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INTRODUCTION

Les langues bantu (bantoues) :
Elles forment un ensemble de langues parlées d'est en ouest du sud du Cameroun au sud
du Kenya et de l'Ouganda et du nord au sud jusqu'en Namibie et en Afrique du Sud. On
peut citer parmi les langues principales : le zulu (Afrique du Sud), le rwanda / rundi
(Rwanda et Burundi), le lingala (Congo-Brazzaville et RDC), le kongo (idem plus
Angola), le bemba (Zambie), le shona (Zimbabwe), le fang (Gabon) etc.
Le term "bantu" a été forgé par le linguiste sud-africain d'origine allemande Wilhem
Bleek au XIXe siècle; il est basé sur un terme qui se retrouve, sous une forme plus ou
moins différente, dans presque toutes ces langues pour désigner "les gens, le peuple" :
swahili watu, zulu abantu, lingala bato, etc.
Ces langues ont beaucoup de points communs entre elles et l'étude du swahili peut ainsi
servir d'introduction à un vaste et passionnant domaine linguistique

Bibliographie sommaire sur les langues bantu :
en français, on notera la mise au point utile, bien que déjà un peu ancienne de Pierre
ALEXANDRE. 1981. Langues bantu, dans PERROT, Jean et Gabriel MANESSY, Les
langues dans le monde ancien et moderne: Afrique subsaharienne. Paris: Editions du
CNRS, pp. 351-397
en anglais : un exposé très complet dans l'ouvrage de D. NURSE et G. PHILIPPSON
(2003), The Bantu languages, Londres: Routledge. L'ouvrage est assez cher mais une
édition meilleur marché vient juste d'être publiée; par ailleurs, certains chapitres sont
disponibles sur ce site web.

Le swahili :
Le nom de "swahili" vient de l'arabe sawaahil "les Côtes"; c'est en effet la langue de la
Côte orientale de l'Afrique, sur un domaine (qui s'est un peu réduit depuis) s'étendant du
sud de la Somalie au milieu du Mozambique. Bien que l'influence arabe (surtout
hadhramie - originaire du sud-Yémen - et omanaise) soit importante et se fasse
particulièrement sentir au niveau du vocabulaire, le swahili n'en demeure pas moins une
langue bantu très carctéristique (mis à part le fait qu'elle n'a pas de tons, à l'encontre de
la plupart des autres langues bantu), en particulier au niveau de son riche système de
classification nominale. Le swahili est attesté à date assez ancienne, les plus vieux
manuscrits remontant au début du XVIIIe siècle, mais il est certain que la langue
existait depuis au moins le début du Xe siècle et sans doute plus tôt.
A l'origine, la langue était divisée en de multiples dialectes, dont certains subsistent
encore (dialecte de Brava au sud de la Somalie ou chimwiini, dialecte de Lamu ou
kiamu, dialecte de Mombasa ou kimvita, etc.). Contrairement à ce qui est parfois
affirmé, les parlers comoriens (shingazidja à la Grande Comore, shindzuani à
Anjouan, shimwali à Mohéli, shimaore à Mayotte) ne sont pas des dialectes swahili,
mais des langues proches - il en va d'ailleurs de même des parlers immédiatement à
l'arrière de la bande côtière au Kenya et au nord de la Tanzanie (kigiryama, kiduruma,
chidigo, etc.)
Cantonnée initialement à une étroite bande côtière, la langue swahili - et spécifiquement
le dialecte de Zanzibar-ville, le kiunguja - s'est répandue dans l'intérieur du continent,
à la faveur de la traite - d'ivoire et d'esclaves, sur tout le territoire actuel de la Tanzanie,
ainsi qu'au sud du Kenya et à l'est de la RDC. Aprèsla conquête coloniale, le swahili a
été utilisé comme langue de communication par les autorités anglaises au Kenya et en
Tanzanie, ainsiq que par les autorités belges et les missionnaires en RDC. Le swahili
d'Afrique anglophone a été standardisé au cours des années 1930 et c'est cette forme
(kiswahili sanifu ou swahili standard) qui est devenu langue officielle ou nationale
dans plusieurs pays de la région (Tanzanie et Kenya surtout) - on notera que les formes
utilisées en RDC sont très sensiblement différentes, bien que toujours intelligibles. Par
ailleurs, des minorités plus ou moins importantes utilisent le swahili, sous une forme
proche du standard, au, Burundi, Malawi, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Zambie et
même résiduellement à Madagascar.
La langue enseignée ici est le swahili standard tel qu'on l'utilise au Kenya et en
Tanzanie, l'usage de Zanzibar étant privilégié.

Bibliographie sommaire :

en français, on se contentera de mentionner RACINE-ISSA, Odile. 2003. Le swahili
sans peine. Paris: Assimil (très bon cours audio-visuel avec CD)
Le petit ouvrage d'Ariel CROZON et Adrienne POLOMACK. 2000 (2e éd.). Parlons
swahili. Paris: L'Harmattan, est très élémentaire en comparaison du précédent.

en anglais :
Le meilleur ouvrage au point de vue de l'approfondissement de la grammaire (à un
niveau non-spécialisé) est certainement E.O. ASHTON. 1947 (mais fréquemment
réédité jusqu'aux années '70) Swahili Grammar. London : Longmans. L'ouvrage ne peut
vraisemblablement plus être acheté que d'occasion - mais il est consultable en
bibliothèque - et il reflète un état de langue vieux d'un demi-siècle. Sur ce plan, il ne
peut se comparer aux ouvrages que l'on va citer ci-dessous, mais il leur est supérieur par
son caractère très pédagogique et la richesse de ses matériaux. C'est pourquoi on le cite
ici en premier.

Deux cours audio-visuels très axés sur la langue parlée et les situations
contemporaines :
- MARTEN, L. & D. McGRATH. 2003. Colloquial Swahili. London: Routledge
- RUSSELL, J. 2003 (2e éd.). Teach Yourself Swahili. London: McGraw Hill

Pour les dictionnaires, l'étudiant de première année pourra se contenter de consulter l'un
des petits dictionnaires dont un coup d'oeil sur Internet lui fournira de nombreux titres,
y compris plusieurs bons dictionnaires en ligne. L'étudiant avancé devra
impérativement apprendre à manier le Standard Swahili-English Dictionary de F.
JOHNSON, souvent épuisé et ausssi souvent réédité, dont la première édition remonte à
1939. Il en existe une adaptation française : LENSELAER, A. 1983. Dictionnaire
swahili-français. Paris: Karthala, qu'il faut utiliser avec précaution car certains termes
non standard y ont été ajoutés.

Première leçon

Prononciation et orthographe standard :
Le swahili standard s'écrit avec des lettres latines (bien que les manuscrits anciens aient
utilisé les caractères ajami, d'origine arabe).
La plupart des sons ne présentent pas de grande difficulté pour un francophone, une fois
admises les conventions d'écriture. Contrairement au français ou à l'anglais, chaque
lettre (dans certains cas, groupe de deux lettres ou "digraphe") se prononce toujours de
la même façon.
Voici tout d'abord un tableau phonématique (mais utilisant l'orthographe standard); les étudiants
ne se souciant pas de linguistique (ce qui est dommage :-)) peuvent passer directement à la
suite :

labiales dentales alvéolaires palatalales vélaires
occlusives
sonores

b d j g
occlusives
sourdes

p t ch k
fricatives
sonores

v dh z gh
fricatives
sourdes
f th s sh h

mi-nasales
occlusives

mb nd nj ng
mi-nasales
fricatives
mv nz

nasales

m n ny ng'
liquides

l; r
glissées w y (w)

Il y a cinq voyelles en swahili : a,e, i, o, u. Elles se prononcent comme en italien ou en
espagnol, c'est à dire que le "e" se prononce comme le français "é" dans "été" et le "u"
se prononce "ou" comme dans "coucou". Exemples

papa : requin pete : bague(s)
miti : arbres moto : feu
lulu : perle(s)

On notera que l'accent tombe toujours sur l'avant-dernière syllabe ("pénultième") du
mot; donc, en notant l'accent par un accent aigu : pápa, péte, míti, móto, lúlu
Cet accent est tellement régulier que l'orthographe ne le note pas. On notera également
qu'il n' y a pas, à proprement parler, de voyelles longues en swahili. Chaque fois que
deux voyelles se suivent, elles appartiennent à deux syllabes différentes et s'accentuent
en conséquence. Exemples (toujours en notant exceptionnellemnt l'accent par un accent
aigu) :

maána : signification kulaúmu : blâmer
kurejéa : revenir kukatáa : refuser
ijumáa : vendredi kusaidía : aider

Les consonnes suivantes ne présentent aucune difficulté, elles se prononcent comme en
français (ou en anglais pour "t" et "w") : f, k, l,p, t, v, w, y, z . Exemples :

kufika : arriver kulala : être couché, dormir
kupata : obtenir wivu : jalousie
moyo : coeur kumaliza : terminer

s et g : se prononcent toujours comme dans "son" et "gare" respectivement, jamais
comme dans "prison" (qui s'écrirait avec "z" en swahili !) ou "gel" (son inexistant en
swahili). Exemples

fisi : hyène sasa : maintenant
gazeti : journal kugeuka : changer
giza : obscurité gogo : bûche
gunia : sac

Les deux digraphes : ch et sh, se prononcent à peu près comme en anglais "chin" ("tch"
comme dans "tchin-tchin"en français) et "shin" ("ch" comme dans "chien" en français).
Un francophone habitué aux habitudes de lecture française devra veiller
particulièrement à ne pas confondre ces deux sons. Exemples :

chama : parti, organisation chui : léopard
chini : par terre, en dessous shetani : diable, Satan
kushona : coudre shaba : cuivre

b et d : les bons locuteurs de swahili, en particulier sur la Côte, à Zanzibar, etc.
prononcent ces deux sons de manière" implosive" c'est à dire en faisant un mouvement
d'abaissement du larynx. C'est ainsi que vous l'entendrez souvent. Il n'y a cependant pas
de faute à le prononcer comme "b" et "d" du français - c'est ce que font beaucoup de
Tanzaniens originaires de l'Ouest du pays, qui n'arrivent pas bien à prononcer les
implosives. Exemples

baba : père, papa kubusu : embrasser
bidii : effort dobi : blanchisseur

h et r posent souvent des difficultés aux francophones : h est prononcé expiré comme
en anglais ou en allemand, jamais muet comme en français; r est roulé comme en italien
ou en espagnol; la pronociation habituelle ( "grasseyée") du r français est à éviter, car
elle rappelle un autre son du swahili (voir ci-dessous). Exemples :

hapa : ici habari : nouvelle
urefu : longueur hatari : danger

j est prononcé par les bons locuteurs d'une manière assez difficile à reproduire au
premier abord par des francophones; il ne s'agit surtout pas de le prononcer comme en
français "jeu" ou "Jacques". Le milieu de la langue vient s'appuyer au palais dur, ce qui
donne l'impression d'un son intermédiaire entre "dy" et "gy"; le larynx s'abaisse
également ce qui en fait une "implosive" comme b et d ci-dessus. Cependant, on ne fera
pas de grosse erreur en le prononçant comme l'anglais "j" dans "jam, Jim, John", etc.;
c'est d'ailleurs ainsi que le prononcent le plus souvent les gens originaires de l'extrême-
ouest de la Tanzanie. Exemples :

jua : soleil kujua : savoir
kujaza : remplir jitu : géant
jogoo : coq

m, n : comme en français quand ils sont suivis d'une voyelle. Exemples :

mama : mère, maman mimi : moi
nini : quoi unene : grosseur

Quand m est suivi d'une consonne, il faut distinguer deux cas : soit il est en début de
mot et il s'agit du préfixe de la classe 1 ou 3 [nous verrons plus tard ce que cela signifie
exactement] et le m doit se faire entendre bien détaché de la consonne qui suit.
Exemples :
mtoto : enfant msichana : (jeune) fille
mgeni : hôte, étranger

soit il se trouve à l'intérieur du mot ou bien au début mais il s'agit alors du préfixe de la
classe 9 ou 10; dans ce cas il se prononce d'une seule émission de voix avec la consonne
qui suit (il y a cependant une ou deux exceptions, la plus usuelle étant kuamka "se
réveiller", qu'il faut bien prononcer ku-a-m-ka, avec l'accent sur le m). Exemples :

jambo : affaire, chose immatérielle pamba : coton
mbogo : buffle mbuni : autruche

Dans le cas de n, c'est cette dernière prononciation qui s'impose, qu'il soit à l'initiale ou
à l'intérieur du mot [voir les exceptions plus loin]. Exemples :

kuganda : se coaguler binti : fille
kanga : pintade(s) ujanja : ruse, malice
ndege : oiseau(x), avion(s) ngamia : chameau(x)
njaa : faim

S'il se trouve qu'un mot commençant par m ou n ne comporte qu'une seule syllabe après
cette consonne, alors l'accent doit porter sur la nasale , m ou n selon le cas, cela
indépendemment de la classe à laquelle appartient le nom. Exemples :

mtu : personne mti : arbre
mji : ville mlo : repas
mke : épouse nchi : pays
nta : cire nge : scorpion(s)
(prononcer en deux syllabes : m-tu, m-ti, , m-ji, n-chi, n-ta, n-ge etc. avec l'accent sur
la nasale et non pas *mtú, *mtí, *mjí, *nchí, *ntá, *ngé, etc., avec l'accent sur la
voyelle).

ny se prononce comme le "gn" du français "montagne" (ou plus précisément comme le
"ñ" de l'espagnol "mañana"). Exemples :

nyama : viande nyota : étoile(s)
panya : rat(s), souris

Le digraphe ng' pose souvent de grosses difficultés aux francophones; il se rencontre
heureusement dans un nombre réduit de mots, encore que l'un d'entre eux soit très
fréquent. Il s'agit du même son que celui qu'on rencontre dans l'anglais "singer" [s!"#]
"chanteur", à bien différencier de "finger" [f!"g#] "doigt". Exemples :

ng'ombe : vache(s), bovin(s) kung'aa : briller
ng'ambo : de l'autre côté (de la rue, du fleuve, de la mer)

Le digraphe gh se prononce à peu près exactement comme le "r" français (à bien
distinguer du r swahili qui se prononce roulé avec le bout de la langue, comme vous
l'avez vu plus haut). Exemples :

lugha : langue (parlée) magharibi : ouest, soir
ghali : cher (prix) aghalabu : en général

Les deux digraphes th et dh correspondent respectivement au "th" anglais de "thin" et à
celui de "that". Exemples :

dhambi : péché fedha : argent
kudharau : mépriser kadhi : cadi, juge musulman
theluji : neige kuthubutu : oser
methali : exemple urithi : héritage

Certains locuteurs de swahili, en général originaires de l'intérieur et peu scolarisés, prononcent
le "gh" comme "g", le "dh" comme "z" et le "th" comme "s".

Leçon 2
Le système de classes nominales : introduction; paire de classes 7/8


La classification nominale est typique des langues bantu, bien représentées par le swahili. Le
principe de base n'est pas très éloigné de celui du genre et du nombre en français. Soit les
exemples français suivants :

- le grand et beau cheval est tombé
- la grande et belle jument est tombée
- les grands et beaux chevaux sont tombés
- les grandes et belles juments sont tombées

On s'aperçoit facilement que suivant le genre (cheval jument) et le nombre (chevaux, juments)
du nom qui constitue le pivot de la phrase, différents éléments (article : le, la, les; adjectif :
grand(s) / grande(s), beau(x) / belle(s), et même participe passé : tombé(s) / tombée(s))
changent de forme pour s'accorder avec le nom. Il est en français tout à fait impossible de ne
pas faire l'accord et de dire : *la grande cheval ou *le grand jument, par exemple. C'est
d'ailleurs une des difficultés de notre langue pour les étrangers, vu qu'on ne peut pas aisément
identifier le type d'accord que doit prendre un nom donné. [C'est relativement facile pour
"cheval" et "jument", une fois qu'on a appris la différence entre masculin et féminin pour les
êtres animés mais comment justifier par exemple le drap mais la couverture ?]
Le système de classes nominales du swahili fonctionne suivant le même principe, mais au lieu
d'une simple opposition masculin / féminin, avec une opposition secondaire entre singulier et
pluriel on a affaire à une quinzaine de classes. En effet, contrairement au français où la
marque du pluriel vient s'ajouter indifféremment à tous les singuliers et consiste en fait en un
"s" qui s'écrit mais ne se prononce pas (on notera quand même : cheval / chevaux où
l'opposition singulier / pluriel est repérable à l'oral - on ne dit pas *chevals ! - mais ces cas
sont rares), en swahili, chaque classe singulier a comme contrepartie une classe de pluriel - on
parle dans ce cas de "paires de classes", ou encore de "genres" mais nous n'emploierons pas
ici ce dernier terme qui a l'inconvénient de faire penser au couple "masculin / féminin" du
français, qui n'a pas d'équivalent en swahili où l'opposition est plutôt entre êtres animés et
inanimés, sans distinction de sexe. En principe, chaque classe singulier a comme contrepartie
pluriel une classe unique et vice-versa, mais nous verrons cependant qu'il y a des exceptions.
Il est en outre assez difficile de donner une signification précise à chaque classe, encore qu'il
y ait certaines constantes.
En principe, l'appartenance d'un nom à une classe se reconnaît à son préfixe distinctif - elle est
donc plus facile à déterminer que l'appartenance à un genre en français (il y a
malheureusement quelques exceptions !). L'accord des différents éléments de la phrase
(adjectifs, démonstratifs, possessifs et même sujet et objet du verbe) se fait aussi au moyen de
préfixes qui sont assez souvent identiques à celui porté par le nom, mais peuvent néanmoins
en différer - et même en différer beaucoup dans un petit nombre de cas). Un tableau simplifié
des préfixes d'accord de classe du swahili se trouve en annexe à ce document. Il n'est pas
conseillé aux débutants de l'apprendre à fond tout de suite, mais il est utile de pouvoir s'y
référer.
Une dernière remarque avant d'entrer dans le vif du sujet : comme les classes nominales des
langues bantu sont assez nombreuses, on leur a donné des numéros. Cette numérotation est
purement conventionnelle et n'a pas de signification de valeur ou de degré. Il n'y a pas de
raison de les traiter dans un ordre ou un autre et de fait nous allons commencer par la paire de
classes 7/8. Cette numérotation est pourtant très utile car elle s'adresse à toutes les langues
bantu, où les mêmes classes se retrouvent souvent d'une langue à l'autre. Il y a néanmoins des
exceptions et vous verrez qu'en swahili les classes numérotées 12 et 13 n'existent pas (mais
elles existent dans beaucoup de langues bantu voisines).

La paire de classes 7/8 :
Cl. 7 (singulier) : le préfixe de classe est ki- dans la plupart des cas. Exemples (je sépare le
préfixe par un tiret pour faciliter la lecture, mais il n'y a pas de tiret dans l'orthographe
standard - la partie du nom qui suit le tiret s'appelle le thème) :

ki-tu : chose, objet (en général) ki-kapu : panier
ki-ti : chaise ki-su : couteau
ki-siwa : île ki-dole : doigt
ki-tunguu : oignon ki-tabu : livre
ki-labu : night-club, boîte de nuit ki-sonono : blennorrhagie
ki-fua : poitrine (d'homme) ki-wanda : atelier

Cl. 8 (pluriel) : on remplace le préfixe ki-, par vi-. Exemples :

vi-tu : choses vi-kapu : paniers
vi-ti : chaises vi-su : couteaux
vi-siwa : îles vi-dole : doigts
vi-tunguu : oignons vi-tabu : livres
etc.

Il existe un certain nombre de thèmes commençant par une voyelle qui prennent un préfixe
différent : ch- (cl. 7) / vy- (cl. 8). Exemples :

ch-umba : chambre, pl. vy-umba ch-ungu : marmite, pot, pl. vy-ungu
ch-akula : nourriture, pl. vy-akula ch-ombo : récipient; vaisseau, pl. vy-ombo

Noter que ce n'est pas le cas de tous les thèmes commençant par une voyelle; certains
prennent ki- /vi- comme préfixes. Exemples :

ki-atu : chaussure, pl. vi-atu ki-azi : patate, pl. vi-azi

Il y a même des couples qu'il est important de distinguer, par exemple :

ki-oo : miroir, pl. vi-oo, ! ch-oo : W.C., toilettes, pl. vy-oo

Les accords :
- adjectifs : les adjectifs s'accordant avec un nominal de la paire de classes 7/8 prennent aussi
les préfixes ki- et vi- (ou ch- / vy- si le thème commence par une voyelle); noter qu'en swahili
l'adjectif se place toujours après le nom. Voici d'abord une liste d'adjectifs usuels (comme les
adjectifs peuvent s'accorder avec les noms de toutes les classes, leur préfixe dépendra de la
classe du nom, aussi n'indique-t-on que les thèmes dans la liste ci-dessous) :

-pya : neuf, nouveau -zuri : beau, bon
-kubwa : grand -dogo : petit
-fupi : court, de petite taille -refu : long, de grande taille
-baya : laid, mauvais -kali : aigu, acéré
-pana : large -embamba : étroit, mince
-eupe : blanc, clair -eusi : noir, sombre

Exemples d'accords :

ki-kapu ki-kubwa : grand panier vi-kapu vi-kubwa : grands paniers
ki-ti ki-fupi : chaise basse vi-ti vi-fupi : chaises basses
ki-siwa ki-pana : île large vi-siwa vi-pana : îles larges
ki-su ki-kali : couteau acéré vi-su vi-kali : couteaux acérés

Les adjectifs dont le thème commence par une voyelle prennent ch- / vy-. Exemples :

ki-atu ch-eusi : chaussure noire vi-atu vy-eusi : chaussures noires
ki-ti ch-embamba : chaise étroite vi-ti vy-embamba : chaises étroites

Noter que la forme des préfixes (ki- ou ch- / vi- ou vy-) dépend du thème du nom ou de
l'adjectif et qu'un nom peut très bien prendre ki-/ vi- et l'adjectif ch- / vy-, (comme on vient
de le voir), ou l'inverse, comme dans :

ch-akula ki-zuri : bonne nourriture vy-akula vi-zuri : bonnes nourritures

où c'est le nom qui prend ch- / vy- (parce que son thème commence par une voyelle -akula)
alors que l'adjectif a ki- /vi- (parce que son thème commence par une consonne -zuri).

- numéraux : en swahili, les numéraux sont des adjectifs comme les autres (en tous cas, ceux
de un à cinq) et s'accordent donc. En voici la liste :

-moja : un -wili : deux
-tatu : trois -nne : quatre
-tano : cinq

Exemples d'accords :

ki-tabu ki-moja : 1 livre vi-tabu vi-wili, vi-tatu, vi-nne, vi-tano : 2, 3, 4, 5 livres

Il s'agit bien ici d'UN livre, c'est-à-dire pas deux ou trois; l'article indéfini "un" du français,
(comme dans : "Qu'est-ce que c'est ? - C'est un livre"), ne se traduit pas en swahili; donc
kitabu = "livre, un livre", mais kitabu kimoja "un seul livre".

- verbes : le sujet du verbe doit aussi être indiqué par un préfixe indiquant sa classe. Pour la
paire de classes 7/8 ce préfixe sujet est identique aux préfixes nominaux (il n'en va pas de
même dans la plupart des classes.) Exemples :

ki-ti ki-moja ki-na-tosha : une (seule) chaise suffit
vi-ti vi-tatu vi-na-tosha : trois chaises suffisent

le verbe -tosha signifie "suffire" et -na- est la marque du présent. Nous examinerons la
conjugaison plus en détail ultérieurement.

- démonstratifs : nous en resterons pour le moment au démonstratif éloigné -le : "celui-là,
ce...-là". Noter qu'il n'existe pas en swahili de différence entre adjectif et pronom
démonstratif, contrairement au français où l'on dit "celui-là", mais "ce fauteuil-là" (on ne peut
pas dire *celui-fauteuil-là !!). En swahili la forme sera la même que le démonstratif soit seul
ou accompagné d'un nom. En classe 7 le préfixe est ki- et en 8 vi-. Exemples :

kitabu kile kinatosha : ce livre-là suffit kile kinatosha : celui-là suffit
vitabu vile vinatosha : ces livres-là suffisent vile vinatosha : ceux-là suffisent

Le démonstratif se place la plupart du temps derrière le nom [vous verrez ultérieurement qu'il
peut parfois se placer devant, mais la position derrière est la plus usuelle et c'est celle que
vous devez apprendre d'abord]. Si le nom est accompagné à la fois d'un démonstratif et d'un
adjectif (ou d'un numéral), le démonstratif vient d'abord. Exemples :

kitabu kile kikubwa kinatosha : ce grand livre-là suffit (noter la répétition de l'accord, si
typique des langues bantu)
vitabu vile viwili vinatosha : ces deux livres-là suffisent

ANNEXE
Un tableau des accords de classes du swahili

Classe Noms Adjectifs Démons. Possess. Sujet Objet
1 m(w)- m(w)- yu- w- a-, (yu-) -m(w)-
2 wa- wa- wa- w- wa- -wa-
3 m(w)- m(w)- u- w- u- -u-
4 mi- mi- i- y- i- -i-
5 Ø-, ji- Ø-, ji- li- l- li- -li-
6 ma- ma- ya- y- ya- -ya-
7 ki- ki- ki- ch- ki- -ki-
8 vi vi- vi- vy- vi- -vi-
9 N-, Ø- N-, Ø- i- y- i- -i-
10 N-, Ø- N-, Ø- zi- z- zi- -zi-
11 u- m(w)- u- w- u- -u-
15 ku- ku- ku- kw- ku- -ku-
16 -- pa- pa- p- pa- -pa-
17 -- ku- ku- kw- ku- -ku-
18 -- m(w)- m(u)- mw- m(w)- ?

Leçon 3

Le système des classes (suite). Paire de classes 1/2


On a signalé plus haut qu'il est difficile de donner un sens précis à chaque paire de classes
(par exemple, la paire 7/8 comprenait des objets fabriqués, mais aussi des parties du corps,
des abstractions, etc.). Mais la paire de classes1/2 fait exception, car elle ne contient que des
noms d'êtres animés et même, à deux exceptions près, que des noms d'être humains.

Classe 1 (singulier). Le préfixe de classe est m- devant consonne et mw- devant voyelle, aussi
bien pour les noms que pour les adjectifs. Exemples :

m-tu : être humain, personne m-toto : enfant
m-geni : étranger, hôte m-sichana : (jeune) fille
m-vulana : garçon, jeune homme m-zee : vieille personne
m-falme : roi m-nyama : animal
M-zungu : Européen, Blanc M-hindi : Indien

mw-islamu : musulman(e) mw-imbaji : chanteur, -euse
mw-alimu : professeur(e) mw-anafunzi élève, étudiant(e)
mw-anamume : homme mw-anamke : femme
mw-izi : voleur Mw-arabu : Arabe

Noter que le swahili ne connaît absolument pas la notion de genre grammatical comme en
français. Bien entendu les noms qui désignent spécifiquement un homme ou une femme, un
garçon ou une fille, ont un sens masculin ou féminin, mais mtoto peut renvoyer aussi bien à
un petit garçon qu'une petite fille, mwanafunzi peut vouloir dire "étudiant" ou "étudiante",
mwalimu un professeur de l'un ou l'autre sexe, etc. Pour préciser le sexe du référent de ces
noms, il faudra utiliser une périphrase "de sexe masculin" ou "de sexe féminin" (nous verrons
plus tard comment rendre ces expressions).

- accord des adjectifs :

m-tu m-zuri : une personne bonne ou belle m-toto m-dogo : petit enfant
m-tu m-baya : quelqu'un de méchant ou de laid m-falme m-kali : roi sévère, féroce
m-geni m-refu : un étranger de grande taille m-sichana m-moja : une seule fille
mw-alimu m-kali : un professeur sévère mw-izi m-kubwa : grand voleur
Mw-arabu mw-eupe : un Arabe au teint clair (lit. blanc)

Classe 2 (pluriel). Préfixe wa- devant consonne. Exemples :

wa-tu : gens wa-toto : enfants
wa-geni : hôtes, étrangers wa-sichana : filles
wa-vulana : garçons wa-zee : vieillards
wa-falme : rois wa-nyama : animaux
Wa-zungu : Européens Wa-hindi : Indiens

Devant voyelles, il y a plusieurs possibilités. Certains thèmes prennent wa- comme s'ils
commençaient par une consonne :

wa-islamu : musulman(e)s wa-imbaji : chanteurs, -euses

D'autres noms et tous les adjectifs à initiale vocalique préfixent seulement w- :

w-anafunzi : étudiant(e)s (wageni) w-eusi : (des étrangers) noirs

Pour certains noms, les deux possibilités existent :

wa-alimu ou w-alimu : des professeur(e)s

Noter les cas spéciaux :

mwizi : voleur, pl. wezi mwanamke : femme, pl. wanawake
mwanamume : homme, pl. wanaume

Accords des adjectifs :

wa-tu wa-wili : deux personnes wa-toto wa-zuri : de beaux (gentils) enfants
wa-geni wa-refu : des étrangers de haute taille (litt. "longs")
wa-sichana wa-baya : des filles laides ou méchantes
wa-(a)limu wa-kali : des professeurs sévères wezi wa-kubwa : de grands voleurs

Accords des démonstratifs : yu- en cl. 1 et wa- en classe 2

m-tu yu-le : cette personne-là wa-tu wa-le : ces gens-là
mw-imbaji yu-le : ce chanteur-là wa-imbaji wa-le : ces chanteurs-là

Sujet du verbe : a- en classe 1, wa- en classe 2 :

mw-imbaji yu-le a-na-imba : ce chanteur-là chante (-imba : chanter)
wa-imbaji wa-le wa-na-imba : ces chanteurs-là chantent
m-sichana yu-le m-zuri a-na-imba : cette jolie fille-là chante
wa-toto wa-le wa-wili wa-na-imba : ces deux enfants-là chantent
Leçon 4
Le système des classses (suite): la paire de classes 3/4. Les locatifs en -ni. Traduction du
verbe "être" du français


La paire de classes 3/4 : beaucoup de noms d'arbres se trouvent dans cette paire mais bien
d'autres choses encore.
Classe 3 (singulier) : préfixe m- devant consonne, m- devant -o et -u, mw- devant les autres
voyelles. Exemples:

m-ti : arbre m-chungwa : oranger
m-nazi : cocotier m-zizi : racine
m-situ : forêt m-ji : ville
m-kono : bras, main m-guu : jambe, pied
m-zigo : fardeau, charge m-chana : (milieu de) journée

m-oto : feu m-oyo : coeur
m-undu : faucille, coutelas

mw-ezi : lune, mois mw-aka : année
mw-ili : corps

Accord des adjectifs :

m-ti m-refu : un grand arbre (c.à d. haut) m-ji m-moja : une seule ville
m-kono m-fupi : un bras court m-zizi mw-eusi : une racine noire
m-zigo m-zito : un fardeau lourd mw-aka m-moja : une année

Accord des démonstratifs et sujet du verbe : u- dans les deux cas. Exemples :

m-ti u-le m-refu u-na-anguka : ce grand arbre-là tombe (-anguka : tomber)
mw-ezi m-moja u-na-tosha : un (seul) mois suffit
m-zigo u-le m-zito u-na-tosha : ce lourd fardeau-là suffit

Classe 4 (pluriel) : préfixe mi-. Exemples :

mi-ti : arbres mi-chungwa : orangers
mi-nazi : cocotiers mi-zizi : racines
mi-situ : forêts mi-ji : villes
mi-kono : bras, mains mi-guu : jambes, pieds

mi-oto : feux mi-oyo : coeurs

mi-ezi : mois mi-aka : années
mi-ili : corps

Accord des adjectifs (préfixe mi-, mais my- devant voyelle) :

mi-ti mi-refu : de grands arbres mi-ji mi-wili : deux villes
mi-kono mi-fupi : des bras courts mi-zizi my-eusi : racines noires

Accord des démonstratifs et sujet du verbe : i- dans les deux cas. Exemples :

mi-ti i-le mi-refu i-na-anguka : ces grands arbres-là tombent
mi-ezi mi-wili i-na-tosha : deux mois suffisent
mi-zigo i-le mi-zito i-na-tosha : ces lourds fardeaux-là suffisent
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Le locatif -ni:
Un moyen commode de former le locatif des noms est de leur suffixer -ni. Le sens de ce
suffixe est très large : dans, sur, à, etc. Exemples :

kikapu : panier kikapuni : dans un panier pl. vikapuni : dans des paniers
kisiwa : île kisiwani : dans, sur l'île pl. visiwani : dans, sur les îles
kiti : chaise kitini : sur une chaise pl. vitini : sur des chaises
mti : arbre mtini : dans, sur un arbre pl. mitini : dans, sur des arbres
msitu : forêt msituni : dans la forêt pl. misituni : dans les forêts

Deux points très imporatnts sont à noter :
1) si le suffixe -ni est employé, alors le nom ne peut pas être accompagné d'un adjectif. Il faut
remplacer -ni par la préposition katika, qui a le même sens. Exemples :

msituni : dans la forêt; mais katika msitu mkubwa : dans la grande forêt
(***msituni mkubwa est absolument impossible en swahili!)

kisiwani : sur une île; mais katika kisiwa kizuri : sur une belle île
(pas ***kisiwani kizuri!!)

2) Les noms propres de pays ou de continent ne prennent jamais le suffixe -ni (il y a un tout
petit nombre d'exceptions que nous verrons plus tard). Donc Tanzania "la Tanzanie" ou
Kenya "le Kenya" ne pourront jamais être ***Tanzaniani ou ***Kenyani !
--------------------------------------------------------------------
Comment rendre le verbe "être" du français ?

Le swahili distingue entre "être d'une certaine manière, d'une certaine qualité, etc." et "être
quelque part", un peu comme les deux verbes espagnols "ser" et "estar".

-a) "Etre d'une certaine manière" : au présent la copule (c'est à dire l'élément qui relie le sujet
au prédicat indiquant la qualité, etc) est : ni, qui a l'avantage rare en swahili d'être invariable
(il ne s'accorde pas en personne, ni en classe). Exemples :

mti ni mrefu : l'arbre est grand watoto ni wabaya : les enfants sont méchants
kiti ni kizuri : la chaise est bonne / belle visu ni virefu : les couteaux sont longs
msichana yule ni mvivu : cette fille-là est paresseuse
visiwa vile ni vikubwa : ces îles-là sont grandes

Saisissons cette occasion pour voir la liste des pronoms personnels :

mimi : moi sisi : nous
wewe : toi nyinyi : vous
yeye : lui, elle wao : eux, elles

Plusieurs choses sont à noter : d'abord, comme nous l'avons déjà vu, le swahili ne fait aucune
distinction selon le sexe; donc yeye peut se rapporter indifféremment à un homme ou à une
femme, de même pour wao : eux ou elles. En deuxième lieu, yeye et wao ne se rapportent
qu'à des êtres animés, personnes ou animaux; pour les choses, on doit se servir des
démonstratifs selon la classe appropriée. Finalement, on notera que le swahili ne vouvoie pas :
on dit "tu" (wewe) à tout le monde, fût-ce le Président de la République! Le pluriel "vous"
(nyinyi) ne s'emploie que quand on s'adresse à plusieurs personnes.
Exemples avec la copule ni :

mimi ni mwalimu : je suis professeur nyinyi ni wanafunzi : vous êtes étudiant(e)s
yeye ni mvivu : il / elle est paresseux /-euse wewe ni mrefu : tu es grand(e)
sisi ni wazuri : nous sommes gentil(le)s wao ni wabaya : ils / elles sont méchant(e)s

-b) "Etre quelque part": la tournure est légèrement plus compliquée. On utilise un des trois
"verboïdes" -po, -ko ou -mo auquel on préfixe une marque de sujet. Ces marques de sujets
sont les suivantes:

1ère sg. ni- 1ère pl. tu-
2è sg u- 2e pl. m-
cl. 1 yu- cl. 2 wa-
cl. 3 u- cl. 4 i-
cl. 7 ki- cl. 8 vi-

Donc en conjugant :

nipo / niko / nimo tupo / tuko / tumo
upo / uko / umo mpo / mko / mmo
yupo / yuko / yumo wapo / wako / wamo
etc.

La différence entre -po et -ko n'est pas très grande, bien que l'on ait coutume de dire que -po
se rapporte à un endroit précis et -ko à un emplacement plus vague. En fait, on peut souvent
employer indifféremment l'un ou l'autre. En revanche -mo a un sens spécial puisqu'il désigne
exclusivement "l'intérieur". Exemples d'emploi

nipo mjini : je suis en ville tuko Tanzania : nous sommes en Tanzanie
kisu kimo kikapuni : le couteau est dans le panier, pl. visu vimo kikapuni
wanyama wamo msituni : les animaux sont dans la forêt (c'est à dire dedans, pas à
l'extérieur, ils ne sortent pas)
wanafunzi wako kisiwani : les étudiants sont sur l'île
miti ipo mlimani : les arbres sont sur la montagne

Noter que le verboïde peut s'employer sans complément de lieu et signifie alors simplement
"être là, y être". Exemples :

mwalimu yupo ? : est-ce que le professeur est là ? - yupo : il est là
Mungu yupo : Dieu existe (litt. "il est là" - c'est la seule manière de rendre le verbe "exister"
en swahili)
watoto wamo ? : les enfants sont-ils là-dedans ? - wamo : oui, ils y sont

[Remarquer à ce propos que la manière la plus usuelle de dire "oui" en swahili - comme en
anglais ou en portugais - consiste à reprendre le verbe de la question; de même pour dire
"non", où l'on utilisera alors la forme négative des verbes , que nous n'avons pas encore vue].
Leçon 5
Le système de classes (suite) : la paire de classes 5/6. La conjugaison des verbes : présent,
passé, futur; le résultatif en -me-


La paire de classes 5/6
La classe 5 (singulier) a ceci de particulier, par rapport aux autres classes que nous avons
examinées jusqu'à présent, qu'elle a un préfixe zéro, alors que la classe 6 (pluriel) a un préfixe
ma-. Pour cette raison, il est préférable de considérer ensemble les couples singulier / pluriel.
Exemples :

tunda : fruit, pl. ma-tunda chungwa : orange, pl. ma-chungwa
nanasi : ananas, pl. ma-nanasi pera : goyave, pl. ma-pera
embe : mangue, pl. ma-embe yai : oeuf, pl. ma-yai
shoka : hache, pl. ma-shoka wingu : nuage, pl. ma-wingu
neno : mot, parole, pl. ma-neno jani : feuille, pl. ma-jani
jina : nom, pl. ma-jina ini : foie, pl. ma-ini

Comme on peut le constater, il y a de nombreux noms de fruits dans cette paire de classes,
mais bien d'autres choses encore...
Il existe un petit nombre de noms dont le thème [rappel : le thème est ce qui reste après qu'on
ait enlevé le préfixe] est monosyllabique; dans ce cas le préfixe de la classe 5 est ji-.
Exemples :

cl. 6 ma-we : pierres; le thème est monosyllabique et donc le singulier classe 5 est ji-we :
pierre.
cl. 6 ma-cho : yeux, singulier classe 5 : ji-cho : oeil

Le nombre de noms concernés est assez restreint. Il en va de même de quelques rares noms
dont le thème commence par une voyelle et pour lesquels le préfixe de cl. 5 est j- :

cl. 5 j-ambo : affaire, chose non-matérielle, pl. cl. 6 m-ambo. En cl. 6 la voyelle du préfixe
ma- tombe devant le -a du thème - nous avons déjà vu une situation similaire avec le préfixe
wa- de la classe 2.
cl. 5 j-ino : dent, pl. cl. 6 meno. En cl. 6 nous trouvons meno venant de *ma-ino, comme
nous l'avions déjà vu dans le cas de mwizi : voleur, pl. wezi de *wa-izi en 1/2.

Accord des adjectifs : en cl. 5 le préfixe est zéro devant consonne, mais j- devant voyelle, et
ji- devant l'unique thème d'adjectif monosyllabique -pya "neuf, nouveau". En classe 6 le
préfixe est ma- devant consonne et m- devant voyelle.

5 tunda zuri : un bon fruit pl. 6 ma-tunda ma-zuri
5 shoka baya : une mauvaise hache pl. 6 ma-shoka ma-baya
5 yai moja : un (seul) oeuf pl. 6 ma-yai ma-wili : deux oeufs
5 wingu j-eupe : un nuage blanc pl. 6 ma-wingu m-eupe
5 ji-we zito : une pierre lourde pl. 6 ma-we ma-zito
5 neno ji-pya : un mot nouveau pl. 6 ma-neno ma-pya
5 embe j-ekundu : une mangue rouge pl. 6 ma-embe m-ekundu

Accord des démonstratifs et sujet du verbe : classe 5 li-, classe 6 ya-. Exemples :

tunda li-le li-na-tosha : ce fruit-là suffit pl. ma-tunda ya-le ya-na-tosha
yai li-le kubwa li-na-tosha : ce gros oeuf-là suffit
pl. ma-yai ya-le ma-kubwa ya-na-tosha

N.B. : on trouve en classe 6 exclusivement plusieurs noms de liquide et des abstractions. Ces
noms n'ont pas de singulier et ne s'emploient qu'en classe 6, mais leurs accords sont
parfaitement réguliers. On peut citer : maji "eau", maziwa "lait", mafuta "huile, graisse",
maisha "vie", mapenzi "amour", maendeleo "progrès", etc.

maji yale mazuri yanatosha : cette bonne eau-là suffit.
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Eléments de conjugaison .

La structure de base d'un verbe swahili est essentiellement la suivante :

PS-TAM-Base- VF

PS désigne le préfixe sujet obligatoire (sauf à l'impératif) qui doit s'accorder en classe avec le
sujet ,exprimé ou sous-entendu.
TAM désigne la marque de Temps/Aspect/Mode
La Base comprend le Radical du verbe suivi éventuellement d'une ou plusieurs Extensions;
celles-ci seront examinées plus tard dans le cours.
VF désigne la voyelle finale qui est le plus fréquemment (mais pas toujours) -a

Par exemple avec les formes que nous avons déjà vues :

ki- na- tosh- a : il/elle suffit wa-na- imb- a : ils / elles chantent
PS-TAM-Base-VF PS-TAM-Base-VF

Présent : la marque est -na- comme nous l'avons déjà vu. Exemples :

mtoto a-na-chez-a mtini : l'enfant joue dans l'arbre pl. watoto wa-na-chez-a mtini
tunda lile li-na-oza : ce fruit-là est en train de pourrir pl. matunda yale ya-na-oza
kiti kile ki-na-anguka : cette chaise-là tombe pl. viti vile vi-na-anguka

Passé, remplacer -na- par -li- :

mtoto a-li-chez-a mtini : l'enfant a joué dans l'arbre pl. watoto wa-li-chez-a mtini
tunda lile li-li-oza : ce fruit-là a pourri pl. matunda yale ya-li-oza
kiti kile ki-li-anguka : cette chaise-là est tombée pl. viti vile vi-li-anguka

Futur : la marque est -ta- :

mtoto a-ta-chez-a mtini : l'enfant jouera dans l'arbre pl. watoto wa-ta-chez-a mtini
tunda lile li-ta-oza : ce fruit-là pourrira pl. matunda yale ya-ta-oza
kiti kile ki-ta-anguka : cette chaise-là tombera pl. viti vile vi-ta-anguka

Voici maintenant un exemple de conjugaison complète à toutes les personnes et toutes les
classes (que nous avons vues jusqu'ici):

ninaanguka : je tombe tunaanguka : nous tombons
unaanguka : tu tombes mnaanguka : vous tombez
anaanguka : il/elle tombe (cl.1) wanaanguka : ils / elles tombent (cl.2)
unaanguka ; il/elle tombe (cl.3) inaanguka : ils/elles tombent (cl. 4)
linaanguka : il/elle tombe (cl. 5) yanaanguka : ils/elles tombent (cl. 6)
kinaanguka : il/elle tombe (cl.7) vinaanguka : ils/elles tombent (cl; 8)

nilianguka : je suis tombé(e) tulianguka : nous sommes tombé(e)s
ulianguka : tu es tombé(e) mlianguka : vous êtes tombé(e)s
alianguka : il/elle est tombé(e) (cl.1) walianguka : ils/elles sont tombé(e)s (cl.2)
ulianguka ; il/elle est tombé(e ) (cl.3) ilianguka : ils/elles sont tombé(e)s (cl. 4)
lilianguka : il/elle est tombé(e ) (cl. 5) yalianguka : ils/elles sont tombé(e)s (cl. 6)
kilianguka : il/elle est tombé(e) (cl.7) vilianguka : ils/elles sont tombé(e)s (cl; 8)

nitaanguka : je tomberai tutaanguka : nous tomberons
utaanguka : tu tomberas mtaanguka : vous tomberez
ataanguka : il/elle tombera (cl.1) wataanguka : ils / elles tomberont (cl.2)
utaanguka ; il/elle tombera (cl.3) itaanguka : ils/elles tomberont (cl. 4)
litaanguka : il/elle tombera (cl. 5) yataanguka : ils/elles tomberont (cl. 6)
kitaanguka : il/elle tombera (cl.7) vitaanguka : ils/elles tomberont (cl; 8)

Comme vous le voyez le système est asez simple (il est vrai que nous n'avons encore vu ni les
négatifs, ni les formes relatives). Deux remarques sont à faire :
1) il existe un nombre assez important de verbes, généralemenr d'origine arabe, qui se
terminent par une autre voyelle que -a. Pour les trois formes que nous venons d'étudier (passé,
présent et futur) ce fait n'a aucune conséquence et ils se conjuguent exactement comme les
autres. Exemples :

ku-rudi : revenir anarudi, nilirudi, utarudi, etc.
ku-hukumu : juger anahukumu, nilihukumu, utahukumu, etc
ku-samehe : pardonner anasamehe, nilisamehe, utasamehe, etc.

2) Plus important, il existe en swahili quelques verbes monosyllabiques dont voici une liste
des plus usuels :

ku-ja : venir ku-la : manger
ku-nywa : boire ku-fa : mourir
ku-nya : faire caca (ku-pa : donner )

(Pour des raisons évidentes, il est recommandé de na pas confondre kunywa et kunya !)

Ces verbes présentent la particularité de conserver le préfixe ku- de l'infinitif à certaines
formes conjuguées (mais pas toutes). Ils le conservent en tous cas aux trois temps que nous
venons de voir. Exemples :

a-li-ku-la : il a mangé tu-na-ku-ja : nous venons
u-ta-ku-la jioni : tu mangeras dans la soirée

(Le verbe ku-pa offre certaines difficultés de construction que nous verrons plus tard).
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Le résultatif -me-/
Il existe une autre forme verbale dont l'emploi présente quelques difficultés aux apprenants
francophones. Il s'agit du résultatif (marque -me-) qui décrit le résultat présent d'une action
accomplie antérieurement, contrairement au passé en -li- qui indique simplement que l'action
a eu lieu dans le passé, même si son résultat ne se fait plus sentir. Il s'agit à peu près de la
même opposition existant en anglais entre le prétérit (he came) et le present perfect (he has
come) et qui existait également en français classique entre le passé simple (il vint) et le passé
composé (il est venu). Malheureusement, en français moderne, le passé simple a disparu et le
passé composé sert à rendre les deux notions indifféremment, ce qui fait qu'un locuteur
francophone a parfois du mal à saisir la différence. Dans un ou deux cas cependant, celle-ci
est frappante :

alilala vizuri : il a bien dormi [par ex. la nuit dernière, mais il est réveillé maintenant]
amelala : il s'est endormi [et donc il dort en ce moment]

(Noter que la forme *analala, employée par certains swahiliphones pour dire "il dort" est
fautive et due à l'influence de l'anglais "he is sleeping". En swahili correct analala signifierait
"il est en train de s'endormir" [et donc ne dort pas encore] - une phrase somme toute peu
vraisemblable.

walikufa mwaka jana : ils sont morts l'année dernière [c'est à dire l'événement de leur mort a
eu lieu à ce moment là}
wamekufa : ils sont morts [et donc, par exemple, vous n'avez aucune chance de les
rencontrer ! - c'est le résultat qui est important ici, pas le moment où la mort a eu lieu]

tulikula mayai mazuri : nous avons mangé de bons oeufs [c'est une constatation]
tumekula mayai : nous avons mangé des oeufs [et donc nous n'avons pas faim - c'est le
résultat qui importe]

alikuja jana : il est venu hier [c'est à ce moment-là que cela s'est passé, mais il n'est peut-être
plus là]
amekuja : il est venu [et donc il est-là au moment où je parle - résultat présent d'une action
passée]

jana, tulichoka sana : hier nous nous sommes beaucoup fatigués / nous étions très fatigués
[mais probablement, nous nous sommes reposés depuis]
tumechoka sana : nous sommes très fatigués [encore au moment où je parle]

Note : pour ceux d'entre vous qui s'intéresseraient à ces questions d'un point de vue linguistique, je recommande
l'excellent ouvrage de D. COHEN (1989) L'aspect verbal, Paris: PUF
Leçon six
Autres éléments du système d'accords : la marque d'objet; le connectif et le possessif; les
démonstratifs proches.


La marque d'objet : pour rendre ce qu'on appelle en français le "pronom d'objet direct" (me,
te, le, la , nous vous, les) le swahili emploie une marque d'accord indiquant la personne et
bien entendu la classe de l'objet et placée à l'intérieur de la forme verbale entre la marque de
TAM et la base. Exemples ave le verbe ku-piga "frapper" :

ali-ni-piga : il m'a frappé(e) ali-tu-piga : il nous a frappé(e)s
ali-ku-piga : il t'a frappé(e) (voir plus loin)
ali-m-piga : il l'a frappé(e) (cl. 1) ali-wa-piga : il les a frappé(e)s (cl. 2)
ali-u-piga : il l'a frappé(e) (cl. 3) ali-i-piga : il les a frappé(e)s (cl. 4)
ali-li-piga : il l'a frappé(e) (cl. 5) ali-ya-piga : il les a frappé(e)s (cl. 6)
ali-ki-piga : il l'a frappé(e) (cl. 7) ali-vi-piga : il les a frappé(e)s (cl. 8)

Si nous dressons un tableau de ces marques, nous obtenons le résultat suivant (nous laissons
volontairement de côté la deuxième personne du pluriel pour le moment) :

1e sg. : -ni- 1e pl. -tu-
2e sg. : -ku- 2e pl. : (voir plus loin)
cl. 1 : -m- cl. 2 : -wa-
cl. 3 : -u- cl. 4 : -i-
cl. 5 : -li- cl. 6 : -ya-
cl. 7 : -ki- cl. 8 : -vi-

Bien entendu ces formes s'appliquent aussi aux autres temps :

atakupiga : il te frappera tunampiga : nous le frappons
wamenipiga : ils m'ont frappé(e)

La marque d'objet de 2e personne du pluriel "vous" (rappelons qu'en swahili on ne vouvoie
pas) est spéciale, en ce qu'elle peut prendre plusieurs formes (pour ceux qui sont intéressés,
une explication linguistique est proposée un peu plus bas). La plus usuelle, curieusement est
identique à la marque d'objet de cl. 2. Donc :

tuta-wa-piga

peut signifier aussi bien "nous les frapperons" que "nous vous frapperons"! c'est le contexte
qui permettra de différencier. Si le locuteur considère que le contexte n'est pas suffisant il
peut employer la forme suivante, plus explicite :

tuta-wa- pig-eni : nous vous frapperons (seul sens)

ou même, plus rarement :

tuta-ku-pig-eni : nous vous frapperons (seul sens).

Il convient au moins de connaître et de manier les deux premières formes.

Note : l'origine de cette curiosité est la suivante : dans les autres langues bantu la marque d'objet de 2e personne
du pluriel est identique à celle de la cl. 1 (-m-), mais les tons sont différents : bas pour la cl. 1, haut pour la 2e
pluriel. Le swahili ayant perdu ses tons, -m- se retrouvait désigner indistinctement aussi bien une forme sg (je le
vois) que pl. (je vous vois.). Cet illogisme apparent explique que les locuteurs de swahili aient spontanément
voulu se rapprocher du sens pl. en remplaçant la marque de cl. 1 par celle de cl. 2 (je les vois = je vous vois).
D'autres locuteurs par contre ont suivi un chemin différent et ont gardé une marque de singulier mais en la
mettant à la 2e personne (je te vois = je vous vois). Le suffixe -eni, emprunté à l'impératif pluriel a été
éventuellement ajouté , ce qui permet d'interpréter littéralement ninawaoneni comme "je les vois, vous"! et
ninakuoneni comme : "je te vois, vous" !

L'emploi de la marque d'objet :
1) tout d'abord, elle correspond bien à l'usage du "pronom d'objet direct" du français, c'est-à-
dire qu'elle est employée en l'absence du nom référent :

nitakisoma : je le lirai (où -ki- renvoie à kitabu "livre", non mentionné dans la phrase)

2) mais, contrairement au français, la marque d'objet peut-être employée même quand le nom
objet est mentionné; dans ce cas elle correspond assez bien à l'emploi de l'article défini du
français (qui comme nous l'avons vu n'existe pas en swahili) :

nitasoma kitabu : je lirai un livre nitakisoma kitabu : je lirai le livre

3) cependant, si le nom objet désigne un être animé, alors la marque d'objet est obligatoire
même en présence du nom; il n'est donc pas possible de l'utiliser ou non pour indiquer
l'opposition défini / indéfini :

nitamwona : je le verrai (le professeur, par exemple)
nitamwona mwalimu : je verrai un / le professeur

nitawaona : je les verrai (les professeurs, par ex.)
nitawaona waalimu : je verrai des / les professeurs

Le connectif : il s'agit de l'équivalent de la préposition française "de", mais en swahili cet
élément s'accorde en classe avec le nom qui précède (le "possédé")!! Il est formé de la
manière suivante : une voyelle -a invariable précédée d'un accord de classe. Voici les formes
pour les classes que nous avons déjà vues :

cl. 1 wa cl. 2 wa
cl. 3 wa cl. 4 ya
cl. 5 la cl. 6 ya
cl. 7 cha cl. 8 vya

Exemples :

1 mtoto wa mwalimu : l'enfant du professeur 2 watoto wa mwalimu : les enfants du prof.
3 mzizi wa mti : la racine de l'arbre 4 mizizi ya mti : les racines de l'arbre
5. tunda la mti : le fruit de l'arbre 6. matunda ya mti : les fruits de l'arbre
7. kitabu cha mtoto : le livre de l'enfant 8. vitabu vya mtoto : les livres de l'enfant

En swahili, le connectif sert aussi à exprimer d'autres rapports que ceux de possession
proprement dite. Il peut par exemple traduire beaucoup d'adjectifs du français (le swahili
ayant assez peu d'adjectifs au sens strict). Exemples :

maji ya moto : eau chaude (litt. "eau de feu")
kitendo cha aibu : action honteuse (litt. "action de honte")
neno la busara : parole sage (litt. "parole de sagesse"), etc.

Les possessifs : ils se forment au moyen du connectif de la classe appropriée préfixé au thème
possessif proprement dit; comme celui-ci commence toujours par une voyelle, la voyelle du
connectif s'efface. Voici d'abord la liste des thèmes possessifs :

mon / ma / mes : -angu notre / nos : -etu
ton / ta / tes : -ako votre / vos : -enu
son / sa / ses : -ake leur / leurs : -ao

Voici maintenant les séries complètes pour les classes 1 et 2 :

Classe 1 Classe 2
mtoto wangu : mon enfant (< w(a)-angu) watoto wangu : mes enfants (< w(a)-angu)
mtoto wako : ton enfant (< w(a) -ako) watoto wako : tes enfants (< w(a)-ako)
mtoto wake : son enfant (w(a) -ake) watoto wake : ses enfants (<w(a)-ake)
mtoto wetu : notre enfant (< w(a)-etu) watoto wetu : nos enfants (<w(a)-etu)
mtoto wenu : votre enfant (<w(a)-enu) watoto wenu : vos enfants (<w(a)-enu)
mtoto wao : leur enfant (w(a)-ao) watoto wao : leurs enfants (< w(a)-ao)

Encore les classes 7 et 8 à titre d'exemples

Classe 7 Classe 8
kitabu changu : mon livre (<ch(a)-angu) vitabu vyangu : mes livres (< vy(a)-angu)
kitabu chako : ton livre (< ch(a)-ako) vitabu vyako : tes livres (< vy(a)-ako)
kitabu chake : son livre (< ch(a)-ake) vitabu vyake : ses livres (vy(a)-ake)
kitabu chetu : notre livre (< ch(a)-etu) vitabu vyetu : nos livres (<vy(a)-etu)
kitabu chenu : votre livre (<ch(a)-enu) vitabu vyenu : vos livres (vy(a)-enu)
kitabu chao : leur livre (ch(a)-ao) vitabu vyao : leurs livres (vy(a)-ao)

Et de même pour toutes les autres classes : connectif + thème du possessif.
Noter qu'alors que le français distingue entre adjectif possessif (ton livre) et pronom possessif
(le tien), le swahili ne fait pas cette distinction et emploie exactement la même forme dans les
deux usages (c'est d'ailleurs pourquoi on parle simplement de "possessif" sans préciser).
Exemples :

ninataka kitabu chako : je veux ton livre ninakitaka chako : je veux le tien
tunawapenda waalimu wetu : nous aimons nos professeurs
tunawapenda wetu : nous aimons les nôtres

Noter que dans les rares cas où le possesseur est un être inanimé, le possessif est -ake pour
toutes les classes, singulier ou pluriel. C'est une bizarrerie du swahili standard. Exemples :

mti ni mkubwa, mizizi yake ni mirefu : l'arbre est grand, ses racines sont longues
miti ni mikubwa, mizizi yake ni mirefu : les arbres sont grands, leurs racines sont longues

shoka ni jipya, mpini wake ni mzuri : la hache est neuve, son manche est beau
mashoka ni mapya, mipini yake ni mizuri : les haches sont neuves, leurs manches sont
beaux

Les démonstratifs proches = français "celui-ci" etc.:
Ils se forment en prenant le préfixe du démonstratif éloigné et en lui préposant une syllabe
hV-, où -V est en identique à la voyelle du préfixe. Voici la liste pour les classes que nous
avons vues :

Classe Dém. éloigné Dém. proche
1 yu-le hu-yu
2 wa-le ha-wa
3 u-le hu-u
4 i-le hi-i
5 li-le hi-li
6 ya-le ha-ya
7 ki-le hi-ki
8 vi-le hi-vi
Leçon sept
Le système de classes (suite) : la paire de classes 9/10.

La paire de classes 9/10 présente un certain nombre de particularités qui la différencient des
autres. La première de ces particularités - et peut-être la plus frappante - est que les préfixes
nominaux (et donc adjectivaux) des deux classes sont identiques. Exemple :

nyumba nzuri : une belle maison (cl. 9) nyumba nzuri : de belles maisons (cl. 10)

Il est impossible de distinguer entre les deux sens (singulier et pluriel-) à moins que
n'apparaisse dans la phrase un démonstratif, un possessif ou un verbe, car les accords pour ces
catégories-là différencient les deux classes. Exemple :

nyumba yangu nzuri : ma belle maison (cl. 9)
nyumba zangu nzuri : mes belles maisons (cl. 10)

Ici seul le préfixe du possessif (sur lequel nous reviendrons plus loin) permet d'identifier les
deux classes.

Deuxième particularité : les préfixes nominaux en question (identiques donc pour les deux
classes) sont assez variable et ne présentent pas une forme unique. Ainsi on a :
- devant thème à initiale vocalique : ny-. Exemples :

ny-umba : maison(s) ny-undo : marteau(x)
ny-ama : viande(s) ny-eupe : blanc(s), blanche(s)
ny-eusi : noir(s), noire(s) ny-embamba : étroit(s), étroite(s)

-devant thème commençant par les consonnes suivantes : -d-, -g-, -j-, -z-, le préfixe est n-.
Exemples :

n-dizi : banane(s) n-doo : seau(x)
n-goma : tambour(s) n-jia : chemin(s)
n-zito : lourd(s), lourde(s) n-zuri : beau(x), belle(s)
ngoma ndogo : petit(s) tambour(s) ndoo nzito : seau(x) lourd(s)

-devant thème commençant par -v- et -b-, le préfixe est m- (donc, risque de confusion avec les
classes 1 et 3). Exemples :

m-vua : pluie(s) m-begu : graine(s), semence(s)
m-boga : légume(s), accompagnement de la bouillie de céréales
nyama m-bichi : viande crue (N.B. : -bichi : 'cru' en parlant d'aliments, 'vert, pas mûr' en
parlant de fruits; le contraire est -bivu, dans les deux sens, 'cuit' et 'mûr'.)
njia m-baya : mauvais chemin(s)

- devant thème commençant par les consonnes suivantes : -ch-, -f-, -h-, -k-, -p-, -s-, -sh-, -t-,
(c'est-à dire les consonnes non-voisées) le préfixe est zéro (d'où risque de confusion avec la
classe 5 !). Exemples :

chupa : bouteille(s) fimbo : bâton(s), baguette(s)
kamba : corde(s) pembe : corne(s)
siku : jour(s) tende : datte(s)
shida : ennui(s) homa : fièvre, malaria

En outre, et pour compliquer encore la situation, cette paire de classes contient des noms dont
le préfixe est zéro, bien que leur thème commence par une consonne voisée (b, d, j, g, etc.) ou
une voyelle (il s'agit le plus souvent de mots d'origine étrangère, surtout arabe). Exemples :

asali : miel bandari : port(s)
bahari : mer(s) gereza : prison (du portugais igreja : église!)
orodha : liste zawadi : cadeau
dini : religion jumla : somme, total

Note : les locuteurs de swahili, même originaires de la Côte, ne sont parfois pas eux-mêmes d'accord
entre eux sur l'attribution de la bonne paire de classes à certains noms sans préfixe; par exemple,
certains disent gari / magari (5/6) pour "voiture" alors que d'autres emploient gari / gari (9/10).

Un cas spécial est représenté par les quelques thèmes monosyllabiques relevant de cette paire
de classes. Comme il est impossible d'avoir un nom monosyllabique en swahili standard, le
préfixe doit être rendu syllabique - c'est à dire que c'est lui qui porte l'accent. Exemples (avec
un accent aigu pour marquer la place de l'accent) :

m!-vi : cheveux blancs (en général pl. -cl. 10) n!-je : extérieur, dehors

Cette nécessité conduit même à attribuer un préfixe à des thèmes commençant par des
consonnes non-voisées (qui normalement demeureraient sans préfixe) :

n! -chi : pays n!-ta : cire

Des prononciations *njé, *nchí, *mví, etc., en une seule syllabe, parfaitement acceptables
dans certains dialectes, sont impossibles en swahili standard

Les accords des démonstratifs et des verbes (sujet et objet) :
cl. 9 i- cl. 10 zi-

Exemples :

nyumba i-le i-mebomoka, nime-i-ona : cette maison-là s'est effondrée, je l'ai vue
nyumba hi-zi zi-mebomoka, nime-zi-ona : ces maisons-ci se sont effondrées, je les ai vues

Les accords du connectif et du possessif :
cl. 9 ya cl 10 za

Exemples :

nyumba ya mwalimu ni kubwa, yenu ni ndogo : la maison du professeur est grande, la
vôtre est petite
nyumba za waalimu ni kubwa, zetu ni ndogo : les maisons des professeurs sont grandes, les
nôtres sont petites
Leçon huit
Le système des classes (suite) : les accords des êtres animés


Nous avons vu précédemment que la paire de classes 1/2 contient uniquement des noms de
personnes plus les deux noms mnyama / wanyama "animal" et mdudu / wadudu "insecte,
bestiole". Or la quasi-totalité des noms d'animaux et une bonne partie des noms de personnes
se trouve figurer dans d'autres classes. Une particularité du swahili standard consiste à violer
dans leur cas la règle selon laquelle l'appartenance à une classe - telle qu'elle est indiquée par
le préfixe - détermine ses accords. TOUS LES NOMS D'ETRES ANIMES DOIVENT
S'ACCORDER DANS LA PAIRE DE CLASSES 1/2, QUEL QUE SOIENT LEURS
PREFIXES PAR AILLEURS. C'est peut-être la règle la plus importante à mémoriser.

Commençons par les noms d'animaux : la grande majorité d'entre eux ont les préfixes de la
paire de classes 9/10 avec toutes les variantes que nous avons étudiées précédemment.
Exemples :

- thèmes à initiale vocalique : préfixe ny-

ny-uki : abeille(s) ny-oka : serpent(s)
ny-ati : buffle(s) ny-umbu : mule(s); gnou(s)

-thèmes à initiale -d-, -j-, -g-, -z- : préfixe n-

n-dege : oiseau(x) n-dovu : éléphant(s)
n-dama : veau(x) n-jiwa : pigeon(s)
n-giri : phacochère(s) n-guruwe : porc(s)
n-zige : criquet(s)

-thèmes à initiale -b- : préfixe m-

m-bega : colobe(s) (espèce de singe) m-bogo : buffle(s) (synonyme de nyati)
m-buzi : chèvre(s) m-buni : autruche(s)

-thème à initiale non-voisée : -p-, -k-, -t-, -ch-, -f- , -s-: préfixe zéro :

paka : chat(s) panya : souris, rat(s)
kanga : pintade(s) kondoo : mouton(s)
tembo : éléphant(s) (synonyme de ndovu) chui : léopard(s)
fisi : hyène(s) farasi : cheval, -aux
simba : lion(s) chatu : python(s)

- quelques thèmes (peu nombreux) à initiale -b- ou d- avec préfixe zéro

buibui : araignée(s) baghala : mulet(s)
dubu : ours (mais n'existe pas en Afrique Noire)

- thèmes monosyllabiques à préfixe accentué :

n!-ge : scorpion(s) m! -bwa : chien(s), chienne(s)
m! -bu : moustique(s) n!-zi : mouche(s)

N.B. pour "mouche" on dit aussi inzi / mainzi, avec les préfixes de la paire de classes 5/6.

Tous ces mots prennent systématiquement les accords de la paire de classes 1/2. Exemples :

simba yu-le m-kubwa a-mekufa, nime-mw-ona : ce grand lion-là est mort, je l'ai vu
simba wa-le wa-kubwa wa-mekufa nime-wa-ona : ces grands lions-là sont morts, je les ai
vus

chui yu-le m-kali a-nakula watu, tuta-mw-ua : ce léopard féroce mange les gens, nous le
tuerons
chui wa-le wa-kali wa-nakula watu, tuta-wa-ua : pl.

Il en va de même des autres noms d'animaux qui apparaissent avec les préfixes d'autres
classes. Exemples :

m-jusi / mi-jusi : lézard(s) (3/4) ki-faru / vi-faru : rhinocéros (7/8)
ki-boko / vi-boko : hippopotame(s) (7/8)

ki-faru yu-le m-kubwa a-mekufa, nime-mw-ona : ce grand rhinocéros-là est mort, je l'ai vu
vi-faru wa-le wa-kubwa wa-mekufa nime-wa-ona : ces grands rhinocéros-là sont morts, je
les ai vus

m-jusi yu-le mw-embamba a-nakimbia upesi : ce lézard mince court vite
mi-jusi wa-le w-embamba wa-nakimbia upesi : pl.

Accord des possessifs :
Il faut néanmoins noter une exception contrariante : les possessifs se comportent de manière
bizarre. Remarquons tout d'abord cependant que le connectif (en général identique au préfixe
du possessif) prend bien les accords de la paire de classes 1/2, ce qui est attendu pour les êtres
animés. Exemples :

farasi m-zuri wa mfalme : le beau cheval du roi
farasi wa-zuri wa mfalme : les beaux chevaux du roi

mbuzi mw-eusi wa Juma : la chèvre noire de Juma
mbuzi w-eusi wa Juma : les chèvres noires de Juma

Mais quant au possessif lui-même, il y a incohérence (et tous les locuteurs ne sont pas
nécessairement d'accord entre eux). On attendrait :

mbuzi w-angu : "ma chèvre" et "mes chèvres" (puisque le préfixe possessif de la classe 1 et
celui de la classe 2 sont identiques). C'est bien ce que disent certains swahiliphones, mais la
majorité - me semble-t-il - s'expriment différemment et opposent :

mbuzi w-angu : ma chèvre mbuzi z-angu : mes chèvres

L'intérêt de cette construction, où l'on voit réapparaître le préfixe possessif de classe 10, est
qu'elle permet de distinguer singulier et pluriel, ce que l'application stricte de la règle "êtres
animés en classes 1 et 2" ne permet pas. Nous verrons un problème similaire avec les accords
des noms de personnes que nous allons examiner maintenant.

Les accords des noms de personnes :

Il existe un assez grand nombre de noms de personnes faisant partie de la paire de classes
9/10 d'après leurs préfixes; beaucoup, mais pas tous sont des termes de parenté. Exemples :

termes de parenté :
baba / baba : père(s) mama / mama : mère(s)
ndugu / ndugu : frère(s), soeur(s) au sens classificatoire, personne(s) de même clan; en
Tanzanie, à l'époque socialiste = camarade(s)
kaka / kaka : frère(s), en principe aîné(s), mais aussi frère(s) en général
shangazi / shangazi : tante(s) paternelle(s), soeur(s) du père

termes ne se référant pas à la parenté :
askari / askari : soldat(s), policier(s) rais(i) / rais(i) : président(s)
rafiki / rafiki : ami(s) karani / karani : employé

Tous ces termes prennent les accords de la paire de classes 1/2 pour ce qui est des adjectifs,
des démonstratifs et des verbes. Exemples :

askari yu-le mw-oga a-litoroka, nili-mw-ona : ce soldat couard s'est enfui, je l'ai vu
askari wa-le wa-oga wa-litoroka, nili-wa-ona : ces soldats couards se sont enfuis, je les ai
vus

Mais il est évident que pour les termes de parenté, ils sont essentiellement employés avec le
connectif ou des possessifs. Très bizarrement, alors que les accords du connectif sont
parfaitement réguliers (en classes 1/2) les accords du possessifs sont OBLIGATOIREMENT
en 9/10.

baba wa Taifa : le père de la Nation, le président (wa = connectif de cl. 1)

Mais :
nime-wa-ona Juma na baba y-ake : j'ai vu Juma et son père (y-ake : possessif cl. 9)
mama z-etu ni wa-pole sana : nos mères sont très douces (z-etu : possessif cl. 10)
kaka y-angu a-mesoma ng'ambo : mon frère (aîné) a étudié à l'étranger [ng'ambo : litt. "de
l'autre côté du fleuve, de l'autre côté de la mer"]
kaka z-angu wa-mesoma ng'ambo : mes frères (aînés) ont étudié à l'étranger

Noter par ailleurs que le swahili préfère employer le possessif plutôt que le connectif pour
relier un nom de parenté et son "possesseur. Ainsi on dit :

ndugu zake Juma : les "frères" de Juma shangazi yake Hamisi : la tante de Hamisi
baba yake Fatuma : le père de Fatuma rafiki yake Shabani : l'ami de Shabani

Nous n'entrerons pas ici davantage dans cette question complexe que vous étudierez plus à
fond en deuxième année. Noter cependant que rafiki "ami" fait souvent au pluriel marafiki.
MEME DANS CE CAS, l'accord du possessif sera en cl. 10 :

Juma na marafiki zake : Juma et ses amis = Juma na rafiki zake
Leçon neuf
Les adjectifs (y compris les numéraux) : synthèse des accords. Le système des classes (suite) :
la classe 11 et la paire de classes 11/10


Les adjectifs :
On considère comme adjectifs en swahili des thèmes susceptibles de se combiner avec
l'ensemble des préfixes de classes, contrairement aux nominaux qui sont en général restreints
à une (ou parfois deux ou trois, comme nous le verrons plus tard) paire de classes
déterminées. Les préfixes des adjectifs sont, en swahili, identiques à ceux des nominaux, à
une exception près que nous allons considérer un peu plus loin.
Sur la base de cette définition, on constate qu'il y a relativement peu d'adjectifs en swahili
[NB :les autres notions correspondant à des adjectifs du français sont exprimées par des
constructions différentes]; en voici la liste des principaux :

-kubwa : grand -dogo : petit
-refu : long, haut -fupi : court, de petite taille
-zuri : beau, bon -baya : laid, mauvais, méchant
-pana : large -embamba : étroit, mince
-ema : bon (au sens moral) -ovu : méchant, mauvais (au sens moral)
-bivu : mûr, cuit -bichi : pas mûr, vert, cru
-zito : lourd -epesi : léger
-ingi : nombreux -chache : peu nombreux
-gumu : dur -ororo : doux , tendre
-kali : sévère, féroce, pointu, acide -pole : doux (sens moral), gentil
-bovu : abîmé, pourri, hors d'usage -tamu : agréable au goût, bon (au goût)
-kavu : sec -ingine : autre
-zima : entier (aussi "en bonne santé" ou "adulte" en parlant de personnes)

Trois adjectifs de couleurs :
-eupe : blanc, clair -eusi : noir, foncé
-ekundu : rouge, cuivré

Six adjectifs numéraux (pour les autres, cf. plus bas)
-moja : un -wili : deux (fait mbili en cl. 10)
-tatu : trois -nne : quatre
-tano : cinq -nane : huit

auxquels on peut ajouter :
-ngapi : combien (de) ?

Exemples d'accords de quelques adjectifs dans les dix classes vues jusqu'à présent :

m-tu m-dogo : personne petite, jeune wa-tu wa-dogo : pl.
m-tungi m-dogo : petite jarre mi-tungi mi-dogo pl.
yai dogo : petit oeuf ma-yai ma-dogo : pl.
ki-ti ki-dogo : petite chaise vi-ti vi-dogo : pl.
ny-umba n-dogo : petite maison ny-umba n-dogo : pl.

m-tu m-fupi : personne de petite taille wa-tu wa-fupi : pl.
m-pini m-fupi : manche court mi-pini mi-fupi : pl.
shoka fupi : hache courte ma-shoka ma-fupi : pl.
ki-tu ki-fupi : chose courte vi-tu vi-fupi : pl.
ny-undo fupi : marteau court ny-undo fupi : pl.

m-tu m-moja : une (seule) personne wa-tu wa-wili : deux personnes
m-nazi m-moja : un (seul) cocotier mi-nazi mi-wili : deux cocotiers
embe moja : une (seule) mangue ma-embe ma-wili : deux mangues
ki-lima ki-moja : une (seule) colline vi-lima vi-wili : deux collines
n-jia moja : un (seul) chemin n-jia mbili : deux chemins

m-tu mw-ingine : une autre personne wa-tu wengine (< wa+ingine) : pl.
m-ti mw-ingine : un autre arbre mi-ti mingine (< mi+ingine) : pl.
yai j-ingine : un autre oeuf ma-yai mengine (< ma+ingine) : pl.
ki-ti k-ingine (< ki+ ingine) : une autre chaise vi-ti vingine (< vi+ingine) : pl.
ny-umba ny-ingine : une autre maisons ny-umba ny-ingine : pl.

"Tout" :
Il importe aussi de mentionner le quantificateur "tout" -ote, qui, curieusement, ne prend pas
les accords des adjectifs, mais des possessifs :

cl. 1 wote cl. 2 wote
cl. 3 wote cl. 4 yote
cl. 5 lote cl. 6 yote
cl. 7 chote cl. 8 vyote
cl. 9 yote cl. 10 zote

Exemples :

watu wote : tous les gens mayai yote : tous les oeufs
vitu vyote : toutes les choses nyumba zote : toutes les maisons

Les formes du singulier sont rares, mais possibles. Exemples :
nyumba yote : toute la maison kijiji chote : tout le village, etc.

Noter aussi : (sisi) sote "nous tous" et (nyinyi) nyote "vous tous"

"Nimporte quel" est formé sur le même thème, mais avec quelques différences :

cl. 1 ye yote cl. 2 wo wote
cl. 3 wo wote cl. 4 yo yote
cl. 5 lo lote cl. 6 yo yote
cl. 7 cho chote cl. 8 vyo vyote
cl. 9 yo yote cl. 10 zo zote

Exemples :

mtu ye yote : n'importe qui nyumba zo zote : n'importe quelles maisons
kitu cho chote : n'importe quoi (plutôt concret)
jambo lo lote : n'importe quoi (plutôt abstrait)
unataka kiti gani ? : quelle chaise veux-tu ? - cho chote : n'importe laquelle

"Soi-même" etc. : -enyewe est spécial également: en cl. 1 il prend l'accord adjectival, mais
dans toutes les autres classes l'accord des possessifs

cl. 1 mwenyewe cl. 2 wenyewe
cl. 3 wenyewe cl. 4 yenyewe
cl. 5 lenyewe cl. 6 yenyewe
cl. 7 chenyewe cl. 8 vyenyewe
cl. 9 yenyewe cl. 10 zenyewe

Exemples :

mimi mwenyewe : moi-même sisi wenyewe : nous-mêmes
wewe mwenyewe : toi-même nyinyi wenyewe : vous-mêmes
mtoto mwenyewe : l'enfant lui-même watoto wenyewe : les enfants eux-mêmes
mti wenyewe : l'arbre lui-même miti yenyewe : les arbres eux-mêmes
yai lenyewe : l'oeuf lui-même mayai yenyewe : les oeufs eux-mêmes
etc.

N.B. : il s'agit ici de l'emploi indépendant de "soi-même, etc.", mais pas de son emploi dans
les verbes "réfléchis" du français, comme : se voir soi-même, se connaître soi-même, etc. qui
relèvent d'une autre construction que nous verrons plus tard.

La même série d'accord s'applique à l'élément -enye, qui sert à former des équivalents aux
adjectifs français et que nous étudierons également plus tard.

Finalement, on notera l'existence de quelques rares adjectifs qui ne s'accordent pas. Il s'agit :
1) de quelques adjectifs d'origine arabe. Exemples :

safi : propre, en bon état, honorable (en parlant d'une personne)
kamili : complet, entier
hodari : brave, valeureux

2) des numéraux restants (presque tous d'origine arabe aussi) :
sita : six saba : sept
tisa : neuf kumi : dix
ishirini : vingt thelathini : trente
arobaini : quarante hamsini : cinquante
sitini : soixante sabini : soixante-dix
themanini : quatre-vingt tisini : quatre-vingt-dix
mia : cent elfu : mille

Tous ces adjectifs sont toujours invariables. Exemples
mtu hodari : un homme vaillant watu hodari : pl.
kitu safi : chose propre, en bon état vitu safi : pl.
watu sita : six personnes mayai sita : six oeufs
miti saba : sept arbres vikapu saba : sept paniers
wanaume tisa : neuf personnes vikombe kumi : dix tasses
waalimu ishirini : vingt professeurs tembo ishirini : vingt éléphants
etc.

Noter que mia et elfu sont plutôt des noms en apposition puisqu'on dit bien :`
watu mia : cent personnes watu elfu : mille personnes
mais aussi : mamia ya watu, maelfu ya watu : des centaines, des milliers de personnes


Construction des autres nombres:
Pour exprimer les nombres intermédiares entre les dizaines on ajoute au mot désignant la
dizaine le nom de l'unité raccordé au précédent par na "et" (on dit donc "dix et trois" pour
treize, "vingt et cinq" pour vingt-cinq , etc.). D'après les grammaires traditionnelles, l'unité, au
cas où il s'agit d'un adjectif qui s'accorde, devrait prendre la marque de la classe du nom
désigné. Par exemple, on devrait dire :
23 paniers : vi-kapu ishirini na vi-tatu 54 oeufs : ma-yai hamsini na ma-nne
18 vaches : ng'ombe kumi na wa-nane (les noms d'animaux s'accordent en 1/2 !)
et même :
61 personnes : wa-tu sitini na m-moja (avec -moja accordé en classe 1, le singulier de 2)
31 choses : vi-tu thelathini na ki-moja (-moja accordé en 7, le singulier de 8)

En réalité de nos jours, on n'accorde plus le nom d'unité qui reste invariable lui aussi (en 9/10
notez bien!) et l'on dit :

vikapu ishirini na tatu mayai hamsini na nne
ng'ombe kumi na nane watu sitini na moja
vitu thelathini na moja watoto kumi na mbili : 12 enfants etc.

La classe 11 et la paire de classes 11/10 :
La classe nominale 11 présente deux particularités : tout d'abord, c'est la seule classe pour
laquelle le préfixe adjectival n'est pas identique au préfixe nominal : en effet, alors que celui-
ci est u- (w- devant voyelle), le préfixe adjectival est m-, alors que les accords démonstratifs,
verbaux et possessifs sont en u- [ce qui, soit dit en passant rend les accords de la classe 11
identiques à ceux de la classe 3]. Exemples de nominaux :

a) objets matériels :
u-kuta : mur u-limi : langue (organe, pas langue parlée)
u-so : visage u-dongo : sol, terre
u-mande : rosée u-fagio : balai
u-funguo : clé w-embe : rasoir
w-avu : filet w-imbo : chanson

b) noms abstraits :
u-toto : enfance u-falme : royauté
u-zuri : beauté, bonté u-baya : méchanceté, laideur
u-tu : humanité (en tant que qualité) u-nyama : bestialité
u-tamaduni : culture u-staarabu : civilisation
u-bepari : capitalisme u-jamaa : socialisme (à la tanzanienne!)
u-kabila : tribalisme u-afrika : africanité
w-ingi : quantité, fait d'être nombreux

Ces noms sont presque tous dérivés d'autres noms ou d'adjectifs : m-toto : enfant > u-toto;
-zuri : beau, bon > u-zuri; kabila : tribu > u-kabila; Afrika : Afrique > u-afrika; -ingi :
nombreux > w-ingi

c) noms de pays et de continents :
U-ingereza : Angleterre, Grande-Bretagne habitants : Mw-ingereza / Wa-ingereza
U-faransa : France habitants : M-faransa / Wa-faransa
U-reno : Portugal habitants : M-reno / Wa-reno
U-rusi : Russie habitants : M-rusi / Wa-rusi
U-ganda : Ouganda habitants : M-ganda / Wa-ganda
U-laya : Europe NB habitants : M-zungu / Wa-zungu
NB de nombreux noms de pays ne prennent cependant pas le préfixe U-; exemples :
Tanzania, Kenya, Rwanda, Marekani (les Etats-Unis), Msumbiji (le Mozambique), etc.

Exemples d'accords pour les catégories a) et b) :

u-kuta m-refu : un mur haut u-limi mw-ekundu : une langue rouge
u-kuta u-le : ce mur-là u-limi w-angu : ma langue
u-fagio m-zito wa Amina : le lourd balai d'Amina
u-kuta wa nyumba u-mebomoka, nime-u-ona : le mur de la maison s'est effondré, je l'ai vu

NB. Les noms de pays de la catégorie c) s'accordent en cl. 9, car les mots nchi "pays" ou bara
"continent" sont sous entendus. Exemples :

[bara ya] Ulaya ina madola mengi : l'Europe comprend beaucoup de nations
[nchi ya] Urusi ni kubwa sana : la Russie est très grande

La paire de classes 11/10 :
La deuxième particularité de la classe 11 est qu'elle ne forme pas son pluriel en "classe 12"
comme on l'attendrait [la classe 12 n'existe pas en swahili - rappelons encore une fois que la
numérotation des classes : premièrement est arbitraire et deuxièmement a été établie pour
l'ensemble des langues bantu; mais même dans les langues où la classe 12 existe, elle ne
forme jamais le pluriel de la classe 11!]. La classe 11 forme son pluriel en CLASSE 10, tout
comme la classe 9. D'où l'importance de bien distinguer entre CLASSE et PAIRE DE
CLASSES [appelées "genres" par les bantouistes] : la CLASSE 10 sert de pluriel à la classe 9
dans la PAIRE DE CLASSES 9/10 et de pluriel à la classe 11 dans la PAIRE DE CLASSES
11/10.
Bien entendu, la classe 10 conserve toutes ses particularités en ce qui concerne la forme de
ses préfixes :

- si le thème commence par une voyelle, le préfixe sera ny- :
w-imbo : chanson, pl. ny-imbo w-avu : filet, pl. ny-avu
w-embe : rasoir, pl. ny-embe

- si le thème commence par -b-, le préfixe sera m- :
u-bavu : côte, pl. m-bavu u-bao : planche, pl. m-bao

- si le thème commence par une consonne non-voisée [se reporter à l'étude de la paire de
classes 9/10], le préfixe sera zéro :
u-kuta : mur, pl. kuta u-fagio : balai, pl. fagio
u-pande : côté, pl. pande u-funguo : clé, pl. funguo

N.B. : noter le cas spécial de u-limi : langue, pl. ndimi

-si le thème est monosyllabique, alors le préfixe est ny- qui se place AVANT le préfixe du
singulier u- :
u-so : visage, pl. ny-u-so u-fa : fissure, pl. ny-u-fa
u-ma : fourchette, pl. ny-u-ma [ne pas confondre avec nyuma cl. 9 qui signifie derrière,
arrière : nyuma ya nyumba : derrière la maison, à l'arrière de la maison].

(Mais les noms abstraits et les noms de pays n'ont pas de pluriel, évidemment...)

Bien entendu aussi, les accords de ces nominaux sont ceux que nous avons vus pour la classe
10 [s'y reporter]. Exemples :

cl. 11 : u-kuta u-le m-refu u-mebomoka, nime-u-ona : ce haut mur s'est écroulé, je l'ai vu
cl. 10 : kuta hi-zi n-defu zi-mebomoka, nime-zi-ona : ces hauts murs-ci se sont écroulés, je
les ai vus

cl. 11 : u-limi wa Juma ni mw-ekundu sana : la langue de Juma est très rouge
cl. 10 n-dimi za Juma na Shabani ni ny-ekundu sana : les langues de Juma et Shabani sont
très rouges

cl. 11 w-imbo wa mtoto u-nanipendeza : la chanson de l'enfant me plait [-pendeza : plaire ]
cl. 10 ny-imbo za watoto zi-nanipendeza : les chansons des enfants me plaisent

et ainsi de suite...
Leçon 10
La conjugaison négative. L'impératif.


Noter tout d'abord le négatif de la copule (servant à exprimer le verbe être) : si ,invariable.
Exemples :

mtu huyu si mzuri : cet homme n'est pas beau watu hawa si wazuri : pl.
yai hilo si bovu : cet oeuf n'est pas pourri mayai hayo si mazuri : pl.
etc.

Conjugaison négative : le futur négatif
La conjugaison négative présente parfois des différences de formes très importantes avec le
positif. Commençons par le cas le plus simple, le futur négatif. Celui-ci se différencie du futur
positif uniquement par la forme de ses préfixes sujet. Mettons les deux séries face à face :

Personne et classe Préfixe positif Préfixe négatif
1ère singulier ni- si-
2ème singulier u- hu-
1ère pl. tu- hatu-
2ème pl. m- ham-
classe 1 a- ha-
classe 2 wa- hawa-
classe 3 u- hau-
classe 4 i- hai-
classe 5 li- hali-
classe 6 ya- haya-
classe 7 ki- haki-
classe 8 vi havi-
classe 9 i- hai-
classe 10 zi- hazi
classe 11 u- hau-

Comme vous pouvez le constater, dans la plupart des cas le préfixe négatif se forme
simplement en ajoutant ha- devant le préfixe positif. Seules les 1ère et 2ème personnes du
singulier et la classe 1 sont irrégulières : si- au lieu de *hani-, hu- au lieu de *hau
(contrairement aux classes 3 et 11) et ha- au lieu de *haa-, encore que dans ce cas il soit
logique qu'un des deux -a- tombe
Les formes du futur négatif sont donc les suivantes (exemples avec le verbe -anguka
"tomber")

Positif Négatif
1ère sg. ni-ta-anguka si-ta-anguka
2ème sg. u-ta-anguka hu-ta-anguka
1ère pl. tu-ta-anguka hatu-ta-anguka
2ème pl. m-ta-anguka ham-ta-anguka
cl. 1 a-ta-anguka ha-ta-anguka
cl. 2 wa-ta-anguka hawa-ta-anguka
cl. 3 u-ta-anguka hau-ta-anguka
cl. 4 i-ta-anguka hai-ta-anguka
cl. 5 li-ta-anguka hali-ta-anguka
etc.

Les verbes monosyllabiques (plus -enda et -isha) conservent le -ku- à cette forme, comme au
positif. Exemples :

ni-ta-ku-ja : je viendrai si-ta-ku-ja : je ne viendrai pas
u-ta-ku-la : tu mangeras hu-ta-ku-la : tu ne mangeras pas
wa-ta-kw-enda : ils iront hawa-ta-kw-enda : ils n'iront pas
etc.

Le passé négatif :
Pour le passé, le négatif consiste à préfixer la même série de préfixes, mais en plus, la marque
-li- du passé est remplacée par -ku-. Exemples :

Positif Négatif
1ère sg. ni-li-anguka si-ku-anguka
2ème sg. u-li-anguka hu-ku-anguka
1ère pl. tu-li-anguka hatu-ku-anguka
2ème pl. m-li-anguka ham-ku-anguka
cl. 1 a-li-anguka ha-ku-anguka
cl. 2 wa-li-anguka hawa-ku-anguka
cl. 3 u-li-anguka hau-ku-anguka
cl. 4 i-li-anguka hai-ku-anguka
cl. 5 li-li-anguka hali-ku-anguka
etc.

Les verbes monosyllabiques (plus -enda et -isha) ne conservent pas leur -ku- à cette forme
(cela ferait deux -ku- de suite). Exemples :

ni-li-ku-la : j'ai mangé si-ku-la : je n'ai pas mangé
u-li-ku-ja : tu es venu hu-ku-ja : tu n'es pas venu
wa-li-kw-enda : ils sont allés hawa-kw-enda : ils ne sont pas allés
etc.

Pas encore :
Noter que le passé négatif sert aussi à nier la forme résultative en -me-. En effet si une action
ou un évènement n'ont pas eu lieu, ils ne peuvent pas avoir produit de résultat.
Donc : hakufa : il n'est pas mort, sert à nier aussi bien alikufa (= anglais : he died) que
amekufa (= anglais he is dead). Cependant, si on veut exprimer qu'une action n'a pas encore
eu lieu, mais qu'on attend qu'elle se produise, il existe un négatif spécifique dont le TAM est
-ja-

ha-ja-maliza kazi : il n'a pas encore terminé le travail (mais il le terminera bientôt, sans
doute).
Si l'on disait : ha-ku-maliza kazi, cela signifierait : il n'a pas terminé le travail une bonne fois
pour toutes (et donc ce travail ne sera jamais fini, en tous cas pas par lui !)

hawa-ja-lima shamba lao : ils n'ont pas encore cultivé leur champ (mais le feront bientôt)
hawa-ku-lima shamba lao mwaka huu : ils n'ont pas cultivé leur champ cette année (point
final !)

A cette forme, les verbes monosyllabiques ne conservent pas le ku- :

si-ja-la : je n'ai pas encore mangé (mais je vais y aller) ! si-ku-la jana : hier je n'ai pas
mangé (du tout)

On peut ajouter à cette construction l'adverbe bado "pas encore", placé au début ou à la fin de
la phrase :

sijala bado = bado sijala : je n'ai pas encore mangé

NB : curieusement, quand il accompagne un verbe positif, bado signifie "encore" :

bado anakula ou bien anakula bado : il est encore en train de manger

Et pourtant, bado employé tout seul a bien le sens négatif :

- je, amefika ? - bado : - eh bien, il est arrivé ? - pas encore

Le présent négatif :
C'est la forme qui présente le plus de différences avec le positif; alors que celui-ci est :
Préf.Suj.-na-Base-a
le négatif est :
Préf. Suj. Nég.- Base-i
Autrement dit, la marque de TAM -na- est remplacée par zéro et la voyelle finale devient
exceptionnellement -i. Exemples :

1ère sg. ni-na-anguk-a si-anguk-i
2ème sg. u-na-anguk-a hu-anguk-i
1ère pl. tu-na-anguk-a hatu-anguk-i
2ème pl. m-na-anguk-a hamw-anguk-i
cl. 1 a-na-anguk-a ha-anguk-i
cl. 2 wa-na-anguk-a hawa-anguk-i
cl. 3 u-na-anguk-a hau-anguk-i
cl. 4 i-na-anguk-a hai-anguk-i
cl. 5 li-na-anguk-a hali-anguk-i
etc.

Et les verbes monosyllabiques (plus -enda et -isha) ne conservent pas le -ku-, ce qui accroit
encore la différence avec le positif. Exemples :

ni-na-ku-l-a : je mange si-l-i : je ne mange pas
u-na-ku-j-a : tu viens hu-j-i : tu ne viens pas
wa-na-kw-enda : ils vont hawa-end-i : ils ne vont pas

Verbes à finale autre que -a :
Comme on l'a déjà mentionné, de nombreux verbes (surtout d'origine arabe) se terminent par
une autre voyelle que -a à l'infinitif. Cette voyelle finale est invariable et ne se change donc
jamais en -i au présent négatif. Exemples :

ku-jaribu : essayer > si-ta-jaribu : je n'essaierai pas, si-ku-jaribu : je n'ai pas essayé, si-
jaribu : je n'essaie pas
ku-sahau : oublier > si-ta-sahau : je n'oublierai pas; si-ku-sahau : je n'ai pas oublié; si-
sahau : je n'oublie pas
ku-samehe : pardonner > si-ta-samehe : je ne pardonnerai pas; si-ku-samehe : je n'ai pas
pardonné; si-samehe : je ne pardonne pas

Bien entendu, les verbes qui se terminent pas -i à l'infinitif le conservent toujours :

ku-rudi : revenir > si-ta-rudi : je ne reviendrai pas; si-ku-rudi : je ne susi pas revenu; si-rudi
: je ne reviens pas



L'impératif :
L'impératif singulier en swahili se construit très simplement : en règle générale, on prend
l'infinitif et on enlève le préfixe ku- (on verra quelques exceptions plus bas). Exemples :

ku-kata : couper imp. kata : coupe !
ku-piga : frapper imp. piga : frappe !
ku-anguka : tomber imp. anguka : tombe !
ku-sahau : oublier imp. sahau : oublie !
ku-jaribu : essayer imp. jaribu : essaye !
ku-samehe : pardonner imp. samehe : pardonne !
ku-rudi : revenir imp. rudi : reviens !
etc.

L'impératif pluriel se forme, lui, en ôtant le -a final et le remplaçant par -eni; pour les verbes
se terminant par une autre voyelle que -a, on ajoute simplement -ni. [N.B. en français on
distingue deux formes de l'impératif pluriel : la 1ère du pl. "coupons!" et la 2è du pl.
"coupez!". Seule cette dernière forme s'exprime par l'impératif pluriel en swahili, la 1ère
personne se rend par le subjonctif que nous verrons plus loin.] Exemples :

ku-kat-a : couper imp. pl. kat-eni : coupez !
ku-pig-a : frapper imp. pl. pig-eni : frappez !
ku-anguk-a : tomber imp. pl. anguk-eni : tombez !
ku-sahau : oublier imp. pl. sahau-ni : oubliez !
ku-jaribu : essayer imp. pl. jaribu-ni : essayez !
ku-samehe : pardonner imp. pl. samehe-ni : pardonner !
ku-rudi : revenir imp. pl. rudi-ni : revenez !
etc.

Impératif des verbes monosyllabiques :
Les verbes monosyllabiques conservent le ku- de l'infinitif et suivent par ailleurs les règles
données ci-dessus. Exemples :

ku-la : manger imp. ku-la : mange ! / kul-eni : mangez !
ku-nywa : boire imp. ku-nywa : bois ! / ku-nyw-eni : buvez !
etc.

Trois exceptions :
le verbe ku-ja "venir" devient njoo "viens" à l'impératif singulier et njooni "venez" au pluriel
le verbe kw-enda "aller" devient nenda "va" à l'imp. sg. et nend-eni "allez" à l'imp. pl.
le verbe ku-leta "apporter" devient lete "apporte" à l'imp. sg. et let-eni "apportez" au pl.

L'impératif avec marque d'objet :
En swahili standard, comme en français, on peut utiliser l'impératif avec une marque d'objet
"coupe-le !", "frappe-les !", "pardonne-moi !" etc. Il faut bien prendre garde dans ce cas-là à
la petite complication suivante : quand ils sont précédés d'une marque d'objet, les verbes se
terminant en -a à l'infinitif changent se -a en -e ! L'impératif pluriel et les verbes se terminant
par ue autre voyelle que -a ne sont pas affectés. Exemples :

i-kat-e : coupe-les ! (les arbres, miti, cl. 4) i-kat-eni : coupez-les !
m-pig-e : frappe-le ! m-pig-eni : frappez-le !
ni-samehe : pardonne-moi ! ni-samehe-ni : pardonnez-moi !
vi-som-e : lis-les ! (les livres, vitabu, cl. 8) vi-som-eni : lisez-les !
ya-lete : apporte-les ! (les oeufs, mayai, cl. 6) ya-let-eni : apportez-les !
etc.

Les verbes monosyllabiques perdent le ku-, pour le reste, ils se comportent comme ci-dessus.
Exemples :

i-l-e : mange -la ! (la viande, nyama, cl. 9) i-l-eni : mangez-la !
ya-nyw-e : bois-le ! (le lait, maziwa, cl. 6) ya-nyw-eni : buvez-le !

Le négatif : en swahili standard, il n'y a pas de forme propre pour l'impératif négatif. On
emploie le subjonctif négatif que nous allons étudier au second semestre