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Psychanalyse et politique, le blog Articles associés au tag "parlêtre" mercredi 10 février 2010 Chroniques

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mercredi 10 février 2010

Chroniques d'un amalgame - Claudine Valette - Damase

Claudine Valette-Damase, analyste, membre ECF

Des actualités récentes poussent à mettre en question un des premiers étonnements révélés par la clinique auprès des personnes dites « âgées » dites « démentes » : l’amalgame entre la vieillesse inéluctable des sujets de nos sociétés riches et « la maladie d’Alzheimer », « la dépression » et « la fin de vie ». La mise en place de la « gestion des cas » dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre la maladie d’Alzheimer en atteste, faisant de la vieillesse en souffrance, une marchandise à traiter.

Au moment même où Jeanne Jugan, fondatrice et inspiratrice des Petites Sœurs des pauvres au XIX e - engagées au service des personnes âgées - est canonisée par Benoît XVI. Elle fut reconnue pour son siècle puisqu'elle reçut en 1844 le prixMontyon de l'Académie française pour son œuvre dédiée à l'assistance des pauvres et des personnes âgées. Elle avait le charisme de Sœur Térésa ou de Sœur Emmanuelle.

« Alzheimer », « dépression » et « fin de vie » sont devenus les signifiants-maîtres, terrifiants de la

vieillesse ; ils font la une des médias, remplissent les rayons des librairies, sont d’usage constant. Ces

signifiants stigmatisent le moindre oubli bénin, étiquettent la moindre bizarrerie de la personne dite

« âgée ». Ils sont l’épée de Damoclès, version XXI e siècle, de la vieillesse.

Dans le temps présent, la civilisation dénie ce qui dérange, prône la jeunesse éternelle, l’immortalité, la prévention généralisée, la sécurité exacerbée et le bien-être garantie. L’avancée en âge du parlêtre vient se mettre en travers de ce programme conçu pour le bonheur et ses bienfaits qui l’accompagnent.

Dans les institutions, ces sujets présentent des symptomatologies des plus hétéroclites. En effet, les personnes avancées en âge, isolées, côtoient dans ces services, des malades atteints de pathologies invalidantes : des déments, des Alzheimer, des dépressifs âgés, des suicidaires, des malades mentaux dits stabilisés placés dés l’âge de 50 ans, elle est sans limite, rien ne venant les différencier. Le discours politique les désigne sous les mots-clés de « personnes âgées dépendantes », « personnes désorientées ». Ces « désorientés » subissent de plein fouet la ségrégation, ils souffrent véritables naufragés et angoissés. La médecine se heurte à la difficulté à établir des diagnostics différentiels entre symptômes dépressifs et démences, entre pseudo-démence et démence et entre les différentes démences. Leurs symptômes sont déclinés et classés dans le DSMIV1 en divers troubles: troubles démentiels, troubles dépressifs, troubles de la mémoire, troubles mentaux, troubles de la conduite et du comportement, troubles cognitifs, troubles confusionnels. Les diagnostics se font de façon quasi systématique sous le vocable: «Démence de type Alzheimer et troubles apparentés» ou « Dépression du sujet âgé"2. Médecins, soignants, travailleurs sociauxcherchent au quotidien des façons de faire, de répondre au traitement et à l’accompagnement de ces malades. L’incidence la plus prégnante de la prévalence de la notion de trouble sur le symptôme est l’objectivation qui se veut sans faille des pratiques soignantes et d’accompagnement. En effet, les neurosciences associées à la pharmacologie règnent en maître absolu aussi bien dans les diagnostics par des tests les plus alambiqués que dans les traitements, elles s’acharnent à trouver les zones neuronales de tous les affects et les troubles ; et par voie de conséquence affirment que la zone de liberté, d’indétermination, de désir n’existe pas et que de ce fait, le sujet est entièrement programmé par le cerveau jusqu’à la fin de sa vie. Le discours de la science ne cesse de reculer l’échéance de cette fin de vie à n’importe quel prix, en faisant du vieuxl’emblème de la dépression, de la mort ou de« l’Alzheimer ».

La causalité organique aurait-elle réponse à tout ? Les méthodes injonctives ont force de loi et tous les dispositifs concourent à éloigner le praticien d’une quelconque relation dite humaine. Dans le dernier plan quinquennal de lutte contre la maladie d’Alzheimer, La gestion des cas y est présentée comme une panacée universelle pour la prise en charge des malades et de leur entourage dans le cadre des « MAIA » (Maisons pour l'Autonomie et l'Intégration des malades Alzheimer) véritable guichet unique pour construire un parcours de prise en charge coordonné et personnalisé. Seuls les traitements par les TCC (Thérapie cognitivo comportementale) et les conseils de bonnes pratiques sont prônés, exacerbant les souffrances des malades et de leur famille et engendrant chez les professionnels, différentes manifestations symptomatiques pouvant atteindre des points de non-retour. Quid de la clinique, quid du sujet et de ses symptômes, et quid de l’angoisse toujours présente. Dans les prises en charge, la dimension clinique n’existe pas, laissant donc de côté la particularité qui la fonde. Paradoxalement dans ces institutions, la parole y est considérée comme une vertu, parler fait du bien, c’est une certitude inébranlable pour les professionnels. C’est à partir de ce malentendu qu’un travail clinique orienté par le discours analytique où aucune méthode-type, aucun savoir préétabli ne préexistent, peut être proposé auxpraticiens . A l’envers de ces pratiques objectivantes, la clinique analytique se met en travers de la bonne marche du monde. Le discours analytique élaboré par Jacques Lacan permet une orientation et des rencontres qui se fondent sur la particularité de l’être parlant au-delà des normes et des standards. À l’heure où les neurosciences s’imposent à l’ensemble du monde comme fait scientifique incontournable et indiscutable, s’alliant au juridique pour contraindre le sujet à une protection par le droit sans son consentement, l’enseignement de la psychanalyse nous pousse à trouer ce savoir universel.

1 Ibid.

2 AMERICAN P SYCHIATRIC ASSOCIATION DSM-IV, Paris, Masson, 1996

Posté par [Dario Morales ] à 06:01 Tags associés à cet article: corps, démences, maladie d'Alzheimer, neurosciences, parlêtre

vendredi 23 octobre 2009

Yes, he can ! - Paulo Siqueira

Paulo Siqueira, psychanalyste, membre ECF

Formidable surprise : Barak OBAMA est prixNobel de la Paix! Alors qu’à l’ère de Bush, de Tony Blair, de Sharon et d’autres semblables, les va-t-en-guerre avaient le vent en poupe, il revient au « Premier Noir » Président des USA d’oser parler de négociation avec les pays de «l’axe du Mal » et même de dénucléarisation de la Planète. Les grands esprits de ce monde vont sûrement se moquer du grand, svelte et jeune « naïf » qui a eu le courage de concevoir une politique où l’on cherche « la paixde braves » plutôt que la guerre totale jusqu’à l’extermination des ennemis de la Démocratie. Ces « réalistes » qui ne croient qu’au pire (toujours certain, n’est-ce-pas ?) continueront à refuser toute négociation avec les représentant patentés du Mal Absolu (les intégristes iraniens, les talibans afghans, le dernier stalinien en Corée du Nord, etcetera). Ils vont tous se gausser de ce prixNobel (« une médaille de chocolat », c’est le commentaire que je viens d’entendre dans une chaîne de Télévision) sous le prétexte que seul le résultat compte et que pour l’instant on ne voit pas les effets positifs de sa politique de « la main tendue ». On va donc parier sur l’échec d’Obama au Moyen Orient, en Afghanistan, en Irak, à Guatanamo et ailleurs. Or, il ne faut pas se tromper. Barak Obama n’est pas un pacifiste, il est loin d’être tombé dans l’angélisme de Carter. On peut dire, c’est vrai que tous ceuxqui ont cru auxvertus de la non- violence (Ghandi, Martin Luther King et quelques autres) ont fini assassinés. Il ne manquera pas qui parient sur l’assassinat du Président des USA, ce qui est une probabilité, mais pas une fatalité. C’est facile de jouer auxCassandres. « Yes, he can » c’est la devise d’Obama et les analystes devraient en prendre de la graine. Au contraire de celui qui nous hyperprésidentialise, Obama ne dit pas que « tout

est possible ». C’est vrai, qu’il n’est pas non plus freudien au point de reconnaître ce qu’il y a d’impossible dans l’art de gouverner. Loin, très loin de tomber dans l’impuissance qui caractérise l’Europe de nos jours, Obama ne manque pas de courage car il fait le pari de la paixcar le jeu vaut la chandelle, et il affirme qu’il faut continuer à discuter sans pour autant croire qu’on va se donner la main les uns auxautres et former la grande ronde de l’Harmonie Universelle. Par contre, semble-t-il le dire, il ne faudrait pas renoncer auxvoies de la parole pour régler les conflits entre les nations et les peuples, seules capables d’apaiser les pulsions qui, si on les laisse aller jusqu’à leurs déchainements, n’épargneront ni les parlêtres ni la planète. Posté à 09:09 Tags associés à cet article: impuissance, parlêtre, parole, puissance

mardi 17 février 2009

Entre les mots, entre les hommes - Françoise Labridy

Françoise Labridy, psychanalyste, membre ECF

Les discours et les pratiques actuelles en se rigidifiant et en se réduisant à des normes acceptées et appliquées comme des exigences inéluctables, fonctionnent sur l'obéissance à une autorité extérieure posée comme idéale. Leurs raisons changent en fonction du moment de l'histoire : hygiène, pureté de la race, santé, sécurité, efficacité, économie, privatisation. S'y profile la possibilité de l'extension d'un pouvoir totalitaire renouvelé, s'il n'y a pas l'existence en contre-point, de débats politiques contradictoires, de controverses théoriques concernant les fondements nécessaires d'un lien social toujours à transformer afin qu'il reste vivable, à chaque moment de la civilisation.

De quel lieu la psychanalyse peut-elle intervenir dans le concert de ce qui ne fait pas monde ?

Lacan avait qualifié d 'art humain la position de certains psychiatres anglais orientés par la psychanalyse, pendant la guerre de 1940-45 : celle de préserver l'accès à cette « sensibilité des profondeurs humaines » comme une charge sociale dont ils n'avaient pas le privilège mais qui relevait de leur qualification d'analyste et de sa formation, ne méconnaissant pas le transfert et ses effets de pouvoir. Lacan s'inspirera en 1964, du travail de groupe qu'ils avaient inventé, où s'articulaient la dimension collective et le un par un, pour créer le dispositif du cartel, principe d'une élaboration soutenue entre quelques uns (de trois à cinq, plus un), comme principe de critique assidue de ce qui édulcore la psychanalyse. Ce à plusieurs remet à chacun la responsabilité du progrès de l'ensemble, subordonne le souci individuel de se faire valoir à la visée commune, instaure la possibilité de l'accueil de ce qui passe entre chacun, à leur insu.

Les psychanalystes n'échappent pas à la sclérose de leurs concepts et de leurs outils de travail, si ceux- ci ne sont pas vivifiés et transformés à partir d'une pratique analytique vivante en prise sur les questions du temps auxquelles les confrontent leurs analysants. Freud et Lacan, jusqu'à leur mort n'ont jamais lâché sur cette nécessité d'avoir à réinventer dans une parole inédite avec chaque nouvel analysant, les points d'appuis leur permettant de traverser l'angoisse d'avoir à vivre, avec ou sans raison de vivre. La psychanalyse est également soumise de l'extérieur à un ravalement de ses apports théoriques qui sont utilisés par les autres disciplines du champ social pour d'autres intérêts que ceuxqui ont présidés à leur création dans les cures, notamment en toute méconnaissance du transfert. C'est ainsi qu'une vaste psychologisation de ses apports sous forme de connaissances impératives réductrices, contribue à la remplacer tout en la faisant disparaître, en détournant les humains du vif de leurs questions existentielles concernant la sexualité, la mort et l'amour dont la psychanalyse est un des lieuxpossibles de mise au point dans la plus grande singularité d'un désir.

Dans son dernier enseignement, Lacan prenait la mesure du changement de civilisation dans lequel nous entrions, avec l'offre démultipliée par les progrès scientifiques de la production d'objets variés permettant de satisfaire en masse un maximumd'individus. Il en déduisait le passage de la logique de gestion des masses par l'idéal mise en lumière par Freud à une autre beaucoup plus difficilement traitable, celle d'une logique de traitement des masses par la jouissance des objets de la science. Les objets manufacturés

comblent, opacifient, embarrassent la recherche du désir pour chacun, ils contrarient la recherche d'une vérité dans une parole adressée à d'autres hommes. Pour Lacan, le fondement de la réalité sociale, c'est le langage, ce qui permet de ne plus se satisfaire de la figure imaginaire pour situer l'autorité, mais de considérer que chacun par l'usage de la langue et grâce à sa circulation vivante entre les hommes, peut arriver à construire ce qui fait autorité pour lui et commune mesure pour quelques uns. Le texte préparatoire à la Rencontre Européenne de Pipol IV, de Jacques-Alain Miller nous invite à travailler à Barcelone en juillet 2009 cette équivalence : la réalité psychique, la réalité sociale, le langage. L'invention de l'objet a, permet d'apercevoir comment les objets de la technoscience contribuent à venir boucher les orifices pulsionnels à partir desquels chacun d'entre nous trouve une jouissance de corps, en en multipliant les diversités à l'infini. Si l'insertion sociale se fait maintenant davantage par la consommation d'objets que par l'identification à l'idéal, l'usage répété d'objets virtuels crée des zones d'irréalité dont certains ne peuvent plus se séparer. L'angoisse ne disparaît pas, mais réapparaît ailleurs, dans des symptômes inédits.

Le discours scientifique ne permet pas de situer la juste place de l’angoisse pour un sujet, s'il empêche la dialectique possible au désir par un savoir prétendant à l'universalité. Le politique détourne également de l'angoisse en usant du savoir scientifique comme un « communément admis », faisant normalisation. Or l’angoisse témoigne de la vérité du réel pour les humains vivants et parlants, soit ce qui dans leurs expériences de vie et leur contexte d'histoire peut être impossible à symboliser pour eux. Alors l’angoisse s’éprouve, sans pouvoir se dire ; des « événements de corps » en témoignent (douleurs, spasmes,

Elle est trans-individuelle, et traverse les êtres parlants. Elle ne s’interprète pas, elle

peut être ravivée, par des rencontres contingentes, elle avive en nous les douleurs de fantômes assoupis, de démons inassouvis, qui peuvent trouver passage à la réactivation de leurs cris ; elle est signe de ce qui résiste à se dire, à se parler, à faire sens, elle fait des humains des signes du réel. Elle peut coaguler des foules, faire basculer dans des idéologies honteuses attisant haine de soi par la haine de l'autre. Un totalitarisme de la satisfaction à tout prix, alors, monte sur scène, écrasant la recherche du désir, qui vit d'un manque à avoir et à être. Si dans une société, l'angoisse ne peut plus être acceptée dans sa valeur structurante de laisser faire place au désir par la circulation des mots de chaque sujet et à une irruption de la pulsion requérant une responsabilité dans ses actes ; alors peut se manifester une prise en masse du collectif par d'autres symptômes (paniques à grande échelles, généralisations phobiques, somatisations, hyper-activisme, fuite en avant, errance, refus, acting-out et passages à l'acte violents). Comment les analystes peuvent-ils avertir du retour toujours possible des puissances sombres du surmoi afin que le dénominateur commun ne soit pas la haine ? Comment peuvent-ils contribuer dans le champ social à l'élaboration du « un par un », à travers une commune mesure qui reste humaine ? Préserver un avenir qui ne soit ni Dieu, ni diable, ni l'exercice d'une tyrannie, requiert de situer un lieu vide, où puisse s'inventer encore et encore la liberté des expériences humaines comme histoire vivante. Chaque homme est l'exclus d'une humanité en puissance à cause de cette jouissance pulsionnelle en excès dont il a à s'éloigner, il peut devenir le bannis de sa propre histoire, si on lui impose de nier « la part maudite » de son passé et s'il ne peut pas reconnaître sa part de négritude dans l'étrangeté de l'autre. La jouissance en trop, celle qui détruit, et opprime sans plus aucun discernement, peut aussi fédérer les hommes de manière inouïe, les « bannis disparates » peuvent en traversant les douleurs imposées par l'histoire trouver un dépassement vers l'universel par approfondissement de leur singularité. L’expérience ultime de l'analyse pousse à une autre radicalité de la singularité, solitude du non-commun, du non- monde : «S' il n'y a pas de tous, mais des épars désassortis. », l'improvisation de quelques uns peut trouver dans l'impasse d'une situation la force vive de nouvelles interventions.

agitation, dégoûts

).

Au petit matin de 2009, attendant la lumière de l'aube, nous avons vu se déployer les jeuxde la folie guerrière et l'insolence des tueries rejaillir. Se laisser sidérer, fasciner, ravager par les plaies, ou ouvrir un espace vide où des fraternités âpres auront à cheminer pour que ne s'écrase pas la vie des désirs ? Février 2009, la crise économique se déploie dans un désarroi social, mais fait se rencontrer dans des conversations inédites ceuxqui ne se côtoyaient pas, la contingence ouvre à un passage pour se retrouver et parler, circulation du discours, ou les plus de jouir de la langue viennent se substituer auxS1 du maître et à l'objet de consommation. Quel Autre pays des hommes peut se construire lorsque chaque homme peut y parler pour dire ce qu'il veut vivre.

Mots clés : solitude, universel, réel, singulier, parlêtre

Posté par [Dario Morales ] à 11:35 Tags associés à cet article: parlêtre, réel, singulier, solitude, universel

lundi 9 février 2009

Souffrance à rééduquer ? - Dominique Fabre Gaudry

Dominique Fabre-Gaudry, psychanalyste, ECF

Depuis quelques années sont apparus une série de catégories des troubles (dyslexies, dyspraxies, dyscalculies,…) qui viennent réduire les souffrances de l’enfant à un dysfonctionnement à rééduquer. Dans le Séminaire, L’éthique de la psychanalyse, Lacan remarquait que les « psychanalystes de l’enfant » sont souvent amenés à « empiéter sur le domaine de l’éducation et à opérer dans la dimension d’une orthopédie, dans un sens étymologique ». Il référait cette orientation à l’éthique d’Aristote qui est une « science du caractère » : une formation du caractère par « habitudes, dressage, éducation ». « La vertu morale […] est le produit de l’habitude ». A cette orientation il opposait « les traumas et leur persistance » c’est à dire « un repérage […] par rapport au réel »(1). Aujourd’hui, force est de constater que l’orthopédie est l’orientation dominante dans le champ de la psychiatrie de l’enfant. Une collègue du CMP vient de recevoir un garçon de dixans, avec un diagnostic de « dyspraxie visuo-spatiale » et une indication de « rééducation avec ergothérapeute ». Dans le dossier qui nous est transmis, trois pages d’une succession de résultats de tests et pas un propos de ce garçon ! L’intention se lit clairement quand la psychologue écrit : « J’ai noté quelques réactions immatures, il avait tendance à vouloir jouer. Il avait aussi envie de raconter des faits personnels, j’ai, néanmoins, réussi, très facilement à le recadrer ». Foin d’un enfant qui joue et qui parle ! On peut lire sur le site internet consacré à la dyspraxie visuo-spatiale : « Il est important d’expliquer ces troubles auxenfants et à leur entourage : ils souffrent d’une pathologie que l’on peut nommer et dont ils ne sont pas responsables, ni eux, ni leur famille ». La boucle est bouclée : le symptôme est réduit au silence et la responsabilité du sujet et son implication dans son symptôme sont évacuées. Pour la psychanalyse, le symptôme d’un parlêtre est une réponse de l’inconscient à un réel et « l’inconscient est un savoir, un savoir-faire avec lalangue »(2).[1] Pour l’illustrer, deuxvignettes :

une de ma pratique, une de Freud. Stéphane est né avec une malformation de l’intestin et a subi dix-sept interventions chirurgicales au cours des deuxpremières années de sa vie. Quand je le rencontre, à neuf ans, il alterne de longues périodes d’apathie, entrecoupées d’exploits soudains et intempestifs où il se met en danger. Il a aujourd’hui onze ans et s’est inscrit à un atelier de théâtre. Son dernier rôle - un torero – l’a beaucoup angoissé. « J’ai joué un… », il ne trouve pas le mot et poursuit : « C’était quand le taureau fonçait vers moi, vers mon ventre, pourtant je savais que les cornes étaient en carton, qu’il n’y avait pas de danger ». Il trouve alors le mot manquant : « J’ai joué un trouillero ». Aussitôt, il s’aperçoit que ce mot, un néologisme, n’est pas le bon. Néanmoins, il sait y reconnaître deuxsignifiants – trouille et héros – majeurs dans la conduite de sa vie. Cette invention langagière qui condense trouille et torero inclut aussi le trou réel du traumatisme qu’il vient border. Dans une lettre à Fliess (29-12-1997)(3), Freud évoque M.E., un patient adulte qui a présenté « à l’âge de dixans un accès d’anxiété au moment où il essayait d’attraper un coléoptère noir (Käfer) qui ne se laissait pas faire ». Freud note que la signification de cet accès demeurait obscure. Or, le patient « traitant du chapitre « perplexité » rapporte une conversation entre sa grand-mère et sa tante » à propos de sa mère, déjà morte à cette époque, conversation d’où « il fallait conclure qu’elle avait longtemps hésité avant de se décider ». Le patient interrompt tout à coup son récit pour reparler du coléoptère Käfer dont il a, depuis des mois, cessé de faire mention et ensuite des coccinelles (en allemand, Marienkäfer) (la mère du patient s’appelait Marie). Le patient éclate alors de rire mais, d’après Freud, interprète faussement sa gaîté à partir du nomsavant que les zoologues donnent auxcoccinelles. Cependant, la séance suivante, dès le début, il raconte qu’ « il s’est rappelé la signification du Käfer. C’était que faire ? (en français), soit perplexité ».Freud ajoute qu’on peut qualifier une femme de « gentil Käfer » et que la bonne de M. E., objet de ses premières amours, était française et qu’il avait appris le français avant l’allemand. Voilà démontré le gai savoir de l’inconscient ! Tout est dans ces quelques lignes : l’inconscient structuré comme un langage, pris dans son « motérialisme »(4), l’inconscient qui se donne dans la

surprise, la cause sexuelle et le symptôme qui témoigne chez le parlêtre de la rencontre entre lalangue et le corps.

(1) Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1986, p. 21. (2) Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 127. (3) Freud S., La naissance de la psychanalyse, Paris, P.U.F., 1973, p.213-4. (4) Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme ».

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Posté par [Dario Morales ] à 08:54 Tags associés à cet article: corps, lalangue, parlêtre

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Morales ] à 08:54 Tags associés à cet article: corps , lalangue , parlêtre --- Ecole

Ecole de la Cause freudienne (ECF)