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Université Paris Descartes

Sciences du Langage
S2L1 HIGL
P.Bourmeau

Aristote, Poétique

Les grecs ont porté un intérêt sur la langue en elle même et pour elle
même. Ils ont été intéressés par la structure et l’origine du langage (au
travers de l’étymologie, de la phonétique et de la grammaire). Ils ont
moins été intéressés par les changements et la diversité des langues.
Relier l’histoire de la « curiosité linguistique » grecque à l’histoire de
l’écriture et la mise en forme d’un alphabet, pourquoi : parce que
l’alphabet grec est le premier à noter les consonnes et les voyelles. C’est
l’introduction de la syllabe comme unité structurelle. Qu’est ce que ça a
de novateur ? Il y a une part d’analyse scientifique importante à supposer
pour une invention pareille : l’essor de la prise de conscience de la double
articulation du langage. Une analyse acoustique des unités de deuxième
articulation : après le Cratyle de Platon , Aristote, la Poétique 1456 b -1457
a « la lettre est un son indivisible, non pas n’importe lequel mais celui qui
de sa nature entre dans la formation d’un son composé… »

Aristote (-384 – 322 av JC) est un philosophe grec. Il a beaucoup discuté


les thèses de Platon dont il fut le disciple. Ses réflexions ont porté sur de
nombreux domaines, tels que la Politique, la physique et l’astronomie ou
encore l’éthique, la rhétorique. Il faut noter qu’Aristote posa de
nombreuses observations sur la logique formelle. Nous nous intéressons
ici à son questionnement sur la poétique. Il s’agit ici de l’étude de l’art
littéraire en lui-même, ce en tant que création verbale. Son étude portait
sur la littérature, du temps, tragédie et épopée, et son sujet est
particulièrement original : la pratique verbale. Cependant considérant des
œuvres littéraires, son approche ne pouvait être que purement
descriptive, ainsi elle est empreinte de jugement, d’une évaluation de la
qualité des œuvres, ce qui peut poser quelques ambiguïtés : la première
est que les textes ont été transmis et non reproduits à l’original de la
pratique orale du récit par les conteurs, secondo, qui suppose art suppose
un champs de valeur qui est propre à celui qui les apprécie (esthétique) et
les commente. De ces particularités « individuelles », Aristote entend tirer
une théorie générale de l’art poétique. C’est donc la technique qui sera
étudiée par Aristote. Pour cela il a développé tout un métalangage, celui-ci
nous servira de « grille de lecture » pour aborder le texte, à relever ce qui
est description, allant vers une théorie ( de la structure du langage vers
son usage).

Aristote dans cet extrait 1456b -1458a esquisse des caractères de


phonétique articulatoire, ce qui diffère du texte précédant où Platon par
Socrate énonçait les propriétés des lettres de l’alphabet grec en se
référant aux sons perçus par l’homme, sans distinguer de traits
articulatoires. Ensuite ce qui est particulièrement important c’est le fait
qu’au delà de la description qu’il fait du fonctionnement de la langue « la
lettre est un son indivisible… qui par nature concourt à la formation d’un
son composé », il pose le concept de signification des mots, faits de sons
composés. Il tend à expliquer un mécanisme de signification, non
justement hiérarchisé, par à la fois la syntaxe et la composition des
mots.Et si le « découpage » est imprécis selon nos références actuelles, il
est loin d’être hasardeux pour Aristote. On voit dans le texte qu’il attribut
au nom, son composé, des parties signifiantes et des parties non
signifiantes. Il distingue le nom du verbe, le verbe porte une signification
de temps ( y entendre action, réalisation du temps). Les flexions sous
entendent une relation du mot avec les autres, comme le genre et le
nombre, aussi les flexions servent-elles à exprimer les modalités
exprimées par la personne qui énonce (interrogation, exclamation). Il
recoupe sous l’appellation « énoncé » tout ce qui est porteur de sens, du
mot, nom ou verbe, à la phrase. Il se penche sur la formation des mots
composés, qu’il distingue des mots simples ( les mots composés étant
constitués d’une partie signifiante et de parties non signifiantes). Ensuite
proprement lié à l’usage de mots, il en distingue différentes catégories, les
« courants », les « rares », les « métaphores », s’en suivent les mots,
« noms » toujours, modifiés par l’auteur à son gré. Il traite de l’analogie
dans un écrit où celle-ci ne peut exister que par référence à une autre
précédemment utilisée (là où la signification de l’analogie n’est pas dans
la forme de l’analogie elle même mais est à chercher à l’extérieur de sa
forme). Il distingue de même les noms masculins et féminins, ainsi
qu’intermédiaires. Il énonce ces propriétés dans l’ordre qu’il a annoncé en
début de partie : « la lettre, la syllabe, la conjonction, le nom, le verbe,
l’article, la flexion et l’énoncé », qu’il nomme des « parties de
l’expression ».

Aristote jette l’esquisse d’une « phonétique » fondée sur les lettres et


d’une grammaire de la langue écrite. Il fait des remarques
morphologiques. Il a jeté les bases d’une analyse grammaticale qui
prendra forme au cours des siècles, grammairiens reprenant et ajustant
sans cesse les catégories d’Aristote aux nécessités de la langue écrite et
à ses formes qui évoluent.

La deuxième controverse importante de l’Antiquité : les vues


opposées sur le langage entre les partisans de l’anomalie et les
partisans de l’allégorie.

On a vu que l’opposition entre nature et convention était inféconde en


elle-même, car le langage est une capacité universelle, on ne peut classer
les langues sur une échelle d’évolution ou relever de prétendues
survivances de primitivité. Aristote allait dans le sens de la convention : «
Les sons émis par la voix sont les symboles des états de l’âme, et les mots
écrits, les symboles des mots émis par la voix » (De Interpretatione).
Aristote était un analogiste, il voyait le langage comme une convention et
observait par sa structure logique, l’efficacité du discours. Quel était le
point de vue des analogistes ?
Il y avait dans le langage, un ordre, une régularité proportionnelle, ce dans
la langue grecque et donc par conséquent dans toutes les langues). Ces
régularités sont des paradigmes formels, deux mots de même statut
grammatical possèdent les mêmes terminaisons morphologiques et la
même structure accentuelle, en allant plus loin, ils ont la même relation de
forme et de sens. Donc, si les mots sont morphologiquement comparables,
leurs sens doivent être comparables aussi ( nous pouvons penser à la
dénomination des classes grammaticales en grec, puis en latin). Il s’agit
de régularités analogiques.

Cependant la plupart des classes nominales et verbales ont des


exceptions, des irrégularités, c’est à ce moment qu’est contrée la thèse
des analogistes, ce par les anomalistes, philosophes stoïciens. Ils
observent la structure sémantique du langage. Ils refusent le rapport
régulier forme/sens des analogistes. Pour les anomalistes, le sens d’un
mot n’existe pas isolément, il peut même différer selon l’emploi du mot.
Les anomalistes ont observé le langage naturel avec ses défauts et ses
irrégularités, là où Aristote et les analogistes l’ont observé du point de vue
d’une structure logique, d’une convention.