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Directeur de la publication : Bernard Jouanneau.

Juillet 2004 - No 4 1

chassez la haine. c o m
F AITES un petit exercice. Tapez le mot juif
ou plutôt youpin, ou bien arabe ou boug-
noule, et lancez-le sur n’importe quel moteur
cinq pays membres de l’Organisation pour la
sécurité et la coopération en Europe (OSCE)
se sont réunis à Paris pour tenter d’endiguer le
politique, a dit en substance Jivan Tabibian,
ambassadeur d’Arménie auprès de l’OSCE.
La plupart des gens qui se laissent influencer
de recherche d’internet : vous tomberez sur phénomène. par ces appels à la haine sont de jeunes gens,
des sites antisémites ou racistes, voire les deux Robert Badinter a lancé une sévère mise en a-t-il ajouté. Ils traversent souvent des crises
à la fois, en tout cas pleins de haine, et de la garde : « Imaginez ce qu’aurait pu faire identitaires. Les groupes exercent un grand
plus viscérale. Goebbels s’il avait disposé des techniques pouvoir sur eux. Faire partie d’un groupe,
Après une recherche un peu plus longue d’internet ». même virtuel, leur donne un sentiment d’im-
dans cette nébuleuse infernale, vous allez Le problème, c’est que tout le monde est portance, d’appartenance.
découvrir des incitations diverses à la vio- contre mais qu’il n’y a pas de solution miracle. Ce genre d’individu peut se laisser influ-
lence. Parfois des plus directes, du style « les D’autant que deux philosophies s’opposent : encer jusqu’à exécuter les ordres violents du
juifs devraient être fusillés ». Certains s’exé- l’une américaine qui s’élève contre tout ce qui groupe. Et il est très difficile de lutter contre ce
cutent. On se souvient de Maxime Brunerie peut ressembler à un muselage de la liberté genre de problème avec des lois.
qui tira sur Jacques Chirac au nom d’Hitler et d’opinion, inscrite dans l’article 1 de la Con- La conférence de Paris avait pour objet de
revendiqua la tentative d’assassinat sur le net. stitution des Etats-Unis, et qui considère que le mobiliser l’opinion, les hommes politiques et
Ou aussi des deux groupes d’extrême-droite racisme relève de la liberté d’expression. les médias. La présence de nombreux pays à
en Grande-Bretagne qui organisèrent sur le net Même si les autorité américaines sont sensi- cette réunion est le signe d’une grande inquié-
des émeutes racistes dans le Nord du pays en bles au problème, elles exigent que des tude due au nombre de sites appelant au ter-
2002. On y trouve encore des recettes de fab- preuves soient apportées pour tout ce qui rorisme.
rication de bombes artisanales… relève de l’incitation à la violence, avec sans La haine ne connaît pas de frontières et
Le problème est très grave. Selon l’organi- doute la naïve conviction que la vérité et la aucun virus ne saurait la supprimer d’un coup
sation de lutte contre le racisme en ligne bonté finiront toujours par triompher. sur la toile. Elle ne peut non plus être bannie
« J’Accuse », il y aurait sur la toile entre Le point de vue européen est différent. Il par une simple déclaration. Il faut la dénoncer,
40 000 et 50 000 sites antisémites, anti-arabes, considère que le racisme n’est pas une opinion l’extirper et nettoyer internet jusque dans ses
anti-noirs, etc. Selon Michel Barnier, ministre et qu’il faut non seulement en interdire le dis- moindres recoins.
des Affaires étrangères le nombre de sites vio- cours mais le sanctionner. Cependant en l’oc- Une association comme la nôtre peut y con-
lents et extrémistes a augmenté de 300 % de currence, il n’y a pas de contrôle sur internet et tribuer.
2000 à 2004. dans les faits rien ne venant arrêter cette « lib- Faisons-le.
Devant ces chiffres alarmants, cinquante- erté », la haine et la bêtise s’y expriment et y Mémoire 2000.
sont libérées, rarement l’intelligence et la
bonté. P.S. – Et voilà, nous y sommes ! La haine
Il existe bien sûr, plusieurs degrés de frappe encore : après la profanation de tombes
Nos prochaines r unions fanatisme. Le plus extrême est, comme nous juives, des tombes musulmanes viennent
Les lundis 5 juillet, 6 septembre l’avons constaté, l’appel direct au meurtre. d’être maculées de propos racistes. Il y a vrai-
19 h 30 D’autres sites ne vont pas si loin, mais pro- ment urgence !
au Brussel s Caf posent des « lectures saines » — qui renvoient
71, boulevard Exelmans, Paris 16. le plus souvent, à une lecture négationniste de
l’histoire — et des actions plus « mod-
Vous retrouverez Bernard Jouanneau
érées »…
et son éditorial dès notre prochain numéro.
Apr s lecture, ne jetez pas ce journal, Comment juguler d’une façon globale et
donnez-le vos amis ! spécifique la haine sur le net ? Le problème est

1
NOS SEANCES-DEBATS ¥ NOS SEANCES-DEBATS ¥ NOS SEANCES-DEBATS

PROMESSES MEMOIRE DU VOYAGE et BILLY ELLIOT


Documentaire de J. Shapiro, B.Z. Goldberg, LES OUBLIES DE MONTREUIL- Film de Stephen Daldry.
C. Bolado. BELLAY Séance du 17 juin 2004.
Séance du 29 avril 2004. Documentaires de C. Djemai et A. Boutibi. Thème : Choisir sa vie.
Thème : dialogue entre jeunes Palestiniens et Séance du 25 mai 2004.
jeunes Israéliens. Thème : le génocide des Tsiganes. Les jeunes spectateurs, du CM1 à la 5e,
ont paru passionnés par le film. La séance
Une seule classe sur les quatre inscrites pour L es oubliés, ce sont les Tsiganes. Grâce à s’est déroulée dans le silence et après le
cette séance était présente ce jour là. Le film mémoire 2000, ils ne le seront plus des élèves film les questions ont fusé, claires et intel-
Promesses porte un message universel sur la qui assistaient à la séance consacrée à ce sujet ligentes.
guerre mais aussi sur l’exclusion et le rejet de trop méconnu. Les débatteurs, Steeve Balende et
l’autre, que ce soit à Jérusalem, à Gaza ou à L’histoire des Tsiganes, souvent tragique, Etienne Bideau-Rey, sont deux anciens
Paris. ne passionne hélas pas les foules, à en juger lauréats de la bourse de la Vocation, l’un
Ce documentaire americano-israélo-pales- par le petit nombre d’élèves présents. informaticien, l’autre fabricant et mon-
tinien a été tourné entre 1997 et 2000 pendant Les Gens du voyage retrace le parcours des treur de marionnettes. Ils se sont prêtés
une période de relative accalmie : sept enfants, Roms (les Hommes, en sanscrit), venus de avec beaucoup de compétence et de gen-
quatre Israéliens et trois Palestiniens issus de l’Inde. On en trouve dans presque tous les tillesse au jeu des questions-réponses.
milieux différents y sont interviewés par pays d’Europe où ils sont plus ou moins bien Billy Elliot est un jeune garçon qui vit
B.Z Goldberg qui tente de provoquer une ren- accueillis. En France, à partir de 1912, ils dans une région minière de l’Angleterre.
contre entre eux, malgré les obstacles, la guer- devront être munis d’un “carnet anthropomé- Sa mère est morte. Il vit avec son père,
re, les peurs, les préjugés, l’ignorance. trique”, qui leur sera imposé jusqu’en 1969, et son frère et sa grand-mère. C’est l’époque
Cette rencontre a lieu et les propos si durs remplacé alors par un “livret de circulation”. des grandes grèves de mineurs des années
que l’on a entendus dans la première partie du Mais ce n’est rien à côté de ce que raconte Thatcher. Le père et le frère ne peuvent
film font vite place à une amitié, des rires, de Les Oubliés de Montreuil-Belay. En 1940 un imaginer que Billy fasse autre chose que
l’émotion, du chagrin à l’idée qu’il faut se décret du président Lebrun demande l’interne- de la boxe. Mais, par hasard, Billy
séparer et que les problèmes sont toujours là. ment des nomades. On comptera onze camps découvre la danse ; son professeur le
Effectivement, lorsque l’on retrouve les ado- en France, et celui de Montreuil portera le tris- remarque et voit en lui un futur grand
lescents deux ans plus tard, leur vision du te nom de “camp de la mort lente”. On imagi- danseur. C’est sans compter avec l’oppo-
conflit s’est durcie et on sent bien l’impossibi- ne pourquoi. Certains internés le resteront jus- sition de la famille qui ne conçoit pas la
lité de vivre ensemble. qu’en 1946, surtout des femmes et des danse comme un métier d’homme. Et
Deux débattrices de l’association Commu- enfants ! Les hommes seront envoyés au STO, c’est toute l’histoire de la lutte du garçon
nauté Nevé Shalom /Wahat As-Salam, où des tandis qu’en Allemagne et dans les territoires pour sa vocation dans un climat de pau-
familles juives et palestiniennes musulmanes du Reich, ce sont plus de 500 000 Tsiganes qui vreté, de grèves et de violence.
et chrétiennes ont choisi de vivre ensemble, seront exterminés dans les camps de la mort. Il réussira pourtant à convaincre son
étaient présentes. P. Williams les décrit comme un peuple père qui deviendra fier de lui et l’aidera à
Lors du débat, les élèves posent des ques- mal aimé, incompris. Eux-mêmes veulent devenir un grand danseur et à se réaliser.
tions sur ce conflit qu’on ne sait pas arrêter : demeurer différents. Préservant leurs cou- Beaucoup de questions ont trait aux
Qu’est-ce que le traité de paix de Genève ? tumes, leur langue, leurs métiers et bien sûr buts de Mémoire 2000, puis sur la violen-
Qu’est-ce qu’un arabe israélien ? Pourquoi en leur musique, ils refusent de se fixer et d’être ce de la police et aussi des grévistes
1948 n’a -t-on pas préparé la création des deux intégrés aux “gadjos”. “Ils ne sont pas comme envers les “jaunes”.
Etats ? Il n’y a pas deux peuples mais trois, il tout le monde”, donc rejetés. Pourquoi parler de l’homosexualité
ne faut pas oublier les chrétiens. Que font les Anna, une des élèves présentes demande si dans le film ? C’est pour montrer le droit
autres pays, les démocraties, l’ONU, les la situation des Tsiganes a changé en France de chacun à choisir sa vie, permettre aux
U.S.A? Comment régler le problème des depuis la guerre. On aurait pu, il est vrai, homosexuels de vivre selon leur choix,
kamikazes ? Y-a-t-il des lois concernant l’im- répond notre débatteur, s’attendre à une amé- comme on doit permettre à Billy de vivre
plantation des colonies juives? Questions aussi lioration. Ils sont libres, bien sûr, mais est-ce pour la danse…
sur les checks points, le déséquilibre des un vraie liberté? Libres de circuler, oui, mais De nombreuses autres questions sur les
forces, le mur etc. Est-ce que les médias pas de stationner plus de trois mois dans cer- bourses accordées par la Fondation de la
accomplissent bien leur rôle d’information sur taines villes, ce qui les oblige à bouger très Vocation et ce qu’elles apportent en
le terrorisme et ce qui se passe dans les deux souvent au détriment notamment de la scolari- dehors de l’argent. Un moteur pour l’ave-
camps? Nevé Shalom, on ne connaissait pas ! sation des enfants… nir répond un des boursiers…
La première image du film est un pneu en Séance inhabituelle qui a permis au En résumé, demande un élève, quel
flammes qui roule : la même image apparaît membres de Mémoire 2000 et aux rares élèves message a voulu faire passer le film?
plus tard, vers la fin du film, évoquant ce présents de mieux connaître les gens du voya- Savoir accepter le choix des autres, savoir
conflit dont on ne voit pas l’issue. ge dont ils ont découvert et admiré la ténacité, aller au bout de ses désirs sans faillir et en
Malgré tout, ce film ne nous apporte-t-il la fidélité à leurs coutumes pleines de rires et travaillant dur pour obtenir le meilleur de
pas une lueur d’espoir ? de musique. soi-même.
Dany Dibo-Cohen. Claudine Hanau. Denise Becker.

2 M moire 2000. No 41 - Juillet 2004


˙ Ils aimaient la vie en mourir ¨ * mière de ces visites, réservées aux
membres et amis de Mémoire 2000 aura
lieu le 22 septembre prochain, en présen-
ce d’un témoin. Les personnes intéressées

C OMMENT mieux exprimer l’enga-


gement de ces résistants dont nous
avons tenu ce matin du 12 mai à saluer la
Ils ne se définissaient pas par leur ori-
gine, mais par leur idéal. Et, en ces temps
de communautarisme, il est important de
sont invitées à se faire connaître en appe-
lant le secrétariat de l’association avant le
1er septembre.
mémoire au Mont Valérien ? 160 élèves le souligner. Comme l’ont montré quel- Nicole Dorra et Claudine Hanau.
de différents lycées et collèges parisiens ques réactions d’élèves et leurs questions,
sont venus avec leurs professeurs parcou- le message est passé.
* Titre du recueil des 120 lettres de fusillés 1941-
rir le chemin qu’ont suivi plus de mille Le Mont Valérien étant très peu connu, 1944, paru aux éditions Tallandier. On y trouve des
condamnés à mort par les Nazis. Ciné-Histoire compte organiser l’année propos sur le monde à construire d’une extraordinai-
C’est l’association Ciné-Histoire, prochaine des visites régulières. La pre- re fulgurance. A lire absolument.
créée par Nicole Dorra, qui, avec la colla-
boration de Mémoire 2000, a organisé
cette journée dédiée à la mémoire de ces NOS PROGRAMMES CINEMA ET FESTiVA L
hommes — certains n’avaient guère plus
de seize ans — qui ont donné leur vie
2004/2005
pour la liberté.
On ne connait, hélas pas assez, le Mont
Valérien. Au Mémorial de la France com- L E S SE A N C E S - D EB A T S L E FE S T IV AL
Au cinéma L’Escurial Panorama, à 9 heures Parrainé par M. Jacques Delors.
battante, voulu par le général de Gaulle,
11, boulevard de Port-Royal, Au cinéma L’Escurial Panorama, à 9 heures
s’est ajouté l’an dernier un monument en 75013 Paris. 11, boulevard de Port-Royal, 75013 Paris.
forme de cloche, très belle sculpture due à
Pascal Convert. Du lundi 6 au vendredi 10 décembre 2004 :
Ce monument, posé en face de la cha- g Jeudi 14 octobre 2004
L’EUROPE,
LES CHEMINS DE LA LIBERTE
pelle où les condamnés passaient leur der- ENVOL DE LA COLOMBE…
Film de Phillip Noyce.
nière nuit, porte les noms des 1003
Les Aborigène d’Australie.
fusillés identifiés à ce jour. Bien d’autres g Lundi 6 décembre 2004
ont été assassinés à ce même endroit, g Mardi 16 novembre 2004
LAND AND FREEDOM
mais on ne connaîtra jamais leurs noms. LA DIFFERENCE
Film de Ken Loach.
Sur la cloche figurent en particulier les Film de Robert Mendel.
La guerre d’Espagne.
L’antisémitisme.
noms des combattants de l’Affiche
g Mardi 7 décembre 2004
Rouge, celui du docteur Jacques Decour g Jeudi 27 janvier 2005
ALLEMAGNE ANNEE ZERO
et bien d’autres connus et inconnus. SHOAH *
Film de Roberto Rossellini.
M. Dufau, fils de Joseph Epstein, l’un Document de Claude Lanzman.
La seconde guerre mondiale.
des commandants des MOI, raconte aux La Shoah.
g Mercredi 8 décembre 2004
élèves très attentifs et impressionnés, g Jeudi 10 février 2005
GOOD BYE LENIN
comment se déroulaient les exécutions. Il LE CRI D’UN SILENCE INOUI
Film de Wolfgang Becker.
montre les poteaux conservés tout troués Document d’Anne Lainé.
La chute du mur de Berlin, fin de la
de balles. Le génocide rwandais.
guerre froide.
La journée s’est poursuivie à l’audito- g Mardi 15 mars 2005
rium de l’Hôtel de Ville de Paris par des g Jeudi 9 décembre 2004
ALI ZAOUA
NO MAN’S LAND
projections de films : un documentaire de Film Nabil Ayouch.
Film de Tanis Tanovic.
Pascal Convert, le sculpteur, sur la réali- Les sans-papiers.
Conflits : le rôle des
sation et la symbolique de la cloche. Puis g Mardi 12 avril 2005 organisations internationales.
le film L’Affiche rouge de Franck Cassen- S 21 – LA MACHINE DE MORT
ti, et enfin, celui d’André Michel La Rose g Vendredi 10 décembre 2004
KMERE ROUGE
et le Réséda. L’AUBERGE ESPAGNOLE
Documentaire de Rithy Panh.
Film de Cédric Klapish.
Les jeunes présents cet après-midi ont Le génocide cambodgien.
L’Europe, une chance pour la culture.
eu le rare privilège de voir réunis à la
g Jeudi 26 mai 2005
même table Rose d’Estienne d’Orves, OSAMA Cette année, Mémoire 2000 a décidé de
Marcel Angel et André Kirchen, seul res- Film de Saddik Barmak. consacrer son Festival à la paix en Europe.
capé parce que trop jeune, du procès de la La condition de la femme sous le régime Le titre et le logo en ont été imaginés par deux
Maison de la Chimie. des Talibans. jeunes lycéennes, Justine Filou et Marie-Alix
Bernard Jouanneau a tenu à montrer Apple, à l’issue d’un concours organisé dans
g Mardi 14 juin 2005 leur classe.
aux jeunes spectateurs que s’étaient LA PROPHETIE DES GRENOUILLES
retrouvés ensemble des hommes de cul- N’est-ce pas cette paix en Europe qu’il faut
Animation de Jacques-Rémy Girerd. avant tout célébrer, car elle est indispensable à
tures, de nationalités et d’origines Accepter la différence. la protection des droits du citoyen?
sociales politiques et religieuses diverses, Ce Festival est là pour faire prendre
qu’ils s’étaient battus pour une même conscience aux jeunes que c’est de leur avenir
☛ Attention, cette séance aura lieu au cinéma
cause : la liberté de la France et un certain L’Arlequin, 76 rue de Rennes 75006 Paris. qu’il s’agit.
idéal de démocratie.
M moire 2000. No 41 - Juillet 2004 3
Les disparu s de D a m a s
S ur la recommandation de Jean-Pierre
Alessandri qui l’a découvert, je viens
d’achever la lecture des Disparus de
Quatre personnes sont promptement
confondues ; d’autres meurent au cours de
leurs supplices. Ceux qui ont avoué sont
pouvoir en Syrie, décidera d’élargir les-
dits accusés non encore jugés.
Crémieux et Montefiore chercheront à
Damas, ouvrage que l’on doit à la vite jugés et condamnés par le représen- s’attribuer mutuellement et respective-
recherche et à l’érudition de Pierre Hebbe tant du Sultan de Damas, Muhammed Ali, ment le mérite de cette décision. Ils y par-
qui, en dehors de son activité d’avocat, a soucieux de s’attirer les bonnes grâces des viendront chacun dans leur orbite et à leur
publié chez Gallimard plusieurs romans autorités françaises. manière, au point qu’ils se brouilleront à
ou récits : Deux Amis de toujours, Le Les autres agents diplomatiques en jamais.
Confident débordé, Le Goût de l’inactuel, place, celui de l’Autriche et celui de l’An- Montefiore sera anobli par la reine Vic-
Les Passions modérées. gleterre, sont alertés et font état des toria. Crémieux ne sera pas récompensé,
Il est, à ma connaissance, l’exécuteur manières contestables utilisées pour obte- seulement encensé par les diverses com-
testamentaire de Max Ernst et de Hervé nir ces aveux et s’étonnent de ce qu’un munautés juives auprès desquelles le
Bazin. diplomate français s’en soit accommodé. résultat “obtenu” sera porté à son crédit.
Quelle étrange histoire ! Les chancelleries européennes s’émeu- Le vice-roi d’Egypte pondra un décret
Au début de l’année 1840, une sordide vent, la presse s’en mêle timidement à par lequel il assure les juifs de sa protec-
affaire criminelle provoque l’émoi de la Paris, puis sérieusement à Londres. La tion, en reconnaissant que le Talmud a
communauté chrétienne de Damas. Un communauté juive se sent interpellée et proscrit tout meurtre ou sacrifice rituel sur
religieux du nom de Père Thomas est les grandes familles juives de Francfort et les humains et même sur les animaux (fir-
retrouvé mort, dépecé et vidé de son sang, de Paris alertent le Consistoire qui tente man du 6 novembre 1840) selon lequel
son serviteur aussi. des démarches auprès des autorités fran- « La Nation juive devra être protégée et
Aussitôt, les chrétiens de la ville accu- çaises, en vain. défendue…autant que tous les sujets de la
sent les juifs de les avoir immolés et de se L’avocat Adolphe Crémieux utilise sa Sublime Porte ».
procurer leur sang afin de préparer le pain notoriété pour convaincre la communauté De cette étrange histoire, il demeure
azyme que l’on mélangeait au sang juive de lui confier une mission d’enquê- que les juifs ont été suspectés, arrêtés, tor-
humain pour les fêtes de la Pâque. te, faute par la chambre des députés turés, jugés et exécutés pour avoir accom-
En application du traité franco-turc de d’avoir accepté d’envoyer des émissaires pli sur des chrétiens des crimes rituels que
1740, les diplomates français en poste au vice-roi représentant le Sultan de la leur religion leur aurait prescrit…, que les
dans l’Empire Ottoman ont le privilège de Sublime Porte. Il plaide la cause des juifs, autorités françaises ont assumé la respon-
pouvoir exercer les fonctions d’enquêtes sans susciter le moindre intérêt, mais sabilité d’accréditer cette fable et de s’af-
et instructions lorsque les catholiques de réussit à lever les fonds nécessaires à sa franchir du respect le plus élémentaire des
l’Empire sont mis en cause. mission. droits de l’homme et des droits de la
Le consul de France à Damas, le Les Anglais lui imposent la présence défense pour étayer une accusation
Comte de Ratti-Menton, est convaincu de leur délégué au Consistoire de construite de toute pièce, que pour des
que le crime est bien un meurtre rituel Londres, le porte-parole des juifs d’An- raisons politiques les autorités locales ont
dont plusieurs membres de la communau- gleterre, Sir Moses Montefiore. Celui-ci accepté de laisser faire, et que l’indiffé-
té juive de la ville se sont rendus cou- s’embarque avec Crémieux à Marseille rence des médias et des politiques fran-
pables. pour l’Egypte et la Syrie. çais les a couverts de honte.
Revendiquant son privilège diploma- Leur mission va durer trois mois, trois Extraordinaire exemple de la manière
tique, le consul mène l’enquête et par- mois pendant lesquels ils rivaliseront dont trouve à s’exprimer l’antisémitisme
vient à obtenir des aveux qui confortent sa d’ingéniosité pour obtenir le droit de se de la société française, et cela bien après
conviction ; mais ces aveux ont été obte- rendre à Damas et y faire l’enquête. la fin du siècle des Lumières en plein
nus grâce aux méthodes spéciales de la Ils échoueront, sauf que pour des rai- milieu du XIXe siècle.
police du Sultan, c’est-à-dire grâce au sons strictement politiques, le vice-roi
recours à la torture et à la flagellation. d’Egypte délégué du Sultan, exerçant le B e rn a rd Jouanneau.

Où était Dieu ?
L ORS de mon deuxi me voyage Auschwitz, invit par la TV
su doise, je savais d j quoi dire, quoi montrer.
J ai donc conduit le groupe auquel j ai fait les honneurs de la
J ai t oblig de continuer la v rit : ˙ Il tait l et Il a vu, les
visages du commandant Hoess, de Scharpf hrer Moll, du Himmel-
fahrtskommando, du Dr. Mengele et des autres. Et en contemplant
propri t , presque comme un ma tre de maison ses h tes. Dans leurs visages, Il a vu le sien, car Il les a cr s son image, ils lui res-
mon esprit, ce lieu tait seulement un mus e et moi un des pr sen- semblaient. Alors eux, c tait Lui. Mais Lui c tait aussi eux. Il ne l a
tateurs. pas support , a l a bris . Il a t envahi par la honte. Il tait l , je l ai
A la fin de mon expos sur la r alit d Auschwitz et de Birkenau, vu quand volontairement Il a rejoint la file des tres nus, semblables
une journaliste branl e par mes propos m a pos une question Lui-m me, sur le cr matorium N¡3, devant l entr e du Badekam-
d sesp r e : ˙ Et o tait Dieu ce moment l ? ¨ A cet instant pr - mer. Il tait grand, maigre, presque transparent, et le vent balayait sa
cis, j ai perdu mon sang froid et j ai dit la v rit : ˙ Il tait l , je l ai longue barbe blanche. Et depuis lors, Il n est plus. ¨
vu. ¨ La stup faction marqu sur le visage de la journaliste est res- Roman Freund.
t e fix e sur une cassette. Traduit du polonais par Isabelle Choko.

4 M moire 2000. No 41 - Juillet 2004


R W A N DA : 1 9 9 4 - 2 0 0 4
C h u u u t
ENFIN UNE MINUTE DE SILENCE !
Une épuration ethnique se déroule sous

L E 3 AVRIL dernier, Ibuka France organi-


sait l UNESCO, avec le soutien de
M decins du Monde et de l ambassade du
chants, po mes, musique, t moignages
Mais ailleurs rien n avait chang et l an
prochain, la France reconna tra-t-elle enfin
nos yeux depuis des années, au Darfour,
sans que cela ne dérange personne.
On déplace, on massacre, on persécu-
Rwanda, et la collaboration de plusieurs ses responsabilit s ? te… Toute une population meurt dans un
associations, une journ e intitul e ˙ Ren- ¥ Pour m moire silence assourdissant. C’est exactement ce
contres sur le t moignage ¨ . Quelques 2004 : Ann e Iinternationale de la com- que l’on disait pour le Rwanda. Et après
membres de M moire 2000 s y trouvaient. m moration de la lutte contre l esclavage et que le génocide ait été perpétré, de bonnes
M decins du monde est en train d laborer son abolition. Telle l a d clar e l Assembl e âmes avaient assuré avec indignation que
un compte-rendu de cette manifestation. G n rale des Nations-Unies. Une c l bra- “plus jamais” cela ne se reproduirait. Eh
Il est retenir de cette journ e la col re tion dont le programme a t tabli par bien voilà !
de notre Pr sident lors de son intervention, l UNESCO et proclam depuis Cape Coast Que font les organisations internatio-
les bouleversants t moignages de rescap s, au Ghana en d cembre 2003 nales ? J’ai envie de répondre vulgaire-
la dignit devant ces r cits d horreur que Le 21 mai 2001, l Assembl e Nationale ment : Que dalle…
nous livr rent Esther Mujawayo, Assumpta votait la loi reconnaissant la Traite et l Escla- Paul Quiles, ancien ministre socialiste,
Mugiraneza et Annick Kayitesi, dont les vage comme crime contre l humanit , cette demande à la France d’intervenir diploma-
larmes murent plus d un d entre nous loi publi e au J.O. le 23 mai 2001 est rest e tiquement, humanitairement, voire militai-
Cette dignit , cette motion mais gale- en errance depuis. Le 8 avril, dans la discr - rement. On verra s’il est entendu.
ment cette col re, nous les avons ressenties tion, Brigitte Girardin, ministre de l Outre- Tous les conflits n’ont pas la même
lors de la marche du 7 avril, quand, Mer, a install un comit pour faire respecter chance que celui du Moyen-Orient d’être
quelques m tres du cimeti re Montparnase, l article 4, alin a 3 de cette loi. Presque trois examiné à la loupe par l’humanité tout
nous nous regroup mes pour couter ans pour un alin a. Quelle promptitude ! entière…
quelques t moignages et interventions que Restent deux articles et deux alin as Alors, pourquoi cette royale indifféren-
ni la circulation ni la pluie ne parvinrent Allons, encore un petit effort pour briser ce ? A chacun d’interroger sa conscience.
faire taire, avant de nous retrouver dans la l inertie du syst me fran ais. Courage !
Lison Benzaquen.
salle de l UNESCO pour une veill e m lant Pat r i ck Grocq.

Un c r iv a i n e n h e r b e ?
Un professeur d’une classe de seconde D’ailleurs, Elie ne se soucie pas vraiment est en lui, mais rapidement essuyée dans un
du lycée Hoche de Versailles a demandé des réactions de son auditoire, et son discours sursaut de fierté, vous comprendez.
à ses élèves un court essai sur un sujet ressemble plus à un monologue qu’à un échan- Vous comprendrez que toutes ses paroles
de leur choix. Voici le texte d’une jeune ge. Cela ne le dérange pas. Il a juste besoin de insipides sont comme une tentative pour lui
fille de 15 ans, si joli que nous avons eu parler. d’échapper à ce qui le détruit, une thérapie qui
envie de vous le faire partager. Quand vous le rencontrez, vous ne pouvez lui permet de se concentrer sur autre chose, et
être qu’admiratif devant tant de sociabilité. Et que tous ses efforts pour s’accrocher à elles

E LIE est un garçon d’un naturel avenant,


sociable, et qui se distingue surtout par
son bavardage incessant. Tel un moulin à
pourtant, si vous l’observez bien attentive-
ment, vous le verrez parfois dans une période
de silence : dans ces moments-là, vous ne le
sont ceux d’un naufragé qui s’aggripe à un
bout de bois pour échapper à la noyade. Mais
malgré tout, les mots perdent de leur pouvoir
paroles, il débite à haute voix tout ce qui lui reconnaîtrez pas. Immobile, la tête appuyée quand on en use avec excès et, souvent, Elie
passe par la tête : il commente, fait part de ses contre la main et le regard vague, perdu dans sur son radeau défaillant se fait engloutir par la
moindres impressions, décrit, bref, il a tou- un lointain inaccessible. Intrigué, vous lui vague du désespoir. Il perd alors son contrôle,
jours ce besoin permanent de parler, et généra- demandez s’il va bien, et malgré toute la com- et se met à rêver à l’autre monde avec une
lement pour ne rien dire. Mais heureusement passion que vous pourrez mettre dans cette mélancolie bien douce, quoique noire. La
pour lui, il possède une éloquence poétique question, il ne vous répondra pas. Il ricanera dépression guette, et avec elle, le dégoût de la
mêlée d’une étrange naïveté qui font de ce bêtement et, choqué d’être surpris, il vous vie.
défaut apparent, une qualité. insultera, avant de retomber dans son inquié- Comme un poison lent, elle s’infiltre dans
Car ce flot de paroles est comme l’eau tante rêverie. son sang, parcourt tout son corps, serre son
d’une fontaine qui ne se tarirait jamais, il se Il ne se ressemblera plus. Ou plutôt il sera cœur et paralyse ses membres, en même temps
déverse dans toute sa limpidité, il rafraîchit vraiment lui, car il ôtera involontairement le que plusieurs souvenirs hantent son esprit.
ceux qui en boivent et s’il déborde trop sou- masque de bonne humeur qu’il arbore devant Elie voit des photos en noir et blanc défiler
vent du bassin qui le contient, c’est pour tout le monde. Vous le verrez sous son vrai dans sa tête, comme des témoignages d’un
mieux se répandre et apaiser la terre sèche et jour, tel qu’il est au plus profond de lui. Oui, temps révolu. Sur ces photos, les visages sont
aride, désert d’un silence trop prolongé. quand vous verrez le ciel bleu de ses grands souriants. Ils appartiennent à des personnes
Cependant, on se rend compte peu à peu yeux s’obscurcir, quand vous verrez ses traits mortes depuis maintenant plusieurs années.
que ces paroles sonnent creux, elles ne sont ni se figer sous l’effet d’une douleur profonde, et Sur ces photos, c’est la famille d’Elie qui
profondes, ni naturelles ; comme un automa- parfois même une larme couler comme une apparait.
tisme. goutte de pluie, indice discret de l’orage qui Marianne Ra u ch e.

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Les faits sont là : les profanations de cime- dues. Quatre années au cours desquelles
T r o p t a rd ? tières et monument juifs, l’assassinat odieux
du jeune civil américain juif Nicolas Berg, en
quelques voix courageuses se sont élevées et
ont été étouffées, marginalisées. Quatre années
tous points semblable, dans sa forme et dans perdues pour l’éducation, la pédagogie, la

O N NOUS avait prédit que le XXIe siècle


serait « spirituel » - entendez par là « reli-
gieux » - ou ne serait pas. On avait oublié
son fond à celui de Daniel Pearl, l’exhibition
publique hystérique et morbide des restes de
soldats israéliens tués, les récentes agressions
République. Quatre années où les esprits et
même les institutions comme la justice ou
l’éducation nationale… ont été pervertis.
d’ajouter qu’il serait aussi barbare. d’enfants juifs en région parisienne, pour ne Pourra-t-on « rectifier le tir » ? Rien n’est
Si la « spiritualité » doit traîner en cortège parler que des derniers événements, et je passe moins sûr.
violences, guerres, terrorisme, meurtres, racis- sous silence les différents actes contre des juifs La manifestation du 16 mai dernier, organi-
me… alors peut-être serait-il bon de redéfinir répertoriés depuis près de quatre ans… Si ce sée par SOS Racisme, la LICRA, Ni Putes ni
cette notion. n’est pas de l’antisémitisme, qu’est-ce que Soumises, etc. et à laquelle Mémoire 2000
Car enfin, tout ce à quoi nous assistons c’est ? J’aimerais bien qu’on me l’explique ! s’est jointe, est la première du genre à déclarer
depuis de trop nombreuses années maintenant, Alors oui, nous nous devons de combattre que l’urgence aujourd’hui est la lutte contre
et quoique l’on veille bien en dire, ressortit bel tous les racismes. Mais de grâce, quand il l’antisémitisme. Elle a été moyennement sui-
et bien de guerres de religions. s’agit d’antisémitisme et qu’il sévit partout vie, et c’est désolant.
Dans ces violences qui tourmentent le dans le monde, désormais sous couvert (pra- On se sent bien seuls, désemparés.
monde, nous retrouvons en première ligne, tique et hypocrite) d’antisionisme, ne noyons Et comme toujours dans ces cas, ce qui est
dans le rôle bien rodé du bouc émissaire, pas le poisson. une forme de constat d’échec et d’impuissan-
comme toujours en périodes de crise, les juifs. N’ayons ni honte, ni peur, ni scrupule à le ce du combat antiraciste, il ne nous reste que
L’antisémitisme aujourd’hui tient de nou- dénoncer sans ambages pour mieux le com- l’espoir — bien maigre — d’assister à un sur-
veau le haut du pavé et prend des proportions battre, de la même façon que nous dénonçons, saut, à un réveil des consciences avant qu’il ne
sidérantes. combattons toutes les autres formes de racis- soit vraiment trop tard.
Cependant, d’aucuns, continuant à crier à la me ou de discrimination quand elles se mani- Lison Benzaquen.
paranoïa des juifs, persisteront à dire que le festent et déshonnorent notre pays. Quand un
climat est au racisme « en général » et refuse- incendie se déclare quelque part, est-il de bon P.S. – L’ONU vient de faire le même constat
ront de voir la réalité. ton de s’interroger sur l’origine des flammes de l’omniprésence de l’antisémitisme, par la
Il n’est plus temps ni nécessaire de perdre avant d’éteindre le feu ? bouche de son secrétaire, et déplore aussi,
de l’énergie à essayer de les convaincre. Pour ce combat, quatre années ont été per- enfin, qu’on ait tant attendu pour agir.

Que quiconque, ayant une certaine respon- pour faire sa guerre comme bon lui semble,
To rt u re sabilité ne soit pas sanctionné, et pire, que le
ministre de la Guerre soit conforté dans sa
sans que la représentation du peuple puisse
exercer le droit de regard et de contrôle qui lui
d m o c ra t i q u e position par ses chefs, tout cela prouve qu’il
s’agit d’une politique délibérée ou du moins
incombe.
Ces lâches de la colline du Capitole n’ont
tolérée, et que rien n’y changera. Défaillance eu le courage de déclarer la guerre ni « au ter-
L ES IMAGES de la prison d’Abu Ghraïb
de Bagdad montrant les mauvais traite-
ments que font subir les militaires américains
donc de l’exécutif.
La presse, qui est la garante de la transpa-
rorisme », ni à l’Irak. Ils se sont contentés de
simples résolutions accordant au Président,
aux détenus* irakiens ont, bien sûr, choqué. rence et de la liberté, n’a pas non plus brillé chef des armées, le pouvoir de mener toute
Certains relativisent en disant que cela dans ce rôle. action qu’il souhaite. Le droit que la belle
montre, au moins, la force d’une démocratie : Et au-delà de la presse proprement dite, que Constitution américaine donne au Congrès de
ces mauvais traitements ont été rapidement penser des médias américains phagocytés par déclarer la guerre, est un droit qu’il n’a plus
dénoncés et les coupables seront punis. Bel les organes d’opinion, le plus souvent à droite, osé exercer depuis la Deuxième Guerre mon-
exemple d’un régime libéral et responsable. qui n’ont eu de cesse de traiter tout opposant diale. Cela montre la piètre opinion que ces
Hélas, deux fois hélas, car je le dis en tant au régime de Bush : de traître s’il s’agit d’une petites gens ont de leur rôle et de leurs devoirs.
qu’Américain, le scandale d’Abu Ghraïb opposition venue de l’intérieur ; de lâche s’il Que penser de ces Américains, leaders
montre à quel point la démocratie américaine, s’agit d’une opposition venue d’un pays ami ; d’opinion, dont certains élus du Congrès, qui
mais pas seulement américaine, a failli et de sous-homme si cela vient du pays « libé- se déclarent plus révoltés par la réaction au
continue de faillir. ré » ? Défaillance donc des médias. scandale que par le scandale lui-même et qui
Les preuves par l’image ont suivi de nom- Mais je réserverai mes critiques les plus prétendent qu’il ne s’agirait pas de torture,
breux témoignages et rapports, notamment virulentes à ces hommes et ces femmes du mais de bizutage ?
celui de la Croix Rouge, démontrant et dénon- Congrès américain, lâches parmi les lâches Et que penser de ces militaires vus sur les
çant les tortures dans les prisons. dans ce scandale. En acceptant de faire sem- images, de leurs avocats et de leurs proches
Que certains “responsables” aujourd’hui se blant de croire qu’il s’agissait d’une « guerre qui justifient ces actes en plaidant qu’ils ne fai-
dédouanent en prétendant n’avoir pas vu les contre le terrorisme », un ennemi qui ne sera saient « qu’obéir aux ordres » ?
images, pas lu les rapports, prouve qu’il s’agit jamais vaincu, ils ont entraîné les Etats-Unis Quant à moi, je pense que tout cela ne
soit de menteurs, soit d’incapables. dans un combat sans fin qui justifie toute témoigne pas de la force d’une grande démo-
atteinte aux libertés fondamentales aux Etats- cratie.
Unis, et à plus forte raison à l’étranger. Marc Naimark.
* Le mot anglais employé detainees est d’une grande déli- Ils ont donné carte blanche à George Bush
catesse ; on le dit de passagers dont le vol a été retardé.

6 M moire 2000. No 41 - Juilllet 2004


Il y a eu soixante ans Les oubli s des droits
de l homme (12)
en Norm a n d i e
Tr i n i t e t To b ago —Peine de mort, bru-
talit s polici res, ch timents corporels,

L E MOMENT le plus émouvant de la com-


mémoration du jour J fut lorsque dix-neuf
chefs d’états et de gouvernements, avec tout le
Le 6 juin 1944 instaura la paix et la liberté.
Le 6 juin 2004 marqua, selon Gerhard Schrö-
der, « la fin de la Deuxième Guerre mondia-
mauvais traitements en d tention
Tunisie —Torture et mauvais traitements,
morts en d tention, proc s in quitables
public, se levèrent comme un seul homme le ». La présence du chancelier allemand ne
pour applaudir et rendre un long hommage à fut pas seulement le signe d’une réconcilia- Turk m n i s t a n — R pression contre les
une centaine de vétérans des quatorze Nations tion. Ce que les quatorze alliés célébrèrent fut d tracteurs du gouvernement et leurs
alliées. la transformation définitive de l’Allemagne. Il proches, harc lement des minorit s reli-
Peut-être fallait-il attendre soixante ans a donc fallu soixante ans pour y parvenir. gieuses
pour réaliser ce qu’il s’est réellement passé ces Il y a dix ans, François Mitterrand avait Turquie —Torture et mauvais traitements,
jours-là : l’engagement, le risque et l’héroïsme invité Helmut Kohl, qui jugea que le moment prisonniers d opinion, droits des minorit s
des soldats, et quels furent les sacrifices pour n’était pas encore venu. Il avait par ailleurs un bafou s, impunit de tortionnaires, prisons
vaincre la barbarie du nazisme afin que l’Eu- frère tombé au front. de haute s curit
rope puisse retrouver sa liberté. Gerhard Schöder, qui avait un an à la fin de U k raine —Torture et mauvais traitements,
Il y a soixante ans, les soldats, comme l’a la guerre, pouvait être à la tribune le 6 juin agression contre des journalistes, restric-
dit si justement Jacques Chirac, s’agrippèrent 2004, avec le soutien de 71 % des Allemands. tion de la libert d expression, mauvaises
à « quelques arpents de terre et de sable ». Ce ne fut pas la seule réconciliation en terre conditions de d tention
Soixante ans après, ils étaient de retour, par de Normandie. Il y eut aussi celle, moins his- U ruguay — Mauvaises conditions carc -
milliers, sur les plages de Normandie. Avec torique et plus de façade, entre Jacques Chirac rales
leurs cheveux gris, leurs rangées de médailles, et George W. Bush. Ils se sont à plusieurs
V n z u l a — Climat de violence et d im-
fiers et droits comme des I. Mais avec une tris- reprises assurés mutuellement d’amitié et de
punit , ex cutions extrajudiciaires, torture
tesse infinie dans le regard quand ils regardent respect. Il est clair que les deux pays souhai-
et mauvais traitements, recours abusif la
la mer, à l’instar de Monrad Mosberg, 86 ans, tent un rapprochement sans pour autant renon-
force, mauvaise protection des deman-
qui perdit trente-trois camarades lorsque le cer à leurs positions. Le premier résultat de
deurs d asile
navire norvégien Svenner fut frappé par une cette sorte d’idylle normande fut le vote, par la
torpille allemande le matin du 6 juin 1944, et France, de la résolution américaine sur l’Irak à V i t - N a m — Peine capitale, harc lement
fut le premier navire allié à couler le jour J. l’ONU. des personnes critiquant le gouvernement,
Sans avoir tiré une seule fois. Il fallait à tout Bush, qui n’était même pas né pendant la atteintes la libert de religion
prix éviter de penser à la mort, dit Mosberg. guerre, ne put s’empêcher de profiter de l’oc- Y m e n — Peine de mort, arrestations poli-
La mer était rouge de sang. casion en Normandie pour faire un numéro en tiques apr s le 11 septembre 2001, d ten-
Ils savent, et le monde sait, que c’est sans solo, entre autre en faisant attendre les autres tion illimit e sans inculpation ni jugement,
doute la dernière fois qu’ils feront le voyage. chefs d’Etats et de gouvernements un quart expulsion d trangers, torture et mauvais
Nombreux ne sont déjà plus. Mais d’autres ont d’heure à Arromanche le 6 juin. Il est en plei- traitements, harc lement et emprisonne-
voulu absolument venir, quel qu’en fut le prix, ne campagne électorale et il s’agit de montrer ment de journalistes, ex cutions extrajudi-
une dernière fois. Pour eux, comme pour le qui est l’homme le plus puissant du monde. ciaires pr sum es
reste du monde, il était impératif de dire : plus Un triomphe significatif en Normandie est très Yougoslavie — Serbie et Mont n gro :
jamais ça. C’est pour cela qu’ils se sont battus, utile vis-à-vis de l’opinion américaine. discrimination des Roms, mauvais traite-
ces jours sanglants de 1944. Le président américain n’a pas trop insisté ments policiers et impunit , recours la
Cette commémoration fut historique, cette fois-ci sur les parallèles entre la lutte force excessive Kosovo : crimes de guer-
notamment avec la présence du chancelier contre le nazisme et la lutte contre le terroris- re et impunit , disparitions et enl vements,
allemand Gerhard Schröder. Et ce qui apparut me islamique. Certains y voient un léger flé- mauvais traitement des femmes et des
plus clairement que les autres fois était qu’il ne chissement de la position américaine, et une jeunes filles, mauvais traitement des mino-
s’agissait pas d’une victoire d’un groupe de possibilité de réduire le fossé des deux côtés rit s
nations sur une nation ennemie. Cela n’a pas de l’Atlantique.
Zambie — Recours excessif de la force par
été célébré de cette façon. Ce pour quoi les Ce soixantième anniversaire ne fut pas seu-
la police, restriction des libert s d expres-
vétérans se sont battus il y a soixante ans était lement tourné vers le passé. Personne n’ou-
sion et de rassemblement
une vision du monde et de l’homme, basée sur bliera le jour J. Mais cette commémoration
la démocratie, la liberté et les droits de l’hom- peut aussi être importante pour l’avenir de Zimbabw e — Elections truqu es, impunit
me, vision qui l’a emporté sur un système tota- l’Europe. Les démocraties furent si possible, des forces de l Etat, atteinte l tat de droit,
litaire, antisémite et raciste. encore plus soudées. participation de la police des violations,
Gerhard Schröder a souligné à plusieurs Comme l’a dit le Premier Ministre norvé- torture et mauvais traitements, p nurie ali-
reprises que le débarquement en Normandie gien Kjell Magne Bondevik, « le 6 juin 1944 mentaire, attaques contre les m dias indi -
fut aussi le début de la libération de l’Alle- comporte aussi des devoirs » et un héritage à pendants, d placement forc de popula-
magne. Les Allemands utilisèrent longtemps conserver. tions, r pression visant les d fenseurs des
le mot “invasion” pour l’entrée des troupes droits humains
Vibeke Knoop.
alliées en Allemagne. Aujourd’hui on dit bien Correspondante à Paris du journal Source : Rapport d Amnesty International.
“libération”. Il s’agit de la libération des norvégien Dag Bladett
valeurs honnies du nazisme et du IIIe Reich.

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A LIRE… A VOIR… LE COIN DES AMIS
H I S TOIRE DE L AUTRE LA BATAILLE D ALGER Julien
Editions Liana Levi LA 317e SECTION est n le 15 mai.
1, rue Paul-Painlevé, 75005 Paris. Tous nos vˇux de bienvenue au b b .
Novembre 1954 : défaite de l’armée française Nos affectueuses f licitations vont
aux parents, Marc et Isabelle L vy,
Deux récits, deux peuples. Six professeurs de Dien Bien Phu.
et la grand-m re,
d’histoire palestiniens et six professeurs d’his- Novembre 1954 : après l’assassinat d’un
notre amie Dani le L vy.
toire israéliens ont, chacun de leur côté, écrit couple d’instituteurs début des évènements
un livre réunissant l’histoire de trois dates d’Algérie, devenus vite la “guerre d’Algérie”.
importantes du Moyen-Orient : la déclaration Deux évènements considérables dont il est bon ROSENSTRASSE
Balfour 1917, la guerre d’Indépendance de de se souvenir. Deux évènements qui ont bou- Film de Margaret Von Trotta.
1948 et la première Intifada. Mais ce que les leversé la vie politique française et qui ont
Israéliens y appellent la guerre d’indépendan- entraîné la décolonisation de l’empire dans les Venez le voir, vous ne pourrez pas l’oublier.
ce, les Palestiniens l’appellent la catastrophe. pires conditions qui puissent être. C’est un film extraordinaire.
Tout le livre est ainsi. A croire qu’ils ne par- La célébration de Dien Bien Phu, la volon- Sujet : mariage mixte entre des non-juives
lent pas des mêmes lieux, des mêmes évène- té de ne parler que de la bravoure de nos sol- allemandes et des juifs allemands. Situation
ments, ni des mêmes personnages. dats face aux “hordes déferlantes d’Asia- insupportable dans l’Allemagne nazie.
C’est impressionnant. Même si parfois on tiques” occulte trop facilement l’incompétence Des femmes en colère réussissent à sauver
peut être heurté dans ses propres sentiments, il totale de nos généraux d’alors méprisant leurs leurs maris de la mort.
faut lire pour essayer de comprendre. ennemis, accolée à celle de nos politiques Ce qui prouve qu’il était parfois possible de
Et comprendre, c’est un premier pas… arrogants et lâches. Cela n’enlève rien à la dire non…
Daniel Rachline. mémoire de ceux qui sont morts pour rien, D.R.
mais il faut le rappeler.
Il a fallu la lucidité et le courage de Pierre 10 EME CHAMBRE
Mendes France pour aider la France à sortir Instants d’audiences.
Chers amis, r servez-nous avec dignité de cette période honteuse de notre
votre soir e du 21 septembre. histoire. Filmés par Raymond Depardon, des
Vous ne le regretterez pas. PMF, à qui on a rendu hommage à l’occa- audiences ordinaires, des prévenus pas tous
Nous vous offrons sion du 50e anniversaire de son investiture en ordinaires, le quotidien d’un tribunal correc-
en avant-premiere tant que Président du Conseil, en dévoilant une tionnel.
le tr s beau film plaque à sa mémoire à l’Assemblée. Douze audiences, douze situations, des
Mémoire quand tu nous tiens… Il a fallu petites affaires, mais ô combien instructives
Deadlines
encore huit années de guerre pour nous sortir sur notre justice.
de Ludi Boeken. C’est un document drôle, émouvant et par-
de l’Algérie… Remember !
La soir e aura lieu D.R. fois terrifiant, à voir absolument.
au cin ma l Escurial D.R.
au profit de M moire 2000.
Nous comptons sur vous !
ATTENTION !
Au moment où nous mettons sous presse, A partir de la rentr e scolaire de septembre
R servations : 01 40 47 73 48. nous apprenons la triste nouvelle du décès 2004, nos s ances-d bats et notre Festival
L Escurial de Marie-Claire Mendès-France, femme auront lieu au cin ma:
11, bd de Port-Royal, 75013 Paris. d’action et de convictions, a qui la mémoire L ESCURIAL PANORAMA
M tro : Gobelins. de Pierre Mendès-France, son mari, doit 11, bd de Port-Royal, 75013 Paris.
beaucoup.
Seule la s ance du Festival consacr e au
document de Claude Lanzman, SHOAH, le
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AMIS, MEMOIRE 2000 A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN. ADHEREZ ! 76, r. de Rennes, 75006 Paris.

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Tél.: 01 40 47 73 48. Fax: 01 47 23 56 64. R gine Gailhanou, Elyett Rodrigues.
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R alisation : Pierre Gailhanou.

8 M moire 2000. No 41- Juillet 2004