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Vivier de couleurs vives

Le passé
Voici d’être franc on doit vous raconter de ses peurs et ses
passions, les deux sensations jumelles (comme l’amour et
l’haine) qui envoûtent et stimulent tout au même temps.
Mais sûrement, mon cher monsieur, les peurs et les
passions se mitigent dans la psyché dans laquelle se
tapissent des fragments de rêves, des images éventrées qui
n’arrêtent pas de surgir quand les yeux se ferment même
en réveil. Donc je vous confesse comment moi, Bernard,
demeure hanté au cauchemar recourant et cela n’est
qu’une armure bien blindée d’un shogun, deux sabres
gainés, l’un qui est long et l’autre court à la ceinture brodée,
un plastron émaillé et plâtré de papillotes, un foulard ambré
de soie drapé l’épaule, un casque noir cornu et, pire, une
masque sinistre du rictus. Rien de camoufler l’héros
puisqu’il reste criant et épouvantant aux ennemis cagneux
et craintifs voire avant une bataille et fut un apte symbole
du militarisme miséricordieusement d’antan. [Un tel excès
de parure n’est qu’atypique au Japon qui exalte la simplicité
et abhorre quelconque d’orné, l’inverse de la Chine, la
dernière avec son chintz et son clinquant. J’adore aussi le
kimono tel élégant et féminin, exposant la nuque qui trouve
si sensuelle le Japonais moyen, et moi.] Cette image
effarante ne cessait pas de me seriner des métrages
dépeignant le carnage et la rapine effrénée durant la
conquête de la Chine par l’Armée impériale dans les années
1930 et 1940. Les faits de ces atrocités ne peuvent pas
s’effacer ni se répudier malgré les efforts miteux parmi une
petite minorité japonaise de fausser ou vanner l’histoire afin
de vernir la vérité (qui est à dire « mentir ») en voies
similaires des négateurs ignorants ou malins du Holocauste,
du Shoah.
Tact est un mot assez direct mais difficile de s’appliquer
à certaines questions sensibles. Ceci est spécialement
délicate une habitude d’éviter chaque bourde de manière
parmi ceux qui sont habituellement francs et volubiles avec
un bagout né d’une formation occidentale encourageante
aux expressions déchaînées, à la faconde d’intellectuel.
Mais alors ce baratin n’est qu’un outil moins de convaincre
d’autrui et plus de soi. Il me servit meilleur que je me
bâillonne plutôt qu’atterrer ou, pire, attiser les émois de
mes proches. Encore me permettre de composer une ode en
prose et professer un amour d’un pays, le Japon, auquel j’ai
raisons fortes de renoncer ou d’avoir l’ambivalence à cause
du complexe né de sa rivalité vis-à-vis à la Chine. Rien ne
m’empêche maintenant d’être candide dans cet aveu
puisque j’en ai marre de me soumettre à l’édit de
l’exactitude ethnique car je ne suis pas lâche. La réalité
actuelle est que le Japon m’égaie, me fournisse des denrées
les plus fiables et m’induise de croire comment un jour voire
la Chine peut développer pas juste industriellement mais
civilement, avec espoir et doigts croisés. On doit être
honnête et résolu afin d’être libre, oui? Ce qui évolue au
Japon est une société qui soigne et chérit ses gens, une

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communauté à l’aise de soie (rien du patriotisme aux États
Unis et en Chine.) Las d’avoir été le souffre-douleur à cause
de son passé militariste, ce pays est maintenant prêt de se
montrer un modèle au monde, à la Chine en particulier.
La notion qu’on préfère un rival en culture à celui qui
est native à la personne serait une idée dure de contempler,
justifier, digérer mais puis c’est la preuve comment dans
cette ère la fidélité tribale devient de plus en plus douteuse
et tenue parmi certains souhaitant briser le ligotage de
patrimoine, embrasser une humanité universelle et caser
l’identité en définition plus cérébrale que primitive, plus
compatible au monde moderne où les frontières culturelles
sont estompées. C’est vrai néanmoins que la consigne
d’éducation en Chine assène les jeunes avec la croyance
dans la supériorité de leur héritage que celle-là de l’autre
cependant plus attirant et qu’elle affabule ces mythes de
nation et de race afin de leur en endoctriner dont le but est
à désemparer ou enrayer la capacité de jugement
personnel. Mais fait est fait. En dernière analyse, on ne peut
pas esquiver le point névralgique que le sien n’ait pas de
vertus malgré les propagandes. Le Japon m’étourdit dans le
sens que la Tahiti épata Paul Gauguin et la Grèce, Lord
Byron. Quoique sa genèse culturelle fûte dérivée de la
Chine, son identité contemporaine est maintenant unique,
inspiratrice et digne de l’admiration universelle en voies que
celle de mon pays ancestral ne soit pas aujourd’hui.
La teneur aigue des propagandes sur le côté monte
d’autant plus chaque fois lorsqu’il advint de querelle soit
commerciale soit politique – et parfois les deux sont liés.
Mais l’effroi planté ne fait que graver dans ma conscience
une fascination vers ce pays auquel j’admire, une culture
qui, ayant été à emprunter tant de la Chine, progresse
encore et aboutit à une version distincte à l’originale. Le
même est le cas en comment cette nation vulnérable aux
sinistres (une litote) et ainsi fataliste manie une bonne
gestion socio-économique malgré la gourance politique
constante minant la recrudescence de commerce,
l’émulation de la technologie occidentale et la saisie des
idées d’outre-mer au point où sans doute qu’elle mène le
reste du monde et dompte les marchés globaux. Elle me
prouve comment une régie vaurienne, écervelée et serviles
aux grandes entreprise et au Parti Libéral Démocrate
puissant et régnant peut balbutier et errer, s’engluant d’une
crise à l’autre, sans saper trop le dynamisme d’un peuple
réuni et presque homogène moins de race et plus d’un
consensus public sur les développements planants et buts
nationaux. Assez dit que le Japon a peu de failles ethniques,
sociales et culturelles qui scindent un pays comme les
grands Etats-Unis ou la petite Belgique. On ne confond pas
le gouvernement incompétent, élu avec une intendance de
fonction publique assez capable pour faire survivre et
parfois freiner ces folies du système de politique, de
patronage et de patriciat industriel, voilà la triade débile.
Voici est la raison principale que le Japon puisse se renflouer
après chacun défi depuis la récupération de sa souveraineté
aux mains de l’occupation américaine de 1945-1949. Dans
la face d’une telle humiliation sous la gouvernance
étrangère pour la seule fois, les citoyens gobèrent
stoïquement leur orgueil et œuvrèrent ; durant la prospérité,

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ils épargnèrent et investirent, s’évertuant toujours
d’améliorer leurs circonstances de vie, pensant de l’avenir.)
A tout cela alors mon chapeau.
Cette terre du soleil montant m’intrigue plus que
chacune et j’y fais vingtaine de voyages, hommages
vraiment, depuis mai 1964, puis mon premier périple outre-
mer dans la compagnie de ma mère, ma sœur aînée
(Shirley), l’autre puînée (Amy), puis la benjamine, et un
frère cadet (Charles) grâce à la bienfaisance de notre grand-
père magnanime, Lloyd, qui eut d’abord traversé cet océan
en 1910, lui, âgé de dix, pour rejoindre son père à Nanaimo,
avec escales à Honolulu et San Francisco. C’était sa volonté
que nous comprenions son voyage au nouveau monde et
l’exode chinois qui était un aspect de son legs et de notre
formation. Les cartographes appellent ceci, la plus vaste
mer houleuse, narquoisement le Pacifique. Ce qui l’on
s’éprouve cependant en croisière n’est qu’une serie de
remous et rafales montantes du suroît et de l’abysse – une
sorte de l’ouragan esquintant au plan d’envahissement
mongolien dans le 13ième siècle. Ceci le vent sacré, le
kamikaze, qui épargna le Japon du saccage et de la férule
de Kubilai Khan, petit-fils de Gengis, le grand seigneur des
nomades. C’était un soulagement pour nous d’avoir atterris
à la bonace de Nagasaki, juste neuf ans après l’attaque
atomique barbare qui fut, ensemble avec la dévastation de
Hiroshima, l’acte plus atroce de terrorisme.
Je ne souviens vivement d’une visite morbide au site
d’où la bombe eut explosée et auquel fut érigé un
monument dans la figure d’une victime avec son doigt
accusateur visé au ciel duquel fut venu l’incinération. Dans
l’aire était, dans ma recollection, un parc sans la moindre
évidence de camelots grouillants, ni de gueux tapis dans
chaque pays pauvre, ni des ordures et odeurs nocives ; et
un temple bouddhiste où se trouvait une cloche d’être tintée
au moment précis chaque anniversaire de la dévastation en
commémoration et en protestation à la cruauté injustifiable.
L’air était solennel séant la tragédie humaine qui s’y fut
déroulée en août 1945. Au départ de la rade à Nagasaki, il
était la coutume pour les passagers du paquebot (le notre,
l’énorme USS Harry Truman, sûrement l’orgueil flottant de
l’armateur, American Liners Incorporated) de lancer une
brassée de fleurs aux vagues pour une embellie marine et
décocher une bobine de crêpe (longtemps avant je lui aurais
jeté ma gourme, tant pis) à quiconque au quai. L’attrapeuse
de mon ruban papier était une jeune fille, peut-être ma
contemporaine exacte, ses cheveux en cadogan versus les
miens d’une tignasse digne des Beatles pour laquelle il
existait la manie du jour. Elle s’était vêtue, non, s’était
endimanchée, d’une robe bleue marine car fiers étaient ces
Japonais de nous saluer, les touristes occidentaux, dans un
pays encore des mois avant l’accueil des Jeux Olympiques à
Tokyo en 1964 et surtout adorante des Etats-Unis avec
toutes de leurs foucades et toquades. Nous, ni cette
personne ni moi, avions voulu de larguer cette connexion et
il était seulement quand le navire avait quitté l’amarrage,
relâchent les étrives au grelin, accosté par une paire de
chaloupes aspergeant deux jets d’eau en tribut, que le lien
d’entre nous était finalement déchiqueté et les foules
s’étaient égaillées. Je vous avoue que je ne cesse pas de

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penser à cette inconnue, prier pour son bonheur et espérer
comment nous nous croissons au Japon voire quand nous ne
reconnaissons pas l’autre, comment elle ne m’oublie pas
dans cette façon, poignante, innocente, douce, dans notre
jeunesse riche de verve. Du moment précis je m’étais
entiché des Japonais, plus précisément, des Japonaises, un
engouement qui perdure et est régulièrement renfoncé.
Le symbole japonais du temps était, je crois, la cigogne
qui censément incarne l’esprit de la longévité et la sagacité.
Cet oiseau de l’ordre des échassiers, comme l’ibis dans
l’antiquité égyptienne, fut également vénéré en Chine et
voire au Canada dont la ligne aérienne l’arborait comme le
logo d’entreprise. J’ai vu une émission qui rapporte des
efforts d’un recherchiste biologique au Japon qui tentait de
protéger l’espèce en faisant appel à l’orgueil de ses
compatriotes. La campagne en ralliant le chauvinisme
s’aboutait au sauvetage de l’animal dont la grâce projette et
reflète elle-ci d’un peuple tel intrinsèquement artistique,
sublime, souple et raffiné qu’il démentît encore l’image
d’une race aguerrie, hardie, pétulante, brutale et efficace
dans la poursuite d’un empire en accroissement insatiable
de 1895 jusqu’à 1945, cinq décades de manie. Il y a bien sûr
une antipathie chez chinois vers ces « nains farouches »,
« les têtes de navet » et telles épithètes horribles dans le
lexique de mes proches, chacun déterminé de retenir cette
méfiance profonde, presque haine, des Japonais si
seulement en reflex et en déférence à leurs ancêtres
victimes de l’agression telle acharnée durant ce demi-siècle
de peine et humiliation. Mais je suis sans honte traître (je
préfère le mot « dissident ») aux gens de « mon sang » car
je me récuse de souscrire aux griefs et doléances d’une
époque qui précéda ma naissance, cependant intéressé
suis-je dans l’histoire turbulente et torturée de ce coin du
monde. L’ironie amère n’est qu’il soit la classe officielle
chinoise qui me rudoie dans mes expériences en contraste à
la courtoise générale d’autrui dehors de mon terrain
ancestral. Mais maintenant la table s’est tournée et l’ancien
apprenti est dans le rôle de l’enseignant au maître jadis.
Plus encore on n’est tenu de s’assujettir à l’esprit d’une
communauté aux dépens de son sens de raison car on doit
transcender ces luttes longtemps écoulées. Je ne suis jamais
adepte du patriotisme galopant et aveugle qui est
tristement la cause du chagrin, de la rancœur et des
conflits ; déteste-moi également de ceux qui feignent
l’outrage pour galvaniser la racaille afin d’extraire, non,
d’extorquer ces avantages de personne ou de groupe,
Ceci était exactement ce qui j’ai amorcé d’expliquer à
ma copine gracieuse Sachi, native d’Osaka, en parcours de
ferry à la baie de Tokyo circa 2002, en juin, ma première de
deux virées au Japon en 2001, après d’un nombre égal en
2000 et avant encore en 2002. Nous nous sommes
acoquinées d’abord à Osaka, cette métropole portuaire
limitrophe à l’ancienne capitale de Kyoto, quand elle était
guide et interprète totalement courante en anglais capé
d’un accent américain, floridien d’être exact, acquis de son
séjour académique qui m’avait introduite aux charmes de
Venise orientale, donc désignée pour sa prépondérance de
canaux et ponts, quand moi n’était qu’un bourlingueur
impulsif. (Les noms des places de l’archipel sont-ils mêmes

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lyriques avec leur préférence pour les voyelles à l’instar en
Italie.) Assis latéralement nous à la proue sous le ciel d’un
après-midi chaud dans la brise, écoutent les remous et
vaguelettes de mica clapotantes, nous avons divisés,
comparants-nous ces notes mentales vrillées dans nos têtes
des voies qui calaient les cultures jumelles, japonaise et
chinoise, et le mal sang qui coulait d’entre les deux peuples,
chacun convaincu de sa droiture, cependant illusoires. La
vérité fut, était et est que nos connexions sont pareilles à
ceux forgées d’entre Rome et les tribus gauloises. Si le
mandarin était le latin, le japonais serait le français. Elle m’a
demandé du pardon pour ces carnages commis par les
troupes japonaises sur sol chinois auquel j’ai ri en disant,
comment entre les amis, jamais souillés dans chaque façon
des crimes d’antan, nous n’avions pas de raison de ressentir
inculpés dans les outrances et outrages de nos aïeux ;
comment nous étions nous-mêmes innocents, comment
nous partagions un lignage de commun ; comment ces
différences d’habitude et de coutume étions superficielles et
comment, étant ensembles maintenant, nous étions
témoins à la puissance d’empathie en triomphe contre ces
bornes et ces bigoteries. D’entre nous, les deux nés
longtemps après la terreur de la guerre qui s’averrait le
creuset de nos parents, pas de nous, il n’y aucun besoin de
se repentir et chercher l’expiation puisque nous ne sommes
pas fautifs voire un iota pour les crimes perpétrés. On doit
chérir ces amitiés qui ne respectent pas aux frontières
nationales et fêter une humanité universelle – et cela serait
l’antidote au venin de haine figée et implacable. Nous ne
sommes pas martyres s’accrochants aux croix des souvenirs
croupis de nos ancêtres. J’ai happé sur l’analogie de la
cigogne qui sagement s’envolait sans soin aux frontières,
portant sur ces ailes la manifestation d’espoir pur.
On ne nie pas que la culture japonaise moderne soit
frelatée, ayant été mélangée avec celle de pop importée
des Etats-Unis, donc la popularité du baseball, du golfe et du
parc Disney. Certains traditionalistes méfiants du nouveau
croient que le Japon s’avilisse en émulant trop les étrangers
et en diluant l’âme de leur nation. L’écrivain lauréat de
Nobel Yukio Mishima s’était agenouillé devant une caméra
pour téléviser son suicide dans le rite de s’éventrer
(seppuku) en 1970 pour protester exactement l’effritement
des tréfonds d’esprit du grand Nippon. [Cet acte avait réussi
d’éliciter une réprimande d’un commentateur qui avait raillé
contre l’étalage « occidental et vulgaire» de Mishima.
C’était, selon lui, une performance rendue trop publique
(non un exutoire d’émoi censément privé et propre) et pas
digne d’un champion à sa cause noble.] Sa légion d’adeptes
souscrivant au code chevaleresque vieillot de la classe
samouraï défunte, s’était éparpillée en désillusion, la
dernière bande manquée des romantiques qui osait de
braver les forces impitoyables de modernité de
d’amollissement. Ces meules de l’industrialisation
demandaient aux gens d’une soumission de leurs voies
traditionnelles, celles de militarisme sans exception, en troc
pour la sécurité sociale et succès économique. Le guet futile
d’une cabale dédiée à l’idéalisme désuet était un échec,
écrasée-elle par ces tentations et demandes de l’autre ère
sans besoin des héros, authentiques ou prétendus. Cela les

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Japonais s’emboîtent aux voies américaines avec tel élan ou
manie ne surprend personne puisque ces exportateurs de
leurs valeurs occidentaux ne cessent jamais d’enjôler et
d’affriander ceux sous leur influence car l’art d’allèchement
est toujours fondamental à l’évangélisme protestant. Pas de
surprise donc qu’un Français avait grondé comment Paris
était le perdant dans la contestation pour accueillir les Jeux
Olympiques à Londres pour le manque gaulois au talent
uniquement anglo-saxon du marketing, une attribution qui
était exacte, quoique un peu amère. Il n’importait quoi et
quel : des hamburgers aux colas, des fringues de yankee à
la musique, soit jazz, soit rock, soit techno, des feuilletons
aux livres en traduction. Ces sujets adoraient tout qui
exsudait l’Americana bigarrée ou bizarre en pleine gloire et
ignominie. A la marge de cette société il y ait des bohèmes
artistiques avec le cran à modeler ceux en Greenwich, New
York et chez Haight, San Francisco, oublieux à la pression,
sinon voire la brimade, de se conformer aux normes dans un
pays obnubilé des standards respectables bourgeois,
chemises blanches, ensembles sombres, faisant en
uniformité pour la survie quotidienne. La survie ici n’est pas
facile quand le Japon se vante d’avoir une cherté qui gêne
et surpasse voire celle-là encombrante les Français, Suisses,
Britanniques et Hongkongais.
L’influence extérieure dans une société une fois
ressemblait à la confluence alors que le Japon était
totalement dans la mouvance et sujet à la tutelle
américaine. Centre lequel peu sauf des vieux se rebiffaient
dans la ruée de modernisation. S’il y ait une vérité
incontestable, il serait que ce pays ne peut pas blairer
l’imitation aveugle et servile, voyant clocher ceux Asiatiques
manquants la fierté d’apprendre et au même temps
surpasser leurs tuteurs européens de l’ouest. On n’attige
tant en concluant que le Japon impérial se fut rebiffé à
l’assujettissement docile de ses voisins – en particulier ceux
en Chine – qui le mena de se militariser pour défier le
colonialisme occidental et le débusquer de son continent,
son domaine d’influence tout naturel. Ces gens tel
innovateurs, ahanants et méticuleux ne stoppaient d’affiner
et de fignoler ce que fut acquis aux États-unis et de s’en
draper une qualité distinctement japonaise. Cette demande
à « japonaiser » (pardonnez-moi le néologisme) plutôt que
se déroger sans question aux façons d’étrange s’averre
encore une formule gagnante. Avant cela bien sûr cet
endroit se targua de son homogénéité en contraste si net du
mélange ethnique à Hongkong d’où les masses de
l’humanité se brassèrent, se métissèrent, toutes en mijotant
sous la régie coloniale britannique. Mais néanmoins la
défaite força ouverte la porte du pays, une fois déverrouillée
grâce à l’armada de Commodore Perry Matthew dans le
19ieme siècle, l’exposant aux vents étrangers et
rafraîchissants.
C’était un matin frisquet en février 2002 que Sachi nous
avions emmenés au quadrilatère d’une abbaye dehors
l’ancienne capitale de Kyoto lorsque soudainement des
flocons de neige avaient dérivés et le noroît avait soufflé. Au
perron d’un ancien temple dont les tuiles n’étaient que des
toits de bardeaux crus en bois et bordé d’un versant. La
structure abritante des avances des temps datait au 13ieme

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siècles et ici venait une ouaille de pèlerins qui s’était
prosternée sur un tapis de bambou, le regard de piété totale
enregistré sur chaque face, en cherche d’aide temporelle.
Yo-yo avait couiné et chiqué le sucre candi avec tel
contentement exquis en observant des rites de bouddhiste,
au côté de sa mère, moins égayée et plus observante
puisqu’elle avoue encore d’être croyante dans le sens de
métaphysique. Sur une ancienne banquette éraillée et
proche d’une achoppe qui vendait des bâtons d’encens,
cierges, fiches au thème religieux et étoffes de bure à la
crête d’une déclivité, nous nous étions blottis en esprit,
nous mijotant dans un moment si tendre et amical, visages
tournés du vent et écharpes dressées pour en protéger mon
gosier déjà tari et rauque de la froideur et encore tendre de
l’angine grippale qui m’avait terrassé dans le moi dernier. Je
lui avais dit comment au Japon soit en 1964 ou en 2000
personne ne me fourgue pas de bagatelle et affûte son
boniment horripilant puisque son patriote moyen semble
trop dignifié à choir aux trucs de flatterie et fourberie. On y
trouve le farniente si géniale plutôt que le tintamarre voire
dans le milieu d’un centre-ville fourmillant de piétons, l’un
sans aucune odeur sauf la senteur de parfum de jasmin, de
lavande ou de chrysanthème qui le taquine ses narines, l’un
privé de papotage exceptant la glissade de gloussements
aux lyciennes qui perlent des lèvres roses expressifs même
quand rien ne susurre. Au Japon on peut voir, flairer et sentir
avec ces sens accentués, partout il y a une bouffée
d’oxygène, une frisson de délice, une vue de surprise autour
un coin. C’est d’ici qui servit toujours une ripaille
débordante des plaisirs piquants, palpitants et pétillants à
laquelle je suis toujours glouton insatiable.
« Sachi, je suis curieux au titre d’une rengaine lisse,
captivante et douce, courue en 1963, Sukiyaki, du chanteur
(maintenant défunt) Kyu Sakamoro. C’est tout plutôt occulte
pour moi. Tu la connais quoiqu’elle aurait été une mélodie
plus familière à tes parents. Rares sont les chansons qui
traduisent bien d’une langue à l’autre, deux langues si
divergentes comme le japonais et l’anglais dans lesquelles
peu mots s’imbriquent dans la façon du portugais vis-à-vis à
l’espagnol. De quoi signifie le titre, Sukiyaki, qui est une
plat, n’est-ce pas ? » Je lui en enquête, sirotant-moi du thé
vert d’un carton. « Tu n’es pas le premier et seul de m’en
interroger. C’est gênant vraiment. Sukiyaki n’est qu’une
forme de ratatouille cuite en casserole ! » Roule-t-elle ses
yeux en s’esclaffant, élucidant avec ton mordant en suite,
« la chanson mélancolique était enregistrée en 1961 et elle
dit, ue o muite aruko, namida ga kobore nai yo ni, omaidasu
haru no hi, hitori bocchi no yaru, signifiante, je vais marcher
en regardant au-dessus afin que mes larmes n’en tombent
pas, m’appelant des jours printaniers, à ce soir esseulé.
C’était une chanson écrite pour alléger la douleur de
quelqu’un qui avait vu rompre une affaire avec une belle
actrice japonaise. Je ne connais pas la raison qu’une
chanson soit renommée pour un plat. » « Peut-être Sukiyaki
était un des peu mots japonais reconnus à l’audience
américaine durant l’ère, » opine quelqu’un, moi, plutôt
familier avec l’insularité parfois marrante de certains
occidentaux ploucs vers le reste du monde. Cette chanson,
peu importe son nom, demeure une de mes mélodies

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favorites et est bissée souvent sur mon lecteur audio et en
voiture,
L’empreinte japonaise envahissante le milieu yankee
s’exerce en cuisine (sushi et tempura), au cinéma (les films
de sinistres et monstres amorçant avec Godzilla), en
musique (karaoké), aux sports de combat (tels karaïte et
judo) et surtout à la technologie jusque chaque demeure est
bondée des bidules marques Sony, Toshiba, Olympus,
Canon, Nikon, Sharp, Panasonic, Mitsubishi, Nissan, Toyota
et Honda, certes tous des gadgets et hochets. Tokyo était et
demeure l’aimant et même le vivier aux talents mais il
n’était pas seul dans cet aspect puisqu’il soit toujours
l’autre, Osaka, quoique le dernier soit plus épars de ses
attraits aux meilleures méninges et génies au Japon. Ces
jours ces tentacules s’épandent à chaque recoin et fente,
certainement à l’ubiquité, évinçant en suite la concurrence
occidentale, domptant le top de la globalisation, gagnant la
jalousie d’autres, énervent ceux qui redoutaient
l’ascendance orientale et endossaient à nouveau la
stratégie d’acquérir des atouts boursiers aux États-Unis pour
retenir captif ce marché. On ne peut plus imaginer la vie
moderne privée de ces produits qui accentuent l’expérience
vivante, gâtant tout le monde dans le procès, aggravant le
consumérisme, aboutissant au grand gaspillage dont les
déchets constituent la somme de pollution à l’échelle
planétaire. Maintenant sans aucun doute le Japon triomphe
économiquement et récupère ce qu’il sombra militairement.
En pliant avant le pouvoir américain, il a appris de conquérir
avec un sourire et un hochement de sa tête, de capoter à
l’ordre mondial et de se prouver comment la paix, les
prémices de prospérité et le progrès bénéficiant aux
citoyens moyens sont deux armes dans cette lutte d’argent
quand les États Unis croupissent et geignent, obérant des
dettes amassées de son militarisme et de l’enrichissement
obscène de ses profiteurs, cadres et patriciats. Les rôles se
changent, ironique, non ? Ces gens masquent leurs
inquiétudes et reproches qui se renfrognent à l’insolence
d’autres seulement arrière des portails fermés. On ne dénie
pas le miracle japonais qui voit dans une génération cette
nation accroître et abonnir les services publics, abaisser,
sinon effacer, la disette encore évidente en 1964 durant ma
première visite et approfondir une éducation déjà
exceptionnelle, se tournant au modèle pour tous des autres
pays, surtout ceux en Asie. Piètres et débiles sont ceux qui
avaient misés contre le Japon durant la récession des
années 1990 après le krach boursier en 1987 car, comme
phénix, il remonte à cause du consensus et de la conviction
dans sa résilience, ses innovations, sa persévérance et son
ingénuité. Rarement frappé des scissions profondes, jamais
tenaillé des doutes dans la justesse de sa société telle
soudée à son identité unie, il a voire le toupet tacite
d’enseigner l’occident en voies de culture, civilité et
responsabilité fiscale. Combien et comment cette
communauté marche, elle ne transige pas son caractère
fondamental et donc demeure fidèle à son âme inébranlable
qui est orientale au noyau mais occidentale ces jours en
terme de technologie et de comportement.

Retour à l’île de Honshu

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La première escale est Tokyo, date, le 31 juillet, juste deux
semaines après mon séjour à Vancouver, et ceci n’est
qu’une virée avant l’aventure au nord. Mes pensées refluent
à cette ville qui m’accueillit avec les sourires éblouissants
de ses néons et ses réverbères mais cela doit attendre
jusqu’au soir. C’est maintenant l’après-midi torride et moite.
Hâlé et vanné encore du périple américain du nord, cagnard
suis-je, moi ne souhaite pas me bouge, voulant badauder le
fourmillement du monde. Tout semble si désinvolte avec les
foules grouillantes d’un troquet dans une arcade sur berge
hérissée des édifices, ponts, grues et un réseau de
poutrelles, voûtes et tréteaux en surplombe, testaments à la
grandeur industrielle et commerciale. Cette place à
l’embouchure de la baie, qui embrasse le grand port de
Yokohama, est parmi les plus peuplées avec une population
touchante de 32 millions, pratiquement un quart du total au
Japon. L’ampleur d’une telle puissance financière et créative
y rend une importance suprême. Avec une bouteille d’eau
gazeuse dans mains, je fais un toast à la gloire du Japon
Incorporé. (Les bistrots chics sont toute une rage ces jours à
Tokyo et à Hongkong en voies comme les estaminets
d’antan en France.) J’y suis arrivé en 2002 et encore en
2003, la première fois avec Sachi comme ma compagnonne
qui m’avait emmené sur une flânerie, posant nous, Esther et
Yo-yo (elle déjà d’une carrure sportive), au palier d’une
réplique réduite de la statue de Liberté juxtaposé contre
l’horizon de cette rade au temps quand ma femme ne
boitait pas, étant encore en pleine vigueur. Maintenant
cependant je me prive de la présence telle gracieuse et
enseignante en me fournissant ces potins et anecdotes
personnelles qui complimentaient bien ce qui je glanerais
des livres et journaux, m’étant joint au groupe de voyage
pour remplir la requête de mon épouse. Le ciel est gris,
morne, embrumé, sinon embruiné, en contraste marqué à
celui gai et clair quand j’avais à mon côté Sachi et, une fois,
sa costaude copine, la belle Miko, une championne
japonaise olympique de brasse, étudiante aussi à Madrid ou
Barcelone, parleuse d’espagnol. Mon cœur se creuse dans
l’absence de Sachi qui avait emménagé à Tokyo en 2002
pour poursuivre un métier de cadre et d’avocat, cossant-elle
sans le moindre leurre contre un système d’emploi
rigidement en faveur des hommes. Trop occupée
maintenant de m’épargner son temps, elle incarne encore
l’essence distillée des qualités meilleures de sa patrie. Je
rate autant ses paroles, le plaisir si pur de te côtoyer en
attigeant sans soin quoi sous le soleil.
Notre guide du voyage est Merlin, Cantonais de
Hongkong, qui avait appris sa commande de la langue (en
voix enrouée de l’excès de clopes) durant son enrôlement
universitaire ici et son embauchage dans les années 1980 et
1990, un séjour culminant naguère au mariage avec une
Japonaise. Fluet, sinon frêle au point de l’émaciation,
chafouin, il est inépuisablement loquace et futé en
travaillant sur guelte, douté d’un papotage affûté pour
racoler et vendre à ses captifs clients un tas de babioles
pour supplémenter son salaire. Son agence de voyage nous
avait dit d’apporter un pécule d’espèce équivalente aux
coûts élevés du tour afin de magasiner – surtout de lui,

9
Merlin, maître de bamboche. Pas de doute qu’il décèle une
frénésie de shopping parmi les femmes, plus nombreuses,
dans la trentaine de nous et qu’il les aide en recel pour les
frais des denrées desquelles le Japon ne veuille plus
exporter, compris ces gélules de toniques puissantes à
l’élixir de jeunesse. Lui, Merlin, nous dit comment ce pays
du soleil montant prise, protége et détient ses trésors à son
giron plutôt que convoiter le pognon d’ailleurs. Ses ruses
incluent la revendication qu’il ait du contact pour couper la
paperasse et expédier l’achat sans encourir du coût
exorbitant. Dans les années plus récentes la régie a en fait
déjà assoupli ces interdictions mais encore on ne peut pas
les obtenir en vrac ni les transporter en fret. La raison : ces
objets choyés ne comptent que des petits cadeaux desquels
personne ne se permettre à commercialiser en envergure.
Entrer dans une allée sur second étage est d’appartenir
au bazar de Hongkong dont les boutiques et échoppes
soldent des nippes à bon marché. Tous des touristes
hongkongais font y halte pour les amuser avec cette version
ersatz de leurs berce natale dépeinte à la caricature, une
caricature plus narquoise des goûts japonais plutôt que
ceux-là des Hongkongais. Cette zone de chalandise étale un
fourbi de babioles associées à la cité de laquelle les Japonais
ont une telle forte fascination. Avoir une image telle fausse
de l’autre ville rivale n’est pas pire que le mépris. C’est une
forme de flatterie que Tokyo se sentit inadéquat au
cosmopolitisme de Hongkong. Pour beaucoup de Japonais,
ici n’apparaît qu’un raccourci au dehors – le couloir de
Hongkong, la statue minute de Liberté en troc sur
promenade en planches mimant le trottoir qui côtoie la
plage d’Atlantic City, New Jersey. L’objet le plus insolite est
une statue fabriquée d’un petit tacot rouillé et cabossé qui
fait testament au passé modique de l’industrie automobile
japonaise qui maintenant domine le monde. N’oublier pas
que dans le voisinage est un rouet Ferris géant qui se fait
tournoyer lentement pour emprunter un panorama de la
baie et parfois, quand parfaitement limpide est l’air, celui de
Mont Fuji dont surplombe inspire la révérence et dont image
banalisée adorne presque toutes des accroches et
brochures de publicité touristique. Un avertissement : cette
sorte de littérature est truffée encore de clichés et
platitudes. Meilleur chercher des sites d’Internet pour
l’information plus précise. Je ralentis mes pas pour
accommoder Esther en scannant et fignolant ces bibelots,
en pausant de lorgner ces objets dans ces vitrines et
devantures. Plus guillerette est l’ambiance qui règne dans
un parc d’amusement d’où les sons d’enfants résonnent. Ma
gamine rigole-elle à la gaieté si spontanée, peut-être
étonnée que telle réjouissance aux gambades infantiles
desquelles elle n’en se souvient plus. C’est sa droite
d’aînesse de narguer ceux plus puînés qu’elle-même, disant
avec dédain, « comment infantiles sont-ils, ces mouflets. »
Pour me décerner un prix de patience, elles, Esther et Yo-yo,
me laissent choisir un restaurant de collation, non, pas d’un
censément cantonais sur cinquième étage où j’avais invité
Sachi mais japonais au fast-food afin de bouffer une boule
de riz et bœuf trempée de sauce sucrée ensemble avec de
soupe au varech et tofu (soya caillé), un plat de base duquel
je raffole soit ici, soit à Hongkong. Deux heures à la

10
déambulation et au chambard parmi d’autres touristes dans
cette arcade, le ciel noirci dehors avant le coucher estival à
19.30, la coterie subissant encore du décalage et de la
fatigue s’essouffle et est prête de s’acheminer par le bus
affrété à l’hôtel Dôme d’un acabit bourgeois urbain
adjacent au parc de thème et au stade de baseball.
Peu de déballage actuel puisqu’on ne loge aucun hôtel
pour plus qu’une nuit sauf à Sapporo, loin au nord sur l’île
de Hokkaido. Je toise l’hauteur du palace sur dont extérieur
sont deux élévateurs à l’enclos de vitre offrant aux
passagers un panorama de Tokyo ; suis déjà déterminé de
me lancer au faîte dans le matin pour voir la ville à
l’ascenseur. Notre groupe repose d’autours 40 de minutes,
assez de temps pour une douche avant allant-nous au
restaurants traditionnel qui servit, oui, le sukiyaki. Je
contemple ce qui Merlin nous a dit comment les Japonais
sont fondamentalement xénophobes dont le dédain pour les
« métèques » – principalement les gens des souches
coréennes et chinoises – comme étrangers malgré le fait
incontestable que beaucoup d’eux sont natifs nés et
éduqués. Ce reste que ces Coréens ratent le droit d’acquérir
la citoyenneté japonaise et doivent même donner aux
autorités leurs empreintes digitales pour obtenir leurs
documents officiaux, une soumission qui fait impliquer de
leur criminalité endémique, sinon intrinsèque. Chaque
affiche sur bulletin dépeignant la liste recherchée issue de la
police dans un pays qui se vante d’un taux de forfait très
bas avertir explicitement de l’identifier ethnique du suspect.
Plus souvent que pas, ces cibles d’investigation s’averrent
d’être du stéréotype, exactement, gaillards coréens, voyous
philippins, moufles indiens et teigneux chinois en cavale
avec visages faits d’apparaître sinistres, violents, fauteurs
de l’inquiétude et le tollé public. (Mais ici, dans un pays
socialement paisible en surface, voire des larcins,
cambriolages et d’autres délits sont traités au sérieux.)
Certains Coréens ethniques, plus que les Chinois ethniques,
sont profondément froissés par la discrimination au point
qu’ils se renoncent à l’usage de leurs passeports japonais et
optent pour celui de l’issu du pays de leurs ancêtres, si
disponibles. (Les caïds du réseau truand organisé
s’appellent, « Yakuza », dont les sbires sont recrues
s’aguerris dans les quartiers durs. Ces voyous sont
invariablement Japonais qui dépècent en fiefs de pègre leurs
villes de business et maîtrisent les rackets de paris illégaux,
de prostitution, de chantage, de trafic humain, de brimade
contractée, de contrefaçons, surtout de dollars américains
truqués, d’usure et de contrebande en armes, de
pornographie, etc. Ils sont notoires aussi pour trucider leurs
ennemis et traitres, quoique ces crimes d’extrême soient
rares vis-à-vis à la fréquente violence en règlement des
comptes parmi les gangsters européens et américains,
blancs, noirs et latins. ) Ce qui est plus détraqué cependant
est que ces Coréens sont souvent les descendants des
travailleurs esclaves apportés via « négrier » à l’archipel
quand leur patrie fut une colonie (1910-1945) du régime
militariste à Tokyo. Ce cruel traitement perdure dans la face
des appels et suppliques des organisations domestiques
pour les droits humains ; ceci demeure un défaut qui blêmit
la réputation du Japon.

11
Le statut des « Chinois » est également ambigu,
fluctuant et chancelant d’une crise à l’autre, soit dans le
terme de chômage quand ils sont accusés d’avoir volés des
boulots prisés, soit dans celui de politique quand la tension
s’aggrave vers le royaume célestiel à l’ouest, le rapport
avec lequel est toujours épineux. Comment exactement le
gouvernement japonais fait le tri des gens, les ethnies
coréennes et chinoises reste une énigme quand certains
tentent de masquer leurs racines en adoptant des noms
populaires et en s’abordant dans la langue nationale sans
aucune trace d’accent afin d’évader la discrimination. On ne
souhaite pas pester à l’injustice qui sévit partout quand il
est simplement meilleur de se taire en accordance à la
courtoise d’un visiteur. Dans cet égard les Japonais ne sont
pas vraiment pires que des Européens dans leur phobie vis-
à-vis aux « flots » des Tsiganes et des Américains vers leur
déluge d’immigrants mexicains, mêmes aux autochtones.
L’ampleur de ce préjudice ne s’amenuise assez de foutre
complaisant quiconque scandalisé par cette mise
d’intolérance et conscient du secret de Polichinelle. On doit
encore être perturbé de savoir que voire une communauté
telle éclaircie comme ceci se tenaille en acceptant ces
minorités bafouées et en reconnaissant l’histoire tragique
de leur implantation.
Selon Merlin qui professe d’être totalement versé en
voies de son pays d’adoption, le stigmatisme des autres se
manifeste aussi dans le commerce florissant de sexe au
Japon où l’infidélité des maris ne provoque pas d’outrage ni
dresse pas de sourcil. Et ceci dans une société où le sexe
hors mariage est verbalement un sujet tabou, tabou qui est
en à discuter parmi les femmes respectables. La
promiscuité des hommes d’affaires est légendaire au point
où certains tours de sexe sont organisés en travers les pays
asiatiques plus pauvres pour assouvir cet appétit vorace,
parfois au chagrin des moralistes régionaux soucieux des
maladies vénériennes et de la pédophilie. Ce qui devient
une fortune dans cette industrie sexuelle pour chaque fille
n’est qu’une broutille à ceux dotés du yen dont la valeur ne
cesse pas de monter relatif aux monnaies d’autres pays en
disette, qui aiment traiter d’autres comme marchandise en
solde. C’est tristement apparent que certains cagots qui
prétendent être civilisés dans la meilleure façon gentille
japonais n’hésitent pas de se mal comporter dehors de leur
pays lorsqu’ils se défoulent. Nous avons juste eu notre dîner
dans le district rouge, celui des proxénètes et prostituées
masquées comme entraîneuses de variété plutôt différentes
des geishas. Qui sont ces geishas ? Ces hôtesses n’ont rien
d’un style grivois et sont chastes, croquettes, cultivées,
gracieuses et dorlotées des pontes, magnats et bonhommes
de goût plus raffiné, plus adapté aux simagrées. Ce
phénomène révèle l’étendue de la désolation parmi ceux
dirigeants souvent rechignés taciturnes et solennels prêts
de s’éprendre follement des femmes et s’épancher à cause
de la carence d’affection chez eux. On n’exagère guère en
disant que les riches enchérissent pour les faveurs de ces
femmes de trophée en exercice de l’amour sûr et de la
concurrence financière. Ici le trafic de lascivité se ségrége
dans plusieurs catégories en coût et en ethnicité. Les
fricoteuses (« mamasans ») n’acceptent pas de patronage

12
étrange à leurs donzelles locales et dirigent ces clients de
l’autre nationalité vers les bordels qui embauchent les
travailleuses chinoises, coréens, philippines, et al. Cet
apartheid de gestion sexuelle est institué pour respecter les
mœurs japonaises qui vouent aux gémonies sociales ses
femmes supposément plus délicates et sensibles que leurs
consœurs asiatiques contraintes de vendre leurs corps. Ce
qui compte aussi est le décorum interdisant les racoleuses
en rôdaillant les rues car la discrétion est sacrée dans une
société qui aime le masque et la mascarade. Mon intérêt est
académique et sociologique ; or je sens honte en ayant ma
gamine écoutée le décours du guide, insouciant-lui à la
présence de quatre adolescentes dans notre couvée. Yo-yo
ne blanchit pas, ne rougit pas, feignant-elle l’air de
sophistication, minaudant aux blagues plutôt crues mais
puis miséricordieusement elle ne comprend assez de la vie
ni du cantonais, emballée dans son bulbe d’innocence.
On se tasse de plus en plus dans le cours d’un dîner
partagé parmi des étrangers. Esther se trouve à l’aise dans
ce milieu plus facilement que moi. C’est gênant pour moi
qui déteste chaque voyage de groupe qui me dérobe de ma
liberté en fouille et en excursion à mon gré. Mon épouse
aime le sens de certitude fixée par un itinéraire déjà bien
planifié et testé sous la supervision d’un professionnel
chargé d’occuper et d’égayer ses clients ayant le pouvoir de
lui fournir des pourboires généreuses, surtout ceux
censément d’une haute classe payante le prix plus élevé
pour échapper au nord et de la canicule tropicale d’août.
Merlin est-lui maître de folâtrerie et flatterie incessant dans
ses éloges des dames affamées des assurances de leurs
apparences en train de se vicier, chacune férue de couvrir
leurs rides avec l’excès de maquillage, chacune exceptant
Esther qui se tracasse de son boitillement. Le guide nous
étudie soigneusement pour jauger nos faiblesses et besoins
afin d’affiner ses techniques de vente. Ciblant l’escarcelle
de ces mijaurées fanées, Merlin, il se prône, est expert sur
chaque chose japonaise, soit médicale, cosmétique et
technologique et est motivé d’embringuer ses clients en
bringues de shopping. Nous sommes touts vétérans au
Japon, sûrement la destination favorite parmi ces
bourlingueurs audacieux et irrépressibles. Encore je suis
toujours circonspect, redoutant de fuser en enthousiasme et
m’ébruiter à quiconque qui ne m’intéresse pas le moins et
qui semble trop fouineur en posant telles questions
afférentes à mon emploi, ma nationalité et voire mon
prénom, jamais à mes croyances et idées. En se taisant, on
gagne d’avantage à l’énigme de soi; en s’acoquinant avec
quelqu’un, on risque de ridicule. Je me borne vraiment aux
salutations plus banales dans chaque milieu social,
réservant mes pensées à moi-même, la taciturnité étant
mon bouclier. Ma femme est de l’autre persuasion, plus
inclinée de croire qu’un ami puisse lui donner les secours,
puisse l’écoper de trouble, d’urgence. C’est simplement le
pragmatisme.
Esther n’est jamais chiche en faisant ses emplettes
durant ses voyages, surtout maintenant dans la compagnie
d’une fille prodigue, Yo-yo. Je passe du temps regardant le
paysage urbain de Tokyo, voyant comment la technologie
d’amortir des choques séismiques qui le secourent souvent

13
lui donne les moyens et la confiance d’ériger ces hauts
édifices d’acier, verre et alabastre, véritables stèles
marquants la richesse du Japon quand avant les bâtiments
furent bas. On s’appelle comment les escadrilles de
bombardiers eurent pilonnées, rasées et brûles en 1944 et
1945 cette capitale avec une campagne sans merci
d’incendie contre ces structures en bois. Ces jours le cœur
de Tokyo se ressemble à la gorge dans laquelle les rues sont
rivières de trafic et les buildings sont les murs de canyon,
testaments à la fois reflétant encore une bourse haussière
après plus qu’une décade de stagnation. Ce soir se finit
avec des hommes allants à la buvette de l’hôtel pour fuir la
chaleur et l’humidité qui assortissent celles chez eux.
Personne n’ose filer aux clubs et bars pour rencontrer des
dulcinées nocturnes pour peur de provoquer les
glapissements de leurs épouses qui contrôlent aussi la
caisse familiale. Moi, content de voir ma femme et ma gosse
ensembles sous les draps gloussantes à l’émission hilarante
télévisée en japonais de la quelle les deux ne comprennent
qu’une bribe, je déguste une quetsche, large et succulente,
et une grappe de raisins pourpres, feuilletant les pages d’un
journal, Asahi Shimbun et glanant de signification des mots
en « hanji » (script chinois).
Matin, après petit déjeuner, repus, nous allons au
district d’or, Ginza, cabotant le parc de sapins sculptés au
bonzaï et les douves du palais impérial. Ici et dans ces
alentours les boulevards sont étendus et les trottoirs sont
tels épurés et essuyés qu’ils semblent glabres. On n’attige
trop à dire comment dans le pimpant parvis de Ginza les
rues sont comme assiettes desquelles on en managerait.
Les magasins et boutiques de cette chalandise sont de luxe
et les marques sont renommées – Louis Vuitton, Gucci,
Armani, Valentino, Cartier, Dior, Versace, Omega, Rolex,
Chanel, Burberry, Dunhill, Mont Blanc, Dolce et Gabbana, le
top de la gamme chacun, telles paillettes, telle ostentation,
tel glamour. L’ambiance de cette grande bimbeloterie
émane l’odeur d’argent et projette l’étincelle de pouvoir en
travers ces griffes. Pas d’aubaine dans ces coûteux temples
à la consommation effrénée mais personne ne semble en
soucier. On s’ajuste aux surcroits fameux à Tokyo dont la
cherté éclipse voire celles de Hongkong, Paris et Londres,
voire Genève ; on accepte les marchands japonais qui
bafouent la chicanerie et n’abaissent jamais les prix avertis.
Pour la braderie, la place est la Chine, la Thaïlande ou le
Vietnam. Les visiteurs sont dans leurs éléments et donc ils
peuvent aller sans se harder au guidage de Merlin.
Grouillant une foule de touristes qui brandissent liasses de
yen (peu vraiment utilisent les cartes bancaires, même
crédits) dans tels vénérables magasins (« hyakkaten »)
comme Mitsukoshi (datant à 1673) et Matsuzakaya (1611),
prête, non, férue de conduire la bamboche. Esther fixe ses
yeux sur la devanture du bijoutier américain, Tiffany, dont
joyaux adorent beaucoup d’écrins chez aristocrates et stars.
Les Japonais sournoisement aiment leur monnaie vraie
comme mon père qui dédaigne ces cartes plastiques et qui
retient encore ces sacs de pièces d’argent chéries par lui
comme des ducats.
Notre groupe s’éparpille pour trois heures en vadrouille
libre sans peur de se fourvoyer car il tout le monde semble

14
familier au quartier le plus célébré dans le pays entier.
Quelque l’on s’y paume, ceci ne s’averre jamais grave à
cause des nombreux attraits pour faire la distraction et la
génialité des gens toujours prêts de lui donne l’aide, soit en
direction, soit en interprétation. La débandade nous permet
de regagner notre sens de soi. Esther ne veut pas rafler des
babioles mais plutôt chercher des prix aux vétilles pour les
comparaître à ceux à Hongkong et souligner l’aubaine dans
sa ville natale dont elle ne se fatigue pas de s’en y
convaincre. Yo-yo est épanouie dans ce milieu tokyoïte plus
opulent que branché. Je gravite au rayon de kimono pour
admirer, ces vergues de soie exquise aux designs assez
souples et sublimes, émerveillant comment la porteuse de
cette tenue a besoin de s’emmailler en bandelettes avec
l’aide d’une amie en avance de s’en vêtir, comment le
placement d’une sacoche à ceinture avertit le statut, soit
mariée soit célibataire. Même que l’une femme ne s’habille
du kimono et chausse de sabots sauf sur jours fastes, sa
rareté en apparence ne faite qu’ajouter à la suscitation de
quiconque privilégiée de l’arborer. Beaucoup de nous,
hommes et femmes étrangères, sont friands du costume qui
représente l’épitomé esthétique du Japon. On sait que la
tradition de vêtements s’atténue davantage dans l’ère des
atours moins formels quand clairement la majorité
s’accoutre en voies désinvoltes (minijupes étriquées,
blouses amples pour les filles vives et culottes moulantes
pour les garçons efféminés et efflanqués à la mode actuelle)
après les longues heures de travail (et les Japonais
fameusement bossent trop) mais encore c’est gratifiant de
voir un aspect du patrimoine préservé, refusant de faner et
même, d’être bousculé par les tendances plus
décontractées modernes, voilà la défiance. On rêve parfois
d’étreindre quelqu’une pas nécessairement Japonaise
lorsqu’elle se vêtît en cette pelote de beauté plus poétique
que sexy, n’exposant rien plus osant que son cou nu, épilé,
lisse comme soie. Les manies à la mode viennent et vont
sans causer le moins regret mais ce kimono est l’étoffe des
épopées dans un pays le plus avancé technologiquement et
socialement – et ça est digne d’une célébration.
Esther opte à prendre son déjeuner dans une taverne
caverneuse, sombre, au design bavarois, linteau crénelé,
murs ornés de pavois médiévaux, tables et chaises au bois,
un establishment fondé dans les années 1920. Peut-être
moins bavarois que sa version ersatz à laquelle les
Tokyoïtes s’assemblent pour lamper leurs chopes de bière
et papoter afin de se défouler de la cocotte-minute chez
bureaux. Le menu nous présente offrit une combinaison de
plats mais notre gosse colle à la convention de poisson et
frites, Esther son spaghetti et moi mon bifteck malgré ayant
déjà été assouvis des morceaux dans la zone de victuailles
nous tentante avec une énorme variété de friandises –
gâteaux, glaces, fruits et bonbons occidentaux et japonais.
J’ai trouvé la plus étonnante la vitesse précise des mitrons
en fabriquant ces fougasses bourrées de pâte, chacune
parfaitement formée et uniforme, preuve de la dextérité
digitale formidable d’un peuple et aussi critique dans sa
quête de dominer les marchés globaux en production de
qualité et construire en suite son atelier mondial. Repas fini,
repus, et ainsi l’escale tokyoïte est complète sans

15
encombres et, plus miraculeusement, sans aucun achat,
rien, pas voire ces babioles qui séduisent ma femme et son
type de récolteuses impulsives de vétilles mais on doit
admettre que les Japonais aient plus du talent en faisant
attirantes voire ces bibelots.
Nous sommes sur bord du train de balle (shinkansen),
donc nommé dû à son allure dans les deux sens de rapidité
et de forme. Encore plus étonnant est l’âge du système
ferroviaire dévoilé en 1964 pour coïncider aux Jeux
Olympiques et pour avertir de la recrudescence du pays des
cendres de la Guerre. (On doit avoir la conscience de
reconnaître le trauma du long conflit et de l’occupation
après la reddition, les expériences s’agissant d’un marteau
et d’une enclume pour la nation.) Quel contraste alors aux
trains lents et aux tortillards qui eurent enceints le pays.
Cette rame électrique eut inspiré bien sûr le TGV réalisé une
décennie après son prédécesseur et demeura le plus véloce
ensemble avec son cousin français jusqu’au lancement du
rail à sustentation magnétique (Maglev) de Shanghai,
capable de 501 kilomètres par heure atteint en novembre
2006. Le véhicule nous emmène au nord, destination
Sendai. Je vois se dérouler un paysage de moins et moins
urbain, plus en plus champêtre, bientôt des rizières très
verdoyantes mais peu gens. On ne peut pas secouer le
tableau mental des champs asiatiques où besognent ces
paysans et pâtres drapés des châles de paille, mêmes ces
bateliers courbés des poids de leur ahan, leurs visages
burinés, leurs jambes chambrées. Je reconnais exactement
la source de ces images : les estampes imprimées des
gravures du 19ième siècle qui eurent captivées
l’imagination de Claude Monet, ses copains et ainsi le
mouvement impressionniste. Durant cette phase de la
révolution artistique, partiellement en réaction à
l’avènement de la photographie, les génies d’élan en France
et ailleurs tentèrent de mettre le grappin sur tous ces
œuvres de la terre du soleil montant si seulement d’émuler
telle brillance de palette. Les Japonais modernes ont
pratiquement oblitérées toutes de ces traces et pourtant on
n’oublie jamais l’impact puissant engendré et éternel. Le
pays dans ma mire continue d’évoquer ces vues existantes
vraiment plus dans ma tête qu’en réalité – et cela m’attriste.
Le trajet dure juste deux heures. Le train qui s’est décoché
peut se freiner aussi avec vitesse et voilà il ne nous
débarde, passagers et bagages, à la gare d’une ville Sendai
de la région Tohoku plutôt provinciale juxtaposée à la
grandeur intimidante et épuisante de Tokyo.
Dehors sont ces épiceries dont marchandises les plus
convoitées sont ces pommes, larges, sucrées et
succulentes, oui, les pommes écarlates ou striées de Fuji,
une variété favorite de ma gosse depuis son enfance. J’en
ronge sans aucun délice, préférant-moi la poire. Merlin nous
dit que les prémices ne mûrissent jusque fin de l’été, donc,
je suppose, le verbe « aoûter ». Les vergers sont cependant
plus encore au nord-ouest, au bout de Honshu, dans la
préfecture d’Akita, demeure aussi du chien combatif au
même nom, une espèce métissée aux États Unis avec le
mastiff anglais dont le bâtard est un véritable colosse très
adorable et pas trop farouche. Merlin nous laisse encore de
se balader dans venelle partiellement couverte et comblée

16
des boutiques plutôt plébéiennes en contraste au luxe de
Ginza, Tokyo. Soudainement une parade de jeunes s’affuble
en coutumes cérémoniales et en chassé nous rafle en cris
d’excitation et, j’apprends, d’exorcisme arrière d’un géant
reliquaire et aussi un palanquin. Une telle démonstration de
bravade encore permissible est un rite génésique dont la
survivance perdure malgré ces changements compréhensifs
dans le pays. Voici est précisément l’acte d’épuration et
d’entrain conduit au gré et paiement aussi des marchands
qui redoute comment certaines forces malignes puissent
effaroucher leurs clients. Ce tapage des gongs et tambours,
amplifié maintenant avec haut-parleur, risque de nous
bannir plus que les revenants donc visés. Une coterie de
moines finit la procession avec prières de bénédiction en
tout concluant. Gloussant et souriant, léchant un cône de
glace, Yo-yo est égayée, croisant comment ce n’est qu’un
spectacle.
Le bus nous apporte au nord, allant 30 de kilomètres sur
routes serpentines en travers de champs et de forets dans
les pénombres vers un hôtel comme station thermale
(onsen ryokan) chez Akiu de la préfecture de Miyagi sur
colline en surplombe commandante la vue mirifique de la
baie des îlots verts de Matsushima. Je chois d’emblée sous
le sortilège du panorama voire au crépuscule et sous une
nappe de nuées, moi, adossant sur le tronc d’un pin proche
d’une plaque inscrit avec la signature à la main d’un
empereur, peut-être Hirohito du règne Showa, louchant
dans l’espoir vain de repérer les contours du littoral mais
encore voyant ces aculs dont les huîtres, quoique petites,
sont chéris pour son goût exquis en Asie et aussi pour ses
perles. Ma femme et ma fille s’apprêtent d’abord pour une
agape de surabondance rabelaisienne et après leur premier
bain thermal public, entrant-elles le restaurant avec
pantoufles et peignoirs couvrants leur nudité, tous en
conformité au protocole de baignade. Les mœurs japonaises
encore pudiques dictent que dans cet état déshabillé
quelqu’un ôte également la mascarade. Or les Japonais sont
d’ailleurs si conscients de la bienséance. Je suis trop guindé
et gêné de m’oser de l’acte tel intime et j’opte de boycotter
l’événement du soir sauf la ripaille au buffet. Les deux
d’elles pouffent de rires à mes manières si raides et
bouffent avec la rapacité des louves : plats de bœuf,
paupiette au porc, agneau rôti, saumon, crevette, crabe,
seiche, praire, moule, riz, algue. Elles puis glissent de la
table, me laissant seul d’entendre ces sérénades d’une
bande philippine dont la chanteuse est adorable et plusieurs
solos aux mains d’un pianiste, aimant surtout ces sonates
de Ludwig van Beethoven qui font résonner le cœur. Dans
ma chambre encore en solitude, je scanne ces photos
captées avec mon neuf Sony A300, content, non, ravi en
gagnant une image du hall, une prise encadrée dans ces
vitres de meneaux, vers la baie au dernier, fanant rayon,
une scène si poétique, fugace, mélancolique et menaçante.
Je me déclare artiste mais juste en vertu de ce cliché mais la
satisfaction qui en dérive est brève. Personne doit cueillir un
portfolio épars et consistent de clamer de son succès digne
du nom.
Sans diane, on se réveille en alacrité au ciel couvert qui
cependant n’occulte pas un paysage mirifique déferlant

17
devant les fenêtres d’une chambre douillette, le rideau
agrafé à l’embrasse. Je ne suis jamais habitué au sommeil
sur matelas mis à la couche de natte tramée de lames au
bambou et plancher réchauffé. Esther a roupillé plus
profondément, ayant passée-elle une soirée dans ces bains
publics et dans une étuve pour suer et expurger son corps,
s’amusant à la gambade de sa mouflette. (Pas de tracas. La
pudeur requiert que les genres soient ségrégés en aires
cloisonnées et ce qui advient arrière des parois est décent.)
Notre gamine s’est ressemblée au bourdon butinant, qui est
à dire elle avait glissée dans une façon rétive d’une piscine
à l’autre. C’était une bonne sensation de voir les deux se
blottir. Ces voyages sont toujours une voie pour la mère et
sa fille de reforger leurs liens viciés quand elles sont chez
nous. Au petit-déjeuner Yo-yo bâille mais encore elle manie
de se gaver du buffet. Esther lampe deux tasses de café
avec de cassonade pour s’alerter afin d’en bâfrer,
m’insistant comment le premier repas est toujours le plus
important du jour, surtout maintenant avec cette cocagne
de fruits tropicaux, banane, ananas, papaye et mangue en
addition à ceux locaux, pomme, poire, prune et olivette, la
dernière un produit de la serre et est parfaite de taille et
parfait de goût, étant criblée de s’assurer de qualité. C’est
habitude de ma femme de chiper plusieurs des pommes et
poires pour notre collation puisque ce ne sont pas
facilement coties et ont assez de chair d’étancher la faim.
J’ai toujours aimé sa gestion et organisation desquelles je
manque.
Le bus nous (la majorité encore assoupie) délivre au
quai de la crête de la colline commandante une vue de la
baie et sa grappe d’îlots épars de pins, certains anciens et
pleins de broussins. Je y dévale pour scanner le milieu si
ravissant aux amateurs de vidéo et de photographie. On
doit concéder aux Japonais qui exaltent en éloges et
poèmes, mêmes en photos et estampes, de la beauté
captivante, sinon enivrante, de Matsushima. Le rivage est
verdoyant. Un pâté de cottages, épiceries et restaurants
nous hèle et dans une distance est une forteresse dans le
style de Meiji du 19ième siècle. Voici se trouve l’embouche
du fleuve Naruse avoisinant le parc national. On entend les
cliquettements des appareils photographiques, mon Sony
n’est pas excepté. Un vol de mouettes est déjà vigilant en
penchant sur rochers et grilles, graillant d’excitation, pour le
parcours obligatoire de ceux, visiteurs, qui l’alimentent pour
admirer l’agilité d’une espèce d’oiseau si preste, si capable
de planer et valser sur ailles. La pinasse de pêche, dont cale
couverte, convertie au coche s’élance et les matelots nous
vendent ces sacs de frites. Merlin nous instruit de poser en
cette voie et cela au tribord afin de cliquer et attraper les
meilleures images ne pas seulement des mouettes mais
aussi des îlots desquels nous cabotons et louvoyons, nos
cheveux ébouriffés. Ma gosse est trop timorée de leur offrir,
ces glissants animaux, l’hameçon pour crainte de perdre un
doigt ou deux. Mais bien sûr ces mouettes (ou goélands, je
ne suis pas certain du genre) sont trop lestes et précis de
s’estomper à l’anatomie humaine avec le prix. C’est une
émerveille d’apercevoir comment deux oiseaux, leurs
camails montés, peuvent contester dans l’air avec leurs
becs et happer chaque morceau sans aucun tombant en

18
eau, eau telle propre que personne ne décèle pas d’épave.
Ces acrobates sauvages en défiance de la loi de pesanteur
font hontes aux athlètes maintenant s’apprêtant à Pékin
pour les 29ième Olympiade. Quant à l’attrait, les îlots, ils ne
rivalisent pas à la performance, ni des oiseaux, ni des
vagues et embruns en aspergeant de la violence engendrée
de l’étrave en motion, moi, sentant chaque cahot à la
passerelle et en retard proche à la proue. Yo-yo donne aux
mouettes enfin plusieurs frites et, bientôt, mange le reste,
minaudante-elle en pensant que ces victuailles sont trop
savoureuses d’être partagées avec les oiseaux. Barbée de
tout ceci fracas, sa frayeur des oiseaux pas soulagée, elle
retraite du pleine air, fermant l’écoutille, sentant un peu
mal. Ces ébats de nature ne lui appellent. A l’atterrage,
Esther opine comment ces mouettes ont perdues plus
d’énergie pour ces bribes peu nourrissantes. Je lui réponds,
« ceci n’agissait pas de l’alimentation mais plutôt du sport.
Ceci est leur version de la chasse. »
La baie est une place pour la reculade des troubles du
monde et fut en fait une redoute juste comme elle présente
à la nature ces conditions parfaites pour les parcs de
coquillages, y compris ces poteaux drapés des épuisettes
auxquelles les huîtres, moules, bernacles, tarets et d’autres
formes d’excroissance s’accrochent. Le havre pour des
âmes sensibles acculées du pouvoir durant les ères
turbulentes au Japon fut éloigné assez des centres de
magouilles à Tokyo, Osaka et Kyoto, situant au nord de
Honshu d’être sauf et serein. Nous allons sur le promontoire
de Tamonzan, un très étroit lé de terre qui saillit à la baie et
qui se rend accessible avec un pont rachitique en bois bien
s’affadi avec âge dont planches labiles et véreuses laissent
aux promeneurs des écarts plutôt dangereux. De ceci Merlin
nous avertit bien en avance puisqu’il y avait des accidents.
Au bout du rocher est le terrain sacré, un petit temple sans
fenêtres sauf un lucarne, une cloche et une série de
reliquaires festonnés de fiches en tribut à la déité qui y
veille Plus intriguant est un érable dont branches sont
drapées des enveloppes fourrées de certains messages, soit
de prières, soit de plaintes. Les croyants espèrent qu’en
parsemant leurs souhaits à l’arbre, ils pourraient escamoter
et éparpiller ces soucis et douleurs au merci de vent
incessant en bruissant ici dans le giron de la mer, une mer
plus assurant quand elle est étale. On gagne vraiment une
consolation, lorgnant l’horizon et atteignant un sens de
béat, de zen. Les Japonais y fournissent un nom, « ikan »,
pour décrire la vista, la jouissance et l’éclaircissement d’être
gagnés dans cette visite. Je me soumis aux bienfaits
spirituels qui surgissent et règnent lorsque je chauvis pour
écouter les appels funèbres de la mer, toujours la mer, et le
carillon des grelots d’airain au temple se susurrant aux
morts. C’est vrai qu’ici les camardes ne semblent
qu’endormies dans une sorte de purgatoire. (Central à
chaque principe religieux dans quelconque fois est la
conviction dans la continuité de la vie après sa phase,
cruellement brève, corporelle. Graphiques aussi sont ces
Japonais qui aiment dépeindre les souffrances affligées dans
l’enfer. Je me souviens en enfance circa 1964 étant tétanisé
aux sculptures et panneaux illustrés des croque-mitaines
dans un hall quelque part à Tokyo. Les contes des

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châtiments divins étaient images pires que celles issues des
tableaux effroyables par Jérôme Bosch.)
La tranquillité se fait une hantise parmi ces Japonais qui
valent la musique de silence en contemplation purgée de
tentations. Les ermites aiment s’adonner à la nature et
décerner la vertu dans la vie rustique et simple, tous en
esquivant les griefs et brouilles urbaines qui écrasent
l’esprit. Dans une ville ces jours on doit jongler ses temps et
parfois perdre son sens de perception et de priorité.
Pourquoi quelqu’un voudrait s’amocher dans le monde de la
grande ambition et la grande exaspération ? Pour un
homme, même une femme, la ruée quotidienne entame la
capacité de se comporter avec civilité, agaçant ainsi
l’isolation que l’on sentît dans la métropole. La paix
engouffre tout, apaise tout ; enfin on n’a pas besoin de
foncer vers un magasin ni la gare de métro ni le trafic
véhiculaire ni le vacarme constant, jamais assourdi, ni la
cohue éprouvante et épuisante, tout maintenant arrière de
moi comme un cauchemar de la nuit dernière. Quelqu’un
risque d’être le plus esseulé et désolé dans la compagnie de
millions, comment ironique ? Cette question coule dans ma
cervelle durant ma flânerie dans le parc adjacent au quai,
un exercice permis à nous grâce a Merlin parce que nous
ayons une heure et demie de passer avant notre déjeuner.
Cette région se vante comme capitale des pins, pinastres
d’être précis, et s’apparente en climat au nord de la
Californie, aussi renommée-elle pour ses arbres, les
séquoias. La présence de ces pins accapare le paysage et
accable les visiteurs, surtout les citadins de villes comme
Tokyo et Hongkong dont verdure est vraiment limitée aux
banlieues et districts cossus. Ce coin paradisiaque séduira
les êtres doux et artistiques durant l’ère féodale
guerroyante (sengoku jiddai) du 14ième au 16ième siècle
quand fleurirent la littérature, les peintures et les comédies
qui furent signatures japonaises enfin distinctes de celles
importées, empruntées ou plagiées de la Chine. Certains
des maestros trouvèrent et affûtèrent leurs styles, voix et
visions de la beauté des forêts féeriques et de la mer
magnétisante. De ce berceau donc grandira l’identité
culturelle japonaise digne de l’admiration et l’émulation.
Nous entrons aux ombres sous le parasol des pins et
arrivons au bas d’une falaise calcaire noire, grêlée et
creusée des grottes dans lesquelles les habitants locaux
dévots ont accrochés petits autels et idoles, dieux et
déesses tirées de leur panthéon divin pour complémenter
leur foi bouddhiste. Les Japonais puisent leur spiritualité
d’un mélange de religions et, comme les Chinois, ne
ressentent pas de contrition en étant œcuméniques, une
forme de police d’assurance. La vie d’acète prônée par cette
fois ne se pratique tant parmi la plupart des croyants qui
cependant se repentent avec d’aumônes pour les temples.
Ils s’arrogent le droit de répudier le monothéisme, même
parmi des chrétiens, puisque sensiblement aucune secte ne
monopolise la vérité. Quiconque alléguant comment il n’y
aucun dieu mais un n’a pas de place au Japon. Il sied que le
bouddhisme s’acquitte comme une philosophie en épousant
de la tolérance plutôt qu’une religion rigide et est donc
étreinte par presque tout le monde. Ce qui fait attirant du
bouddhisme est sa conviction dans la quête pour la

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simplicité, l’humilité et l’éclaircissement exemplifié par un
moine démuni qui débarrasse ses denrées mondiales,
apporte un balluchon, une sébile et une besace de
s’aventurer dans le monde, gueusant, vivant sur la charité
d’autres et apprendrant sans peur et sans préjudice. (Le
Japon se vante de maintenir 86 000 temples, 90 pour cent
desquels s’affilant aux écoles et la plupart pratique les rites
tantriques ou zen. Ce nombre ne déguise plus le fait que la
majorité a tourné le dos à la foi qui était le socle sociétal
sauf aux pompes de mariages, d’obsèques et de
bénédictions des nouveaux ménages ou magasins,
souffrant-il donc le sort des églises en Europe occidentale.
Mais alors l’apostasie est commune dans le monde
industrialisé, les Etats-Unis étant une exception. )
La foi cependant dans la technologie est uniforme parmi
la grande majorité et ceci est dans l’étal au parc où le
musée fait un tribut aux systèmes ferroviaires. Dans une
éclaircie sont pelleteuses, câbles et terrassiers usés et
vénérés en construction des rails qui sont l’envie du
monde. Sur une plaque d’airain il y a une explication et
célébration de la prouesse industrielle – et, plus
solennellement, un bilan des travailleurs péris en frayant un
chemin en travers la longueur de Honshu. Voire avant la
Seconde guerre mondiale, le Japon fut déjà plus avancé,
rivalisant l’Allemagne. Après les forces alliées eurent détruit
ses systèmes de transport, le pays restaura et abonnira
rapidement et avec efficace qui fut l’envie du reste en Asie,
s’averrant fort, résolu et industrieux. Quand pauvres, les
gens du pays vivotèrent et partagèrent ; quand riches, ils
épargnèrent et investirent. Deux générations après la
débâcle militaire, personne ne doute comment l’idée de
sacrifice s’infiltre encore la société entière. Ceci croyance
soudée à la compréhension de la précarité intégrale au
monde dans lequel la nation est géographiquement
vulnérable, ratant ces ressources naturelles et assujettie
aux sentiments protectionnistes dans leurs marchés plus
dépendants – les Etats-Unis et la Chine – est essentielle en
ralliant le peuple, fier et pourtant apeuré, avec raison.
Nous finissons notre flânerie aux devantures discrètes
sans aucunes enseignes criantes d’un rang de boutiques qui
vendent ces bagatelles et souvenirs. Pas de troquet d’ici,
l’habitude des Tokyoïtes ne touche pourtant une bourgade
provinciale. Mais Yo-yo se contente avec un cône de glace
molle en attendant au parking mitoyen à la promenade
côtière et côtoyant le restaurant, une collation avant l’autre
repas de sukiyaki bien sûr. Les voitures s’y garent sont des
modèles récents (chaque tacot est invariablement soldé via
brocante à une clientèle en Russe ou quelque part en Asie
du sud-est) et économiques en contraste aux berlines de
luxe grouillantes sur chaussées de Tokyo. La capitale offre
une pléthore des horodateurs au parking, mêmes les
billetteries et dispensateurs de boisson. La préfecture
Miyagi préfère plus le commerce conduit par la main-
d’œuvre en réponse au chômage qui n’était pas un
problème mais est maintenant. Je suis encore le type pas à
la mode qui veut s’affairer avec les gens vivants plutôt
qu’avec des machins, tels les services téléphoniques
résonnants aux voix officieuses, désincarnées et
déconcertantes. Suffit-il d’accroire qu’une société qui

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rabroue la qualité humaine pour accroître juste des profits
est au risque de perdre son âme. Cette valeur mise sur le
service humain pour accentuer l’expérience sociale n’est
pas proscrite par loi mais par tradition – et est digne
d’appui.
Je m’ensevelis tant dans mes pensées comme si j’étais
seul dans un isoloir que je peu notifie comment rapidement
le bus roule et s’achemine au nord sur lacet côtier. Notre
escale prochaine est Komaki Onsen (station thermale) dans
la bourgade pittoresque de Misawa, niché dans la préfecture
d’Amoriya. Pour parvenir ce fleuron idyllique (et la base
militaire d’avions américains), on doit se conduire de cinq
heures en travers, d’abord, vallons et, après, une rangée de
montagnes Ou qui forme l’épine de Honshu septentrional.
Tout est verdoyant et, en montant aux hauteurs de versants
abrupts, peu peuplé. Ce qui étonne est comment
l’agriculture peut prospère à une telle altitude, testament au
génie des Japonais et à la carence de terre arable ailleurs
laissée à la friche. On s’aperçoit travailler peu fermiers
tenants grâce au système d’irrigation tel avancé et de la
pleine mécanisation de la semence à la récolte, aux octrois
publics en subventionnant ce lobby politique puissant, à la
maîtrise de science, à l’assolement, à la fécondité, etc.
Ayant franchi les voies féodales de métayage et servage
dans le 19ième siècle, cette société fut arrivée au point
d’idolâtrer ces gens du sol auquel voire les citadins aimèrent
tracer leurs racines avec un tel orgueil atavique.
Plusieurs arrêts sont faits aux stations de repos en
parcours des montagnes et puis nous y dégringolons
soudainement vers encore le rivage. Ce qui n’étaient
naguères des vergers et rizières sont maintenant une série
de pissoirs pour les gens à la sauvette. On ne peut mais
observer un panneau qui proclame comment on a déjà
atteint la latitude de 40 degrés nord. La bruine s’intensifie à
la pluie qui est froide – juste 20 degrés Celsius en août.
Esther grelotte en saisissant son blouson d’une valise.
Plissées en percutantes les crêtes sont les nuées dans le ciel
déjà en train de s’obscurcir, quoique la pénombre actuelle
ne soit pas encore deux heures plus tard. Le bus fait halte à
l’entrée de l’hôtel Komaki, vaste et vieillot, ayant
l’apparence d’une grange, toits de bardeaux à la teinte de
chaumière en réminiscence de leur vraie origine ; sa façade
est patinée de peinture traditionnelle, grenat et marron ;
dehors un jardin enclos d’un mur moisi au moellon, une
sente en ardoise, plusieurs pots bien glaisés de plantes. En
arrière tout de ceci semble être un étang ou marais (difficile
d’y jauger dans l’obscurité) d’où l’on entend les friselis
lénifiants de l’eau douce et aussi au-dessus ces gouttes de
pluie en dégoulinade des rebords de toit, ensemble un
diapason de notes. Voici est la station thermale recensée
d’être une des trois meilleures au Japon selon un sondage
touristique. Plus loin d’y encore en surplombe est un
escarpement dont contours sont encore vaguement visibles
et donc menaçants. Les passagers débarquent plus
légèrement car, à Tokyo, il y a deux jours les larges bagages
ont été frétés au nord, à Sapporo, Hokkaido, leur laissant
juste les valises, musettes et sacs comme ceux-ci épaulés
par des routards.

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Nous filons dans le foyer récemment aménagé de
l’hôtel, une fois juste une auberge rustique, aussi morne
comme la météo, apprenant de Merlin que cette station
thermale eut d’abord accueilli ses clients il y a deux siècles.
Le couloir est long, illuminé par un rang de fanaux, et bordé
des vitrines qui exposent certains objets de musées –
vêtements de bure, haillons, breloques, une maquette de
l’ancien hôtel maintenant rasé, outils et photos sépias
tirées de l’autre époque – en tribut au patrimoine de Misawa
et ses bains publics. N’oublier jamais est cette grappe des
étals qui vendent les bibelots. Nous passons un théâtre
souterrain, site d’une performance de musique et de
saynète, et un parterre pas d’orchestre mais de ces
figurines de papiers cirés de monstres. Notre chambre est
large dans le standard du Japon avec une grande fenêtre
face-à-face aux rails, au ruisselet, aux bocages d’ormes et,
chatoyante dans un nimbe de réverbères et un rayon
stroboscopique, à la chapelle sur dont verrière se dresse
une haute croix dorée dans le style orthodoxe russe. J’ouvris
les volets pour éventer la place encore rance de cigarettes
(les vieux hôtels japonais ne respectent pas la règle contre
la fumée) et pour étudier le paysage serein et béat dans les
ténèbres prématurées.
Le dîner au grand hall est une véritable bombance au
buffet avec un mélange de cuisines, du japonais à
l’américain, du sushi au sashimi, une variété de salades et
de soupes, bifteck, riz, pâte, tartines avec mottes de bourre,
boulettes (gyroza), bouillis de veau, ragoût d’agneau, filets
de saumon, brochettes de mouton et porc (yakitori), un tas
de palourdes et de moules, poulpes (les tentacules et
ventouses sont croquants, pas visqueuses), magrets de
poulardes et un éventail des desserts, glaces, gelées,
gâteaux, pouding de sagou, tranches de pamplemousse,
rondelles de pastèques, brouets sucrées d’amande et bien
sûr ces pommes régionales. Enfin pas de sukiyaki duquel
nous avons déjà marre. Ebattant est une marmaille de
garçons et garçonnes dont les gambades provoquent ces
ricanements de ma gamine, également bébête. Bâfreurs
repus, quittant la table, nous nous dandinons, nos estomacs
gonflés (bedaines maintenant), à notre chambre afin de
nous relâcher. Il y a une performance au Sho-Gekijo (petit
théâtre) par un ensemble de trois, deux hommes, chanteur
et luthier (joueur de shamisen), et une jeune femme en
kimono rouge et jaune. Ces chansons mélancoliques ne sont
pas à mon goût et la farce à laquelle la troupe sollicite une
glissade de rires de l’audience locale m’est
incompréhensible. Puis Esther et Yo-yo en train de
s’apprêter pour leur soirée aux piscines thermales dans un
milieu dramatique avec un des bains dehors et adjacents à
une rivière lentement ruisselante, proche d’une cascade et
à l’orée de la forêt, risquant l’espionnage de quiconque
voyeur dans les bois et la chute dans l’eau courante. La
pluie ajoute à l’ambiance, à la mystique. Il faut cependant
imaginer ce tableau lorsque les temps cléments se
retournent car on n’a pas de référence sauf cette fâcheuse,
persistante tempête qui trempe tout, surtout l’humeur pour
une flânerie au coucher. Ma femme et ma fille sont parties.
Moi qui déteste l’esclandre et le risque d’embarras, je suis
seul, éteins le téléviseur qui n’émet rien que ces

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grésillements aux feuilletons japonais et lorgne, riveté, la
croix scintillante de l’église dans les lumières factices
(emblématiques-elle de la religion) en demi expectant
chaque sorte d’Epiphanie.
Nous roupillons avec la fenêtre partiellement ouverte et
le climatiseur éteint en visant de nous adresser à la
protection écologique et de respirer d’air frais émanant du
feuillage poussant en profusion. C’est le meilleur sommeil
depuis l’excursion aux Rochelles américaines qui revigore le
corps et ravive l’esprit. Yo-yo s’agriffe encore à son oreiller,
mouche bée, mais ne ronfle pas, différente-elle de sa mère
dans cet égard. Un des moments que je choie est de les
observer dans cette pose, si sûre et sauve. En me réveillant
matinal lorsque ma famille demeure douillettement dans le
giron de rêveries, je m’empare ces moments de tranquillité
afin de réfléchir sur ce qui est advenu et trier, peser et
recomposer mes pensées. Je suis d’accord avec René
Descartes que la contemplation inlassable, l’enquête
intellectuelle, soit toujours la preuve de l’existence. Esther
bouge, s’allonge et bâille lorsque tinte la sonnerie. C’est
notre habitude de laisser pioncer encore la bambine. Nous
nous apprêtons d’abord et enfin avec tout fait Yo-yo est
alertée, nous donnant en réponse ses gazouilles de grogne.
Je finis toujours mon petit-déjeuner en avance. Dehors
maintenant la pluie persiste en tournant labile la sente qui
serpente le jardin arrière de l’hôtel. Je saisis la chance de
décrocher des photos des plantes cultivées et émondées
avec tel soin pour lequel les Japonais sont dûment
renommés et duquel Monet eut emprunté chez ses Jardins
de Giverny. Maintenant repue, mon ingénue me rejoint et
pose pour deux photos avec un fiacre, un bourrin diapré en
attelage et le conducteur portant canotier et châle. Le
dressage et le maquignonnage furent occupations dans
cette région hippique où le pays maintient ses meilleures
écuries et haras – même ses écuyers, y compris ceux de
l’équipe équestre aux Jeux olympiques. Yo-yo refuse de
chouchouter la bête, cependant docile.
Nous sommes soulagés qu’il n’y aucun encombre en
route puisque la voirie japonaise a rapidement nettoyé le
passage qui avait été bloquée par dégâts et éboulis dus aux
cahots séismiques récents. Un rapport d’hier a constaté que
certains véhicules étaient enlisés dans ce bouchon ou
divertis. L’efficacité optimale est une source de fierté
nationale et pour une raison bien évidente. Merlin n’arrête
pas de pratiquer son boniment et flagornerie pour solder
des cosmétiques à une clientèle captive lorsque hier il nous
a colportés dans les coulisses ces sacs de bonbons japonais
et bagatelles. Le bus entre une forêt d’érables ressemblante
aux bois ontariens du sud. Je lutte d’entendre la nature
durant le babillage des dames et leurs rires à l’expertise
assumée du guide qui professe d’adore le maquillage et la
made. On ne discerne pas de croassements et cris des
grives, pinsons et tels oiseaux des bois sauf les huées des
hiboux blancs dont présence intimide en silence leurs
proies. Plus effroyables encore sont les pygargues toujours
planants en patrouille du rivage juste plusieurs kilomètres
d’ici et ici n’est qu’une route verte vers le lac Towada,
superficie de 62.2 kilomètres carrées, latitude 40.5,
élévation de 400 de mètres, la température froide, glaciale

24
durant l’hiver. Merlin fait pause pour nous relâcher à une
flânerie et session de photo sur bord de la rivière Oirasse
qui nous mène aux cascades peu impressives juxtaposées à
mes mémoires de celles-là qui drainent les Grands Lacs ou
voire les chutes dans le Washington. Mais encore cette
éclaircie est pittoresque et calmante avec la voix aigue et
rauque de Merlin noyée par la musique de l’eau en
dégringolade et en percussion contre les rochers lisses polis
à la patine. Enfin ma mouflette pose avec moi à mon délice
car rares sont devenues telles occasions quand elle me
daigne de sa frimousse à la photographe. Le prochain arrêt
est le môle sur berge orientale du lac caldeira qui ressemble
à celui de Hakone proche de Tokyo dernier visité en 2003.
Sur talus on peut d’y voir une île clairement dans la
distance. Un bougre trapu et plutôt fouineur nous approche
de l’autre groupe de touristes et demande à ma femme
pourquoi Yo-yo et moi ne nous abordons pas en mandarin ni
en cantonais quoique nous soyons Chinois dans ses yeux. Je
l’ignore et son insolence puisque dans le monde moderne
post-Babel il n’importe quoi personnes s’adressent.
Le prochain arrêt est à la plage couverte du cailloutis
proche de laquelle se situe un hôtel modeste peut-être
inconnu aux étrangers avec une pataugeoire et un
restaurant, vraiment un réfectoire. D’ici personne ne trouve
pas du palais de chaîne mais ces auberges dont leurs
tenanciers s’y logeraient. Pas de surprise que le repas servi
soit encore le sukiyaki duquel voire ma femme vient de
redouter. Cette sorte de tambouille est exactement ce qu’on
s’escompte d’avoir loin des routes connues. Le service d’y
est amiable et les serveuses gracieuses qui personne
n’éprouve partout dans l’archipel – et tradition bafoue le
pourboire puisqu’il soit rude de payer pour la bonté. J’ai
eues expériences de rebuffade gentilles pourtant
persistantes. Un homme ne faute pas en rêvant que dans la
prochaine vie qu’il veuille se marier à une Japonaise, serait-il
d’avoir la veine. Ces filles ne sont pas mercenaires car elles
sont vraiment ravies de lénifier. J’adore leurs manières et
leur dignifié inhérente. Assouvi chacun de nous, plus de la
soupe que des portions réduites, nous nous dégourdissons
les jambes sur la pelouse directement avant le lac, contents
enfin de sentir la chaleur du soleil longtemps caché, et
regardons deux esquifs sillonner la surface calme,
esquissant des rides. Encore on repère dans le voisinage
une équipe des jeunes éclaireurs grevés de leurs cartables
et habillés de culottes et de vareuses, peut-être sur
excursion estivale. Sous ciel pommelé, l’autre bus y parvient
bondé des touristes japonais, invariablement vieux, car les
jeunes détestent ces excursions de groupe et sont plus
aventureux que leurs parents qui cherchent le renfort et le
réconfort dans le nombre. Yo-yo elle-même pourrait un jour
nous abandonner au troupeau pour s’affranchir de nos
emprises et joindre ses contemporains en vadrouille et
vagabondage. L’idée de cela nous pétrifie, nous agrafés à
l’espoir, cependant vain, qu’elle nous veille toujours et nous
respecte dans notre radotage. Mais pourtant c’est réaliste
de noter que l’amour est rarement réciproqué. Ce qui reste
vraiment à nous ne sera qu’une cosse de mémoires retenu
dans ces recueils photographiques dont contenu nous ne
stopperont jamais d’éplucher et d’y tirer notre consolation.

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Cette contrée entrelacée de bois, parcelles champêtres
et collines roulantes évoque le paysage du vallon Fraser,
une région rustique et hippique à l’est de Vancouver. Mais
ici l’on ne voit pas aucun écuyer dans la clairière, ni même
aucun motard sur chaussée. Nous nous acheminons à la
ville portuaire d’Aomori au sud de Musu-wan (baie),
population de 311 000. A la gare, attendant sur quais en
plein air et sous ciel clair pour 25 minutes tapante, on
embarque un train de la ligne ferroviaire nommée Kaikyo.
Cette route d’abord côtoie une chaîne de hameaux jusqu’au
bout de Honshu, un parcours d’autours 80 de kilomètres,
avant plongeant sous le détroit de Tsugaru en travers le
tunnel de Seikan, une distance sous-marin de 53.85
kilomètres. On apprend que ce tunnel surpasse la Manche
en longueur et en profondeur et s’était lancé en mars 1988.
Le rail ne demeure pas viable à cause de la concurrence des
services de ferry et aériens. L’espoir dépend maintenant sur
l’élongation de Shinkansen pour enjamber l’abysse à
l’allure. (Mais c’est toujours comment le système opère avec
les intérêts corporatifs embringuant le gouvernement en
affaires et soudoyant les politiciens et les fonctionnaires en
retour. Ces faveurs et octrois sont l’huile de graissage à la
motrice du système auquel ce qui est gouvernement et ce
qui est business s’imbriquent. L’archipel est donc partout
jonché des structures trop grandioses qui ne justifient leurs
dépens et empirent la fausseté fiscale. Ainsi la trésorerie
alloue ces ressources et alourdit les dettes publiques afin
d’avancer ces carrières des cadres, leurs copains
fonctionnaires et ces intérêts pécuniaires des dirigeants et
pontes, une largesse qui ne cesse pas de creuser une fosse
en revenue, même en confiance avec les gens.) On voit ces
maisons des bleds apparentement fragiles construites à la
berge, étant menacées par la marée, et se demande
pourquoi personne ne s’apeure l’inondation et l’houle dans
une zone telle vulnérable aux tempêtes. D’ici la mer
houleuse semble débordante avec vagues qui pilonnent les
sables et les touffes de laîche, pesse et laiteron ; le sol
détrempé implique cette présence de marais et bourbiers.
Les nuées et embruns occultent le soleil avant le train
sombre dans la noirceur du tunnel. Yo-yo ne peut pas
résister de glousser en regardant un polisson de l’autre
groupe de touristes faire des niques très rudes à l’autre
môme. Elle a besoin de s’amuser pour endurer cette
croisière de 21 minutes car elle est rétive, yeux rutilants de
coquinerie, ayant été animée au début du trajet quand les
passagers ont eut à pivoter leurs sièges car le train rate le
pouvoir de se tourner. « C’est nous et pas de wagon qui
vire, » exclame-t-elle avec une telle ferveur qui nous, les
adultes, facilement gênés, refoulons. Ma gamine jouit
encore la veine d’innocence et de spontanéité qui nous
élude et qui un jour elle devra supprimer. Elle parle tout
sans ambages, certaine dans la connaissance qu’elle ait
toujours l’amour. Au moment elle peut se délecte encore de
sa liberté, quoique sa mère essaie de lui instruire des règles
de protocole auxquels elle se rebiffe et se bute avec une
moue et un froncement de sourcils. Comment exactement
elle se débrouille dans la compagnie de ses copines, je n’ai
pas d’idée. Mais il est assurant qu’elle manque d’astuce, de
ruse. Qu’est-ce que l’on perdre cette douceur en troc pour

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une allure de sophistication et d’hypocrisie ? Est une
personnalité d’une ingénue si maniable comme futée ?
Ouais peut-être.

Hokkaido en robe verte

Je me remémore vivement de ma première visite à l’ile


septentrionale de Hokkaido en février brutalement froid
2000 lorsque l’endroit sous un manteau blanc de neige,
verglas, givre et glace sur laquelle nous dérapions souvent
comme mauvais patineurs. C’est difficile de me réconcilier
au passage maintenant verdoyant quand le train émerge du
tunnel, grimpe graduellement au niveau, entre un halo de
soleil déjà faible et pénètre les bois qui cernent la piste. La
diffusion de lumière soudaine après l’obscurité fait ciller et
loucher. On voit sur l’horizon un ciel à la teinte de ponceau
qui esquisse les contours d’un volcan avec ses arêtes
partiellement câlinées par une couche de nuées. Il y a déjà
ces traces encore fanées de la lune qui promet de briller
comme une ampoule sur Hokkaido ce soir. La difficulté en
août est le retour des allergies qui causent les éternuements
d’une bronche trop sensible et les rougissements à la
nuque. Je suis déjà morveux et irrité, signe faux que je sois
en train de m’enrhume voire en été. Parfois ces voyages me
déglinguent quand le rythme quotidien est tel dérangé. La
vraie maladie peut s’ensuivre de l’inconfort général. Voici
est une confession dure d’avouer car je me targue autant un
bourlingueur en pleine vigueur et ne souhaite jamais trahir
ma condition détraquée. Esther diagnostique comment ces
symptômes sont dus au manque des vitamines A et E dans
ma diète et s’averrent que l’on doive ingérer des
suppléments en pilules achetées en vrac par elle. Ma femme
ricane à mon insistance à ma santé et mon aversion aux
chimiques pour me corser, pérorant comment elle a obtenu
des preuves. Le plus que je me bute le plus elle est
convaincue d’un bon dosage, certaine de bienfaits de ces
denrées prisées par ceux si réticents à l’exercice comme
palliatifs. Quant au type comme moi, nous optons toujours
pour le second et plus dur cours en nous ragaillardissant, en
nous assainissant. Esther, elle, aime ratiociner, trouvant
satisfaction dans l’acte d’ergotage méprisée pour la
rationalité et discernant mon inattention comme insolence.
Le gymnase est aussi le refuge pour les hommes qui
souhaitent esquiver des pressions de travail et de ménage –
et est donc une forme de cure égale à celles tirées des
suppléments. Cependant je regimbe, Esther ne cesse pas de
me montrer son soin et de railler cette routine presque
religieuse à laquelle je souscris car il me vaut mieux que
j’en soumisse si seulement en geste de mon amour. Jongler
la volonté d’être soi encore indépendant avec le devoir
marital est dur, n’est-ce pas, surtout quand il ne sied pas de
me courber, moi, l’homme solitaire dans mon cœur.
En 2000 nous avions rendu visite au parc d’amusement
de musée au sud de Sapporo, presque la bourgade côtière
de Hakodate. Durant le long trajet en travers un paysage
blanc, nous avions vu rangs de maisons modernes et
exigues sous la neige et sans distinction. Mais alors dedans
l’enclos où se trouvait un pâté de baraques fabriquées de
pisés, de gadoues de chaumes, plus petites que garages. Le

27
centre de chacune était l’âtre, avec trémie ne comptait
qu’un trou, qui servait comme l’étuve et la « cuisine »,
vraiment juste un feu pour la marmite contenant peut-être
de garbure et morceaux de poisson et gibier. Pour indiquer
comment misérable tout ce cagibi, l’exposition plaçait un
mannequin en cire, tout s’engoncé sous un châle de paille,
qui s’y serrait avec peu d’espace à mettre son grabat. Ce fut
la condition exacte en réplique qui révèle le degré de la
disette jadis. J’ai le soupçon que les autorités veuillent de
préserver ces échantillons du passé afin d’instruire aux
jeunes de leur patrimoine assez humble, de leur inculquer
un sens de l’appréciation du progrès fait et de maintenir cet
esprit de la lutte si facilement limé, émoussé, oublié dans
une ère de la plénitude. Le message oblique n’est pas
unique aux Japonais mais est universellement applicable: il
vous faudrait garder des achèvements atteints aux coutes
des larmes, suées et sacrifices de vos aiuls si vous
souhaitiez éviter la panade. Regarde-toi, ma gosse, de cette
exposition. Yo-yo était bien sûr trop jeune de comprendre ce
qui cette exposition signifiait et c’est dommage que sa
génération ne semble assez réflective ni curieuse. Ceci est
ma pensée quand le train arrive à la gare et nous nous
débarquons pour nous diriger au vestiaire dans lequel sont
nos larges bagages envoyés de l’hôtel Dôme à Tokyo.
Chaque pièce s’est arrivée sans anicroche et sur cédule qui
est toujours le cas au Japon, le modèle d’efficace. En attente
est pourtant l’autre bus et l’autre chauffeur à la portière, lui,
gracile et gracieux, souriant avec la contenance gentille,
professorale, Monsieur Hitaki Matsudo, et donc il sonne à
mes oreilles, à qui j’aborde en japonais rudimentaire, accent
sans doute atroce.
Merlin choit d’appeler le Japon une société nourricière
dont Constitution rédigée par l’intendance militaire
américaine interdit la poursuite de guerre (sûrement le
monopole des Etats-Unis) et stipule cependant les
lotissements des services essentiels aux citoyens. Le début
de la transformation advint durant les années 1950. Au
temps le Japon sembla embrayer le système imposé sans
trop de douleur, un pays vaincu, oui, mais encore capable
de se réinventer, sachant qu’il n’eut pas de choix et que le
bien des gens fut à la priorité. Le chanceux résultat depuis
est une population peu visible des misérables, des cloches,
qui sont empêchés de quémander et de glander sur rues.
C’est fait irréfutable que l’économie croupissait dans les
années 1990 qui avait culminée avec l’appauvrissement
grave au standard japonais et qui la société trouve encore
tel honteux. Mais pourtant ces vagabonds ne subissent la
faim car le gouvernement, en voulant amadouer l’opinion
publique, a ordonné les gérants des restaurants, cantines,
épiceries, superettes et marchés de leur bailler ce qui
victuailles ne pas soldées à la fin du jour ouvré. Non, ne pas
seulement de leur donner, mais de leur en livrer avec
politesse. C’est certain que l’on observe des clodos
dormants aux gares pour échapper de la froideur hivernale
plutôt que sur grilles ou dans les allées et caniveaux car
leurs compatriotes ne tolèrent pas telles vues pitoyables
dans leur milieu. Ce qui existe le gouffre sociale est une
source d’embarras au Japon dont le sens de solidarité
ethnique s’est gravé dans la conscience nationale il y a

28
longtemps, dont gens se rallient dans chaque moment de
crise et qui s’atterrent de penser que leur nation dérape à
l’inégalité d’extrême aux Etats Unis ou même à Hongkong.
C’était attristant, démoralisant, pour moi d’avoir rencontré
l’insouciance publique montrée aux gueuses à Bruxelles, à
Milan, à Paris, grandes villes de sophistication et de fortunes
où voire les bisets et palombes des piazzas sont
régulièrement alimentées des émiettes. Les Japonais ont
raison que la philanthropie agisse en effet comme le
désamorçage des tensions sociétales en empêchant la
polarisation et en fonçant le consensus national.
Le palais à Hakodate est en face de la mer dont vagues
clapotent, non, frappent le môle. Sur terrasse sont une paire
de potiches contenues bonzaïs parfaitement juxtaposée
contre l’eau tonitruante et le ciel demi nébuleux au
crépuscule. On y regarde et contemple, médusé par un tel
paysage qui parle du rapport entre le Japon et ses littoraux
d’où ses gens puisent leur artisterie et leurs ressources,
d’où l’âme de la nation s’épanouit. C’est dit que l’esprit
américain est ses vastes prairies et pâturages, le Wild West
sur lequel rôdent les troupeaux et les cow-boys,
indépendants, costauds et libres ; celui de la Chine est ses
étendues de rizières sur lesquelles la corvée est dure et
ainsi aussi sont ses paysans, patients, persévérants et
stoïques. Un citadin en cherche de la paix innée s’y
acheminer pour se dépêtrer de leurs troubles et purger leurs
peines car ici demeure leur ashram, les fais pour lequel ne
lui coûtent qu’un billet d’avion et une réservation hôtelière.
Cette reculade lui fournit une expérience quasi-religieuse
sans lui demander le moindre d’effort en étant spirituel. Je
laisse baigner Esther et Yo-yo pour retenir mon attention
fixée sur la vue des fenêtres ouvertes de ma chambre,
profonde-moi dans la méditation en écoutant la mer
rythmique et étudier ces phares de bouées dans la distance,
même une flotte de chalutiers en pêche au lamparo. Mon
Sony capte cette vue de plusieurs angles avec moi fignolant
des cadrans afin d’y tirer plus de contrôle permis grâce à la
haute technologie manquante de mon Olympus E-500
perdu, non, cambriolé juste dehors Seattle.
Après l’agape de buffet, Merlin nous attroupe au bus
pour atteindre le sommet d’une montagne en surplombe de
Hakodate afin de scanner ce qui les Japonais appellent une
vue rutilante digne du contraste à celle à Hongkong. On ne
peut pas être trop optimiste ce soir puisque les nuées qui
ont surgies cet après-midi menacent maintenant d’ensevelir
les hauts terrains de la ville. J’y suis allé en 2000, luttant de
maintenir mon équilibre sur paliers et pistes gelées,
grelottant dans la froideur presque sibérienne malgré
l’emmitouflement contre la vente du nord-est et étant déçu.
L’escalade et la dégringolade sur ascenseur étaient assez
excitantes mais le panorama n’assortissait pas à
l’avertissement du dépliant et était bien éclipsé par ne pas
seulement la perception époustouflante du pic Victoria de
Hongkong mais également celles du versant Grouse à
Vancouver et de la plate-forme chez Montagnes de Table du
Cap, l’Afrique du sud. Soit Hongkong, soit Vancouver, soit
Cap, chacun se tisse et arbore des fabriques hétéroclites,
une diversité des styles en architecture et en culture qui en
brassant ajoute et accentue l’appel de la ville. Hakodate,

29
une cité portuaire fondée dans l’ère de Muromachi (1392-
1573) est uniformément stérile et donc n’est pas Hongkong
bis. Quant à la brillance, ce lieu n’a qu’une population falote
(297 000) de produire l’effet d’halo qui étincelle ailleurs.
Nous rejoignons une queue des touristes qui n’ont pas de
choix en attraits nocturnes. Une giboulée s’ensuit et bientôt
elle pause. Les auspices n’apparaissent bons car on peut
repérer cette banque de brouillard plisse au top peu visible
sinon pour les éclats glauques perçants les ténèbres, un
effet crée des fanaux illuminants l’estrade comblée
d’observation. Les autres visiteurs fourmillent quand nous y
arrivons, certains d’eux dans le magasin de babioles. Je
grimpe au niveau le plus avantageux, qui est le plus haut,
pour fuir la cohue étouffante mais, encore, je ne peux pas
pénétrer ce linceul gris. Ci-dessous le podium ne ressemble
de rien mais un océan de brume et tout fait frais dans la
vente. Nous lanternons un peu, sachant âprement comment
un soir est gaspillé. Mais encore dans la descente, en
retraite de l’embrun et en approchant le palier, la ville
pétille enfin jusqu’au point que mon Sony puisse happer des
images.
Début août est certes une clémente saison à cette
latitude de 41 à 42 degrés nord presque pareille à Eureka en
Californie. Mais encore la section méridionale de la grande
île de Hokkaido s’expose aux courants du sud, au suroit qui
l’essuie et y apporte ces orages presque tropicaux en
intensité. Ce matin Hakodate attrape la tempête qui pousse
les vagues contre le môle, engendre des rafales, noircit
l’horizon et embrume le passage avant mes yeux durant le
petit déjeuner pris au restaurant d’où le huis vitré et la
terrasse s’ouvrent à la mer. Esther et Yo-yo sont plus
défoulées que moi, ayant finies leur nuit avec pourtant
l’autre baignade thermale, la dernière du voyage. Le bus
roule dans la pluie, ses essuie-glaces en motion effrénée, et
nous, les passagers, trouvons nos pébrocs et prions pour un
miracle de soleil à briser l’atonie et la grisaille. Merlin veut
nous égayer avec plus de son babillage qui invariablement
se tourne au boniment. Ce baratin n’est qu’une continuation
de ce qui s’est passé d’hier lorsqu’il a réussi de nous
astreindre dans les achats de ces bonbons, tisanes et casse-
croutes fabriqués au Japon, lorsque je me suis renfrogné aux
essaies de ma femme de bourrer pourtant l’autre bagage
duquel je dois trimbaler. Mais alors Esther est résolue
d’aider le guide, ayant entendue ces contes de quelqu’un si
franc en se divulguant, ses luttes ici et comment il doit
inculquer son garçon âgé de sept ans avec une fidélité vers
ses jumeaux patrimoines, japonais et chinois.
Loin maintenant de la ville est cette chaine de villages
côtiers qui je l’avais vu mais en hiver. Notre arrêt prochain
est après deux heures et demie en route est une ruche
touristique à laquelle Merlin est certain de rafler une petite
fortune en guelfe. Le complexe qui nous salue à la lisière de
la bourgade pêcheuse de Honcho est large, au rez-de-
chaussée, une minque (marché aux poissons), sur le second
étiage, une cantine-restaurant. A l’entrée au parking surgit
un piédestal sur lequel perche une sculpture d’un saumon
courbe vis-à-vis à la position torsadée de sauter en amont et
est d’une taille égale à un marsouin. Au toit en bois est
pourtant l’autre figure, celle-ci d’un ours, museau hargneux,

30
crocs exposés. Ils sont les symboles animaux de Hokkaido,
une place encore sauvage dans l’imagination japonaise. La
routine est familière. On crible ces prises du jour – crabes
géants, moules, clovisses, conques, trochées, pétoncles et
bigorneaux, créatures de mollusques, certaines d’elles
étrangères et biscornues mais toutes délectables – et en
sélectionne ceux qui vont au budget et à l’appétit. Apres le
paiement fait, le client puis recule en haut d’attendre pour
ces vivres d’être livrés à la table sur laquelle les condiments
et un plat de légumes – céleris, feuilles de romaines, choux
fris, un épi de maïs, du poireau, de la ciboule, une rondelle
de radis un navet favori au Japon – plusieurs morceaux de
saumon et tofu. Chaque bite de ceci est jetée et brassée
dans une casserole de bouillon qui en train s’épaissit et qui
est bien sûr le « sabu », ceci l’autre version du sukiyaki, et
similaire à la bouillabaisse phocéenne. On n’oublie pas un
paquet de nouilles et une cruche d’eau moins pour étancher
la soif (la boisson de choix est toujours le thé mais certains
dîneurs choient de boire une bolée ou deux du saki, le
liqueur de riz, qui complémente bien un tel repas) et plus
pour remplir le pot. Voici n’est pas la seule méthode de
cuire les fruits de mer. Un groupe coréenne proche de nous
préfère de les griller et l’autre chinoise de les dauber. Esther
laisse mitonner la concoction et au même temps partage
avec Yo-yo des sashimis (poissons et coquilles saint jacques
crues) servi bien assaisonnés de sauce fermentée de soya
et sinapisés de moutarde verte (wasabi, une sorte de
raifort). Quant à moi, je trouve dégoûtant le manger de ces
victuailles sans la cuisson.
Totalement repus, nous passons du temps dans le
magasin de souvenirs entassé des babioles. Notre gosse s’y
réjouit et pose avec des trophées en étal mais
soudainement elle reconnait ces étuis ne sont que
dépouilles empaillées de la faune, trois oursons bruns et une
paire de chien de raton laveur dont nom scientifique est
« nyctereute procyonoide », ayant la taille et l’apparence
d’un large sconse. (La consolation est que le braconnage
n’est pas problème grave au Japon et il est probable que ces
animaux étaient morts des causes naturelles. Il y a même
un zoo pour les ours très populaires avec les touristes
auquel ma gamine avait fait visite en 2000) L’outrage la
courrouce et l’angoisse, précipitant ses hurlements de grief,
même quand elle avait découvert une étole de vison et un
manteau de marte dans la penderie à Vancouver de sa
grande-mère au matronyme. La serre protectrice dans
laquelle nous l’avons installée s’est brisée. Les larmes de
notre fille choient et mon cœur se fracasse comme la glace
maintenant en tessons. Elle qui ne se peine guère aux
souffrances humaines pâtit et compatit pour ces tragédies
affligées sur les bêtes. La douleur est cependant fugace.
N’est-ce pas une conséquence d’une enfance si heureuse
durant laquelle nous lui avons exposé ces films de Disney
qui humanise les animaux ? Elle a renoncé à manger des
ailerons et dorsales de requins, une délicatesse cantonaise
après ayant regardé un documentaire sur la tuerie des
squales. Je faux la consoler et donc j’essaie de distraire son
attention en l’emmenant dehors dans la bruine (la pluie est
réduite) pour des photos de groupe et de note famille. Au
moins l’ours ni le saumon est vrai en dominant l’endroit qui

31
est devenu sa salle de terreur. Yo-yo, elle, n’a pas de
mémoire de sa première visite en 2000 quand sa crainte
était de ces figures taillées plutôt que des créatures de
pelage et peau en exposition.
Les passagers sont permis de s’assoupir pendant le
trajet vers la capitale de Hokkaido qui dure deux heures car
tout le monde s’est commis d’acheter plus des données du
guide dont la persistance est maintenant moins amusante
que chiante. Merlin s’occupe en téléphoner aux pourvoyeurs
d’apprêter leurs frets et lui en approvisionner. Notre
mouflette savoure la sieste, glissante plus facilement au
somme puisqu’elle sente à l’aise dans notre giron soit
aujourd’hui, soit quand nous la bercions durant son enfance
qui vacillait d’entre l’hyperactive et le soporifique. Je dérive
une telle fierté en voyant ce regard de contentement sur sa
frimousse angélique dans cet état de narcose induite par la
ripaille. Le bus vire à la haute route qui cabote le port
d’Otaru à la baie Ishikari dans la direction de Sapporo
(population 1.9 million, la cinquième plus grande ville au
Japon, et égale à 37.5 pour-cent de celle vivante sur
Hokkaido). Les tentacules de Sapporo s’étendent plus
évidemment au sud et à l’est ; son milieu est plutôt
scandinave en ambiance, propre et austère. Je vois déjà des
banlieues les édifices, y compris la grande chocolaterie qui
m’annonce l’entrée à Sapporo car il était là-bas que ma
gosse s’était délectée en gambadante dans son petit parc
d’amusement et en dégustant ces nougats et pralines
gratuites. Rien de ceci ne reste dans sa recollection mais
chaque détail est préservé dans ma tête. Notre hôtel pour
deux nuits à l’affilée est dans le centre-ville assez proche du
parc Odori qui eut accueilli les athlètes aux Jeux d’hiver des
Olympiques en 1972 et nous à la fête de glace en 2000. La
verdure d’Odori forme la médiane du grand boulevard
flanqué des buildings commerciaux et magasins. Le parc est
marqué par une tour d’acier au top de laquelle surplombent
une horloge et une jauge de température. Je me remémore
comment ma gamine s’était emmitouflée de parka bleue,
pantelons gris de ski, d’écharpe rouge et de bottes noires et
comment elle avait couinée de joie en observant la tombe à
négative huit degrés sous une couche de poudreuse. Voire
maintenant elle se fascine avec ces banalités de chiffres soit
de météo, de moiteur, de distance, de tailleur, d’hauteur, de
ceinture, de scores, etc., une véritable et précoce
statisticienne. C’est étonnant que son cerveau se ressemble
à une éponge. Elle avait mémorisée chaque chapeau de
chaque pays et même toutes de leurs capitales, une telle
prouesse qui avait éblouie sa tante Carmen et son tonton
Charles de Montréal, personnes difficiles d’épater. En
contraste, beaucoup de gens de mon âge ont ces cervelles
comme passoires qui personne n’a pas tort d’attribuer à la
viciation des neurones et d’intérêt.
L’hôtel est au centre de Sapporo d’où grouillent les gens
ce vendredi soir à la veille d’une fête régionale. On voit
partout une parade des jeunes piétonnes se vêtues en
costumes, oui, l’élégant kimono, certaines de ceux-ci sont
richement brodés et ornés des motifs floraux. Je ne suis pas
sûr soit ces atours, soit ces demoiselles qui m’éberluent
plus. Le mythe est que les jouvencelles japonaises sont
coquettes ; voire si vrai, il est déjà longtemps désuet. Les

32
filles modernes sont à la mode et vivaces dont les parures
mêmes classiques semblent plutôt désinvoltes, dont les
manières sont décontractées. Observer une femme
maquillée jusque son visage ne soit un masque blanc
dépourvu d’identité requiert une assistance aux noces
traditionnelles ou celle à la performance de kyogen
(saynète) mais un avertissement : certaines des actrices ne
sont que des hommes en travelo. C’est enivrant et
essoufflant de contempler un tel défilé de beauté. Encore la
prouesse esthétique des Japonais me sidère car ils ont cette
habilité à rendre mirifique voire le plus mondain avec le
moindre d’efforts. J’ai entendu dire comment la dame
moyenne à Hongkong est plus jolie que sa contemporaine à
Tokyo (et mon building s’averre un sérail) mais une fois
s’accoutrée en kimono l’avantage glisse invariablement à
l’autre. Même est commenté que quand un Chinois est
assorti au Japonais, le premier est intellectuellement
supérieur, quand deux sont arrangés contre deux, ils sont
égaux mais quand trois sont en concours avec trois, c’est le
second groupe qui prévalant. Je sais que cette sorte de
généralisation ne soit pas politiquement correcte et
pourtant j’en discerne ces grains de vérité, cependant
inconvenante.
On serait assez satisfait de rester à l’hôtel ou ses
alentours pour le dîner mais l’itinéraire requiert que la
compagnie s’attroupe afin de se diriger au restaurant
taiwanais, un trajet de 34 minutes tissant les rues de
Sapporo. Mais au moins le ciel est partiellement clair,
quoique déjà demi ténébreux, une pénombre qui vient
rapidement. Nous avons la faim puisque le déjeuner qui a
consisté des crustacés et coquillages est longtemps digéré.
Le restaurant est vraiment un hall trop lumineux, bondé et
bruyant, voici la différence à celui de japonais toujours plus
tranquille, plus tamisé et feutré. Nous n’avons que la
version taiwanaise de sabu. Les ingredients, alors que
comestibles, sont plus maigres et piètres mais les portions
sont énormes. Tout apparaît venir dans un sceau : carottes,
oignons, fèves, laitues, échalotes, épinards, poirées, une
gousse d’ail, grumeaux de tofu (toujours ça), planches de
bœuf, porc, couenne, mouton, tripe, poulet juste dégelés.
Heureusement cependant, Merlin nous a convaincu de lui
acheter en avance les viandes primes comme le porc de
kabuka, bœuf de wagu (une bidoche bien persillée de
graisse) et pétoncle pour remplir nos marmites de faïence et
pour assouvir notre gamine assez vorace et friande de
l’alimentation fraiche. S’attabler avec l’autre famille de
trois, y compris une fille contemporaine à Yo-yo, ne me plait
pas. Esther est meilleure en déguisant son sentiment car
elle est naturellement plus conviviale et tolérante malgré le
bruit des dineurs dans un lieu mal-ventilé, la vapeur et
l’arôme de la cuisson qui m’accablent et m’agacent. Mon
épouse a raison de s’offusquer à mon insouciance bordante
sur l’arrogance, moi, grincheux. J’ai aussi raison de me tarir
car il est la devise qu’on ne parle pas quand il ne parle pas
de vérité – et la vérité est comment je souhaite avoir une
telle compagnie. Mon espoir est qu’un jour ma fille apprenne
plus de sa mère et acquisse la fortitude des mœurs, la grâce
et la confiance de soi, de s’acoquine avec gens, de
transférer son amour pour les bêtes à celui pour le peuple.

33
Quant à moi, je suis fixé en ces voies longtemps greffées au
noyau de mon être et c’est trop retard à changer.
Le bus dépose encore notre parti dans le cœur de la
ville telle accueillante avec son air frais. La température
choit, faisant frais l’air et relâchés nos corps. C’est enfin la
chance pour la déambulation dans le dédale de venelles
arrière des rues et boulevards d’où bien sûr effleurissent les
néons des boutiques, troquets et gargotes fréquentées par
les plèbes et mêmes les stars qui y visitent si seulement de
souligner leurs origines modestes et d’évoquer la nostalgie.
J’aime surtout ces petites places qui spécialisent dans les
nouilles (ramen) desquelles ma fille chouette raffole voire
plus que moi. Les patrons accrochent ces écriteaux gaufrés
qui avertissent leurs plats sur linteaux et qui s’ébranlent à la
brise, faisant un carillon ou plutôt claques de castagnettes.
Merlin a déjà prôné la délicatesse du ramen dans le bouillon
de porc mais on est maintenant assouvis au débordement.
Les visiteurs se dardons d’ici à là-bas sans cible ni direction
ni but en particulier pour dépenser moins l’argent que les
calories. Nous retraçons nos pas foulés en 2000 mais
maintenant sans aller aux magasins pour nous réchauffer et
aux igloos construits afin d’accentuer l’ambiance fausse
arctique. J’emmène ma femme et ma fille au parc où les
foules grouillent. Les guinguettes et halls de bière en plein
air au style bavarois sauf pour l’absence de culottes au cuir
(bundhosen) et de robes traditionnelles (dirndl) ensemble
avec une bande authentiquement allemande sur estrade.
Bientôt ces clients seront éméchés car les Japonais se
grisent aussi facilement comme les Chinois et les Coréens.
Ici, allant bien avec ces chopes (stein) de cervoise, sont les
saucissons et bretzels – et yakitori. L’ambiance de
bombance est déjà telle festive en août qui fait étonner
comment elle sera en octobre. Se goberger au week-end
dans cette façon est essentiel à la psyché d’un peuple qui
trime et vit une existence si stressée. Le veuvage est ces
jours trop commun du à l’espérance étendue des femmes
qui décrient et blâment le surmenage pour les souffrances
de leurs maris. La situation s’empire de plus en plus à cause
des vicissitudes financières et de concurrence depuis la
récession des années 1990 qui mettait fin à l’époque de
l’emploi viager, une fois le pilier de l’économie japonaise.
Cette ribote devient simplement thérapeutique, sinon aussi
obligatoire, cependant triste est la vue des ivrognes qui se
lovent au coin quelque part et cuvent leur stupeur. Mais pas
de bringue pour moi. Je ne peux pas le blairer le relent du
malt et d’houblon brassé. Le vin, voire le pinard est
infiniment préférable au palais. Je rate aussi la dipsomanie
malgré étant canadien, un peuple fameux pour lamper de
bière, surtout sur week-end.
Quelques personnes sont vraiment vannées à la fin du
soir si tumultueux, soit elles ne se sont pas de bière étant
promue par ces brasseurs. Je laisse Esther fignoler derechef
avec ses bagages presque remplis des denrées achetées de
Merlin, une manie de laquelle je me gausse. Elle a cette
habilité et hantise surréelle d’en y entasser tout au point de
rupture. Etait-elle un écureuil dans son existence dernière
comme croient ces hindous à la réincarnation ? En
tergiversant plutôt qu’allant d’emblée au sommeil, Yo-yo,
elle, quoique bien assoupie, surfe les chaînes de télévision

34
comme réflexe parce que tactile est sa génération en
contraste à nous qui en jeunesse et en oisiveté feuilletions
des magazines et journaux, inadvertamment épongeant
d’information en gouttes. Mais alors il est comment
quelqu’un moderne agrandit ses expériences, approfondit
ses sens et se débrouille dans un monde assez confondu et
changeant avec la technologie et les moyens qui prévalent
au moment. Or n’est-ce pas qui lui appartiendrait de manier
son avenir à son gré et à son besoin avec la moindre
influence parentale ? Je me prélasse maintenant sur l’alèse
et regarde le plafond, rêvassant dans l’état de transe qui
m’induit le plus proche à la méditation quand je n’entends
que ces murmures cérébraux. Ceci est malgré le chahut
actuel, le tapage du téléviseur, les grognes et les gestes
frustrés de ma femme auxquelles je reste engourdi. Marrant
que Yo-yo dit comment elle ne souhaite pas hériter les
gènes matronymes en réaction aux harcèlements de sa
mère, combien tant elle l’aime. Marrant comment quand
elle était bébé, ma gosse chantait au Canada ces comptines
comme berceuses jusqu’à la fatigue fermait enfin ses yeux.
Rien de n’y changer quand elle refuse de pioncer. C’est
ébahissant comment en épuisement la méninge brave le
corps et glisse à l’autre lieu, à l’abri calme pour s’y défouler.
Je ne suis pas seul d’utiliser ces moments fainéants
d’organiser, trier et vanner ces pensées parfois en fouillis
avec la virée de percer certaines vérités, d’aboutir à
l’Epiphanie, déniées au cerveau trop occupé. Voici est le
raccourci aux découvertes. Je me demande soit Albert
Einstein eût conjuré ses doutes vis-à-vis à l’arcane de
physiques et eût achevé sa percée avec la théorie de
relativité s’il ne fut pas ennuyé dans le greffe de brevet en
Suisse. Ce fut l’avis de Lloyd, mon grand-père, qu’un être
inactif sombre en méchanceté et il fut lui qui m’eut inculqué
d’un sens de culpabilité vers chaque loisir, moi si souvent
crispé. Je gouaille t glousse en m’appelant de lui et ses
leçons morales qui sonne vieillottes maintenant.
La panique s’est ensuivie lorsque ma fille a encore perdu
son peigne car elle redoute toujours d’être déchevelée et
prise sa tresse comme une sorte de tiare à sa beaute. Un tel
bouleversement a duré de 15 minutes. Elle s’est assagie
quand enfin sa mère a entamé de brosser cette tignasse à
une bonne forme avec une brosse. Comment cette jeunotte
s’est délectée à cette expression d’affection parentale
outrancière ; comment on l’a dorlotée, elle le centre de
l’univers et comment exquise était une telle allégresse sur
son visage confiant de l’amour totalement instinctif ! Dès
lors d’un murmure de protestation, la mouflette s’est
enjolivée. C’est étonnant que ces belles s’obnubilent à leur
parure et trainassent pour sélectionner et assortir leurs
atours quand rien n’améliorer ce qui la nature leur a donné
– les appas d’entrain et du coeur. Quand je lui en ai exprimé
ma frustration, elle a esquissé une petite moue et crié,
« dada, tu es si mesquin et tu ne comprends jamais à
l’importance d’une propre apparence ! Tu appartiens l’autre
génération et les choses auraient été différentes. Je ne peux
guère me présenter au monde lorsque je suis débraillée,
mes cheveux ébouriffés, et perturbée. » Un tel drame est
routine quand on vit avec une adolescente vaniteuse et
capricieuse.

35
Ce matin le ciel s’éclaircit malgré le bulletin
météorologique rapportant plus de la pluie. On doit prendre
davantage de l’embellie puisque ces orages soient même
sur l’horizon, un horizon qui miroite après des giboulées
nocturnes et qui donne un lustre au paysage principalement
vert des collines berceuses aux aires limitrophes de Sapporo
et coiffées d’ifs, genévriers, ormes, hêtres et érables ; et
c’est vraiment cette futaie qui vêtit l’endroit en robe de
rouille et de glauque en octobre. Les franges sont
positivement jardinières en bordantes aux fermes qui
refusent de rétrécir à la face de progrès, certaines des
maisons retapées sont fournies des toits à colombages, des
pignons pointus, similaires à celles-là de mon voisinage de
Mont Pleasant à Vancouver. J’aimerai écouter les gazouillis
des grives, moineaux et hirondelles et arpenter seul ces
bourgades en longues promenades. Mais alors c’est meilleur
d’attendre à la prochaine virée, préférablement en
printanier quand le terrain une fois enneigé reverdit avec la
rapide fonte ou en automne quand les feuilles tournent en
fanes et quand je pourrais apercevoir un gars râteler les
détritus, bien comme moi des temps longtemps écoulés au
Canada, en ma jeunesse perdue et choyée via la nostalgie.
Voici est presque le paradis. Pas de surprise comment mon
voisin et contemporain Peter avait converti son amour de la
verdure à son métier fructueux de pépiniériste quand je ne
peux faire que l’exalter en prose et en photos. Lui qui
s’échinait au jardin, éclairant ces brindilles et élaguant ces
branches avec une telle tendresse de tonte au sécateur
lorsque moi qui paressais en rêvassant de quoi j’oublie
maintenant. Ces jours le cerisier Peter avait soigné
demeure, grand et fort, ses fruits pour les jeunes de
savourer, son feuillage leur fournissent l’ombre en été et ses
écorces sont les abris des animaux mais en contraste mes
songeries ne lèguent pas de trace. C’était de sa pépinière
qu’avaient provenus ces arbustes qui ornent le jardin de
mon belvédère au Mont Pleasant.
Quant à Merlin, il a l’obligeance de consentir notre
requête à rétrécir ou voire résilier les arrêts de repos sauf
ceux requis pour pisser et prolonger nos temps aux
destinations éventuelles des beaux champs et vallons très
encensés de Furano, les images de cette idylle adorable
pour ses acres de lavandes, jacinthes, oeillets, tournesols,
hortensias, coquelicots, ancolies et lilas étant partout,
tissées aux tableaux, empreintes aux tentures et publiées
dans ces brochures. L’itinéraire convenu ne fait que retarder
l’arrivée à cette place rustique d’autours 140 kilomètres à
l’est de Sapporo. J’avais déjà regardé un documentaire sur
la région où les citadins japonais ne s’épuisent jamais de se
poser aux photographes et vidéos des pruines oscillantes,
des haies au cordeau d’aubépines et de houx protectrices
des bocages, buissons de camélias pour la décoration à la
bordure, des champs de céréales et foins, des pâturages et
le cheptel au fourrage, cottages vieillots des murs moussus
et enguirlandés de lierres, clématites et glycines, leurs âtres
crépitants d’un feu aux bûches, un paysage pittoresque
rural et géométriquement propre qui touche la sensibilité
rustique d’un peuple regrettant leur perte de l’Eden vert.
Cette véritable palette est cependant d’un milieu pastoral
moins japonais qu’occidental car il est d’ici que le pays eut

36
d’abord emprunté ces méthodes horticultrices européennes.
Visiter est de franchir un seuil de compréhension de l’âme
japonaise qui vacille encore d’entre l’ouest et l’est. La
connaissance que les Japonais sont de plus en plus
déracinés urge et contraint aussi le gouvernement de céder
des privilèges, d’apanager vraiment une classe foncière.
(Les autorités ont relâché, par exemple, la loi stricte sur
l’immigration afin d’aider des fermiers en fiançailles puisque
de moins et moins femmes japonaises veuillent se marier
aux hommes de la contrée et endurent une existence dure
quand il y a l’option de la vie urbaine. Le secret rarement
adressé est que beaucoup de Chinoises, Vietnamiennes et
Philippines ont donc entrées les foyers ruraux au Japon
comme épouses et de facto esclaves, bravant les défis,
douleurs et dépaysements en exil, étrangères aux coutumes
et langues, ayant à server leurs maris, soigner leurs beaux-
pères et belles-mères, épauler la corvée de ferme et de
famille.) Cette zone féconde et fleurissante est au cœur du
Hokkaido, lui, la cocagne ; et elle s’apparente les vaux
Fraser dehors Vancouver, lui toujours mon point de
référence.
On entend ronchonner le moteur et crisser les rouages
du bus sur une chaussée si récemment pavée que le bitume
colle encore aux pneus. Dans l’arrière du carrosse caréné,
on bronche à chaque cahot qui cogne l’épine et esquinte
plus un corps déjà souffrant d’une entorse due aux
secouements de la routine gymnastique. Je tressaillis aussi à
la famille de sept en sièges nous devant qui ne dégoise et
rigole à la haute et aigue voix. Pires sont les deux
commères fouinardes plutôt potelées, une vingtaine et sa
tante de moins ou plus mon âge, mélangeant le cantonais et
l’anglais à l’accent atroce australien. Pis encore, la plus
puînée n’arrête pas de mâcher de la gomme, donc exposant
sa gencive (une gestuelle considérée rude au Japon où les
femmes couvrent leurs bouches quand elles rirent ou
minaudent), et la plus aînée s’asperge de collutoire afin de
soutenir ce marathon de babillage. On ne peut qu’apitoie
quiconque s’est marié à une gueularde, quiconque avec
l’habilité et la sensibilité d’un funambule émotionnel. Piégé
dans cette chambre abasourdissante d’écho, on souhaite
avoir apporté le lecteur de MP3 pour feutrer et filtrer le
vacarme qui m’enveloppe. Le seul arrêt en route à Furano
est une diversion à l’usine de varech où la plante marine
récoltée est asséchée, traitée et transformée en produits qui
rangent des pilules de vitamine, bâches, pansements,
bonbons, liqueurs, papiers, engrais et voire les peaux de
haut-parleur. On voit arrière d’une vitre le procès en
convertissant les matériaux crus aux feuilles en paquets
pour achalander des magasins, y compris la boutique
mitoyenne à la fabrique. Une bonne surprise que ces rubans
bien plis ne fleurent aucune odeur rance et saumâtre
typiquement associée à l’algue qui s’agrandit aux énormes
forêts sous-marines abritantes aussi les phoques, otaries et
loutres en folâtrerie et pêcherie. J’ai vu telles
agglomérations de Monterrey en Californie à l’extrême
boréal de l’île Vancouver en Colombie Britannique, ne
notifiant que ni les Américains ni les Canadiens recueilllent
ce cadeau de la mer. En contraste cependant, les habitants
côtiers du Pays de Loire l’exploitent depuis l’aube de leur

37
civilisation, mêmes les celtiques en Irlande et en Ecosse.
Certains dans notre groupe acheter des marchandises,
risquant le manque de ristournes, mais pas nous puisque
ma femme n’en a marre car en cuisson le varech lui est
dégoûtant en texture de vase et en forme ratatinée attire
des punaises qui y pondent leurs oeufs. « N’avons-nous rien
appris de l’histoire en identifiant si nettement aux Japonais
et en acquérant si librement leurs choses à la manie ? »
grogne-t-elle, Esther, se méfiante d’un pays auquel elle s’est
endoctrinée de préjudices. Je ne fais que ricaner car il est
fait irréfutable que les Japonais eurent emprunté trop des
Chinois, jamais ne faillant d’améliorer et d’embellir ce qui ils
eurent en suite touché. C’est une observation que je ne
fatigue pas de constater.
Un quart d’une heure après quittant la manufacture des
bidules d’algue, nous entrons à la riche verdure de
l’intérieur. Ces éclaircies des bosquets tournent en
relativement vastes champs et collines roulantes,
m’offrantes un paysage semblable aux campagnes nord et
ouest de Victoria en Colombie Britannique et à celles-là en
Tasmanie qui même s’enorgueillit d’être une réplique
virtuellement exacte au terrain d’Essex en Angleterre. On
oublie facilement, apercevant et appréciant la beauté
grisante et l’abondance accablante d’un faîte au tertre,
qu’on est en Asie. Après l’autre 35 minutes à chemin, le bus
se détourne au méandre routier champêtre. Merlin nous a
déjà promis ce matin une délicatesse d’unique et bien sûr
ceci serait l’autre chance pour l’autre achet. Il y a parking
pour les wagons au top adjacent auquel est un pavillon
d’observation convenable aux amateurs de photographie.
Notre guide nous emmène d’abord au pâté de kiosques
vendrant ces babioles, affiches et DVD d’images et, voilà,
l’objet de notre fouille : le maïs sucré à prémices qui est
juteux et comestible tout cru. Le vendeur nous braille
chacun juste une rondelle pour la dégustation afin que nos
papilles en jaugent, la texture, l’arôme, la fraîcheur, le goût.
J’ose dire que cette émerveille si savoureuse s’apparente à
la canne à sucre et je lui achète trois épis au coût élevé
pour le délice intense de sa flaveur. Ayant donc aiguisé
notre appétit, il coquettement refuse de nous vendre plus
du nectar. Ceux qui le convoitent doivent se contenter à y
revisiter, cette ferme, pour se délecter à cette ambroisie,
rien de laquelle n’exporte du Japon. Mais alors on a un choix
de ce mesquin monsieur. Il nous offrit le choix de siroter son
cidre produit de son pressoir avec les pommes récoltées de
son verger totalement organique.
Nous nous alanguissons, ayant vu sans pause ces
andains bien cultivés. Yo-yo a déjà perdu son intérêt vis-à-
vis au paysage. Esther essaie d’attraper des métrages mais
sans chance d’un wagon allant à l’allure. Le groupe arrivé
enfin à la taupière touristique : la ferme florale Tomita,
fameuse en travers le Japon comme le paradis rustique et
une place favorite des amateurs de photographie. Mais
d’abord on doit se ruer aux latrines pour vider le cidre et
puis aux trois restaurants et deux bistrots d’appentis qui
font la foire d’empoigne et le raffut du à l’afflux de visiteurs.
Les serveuses s’éreintent afin de plaire aux clients sur
escabeaux à la terrasse et encore elles sourient toujours qui
ma femme pense est un comportement feint mais j’aime,

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sincère ou pas puisque je préfère la frimousse à la tronche.
Après du plat de curry, épais de sauce, rare de substance,
Yo-yo bêle pour le dessert, celui de la glace de lavande qui
est vraiment juste la crème teintée à la couleur mauve ou
pourpre et le gout est strictement de la vanille. Elle, la
connaisseuse, est simplement attraite par ces grosses
présentations totémiques à plastique des cônes de
glace. Moi, cependant, j’adoucis mon palais avec une
tranche de cantaloup, un melon succulent et parfumé qui
grandit en luxuriance à cette latitude.
La ferme ouvrit juste une parcelle de cinq acres à la
manade de visiteurs mais déjà le paysage n’est rien
qu’éberluant avec ses rangs propres de lavandes, violets,
lilas, pavots, soucis, œillets pour créer un tableau digne de
Monet. Aux franges des champs en floraison sont des
moyettes et des arbres de peuplier, chêne, saule, if et
magnolia (les derniers deux étant les symboles de Furano,
une bourgade de 24,372 gens avec une superficie de 601
kilomètres carrés et officiellement établie en 1966) plantés
et émondés dans une façon d’évoquer certaines peintures
de Vincent Van Gogh faites durant son séjour fatidique à
Auvers-sur-Oise en France. Je m’y enivre de la vista en
arpentage, en scannérisation de tout avant mes yeux et en
braquage de mon Sony à chaque angle. Voici est un paradis
pour nous, les amateurs de photographie dont le chevalet,
pinceau et toile sont nos appareils. Quelqu’un plus
talentueux que chacun de nous, un bonhomme de
quarantaine, portant un chapeau biscornu et
s’accroupissant sur tabouret, ébauche tout au fusain, plus
intéressé-lui des ombres et lumières que de la palette si
vivement bricolée. Lors de ma jeunesse, je barbotais en
esquisses qui étaient le bas pour des gouaches qui une fois
paraient les murs de ma chambre, moi dédaignant ces
affiches d’avions de chasse, de bolides et de salopes
souvent vues aux bauges de mes potes. C’était, la galerie
personnelle, toute attribuable à ma vanité artistique. Ces
jours cependant, m’ayant déjà confiné mon dilettantisme à
la photographie, une forme d’art la plus pédestre dans un
milieu béotien, concédant donc au défaut d’une vision
puissante disponible à ceux vraiment doués. Avec moi captif
à mes rêveries, Esther, octroyée de mon Olympus de poche,
et Yo-yo, maintenant repue et ainsi rétive, m’éloignent en
flânerie, sachant comment je chéris des moments privés.
Je m’y appesantis sur crête d’un tertre dont le point de
perspective me laisse apercevoir dans la distance une église
chaulée paroissiale avec toits d’ardoise et un clocher dans
une enceinte avoisinée aux champs. Ce paysage auquel je
vise mon appareil m’appelle de celui-là dans le Vermont au
degré qu’il semble un coin des Nouvelles Angleterres s’est
transporté au Hokkaido. On n’escompte plus la possibilité
que l’entreprise qui gère cette ferme avait copié l’autre,
peut-être aux Etats-Unis, mais puis personne ne pourrait pas
breveter une campagne. On n’escompte plus la possibilité
que l’entreprise qui gère cette ferme avait copié l’autre,
peut-être aux Etats-Unis, mais puis personne ne pourrait pas
breveter une campagne. Cocasse cependant que les
Occidentaux émulent l’Orient, des Orientaux gravitent au
l’Occident pour saisir une nouvelle source d’inspiration. (Les
Japonais furent historiquement des maîtres de l’imitation au

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début avant ils vinrent de surpasser leurs menteurs. Tels
furent, par exemple, leurs armes déployées durant les
guerres du 20ieme siècle qui eurent leurs designs originaux
extraits des Allemands, Britanniques et Américains.)
Même lorsqu’on n’aime pas photographier l’idylle, on
pourrait encore y contempler en purgeant ces humeurs
importunes, ces fracas et tracas, ou simplement se défoule
en une détente si thérapeutique dans le giron des fleurs,
arbustes et champs. Quant à moi, je me suis déjà
accoutumé depuis 2007, après l’achat de mon premier
appareil de reflet numérique, de voir meilleur le monde d’un
œilleton. On y rencontre un couple locuteur de coréen âgé
de vingtaine qui s’assoit d’adossé, chacun regardant l’autre
angle du passage et chacun cogitant peut-être des pensées
différentes. J’ai lu quelque part que la puissance du viagra
s’averre douteux, une drogue je n’ai la moindre velléité
d’éprouver ; or qui n’en besoin quand il y a le
rajeunissement du paysage romantique ? Voici est une
arène d’unique pour affirmer ou renouer les liens conjugaux,
bien au moins pour certains, puisqu’il y ait ces bouquets
gratuits de faire l’offrande à l’amour. C’est de ceci, une
ambiance doucement grisante, que la romance s’accroît.
Les deux heures y passées réussissent en m’amadouant
mais encore je dois m’apprêter pour le trajet d’ébranles. Ma
famille qui s’est dégagée de mon emprise m’attend
maintenant à l’autre échoppe car Yo-yo veut encore une
reprise de la glace violette à laquelle ma petite vient de
raffoler et Esther souhaite s’épancher de son engouement
au cœur mirifique de Furano. La bonne nouvelle est que
mon allergie aux pollens semble avoir guérie mais puis ses
symptômes viennent et vont. Je retiens mes doigts croisés.
Notre ravissement gagné au parc nous apprête pour le
retour. Ceci épelle aussi la fin au farniente de Merlin qui
s’est affalé sous un arbre après la complétion de ses affaires
conduites au téléphone. Il est le sort astucieux qui gagne la
vie de sa débrouillardise acquise et affûtée au niveau des
rues qui est admirable, voire confortant, certainement
rassurante à ses clients, nous. Il n’y aucune chose qu’il faille
nous délivrer pour un prix ou une guelfe. Ce qu’il fasse sauf
de fric quand la débrouillardise serait la seule poursuite
d’intérêt pour laquelle on ne le blâme. Je chois de ne pas
penser de ce qui ce guide nous a profité et des vétilles
achetées à cause de sa persuasion ou ses ruses car mon
attention est détournée par le surgissement des montagnes
dans la rangée Ishikari, à la dorsale du Hokkaido central.
Nous y avions skiés en 2000, quoique maintenant nulle piste
ne soit enneigée sous le soleil d’août. Je me souviens que
ces pics étaient tels saillants sous l’air hivernal, sec, frette
(patois québécois pour « froid d’extrême») et clair et
pourtant peu distincts dans la brume estivale, objets dans
ma ligne de mire photographique mais encore difficile pour
mon Sony a-300 de 12 millions méga pixels sans téléobjectif
de capter malgré ayant un filtre. On doit encore attendre
pour le lancement en octobre du Sony a-900 de 25 millions
méga pixels à rendre de justice à cette tapisserie dont
détails sont sublimes. C’est possible de corriger l’image
avec des trucs chez « photoshop », un logiciel capable et
complexe. On pourrait tenter d’utiliser le format manuel de
« raw » (cru) qui lui demande trop de tripotage des cadrans

40
au moment et également trop de fignolage après quand on
recompose en fait la photo et effacer ses défauts. Je ne me
voue jamais beaucoup de temps à l’art car je n’ai qu’un
tempérament d’un journaliste qui recueillit un tas d’images
au format « jpeg » dans l’espérance que de la quantité on
pourrait encore glaner de qualité.
Deux heures en retard, à 18 heures et demie tapante,
la cité portuaire d’Otaru au pied escarpé du Mont
Tenguyama nous hèle dans la même façon qu’elle eut une
fois accueilli ces matelots qui fréquentèrent sa rade depuis
1865. La ville (population de 137 693, selon au recenseur
serré, et à la superficie de 243 kilomètres carrés) se divise à
deux quartiers généraux. L’un plus proche à la montagne
s’appelle « Sakanomachi » (bourg de colline) et l’un côtier
se nomme « Funamizaka » (les aguets de bateaux). Otaru
est lui-même un nomenclature dériva du dialecte d’Aïnous,
une race autochtone au Hokkaido, et il signifie, « une rivière
qui traverse la plage de galets ». Les archéologues ont
fouillées certaines évidences que les pécheurs aïnous
l’eurent colonisées dans le cinquième siècle mais la vraie
histoire de la place est beaucoup plus récente. Les
testaments au patrimoine sont reflétés dans l’architecture,
surtout des entrepôts qui flanquent le canal auquel navigua
une flotte de péniches y transportant ces cageots de
marchandise des navires ancrés dehors le port. Les designs
sont un mélange du style japonais et des occidentaux ou
plutôt, d’être exact, russes depuis cette rade est face-à-face
au port sibérien de Vladivostok, cela la capitale orientale de
l’Empire Romanov. Je m’y étais arrivé en février 2000 quand
les toits étaient lourds avec glaçons en surplombe et avec le
verglas enduisant les rues – et moi, emmitouflant d’écharpe,
gants et pantelons fourrés, mes haleines en vapeur et,
subissant l’angine, ma gorge en douleur. C’est difficile de
réconcilier la perception d’Otaru maintenant avec celle de
jadis mais on ne se brouille pas à cette portée de boutiques
– plus notablement le magasin dédié à la vitrerie et aux
jouets, hochets et cristaux des types affilés au métier. Il y a
deux étages au-dedans construits de poutrelles moisées, la
mezzanine et le rez-de-chaussée, pleins des broutilles qui
chatoient et carillonnent aux touches. Esther s’y réjouit en
tout inspectant et criblant assortissant ces babioles. Je m’y
ennuie et je pense du magasin qui avait installé une gondole
sur un étang à l’intérieur pour évoquer Venise et mettre
l’emphase sur les canaux d’Otaru. En hiver on accourt aux
bâtiments équipés des réchauds pour fuir de la froideur et
certains des places sont véritables étuves. En été on ne veut
qu’y détaler puisque tout est humide et fait chaud à cause
de la cohue – et, pis, sans aucun climatiseur auquel on
s’accoutume de plus en plus.
Esther n’achète rien, honteusement, mais elle harcèle
notre mouflette de poser pour les photos. Yo-yo gravite aux
mascottes et figurines aux dessins animés, étant toujours
bébête. Barbée de cela, elle requiert l’autre dosage de glace
– cette fois, un cône de sept flaveurs – en récompense pour
son boulot à mannequin. Nous, les trois, marchons vers les
canaux mais regardons nos montres pour ne pas rater notre
rendez-vous au parking. Esther repère une couvée de
jeunots, chacun élancé et bronzé, s’habillant en vêtement
noir traditionnel de paysan, chacun un tireur de rickshaw,

41
chacun mendiant un péage d’un client. La plupart des
touristes rechignent au tarif, laissant ces bougres sans
commerce, et encore ils font ces courbettes, souriant
malgré leurs déboires – une vue, une situation qui la peine.
Voici alors est l’eccéité de mon épouse qui compatit, un trait
apparentement absent de notre gosse. Nous nous
assemblons déjà dans le carrosse pour le départ
pratiquement au coucher. Esther regrette d’avoir manquée
la chance de patronner un coureur au rickshaw si seulement
d’apaiser sa conscience. J’ironise que ce fut les Japonais qui
eut interdit le rickshaw en travers l’Extrême Orient sous leur
intendance durant la guerre et l’eut replacé avec le trishaw
– une véhicule attelée au vélo – afin d’abolir l’indignité et
l’ahan d’un trafic si dur et cruel. Voici alors est aussi la
grande différence d’entre les deux de nous, Esther étant
une pelote des émotions et moi étant analytique, elle
facilement basculée et moi en cherche toujours aux raisons
et aux contes.
Dîner du dernier soir à Sapporo est dans une banlieue
au large restaurant spécialisant de barbecue. Nous nous
asseyons à la table dont centre est une grille de gaz d’où
nous cuisons des viandes dégelées – porc, bœuf, mouton,
écrevisse, crevette, pétoncle, tanche et saumon – d’être
recueillies des planches de buffet. Yo-yo se réjouit en jouant
le marmiton au cuistot, moi, et Esther prépare nos salades,
soupes, riz et nouilles qui sont critiques à la cuisine
japonaise. Pas seulement ma gosse mais les autres jeunes
aiment entasser leurs plats avec plus des aliments que leurs
appétits puissent possiblement accommoder et leurs
estomacs digérer. Encore ils se dardent heureusement aux
comptoirs avec la légèreté des enfants à la marelle. J’ai eu à
interdire et tancer ma mouflette pour son gaspillage des
victuailles, disant comment dans le monde certains n’ont
pas assez de manger et doivent constamment rabioter pour
leurs repas prochains quand nous graillons plus que ce qui
est adéquate et sain, une gloutonnerie égale au péché
corporel. Mais ce sermon n’a pas d’effet sur elle qui barbote
à la création d’un dessert composant de crêpe et de glace
au point du débordement de la boule. Ma fille ne semble pas
capable de honte ni d’empathie, s’abritant dans sa bulle.
Toujours têtue, elle recourt à la bouderie et au reproche
plutôt que réfléchir sur mes paroles, un acte insurgé qui, je
prie, serait juste une phase d’adolescence, une défiance à la
surface quand dans son cœur elle est d’accord avec mon
avis et s’en rabibochera un jour avec la sagacité née de la
future maturité.
Le Japon s’averre une société misogyne dans les
affaires et les politiques, les domaines de pouvoir réservés
pour les hommes. C’est une vérité indéniable que les
femmes ne gagnent pas du même salaire pour travaux
égaux. Elles sont déniées l’occasion pour les avancements
de carrières et trouvent leurs ambitions taillées et bloquées
à cause du consensus à leur infériorité, des préjudices et de
la conviction sociale que les hommes ne soient pas éclipsés,
donc humiliés, par l’autre genre. Moi, cependant, qui ne
souscris à cette forme de bigoterie et qui rechigne à chaque
forme d’injustice, je ne me réconcilie jamais à ces coutumes
prétendues. Une légion d’observateurs a glosé ce sujet et je
l’ai discuté avec mon amie Sachi qui avait subi directement

42
la discrimination malgré ses palmarès exemplaires, une
parleuse d’anglais, une avocate et une comptable plus
qualifiée que ses concurrents de l’entreprise doués de
l’avantage masculin. Elle a eue une lutte pour se prouver
compétente et de s’échapper du stéréotype de la
« serveuse d’office » à laquelle beaucoup sont condamnées
jusqu’à leur retraite ou mariage – qui seraient synonymes
puisque les mesdames moyennes sont ménagères. Rebiquer
aux sévices semble si naturel un cours d’action dans le
monde occidental mais cela n’est pas l’habitude intrinsèque
aux Japonaises qui endurent et espèrent franchir ces
entraves avec leur patience et leur fortitude. Merlin veut
nous emmener à l’hôtel, l’un d’une chaîne gérée par une
femme de business, afin de nous donner l’espoir que parfois
une dame puisse braver les cotes et réussir. Le standard du
repas au restaurant hôtelier est médiocre mais néanmoins
on se contente d’avoir patronnée un établissement sous la
gestion d’une femme dans un milieu qui la bafoue.
La pluie fait halte quand nous achevons à nouveau le
centre de Sapporo, au parc cet ses alentours pour prendre
des photos mémorables. C’est dit que personne n’attrape
une image totémique de la ville sans une pose à l’ancienne
mairie qui est aujourd’hui un greffe. Le bâtiment se
ressemble à une maison victorienne construite de bois et de
bardeaux au front de laquelle est une horloge encadrée de
gilde. Ce qui m’intéresse cependant est le théâtre face-à-
face à la mairie de jadis dont le panneau d’affichage
présente un cliche sépia d’un artiste japonais des années
1920 câlinant un matou blanc, portant une moustache au
style de Charlie Chaplin et une paire de binocle. L’effet en
apparence est bizarre qui peut être dit aussi de Sapporo,
une ville japonaise parée de ces attributs faux occidentaux.
Ceci est ma pensée lorsque nous nous dispersons pour une
heure et demie afin de flâner. Je concède à la requête
d’Esther à passer le temps au magasin d’insolite, Tokyo
Hands (les mains de Tokyo), qui vend ces bricoles et
stationnaires. En traversant le parc pour l’atteindre, Yo-yo
pause à la fontaine et sous le feuillage d’un orme ; d’où
cependant une corneille au perchoir chie, sa crotte tachante
la manche du blouson ; une attaque telle soudaine et
outrageuse qu’elle provoque un cri d’alarme. Ma fille vient
de s’affoler à l’avanie. Esther l’emmène à la toilette et, là-
bas, Yo-yo se lave le poignet et ôte le vêtement, vacillante-
elle d’entre la vexation encore et les rires.
Une chose est certaine. Nous ne sommes pas des
Japonais taciturnes en exprimant leurs sentiments et ainsi
nous conspuons le plan rédigé par Merlin de passer plus des
temps à Sapporo quand la pluie reprend, tournant
maintenant en trombe. Le dernier arrêt est ainsi la galerie
de boutiques au gros d’une heure dehors la ville et
adjacente à l’aérogare à Chitose construite en 1991 dont
nouveau terminal s’inaugurera deux semaines après notre
départ. Cette allée de magasins se ressemble à celle-là dans
la banlieue de Seattle en juillet, le mois dernier, où nous
avions souffert le cambriolage. Yo-yo et Esther se
contentent de prodiguer un petit pécule sur tennis,
quoiqu’avec la devise à la faveur du yen japonais on
n’acquière pas d’aubaine. Je les patiente à l’orée de la zone
de chalandise et évite les foules aux emplettes qui y sont

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consignées peut-être à la commande des marchands et à la
complaisance des guides sans aucun doute pour des frais.
Certains trouvent thérapeutique l’expérience de shopping,
une sorte de catharisme, mais jamais moi. M’attablant au
rebord de toit, je savoure une tasse de thé et badaude au
défilé de gens et à la parade de pébrocs bigarrés, soulagé-
moi d’être à la fin du périple et pourtant certain déjà que je
rate le Japon, surement cette partie septentrionale,
partiellement rustique et tempérée pour trois des saisons.
Au bientôt Sapporo et c’est bon de savoir qu’il y ait toujours
un endroit en Asie qui est égal aux idylles occidentales
auxquelles mon âme appartient.

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