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Jeudi 6 mars 2014 - 70 e année - N˚21502 - 2 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice: Natalie Nougayrède A troissemainesdesélectionsmunici- pales, à trois mois des européennes, Marine Le Pen peut se frotter les mains. La droite dans l’opposition comme la gauche augouvernement se char- gent, chacune à sa manière, d’apporter de l’eauà sonmoulin. Ladroite, d’abord. Deuxans après la défai- te de Nicolas Sarkozy, un an après la lutte sans merci qui a opposé François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP, elle escomptait bienpanser ses plaies et retrouver les faveurs des Français à l’occa- sion du scrutin municipal. Deux méchantes affaires risquent de torpiller cet espoir. Depuis quelques jours, c’est le président de l’UMP qui se retrouve, une nouvelle fois, sur la sellette. Hier accusé d’avoir triché pour s’emparer de la présidence de l’UMP, le voilà soupçonné d’avoir favorisé indûment une société de communication dirigée par deux de ses anciens collaborateurs. Selon une enquête duPoint, cette société aurait récupé- ré, en particulier, la gestion des meetings de M. Sarkozy durant sa campagne de 2012 et les aurait lourdement surfacturés. Quand on se rappellequelescomptesdecampagnedel’an- cien président ont été rejetés par le Conseil constitutionnel et que les militants de l’UMP ont étéinvités àéponger lanotede11millions d’euros, onpeut douter qu’ils apprécient. Et que fait Jean-François Copé? Loin de répondre précisément à ces accusations, il se pose en victime d’un complot et s’efforce de mouiller tout le monde, en exigeant une loi detransparenceabsoluedescomptesdespar- tis politiques. Non seulement c’est prendre son camp en otage. Non seulement c’est oublier que cette législationexiste depuis un quart de siècle et que les comptes de tous les partissont consultablesauprèsdelaCommis- sion nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Mais c’est, sur- tout, alimenter le «Tous pourris! » ressassé depuis toujours par le Front national. La seconde affaire n’est pas plus brillante. Pendant des années, selonLe Canardenchaî- né, Patrick Buisson, influent conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, aurait discrète- ment enregistré ses discussions avec l’an- cien président et son entourage. On croit rêver ! Ce n’est plus «Tous pourris! », mais «Tous tordus ! »…Pathétique. M. Sarkozy pourra dénoncer la trahison d’un homme; il ne pourra échapper ni au ridicule de ces révélations, ni auclimat délé- tère dont elles témoignent. Pour celui qui s’estime seul capable de contrer, demain, le FNet defaireregagner ladroite, lecamouflet est cinglant. Quant à la gauche au pouvoir, c’est plus simple. Pas de vilain scandale à l’horizon. Mais sonimpuissance à lutter contre la crue du chômage, sa panne de résultats appa- rents dans leredressement del’économiedu pays, la purge fiscale opérée depuis deux ans, le discrédit profond du président de la République et la faiblesse dugouvernement se conjuguent pour expliquer la crise de confiance dont elle est victime. On le constate : la présidente du Front national a bien toutes les raisons de se réjouir. Les autres travaillent pour elle. Sans qu’elle ait besoind’enrajouter. Hélas! p ET PROCHAINEMENT LE 29 AVRIL : SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ • SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE • SONATE D’AUTOMNE ÉGALEMENT DISPONIBLES EN ET COLLECTOR - INCLUS UN LIVRET INÉDIT ET DES BONUS EXCLUSIFS - SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ • LES FRAISES SAUVAGES LE SEPTIÈME SCEAU • LA SOURCE • PERSONA SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE • SONATE D’AUTOMNE 7 FILMS INGMAR BERGMAN VERSIONS RESTAURÉES INÉDITES ACTUELLEMENT AU CINÉMA UKRAINE : POUTINE CALME LE JEU FACE AUXPRESSIONS INTERNATIONAL–LIRE PAGES 2-3 EnCentrafrique, chronique d’unéchecannoncé INTERNATIONAL–LIRE PAGE 4 NOUGARO CÉLÉBRÉ EN MAÎTRE DE MUSIQUE CULTURE–LIRE PAGE 12 Intégrer une grande école avec ousans prépa Les classes préparatoires aux grandes écoles étaient jusqu’ici la voie royale pour intégrer les grandes écoles. Celles-ci se sont ouvertes depuis auxétudiants de licence, master, DUT ouBTS, qui peuvent tenter le concours par admission parallèle. Mais le succès est mitigé auregard dupoids des traditions. CAHIERÉCOPAGES7-8 AuSénat, Jean-PierreBel jettel’éponge Dans une tribune auMonde, le président duSénat annoncequ’il quit- terasonfauteuil après les sénatoria- les deseptembre. Il renonce àtoute «fonctionélective». DÉBATS– PAGE18 Pluie, chaleur: hiver record enFrance C’est le2 e hiver le plus chauddepuis 1900, avecuneplu- viométrieextrême et des tempêtes àrépétition. Breta- gneouCôted’azur, aucunerégion n’aétéépargnée. FRANCE–PAGE10 Lacourseàla compétitivité affolel’Europe Les pays del’Union selivrent une bataille féroce. LaFrance, l’Espagne et l’Italiejouent lacarteducoût du travail. Mais l’Alle- magnea déjàpris dixans d’avance. CAHIERÉCO–PAGE3 L’hydrogène entre en bourse 3+$% 0#,).(% '"! 0$ 12-,/& ã1()(*,/ ÉDITORIAL LadroitesouslechocdesécoutesBuisson AUJOURD’HUI UNIVERSITÉS MarineLe Penpeut sefrotter les mains… U K p r i c e £ 1 , 8 0 tL’ancienconseiller de Nicolas Sarkozyaenregistré secrètement des réunions tenues àl’Elyséeen2011 LIRE P. 7 LE REGARD DE PLANTU VIOLS EN SYRIE : ENQUÊTE SUR UNE ARME DE GUERRE t«LeMonde»arecueilli denombreuxtémoignages defemmes violées enSyrie, faisant état d’unepratique systématique PatrickBuisson, en2011, lors de la cérémonie du11-Novembre dans la cour d’honneur des Invalides. LUDOVIC/REA D ans le flot d’horreurs per- pétrées dans la guerre en Syrie, il est un crime plus tabouque les autres : le viol. Filles violées devant leur père, femmes devant leur mari, opposantes au régime torturées et victimes d’abus sexuels ensérie… Malgré la honte et la peur des représailles, des femmes syrien- nes ont accepté de se confier au Monde. Témoignages souvent insoutenables qui viennent appuyer le constat des organisa- tions internationales : le régime de Bachar Al-Assad utiliserait le viol comme une arme de guerre systématique. p LIRE L’ENQUÊTE D’ANNICKCOJEANP. 20-21 Algérie 150 DA, Allemagne 2,40 ¤, Andorre 2,20 ¤, Autriche 2,50 ¤, Belgique 2 ¤, Cameroun 1 800 F CFA, Canada 4,50 $, Côte d’Ivoire 1 800 F CFA, Croatie 19,50 Kn, Danemark 30 KRD, Espagne 2,30 ¤, Finlande 3,80 ¤, Gabon 1 800 F CFA, Grande-Bretagne 1,80 £, Grèce 2,40 ¤, Guadeloupe-Martinique 2,20 ¤, Guyane 2,50 ¤, Hongrie 950 HUF, Irlande 2,40 ¤, Italie 2,40 ¤, Liban 6500 LBP, Luxembourg 2 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,40 ¤, Portugal cont. 2,30 ¤, La Réunion 2,20 ¤, Sénégal 1 800 F CFA, Slovénie 2,50 ¤, Saint-Martin 2,50 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,40 CHF, TOMAvion 450 XPF, Tunisie 2,40 DT, Turquie 9 TL, USA4,50 $, Afrique CFA autres 1 800 F CFA international Kiev Envoyé spécial P endantdixjours, lesilencede Vladimir Poutine ausujet de l’Ukraine avait été très com- menté. Indécision, improvisation ou bien plan muet pour placer les Occidentaux et l’Etat voisin, à la dérive, devant le fait accompli d’une occupation partielle? Les spéculations n’ont pas été étan- chées par la conférence de presse qu’a finalement donnée le prési- dent russe, mardi 4mars. Destinée à ranger, «pour l’ins- tant», les clairons de la guerre, cet- te intervention a marqué une esquisse d’apaisement. Mais elle est loind’avoir levé les ambiguïtés sur la position russe. « Si nous voyons que le désordre commence dans les régions de l’est, nous nous laissons le droit d’utiliser tous les moyens pour défendre les citoyens, d’autant quelademandenous ena été faite par le président [Ianoukovitch] », a précisé Vladi- mir Poutine. L’optionmilitairen’estdoncpas une question de principe, mais de circonstances. Dans cette pause, difficile de mesurer le rôle qu’ont joué les indicateurs catastrophi- ques sur les marchés, la chute du rouble, ou bien les mises en garde occidentales, soulignant l’isole- ment de la Russie. Les dernières attaques ont été déclenchées à Kiev, mardi, par le secrétaired’Etat américain, John Kerry, venu offrir un crédit de 1 milliard de dollars (728millions d’euros), simple début d’unecoopérationintense. Après s’être rendu à Maïdan, M. Kerry – qui devait rencontrer son homologue russe mercredi à Paris – a tenu un discours battant en brèche les affirmations russes sur l’insécurité en Ukraine. «C’est ladiplomatieet lerespect delasou- veraineté, pas la force unilatérale qui peuvent résoudre au mieux les disputesdecettenatureauXXI e siè- cle», a-t-il conclu. Pendantcetemps, VladimirPou- tine ne semblait absolument pas nerveuxousurladéfensivedevant les journalistes. Ni contrarié par la menace de sanctions occidentales, estimant que « les dommages seraient mutuels». «Il a défendu farouchement les intérêts russes, maisil s’est dit prêt enmêmetemps à des compromis, explique à Mos- cou Vladimir Jarikhine, le vice- directeurdel’Institutpourlespays de la Communauté des Etats indé- pendants. Il a déjà atteint son but: arrêter l’expansion nazie et natio- naliste dans l’ouest, qui menaçait l’Ukraine d’une guerre civile. » Un vocabulaire banalisé dans les cer- cles moscovites et àlatélévision. Sans surprise, leprésident russe a qualifié la nouvelle révolution ukrainienne de «renversement anticonstitutionnel » et de «coup armé». Il a euquelques mots posi- tifs à l’égard des manifestants de Maïdan–maispaspourdéplorerla centaine de morts – disant «com- prendre»leurs demandes dechan- gements radicaux. Puis le prési- dent russe a emmuré vivant son ancienhomologue ukrainien, Vik- tor Ianoukovitch, qu’il a vu «il y a deux jours». Tout en dénuant tou- te légitimité à son successeur par intérim, Olexandre Tourtchinov, VladimirPoutineaestiméqueVik- tor Ianoukovitch n’avait « pas d’avenir politique». La Russie l’auraitaidé, dit-il, pourdesraisons «humanitaires». Contretouteévidence, Vladimir Poutineassurequeseulsdes«grou- pes d’autodéfense» locaux agis- sent en Crimée et non des élé- ments de sa propre armée. Mais il veut bien répondre par avance à l’hypothèse d’une intervention militaire plus large. Son principe serait tout à fait «légal », dès lors que les habitants de certaines régions appellent la Russie àlares- cousse, face au «chaos». D’autant que, selonle président russe, Mos- counesentirait alors plus lié par le mémorandumde Budapest sur la dénucléarisation de l’Ukraine, en 1994: une révolution signifie l’émergenced’unnouvel Etat, avec lequelMoscoun’ariensigné. Etran- ge façonde se délester des engage- ments passés de la Russie, quand Boris Eltsineétait président. «C’estunedémonstrationinvrai- semblable de cynisme, de double langage, souligne à Kiev Guiorgui Kassianov, chef du département d’histoire contemporaine à l’Insti- tut d’histoire. Poutinetordles faits. Il parle par exemple de “terreur” à Kiev, deviolences. Jemarchedansla rueet j’encherchelespreuves. Dela même façon, il refuse la légitimité des autorités ukrainiennes, mais il n’a aucun problème avec les nou- veauxpouvoirslocauxenCrimée. Il veut y créer une enclave, un quasi- Etat marionnette. » Vladimir Jarikhine, lui, voit la stratégie du Kremlin au-delà de la Crimée. A l’écouter, la seule façon de préserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine, quitte à affaiblir son centre, «est de mettre en place sa fédéralisation, politique et écono- mique, avec une élection de ses représentants régionaux. Il ne faut plus que l’Ukraine soit au cœur d’un jeu entre Washington et Mos- cou. C’est un pays compliqué qui doit rester là où il est, entre l’Union européenneet laRussie». La pausemilitaire n’aurait donc rien à voir avec la stratégie politi- que sur le terrain, très large. D’autant que Vladimir Poutine refuse toute leçon de droit de la part des Occidentaux, enfaisant la liste des entorses américaines: Irak, Afghanistan, Libye. Selon lui, Washington aurait agi à chaque fois sans résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, ou bien en les contournant. Le chef de l’Etat russe a multi- plié les attaques contre les Etats- Unis, dont les experts se livre- raient «à des expérimentations [sur l’Ukraine] comme sur des rats de laboratoire». Dénonçant un «coup d’Etat très bien préparé», Vladimir Poutineamis encausele rôle des «instructeurs occiden- taux». La référence la plus incroyable danssarhétoriqueest leKosovo. La guerre de 1999 a été un marqueur majeurdanssavisiondes relations internationales. Il évoque l’ancien- ne province serbe, devenue indé- pendanteenfévrier2008, àpropos du principe du droit des peuples à l’autodétermination. Il est peu clair, pourtant, de quel peuple de Crimée – mosaïque complexe – parle le président russe, et quelle est sa visée. Poutine assure que Moscoun’apasdeplanderattache- ment de la Crimée à la Fédération de Russie, mais sans jamais préci- ser qu’elle fait partie intégrante de l’Ukraine. Or, latenued’unréféren- dum dans la péninsule, annoncé pour le 30mars, pourrait confir- mer le détachement de facto de la Criméedurestedupays. Toutesles options restent donc ouvertes. p PiotrSmolar Ledrapeauukrainienaretrouvédroit decitédanslesruesdeDonetsk Leprésident russe refusetouteleçon dedroit delapart desOccidentaux, enfaisantlalistedes entorsesaméricaines LapausemilitairedeVladimirPoutineenUkraine FustigeantlesOccidentaux, leprésident russeseréserveencoreledroit d’intervenirchezsonvoisinukrainien Donetsk (Ukraine) Envoyé spécial Il est revenudans Donetsk. Mardi 4mars, le drapeauukrainienest d’abordréapparuautour de la tailled’une jeunefille. La militan- te solitaire était venuedevant le palais dugouverneur, occupé depuis la veillepar les activistes prorusses et pavoiséenhommage àlaRussie. «Je ne suis pas d’accord que flotte ce drapeauétranger», avait dit cettedemoiselleàl’âme deJeanne d’Arc. Elleresterasans nompuisque l’entretienfut aussi- tôt écourtépar une douzainede gros bras menaçants, éléments radicauxqui l’encerclèrent et la chassèrent manumilitari del’es- planadedont ils ont fait leur fief. Depuis plusieurs jours, le jaune et le bleuétaient bannis decette grandeville russophonede l’est dupays. Ils ne flottaient plus guè- reque commeune survivancesur la mairieet, cequi est moins négli- geable, sur les manches des tenues dela police. Ailleurs, le drapeautri- coloredupuissant voisinrégnait enmaître. Les activistes prorusses occupaient pour la deuxièmejour- néele siège de l’administration régional. Pavel Goubarev, leur diri- geant, réitérait sonintentiond’or- ganiser unréférendumsur l’ave- nir duDonbass, proposant soit un statut d’autonomieauseinde l’Ukraine, soit unrattachement avec la Russie. Ces partisans ne fai- saient aucunmystèrede leur pré- férence, enscandant «Russie! Rus- sie! » devant les équipes de télévi- sionmoscovitesqui avaient traver- séenmassela frontièrepour écou- ter ce chant d’amour. Puis le drapeauukrainiena resurgi, cette fois devant l’univer- sité nationale de Donetsk. Il avait été déployé par des étudiants, à l’occasionde la visite de Svyatos- lavVakarchuk. Ce chanteur, lea- der dugroupe OkeanElzy, est immensément connudans le pays. Bienqu’écrits enukrainien, ces textes sont écoutés par toute la jeunesse dupays, d’ouest en est. A39ans, il est également connupour ses prises de position citoyennes, pro-occidentales. Il fut undes grands soutiens de la «révolutionorange», fin2004. Il devint même député en 2007, avant de démissionner, dégoûté par les magouilles dans lesquelles se délitaient les rêves démocratiques de la société ukrai- nienne. Récemment, il a soutenu les manifestants de Kievqui ont renverséle président Viktor Ianoukovitch. Depuis deuxjours, mettant enjeusa popularité, l’ar- tiste a commencé une tournée d’explicationdans l’Est. Dans l’amphithéâtrede 500pla- ces, plus de mille personnes s’étaient entassées, débordant jus- quedans lehall. Pendant trois heu- res, acclamé, SvyatoslavVakar- chuka dit sonsouhait d’uneUkrai- neunie. «Comment faire pour que les gens de l’Est et de l’Ouest puis- sent s’entendre, se comprendre, vivre ensemble?», a-t-il demandé. Enukrainienet enrusse, maîtri- sant parfaitement ces deuxlan- gues, il afustigé les politiciens des deuxcamps qui jouent des divi- sions culturelles et linguistiques pour asseoir leur clientèle. Il adénoncéla corruption, le niveauintellectuel affligeant des élus, mais aussi l’indifférence d’unesociétéqui sembles’être résolueàlaconcussionet à la démagogie. «Depuis vingt-trois ans que l’Ukraineest indépendan- te, les gens veulent toujours la même chose: une vie normale, mais ils se font voler cette espéran- ce si simple. » La vedetten’a pas éludéles questions d’étudiants plus que réservés sur ce qui se pas- sait àKiev. Ala finde la réunion, auxfans qui lui demandaient une chanson, il a entamél’hymne national, repris par sonauditoire. Endébut de soirée, le drapeau ukrainienafinalement retrouvé droit de citéà mêmeles trottoirs. Unemanifestationdes partisans del’unité nationaleétait organi- séedevant l’égliseSaint-Michel l’Archange, àtrois cents mètres à peinedupalais dugouverneur. «Ukraine! Ukraine! » Vers 18heures, ils étaient àpei- nequelques centaines qui brandis- saient l’étendardnational aubout d’unehampeous’endrapaient les épaules. Et puis les minutes pas- sant, sans doutel’effet dubouche àoreilledes réseauxsociaux, la fouleapeuà peugrossi. Ils se retrouvèrent bientôt plus d’un millier, étonnés de leur propre audace, scandant «Ukraine! Ukrai- ne! », tandis que des voitures klaxonnaient ensigne d’approba- tion. Biensûr, ils étaient dixfois moins nombreuxqueceuxd’en face, le samedi 1 er mars. Pas de quoi fairevaciller les projets des séces- sionnistes oudePoutine. Mais c’était aumoins unacte d’ex- istenceaprès ces jours decatacom- bes. Youri, unentrepreneur de 43ans, Maxime, unouvrier sidé- rurgistede 35 ans, Vladislava, une assistantesociale de 25 ans, disaient leur souhait quela situa- tionpolitique s’apaise. Commele chanteur Vakarchuk, ils espé- raient même que la nationsorti- rait renforcéede cetteépreuve. La manifestationétait protégée par les «ultras» duChakhtar Donetsk, le grandclub de football de la ville. Yegor, 22 ans, et Sviatos- lav, 25ans, évoquaient l’amour de leur pays. D’ailleurs, il y a deux jours, ces supporteurs réputés indociles ont organisé unerencon- tre amicale avec leurs ennemis jurés, les «ultras» duDynamo Kiev. Le matchamical s’est termi- né sur unrésultat nul 1-1. «Si nous sommes arrivés ànous entendre, les autres le peuvent aussi », expli- quaient-ils. Mercredi matin, le dra- peauukrainienflottait à nouveau sur le palais dugouverneur. p BenoîtHopquin Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse, le 4 mars, dans sa résidence officielle de Novo-Ogarievo. ALEXEI NIKOLSKIY/REUTERS 50 km RUSSI E BI ÉLORUSSI E ROUMANI E MOLD. MOLD. P O L O G N E U K R A I N E Kiev Crimée Kharkiv Simferopol Mer Noire Donetsk 2 0123 Jeudi 6 mars 2014 international Une grande école mérite Une grande prépa Sciences po. école du louvre commerce celsa Journalisme inscriptions ouvertes sans passer par apB www.isth.fr tél. 01 42 24 10 72 Enseignements supérieurs privés Berlin Correspondant T out unsymbole: aumoment où, jeudi 6mars, les chefs d’Etat et de gouvernement européens se réuniront à Bruxel- les pour prendre, éventuellement, des «sanctions ciblées» contre la Russie, lenumérodeuxdugouver- nement allemand devrait être à Moscou…pour parler affaires. Sigmar Gabriel, ministre de l’économie et président du Parti social-démocrate (SPD), doit effec- tuer jeudi et vendredi «un voyage prévudelonguedate»dans lacapi- tale russe pour rencontrer, entre autres, son homologue chargé de l’économie. L’enjeu: discuter de «politique énergétique et de développement économique», indiquait le minis- tremardi. Mais celui-ci étant égale- ment vice-chancelier, des entre- tiens avec d’autres dirigeants ne sont pas exclus. Vladimir Poutine n’a-t-il pas rencontré durant une heure vingt le «simple» ministre des affaires étrangères, Frank-Wal- ter Steinmeier, le 14février? Sig- mar Gabriel, qui pourrait faire une halteàKiev, devraitégalementplai- der auprès des Russes la cause éco- nomiquedel’Ukraine. Lundi, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères européens à Bruxelles, l’Allema- gne a, sans surprise, fait partie des pays les plus opposés à des sanc- tions contreMoscou. Elleademul- tiples raisons. Dépendances Une des caractéristiques de la diplomatie allemande depuis Willy Brandt est d’être un «pont» entre la Russie et l’Occident. «La transformation par le rapproche- ment», expliquait l’ancienchance- lier social-démocrate (1969-1974). Les échanges téléphoniques qu’a eus, cesderniersjours, AngelaMer- kel avec Vladimir Poutine, Barack Obamaet avec le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, s’ins- crivent dans cette tradition de créer «ungroupe de contact»pour rapprocher les parties. Une des difficultés d’Angela Merkeldepuisdimancheestdepri- vilégier le dialogue avec Moscou sans avoir l’air de se désolidariser de la fermeté américaine, notam- ment en matière de sanctions. Pour l’Allemagne, il n’y a pas de paix en Europe sans, et encore moinscontre, laRussie. D’oùlaréti- cence de Berlinà boycotter le som- met duG8de Sotchi prévuenjuin. D’où, aussi, le voyage de Sigmar Gabriel. Pour le moment, la pro- chaine rencontre annuelle entre les deux gouvernements, prévue enavril àLeipzig, est maintenue. L’histoireetlaproximitégéogra- phiqueentrelesdeuxpaysn’expli- quent pas tout. L’économie joue unrôlemajeurdanscettestratégie. Apriori, laRussien’estqu’unparte- nairesecondairepourl’Allemagne. Leonzième. L’Allemagneneréalise que4%desoncommerceavecMos- cou. Moins qu’avec Varsovie. Mais les échanges atteignent quand même 76milliards d’euros. Sur- tout, la Russie est le principal four- nisseur de gaz naturel, loindevant la Norvège: 31 % du gaz allemand vient deRussie. La présence de l’ancien chance- lier social-démocrate Gerhard Schröder à la tête de Nord Stream, l’une des principales filiales du géant russe Gazprom, illustre on ne peut mieux les intérêts croisés des deux pays dans le domaine énergétique. Incidemment, plus de la moitié de ce gaz transite par l’Ukraine. La Russie fournit égale- ment 35% du pétrole consommé en Allemagne. De plus, environ 6000entreprisesallemandessont implantéesenRussie. SelonRainer Lindner, directeur de la commis- sion Est du patronat allemand, environ«200000emplois enAlle- magne dépendent du commerce avec laRussie». Le 18février, plus de 250invités, dontdesministres, desdiplomates etdesdéputés, ontassistéàlarécep- tionannuelledecettecommission. «Dans au moins 80 des 83régions russes, vous trouverez des entrepri- ses dont les Allemands sont partie prenante. Même au-delà du cercle polaire. Les collaborateurs alle- mands y apportent leur culture et leur conception de la démocratie», se félicitait Eckhard Cordes, prési- dent dela commission. On cherchera, en vain, la moin- dre critique du régime de Poutine dans ce discours. En revanche, selon Eckhard Cordes, également président du directoire du groupe de grande distribution Metro, très présent en Russie, «l’Union euro- péenneavraimentcommisunegra- ve erreur dans le passé en dévelop- pant le Partenariat oriental sans engager avec la Russie undialogue efficace». Pour ce puissant lobbypatronal qui plaide pour «une zone de libre- échange de Lisbonne à Vladivos- tok», des sanctions à l’égard de la Russie seraient particulièrement malvenues. «Il faut voir les consé- quencesqui enrésulteraient, lespos- sibles contre-sanctions dans le domaine des matières premières», alertel’association. p Frédéric Lemaître «L’Europedoit continuerdedénonceruneattitudeinacceptable» Urmas Paet, ministreestoniendes affaires étrangères, souhaitequel’UEresteuniefaceàl’«agression»russe Simferopol (Ukraine) Envoyé spécial L ’ordre russe régnant désor- mais en Crimée, du moins dans les principales villes, un début de processus politique devait s’enclencher, mercredi 5mars à Simferopol, la capitale régionale. Les employés du Parle- ment n’ont plus à contourner un barrage de chaises et de tables bri- sées qui obstruait encore récem- ment ses portes. Les douze dépu- tés qui s’y sont présentés mardi glissaientensilencesuruncarrela- ge propre. Mercredi, ces douze députés constituant le présidiumduParle- ment, rassemblés autour duprési- dentVladimirKonstantinov, devai- entdéfiniravecplusdeprécisionla question sur «l’autonomie» de la régionqui doit être posée par réfé- rendumannoncé pour le 30mars. Sa tenue avait été votée le 27février, à la veille de l’invasion russe, à huis clos par un nombre imprécis de députés. Jeudi, M. Konstantinov doit s’envoler pourMoscou, àlatêted’unedéléga- tion de trois parlementaires. Puis une réunion plénière réunissant les100députésdoitvaliderlaques- tion posée au référendum. Le ministère de l’économie russe a chargélachambredecommerceet d’industriedetrouver 3,6milliards d’euros pour soutenir la Crimée. Autonome, larégionl’estdéjàen partievis-à-visdeKievdepuis 1991. Elledisposed’unstatut deRépubli- que en Ukraine, d’une Constitu- tion, d’un Parlement et d’un gou- vernement local. Ses compétences ont été réduites en 1995, dernière période pendant laquelle le statut de la péninsule a été débattu. Boris Eltsine avait tranché en refusant unrattachement àlaRussie. Depuis l’invasion, les pouvoirs du gouvernement de Simferopol necessent des’étendre. Lepremier ministre, Sergueï Aksionov, non reconnu par Kiev, s’est arrogé samedi l’autorité sur la police et les forces armées de la région. Les agents semblent obéir. Ils évitent les lieuxde pouvoir, gardés par les milicesqu’ontforméesleparti Uni- té russe de M. Aksionov (un nom qui rappelleRussieunie, leparti de Vladimir Poutine) ainsi que des groupuscules prorusses. On voit des policiers contrôler les excès de vitesse sur la route de Sébastopol. L’armée, quant à elle, poursuit sa résistance passive aux soldats russes qui encerclent ses bases. Mardi, une colonne de 300 hom- mes de la base aérienne de Belbek, proche de Sébastopol, a accompli un petit fait d’armes non violent: ils ont marché désarmés et chan- tant vers l’aéroport civil voisin. Ils ont été repoussés par une douzai- ne de soldats russes sans signe de nationalité, qui ont tiré des coups de semonce. Autour de ces derniers pans de terre encore sous l’autorité de Kiev, se négocient divers aban- dons de souverainetés: reddition des armes et des troupes à l’armée russe ou à celle, encore inexistan- te, de la République autonome de Crimée, ou garde conjointe avec les forces russes. Ces discussions relèvent du droit et du symbole. Les forces ukrainiennes n’ont pas la capacité de résister aux plus de 25000hommes du contingent de Sébastopol, base de la flotte russe. A ce rapport de force établi, un référendum pourrait donner une légitimité populaire. Irait-on cependantjusqu’àproposerlarup- ture avec Kiev, ou un rattache- ment à la Russie? Refat Chouba- rov, patrondel’organereprésenta- tif des Tatars de Crimée (musul- mans, 12% de la population), le majlis, ungroupe noninstitution- nel mais puissant, en doute. «Ils essaient de séparer la Crimée de l’Ukraine, dit-il, mais il est encore trop tôt. » Depuis quelques jours, M. Choubarov est courtisé par le nouveau pouvoir : «Ils nous pro- mettentunevice-présidenceduPar- lement, troisministèreset onzepos- tes de collaborateurs gouverne- mentaux. » Il arefusé: «Ce gouver- nement est illégitime. » Les partis favorables à un ratta- chement à la Russie disposaient avantlacrised’uneaudiencenégli- geable en Crimée. Aujourd’hui, Kiev paraît loin et on craint les «émeutiers» de Maïdan. Mais lais- ser débattre d’une rupture, ce serait réveiller de vieilles lignes de fracturesentrecommunautésrus- se, ukrainienne et tatare, et don- ner un espace d’expression au nationalismeukrainien. «Ilsleferontendeuxtemps, esti- me Refat Choubarov. D’abord un référendum sur l’autonomie. Puis ils trouveront unprétexte, unrefus de Kiev de signer leurs conditions. Et ils organiseront un autre vote sur le rattachement à la Russie. » Il reste vingt-cinq jours pour ouvrir une campagne. p Louis Imbert Lespatronsallemandsneveulentpas desanctionscontrelepartenairerusse Levice-chancelier, Sigmar Gabriel, doit serendreàMoscou, jeudi 6mars, pour parler économie Lespartisfavorables àunrattachement àlaRussiedisposaient avant lacrised’une audiencenégligeable LaCrimées’émancipe deKievsansserésoudre aumariageavecMoscou Lenouveaugouvernement criméenprépare leréférendumdu30mars sur l’autonomie Unconseil OTAN-Russie devait setenir mercredi 5mars àBruxel- les, entre les ambassadeurs des 28pays membres de l’Alliance atlantiqueet leur homologuerus- se. Al’issue de sa deuxième réu- nionsur le sujet, mardi, consulta- tionprovoquée par la Pologne, l’OTANa publié une déclaration communed’attente. «La Russie continue de violer la souveraine- té et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et de manquer à ses obligations internationales, dit- elle. Nous nous engageons àpour- suivre et à intensifier, en étroite coordinationet enconsultation, l’évaluationrigoureuse et conti- nue des implications de cette cri- se pour la sécurité de l’Alliance. » Aucunpland’interventionmilitai- re n’est pour l’instant élaboré par l’OTAN, les Occidentaux misant sur l’ONU, l’Unioneuro- péenne et l’OSCEpour régler la crisepar la voie diplomatique. Vladimir Poutine et l’ancienchancelier allemandGerhard Schröder, patrond’une filiale dugéant russe Gazprom, le 6septembre 2011, àPortovaya, pour l’inauguration dupipeline NordStream. ALEXEÏ NIKOLSKY/REUTERS Entretien L ’offensive russe en Ukraine a choqué l’Europe. Mais la démarcheduKremlin, menée aunomdeladéfensedesminorités russes d’Ukraine, a surtout de quoi donnerdessueursfroidesauxtrois Pays baltes, où réside une impor- tantecommunautérusse. Leministreestoniendesaffaires étrangères, Urmas Paet, fait part au Monde de ses préoccupations et de son soulagement que l’Europe ait caractérisé l’attitude de la Russie d’«agression». L’offensive de la Russie pour «défendre» les Russes de Cri- mée est-elle une menace pour votre pays? Toute la communauté interna- tionale, toutel’Europedoitêtrepré- occupée! C’est unproblème grave. Il s’agit d’envahir un pays voisin. C’est très sérieux. Une attaque net- te envers l’intégrité territoriale de l’Ukraine. De la réaction de l’Euro- pe dépendra la confiance envers l’Union européenne (UE). La com- munauté internationale doit être claire afin de faire cesser au plus vitetoutrecoursàlaforcemilitaire. L’attitude de l’Europe vous sem- ble-t-elle appropriée? La décision du gel des visas et d’autres sanctions qui pourraient s’appliquer est nécessaire. C’est un premier signal fort. Il faut agir, oui, maisnous devons agir ensemble. Il nous faut rester unis pour dénon- cer ce quefait laRussie. Jesuis satisfait dela réuniondes ministres européens des affaires étrangères [lundi 3 mars] qui a caractérisé l’attitude de la Russie d’agression. Cequi est unfait. L’Europeest maintenant prêteà prendre des mesures supplémen- taires si l’escalade se poursuivait. Nousnousréunironsjeudi [6mars] pour en décider. D’ici là, l’Europe doit continuer àdénoncer uneatti- tudeinacceptable. Cela suppose aussi de tendre la main à l’Ukraine, lui proposer une lignedecréditetunpackageécono- mique avec son lot de réformes visant à mettre sur pied une vraie démocratieetfairecesserlacorrup- tion. N’aurait-il pas fallu agir avant ? Il est toujours bon d’avoir une positionlisibleet rapidemaisnous sommes vingt-huit Etats. Obtenir le consensus nécessite un mini- mumde temps. L’essentiel est que l’Europe ait employé les mots adé- quats pour qualifier le comporte- ment de laRussie. Près de 29%de la population d’Estonie est russophone. Exis- te-t-il une solidarité envers la Russie? Non. Unepartiedelapopulation est russophone mais aussi ukrai- nienne (22000personnes). Tout le monde, et c’est naturel, est inquiet vis-à-visdelaRussie. Vladimir Poutine prétend, lui, défendre la communauté russe. Tout cela est complètement faux, c’est de la propagande pure. M. Poutinefait delapolitiqueémo- tionnelle. Il rêve d’une unioneura- sienneet veut yinclurel’Ukraine. L’Europe a-t-elle pris la mesure dudanger de cette agression pour les Pays baltes? Il suffit de regarder une carte pour s’enrendrecompte! Les Pays baltes ont, par le pas- sé, plaidé pour une réforme de l’article5 du traité de l’OTANqui permet de réagir par la force à l’agressiond’un pays voisin. Jenecroispasquecelasoitnéces- saire. L’article4, qui permet une consultation lorsque l’intégrité d’un pays est menacée, suffit. La Turquie l’a utilisé dans le cadre du conflit syrien. Toutes les organisa- tions, UE, OTAN, doivent avoir le mêmediscourspour dénoncer l’at- titudeinacceptabledeMoscou. L’Europe aurait-elle dû davanta- ge se méfier de Moscou? L’Union européenne a été trop arrogante quand elle a proposé un rapprochement à l’Ukraine et à d’autres pays comme la Géorgie et la Moldavie. La «mise aux nor- mes» de ces pays prend du temps. Il fallait leur accorder undélai. p Propos recueillis par Claire Gatinois Nouvelle réunion de l’OTAN 3 0123 Jeudi 6 mars 2014 international Lesréfugiéscentrafricainsnesontpasprèsderentrer FrançoisBozizédans lecollimateurdelaFrance Analyse L a Centrafrique vit sa crise sécuritaire et humanitaire la plus aiguë depuis l’indépen- dance, proclamée en1960. Le pays est enproieàunevaguedetueries, de transferts forcés de popula- tionset depillages sans précédent. Les crimes de guerre ont touché tout le monde. Et la purification ethnique, qui viselacommunauté musulmane, est radicale. Trois mois après le lancement del’interventionmilitairefrançai- se «Sangaris», souhaitée et saluée paruneimmensemajoritédeCen- trafricainsetbénéficiantd’unefor- te légitimité internationale, le constat est amer. Si, à terme, les troupes étrangè- res–deSangaris, del’Unionafricai- ne, del’Unioneuropéenne, et bien- tôt de l’ONU– parviennent à réta- blir une certaine sécurité dans le pays, l’opération a été menée de telle manière qu’elle n’a pu éviter que la tempête se déchaîne sur une Centrafrique déjà meurtrie par une année de crimes commis parlaSéléka, unmouvementrebel- le musulman venu du Nord. Les forces étrangères ont assisté à une campagne croisée de tueries qui sera un jour qualifiée, si la justice internationale s’en saisit, de «cri- mes contre l’humanité». Aujourd’hui, un calme relatif nerevient que fauted’ennemis ou de cibles, dans les endroits où la purificationethniqueaétécouron- née de succès. Et la guerre est loin d’êtrefinie. La première étape fut le désar- mement de la Séléka et son départ de Bangui, symbolisée par la chute du président Michel Djotodia, le 10janvier. Maislacoalitiondecom- battants musulmans, appuyés par des mercenaires tchadiens et sou- danais, a quitté la capitale sans avoir été véritablement désarmée. Ils occupent toujours plus de la moitiéde laCentrafrique. La deuxième étape est le conflit contre les anti-balaka (les «anti- machettes», les «invincibles»), ces milices chrétiennes qui occupent l’ouest du pays et qui, de la lutte contre la Séléka, sont passés à une guerre sans pitié contre la popula- tion musulmane. Elles se divisent actuellement sur leurs prochains objectifs, latendancelaplusradica- le souhaitant combattre le gouver- nement et les forces étrangères. La troisième étape, prévisible même si nul ne peut affirmer quand elle aura lieu, devrait de nouveauopposer les forces étran- gères et la Séléka, si celle-ci –com- me cela semble être le cas depuis un mois environ– stoppe son retrait pour tenter de conserver certaines régions et de diviser le pays. Actuellement, la ligne de démarcation va des régions de Kaboaunord à Mobaye ausud, en passant par Kaga-Bandoroet Bam- bari. La Centrafrique est de facto divisée entre l’ouest et l’est. Al’est de cette ligne invisible et que nul n’évoque officiellement, la Séléka contrôle encore des terri- toires où elle se livre à des assassi- nats et des pillages. Dans certaines villes, les chrétiens sont majoritai- res, comme à Bambari ou Bangas- sou, ou représentent la moitié de la population, comme à Bria. Ces régions sont aussi celles, stratégi- ques, dudiamant et de l’uranium. Jusqu’àprésent, la guerre a pro- voqué le mouvement d’unquart à untiers delapopulationcentrafri- caine, selon l’ONU. Environ 300000Centrafricains sont réfu- giés à l’étranger, au Tchad, au Cameroun, en République démo- cratique du Congo, et dans des pays où ils ont été évacués par avion. La majorité des civils qui ont fui leurs maisons sont toute- fois encore dans le pays, dans des camps de réfugiés. Ces déplacés internes sont aumoins 700000. Il resterait entre 100000 et 150000musulmanspiégésensec- teur contrôlé par les anti-balaka, dansl’Ouest, enattentedeconvois d’évacuation. Ils sont le plus sou- vent assiégés autour de mosquées oudemairies. Parailleurs, deschré- tiens peuplent de nombreux camps dedéplacés, mêmedans les régions d’oùla Séléka s’est retirée, effrayésparl’insécuritéetlespilla- ges. Et ils sont encore des centai- nes de milliers dans l’Est, livrés auxviolences de la Séléka. «Sangaris est légitime et utile, mais lamanière dont l’opérationa étéconduiteest vraimentlachroni- queamèred’unéchecannoncé, s’in- digne un observateur européen, finconnaisseurdelaCentrafrique. Le seul véritable succès est en fait l’objectif initial : le départ de Djoto- dia et de la Séléka de Bangui. Mais, depuis que l’arméefrançaise alais- sé les anti-balaka commettre le massacredu5décembre2013àBan- gui sans réagir, et parce qu’entrois mois elle n’afait que de l’interposi- tion molle, sans tuer ni arrêter les pires criminels de guerre, elle a déçu les Centrafricains, trahi son mandat. La France sera un jour questionnée sur le fait que son armée a assisté à une campagne radicale de tueries et de “purifica- tionethnique” sans réagir. » Aurait-ilétépossibled’agirautre- ment?Desofficiersfrançais, outrés par le déni de réalité en vogue à Paris et dans les discours officiels français à Bangui, pensent que oui. «Il yaeuàlafoisunproblèmepoliti- que de volume du contingent et de règles d’engagement, et un com- mandement trop timoré, critique unofficiersupérieur. Quel’onpren- ne quelques semaines, malgré ses crimes passés, pour désarmer l’ar- mée de la Séléka, et ainsi éviter un conflittropviolent, c’estcompréhen- sible. Mais en revanche, qu’on n’in- tervienne pas tout de suite et dure- ment contre les anti-balaka, qui sont devenus les principaux crimi- nels de guerre depuis trois mois, est incompréhensible. C’estdugâchis. » Et de poursuivre: «Malgré des opérations ponctuelles utiles sur le terrain, je crains que nous soyons de facto un jour accusés de non- assistanceàpopulationendanger, ce qui était précisément la raison de l’intervention. » Les organisations humanitai- res telles qu’Amnesty Internatio- nal et Human Rights Watch dres- sent le même constat très critique envers Sangaris, même si l’inter- vention militaire est perçue com- me légitime. L’ONUet ses diverses agences, qui ont étéd’uneineffica- cité spectaculaire pendant cette période d’urgence humanitaire, semblent prendre, bien que tardi- vement, la mesure de la tragédie. NewYorktente désormais de met- tre sur pied l’une des plus impor- tantes opérations militaires et humanitaires de la planète. Pour les musulmans de Centra- frique, et à moins d’un retour fort improbable, il sera trop tard. La purification ethnique aura vain- cu, sur aumoins lamoitiéduterri- toire. Les deux questions des semai- nes et mois à venir sont de taille: comment aider le gouvernement de Bangui à prendre le contrôle de l’Ouest auxmainsdes anti-balaka? Puis comment l’aider à maintenir l’unitéterritorialedupaysenrepre- nant lecontrôledel’Est àlaSéléka? L’Est où, là aussi, des milices anti- balaka sont à l’affût et pourraient commettre des tueries égales ou pires àcelles de l’Ouest. p RémyOurdan Centrafrique: «Sangaris»ou la«chroniqued’un échecannoncé» Troismoisaprèslelancement del’opération française, ladivisiondupays s’est accrue Reportage Mbitoye, N’Djamena (Tchad) Envoyée spéciale Assis sur une natte sous le soleil encette find’après-midi de février, Boubacar Yeola a encore dumal à y croire. Il y a unmois, ce père de famille centrafricainet musulmanhabitait à Bocaranga, à l’ouest de la Centrafrique (RCA). Il y vivait de commerce et d’un peud’agriculture. Aujourd’hui, il est réfugié de l’autre côté de la frontière, auTchad, à Mbitoye. Sa famille, comme d’autres, est ins- tallée sous unmanguier, dans un abri de fortune. «Là-bas, ils ont tout brûlé», explique-t-il, abattu. Petitevilleruraledusuddu Tchadperdueaumilieudela brousse, Mbitoyesetrouveà 10kmde laCentrafrique, 3kmdu Cameroun. Lorsqueles violences sesont accrues enRCAendécem- bre2013, labourgadeavuaffluer des milliers de Centrafricains venus de tout l’ouest dupays: en l’espacede sept semaines, 13000 personnes ont traverséceposte- frontière, chrétiensfuyant l’insécu- ritépour certains, musulmans pour laplupart. «Les anti-balaka [milices chrétiennes] nous ont accusés d’être des Tchadiens, et nous ont dit de partir, de rentrer chez nous», expliqueAladi Séré, ancienvoisindeBoubacar Yeola. CentrafricainsouTchadiens ins- tallés delonguedate enRCA, ces musulmans, accusés d’êtrecompli- ces des rebelles dela Sélékaqui régnaient sur le pays depuis mars2013, ont dûfuir devant l’avancéedes anti-balaka. «L’imam, le prêtre et le pasteur sont allés les voir pour négocier mais çan’apas marché», raconte Yunus Saleh, lui aussi originaire deBocaranga, assis devant le camionfamilial. Faceàuneatta- queimminentedela ville, il embarquefamille et voisins dans soncamionpour les mettreàl’abri auTchad. Enunesemaine, il fera cinqallers-retours pour évacuer des dizaines d’autres musulmans. «On n’a plus rien là-bas» Ases côtés, Aboubacar, com- merçant souriant aufrançais par- fait, a lui aussi fait le trajet en camion, mais depuis la ville de Bozoum. Plus d’une semaine de voyage. «Tous les villages que nous traversions étaient déserts», indique-t-il, expliquant avoir été escorté par des hommes de la Sélé- ka. Comme les autres, il reste sidé- ré par cette flambéede violence intercommunautaire: «Dans le passé, nous avons connudes atta- ques de l’armée. Chrétiens et musulmans fuyaient ensemble. Mais ça, ce n’était jamais arrivé. » Après untel déchaînement de violence, aucunn’envisage de ren- trer enCentrafrique. Yunus Saleh dit savoir que la force africaine de la Misca et les Français de «Sanga- ris» se sont rendus dans l’ouest de la RCApour patrouiller, mais cette présence ne le rassure pas. Aladi Séré est plus amer: «Même dans dixans, cette guerre ne sera pas finie», estime-t-il. Chacunest àla recherched’un lopinde terreàcultiver, d’une échoppeàinstaller. Femmeénergi- queet débrouillarde, Sadia Hamati adéjàmontéune petitecantine localeàMbitoye. Elleyloueune maisonpour loger les enfants. «De toute façon, jen’ai aucuneattache ailleurs auTchad», dit-elle. Ouma Maya, une éleveusepeule d’une trentained’années, resteraelleaus- si ici, àlarecherched’unespaceoù fairepaîtreles animaux: «Pour- quoi voulez-vous que l’onyretour- ne? Onn’aplus rienlà-bas. » Sur les milliers de réfugiés arri- vés à Mbitoye, une partie a conti- nué sa route vers d’autres villes duTchad; une autre a décidé de s’installer dans la région. Face à cet affluxde nouveauxarrivants, les autorités locales ne cachent pas leurs craintes. «Les cases des familles sont déjàpleines, et l’ac- cès àl’eaudifficile», rappelle SalehAbout Djarma, le sous-pré- fet de la circonscription. Dans cet- te régionrurale, oùl’onvit de la cultureducotonet d’une agricul- ture vivrière, la période de soudu- re, entre deuxrécoltes, est déjà longue pour beaucoupde foyers; les prixs’envolent facilement et l’équilibre entre agriculteurs et éleveurs est fragile. L’inquiétudedépasse large- ment les villes frontalières. Près de 80000personnes ont afflué auTchadenl’espace de deux mois. Le gouvernement, qui ne veut pas voir des camps de réfu- giés s’installer comme ce fut le cas à la frontière soudanaise lors de la crise duDarfour, s’emploie à transférer les réfugiés vers des centres de transit et, de là, à leur retrouver d’anciens liens de paren- té auTchadpour ceuxqui enont. «Mais cet afflux s’est fait très rapidement et risque de provo- quer des tensions sociales, souli- gne QasimSufi, chef de mission de l’Organisationinternationale pour les migrations. Beaucoup étaient des commerçants. Il vafal- loir leur trouver une place. En outre, ceuxqui envoyaient chaque mois de l’argent auTchadne pour- ront plus le faire. C’est une perte importante. » Des inquiétudes reprises par la représentanteduHaut-Commis- sariat des Nations unies pour les réfugiés. «Lacommunauté inter- nationale ales yeuxfixés sur la Centrafrique, elle ne voit pas l’im- pact humanitaire sur le Tchad», prévient Aminata Gueye. p Charlotte Bozonnet «Jecrainsquenous soyonsunjouraccusés denon-assistance àpopulation endanger, cequi était précisémentlaraison del’intervention» Unofficier français RÉPUBLI QUE DÉMOCRATI QUE DU CONGO CONGO CAMEROUN TCHAD SOUDAN SOUDAN DU SUD RÉP. CENTRAFRICAINE Bouar Bossangoa Sibut Berberati Zone contrôlée par les anti-balaka Zone contrôlée par la Séléka Bria Bangassou Bambari Mobaye Kabo Kaga-Bandoro Bangui 250 km Le5février àBangui, des soldats des Forces armées centrafricaines ont lynché unhomme accusé d’être unex-rebelle delaSéléka. J. DELAY/AP «BOZIZÉ et ses fils jouent unrôle insupportable», estime le ministè- refrançais de la défense. Avant le déclenchement de l’opération «Sangaris», le 5décembre 2013, diplomates et militaires français jugeaient l’implicationdel’ex-pré- sident centrafricainderrière les milices anti-balakanégligeable. Celui-ci, disaient-ils, tentait tout auplus de récupérer le mouve- ment. Mais cette analyseachangé. Après sonrenversement, en mars2013, par les rebelles de la Séléka, François Bozizé a circulé entre le Cameroun, la France, le Kenya, l’Ouganda et le Soudandu Sud. Selondes sources concordan- tes, il est actuellement installé à Kampala, oùil bénéficiede la bien- veillancedes autorités ougan- daises. Le chef de l’Etat déchua toujours nié être derrière les anti- balaka, se limitant à les considérer comme des «résistants». Mais un enregistrement audiocirculant depuis plusieurs jours sur Inter- net confirme ses liens avec des commandants de cette milice. Selondes sources militaires françaises, François Bozizé et des membres de sa famille manipu- lent les groupes qui font la chasse auxmusulmans. «Ils méritent la Cour pénale internationale [CPI] », avanceunhaut responsablefran- çais. Le bureauduprocureur de la CPI a ouvert le 7février unexa- menpréliminaire, étape préalable à une enquête officielle, sur les cri- mes commis enCentrafrique depuis septembre2012. Gel des avoirs Paris travaille actuellement au Conseil desécuritédel’ONUpour geler les avoirs et àinterdire de voyagehuit personnalités centra- fricaines, dont François Bozizéet sonfils Jean-Francis, unancien ministredela défense qui était encoreenjanvier enFrance. Selon unesourceprochedes services de renseignement, la familleBozizé aurait placéaumoins 156millions d’euros sur des comptes enSuisse, auLuxembourget dans les îles anglo-normandesdeJerseyet Guernesey. Des fonds auraient aus- si été placés enAfrique duSud. Unautrepersonnageest aussi dans lecollimateur de laFrance: NoureddineAdam, l’ex-chef des services derenseignement dupré- sident déchuDjotodia(issudela Séléka), considérépar Paris com- mele principal acteur agissant pour unepartitiondupays. Après s’êtreréfugiéauBénin, il serait, selonunesourcegouvernementa- lefrançaise, passéauNigeria. p Cyril Bensimon 4 0123 Jeudi 6 mars 2014 international L a menace d’une guerre en Ukraine n’empêche pas Barack Obama de reprendre les rênes du dossier de la paix au Proche-Orient. Alors que les pour- parlers israélo-palestiniens menés par le secrétaire d’Etat John Kerry ont peu de chances d’aboutir, avant la date butoir du 29avril, à l’«accord-cadre» recherché par les Américains, le président des Etats- Unis a reçu le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, lundi 3mars à la Maison Blanche. Le président palestinien, Mah- moud Abbas, aura droit au même honneur dans deuxsemaines. L’entouragedeM. Obamalesou- ligne à dessein: le processus de paixaétéaucentredesdiscussions plutôt détendues avec M. Nétanyahou, et non pas le nucléaire iranien et la décolonisa- tion, sujets sur lesquels les deux hommes s’étaient opposés lors de leursprécédentesentrevues. L’heu- re est venue «de prendre certaines décisions difficiles », a déclaré M. Obama à l’adresse du premier ministre israélien. «Israël a fait ce qu’il devait et, je suis désolé de le dire, les Palestiniens n’en ont pas fait autant», arépliquécedernier. Mais l e discours de M. Nétanyahouasignificativement changé, mardi, lorsqu’il a pris la parole à Washington devant les 10000délégués de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), leprincipaletpuissant«lob- by américainpro-Israël », comme il se définit lui-même. Le premier ministre israélien s’est alors mué en ardent promoteur d’un accord depaixaveclesPalestiniens. «Nous avons tous tant àgagner àlapaix», a-t-il lancé, reprenant la rhétorique américaine. Alors que John Kerry essuie de vives critiques en Israël pour ses déclarations mettant en gardelepays contrelerisqued’être isoléetostracisés’il échoueàfairela paix avec les Palestiniens, M. Nétanyahou a rendu hommage au «secrétaire d’Etat qui ne dort jamais», allusion aux incessantes navettesdeM. Kerry. Depuis son élection de 2008, Barack Obama s’est, à deux repri- ses, exprimé en personne devant l’assembléeannuelledel’Aipac. Cet- te année, il a préféré laisser son secrétaire d’Etat l’yreprésenter. Un signe qui correspond au nouveau rapport de force récemment établi par le président américain avec le puissant lobby. Enseptembre2013, la renonciationde M. Obama à une intervention militaire en Syrie, ardemment défendue par l’Aipac, avait constitué un premier revers pourlegroupe. Plusrudeencorefut lechocencaisséaudébutdefévrier, lorsque la vigoureuse campagne menéepar le«lobby»enfaveur du vote de nouvelles sanctions contre l’Irans’étaitheurtéeauxfortespres- sions de laMaisonBlanche visant à préserver les négociations avec Téhéransur lenucléaire. «Elan brisé de l’Aipac» Les lobbyistes, qui avaient réus- si à convaincre pas moins de 59sénateurs (dont 16démocrates) de voter les sanctions, ont dû bat- treenretraitepubliquementetont cessé, jusqu’à présent, leurs pres- sions sur les sénateurs démocra- tes. Le New York Times titra alors sur «L’élanbrisé»de l’Aipac. Barack Obama semble avoir ébranlé la tactique de l’Aipac qui consiste à prétendre agir sur une base «bipartisane» alors que cer- tains de ses responsables présen- tent le président comme un faux ami d’Israël. De facto, M. Obama a aussi misencauselaplacerevendi- quéeparl’organisation, quiacollec- té 3,1 milliards de dollars (2,25mil- liardsd’euros)d’aideenfaveurd’Is- raël en 2013, de représentant uni- que des Américains pro-Israël. En réalité, 70% des juifs américains ont voté en sa faveur en 2012, contredisant l’idée selon laquelle leur préférence irait au plus viru- lent défenseur des autorités israé- liennes. Les réactions aux plaidoiries insistantesdel’Aipac sur le dossier iranienontmisenlumièreladiver- sité de l’électorat juif et le discours des groupes pro-Israël favorables au président, tel J. Street. Le nou- veaumairedeNewYork, Bill deBla- sio, a été critiqué par des juifs de gauche pour avoir pris la parole lors d’uneréunionde l’Aipac qu’ils ont qualifié de «défenseur dugou- vernementintransigeantd’Israël et de ladroite qui le soutient». Un nouveau front s’est ouvert pour l’organisation américaine, avec la virulente condamnation, mardi, par M. Nétanyahou, de la campagne de boycottage d’Israël qu’il a qualifiée d’«antisémite». Baptisé «Boycott, désinvestisse- ment et sanctions» (BDS), le mou- vement a récemment pris de l’am- pleur aux Etats-Unis avec l’adhé- siond’une importante association deprofesseurs et chercheurs. p Philippe Bernard Lire aussi la tribune p. 18 CHINE Pékinaugmenteencore sonbudgetmilitaireen2014 PÉKIN. LaChine aannoncé, mercredi 5mars, qu’elleaugmentait de12,2%sonbudget militaireen2014, une nouvellehaussequi inquièteles pays impliqués dans des différends territoriauxavec cepays. Pékindevrait allouer 808,23milliards de yuans (95,9mil- liards d’euros) àsa défense, aindiquéle ministèredes finances à l’Assembléenationalepopulaire. Lebudget de la défensechinoise est ledeuxièmeplus élevédumonde, mais restenettement derriè- recelui des Etats-Unis (460milliards d’euros en2014). Les experts occidentauxconsidèrent cependant queles dépenses réelles de Pékindépassent très largement les chiffres annoncés. – (AFP.) p Egypte Interdiction duHamas palestinien LECAIRE. Untribunal égyptiena interdit, mardi 4mars, le Hamas, le soupçonnant de s’allier avec les Frères musulmans pour commettre des attentats. Le mouvement palestinienau pouvoir dans la bande de Gaza a accusé LeCaire de «servir» ainsi «l’occupationisraélienne». – (AFP.) Mali Uncommando djihadiste attaque unhaut responsable du principal mouvement touareg KIDAL. Des djihadistes ont attaqué, mardi 4mars, dans la soirée, à Kidal, dans le nordduMali, unhaut responsablede la sécurité auseinduprincipal mouvement touareg, le Mouvement natio- nal pour la libérationde l’Azawad(MNLA). Blessé par balles, Aha- bi Ag Ahmeidaa été évacué par les forces françaises vers Gaooù sonétat était, mercredi, jugé critique. Il représentait le MNLAau seinducomité de liaison, mis enplace après les élections de 2013 pour tenter d’apaiser les tensions locales, comprenant unmem- bre de l’ONU, de l’armée malienne et d’unautre groupe touareg, le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad. Nucléaire Greenpeace s’attaque à plusieurs centrales nucléaires dans six pays européens PARIS. Pour dénoncer le vieillissement des centrales nucléaires européennes, l’organisationécologisteGreenpeaceamené, mer- credi matin5mars, plusieurs actions, notamment enSuisseet en France. SelonGreenpeace, sur les 151 réacteurs enfonctionnement enEurope, 66ont plus de30ans et 7 ont étémis enserviceil ya plus dequaranteans. – (Reuters, AFP.) PollutionPoursuivi enAmazonie, Chevronobtient le soutiende la justice américaine NEWYORK. Le groupe pétrolier Chevrona gagné une manche contre le jugement équatorieninfligeant, en2011, une amende de 6,9milliards d’euros pour pollutiondans la forêt amazonien- ne. La justice américaine a infirmé, mardi 4mars, la décisionren- due par des magistrats équatoriens enfaveur des 30000plai- gnants, qui ont décidé de faire appel. – (AFP.) BarackObama met engarde Ben- yaminNétanyahou au sujet de la «construction accélérée dans les colonies» dans unlong entre- tienpublié par le site Bloomberg View, dimanche 2mars. «Si les Palestiniens arrivent à la conclu- sionqu’unEtat palestiniensouve- rain et contigun’est plus possi- ble, alors notre capacité à gérer les conséquences internationa- les sera limitée», ajoute le prési- dent américain. M. Obama se dit convaincuque M. Nétanyahou «est assez fort pour que, s’il déci- dait qu’ [avancer vers des discus- sions de paix] était la bonne cho- se à faire pour Israël, il pourrait le faire». Dans le cas contraire, ajoute le président, «il doit pro- poser clairement une approche alternative. Et (…) il est difficile d’enfaire émerger une qui soit convaincante». Lepuissant lobbypro-israélienAipac aperdudesoninfluencefaceàM. Obama AWashington, BenyaminNétanyahoufait l’élogeduprocessus depaixmenépar laMaisonBlanche Le président américainmet engardecontre la colonisation 5 0123 Jeudi 6 mars 2014 Achevé en1997, le barrage de Mesochora n’a jamais été mis eneau grâce à la mobilisation des habitants. TOMSTODDART ARCHIVE/GETTY IMAGES international &planète Bruxelles Bureau européen M ichel Barnier ne s’avoue pas vaincu. Le Français jouesonva-toutcesjours- ci pour être désigné chef de file de sa formation, le Parti populaire européen (PPE), en vue des élec- tionsdemai. Maislaparties’annon- ce rude. Jean-Claude Juncker, l’an- cienpremier ministre luxembour- geois, est donné favori lors du congrèsdeDublin, quidoitdéparta- ger les deux hommes, jeudi 6 et vendredi 7mars. Dans un entretien au Monde, Michel Barnier considère néan- moinsque«lejeuest assezouvert», endépit des pronostics qui le don- nent battud’avance. «Personne n’a rien à perdre dans un tel débat », veut-il croire pour justifier sa démarche, tandis que Jean-Claude Juncker aurait préféré ne pas avoir d’adversaire avant d’être désigné avec l’appui des chrétiens-démo- crates d’Angela Merkel. «Nous démontronsquelePPEauneappro- chedémocratiquedecechoix, cequi n’a pas toujours été le cas», lâche Michel Barnier: «Celacorrespondà lalogiquedeladésignationduprési- dent de la Commission à la faveur des élections européennes. Je mûris cetteidéedepuis longtemps. » Jusqu’au vote des quelque 800délégués du PPE, vendredi, Michel Barnier entend s’appuyer sursonexpériencedecommissaire aumarchéintérieuret auxservices financierspourrallierdessoutiens. « Le seul candidat du PPE qui connaisselaCommission, c’est moi. C’est un fait objectif », dit-il, sans rougirdubilan, pourtantcontrover- sé, de l’équipe dirigée par José Manuel Barroso: «La Commission ajouésonrôlepoursauvegarderl’es- sentiel, l’euro et le marché unique, qui ont failli exploser. » A l’en croire, cette expérience vaudrait à Michel Barnier de nom- breuxappuis chez les eurodéputés duPPE. Sonconcurrentdispose, lui, après dix-huit années comme pre- mier ministre du Luxembourg, de multiples connexions parmi les chefs d’Etat et de gouvernement, dans l’optique d’une éventuelle nominationàlatêtedelaCommis- sion européenne après le scrutin. «Le vainqueur devra rassembler une majorité au Parlement, une majorité qualifiée au Conseil euro- péen, et être enmesure de diriger la Commission», prévientMichel Bar- nier: «Celanes’improvisepas. » Sur le fond, le Français veut ren- forcer «l’indépendance de l’Euro- pe». «De Gaulle, Churchill, Ade- nauer ne feraient plus de discours sur l’indépendance nationale, mais sur l’indépendance de l’Europe», veut-il croire. «Nous ne sommes pas condamnés à acheter des pro- duits et des technologies fabriqués par les Chinois oules Américains. » Pour lui, il est temps de muscler l’économie numérique, la politi- que énergétique et la stratégie industrielle des Européens. Il faut aussi accélérer la mise sur pieds d’une diplomatie commune, afin de peser davantage sur la scène internationale et dans le voisinage de l’Unioneuropéenne. «Laremise à plat des relations avec la Russie doit être prioritaire», dit-il à la lumièredelacrise ukrainienne. PourM. Barnier, untel program- medoitservird’antidoteauxpopu- lismesdetousbords, enparticulier enFrance. Acejour, l’ancienminis- tre de Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac ne croit pas à une victoire de Marine Le Penle soir du25mai : «Il n’y a pas de fatalité», assure-il. «C’est insensé de vouloir sortir de l’euro, c’est se mettre dans la main des marchés financiers, c’est perdre ce qui nous reste de souveraineté nationale», affirme l’ex-chef de la diplomatie française (2004-2005), qui avait été contraint de démis- sionner après lavictoiredu«non» auréférendumsur la Constitution européenne. «Pour autant queles partiseuro- péens prennent au sérieux cette campagne, il est possible de contrer leFront national », dit-il. Dans cette logique, Michel Barnierseméfiedu slogandel’UMPpourlacampagne: «Une autre Europe». «Je préfére- rais “Nouvelle Europe”, qui signifie nouvel élan. » «Il faut être juste avec l’Europe, et préservercequel’onafait ensem- ble. Elledoitcesserd’êtrepouruncer- tain nombre d’hommes et de fem- mes politiques un bouc émissaire, même dans ma propre famille», prévient-il. Pour lui, l’UMP, tout comme le PPE dans son ensemble, doivent poursuivre dans la voie ouverte pendant la présidence Sarkozy, en cherchant la synthèse entre le «oui » et le «non» à la Constitution: «En2009, j’étais tête deliste, etnousavionsgagnélacam- pagnesur cetteligne-là: clairement proeuropéenne, mais sans naïveté, et pas euro-béate. »p Philippe Ricard nSur Lemonde.fr Lire l’intégralité de l’entretien sur le blog «La bataille de Bruxelles». Athènes Correspondance L es défenseurs du fleuve Achéloos bataillaient depuis vingt ans pour sa sauvegarde. Ils viennent d’emporter unevictoi- requalifiéed’historique: leConseil d’Etat grec vient de mettre un ter- me au très controversé projet de dérivation du plus long fleuve du pays. Les juges estiment qu’il viole leprincipededéveloppementdura- ble inscrit dans la Constitution et qu’il doit àcetitreêtreabandonné. «C’est lapremièrefois enEurope qu’une cour se réfère auprincipe de développement durable pour met- tre finàunprojet qui constitue une véritable catastrophe écologique», se félicite Théodota Nantsou, du Fonds mondial pour la nature (WWF). Depuis plus de vingt ans, WWF, Greenpeace, mais aussi la Sociétéhelléniquedeprotectionde l’environnementluttaientpartous les moyens possibles – manifesta- tions, concerts, recours enjustice – pour empêcher le détournement prévu de 600millions de mètres cubes d’eau par an vers les plaines agricoles deThessalie. Le fleuve Achéloos, surnommé le «fleuve blanc», prend sa source danslemassifmontagneuxduPin- de, aunord-ouestdupays, ets’écou- lesur220kilomètresjusqu’àlamer Ionienne, dansl’unedesrégionsles plus sauvages de Grèce. L’une des plus préservées aussi, dont plu- sieurs sites sont classés dans le réseau européen Natura 2000. Le delta de Missolonghi, où le fleuve sejettedans lamer, est l’undes dix sites grecs protégés par la conven- tiondeRamsar sur les zones humi- de (1971) et abrite des espèces d’oiseauxprotégéesparunedirecti- veeuropéenne. Plus à l’est, de l’autre coté des monts du Pinde, se situe la plaine de Thessalie. 80% du coton euro- péen est produit dans ces vastes champs, soit plus de 230000 ton- neschaqueannée. Uneculturepar- ticulièrement gourmande en eau et qui a modifié en profondeur les ressources hydrauliques de la région. «Pendant soixanteans, les agriculteurs ont pompé sans aucu- ne retenue. A grands coups de canons à eau. Les lacs naturels se sont asséchés, les nappes phréati- ques se sont salinisées ousont deve- nues inexploitables, car contami- nées par les pesticides utilisés pour protéger les plants decotontrès fra- giles», soutient ThéodoraNantsou. Le président de l’Association grecque du coton, Apostolos Dondas, reconnaît que les prati- ques d’irrigation ont longtemps été problématiques, mais affirme «que tout a radicalement changé depuis dixans. Nous sommes tous passés au goutte-à-goutte et nous nous montrons beaucoupplus res- pectueux de la ressource, en essayant de limiter l’évaporation liée ausoleil, par exemple». Face à ces problèmes d’approvi- sionnement eneaude la Thessalie, les autorités grecques ont, dès le milieu des années 1980, ressorti des cartons le projet de dérivation du fleuve Achéloos, qui remontait auxannées1930. Pasmoinsdequa- tre barrages et lacs de retenue en plusieurspointsdufleuve, associés à deux tunnels et uncanal de déri- vation d’environ 18km, ont ainsi étéentrepris dès 1990. Mais une vaste campagne euro- péenne, lancée en 1992 par des dizaines d’associations de protec- tion de l’environnement, a débou- ché en 1994 sur le refus de l’Union européenne de financer le projet. S’en est suivie une longue bataille judiciaire. Des dizaines de déci- sionsdejusticeont concluàl’aban- don du projet, sans que jamais les travaux soient réellement stoppés par legouvernement grec. Unbarragede 135 mètres aainsi été achevé en1997 à proximité du village de Mesochora: il attend depuissamiseeneau. Lamobilisa- tiondes habitants, qui refusent de quitterleursmaisons, vouéesàdis- paraître sous l’eau, a de fait empê- chétoute inaugurationdel’ouvra- ge. Cequeleprésidentdel’Associa- tion grecque du coton regrette. «La Grèce a déjà dépensé plus de 340millions d’euros pour ces grands travaux et on ne peut pas les utiliser ? C’est de l’argent jeté par les fenêtres!, s’indigne M. Don- das. Je ne comprends pas la déci- sion du Conseil d’Etat. Nous avons besoin de cette eau pour survivre. Quereprésententquelquesoiseaux rares et leurs nids face à l’avenir de nos enfants? Notre pays doit créer de la richesse pour rembourser ses dettes et l’agriculture doit devenir unsecteur prioritaire. » Pour Théodota Nantsou, «les politiques n’ont jamais osé propo- ser des solutions alternatives à ces agriculteurs, qui sont une clientèle électoraleàbichonner, et personne n’oseleur dire quede toute façonle coton grec est fini. Il ne peut pas être compétitif avec le coton turc ou égyptien! » De fait, depuis l’ef- fondrement de l’industrie textile grecque, le coton de Thessalie est principalement voué à l’exporta- tion dans un marché mondial ultracompétitif, oùles prixsesont contractés ces dernières années. «La culture du coton grecque ne survitdepuisdesdécenniesquegrâ- ce aux subventions européennes, mais ça change, et je ne vois donc pas pourquoi il faudrait détourner le cours d’un fleuve qui remonte à l’Antiquité pour alimenter une plante vouée à disparaître», affir- me ThéodotaNantsou. En réalité, la Politique agricole commune européenne (PAC) pré- voit encore des subventions pour le coton grec pour la période 2014-2020, conformément aux engagements du traité d’adhésion delaGrèce. Maislesproducteursde Thessalie devront désormais cher- cher ailleurs l’eau dont ils ont besoin. «Nous allons être vigilants dans les prochains mois et vérifier que le nouveau plan de gestion des eaux pour la Thessalie, que doit remettreleministèredel’environne- ment, respecterabien la volonté du Conseil d'Etat et n’utilisera pas une astuce juridique pour remettre au programme de manière détournée les travaux sur l’Achéloos », prévient ThéodotaNantsou. Le porte-parole du ministère de l’environnement,ThodorisKaraou- lanis, affirme que les travauxliés à la gestiondes ressources eneauen Thessalieserontplanifiésenaccord aveclesétudesenvironnementales réalisées. «Nous attendions la déci- sionduConseild’Etatpournouspro- noncer», assure-t-il. Les défenseurs dufleuve attendent donc encore la traduction politique de l’injonc- tionjuridiqued’abandonnercepro- jet. C’estseulementaprèsqu’ilssou- lèverontlaquestiondelaréhabilita- tion des sites défigurés par les tra- vaux. Une autre longue bataille en perspective. p AdéaGuillot «Leseul candidat duPPEqui connaisse laCommission, c’estmoi. C’estunfaitobjectif » Michel Barnier Michel Barniercroiten seschancespourconduire lacampagneduPPE Réuni encongrès, leParti populaireeuropéen désignesonchef defileauxélectionsdemai «Quereprésentent quelquesoiseaux raresetleursnids faceàl’avenir denosenfants?» Apostolos Dondas Association grecque du coton EnGrèce, lefiascoécologiqueduprojet dedérivationdufleuveAchéloos LeConseil d’Etat grecvient d’ordonner l’abandonduprojet, destinéàirriguer lacultureducoton Legouvernement et lestalibanspakistanaisveulentcroireàleurprocessusdepaix Endépit d’attaques menées par des insurgés hostiles audialogue, les discussions sepoursuivent pour pacifier lafrontièreafghano-pakistanaise 100 km Mer Egée Mer Ionienne Achéloos G R È C E MACÉDOI NE ALBANI E Athènes P É L O P O N N È S E Mesochora NewDelhi Correspondant régional L e gouvernement pakistanais paraissait toujours engagé mercredi 5mars dans les dis- cussions de paix avec les talibans du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), deux jours après une san- glante attaque dans un tribunal à Islamabadqui a fait onze morts et une trentaine de blessés. Alors que les contacts formels ont débuté il y a un mois entre deuxdélégations – l’une nommée parlepremierministreNawazSha- rif, l’autredésignéepar leTTP–, les discussions visant à mettre un terme à l’insurrection islamiste concentrée dans la zone pachtou- ne frontalière avec l’Afghanistan sepoursuiventdansunclimatd’in- certitudes, voire de scepticisme. Porté au pouvoir à l’issue des élections législatives de mai 2013, Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N, parti conservateur), sem- ble résolu à continuer d’explorer touteslesvoiesdudialogue, confor- mément à sa promesse électorale. Les réticencesd’unepartiedel’opi- nion, laperplexitéde l’arméeet les divisions des insurgés – dont cer- tains groupes radicaux prônent le maintien de la lutte armée – sou- mettenttoutefoislabonnevolonté deM. Sharif àrudeépreuve. L’assaut dulundi 3mars aucen- tre d’Islamabad, perpétré par un commando lourdement armé, est survenu deux jours à peine après que le TTP a décrété un cessez-le- feuunilatéral –unegrandepremiè- re depuis la formation de cette galaxie de groupes djihadistes fin 2007. L’attaque du tribunal d’Isla- mabad a été revendiquée par un groupepeuconnu, Ahrar-ul-Hind, composédedissidentsduTTPhos- tiles auprocessus de paix. Frappes aériennes LeTTPlui-mêmeaniétouteres- ponsabilité – ce qui a apparem- ment convaincule gouvernement de poursuivre les contacts. L’état- major taliban s’était résolu le 1 er mars à appeler à faire taire les armes pendant une durée d’un mois alors que les pourparlers étaientsurlepointdedérailler. L’ar- mée avait procédé pendant une dizaine de jours à des frappes chirurgicalescontrecertainsrepai- res du TTP au Nord-Waziristan, sanctuaire abritant des groupes talibanspakistanaisetafghans, ain- si quedesnoyauxdjihadistesorigi- naires d’Asie centrale (Tadjikistan, Ouzbékistan). L’aviation d’Islama- bad était intervenue en repré- sailles à des attentats revendiqués par le TTP, en particulier l’assassi- nat collectif, le 16février, de 23 gar- des-frontière retenus prisonniers après leur enlèvement en 2010 dans la zonetribalede Mohmand. Affaibli par cette vague de frap- pesaériennes, leTTPs’est résignéà demander à ses combattants une cessation provisoire des combats, sans exiger les pré-conditions qu’il avait initialement avancées. Dèsl’ébauchedescontacts, ladirec- tiondes talibans pakistanais avait réclamé l’application de la charia (loi islamique) à l’ensemble du pays et le retrait de l’armée des zones tribales. Le fait de ne plus imposerdetelspréalablesàunces- sez-le-feuindiquequeleTTPsur la défensive cherche à «gagner du temps», afin d’«éviter une inter- vention militaire au Nord-Waziris- tan», écrivait lundi le quotidien pakistanais The News. Selon des sources militaires relayées par la presse pakistanai- se, l’arméeseraitprêteàuneopéra- tion terrestre à grande échelle au Nord-Waziristan, du type de celle qu’elle avait menée en 2009 au Sud-Waziristan, fief historique du TTP. NawazSharif nesembletoute- fois pas prêt à valider l’opération tant qu’il n’aura pas épuisé toutes les ressources du dialogue. Les frappes qui ont ciblé le Nord- Waziristandansladeuxièmequin- zainedefévrierontpermisaugou- vernement d’envoyer aux tali- bans unsignal clair: uneinterven- tionmilitaire d’ampleur reste une optionsi le dialogue échoue. L’actuel scénario se déroule dans le contexte d’un rapproche- ment entreIslamabadet Washing- ton. Faitsansprécédent, laCIAaces- sé ses frappes de drones dans les zones tribales depuis deux mois, cédant ainsi aux requêtes de Nawaz Sharif, qui demandait aux Américains de ne pas torpiller les chances dudialogue. p Frédéric Bobin 6 0123 Jeudi 6 mars 2014 france APPEL DES ARCHITECTES Pour que chacun puisse habiter Pour que nous puissions tous habiter ensemble! Chers électeurs, chers concitoyens, Vous choisirez bientôt les élus de votre commune. Ils ont en charge l’aménagement des villes et villages où nous vivons tous et autorisent la construction des logements. C’est une responsabilité essentielle et les enjeux sont immenses. Notre pays traverse une crise du logement qui n’est pas sans rappeler la crise des années cinquante. Le retard accumulé depuis trente ans fait qu’aujourd’hui 3,5 millions de nos concitoyens sont mal logés ou sans logement. Le logement est une « impossible marchandise »; il ne doit pas être traité comme un produit fnancier. Pour tous, l’habitat est un besoin vital, fondamental. Chacun de nous y a droit. L’équilibre d’une société, l’emploi, la qualité de nos vies, l’éducation des enfants en dépendent. Ne laissons pas se développer, aux portes de nos métropoles, de nouveaux bidonvilles. Faisons du logement pour tous une priorité nationale et engageons notre responsabilité collective. Il y a crise du logement et en même temps - incroyable paradoxe! - la France construit de moins en moins entraînant une crise du bâtiment qui met en péril les emplois et les savoir-faire. Il faut à nos élus une volonté politique forte pour construire 500000 logements par an et en rénover autant. Mais prenons garde, il ne s’agit pas de construire n’importe où et n’importe quel logement. De lourdes erreurs ont été faites dans le passé que notre société continue de réparer. En construisant des logements standardisés et éloignés de tout, en consommant sans retenue les terres agricoles ou naturelles, en multipliant à la périphérie des villes des zones sans qualité et inaccessibles sans voitures, nous préparons le mal- logement de demain! Nous avons besoin de construire des logements près des transports en commun, des commerces et des services. Nous avons besoin de logements spacieux, lumineux, calmes, avec des balcons et des terrasses, des greniers et des caves. Nous avons besoin de logements économes en énergie. Nous avons besoin de logements adaptés aux évolutions des modes de vie. Nous avons besoin d’un urbanisme concerté, solidaire et respectueux de l’environnement pour vivre ensemble dans des villes accueillantes, belles et écologiques. Soyons vigilants et ambitieux! Les projets d’aménagement, de construction et de réhabilitation permettent d’allier développement économique vertueux et créations d’emplois, solidarité et mieux vivre. Les 30000 architectes français sont les acteurs de l’habitat au quotidien. Ils sont à vos côtés et sont prêts à mettre leur savoir-faire et leur imagination au service de la ville de demain. Ils sont à la disposition de vos futurs élus, parce que L’ARCHITECTURE CONCERNE CHAQUE CITOYEN www.architectes.org #!($%'%"& L a Sarkozie ne voulait pas y croire. C’est pourtant vrai : Patrick Buisson enregistrait bien Nicolas Sarkozy à son insu, lors de réunions privées à l’Elysée pendant le précédent quinquen- nat. Le Canard enchaîné et le site Internet Atlantico dévoilent mer- credi 5mars plusieurs extraits qui ne laissent aucundoute. LeCanardpubliecequ’il présen- te comme le verbatim d’une réu- nionà l’Elysée, enregistrée à l’aide d’un dictaphone par l’ex- conseiller de M. Sarkozy. Selon le journal satirique, lascènesedérou- le le 27février2011, lors d’une réu- nion de travail autour du prési- dent, à quelques heures du rema- niement qu’il va annoncer. Outre NicolasSarkozyet PatrickBuisson, le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, le conseiller spé- cial Henri Guaino, le conseiller en communication Franck Louvrier, le publicitaire Jean-Michel Gou- dardetlesondeurPierreGiacomet- ti sont présents. D’après la retranscription de l’hebdomadaire, les six hommes et le chef de l’Etat échangent notamment sur l’allocution que va prononcer M. Sarkozy pour annoncerleremaniementministé- riel. Brice Hortefeux est en passe d’être remplacé par Claude Guéant à l’intérieur et Michèle Alliot-Marie par Alain Juppé au Quai d’Orsay. Lors de cette réunion privée, Nicolas Sarkozy demande à ses conseillers s’ils n’ont «pas d’états d’âme» à évincer du gouverne- ment son fidèle Brice Hortefeux. Réponsecinglantede PatrickBuis- son: «Le problème est de faire un choix politique», fait-il valoir, avant de regretter que M. Horte- feux soit « inhibé » en matière d’immigration. « Une partie de notre électorat manifeste une cer- taine impatience», affirme le conseiller venu de l’extrême droi- te, qui ainspirélastratégiededroi- tisation de Nicolas Sarkozy pen- dant la campagne présidentielle de 2012. A l’issue de la réunion, M. Buisson se moque aussi des ex-ministres Roselyne Bachelot, Michèle Alliot-Marie ou Xavier Darcos, qu’il juge «archinuls». Contacté par Le Monde, Patrick Buisson s’est refusé à tout com- mentaire. Desoncôté, sonavocata confirmémardi soir l’authenticité de l’enregistrement de la réunion de travail retranscrite par Le Canard. «Je confirme qu’il s’agit d’un enregistrement authentique et que c’est bienmon client Patrick Buissonqui aprocédéàcet enregis- trement », a admis M e Gilles- WilliamGoldnadel. M. Buisson avait pourtant nié en bloc les accusations publiées parLePoint, datédu12février, révé- lant l’existence de ces enregistre- ments pirates. L’hebdomadaire écrivait que M. Buisson avait saisi «des heures et des heures de réu- nionsstratégiquesàl’aided’undic- taphone dissimulé dans sa veste». Patrick Buissonavait alors annon- cé son intention de déposer une plainte pour diffamation contre Le Point. DanslafouléeduCanard, Atlan- tico a mis en ligne des extraits sonores de quatre autres enregis- trements datant du26février2011 à la Lanterne, à Versailles, lors d’une réunionconsacrée aurema- niement, soit la veille de la réu- nionévoquée par Le Canard. On y entend l’ancien patron du journal d’extrême droite Minute tenir en aparté avec Jean-Michel Goudarddespropos peuamènes à l’égarddeNicolasSarkozyetdeCar- la Bruni-Sarkozy. Les deux hom- mes ironisent sur les «interven- tions percutantes» de l’épouse du chef de l’Etat. M. Buisson s’agace aussi du manque de fermeté de M. Sarkozy sur l’immigration, en regrettant de devoir revenir constamment «àlacharge». Un autre sujet paraît plus gênant: lesdeuxhommess’inquiè- tent du changement de fonction de Claude Guéant, qui passe du secrétariat général de l’Elysée au ministère de l’intérieur. Patrick Buissonsembleredouterlessuites judiciairesdesaffairesimpliquant la Sarkozye. Il s’interroge sur la capacité du nouveau secrétaire général de l’Elysée, Xavier Musca, à savoir «se mouiller» autant que Claude Guéant pour les «affaires du parquet ». «Tu vois l’avantage de Guéant, là depuis trois mois, c’est qu’il connaissait un petit peu les dossiers, notamment pour les affaires auprès du parquet. Il se mouillait unpetit peu», relève-t-il. L’ancienjournalisteseplaint aussi à propos du remaniement de ne pas avoir «réussi à entraîner la tête» du ministre de la justice Michel Mercier, qu’il qualifie de «totalement calamiteux». Selon son entourage, Nicolas Sarkozy est «furieux» d’avoir été espionné par celui qui a fait partie de son premier cercle. «Il se sent trahi » par son ancien conseiller qu’il acontinuéàconsulter depuis son départ de l’Elysée. La dernière fois que les deux hommes se sont entretenus, c’était le 11 février, juste après les révélations du Point. Ce jour-là, M. Buisson a démenti devant l’ex-président les révélations de l’hebdomadaire. Les proches de Nicolas Sarkozy affirment qu’il n’a jamais su qu’il était enregistré à son insu. C’est la stupéfaction. «Si c’est vrai, c’est consternant», déplore l’un de ses proches. «La confiance a été tra- hie, c’est vraiment une trahison. Nous vivons tous cet événement comme une sorte de viol », s’est insurgé Henri Guaino sur France Info. «Moi, cela ne m’étonne pas. Buissonest undingueet aagi com- me un historien en voulant garder des archives», souligne un autre à propos dupatronde lachaîne His- toire. Dans les rangs de l’UMP, plu- sieurs dirigeants ont exprimé leur consternation, à l’instar de Jean- Pierre Raffarin jugeant sur Fran- ce2 la méthode des enregistre- ments «inacceptable» et «intolé- rable». Pour les sarkozystes, pas ques- tion de surréagir à la polémique: l’ancien chef de l’Etat a donné consigne à ses troupes de ne pas donner tropd’échos à cette histoi- re peureluisante. Aucune prise de parole ou dépôt de plainte de M. Sarkozy ne sont prévus. L’idée estdefaireledosrond, enespérant que cela passe… Mais un grand déballagen’est pas à exclure. Mardi soir, l’avocat de M. Buis- son a affirmé sur i- Télé que son client rendrait «coup pour coup». Un sarkozyste redoute que l’affai- re donne lieu à un feuilleton, ali- menté par des révélations poten- tiellement dévastatrices pour son candidat: «Le problème, c’est que personnene sait jusqu’oùcelapeut aller maintenant que la boîte de Pandore est ouverte…»p Alexandre Lemarié Sondagesdel’Elysée: les jugessurlapistedesbandes LesécoutesBuissonfontvacillerlaSarkozie L’ancienconseillerdeNicolasSarkozyreconnaît avoirenregistrédesréunionsconfidentiellesàl’Elysée LES ENREGISTREMENTSde PatrickBuissonintéressent depuis plusieurs semaines les juges Serge Tournaire et Roger Le Loire chargés de l’enquête dite des sondages de l’Elysée et dans laquellel’ancienconseiller de Nicolas Sarkozyjoue unrôle-clé. Une série de perquisitions a été réaliséeauxdomiciles de M. Buis- son, mais aussi dans ses bureaux à TF1. Toutefois, unhaut responsa- ble de la police judiciaire a assuré, mardi 4mars auMonde, quelques heures après les révélations du Canardenchaîné, que la police «n’apas découvert de documents sonores» lors de ses recherches. Les échanges entrel’ex- conseiller deM. Sarkozyet lagarde rapprochéede l’ancienprésident pourraient éclairer les enquêteurs sur lamanièredont M. Buisson, notamment, apubénéficier, entre2007et 2012, decontrats de plusieursmillions d’euros attri- bués sans appel d’offres. Révélée enjuillet2009par laCour des comptes, qui avait alors dénoncé unmarché«exorbitant», au regarddes règles de ladépense publique, cetteaffaireest cellequi inquièteleplus leclanSarkozy. Des faits de«favoritisme»et de «détournements de fonds publics» sont enjeu. Enmai 2007, M. Sarkozyn’était pas éludepuis trois semaines que sadirectricede cabinet, Emma- nuelleMignon, accordait, entrois paragraphessur une feuillevolan- tesans en-tête, ledroit àM. Buis- sonde rédiger et decommander des enquêtes auxinstituts deson- dagesde sonchoix. Pour laseule année2008, leconseiller aprésen- téunefactured’1,5milliond’euros àl’Elyséeaunomde sasociété Publifact. Laconventionaccordéeà M. Buissonaensuiteétérenouve- léechaqueannéepar Jean-Michel Goudard, l’ami publicitairede NicolasSarkozy. LorsqueLeMon- de, àl’automne2012, avait interro- gél’ancienconseiller stratégie du président pour savoir s’il avait la délégationdesignaturepour lefai- re, M. Goudards’était montrésur- pris: «Unedélégationde quoi ?» Autotal, l’Elyséea verséencinq ans plus de 3,3millions d’euros auxsociétés de PatrickBuisson. Les contrats de conseil passés avec lasociété Giacometti Péron, une autresociété amie de la maison, respectent davantagela forme, mais l’Elysée yaconsacré 2,56mil- lions d’euros entre2008et 2012. Caisses de documents L’enquêtesur les sondages a mis dutemps àdémarrer. Pendant plus de trois ans, le dossier est res- tésur lebureaudujugeSergeTour- nairesans quecelui-ci, saisi par l’associationAnticor, puisseenquê- ter. Leparquet de Paris, alors repré- sentépar Jean-ClaudeMarin, s’y était opposécar, selonlui, l’immu- nitéduchef de l’Etat s’étendait à ses collaborateurs. LaCour de cas- sationajugéducontraireen décembre2012et ainsi renduau jugele droit d’instruire. Depuis, les enquêteurs s’effor- cent de ramasser documents et témoignages qui pourront les aider à y voir plus clair dans ces passations de marché et à identi- fier le donneur d’ordre. Outre les perquisitions menées chez PatrickBuisson, les policiers se sont rendus dans les différents instituts de sondages. Ils ont égale- ment récupéréune quinzainede caisses de documents auprès de la société Giacometti Péron. M. Sarkozypourrait êtredirecte- ment rattrapépar cetteaffaire. Si lajusticeétablit que«les sondages commandésrépondent àuneinitia- tivepartisaneoupersonnelle», expliqueM e JérômeKarsenti, l’avo- cat d’Anticor, «ces actes détacha- bles de lafonctionprésidentielle» neseraient alors plus couverts par l’immunitéprésidentielle. p LaurentBorredon etEmeline Cazi Selonsonentourage, l’ex-président est «furieux»d’avoir étéespionnépar celui qui afaitpartie desonpremiercercle 7 0123 Jeudi 6 mars 2014 france «L’indispensable»Daniel Cohn-Benditn’estpas candidataurenouvellementdesonmandateuropéen Al’approchedes élections européennes, «Dany»n’épargnepasEELV, qu’il soutient malgrétout C et hiver, c’est à Boulogne- Billancourt (Hauts-de-Sei- ne) que les cadors de l’UMP défilent. Dans ce fief de la droite où, selon Roger Karoutchi, séna- teur des Hauts-de-Seine, «l’UMP fait 70%lors des périodes demarée basse politique», Alain Juppé est venu au gymnase des Abondan- ces, mardi 4mars, quittant un temps la campagne municipale bordelaise pour soutenir son anciendirecteurdecabinet àMati- gnon, Pierre-MathieuDuhamel. Maire UMP de la ville de 2007 à 2008, mais relativement éloigné des arcanes du parti, M. Duhamel s’était fait ravir l’investiture UMP lors des précédentes municipales au profit du sarkozyste Pierre- Christophe Baguet. Six années ont passé, et latoute-puissancedel’an- cienprésidentdelaRépubliquesur ladirectionde l’UMPégalement. Pierre-Mathieu Duhamel, bien décidé à reprendre son siège, peut compter dans son entreprise de reconquête sur l’ancien maire UMP Jean-Pierre Fourcade et le députéUMPThierrySolère, qui ne ménagent ni leur énergie ni leur carnet d’adresses pour convaincre les électeurs boulonnais de voter pour un candidat dépourvu de l’étiquetteUMP. Plusieurspoidslourdsont fait le déplacement pour soutenir le can- didat dissident: Gérald Darmanin, député du Nord, David Douillet, ancienministredessports, Benoist Apparu, ancien ministre du loge- ment, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’agriculture. Afficher le soutien du président-fondateur de l’UMP, «c’est affirmer son pedi- gree “droite républicaine”. Il est important que les électeurs se sen- tentlibresdevoterselonleursensibi- lité», estime ThierrySolère, expert en dissidence et tombeur de ClaudeGuéant à Boulognelors des législatives de 2012. L’ancien pre- mier ministre est donc le certificat de compatibilité UMP de Pierre- MathieuDuhamel. Devant plusieurs centaines de sympathisants, Alain Juppé a vite troqué son rôle de soutien dans une campagne locale pour revêtir lecostumedechef del’opposition. L’ancien premier ministre a passé en revue la politique de l’équipe Hollande, dénonçantledésengage- mentdel’Etatdanslefinancement des collectivités locales, la mise en place des rythmes scolaires, moquant Arnaud Montebourg – «notre flamboyant ministre du redressement n’arienredressé»… «Ecuries» Une fois le compte de l’exécutif réglé, Alain Juppé présidentialise encore son discours, développant sa vision d’une Europe plus inté- grée, soulignant la renaissance de «la guerre froide» et la nécessité pour la France de maintenir son budget de défense. Les municipa- les semblent bienloin. Lesoutiend’AlainJuppéneman- que pourtant pas d’agacer le maire sortant: «Enpleinecampagne, cha- cunveuts’afficherenhommed’Etat dans notre UMP déliquescente, cogne Pierre-Christophe Baguet. Lesécuriesprésidentiellescommen- cent à se phagocyter les unes les autres. Aujourd’hui, lastratégiedes Juppé, LeMaire, Bertrandconsiste à faireexploserlesyndicdecoproprié- té de l’UMP que codirigent Fillon et Copé, tout en empêchant le retour deNicolasSarkozy. Mais les Boulon- nais sont à 15000kilomètres de la coursed’écuriesdontuneétapesem- ble se jouer à Boulogne. » Pierre- Mathieu Duhamel et Alain Juppé quittent côte à côte la salle alors que le public lance: «Duhamel àla mairie, Juppéprésident! »p Eric Nunès Marseille Correspondance A Marseille, le6 e secteur et ses 116000 habitants consti- tuent-ils la clé duscrutinde mars?«C’estundesdeuxswingsec- tors », confirme régulièrement, accent du Vieux-Port en prime, Patrick Mennucci, le chef de file socialiste. «Ces arrondissements sont importants pour gagner », rétorque, sensible sur la question, Jean-ClaudeGaudin, enquêted’un quatrièmemandat de maire. Alaprésidentiellede2012, Nico- las Sarkozy a laminé François Hol- landedanscesquartiersEstdeMar- seille, où cités paupérisées, zones pavillonnaires et friches indus- trielles forment un échantillon assez représentatif de l’ensemble de l’agglomération. «C’était du 55/45, rappelle Christophe Masse, le candidat PS-EELV. Ici, je m’atta- que àunvéritable mur de droite! » Un mur qui affiche quand même deux belles failles. «Tout réside sur deux inconnues, confir- me Denis Barthélemy, conseiller général PS et directeur de campa- gne de M. Masse. Le score du Front national, comme partout à Mar- seille, et surtout le nombre d’élec- teurs qui se porteront sur Robert Assante. Une quadrangulaire au secondtour, ça change tout. » Maire sortant de ces 11 e et 12 e arrondissements, élu en 2008 sur les listes UMP, M. Assante a choisi la dissidence depuis quelques mois. Ce conseiller général de 61 ans est un ancien élève de M. Gaudin, «au collège comme en politique». «Et comme je ne suis pas d’accord sur sa façon de gérer Marseille, il s’est mis en tête de me punir, s’enflamme-t-il. Avec lui, c’est Assante aupiquet ! » Démissionnaire de l’UMP il y a quatreans, M. Assantes’estradicali- sé: «J’ai refusé de voter le nouveau planlocal d’urbanismequi bétonne nos quartiers, je me suis présenté auxlégislativescontrel’UMP», énu- mère-t-il. Bien calé dans son fau- teuil de maire de secteur, qu’il entend «plus que tout, garder», il s’étonne: «Moi, j’aime ça la proxi- mité. Alors pourquoi Gaudinveut-il mepriver de cemandat?» Tout à ses exercices d’équilibre dans sa majorité, M. Gaudina pré- féré valider dans ce 6 e secteur, un ticket réunissant son premier adjoint, Roland Blum, et la dépu- tée ValérieBoyer. Reléguéàla troi- sième place, M. Assante, vexé, a pris le maquis, entraînant sept conseillers d’arrondissement sous étiquette divers droite. «Evidemment que ce n’est pas facile de mener campagne sans l’appareil de l’UMP», reconnaît-il. La veille, il était venuseul rencon- trer une quinzaine d’électeurs potentiels sous les serres d’unami pépiniériste. Pas destaff, quelques tracts et un discours incendiaire contre le bilan Gaudin. «On ne peut pas vouloir rester maireparce qu’on a peur de s’ennuyer à la retraite», assène l’ex-ami. Dans une villa cossue du quar- tier de la Treille, M. Blum et M me Boyer animent, eux, un apéri- tif decampagne. Derrièreleportail de la propriété, les pins sont immenses et les voitures alleman- des. Les deux candidats jouent l’union, même s’ils n’ont pas tou- jours été proches. La première, directe et pugnace, est une fidèle de Guy Teissier. Le second, tout en onctuosité, un ami de trente-cinq ans de M. Gaudin. «Vous allez voir, notrenuméroest bienrodé», glisse M. Blum, 68 ans, qui a promis la mairiedu6 e secteuràM me Boyer, de 17anssacadette. Faceàunetrentai- ne d’habitants, verre de cassis blanc en main, le duo distille les messages-clés de la campagne UMP: «poursuivre le développe- ment de Marseille», «éviter la dou- ble peine socialiste» et «ne pas votez FN, car cela favorise Patrick Mennucci». Quand un trentenaire pose la question des «74 ans de M. Gau- din», M. Blum encaisse et évoque 2017 et la fin du cumul des man- dats: «Ceserauntournant…Lemai- rechoisira-t-il leSénat ouMarseille? Je ne peux le dire. » Le cas Assante, lui, n’est même pas abordé. «Sui- vant sonscore, nous négocierons ce qu’il faudra. Ceseraviteréglé», pro- metM. Blum. «Voilàleurproblème, s’énerve encore celui que tous ses adversaires surnomment désor- maisle“kamikaze”. Ils n’ont jamais cruàmadétermination. » A gauche non plus, on ne voit pasRobertAssantealleraubout de sa dissidence. «Tous les matins, je m’attends à lire son ralliement dans La Provence», lâche M. Mas- se. Fils et petit-fils d’élus socialis- tes, ceconseillergénéral jouebeau- coup sur son nom. Lorsqu’il passe entrelestablesdel’EntraideSolida- rité 13, qui organise un loto pour lesseniorsduquartier, onl’attrape pour lui parler de Marius, son père, oude Jean, songrand-père. «J’essaie de m’inscrire dans ces traces. Cellesd’unélulocal deproxi- mité», assure-t-il humblement aux anciens, qui s’impatientent devantleurscartonsdejeu. Poussé par M. Mennucci à s’aligner dans ce secteur-clé – il aurait préféré le 7 e , déjà PS –, M. Masse a déjà reçu les visites des ministres Manuel Valls et AurélieFilippetti. «Et cette fois, assure-t-il, j’ai un vrai pro- gramme à défendre pour faire changer cette ville. » Alors que PapeDiouf aparachu- téuncandidat venud’EELV–Ferdi- nandRichard, cofondateurdelaFri- cheBelle-de-Mai–etqueleFrontde gauche compte capitaliser sur les nombreuses luttes sociales menées dans ce secteur lourde- mentfrappéparladésindustrialisa- tion, lachancedelagauchedépend aussiduscoreduFrontnational. Eli- sabeth Philippe, la candidate Mar- seille Bleu Marine, a frôlé les 22% auxlégislatives de2012. p Gilles Rof Marseille: le«swingsector» qui pourraittoutfairevalser Pour gagner lamairie, lagauchemarseillaise doit conquérir le6 e secteur, oùladroites’est divisée I l n’est pas candidat maisil est la vedette de la journée. Mardi 4mars, Daniel Cohn-Bendit, 68ans, est venu soutenir les têtes de listes d’Europe Ecologie- Les Vertsauxeuropéennes. L’ex-leader de Mai-68 agace les écologistes mais ceux-ci ne peuvent se passer delui. Avant de se rendre rue Lafayet- teàParis, oùl’équipeaéludomici- le jusqu’au 25mai, le chroniqueur d’Europe1 s’est offert la matinale de France Inter. Quelques heures plustard, surlepas-de-portedusiè- ge de campagne, M. Cohn-Bendit répond encore et toujours aux journalistes. A l’intérieur, tout le monde attend que «Dany» termi- ne. Oui, il ne se représente pas et oui, il seradifficilede rééditer l’ex- ploit des 16,28%des voixde 2009. « C’était plus facile avec moi, lâche-t-il. Il faut que tous s’y met- tent. Ce sera plus collectif, ce qui peut être unavantage…» Le chef de file, c’est désormais Pascal Durand, candidat en Ile-de- France, avec Eva Joly en deuxième position. L’ex-secrétaire national d’EELVest undesraresànepasêtre sortant. Yannick Jadot se représen- te dans l’Ouest et José Bové dans le Sud-Est. L’ex-leaderdelaConfédéra- tionpaysanne est aussi le candidat desécologistesàlaprésidencedela Commissioneuropéenne, avecl’Al- lemandeFranziskaKeller. «C’est notre boussole» La tâche ne sera cependant pas facile pour EELV, qui devra pro- mouvoir l’Europedans uncontex- te de fort euroscepticisme. Mais le parti de Cécile Duflot, endifficulté depuis les 2,31%de la présidentiel- le, veut croire qu’un score à deux chiffres est possible. «Nous som- mes à un point de basculement : soit onest sur unrepli nationaliste, soit sur un saut fédéral, affirme M. Jadot aumicro. Nous porterons une conviction et une détermina- tionproeuropéenne. L’Europen’est pas néolibérale et conservatrice par essence. L’Europe est ce que les majorités politiques enfont. » Tous se succèdent à la tribune. Puis, «évidemment», vient le tour deM. Cohn-Bendit. Artisanmajeur dusuccès de2009et de lacréation d’Europe Ecologie, le député euro- péen a depuis rendu sa carte. En 2013, il confirmait qu’il ne brigue- rait pas un cinquième mandat européen. Très critique à l’égard d’EELV, il ne s’est pas privé de taclerlanouvellepatronnedupar- ti, Emmanuelle Cosse: «On n’en a rienàcirer delasecrétairenationa- le pour les élections européennes, a-t-il lancé sur France Inter. Ce n’est pas lasecrétairenationalequi afaitlesuccèsd’EuropeEcologieil y aquatre ans et demi. » Riendetout ça, rueLafayette. Le coprésident du groupe Verts au Parlementeuropéenesttoutsouri- re –«c’est notre boussole», dira même Karima Delli, candidate dans le Nord-Ouest. «J’ai passé un pacte de responsabilité avec EELV, explique M. Cohn-Bendit. Je suis prêtàdonneruncoupdemainpen- dant lacampagneet EELVest prêt à me donner un coup de main pour transformerl’Europe. »Et devanter la «cohérence» des têtes de listes écologistes, contrairement aux autres partis politiques accusés d’avoir «nommé, négocié, mar- chandé leurs candidats» avec des préoccupations «beaucoup plus nationales qu’européennes». C’est oublierunpeuvitequelesdésigna- tions à EELV se sont faites dans la douleur mi-décembre2013 après uncongrès houleux. Qu’importe, laphotode famille est dans la boîte. M. Cohn-Bendit enprofitepour glisser sapréféren- ce pour la présidence de la Com- missioneuropéenne. Ala surprise générale, il ne cite pas le nom des candidats écologistes –«soyons réalistes », dit-il – mais celui de Michel Barnier, ex-ministre UMP de Nicolas Sarkozy et commissai- re européen sortant. «C’est le seul candidatcrédible, unDelorsducen- tre droit», a plaidé le député euro- péen. Avec son savoir-faire et son franc-parler, M. Cohn-Bendit n’a décidémentpasfini desurprendre ses petits camarades. p Raphaëlle Besse Desmoulières BernadetteChirac veutconserversoncanton M oncanton, moncanton, qui a volé moncanton? Tel Harpagondésespéré àl’idéequ’onlui eût dérobé sa cas- sette, BernadetteChirac, conseillè- re générale ducantonde Corrèze (Corrèze), a vilipendé, mardi 4mars, le nouveaudécoupage cantonal qui fait passer «son» cantonà la trappe. L’élueUMPétait lavedettede laconférencedepresseorganisée par François Sauvadet, député (UDI) et président duconseil géné- ral de Côte-d’Or, entourédequel- ques autres barons locauxdel’op- position, pour présenter le Livre noir sur le redécoupagedes can- tons de France, sous-titré«Les ter- ritoires deFrancesacrifiés». Sous les micros et les caméras braqués vers elle, l’épousedel’ancienpré- sident delaRépublique, 80ans et toutesonacrimonie, s’est indi- gnéequesoncantonde 3445âmes – 4,5fois moins que le cantonle plus peuplédudéparte- ment –, dont elleest l’éluedepuis trente-cinqans, eût étésacrifié, écarteléentrois morceaux, sur l’autel durééquilibragedémogra- phiqueet delaparité. «Massacre» Depuis la promulgationde la loi du17mai 2013 qui a instauré unscrutinbinominal paritaire – deuxconseillers, unhommeet une femme, dans chaque can- ton–, entraînant la diminution de presque la moitiédunombre de cantons, a été engagé unredé- coupagegénéral duterritoirecan- tonal, le premier depuis…1801. Alors, les hobereauxlocauxvicti- mes duremembrement fustigent une opération«qui n’ad’autre finalité que de sauver les meubles duPS», selonM. Sauvadet. Et de déclarer la guerre– Berna- detteChirac entotem– à cette inqualifiableatteinte aupatri- moine national. La voilà donc qui défendses gens. «Je les connais tous et ils me connaissent tous. Ils savent tout le travail que j’ai accompli pour eux», geint-elle, n’enrevenant toujours pas qu’on ait puattenter à sondomaine. «Inimaginable», s’excla- me-t-elle. Pour plaider sa cause, elle a «fait des visites enhaut lieu». Sans succès. Sonillustrevoi- sincorrézienest resté sourdà ses doléances. «Le président Hollan- de abeaucoupde choses àfaire. Je ne pense pas qu’il se soit penché sur le problème, l’absout-elle. J’ai une petite idée de ce que représen- te lacharge d’unprésident de la République. » Mais, après le miel, la sommation: «Si je tombe àla trappe, je dirai uncertainnombre de choses. » Enrang serré derrière leurfigure de proue, les croisés de la ruralité sont fermement décidés à engager tous les recours possibles pour empê- cher le «massacre». Avec le secret espoir d’obstruer les voies administratives et de rendre impossible la tenue des élections départementales à la date pré- vue. «Elles auront lieu en mars2015, comme prévu», assu- re le ministère de l’intérieur. p PatrickRoger «Juppéprésident!», scandentlesmilitants UMPdeBoulogne Enmeetingpour les municipales, l’ex-premier ministreafustigélapolitiquedeM. Hollande «Moi, j’aimeça, la proximité. Pourquoi Gaudinveut-il me priverdecemandat?» Robert Assante candidat divers droite dans le6 e secteur de Marseille Christophe Masse, candidat PS dans le 6 e secteur de Marseille, le 26février. P. GHERDOUSSI/DIVERGENCE POUR «LE MONDE» 8 0123 Jeudi 6 mars 2014 DÉCORATION R|N0V’0ÉO0 I9BI SAR| Ncs ccr(eterces, rct|e e\(e||erce et rct|e ¸cât 1a t|c.c|| sc|¸re A V0IR| S|RV|O| I P||NI0R|, PAP||R·P||NI, PARÿ0|I, |||OIR|O|I|, OARR||A0|, P|0MB|R||, MAO0NN|R||, M|N0|S|R||. ¯De.|s ¸|cta|t ¯De|c| |es(ecte Ie| : 0I.40.09.ì9.ZB 0B.ZI.40.0Z.8I WWW.reaer4eceI9BI.fr ANTIQUITÉS BIJOUX P|RR0N0 esI ré·earerI P|RR0N0·B|100X · · · · · · · · · · · · · · Arc|ers. Occcs|crs A|¸erte||es. 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Ol aì Z& J& aZ · |rrc||||e|Ùr(a|||c|te.l| |erfz|I 5 ||gaes PzrI|ca||ers Prefess|eaae|s I pzraI|ea B56 IIO B56 HI |z ||gae sapp|émeaIz|re I56 IIO I56 HI 3I czrzcIères ea espzces pzr ||gae. Me4a|es : aeas ceaIzcIer c\$ ÕNÆ ¤ÕyÕ•?7 øOZZú ‡ºhðc b&b Ÿv v• îæ`Mq õORö\ ‡ð3hh3źÖ3 Zg æ`à vÜë9æ›äq øO\ZU ‡ºhðc b]$ M•q vq @q››q`ä››q øO\Zõ ‡ºhðc +* Æ) +¼ ¿* ++ ¿--¿ ˜ ‡íMx1 ¨œ€Sœâê Z\O €í•€ PRíé€ ˜ ˜ ÅélRíé€d• ARíEœéEx }í•€ EdœEx Ÿí "R핤x ˜ 7uEí韀 €œR }_Ÿq•_à•_} [`[c dont Lco-Part de 4- e]gCe!g ®äM nNMä|< .Nàb] •} &gg Mqtt_M9t .Cät9q q| e&g C bgg Pour communiquer dans ceLLe rubrique, aµµe|ez |e : 0¡.57.Z8.38.5Z Envoyer voLre LexLe þar e·mail . natha||e.|avenu©mµub||c|te.fr 0123 Les Bonnes Adresses ENTREPRISES VENTES LOCAUX COMMERCIAUX |te|mzas Versz|||es |ccc| (|cless|crre| ca ccrre|c|c| ZZr Z sa| |ae. |c;c1e ar+ìr Z sca(|e\. !|es cccess|||e, sca(||c||, scr|tc||e. |c,e| rc1e|e, |el 1ercr1ees D||ect (|c(||etc||e Ié| : 0B.ìZ.89.45.09 Z8ete|mzas@gmz||.cem ACHATS |’|MM0B||||R I00% |NIR| PARI|O0|||RS Ac|etea|s ||cr;c|s et |a|c(eers kec|e|c|. tcas t,(es 1e ||ers ert|e (c|t|ca||e|s. |M0 Ié| grzIa|I : 0. 800.I4.II.B0 VENTES APPARTEMENTS PARIS 5 E A0|NO| |0X|MB00R0 Ie| : 0I.5B.8I.40.50 B0 SI M|OH|| · ÿ0A| 0| S||N| a´ c.ec cscersea|, |e| |rrea||e 1e lJOO, +|. 1e &ìr Z , se ccr(cscrt 1’ar sejca|, are sc||e c rcr¸e| c|rs| |ae 1e Z c|||es. 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Unpetit 17˚C à Colmar (Haut-Rhin), à la veille de Noël, bienau-delà de la moyenne des maximales de sai- son (5,7˚C). Des tempêtes à répéti- tion. L’hiver 2013-2014 en France est celui de tous les records: à la foisextrêmementpluvieuxettem- pétueux mais aussi particulière- ment doux. Il se classe au deuxiè- merangdes hivers les plus chauds depuis 1900, derrière celui de 1989-1990 et parmi les plus arro- sés, selon le bilan climatique publié par Météo France mardi 4mars. Entre décembre 2013 et février2014, la température a été supérieure de 1,8˚C à la normale (la moyenne de 1981-2010). La plu- viométrie s’est révélée supérieure de40%auxnormalessurl’ensem- ble du pays, malgré un bilan très disparate selon les régions. «Très abondantes sur la façade ouest du pays et du Sud-Est, les pluies sont enrevancherestéestrèsdéficitaires de l’Hérault aux Pyrénées-Orienta- lesainsi quedansleNord-Est», indi- que MétéoFrance. Aurangdesrégionslesplustou- chées, la Bretagne a enregistré son record de pluie depuis 1959. Les Bretons ont dûouvrir le parapluie decinquanteàquatre-vingts jours au cours de l’hiver, soit quinze à vingt joursdeplusquelanormale. Au total, le cumul des précipita- tions sur la saison a atteint entre 350 et 1 000 mm selon les endroits, c’est-à-dire près de deux foislamoyenne. «Cespluiesexcep- tionnelles, conjuguéesauxsubmer- sions marines lors des grandes maréesdejanvieretfévrier, ontpro- voquédesévèresinondations», pré- cise Météo France. Morlaix et Quimperlé (Finistère) ont ainsi eu àdenombreuses reprisesles pieds dans l’eau, suscitant la colère des habitants. Dans le Sud-Est, la région Pro- vence-Alpes-Côte d’Azur, en parti- culier le Var et les Alpes-Mariti- mes, a également enregistré un recorddeprécipitations. Elleaain- si compté entre trente et quarante jours de pluie et entre 350 et 800mm de cumuls de précipita- tions, soitdeuxfoisplusquelanor- male. Des événements intenses qui ont provoqué la crue de plu- sieurs cours d’eau, ainsi que des glissementsdeterrainet desébou- lements de falaise. Les skieurs ont toutefois pu en retirer un avanta- gepuisquelaneigeaété très abon- dante sur les Alpes duSud. La succession de tempêtes venues d’Atlantique renforcées par de forts coefficients de marées s’explique, selon Christine Berne, climatologue à Météo France, «parunezonededépressionsurl’Is- lande, plus creusée et active que d’habitude, ainsi qu’unfort anticy- clone reculé sur le sud, vers les Aço- res, qui laisse la porte de l’Atlanti- que ouverte aux perturbations hivernales». Ce phénomène a aus- si laissé passer des courants d’alti- tude d’Ouest et de Sud-Ouest, qui ont apporté de l’air chaud. Météo France décompte 40dépressions depuis le début de l’hiver, soit deux fois la normale. Mais dans l’Hexagone, contraire- ment à la Grande-Bretagne, la for- ce des vents «n’a pas présenté de caractère exceptionnel », comparé à des tempêtes historiques com- me en 1999 avec la succession de « Lothar » et « Martin » ou «Klaus» en2009. La plus violente tempête de cet hiver sur la pointe bretonne a été «Ulla», les 14 et 15février, avec des vents dépassant les 150km/h sur les côtes, et des rafales jusqu’à 110km/h à l’intérieur des terres. «Dirk», de son côté, s’est étenduà la quasi-totalité de la France du 23 au25décembre. «Cephénomèneest surtout rare par sa durée: on comptabilise 56 jourssur les 65del’hiver durant les- quels lasituationaété propice aux tempêtes, indique Pascal Yiou, cli- matologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environ- nement. C’est quelque chose que nous avons déjà observé à l’échelle européenne en 2006-2007 ou à la fin des années 1990. Mais il faudra réaliser des études plus poussées pour savoir si c’est dû au change- ment climatique. L’an dernier, par exemple, l’hiver était à l’inverse moins pluvieuxet très froid. »p AudreyGarric Pluies, tempêtes, chaleur: l’hiverenFrancebattouslesrecords Latempératuremoyenneestsupérieurede1,8 0 Cparrapportauxnormales, lapluviométriede40% Lesassautsdel’océanvontcoûtercher ROUTESFERMÉES, entreprises et commerces inondés, digues abî- mées, pêcheurs cloués à quai, champs submergés: la multiplica- tiondes tempêtes qui ont assailli le littoral français, cet hiver, va laisser des traces. Dans le Finistère, à Quimperlé (12000habitants), l’undes épicen- tres des inondations enBretagne, le débordement de l’Isole, rivière de 48kmde long qui traverse le Morbihanet le Finistère avant de se jeter dans la Laïta, a entraîné l’évacuationet le relogement d’une quinzaine de familles après la découverted’importantes fissu- res dans les bâtisses duXIX e siècle qui la bordent. AHyères-les-Palmiers, ville varoise de 60000habitants, il est tombé, le 19janvier, autant d’eau entrois heures qu’il entombe d’habitude entrois mois. Selonla mairie, 800 logements ont été inondés. Le nombred’alertes à la vigilan- ce témoigne à lui seul duharcèle- ment subi par certains départe- ments. Normalement limitées à quelques jours par an, elles se sont multipliées ces trois derniers mois, comme dans le Finistère qui figure entête de liste avec 44 jours placés sous surveillance de MétéoFrance, avant le Morbi- han, l’Ille-et-Vilaineet la Loire- Atlantique. Affaiblis et épuisés par les coups de vent exceptionnels, plus de 21 000oiseauxmarins se sont échoués sur les plages depuis fin janvier, «une hécatombe histori- que» selonla Ligue de protection des oiseaux. Le macareuxmoine et le guillemot de Troïl sont les espèces les plus touchées. Le pin- gouintorda a été affecté dans une moindremesure. «La clé sous la porte» Le coût des assauts à répétition de l’océanreste à préciser, mais des chiffres commencent à circu- ler. Dans la régionAquitaine, les données disponibles sur le grigno- tage des côtes sableuses par la mer sont impressionnants. Même si le printemps devrait ramener unpeude sable sur le littoral, c’est dujamais vu: le trait de côte a reculé enmoyenne de 11 mètres, avec des pics à 20mètres. Rien que pour les travauxliés à l’activi- té touristique estivale, il faudra débourser entre 2,5 et 3millions d’euros. Face à cette inquiétante accélérationde l’érosiondulitto- ral, le président duconseil régio- nal AlainRousset (PS) a interpellé le ministre de l’écologie, Philippe Martin, appelant à la «solidarité nationale». Les dégâts s’annoncent aussi importants dans les secteurs de la pêche et de l’agriculture. «Entre Noël et mi-janvier, les bateaux sont sortis deuxfois moins que l’année dernière», s’inquiète BrunoDachicourt, de l’Union nationaledes syndicats demarins- pêcheurs. Dans le Nord-Pas-de- Calais, même les plus gros chalu- tiers ne sont pas sortis. Lachute des ventes à la criée a eudes conséquences sur l’ensem- ble de la chaîne. Interrogé par l’AFP, Pierre Labé, le président de l’Unionnationalede la poissonne- rie française, estime que la situa- tionest «catastrophique» pour les mareyeurs: «Ons’attendàune perte de 35%à40%duchiffre d’af- faires et si çacontinue, beaucoup vont mettre laclé sous laporte. » Les agriculteurs dont les terres ont été noyées sous des pluies tor- rentielles redoutent l’arrivée du printemps: les légumes ont pour- ri et les semis n’ont souvent pas puêtre faits. Sur les 130 sites de productionde la coopérative bre- tonne Savéol, numérounde la tomate enFrance, 20ont été endommagés. De quels montants seront les indemnisations? Le gouverne- ment a fait unpremier geste en reconnaissant l’état de catastro- phe naturelle dans près de 135 communes. Mais les assureurs mutualistes sont les seuls, pour le moment, à avoir avancé le mon- tant de la facture qui leur incom- be. Le syndicat des mutuelles d’as- surance GEMAestime que les intempéries du23décembre au 21février vont leur coûter unpeu plus de 133millions d’euros. p Diane Jeantet LesBretons ontouvert leurparapluiequinze àvingt joursdeplus quelanormale cethiver SOCIAL Pactederesponsabilité: lesnégociationssetendent Le projet de relevé de conclusions dupatronat sur les contrepar- ties aupacte de responsabilité, envoyé mardi 4mars auxsyndi- cats, a suscité la colère de ces derniers. Dans ce texte, le Medef, la CGPMEet l’UPArefusent notamment de s’engager sur des créa- tions d’emplois ousur l’obligationde négocier dans les branches, enéchange de la baisse de 30milliards d’euros ducoût dutravail promisepar François Hollande. «Soit ils reviennent à laraison avec des objectifs quantifiés dans les branches, soit il n’y apas de pacte de responsabilité», a dénoncé, mercredi, le secrétaire géné- ral de la CFDT, Laurent Berger, sur France Inter. Syndicats et patronat devaient se retrouver, mercredi enfinde matinée, pour tenter de s’entendre sur untexte. pJean-Baptiste Chastand Police Enquête de l’IGPNsur un chantage présumé à la naturalisation Leministredel’intérieur ademandéàl’Inspectiongénéraledela policenationaled’enquêter sur uneaffairede chantageprésuméà lanaturalisation, rapportéemercredi 5mars par Le Figaro. Le com- mandant ducommissariat de Viroflay(Yvelines) aurait menacé d’émettreunavis défavorable à la demande de naturalisation d’une jeune fille russe, à moins qu’elle ne se rende à la Manif pour tous du10octobre 2013 et ne donne le nomde participants. Faits divers Agression homophobe à Lille Deuxétudiants ont porté plainte après une agression, lundi 3mars ausoir, dans le métrode Lille. Ces deuxjeunes d’une ving- taine d’années, qui se tenaient la main, ont été insultés par six individus, et ont reçucoups de piedet coups de poing. – (AFP.) Deux arrestations après un meurtre auTrocadéro Deuxhommes soupçonnés d’avoir participé aumeurtre d’un jeune homme de 20ans dans les jardins duTrocadéroà Paris, la nuit de la Saint-Sylvestre, ont été interpellés, mardi 4mars, et pla- cés engarde à vue. – (AFP.) ASoulac-sur-Mer (Gironde), l’océanAtlantique a rongé quatre mètres de dune enjanvier. DUFFOUR/ANDIA.FR J eneserai pascandidatpourexer- cer, pendant six ans supplémen- taires, un nouveau mandat. » Dans une tribune publiée dans LeMondedujeudi6mars, Jean-Pier- re Bel, président duSénat depuis le 1 er octobre 2011, annonce qu’il quit- tera son fauteuil du Palais du Luxembourgaprès les élections de septembre2014, qui doivent en renouveler la moitié des sièges. A62ans, M. Bel précise par ailleurs qu’il ne se présentera à «aucune autre fonction élective». Sénateur de l’Ariège depuis seize ans, prési- dent du groupe PS entre2004 et 2011, ce proche de François Hollan- de a été en 2011 le premier prési- dent socialiste du Sénat sous la V e République. Sa décision relève d’«un choix personnel très ancien», expli- que-t-il, dictépar«lesnouvellesdis- positions de la vie politique ». «Pour redonner confiance dans la parole politique, on ne peut pas s’en tenir à proclamer des princi- pes, il faut être capable de se les appliquer et, d’abord, ne pas se considérer comme propriétaire de ses mandats», détaille M. Bel. Eluen2011faceauprésidentsor- tant, l’UMP Gérard Larcher, et à la centristeValérieLétard, lesocialis- tese retiredonc après trois années de mandat et un bilan mitigé. A plusieurs reprises depuis le début duquinquennat, les sénateurs ont eneffetrejetédesloisfondamenta- les pour l’exécutif – comme celle sur les retraites en novembre2013 ouleprojet deloi definancesrecti- ficatifpour2014unmoisplustard. Contrairement à l’Assemblée nationale, lePSnedisposepasdela majoritéabsolueruedeVaugirard. Une différence qui provoque un jeud’alliancesparfoisdifficileàsui- vrepourvoter–ourejeter–destex- tes gouvernementaux. «Fier de ce que [la] nouvelle majorité a pu accomplir», M. Bel regrette néan- moinsqueles équilibresdans l’Hé- micycle aient rendu depuis juin2012 «plus incertain et moins cohérent le positionnement politi- que du Sénat victime d’un rapport deforce politiquevolatil ». Sonretrait àvenir vaouvrir une nouvelle séquence pour désigner son successeur. A gauche, plu- sieurs profils sont envisageables. A commencer par celui du séna- teur (PS) de Côte-d’Or et maire de Dijon, FrançoisRebsamen, qui pré- sidedepuis2011 legroupesocialis- te au Sénat. Autres prétendants possibles: François Patriat, élu socialiste, lui aussi de Côte-d’Or, ou le président du Parti radical de gauche et sénateur de Tarn-et- Garonne, Jean-Michel Baylet. Unbasculement compliqué Adroite, lesénateur(UMP, Yveli- nes) GérardLarcher adéjàannoncé sa candidature. Celui qui fut prési- dent du Sénat de 2008 à 2011 a confirméauMondequ’il avait bien l’intentionde reconquérir la prési- dence de l’institutionsi elle bascu- laitàdroiteenseptembre. «Jedépo- serai ma candidature encas de pri- maires», a-t-il déclaréle4février. Sur sa route, l’ancien maire de Rambouillet (Yvelines), âgé de 64ans, pourrait retrouver Jean- Pierre Raffarin. Le sénateur de la Vienne, 65 ans, avait déjà affronté M. Larcher en 2008, mais, pour l’instant, il n’a pas encore exprimé publiquement ses intentions. «Il faut voir le rapport de force qui res- sort des élections municipales et du vote sur les communautés de com- munes», explique son entourage. Autrement dit, l’ex-premier minis- tre se détermineraselonle résultat du scrutin des 23 et 30mars, qui livrera une orientation quant à la future composition du Sénat – les grands électeurs sont désignés par les conseillersmunicipaux. Si M. Larchermisesur unbascu- lement de la majorité sénatoriale en septembre, le défi semble très compliqué à relever. La droite compte aujourd’hui six sièges de moins que la gauche: pour recon- quérir la Rue de Vaugirard, elle seraitdonccontrainted’enrepren- dre plus du double. La faute à la réforme du mode d’élection des sénateurs, votéeenjuin2013, qui a donné davantage de poids aux communesdeplusde30000habi- tants et instauré la proportionnel- le pour les départements élisant trois sénateurs, au lieu de quatre précédemment. p BastienBonnefous etAlexandre Lemarié Lire la tribune de Jean-Pierre Bel page18 LeprésidentduSénat quitterasonfauteuil àl’automne Jean-PierreBel annonceau«Monde»qu’il nese présenteraà«aucuneautrefonctionélective» 10 0123 Jeudi 6 mars 2014 france R omainLetellieraquittéletri- bunal commeil yétait entré: menotté. Premier prévenu, depuisdelonguesannées, àcompa- raître détenu devant la 17 e cham- bre du tribunal correctionnel de Paris, ce jeune père de famille nor- mandarejoint, mardi4mars, lacel- lule de Fresnes dans laquelle il vit depuis sixmois. Il a été condamné àunandeprisonferme, plus deux avec sursis, pour «apologie d’actes deterrorisme»et«provocationàla commission d’actes terroristes», deux délits encadrés par la loi sur lapressedu29juillet1881. La 17 e est spécialisée dans les délitsdepresse. Il yest questionde diffamation, d’injure, d’apologie de crime, de droit à la caricature et de liberté d’expression. Ony com- paraît généralement libre, aucune de ces infractions ne prévoyant, jusqu’àrécemment, unplacement en détention provisoire. Romain Letellier a inauguréune des dispo- sitions de la loi antiterroriste de décembre2012, qui prévoitunetel- le mesure pour les deux chefs pour lesquels il était poursuivi. Aussi, l’apparition dans le box des accusés, barbe en friche et menottes aux poignets, de ce chô- meur de 27ans tenté par le djihad virtuel avait-elle quelque chose d’«inhabituel », de l’aveu même duprocureur, Annabelle Philippe. Prévoyant «qu’on n’aura pas à l’avenir d’exemple plus grave d’in- fractions prévues par la loi sur la presse», la représentante du par- quet avait donc requis une peine elleaussi «inhabituelle»: trois ans de prison, dont la moitié assortie du sursis. Le tribunal a eu la main moins lourde. Romain Letellier devrait retrouver la liberté dans quelques mois. Il encourait jus- qu’à cinqans d’emprisonnement. Il estreprochéàcejeuneconver- ti à l’islamd’avoir, ensa qualité de modérateur duforumAnsar-alha- qq.net, le deuxième plus impor- tant site de propagande djihadiste francophone, publié la traduction enfrançaisdelarevueenligneIns- pire. Un magazine anglophone, lancé en juillet 2010 pour élargir aumonde occidental l’ère du«dji- had médiatique» professé par Al-Zawahiri, le leader d’Al-Qaida. Cette revue à la maquette soi- gnée vise à inspirer les «loups soli- taires» en dispensant, entre deux considérations théologiques, des appels au djihad et quelques conseils pratiques pour mener à bien son projet terroriste. Elle apparaît, selon le parquet, dans la plupartdesdossiersd’autoradicali- sation. Sous le pseudonyme d’Abou Siyad Al-Normandy («le descendant du Prophète de Nor- mandie»), Romain Letellier a publié deux numéros de la revue contenant des textes appelant à «saigner les têtes de la mécréan- ce», ou glorifiant «la formidable opération du marathon de Bos- ton», qui fit 3morts et 264 blessés, qualifiéede «parfait exempled’in- vestissement àbas coût». La voix douce, parfois chevro- tante, Romain Letellier a laborieu- sement expliqué qu’il regrettait d’avoir publié cette revue, affir- mant sans convaincrene pas avoir lutouslespassagesvisésparl’accu- sation. Se décrivant comme «paci- fiste », il a admis avoir pris conscience, après son interpella- tion, qu’il avait été «très bête» de publier toutes les envolées djiha- distes patiemment égrenées par le juge assesseur. « Pour moi, ce n’était que des textes », s’est-il défendu. «Les textes ont un sens», lui afait remarquer le magistrat. Lesens, c’est cequ’AbouAl-Nor- mandyasembléchercheraufil des années, en se rapprochant de l’is- lamjusqu’à enembrasser les éma- nations les plus radicales. Aucune expertisepsychologiquen’aétéfai- te, aregrettésondéfenseur, M e Tho- mas Klotz, ce qui aurait permis de comprendrele cheminde ce jeune homme sans histoire vers l’extré- misme religieux. Les éléments biographiques sommairement évoqués à l’audienceont toutefois permis de devinerleparcoursd’unenfantéle- védansunvillageduCalvados, qui perdsa mère à l’âge de 4ans. Habi- té depuis le plus jeune âge par la croyance en «une divinité», il se heurte au «tabou» de la religion dans sa famille, «athée» et «com- muniste»: «Quand je demandais ma religion à mon père, il me disait: “pas de religion.”» Le jeune homme refoule son élan mystique pendant des années, jusqu’à son inscription dansunlycéedeCaen, oùil rencon- tre des camarades musulmans avec lesquels il peut «enfin» s’ex- primer. L’islamlui apparaîtrapide- ment comme«lavraiereligion», il se convertit à l’âge de 20 ans et se documente en lisant des livres et sur Internet, ce qui le conduira à découvrir le forum Ansar-alha- qq.net, dont il devient administra- teur début 2013. Se sentant «insulté et méprisé» entant quemusulman, il dévelop- peaugrédeseslecturesuneidenti- fication victimaire aux «musul- mans innocents tués par les drones américains» et affirme avoir vou- lu «informer » de ces faits dont «lesmédiasneparlentpas». Lepré- venunepouvaitignorerlerôlecen- tral de la revue Inspire dans la pro- pagandedjihadiste. Sonavocat n’a pas demandé la relaxe. «Certain» néanmoins que son client « ne représente aucun danger », il a demandé de le «remettre en liber- té». Le jeune homme, qui a purgé la moitié de sa peine, dit vouloir retrouver sa vie d’avant, «sans les forums, biensûr». p SorenSeelow Bilel, étudiant grenoblois en licence d’économie et pompier volontaire, parti faire le djihad enSyrie, est mort mi-février à Homs d’une balle dans le cœur. Le jeune homme de 23ans avait quitté Grenoble en voiture le 5juillet 2013 avec d’autres jeu- nes Français, pour aller combat- tre en Syrie, a indiqué à l’AFPsa sœur Oumaïna, 22ans. «Monfrè- re disait qu’il voulait aider le peu- ple syrienen apportant des médi- caments et de la nourriture et aussi en combattant le régime de Bachar Al-Assad», a-t-elle expliqué. Bilel, dont la famille est musulmane modérée, s’était radicalisé à la suite d’une ruptu- re amoureuse. «Mais on n’imagi- nait quand même pas qu’il allait partir en Syrie», a précisé sa sœur. En Syrie, il avait rejoint le Front Al-Nosra, branche officielle d’Al- Qaida dans le pays, et continué à donner régulièrement des nou- velles à ses parents. C’est un des amis de Bilel sur place qui a annoncé son décès à la famille. «On aimerait bienvoir son corps pour faire le deuil mais onne peut pas, déplore Oumaïna. On a juste une photo de lui mort. » I ncorrigible Gaston Flosse. Depuis sa réélection à la prési- dence de la Polynésie françai- se, le17mai 2013, l’inoxydableséna- teur (82 ans) a renoué avec les méthodes qui ont contribué à ses succès politiques mais aussi à ses déboires judiciaires. Ces derniers semblent ne jamais devoir se ter- miner : impliqué dans de nom- breuses affaires, pour l’essentiel financières, celui queles Tahitiens surnomment «le Vieux Lion» est, selon nos informations, visé par une demande de levée de son immunité parlementaire. Saisie finfévrier par lejuged’instruction de Papeete Philippe Stelmach, la chancellerie s’apprête à transmet- tre la demande du magistrat au bureauduSénat. L’initiativedeM. Stelmachsigni- fiequ’il envisagedeprendreàl’en- contre du sénateur (divers droite) polynésien des mesures coerciti- ves–enl’occurrenceunplacement en garde à vue. Il souhaite que les policiersl’interrogentsurlescondi- tions dans lesquelles fut passé le marchédeconstructiondupharao- nique centre hospitalier de Taao- ne, lancéen2004àPapeete. Al’épo- que, M. Flosse était déjà président de la Polynésie française. Le fils du sénateur, RéginaldFlosse, aétélui- même mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans cette affaire le 7février, de même qu’un entrepreneur proche de Gaston Flosse, Robert Bernut. Les enquêteurs soupçonnent M. Bernut, attributaire par le biais de sa société SMPP-Sogeba d’une partie du marché de construction de l’hôpital, d’avoir en échange cédé à vil prixà RéginaldFlosse ses partsdel’hôtel duTahara’a. Gaston Flosse lui-même aurait pesé de toutsonpoidsenfaveurdelaSMPP- Sogeba. Un renvoi d’ascenseur qui nourrit les soupçons de favoritis- me. Sollicitépar LeMonde, M e Fran- çois Quinquis, avocat de Gaston Flosse mais aussi de la SMPP-Soge- ba, n’apuêtrejoint. Gaston Flosse a par ailleurs été mis en examen, le 21 février, pour détournement de fonds publics, dansunautredossierinstruitautri- bunal de Papeete. Le président de l’AssembléedelaPolynésiefrançai- se, Edouard Fritch (gendre de M. Flosse), est poursuivi pour les mêmes faits. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir fait sup- porter àlacommunedePirae, dont ilsonttousdeuxétémaires, l’appro- visionnement en eau de la villa de M. Flosse, située à Arue, commune voisine. Cette propriété, construite sur une zone alors dépourvue d’eaupotable, aétéraccordéeàune réserve située à Pirae, six kilomè- tres plus loin. Le pompage de cette eau pour l’acheminer entre autres verslarésidencedeM. Flosseagéné- ré «des frais d’électricité et d’entre- tien colossaux», selon la Chambre territorialedes comptes. Ces avancées judiciaires inter- viennent dans un contexte de reprise en main politique. A l’évi- dence, «le système Flosse», fondé sur le clientélisme et le culte du chef, areprisdeplusbelledepuisle retour aux affaires du Vieux Lion, écarté du pouvoir entre2008 et 2013 –période durant laquelle il futmêmeincarcéré, dansuneaffai- re de corruption. L’omnipotence de Gaston Flos- sesuscitedenombreusesinquiétu- des, notammentchezlesjournalis- tes locaux dont le travail se révèle deplusenpluscompliquélorsqu’il s’agit d’évoquer des faits suscepti- bles de mettre en cause le patron de la collectivité d’outre-mer. Ain- si, le groupe Média Polynésie (GMP), leader de la presse papier dans cettezone duPacifique, vient de faire l’objet d’une prise de contrôle par la société Chin Foo, qui détient désormaisnotamment les deux quotidiens de Tahiti, La Dépêche et Les Nouvelles. Gérant de Chin Foo, Pierre Mar- chesini, futurdirecteurdecesdeux publications, a annoncé la couleur en début de semaine, dans les colonnes du journal gratuit Tahiti Infos : « Je m’engage à ne plus jamais accepter la publication, sur l’undessupportsdugroupe, d’infor- mations transgressant le secret de l’instruction, qu’il s’agisse d’un pla- cement en garde à vue ou d’une mise en examen. » Cette déclara- tion a suscité un vif émoi dans les rédactions des deux quotidiens (la presse n’est pas, il faut le rappeler, tenue au secret de l’instruction). Lesjournalistestahitienscraignent de ne plus pouvoir tenir la chroni- que des nombreuses mésaventu- res judiciaires de M. Flosse…p GérardDavet etFabrice Lhomme Leprévenu aprisconscience d’avoirété«trèsbête» après soninterpellation Undjihadiste français de 23ans tué le 18février enSyrie AuprocèsducyberdjihadisteLetellier: «Pourmoi, cen’étaitquedestextes» Letribunal correctionnel deParisacondamnéàunandeprisonfermeunconverti pour«apologie d’actesdeterrorisme». Il avait publiésurunforumdesextraitsdelarevuedjihadiste«Inspire» Al’évidence, le«systèmeFlosse», fondésur leclientélisme etleculteduchef, areprisdeplusbelle Outreles affaires del’hôpital de Taaoneet delacommune d’Arue, M. Flosseest poursuivi pour com- plicitédedétournement de fonds publics dans l’affaire de l’atoll Anuanuraro, qui serajugée enjuin. Il aaussi été condamné enappel, enfévrier2013, àqua- treans deprisonavec sursis et trois ans d’inéligibilité pour prise illégaled’intérêts et détourne- ment de fonds publics, dans un dossier d’emplois fictifs –il s’est pourvuencassation. M. Flosse a enfinété condamné, enjan- vier2013, enpremièreinstance, àcinqans deprisonfermeet cinq ans d’inéligibilité, pour trafic d’in- fluencepassif et corruptionacti- vedans l’affairedes annuaires téléphoniques. M. Flosse mis encause dans plusieurs procédures GastonFlossevisé parunedemandedelevée d’immunitéparlementaire UnjugedePapeetenourrit des soupçons defavoritismesur laconstructiond’unhôpital DOSSIER SPÉCIAL MUNICIPALES 0123 RENDEZ-VOUS JEUDI avec Le Monde daté vendredi 7 mars Septième volet de notre série hebdomadaire Alain Juppé, du haut de son Aventin BORDEAUX Et dans le sur 11 0123 Jeudi 6 mars 2014 culture Musique L e 4 mars 2004 mourait Claude Nougaro, emporté à 74ansparunemaladied’épo- que, le cancer. Il n’avait pas aimé l’école, ni le solfège. Né à Toulouse le9septembre1929, il avait étééle- vé par ses (bons) grands-parents tandis que son père –son «géni- teur», si craint, si admiré– mou- raitenscèneenchantantdedrama- tiques opéras àlongueur desaison lyrique. Sa fille Cécile, objet de la chanson, voudrait ancrer sonpère à Toulouse. Elle a acheté une péni- che, la Santacnox, pour en faire, sans doute en 2015, une Maison Nougaro, vagabonde, au fil de l’eau. Que nous a donné Nougaro? Il étaitunhommedechoc, «charbon- neux», comme il aimait à le dire. Un «mineur de fond», comme il l’avait écrit en 1993 en hommage, et réponse, à Serge Gainsbourg dans Art mineur (musique du Zaï- rois Ray Lema) : «Je pratique l’art mineur/Qu’a illustré le beau Serge/Puisse-t-il sur l’autre berge/S’enivrer d’alcools meilleurs/Est-ce bien sérieux d’ailleurs/Passé les soixante berges/De pratiquer l’art mineur/Qu’a illustré le beau Ser- ge?/ Pourquoi suis-je et àquoi sers- j e/Dans l a mi ne où j e m’immerge/Charbon rouge de mon cœur ?/ Un projecteur sur le front/Comme un casque de mineur/Artiste mineur de fond. » Onappréciera, vingt ans plus tard, qu’unmonstresacrédelachanson française se soit si élégamment insurgé contre l’idée que la chan- sonne pèse riendans la vie de nos sociétés et dans la formation de l’intelligenceindividuelle. Nougaro était un fils de Trenet et de Piaf, mais il avait très tôt por- té ses regards sur le monde noir, sur l’Afrique, creuset des civilisa- tions contemporaines. Le petit bonhommebrunavait surgi d’une Toulousetellurique, «pèrecathare toulousain, mère italienne avec ascendants siciliens». En prime, le jazz lui était tombé dessus, via le poste de radio qui trônait dans la cuisine de sa grand-mère. Mais, dans les années 1950 et 1960, la Franceseposait encorelaquestion de savoir si l’onpouvait être blanc et avoir le rythme. Nougaro rend compte de la fin d’une époque, et de la modernité de cette transi- tion. C’est son karma. «Il y a dans tout cela une flamme sacrée. L’art doit faire dubien. Lachansonrégé- nère, donne chaud. Moi, je suis un archaïque qui prend les mots les plus usés pour les frotter comme des cailloux pour en faire une peti- te étincelle», déclarait-il au Monde en1994. Des étincelles, il ena vécu. L’en- fant des Minimes allait aucinéma, il aimait Tarzan. Plus tard, il croise Johnny Weismuller à Los Angeles, «dans unbar spectral, àlaKubrick, vieuxTarzandéchu, has-beende la liane». C’est sans doute un rêve, une presque-phobie, un rêve d’Afriquemutilée, «chant des Pyg- mées auzoo», éléphants morts. Une petite fille, la chanson qui l’a révélé au grand public en 1962, met en scène la révolution amou- reuse de l’après-guerre. L’émanci- pation des mœurs passait alors par le dévoilement : glissement des bas nylon, décolletés en cor- beille, déshabillage-effeuillage. Lui était champion en la matière. Comment tromper sa femme sans levouloir, commentleregretteren recommençant, comment être papa enperdant des blondes et en gagnant des brunes, etc. Le Ciné- ma, Les Don Juan, Une petite fille sont les textes fondateurs de cette masculinitébe-bop, pasdemachis- me, de la féminité, beaucoup de torture. En 1963, il est ramassé en miet- tes sur le bord d’une route: l’acci- dent de voiture fait son entrée dans la catégorie des phénomènes de masse. Il compose A bout de souffle à l’hôpital, adaptation de Blue Rondo à la Turk, de Dave Bru- beck, image duDonJuanvivant sa vie entravellingpanorama. L’ami- admirateur de Jacques Audiberti, le chanteur à l’accent caillouteux, passait des nuits au Rosebud, à Montparnasse, ou au Chat qui pêche, leclubdejazz delarue dela Huchette, à regarder ses démons dans unverre. Il avait unsens aigu de la jeunesse. Il aimait le rap, parce quecet art populairese nourrit d’une énergie générationnelle. Il observait, il can- nibalisait, avec une acuité aujour- d’hui absente de la chanson fran- çaise. Ainsi, les événements de mai 68 lui avaient inspiré un tor- rentiel Paris mai, plaidoyerpour la vie, qui serait interdit d’antenne, bien que farouchement opposé à la politique, «cette guérite étroite, avec sa manche gauche, avec sa manche droite, ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis, sa passion dufutur, sachronique amnésie…». Comme Brassens, Nougaro fait les frais d’une surdité qui, faute de mieux, s’accroche au vertige des mots. On les entend en «poètes», acrobates des syllabes, patineurs sur syntaxe, mais la musique, on n’enfaitpascas. Eux, oui : Brassens mélodiste, rythmicien, et Nou- garo, qui chante toujours si exact. Chez Nougaro, la musique est le laserdesadiction. Quandil parle, il chante. S’il surjoue, il joue. FaraC., l’unedes plus subtiles connaisseu- ses de la musique africaine et du jazz, dit à son propos –on croirait l’entendre lui, Nougaro, accent et scansion compris: «En ces divers courants musicaux qui, par l’effer- vescence créatrice, ont exorcisé les affres de l’esclavage, le gamin “au cartable bourré de coups de poing” reconnaît la trace de son exil. Le Nègre cathare profère sa colère qui se niche à l’hémistiche, instille un swing inouï à la langue française, conte les tragiques destins de gosse de bidonville, de looser… Dans sa façonde chanter, onsent, à l’instar des bluesmen américains, le mus- cle, le souffle, lasueur, tout à lafois l’âpreté et l’exaltation de l’existen- ce. Comme eux, son génie créateur transmue la douleur intérieure en jubilationpartagée. » Ony ajoutera ceci : sa conscien- cedefilsdepianisteprofessionnel- leet debarytonconnuauraaiguisé sa soif de musique. Nougaro se remet mal d’être un cancre en sol- fège. Il s’adaptera donc. Comme d’autres –fous, saintes, philoso- phes– entendent des voix, lui il entenddes mélodies. Il les fredon- ne à l’oreille des compositeurs (Michel Legrand, Daniel Goyone, Maurice Vander, Jean-Claude Van- nier, Christian Chevallier, Marcus Miller pour Nougayork). Eux se chargent d’habiller sonchant – «le chant, c’est de lachair qui pense». Ce qui est bien, chez Nougaro, c’est qu’il osait : il ose dire, écrire, proférer des trucs limites, des cli- chés, desnaïvetés. Çanelui fait pas peur, et chaque fois c’est fort. Cer- taines de ces chansons fredon- nées, il les cosigne. En 1984, il endosse seul une œuvre de poids, SaMajesté le jazz. Dans une époque où les vedet- tes de variétés traitaient les musi- ciensenloufiats, Nougarolesécou- te, les célèbre, les aime. «Je ne joue pas du piano, je joue du Maurice Vander»: cequi n’empêchepasles brouilles, parfois de plusieurs années, idemavec l’immenseIvan Jullien, maisil reste, selonlaformu- le du batteur André Ceccarelli, «le chanteur des musiciens… Quand j’entends les sempiternelles bêtises sur lejazz, je medis: aumoins, ona Nougaroavec nous». Respect des musiciens, jeuégal, conscience que rien ne sépare la notedumot: il yfaut untrèsgrand chanteur et les meilleurs autour. Le coffret de 29albums consacré à cetroubadour, le«virtuosedes ver- tigineux» (FaraC., toujours) est ornédes photos detoutes ces mer- veilles humaines que sans lui le grand public ne connaîtrait pas: EddyLouiss, BernardLubat, Mauri- ce Vander –dans les années 1980, le trio devient aussi célèbre que le chanteur–, Baden Powell, Michel Portal, AldoRomano, PierreMiche- lot, André Ceccarelli, Richard Gal- liano, BernardArcadio, FrancisLas- sus… Mine de rien, Nougaro fait accéder à la chansonnette Dave Brubeck, Quincy Jones, Monk, Chico Buarque, Gilberto Gil, Min- gus, WayneShorter… Veut-on du bizarre ? Lui, auteur des paroles d’une géniale guignolade de Jean Constantin, bon pianiste de jazz au demeu- rant, Les Pantoufles à papa, il se retrouve le troubadour poignant d’un chant dédié à Montségur, Gloria. Le thème est de Don Byas. La musique ne manque pas d’am- pleur sans verser dans l’emphase. L’album s’intitule Femmes, fami- nes (1976). Et, tout du long, un sax alto libre comme l’air, l’air d’évo- luer sur les ruines de Montségur tel un émouchet au chant léger, déchirant, guilleret, àcôtédelapla- que, parfaitement en place jus- qu’aux dernières notes : c’est OrnetteColeman, l’undes maîtres delatroisièmerévolutionenmusi- que afro-américaine, embarqué dans cette épopée cathare, nul ne saura jamais comment. Toujours est-il que, surprenant et décalé en 1976, legesteaquelquechosed’évi- dent, de terrible et d’harmonieux. Ou plutôt d’harmolodique. L’amour musicien. p Francis Marmande etVéronique Mortaigne DU ITFO SUR LES TRACES DU 8 AU 30 MARS 2014 TURAK THÉÂTRE RÉSERVATIONS 01 48 13 70 00 www.theatregerardphilipe.com D’unimposantcoffretàdescompilationsthématiques CommeBrassens, Nougarofaitlesfrais d’unesurditéqui, fautedemieux, s’accrocheauvertige desmots ClaudeNougaro, plusquechanteur, musicien Dixansaprèssamort, desdisquescélèbrentleToulousainqui s’estfrottéaujazz, auxrythmesbrésilienset africains AUFORMATd’ungros livre, en tirage limité, contenant 29CDet unlivret pleinde témoignages amicauxd’artistes (Higelin, Al Jar- reau, Michel Legrand, Lubat, Mau- rice Vander…), le coffret Amour sorcier enimpose parmi les publi- cations musicales consacrées à ClaudeNougaro(1929-2004), pour la célébr ationdes dixans de sa mort. Il contient les albums enregis- trés enstudios et lors de concerts par Claude Nougaropour les labels Philips, Barclayet Mercury entre1962 et 1985, puis de 1991 à 1999. Ainsi que le premier album de l’artiste pour le label Président, en1959, des titres publiés sur des disques 45-tours, des versions dif- férentes de certaines chansons, une quarantained’inédits, la pre- mière éditionenCDde deux albums enregistrés enpublic… Une somme. Ony retrouve le meilleur de Nougaro, enparticulier celui des années1960et 1970qui va faire chanter ses mots comme person- ne aucontact dujazz –avec le pia- niste Maurice Vander, de la petite formationaubig band–, de la musique brésilienne, de l’Afrique noire (L’Amour sorcier, Locomoti- ve d’or). Durant une vingtaine d’années, chacunde ses albums contient auminimumquatre ou cinqperles. Et des tubes, concurrents de ceuxdes yé-yé, des airs entrés dans le répertoire, classiques de la chansonauprès de ceuxde Barba- ra, Brel, Ferré, Brassens ouGains- bourg: Le Cinéma, Une petite fille, Le Jazz et laJava, Cécile mafille, Chansonpour Marilyn, Il y avait une ville, Je suis sous…, Bidonville, About de souffle, Armstrong, Sing- SingSong, Toulouse, Quatre bou- les de cuir, Paris mai, Lapluie fait des claquettes, Dansez sur moi, Ile de Ré, Tuverras, Mondisque d’été… En1986, Nougaron’a plus de maisonde disques. Barclay, qui onze ans plus tôt avait remercié LéoFerré, a fait de même avec Nougaro. Pas assez vendeur, pas dans l’époque. Le coffret passe directement à une série d’enregis- trements de 1991 à 1999. Ceux pour Mercury, de bonne facture, mêmesi par endroits onsent com- me des redites, des facilités. Pour compléter cet ensemble, il faudra se procurer deuxcoffrets conçus par Warner Music, autre major dudisque. Le premier, Made inUSA, contient le grand succès commercial de Nougaro, Nougayork, paruen1987, avec rythmiquefunk, arrangements de claviers et production«moder- ne». Unpiedde nez à ceuxqui l’avaient mis unpeurapidement dans la case anciennegloire. De la Côte est, Nougaropart pour la Côte ouest, avec l’albumPacifique (1989), plus faible, bienplus mar- qué par unsonà la mode. L’autrecoffret, InParis, regrou- pe les derniers chants de Nou- garo. Dont ceuxde l’albumpos- thume La Note bleue, sonultime hommageaujazz. Dans les deuxthématiques, américaine et parisienne, des enregistrements publics (Zénithde Paris, Théâtre des Champs-Elysées) enCDet DVDsont auprogramme. Pour qui trouverait tout cela unpeutropmassif, Universal Music commercialisedeuxcompi- lations. Avec la première, Best of 1962-2004(«le meilleur de... »), col- laborationavec Warner Music, que duconnu. La seconde, Quand le jazz est là, présente, endeuxCD, les adaptations de standards du jazz chantés par Nougaro. L’idéal pédagogiqueaurait été d’inclure les thèmes originaux. Sous l’intituléPorte-plume, Uni- versal Music propose unparcours chez les interprètes de Nougaro: de JeanConstantinavec le fameuxLes Pantoufles àpapaà -M- avec La pluie fait des claquet- tes, de Philippe Clayinterprétant Il y avait une ville à Dee Dee Brid- gewater pour Dansez sur moi, de NicoleCroisille pour Toulouse à Arnodans Je suis sous… Enfin, toujours chez Universal Music, le double DVDL’Enchan- teur présenteles passages à la télé- visionde Nougaro(émissions de variétés, actualités, reportages). Il yimpose aussi sa présence, sa joie d’artiste. p SylvainSiclier Amour sorcier, 1 coffret de 29CD Mer- cury Records/Universal Music; Made In USA, 1 coffret de 4CD et 2DVD WEA- Rhino/Warner Music; In Paris, 1 coffret de 4CD et 1 DVD Parlophone/Warner Music; Best of 1962-2004, 2CD Mercu- ry Records/Universal Music; Quand le jazz est là, 1 CD Universal Classics &Jazz; Porte-plume, 2CD Universal Music; L’Enchanteur, 2DVD Mercury/Universal Music. Il observait, il cannibalisait, avecuneacuité aujourd’hui absente delachanson française Enjuin1976. PATRICK ZACHMANN/MAGNUM «Nougayork», paru en1987, pieddenez àceuxqui l’avaient misunpeu rapidementdansla caseanciennegloire 12 0123 Jeudi 6 mars 2014 13 0123 Jeudi 6 mars 2014 culture «offroad» (2014), installation de Céleste Boursier-Mougenot. CEDRICK EYMENIER LaRochelle Correspondant C ’est, depuisplusd’unedécen- nie, lesujetpolémiquepréfé- ré de l’opposition rochelai- se. Lesdivisionsauseindelamajo- rité, de plus en plus affirmées à l’approchedesélectionsmunicipa- les, lui ont chipé ce monopole. MaisleréaménagementduMusée maritime de LaRochelle, l’un des derniers grands chantiers mené par le maire socialiste Maxime Bono, qui cédera son siège après trois mandats, continue de faire des vagues. Del’avisdetous, lepassémariti- me de la ville mérite pourtant un écrinqui mettrait envaleur laflot- te patrimoniale réunissant le Manuel-Joël, dernier chalutier en bois rochelais, le remorqueur Saint-Gilles, ou encore le ketch légendaire de Bernard Moitessier, Joshua, autourdelagrandefrégate météorologique France 1, fleuron qui domine le bassin des Chalu- tiers, en face de l’Aquarium de LaRochelle. Pour l’instant, le Musée mariti- me créé en 1988 se résume aux bateaux, sans espace à terre. L’an- ciennehalle àmaréeconstruiteen 1956, où les chalutiers venaient dans le temps décharger leur pêche, adoncétéchoisiepourabri- terunespacedeplusde10000m 2 . En 2003, la muséographie a été confiée à Emmanuel de Fontai- nieu, directeur du Centre interna- tional de la mer, au scénographe Philippe Délis et à l’architecte Eric Cordier. Le fruit de leur réflexion avait del’allureet de l’ambition, tropau goût de la droite locale, qui y voyait «un projet pharaonique», estimé à plus de 14millions d’eu- ros. La suite ne lui a pas donné tort : plombé par des difficultés financières, PhilippeDélis aquitté lagalèreencoursderouteetlamai- rie a dû réduire la voilure, allant même jusqu’à reprendre une par- tie de la halle à marée pour y créer…des studios de cinémaet de télévision. En 2010, l’architecte Patrick Bouchain, avec Patrick Schnepp, directeurdumuséedepuissacréa- tion, reprendleprojet. Celui-ci pré- voit désormais de nouveauxespa- ces à terre dans la halle à marée et autour du slipway, la grande ram- pe qui servait à hisser les navires, classé aux Monuments histori- ques. Unsitequi accueilleralecen- tre d’interprétation chargé de raconterl’histoiremaritimeroche- laise. Unnouveauchantierde9,5mil- lionsd’eurosestlancé, dontlespre- miers éléments ont pris forme en février, telle que la Galerie des pavillons, sept cabanes surmon- tées de grands spis colorés, que les élus eux-mêmes comparent sou- vent à des «chips». Pour autant, lahoulearepris de plusbelleauseinduconseil muni- cipal, où l’opposition continue de tirer àbouletsrougessur ceprojet, dont elle dénonce «le coût exorbi- tant» et la démesure, à l’image du sémaphore de 32 mètres qui sur- plomberal’ensemble. En décembre2013, elle a trouvé un allié des plus inattendus, en la personne de Jean-François Foun- taine, qui brigue la succession de M. Bono à la mairie. ExcluduParti socialistepournepasavoirrespec- té le résultat des primaires dési- gnant Anne-Laure Jaumouillié comme candidate officielle du PS, celui qui avait fait campagne contre Ségolène Royal lors des législatives de 2012 a critiqué les dépenses supplémentaires enga- gées dans ce projet. Cequi n’apas manquéd’entraî- ner uneripostedumaire, Maxime Bono, entre stupéfaction et rire jaune: «Vous voulez peut-être que je vous rafraîchisse la mémoire?» Une référence à la première ver- sion avortée du projet, dessinée par Emmanuel de Fontainieu, un proche de Jean-François Fountai- neet qui figured’ailleurssur salis- te. «Jamais il n’a ouvert la bouche sur le sujet. Il seréveille àtrois mois des élections», relève Dominique Morvant, candidate de l’UMP aux municipales. Maxime Bono, lui, veut croire que son successeur mènera le chantier à sonterme, tel qu’il a été déterminé par l’équipe municipa- le. p Frédéric Zabalza Prochain article: la Fondation Cartier, à Paris &,#,%&,#,% 0*/") -+$&'(+/*, +(.*"$ 3 .0%%'"$,* w "(, !,%$+'(0)2*+'%2, -, *0#%+$#,$$, “Si votre cœur ne fond pas juste un peu, c’est peut-être que vous n’en avez pas.” Les Inrockuptibles “On adore” ELLE ,(.'(.,%# W&0%+$ 0"('"!,0".0$+(' *, 1 )0%$ ET EN TOURNÉE DANS TOUTE LA FRANCE Art D uvent, dumouvement; un silence trouble; de l’eau et sesclapotis…Il suffit detrès peu à Céleste Boursier-Mougenot pourfairedesAbattoirsdeToulou- se un lieu d’enchantement. On savait le plasticien français, musi- cien dans l’âme, capable de toutes les alchimies: transformant l’ima- ge en son, le labeur enmusique, le hasard aussi. Il a déjà offert à des oiseaux mandarins des guitares électriques en guise de nichoirs, pour qu’ils créent des concertos timidement punks en griffant les cordes. Il aaussi, c’est undeses hits, fait flotter des bols de porcelaine dans l’eau de piscines gonflables: en divaguant, en se heurtant, ils créentunemélodiecristalline, mil- le variations. Mais voilà des années que l’on ne l’avait vu en expositionpersonnelle, endehors de la Galerie Xippas, qui le repré- sente à Paris. AToulouse, il confir- me comme jamais sontalent. Les cinqinstallations qu’il pré- sente (dont deux produites pour l’occasion) sont simples, en appa- rence. Comme un haïku peut l’être. C’est-à-direqu’ellesnaissent d’une infinie sophistication, pour aboutiràuneévidence. Enguisede dessous chics, elles ont des logi- ciels créés sur mesure, d’improba- bles instruments de mesure, des heures et des heures de composi- tion. Nousn’enrévéleronsquel’es- sentiel. C’est avant tout la magie qui doit opérer. Elles se nichent au sous-sol, le rez-de-chaussée et l’étage étant consacrésàunensembletrèsriche demultiplesœuvresdeSigmarPol- ke, ainsi qu’aux récentes acquisi- tionsdumusée. Mais, avantdedes- cendre, il faut d’abord les appré- hender depuis le balcon, qui plon- ge vers les très hautes salles en contrebas. Apparaît alors la scène d’un concert abandonné. Posée surl’escalier, dansunbassind’eau, une batterie d’argent rutile. Au loin, trois pianos à queue, un peu vieillots. Toutcequ’il yadeplusnormal ? Sauf que, de temps en temps, il pleut sur la batterie. Et que les pia- nos sur roulettes se meuvent, obéissant à une force aveugle. Ils se heurtent à peine, glissent avec grâce, évitent par miracle les murs. «J’ai voulu mettre en place commeunécosystème, avecsesélé- ments perturbants, à commencer par la présence humaine. Une cho- régraphiequi inviteàladéambula- tion, etfaitémergerlesilence», ana- lysecelui qui agrandi avec le théâ- tre et beaucoup collaboré avec le metteur enscène Pascal Rambert. Quel est le secret de ces objets animés? «Une girouette et unané- momètre sont posés sur le toit du musée et, en fonctionde la force et de la direction du vent, ils influent sur les comportements des pia- nos. »Si latempêteapproche, leurs errances se font plus nerveuses. «Ces pianos, on dirait des bêtes, reconnaît l’artiste. J’ai un rapport très animiste, parfois inquiet, aux objets, à la question des fluides et des flux. » Impossibledeprédireoùlevent poussera ces colosses à cordes: le logiciel complexe qui les guide obéit à toutes sortes de paramè- tresqui rendentleurparcourscom- plètement aléatoire. Il a été créé sur mesurepar desétudiantsingé- nieurs de Toulouse. Des caméras au plafond cartographient l’espa- ce, et l’ordinateur crée une choré- graphie en fonction du vent, des incidents du terrain, des visiteurs. «L’ordinateur fait croire aux pia- nos qu’ils sont dans un paysage, avec des reliefs particuliers à cha- cun: c’est le côté science-fiction qu’ont amené les ingénieurs. Ces objets inanimés sont donc animés, mais avecuneconsciencedel’espa- ce qui est fausse. » Parfois, on ne sait pourquoi, l’un des visiteurs est désigné par les dieux: il attire- ra les pianos, quand d’autres les repoussent. Et soudain le magné- tisme cessera, sans qu’on sache pourquoi. Quant à la batterie, que lui arri- ve-t-il ? Posé à quelques mètres d’elle, un drôle d’instrument livre son secret : c’est une roue cosmi- que, outélescopeà particules, prê- tépar unlaboratoired’astrophysi- ciens de Marseille. Il perçoit les rayons cosmiques, ces très fines particules émanant du soleil, qui traversent tout, suscitent les auro- res boréales et seraient peut-être à l’origine de la vie sur terre. Pas moins. A chaque fois qu’un de ces rayons frappe les Abattoirs, une pluie tombe du plafond et vient jouer sur la batterie. Manière de «rendre tangible un phénomène invisible, de faire comprendre que cesrayonsnoustraversent». Cequi amuseaussi l’artiste, c’est «d’arro- ser cette batterie collector des années 1960: c’est comme si tu mouillais une guitare Gibson, ça rendfoules rockers»… Tout comme les larsens qu’on perçoit dans la salle adjacente. Ils sont produits par unballon-sonde blanc, muni d’unmicro. Ausol, des ventilateurs créent des vents per- turbants. Et trimballent la mini- montgolfièred’uncoinàl’autrede la salle, où sont posés des haut- parleurs. Les rencontres provo- quent des larsens, retravaillés par l’artiste. Et parfois perturbés par la sonnerie d’un téléphone, posé dans le hall : à chaque fois que le motfantômeapparaîtdanslesaler- tesGoogle, il retentit. «Unautopor- trait », commente pudiquement l’artiste. Le vent, le mouvement, le silence et ses ruptures: ce dont sont aussi faits les spectres. p Emmanuelle Lequeux Perturbations, de Céleste Boursier- Mougenot. Les Abattoirs, 76, allée Charles-de-Fitte, Toulouse. Tél. : 05-62-48-58-00. Du mercredi au vendredi de 10 à 18heures, samedi et dimanche de 11 heures à 19heures. Entrée 3¤ à 7¤. Jusqu’au 4mai. Rencontre P our le rendez-vous, Alexis Michalik a proposé deux adresses diamétralement opposées: le café Jaurès, dans le 19 e arrondissement de Paris, ou le mythique Café de Flore, dans le quartier de Saint-Germain-des- Prés. Le Flore, comme unclind’œil à l’ascension de cet artiste prolifi- que. On choisira le Jaurès, à deux pas du conservatoire municipal qu’il afréquenté. Comédien, auteur, metteur en scène, scénariste, Alexis Michalika «expérimentétouteslespistesartis- tiques depuis dix ans et, aujour- d’hui, tout arriveenmêmetemps», résume-t-il aveccalme. A31ans, cet autodidacte au physique de jeune premier voit les portes s’ouvrir. Au théâtre, deux de ses pièces sont actuellement à l’affiche à Paris. Sa premièrecréation, Le Porteur d’his- toire, un succès, joue les prolonga- tions au Studio des Champs-Ely- sées, tandis que son nouveau et enchanteur spectacle, Le Cercle des illusionnistes, est promis à un bel avenir à La Pépinière Théâtre. A l’écran, il incarne un photographe chasseur de scoops dans «Kaboul Kitchen», lasériedeCanal+. Derriè- relacaméra, il aréalisésonpremier court-métrage, Ausol, retenudans la prochaine sélection de Talents Cannes. «J’ai beaucoupd’envieset j’aime êtreunélectronlibre», fait valoir ce jeune artiste. Alexis Michalik est un«démerdard», dit-il. Etdétermi- né. Dèslelycée, il s’inscrit àdescas- tingset trouveunagent. A18ans, il décroche son premier tournage et empoche 10000francs pour cinq joursdetravail. Il quittealorssafac de maths. Puis il obtient le rôle- titre de Juliette et Roméo sous la direction d’Irina Brook. Admis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il cède sa place: «Jen’avaispasenviedemerevendi- quer d’une école et puis on ne pou- vait pas travailler à l’extérieur pen- dant le cursus », justifie-t-il sans vanité. Lui veut bosser. Il multiplie les rôles dans des téléfilms et, grâce à son premier cachet de comédien, se paie son premier Festival off d’Avignonavecsa«bande», lacom- pagnie Los Figaros. Il y présente La Mégère à peu près apprivoisée et R&J, du Shakespeare largement revisité en spectacles déjantés. «Je croyais uniquement à l’adaptation de classiques et ne pensais pas à l’écriture théâtrale contemporai- ne». Mais, unjour, BenjaminBelle- cour, avec qui il jouedans «Kaboul Kitchen», lui demande d’«écrire quelque chose» pour le lancement de son festival Mises en capsules auCiné13Théâtre, àParis (18 e ). Ain- si naît en2011 Le Porteur d’histoire, qui, d’Avignonà Paris, a conquis le public. Selon Alexis Michalik, il y a «deux types d’auteurs : ceux qui ont des choses àdiresur euxet ceux qui écrivent sur lerestedumonde». Parcequ’il n’a«aucuntrauma; jeu- nesse heureuse, parents aimants», il se classe dans la seconde catégo- rie. LeCercledes illusionnistes s’ins- crit dans la droite ligne du Porteur d’histoire: unepièceàtiroirs oùles siècles et les récits s’entremêlent, oùlescomédiensinterprètentavec maestriaplusieurs rôles. Cetteder- nière création emporte le specta- teur dans untourbillonhistorique et romanesque qui fait rêver, rire, s’interrogersurleshasardsdelavie et lestoursjoués par ledestin. Ony croise Robert-Houdin et Georges Méliès, ces illusionnistes du XIX e siècle. Lapièceserajouéecetétédansle Off d’Avignon, cette «jungle répu- blicaine» qu’Alexis Michalik affec- tionne. «Ce sera mon dixième Off. Avignon, c’est uneécoledel’humili- té et ma madeleine de Proust. » Dans Le Cercle des illusionnistes, l’horloger narrateur évoque «les aiguilles du temps. Certains pen- sent que la vie est un trait. Mais la vie est uncercle puisque nous tour- nons tous. La seule question est de savoir quand notre tour arrivera». Celuid’AlexisMichalikestarrivé. p Sandrine Blanchard Le Cercle des illusionnistes, La Pépiniè- re Théâtre, 7, rue Louis-Le-Grand, Paris2 e . Theatrelapepiniere.com. Le Porteur d’histoire, Studio des Champs-Elysées, 15, av. Montaigne, Paris 8 e . Comediedeschampselysees.com AuxAbattoirs, unconcertdehaïkus AToulouse, labelleinstallationdeCélesteBoursier-Mougenot donnevieet voixauxobjets Del’avisdetous, lepassédelaville mériteunécrin qui mettrait envaleur l’ensembledelaflotte patrimoniale Untourbillon historiqueet romanesquequi fait rêver, rire, s’interroger AlexisMichalik, leconteurd’histoires Danssapièce«LeCercledes illusionnistes», lejeunetouche-à-tout mêleles récits L’ordinateurcrée unechorégraphie enfonctionduvent, desincidents duterrain, desvisiteurs LeMuséemaritimen’enfinitpasdeballotterLaRochelle Lesbataillesculturellesdesmunicipales7/18Unprojetcontestéparplusieurscandidats VoyageLaprovinceautrichienne, qui possèdelesplushautssommets desAlpesorientaleset les plusgrandsglaciers, disposedesuffisamment d’atoutspour attirerlestouristesentoutesaison LeTyrol, cœurhautperchédesAlpes Faire de la culture votre voyage www.artsetvie.com ARTS ET VIE ASSOCIATION CULTURELLE DE VOYAGES ET DE LOISIRS, IMMATRICULATION N° : IM075110169 Demande de Brochure : 01 40 43 20 27 Accueil : 251, rue Vaugirard - 75015 Paris Découvrir Une collection de voyages, en formule tout compris, pour parcourir le monde Rencontrer Une invitation aux échanges, éclairés par nos accompagnateurs et guides Partager Des voyages en petits groupes, pour plus de confort et de convivialité culture &styles Yaller C’est peut-être le seul point noir duvoyage: la desserte est compli- quée. Plusieurs trajets sont possi- bles. Idéalement, la voiture reste lemoyen de transport le plus pra- tique. Pour l’avion, l’aéroport le plus proche est celui d’Innsbruck à 80km, mais il est, hélas, moins biendesservi que ceux de Munich (280km) et Zurich (280km). En trainvia Zurich. Par tous les modes de transport, il faut compter environ10heures audépart de Paris pour rejoindre Sölden. Se loger ASölden. Das Central. Membre de lachaîne prestigieuse Best Wellness Hotels Austria, cet hôtel de 121chambres est situé dans l’undes plus beaux endroits de la vallée de l’Oetz. Pour l’été, nuit en chambredouble à partir de 142euros par personne. De nom- breuses formules sont proposées pour les familles, notamment un hébergement gratuit pour les enfants de moins de 9ans. Il dis- pose de quatre restaurants. L’ac- cès auspa est gratuit pour les rési- dents. info@central-soelden.at et Central-soelden.at Se détendre Al’entrée de la vallée de l’Oetz, l’Area 47 (parce que situé à 47˚ de latitude) est un parc de loisirs aquatiques de 8hectares où l’on peut faire aussi bienducanyo- ningque durafting. Ony trouve aussi, pour les plus audacieux, le plongeoir le plus haut d’Autriche (27,50mètres de haut). Area 47.at. ALangenfeld. Tout aussi aquati- quemais plus calme quel’Area 47, l’Aqua Dome. Des thermes avec piscines chauffées de plein air et des bains à remous. Aqua-dome.at. Se renseigner ASölden, dans le centre-ville, à La Freizeit Arena.Soelden.com Officeautrichien dutourisme. Austria.info Guide: le Routard Autriche. Hachette Tourisme. Edition 2013-2014, 480p., 14,20euros. Sölden (Autriche) I l y a vingt ans, seuls les Autri- chiens ou les fondus de ski – et pas seulement de fond! –, connaissaient la vallée de l’Oetz au Tyrol. Mais ça, c’était avant…Avant qu’uncouple de randonneurs alle- mands ne découvre, en 1991, celui qui fut opportunément baptisé Oetzi, parce que trouvé dans cette région. Oetzi, un chasseur quadra- génaire du néolithique mort il y a 5300ans. Il reposait àplusde3200 mètres d’altitude, à la frontière ita- lo-autrichienne. Conservé par la glace, il est l’une des plus vieilles momies connues dans un état de conservationexceptionnel. Depuis cette date et ce coup de projecteur, cette vallée attire de plus en plus de visiteurs, été com- me hiver. Pourtant, la desserte n’y est pasfacile(enaviondeZurichou Munich), et lamaîtrisedelalangue de Goethe est souvent indispensa- ble. Mais qu’importe: le Tyrol vaut le voyage! La montagne est omni- présente. Tout comme le sont les églises, chapelles et crucifix qui fontdecebastioncatholiquelapro- vincelaplus touristiquedupays. C’est ici, eneffet, quel’ontrouve les plus hauts sommets des Alpes orientales, les plus grands glaciers, les villages les plus haut perchés. Pour justifier de telles richesses et autant de superlatifs, les habitants de la vallée aiment raconter une légende selon laquelle, lors de la créationdumondeetdeladistribu- tion des merveilles de la nature, leurs ancêtres avaient fait deux fois laqueue… L’une des stations les plus connues de la vallée de l’Oetz est sanscontesteSölden. Parcequecel- le-ci est la plus étendue d’Autriche mais aussi parce qu’elle accueille régulièrement des épreuves de la Coupedumondedeski. Etpourcau- se: le domaine skiable peut être une bonne alternative aux Alpes françaises. Avec près de 150 kmde pisteset35remontéesmécaniques, le sportif accompli comme l’ama- teur y trouveront leur bonheur. Bleues, rouges, noires, pistes pour ski de fond, l’offre est complète. Depuis 2009, un nouveau télé- siègedehuitplacesdessertleGiggi- joch, domaine plutôt réservé aux débutants. Un net avantage: capa- ble d’acheminer 3700 skieurs à l’heure, il réduit le temps d’attente par rapport àl’ancientélésiège. Söldenne compte pas moins de trois sommets culminant àplus de 3000 mètres d’altitude. Baptisés les Big3, ils sont tous accessibles par des remontées mécaniques et offrent des vues panoramiques à couper le souffle: le Gaislachkogl (3058m), avecsonpanoramaàper- tede vue. Le Tiefenbachkogl (3 250m), d’où l’on peut admirer le le Wilds- pitze (3776m) et la Schwarze Sch- neide (3340m), dont la plateforme naturelle offre un panorama à 360˚ sur les Dolomites. Les plus téméraires pourront s’aventurer surlecircuitproposéparleBig3Ral- lye, mais mieuxvaut êtrebienpré- paré, les meilleurs skieurs et les snowboardersavertismettentenvi- ronquatreheurespour effectuerle parcours… Pour faire une pause, durant le trajet, on peut s’arrêter à l’IceQ, nouveau restaurant d’altitude du Gaislachkogl, pourlequell’architec- te n’a utilisé que des matériaux locaux faisant la part belle au bois et dotéd’immenses baies vitrées. Lasaisontoucheraàsafindébut avril, avec le concert de clôture de l’Electric Mountain Festival, qui accueille cette année le DJ français MartinSolveig. Pour ceux qui n’ont pas d’appé- tence particulière pour les sports d’hiver, le Tyrol n’en reste pas moins attirant en d’autres saisons. Larégionrecèlebiendestrésors, les beaux jours venus. A la sortie de Sölden, à environ 5km, à Zwiesels- tein, la vallée se divise en deux: GurglerTal et VenterTal. Aelleseu- le, la Gurgler Tal vaut le détour. Ne serait-ce que pour rejoindre le ver- sant sud du Tyrol, en direction de Bolzano, en Italie, par la très belle route du col de Timmelsjoch (2509m). Une voie que l’on peut également emprunter pour rejoin- dre le lac de Garde. Cette route panoramique–privée–, ouvertede maiàoctobre, estsoumiseàunpéa- ge(18eurospour unaller-retouren voiture). Le long de cette artère se trou- vent cinq bâtiments contempo- rains conçus par l’architecte Wer- ner Tscholl. Des édifices qui sont des œuvres en soi : Walkway, Sch- muggler, Telescope, Garnets et le PassMuseum, oùest retracéelavie des pionniersdecetteroutealpine. Ce petit musée, construit sur un promontoire, offre un incroyable porte-à-faux. Fidèle à sa tradition catholique, c’est auTyrol que l’ontrouve l’une des plus belles abbayes cistercien- nes d’Autriche: Stams, près de Silz, àunequarantainedekilomètresde Sölden. Située sur le chemin tyro- lien de Saint-Jacques-de-Compos- telle, onnevoit qu’elledanslevilla- ge, avec ses deux imposants clo- chers bulbeux. Fondée au XIII e siècle par Elisa- bethdeBavièreenmémoiredeson fils, elleaétéreconstruiteàlafindu XVII e sièclepourêtre«baroquisée» auXVIII e , commelepréciseleguide francophone. La grille des Roses, chef-d’œuvre de la ferronnerie tyrolienne, devant la chapelle du Saint-Sang, est souvent mise en avant, mais levéritabletrésor reste l’Arbre de vie en bois sculpté qui s’enracine à partir d’Adam et Eve. Semblant jaillir du maître autel, tels des fruits sur les branches, 84saintset prophètessedétachent sur undrapéàfondbleu. p François Bostnavaron Musique M anu Dibango a eu 80ans le 12décembre 2013. Mais il a décidé d’en différer la célébration, afin de s’approprier son costume d’octogénaire et de s’y sentir à l’aise. Le saxophoniste estunoctogénairejoyeux, évidem- ment. Très tendre aussi. Il a publié en 2013 une autobiographie, Bala- de ensaxo, dans les coulisses de ma vie (éd. L’Archipel), qui finit ainsi : «Je vais mereposer unpeu, car tout resteàfaire. » «Grand-père» (quatre petits- enfants) a repris du saxo à l’Olym- pia, mardi 4mars. Manu Dibango mesure le temps qui le sépare de sonenfance enrevenant à ses pre- miers émois musicaux, quand, enfant, il chantait dans la chorale du temple de Douala. En prélimi- naire, il faudradoncsuivreManule Camerounais sur les pentes d’un protestantisme presque anachro- nique–il invitelaChoraleEspéran- ce Dipita en première partie, puis en scène avec lui pour un thème dédiéàsesparentsdisparus, Sango Yesus Christus. Ce chœur d’hom- mes distribue des «alléluias », et, bien que fondé à Paris en 2002, nous gratifie d’un chant patrioti- que dédié à la jeunesse camerou- naise digne de l’euphorie des années 1960, quand tout espoir était permis pour l’Afrique indé- pendante. Manu Dibango n’est pas un homme révolté. C’est un marieur. Il a cherché à cerner un panafrica- nisme qui lui semblait vital pour l’Afrique, l’a trouvé en vivant en France, en partant aux Etats-Unis; il l’a regardé depuis le Congo, per- duenrentrant s’installer auCame- roun. Il n’a jamais été pauvre. Son père, fonctionnaire, l’avait envoyé faire des études en France. Il s’est bien sûr enrichi, d’abord parce qu’il a écrit en 1972 un tube plané- taire, Soul Makossa, dont le refrain « Ma-mako, ma-ma-sa, mako- mako ssa» demeure l’objet des attentions artistiques – Michael Jacksonl’avait copié sans autorisa- tion en 1983 pour Wanna Be Star- tin’ Something (dans Thriller), en 2007, Rihanna meublait son Don’t Stop the Music de quelques emprunts «makossa» (les deux casontétéconcluspardesarrange- ments financiers àl’amiable). A l’Olympia, dès son entrée en scène, ManuDibangoimposel’effa- cement de la nostalgie au profit d’un univers de musiciens, avec sontoujoursexcellentSoul Makos- sa Gang, où les meilleurs (Paul Simon, Sting) sontallésparlepassé recruter pour leurs propres besoins. Homme de la mondialisation Manu Dibango et son groupe (basse, guitares, flûtes, saxopho- nes, claviers, batterie, percussions, deux choristes) donnent à l’Olym- pia une leçon de styles. Lui est l’homme de la mondialisation, l’un des créateurs de la world music dans son versant disco des années1970. Ausaxophone, il orga- nise avec fluidité la traversée du monde noir. Il joue comme à ses débuts, très bal africain, dans l’or- chestre de Joseph Kabasélé, dit le GrandKallé, as de la rumba congo- laise, qui avait intégré Dibango dans sonorchestre, l’AfricanJazz, à l’aubedesindépendances. Puisil se glisse dans la biguine ou le reggae, citeCharlieParker, rendhommage à Sydney Bechet, Maurice Cheva- lier ou Henri Salvador. Le groupe est jazz, jazz-rock, puis mamboà la cubaine, «guitar hero» échevelé, percussionnistesàlatimbale, salse- roduSpanishHarlem. Enruptures constantes. D’une voix grave, ferme, le géant africain – crâne lisse, lunet- tes noires, chemise brodée, souri- re éclatant – chante, presque au ralenti. Les chocs musicauximpo- sésparleGang, lavélocitédusaxo- phoniste Dibango s’apaisent dans une heureuse superposition d’af- fects. Dehors, unetrentainedejeu- nes gens de la Chorale Espérance Dipita organisent une photo de groupe devant les néons rouges del’Olympia, sallereinedumusic- hall parisien. p Véronique Mortaigne Balade en saxo, 1 CD EGT/Wagram Les«Big3», accessiblespar desremontées mécaniques, offrentdesvues panoramiques àcouperlesouffle Carnet de route ManuDibango, 80ans dechocsmusicaux Al’Olympia, lesaxophonistecamerounais a fêtésonanniversaireavecuneleçondestyles 100 km RÉPUBLI QUE TCHÈQUE ALLEMAGNE I TALI E SUI SSE SLOV. Sölden Munich Zurich Bolzano La route panoramique ducol duTimmelsjoch (2509 m), que l’onpeut emprunter pour rejoindre le lac deGarde, enItalie. CHRISTIAN ADAMS/GETTY IMAGES 14 0123 Jeudi 6 mars 2014 15 0123 Jeudi 6 mars 2014 mode AlessiaXoccato, architectetextileàl’italienne L a mode est-elle soluble dans le quotidien? Il n’existe pas deréponsesimple ouunique à cette question. Une chose est sûre: cet art textile appliqué s’ex- prime mieux quand il est en prise plusoumoinsdirecteaveclasocié- té. Sans cela, il est menacé d’as- phyxie et de stérilité. Et, à l’instar du cinéma, de la littérature ou de la peinture, la mode propose un reflet déformé du monde, une interprétation qui dépend de la sensibilité du créateur et de son talent à communiquer. A ce jeu, difficile de battre Karl Lagerfeld. PourChanel, il arecons- titué sous la verrière du Grand Palais un supermarché de 13000m 2 rempli de100000vrais- faux produits inspirés par la culturedelamaison. Enseprome- nant dans les rayons, les specta- teurs découvrent des mouchoirs en papier «Les larmes de Gabriel- le» (le prénom de Coco Chanel), lesbouteillesde«TweedCola», les boules de «cocotons», la tronçon- neuse à chaîne Chanel ou les «brossesàreluire»et pâtesenfor- medelion, emblèmedelamaison. Cette opérationqui a mis le feu au site Instagram n’est pas qu’un amusement pour réveiller un public blasé. Aforce de guetter ses saillies verbales, on oublie pres- que que le couturier est un hom- mecultivéqui suitl’actualitémon- diale dans plusieurs langues. «J’ai eu cette idée au moment du der- nier défilé dans undécor de galerie d’art, raconte-t-il. Je me suis dit : puisque l’art est devenu un grand supermarché, autant aller directe- ment ausupermarché. » Avec sa fausse grande surface, Karl Lagerfeld questionne le rôle de la créationdans une époque où tout sevaut, oùlemanquederecul et d’éducation fait facilement prendre des vessies pour des créa- tions originales. Et si les manne- quins déambulent dans les rayons, panier aubras, ce n’est pas qu’il les considère comme des ménagères ; au contraire Karl Lagerfeld a son idée sur l’égalité des sexes : « On parle de parité, maisunefemmenepeut passesen- tir l’égaledel’hommesi elletangue en talons-échasses. Il lui faut des talons plats, c’est pour cela que les mannequins sont enbaskets. » Ces baskets de tweed (qui exis- tent aussi en version montantes) complètent unvestiaire moderne, drôle et séduisant auconfort raffi- né. Des vestes et des robes à épau- les conques, à taille fine et souple parée de zips à ouvrir pour libérer le corps, les grands manteaux en soiematelasséeauximprimésnéo- Bauhaus, les tweeds aux textures savantes (des créations exclusives pour la maison) ou des pantalons façon jogging en cachemire libè- rent l’allure avec légèreté et humour. Chaque accessoire est unetrouvaille: sacboîted’œufsou paquet de bonbons, manchette à capsule de cannette, pochette ber- lingot, ou la nouvelle montre Pre- mière à bracelet chaîne triple tour sont des hits assurés. L’atmosphèreest plusintimiste chezValentinomaislesdeuxdesi- gners de la maison, Pier Paolo Pic- ciolli et Maria Grazia Chiuri ont empruntédesréférencesàlasocié- té italienne. Après avoir beaucoup exploré l’histoire de l’art, ils se sont tournés vers des artistes romaines à penchants féministes des années1960 et 1970: Giosetta Fioroni, Carol Ramaet CarlaAccar- di. Après l’ère Silvio Berlusconi, l’Italieabesoindeserappelerqu’el- leadéfendubrillammentlacondi- tion féminine et peut retrouver ces valeurs. Le vestiaire de Valentino, luxueux et maîtrisé, n’exhibe pas les corps. Les grandes capes et les jupes de cuir à motifs géométri- ques arrondis évoquent l’esthéti- quedes années 1970tandis queles silhouettes fluides à manches- capesoulesmarqueteriesdelosan- ges et les broderies depapillons en essaims renvoient à l’aristocratie romaine. Dans ce luxe cultivé mais opulent, les féministes puris- tes pourraient ne pas se retrouver; mais sa grâce et son élégance met- tent parfaitement la femme en valeur. C’est vers le futur que se tourne Iris van Herpen: la créatrice néer- landaise s’interroge, dans sa note d’intention, sur les dérives de la génétique (on peut désormais fai- re commerce de gènes), les limites entreprivéet public, etl’appropria- tion du corps. Alors que le droit à l’avortement est de nouveau au cœur du débat et que les réseaux sociaux font de la vie privée un spectacle, lethèmedecetteprésen- tationrésonnefortement. Lamode qui traduit ces concepts est la fois radicale et poétique. Alors que des mannequins vivants sont présentés « sous vide» comme des organismes en suspension (un happening totale- mentsécurisé), lessilhouettesdela collectionalternent une simplicité étrange (des tailleurs pantalons et desrobestailléesdansunesoieflui- de comme le mercure) et des constructions high-tech, des robes sculptures aux effets 3D façon branchies, des broderies comme desécaillesrondesauxrefletschan- geants. Undébat sur labiologiequi a de l’allure. Avec son tempérament de punk, l’Anglais Alexander McQueen aimait aborder les sujets dérangeants comme la sur- consommation(avec un défilé sur un podium orné de vieux décors brûlés) oulaconditiondesfemmes (un show en l’honneur d’une sor- cière martyre, un autre baptisé «viol dans les Highlands»). Sarah Burton, qui l’a remplacé aprèssamort, adavantageuntem- pérament de conteuse. Les défilés de la marque ont, enconséquence, un peu perdu en substance. Mais pas enpoésie. Sa collectiond’hiver défile dans un décor de lande au parfumde terre et ses silhouettes ont une beauté sauvage. Les bustes étroitement corsetés contrastent avec des jupes trapèze aux volumes extra-amples. Les broderiesanglaisesvirginalescroi- sentlesfourruresépaisses, lesmar- queteries de plumes, les velours dévorés ou les cuirs vernis. Cette créature mi-princesse mi-sorcière traduit unepart derêve qui comp- te aussi dans la mode. p Carine Bizet ENCOREINCONNUE enFrance, la créatrice Alessia Xoccatoprésen- tait sontravail à Paris pour la pre- mière fois. Cette talentueuseIta- lienne de 31 ans a déjà fait parler d’elle dans sonpays. En2009, elle remportait le projet NewGenera- tion, destiné à encourager les sty- listes émergents enItalie, avec une collectioninspirée des réalisa- tions de l’architecte FrankGehry et de l’œuvre dupeintre Umberto Boccioni. En2012, fraîchement diplômée de l’école de mode milanaise Domus Academy, elle est finaliste duconcours Vogue Talents. Son travail sur les volumes traduit sonamour de la sculpture et de l’architecture. Sobriété AlessiaXoccatoreconnaît d’ailleurs l’influence majeure d’ar- tistes comme AnishKapoor sur sontravail. Mais reste fidèle à ses racines. «Tous mes modèles sont réalisés enItalie. Outre ladimen- sionmilitante et le souci de propo- ser des pièces très qualitatives, c’est aussi une manière de réaffir- mer mes origines. Monesthétique est enréalité plus proche de la mode parisienne. » Adepte de la sobriété, elle sou- haite véhiculer l’image «d’une femme intelligente qui n’apas besoinde miser sur unglamour ostensible, de dévoiler soncorps à outrance, pour être séduisante». Sa ligne hiver joue sur les contras- tes: «J’ai mixé de l’extralarge à des éléments cintrés, proposant des pièces très longues ou, au contraire, très courtes…Je me suis aussi intéressée aux formes géo- métriques, tout engardant l’esprit masculin-fémininque je dévelop- pe depuis mapremière collec- tion. » La styliste a utilisé une large gamme de matériaux– tweed, vinyle, cuir ouencore raphia, sa matière fétiche. «J’aime sa textu- re, elle donne durelief auvête- ment. Je l’associe généralement à une matière plus douce pour que lapièce ne soit pas troprigide. » Unstyle à suivre. p Aude Lasjaunias Chanel. THIBAULT CAMUS/AFP Iris vanHerpen. PATRICK KOVARIK/AFP Valentino. MIGUEL MEDINA/AFP Desdéfilésenrésonanceaveclasociété Loind’êtredétachéedela«vraievie»desfemmes, l’industriedustyles’eninspireet enrenvoieunreflet déformé PARIS PRÊT-À-PORTER | AUTOMNE-HIVER 2014-2015 Chaqueaccessoire estunetrouvaille: sacboîted’œufs oupaquet debonbons, manchetteàcapsule decannette… 16 0123 Jeudi 6 mars 2014 carnet en vente actuellement K En kiosque Hors-série Hors-série Collections ------------------------------------------------------- Dès jeudi 6 mars, le volume n° 7 LA GRÈCE CLASSIQUE Actuellement en kiosque le CD-livret n° 15 C’EST COMMENT QU’ON FREINE Dès vendredi 7 mars, le volume n° 23 LA SOURCE de Jean Auguste Dominique Ingres Nos services -------------------------------------------------------------- Lecteurs K Abonnements Tél. : 32-89 (0,34� TTC/min) www.lemonde.fr/abojournal K Boutique du Monde 80, boulevardAuguste-Blanqui, 75013 Paris M° Glacière ou Corvisart Tél. : 01-57-28-29-85 www.lemonde.fr/boutique K Le Carnet du Monde Tél. : 01-57-28-28-28 Professionnels K Service des ventes Tél. : 0-805-05-01-47 Le Musée du 0123 wos grHn#s >v>n"m"nts —HissHn%"s~ DHpt:m"s~ fiHn@Hill"s~ mHriHg"s .vis #" #>%Hn%"s )olloqu"s~ %onf>r"n%"s~ port"s|ouv"rt"s~ signHtur"s •out"nHn%"s #" m>moir"~ thne DOUINE, n%e VEIL, veuve de Albert DOUINE, agr%g%e de l`Universit%, professeur honoraire de lettres classiques, ofZcier dans l`ordre des Palmes acad%miques, survenu le 1 er mars 2014, dans sa cent uniEme ann$e. L`inhumation a lieu ce mercredi 5 mars, 1 16 heures, au cimetiEre du Montparnasse, Paris 14 e . Cet avis tient lieu de faire-part. 13, rue des Magnolias, 84300 Cavaillon. M. Claude Far9at, son Zls, Sa famille, Ses proches, Ses amis, ont la grande tristesse de faire part du d%cIs de Henriette FARŽAT, n%e RENDER-HUBERT, inspecteur g%n%ral honoraire des affaires sociales, ofZcier de la L$gion d`honneur, survenu le 2 mars 2014, dans sa quatre-vingt-seiziEme ann$e. La c%r%monie religieuse sera c%l%br%e en la coll%giale de Poissy (Yvelines), le vendredi 7 mars, 1 10 heures, suivie de l`inhumation dans le caveau familial du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20 e , oÙ elle retrouvera son Zls cadet, Alain d$c$d$ en 1973, et son %poux, le prhfet FARŽAT, d$c$d$ en 1983. Le pr%sent avis tient lieu de faire-part et de remerciements. cfarcat@club-internet.fr Fran8ois Gerin, son %poux, AgnIs Tr%d%, B%atrice Tr%d%, C%cile Gerin, ses Zlles, Alexis et Gaspard Samuylla, son gendre et son petit-Zls, Sa sfur, ses frIres, sa belle-sfur, son beau-frIre, Ses neveux et niIces Et toute la famille, ont la douleur de faire part du d%cIs de Martine GERIN, aprIs une longue et courageuse lutte contre la maladie, le 1 er mars 2014, dans sa soixante-neuviEme ann$e. La c%r%monie sera c%l%br%e le jeudi 6 mars, 1 10 h 30, au temple du Marais, 17, rue Saint-Antoine, Paris 4 e , suivie de l`inhumation dans l`intimit$. Ni Yeurs ni couronnes, des dons peuvent être adress$s 1 la Fondation ARCAD (Aide et recherche en canc%rologie digestive), 151, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris. Catherine, sa femme, Claire, Marc, Chlo%, Alice, ses enfants, Lucas, Violette, Eliott, Octavio, ses petits-enfants, ont la grande tristesse de faire part du d%cIs de Jacques INGUENAUD, designer, fondateur d`EnZ Design, survenu 1 Paris, le 27 f$vrier 2014. Un dernier hommage lui sera rendu le jeudi 6 mars, 1 10 h 15, en la coupole du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20 e . Laurent et ArlIne IsraÀl, Maurice et Martine Cukier, ses enfants, J%r“me et Liora P%lisse, Dan et AmaÀlle IsraÀl, ses petits-enfants, Rivka, Esther, Ita•, Matan, Eyal, ses arriIre-petits-enfants, Simone Weiller, sa sfur, ont la grande tristesse de faire part du d%cIs de Suzanne ISRA.L, n%e WEILLER, survenu le 28 f%vrier 2014, dans sa centiEme ann$e. En rappelant la m%moire de son mari, Jean ISRA.L. L`inhumation a eu lieu, le lundi 3 mars, 1 15 h 30, au cimetiEre des Batignolles. Ni Yeurs ni couronnes. Jean, Robert, Michel et Sylvie, Philip, Sylviane, Alessandra, ses enfants, Alexandra et Allan, Anna et Didier, Elsa, Guillaume et C%line, Simon, Fran8ois et Charlotte, ses petits-enfants, ont la tristesse de faire part du d%cIs de M me Denise LúVY, n%e SMAZA, dans sa quatre-vingt-cinquiEme ann$e. L`inhumation a eu lieu dans le caveau de famille, le 28 f%vrier 2014, au cimetiIre du Montparnasse, Paris 14 e . Pierre et Marc Nahum, ses enfants et leurs $pouses, Virginie et Sandra, Mathias, Lara, Shad%, Ilan, ses petits-enfants, ont la tristesse d`annoncer le d%cIs de M me Claude MABILLE, Zlle de Pierre MABILLE et Hhl>ne DETROYAT, survenu le 3 mars 2014, 1 Paris, 1 l`âge de quatre-vingt-six ans. Cet avis tient lieu de faire-part. Christiane Menasseyre, son %pouse, Fr%d%ric et Anne Menasseyre, Clara, Juliette, Hector, Anne-Sophie et Etienne de la VaissiEre, Le•la, Romain, Eloi, Laurence Menasseyre, ses enfants et petits-enfants Ainsi que toute la famille, ont l`immense tristesse d`annoncer le d%cIs de Bernard MENASSEYRE, pr%sident de chambre honoraire 1 la Cour des comptes, commandeur de la L%gion d`honneur, ofZcier dans l`ordre national du M$rite, survenu le lundi 3 mars 2014, 1 son domicile. La c%r%monie d`adieu aura lieu le vendredi 7 mars, 1 10 h 30, en la salle de la Coupole du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20 e . Elle sera suivie de l`inhumation au cimetiEre de Viarmes, dans le caveau de famille, 1 16 heures. Nos profonds remerciements au professeur Christophe Louvet et 1 son %quipe de l`Institut mutualiste Montsouris, Paris 14 e . Aux f l eur s, pr %f %r ez, si vous le souhaitez, un don 1 la recherche sur le cancer. 10, rue de Maubeuge, 75009 Paris. R%my et Maryvonne Piel, ses parents, M. Laurent Piel, M me Fran8oise Piel et M. Vincent Lechevrel, son frIre et sa sfur, M me Isabelle Brault-Duplenne, sa tante Ainsi que toute la famille, Andr%a Fuchs, Elsa Marmursztejn, ont la douleur de faire part du d%cIs de M. Christophe PIEL, survenu 1 Paris, le 28 f$vrier 2014, 1 l`âge de quarante-trois ans. Un hommage lui sera rendu le jeudi 6 mars, 1 14 h 30, au cr$matorium du cimetiIre du PIre-Lachaise, Paris 20 e . Ni Yeurs ni couronnes, mais des dons au proZt de la recherche m$dicale. Remerciements 1 tous les soignants, t ous l es ami s qui l ` ont si bi en accompagn$. Maryse Delarue-Rivoire, son %pouse, David et Thomas Rivoire et Philippe Delarue, ses Zls, ont la profonde tristesse de faire part du d%cIs de M. Christian RIVOIRE, survenu le 1 er mars 2014. Il a %t% inhum% ce mercredi 5 mars, dans le caveau familial de Lambesc (Bouches-du-Rh•ne). 42, rue Henri Tomasi, 13009 Marseille. Commémoration Commhmoration de la dhportation des Juifs de France par l`association « Les Fils et Filles de D%port%s Juifs de France ¨, avec le soutien de la Fondation pour la M$moire de la Shoah. Chrhmonie / la mhmoire des dhporths du convoi n©69 parti, il y a 70 ans, du camp de Drancy pour le camp d`extermination d`Auschwitz-Birkenau, avec 1 son bord 1501 personnes dont 175 enfants. Vendredi 7 mars 2014, / 12 heures. Lecture des noms des d%port%s du convoi n²69. M%morial de la Shoah, 17, rue Geoffroy-l`Asnier, Paris 4 e . Renseignements : FFDJF. T$l. : 01 45 61 18 78. Email : klarsfeld.ffdjf@wanadoo.fr Conférences Le proc>s d`Olympe de Gouges devant le tribunal rhvolutionnaire M. Olivier Blanc, historien, « Olympe de Gouges, des droits de la femme 1 la guillotine ¨, ²ditions Tallandier, 2014. Introduction, Yves Laurin, avocat au barreau de Paris. Jeudi 6 mars 2014, / 18 heures, 1 re chambre du Tribunal de grande instance de Paris, (ancienne salle du tribunal r%volutionnaire), Palais de justice, 4, boulevard du Palais, Paris 1 er . Inscription : conference.odg@gmail.com Communication diverse Rencontre au Mhmorial de la Shoah de Drancy, le dimanche 9 mars 2014, 1 15 heures, hommage / Max Jacob, lecture par Roland Bertin, com%dien, soci%taire honoraire de la Com%die Francaise, suivie d`une projection de Ÿ Monsieur Max ¨ de Gabriel Aghion. Mhmorial de la Shoah, Drancy, 110-112, avenue Jean-JaurIs, 93700 Drancy. Entrée libre sur r%servation au 01 53 01 17 42. Navette possible depuis le M$morial de la Shoah 1 Paris. www.memorialdelashoah.org Les Amphis de l`AJEF, Quelles frontières pour l'Union europûenne ? Le jeudi 6 mars 2014, 1 20 heures, confhrence de Pascal Lamy, ancien directeur de l`OMC. Lyc%e Louis-le-Grand, 123, rue Saint-Jacques, Paris 5 e . Informations : a.vernholes@noos.fr 0123est édité par la Société éditrice du « Monde » SA Durée de la société : 99 ans à compter du 15décembre 2000. Capital social : 94.610.348,70¤. Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS). Rédaction 80, boulevardAuguste-Blanqui, 75707Paris Cedex13 Tél. : 01-57-28-20-00 Abonnements par téléphone: deFrance 32-89(0,34¤TTC/min); de l’étranger: (33) 1-76-26-32-89; par courrier électronique: abojournalpapier@lemonde.fr. Tarif 1 an: Francemétropolitaine: 399¤ Courrier des lecteurs: blog: http://mediateur.blog.lemonde.fr/; Parcourrier électronique: courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Médiateur: mediateur@lemonde.fr Internet: site d’information: www.lemonde.fr ; Finances: http://finance.lemonde.fr; Emploi : www.talents.fr/Immobilier: http://immo.lemonde.fr Documentation: http://archives.lemonde.fr Collection: Le Mondesur CD-ROM: CEDROM-SNI 01-44-82-66-40 LeMondesur microfilms: 03-88-04-28-60 L eprincipeduconcours de beautépour maisons n’est pas uneinventiondeFran- ce2, commepourrait le laisser accroirelesuccès de«Lamaison préféréedes Français 2014», dont j’avais raté–jene sais àvrai dire troppourquoi – les diffusions des épisodespassés jusqu’àlafinale dumardi 4mars enpremièrepar- tiede soirée: StyliaouMaison+, filiales «art devivre»et «déco»de TF1 et Canal+, proposent régulière- ment des séries nord-américaines dévoluesaux«dixplus belles mai- sons de plage», «dixplus beaux chalets», etc. Aladifférenceprès quel’émissionfrançaiseest ouver- teauvotedes téléspectateurs. Lemenude«Lamaisonpréfé- réedes Français 2014», qui sent à pleinnez lapoutreapparente, l’horlogefranc-comtoiseet la tomettede terrecuite, proposede partir «àladécouvertede vingt- deuxmaisons traditionnelles de nos régions de Francemétropolitai- ne»et de partager «les secrets de rénovationet les astuces de décora- tionde leurs propriétaires». (Mais d’ailleurs, pourquoi seulement la Francemétropolitaineet ses vingt- deuxrégions? Lepatrimoine immobilier des territoires d’outre- mer neserait-il fait quedebico- ques délabréeset immontrables?) Parmi les maisons sélection- nées, chacuntrouverasonfantas- meimmobilier: cabanegéante dans les pins, maisonde pêcheur, fermeprovençaleoualsacienne, ancienneécolecommunale, dat- chapicarde, etc. N’ayant pas lemoindresens du bricolage, jesuis évidemment fasci- népar ceuxqui parviennent àreta- per unevieilleruinedeleurs pro- pres mains, àtransformer une cuveàmazout enbaignoirehigh tech, àfaired’unevieilleportede cabinets unetêtedelit façon Robert Rauschenbergoudeflot- teurs decasiers bretons une sculp- tureàlaCalder. Mais l’obsessionde ces proprié- taires sembleêtrede pomponner leur biencommele font les maî- tres avec leurs toutous decompéti- tion. Desortequ’onasouvent l’im- pressionqueces maisons bichon- nées sont surtout conçues pour épater les voisins et les objectifs des reportagespour magazines (papier outélé) dedécoration. Et j’avouequeles bois flottés africains sur lacheminéecoffrée dechênedécapé, les chaises d’Arne Jacobsenassociées àunetablede formicacustomisée, leplaidde cachemirecannelletombant sur le dossier d’uncanapébeigeoule mobilier industriel àlarouilleartis- tement «fixée»finissent par m’en- nuyer autant quelestyleLouis XV des salons bourgeois. Aussi, les intermèdes qui présen- taient lamaisonfuturistede Pierre Cardin(avec ces bubons àhublots protubérants) et lavilladeSanto Sospir (auxmurs tatoués par les soins peinturlurantsde JeanCoc- teau) offraient-ellesunesoupape d’audaceet presquede«mauvais goût»rafraîchissant dans cepano- ramaauchic si tristement prévisi- ble. p C’EST À VOIR | CHRONI QUE par Renaud Machart Poutresapp. D D D D D D D A A A 1000 1 0 1 0 1005 980 965 970 1020 1025 1025 1030 1020 1 0 1 0 990 1025 10 2 0 10 2 0 1015 1015 10 15 Météorologue en direct au 0899 700 703 1,34 €l’appel + 0,34 €la minute 7 jours/7 de 6h30-18h Nord-Ouest Ile-de-France Nord-Est Sud-Ouest Sud-Est Jours suivants www.meteonews.fr Températures à l’aube l’après-midi Front chaud Front froid Dépression Anticyclone Occlusion Thalweg D A Lisbonne Tunis Barcelone Tripoli Lisbonne Reykjavik En Europe Amsterdam Athènes Barcelone Belgrade Berlin Berne Bruxelles Bucarest Budapest Copenhague Dublin Edimbourg Helsinki Istanbul Kiev La Valette Lisbonne Ljubljana Londres Luxembourg Madrid Moscou Nicosie Oslo Prague Reykjavik Riga Rome Sofia Stockholm Tallin Tirana Varsovie Vienne Vilnius Zagreb Dans le monde Alger Amman Bangkok Beyrouth Brasilia Buenos Aires Dakar Djakarta Dubai Hongkong Jérusalem Kinshasa Le Caire Mexico Montréal Nairobi New Delhi NewYork Pékin Pretoria Rabat Rio deJaneiro Séoul Singapour Sydney Téhéran Tokyo Tunis Washington Wellington Outremer Cayenne Fort-de-Fr. Nouméa Papeete Pte-à-Pitre St-Denis Paris Madrid Séville Rabat Alger Tunis Rome Barcelone Tripoli Le Caire Jérusalem Beyrouth Athènes Berne Amsterdam Bruxelles Berlin Londres Edimbourg Dublin Oslo Stockholm Copenhague Riga Varsovie Kiev Ankara Istanbul Sofia Odessa Budapest Vienne Prague Munich Zagreb Milan Belgrade Bucarest St-Pétersbourg Helsinki Minsk Moscou 30 à 35° > 35° 25 à 30° 20 à 25° 15 à 20° 10 à 15° 5 à 10° 0 à 5° -5 à 0° -10 à -5° < -10° Amiens Metz Strasbourg Orléans Caen Cherbourg Rennes Brest Nantes Poitiers Montpellier Perpignan Marseille Ajaccio Nice Clermont-Ferrand Lyon Chamonix Bordeaux Biarritz Limoges Besançon Rouen PARIS Châlons- en-champagne Toulouse Dijon Lille 1 22 Grenoble 11 6 15 9 10 3 10 2 10 2 13 1 14 8 12 6 8 7 7 4 14 8 14 8 2 -1 12 9 6 3 13 11 20 10 10 1 14 5 12 -2 20 6 4 1 21 14 4 1 6 2 2 0 15 11 22 11 33 25 24 21 26 20 25 16 20 17 31 26 27 20 20 19 28 17 34 22 29 15 23 9 -21 -10 27 16 24 10 1 -2 5 -3 18 17 21 12 31 25 31 24 24 21 19 9 7 2 16 10 4 -2 25 25 22 27 24 25 bienensoleillé averseséparses faiblepluie bienensoleillé enpartieensoleillé bienensoleillé beautemps enpartieensoleillé fortepluie bienensoleillé ciel couvert nuageux enpartieensoleillé bienensoleillé ciel couvert averseséparses bienensoleillé assezensoleillé assezensoleillé beautemps beautemps ciel couvert bienensoleillé ciel couvert assezensoleillé aversesdeneige averseséparses beautemps beautemps bienensoleillé pluiesorageuses assezensoleillé beautemps pluiesorageuses beautemps enpartieensoleillé beautemps soleil,oragepossible beautemps beautemps beautemps soleil,oragepossible beautemps assezensoleillé beautemps couvertetorageux bienensoleillé soleil,oragepossible bienensoleillé 4 -4 bienensoleillé averseséparses bienensoleillé assezensoleillé assezensoleillé enpartieensoleillé bienensoleillé 17 15 enpartieensoleillé bienensoleillé assezensoleillé assezensoleillé bienensoleillé soleil,oragepossible Vendredi Jeudi 6 mars 06.03.2014 25 km/h 25 km/h 25 km/h 25 km/h 60 km/h 3 1 15 8 10 4 6 1 17 0 3 4 8 1 10 4 0 7 3 5 enpartieensoleillé assezensoleillé ciel couvert assezensoleillé enpartieensoleillé assezensoleillé assezensoleillé assezensoleillé ciel couvert pluiemodérée Samedi Dimanche Lundi / 07h22 09h51 18h41 4 15 4 17 3 19 5 15 5 17 5 18 1 15 1 15 0 15 2 18 6 19 4 20 4 19 3 19 5 19 3 12 3 15 -1 13 3 15 2 17 0 15 2 15 1 17 1 17 4 17 5 13 5 13 2 15 1 16 -1 15 0 14 0 14 3 17 8 14 -1 13 0 14 0 14 -1 13 1 15 1 15 0 13 0 15 1 14 -6 8 3 14 3 15 -1 13 3 15 8 17 4 17 5 17 7 16 0 13 3 18 28 27 28 27 27 30 Québec L’hiver battra encore son plein avec -21 degrés à Montréal En Europe 12h TU L'anticyclone s'installera pour le bon. Il apportera un temps très ensoleillé en toutes régions. Quelques brumes ou brouillards matinaux séviront parfois du sud-ouest au nord-est, mais ils se dissiperont rapidement. Un léger voile nuageux circulera par ailleurs vers le littoral de la Manche. Douceur après quelques gelées blanches à l'aube. Sainte Colette Coeff. de marée 80/72 Lever Coucher Lever Coucher Soleil et douceur Aujourd’hui Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 14 - 054 Horizontalement I. Fréquentable. II. Laminoir. Eux. III. Eva. Innocent. IV. Marle. Ipé. Dé. V. Muge. Avé. Kir. VI. Adénome. Fi. VII. Ré. Gué. Pétai. VIII. Duplessis. Nn. IX. Esses. Testée. X. Réintroduite. Verticalement 1. Flemmarder. 2. Ravaudeuse. 3. Emarge. Psi. 4. Qi. Lenglen. 5. Unie. Ouest. 6. Eon. Ames. 7. Ninive. STO. 8. Trope. Pied. 9. Ce. Fessu. 10. Bée. Kit. Ti. 11. Lundi. Anet. 12. Exterminée. Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 1. Toujours pertinents. 2. Pourra être contemplé et étudié. 3. En Serbie. Prises dans l’apéro. En réduction. 4. Convient très bien. Dame du monde. 5. Couvre une grande partie du globe. Roi des dieux sur le Nil. 6. Rendirent un peu gai. 7. Evacuer les déchets. 8. Essaies de réduire. Ne doit pas venir à manquer. 9. Bien piégée. Canton en Helvétie. 10. Ouverture de gamme. Grises, roses et même royales. 11. Du cochon dans les mains des orfèvres. Est en tête. 12. Facilitent les rapprochements. I. Prête à raconter n’importe quoi. II. Souvent abrégé et dans le même ouvrage. Souffle du sud. III. Prépare la salade. Petit à un bout. IV. Vient d’arriver. Vivent en compagnie. Pli sur le tapis. V. Passée. Un peu trop salé. VI. Joliment arrondie. Belge réaliste et visionnaire. VII. Cap entre Valence est Alicante. Petit espace de culture. On doit pouvoir compter dessus. VIII. La deuxième est la plus connue. De beaux et précieux béryls. IX. Gouverne dans les airs. Avait essayé de séduire Charlemagne. X. Fixés sur place. Mercredi 5mars TF1 20.50Football. Match amical 2014. France - Pays-Bas. 23.00Les Experts. Série. Ennemis pour la vieU. Jouer au chat et à la souris V. On n’oublie jamais sa première foisU. Là où tout a commencéV(S11, ép. 15, 20, 21 et 22/22). Avec George Eads (195min). FRANCE2 20.453 Femmes en colère. Téléfilm. Christian Faure. Avec Marina Vlady, Florence Pernel, Bruno Todeschini (Fr., 2012). 22.25La Parenthèse inattendue. Invités : Jean-Christophe Rufin, Louis Chedid. 0.40Grand Public. Magazine (45min). FRANCE3 20.45Au cœur du Vatican. Documentaire. Stéphane Ghez (2014). 22.35Météo, Soir 3. 23.40Les Chansons d’abord. Spécial Dalida. Divertissement. 0.30Couleurs outremers (25min). CANAL+ 20.55Love Is All You Needpp Film Susanne Bier. Avec Pierce Brosnan, Kim Bodnia, Trine Dyrholm (coprod., 2012). 22.45Des gens qui s’embrassent Film Danièle Thompson. Avec Eric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou de Laâge (France, 2013). 0.25Braquo. Série (S3, 7-8/8, 115min) V. FRANCE5 20.35La Maison France 5. Magazine. 21.40Silence, ça pousse! Magazine. 22.35C dans l’air. Magazine. 23.45Entrée libre. Magazine (20min). ARTE 20.50Hommage à Alain Resnais: Mon oncle d’Amériquepp Film Alain Resnais. Avec Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Roger Pierre (France, 1980). 22.55 Méloppp Film Alain Resnais. Avec Sabine Azéma, Fanny Ardant, Pierre Arditi, André Dussollier (Fr., 1986). 0.20Camp 14, dans l’enfer nord-coréen. Documentaire (110min). M6 20.50La Méthode Claire. En pères et contre tout. Téléfilm. Vincent Monnet. Avec Michèle Laroque (Fr., 2013, audiovision). 22.40La Méthode Claire. Téléfilm. Vincent Monnet. Avec Michèle Laroque, Christelle Chollet (Fr., 2012, audio., 90min). météo&jeux écrans Lessoiréestélé EuroMillions CHEZ VOTRE MARCHANDDE JOURNAUX Découvrez notre nouvelle formule “Connaître les religions pour comprendre le monde” Motscroisés n˚14-055 Sudokun˚14-055 Solutiondun˚14-054 Jeudi 6mars TF1 20.55Section de recherches. Série. L’Emmerdeuse. Barbe-BleueU (S8, ép. 3 et 4/12, inédit) ; Partie de campagne (saison 7, 13/16) U. Avec Xavier Deluc. 23.4524 heures aux urgences. Documentaire (235 min) U. FRANCE2 20.45Envoyé spécial. Au sommaire : Les Marchands de sommeil ; Impression 3D, la vie en relief ; etc. 22.20Complément d’enquête. Oradour, spoliations : quand les enquêtent continuent. Magazine. Invité : George Clooney. 23.30Alcalinele mag. Avec Alex Beaupain. 0.25Au clair de la Lune. Jordi Savall, le concert des nations. Œuvres de Rameau. Par le Concert des nations (100min). FRANCE3 20.45Le Boulet Film Alain Berbérian et Frédéric Forestier. Avec Gérard Lanvin (Fr. - GB, 2002, audio.). 22.35Météo, Soir 3. 23.35Ensemble, c’est mieux (120min). CANAL+ 20.55Homeland. Série. Opération Téhéran. Héros malgré lui (S3, 11 et 12/12, inédit) V. Avec Claire Danes. 22.45Workingirls. Série (S3, 7-9/12, inédit). 23.25MadMen. Série (S6, 10/13, inédit) U. 0.10Zero Dark Thirtypp Film Kathryn Bigelow (EU, 2012, 155 min) V. FRANCE5 20.35La Grande Librairie. Spécial romancières. Invitées : Nina Bouraoui, Murielle Magellan, Emmanuelle Richard... 21.40Duels. Mandela - De Klerk (audio.). 22.35C dans l’air. Magazine. 23.45 Entrée libre. Magazine (20min). ARTE 20.50De grandes espérances. Série [1 à 3/3]. Avec Oscar Kennedy (inédit). 23.30Rani. Série (saison 1, 7 et 8/8). 1.20Capitaine Conanpp Film Bertrand Tavernier. Avec Philippe Torreton, Samuel Le Bihan (France, 1996, 125min). M6 20.50Bones. Série. Culpabilité (saison9, ép. 9, inédit) ; Au service de sa majesté [1 et 2/2] (saison4, épisodes 1 et 2/26). La vérité n’a pas de prix. Faux frère (S1, 1 et 2/22) (250min) U. Lesjeux Résultats du tirage du mardi 4mars. 3, 5, 22, 27, 44, 1 eet 6e Rapports : 5 numéros et ee: pas de gagnant ; 5 numéros et e: 1 000384,00 ¤; 5 numéros : 41 682,60¤ ; 4numéros et ee: 4 763 ,70¤ ; 4numéros et e: 197,10¤ ; 4numéros : 79,00¤ ; 3 numéros et ee: 57,90¤ ; 3 numéros et e: 13,50¤ ; 3 numéros : 9,70¤ ; 2 numéros et ee: 18,60¤ ; 2 numéros et e: 7,50¤; 2 numéros : 3,40¤ ; 1 numéroet ee: 10,30¤. Onasouvent l’impressionqueces maisonsbichonnées sont surtout conçues pourépater lesvoisins La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n° 0717 C81975 ISSN0395-2037 PRINTED IN FRANCE Imprimerie du « Monde » 12, rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex Toulouse (Occitane Imprimerie) Montpellier (« Midi Libre ») 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS CEDEX 13 Tél : 01-57-28-39-00 Fax : 01-57-28-39-26 Président : Louis Dreyfus Directrice générale : Corinne Mrejen 17 0123 Jeudi 6 mars 2014 I l ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucunremordpour leprésent et une confiance inébranlable pour l’avenir », disait Jean Jaurès, dont nouscélébronscetteannéelecente- nairedel’assassinat. Il yalàdesbali- ses qui jalonnent monparcours de vie. Le 1 er octobre 2011, la victoire de la gau- che au Sénat a représenté un bouleverse- ment historique attendu depuis près de cinquanteans; elleaégalement contribué à légitimer le bicamérisme en démon- trant que l’alternance était possible. A la fin du mois de septembre, auront lieude nouvelles élections pour la moitié des sièges à pourvoir. Pour ce qui me concerne, je ne serai pas candidat pour exercer, pendant six ans supplémentai- res, unnouveaumandat. Dès les premiers jours qui ont suivi mon électionà la présidence j’en ai infor- méFrançois Hollande, alors qu’il était lui- même candidat à la candidature pour la présidence de la République. Lui et lui seul, car c’était laconditionpour effectuer cetteextraordinairemissionentouteplé- nitude. C’est d’abord un choix personnel très ancien. J’ai étéélusénateuril yaseizeans; j’y ai exercé diverses responsabilités avant de devenir, grâce à la confiance de mes camarades, président du groupe socialiste. Pendant sept ans, avec l’ensem- bledelagaucheet desécologistes, rassem- blés, nous avonstravaillé, nous avonspré- paré minutieusement le changement dans cette assemblée qui, depuis si long- temps, ne l’avait pas connu. J’ai été le candidat qui allait porter l’al- ternance. Premier président socialiste du Sénat depuis le début de la V e République, j’ai ressenti celacommeunimmensehon- neur, ce fut la responsabilité la plus pas- sionnante de toutes celles que j’ai eu à exercer. Cette décision, qui vient de loin, c’est un engagement souvent affirmé, vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de mon entourage, un engagement auquel je ne souhaite pas me soustraire. Avec les nouvelles dispositions sur la vie politique, je suis convaincu que nous entrons dans une nouvelle ère. Je suis convaincu que pour redonner confiance dans la parole politique on ne peut pas s’enteniràproclamerdesprincipes, il faut être capable de se les appliquer… et, d’abord, ne pas se considérer comme pro- priétaire de nos mandats. Je ne prétends surtout pas à l’exempla- rité; j’ai la chance de me trouver ensitua- tion de pouvoir le faire sans mettre en péril lespositionsdelagaucheet dessocia- listes ni dans mon département, l’Ariège, ni, demain, pour la majorité sénatoriale. Rien ne m’oblige et, pour répondre par avance à certains commentaires orientés ou ignorants, en particulier pas la crainte des échéances à venir. J’ai été presque le seul à annoncer, en 2011, lebasculement àgaucheduSénat; je dis, aujourd’hui, pour l’avoir bien étudié, qu’il restera à gauche en 2014. Je suis fier de ce que cette nouvelle majorité a pu accomplir depuis deuxans et demi. J’ai aimé le Sénat; je continue à l’aimer pour ce qu’il apporte à la démocratie, à la qualité du travail législatif. L’heure n’est pas encore, en ce moment, au bilan; mais qu’onnes’ytrompepas, nous aurons l’oc- casiondanslesmoisqui viennentdemon- trer le cheminparcouru. La première année, exaltante, fut celle oùnotre actiona contribué à la reconquê- te; puis, depuis juin2012, l’absence de majorité gouvernementale a rendu plus incertainet moinscohérentlepositionne- mentpolitiqueduSénat, victimed’unrap- port de force politique volatile. Certes, j’ai été confronté à nombre de conservatismes, maisj’ai exercécettehau- teresponsabilitéavecbeaucoupd’enthou- siasme en me gardant de toute tentation narcissique ouconcessions médiatiques. Voilà maintenant trente et un ans, je devenais maire d’une commune de haute montagneenAriège, puismairedeLavela- net, une ville ouvrière textile. J’ai été conseiller régional, conseiller général ; je me suis investi sans compter au Parti socialiste, exerçanttouteslesresponsabili- tés, de secrétaire de section jusqu’à celle dedirigeantnational auxfédérations, aux élections… J’ai accompagné à ces postes, Lionel Jospin, Henri Emmanuelli, Fran- çois Hollande… C’est unlong chemin. Je ne serai candi- dat à aucune autre fonction élective. Je demandeàchacundecroireenmasincéri- té, àmesamis, àmesamispolitiques, mais égalementauxautresvis-à-visdesquelsje mesuis efforcédetoujoursmecomporter avec respect et loyauté. Je ne suis ni déçu ni blasé… bien au contraire. Nous avons toujours mille rai- sons d’attendre et de ne pas entendre; maisleprixdurenoncement est pluscher à payer que le prixducourage. Comme d’autres, comme Bertrand Delanoë, je décide simplement moi- même, entoutelucidité, toutesérénitédu moment, de m’arrêter. C’est le plus grand desprivilèges. Jesouhaiteàchacundepou- voirendisposeraumomentqui lui corres- pond. Je continuerai, avec la même pas- sion, jusqu’au dernier jour pleinement investi dans la fonction qui est la mienne tout enm’impliquant dans lacampagneà venir. J’encourage tous ceux qui veulent donner dusens à leur citoyennetéà servir laRépublique, às’engager dans la viepoli- tique. J’exprime ma profonde reconnaissan- ceàtousmescollègues, enparticulieràcel- les et ceux qui ont partagé mes valeurs, des valeurs qui restent fortes, qui nous honorent. Jelesappelleàcontinuercemer- veilleux combat pour lequel j’ai consacré une grande partie de ma vie. p C ’était il y a quelques années encore: l’Espagne était déjà durement frappée par la réces- sion mondiale. L’austérité menaçaitlesfondementsenco- re fragiles d’un Etat-providen- ce, tantauniveaucentral quedanslescom- munautés autonomes. Pourtant, à bien des égards, la société espagnole démon- trait unematuritéenviable, contribuant, à travers le mouvement des «indignés», à questionner les origines de la crise finan- cière et l’injustice profonde de ses consé- quences. Celles-ci, à commencer par ces 26% de sans-emploi, n’ont pu, durant les premiè- res années de récession, déraciner l’atta- chement des citoyennes et des citoyens espagnolsauxlibertéspubliquesissuesde la transition, à une justice qui s’était jus- qu’alors montréetrès soucieuse deremet- treencausel’immunitédes baronslocaux ainsi qu’aux piliers d’un Etat-providence parmi lesquelsunsystèmedesantéfaisait partiedes plus performants d’Europe. Mieux, sans que les élites politiques, à commencerparleParti populaireactuelle- ment au pouvoir, en aient eu conscience, ces politiques adoptées augré d’une ému- lation positive entre communautés auto- nomes et des impulsions données par les gouvernementsdirigésparJoséLuisRodri- guez Zapatero, ont contribué plus d’une décennie durant à forger l’image du pays aux yeux de ses partenaires. Celle d’une sociétésoucieused’égalité, de justice et de protectioncontretouteformedediscrimi- nation. En matière de politiques d’égalité de genre, l’Espagnea, enl’espace de quelques années, rejointunclubauseinduquel sem- blaient ne devoir être admis que les pays scandinaves. L’Espagne avait fait le choix de bâtir «par le bas» des politiques publi- ques efficaces pour s’attaquer aufléaudes violences faites auxfemmes, soulignant à juste titre leur spécificité: celle de se fon- der sur unehiérarchieentreles deuxcom- posantes del’humanité, nourrieàforcede stéréotypes et d’injustices de tous ordres. La Frances’est, depuis, inspiréede cette expérience pour adopter à son tour une approcheintégréedel’égalitédes sexes, se saisissant elle aussi des violences faites auxfemmes qui y font encore, enpropor- tion, près de 50% de victimes de plus qu’en Espagne. On trouve en particulier l’empreinte des progrès enregistrés sous les gouvernements PSOE de 2004-2011 dans l’approche adoptée par le gouverne- ment français, sous l’impulsionduminis- tère des droits des femmes. Une influence d’autant plus significative qu’elle prove- nait d’unpays proche culturellement. Saper la cohésion sociale Après plus de cinq années de crise, le consensus bâti à grand-peine autour des valeurs démocratiques communes à l’en- semble des Espagnols est sur le point de volerenéclats. Lestensionssurlefrontéco- nomique et de l’emploi, d’une part, et autour de la forme de l’Etat, d’autre part, nesontpasseulesencause. Danssonobsti- nationàvouloirrevenirsur ledroit àl’IVG, le Parti populaire, qui contrôle l’essentiel des leviers de l’Etat et des régions, remet en cause le fondement de toute politique visant à reconnaître l’égalité pleine et entière entre les sexes: la reconnaissance de l’autonomiepersonnelledes femmes. Mené, cruel paradoxe, au nom de «la santé sexuelle et reproductive des fem- mes», leprojetdeloi portéparlegouverne- ment présenteuncontenuprofondément liberticide qui excède de loin l’engage- ment decampagned’unerévisiondelaloi sur l’IVG adoptée en 2010 – et par consé- quent, le mandat donné par son propre électorat. Cefaisant, dansuncontexteplus large de retour en arrière en matière de libertés publiques, il contribue à saper la cohésion sociale et menace de ramener l’Espagne quatre décennies en arrière dans la promotionde l’égalité. Auregard du rôle de modèle gagné par l’Espagne au cours de la décennie passée, ce recul majeur revêt une gravité et une signification qui dépassent amplement les frontières dupays, et mettent encause sonimageet le sens mêmede sa contribu- tion à l’édification de sociétés européen- nes plus justes, plus égalitaires et plus démocratiques. Il nous alerte également surlanécessitédeneriencéder enmatière d’égalité et de lutte contre les discrimina- tions fondées sur le genre. Ace titre, il appartient à l’ensemble des gouvernements soucieux d’égalité et de progrès, et auxacteursdel’égalitéenEuro- pe, quelle que soit leur orientation politi- que, de rappeler le gouvernement espa- gnol àsesdevoirset ses responsabilités, en soulignant qu’en matière d’égalité et de libertés civiques, tout retour enarrière est uneatteinteauxvaleursdémocratiqueset au«vivre ensemble». p décryptages Jean-PierreBel Président (PS) du Sénat IvarEkeland Président de l’Association universitaire pour le respect du droit international en Palestine RonyBrauman Médecin, essayiste GhislainPoissonnier Magistrat Pourredonnerconfiance danslaparolepolitique, onnepeutpass’entenirà proclamerdesprincipes, il fautêtrecapable deselesappliquer Sansregret, sansremords, pourquoi jeneserai pluscandidat E ntant queconsommateurcitoyen, jen’achè- tepas deproduits israéliens tant qu’Israël ne respecterapasledroitinternational ; j’appel- le aussi mes concitoyens à faire de même afin de faire pression sur Israël pour qu’il démantèle le mur de séparation et les colo- nies. » Pour avoir tenu de tels propos dans la rue ou dans des commerces, pour les avoir écrits dans des magazinesousurInternet, prèsd’unecentainedeper- sonnes sont traduites enFrancedevant les tribunaux. Il s’agit de membres d’associations qui soutiennent la campagne «Boycott-désinvestissement-sanctions» (BDS). Ces personnes sont poursuivies par les procu- reursenvertud’untexteinterneauministèredelajus- tice adopté le 12février 2010, dite circulaire Alliot- Marie, gardedes sceauxdel’époque. La circulaire ordonne aux parquets de poursuivre pénalement les personnes qui appellent auboycotta- gedesproduits israéliens. Elleaffirme, sans le démon- trer, quel’article24alinéa8delaloi de1881 sur lapres- se permettrait de réprimer les appels lancés par des citoyens ou des associations au boycottage de pro- duitsissus d’unEtat dont lapolitiqueest contestée. Ce texteinterprètelaloi demanièreextensive, encontra- dictionavec la règle de l’interprétationstricte des lois pénales. Eneffet, l’article24alinéa8delaloi de1881 nes’atta- chepas à interdireles appels auboycottage, mais uni- quement les provocations «à la discrimination, à la haineouàlaviolenceàl’égardd’unepersonneoud’un groupedepersonnesenraisondeleurorigineoudeleur appartenanceoude leur non-appartenanceàune eth- nie, une nation, une race ouune religiondéterminée». LacirculaireAlliot-Marieaétécritiquéepar lemon- de associatif au nom de la liberté d’expression. Mais également par de nombreux juristes, universitaires, avocats et magistrats, en raison de son contenu qui procèdeàunusagedétournédela loi prévuepour lut- tercontrelesproposracistesetantisémites. Desprocu- reurs ont même refusé de requérir oralement la condamnationdes militants de la campagne BDS, en dépit des instructions écrites de leur hiérarchie. La cour d’appel de Paris a prononcé en 2012 des relaxes, considérant que les propos tenus relevaient de la critique pacifique de la politique d’un Etat. La Cour européenne des droits de l’homme, quant à elle, rappelle très régulièrement que les groupes militants bénéficient sur des sujets politiques d’une protection renforcée de leur liberté d’expression. Christiane Taubira a même déclaré publiquement à plusieurs reprises que cette circulaire contenait une interpréta- tion de la loi qui pouvait être considérée comme «injuste» ou«abusive». L’ensemble de ces éléments et le changement de majoritépolitiquepermettaientdepenserquelaprise de conscience du caractère absurde de cette situation allait se traduire en acte. Or, la circulaire Alliot-Marie de2010esttoujoursenvigueuret lespoursuitespéna- les contre des militants de la campagne BDS conti- nuent. Ce faisant, la FrancesesingulariseenEuropeet danslemonde: elleestleseul Etat, avecIsraël, àenvisa- ger la pénalisation d’une campagne pacifique et citoyenne, demandant le respect du droit internatio- nal. Campagne pacifique en ce sens que les actions d’appel au boycottage organisées consistent en des mesuresincitatives, qui selimitent àfaireappel, par la diffusiond’informations, àlaconsciencepolitiquedes consommateurs. Aucune forme de contrainte n’est exercéeni àl’égarddesclientsetdesdistributeursfran- çais, ni à l’égarddes producteurs israéliens. EnFrance, l’appel au boycottage, forme d’action politique non violente, s’inscrit dans le débat politique républicain depuis des décennies. M me Taubiral’amêmequalifiéde«pratiquemilitan- te, reconnue, publique» et admet l’avoir encouragé en son temps contre les produits sud-africains, dans le cadre d’une campagne internationale que personne n’avait alors envisagéd’interdire. Campagne citoyenne en ce sens qu’elle repose sur une mobilisation des sociétés civiles. La campagne BDSaétéengagéeen2005àlademandede172associa- tionset syndicatspalestiniens. Elleappellelessociétés civiles du monde entier à se mobiliser pour que leur gouvernement fasse pressionsur l’Etat d’Israël. En France, de nombreuses associations ont rejoint l’appel lancé en 2005. Les actions qu’elles conduisent dans le cadre decette campagnesesituent aucœur de la liberté d’expression et d’information des citoyens français sur un sujet international. Ces actions ne consistent pas à discriminer les citoyens israéliens: elles visent à boycotter les institutions et les produits d’Israël envue defaire changer unepolitique d’Etat. Campagne pour le respect du droit international enfin, dans lamesureoùlebut recherchéest d’obtenir le respect des résolutions des Nations unies et la fin des politiques déclarées illégales par l’avis du9juillet 2004 de la Cour internationale de justice de LaHaye que sont la construction du mur de séparation et la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La mobilisationdes sociétés civiles est rendue indispen- sable, carlaplupart desEtatsn’ont rienfait oupresque pour pousser Israël à se conformer à l’avis de la Cour, notamment en prenant des mesures de sanctions pour quele mur et les colonies soient démantelés. Rien n’est plus faux que de laisser entendre que la campagne BDS puisse être raciste ou antisémite. Cet amalgamerelèvedelamêmerhétoriquequecellepar- fois utilisée dans les années1970 et 1980 contre les militants anti-apartheidcomparés à d’irresponsables marxistes-léninistes ou à des racistes anti-Blancs. Aucun des militants de la campagne BDS poursuivis depuis 2010 en vertu de la circulaire évoquée ne l’a d’ailleurs été pour avoir tenu des propos ou commis des actes racistes et antisémites. Il est temps de procé- der àl’abrogationdela circulaireAlliot-Marie. p Droit àl’IVG: l’Europedoit rappelerl’Espagneàlaraison Aucundesmilitantsdelacampagne «Boycott désinvestissement sanctions» poursuivisdepuis2010nel’aété pouravoirtenudesproposoucommis desactesracistesetantisémites DanielleBousquet Présidente duHaut Conseil àl’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) MaximeForest Président de lacommissionenjeux internationauxet européens duHCEfh, enseignant-chercheur àSciences Po Paris SoledadMurillo delaVega Professeure de sociologie àl’université de Salamanque, secrétaire générale auxpolitiques d’égalité dugouvernement Zapatero Cessonsdepénaliserleboycottaged’Israël Il fautabrogerla«circulaireAlliot-Marie» 18 0123 Jeudi 6 mars 2014 analyses ANALYSE par Mirel Bran Bucarest, correspondance S i l’histoire des peuples est ponctuée de moments de grâce, les Moldaves ont eule leur, le 27février, lorsque le Parlement européen a voté à une grande majorité la libéralisationdes visas. Les portes de l’espace Schen- gen vont s’ouvrir pour les Moldaves, qui se considèrent Européens à part entière et rêvent d’intégrer un jour l’Union. «La Moldavie a consenti de sérieux efforts ces dernières années enmettant en place des réformes difficiles et un processus de renforcement institutionnel », sou- ligne le Parlement européendans soncommu- niqué. «C’estunebonnenouvelleet unpastangi- ble vers une association plus étroite et une inté- grationéconomique avec l’Unioneuropéenne», acommentéCeciliaMalmström, la commissai- re européenne chargée des affaires intérieures. Souvent réduiteàlaSyldaviedeTintinqu’el- le aurait inspirée, la Moldavie sort de l’oubli et arrive sur le devant de la scène à la faveur de la crise ukrainienne. Les yeuxrivés sur les machi- nations de la Russie en Ukraine, les Occiden- taux découvrent ce petit pays enclavé entre la Roumanieet l’Ukraine. GrandecommelaBelgi- que, la Moldavie compte 4millions d’habitants dont deux tiers sont roumanophones et un tiers russophones. Ancien territoire roumain, elle a été annexée par l’Union soviétique après la seconde guerre mondiale. Devenue Républi- quesoviétique, laMoldavieaobtenul’indépen- dance en 1991 à la suite de l’effondrement de l’ancienne URSS. Son problème: la Transnistrie, sa partie orientale, qui a fait sécession en 1990. Cette zone à majorité russophone redoutait une réu- nification de la Moldavie et de la Roumanie, paysqui s’étaitdébarrasséen1989deladictatu- recommunistedeNicolaeCeausescu. Avecl’ap- pui deMoscou, laguerreavait éclatésur cepetit bout de terre qui s’est déclaré indépendant en 1992. Un scénario qui se répète aujourd’hui en Crimée. «On va d’abord agir, et on expliquera après! »: c’estainsi qu’en1992legénéral Alexan- dre Lebed, chef de la XIV e armée soviétique basée en Transnistrie, résumait la vision que Moscouavait decepaysfantômequ’aucunEtat ne reconnaît. Malgré la promesse de la Russie, en 1999, de retirer ses troupes de Transnistrie, ellessonttoujoursprésentesetlapetiterépubli- queautoproclaméedemeureuneplaieauxpor- tes de l’Europe. Malgréces difficultés, les Moldaves ont reçu, le 30novembre 2013, une énorme bouffée d’oxygène lors du sommet européen de Vil- nius, l’UEleurayantouvertlavoiepourlasigna- tured’unaccordd’associationetdelibre-échan- ge. Certes, ils ont payé le prix fort. Après plus d’une décennie de gouvernance communiste qui avaitplongélepaysdanslemarasmeécono- mique, les jeunes Moldaves ont fait leur petite révolutionenavril 2009. Al’époque, ils avaient pris d’assaut les rues de la capitale, Chisinau, et remis en question les institutions de l’Etat. Un gouvernement de coalition proeuropéen avait été mis en place. Son désir d’intégrer la Molda- vie à l’UE avait été accueilli avec frilosité en Europe occidentale, où la fatigue de l’élargisse- ment arefroidi lespolitiqueset l’opinionpubli- que. Bruxelles met les bouchées doubles Avecl’échecukrainien, leprojet européende laMoldaviearebondi. Après avoir étérejetépar l’Ukraine de Viktor Ianoukovitch, Bruxelles met les bouchées doubles pour satisfaire les doléances de la Moldavie. Le rêve des Moldaves devoyager sans visadans l’UEaainsi vule jour. Cette liberté est néanmoins assortie d’une contrainte: les séjours dans l’espace Schengen nedoiventpasdépasser90jourspar périodede 180jours. Et le Conseil européen, qui représen- te les 28 Etats membres, doit encore approuver cet accord au plus tard en avril. «Cette décision aura un impact extraordinaire sur nos voisins ukrainiens, affirme le premier ministre Iouri Leanca. Ilsvontcomprendrequesi onsecompor- tecommeil faut, l’Unioneuropéennenoustraite bien. Regardez les pays de l’Europe centrale, la Roumanie, la Bulgarie, les pays baltes! La pers- pective d’adhérer à l’UE a été le meilleur levier pourréformernonseulementlesélites, maisaus- si lasociété. » Longtemps oubliée par la diplomatie occi- dentale, la Moldavie commence à peser dans cette partie du monde où l’Occident se frotte à la Russie. En août2013, la chancelière alleman- de, AngelaMerkel, s’est rendueàChisinaupour assurer les Moldaves que leur pays pouvait trouver sa placeauseinde l’UE. Endécembre, le secrétaire d’Etat américainJohnKerry est venu fouler le sol moldave. Le 3mars 2014, M. Leanca a été reçu à Washington par M. Obama. «Les Etats-Unis soutiennent sans réserve le parcours européende laRépublique de Moldavie, a décla- ré le président américain. Je sais que ce ne sera pas facile, mais nous soutenons l’intégrité terri- toriale et la souveraineté de votre pays. Je vous souhaite de tout moncœur de réussir. » Même son de cloche à Paris et à Berlin où la petiteMoldavieseretrouvesurl’agendadeLau- rent Fabius et de son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier. Les deux ministres des affaires étrangères vont organiser bientôt leurpremiervoyageconjoint enMoldaviepour affirmer le soutien de Paris et de Berlin à l’an- cienne république soviétique qui frappe depuisdesannéesauxportesdel’UE. LesMolda- ves les attendent depuis unquart de siècle. p bran@lemonde.fr MUNICIPALES TRAIN EUROPE1 DES LE LE RÊVE DES MOLDAVES DE VOYAGER SANS VISA DANS L’UE A VU LE JOUR M aître William Bourdon est ungêneurpatenté. Un avocat parisien aux convictions sociales et politiques certaines. Il n’aime pas l’ordre éta- bli, l’argent sale, les dictateurs afri- cains, les hommes politiques cor- rompus, les systèmes répressifs. Aussi ne faut-il pas s’étonner quand il publie un ouvrage docu- menté, instructif, intitulé Petit manuel de désobéissance citoyen- ne. Il y est question d’un sujet qui le taraude. Comment protéger sur leplanjuridiqueceuxqui, unjour, décident de se révolter contre un ordre illégal, ou, mieux, en vien- nent à révéler des secrets d’Etat? Dans ce livre, de précieux conseils sont dispensés à ces lut- teurs de l’impossible. On y croise des figures désormais connues: IrèneFrachon, cemédecinqui révé- lalesdangersduMediator, Edward Snowden, cet espion qui mit au jour les sales méthodes de la NSA, ou encore Hervé Falciani, l’infor- maticien de HSBC, qui pourfend les dérives des banques suisses. M e Bourdon sait de quoi il parle, il est le défenseur d’Hervé Falciani. Ce qui lui ôte évidemment une objectivité qu’il ne revendique pas… «Délégitimer la démocratie» La problématique est ancienne. Mais l’auteur stigmatise de «nou- vellesformesdecollusionentrel’ar- gent et les pouvoirs qui ont contri- bué à délégitimer la démocratie». En ces époques arides, la soif de démocratie demeure, pourtant. «L’exception de citoyenneté», ce concept cher à William Bourdon, compte de vrais héros. Ainsi, ce petit juge provincial, Paul Magnaud, qui relaxaen1898Loui- se Ménard, coupable d’avoir volé un pain, au motif qu’elle et son enfant n’avaient pas mangé depuis 36heures. Et les lanceurs d’alerte, ces anonymes qui devien- nent fameuxenrévélant les turpi- tudesdusystème. M e Bourdonsou- met une vraie idée, en examinant les lois en vigueur chez nos voi- sins. Prenez le Luxembourg, qui disposed’une loi exemplaire pour protéger les lanceurs d’alerte. Une forme de leurre, puisque dans ces pays personne n’a intérêt à briser l’omerta. En France, une loi, votée en décembre2013, permet à ces «saints qui sont aussi des traîtres», d’être protégés sur le plan juridi- que, s’ils font montre de leur bon- nefoi. Ce n’est certes pas suffisant, assure l’auteur. Qui appelledonc de ses vœuxla création d’une autorité adminis- trative indépendante, protectrice. En attendant, M e Bourdon recom- mande aux lanceurs d’alerte de s’appuyer sur leur réseaurelation- nel. Et de solliciter des avis juridi- ques, tout en faisant appel à des relais médiatiques. Bref, de s’en- tourer, avant de dénoncer. p GérardDavet etFabrice Lhomme Lacrise ukrainienne redonne ses chances àlaMoldavie Petit manuel de désobéissance citoyenne William Bourdon Jean-Claude Lattès, 218 p., 12,5 ¤ ACCÉDEZÀL’INTÉGRALITÉ DES «UNES» DU MONDE ET RECEVEZ CELLE DE VOTRE CHOIX ENCADRÉE www.lemonde.fr 65e Année - N˚19904 - 1,30 ¤ - France métropolitaine --- Jeudi 22 janvier 2009 Fondateur: Hubert Beuve-Méry - Directeur: Eric Fottorino Algérie 80 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,00 ¤, Belgique 1,40 ¤, Cameroun 1 500 F CFA, Canada 3,95 $, Côte d’Ivoire 1 500 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 25 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 500 F CFA, Grande-Bretagne 1,40 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 650 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,00 ¤, Luxembourg 1,40 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 25 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 500 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 28 KRS, Suisse 2,90 FS, Tunisie 1,9 DT, Turquie 2,20 ¤, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 500 F CFA, Barack et Michelle Obama, à pied sur Pennsylvania Avenue, mardi 20janvier, se dirigent vers la MaisonBlanche. DOUGMILLS/POOL/REUTERS aLes carnets d’une chanteuse. Angélique Kidjo, née au Bénin, a chanté aux Etats-Unis pendant la campagne de Barack Obama en2008, et de nouveau pendant les festivités de l’investiture, du 18 au 20 janvier. Pour Le Monde, elle raconte : les cérémonies, les rencontres – elle a croisé l’actrice Lauren Bacall, le chanteur Harry Belafonte… et l’écono- miste Alan Greenspan. Une question la taraude : qu’est-ce que cet événement va changer pour l’Afrique ? Page 3 aLe grand jour. Les cérémonies ; laliesse ; les ambitions d’unrassembleur ; la première décision de la nouvelle administration: la suspension pendant cent vingt jours des audiences de Guantanamo. Pages 6-7 et l’éditorial page 2 aIt’stheeconomy... Il faudraàlanou- velle équipe beaucoup d’imagination pour sortir de la tourmente financière et économique qui secoue la planète. Breakingviews page 13 aFeuille de route. « La grandeur n’est jamais un dû. Elle doit se mériter. (…) Avec espoir et vertu, bravons une fois de plus les courants glacials et endurons les tempêtes àvenir. »Traductionintégrale du discours inaugural du 44e président des Etats-Unis. Page 18 aBourbier irakien. Barack Obama a promis de retirer toutes les troupes de combat américaines d’Irak d’ici à mai 2010. Trop rapide, estiment les hautsgradés del’armée. Enquêtepage19 GAZA ENVOYÉ SPÉCIAL Dans les rues de Jabaliya, les enfants ont trouvé un nou- veau divertissement. Ils col- lectionnent les éclats d’obus et de missiles. Ils déterrent du sable des morceaux d’une fibre compacte qui s’enflamment immédiatement au contact de l’air et qu’ils tentent difficilement d’éteindre avec leurs pieds. « C’est du phosphore. Regar- dez comme ça brûle. » Surlesmursdecetterue, destra- cesnoirâtressont visibles. Lesbom- bes ont projeté partout ce produit chimique qui a incendié une petite fabrique de papier. « C’est la pre- mièrefoisquejevoiscelaaprès trente- huit ans d’occupation israélienne », s’exclame Mohammed Abed Rab- bo. Dans son costume trois pièces, cette figure du quartier porte le deuil. Six membres de sa famille ont été fauchés par une bombe devant un magasin, le 10 janvier. Ils étaient venus s’approvisionner pendant les trois heures de trêve décrétées par Israël pour permet- tre aux Gazaouis de souffler. Le cratère de la bombe est tou- jours là. Des éclats ont constellé le mur et le rideau métallique de la boutique. Le père de la septième victime, âgée de 16 ans, ne décolè- re pas. « Dites bien aux dirigeants des nations occidentales que ces sept innocents sont morts pour rien. Qu’ici, il n’y a jamais eu de tirs de roquettes. Que c’est un acte crimi- nel. Que les Israéliens nous en don- nent la preuve, puisqu’ils sur- veillent tout depuis le ciel », enrage Rehbi Hussein Heid. Entre ses mains, il tient une feuille de papier avec tous les noms des morts et des blessés, ainsi queleur âge, qu’il énumère à plusieurs reprises, comme pour se persua- der qu’ils sont bien morts. Michel Bôle-Richard Lire la suite page 5 et Débats page 17 Ruines, pleurs et deuil : dans Gaza dévastée WASHINGTON CORRESPONDANTE Devant la foule la plus considérable qui ait jamais été réunie sur le Mall national de Washington, Barack Obama a prononcé, mardi 20 janvier, un discours d’investiture presque modeste. A force d’invoquer Abraham Lincoln, Martin Luther King ou John Kennedy, il avait lui même placé la barre très haut. Le discours ne passera probablement pas à la postérité, mais il fera date pour ce qu’il a montré. Une nouvellegénérations’est ins- tallée à la tête de l’Amérique. Une ère de transformationa commencé. Des rives du Pacifique à celles de l’At- lantique, toute l’Amérique s’est arrêtée sur le moment qu’elle était en train de vivre : l’accession au poste de comman- dant en chef des armées, responsable de l’armenucléaire, d’unjeunesénateur afri- cain-américain de 47 ans. Lire la suite page 6 Corine Lesnes Education L’avenir de Xavier Darcos « Mission terminée » : le ministre de l’éducation ne cache pas qu’il se considérera bientôt en disponibilité pour d’autres tâches. L’historien de l’éducation Claude Lelièvre explique comment la rupture s’est faite entre les enseignants et Xavier Darcos. Page 10 Automobile Fiat : objectif Chrysler Au bord de la faillite il y a quelques semaines, l’Américain Chrysler négocie l’entrée du constructeur italien Fiat dans son capital, à hauteur de 35 %. L’Italie se réjouit de cette bonne nouvelle pour l’économie nationale. Chrysler, de son côté, aura accès à une technologie plus innovante. Page 12 Bonus Les banquiers ont cédé Nicolas Sarkozy a obtenu des dirigeants des banques françaises qu’ils renoncent à la « part variable de leur rémunération ». En contrepartie, les banques pourront bénéficier d’une aide de l’Etat de 10,5 milliards d’euros. Montant équivalent à celle accordée fin 2008. Page 14 Edition Barthes, la polémique La parution de deux textes inédits de Roland Barthes, mort en 1980, enflamme le cercle de ses disciples. Le demi-frère de l’écrivain, qui en a autorisé la publication, essuie les foudres de l’ancien éditeur de Barthes, François Wahl. Page 20 REPORTAGE UK price £ 1,40 L’investiture de Barack Obama Premières mesures Le nouveau président américain a demandé la suspension des audiences à Guantanamo Le livre-enquête incontournable pour alimenter le débat sur l’avenir de l’école. 27 000 profs partiront chaque année à la retraite, d’ici à 2012. www.arteboutique.com un éditeur derrière l’écran > Nouvelleédition Tome2-Histoire Encyclopédie Universalis Enplus du«Monde» Uniquement en France métropolitaine RENDEZ-VOUS SUR www.lemonde.fr/boutique Les Unes du Monde 0123 LE LIVRE DU JOUR Protéger les lanceurs d’alerte 19 0123 Jeudi 6 mars 2014 20 0123 Jeudi 6 mars 2014 Amman Envoyée spéciale C ’est le crime le plus tu, perpé- tré actuellement en Syrie. Un crime massif, organisé par le régime et réalisé dans les conditions les plus barbares. Un crime fondé sur l’un des tabouslesmieuxancrésdanslasociététra- ditionnellesyrienneetsurlesilencedesvic- times, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voire une condamna- tionàmort. C’est uncrimequi anéantit les femmes, détruitlesfamilleset disloquelescommu- nautés. Un crime que les hordes de réfu- giés fuyant la Syrie pour les pays alentour désignent comme la cause principale de leur départ, mais que les enquêteurs de l’ONU et toutes les ONG peinent à docu- mentertantlesujetestdouloureux. Uncri- meabsentdesdiscussionsdeGenèvealors qu’il obsède les Syriens et hante des dizai- nesdemilliersdesurvivantes. Leviol. L’ar- mede guerre secrètede Bachar Al-Assad. Alma, 27 ans (les noms des victimes ont été changés), est allongée, décharnée, sur unlit d’hôpital au cœur d’Amman. Elle ne marchera plus, sa colonne vertébrale a été brisée par les coups administrés par un milicien du régime avec la crosse de son fusil. Dès les premiers mois de la révolu- tion, cette mère de quatre enfants, diplô- mée en gestion, s’est engagée résolument du côté des rebelles, livrant d’abord de la nourritureet desmédicaments, puistrans- portant des munitions dans un paquet noué sur son ventre afin de passer pour unefemmeenceinte. Arrêtée unjour à uncheckpoint dans la banlieue de Damas, elle est restée trente- huit jours dans uncentre de détentiondes services de renseignement de l’armée de l’air, entouréeparunecentainedefemmes. «Abou Ghraïb, à côté, devait être un para- dis», dit-elle avec un pauvre sourire, allu- sion à la prison américaine en Irak. «J’ai tout eu! Les coups, le fouet avec des câbles d’acier, les mégots de cigarette dans le cou, les lames de rasoir sur le corps, l’électricité dans le vagin. J’ai été violée – les yeux ban- dés–chaquejourparplusieurshommesqui puaient l’alcool et obéissaient aux instruc- tions de leur chef, toujours présent. Ils criaient: “Tu voulais la liberté? Eh bien la voilà!” » Toutes les femmes, dit-elle, en plus de leurs souffrances, pensaient que leur famille les tueraient si elles appre- naient leur sort. Sadéterminationàs’enga- gerdansl’Arméelibren’enétaitquerenfor- cée. A sa sortie, elle est devenue l’une des rares femmes chef de bataillon, à la tête de vingt hommes, avant d’être grièvement blesséeet évacuéeenJordanie. DescentainesdemilliersdeSyriensont afflué en Jordanie, et c’est là que nous avons pu, grâce à des médecins, avocates, psychologues, collecter et croiser de nom- breux témoignages ainsi que rencontrer, en face à face, plusieurs victimes. Entre- tiens douloureux et sous haute pression: «Mavie est entre vos mains. » «Il est grandtemps que ce scandale soit dénoncé publiquement ! », estime l’ancien président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, membre influent de l’opposition. Car c’est cette arme, selon moi, qui a fait basculer dans la guerre notre révolution qui s’était voulue pacifi- que. » Dès le printemps 2011, raconte-t-il, des campagnesdeviols par les milices ont été organisées à l’intérieur des maisons alors que s’y trouvaient les familles. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari. Les hommes devenaient fous et hurlaient qu’ils allaient se défendre et venger leur hon- neur. «Je pensais, moi, qu’il fallait tout fai- repournepasentrerdansunephasemilita- risée, qu’armer la révolution allait multi- plier par cent le nombre de morts. Mais la pratique du viol en a décidé autrement. Et je crois que Bachar l’a vouluainsi. Une fois les révolutionnairesarmés, il lui était facile dejustifierlesmassacresdeceuxqu’il appe- lait déjà“les terroristes”. » Difficile de vérifier cette thèse. Ce qui est avéré, en tout cas, c’est que les violen- ces sexuelles n’ont fait que s’accroître, contribuantauclimatdeterreur. «Lesfem- mes servent d’instruments pour atteindre les pères, frères et maris, dénonce l’écrivai- ne Samar Yazbek, réfugiée en France. Leurs corps sont des champs de torture et de bataille. Et le silence de la communauté mondiale sur cette tragédie me semble assourdissant. » Plusieurs organisations internationa- les ont fait état des viols commis par le régime – Amnesty International, l’Inter- national Rescue Committee, la Fédéra- tion internationale des ligues des droits del’homme, HumanRights Watch…Mais toutes évoquent l’extrême difficulté à obtenir des témoignages directs, le silen- ce obstiné des victimes, la peur des cri- mes d’honneur perpétrés contre les fem- mes violées et l’anxiété née de la percep- tion généralisée qu’une femme arrêtée par le régime a forcément été violée. Un rapport particulièrement bien documenté, publiéennovembre2013 par l’Euro-Mediterranean Human Rights Network, confirme l’ampleur du phéno- mène et proclame l’urgence d’enquêter sur ces crimes de guerre qui, si leur plani- ficationétait avérée, pourraient être qua- lifiés de crimes contre l’humanité. «Le régime a fait des femmes ses premières cibles, affirme Sema Nassar, l’auteure principaledurapport, jointepar Skype, et dont les deux sœurs viennent tout juste d’être arrêtées. Elles sont visées, en tant que telles, par les snipers, notamment les femmes visiblement enceintes. Elles ser- vent deboucliershumains, commedans le quartier Ashria d’Homs, en février 2012, quand l’armée a forcé des femmes à mar- cher devant les troupes oules a même fait monter dans les tanks pendant des patrouilles. Elles font l’objet de kidnap- pings pour rançons et échanges. Les violer systématiquement, qu’elles aient 9ans ou 60ans, est une façon de détruire durable- ment tout le tissusocial. » enquête AnnickCojean «Violerlesfemmes systématiquement, qu’ellesaient 9ans ou60ans, estunefaçon dedétruiredurablement toutletissusocial » Sema Nassar auteure d’un rapport sur les viols en Syrie Desfillesviolées devant leurpère, desfemmes devant leurmari: dèsleprintemps 2011, peuaprès lesdébutsdela révolution, leviol aétéutilisé parlerégime deBacharAl-Assad contreses opposants. Témoignages Syrie Leviol, arme de destruction massive enquête Oui, elleadeshistoiresàraconter, Sema Nassar. Des cas précis, datés. Des dizaines. Comme celui de cette jeune fille d’Hama, actuellement réfugiée aux Etats-Unis, qui se trouvait chez elle avec ses trois frères quanddes soldatsont fait irruption, et ont exigéqueles trois jeunes gens violent leur sœur. Lepremier arefusé, onlui acoupéla tête. Le deuxième a refusé, il a connu le mêmesort. Le troisièmeaaccepté, ils l’ont tué sur la fille qu’ils ont eux-mêmes vio- lée. Ou l’histoire de cette Syrienne emme- née dans une maison de la banlieue d’Homs, à l’été 2012, avec une vingtaine d’autres femmes, torturées et violées col- lectivement sous l’œil d’une caméra dont le filma été envoyé à sononcle, uncheikh connu, prédicateur à la télévision, mem- brede l’opposition. «La pratique est très fréquente lors des raids dans les villages, et systématique dans les centres de détention des services secrets», affirme au Monde Abdel Karim Rihaoui, présidentdelaLiguesyriennedes droits de l’homme, actuellement auCaire, qui estime à plus de 50000le nombre de femmes violées dans les geôles de Bachar Al-Assad depuis le début de la révolution. Les régions sunnites sont assurément les plus touchées, et il note, dans les récits, une forte implicationdes troupes duHez- bollahlibanais et de la brigade AbouFadel d’Irak. «Avec les tortures les plus sadiques, comme le rat introduit dans le vagind’une jeunefille de Deraaâgéede 15 ans. Avec des viols collectifs en public comme celui de quarante femmes, le matin du 5janvier 2014, àYelda. Et avecpour conséquencedes centaines de crimes d’honneur sur les fem- mes sortant de prison dans les régions de Hama, IdlibouAlep. » C’estaucampderéfugiéssyriensdeZaa- tari, à80kilomètresd’Amman, qu’onaren- contré Salma, lourde, épuisée, le regard éteint. Née à Deraa il y a une cinquantaine d’années, mais ayant habité Damas avec sonmari etleurshuitenfants, elleaétéstu- péfaite en 2011 d’apprendre qu’en rétor- sion du soulèvement dans sa ville natale, ses enfants étaient renvoyés de leur école, danslacapitale. «Aunomdequoi punissez- vous mes petits? Ils ne sont pour rien dans les événements! », est-elle allée se plaindre à la directrice. Elle n’avait pas terminé sa phrase que débarquaient les services secrets. Une cagoule sur la tête, elle a été conduite dans le sous-sol d’un centre de détention, jetée dans une cellule plongée dans l’obscurité et pleine de rats. Deux jours à l’isolement, sans boire ni manger, avant de rejoindre pour sixmois la cellule minuscule occupée par deux autres fem- mes. «Nous nepouvionspas nous allonger. Pas le droit de nous laver, y compris pen- dant nos règles. Et nous étions violées tous les jours aux cris de: “Nous les alaouites allonsvousécraser.” Uneseuleprotestation et onavait lebâtonélectriquedans levagin ou l’anus. On m’a tellement battue qu’on m’a cassé la jambe. Elle est devenue noire, on m’a opérée n’importe comment avant demeremettredans macellule. Mafamille n’a eu aucune nouvelle pendant six mois. Comme je ne sais ni lire ni écrire, j’ai signé avec l’empreinte de mon index n’importe quelaveu. »Asasortie, sonmari avaitdispa- ruavec la voiture. Oum Mohamed, 45 ans, a été arrêtée avecsafillele21 septembre2012auhasard d’une rue et conduite à l’aéroport militai- redeMazzé. Leportabledel’étudianteaffi- chant ledrapeaudelarésistanceet lapho- to d’un «martyr», les deux femmes ont été détenues pendant vingt jours, frap- pées, violées, enfermées dans une cellule de 4mètres sur 4 avec dix-sept femmes et plusieurs enfants. L’une, épouse enceinte d’un membre de l’Armée syrienne libre suspecté d’avoir participé au kidnapping de quarante-huit Iraniens dans un auto- bus en août 2012, était accompagnée de ses enfants de 8 et 9 ans. Le mari d’une autre, directeur de prison sanctionné pour s’être opposé à des tortures outran- cières, était détenu à l’étage au-dessous, de telle façon qu’il entende les cris de sa femme pendant qu’on la violait. «Tout était occasion de sévices sexuels», dit-elle, les yeux humides, ravagée à l’idée que l’avenir de sa fille, qui a perdu 20 kilos et nécessiteuntraitementpsychiatrique, est définitivement compromis. L es médecins décrivent des vagins «ravagés», des corps martyrisés, des traumatismes «incurables». Yazan, psychologue de 28ans venu s’installer à Amman pour «aider les victimes de la guerre», nous parle ainsi (en souhaitant resteranonyme) d’undesespatientsorigi- naires d’Homs, dont les voisins avaient dénoncé des activités révolutionnaires, entraînant le kidnapping de sa femme et de son petit garçon de 3 ans. Arrêté quel- ques semaines plus tard, il a été emmené dans une maison privée utilisée pour des séancesdetorture. «Tuferaismieuxdepar- ler! Tafemme et tonfils sont là! – Amenez-les d’abord! » La jeune femme est exsangue: «Ne dénonce personne! Ce que tu redoutais est déjà arrivé. » On les a violemment frappés tousles deux. Puis, alors qu’il était suspen- du au mur par les poignets, on a violé sa femme devant lui. «Tu parles ou tu veux qu’oncontinue?» La femme a alors bondi, s’est emparée d’une petite hache utilisée par les bourreaux et s’est ouvert le crâne. Lepetit seraplustardégorgésoussesyeux. Alors?Initiativesbarbareset dispersées menées par des soudards livrés à eux- mêmes ou arme stratégique pensée, déployée par une hiérarchie aux ordres? LeprésidentdelaLiguesyriennedesdroits de l’homme, Abdulkarim Rihaoui, n’a aucun doute: «C’est un choix politique pourécraserlepeuple! Technique, sadisme, perversité: tout est méticuleusement orga- nisé. Aucun hasard. Les récits sont similai- res et des violeurs ont eux-mêmes avoué avoiragi surordre. »Lesavocatesjointesen Syriepartagent cette conviction, malgré la difficulté à rassembler des preuves. «J’ai des photos de boîtes de stimulants dont se munissent les miliciens avant de partir en raid dans un village», affirme Sema Nas- sar. Plusieurstémoignagesfontégalement état de produits paralysants injectés dans lacuissedes femmes avant les viols. L’une des victimes, Amal, explique que dans uncentrededétentionde Damas, un médecin – surnommé «Docteur Ceta- mol »– faisait le tour des cellules pour noter les dates des règles de chaque fem- me et distribuer des pilules contracepti- ves. «Nous vivions dans la crasse, dans le sang, dans la merde, sans eau et presque sans nourriture. Mais nous avions une telle hantise de tomber enceintes que nous pre- nions scrupuleusement ces pilules. Et quandj’ai euunretardderègles, unefois, le docteur m’a donné des cachets qui m’ont fait mal au ventre toute une nuit. » Un témoignage capital pour établir la prémé- ditationdes viols endétention. Desbébésnaissent pourtantdecesviols collectifs, provoquantdesdramesencasca- des. ALatakia, unejeunefemmes’estsuici- dée de n’avoir pu avorter. Une autre a été précipitée par son père du balcon du pre- mier étage. Des nouveau-nés ont été trou- vés aupetit jour dans des ruelles de Deraa. «Mais comment aider ces femmes ?, se désespère Alia Mansour, membre de la Coalition nationale syrienne. Elles ont si peur en sortant de détention qu’elles res- tent murées dans leur malheur sans pou- voir demander de l’aide. » A Homs, nous raconte la poétesse syrienne Lina Tibi, une femme a cepen- dant réussi à organiser en une semaine, dansleplusgrandsecret, cinquanteopéra- tions d’hymenoplastie sur des filles vio- lées de13à16ans. «C’était laseule façonde leur sauver lavie. »Maisles famillesexplo- sent. Desmarissedétournentetdivorcent. Telle belle-famille d’Homs a rassemblé les affaires de sa bruenvue de sonexpulsion du foyer avant même qu’elle ne sorte de prison. Des parents se précipitent pour marier leur fille au premier volontaire venu, fut-il âgé et déjà marié. «Le monde se préoccupe des armes chimiques; mais pour nous, Syriennes, le viol est pire que la mort», murmure enun sanglotuneétudianteendroitqui n’aenco- re osé confier son drame à personne. Sur- tout pas àsonmari. p «J’ai étéviolée chaquejour parplusieurshommes qui puaientl’alcool etobéissaient auxinstructions deleurchef, toujoursprésent» Alma ÀL’INSUde sonpère, un opposant notoire aurégi- me, la jeune Amal, âgée de 18ans – le prénoma été changé–, participait aux activités d’uncomité révo- lutionnairequand, enocto- bre2012, elle fut arrêtée à Banias par des hommes de lasécuritémilitaire. Empri- sonnée pendant quatre mois, elle sera l’objet et le témoinde nombreuses tor- tures sexuelles infligées auxdétenus. Réfugiée à Amman, elle rêve de reprendreunjour ses étu- des, malgré les projets de sonpère de la marier à un vieil homme. Y “C’est toi, cette brin- dille qu’on prenait pour une géante? m’adit unofficier. J’ai un compte àrégler avec toi !” Il a enlevé sa bague, sa che- mise, sonpistolet et m’a pousséedans unescalier qui menait àunsous-sol. Nous avons descendutrois étages. J’entendais des hur- lements. Ça sentait le sang, levomi, les excréments. Onaparcouruunimmen- se couloir sombre, d’envi- ron3 mètres delarge. Des deuxcôtés, des hommes nus de tous âges étaient collés auxparois, bras et jambes écartelés. Certains étaient fouettés outabas- sés. Onm’a ligotée et mise dans une cellule oùje ne pouvais ni m’allonger ni tenir debout. Puis onm’a sortiepour me faire entrer, recroquevillée, dans unpneuqu’onafait rouler dans le couloir. “Pour faire connaissance avec l’endroit.” Dans une chambrede torture pleine d’instruments, il yavait des hommes suspendus à uncrochet. Onm’a atta- chéede la même façon, frappée, électrocutéepen- dant des heures. Puis j’ai assisté àune condamna- tionàmort “par rat”. Un hommenu, très maigre, attachédans une roue, s’est vuenfoncer unrat dans labouche. Unsoldat a maintenusa bouchefer- méependant qu’unautre acoususes lèvres avec du fil et une aiguille. Les rats pullulaient, onm’ena balancéuncartonàla figu- realors que j’étais ligotée dans ma cellule. Le 4 e jour, trois hommes, enshort et débardeur, sont venus me violer. J’ai perduconnais- sance et repris mes esprits enentendant le médecin déclarer: “Je lui fais une piqûrepour arrêter l’hé- morragie.” [Après une audience kaf- kaïenneautribunal civil de Tartous, oùonlui annonce qu’elle serajugée àDamas pour haute trahison, Amal seratransportéedans diffé- rentes branches des servi- ces secrets, notamment à Homs, oùle directeur lavio- leraavant sontransfère- ment àlabranche215 de Damas.] Unofficier armé d’un bâtonélectriquem’a fait m’aligner aumur, avec sept autres femmes, dans une salle muniede camé- ras. “Déshabillez-vous!” Mavoisine, d’unecinquan- tained’années, a protesté: “Je préfère mourir!” Des hommes ont approché: “Vous préférez qu’onle fas- se?” Ils ont ri, attendu qu’onretire nos sous-vête- ments, fait des remarques salaces, sous-pesénos seins, et exigé qu’onfasse des mouvements de gym- nastique. Les caméras fil- maient tout. Nous parta- gions une cellule mais avions l’interdictionde nous parler. Et, à heures fixes, il yavait les séances detorture: coups, fouets et bâtonprovoquant des décharges électriques pas- sé sur le corps ouintroduit dans levagin, parfois sus- pendues par les pieds, tête enbas, parfois suspendues par les poignets et les pieds dans l’eau, pour démultiplier lechoc. Une fois, j’ai vuune femmede Homsrevenir dans sacellu- le, hagarde, les mains plei- nes de sang. Elle avait réus- si àarracher l’œil d’unchef qui laviolait. Ala branche “Palestine” oùj’ai ensuite ététransférée, les horreurs ont continué. Unjour, nous étions quatrefem- mes nues écartelées contre lemur, face à huit hom- mes dans lamême posi- tion. Unofficier est venu les interroger unpar un: “Alors, tues de Homs? Et tu as participé àune manifes- tationcontre Bachar? – Non!” Il a pris une cisaille et a coupé lepénis de l’hom- me. Il afait de même pour les suivants, dont ungar- çonde 14ans qui enest mort aussitôt. J’ai vurecou- dredes plaies enduites de sel sur le corps lacéréd’un homme. Et j’ai rencontré une femmequ’onavait allongéenue, dans une cel- lule, une cagoule sur la tête, enobligeant dixpri- sonniers à se masturber sur elle. Al’und’euxona ordonné: “Viole-la!” Il a refusé, onl’atabasséet cou- chésur la filleavant de reti- rer la cagoule: c’était sa sœur. Voilà. Tout était pos- sible. Moi, lorsqu’onm’a emmenéedans une cellule pour yêtre violéepar cinq hommes, je me suis éva- nouieet réveillée àl’hôpi- tal. Je n’étais plus rien, j’étais comme morte. Ona d’ailleurs appelé ma famillepour récupérer moncadavre. » p A. C. «Jen’étais plusrien, j’étais comme morte» «Hama 30», 2011, encre sur papier, 40×50cm, tableau dupeintre syrien Khalil Younès. DR 21 0123 Jeudi 6 mars 2014 Société éditrice du«Monde» SA Président dudirectoire, directeur de lapublication Louis Dreyfus Directricedu «Monde», membre dudirectoire, directrice des rédactions Natalie Nougayrède Directeur délégué des rédactions Vincent Giret Directeur adjoint des rédactions Michel Guerrin Directeurs éditoriaux GérardCourtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs enchef ArnaudLeparmentier, Cécile Prieur, Nabil Wakim Rédactriceenchef «MLe magazine duMonde» Marie-Pierre Lannelongue Rédactriceenchef «édition abonnés» duMonde.fr Françoise Tovo Rédacteurs enchef adjoints François Bougon, Vincent Fagot, Nathaniel Herzberg, Damien Leloup Chefs de service Christophe Châtelot (International), Luc Bronner (France), Virginie Malingre (Economie), Auréliano Tonet (Culture) Rédacteurs enchef «développement éditorial » Julien Laroche-Joubert (Innovations Web), Didier Pourquery (Diversifications, Evénements, Partenariats) Chef d’éditionChristian Massol Directeur artistique Aris Papathéodorou PhotographieNicolas Jimenez Infographie Eric Béziat Médiateur Pascal Galinier Secrétairegénérale du groupe Catherine Joly Secrétairegénérale de la rédactionChristine Laget Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président L eTout-Paris émoustillésepressait ce lun- di 3mars àl’hôtel de Beauharnais, àl’invi- tationdel’ambassadriced’Allemagne, pour écouter GerhardSchröder. Onétait venu l’entendrediredumal. Dumal de laFrance. Pré- dire, qui sait, uneattaquedes marchés finan- ciers contrelaFrancede FrançoisHollandesi elleneseréformait pas assez vite. Lajouteétait prévued’avance, avec Nicolas Baverez, chantre delaFrancequi tombe, enmodérateur. L’équi- peHollandeavait fait serviceminimum, se contentant d’envoyer laporte-paroledugou- vernement Najat Vallaud-Belkacem. Il n’ena rienété. Les bruits debottes russes enUkraine ont conduit àunchangement de programme. Schröder-le-modernisateur-de-l’Allemagne s’est transforméenSchröder-l’ami-de-Poutine. L’ancienchancelier allait nous donner des nou- velles venues dufroid. Schröder, Poutineet laRussie, c’est unelon- guehistoire. En2004, lechancelier adopteune petiteorphelineoriginairede Saint-Péters- bourg, lavilledePoutine. Justeaprès sadéfaite, en2005, Schröder seretrouveàlatêtedel’entre- prisechargéedeconstruire, sous l’égide deGaz- prom, ungazoducàtravers laBaltique, projet qu’il avait lancéentant que chancelier avec son ami Poutine. Postequ’il occupetoujours. Schröder, rentier debientôt 70ans, est resté fidèle. Il n’apas dit unmot sur Poutine. «L’Ukraine, qu’est-cequec’est?», esquive-t-il d’abord. Plus tard, il assurenepas avoir euau téléphonele président russe. «Il yales écou- tes», glisse-t-il, remontécommetous les Alle- mandscontrelesystèmed’espionnageaméri- cain. Il neveut pas direunmot delasituation, «pour nepas jeter de l’huilesur lefeu». Et se refuseàjouer les médiateursdans lacriseukrai- nienne. Cetteaffairedoit êtreconfiéeàdes insti- tutions, l’ONUoul’OSCE. Enrevanche, Schröder est beaucoupplus pro- lixedès qu’il s’agit dediredumal des Occiden- taux. LadétestationdePoutinene saurait tenir lieudepolitique, Schröder l’aexpliquémardi sur Europe1: «Détester n’est pas uncritèredans lapolitique! Lapolitiquedoit êtrerationnelle, portéepar laraison. Beaucoupde problèmes dans lemonde, laSyrie, l’Iranoul’Ukraine, ces problèmes-làonnepeut les résoudrequ’avec la Russie, et pas contrelaRussie…» Dans lacriseukrainienne, uneerreur fut de convoquer uneréuniondel’OTAN, organisa- tionqu’il accusede«nepas créer de confiance mais denourrir les craintes». «Dites-moi ce que vous attendezde l’OTAN! L’Ukrainen’est pas dans l’OTAN. Il doit yavoir une solutiondiplo- matiquecar personneneveut une intervention militaire. Qui devrait lamener?», demande-t-il àlapresse. L’Europeest soudainbiencontente denepas avoir ouvert lavoiedel’adhésionde l’Ukraineàl’OTAN, commelevoulait George W. Bushausommet de Bucarest, en2008. Mer- ci àSarkozyet Merkel d’avoir bloquél’affaire. Sinon, il faudrait appliquer letraitéatlantique et mourir pour Kievet Sébastopol. Il flotteun petit air qui rappelleClaudeCheysson: leminis- tredes relationsextérieures deFrançois Mit- terrandavait affirméaprès lecoupd’Etat du général Jaruzelski enPologne, endécem- bre1981: «Bienentendu, nous neferons rien. » Corriger la faute originelle Il nerestequ’àdiscuter, inlassablement. Schröder ne veut pas d’unboycott duG8de Sotchi qu’imaginent Français et Américains: «Celanesert àriende chasser les Russes duG8; il faut les confronter avec leurs positions. »Selon lui, il faut corriger lafauteoriginelle, cellequi forçales Ukrainiens àchoisir entrelepartena- riat que leur proposaient l’Europeet l’Union douanièrechèreàlaRussie. Onenest loin. Lacrise russo-ukrainiennerendlafragilitéde l’Europecrianteet donneraisonàHelmut Kohl: «L’Europeest une questionde guerreet de paixauXXI e siècle», expliquait levieuxchance- lier. Les citoyens européens l’ont compris, qui saluent à53%«lapaixentreles Etats membres» commeundes plus grands achèvementsde l’Unioneuropéenne. «L’Europen’apas été faite, nous avons eulaguerre», affirmait déjàladécla- rationSchumandu9mai 1950. Laréalitéest unpeuplus subtile. Cen’est pas l’Europequi fait lapaix, mais lapaixqui rend l’Europepossible. Cettedernièreapusedéve- lopper lorsqu’il fut clair qu’elleétait protégée del’Unionsoviétiquepar lapaxamericanaet le bouclier nucléairedel’OTAN; lorsqueFrançais et Allemands sesont sentis unis dans unecom- munautéde destin. Pour preuve, ladernière granderelancedel’Europe, qui conduisit au marchéuniquepuis àl’euro, eut lieulorsque MitterrandsedéplaçaàBonnenjanvier1983 devant leBundestagpour soutenir Helmut Kohl et plaider enfaveur del’installationde fuséesPershingaméricaines pour faireface auxSS20soviétiques. Al’opposé, l’UErégresselorsqueles Euro- péenssedivisent et que secreusele fossétran- satlantique. Cefut le cas lors del’aventuretiers- mondistedeDeGaulleavec sasortiedel’OTAN en1966; lors de l’éclatement delaYougoslavie audébut des années 1990, ouavec l’invasionde l’Irakpar GeorgeBushen2003. Aujourd’hui, l’Europeest laisséeàelle- même. Orphelineduretrait inexorablede Washington, ellen’aplus de grandfrèreaméri- cainpour laguider. Elargie, elleades centres d’intérêtsdivergents –laPolognes’intéresse autant àl’Afriqueque lePortugal àl’Ukraine; diluéeinstitutionnellement, ellen’apas de structurede commandement susceptibled’en faireunepuissanceactive. LamenacedeStaline aidal’Europeàsesouder avec l’aidedes Améri- cains. Celle dePoutine, plus insidieuse, ladivise et donc lamenacepeut-êtreplus profondé- ment encore. p leparmentier@lemonde.fr L ’hellénismeatteignit sonapo- gée au V e siècle avant notre èreet Athènesenfut lavitrine incomparable, ainsi quel’illustrele septième volume de la collection «Histoire &civilisations» présen- téeparJacquesLeGoff, LaGrèceclas- sique. Tout commence par l’invention deladémocratie, legsleplusimpor- tant d’Athènes ànotrecultureocci- dentaleetpeut-êtremêmeaumon- de. Le «pouvoir du peuple», cela signifiait une alternance rapide au pouvoir, la mise en place de jurys populaires, la publicité donnéeà la loi quenul n’était censéignorer. Dans cette période, la culture comme la religion sont au service dupolitique: l’inventiondel’histoi- re et de la philosophie participe de laréflexionconceptuelle, celledela rhétoriquedelagestiondeladémo- cratie, celle du théâtre de la constructionidentitaire et de l’éta- blissement duconsensus. Luttes victorieuses Par un jeu de miroirs incessant, l’art, les spectacles et les liturgies renvoient à la communauté son image idéalisée. La frise duParthé- non, qui représente la procession des Grandes Panathénées avec un échantillondetoutes les catégories de la population, incluant les ancienscombattants, enestl’exem- pleemblématique. C’estl’époquedeluttesvictorieu- sesaunomdelaliberté. Ladémocra- tie se fonde sur un tyrannicide. Avoir refoulé par deux fois l’enva- hisseur perse dans un combat iné- gal et démesuré permet auGrec de s’identifierparoppositionau«bar- bare» et d’imposer l’hellénisme commeseul modèledecivilisation. L’idéal civique est représenté par l’hoplite, le paysan-soldat qui défend sa terre. Mais les guerres médiques n’ont pas conduit à l’union nationale. Jalouses de leur liberté, les cités grecques s’affron- tent entre elles dans des guerres de voisinage ou des guerres civiles. Sparteet Athènesluttent pour l’hé- gémonie; Athènes surtout entre dans une dérive impérialiste qui entraînesaperte. Atraverscemiracledelaculture, il faut voir aussi «les Grecs sans miracles»aveclesparadoxesd’une démocratie qui maintient au pou- voir les mêmes familles tant qu’el- les savent créer leconsensus popu- laire, et qui s’avèrefragile. La démocratie n’est peut-être qu’une oligarchie, si l’on considère la masse des immigrés et des escla- vesparrapportaucorpscivique. Les femmes sont d’éternelles mineu- res. Lajusticedevient unejusticede classe. Cependant, lemiraged’Athè- nes «école de la Grèce» reste tou- jours opérant, à travers des chefs- d’œuvreimpérissables. p Marie-Françoise Baslez professeurà laSorbonne EUROPE | CHRONI QUE par Arnaud Leparmentier Unami dePoutineàParis HISTOIRE&CIVILISATIONS Volume 7: la Grèce classique 9,99 €. En vente dès le jeudi 6 mars uniquement en France métropolitaine 0123 SCHRÖDER, RENTIER DE BIENTÔT 70ANS, EST RESTÉ FIDÈLE UNE COLLECTION « LE MONDE » : HISTOIRE & CIVILISATIONS LaGrèce classique BULLETIN D’ABONNEMENT A compléter et à renvoyer à : Le Monde - Service Abonnements - A1100 - 62066 Arras Cedex 9 SOCIÉTÉ ÉDITRICE DU MONDE SA - 80, BOULEVARD AUGUSTE-BLANQUI - 75013 PARIS - 433 891 850 RCS Paris - Capital de 94 610 348,70 € . Ofre réservée aux nouveaux abonnés et valable en France métropolitaine jusqu’au 31/12/2014. 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Arrivédepuis bientôt deuxans, en avril 2012, Georges Plassat a réussi à réveiller le numéro un français de la distribution. C’était àlafoisleplus dur, car la machine était bien grippée, et le plus facile, puisqu’un nou- veau patron peut plus aisé- ment utiliser les électrochocs. Alors que le lent délitement deCarrefourfaceàuneconcur- rencehyperagressivesemblait inexorable, le retournement de situation est spectaculaire. Le groupe a publié mercredi 5mars des comptes annuels meilleurs que ce qu’antici- paient les analystes financiers, pourtant globalement positifs sur la nouvelle stratégie mise enœuvre. Lerésultatopérationnel cou- rant du groupe progresse de 5,3% (+9,8% à taux de change constants), à 2,24milliards d’euros. Surtout, cesontlesper- formances du champion des grandes surfaces sur son pro- premarchéqui donnentlamesu- re dutravail accompli. Carrefour a renoué en 2013 dansl’Hexagoneaveclacroissan- ce (hors ouverture de magasins) dans tous ses formats, avec 35,4milliards d’euros de chiffre d’affaires (+1 %). Dans les maga- sins de proximité, les supermar- chés et surtout les hypermar- chés, oùil a réussi à regagner des partsdemarché. Autotal, ledistri- buteur affichesameilleurecrois- sance organique en France depuis 2007. Contre-révolution Gagnerdespartsdemarché, si cela se fait en cassant les prix, peut ne pas mener très loin. Or, l’épicier Georges Plassat est par- venuàregagner laconfiancedes clients, notamment sur la per- ception des prix, sans sacrifier ses marges. Mieux, le résultat opération- nel courant desactivitésfrançai- ses bondit de 30% en 2013, à 1,2 milliard d’euros. Refaire confiance aux chefs de rayon plutôt qu’à des consultants au siège pour sentir l’évolutiondes attentes des clients n’est finale- ment pas si bête. Cettecontre-révolutioncultu- relle ne se fait pas sans une visionàpluslongterme. Ainsi, le groupe a-t-il augmenté de plus de 40% ses investissements en 2013. Ils seront encore enhausse cette année. Rééditer en 2014 l’exploit de l’annéeécoulées’annoncediffici- le. D’autant que les risques de déflationdans les grandes surfa- ces françaises doivent être pris au sérieux. Auchan, qui a perdu du terrain, pourrait, par exem- ple, riposter à son tour sur les prix. Maislaremiseàplat dusys- tème informatique et le plan de réorganisation de la logistique qui s’engagent devraient per- mettre des gains en efficacité et encoûts. Maintenir la dynamique d’un groupe de 365000salariés et ne pas faire retomber lesoufflé, tel- le doit être l’obsession du cuisi- nier Plassat, formé à la dure éco- le hôtelière de Lausanne. Le Bré- sil et l’Espagne pourraient jouer les locomotives à l’international cette année. Mais onne peut pas dire que Carrefour soit aidé par la conjoncture. p jacquin@lemonde.fr Réchauffement islandais L’Islandes’est relevéedelachute deses banques, en2008. Leproduit intérieur brut devrait croîtrede2,7%cetteannée. Lechômageest retombé de9,3%, en2010, à5%. Mais tout n’est pasréglé. Lecontrôle descapitauxfreinel’essor international des entreprises. LIREPAGE2 Penser l’écologie comme une solution aux crises Faire évoluer les processus de productionet de consomma- tionvers unmodèle soutenable n’est ni punitif ni impossible: c’est ce que s’attachent à mon- trer deuxessais: Transitionéco- logique, mode d’emploi et Miser (vraiment) sur la transitionéco- logique. LIREPAGE6 J EURO-DOLLAR 1,3737 BBA EMLYON BACHELOR IN BUSINESS ADMINISTRATION GO APRÈS LE BACCALAURÉAT, FAITES LE CHOIX DE L’EXCELLENCE Formation post bac au Management opérationnel Découvrez le nouveau programme sur bba.em-lyon.com Admission sur concours, en 1 ère ou 2 ème année J CAC 40 481385PTS–0,23% PERTES & PROFITS | par J ean- Baptiste J acquin L’obsessiondusoufflé BruxellessommelaFrancede«couper danssesdépenses»publiques 05/03- 9 H30 PLEIN CADRE PUBLICATIONS tLa Commission exige de la France qu’elle tienne ses objectifs enmatière de réductiondudéficit budgé- taire. Et qu’elle coupe dans les dépenses publiques pour le ramener à 3%du PIBen2015 comme prévu tBruxelles pointeles insuffisances françaises en matière de compétitivité. Les partenaires sociauxse sont rencontrés mercredi pour négocier sur les contreparties aupactede responsabilité tLes Européens sesont lancés dans une course àla compétitivité sans précédent. La France est en retardet ses choixpour se rattraper laissent les experts sceptiques LIRE PAGE3 François Hollande et José Manuel Barroso, endécembre2013, à Paris. THIBAULT CAMUS/AFP Coût de l’heure de travail, en euros dans l’Industrie et les services marchands 32,57 20,99 35,47 France EN 2013 Allemagne Espagne j DOW JONES 16395 PTS +0,41 % Jeudi 6 mars 2014 Cahier du« Monde » N˚ 21502 daté Jeudi 6mars 2014- Ne peut être venduséparément Printempsarctique L’Islandes’est relevéedel’effondrementdesesbanques, en2008. Maistout n’est pasréglé L’ISLANDE BÉNÉFICIE D’UNE FORCE DE TRAVAIL JEUNE –50% DE LA POPULATION A MOINS DE 35ANS– ET TRÈS QUALIFIÉE LE CONTRÔLE DES CAPITAUX, TOUJOURS EN PLACE, EST UN FREIN AU DÉVELOPPE- MENT DES ENTREPRISES À L’INTERNA- TIONAL pleincadre Reportage Reykjavik Envoyée spéciale S udureyri, un petit village de 300âmesaunord-ouestdel’Islan- de. Depuis quelques jours, une interminable tempête de neige bat le fjord. Impossible de distin- guer la route sous l’épais manteau blanc. Pas de quoi décourager Elias Gudmunds- son. «Il mefautdumatériel pouraménager de nouvelles chambres, dit-il en prenant la route d’Isafjordur, la ville la plus proche. Je profiteducalmede l’hiver. » Il faut dire que, depuis cinq ans, la fré- quentationestivaledesonpetithôteladou- blé, si bien que la quinzaine de chambres ne suffit plus. «De la folie pure: l’été der- nier, j’ai dûrefuser près de 1000demandes de séjours, faute de place! » Alors, comme tous les hôtels de la région, celui d’Elias Gudmundsson s’agrandit. D’après ses calculs, son chiffre d’affaires pour les cinq mois de la haute saison (de mai à septem- bre inclus), de 100millions de couronnes islandaises (645 000euros) en 2013, devrait doubler d’ici cinqans. Pour un peu, on croirait presque que la crise n’est jamais passée par Sudureyri. Et pourtant… Il y a tout juste quatre ans, le 6mars 2010, 93% des Islandais rejetaient, lors d’un référendum, le remboursement des créanciers britanniques et néerlandais lésés par la faillite de la banque islandaise Icesave. Le pays traversait alors la crise la plusviolentedesonhistoire. Aprèslachute deLehmanBrothers, enaoût2008, lestrois plus grands établissements de l’île (Kaup- thing, Landsbanki et Glitnir), dont lesactifs représentaient près de dixfois le PIBislan- dais, avaient fait faillite. «Ils avaient abusé des placements spéculatifs comme aucune autre banque européenne», témoigne Asgeir Jonsson, ancienchef économiste de Kaupthing. Et ils ont entraîné tout le pays dans leur chute. Entre janvier et décembre2008, la couronneislandaiseavait perdu50%desa valeur, faisant aupassage exploser le coût des crédits des nombreuxménages endet- tés en devises étrangères. L’inflation avait grimpé jusqu’à 20%. En deux ans, le PIB avait plongé de 11 % et la dette publique s’était envolée au-delà de 100% du PIB. Désespéré, le premier ministre d’alors, Geir Haarde, avait appelé publiquement Dieuàl’aide… Maislapetiteîleafait face. Pours’ensor- tir, elle a adopté des mesures à peu près opposées à celles prises par les autres pays dans la tourmente, commela Grèceoul’Ir- lande. Après avoir sollicité unprêt duFMI, le gouvernement islandais a procédé à des coupesbudgétaires–toutenrenforçantles aidessocialespourlespluspauvres. Ilaaug- menté l’impôt sur les plus riches (de 17%à 31%desrevenus) etamisaupointunauda- cieuxplanderéductiondedettesdesména- ges et des entreprises. Radical. Et efficace. Cinq ans après, le pays va mieux. Et même bien. «Les indicateurs économiques repassent dans le vert », se réjouit le pre- mier ministre de centre droit Sigmundur DavidGunnlaugsson. LePIBdevraitcroître de 2,7%cette année, bienplus que dans les autres pays de l’Organisation de coopéra- tion et de développement économiques (2,3%enmoyenne). Dopées par l’effondre- ment de la couronne, les exportations de poissons, qui représentent 11%duPIB, ont explosé. Tout comme le tourisme: près de 800000personnes ont visité le pays en 2013, 60%de plus qu’en 2008! «Ces deux activités ont porté l’économie islandaise après l’effondrement des banques», com- mente Michel Sallé, spécialistede l’Islande contemporaine. Passé le choc, les Islandais n’ont pas tar- déàrebondir. «Lacréativitéaexplosé, ceux qui ont perduleur jobont crééleur entrepri- se sans hésiter», raconte Andri Magnason, qui, en 2008, a ouvert une pépinière de start-updansuneanciennecentraleélectri- que de Reykjavik. Des sites comme le sien ont éclos dans tout le pays. Résultat : le taux de chômage est retombé de 9,3% en 2010 à 5%, se rapprochant de son niveau d’avant crise (2%). Enthousiasmés par ceschiffres, nombre d’économistes, com- me les Prix Nobel américains Paul Krug- manetJosephStiglitz, n’hésitentpasàqua- lifier larepriseislandaised’exemplaire. En ayantréussi làoùlaGrèce, soustutelledela «troïka», peine encore, la petite île serait même, selon eux, la preuve de l’échec des politiquesd’austéritéàl’européenne. Vrai- ment? «Lavéritéest plus nuancée», commente Asgeir Jonsson, amusé par les «fantas- mes» que suscite son pays. «Le choc a été biengéré àcourt terme, mais les problèmes de moyen et long terme ne sont toujours pas réglés», abonde Thorolfur Matthias- son, de l’universitéd’Islande. A commencer par la délicate question du contrôle des capitaux. En théorie tem- poraire, celui-ci a été instauré en novem- bre2008 pour stopper l’effondrement de lacouronneet les sorties defonds dupays. Cequi abienfonctionné. L’ennui, c’est que le contrôle est toujours en place. Et qu’il représenteunfreinaudéveloppementdes entreprises à l’international. «Elles ne peu- vent pas investir à l’étranger, puisque acquérir des euros ou des dollars depuis Reykjavik est impossible », résume Andri Magnason. De plus enplus de socié- tés songent à délocaliser leur siège, à Lon- dres ouNewYork. Le gouvernement ne semble pas pour autant pressédelever lecontrôledeschan- ges. Il faut dire que, contrairement à une idée reçue, l’Islande n’a pas claqué la porte à tous ses créanciers étrangers enrefusant de leur verser une couronne. Après le réfé- rendumdu 6mars 2010 sur Icesave, suivi parunsecondà2011, unplanderembourse- ment progressif avait été conclu. La situa- tion est encore plus complexe pour les créanciers–parmilesquelsnombredehed- ge funds américains– des autres banques qui ont fait faillite. «Depuis l’instauration du contrôle des changes, leurs actifs sont toujours bloqués dans le pays, et ils s’impa- tientent de pouvoir les retirer», explique Gunnar Haraldsson, directeur de l’Institut d’études économiquesde Reykjavik. Selonses estimations, ces sommes s’élè- veraient à près de 2000milliards de cou- ronnes, soit13milliardsd’euros. Plusquele PIBIslandais. «Laisser cet argent sortir dés- tabiliseraitbientropnotremonnaie, ajoute l’économiste. Il faudrabienle faireunjour, mais personnene sait comment. » S econd défi pour le pays : trouver, après l’effondrement de son sec- teur bancaire, un nouveau modèle de croissance. L’île ne manque pas de richesses. Elle bénéficie d’une force de travail jeune –50% de la population de 320000âmes a moins de 35ans– et très qualifiée. Mais quel secteur économique faut-il privilégier? Lapêche? Oui, mais les stocks de poissons offerts par l’océan Atlantique sont limités. «Nous avons mis en place un système de quotas élaboré pour éviter de l’épuiser», rappelle Gudny Karadottir, du programme parapublic «Pêche responsableenIslande». Le tourisme? Le sujet fait l’objet de débats brûlants dans le pays. Tropde visi- teursnerisquent-ilspasdedégraderlefra- gileécosystèmedel’île?«Nosinfrastructu- res ne sont pas dimensionnées pour accueillir tant de monde», s’inquiète M. Matthiasson. Faut-il, à l’inverse, miser suruntourismehaut degamme, réservéà uneélite?«Nous sommes unpeuperdus. » Autre source de croissance: l’énergie. Grâce à ses ressources géothermiques et hydrologiques, l’Islande profite d’une électricitéabondanteet bonmarché. Mais qu’elle ne peut pas exporter. Ces derniè- resannées, elleainvitédesusinesd’alumi- nium à s’installer sur ses terres pour en profiter. La coalition de centre droit au pouvoir, élue en avril 2013, envisage d’autoriser la construction d’une dizaine de nouvelles centrales électriques. Et son- ge à installer un câble sous-marin jus- qu’au Royaume-Uni, afin d’exporter enfinle courant islandais. Ellert Grétarsson, photographe et mili- tant écologique, dessineuneligneàl’hori- zonduchampde lave. «Là, c’est le cratère Eldvorp, forméauXII e siècle: unemerveille géologique», décrit-il. Nous sommes sur la péninsule de Reykjanes, non loin de la capitale, Reykjavik. «Si la construction de nouvelles centrales est autorisée, il y aura des pipelines et des lignes à haute-tension partout: l’horreur! » Comme lui, les asso- ciationsécologistessont inquiètes. Même si le gouvernement assure que les projets sont sérieusement étudiés et débattus, elles redoutent leur impact sur la nature. Et sur le tourisme. Reste la délicate question de l’Union européenne. Le 21 février, le gouverne- ment, eurosceptique, a mis unterme aux négociations sur l’adhésion. «Les Islan- dais ont toujours balancé entre ouverture et repli sur soi », explique M. Jonsson, redoutant que, lassés de ne pouvoir investir à l’étranger, les entrepreneurs finissent par fuir le pays. Quand on lui demande si le sujet l’inquiète, Vala Hall- dorsdottir, jeune créatrice de jeux vidéo, hausse les épaules encitant ce dictontrès populaire dans l’île: «Thetta reddast. » Ça s’arrangera… p Marie Charrel Le centre thermal Blue Lagoonà Grindavik. ANALDUR HALLDORSSON/ BLOOMBERG VIA GETTY/IMAGES L’îleséduitlesréalisateurshollywoodiens «BIENVENUEautour spécial “Game of Thrones”! » Apeine descendus de l’avion, la cinquantainede passa- gers est accueillie par deuxguides spécialisés. Il y a trois ans encore, rares étaient les touristes qui s’aven- turaient enpleinhiver jusqu’à Aku- reyri, une petite ville des fjords du Nord. Mais la célèbre série américai- ne a changéla donne. «C’est unbon filonpour le tourisme, les gens veu- lent voir oùse sont déroulées les scè- nes», confie l’undes guides. BatmanBegins, LaVie rêvée de Walter Mitty, Prometheus ouencore Noé, le nouveaublockbuster de Rus- sell Crowe…Depuis quelques années, les tournages de films et de séries américaines se multiplient sur la petite île de l’Atlantique Nord. 20%des frais remboursés «Les réalisateurs sont attirés par l’incroyablediversitéde nos paysa- ges», expliqueEinar HansenTomas- son, le directeur de FilminIceland, la sociétéchargée depromouvoir le pays à l’international. «Nos plages de sable noir, glaciers, volcans, prai- ries et champs de lave permettent de reproduirele décor de n’importe quel pays. » Cen’est pas tout. Pour attirer les tournages, l’Islanderembourse 20%des frais de productionet des dépenses réalisées sur place. Grâceàcela, l’industriecinémato- graphiquepèse71millionsd’euros dans lepays, chiffrequi augmente tous les ans. Leplus: les films sont unepublicitégrandeur naturepour les beautés del’île, attirant toujours plus detouristes. Les réalisateursislandais sont moins enthousiastes. Lacoalitionde centredroit aupouvoir aeneffet réduit de40%le budget 2014(de6,8 à3,8millions d’euros) duCentredu filmislandais, qui soutient, notam- ment grâce àdes subventions, les productionsnationales. «C’est uncoupdur, dit Hronn Marinosdottir, directriceduFestival international dufilmdeReykjavik. Si le budget 2015 est aussi sévère, cer- tains denos techniciens qualifiés pourraient s’expatrier. Et ceseraau détriment des productions américai- nes, qui ont besoinde leurs services lorsqu’elles tournent ici. »p M. C. 2 0123 Jeudi 6 mars 2014 économie &entreprise (((#27/5'#702 L’h yd ro g èn e u n e n o u v e lle é n e rg ie p o u r la p la n è te H rÌce aux solutIons technologIques développées par |cPhy, l'hydrogƒne devIent une nouvelle source d'énergIe. Propre et InépuIsable, l'hydrogƒne est l'énergIe de demaIn. Ìssue de plus de 1J ans de recherche et développement avec le CNFS et le CEA, la technologIe exclusIve de |cPhy Energy permet de maQtrIser ce gaz extrëmement léger en le stockant sous forme solIde. |aIllon central de la nouvelle chaQne de valeur hydrogƒne énergIe, les solutIons de productIon et de stockage d'hydrogƒne de |cPhy Energy permettent : d'absorber et réutIlIser les surplus d'électrIcIté produIte par les EnergIes renouvelables ; de favorIser le déploIement des nouveaux véhIcules électrIques | hydrogƒne; de rendre plus propres les nombreuses IndustrIes utIlIsant de l'hydrogƒne. Aujourd'huI, |cPhy Energy équIpe plus de 1000 clIents dans le monde avec ses solutIons hydrogƒne et partIcIpe | des projets d'envergure aux cŸtés d'IndustrIels et énergétIcIens de premIer plan comme CdF, Total, LInde, E.DN, Enel > SouscrIvez | l'IntroductIon en 8ourse de |cPhy pour accélérer son développement et accompagner la transItIon énergétIque mondIale. L>2 >->859B:3>2 ?0 53625>@102" /:2ç 2602 9> 7°&I*($! >7 ?B1> ?0 #)%(#%#(&I 5B3 9+M0163:1ç ?>2 EB3@;ç2 J:7B7@:>32 2671 ?:2567:A9>2 2B72 =3B:2 B053x2 ?> E@D;, K7>3<, >1 203 9>2 2:1>2 ...'8@5;,'@68 >1 ...'B8=*=3B7@>'63<' F>2 :7/>21:22>032 2671 :7/:1ç2" B/B71 ?> 53>7?3> 9>03 ?ç@:2:67 ?+:7/>21:22>8>71" ‡ 53>7?3> @677B:22B7@> ?>2 3:240>2 ?ç@3:12 B0 @;B5:13> GC »JB@1>032 ?> 3:240>2÷ >1 L>0-:x8> DB31:>%@;B5:13> # »JB@1>032 ?> 3:240>2 9:ç2 ‡ 9+6==3>÷ ?0 D3625>@102' c o n c e p t I o n r é d a c t I o n n e l l e : C a l y p t u s ¦ c o n c e p t I o n g r a p h I q u e : 7 h o x D anslacourseàlacompétiti- vitéqui sejouedanslazone euro, la France abat ces jours-ci une carte importante. Les partenaires sociaux ont rendez- vous, mercredi 5mars, pour une séance de discussions sur les contrepartiesaupactederesponsa- bilitéproposé mi-janvier par Fran- çois Hollande. Le président de la Républiqueapromisauxentrepri- ses 30milliards d’euros de baisse dechargessocialeset fiscalesd’ici à 2017 et il attend en retour embau- chesetinvestissementspourrelan- cer l’économiefrançaise. La France n’est pas seule à se focaliser actuellement sur la bais- se ducoût du travail pour amélio- rersacompétitivité. EnEspagne, le premier ministre, Mariano Rajoy, a annoncé, le 25février, l’instaura- tion d’une cotisation patronale unique de 100 euros mensuels pour toute création d’un CDI d’une durée d’au moins trois ans. «Cela suppose, pour un salaire brut annuel de20000euros, quele montant payé par l’entreprise en cotisations sociales, par an, passe- ra de 5700 euros à 1 200 euros», a détaillé le chef du gouvernement. EnItalie, l’unedespremièresinitia- tives du nouveau premier minis- tre, MatteoRenzi, a été de promet- tre 10milliards d’euros de réduc- tions de charges sociales et/oufis- cales. «Si laquestiondelacompétitivi- té se cristallise autour duthème du coût du travail, c’est parce qu’il s’agit du levier le plus efficace à courttermepouraméliorerlacom- pétitivité-coût des entreprises et d’une économie», explique Denis Ferrand, directeur général de COE- Rexecode. Améliorer la compétiti- vité hors-coût prend en revanche beaucoupplus de temps. Maislabaissedescharges, privi- légiéeparlaFrancedepuisledébut des années 1990, n’a pas été le pre- mier choix de ses voisins euro- péens, qui lui ont souvent préféré la modération salariale. Et si aujourd’hui ils semblent s’y convertir, c’est sans doute plus dansunelogiquedesoutienàl’em- ploi et àleur demandeinterneque dans l’idée d’aller décrocher des parts de marché. «Inertie à la hausse» L’Allemagne, modèle euro- péen de puissance exportatrice, a ouvert la voie au début des années 2000. Le coût du travail par unité produite (CSU) – la mas- se salariale (salaires plus charges) divisée par la richesse produite (PIB) – « a évolué au ralenti entre2002 et 2007, sous l’impul- sion du chancelier [Gerhard] Schröder », explique M. Ferrand. Ce n’est qu’ensuite que le pays a procédé à des baisses de charges, notamment parcequ’ellepouvait se le permettre grâce à un solde budgétaire revenuà l’équilibre. En Espagne ou en Irlande, où les CSU ont augmenté à un ryth- mebienplusrapidequ’enAllema- gne sur la même période, les ajus- tementsont ététrèsrapideset vio- lents à compter de 2010, avec à la clé une explosion du nombre de chômeurs. «En Espagne, l’amélio- ration de la productivité et de la compétitivité de l’économie est passée par une réduction de la masse salariale, d’abord via le nombre de travailleurs et ensuite mécaniquement par le canal des salaires », explique Bénédicte Kukla, économiste chez Crédit agricole SA. A l’avenir, estime l’économiste, le coût du travail espagnol devrait cesser de reculer poursestabiliser. Lesgainsdepro- ductivité devraient donc se pour- suivre mais à un rythme moin- dre. EnFranceouenItalie, onobser- veunevéritable«inertieàlahaus- se » des coûts du travail, note M. Ferrand. Ainsi, alors qu’en 2000le coût salarial horaire était inférieur de 7,3% en France par rapport àl’Allemagne, il l’adépas- sé dès 2004et le lui est désormais supérieur de 8,9%. L’écart entre l’Italie et l’Allema- gne s’est quant à lui resserré en défaveur de l’économie transalpi- ne. Il n’est sans doute pas anodin de pointer que l’Italie depuis les années 2000 et la France depuis les années 1990 sont deux pays qui ontleplusjouédel’outil baisse descotisationssociales patronales pour soutenir leurs entreprises. Ailleurs, comme au Portugal, c’est l’outil fiscal qui est privilégié pour doper la compétitivité. Ainsi Lisbonnevaréduirel’impôt sur les sociétés. A 25% en 2013, il devrait être ramené à 23% en 2014 et 17% en 2016. L’essentiel des efforts de l’exécutif portugais depuis la crise aconsistéàaméliorerl’environne- ment économiquedes entreprises et à cibler les fonctionnaires dont les salaires avaient bien plus aug- menté avant la crise que ceux du privé, explique M me Kukla. Au Royaume-Uni, qui n’appar- tient pas à la zone euro, l’outil monétaire et la dévaluation de la livreont permisàlaGrande-Breta- gne, qui sait aussi jouer delacarot- te fiscale, de restaurer une partie de sa compétitivité perdue. Danscettecourseàlacompétiti- vité, la France part aujourd’hui avecdixansderetardsurl’Allema- gne. Surtout, estime Denis Ferrand, elle n’a pas chaussé les bonnes baskets. «Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi et le pactede responsabili- té, le gouvernement vise deux liè- vres: l’amélioration de l’emploi et la compétitivité. Or ces mesures ne sont pas calibrées pour aider les entreprisesexportatrices…», regret- te-t-il. Et ons’interroge sur le délai qui s’écoulera entre la mise en œuvre de ces dispositifs et l’amé- lioration des marges des entrepri- ses, les décisions d’investir et la hausse de la demande. L’autre question que pose cette compétition entre les pays de la zone euro est celle de ses consé- quences. Ces politiques claire- ment non coopératives risquent desetraduirepar unedemandeau sein de la zone qui resterait dura- blement en berne. Voire par un appauvrissement généralisé en cas de déflation. p Anne Eveno La compétitivité économique C’est, selonl’Organisationde coo- pérationet de développement économiques, «la latitude dont dispose un pays pour produire des biens et services qui satisfont aux normes internationales dumar- ché tout en augmentant simulta- nément les revenus réels de ses habitants dans le long terme». La compétitivité-coût Elle com- pare l’évolution des coûts sala- riaux unitaires de la France à celle de ses partenaires. De même, la compétitivité-prix compare l’évo- lution de nos prix d’exportation à celle de nos partenaires. La compétitivité hors coût dési- gne les facteurs autres que les prix et les coûts qui contribuent à lacompétitivité. C’estparexemplelaqualité, l’inno- vation, l’imagedemarque, lalogis- tique, lesdélaisdelivraison, lepro- cessus de vente, l’ergonomie, le design, etc. LafollecourseàlacompétitivitédesEuropéens France, Espagne, Italiejouent lacartedelabaisseducoût dutravail. Danscettebagarre, l’Allemagneadixansd’avance BruxellessommeParisderespecterses engagementsenmatièredebaissedudéficit Dans le maquis des indicateurs SOURCE : EUROSTAT COE REXECODE *Estimations Le match de la compétitivité salariale COÛT SALARIAL UNITAIRE, base 100 en 2005 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013* 100 119,51 Italie 114,89 France 109,81 115,47 115,03 107,96 104,98 104,43 103,18 96,33 111,94 111,65 115,6 104,57 92,58 104,9 88,21 109,83 Allemagne 104,6 Espagne 98,2 Royaume-Uni LACOMMISSIONeuropéenne attendbeaucoupdupactederes- ponsabilitémis enchantier par FrançoisHollande. Pour Bruxelles, leproblèmede compétitivitédela Francene s’améliorepas et sadéri- vebudgétaireinquièteauplus haut point. Lecommissairechargédes affai- res économiques, Olli Rehn, devait présenter, mercredi 5mars, son bilandes pays européensqui ont fait l’objet dumécanismed’alerte ennovembre2013, et laFrancey occupeuneplacede choix. Grandepremière, M. Rehnutili- seunenouvelleprocédureàl’en- contrede laFrance(et delaSlové- nie) : faceaurisquede dérapagedu déficit budgétairefrançais –la Commissionprévoit qu’il repré- sentera4%duproduit intérieur brut (PIB) en2014, aulieudel’objec- tif de3,6%fixéàParis–, Bruxelles exercera«uncontrôlespécifique» des comptes publics français. Il yamoins d’unan, Bruxelles avait accordéundélai de deuxans àlaFrancepour atteindreles 3% dedéficit prévus par lepactedesta- bilitéàfin2015. Elledouteque Paris puisseyparvenir sans multi- plier les coupes dans les dépenses publiques. Elleadonc décidéde lancer cetteprocédure, qui ne nécessitepar l’aval des ministres des finances: Bercyest somméde réduiredrastiquement et rapide- ment ledéficit budgétaireen«cou- pant dans les dépenses», afinde tenir lecapdes 3%en2015. LaCommissions’inquièteaussi dela«détériorationdelabalance commercialeet de lacompétitivi- té»françaises, et du«haut niveau d’endettement dusecteur public». Elleréitèreses préoccupations: fai- blerentabilitédes entreprises hexagonales, coût dutravail, man- quedeflexibilitéet ouverturelimi- téedes services àlaconcurrence constituent autant de«déséquili- bres»et créent un«environne- ment défavorableauxaffaires». L’Italie, autre mauvais élève Si lasituationest jugée«sérieu- se»pour laFrance, celle-ci reste dans lacatégoriedes Etats endésé- quilibresimple, sans passer dans celleplus préoccupanteet plus contraignantedes pays en«désé- quilibres excessifs». Aucontraire del’Italie, qui devrait rejoindrele pelotondes pays àproblèmes macroéconomiquesde l’Europe, avec laSlovénieet laCroatie. Lenouveauprésident du Conseil, MatteoRenzi, n’aurapas detropd’uneréformepar mois –promised’ici àjuin–pour réta- blir laconfiancedans l’économie transalpine, confrontéeàuntrès fort tauxd’endettement public et àunepannedecompétitivité. L’Ita- lieremplacedans cettecatégorie l’Espagne, qui confirmeleredresse- ment relatif de sonéconomie: Madridreste endéséquilibre, mais celui-ci n’est plus jugéexcessif. LaFranceet l’Italiepourront se consoler de voir arriver unautre mauvaisélève: l’Allemagne. Bruxelles confirmeque lepays fait l’objet d’undéséquilibremacroéco- nomique, enraisondeses excé- dents. Lesurplus deses comptes courants est, depuis trois ans, au-dessus duseuil de6%identifié àBruxelles commeproblémati- que, dans lecadredunouveaudis- positif desurveillancemacroéco- nomiqueforgéauplus fort dela crisedelazoneeuro. Al’issued’unepremièreenquê- tepréliminairelancéeàl’automne 2013, laCommissionnemet pas en causelapuissanceexportatricede l’Allemagne, mais plutôt lafaibles- sede saconsommationintérieure et sonmanqued’investissements dans les infrastructures. Deux défautsquele gouvernement de coalitionentrelaCDUet les sociaux-démocratesespèrepou- voir corriger avec l’instauration d’unsalaireminimumet unepoli- tiquedegrands travaux. Cetteprocédured’enquête approfondieneprévoit pas de sanctions, mais viseàmettrela pressionsur les pays endéséquili- bre. Elleaétécrééependant lacrise del’europour mettreenplaceles mécanismesdecontrôleafinde limiter les dérapages commecelui delaGrèceàlafindes années2000. Cettefois, laCom- missionne secontentepas de dis- tribuer des mauvais points: le Danemark, le Luxembourget Mal- teont corrigéleurs déséquilibres et sont sortis delaliste. p Philippe Ricard (Bruxelles, bureaueuropéen) etAlainSalles 3 0123 Jeudi 6 mars 2014 économie &entreprise AGenève L ’heureétait aux«mini-citadi- nes » pour l’ouverture du Salondel’automobileàGenè- ve, mardi 4mars. Quatrenouveaux modèlesont étédévoilés. Renault a présenté la troisième génération desaTwingo, dont leprofil ressem- ble à celui de la Fiat 500, numéro un du segment. Peugeot a lancé sa 108 à l’allure très «bourgeoise», tandis que Citroën propose une nouvelle C1 à la «bouille irrésisti- ble», selon ses dires. Le japonais Toyota a, lui, dévoilé la seconde générationde sonAygo. Cette série d’annonces peut paraître d’autant plus étonnante qu’il ne s’est vendu, en2013, qu’un millionde «minis», soit moins de 8%dumarché européenglobal. Et qu’aucun constructeur ne semble dégager de profits sur ces petits véhicules, concurrencés par les citadines à bas coûts, bien moins chères. «Ils sont persuadés que le public souhaite des véhicules toujours plus petits pour les villes, et que, s’ils s’absentent de ce segment, ils per- dront des clients, explique un pro- fessionnel. Pourtant, rares sont les succès, à part la Fiat500. » «La ges- tation de toutes ces voitures a eu lieu au cœur de la crise, en 2009, quandlesprimesàlacasseontpous- sé ce segment au-delàde 1,5million d’immatriculations (12% du mar- ché) », rappelle Bertrand Rakoto, analysteàlatêtedeD3Intelligence. Avec les nouvelles venues, le cabinet Inovev anticipe d’ailleurs une remontée de ce segment de véhicules à 12% du marché d’ici à 2016. «Quand vous êtes un généralis- te, qui plus est un spécialiste de moyennes et petites voitures, il est gênant de pas avoir de mini-citadi- nes», relève Jérôme Stoll, directeur commercial de Renault. «Si vous voulez couvrir le cœur du marché européen, il faut offrir une palette allant des mini-citadines aux berli- nes», confirmeDidierLeroy, lepré- sident deToyota enEurope. Autre avantage pour les constructeurs: ces petits modèles, plus sobres, permettent de faire baisser la moyenne des émissions de CO 2 de la flotte vendue par cha- que marque, qui sera limitée après 2020à95grammes deCO 2 . Avec des petits modèles, les constructeurspensent aussi attirer une clientèle plus jeune. Chez Renault et Toyota, l’âge moyendes acheteurs d’une Twingo ou d’une Aygo est de 40ans, contre plus de 50ans pour le restede lagamme. Personnaliser les véhicules Reste à traiter la question de la rentabilité de ces véhicules. «Nous ne lançons jamais de véhicule pour perdre de l’argent, rétorque M. Leroy. Rendre profitable cette voitureimposederevoirnotrestruc- turedecoûtset, surtout, delesparta- ger avec unpartenaire. » Laplupartdesconstructeurss’al- lient donc pour amortir, grâce aux volumes(aubasmot200000véhi- cules), ces modèles vendus à partir de10000eurosetpourlesquelsles marges sont de quelques pour cent. Toyota s’est associé à PSA Peu- geot-Citroën. Renault s’est rappro- chéde l’allemandDaimler, maison mère de Smart. Les sud-coréens Hyundai et Kia partagent les mêmesbasestechniquespour leur i10 et Picanto, tandis que l’alle- mandVolkswagena développéses Up! (marque Volkswagen), Mii (marque Seat) et Citigo (marque Skoda) sur la mêmeplate-forme. L’italien Fiat, qui produit la Ka de l’américain Ford, sera bientôt seul. Mais il écoule chaque année plus de 300000mini-citadines… Les constructeurs jouent aussi la carte de la localisation des pro- ductions dans des pays à bas coûts demain-d’œuvre, delaRépublique tchèque(PSA, Toyota, Volkswagen) à la Turquie (Hyundai), en passant par la Pologne (Fiat) ou la Slovénie (Renault). Smart, qui produit en France, etl’allemandOpel, quifabri- que son Adamen Allemagne, sont les seules exceptions. «Cette localisation ne fait pas tout, il faut que l’usine tourne au maximumdesacapacitépourtenir les coûts», précise M. Leroy. «Pour gagner de l’argent sur les minis, les constructeurs multiplient les options de personnalisation», indi- que M. Rakoto. «Si le client obtient ce qu’il souhaite, il est générale- ment prêt à payer pour », résume FrédéricBanzet, lepatrondelamar- queCitroën. Après l’Adam d’Opel, Renault, ToyotaouPSApoussentàlaperson- nalisation: il sera possible de créer le véhicule à son image, avec la ou lescouleursdecarrosserieoul’inté- rieur de son choix. « Certaines options, comme des stickers, coû- tent peu à produire, mais permet- tent d’augmenter significative- ment le prix de la voiture», relève M. Rakoto. L’autre avantage, pour- suit-il, est decontribueràrestaurer les marges des réseaux commer- ciaux. «Cesontlesconcessionnaires qui mettent en place nombre d’op- tions. Il peuvent ainsi augmenter leurs revenus. » p Philippe Jacqué MarkPigott, l’oncle d’AmériquedelaBNF P arce qu’elle englobe désor- maisseptdesdixpaysdontla croissanceest la plus forteau monde, l’Afrique subsaharienne devient l’objet d’une stratégie de conquête très disputée entre grandsacteursmondiauxdelacos- métique. Laclassemoyenne, qui consom- mece typede produits, yreprésen- tedéjà plus de300millions d’habi- tants, autant qu’en Inde ou en Chine. Et, selon l’African Develop- ment Bank, elledevrait atteindrele capdumilliarddepersonnesd’ici à 2060. Uneétude, publiéeendécem- bre2013 par le cabinet Roland Ber- ger, affirme que ce marché de la beauté et des soins enAfrique pas- sera de 6,9milliards d’euros en 2012à10,5milliards en2017. Ces chiffres, qui sont ceux d’Eu- romonitor, parient sur une crois- sance beaucoup plus forte (+10% par an en moyenne entre2007 et 2017) qu’ailleurs dans lemonde. Ces statistiques sont toutefois difficilementcomparablesaveccel- les données par les grands acteurs eux-mêmes, puisque ce périmètre – très large – inclut les produits d’hygiène. L’Oréal, par exemple, évalue le seul marché des cosméti- ques (hors savon, dentifrice…) en Afriqueà2,7milliardsd’euros. Pionnier dans la région d’Afri- que subsaharienne, où il est pré- sent depuis le début du XX e siècle, l’anglo-néerlandais Unilever reste, de loin, le principal acteur avec, selon Euromonitor, plus de 16,4% departs de marché. Le groupe n’est pas seulement bien implanté dans les pays les plusriches, enAfriqueduSudet au Nigeria, mais il a aussi introduit massivement ses produits, en les adaptant avec une «touche africai- ne», auKenyaouenEthiopie. Unile- ver, qui a acquis la marque africai- ne Alberto Culver dès 2001, va ouvrir un nouveausite de produc- tionenAfriqueduSud. L’Oréal, le numéro deux de ce marché, n’est pas enreste. Le grou- pefrançais, qui comptevendrecet- te année 170millions de produits, revendique, selon Geoff Skingsley, le directeur général de la zone Afri- que- Moyen-Orient, 8%departsde marché en Afrique. En se donnant pour objectif de conserver dans les annéesàvenirunecroissancedeux foisplusimportantequecelledesa maisonmère, il espèrerattraperun jour Unilever. Pour compléter ses deuxusines en Afrique du Sud et au Kenya, L’Oréal aouvert unnouveausitede productionenEgypte, à l’automne 2013, et cherche à ouvrir une qua- trième usine enAfrique de l’Ouest, qui serait opérationnelleen2015. L’Oréal s’appuie sur vingt-cinq ansderecherchesurlescaractéristi- ques des cheveuxet de la peaudes Africaines pour mettre au point desformulesadaptées. Selonlader- matologueMichèle Verschoore, de ladirectionscientifiqueinternatio- nale, lecheveuafricainest plus fra- gile, plus sec, plus difficile à coiffer etpoussepluslentementqueleche- veu européen. L’Oréal a lui aussi acquis des marques locales, à com- mencer par les produits capillaires SoftsheenCarsonouDark&Lovely – le numéro un mondial des pro- duits dedéfrisagedes cheveux. En 2013, le groupe a acheté la marquekényane de soins ducorps Nice &Lovely. Au total, 60% des ventes de L’Oréal en Afrique pro- viennent de marques africaines (dont les produits Mizani destinés auxsalons decoiffure). Procter &Gamble a, lui, l’ambi- tiondequadruplersesventesd’icià 2020etconcentreseseffortssurles pays africains les plus rentables, l’AfriqueduSudet leNigeria. L’alle- mand Beiersdorf (Nivea) est aussi présent depuis longtemps en Afri- que. D’importants groupes indiens, comme Marico ouGodrej, multiplient depuis peules acquisi- tions. Ce dernier a pris le contrôle de Darling Group au Kenya et de Tura, une marque de cosmétiques nigérienne. Des groupes chinois arrivent également sur cemarché. Tous doivent s’adapter aux demandes spécifiques du marché etproposerdestoutespetitesdoses de produit (moins de 100 millili- tres) vendues très peucher. Pour l’heure, le parfum reste peu commercialisé sur ce conti- nent, fautederéseaudeventeadap- té. La distribution reste très frag- mentée et passe très majoritaire- ment par des échoppes, des mar- chés ou des épiceries. Il n’existe de grandes enseignes spécialisées comme ShopRite ou Metcash qu’enAfriqueduSud. p Nicole Vulser La troisième génération de la Twingo de Renault présentée auSalonde Genève, le 4 mars. FABRICE COFFRINI/AFP Lesmini-citadines, grosenjeux pourl’automobile enEurope Renault, Peugeot, Citroënet Toyotaont dévoilé quatrenouveauxmodèles auSalondeGenève CarlosTavaresdressesalistedesprioritéspourPSA P our laBibliothèquenationa- le de France (BNF), qui a récemment pris l’eau, c’est une excellente nouvelle. Mardi 4mars, elle a reçuundonexcep- tionnel d’unmilliond’euros de la part d’unindustriel américain, francophileet philanthrope. MarkPigott, 59ans, est l’incon- nudeSeattle. Il est àlatêtede l’en- treprisefamilialePaccar, fondée par sonarrière-grand-père WilliamPigott Sr (1860-1929). Cet- tesociétéprésenteenFrance, avec safilialeDAFTrucks qui yemploie 1500personnes, est enpointe dans les biens d’équipement de transport. Descendant d’immi- grés irlandais, il n’apas deliens directs avec laFrance, sauf une passiondans sajeunessepour le Tour deFrance. Mais chez les Pigott, depuis quatregénérations, il existeunelonguetraditionde mécénat auprès des grandesinsti- tutions universitairesouculturel- les qui les conduit àfaireprofiter deleurs largesses àdes bibliothè- ques oudes universités auxEtats- Unis, mais aussi enEurope. Récemment, M. Pigott aaidéla BritishLibrary, l’équivalent britan- niquedelaBNF, et l’universitéde Cambridge. EnFrance, leMusée duLouvreadéjàreçulesoutien duMarkPigott Lectureand ResearchFund, àl’occasiondel’ex- position«NewFrontier»consa- créeàl’art américainen2012. «Il s’agit de l’undes plus impor- tants dons faits dans l’histoirede la BNF, entout cas depuis lacréation dusiteFrançois-Mitterrand», préci- seBrunoRacine, président del’éta- blissement public. «Dans un contexteéconomiquetrès contraint, c’est uneheureusenou- velleet celadémontrele prestigeet lerayonnement de laBNF, hors de nos frontières», ajoute-t-il. Restaurer des boiseries Lefonds endotationcréépar M. Pigott vapermettrede soutenir des boursesderecherche, deres- taurer les boiseries duXVIII e siècle delasalledelecturedudéparte- ment des manuscritssur lesite Richelieuet d’acquérir unmicros- copevidéo3Dhautedéfinition, pour lelaboratoiredeconserva- tiondelabibliothèque. M. Pigott seral’undes hôtesde marquedudéjeuner des bienfai- teurs delaBNForganiséenjuin. «Peut-êtrequecelapermettra d’élargir le cerclede nos mécènes à d’autres fortunes américaines», se prendàrêver M. Racine, dont l’ins- titutionavait annoncéenjanvier qu’ellerenonçait àorganiser de grandesexpositions, fautede moyens. p AlainBeuve-Méry Laclassemoyenne enAfriquereprésente déjàplus de300millions d’habitants, autantqu’enInde ouenChine Lesgrandsacteursmondiauxdescosmétiques s’affrontentsurunmarchéafricaintrèsprometteur L’Oréal comptevendrecetteannée170millions deproduits enAfrique TOUTACOMMENCÉpar unpetit «couac»decommunication. Alors queCarlos Tavares, lefutur prési- dent dudirectoirede PSAPeugeot Citroën, devait réserver, selonle groupe, ses premières paroles àla presseauSalondeGenève–qui a ouvert ses portes mardi 4mars –, il aaccordéunentretien, dès lundi, à unsiteInternet 7PMNewset àla télévisiondeReuters. L’ex-numérodeuxde Renault, qui remplaceraofficiellement Phi- lippeVarinfinmars, entendfaire savoir qu’il serabientôt numéro un. C’est quele personnageest direct et nes’enlaissepas compter. Après deuxmois d’auscultation dugroupe, il adéjàbienentêteson planpour «revenir dans lacour- se», qui seradévoilémi-avril. M. Tavares entendconcentrer unepartiedesonénergiesur le développement d’unnombrelimi- tédenouveauxproduits. «Pour gagner de l’argent, a-t-il confiéàla presse, mardi, nous devons avoir des produits queles gens veulent. Il faut concentrer nos moyens sur quelques voitures qui feront ladifférence. » «Gaspillage de ressources» PSAne devrait pas pour autant réduireenEuropeles gammes Peu- geot, Citroënet DS(qui deviendra progressivement une marquepro- pre). Mais il le ferasignificative- ment enRussieet enAmérique latine, deuxzones oùleconstruc- teur n’arrivepas àgagner de l’ar- gent après de nombreuses années deprésence. C’est enpartieàce prixquele grouperetrouverala rentabilitéperduedepuis lafinde l’année2011, assureM. Tavares. Côtéindustriel, le futur patron jugequ’il existe«ungrandpoten- tiel d’améliorationdes usines». «Celane passepas par unebaisse des effectifs», précise-t-il, mais avant tout par une«meilleureeffi- cience» des sites et, àl’internatio- nal, par une«attitudemoins naïve et plus cynique» quandil s’agit de dimensionner lacapacitéindus- triellepar rapport aumarché. L’usinede Kaluga, enRussie, prévuepour produire 100000véhicules, enaainsi pro- duit àpeine20000en2013. «C’est dugaspillagede ressources», juge M. Tavares. Alors quePSApeineàproduire àdes coûts compétitifs sur le VieuxContinent, larumeur d’une nouvelleusine àla périphériede l’Europepour produiremoins cher, notamment les citadines, a récemment ressurgi. «Pour l’ins- tant, ce n’est pas dutout sur la table», insisteM. Tavares. D’autant, ajoute-t-il, que«j’ai des usines enpériphériede notre pays qui sont àdes niveauxde coûts compétitifs et ne sont pas saturées, commeTrnava [Slovaquie], Vigo[Espagne] et Man- gualde[Portugal]». «Quandona des capacités disponibles, onn’a pas besoind’unsite de plus. C’est unequestionde bonsens», tranche M. Tavares. p Ph. J. (à Genève) 4 0123 Jeudi 6 mars 2014 économie &entreprise il est temps de parler d’économie 8H30DULUNDI AUVENDREDI SUR Shanghaï Correspondance L e gouvernement chinois ten- te l’équilibre entre préserva- tion de son taux de croissan- ceet engagement de réformes éco- nomiques profondes qui affecte- ront la performanceà court terme. Le premier ministre, Li Keqiang, maintient pour 2014unobjectif de croissance «modérément élevé», similaire aux deux années précé- dentes de 7,5% de progression du produitintérieurbrut(PIB). Cechif- fre est cette fois-ci précédé de l’ad- verbe «zuoyou», littéralement «environ», carlaChineavaittermi- né l’année 2013 à 7,7%de croissan- ce, tout juste au-dessus de l’objec- tif officiel qu’il était auparavant de coutumede survoler de très haut. Mercredi 5mars au matin, en ouverturedelasessionannuellede l’Assembléenationalepopulaire, le chef de gouvernement a d’ailleurs porté unregardlucide sur les diffi- cultés pesant désormais sur la deuxièmeéconomiemondiale. «Les conditions de base sur les- quelles est fondé le développement subissent de profonds change- ments, desproblèmesdefondémer- gent, de douloureux ajustements structurels doivent être engagés, le rythme de la croissance économi- que change et les pressions négati- ves sur l’économie demeurent for- tes», s’est lamenté Li Keqiang sous la grande étoile rouge du plafond duPalaisduPeupleet faceàunpar- terrede près de3000officiels. Li Keqiang était attendu sur le rythmedesréformespromisesàla mi-novembre2013àl’issuedutroi- sièmeplénumduParti communis- te chinois (PCC). En ce qui concer- ne la convertibilité du yuan et la fixation par le marché des taux d’intérêt, deux sujets sur lesquels la volonté de Pékin ne fait plus débat mais oùtout est questionde calendrier, le gouvernement annonce les prochaines étapes. Alorsquelesautoritésfixentquoti- diennement un cours pivot face aux devises étrangères au-dessus et en deçà duquel le marché ne peut faire bouger la monnaie que de 1%, le premier ministre s’enga- geàélargir labandede fluctuation dutauxde change. Quant aux taux d’intérêt prati- qués par les banques, thème sur lequel Pékin a déjà avancé en juillet 2013 en cessant de fixer le coût des crédits, unpas est franchi vers la libéralisationde la rémuné- rationdel’épargne. Li Keqiangs’en- gage à établir un mécanisme de garantie sur les dépôts, le pré- requis pour protéger les épar- gnants avant d’introduire plus de rémunérationet donc de risque. Réputé réformateur mais aussi éclipsécesderniersmoisparlepré- sident Xi Jinping, Li Keqiang était notammentattendusurlapartiela plus délicate des réformes écono- mique: toucher aux très puissan- tes entreprises publiques et à leurs privilèges exorbitants, désormais perçus comme un fardeau pesant sur lamodernisationchinoise. Les résistances sont colossales. Le lobby des groupes automobiles étatiques, l’Association des constructeurs automobiles de Chine, bloque l’ouverture aux étrangers du marché chinois – qui se voient toujours imposer unpar- tenaire local à 50%. «Les limita- tionsactuellesn’ont pasaffectél’en- thousiasmedesconstructeursétran- gers investissant en Chine, donc pourquoi la Chine devrait-elle être plusouverte», s’interrogeaitrécem- ment Dong Yang, son secrétaire- général. De même, les banques font, elles, pression sur les autori- tés pour qu’elles réglementent davantage les nouveaux place- ments très attractifs proposés par les géants du Net chinois, qui font concurrenceauxinstitutionsfinan- cières traditionnelles. Lepremierministredoitdonner desgages. Il répèteàtrentereprises le terme «marché» et promet de «le laisser décider quelles affaires survivent». Concrètement, il dési- gne les secteurs – banque, pétrole, électricité, ferroviaire, télécommu- nications, ressources et services au public – dans lesquels le «capital non-étatique» pourra participer à un certain nombre de projets, res- tant àdéfinir. Dès mercredi matin le géant pétrolier public CNPC, plus connu sous le nom de sa filiale cotée Petrochina, annonce qu’il s’ouvri- ra aux participations du privé dans laconstructiond’oléoducs, le développement des gaz non- conventionnels (gaz de schiste) et les investissements à l’étranger. Depuis son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a pris le secteur pétro- lier et surtout Petrochina comme emblème des dérives quasi mafieuses dans la gestion de cer- tainsgrandsgroupesétatiques, fai- sant arrêternombredesesanciens dirigeants et mettant celui que la presse chinoise désigne désor- maiscommel’ancienparraindece système, l’ex-membre du Comité permanent chargé de la sécurité nationale, ZhouYongkang, aujour- d’hui engrande difficulté. p HaroldThibault C ’est un nouveaurevers pour la sidérurgie française. Ancienne filiale d’Usinor, le groupe Ascométal, qui emploie 1 900 salariés dans l’Hexagone, s’est déclaré, lundi 3mars, en état de cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Nan- terre (Hauts-de-Seine), a-t-on appris de source syndicale. «La direction nous a annoncé qu’elle allait déposer jeudi une demande de mise en redressement judiciairedevantletribunal », assu- re au Monde Christian Pantous- tier, déléguéCGTàl’usineAscomé- tal de Fos-sur-Mer (Bouches-du- Rhône), la plus importante du groupe avec celles de Dunkerque (Nord) et d’Hagondange (Moselle). Spécialiste des aciers spéciaux pour l’automobile et l’industrie pétrolière, Ascométal est depuis plusieurs mois l’objet d’unbras de fer entre son actionnaire, le fonds d’investissement américain Apol- lo, et ses banques, américaines elles aussi, Morgan Stanley et Bankof America. «Ascométal a été repris en LBO [achat avec effet de levier] en 2011 et porte une dette de 360millions d’euros dont elle n’arrive plus à payer les échéances», explique un proche dusidérurgistefrançais. Concrètement, Ascométal doit rembourser chaque année 37mil- lions d’euros d’intérêts, sans par- lerdeladetteelle-même, unechar- ge insupportable pour une entre- prisequi aréaliséunchiffred’affai- res de 731 millions d’euros et enre- gistré une perte nette de 59mil- lions d’euros en2012. Un compromis semblait pour- tant avoir été trouvé il y a quin- zejours: Bank of America et Mor- gan Stanley, qui ont pris Roths- childpour conseil, avaient accepté deconvertirleurscréancesencapi- tal, ce qui leur aurait donné 49% de l’entreprise. En échange, Apol- lo, qui conservait 51 % du capital, s’engageait à réinvestir 50mil- lions d’euros dans Ascométal. «Tout s’est bloqué ces derniers jours sur des questions de gouver- nance et Apollo essaie de passer en force, assure un proche des négo- ciations. Maissemettreenredresse- ment judiciaire, c’est ouvrir laboîte de Pandore. » Pris en otage Selon nos informations, la ban- queMessierMarisetAssociés, qui a été mandatée par Ascométal, aurait en effet trouvé cinq indus- triels, européens mais également étrangers, prêtsàdéposeruneoffre dereprisetotaleoupartielledel’en- trepriseauprèsdutribunal deNan- terre. LebrésilienGerdauseraitl’un des candidats les plus sérieux. ABercy, oùl’onsurveillecedos- sier comme le lait sur le feu, on disait continuer à négocier d’arra- che-pied pour éviter d’ici à jeudi cette mise en redressement judi- ciaire, dont les conséquences sont difficilement mesurables. «On assiste à une bataille entre un fonds et des banques américai- nes dans laquelle unfleuronindus- triel français est pris en otage et voit sasurvie menacée, ce n’est pas acceptable», explique-t-on dans l’entourage d’Arnaud Monte- bourg, le ministre du redresse- ment productif. p Isabelle Chaperon etCédric Pietralunga L’aciéristeAscométal déposesonbilan pourapurersadette L’actionnaireaméricain, lefonds Apollo, est enconflit avecles banques créancières Legéantpétrolier publicCNPC aannoncé qu’il s’ouvrira auxparticipations duprivé Le premier ministre chinois, Li Keqiang, lors l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, mercredi 5mars. ANDY WONG/AP AuJapon, leshaussesdessalairesetdelaconsommation semblent insuffisantespourréveillerl’inflation Les entreprises privilégient les primes, et les achats dejanvier anticipent lahaussedelaTVA RESTAURATION LegroupeEliorveutretourner enBourseavantl’été Le groupe de restaurationcollective et commercialeElior a lancé sonprocessus d’introductionenBourse, envue d’être coté à Paris «d’ici l’été», a-t-il annoncé mardi 4mars. Les fonds Charte- rhouse et Chequers, principauxactionnaires d’Elior, auxcôtés dufondateur Robert Zolade, cherchaient de longue date à vendre leur participation. Elior a réalisé lors de l’exercice clos finseptem- bre2013 unchiffre d’affaires proche de 5milliards d’euros, à 40% à l’étranger. – (AFP.) p Equipement Bond de 49%du bénéfice d’Adidas L’équipementier sportif allemandAdidas a annoncé, mercredi 5mars, unbénéfice net enhausse de 49%, à 787millions d’euros en2013. Le PDG, Herbert Hainer, dont le mandat a été renouvelé pour deuxans, compte sur le Mondial de football auBrésil pour accélérer l’allure en2014. – (AFP.) EnergieL’Algérie annule unprojet avec Total Lepétrolier algérienSonatrachadécidéd’annuler unprojet de constructiond’uneusinede vapocraquaged’éthaneennégocia- tionavec Total, enraisond’undésaccordsur leprixdugaz. Sona- trachet Total avaient signéen2007 uncontrat estiméà5milliards dedollars (3,6milliardsd’euros) pour saréalisation. – (AFP.) MinesImerys relève encore sonoffre sur Amcol Le producteur français de minérauxindustriels Imerys a de nouveaurelevé, mardi 4mars, sonoffre d’achat sur l’américain Amcol, auprixde 45,25dollars par action, afinde contrer celle de sonrival Mineral Technologies. La nouvelleoffre valorise Amcol à 1,7milliardde dollars (1,2milliardd’euros). – (AFP.) VidéoFilmoTVet Videofutur fusionnent Les deuxacteurs français de la vidéoà la demande FilmoTV et Videofutur, ont annoncé, mardi 4mars, qu’ils créaient unpartenariat dans la vidéoà la demande par abonnement. Lepremierministrechinois entendlibéraliserplusieurssecteurs Li Keqiangassurequeleprivéparticiperaàdesprojetsdanslabanqueoul’énergie Tokyo Correspondance L a fin du «shunto» approche. Les traditionnelles négocia- tionssalarialesduprintemps au Japon se terminent le 12mars. Leurs résultats sont attendus par les salariés, mais aussi par ungou- vernementqui comptesurlesaug- mentations de revenus pour gagner son pari d’une inflation à 2%d’ici audébut de 2015. Mercredi5mars, Toyotarencon- trait les représentants du person- nel pour latroisièmefois depuisle début du shunto en février. Le constructeur automobile a déjà acceptéune haussedes bonus ver- sés en été et en hiver. Sur le point de dégager des profits record à l’exercice2013 clos fin mars, le groupe de Nagoya devrait verser à chaque salarié, en 2014, un mon- tantdebonussupérieurà2,08mil- lionsdeyens(14863euros), lasom- me accordée en 2013. Un accord sur une augmentation du salaire debaseseraitunepremièredepuis 2008. Mardi, la presse nippone faisait savoir que Panasonic pourrait fai- redemême. Aprèsdeuxansdeper- tes, le géant de l’électronique devrait renouer avec les bénéfices et en faire profiter ses salariés. Toshiba, Hitachi ou encore Fujit- su… l’augmentation du salaire de bases’échelonneraitentre1 000et 2000 yens (entre 7,1 et 14,2 euros) par salarié et par mois, un plus jamais observé depuis 2008, mais loin des 4000yens réclamés en moyenne par les syndicats. En acceptant ces augmenta- tions, les grands groupes sem- blent davantage répondre aux pressions du gouvernement que suivrelesexigencesdeleursactivi- tés. Le premier ministre, Shinzo Abe, souhaite que la hausse des salaires accompagne, voire pren- ne le relais, des deux «flèches» – dépense publique et assouplisse- ment monétaire – des «Abeno- mics» – les mesures économiques de son gouvernement – pour sou- tenir l’économie. Signe positif pour lui, en jan- vier, le salaire de base a augmenté pour la première fois en deux ans selonleschiffresdévoilésle4mars parleministèredutravail. Lahaus- se a atteint 0,1 % pour un salaire moyen de 239 156 yens (1 709euros), même si le total des gains, primes comprises, a reculé de 0,2%. Ces chiffres accompagnaient ceuxde la consommation, enpro- gressionde 1,1%en janvier et de la productionindustrielle, enhausse de 4%, un record depuis juin2011. De quoi espérer une croissance soutenue au premier trimestre. Guère plus, car les données de jan- vier traduisent l’anticipation par lesconsommateursdel’augmenta- tion de la TVA de 5 % à 8 % le 1 er avril. Il s’est vendutroisfoisplus de réfrigérateurs en janvier qu’au même mois en 2013. Les ventes de téléviseurs ont crûde 21,4%et cel- les de climatiseurs de 19,7%. Affaiblissement du yen L’ampleur des achats anticipés sembleconfirmerlescraintespour ledeuxièmetrimestre2014. Lepro- duit intérieur brut (PIB) est atten- duenbaissede3,9%englissement annuel entre avril et juin, malgré un plan de soutien annoncé par le gouvernement et les promessesde la Banque du Japon d’intensifier l’assouplissement monétaire. Outre la TVA, l’évolution de la situationdes économies émergen- tes, affectées par le resserrement monétaireauxEtats-Unis, nerassu- re guèrepour les exportations. L’une des raisons de la hausse des profits des entreprises est l’af- faiblissement du yen, et non un réel surcroît d’activité. Annoncée le 17février, la croissance au der- nier trimestre 2013 a déçu. Elle n’a pas dépassé 1 % en glissement annuel, enraisonnotammentd’ex- portations en hausse limitée à 0,4%. Et la troisième «flèche» des «Abenomics» peine à être déco- chée. Elle doit se traduire par des réformes structurelles, notam- ment du marché du travail et de l’agriculture, qui restentàfinaliser. Dévoilé le 19février, l’indice de confiancedesentrepreneursmesu- répar l’agenceReuters enregistrait une légère baisse, la première en cinqmois, par rapport àjanvier. De quoi rendrelesentreprisespruden- tes avant de s’engager sur les salai- res, qui représententuncoût fixe, à la différence des bonus, lesquels offrent plus de souplesse. D’après un sondage réalisé à la mi-février par l’institut Nikkei Research pour Reuters, 66% des entreprises consultées pré- voyaient une hausse des bonus, qui représentent 17% des revenus annuels d’unsalariéà temps plein, mais pas dusalaire de base. Seules 11%envisageaient d’élever à la fois les bonus et les salaires, et unique- mentpourcompenserlahaussede laTVAet l’inflation. p Philippe Mesmer 5 0123 Jeudi 6 mars 2014 H abituéeàl’avoir sous les yeux, la Francene voit plus l’atout queconstitue sonterritoire. Enseignants-chercheursàMontréal (Québéc) pour les deuxpremiers, et àl’universitéParis-Est pour le troisiè- me, les coauteurs de cet essai fouillé, argumentéet chiffré nous permettent d’enprendreconscience. Ils montrent comment la fracturesi souvent décriteentre «Paris et le désert français»a vécu. De 1982 à 2012, Paris, «tout enrestant le centre incon- testéde laFrance, croît moins vite que d’autres régions». Les grandes capita- les régionales – notamment Toulouse, Nantes ouBor- deaux– tirent à l’inverseleur épingle dujeu. Et «ce sont les agglomérations moyennes, de 5000000à1milliond’habi- tants, et celles, urbaines oururales, àproximité de lamer et dusoleil, qui croissent le plus rapidement». Décentralisation, aménagement duterritoire: l’action publiquea préparé et accompagné ce mouvement mais ne l’explique pas. Telles NewYorkouLondres, Paris n’a pas échappé à la «tertiarisation»: elle s’est désindustria- lisée et concentrée sur des activités de services. Malheureusement, notre capitalene parle pas la langue des élites de la mondialisation. Surtout prisée pour sa beauté, sonromantisme et ses attraits touristiques – plu- tôt que pour sonrégime fiscal favorable auxtrès hauts revenus –, beaucoupviennent plutôt y acquérir…une rési- dence secondaire. Unensemble uni et relié Les diplômés, faceauxinconvénients deParis (prixdu logement, temps de transport…), ont tendance– quandl’en- fant paraît – àapporter leurs compétences àd’autres métro- poles, qui ont également pris le virage dela «tertiarisa- tion». Et qui, avec l’intégrationeuropéenne, sont aucœur, ouprochede la«bananebleue» – lazone géographiquepri- vilégiéedudéveloppement économique–, oubiende limi- tes frontalières, offrant des possibilités de développement. Enfin, les retraités sont attirés vers les littorauxet le soleil, déplaçant aupassageles emplois de services. Aucontrairede Londres – décaléeduresteduroyaume–, oude l’ItaliefracturéeentresonNordet sonSud, Paris et les régions françaises font unensembleterritorial relative- ment uni et relié. Et, malgréses autres fragilités, laFrance devrait pouvoir tirer parti de cet avantagesubstantiel. p Adriende Tricornot La France avantagée. Paris et la nouvelle économie des régions, Mario Polèse, Richard Sheamur et Laurent Terral, éditions OdileJacob, 220 pages, 23,90 euros. publications L’ÉCO DE LA TOILE Laformation«sursite» O rientation, insertion professionnelle, métiers, qualifica- tions et compétences, formation: tout ce qui touche aux stratégies à mettre en œuvre pour trouver un emploi de qualité, le conserver, évoluer professionnellement, se reconvertir ouretrouver dutravail est expliqué, par les meilleurs spécialistes, sur lesiteduCentred’étudeset derecherchessur les qualifications (Céreq). Cetétablissementpublicdépenddesministèresdel’éduca- tion nationale et du travail. Sa richesse est d’associer quinze cen- tres régionaux, implantés dans des laboratoires de recherche uni- versitairescouvranttoutleterritoire, d’Aix-en-Provence(Bouches- du-Rhône) à Lille et de Nantes à Strasbourg. Sur le site, onpeut accéder à unvaste éventail de statistiques et dedonnéessur lelienentrelesformations, initialesouultérieures, et l’emploi, ainsi qu’àdesétudessurlessystèmesdecertificationet devalidationdesacquisdel’expérience. Cesressourcess’adressent àunpubliclarge: desstagiairesauxseniors, deschômeursauxpro- fessionnelsdes ressourceshumaines, enpassant par les acteursde la formationoules partenaires sociaux. Parmi les dernières publications, onpourralire«Politique d’en- treprise et sécurisation des parcours» (Bref n˚318, janvier2014, 4pages). Jean-ClaudeSigotetJosianeVeroydisentque«lemaintien chezl’employeur et lemaintiendans l’emploi ouleretour àl’emploi encasdedépartdel’entreprisenerelèventpasdelaseulepolitiquede formation, maisd’unspectrepluslargequi englobe, enoutre, lapoli- tiquederessourceshumainesetl’organisationdutravail ». Il yaaus- si un rapport sur «Le développement des politiques régionales d’apprentissage», coordonnépar DominiqueMaillardet Claudine Romani (Net.docn o 118, janvier2014, 40pages). Dequoi enrichir«la boîteàoutils»pour inverser lacourbeduchômage…p Adriende Tricornot http://www.cereq.fr/ LIVRE Parisetledésertfrançais, lafind’unmythetenace D ans un discours récent, pro- noncé àParis devant l’Organi- sation de coopération et de développementéconomiques (OCDE), la chancelière alle- mande, Angela Merkel, qualifiait de «tâcheherculéenne»latransitionénergéti- que. Plusieurs publications font le point sur la question, et plus largement sur la transitionécologique, qui nepourrapasse réaliser, selon leurs auteurs, sans innova- tions sociales. La première, Transition écologique, moded’emploi(LesPetitsMatins, «Alterna- tives économiques», 260p., 12 ¤), est publiéesous l’égide de l’Institut Veblen. Sa mission est de militer pour un mode de développement soutenable et une écono- miesocialement juste. Crééen2010, il por- telenomdeThorsteinVeblen, économiste américain connu pour le fameux «effet Veblen», qui explique les mécanismes de laconsommationostentatoire. Philippe Frémeaux, journaliste àAlter- natives économiques, Wojtek Kalinowski, sociologue, et Aurore Lalucq, économiste, rappellent que, pour l’instant, les crises économiques et environnementales per- durent. Et que, si l’onpoursuit danslavoie actuelle, « nous allons vers des lende- mains…qui font peur». Ils estiment pourtant que des solutions existent, qui n’ont rien de «punitif ». La révolutionqui se prépare pourrait même permettre de vivre mieux. Alors pourquoi les gouvernements ne font-ils pas le nécessaire? Pour plusieurs raisons. D’abord, la sacro-sainte préféren- ce pour le présent. Ensuite la dynamique du capitalisme. «L’idée d’une société sans croissanceresteraparticulièrement diffici- le à faire accepter tant que le chômage de masse sera au rendez-vous», écrivent les auteurs; les gouvernements restent pri- sonniers du « logiciel productiviste». Enfin, il y a la fragmentationde la société internationale: le chacun pour soi règne enmaître. Le résultatde tout cela: «la fui- te dans lacroissance». Les auteurs identifient quatre raisons d’espérer. Enfiniravecl’hyperconsomma- tionne serait pas undrame. Nos possibili- tés techniques, inédites, peuvent être mises au service d’une économie qui réduirait sa pressionsur les ressources. Il yauneprisedeconsciencedelanéces- sité d’engager la transition écologique, passeulementdanslespaysriches. Latran- sitiondémographique, enfin, s’opèreplus rapidement que prévu. «Il s’agit de transformer le monde », disait Karl Marx, au XIX e siècle. Pour les auteurs, il est urgent, au XXI e siècle, de «transformerl’économie». Maisest-il pos- sible de rompre avec la «dictature dupro- duit intérieur brut »? Le livre ne répond pas vraiment à cette question. Optimistes, les auteurs de Miser (vrai- ment) sur la transition écologique (Edi- tions de l’Atelier, 144 p., 16¤), qui sort le 13mars, veulent l’être également. «Nous vivons une époque formidable qui va faire oublier les “trente glorieuses”», assurent AlainGrandjeanet HélèneLeTeno, spécia- listes dudéveloppement durable. Le livre aborde notamment la question du financement de la transition écologi- que, «lenerf de laguerre». Il faut mettrela finance au service de cette mutation; mais le grand chantier de la régulation financièreest inachevé. Concernant nos dirigeants, le constat n’est pas très différent de celui de l’Insti- tut Veblen: manquede recul, dictaturedu court terme, pression des lobbies… Tout semble à repenser en profondeur. «Nos systèmes de gouvernance, à tendance hié- rarchique, vontdevoirévoluerversdeslogi- ques de réseauet de subsidiaritébeaucoup plus fortes», disent les auteurs. Le livre est convaincant, même si son enthousiasme pour le modèle allemand de transition énergétique laisse scepti- que. Lecharbonreprésenteeneffetaujour- d’hui plus de 25 % de la consommation d’électricité outre-Rhin. Et les Allemands eux-mêmes doutent de plus en plus du bien-fondé du virage énergétique pris sous le chancelier Gerhard Schröder et accéléré avec M me Merkel. Latransitionécologiquenedoit pasêtre un chemin de croix. Là-dessus, on suit les deux auteurs entièrement. Mais il y a du painsur laplanchepour rendrelechange- ment «souhaitable et désirable». Signalons enfin un article de l’écono- miste Benjamin Coriat – «Transition éco- logique et politique industrielle», paru dans le numéro83 (janvier-février2014) delarevuebruxelloisePolitique, et consul- tablesur leNet (Politique.eu.org/). Pour ce professeur àl’universitéParis-XIII, lacrise écologique doit être l’occasion de procé- der à un véritable «aggiornamento» de notre politique industrielle. Deuxaxes sont selonlui essentiels. Pre- mièrement, il faut s’orienter vers de nou- veaux modèles productifs et favoriser le rôledesmicro-entrepriseset descollectivi- tésterritoriales. Deuxièmement, latransi- tion écologique devra associer innova- tions techniques et innovations sociales. «La mise en place de modèles économi- ques reliant dans des coopérations renfor- cées des acteurs multiples, entreprises publiques et privées, centres de recherche et universités, collectivités locales, associa- tions et organismes à but non lucratif, poursuivant des buts d’utilitépublique, est une conditionde la réussite de la politique nouvelle», écrit-il. Le rôle de l’Europe? «Idéalement, elle est le lieuprivilégié pour assurer les impul- sions nouvelles», dit M. Coriat. Il déplore l’immobilisme des décideurs européens. Et rappelle ce propos de François Hollan- de, relayé par le ministre allemand de l’énergie, Sigmar Gabriel, favorable à un «Airbus européendel’énergie». Maispour cela, il faut accorderlesFrançaiset lesAlle- mands. Une «tâche herculéenne»? p Philippe Arnaud ¶ « Transition écologique, mode d’ emploi », Philippe Frémeaux, Wojtek Kalinowski, Aurore Lalucq LIRE AUSSI Nouvelle gouvernance Deuxchercheurs, l’unfrançais l’autre danois, exposent la genèse duconcept des «parties prenantes» d’une entreprise – clients, salariés, collectivités, actionnaires, etc. – et sa mise enpratique. La Théorie des parties prenantes Maria-Bonnefous-Boucher et Jacob Dahl Rentdorff, collection «Repères », La Découverte, 125pages, 10euros. Crime parfait Cette nouvellelivraisonde la revue Regards croisés sur l’économie est consacrée à toutes les dimensions de l’économie criminelle: crime, trafic, travail aunoir. Lumière sur les économies souterraines La Découverte, 244pages, 16euros. Lepari perdudespolitiquesd’austérité LecturesétrangèresLa«déflationvolontaire»est unpoison, assureunéconomisteaméricain Larévolution qui sepréparepourrait toutsimplement permettredevivremieux Latransitionécologique, horizonpourunevéritablesortiedecrise Plusieurs publications dressent leportrait d’unemutation, au-delàdelapeur oudel’enthousiasme ¶ Miser ( vraiment) sur la transition écologique, Alain Grandjean et Hélène LeTeno, préface de Nicolas Hulot N ous voici revenus dans les années 1920! C’est le cri d’alarme de l’éco- nomiste Mark Blyth, professeur àla Brown University (Providence, Rhode Island), auteur de Austerity. The History of a Dangerous Idea (Oxford University Press, 288p., 29,90¤). A cette époque, les gouvernements manipulaient, sans lesavoir, ledétonateur descrisesqui marqueraientladécenniesui- vante. EnEurope, c’était letempsduretour à l’étalon-or, accompagné d’une «doctrine de la rigueur comparable à celle qu’affi- chent aujourd’hui les dirigeants du Fonds monétaireinternational et de l’Eurozone». AuxEtats-Unis, l’emballement des mar- chésàlaveilledelacrisede1929s’accompa- gnait d’une forte concentration des fortu- nes. Une situation, là encore, comparable àcelle que nous connaissons puisqu’en 2013, comme en 1928, la fortune des 400Américains les plus riches se compare aveccelledes150millionslespluspauvres. Quelle est la cause première des crises économiques et financières se demande l’auteur, keynésien déclaré? La confiance. Quelle est la condition pour en sortir? La confiance. Dans le premier cas, une confiance excessive, dévoyée, a conduit le monde de la finance à prendre des risques excessifs (la crise de 2008-2012, enrayée avec l’argent du contribuable). Dans le second, une confiance restaurée donne l’envie de dépenser et d’emprunter. Le moteurdelacroissancepeut alorsrepartir. Solutions punitives L’histoire économique montre que la confiance ne naît jamais de la «déflation volontaire». Punir, tailler dans la dépense aumilieudelatempête, n’est paslabonne méthodepourréveillerlesardeursetgéné- rer les anticipations positives. La manie des solutions punitives pour sortirdescrisesest néeàlafinduXVIII e siè- cle, àuneépoqueoùlesfinancespubliques des Etats monarchiques étaient gérées sans transparenceet sans contrôle. Le sou- ci légitime de gestion parcimonieuse des finances de l’Etat d’un Adam Smith s’est transformé enune croyance dans la vertu decures brutales de désintoxication. Justifiées à de rares exceptions – par exemple en Grèce ces dernières années –, les politiques d’austérité produisent la plupartdutempsuneffet contraireàcelui recherché. «Elles cassent le moral des acteurs, suspendent la décision d’investis- sement, alourdissent les dettes au lieu de les réduire et retardent le moment de la reprise», nous dit Mark Blyth. Pire, ellescreusentlesinégalités. L’ascen- seur social se bloque et les classes moyen- nes sont entraînées sur la pente du décro- chage. «Je nepeuxpas oublier d’oùjeviens, confesse l’auteur au début de son livre. Sans l’Etat-providence, orphelinde mère, je neseraisjamaispassédelapetiteboucherie de monpère dans l’Angleterre pauvre à un postedeprofesseurdansuneuniversitéchic de la Ivy League américaine…» Cette fran- chise mérite que l’on suive son parcours dans le labyrinthe des crises mal soignées depuis unsiècle. p Jacques Barraux ¶ Jacques Barraux est journaliste, ancien directeur de la rédaction des «Echos» 6 0123 Jeudi 6 mars 2014 universités &grandes écoles '("%(#$'!#"& CONCOURS 2014 : 1 INSCRIPTION, 3 ÉCOLES, 1450 PLACES*. INTÉGREZ UNE GRANDE ÉCOLE DE MANAGEMENT MULTI-ACCRÉDITÉE VIA LES CONCOURS ECRICOME TREMPLIN * 580 places pour le concours TREMPLIN1, 870 places pour le concours TREMPLIN2 APRÈS BAC+2/BAC+3/BAC+4 TREMPLIN CONCOURS ECRICOME CLÔTURE DES INSCRIPTIONS LE 26 MARS +#/%0$(6,32`4+.2 z @/*.--2$/'†BCA)! z >(63232-6'&2( BCA)#E)! z D!:BC'*†4/6./'†' ",(3(104 !3(3.0)0($4 !3&+0$,(.E L a scène s’est passée à la ren- trée 2013 lors d’une réunion parents-professeurs dans uneclassepréparatoireauxécoles de commerce d’un lycée parisien. «Si votreenfantatropdemal àsui- vre, peut-être vaut-il mieux qu’il intègre l’université puis qu’il tente lesconcoursd’entréepar lavoiedes admissions parallèles», avait aver- ti le professeur principal. Appelé aussi admission sur titre, ce dispositif permet auxétu- diantsqui sont formésàl’universi- té–licence, masteroudiplômeuni- versitaire de technologie (DUT) – outitulairesd’unbrevet detechni- cien supérieur (BTS), d’intégrer une grande école de commerce ou d’ingénieurs encours de cursus. «Cettealternativeest apparueil yaunevingtained’annéesdansun esprit d’ouverture», explique BrunoCohanier, directeurdumas- ter grande école chez Neoma (issue de la fusion de Rouen Busi- ness School et de Reims Manage- ment School). L’idée étant qu’inté- grer des profils différents et peut- êtremoinsformatésparlesclasses prépa serait un plus pour les éta- blissements. «Quelqu’unqui aune licenced’histoireoudemathémati- ques nous intéressera», confirme Bernard Belletante, ex-directeur de Kedge désormais à la tête de l’EM-LyonBusiness School. Dans l’oreille de certains étu- diants et de leurs parents, le pro- posde«notre»professeuraététra- duit par: il serapeut-êtreplusfaci- le pour lui d’intégrer une grande école. Pas si sûr. «Contourner la prépa n’est pas un gage de réussi- te», avertit M. Cohanier. Selon un directeur d’école, le taux de sélec- tion est de 80%lorsqu’on est issu d’une classe prépa, il n’est que de 40% à 50 % pour l’admission sur titre. Chez Neoma, il y a 175places parcampuspourentrerendeuxiè- me année –et il faut être titulaire d’un bac +3 ou +4– mais 330pla- cesparcampuspourceuxqui vien- nent de classes prépa. «Quelqu’un qui n’est pas obnu- bilé par les très grandes écoles est sûr d’intégrer untrès bonétablisse- ment, même si la classe prépa est encore la voie royale pour entrer dans les écoles de la banque d’épreuves baptisée Ecricome [les écoles Kedge, Neoma et ICN] et de la banque commune d’épreuves à vingt écoles de management [Ecole des hautes études commer- ciales (HEC), Audencia, Ecole supé- rieure des sciences économiques et commerciales (Essec)] », insiste M. Belletante. Les très grandes écoles de com- merceoud’ingénieurs–HEC, Essec, Polytechnique…– continuent en effet de faire leurs «courses» dans lesclassesprépa, entout casenpre- mière année. «C’est unchoix, affir- me Marie-Noëlle Koebel, directrice des études et des admissions de la Grande École à l’Essec. L’admission sur titre s’ajoute àunparcours soli- de déjàacquis. » «Entretiendepersonnalité» L’Essecintègredes étudiantsen deuxième année qui ont au mini- mumun master1. Les profils sont très variés : ingénieur, juriste, diplômés de Sciences Po. Ontrou- ve quelques médecins et même quelques linguistes… «La sélec- tionsefait surdossieret surlamoti- vation, leprojet professionnel. Une fois qu’ils sont admissibles, ils pas- sent un entretien de personnali- té», indique M me Koebel. En 2013, l’Essec a ainsi intégré 160étu- diants français et 120étudiants étrangers. La prestigieuse HEC a aussi un attachement à la classe prépa. En deuxième année, 25 étudiants environ sur 700candidats sont retenus. Le mode de sélection est différent. «Les épreuvessont beau- coupplus schématiques, il n’yapas de problèmes de mathématiques et pas de dissertation», indique M. Belletante. Le concours repose sur des tests, questionnaires à choix multiples sur plusieurs épreuves. Néanmoins, le candidat à l’admission sur titre doit avoir undossierexemplaireetdevrasur- tout être bon à l’oral d’admission pour convaincre le jury que son profil est incontournable. «Ontes- tera peut-être sa culture générale alors qu’on ne le fera pas pour un candidat passé par la classe pré- pa», ajoute-t-il. De plus en plus, les écoles cher- chent des profils variés trouvant souvent les étudiants de classes prépaunpeutrop«formatés». Les écoles d’ingénieurs se sont elles aussi ouvertes aux admissions parallèles. Mais comme pour les écoles de commerce, les très gran- des écoles d’ingénieurs, comme Polytechnique ou les Arts et métiers par exemple, recrutent essentiellement sur concours après une classe prépa. Même si ces établissements ouvrent quel- ques places chaque année: 18 sur 400 à Polytechnique et une cin- quantainepour les Arts et métiers. «Tout dépenddes écoles, confir- me Christian Lerminiaux, prési- dent de la Conférence des direc- teurs des écoles françaises d’ingé- nieurs (CDEFI). Dans certaines, le taux d’admis sur titre ne dépasse pas les 10%, pour d’autres il atteint les 50%. Evidemment, si l’on veut entrer dans les écoles de très haut niveau, la voie royale c’est la classe prépa oualors il faut être un excel- lent élève. Pour les établissements plus standards, cela peut être une stratégie. » Ouverture Etplusl’ondescenddansleclas- sement, plusil doit êtrefaciled’en- trer par l’admission sur titre. «Attention, prévient M. Lermi- niaux, lavoie commenceàserétré- cir petit à petit. Par exemple, aujourd’hui un étudiant dans un IUT qui veut entrer dans une école d’ingénieurs de niveaucorrect doit être classé dans les quinze pre- miers. » Malgrécetteouverture, les chif- fres prouvent encore que les clas- ses prépa gardent leur supréma- tie. Selonles chiffres de la CDEFI, à la rentrée 2012-2013, 16166 élèves avaient suivi une classe prépa, les titulaires d’une licence ou d’un master n’étaient que 2208, ceux d’un BTS ou d’un DUT, 5529. «A la fin des années 1990, on formait 18000ingénieurs ; en 2013, ils étaient 34800. Or, lenombred’étu- diants qui entrent en classe prépa ne bouge quasiment plus », dit M. Lerminiaux. Mais c’est la multiplicationdes écoles en cinq ans –post-bac– qui explique aussi l’augmentationdu nombre de diplômés. De plus en plusd’étudiantschoisissentcecur- sus: ils étaient 11 672 à la rentrée 2012-2013. « Si les écoles ne s’étaient pas ouvertes à d’autres profils, nous n’en serions pas à ce niveau. » p Nathalie Brafman Intégrerunegrandeécole: prépaoupas? Lesadmissionsparallèlessemultiplient, maislesétablissementslesplusprestigieuxrestent attachésàcettefilière L’Ecolenationalesupérieuredesartsetmétierss’ouvreauxbachelierstechnologiques L’établissement créeunefilièrespécifiquepour former entrois ans destechniciens supérieurs dont l’industriefrançaisemanquecruellement ANNE-LISE BOUTIN L es effectifs seront peu nom- breux, mais l’ambition est grande. L’Ecole nationale supérieure des arts et métiers (Ensam ParisTech) ouvrira un «bachelorentechnologie», ensep- tembre, dont lebut est de «recons- truire la filière technologique», du lycée jusqu’audoctorat. Ce sera la première formation post-baccalauréat de l’Ensam. L’école, qui diplôme 1 400 ingé- nieurs par an sur huit campus, recrute en effet essentiellement àbac +2, notamment après prépa. Les quarante-huit premières pla- ces de ce bachelor sont ouvertes –jusqu’au 20mars, via admission postbac–auxbacheliersissusdela voie «sciences et technologie de l’industrie et du développement durable» (bac STI2D). Pour com- mencer, deuxcampussontconcer- nés: Châlons-en-Champagne et Bordeaux-Talence. L’objectifestdeformerdestech- niciens supérieurs opérationnels à bac +3, une espèce rare. De fait, la filière technologique n’est pas en grande forme. «C’est une vraie question posée au pays, adéclaré Laurent Carraro, direc- teur général d’Arts et métiers, en présentant le bachelor. Depuis 1995, de plus en plus de jeunes obtiennent un baccalauréat, mais, alors que la voie professionnelle progresse, la voie générale stagne et la voie technologique baisse. Entre2000et 2010, celle-ci a perdu 20%de ses effectifs. » Par ailleurs, les bacheliers tech- nologiquessont enpositiondélica- teàl’entréedusupérieur: «Les pla- cessont comptéesenDUT, enBTS, et le succès n’est pas assuré en prépa ouàl’université», dit M. Carraro. C’estlephénomène, bienconnu, de la perversiondes filières dans le supérieur: les bacheliers généraux prennent la place des «techno» en institut universitaire de technolo- gie(IUT), lesquels postulent ensec- tion de technicien supérieur (STS), une voie normalement réservée auxbacheliers professionnels. Unnouveau passage Ce bachelor de technologie leur ouvre unnouveaupassage. La for- mation se distinguera des IUT et des STS par une approche très concrète, un enseignement fondé sur les projets et les réalisations technologiques. Après trois ans, les titulaires du bachelor devraient pouvoir s’insé- rer sur le marché du travail. Typi- quement, expliqueLaurentCham- paney, directeur général adjoint de l’Ensam, ils pourraient occuper unpostederesponsabled’unepeti- te unité de production, associé àune bonne compréhensionde la gestionindustrielle. Maisunconcoursspécifiqueper- mettraàceuxqui souhaitentpour- suivreleursétudesd’intégrerlapre- mière année ducursus «ingénieur Arts et métiers ». Il se pourrait d’ailleurs que cela devienne vite la norme. Les instituts nationauxdes sciences appliquées (INSA) avaient été créés pour former des techni- ciens intermédiaires. Or, ils n’ont jamais formé quedes ingénieurs… «C’est unphénomène récurrent, se désole Maurice Pinkus, direc- teur délégué de l’Union des indus- tries et métiers de la métallurgie (UIMM). Les diplômes sont créés àfinalité professionnelle, puis la poursuite d’études apparaît, jus- qu’àfinir par prendre le dessus. » Or, souligne le responsable de l’organisation patronale, «si nous avons des difficultés à recruter sur lesmétiersdebase, auniveautechni- cien, c’estpresquepire. Levivierbais- se, etceuxqui leconstituentpoursui- vent de plus enplus leurs études». Tout enconfirmantlapertinen- ce en termes de débouchés des objectifsdeceprojet deformation, M. Pinkus se dit «un peu pertur- bé»par laprésentationqui apuen être faite : «C’est ici plutôt la pour- suitedes études quel’insertionpro- fessionnellequi est miseenavant. » Mêmeréactionauseindel’Asso- ciationdesdirecteursd’IUT(Adiut). «Queplusieursopérateurss’intéres- sentàlaréussitedesbachelierstech- nologiques, c’est bien, estime GuillaumeBordry, présidentdel’A- diut. Mais cela nous est présenté comme une prépa technologique à bac +3 ayant vocationàlapoursui- te des études. Or, le ministère [de l’enseignement supérieur] n’apas cettelecture: il aavaliséuneforma- tion de niveau bac +3 à vocation d’insertion professionnelle… Cela m’étonne, carl’Ensamn’apasl’habi- tude de communiquer comme un vendeur de cravates…» Si le ministère n’a pas répondu àla sollicitation du Monde, Arts et métiers assume. «Les élèves n’iront pas tous au niveau ingénieur, dit M. Carraro, mais il faut leur faire miroitercela, les fairerêver. »Cequi «ne va pas améliorer la lisibilité du paysage», craintM. Bordry. Lemon- tage de la formationest, il est vrai, un chef-d’œuvre de simplicité: appelé «bachelor» par l’Ensam, le diplôme ne porte pas officielle- mentcenom, qui n’estpasreconnu parleministère. Il s’appelle«diplô- med’étudessupérieuresentechno- logie». Parailleurs, bac+3, il nedon- ne pas une licence, mais «ungrade de licence» (seules les universités peuvent délivrer lalicence). p BenoîtFloc’h 7 0123 Jeudi 6 mars 2014 8 0123 Jeudi 6 mars 2014 LK?GID O@>? BFO?>GA=K? BGAGG G-9569/ 1/i1=/=-26/9 F9.683 8/=1760,9 F9.683 :9 42:9 F9.683 :#9.1=;9 F9.683 :9 1/2:,6-. C55,.-/=-623 ) G/-. @5=.-60,9. ?9.-=,/=-623 :, 1=-/642639 Ü >851+*-8 Ü >GK@? L-O@> BHC>CI@OBHGK M45:· D<5;. %'E /,9 B=/0,9--9 "'!!! A=3;* *" +" #+ $# JJ 1*+&31&!+3+1#"/1*-/'41*+0/!1*, M45:· B<382 EÓ>GK@? L-O@> (( <6. /,9 :9. >=655=3:69/. &"!$$ @=/6. *( !" "" *" $$ 1*+&31&!)3&(.,*.+/"/1*-/'41*+0/!1*, M45:· F.45 &G -*8 C<35448 =0' $F!!% @'01 *J %+ J$ #$ "# 1*+&31&"/1*-/'41*+0/!1*, M45:· D8;9 $ <)" Bj,<3;-05, !$!!! ?5:8 *J #" $* '* J( 1*+&31&!+.1/"/1*-/'41*+0/!1*, M45:·B<382 LK?GID&O@>?I@OBHGA=K? $H /,9 B62556. &"!$" @=/6. *( !" +' ** $$ 1*+&31&!)3(.'"/1*-/'41*+0/!1*, M3·<21:,M45:· N43:9<1/ 2 -*8 9* Aj1j-<4 C68'-01 GG#!! D0-98<*( *! !% !J *$ ** 1*+&31&!2*(0/3%$"/1*-/'41*+0/!1*, 000)9;4792,;45:9);46 «Il yaunedemandepourunenseignementpluspratique» QuestionsàAlbertoAlemanno, titulairedelachaireJeanMonnet dedroit européenàHEC universités &grandes écoles L ’Ile-de-France forme-t-elle trop d’avocats ? Le débat autourdecettequestionétait récurrent. Lanouvelledirectionde l’Ecoledeformationprofessionnel- le des barreaux (EFB) a tranché: non, l’établissement ne forme pas trop d’avocats, mais il faut, en revanche, mieux les préparer à leur profession. Pour ce faire, une vasteréformeducursus est entrée envigueur le 1 er janvier. L’EFB est aujourd’hui le plus important des onze centres régio- naux de formation des avocats. Fonctionnant pour les neuf bar- reaux qui dépendent de la cour d’appel de Paris – Paris, Auxerre, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Essonne, Fontainebleau, Meaux, Melun, Sens –, l’EFBforme chaque année de 1 700 à1 800 élèves, soit près de la moitié des futurs avo- cats de France. Est-ce trop? L’ancien bâtonnier du barreau de Paris (2012-2013), Christiane Féral-Schuhl, s’en était inquiétée dans nos colonnes (LeMonde du 28novembre2013). Elle préconisait une sélectionplus sévère à l’entrée de l’EFB. «Les jeunes avocats défendent l’idée d’un numerus clausus parce qu’ilsont peur», noteLaurent Mar- tinet, vice-bâtonnier depuis le 1 er janvier et, àce titre, président de l’EFB. Apriori, tropd’avocats sur le marché, c’est moins d’affaires pour chacunet unrisque toujours accrude précarisation. «Former 1 900 jeunes avocats par promotion, c’est beaucoup, mais ce n’est pas trop, estime M e Martinet. Cette peur est infon- dée. En termes d’arbitrages, Paris est la première place de droit au monde. Or, il y a moins d’avocats àParis qu’àLondresouàNewYork! Enrevanche, laformationétait ina- daptée à la réalité de la profession. Il yaenoutrede nombreuxmétiers vers lesquels les jeunes pourraient se diriger: avocat lobbyiste, avocat fiduciaire, agent d’artiste…Enfin, ils n’exercent pas assez àl’étranger. » Fortsdecetteconviction, lenou- veaubâtonnier, Pierre-Olivier Sur, et son vice-bâtonnier ont préparé une réforme au cours de l’année précédant leur entrée en fonction (2013). Celle-ci est appliquée par le nouveau directeur de l’EFB, Jean- Louis Scaringella. La sélection n’a pas été durcie, comme le préconisait M me Féral- Schuhl. Quant au schéma général de la formation, il n’a pas changé: six mois de cours, six mois pour développer un «projet personnel individuel » (PPI) ayant trait au projet professionnel des élèves, puis, six mois de stage dans un cabinet français. En revanche, «tout le program- me pédagogique a été redéfini », expliqueM e Martinet. L’idéedirectrice, c’est dedonner aux futurs avocats une formation trèspratique. «L’important, enéco- led’avocats, cen’estplusl’enseigne- ment dudroit entant quetel, préci- se Jean-Louis Scaringella, mais comment utiliser ledroit auservice des clients. » «Notre formation manquait de pratique, déploreCarolineChancé, présidentedel’Associationdesélè- ves-avocatsdelapromotionBadin- ter (entrée à l’EFB en janvier2013). On survolait un peu tout sans entrer dans le concret, ce qui fait défaut à l’entrée en cabinet. Les cours magistraux en amphi, com- meàl’université, cen’est pas adap- téquelques mois avant d’entrer sur le marché dutravail…» La formation est déclinée en cinq thématiques: déontologie, métier de l’avocat, management et développement des cabinets, développement professionnel et douze enseignements électifs. Pour mettre en œuvre ce nou- veau corpus, le trio Sur-Martinet- Scaringella a frappé fort: 80%des intervenants ont été changés. Et il aétédemandéauxnouveauxensei- gnants de transmettre leur savoir sans être payés. «Nous estimons quecelafait partiedelamissiondes professionnels, dit M e Martinet. L’enseignement ne peut être une béquillepour mauvais avocats. » Lamesurefait des vagues. Cette décisionest «inacceptable», ajugé le Syndicat des avocats de France (SAF), dans uncommuniqué. «Les 75 euros de rémunération horaire jusque-là pratiqués n’ont jamais atteint un niveau suscepti- ble d’engendrer des dérives oppor- tunistes et avides, s’est indigné le SAF. Quel affront pour tous nos confrères qui se sont investis d’an- née enannée…» Devant letollé, l’EFBlaissedoré- navant les enseignantschoisir s’ils souhaitent être payés ounon. L’autre axe majeur de la réfor- me – l’international – a été mieux accueilli. L’EFB souhaite dévelop- per les partenariats avec des uni- versités étrangères. La Fondationdu droit, en cours de création, devrait permettre de redorer le blason académique de l’école. «Elle nous permettra de nous donner les moyens de produi- redelaconnaissanceet, surtout, de ladiffuser», préciseM. Scaringella. L’objectif est que la moitié d’unepromotioneffectuesonpro- jet personnel individuel à l’étran- ger. «Notre rôle, c’est d’ouvrir des marchésauxjeunes avocats, décla- re Laurent Martinet. Nous devons essayer d’exporter notre droit, le “droit continental”–quel’onoppo- se généralement au droit anglo- saxon –, en Asie, en Afrique ou au Brésil… Quitte à le faire en anglais. » p BenoîtFloc’h LAGRANDE écolede commerce françaiseHECet l’antennepari- siennedela très privéeNewYork Universityont lancé, enjanvier, une«cliniquedudroit européen», sur lemodèledes «clinics»anglo- saxonnes, oùles étudiants tra- vaillent sur des cas réels, voire pro- meuvent des avancées juridiques. AlbertoAlemanno, professeur dedroit et titulairede lachaire JeanMonnet de droit européen àHEC, àl’initiativede ceprojet, ancienréférendaireàla Cour de justicede l’Unioneuropéenneet ex-associéaucabinet d’avocat Jean- tet et associés, expliquel’originali- téde la démarche, appliquéeici au droit européen. En quoi consiste une «clinique dudroit européen»? Y C’est unlabora- toire, unatelier qui rassembleprès de vingt étudiants de quatrième annéeàHEC, inscrits audouble diplômede master dedroit de l’universitéParis-1-Panthéon-Sor- bonneet d’HEC. Ils sedestinent àêtre avocat, notamment dans des cabinets d’affaires. Ils vont, avec unequinzained’étudiants de l’an- tenneparisiennede l’université privéedeNewYork, travailler sur des cas concrets de décisions de la CommissiondeBruxelles et d’autres institutions européennes. Pouvez-vous nous donner des exemples? Leur travail peut porter sur le plafonnement des bonus des ban- quiers, la possibilitéde cultiver des organismes génétiquement modifiés (OGM), la protectiondes données détenues par Google ou la fiscalité des géants duNet. Ils étudieront ainsi le fonctionne- ment dudroit européenet de la prise de décisiondans l’Union. L’objectif est aussi de rendre plus transparentes et démocrati- ques les procédures décisionnel- les européennes et de populariser l’actioncollective citoyenne, enco- re tropconfidentielle. Les étudiants pourront lancer des «initiatives citoyennes» – si elles sont signées par aumoins un milliond’Européens, elles obli- gent la Commissionà proposer une loi sur le sujet. Ainsi, Vincent Chauvet, direc- teur duprogramme àHEC, a pro- posé une initiative pour faire ces- ser les tarifs d’itinérance appli- qués par les opérateurs téléphoni- ques quandonse trouve àl’étran- ger. Ungroupe d’étudiants, deux Américains et quatre Français, ont pour leur part demandé que les avis d’une commissionconsul- tativesur la nominationdes juges européens soient publics. Les étu- diants de la «clinique» pourront aussi mettre leurs compétences auservice d’organisations non gouvernementales pour peser sur les décisions européennes. Pourquoi impliquer une université américaine, alors qu’il s’agit de traiter dudroit européen? La «clinique dudroit euro- péen» s’inspire des advocacycli- nics, très répandues auxEtats- Unis. Associer l’universitéprivée de NewYorkva permettre de croi- ser les regards et les cultures sur l’actiondes citoyens. Les Américains ont une vision originale dulobbyingdes citoyens, héritée duMouvement des droits civiques contre les ségrégations, ou, aujourd’hui, des «class action», ouactions grou- pées. EnFrance, la sensibilité s’est développéesur la protectiondes données personnelles, avec la Commissionnationale informati- que et libertés (CNIL). Pourquoi de grandes écoles de management comme HEC sont-elles tentées d’enseigner le droit, en principe une prérogative des universités? Cela fait plus de trente ans que HECenseigne le droit et, depuis quelques années, délivre undou- ble diplôme, enpartenariat avec l’universitéParis-1-Panthéon-Sor- bonne. Mais il y a une demande pour que l’enseignement dudroit soit plus pragmatique, pratique. Universités et écoles de commer- ce sont, de ce point de vue, com- plémentaires. Sciences Po aouvert la voie encréant sonEco- le de droit et enattirant de grands juristes, comme Jean-Bernard Auby, professeur de droit public, ouMarie-Anne Frison-Roche, fon- datrice dudroit de la régulation. Il est regrettableque la recher- chejuridiquefrançaise, publiée uniquement dans cettelangue, ne soit pas ouverteauxautres droits et discipline– économie, psycholo- gie, social –, et qu’ellen’ait quasi- ment pas d’audienceinternationa- le. Nous souhaitons contribuer àla rénovationde l’enseignement du droit enFrance et au-delà. p Propos recueillis par Isabelle Rey-Lefebvre Intégrez I'undes MßAPart-time deI'EccIe5upérieured'Assurances  Audit & Management des Risques et des Assurances de l’entreprise (Certifcation ARM 54)  Compensation & Benefts Management (en partenariat avec l’ORAS)  Risk Management & Performance RH (en partenariat avec SUP des RH et RH&M) Établissement d’Enseignement Supérieur Technique Privé Association Loi 1901 13, rue Fernand Léger 75020 Paris Tél. : 01 47 00 17 26 Fax : 01 47 00 30 94 (%$!"ß%* ;6+/7-5 )!$' www.esassurances.ccm )#$!'&!* 9/.435 :8-3,52 6/0+86+178(5,8,,*-8065,#6/1 !% $) &< "$ )) Cours le mardi soir et le samedi L’écoleCréée en1981, l’Ecole de formationprofessionnelledes bar- reaux dela cour d’appel deParis (EFB), installée à Issy-les-Mouli- neaux, est chargée de la forma- tiondes avocats. Une année de formationauseinde l’établisse- ment coûte 1600euros. Les pro- motions comptent de1600à 1800élèves (1727 cette année). Cursus, diplôme et certificat Auterme de leur formation –de dix-huit mois–, les élèves avocats doivent réussir un examenleur permettant d’obtenir lediplôme de l’école. Ils passent également lecertificat d’aptitude à laprofes- siond’avocat (CAPA), un examen organisé par leConseil national des barreaux et les écoles. Ce CAPAest indispensable pour prê- ter, devant la cour d’appel, le ser- ment professionnel des avocats. Les intervenants L’EFBcompte 600professeurs, majoritaire- ment des avocats, mais aussi des magistrats, des experts et des universitaires. Il n’y a pas de per- manents mais un «noyau dur» rassemble vingt-cinq responsa- bles d’enseignement. La professionEn 2012, il y avait 56000avocats enFrance, contre 39000dix ans plus tôt (+42%). Avec 23000avocats, lebarreau de Paris concentre 41%du total. La profession se féminise. En 2009, la proportion de femmes adépassé celle des hommes. En 2012, elles étaient 52,7%contre 46%dix ans auparavant. Lagrandemue delaformation desjeunesavocats d’Ile-de-France Pragmatismeet internationalisationsont les maîtresmotsdelaréformedes enseignements Envigueurdepuisle 1 er janvier, lenouveau corpusacadémique s’accompagne d’unrenouvellement desintervenants Unpassage obligé pour pouvoir prêter serment Tribunal de Pontoise (Val-d’Oise), le 3 septembre 2013. JULIEN DANIEL/MYOP BBA EMLYON BACHELOR IN BUSINESS ADMINISTRATION GO APRÈS LE BACCALAURÉAT, FAITES LE CHOIX DE L’EXCELLENCE En savoir plus sur bba.em-lyon.com Formation post bac au Management opérationnel Découvrez les dates de sélection de votre ville sur bba.em-lyon.com Admission sur concours, en 1 ère ou 2 ème année Le BBA EMLYON est un programme post bac ouvert à tous les bacheliers et BAC + 1 qui recherchent un programme d’excellence en enseignement supérieur de management afn d’assurer un début de carrière prometteur en management opérationnel avec fort potentiel d’évolution ou une poursuite d’étude dans les meilleurs masters. Une collection présentée par Jacques LE GOFF L’œuvre historique de référence www.histoire-et-civilisation.fr En partenariat avec * Chaque volum e de la collection est vendu au prix de 9 ,9 9 € , sauf le n° 1, offre de lancem ent au prix de 3 ,9 9 € . O ffre réservée à la France m étropolitaine, dans la lim ite des stocks disponibles. Visuels non contractuels -Photo Thinkstock-agencejem .com La plus belle perspective sur 5 000 ans d’histoire 0123 Cette semaine, le volume 7 : LA GRÈCE CLASSIQUE DÈS LE JEUDI 6 MARS CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX V endredi 28février, àParis, les profession- nels ont préférélefilmpopulaireàcelui qui aleplus dechances de rester dans l’histoireducinéma. Dimanche, àLos Angeles, les professionnelsont donnéleur suffrageà l’œuvrehistoriqueempreintede gravitéplutôt qu’audivertissement populaireet spatial qui a rapportédes centaines demillions dedollars. Le César à Les Garçons et Guillaume, àtable plutôt qu’à LaVie d’Adèle; l’Oscar à 12 Years ASlave plutôt qu’à Gravity. Onl’a dit, les trophées ne sont pas uninstru- ment de mesure de la valeur des productions culturelles, qu’elles soient artistiques oucom- merciales. Cette valeur – qui sépare une toile de maître d’une croûte, une mélodiesublime d’une scie, unclassique ducinéma d’un navet– échappe à toute quantification. Pourtant, chacunfait entrer dans l’évalua- tionde la place d’une œuvre dans sonart des critères qui relèvent de l’arithmétiquela plus simple. Si aujourd’hui la place de VanGogh dans le panthéondes peintres est celle-là, c’est enpartie grâce à l’assureur japonais qui, en 1987, fit des Tournesols le tableaule plus cher de l’histoire des enchères et auxinvestisseurs et collectionneurs qui lui emboîtèrent le pas. Selonles traditions intellectuelleset artisti- ques des pays, ces argumentssonnants et trébu- chants sont plus oumoins bienreçus. Alors que, enFrance, l’opinionselonlaquelleAutant enemportelevent n’est pas untrès bonfilmest admiseoutolérée, sonstatut de plus grandsuc- cès commercial del’histoireducinémaafait de l’adaptationduromande Margaret Mitchell un chef-d’œuvrerévéréauxEtats-Unis. Unautre facteur économiquepeut entrer dans l’évaluationesthétiqued’une œuvre: le pouvoir d’achat des amateurs. Le phénomène est évident dans le domainede la musique populaire. Les artistes qui plaisent à unpublic adolescent, voire enfantin, sont généralement la cible de toutes les moqueries jusqu’à ce que leurs fans d’origine atteignent l’âge adulte et disposent d’uncertain…pouvoir d’achat. Ace moment, les produits de ces musiciens sont réédités, s’il s’agit d’ungroupe; les mem- bres oublient leurs inimitiés et réunissent la formation. Devenus cadres ouexerçant des professions libérales, les adolescents qui avaient scotchéaumur de leur chambrele pos- ter de ces artistes jadis honnis des arbitres du bongoût dépensent des sommes qui leur auraient semblé astronomiques vingt ans plus tôt pour les voir dans des stades bienplus grands que les salles oùils se produisaient. Avec unpeude chance, il se trouve, parmi ces fans, des journalistes, des animateurs de télévi- sionenmesure de valider la réhabilitation d’unboys bandoud’une diva dudisco. Il est vrai que la sagesse populairedu moment est propice à l’intrusionde la valeur financièredans l’appréciationdes arts. Il n’est plus guère de réussite qui ne se mesure à ses gains matériels. Même l’Academyof Motion Picture Arts andSciences, l’associationqui gère les Oscars, a fait savoir, à la veille de la 86 e cérémonie, qu’elle gagnait de l’argent, et beaucoup: 68millions d’euros en2013. Canonisationesthétique Par ailleurs, la modificationdurapport de force entre médias et public qu’a entraînée la suprématie des réseauxsociauxsur la trans- missionde l’informationa eucomme consé- quencede faire entendreplus fort lavoxpopu- li que la «voxmagistrorum». L’avis des criti- ques, des universitaires désormais pèse moins lourdface auxclassements des best-sellers, des hit-parades et dubox-office. Nonseulement le fait d’être mort riche à la find’une carrière jalonnée de succès populai- res n’est plus unstigmate, c’est unargument enfaveur de la canonisationesthétique. Lemythede l’artistemaudit achangéde nature. Salégende, dont lafigurede VanGogh est l’expressionlaplus connue, était fondéesur uneexistencemisérable(ouaumoins austère) et sur l’incompréhensionde ses contempo- rains. Aujourd’hui, unartiste est maudit parce quesonsuccès populairen’est pas transformé enassomptionesthétiquepar les maîtres àpen- ser. Il faut attendresamort pour queles élites reviennent àde meilleurs sentiments et recon- naissent le géniedramatiquede Louis deFunès, letalent mélodiquede Joe Dassin. Enbref, la rentabilité a pris ses quartiers dans l’univers jadis éthéré des arts, beauxou populaires. Mais le résultat des Oscars montre que sonemprise n’est pas totale, que même enpleincœur de l’empire, d’autres considéra- tions peuvent entrer enligne de compte. Les praticiens savent que plus l’oncalcule, moins l’oncrée. Hollywoodenest unparfait exemple, oùl’applicationquasi-scientifique de recettes élaborées avec l’appui des départe- ments marketinggénère des films prévisibles dont les amateurs les plus acharnés concèdent qu’ils ne présentent guère d’intérêt, même si leur consommationn’est pas désagréable. On sait aussi que l’économie d’unart ne peut se perpétuer ense contentant de produire de grosses machines. Tant que les artistes seront mortels, il faudra enrenouveler les effectifs et laisser unpeude placeauxjeunes. Et puis le goût dupublic, aus- si encadrésoit-il par les techniques dumarke- ting, viral oupas, n’est pas immuable, et l’art, tout commela technologie, abesoind’innova- tion. Seulement celle-ci nes’élaborepas dans les laboratoires mais dans des espaces de liber- té, dont onne peut prévoir ni lecoût ni la renta- bilité. Car l’offre culturelleest «mystérieuseet imprévisible», commele disait récemment unenouvellevenue dans l’économiedes arts, LaurenceParisot. p sotinel@lemonde.fr I l yaunanpresquejour pour jour, nous avions écrit ici mêmequeles blogs n’allaient pas fort, qu’ils n’avaient pas bonne mine. Nous sommes auregret de constater queleur état de santéne s’est pas amélioré. Aucontraire. Quereste-t-il eneffet de ce nou- veaumédia, gratuit, ouvert, influent, insolent, insoumis, trans- parent, indomptable, qui devait réinventer l’information, régéné- rer la sociétéet la démocratie? Il faut dire la vérité: pas grand- chose. Onne s’enréjouit pas, c’est tout l’inverse. Onse dit qu’une occasionunique s’est présentée de tisser unnouveauliende confianceet qu’onl’a peut-être laissée filer. Et, comme nous ne sommes plus à unparadoxeprès, c’est sur unblogque nous avons puconsulter le bulletinde santé le plus alarmant. «C’est officiel, lit-onsur Presse Citron, Google n’aime plus les blogs. » (Goo.gl/jVO5dq). Les auteurs enavaient l’intuition; ils l’ont vérifié méthodiquement. Dans ses réponses, quel que soit le sujet, Google privilégie doréna- vant les sites «institutionnels com- me ceuxduFigaro, de 20Minutes, duHuffingtonPost (…), de RTL ou des Echos», note Presse Citron. Les blogs, eux, sont «renvoyés» àl’incognitodes pages suivantes, celles que l’onne feuillette jamais oupresque. Est-ceGooglequi n’aimeplus les blogs, oubienles sites «institu- tionnels» qui recueillent les fruits deleurs investissements, deleurs mutations, de leurs contributions, deleur référencement, deleur audience? Onne sait. Onpeut juste remarquer que, sur sa paged’accueil, Googlene proposeplus d’outil derecherche spécifiquepour les blogs, comme c’était le cas autrefois. Centralisation Sur PresseCitron, laquestion donnelieuàcommentaires. Selon laconsultanteet conférencière MichelleBlanc (Goo.gl/cZUD3w), c’est l’algorithmede Googlepour les sujets «chauds»qui aurait changé, pour répondre, temporai- rement, «àunemontée exception- nellede requêtes pour unmot-clé». Uncontributeur note que les blogs d’infone sont pas les seuls touchés. Le commerce enligne aussi : «Les enseignes traditionnel- les (…) détrônent gentiment mais sûrement les “pure players”. » Cette forme de centralisation est-elle «néfaste pour ladémocra- tie», comme le suggère l’auteur et journalisteThierryCrouzet (Goo.gl/XuGRDZ)? De quoi s’inter- roger: et si ce n’était pas les blogs qui allaient mal. Mais l’Internet tout entier. p zilbertin@lemonde.fr ÉCONOMIE DE LA CULTURE | CHRONI QUE par Thomas Sotinel Lemystèredelavaleur C’EST TOUT NET ! | CHRONI QUE par olivier Zilbertin Bulletindesanté 0123 LES TROPHÉES NE SONT PAS UN INSTRUMENT DE MESURE DE LA VALEUR DES PRODUCTIONS CULTURELLES LES INDÉGIVRABLES | par Xavier Gorce 10 0123 Jeudi 6 mars 2014