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La France, diversité et unité des territoires

1°) L’identité de la France

1- Un pays issu d’une lente construction historique

 La romanisation
Romanisation :assimilations de la civilisation des Romains et de leur langue, dans les
domaine économique, social, culturel et religieux, notamment en Gaule.

o La Gaule avant Rome.

Avant la conquête romaine la Gaule s’inscrit dans un espace palpable.


Sur l’emplacement de la France actuelle se trouve la Gaule celtique qui est
démographiquement importante avec environ dix millions d’habitants, mais ne possède pas de
réelle unité politique.
La Gaule est une zone de déplacements et d’échanges avec notamment l’utilisation de
l’isthme gaulois à des fins marchandes. Deux axes de circulation organisent le territoire : l’un
par le sillon rhodanien (vallée de la Soane et celle de la Seine), l’autre par la Garonne (seuil
de Naurouze et du Lauragais)
⇒ 1ère structuration de l’espace géographique de la Gaule.

Isthme : territoire plus ou moins étroit entre deux mers ou océans qui réunit deux terres.
Sillon rhodanien : expression qui désigne la vallée du Rhône, de Lyon à la Méditerranée.

o Stratégies spatiales de la colonisation romaine.

L’emprise de Rome s’exerce d’abord sur l’arc méditerranéen, de l’Italie à l’Espagne, puis
se développe vers l’intérieur avec la construction de routes stratégiques (Lugdunum/Lyon vers
Lutetia/Paris, vers l’océan)
Les Romains se soucient très tôt d’espaces frontaliers pour protéger les territoires gaulois :
émergence de repères géographiques constants Gaule= espace compris entre la Méditerranée
au sud, l’Atlantique à l’ouest, le Rhin à l’est.
Au début de la conquête, les armées romaines incorporent les gaulois en grand nombre ce qui
est un puissant moyen d’assimilation et consolide la romanisation.

Arc méditerranéen : métaphore géographique pour désigner les espaces littoraux en


Méditerranée occidentale (côte espagnole, Languedoc-Roussillon et Côte d’Azur en France,
côte occidentale de l’Italie)

o Aspects de la société gallo-romaine.

La romanisation a surtout lieu dans les villes. Ex : Lugdunum. La romanisation des élites
urbaines est favorisée par le fait que les villes sont organisées selon la logique administrative
de l’Italie.
L’empreinte romaine marque la campagne en termes de structures agraires par l’introduction
des centuriations (parcelles de 710m de côté) dans le Languedoc et les plaines de Provence.
Structure agraire : Conditions économiques, sociales et foncières dont dépendent
l’agriculture et l’élevage.

 Dix siècles de monarchie


o L’empreinte du christianisme.

La religion chrétienne joue un rôle majeur dans la construction de l’identité française : 1ères
communautés chrétiennes à Lyon et à Vienne vers 150.
Le baptême de Clovis vers 500 consacre le triomphe institutionnel de l’Eglise. Au VIII ème
siècle, après avoir reconnu le principe héréditaire du pouvoir royal, l’Eglise sacralise la
monarchie, et c’est ainsi que la collusion des intérêts de l’Eglise et de la monarchie est scellée
pour des siècles. Le réseau des monastères et des paroisses maille le pays. L’influence de
l’Eglise se maintient jusqu’à la Révolution française.
Le XIX° siècle marque le début d’un indéniable déclin : avec la vente des biens nationaux
l’Eglise perd un patrimoine considérable. De plus le développement au sein des élites d’un
positivisme teinté d’anticléricalisme accélère sa marginalisation politique.
L’influence culturelle et sociale connaît elle un déclin accéléré après la Seconde Guerre
Mondiale.

o Territoire et frontières.

Après le traité de Verdun qui donne lieu au partage de l’empire carolingien, la France
occidentale correspond à l’espace gaulois. Le domaine royal est réduit à l’axe Paris-Orléans
obligeant les souverains à une périlleuse politique d’agrandissement territorial pour repousser
les frontières maritimes, continentales et intérieures du royaume.
Sous Louis XIV se développe le concept de limites « naturelles » avec pour horizon les
Pyrénées, les Alpes, le Jura et le Rhin. La frontière nord reste longtemps floue.

o Paris, capitale d’un royaume de France centralisé.

A la fin du X°, la ville devenait le centre du royaume des capétiens (administration et


intendance royale). Début XIV° : 200 000 habitants⇒ suprématie sans égale en Europe.
L’aménagement des voies de communication à très tôt renforcé la centralisation et le pouvoir
politique promeut un espace politique à l’échelle du pays entier. Néanmoins la France reste
longtemps un espace difficile à parcourir (encore en 1780).

 La révolution de 1789, ruptures et continuités dans l’espace français


o Une nouvelle approche administrative du territoire.

La révolution de 1789 hérite de 3 objectifs de la monarchie : rationalisation du cadre


administratif du royaume, renforcement de la centralisation, amélioration des infrastructures
routières. Cela donne lieu à un découpage du territoire en départements, districts, cantons,
communes. Dans la gestion locale, la commune évince la paroisse, créant un espace politique
laïque de proximité pour les citoyens.
⇒L’Etat en ressort plus fort et davantage centralisé.

o Le changement du rapport à la propriété du sol.


Nd de mL’immense jacquerie de juillet 1789 traduit bien l’attente du peuple paysan, dont
l’insurrection se dirige contre un régime seigneurial contraignant.
Avec l’abolition des privilèges seigneuriaux, le législateur inscrivait la propriété, comme droit
fondamental dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. (symbole de la fin de la
société de l’Ancien régime)

o Le maintien du fonctionnement de la société et de l’économie.

En 1789, la France est très peuplée par rapport au reste de l’Europe avec 26 millions
d’habitants : le tiers état représente 98% de la population, la noblesse compte 400 000
personnes et le clergé 120 000.
Bien que la Révolution française représente un réel progrès dans le domaine des valeurs
universelles, les progrès du fonctionnement de la société et de l’économie sont plus mitigés.
En effet la hiérarchie sociale et économique n’est guère modifiée malgré la disparition des
ordres.

 L’invention historique et géographique de la France


o La personnalisation du territoire géographique français.

Les expressions fortes de la personnalisation de la France datent surtout du XIX° siècle,


surtout grâce à Jules Michelet. « (Car si) l’Angleterre est un empire, l’Allemagne est pays, la
France est une personne. »
Avec la Révolution, la souveraineté devient populaire et collective ; elle s’incarne dans les
allégories de la république et de la mère patrie. La personnalisation de la république, de la
nation, de la patrie se substitue à celle du roi.
France = expression puissante d’un idéal patriotique et républicain
La centralisation politique se renforce avec l’omniprésence fonctionnelle de Paris, propice à
l’entretient du processus de personnalisation du pouvoir et du territoire.
Ex du coq gaulois (gallus gallicus) comme individualisation métaphorique du territoire :
- sur les pièces de monnaie dès l’Antiquité
- Renaissance : présent sur les façades du Louvre et à Versailles
- III° République : grille du coq à l’entrée du palais de l’Elysée
- Première Guerre mondiale : coq comme figure de la résistance et du courage d’une
France aux origines paysannes
- Coq sur les timbres

o Perception et connaissance historique et géographique de la France.

Pendant des siècles, la population n’a pas eu de vision globale d’une entité territoriale
nationale, mais celle d’un pays local. C’est à partir de Paris que l’idée de la France se propage
lentement vers les périphéries et se développe dans l’imaginaire collectif.
Mise en place au XV° du tour de France par le roi, tradition qui subsiste jusqu’à maintenant
chez les dirigeants. Depuis 1789 la départementalisation a aussi joué un grand rôle dans la
perception du pays comme tout.

o Cartes de France : montrer la géographie, rappeler l’histoire, instruire le


civisme.
A la fin du XIX° siècle, les réalités géographiques et historiques du pays sont beaucoup plus
nettement perçues par la population. En 1885, Paul Vidal de la Blache publie les premières
cartes murales à but clairement pédagogique.
Les cartes historiques restituent la genèse de la « France éternelle » en représentant les
extensions successives et les moments forts du passé, et tiennent ainsi lieu de synopsis
patriotique et républicain d’une nation pétrie d’histoire.
En instruction civique, la carte des départements porte témoignage de l’ordre républicain, de
l’égalité territoriale, de la hiérarchie administrative de l’Etat et de la centralisation parisienne.
L’école laïque, obligatoire et gratuite fut un vecteur de la généralisation de la cartographie.

2- Des territoires géographiques, une nation française

Jusqu’à une période récente, l’identité française semblait clairement définie. La III°
République en avait forgé une définition largement enracinée dans l’imaginaire collectif, à
savoir une cause nationale commune, une logique jacobine, un profil identitaire sur fond de
mythes fondateurs.

 La France : une position géographique/ géopolitique exceptionnelle ?


o Le thème récurrent de l’isthme.

Le géographe Strabon évoquait déjà « l’isthme gaulois », ie ce rétrécissement de la terre, au


niveau du golfe du Lion et celui de Gascogne, du sud-est au nord-ouest.
Louis XVI ordonne en 1660, pour valoriser les avantages stratégiques et économiques du
site, la construction du canal du Midi.
Mais « l’isthme gaulois »est rapidement concurrencé par « l’isthme français » qui lui a
clairement une signification géopolitique : elle induit subrepticement la centralisation
parisienne et la justifie implicitement.
Aujourd’hui la France développe la thématique de « l’isthme européen » en tre Europe du
nord et du sud.
La thématique de l’isthme revient aussi dans le domaine culturel et artistique : la France
devient alors le pays du « milieu », un pays « passeur d’influences ».

o Le thème ambigu de la presqu’île.

C’est au moment des grandes découvertes que la France prend la mesure de sa « propices au
développement portuaire
Façades littorales = 5500 km propice au développement portuaire ⇒ construction d’une
puissance maritime mondiale.
Idéalisation du territoire ⇒ Bretagne comme pointe avancée (finisterre). La France a vocation
à être « la véritable terminaison continent » donc la presqu’île d’Europe.
Aujourd’hui, la nouvelle donne géopolitique et géoéconomique a replacé le thème de l’isthme
au centre de la réflexion géographique.
Pb : avec l’élargissement de l’UE et le décentrement vers l’est du centre de gravité ; il
existerait un risque de déclassement de la position stratégique du territoire français, selon une
logique de finisterre face à une logique d’un centre européen reconstitué autour d’une
Allemagne réunifiée.
Finisterre : désigne l’endroit où finit la terre, à l’extrémité d’un continent, et en avancée sur
l’océan (la Bretagne en France)
o Le thème synthétique du transept.

La France s’est mise en place selon une double interface (océanique/maritime et


terrestre/continentale).
Le thème du transept peut être compris comme la rencontre géohistorique de deux axes
identitaires orthogonaux.
Pierre Dabezies : « la nation s’est construite sur un transept est-ouest et nord-sud, selon deux
vision ... l’une plus œcuménique,... l’autre spécifique. »
Le pays a cultivé l’enracinement dans le terroir et l’ouverture au large, la patrie et l’universel,
le voisinage de proximité et la conquête des antipodes, la liberté individuelle et la fraternité
collective.
Terroir : portion d’espace agricole présentant une homogénéité physique ou d’aménagements
particuliers. Terme très attaché à l’agriculture, difficilement traduisible en d’autres langues.
 Des territoires multiples

La diversité régionale s’est estompée avec l’uniformisation de la société de consommation.


Mais des invariants demeurent (patrimoine linguistique, capital des identités, cultures et
tradition régionales, pratiques religieuses, attitudes politiques)

o Répartition historique des langues régionales.

L’hégémonie de la langue française est récente. L’imposition d’une unique langue véhiculaire
puis vernaculaire à été le faite de l’Etat monarchique et républicain. Avec la Révolution, le
français devient langue de la République.
Abbé Grégoire : l’anéantissement des patois importe à l’expression des Lumières, au bonheur
national et à la tranquillité politique ;
Jules Michelet : langue française = signe principal de la nationalité
Historiquement le territoire est divisé en deux aires touristiques majeures : langues d’oïl au
nord (invasions germaniques et normandes), langues d’oc au sud (romanisation ancienne). La
frontière entre ces deux contrées s’est très longtemps maintenue.
Après la Première Guerre mondiale, les langues régionales, dialectes et patois entament une
régression irréversible qui conduit à leur quasi-disparition.
En 1999, la France a signé la charte européenne des langues régionales et minoritaires.
Langue véhiculaire : langue apprise en plus du parler locale et servant de moyen de
communication entre des communautés de langues différentes.
Langue vernaculaire : langue locale, parlée couramment au sein d’une communauté.

o Identités, cultures et traditions régionales.

La variété des paysages et des territoires témoignent toujours de la richesse d’un territoire et
de l’enracinement multiséculaire de sa population.
Alors que la géographie culturelle fait l’éloge des cultures régionales, de la nécessité de leur
diffusion et de leur réappropriation par les citoyens, ce sont surtout les guides touristiques qui
font découvrir les richesses patrimoniales des régions.
A l’université, la géographie et l’histoire articulent à nouveau cultures régionales et culture
universelle. L’identité française redevient créatrice d’idées progressistes.

o Territoires, religion, éducation et politique.

En 1789, la société et le territoire français font l’objet d’une déchristianisation brutale, et


l’unité laïque du pays remplace l’unité religieuse de l’Ancien Régime. Néanmoins la majorité
de la population demeure croyante et pratiquante, bien que les idéaux de la Révolution se
soient peu à peu enracinés dans l’esprit des français.
Le processus de laïcisation caractérise la politique de la III° République et politique et morale
de l’Eglise, même si le christianisme continue à lier la société et à marquer le territoire.
A partir de la deuxième moitié du XX) siècle, les Français se détournent massivement du
culte catholique. 2007 c’est le pays européen qui compte le plus d’athées.

 Une unification nationale achevée


o De Valmy à Verdun ou le sacrifice suprême pour la patrie.

Depuis la Révolution, les guerres et autres drames ont favorisé la fondation ou la refondation
de la nation. Le moulin de Valmy évoque le peuple en armes, défendant la patrie (20
septembre 1792)
Les guerres du Consulat et de l’Empire contribuent aussi à la formation d’une identité
nationale, et la légende impériale s’inscrit rapidement dans la mémoire collective.
A Paris, les épisodes révolutionnaires de 1830, 1848, 1871 (la Commune) ont été des ocasions
de manifester contre la réaction et le conservatisme.
⇒ développement du sentiment républicain dans la classe ouvrière et la petite bourgeoisie.
La Première Guerre mondiale constitue elle aussi une rupture sociale et une éphémère union
nationale, dont la bataille de Verdun est le symbole.
Ainsi pour l’historien Antoine Prost, les commémorations du 11 novembre constituent peut
être le seul culte républicain qui ait réussi en France.

o Gares et chemins de fer : lieux de modernité, pôles de convergence et espaces


de rencontre.

A partir du milieu du XIX° siècle, la mise en place du réseau ferroviaire se fait prioritairement
au départ de Paris :
 1838 : plan Legrand (grandes radiales à partir de la capitale, « l’étoile
de Legrand »)
 Loi de 1842 qui arbitre les taches de construction entre l’Etat et les
compagnies privées
 1879 plan Freycinet
En 1914, un maillage très dense est dessiné, c’est un facteur essentiel de l’aménagement du
territoire de même qu’une réaffirmation éminente de la restructuration « républicaine » de
l’espace⇒ toutes les préfectures sont desservies
Il y a constitution d’une nouvelle sociabilité :
 Monet peint la gare Saint-Lazare
⇒ lieu inédit, mi-industriel, mi-urbain, devient une matrice sociale et culturelle pour tout un
peuple

o La préfecture et la mairie : symboles de la république.

Jusqu’en 1914, la III° République œuvre pour le renforcement du maillage administratif. En


effet l’administration préfectorale possède un rôle essentiel de maintien de l’unité nationale et
de cohésion sociale.
La mairie, au cœur de chaque commune, joue un rôle identitaire encore plus fort et n’a pour
symbole équivalent que l’école communale.