs de niveaucorrect doit
être classé dans les quinze pre-
miers. »
Malgrécetteouverture, les chif-
fres prouvent encore que les clas-
ses prépa gardent leur supréma-
tie. Selonles chiffres de la CDEFI, à
la rentrée 2012-2013, 16166 élèves
avaient suivi une classe prépa, les
titulaires d’une licence ou d’un
master n’étaient que 2208, ceux
d’un BTS ou d’un DUT, 5529. «A la
fin des années 1990, on formait
18000ingénieurs ; en 2013, ils
étaient 34800. Or, lenombred’étu-
diants qui entrent en classe prépa
ne bouge quasiment plus », dit
M. Lerminiaux.
Mais c’est la multiplicationdes
écoles en cinq ans –post-bac– qui
explique aussi l’augmentationdu
nombre de diplômés. De plus en
plusd’étudiantschoisissentcecur-
sus: ils étaient 11 672 à la rentrée
2012-2013. « Si les écoles ne
s’étaient pas ouvertes à d’autres
profils, nous n’en serions pas à ce
niveau. » p
Nathalie Brafman
Intégrerunegrandeécole: prépaoupas?
Lesadmissionsparallèlessemultiplient, maislesétablissementslesplusprestigieuxrestent attachésàcettefilière
L’Ecolenationalesupérieuredesartsetmétierss’ouvreauxbachelierstechnologiques
L’établissement créeunefilièrespécifiquepour former entrois ans destechniciens supérieurs dont l’industriefrançaisemanquecruellement
ANNE-LISE BOUTIN
L
es effectifs seront peu nom-
breux, mais l’ambition est
grande. L’Ecole nationale
supérieure des arts et métiers
(Ensam ParisTech) ouvrira un
«bachelorentechnologie», ensep-
tembre, dont lebut est de «recons-
truire la filière technologique», du
lycée jusqu’audoctorat.
Ce sera la première formation
post-baccalauréat de l’Ensam.
L’école, qui diplôme 1 400 ingé-
nieurs par an sur huit campus,
recrute en effet essentiellement
àbac +2, notamment après prépa.
Les quarante-huit premières pla-
ces de ce bachelor sont ouvertes
–jusqu’au 20mars, via admission
postbac–auxbacheliersissusdela
voie «sciences et technologie de
l’industrie et du développement
durable» (bac STI2D). Pour com-
mencer, deuxcampussontconcer-
nés: Châlons-en-Champagne et
Bordeaux-Talence.
L’objectifestdeformerdestech-
niciens supérieurs opérationnels
à bac +3, une espèce rare.
De fait, la filière technologique
n’est pas en grande forme. «C’est
une vraie question posée au pays,
adéclaré Laurent Carraro, direc-
teur général d’Arts et métiers, en
présentant le bachelor. Depuis
1995, de plus en plus de jeunes
obtiennent un baccalauréat, mais,
alors que la voie professionnelle
progresse, la voie générale stagne
et la voie technologique baisse.
Entre2000et 2010, celle-ci a perdu
20%de ses effectifs. »
Par ailleurs, les bacheliers tech-
nologiquessont enpositiondélica-
teàl’entréedusupérieur: «Les pla-
cessont comptéesenDUT, enBTS, et
le succès n’est pas assuré en prépa
ouàl’université», dit M. Carraro.
C’estlephénomène, bienconnu,
de la perversiondes filières dans le
supérieur: les bacheliers généraux
prennent la place des «techno» en
institut universitaire de technolo-
gie(IUT), lesquels postulent ensec-
tion de technicien supérieur (STS),
une voie normalement réservée
auxbacheliers professionnels.
Unnouveau passage
Ce bachelor de technologie leur
ouvre unnouveaupassage. La for-
mation se distinguera des IUT et
des STS par une approche très
concrète, un enseignement fondé
sur les projets et les réalisations
technologiques.
Après trois ans, les titulaires du
bachelor devraient pouvoir s’insé-
rer sur le marché du travail. Typi-
quement, expliqueLaurentCham-
paney, directeur général adjoint
de l’Ensam, ils pourraient occuper
unpostederesponsabled’unepeti-
te unité de production, associé
àune bonne compréhensionde la
gestionindustrielle.
Maisunconcoursspécifiqueper-
mettraàceuxqui souhaitentpour-
suivreleursétudesd’intégrerlapre-
mière année ducursus «ingénieur
Arts et métiers ». Il se pourrait
d’ailleurs que cela devienne vite la
norme. Les instituts nationauxdes
sciences appliquées (INSA) avaient
été créés pour former des techni-
ciens intermédiaires. Or, ils n’ont
jamais formé quedes ingénieurs…
«C’est unphénomène récurrent,
se désole Maurice Pinkus, direc-
teur délégué de l’Union des indus-
tries et métiers de la métallurgie
(UIMM). Les diplômes sont créés
àfinalité professionnelle, puis la
poursuite d’études apparaît, jus-
qu’àfinir par prendre le dessus. »
Or, souligne le responsable de
l’organisation patronale, «si nous
avons des difficultés à recruter sur
lesmétiersdebase, auniveautechni-
cien, c’estpresquepire. Levivierbais-
se, etceuxqui leconstituentpoursui-
vent de plus enplus leurs études».
Tout enconfirmantlapertinen-
ce en termes de débouchés des
objectifsdeceprojet deformation,
M. Pinkus se dit «un peu pertur-
bé»par laprésentationqui apuen
être faite : «C’est ici plutôt la pour-
suitedes études quel’insertionpro-
fessionnellequi est miseenavant. »
Mêmeréactionauseindel’Asso-
ciationdesdirecteursd’IUT(Adiut).
«Queplusieursopérateurss’intéres-
sentàlaréussitedesbachelierstech-
nologiques, c’est bien, estime
GuillaumeBordry, présidentdel’A-
diut. Mais cela nous est présenté
comme une prépa technologique à
bac +3 ayant vocationàlapoursui-
te des études. Or, le ministère [de
l’enseignement supérieur] n’apas
cettelecture: il aavaliséuneforma-
tion de niveau bac +3 à vocation
d’insertion professionnelle… Cela
m’étonne, carl’Ensamn’apasl’habi-
tude de communiquer comme un
vendeur de cravates…»
Si le ministère n’a pas répondu
àla sollicitation du Monde, Arts et
métiers assume. «Les élèves n’iront
pas tous au niveau ingénieur, dit
M. Carraro, mais il faut leur faire
miroitercela, les fairerêver. »Cequi
«ne va pas améliorer la lisibilité du
paysage», craintM. Bordry. Lemon-
tage de la formationest, il est vrai,
un chef-d’œuvre de simplicité:
appelé «bachelor» par l’Ensam, le
diplôme ne porte pas officielle-
mentcenom, qui n’estpasreconnu
parleministère. Il s’appelle«diplô-
med’étudessupérieuresentechno-
logie». Parailleurs, bac+3, il nedon-
ne pas une licence, mais «ungrade
de licence» (seules les universités
peuvent délivrer lalicence). p
BenoîtFloc’h
7
0123
Jeudi 6 mars 2014
8
0123
Jeudi 6 mars 2014
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«Il yaunedemandepourunenseignementpluspratique»
QuestionsàAlbertoAlemanno, titulairedelachaireJeanMonnet dedroit européenàHEC
universités &grandes écoles
L
’Ile-de-France forme-t-elle
trop d’avocats ? Le débat
autourdecettequestionétait
récurrent. Lanouvelledirectionde
l’Ecoledeformationprofessionnel-
le des barreaux (EFB) a tranché:
non, l’établissement ne forme pas
trop d’avocats, mais il faut, en
revanche, mieux les préparer à
leur profession. Pour ce faire, une
vasteréformeducursus est entrée
envigueur le 1
er
janvier.
L’EFB est aujourd’hui le plus
important des onze centres régio-
naux de formation des avocats.
Fonctionnant pour les neuf bar-
reaux qui dépendent de la cour
d’appel de Paris – Paris, Auxerre,
Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne,
Essonne, Fontainebleau, Meaux,
Melun, Sens –, l’EFBforme chaque
année de 1 700 à1 800 élèves, soit
près de la moitié des futurs avo-
cats de France.
Est-ce trop? L’ancien bâtonnier
du barreau de Paris (2012-2013),
Christiane Féral-Schuhl, s’en était
inquiétée dans nos colonnes
(LeMonde du 28novembre2013).
Elle préconisait une sélectionplus
sévère à l’entrée de l’EFB.
«Les jeunes avocats défendent
l’idée d’un numerus clausus parce
qu’ilsont peur», noteLaurent Mar-
tinet, vice-bâtonnier depuis le
1
er
janvier et, àce titre, président de
l’EFB. Apriori, tropd’avocats sur le
marché, c’est moins d’affaires
pour chacunet unrisque toujours
accrude précarisation.
«Former 1 900 jeunes avocats
par promotion, c’est beaucoup,
mais ce n’est pas trop, estime
M
e
Martinet. Cette peur est infon-
dée. En termes d’arbitrages, Paris
est la première place de droit au
monde. Or, il y a moins d’avocats
àParis qu’àLondresouàNewYork!
Enrevanche, laformationétait ina-
daptée à la réalité de la profession.
Il yaenoutrede nombreuxmétiers
vers lesquels les jeunes pourraient
se diriger: avocat lobbyiste, avocat
fiduciaire, agent d’artiste…Enfin, ils
n’exercent pas assez àl’étranger. »
Fortsdecetteconviction, lenou-
veaubâtonnier, Pierre-Olivier Sur,
et son vice-bâtonnier ont préparé
une réforme au cours de l’année
précédant leur entrée en fonction
(2013). Celle-ci est appliquée par le
nouveau directeur de l’EFB, Jean-
Louis Scaringella.
La sélection n’a pas été durcie,
comme le préconisait M
me
Féral-
Schuhl. Quant au schéma général
de la formation, il n’a pas changé:
six mois de cours, six mois pour
développer un «projet personnel
individuel » (PPI) ayant trait au
projet professionnel des élèves,
puis, six mois de stage dans un
cabinet français.
En revanche, «tout le program-
me pédagogique a été redéfini »,
expliqueM
e
Martinet.
L’idéedirectrice, c’est dedonner
aux futurs avocats une formation
trèspratique. «L’important, enéco-
led’avocats, cen’estplusl’enseigne-
ment dudroit entant quetel, préci-
se Jean-Louis Scaringella, mais
comment utiliser ledroit auservice
des clients. »
«Notre formation manquait de
pratique, déploreCarolineChancé,
présidentedel’Associationdesélè-
ves-avocatsdelapromotionBadin-
ter (entrée à l’EFB en janvier2013).
On survolait un peu tout sans
entrer dans le concret, ce qui fait
défaut à l’entrée en cabinet. Les
cours magistraux en amphi, com-
meàl’université, cen’est pas adap-
téquelques mois avant d’entrer sur
le marché dutravail…»
La formation est déclinée en
cinq thématiques: déontologie,
métier de l’avocat, management
et développement des cabinets,
développement professionnel et
douze enseignements électifs.
Pour mettre en œuvre ce nou-
veau corpus, le trio Sur-Martinet-
Scaringella a frappé fort: 80%des
intervenants ont été changés. Et il
aétédemandéauxnouveauxensei-
gnants de transmettre leur savoir
sans être payés. «Nous estimons
quecelafait partiedelamissiondes
professionnels, dit M
e
Martinet.
L’enseignement ne peut être une
béquillepour mauvais avocats. »
Lamesurefait des vagues. Cette
décisionest «inacceptable», ajugé
le Syndicat des avocats de France
(SAF), dans uncommuniqué.
«Les 75 euros de rémunération
horaire jusque-là pratiqués n’ont
jamais atteint un niveau suscepti-
ble d’engendrer des dérives oppor-
tunistes et avides, s’est indigné le
SAF. Quel affront pour tous nos
confrères qui se sont investis d’an-
née enannée…»
Devant letollé, l’EFBlaissedoré-
navant les enseignantschoisir s’ils
souhaitent être payés ounon.
L’autre axe majeur de la réfor-
me – l’international – a été mieux
accueilli. L’EFB souhaite dévelop-
per les partenariats avec des uni-
versités étrangères.
La Fondationdu droit, en cours
de création, devrait permettre de
redorer le blason académique de
l’école. «Elle nous permettra de
nous donner les moyens de produi-
redelaconnaissanceet, surtout, de
ladiffuser», préciseM. Scaringella.
L’objectif est que la moitié
d’unepromotioneffectuesonpro-
jet personnel individuel à l’étran-
ger. «Notre rôle, c’est d’ouvrir des
marchésauxjeunes avocats, décla-
re Laurent Martinet. Nous devons
essayer d’exporter notre droit, le
“droit continental”–quel’onoppo-
se généralement au droit anglo-
saxon –, en Asie, en Afrique ou au
Brésil… Quitte à le faire en
anglais. » p
BenoîtFloc’h
LAGRANDE écolede commerce
françaiseHECet l’antennepari-
siennedela très privéeNewYork
Universityont lancé, enjanvier,
une«cliniquedudroit européen»,
sur lemodèledes «clinics»anglo-
saxonnes, oùles étudiants tra-
vaillent sur des cas réels, voire pro-
meuvent des avancées juridiques.
AlbertoAlemanno, professeur
dedroit et titulairede lachaire
JeanMonnet de droit européen
àHEC, àl’initiativede ceprojet,
ancienréférendaireàla Cour de
justicede l’Unioneuropéenneet
ex-associéaucabinet d’avocat Jean-
tet et associés, expliquel’originali-
téde la démarche, appliquéeici au
droit européen.
En quoi consiste une «clinique
dudroit européen»?
Y
C’est unlabora-
toire, unatelier qui
rassembleprès de
vingt étudiants de quatrième
annéeàHEC, inscrits audouble
diplômede master dedroit de
l’universitéParis-1-Panthéon-Sor-
bonneet d’HEC. Ils sedestinent
àêtre avocat, notamment dans des
cabinets d’affaires. Ils vont, avec
unequinzained’étudiants de l’an-
tenneparisiennede l’université
privéedeNewYork, travailler sur
des cas concrets de décisions de la
CommissiondeBruxelles et
d’autres institutions européennes.
Pouvez-vous nous donner des
exemples?
Leur travail peut porter sur le
plafonnement des bonus des ban-
quiers, la possibilitéde cultiver
des organismes génétiquement
modifiés (OGM), la protectiondes
données détenues par Google ou
la fiscalité des géants duNet. Ils
étudieront ainsi le fonctionne-
ment dudroit européenet de la
prise de décisiondans l’Union.
L’objectif est aussi de rendre
plus transparentes et démocrati-
ques les procédures décisionnel-
les européennes et de populariser
l’actioncollective citoyenne, enco-
re tropconfidentielle.
Les étudiants pourront lancer
des «initiatives citoyennes» – si
elles sont signées par aumoins un
milliond’Européens, elles obli-
gent la Commissionà proposer
une loi sur le sujet.
Ainsi, Vincent Chauvet, direc-
teur duprogramme àHEC, a pro-
posé une initiative pour faire ces-
ser les tarifs d’itinérance appli-
qués par les opérateurs téléphoni-
ques quandonse trouve àl’étran-
ger. Ungroupe d’étudiants, deux
Américains et quatre Français,
ont pour leur part demandé que
les avis d’une commissionconsul-
tativesur la nominationdes juges
européens soient publics. Les étu-
diants de la «clinique» pourront
aussi mettre leurs compétences
auservice d’organisations non
gouvernementales pour peser sur
les décisions européennes.
Pourquoi impliquer une
université américaine,
alors qu’il s’agit de traiter
dudroit européen?
La «clinique dudroit euro-
péen» s’inspire des advocacycli-
nics, très répandues auxEtats-
Unis. Associer l’universitéprivée
de NewYorkva permettre de croi-
ser les regards et les cultures sur
l’actiondes citoyens.
Les Américains ont une vision
originale dulobbyingdes
citoyens, héritée duMouvement
des droits civiques contre les
ségrégations, ou, aujourd’hui, des
«class action», ouactions grou-
pées. EnFrance, la sensibilité s’est
développéesur la protectiondes
données personnelles, avec la
Commissionnationale informati-
que et libertés (CNIL).
Pourquoi de grandes écoles de
management comme HEC
sont-elles tentées d’enseigner
le droit, en principe une
prérogative des universités?
Cela fait plus de trente ans que
HECenseigne le droit et, depuis
quelques années, délivre undou-
ble diplôme, enpartenariat avec
l’universitéParis-1-Panthéon-Sor-
bonne. Mais il y a une demande
pour que l’enseignement dudroit
soit plus pragmatique, pratique.
Universités et écoles de commer-
ce sont, de ce point de vue, com-
plémentaires. Sciences Po
aouvert la voie encréant sonEco-
le de droit et enattirant de grands
juristes, comme Jean-Bernard
Auby, professeur de droit public,
ouMarie-Anne Frison-Roche, fon-
datrice dudroit de la régulation.
Il est regrettableque la recher-
chejuridiquefrançaise, publiée
uniquement dans cettelangue, ne
soit pas ouverteauxautres droits
et discipline– économie, psycholo-
gie, social –, et qu’ellen’ait quasi-
ment pas d’audienceinternationa-
le. Nous souhaitons contribuer àla
rénovationde l’enseignement du
droit enFrance et au-delà. p
Propos recueillis par
Isabelle Rey-Lefebvre
Intégrez I'undes MßAPart-time
deI'EccIe5upérieured'Assurances
 Audit & Management des Risques et des Assurances
de l’entreprise (Certifcation ARM 54)
 Compensation & Benefts Management
(en partenariat avec l’ORAS)
 Risk Management & Performance RH
(en partenariat avec SUP des RH
et RH&M)
Établissement
d’Enseignement Supérieur
Technique Privé
Association Loi 1901
13, rue Fernand Léger
75020 Paris
Tél. : 01 47 00 17 26
Fax : 01 47 00 30 94
(%$!"ß%* ;6+/7-5 )!$'
www.esassurances.ccm
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6/0+86+178(5,8,,*-8065,#6/1
!% $) &< "$ ))
Cours le mardi soir et le samedi
L’écoleCréée en1981, l’Ecole de
formationprofessionnelledes bar-
reaux dela cour d’appel deParis
(EFB), installée à Issy-les-Mouli-
neaux, est chargée de la forma-
tiondes avocats. Une année de
formationauseinde l’établisse-
ment coûte 1600euros. Les pro-
motions comptent de1600à
1800élèves (1727 cette année).
Cursus, diplôme et certificat
Auterme de leur formation –de
dix-huit mois–, les élèves avocats
doivent réussir un examenleur
permettant d’obtenir lediplôme
de l’école. Ils passent également
lecertificat d’aptitude à laprofes-
siond’avocat (CAPA), un examen
organisé par leConseil national
des barreaux et les écoles. Ce
CAPAest indispensable pour prê-
ter, devant la cour d’appel, le ser-
ment professionnel des avocats.
Les intervenants L’EFBcompte
600professeurs, majoritaire-
ment des avocats, mais aussi des
magistrats, des experts et des
universitaires. Il n’y a pas de per-
manents mais un «noyau dur»
rassemble vingt-cinq responsa-
bles d’enseignement.
La professionEn 2012, il y avait
56000avocats enFrance, contre
39000dix ans plus tôt (+42%).
Avec 23000avocats, lebarreau
de Paris concentre 41%du total.
La profession se féminise. En
2009, la proportion de femmes
adépassé celle des hommes. En
2012, elles étaient 52,7%contre
46%dix ans auparavant.
Lagrandemue
delaformation
desjeunesavocats
d’Ile-de-France
Pragmatismeet internationalisationsont les
maîtresmotsdelaréformedes enseignements
Envigueurdepuisle
1
er
janvier, lenouveau
corpusacadémique
s’accompagne
d’unrenouvellement
desintervenants
Unpassage obligé pour pouvoir prêter serment
Tribunal de Pontoise (Val-d’Oise), le 3 septembre 2013. JULIEN DANIEL/MYOP
BBA EMLYON
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La plus belle perspective
sur 5 000 ans d’histoire
0123
Cette semaine, le volume 7 : LA GRÈCE CLASSIQUE
DÈS LE JEUDI 6 MARS CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
V
endredi 28février, àParis, les profession-
nels ont préférélefilmpopulaireàcelui
qui aleplus dechances de rester dans
l’histoireducinéma. Dimanche, àLos Angeles,
les professionnelsont donnéleur suffrageà
l’œuvrehistoriqueempreintede gravitéplutôt
qu’audivertissement populaireet spatial qui a
rapportédes centaines demillions dedollars.
Le César à Les Garçons et Guillaume, àtable
plutôt qu’à LaVie d’Adèle; l’Oscar à 12 Years
ASlave plutôt qu’à Gravity.
Onl’a dit, les trophées ne sont pas uninstru-
ment de mesure de la valeur des productions
culturelles, qu’elles soient artistiques oucom-
merciales. Cette valeur – qui sépare une toile
de maître d’une croûte, une mélodiesublime
d’une scie, unclassique ducinéma d’un
navet– échappe à toute quantification.
Pourtant, chacunfait entrer dans l’évalua-
tionde la place d’une œuvre dans sonart des
critères qui relèvent de l’arithmétiquela plus
simple. Si aujourd’hui la place de VanGogh
dans le panthéondes peintres est celle-là, c’est
enpartie grâce à l’assureur japonais qui, en
1987, fit des Tournesols le tableaule plus cher
de l’histoire des enchères et auxinvestisseurs
et collectionneurs qui lui emboîtèrent le pas.
Selonles traditions intellectuelleset artisti-
ques des pays, ces argumentssonnants et trébu-
chants sont plus oumoins bienreçus. Alors
que, enFrance, l’opinionselonlaquelleAutant
enemportelevent n’est pas untrès bonfilmest
admiseoutolérée, sonstatut de plus grandsuc-
cès commercial del’histoireducinémaafait de
l’adaptationduromande Margaret Mitchell un
chef-d’œuvrerévéréauxEtats-Unis.
Unautre facteur économiquepeut entrer
dans l’évaluationesthétiqued’une œuvre: le
pouvoir d’achat des amateurs. Le phénomène
est évident dans le domainede la musique
populaire. Les artistes qui plaisent à unpublic
adolescent, voire enfantin, sont généralement
la cible de toutes les moqueries jusqu’à ce que
leurs fans d’origine atteignent l’âge adulte et
disposent d’uncertain…pouvoir d’achat.
Ace moment, les produits de ces musiciens
sont réédités, s’il s’agit d’ungroupe; les mem-
bres oublient leurs inimitiés et réunissent la
formation. Devenus cadres ouexerçant des
professions libérales, les adolescents qui
avaient scotchéaumur de leur chambrele pos-
ter de ces artistes jadis honnis des arbitres du
bongoût dépensent des sommes qui leur
auraient semblé astronomiques vingt ans
plus tôt pour les voir dans des stades bienplus
grands que les salles oùils se produisaient.
Avec unpeude chance, il se trouve, parmi ces
fans, des journalistes, des animateurs de télévi-
sionenmesure de valider la réhabilitation
d’unboys bandoud’une diva dudisco.
Il est vrai que la sagesse populairedu
moment est propice à l’intrusionde la valeur
financièredans l’appréciationdes arts. Il n’est
plus guère de réussite qui ne se mesure à ses
gains matériels. Même l’Academyof Motion
Picture Arts andSciences, l’associationqui
gère les Oscars, a fait savoir, à la veille de la
86
e
cérémonie, qu’elle gagnait de l’argent, et
beaucoup: 68millions d’euros en2013.
Canonisationesthétique
Par ailleurs, la modificationdurapport de
force entre médias et public qu’a entraînée la
suprématie des réseauxsociauxsur la trans-
missionde l’informationa eucomme consé-
quencede faire entendreplus fort lavoxpopu-
li que la «voxmagistrorum». L’avis des criti-
ques, des universitaires désormais pèse moins
lourdface auxclassements des best-sellers,
des hit-parades et dubox-office.
Nonseulement le fait d’être mort riche à la
find’une carrière jalonnée de succès populai-
res n’est plus unstigmate, c’est unargument
enfaveur de la canonisationesthétique.
Lemythede l’artistemaudit achangéde
nature. Salégende, dont lafigurede VanGogh
est l’expressionlaplus connue, était fondéesur
uneexistencemisérable(ouaumoins austère)
et sur l’incompréhensionde ses contempo-
rains. Aujourd’hui, unartiste est maudit parce
quesonsuccès populairen’est pas transformé
enassomptionesthétiquepar les maîtres àpen-
ser. Il faut attendresamort pour queles élites
reviennent àde meilleurs sentiments et recon-
naissent le géniedramatiquede Louis
deFunès, letalent mélodiquede Joe Dassin.
Enbref, la rentabilité a pris ses quartiers
dans l’univers jadis éthéré des arts, beauxou
populaires. Mais le résultat des Oscars montre
que sonemprise n’est pas totale, que même
enpleincœur de l’empire, d’autres considéra-
tions peuvent entrer enligne de compte.
Les praticiens savent que plus l’oncalcule,
moins l’oncrée. Hollywoodenest unparfait
exemple, oùl’applicationquasi-scientifique
de recettes élaborées avec l’appui des départe-
ments marketinggénère des films prévisibles
dont les amateurs les plus acharnés concèdent
qu’ils ne présentent guère d’intérêt, même si
leur consommationn’est pas désagréable. On
sait aussi que l’économie d’unart ne peut se
perpétuer ense contentant de produire de
grosses machines.
Tant que les artistes seront mortels, il faudra
enrenouveler les effectifs et laisser unpeude
placeauxjeunes. Et puis le goût dupublic, aus-
si encadrésoit-il par les techniques dumarke-
ting, viral oupas, n’est pas immuable, et l’art,
tout commela technologie, abesoind’innova-
tion. Seulement celle-ci nes’élaborepas dans
les laboratoires mais dans des espaces de liber-
té, dont onne peut prévoir ni lecoût ni la renta-
bilité. Car l’offre culturelleest «mystérieuseet
imprévisible», commele disait récemment
unenouvellevenue dans l’économiedes arts,
LaurenceParisot. p
sotinel@lemonde.fr
I
l yaunanpresquejour pour
jour, nous avions écrit ici
mêmequeles blogs n’allaient
pas fort, qu’ils n’avaient pas bonne
mine. Nous sommes auregret de
constater queleur état de santéne
s’est pas amélioré. Aucontraire.
Quereste-t-il eneffet de ce nou-
veaumédia, gratuit, ouvert,
influent, insolent, insoumis, trans-
parent, indomptable, qui devait
réinventer l’information, régéné-
rer la sociétéet la démocratie?
Il faut dire la vérité: pas grand-
chose. Onne s’enréjouit pas, c’est
tout l’inverse. Onse dit qu’une
occasionunique s’est présentée
de tisser unnouveauliende
confianceet qu’onl’a peut-être
laissée filer. Et, comme nous ne
sommes plus à unparadoxeprès,
c’est sur unblogque nous avons
puconsulter le bulletinde santé
le plus alarmant.
«C’est officiel, lit-onsur Presse
Citron, Google n’aime plus les
blogs. » (Goo.gl/jVO5dq). Les
auteurs enavaient l’intuition; ils
l’ont vérifié méthodiquement.
Dans ses réponses, quel que soit le
sujet, Google privilégie doréna-
vant les sites «institutionnels com-
me ceuxduFigaro, de 20Minutes,
duHuffingtonPost (…), de RTL ou
des Echos», note Presse Citron.
Les blogs, eux, sont «renvoyés»
àl’incognitodes pages suivantes,
celles que l’onne feuillette jamais
oupresque.
Est-ceGooglequi n’aimeplus
les blogs, oubienles sites «institu-
tionnels» qui recueillent les fruits
deleurs investissements, deleurs
mutations, de leurs contributions,
deleur référencement, deleur
audience? Onne sait.
Onpeut juste remarquer que,
sur sa paged’accueil, Googlene
proposeplus d’outil derecherche
spécifiquepour les blogs, comme
c’était le cas autrefois.
Centralisation
Sur PresseCitron, laquestion
donnelieuàcommentaires. Selon
laconsultanteet conférencière
MichelleBlanc (Goo.gl/cZUD3w),
c’est l’algorithmede Googlepour
les sujets «chauds»qui aurait
changé, pour répondre, temporai-
rement, «àunemontée exception-
nellede requêtes pour unmot-clé».
Uncontributeur note que les
blogs d’infone sont pas les seuls
touchés. Le commerce enligne
aussi : «Les enseignes traditionnel-
les (…) détrônent gentiment mais
sûrement les “pure players”. »
Cette forme de centralisation
est-elle «néfaste pour ladémocra-
tie», comme le suggère l’auteur et
journalisteThierryCrouzet
(Goo.gl/XuGRDZ)? De quoi s’inter-
roger: et si ce n’était pas les blogs
qui allaient mal. Mais l’Internet
tout entier. p
zilbertin@lemonde.fr
ÉCONOMIE DE LA CULTURE | CHRONI QUE
par Thomas Sotinel
Lemystèredelavaleur
C’EST TOUT NET ! | CHRONI QUE
par olivier Zilbertin
Bulletindesanté
0123
LES TROPHÉES
NE SONT
PAS UN
INSTRUMENT
DE MESURE
DE LA
VALEUR DES
PRODUCTIONS
CULTURELLES
LES INDÉGIVRABLES | par Xavier Gorce
10
0123
Jeudi 6 mars 2014