Vous êtes sur la page 1sur 11

Éditions Foucher

Éditions Foucher

© ©

h e r É d i t i o n s F o u c h

[ Principe et champ

d’application

de la TVA

PLAN

1 Mécanisme de la TVA

A. q Principes

B. q Règles générales d’application

2 Champ d’application de la TVA

A. q Opérations imposables par nature

B. q Opérations imposées expressément par la loi

C. q Opérations exonérées ou imposées sur option

D. q Territorialité de la TVA

Synthèse

3 Application

C

H

A

P

I

T

R

E

1

27

© Éditions Foucher

1

Les taxes sur le chiffre d’affaires

q L’imposition du chiffre d’affaires permet de faire acquitter par les consommateurs de biens ou de services un impôt qui, collecté par les vendeurs ou prestataires, est ensuite reversé par eux au Trésor public.

Les particularités de la taxe sur la valeur ajoutée justifient que deux aspects en soient tout d’abord précisés :

– l’organisation générale de sa perception, réalisée sans attendre le stade final de la consommation qui est cependant son fondement réel ;

– son champ d’application, dont la définition est rendue complexe par le développement des activités économiques, notamment dans le domaine international.

[ 1

q Mécanisme de la TVA

A. Principes

La TVA est un impôt indirect sur la consommation, collecté par l’intermédiaire des entreprises ou personnes qui interviennent dans la circulation ou la production de la plupart des biens ou services.

e Lorsqu’une opération taxable est réalisée, le vendeur ou prestataire de services :

– majore son prix de vente fixé économiquement du montant de la taxe calculée

en pourcentage sur ce prix hors taxe (HT), au taux fixé pour les produits ou activités, et encaisse le prix taxe comprise (TTC) ;

– reverse au Trésor la différence entre la taxe qu’il a collectée et celle qui a grevé les divers éléments du coût du bien ou du service (et qui est donc pour lui déductible). Le montant reversé correspond à la taxe calculée sur la valeur qu’il

a lui-même ajoutée dans le circuit économique concerné.

e Mais la valeur nette ajoutée aux produits et services vendus ne résulte pas que de l’adjonction d’éléments consommés (matières, fournitures, services, etc.). Elle doit tenir compte aussi de la mise en œuvre d’immobilisations dont le prix d’acquisition a été majoré de la TVA. C’est leur amortissement qui est en réalité un élément de coût

mais, pour simplifier l’application des règles fiscales et favoriser les investissements,

la taxe sur les immobilisations est totalement déductible dès leur acquisition.

28

[

Exemple Pour réaliser sa production, un industriel réalise les opérations suivantes :

e

Il achète :

des matières premières

10 000 A HT 1 000 A HT 500 A HT

plus TVA

1 960 A 196 A 98 A

des fournitures

plus TVA

des services (transport, électricité Soit au total

)

plus TVA

11 500 A HT 4 000 A 8 000 A HT 40 000 A HT

plus TVA

2 254 A

e

Il emploie de la main-d’œuvre

 

e

Il utilise une machine acquise

plus TVA

1 568 A 7 840 A

e

Il revend les produits fabriqués

plus TVA

------

© Éditions Foucher

Chapitre 1. Principe et champ d’application de la TVA q

Ö ------

Il doit reverser au Trésor public :

e

la TVA collectée lors de la vente

7 840 A

e

déduction faite de la TVA qu’il a payée :

– lors de l’achat des biens et services consommés – lors de l’achat de la machine Soit une TVA à décaisser de

– 2 254 A – 1 568 A

4 018 A

]

Ainsi :

– Pour la livraison d’un bien ou la prestation d’un service, le Trésor public reçoit

de tous les intermédiaires successifs une fraction de l’impôt sans attendre la mise à disposition du bien ou du service au consommateur final.

– Au dernier stade, le total des versements est égal au montant de la taxe calculée

sur le prix de vente final du produit ou du service. Cette imposition est totalement supportée par le consommateur final qui, payant le prix taxe comprise à son vendeur ou prestataire, ne pratique, lui, aucune déduction.

B. Règles générales d’application

e Pour des raisons pratiques, la mise en évidence et l’imposition de la valeur ajoutée par une entreprise ne sont pas réalisées au cas par cas pour chacun des produits ou services vendus. C’est globalement et pour une période d’activité en principe mensuelle que les calculs sont effectués. À partir des informations extraites de la comptabilité, une déclaration est établie chaque mois ou, dans certains cas, chaque trimestre.

Elle récapitule les éléments suivants :

La TVA collectée pendant la période

Sauf dans le commerce de détail, elle figure sur les factures établies au nom des clients.

La TVA déductible au titre de la période

Elle est portée sur les factures reçues des fournisseurs pour les achats d’immobi- lisations et de biens autres qu’immobilisations et services (BAIS).

La TVA nette due égale à la différence : TVA collectée – TVA déductible

e Les variations des achats et des ventes, ainsi que l’incidence de taux différents appliqués à diverses opérations, peuvent conduire l’entreprise à dégager, sur certaines de ses déclarations périodiques, un excédent du montant de la TVA déductible sur celui de la TVA collectée.

Ce crédit de TVA majore en principe la TVA déductible de la période suivante. Il peut, dans certaines conditions, être remboursé à l’entreprise (voir Chapitre 3, 2B).

[ 2 q Champ d’application de la TVA

La diversité des opérations réalisées par des agents économiques très nombreux, le souci du législateur d’assurer la neutralité économique de cet impôt et les particularités des activités internationales, notamment dans le cadre européen, ont rendu complexe la définition du champ d’application de la TVA.

29

© Éditions Foucher

1

Les taxes sur le chiffre d’affaires

Plusieurs articles du Code général des impôts lui sont consacrés, dans le respect des règles applicables dans l’Union européenne depuis le 1 er janvier 1993. Ils permettent de définir trois catégories d’opérations. e Une définition générale des activités situées dans le champ d’application de la TVA est donnée, fondée sur la nature des opérations et les personnes qui les réalisent, les assujettis. Les autres opérations sont en principe placées hors du champ d’application de la taxe. e Toutefois, certaines de ces dernières sont taxées en application de dispositions expresses de la loi. e En revanche, et pour diverses raisons notamment économiques, d’autres opérations correspondant à la définition générale sont exonérées, certaines d’entre elles pouvant cependant, sur option de leur auteur, être imposées.

Les activités internationales sont prises en compte en fonction de règles particulières de territorialité (voir Chapitre 5).

Le schéma ci-dessous présente l’ensemble des opérations soumises à TVA (indiquées en rose) :

Opérations dans le champ

Opérations dans le champ Opérations hors du champ économiques Loi opérations • Art. 256 Application Activités

Opérations hors du champ

Opérations dans le champ Opérations hors du champ économiques Loi opérations • Art. 256 Application Activités
économiques Loi opérations • Art. 256 Application Activités soumises à la TVA expresse • Art.
économiques
Loi
opérations
• Art. 256
Application
Activités
soumises
à la TVA
expresse
• Art. 257
Option
Art. 262
possible
Art. 263
Exonération
Activités
exonérées

A. Opérations imposables par nature

La définition générale est formulée dans l’article 256-1 du CGI : « Sont soumises à la TVA les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. » Plusieurs critères doivent donc être réunis pour qu’une opération soit imposable.

1. Nature de l’opération

Les deux catégories d’opérations spécifiées correspondent en fait au plus grand nombre des activités économiques. Elles sont distinguées dans la définition car des dispositions différentes leur sont appliquées, notamment pour l’exigibilité de la TVA (voir Chapitre 2, 3).

30

© Éditions Foucher

Chapitre 1. Principe et champ d’application de la TVA q

a. Livraisons de biens

Selon l’article 256-II du CGI : « Est considéré comme livraison d’un bien le transfert du pouvoir de disposer d’un bien meuble corporel comme un propriétaire. »

Sont ainsi visés :

– les transferts de propriété (lors de l’échange des consentements entre deux personnes juridiques) relatifs aux ventes et aux apports en société ;

– portant sur des biens meubles corporels neufs ou précédemment utilisés.

Cette définition exclut les livraisons des éléments suivants :

– immeubles, mais la TVA « immobilière » s’applique toutefois dans certains cas ;

– meubles incorporels, mais ces opérations sont taxées comme prestations de services.

Sont en outre assimilés à des livraisons de biens :

– la fourniture d’énergie (électricité, gaz, chaleur, froid) ;

– la remise matérielle de biens meubles en cas de location-vente, de vente à

tempérament ou avec clause de réserve de propriété (bien que le transfert de propriété soit différé jusqu’au paiement total) ;

– le transfert de biens meubles en vertu d’une réquisition de l’autorité publique ;

– le transfert par un assujetti de biens de son entreprise à destination d’un autre état membre de l’Union européenne (voir Chapitre 5).

¸ !

Remarques. La revente par un assujetti de biens mobiliers d’investissement (précédemment compta- bilisés en immobilisations) est soumise à la TVA lorsqu’à l’achat initial de ces biens, une déduction (totale ou partielle) avait pu être pratiquée. Cette disposition, qui permet de soumettre au même régime les biens neufs et usagés, ne s’applique cependant pas aux immeubles pour lesquels d’autres règles sont prévues (voir Chapitre 6). Par ailleurs, pour éviter que la TVA ne s’applique à des opérations soumises à d’autres droits (droits d’enregistrement sur la vente ou l’apport de fonds de commerce), les cessions de biens mobiliers réalisées dans le cadre de la transmission d’une universalité de biens ne sont pas soumises à la TVA. L’acquéreur doit alors s’engager à reprendre les obligations fiscales du cédant (voir ouvrage UE 1 DSCG).

b. Prestations de services

Elles sont définies (CGI, art. 256-IV) comme étant les opérations « autres que les livraisons de biens meubles corporels ».

Il s’agit notamment :

– des cessions ou concessions de meubles incorporels (brevets, logiciels spécifiques, les ventes de logiciels standards étant assimilées à des livraisons) ;

– des travaux immobiliers ;

– des transports, réparations, ventes à consommer sur place, locations (sauf

péages autoroutiers, etc. ;

– du fait de s’obliger à ne pas faire ou à tolérer un acte ou une situation ; est ainsi taxé le versement d’une somme en contrepartie de la renonciation à une vente au profit d’un concurrent.

exonération), activités libérales (conseils, expertises

),

Les opérations de travail à façon sont considérées comme des prestations de services.

31

© Éditions Foucher

1

Les taxes sur le chiffre d’affaires

2. Contrepartie de l’opération

a. Généralités

Les opérations sont imposables si elles sont effectuées à titre onéreux. Une contrepartie est donc nécessaire, quels que soient :

– sa nature : somme d’argent, valeur mobilière, bien ou service dans le cas d’un échange ;

– son montant, que l’opération génère un bénéfice ou une perte.

L’opération est assujettie à la TVA si elle procure un avantage au client et si le prix est en relation avec cet avantage, même s’il ne correspond pas à la valeur économique du bien ou du service reçu. Les opérations sans contrepartie – à titre gratuit – sont donc placées hors du champ d’application de la TVA tout comme celles pour lesquelles la contrepartie n’apparaît pas en lien direct avec le bien ou le service.

Cette option concerne tous les travaux réalisés par l’entrepreneur et remplissant les conditions fixées. Passibles du taux et exécutés

Ainsi, par exemple, les sommes versées par les acquéreurs de coffrets cadeaux sont situées hors du champ d’application de la TVA : l’Administration considère en effet que la société émettrice vend le coffret mais ne fournit pas un engagement nettement individualisé quant à la prestation réellement facturée (Rescrit n o 2007/31).

32

b. Cas particuliers

e Pour être soumises à la TVA, les indemnités doivent correspondre à la contrepartie d’une prestation de services individualisée. Ainsi :

– sont soumises à la TVA celles rémunérant un service ou une livraison ou

constituant un complément de prix pour assurer l’équilibre normal de l’opération (dépôt de garantie conservé en cas de dédit, etc.) ;

– sont hors du champ d’application de la TVA celles correspondant exclusivement à la réparation d’un préjudice (dommages-intérêts, assurances).

Depuis le 4 juillet 2006, les indemnités versées aux clubs de football en cas de transfert de joueurs doivent être soumises à la TVA car il est estimé qu’elles constituent la contrepartie de prestations de services effectuées à titre onéreux (BOI 04/07/06).

e Pour les subventions, aides entre entreprises et dons, la TVA n’est pas applicable si cela ne constitue pas la rémunération d’une prestation individualisée ou un complément de prix d’une opération imposable.

Pour être qualifiée de « subvention directement liée au prix » entrant dans le champ d’application de la TVA, la subvention doit (Instruction du 16/06/06) :

– être versée au bénéficiaire par un tiers ;

– constituer la contrepartie – totale ou partielle – de l’opération ;

– et permettre à l’acheteur de payer un prix inférieur au prix de revient ou au prix du marché. Ainsi, la plupart des subventions (subventions « de fonctionnement »,

subventions d’équilibre, abandons de créances

e Pour les dividendes et autres distributions de bénéfices, l’instruction ministérielle confirme des décisions judiciaires européennes selon lesquelles la perception de dividendes, résultant de participations financières, n’entre pas dans le champ d’application de la TVA.

)

n’est pas imposable.

© Éditions Foucher

Chapitre 1. Principe et champ d’application de la TVA q

3. Assujettis

a.

Principes

Selon l’article 256 A-1 o du CGI : « Sont assujetties à la TVA les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. »

q Activité indépendante

Elle est réalisée sous sa propre responsabilité par une personne qui n’est pas liée par un lien juridique de subordination. Sont donc exclus les salariés et les travailleurs à domicile.

q Activités économiques

Selon le CGI (article 256-A, 5 o alinéa), il s’agit de « toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataires de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l’exploitation d’un bien meuble corporel ou incorporel en vue d’en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. »

Cette large définition couvre la plupart des activités exercées à titre habituel dans tous les domaines.

On notera toutefois que ne sont pas en principe visées les activités des services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs des personnes morales de droit public. De même n’est pas assujetti un particulier gérant son patrimoine, à l’exception de certaines opérations immobilières.

Par ailleurs, des exonérations s’appliquent à certaines activités (voir C).

q Éléments sans influence

Sont sans influence sur le statut d’assujetti :

– le statut juridique des personnes : il peut s’agir de personnes physiques ou morales (sociétés ou associations) ;

– leur situation fiscale : l’imposition de leurs revenus peut être fondée sur des

¸ !

bénéfices commerciaux, non commerciaux, salaires

– les formes et la nature de leur intervention.

;

Remarques. Pour les associations, une instruction ministérielle du 15-09-1998 précise qu’elles

n’échappent aux impôts commerciaux, et notamment à la TVA, que lorsqu’elles remplissent les trois critères de non-lucrativité suivants :

– l’association a une gestion désintéressée (caractérisée par une gestion bénévole et l’absence de

distribution des bénéfices) ;

– l’association ne concurrence pas une entreprise du secteur marchand ou son activité n’est pas exercée

dans des conditions similaires à celles d’une entreprise (par le « produit », le « public » visé, le « prix » pratiqué, la « publicité » faite : règle des « 4 P ») ;

– l’association n’entretient pas de relations privilégiées avec des entreprises (services fournis).

Dès lors qu’un organisme exerce au moins une activité lucrative, il entre dans le champ des impôts commerciaux, dont la TVA. Cependant, il existe des exonérations légales qui leur permettent d’échapper à ces impôts (voir C).

33

© Éditions Foucher

1

Les taxes sur le chiffre d’affaires

b. Franchise en base

q Conditions

Pour alléger les obligations administratives des assujettis réalisant des opérations d’un faible montant, une disposition du CGI dispense de collecter la TVA ceux dont le chiffre d’affaires hors taxe réalisé au cours de l’année civile précédente n’excède pas :

– 80 000 A depuis le 1 er janvier 2009 pour les ventes de marchandises à emporter,

ou consommer sur place, ou les fournitures de logement ;

– 32 000 A à compter du 1 er janvier 2009 pour les autres prestations de services et activités.

En cas de dépassement des ce seuils :

– Lorsque leur chiffre d’affaires dépasse ces limites mais sans excéder 88 000 A, les entreprises conservent le bénéfice de la franchise pour l’année N+1 ; ce n’est que si ces limites sont également dépassées au cours de N+1 que les entreprises perdent le bénéfice de cette franchise pour N+2.

, elles sont soumises

à la TVA à compter du premier jour du mois au cours duquel la limite est dépassée.

– Lorsqu’il dépasse 88 000 A pour les livraisons

et 34 000 A pour les services

Pour les avocats, auteurs et artistes, le seuil annuel est fixé à 41 500 A et avec une limite de 51 000 A pour l’année de dépassement du seuil.

q Conséquences de la franchise en base

Les personnes placées dans cette situation :

– ne collectent pas la TVA sur leurs ventes ou prestations ; ils ne peuvent la facturer à leurs clients, leurs factures portant la mention « TVA non applicable, art. 239 B du CGI » ;

ne peuvent pas déduire la TVA facturée par leurs propres fournisseurs.

q

Conditions et intérêt d’une option

Les bénéficiaires de la franchise en base peuvent opter, par périodes de deux ans, pour être assujettis normalement. L’option entraîne l’obligation de facturer la TVA dans les conditions de droit commun :

– L’assujetti doit reverser la taxe collectée, mais après avoir déduit celle qu’il a

supportée sur ses achats d’immobilisations et autres biens et services. Le coût réel de ses acquisitions est ainsi réduit. De plus, l’assujettissement le dispense d’acquitter éventuellement la taxe sur les salaires de son personnel (voir Chapitre 26, 1).

– Le client règle un prix majoré de la TVA ; mais s’il est lui-même assujetti, il déduira cette taxe, le coût réel de l’opération étant pour lui inchangé.

[

Exemple

 

Maître Honome, avocat débutant, a perçu durant l’année N, et sans

collecter de TVA, des honoraires pour un montant total de : 35 000 A

Ses frais entièrement payés s’analysent comme suit, pour un total de :

15 990 A

Salaire et charges (secrétaire à temps partiel)

13 000 A 1 794 A 1 196 A

Redevance de crédit-bail de matériels (TVA : 294)

Achat de documentation et fournitures (TVA : 196 ) Revenu net

 

19 010 A

------

34

© Éditions Foucher

Chapitre 1. Principe et champ d’application de la TVA q

Ö ------

Quel revenu aurait-il obtenu s’il avait opté pour la TVA ?

Maître Honome aurait dû facturer à ses clients des honoraires TTC.

Avec une TVA au taux de 19,6 %, il aurait encaissé 35 000 + 6 860 = En déduisant :

 

41 860 A

– les frais payés à sa secrétaire et à ses fournisseurs – le montant de la TVA reversée égal à

– 15 990 A – 6 370 A

e

TVA collectée auprès de ses clients

6 860 A – 490 A

après déduction de la taxe réglée aux fournisseurs (294 + 196) = Son revenu net se serait élevé à :

e

 

19 500 A

Son revenu aurait ainsi été majoré de 490 A, montant de la TVA qu’il aurait pu déduire. Il aurait échappé de plus à la taxe sur les salaires calculée sur la rémunération de sa secrétaire. Cette option, intéressante pour lui, pénaliserait cependant ses clients non assujettis qui ne pourraient pas déduire la TVA majorant ainsi ses honoraires. La décision finale doit donc intégrer cette analyse.

]

c. Situation des intermédiaires

e Lorsqu’ils agissent au nom d’autrui, les opérations d’entremise sont des prestations de service dont la rémunération est taxable.

e Lorsqu’ils agissent en leur nom propre pour le compte d’un commettant, les commis- sionnaires sont réputés acheter ou vendre les biens, la vente étant taxée dans les conditions habituelles. La commission majore le prix de l’opération pour le commettant.

B. Opérations imposées expressément par la loi

Selon l’article 257 du CGI, sont expressément soumises à la TVA diverses opérations qui, par nature, n’auraient pas été imposables. Les plus fréquentes sont les suivantes.

1. Livraisons à soi-même de biens ou de services

Il s’agit des opérations qui ne présentent pas un caractère commercial et par lesquelles une personne, utilisant des biens, éléments ou moyens lui appartenant, obtient d’autres biens ou prestations.

L’imposition de certaines livraisons a pour objet d’assurer la neutralité de la TVA et aussi de permettre les contrôles de l’administration. Elle ne s’applique qu’aux personnes dont l’activité comporte des opérations ayant ouvert droit à déduction totale ou partielle (voir Chapitre 3). Elle est réalisée selon des modalités et conditions différentes suivant la nature et l’affectation des biens et services concernés.

a. Biens produits par l’entreprise et affectés à ses besoins

Si l’entreprise achetait ces biens à l’extérieur, elle acquitterait la TVA calculée sur le prix d’achat. Certes, étant assujettie, elle pourrait en principe déduire cette taxe. Mais dans certains cas (déduction partielle, possibilité de remise en cause ultérieure de la déduction initiale), une fraction de la taxe supportée à l’achat pourrait rester finalement à sa charge.

Une production propre non taxée n’aurait pas ces conséquences.

La taxation de la livraison à soi-même permet donc qu’au plan fiscal l’entreprise n’en tire pas un avantage par rapport à une acquisition externe.

Deux cas sont à envisager.

35

© Éditions Foucher

1

Les taxes sur le chiffre d’affaires

q Production, pour l’entreprise, d’une immobilisation

Elle est imposable à la TVA même si cette taxe est immédiatement et totalement déductible.

¸ !

Remarque. La production d’un logiciel standard est assimilée à la production d’un bien et est donc éventuellement concernée par cette règle. À l’inverse, la production d’un logiciel spécifique, assimilée à une prestation de services au regard de la TVA, n’est pas taxée.

[

Exemple

L’entreprise E., qui a besoin d’un entrepôt, envisage deux solutions :

a. le faire construire par la société S. pour 100 000 A HT ; la TVA égale à 19 600 A est déductible dans les conditions habituelles ;

b. l’édifier elle-même pour un coût de 100 000 A.

La solution (b) engendre une livraison à soi-même soumise à la TVA. Cette taxe, égale à 100 000 A Z 19,60 % = 19 600 A, est ensuite déductible dans les conditions habituelles.

]

Quelle que soit la solution retenue, la TVA acquittée est en principe déductible si l’entreprise est assujettie. Mais en fait, une fraction de cette taxe majorera le coût de l’immobilisation si l’entreprise (comme cela sera précisé au Chapitre 3) :

– n’a initialement qu’un droit à déduction partiel ;

– doit procéder ultérieurement à des régularisations de la TVA déduite (si elle revend l’immeuble dans un certain délai ou si son droit à déduction varie dans le temps).

q Production de biens autres que des immobilisations (stocks)

Elle n’est imposable que si ce bien n’ouvre pas droit à déduction ou n’ouvre qu’un droit partiel à déduction.

[

Exemple

Une coutellerie distribue gratuitement à certains de ses fournisseurs des couteaux qu’elle fabrique. En octobre, elle a ainsi offert :

100 couteaux petit modèle, coût unitaire 25 A HT, au total 2 500 A ;

10 couteaux grand modèle, coût unitaire 100 A HT, au total 1 000 A.

Il est précisé que la TVA n’est pas déductible sur les achats de cadeaux d’un prix unitaire

supérieur à 60 A TTC. La fabrication des couteaux entraîne une livraison à soi-même.

L’opération est soumise à la TVA pour les 10 couteaux grand modèle car cette taxe (196 A) n’est pas déductible, le coût unitaire des biens étant supérieur à 60 A. L’opération n’est pas soumise à la TVA pour les 100 couteaux petit modèle car une taxe serait déductible, le coût unitaire n’excédant pas 60 A. Le coût final des couteaux est ainsi le même que si on avait acquis à un autre fabricant :

– les « grands modèles » au prix de 100 A, majoré de la TVA non déductible ;

– les « petits modèles » au prix de 25 A, la TVA étant déductible.

Ainsi la fiscalité est sans incidence sur le choix d’un type d’approvisionnement.

]

36

© Éditions Foucher

Chapitre 1. Principe et champ d’application de la TVA q

b. Biens ou services affectés à des besoins autres que ceux de l’entreprise

L’utilisation gratuite par les dirigeants, le personnel ou des tiers, de biens fabriqués ou achetés par l’entreprise, constitue une livraison à soi-même taxable si les éléments nécessaires à l’opération ont ouvert droit à déduction, même partielle.

Il en est de même des services non affectés aux besoins de l’exploitation.

Si l’utilisation est faite dans l’intérêt de l’entreprise, ou si les biens ou services utilisés ont ouvert droit à déduction, l’imposition n’est pas exigible.

¸ !

Remarques. À signaler que les prélèvements de biens pour les besoins normaux du chef d’entreprise individuelle ne sont pas taxés comme livraison à soi-même. Dans ce cas, en fin d’exercice, la TVA antérieurement déduite au titre de ces biens doit être régularisée. L’incidence fiscale est en principe identique à celle d’une taxation de la livraison. Par ailleurs, le changement d’affectation d’un immeuble entraîne plutôt une régularisation de TVA (voir Chapitre 3).

c. Synthèse sur la taxation à la TVA des livraisons à soi-même

Type de livraison à soi même

Affectation aux besoins de l’entreprise

Affectation à des besoins autres que l’entreprise

Immobilisations

OUI

Autres biens

OUI, seulement si biens exclus, totalement ou partiellement, du droit à déduction

OUI, si éléments nécessaires ont ouvert droit à déduction (même partielle)

Prestations de services

NON

2. Importations en provenance de pays hors Union européenne

Elles sont imposées, même lorsqu’elles sont réalisées par un particulier. Cela permet de ne pas favoriser les produits acquis à l’étranger par rapport aux biens vendus en France. Une tolérance administrative s’applique toutefois aux importations « tou- ristiques ». Les importations seront étudiées dans le chapitre consacré aux activités internationales (Chapitre 5).

3. Acquisitions intracommunautaires

Ces opérations sont taxées dans le cadre des règles de l’Union européenne (UE) présentées au Chapitre 5.

4. Certaines opérations immobilières

Seules des opérations réalisées dans des conditions précises, qui seront développées au Chapitre 6, sont taxées :

– achats ou apports de terrains à bâtir pour lesquels la TVA est en principe collectée par l’acheteur ;

– ventes d’immeubles dans certains cas ;

– opérations des marchands de biens.

37