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INTRODUCTION

Dans le présent essai, nous tenterons de cerner quelques enjeux politiques et en particulier le devenir de l'État-nation dans le contexte de l'hégémonie mondiale de l'économie de marché. Cette caractérisation de la conjoncture internationale actuelle n'est pas sans bouleverser les relations entre le politique et l'économique. Un tel bouleversement atteint aussi l'appréhension et la définition du rôle de l'État.

Ce phénomène a fait l'objet d'un nombre considérable de publications parmi lesquelles il faut compter des adeptes autant que des plaidoyers critiques et/ou dénonciateurs.

En considérant comment le phénomène de la mondialisation est défini et argumenté par divers auteurs, nous tenterons d'établir s'il y a lieu, un lien entre la position développée et la conception du rôle de l'État. Nous postulons que celle-ci (la compréhension du rôle de l'État) est tributaire du plaidoyer favorable ou non à la mondialisation. Par exemple, les auteurs anti- mondialisation seraient davantage soucieux de la souveraineté des États et de la réalisation de la démocratie.

Nous pouvons aussi postuler que des auteurs favorables à la mondialisation parviennent à concilier les impératifs de l'économie de marché de la gouvernance mondiale et une certaine souveraineté (partagée) des États-nations.

Aussi, ce présent essai a pour objet d'examiner les enjeux et les défis que présente la mondialisation économique pour l'État-nation. Il s'agit aussi pour nous de s'interroger sur les approches théoriques multidisciplinaires de la mondialisation, puis de rendre compte des grandes tendances qui concourent à redéfinir le rôle du gouvernement et de la fonction publique. Ainsi, nous tenterons de faire la lumière sur l'État-nation comme acteur économique et social, et de traiter de la remise en question du rôle de l'État à partir des années 80 suite au triomphe du libre marché (en particulier avec le Tatcherisme et le Reaganisme). Nous examinerons le problème de la gouvernance mondiale à son échelle, ainsi que l'éventualité d'une gouvernance mondiale, politique, économique et sociale. Enfin, nous analyserons les changements de style de management qui s'imposent pour la mise à niveau de l'administration publique.

LA MONDIALISATION ÉCONOMIQUE ET SES CAUSES

La mondialisation économique est une réalité très récente puisqu'elle remonte aux années 80. Cependant, il nous faut expliciter ses caractéristiques et identifier les causes de son origine.

La première caractéristique: de la mondialisation est sans nul doute la forte ouverture que les économies nationales ont subit depuis le début des années 80 et l'apparition d'une «contrainte extérieure». À titre d'exemple, la France passe d'un taux d'ouverture d'un peu plus de 10% à la fin

des années 70 à un taux de près de 40% à la fin des années 90 1 . Cette ouverture n'a pas été aussi forte pour tous les pays, notamment les États-Unis et le Japon, mais elle a été aussi nettement plus forte pour d'autres, comme les Pays-Bas ou Singapour. On remarque aussi que cette ouverture s'accompagne d'une forte régionalisation des échanges commerciaux. Si l'on regarde l'ouverture de l'Union Européenne, on remarque que celle-ci est de 10%.

cette ouverture économique s'est accompagnée d'une très forte

intégration des marchés financiers, si bien que l'on parle aujourd'hui de mondialisation/globalisation

financière comme facteur aggravant l'insécurité économique et les inégalités sociales. Elle diminue le choix des peuples et contourne souvent les institutions démocratiques et les États souverains en charge de l'intérêt général. Elle leur substitue des logiques purement et strictement spéculatives exprimant les seuls intérêts des entreprises transnationales et des marchés.

Deuxième caractéristique:

À ce propos, on voit en effet apparaître, au milieu des années 80, un marché mondial des obligations, très vite relayé par un marché d'actions et de nouveaux instruments financiers (notamment les dérivés). Ces marchés mondialisés sont très larges, c'est-à-dire offrant une large gamme de produits, et très liquides, c'est-à-dire ayant de très importantes transactions quotidiennes. On estime à ce propos que plus de 1 000 milliards de dollars «font le tour de la Terre» tous les jours, soit une valeur supérieure au budget annuel de la France.

enfin, la mondialisation de l'économie découle des deux

premières. On note, en effet, depuis le début des années 80, l'émergence de très grandes firmes transnationales ayant des stratégies mondiales, et étant capables de faire jouer au maximum leurs avantages compétitifs. La CNUCED 2 estimait leur nombre en 1997 à plus de 45,000, avec environ 300,000 filiales. Par rapport à 1980, c'est donc une multiplication de leur nombre par 6.

Troisième caractéristique:

C'est d'abord la

formidable baisse des coûts de transport et de télécommunication depuis le début des années 80. On estime, par exemple, que le coût d'une minute de téléphone entre Londres et New-York a été divisée par plus de deux depuis 1980. De même, le coût du transport maritime a fortement baissé avec la mise en place des containers. Cette baisse des coûts a été principalement due au progrès technique avec notamment, la mise en place de réseaux informatiques performants.

Causes:

les causes de ce phénomène sont désormais biens connues.

Ensuite, on considère que la vague de libéralisation et de déréglementation des marchés, que les États ont librement décidée durant ces mêmes années, est le deuxième facteur explicatif de ce phénomène. Les barrières à l'entrées ayant baissé, de nombreuses firmes, ont pu, dès lors s'implanter à l'étranger.

Enfin, un fait majeur est souvent occulté: la crise économique. Le besoin de déboucher pour les firmes et la course aux marchés, (que celle-ci se fasse par les exportations ou les flux d'investissements directs), constituent un facteur majeur de la mondialisation de l'économie. Cet

1 Le taux d'ouverture se calcule comme suit: (Exportations + importations) / PIB.

2 Rapport annuel de la CNUCED 1997.

aspect de la mondialisation est, selon Pierre VELTZ 3 , trop souvent écarté.

On peut donc affirmer que la mondialisation est avant tout celle du capital. Celle-ci touche désormais tous les secteurs d'activité, et ses conséquences posent de graves problèmes aux États, au- delà du nécessaire ajustement de leurs structures internes. Il semble en effet que ce phénomène pose le problème de la gouvernance à l'échelle nationale et de la nécessaire coordination de l'action des États. Il faut ajouter que la réflexion sur le rôle de l'État dans l'économie ne peut être séparée de la réflexion sur l'articulation entre démocratie et économie de marché. Si trop de marche tue la démocratie, trop d'État la tue aussi.

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES DE LA MONDIALISATION

Les évolutions des sphères économiques et sociales depuis le début des années 80 sont si profondes et si brutales qu'elles touchent désormais au plus profond des rapports sociaux, économiques et même politiques de l'ensemble des hommes sur la planète. Il n'est pas un jour sans qu'un média ou un homme politique n'invoque les effets de la mondialisation que subissent les rapports économiques et sociaux, que ces effets soient vus négativement (délocalisation des activités) ou positivement (excédents commerciaux).

La mondialisation économique se manifeste par certains phénomènes qui sont apparus ou se sont accélérés depuis le début des années 1980. C'est le cas notamment du développement des échanges commerciaux entre les États et la libéralisation des marchés; l'accroissement des investissements extérieurs directs; la globalisation financière; l'extension du champ de la concurrence internationale à des domaines qui en étaient protégés comme les services d'assurance, les services financiers, les télécommunications, l'audiovisuel, les transports, etc.; et enfin la concurrence des pays émergents.

Ces tendances sont facilitées par la déréglementation des marchés, des capitaux et des monnaies, et les percées dans les technologies de l'information. Ce sont ces dernières qui sont à la base de la globalisation; elles offrent des ressources illimitées en matière d'information à un coût très faible. Ces progrès techniques ont entraîné une baisse régulière du coût des transports internationaux de marchandises, de voyageurs ainsi que des communications internationales. Ils ont aussi accéléré l'internationalisation de la production et des services, et la segmentation de la production. De ce fait, les champs de la division internationale du travail et des opérations financières se sont considérablement élargis.

L'enjeu principal de la mondialisation économique concerne la constitution de nouveaux espaces de régulation c'est-à-dire des espaces non nationaux comme les zones monétaires, les espaces de formulation des règles, normes et politiques.

Quoique la plupart des États soient engagés depuis les années 1980 sur la voie de l'ouverture externe et de la réduction économique du poids de l'État, il y a une pénurie de capitaux pour ces

3 Mondialisation, villes et territoire - L'économie d'Archipel, Paris, PUF. 262 pages.

économies; les capitaux productifs circulent à l'intérieur des pays les plus riches.

La grande majorité des débats cruciaux à l'heure actuelle concerne, de près ou de loin, l'un des aspects de ce phénomène. Le plus récent touche aux effets de la mise en place de l'Organisation Mondiale du Commerce lors de la conférence ministérielle de SEATTLE.

Ce débat pose clairement le problème fondamental de la pertinence d'une régulation nationale des problèmes d'ordre économiques et sociaux aujourd'hui. En effet, si la mondialisation de l'économie nous amène à considérer la place des États dans leurs relations économiques externes, c'est bien parce que ce phénomène agit sur eux et provoque des problèmes de régulation mondiale.

Ainsi, on peut remarquer que la mondialisation économique accroit des risques inhérents au système économique. Cette mondialisation des risques pose donc obligatoirement le problème de la gouvernance de l'économie mondiale à son échelle, donc de la coordination des États. En effet, on peut remarquer que les réponses analytiques et institutionnelles sont encore en construction, du fait notamment de la nouveauté du phénomène. On peut cependant voir une certaine tendance à la multidisciplinarité des approches analytiques et celle d'une universalisation des organisations économiques. Ces deux tendances semblent donc aller vers une redéfinition du rôle analytique et institutionnel de l'État.

APPROCHE

MONDIALISATION

La première conséquence du phénomène «mondialisation» est qu'il impose aux penseurs de l'économie internationale une recherche de plus en plus multidisciplinaire.

LA

THÉORIQUE

MULTIDISCIPLINAIRE

DE

Pour les économistes, deux approches contradictoires s'opposent: celle des libéraux et celle des nationalistes, pour reprendre les termes de SIROËN. Depuis ADAM SMITH et sa fameuse parabole de la main invisible, la doctrine libérale considère que l'incidence du commerce international est positive pour l'ensemble des nations qui y participent. Les versions modernes de cette doctrine, que l'on retrouve dans le théorème «HOS» par exemple, considèrent que chaque nation est un bloc de facteurs immobiles internationalement et mobiles intérieurement. Le problème de cette conception est qu'elle occulte, d'une part, le rôle de l'État dans la constitution des avantages comparatifs, et d'autre part des firmes transnationales. Surtout, elle oublie la nouveauté majeure de la mondialisation qui est la libre circulation d'un des facteurs de production, le capital.

La doctrine nationaliste (des mercantilistes jusqu'à Robert REICH) explique que le commerce international est fondamentalement un jeu où il y a nécessairement des gagnants et des perdants. Chaque État a donc intérêt à se protéger au maximum et à imposer aux autres le libre- échange. Mais cette approche ne prête pas suffisamment attention aux nouveaux acteurs que sont les firmes transnationales et leurs réseaux d'influence.

Une approche plus multidisciplinaire s'impose, et celle-ci est à regarder du côté de la théorie des régimes. La Théorie des régimes fait partie d'un ensemble théorique né dans les années 1970:

l'Économie politique Internationale (EPI). Pour tout ce courant de pensée (du moins dans sa composante orthodoxe), c'est le politique qui détermine les comportements économiques, c'est-à-dire que le seul acteur important dans les relations internationales est l'État, et que chaque État est en conflit permanent avec les autres États pour maximiser ses avantages. L'EPI est née de la volonté de pouvoir expliquer la stabilité économique et politique dans un univers réaliste et s'est très vite séparée en deux branches: la théorie de la stabilité hégémonique et la théorie des régimes internationaux.

La théorie de stabilité hégémonique, dont GILPIN est le meilleur représentant, consiste à dire que la stabilité du système repose sur un hégémon, c'est-à-dire une nation dont le poids économique et politique est tel qu'elle impose ses préférences à toutes les autres. Cette théorie peut sembler intéressante, mais que se passe-t-il en l'absence d'un hégémon?

C'est la théorie des régimes qui a cherché à répondre à cette question. KEOHANE et KRASNER, les deux fondateurs de cette approche, considèrent que sous certaines hypothèses, on peut se passer d'un hégémon. Il suffit qu'il existe un «ensemble implicite ou explicite de principes, de normes, de règles et de procédures de décision autour desquelles convergent les anticipations des acteurs dans un domaine précis d'interaction». Ceci veut dire qu'il peut exister un régime international pour la plupart des domaines de la vie économique et politique mondiale, avec à sa tête un leader (d'où le concept de leadership multiple), et que cet ensemble d'interdépendances complexes permet au système d'être stable sans un hégémon. Les régimes seraient des sortes de normes de comportement optimalisantes.

Le problème de cette approche est qu'elle est trop stato-centrée et qu'elle considère que les États sont des agents économiques rationnels. Néanmoins, c'est une première tentative (encore en construction) de comprendre la mondialisation en introduisant des concepts de la science politique ou de l'histoire.

La réponse de la discipline économique nous permet, lorsqu'elle emprunte des concepts à d'autres disciplines, de comprendre que les États ont un rôle à jouer dans la mondialisation, notamment dans la mise en place de ces régimes. La traduction institutionnelle de ces problèmes semble se retrouver dans les organisation internationales. Il semblerait en effet que celles-ci tendent à s'universaliser.

MONDIALISATION,

L'ADMINISTRATION PUBLIQUE

La mondialisation représente, pour l'administration publique, une énorme épreuve et un nouveau défi exigeant un effort d'innovation, de changement et de modernisation. L'insignifiance du lieu oblige les États à faire face à la concurrence internationale, aussi bien par le choix des politiques nationales que par l'organisation des structures administratives.

POUR

NOUVEAUX

ENJEUX

POLITIQUES

La gestion publique connaît de profondes transformations visant à améliorer les prestations offertes, à favoriser la communication et à simplifier les procédures; on peut citer, à titre d'exemple,

la formule du guichet unique adoptée par certains pays pour faciliter les procédures aux investisseurs; c'est aussi le cas de la signature électronique approuvée par certaines législations en tant qu'instrument pour valider, du point de vue juridique, tout document généré avec des moyens informatiques.

Il est à rappeler que la compétitivité d'un pays et sa capacité d'attirer les investissements étrangers se mesurent non seulement par la qualité des politiques publiques et l'efficacité des rendements des structures administratives mais aussi par le respect des principes de légalité, de transparence et de démocratie.

Dans l'objectif de mise à niveau de l'administration publique, de nouvelles techniques de gestion empruntées au secteur privé ont été introduites et se basent sur les valeurs de la performance, de l'efficience, de la rentabilité et de l'imputabilité. Cette nouvelle gestion publique (NGP), appelée aussi nouveau management public (NMP), sonne le glas du modèle bureaucratique de Max Weber dit de «type idéal 4 ». La bureaucratie est une forme d'organisation administrative conçue pour donner la priorité à la voie légale, pour appliquer les règles et règlements de manière équitable, pour suivre les directives politiques venant du sommet et pour rendre compte publiquement de toutes les décisions et activités. La remise en cause de la bureaucratie administrative est due à la crise des finances publiques, à la mondialisation des marchés et à la révolution au niveau des technologies de l'information et de la communication 5 . Ces éléments contribuent à réduire les pouvoirs d'intervention et de réglementation de l'État au profit des grands consortiums internationaux et des organismes internationaux de réglementation 6 . Dans ce contexte dynamique et concurrentiel, la NGP propose au secteur public d'être flexible en allégeant la normalisation et la réglementation afin de satisfaire le besoin du citoyen au moindre coût; le citoyen est considéré comme client et le gestionnaire public comme prestataire de services. La fonction publique doit être orientée vers la gestion axée sur les résultats en termes d'efficience, d'efficacité et de qualité de service 7 ; l'économie est très influencée par l'efficacité et la compétitivité du secteur public. Pour ce faire, il faut accroître l'imputabilité des gestionnaires, mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés à l'avance; ensuite, l'évaluation portera sur la capacité des gestionnaires à atteindre les objectifs fixés.

Au Québec, la modernisation de l'appareil administratif est l'objet de la Loi 82 qui porte sur l'instauration de la gestion axée sur les résultats, sur le principe de transparence, de performance (efficience et rentabilité) et sur une imputabilité accrue de l'administration publique. Ainsi et afin d'améliorer, d'une part, la qualité des services aux citoyens et, d'autre part, augmenter la productivité de l'administration publique, le gouvernement du Québec a créé 16 unités autonomes de service (UAS). C'est une approche de gestion participative qui permet le rapprochement avec la clientèle et

4 Gortner, H.F. et al. (2000), La Gestion des organisations publiques, Sainte-Foy, Presses de l'Université de Québec, p. 83.

5 Rouillard, L. (2001), «Le Nouveau management publique: principe universel ou paradigme culturel», Sources-ENAP, 16(3), 5-6.

6 Rockman, B.A. (1998), «L'État: un rôle en évolution», in Peters, G. B. et Savoie, D. (dir.), Réformer le secteur public: où en sommes-nous?, Centre Canadien de Gestion, Les presses de l'Université Laval, p. 15-32.

7 OCDE (1995), La Gestion publique en mutation: les réformes dans les pays de l'OCDE, Paris, OCDE, p. 7-8.

les partenaires, et le développement de l'esprit d'initiative du personnel 8 .

Dans un souci de transparence et pour répondre au contexte de la mondialisation, caractérisé par une compétitivité accrue entre différents opérateurs et un accès rapide à l'information, la bureaucratie publique a été contrainte de s'ouvrir aux médias 9 . Dans le même sens, certains pays ont adopté ou modernisé des lois d'accès à l'information et ont augmenté la protection des dénonciateurs «Whistleblowers», c'est le cas notamment des États-Unis et de l'Australie; Kernaghan 10 définit le «whistleblowing» comme une divulgation au public, par les employés du secteur public, d'informations concernant des méfaits gouvernementaux.

LE PROBLÈME DE LA GOUVERNANCE DE L'ÉCONOMIE MONDIALE À SON ÉCHELLE

La mondialisation de l'économie a beaucoup d'avantages en termes d'allocations des ressources, notamment celle du capital. Cependant, elle provoque de nombreux problèmes globaux, c'est-à-dire communs à tous les États de la planète. On peut les séparer en deux sous groupes: les problèmes planétaires et les problèmes économiques.

Les problèmes planétaires concernent non pas les États en tant que tels mais leurs membres individuellement. Ce sont principalement les problèmes liés à l'environnement, notamment ceux de la hausse des émissions des gaz à effets de serre.

Les problèmes économiques, qui nous concernent ici plus directement, renvoient aux différents problèmes d'instabilité que provoque la mondialisation de l'économie. Le premier «effet pervers» est celui de la forte instabilité financière que provoque une intégration toujours plus importante des marchés financiers. De nombreuses crises financières sont apparues au cours de la décennie 90 dans les pays dits émergents (Mexique en 1994, Asie de l'Est en 1997, Russie et Brésil en 1998 et l'Argentine en 2001) et ont provoqué des contagions en chaîne dans l'ensemble des pays, même si ces contagions ont été réduites dès le départ. On analyse désormais ces phénomènes en termes de risque de système, c'est-à-dire un état de l'économie où les agents prenant des décisions rationnelles provoquent des réactions d'autres agents qui augmentent l'incertitude générale. Ces problèmes posent clairement la question de la nécessité d'un régulateur financier mondial et de la nécessaire coordination des politiques monétaires nationales.

Le second «effet pervers» de la mondialisation est qu'il rend parfois (et de plus en plus souvent) les États impuissants face aux grands groupes mondiaux 11 . Que dire, en effet, du poids de la firme NOKIA par rapport au PIB de la FINLANDE? L'asymétrie croissante entre les États et les

8 Roy, P.R. (2001), «D'unité autonome de service à agence: continuité et renouveau», Autrement, 14, 6-7.

9 Pierre, J. (2001), «Coûts sociaux et relations État/Société: repenser les frontières de la fonction publique» in Peters, G.B. et Savoie, D. (dir.), La Gouvernance au XXI ième siècle: revitaliser la fonction publique, Centre Canadien de Gestion, les Presses de l'Université Laval, p. 263-264. 10 Kernaghan, K. (1992). «Whistle-blowing in Canadian governments: ethical, political and managerial considerations». Optimum, 22 (1), p. 34. 11 Hans-Peter Martin, Harald Schumann, Le piège de la mondialisation, 1997, 325 pages.

grandes firmes transnationales pose, comme le disait déjà François PERROUX, le problème du «dialogue entre les monopoles et les nations», d'autant que la plupart sont organisées en réseaux très influents, comme par exemple l'ERT en Europe. Le poids grandissant des frimes transnationales en fait désormais, pour les plus grosses, des acteurs incontournables dans les prises de décisions et les négociations des États.

Ainsi, à l'échelle internationale, les États sont désormais confrontés à l'émergence de nouveaux acteurs extrêmement puissants et dont les objectifs sont forts différents des leurs. La mondialisation, à travers les trois vecteurs que sont l'ouverture commerciale, la globalisation financière et la course aux débouchés, remet en cause le rôle de l'État dans l'économie et impose une coordination des actions politiques qui a du mal à se mettre en place. Néanmoins, des réponses théoriques et institutionnelles ont vu le jour, même si elles sont encore incomplètes.

VERS UNE ORGANISATION ÉCONOMIQUE UNIVERSELLE MONDIALE

La nécessité d'une régulation mondiale des problèmes liés à la mondialisation de l'économie concerne, au premier chef, les organisations économiques internationales, qui ne sont que des lieux de négociations et de coordination de l'action des États. Il semblerait que la tendance actuelle soit à une universalisation de ces organisations. On voit, en effet, apparaître un pôle régulateur financier composé d'organisations qui existent, pour la plupart, depuis la Seconde Guerre Mondiale. Aux côtés de celles-ci, on trouve une organisation chargée des problèmes de commerce et de production, l'OMC.

Si l'ONU représente un forum de délibération et d'action en faveur de la paix, de la sécurité et de la coopération internationale, les organisations internationales économiques (BM, FMI, OMC) sont perçues comme un gouvernement de fait dans la mesure où leurs actions s'inscrivent dans le cadre de l'insertion des pays du sud dans le système économique international.

Paradoxalement, c'est dans le domaine économique et sous le signe du libéralisme que le monde s'institutionnalise le plus vite FMI, BM, ORG MONDIALE ou Banque des règlements internationaux jouent un rôle croissant dans la définition des règles du jeu économique international, au niveau commercial ou financier. Ce mode de gestion pose trois types de problèmes: 1 er le problème d'équité: ces institutions sont dominées par les pays les plus riches, parce que le pouvoir y est proportionnel à la puissance économique comme dans une société commerciale. 2 e le problème des institutions: ces institutions ne s'intéressent qu'à une seule chose économie: comme si l'économie à elle seule pouvait résoudre les défis auxquels le monde actuel est confronté. Un 3 e problème: tient au fait que ces institutions produisent de plus en plus des décisions et des règles à caractère contraignant qui s'imposent aux nations.

D'une part, se dessine un pôle d'organisations financières (FMI, Banque Mondiale et BRI) dont le rôle est de mettre en place une «nouvelle architecture financière internationale», pour reprendre les termes du secrétaire d'État américain à l'économie. Cette nouvelle architecture repose principalement sur la mise en place de normes communes de constitution et de diffusion des informations financières des États et sur la mise en place d'un prêteur international en dernier ressort.

Mises à part les controverses sur ce sujet, ce redécoupage institutionnel est bien une tentative des États de juguler les effets pervers de la globalisation financière. Cette tentative passe par une plus forte coordination des États mais aussi pour ce cas des institutions elles-mêmes. De ce point de vue, certains pays en développement ont été soumis à des programmes d'ajustement structurel de la part du FMI et de la BM; l'objectif visé était de mettre à niveau les économies de ces pays trop endettés envers ces institutions et d'assainir leur appareil administratif.

D'autre part, la création en 1996 de l'OMC est une autre tentative de réguler la

mondialisation, même si cette tentative peut être perçue comme néfaste pour les pays les plus faibles économiquement. Cette organisation, issue des accords du GATT, est une organisation économique

à vocation universelle chargée de réguler le commerce mondial. C'est un cadre permanent de

négociations commerciales, basé sur la clause de la nation la plus favorisée, le traitement national et

le principe de consolidation. Cette organisation a un domaine très large qui englobe désormais le commerce de marchandises, de produits agricoles, de services et de droits de propriétés intellectuels. Son agenda incorporé prévoit des renégociations et pose le problème de l'organisation d'une économie désormais mondiale. On peut, à juste titre, considérer que cette organisation économique est un embryon de gouvernement économique mondial, notamment du fait qu'elle met en concurrence les structures internes des nations par son jeu institutionnel (ORD et charge de la preuve inversée). Néanmoins, cette configuration institutionnelle permet aux États, du moins aux plus puissants d'entre eux, de pouvoir réguler la mondialisation de l'économie. Pour ce faire, les États ont été contraints de se désengager des services publics et de privatiser quelques entreprises nationales.

REMISE EN QUESTION DU RÔLE DE L'ÉTAT (Nation)

Depuis le début des années 1980, on assiste à une remise en question de l'État-providence et

à la résurgence de l'idée tant combattu par Keynes du laissez-faire le marché; il s'agit donc d'un

néolibéralisme, entendu comme la forme contemporaine du libéralisme classique; l'État est mis au service du marché et se trouve obligé de lui créer un environnement favorable en aplanissant les exigences et la rigidité du droit. Cette remise en question s'exprimait par l'inefficacité des services publics, l'ingérence de l'appareil gouvernemental dans des domaines qui ne sont pas les siens, la crise des finances publiques, du déficit et de la dette publique.

Ainsi, le néolibéralisme prône le désengagement des États car ils ne sont plus capables d'assurer leur rôle de redistribution des richesses et de régulateur économique et social. Cela sous- entend que le domaine politique doit être soumis aux impératifs du marché. La fonction publique est en train de céder le terrain au secteur privé par le biais des privatisations, de partenariats, de sous- traitances, de décentralisation et parfois d'abandon pur et simple d'activités pour répondre aux exigences du marché. De par cette situation, on assiste alors à un transfert volontaire des attributions de la prise de décision de la souveraineté nationale vers des organismes supranationaux tels que: le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM), le Groupe des sept (G7) «G8»,

Gatt et après l'Organisation mondiale du commerce (OMC),

Il s'ensuit une mise en commun de la

souveraineté dans des alliances régionales et internationales en vue d'élaborer des politiques et de prendre des décisions dans le contexte de l'économie mondiale 12 .

Ce sont donc des domaines vitaux pour les citoyens qui commencent à être remis en cause par des réductions budgétaires publiques; c'est le cas notamment de la santé, l'éducation, la protection de l'environnement et des ressources naturelles, la protection du consommateur, etc

Il y a différents facteurs qui sont intervenus pour participer au démantèlement de l'État-

En premier, il y a l'opposition des forces

politiques, économiques et sociales aux États-Unis qui, depuis 1933, n'ont jamais accepté l'interventionnisme de l'État. Ensuite, il y a la crise du modèle de la société industrielle et du mode de production fordiste vers la fin des années 1960; le plein emploi ne pouvait plus être assuré par l'État; à cela s'ajoute la prise de conscience des dégâts écologiques causés par la société industrielle. La troisième raison avancée par R. Petrella consiste en la diminution des taux de profits à partir de la fin des années 1960 et au début 1970. Cette diminution n'était pas pour plaire aux détenteurs de capitaux qui réclamaient des taux plus élevés. Mais le facteur le plus déterminant est celui de la globalisation financière et de façon plus générale la mondialisation de l'économie.

providence; Ricardo Petrella 13 en avance quelques-uns.

La globalisation est définie par Olivier Dollfus 14 comme étant le résultat du passage de l'autarcie financière à la mobilité du capital; c'est le résultat de la décision de libéralisation du mouvement des capitaux et de la révolution mumérique. Elle a été déclenchée en partie par les États qui veulent se procurer des fonds en optant pour les trois D déréglementation,

décloisonnement,

de grands investissements pour la constitution des capitaux, des réseaux et les achats des entreprises. Ce sont des entreprises qui favorisent la dénationalisation des sociétés et possèdent des groupes de pression très puissants qui influencent les gouvernements; là aussi, on remarque que les activités économiques des États-nations commencent à être dévolues à ces entreprises plurinationales.

En outre, l'internationalisation des entreprises nécessite

désintermédiation»).

De cette façon, les pouvoirs publics ont abdiqué leur fonction publique et se trouvent désormais sous le contrôle des marchés financiers. En effet, lorsqu'un gouvernement prend une décision, ce qui l'intéresse, c'est la réaction des marchés financiers.

Enfin, force est de constater que le pouvoir de l'État-nation commence à être partagé par les

Le

renforcement des pouvoirs régionaux est dicté par le déséquilibre économique qui existe entre les régions, le sentiment d'aliénation par rapport au gouvernement central ainsi que les différences ethniques, religieuses et linguistiques. Cette situation a été même à l'origine de l'éclatement de certains pays comme l'URSS et la Yougoslavie. Donc, parallèlement au phénomène de l'intégration

régions et les provinces; c'est le cas notamment de la Belgique, l'Italie, l'Espagne, la France,

12 Savoie, D.J. (1995), «Mondialisation, États-nations et fonctions publiques» in Peters, G.B. Savoie, D.J., Les Nouveaux défis de la gouvernance, Centre Canadien de Gestion, Les Presses de l'Université Laval, p. 73-74.

Petrella, R. (1996), «Urgence: recréer la citoyenneté» in Paquerot S. (dir.), L'État aux orties? Mondialisation

de l'économie et rôle de l'État, Montréal, Ecosociété p. 18-20.

Mondialisation : les mots et les choses,

Dollfus, O. (1999), «Les Ruptures en cours», in Beaud M. et al., Paris, Karthala, p. 214.

13

14

économique, il y a une accentuation et un attachement à la religion, la culture et l'identité régionale.

CONCLUSION

Pour certains, la mondialisation constitue une source d'inquiétude de chômage, de précarité du travail, de pauvreté, d'exclusion sociale, de concurrence déloyale et de dégradation de l'environnement, alors que pour d'autres, elle constitue un espoir d'élévation du niveau de vie, d'accroissement de la production, d'aspiration à la démocratie pour tous les peuples qui étaient opprimés. Les pouvoirs publics sont contraints alors à la transparence et à la gestion responsable des affaires publiques.

Les mutations rapides véhiculées par la mondialisation économique imposent aux États de concevoir une nouvelle forme de gouvernance économique et politique. En fait, la globalisation s'impose à nous mais sa gestion dépend de nous. L'État moderne doit s'affirmer comme régulateur social légitime; il doit veiller au maintien des équilibres sociaux par la défense de l'unité, la sauvegarde de la cohésion sociale, la consolidation de la solidarité, la défense des intérêts des groupes minoritaires ou en difficultés, la régulation des jeux de concurrences et de monopole.

La mondialisation de l'économie nécessite aussi de la fonction publique d'avoir une grande capacité d'innovation, de remettre en question le statu quo, de prendre des risques et de tenir en considération les spécificités des régions infranationales; la mondialisation doit être considérée comme un stimulant à l'innovation nationale plutôt que comme la fin de l'État-nation.

Par conséquent, il apparaît que la mondialisation de l'économie provoque de nombreux «effets pervers» et une forte instabilité des situations. Ceci remet en cause l'action individuelle des États et les pousse à une action collective de plus en plus coordonnée. Les réponses que donne la théorie économique face à ce phénomène exigent de plus en plus l'utilisation des outils des autres disciplines L'État, dans ce contexte, doit pouvoir agir collectivement pour limiter, au mieux, les impacts négatifs de la mondialisation.

Ceci ne signifie donc pas que l'État doive disparaître. Bien au contraire, c'est plus par un manque de régulation que la mondialisation pose des problèmes que par un trop d'État. La mondialisation n'est pas coupable, comme le pense Paul Krugman, mais le deviendrait en cas d'absence de coopération entre les États.

Il découle aussi de cette investigation que l'avènement d'une gouvernance mondiale reste loin d'être réalisée en raison de l'hétérogénéité entre les États en matière de développement économique et social, de leurs différences culturelles, et aussi de leur perception divergente de la démocratie. Par ailleurs, les organisations internationales économiques ont créé une grande interdépendance entre les États.

Les États ne sont donc pas devenus totalement impuissants face aux multinationales. Ils sont

encore moins devenus inutiles, à l'inverse de ce qu'expliquent à loisir les idéologues libéraux et tous les chantres du moins d'État. Sur le plan politique, l'organisation du monde par le droit se heurte à la question de la souveraineté politique que revendiquent les États. L'avènement d'un gouvernement mondial reste, à l'heure actuelle, hypothétique. Depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale, l'État-nation se développe sous la forme de l'interventionnisme keynésien selon lequel l'État est un acteur économique important par le biais de ses politiques fiscales qui visent à maintenir un équilibre dans les économies nationales par la redistribution des revenus, la relance de la consommation et l'emploi, par les programmes de développement économique et les stratégies d'industrialisation. L'État est devenu un levier ou un instrument nécessaire pour réduire les écarts de fortune et de revenu et assurer le plein emploi. Dire que les États seraient désormais inutiles, c'est tenter de faire croire que la mondialisation nous rapprocherait d'un État idéal où le marché, enfin libéré des entraves à son fonctionnement «naturel» nous permettrait d'atteindre un optimum économique et social. Une utopie libérale qui n'a pas de sens: il n'y a pas de marché sans règles, pas d'économie sans société, pas plus qu'il n'y a de société sans État.

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On attribue souvent à la mondialisation des échanges une bonne partie des maux économiques et sociaux qui frappent nos sociétés. La concurrence entre pays développés est perçue comme une lutte sans merci où les moins dynamiques risquent d'être définitivement éliminés de la course.

Philippe Frémeaux

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

DÉPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE DOCTORAT EN SCIENCE POLITIQUE

DEUXIÈME RAPPORT PRÉSENTÉ À:

Me JACQUES BOURGAULT Ph.D.

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DANS LE CADRE DU SÉMINAIRE DE LECTURES DIRIGÉES

POL 9750

ESSAI-SYNTHESE SUR LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE LA MONDIALISATION

PAR:

ALCIUS GÉRARD KENNEDY

MONTRÉAL, AUTOMNE 2001

TABLE DES MATIÈRES

Introduction

1

La mondialisation économique et ses causes

2

Les enjeux économiques de la mondialisation

4

Erreur ! Argument de commutateur

Approche théorique multidisciplinaire de la mondialisation

6

Mondialisation, nouveaux enjeux politiques pour l'administration publique

8

Le problème de la gouvernance de l'économie mondiale à son échelle

11

Vers une organisation économique universelle mondiale

12

Remise en question du rôle de l'État (nation)

14

Conclusion

17

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