De la prison au camp : la saisie de l'espace-corps.

Audrey KIÉFER
Docteur d'État en philosophie, Université de Picardie
audrey.ie!er"#$ail.co$
Résumé :
%& o' le délin(uant au )I)*$e si*cle a lé#iti$é le (uadrilla#e policier et la politi(ue disciplinaire intérieure, l'étran#er
au+ourd'hui se$,le, & sa $ani*re, autoriser le dispositi! sécuritaire européen. Di!!érentes passerelles peuvent relier le
délin(uant et l'étran#er. Pour(uoi l'i$$i#ré est-il si souvent assi$ilé au clandestin . Assuré$ent, notre épo(ue
cri$inalise l'étran#er. Peut-on pourtant si aisé$ent rapprocher le délin(uant de l'étran#er, le prisonnier du clandestin, les
prisons des ca$ps de rétention .
Apr*s avoir dé!ini les spéci!icités propres & la prison et au ca$p, sur#ira un nouvel o,+et, un nouvel espace au(uel notre
dernier point sera consacré / celui du corps. Il se$,le (ue la passerelle la plus $ar(uée entre le délin(uant et le
clandestin soit cet espace inti$e, investi par des $écanis$es (ui e0c*dent toute cl1ture et tout cloisonne$ent / l'espace-
corps des !ichiers.
Mots-clés :
,io$étrie, ca$p, corps, Foucault, pouvoir, prison.
Avant-propos :
2 3uel(ues $ots sur la prison et le ca$p, che4 Foucault et A#a$,en... 5
%a prison et le ca$p sont des espaces & la !ois sin#uliers et représentati!s de l'épo(ue o' ils
s'ins*rent. %ieu0 de nor$alisation et d'e0ception, les prisons et les ca$ps ont souvent servi de
$od*le pour illustrer les roua#es du pouvoir / du disciplinaire au ,iopouvoir.
En 6789 dans Surveiller et punir. Naissance de la prison, :ichel Foucault se sert par e0e$ple du
panopticon de ;entha$ pour représenter les dispositi!s du pouvoir disciplinaire. Pour le philosophe,
le panopti(ue n'est pas & re#arder co$$e une !or$e architecturale ayant servi pour construire des
prisons $ais co$$e un $od*le spatial per$ettant de !i#urer les $écanis$es du pouvoir
disciplinaire. En 678<, Foucault découvre une nouvelle !or$e de pouvoir (ui ne prend plus pour
o,+et les corps $ais la vie elle-$=$e / il s'a#it du 2 ,iopouvoir 5. Foucault développera en
particulier ce concept dans son ensei#ne$ent au >oll*#e de France sur Il faut défendre la société.
Dans les années 7?, @or#io A#a$,en reprend les analyses de Foucault sur le ,iopouvoir, les utilise
et dé!init le ca$p co$$e la !i#ure, 2 le nouveau nomos ,iopoliti(ue de la plan*te 5. A la lecture des
travau0 d'A#a$,en, en particulier Homo Sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue B6778C et Ce qui
reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin B6777C, nous pouvons lé#iti$e$ent nous de$ander s'il est
pertinent de rapprocher les ca$ps d'e0ter$ination na4is des ca$ps d'étran#ers . %es ca$ps na4is
$ettaient en oeuvre des procédures ,ien spéci!i(ues d'éli$ination, par la $ort. Di les ca$ps
d'étran#ers sont des espaces de $ise & l'écart, il s'a#it d'éli$iner l'étran#er du cha$p du visi,le $ais
non pas par la $ort. %es ca$ps d'e0ter$ination et les ca$ps d'étran#ers ont des conditions
d'e0istence et des !onctions ,ien di!!érentes. Par $éthode donc, et pour éviter tout a$al#a$e, il
convient selon $oi de distin#uer ces deu0 espaces. %'apport d'A#a$,en est en revanche indénia,le /
ses analyses per$ettent en e!!et de $ettre & +our les $écanis$es d'e0ception (ui !onctionnent dans
le ca$p et dans la société $oderne par e0tension.
Dans cet article, +'ai pris le parti de ne pas $e ré!érer au0 travau0 d'A#a$,en. En revanche, $a
pro,lé$ati(ue s'articulera autour de concepts !oucaldiens suscepti,les d'éclairer notre ré!le0ion.
Texte :
2 De la prison au ca$p / la saisie de l'espace-corps 5.
E'ai$erais, avant tout chose et pour éviter d'e$,lée une $auvaise lecture, $e +usti!ier d'une
o,+ection (ui pourrait, & raison, $'=tre !aite. Fn pourra sans doute $e reprocher de ne pas dissocier
les ca$ps d'étran#ers des centres de rétention !ranGais. :ais si une chose est certaine pour $oi, si
les ca$ps de concentration et d'e0ter$ination sont e!!ective$ent des espaces ,ien spéci!i(ues Hdes
espaces d'éli$ination par la $ortI, les di!!érences a!!ir$ées entre les ca$ps, centres, 4ones ou
locau0 de rétention $e paraissent ,ien ver,ales. %a $anipulation discursive et l'édulcoration
lin#uisti(ue sont des prati(ues $ises en oeuvre par les autorités en vue de lé#iti$er l'e0istence de
ces espaces et de $as(uer la répression et la violence (ui s'e0ercent & l'intérieur. %es espaces pour
étran#ers retenus (uelle (ue soit leur 2 appellation 5 $e se$,lent pouvoir =tre dé!inis co$$e des
ca$ps, c'est-&-dire co$$e des espaces o' sont $aintenus en $asse des #roupes de personnes, (ue
l'on ne désire pas et (ue l'on cache. Jelle sera donc $a dé!inition du ca$p / un espace de $ise &
l'écart et de $ise sous contr1le d'une certaine partie de la population.
n principe, l'en!er$e$ent pénitentiaire et l'interne$ent ad$inistrati! poss*dent des
caractéristi(ues ,ien distinctes. :arc ;ernardot, dans une pertinente sociohistoire des ca$ps
d'étran#ers, rel*ve trois di!!érences !onda$entales H;ernardot, K??L, p. <K et suiv.I.
Pre$i*re$ent, la peine de prison dépend d'une décision +udiciaire tandis (ue la rétention !ait suite &
une décision ad$inistrative. %e conda$né a été +u#é par un tri,unal co$pétent en !onction d'une
accusation spéci!i(ue. %'étran#er, lui, a été appréhendé par la police et $is en #arde & vue pour
n'avoir pas de papiers en r*#le. Il s'a#it certes d'un délit sanctionné par la loi $ais, ,ien souvent, le
clandestin ne (uitte pas la sph*re de l'ad$inistration-police / d'un c1té la +ustice, de l'autre la police.
Deu0i*$e$ent, la peine de prison a pour spéci!icité d'avoir un ter$e. Da durée est décidée lors du
+u#e$ent. Di, par la suite, le conda$né peut ,éné!icier d'une re$ise de peine ou d'une li,ération
conditionnelle, la durée de la peine est dé!inie avant son e0écution M si l'on e0clut la détention
provisoire - et en !onction de la #ravité de l'acte co$$is. Dans ter$e, co$$ent une peine pourrait-
elle =tre utile et réparatrice . Dans pro+et de sortie, co$$ent le conda$né pourrait-il vouloir
s'a$ender . %a rétention, en revanche, n'a pas de durée déter$inée au préala,le.
En!in, la peine de prison est individuelle et individualisée. Elle est certes décidée en !onction du
délit ou du cri$e co$$is, $ais aussi et surtout, en !onction de la personnalité de celui (ui a
co$$is l'acte. %es ca$ps au contraire sont collecti!s. %'identi!ication de l'étran#er se !ait en
!onction du #roupe au(uel il appartient Ht4i#anes, ro$s, $a#hré,ins, etc.I. %'étran#er n'est pas
individualisé, il est un par$i les autres. Jandis (ue la peine de prison individualise, la rétention
$assi!ie. >'est & cette di!!érence théori(ue essentielle, directe$ent liée & la spatialité de
l'en!er$e$ent propre & ces deu0 espaces clos, (ue nous allons nous intéresser. >ette distinction de
principe, se voulant heuristi(ue, sera nécessaire$ent sché$ati(ue. n situation, nous le
développerons dans notre conclusion, les di!!érences et li#nes de parta#e se !ra#ilisent
e!!ective$ent.
A partir d'une analyse du panopticon de ;entha$ par :ichel Foucault, nous dé!inirons dans un
pre$ier $o$ent cet espace spéci!i(ue (u'est la prison. %e panopti(ue che4 Foucault n'est pas tant &
considérer co$$e une !or$e architecturale e!!ective$ent réalisée pour construire des prisons (ue
co$$e un dia#ra$$e illustrant la relation de pouvoir-savoir propre & la société disciplinaire.
Peut-on appli(uer ce $od*le & l'interne$ent ad$inistrati! . %'espace de la rétention n'est-il pas au
contraire l'e0e$ple $=$e de l'anti-panopti(ue . %e ca$p est certes une 4one !er$ée, déli$itée par
la cl1ture $ais l'invisi,ilité latérale propre & l'espace pénitentiaire disparaNt. Il !audra alors, dans le
deu0i*$e te$ps de notre analyse, nous interro#er sur la construction spatiale spéci!i(ue au ca$p.
%ors(ue nous aurons dé!ini les caractéristi(ues propres & la prison et au ca$p, sur#ira un nouvel
o,+et, un nouvel espace / le corps. >o$$ent le corps est-il appréhendé dans ces espaces clos . %e
corps est certes en!er$é et retenu $ais, au del& de l'en!er$e$ent pénitentiaire et de la rétention
ad$inistrative, il est aussi investi par des $écanis$es (ui e0c*dent toute cl1ture et tout
cloisonne$ent. De l'anthropo$étrie de ;ertillon au !icha#e ,io$étri(ue de >iotti et :ariani, nous
assistons en e!!et & la saisie de l'espace-corps. Oous verrons en (uel sens.
I- Prison
:ichel Foucault décrit ainsi le !anopticon de ;entha$ /
2 %e principe étant / & la périphérie, un ,Pti$ent en anneau Q au centre, une tour Q celle-ci est percée
de lar#es !en=tres (ui ouvrent sur la !ace intérieure de l'anneau. %e ,Pti$ent périphéri(ue est divisé
en cellules, dont chacune traverse toute l'épaisseur du ,Pti$ent. >es cellules ont deu0 !en=tres /
l'une, ouverte vers l'intérieur, correspondant au0 !en=tres de la tour Q l'autre, donnant sur l'e0térieur,
per$et & la lu$i*re de traverser la cellule de part en part. Il su!!it alors de placer un surveillant dans
la tour centrale, et dans cha(ue cellule d'en!er$er un !ou, un $alade, un conda$né, un ouvrier ou
un écolier. Par l'e!!et du contre-+our, on peut saisir de la tour, se découpant dans la lu$i*re, les
petites silhouettes captives dans les cellules de la périphérie. En so$$e, on inverse le principe du
cachot Q la pleine lu$i*re et le re#ard d'un surveillant captent $ieu0 (ue l'o$,re, (ui !inale$ent
proté#eait 5 HFoucault, 6788, p. 676I.
%a con!i#uration du panopti(ue instaure d'une part une visi,ilité a0iale per$anente. Dans la tour
centrale se trouve 2 l'oeil du pouvoir 5, le surveillant. Pour autant, un si$ple $anne(uin peut se
su,stituer au vivant o,servateur. Avec un tel +eu d'o$,re et de lu$i*re, le détenu ne sait pas s'il est
vérita,le$ent surveillé ou non, l'essentiel étant (u'il croit l'=tre en per$anence. D'autre part, pour
assurer l'ordre, la disposition spatiale du panopti(ue nécessite une invisi,ilité latérale entre les
individus séparés, encellulés. %e syst*$e panopti(ue e$p=che ainsi toute pro$iscuité corruptrice.
Pour Foucault, le panopticon est un précieu0 $od*le pour illustrer la spatialité de l'en!er$e$ent
pénitentiaire et, plus encore, il per$et de !i#urer les relations de pouvoir-savoir caractéristi(ues de
la société disciplinaire.
A- Un espace disciplinaire
ApparaNt dans la technolo#ie disciplinaire, une relation au0 ter$es indissocia,les et co$$utati!s / la
relation pouvoir-savoir. @rPce & l'analyse du panopti(ue de ;entha$, Foucault e0pli(ue
par!aite$ent co$$ent pouvoir et savoir se ren!orcent $utuelle$ent et co$$ent !onctionne ce
processus disciplinaire.
Di!!ére$$ent d'une procédure d'e0clusion, cette prati(ue op*re selon un (uadrilla#e tacti(ue
$éticuleu0. 2 %e dispositi! panopti(ue a$éna#e des unités spatiales (ui per$ettent de voir sans
arr=t et de reconnaNtre aussit1t 5 HFoucault, 6789, p. K?KI. De la surveillance et l'o,servation
continue découle la constitution d'un savoir sur l'individu. En retour, la !or$ation de ce savoir
individualisant donne lieu & la $ultiplication des e!!ets de pouvoir. >e (ui est surveillance dans la
sph*re du pouvoir se trans!or$e en o,servation et connaissance dans le cha$p du savoir.
>e $od*le architectural #énéralisa,le & tout dispositi! est en ce sens un intensi!icateur de pouvoir
(ui illustre ce (ue vise la discipline, & savoir rendre les corps dociles. Pour cela, la répartition des
individus dans l'espace devient une e0i#ence pre$i*re. D'une part, la discipline e0i#e un principe de
2 cl1ture 5 / l'espace sera !er$é sur lui-$=$e. D'autre part, elle $et en oeuvre un syst*$e de
2 (uadrilla#e 5 / cha(ue prisonnier est e!!ective$ent lui-$=$e cl1turé, dans sa cellule.
>et espace clos et découpé per$et & ;entha$ de l'i$a#iner co$$e pouvant servir & n'i$porte
(uelle caté#orie d'individus / des prisonniers ,ien sRr, $ais aussi des ouvriers, des !ous, des écoliers
ou des $alades. ;entha$ avait l'idée d'en !aire l'instru$ent de ce (u'il appelait une
2 e0péri$entation $étaphysi(ue 5 HFoucault, K??S, p. L?I. Il s'a#it par e0e$ple de prendre des
en!ants & la naissance, avant tout apprentissa#e, et de leur ensei#ner des choses tout & !ait
disse$,la,les / & certains les $athé$ati(ues co$$unes o' deu0 et deu0 !ont (uatre et & d'autres
une $athé$ati(ue i$a#inaire o' deu0 et deu0 ne !ont pas (uatre Q & certains l'héliocentris$e, &
d'autres le #éocentris$e Q etc. Ainsi, au ,out de (uel(ues années, il serait possi,le d'o,server ces
en!ants individualisés di!!ére$$ent, de les !aire se rencontrer et d'apprendre ,eaucoup sur la
constitution des individualités.
%e panopticon de ;entha$ !i#ure par!aite$ent l'espace disciplinaire co$$e pouvant !aire
!onctionner de $ultiples procédures d'individualisation.
B- Un pouvoir individualisant
Di le pouvoir de souveraineté che4 Foucault est caractérisé par une individualisation du c1té du
so$$et, la relation est inverse dans le pouvoir disciplinaire / l'individualisation s'accroNt du c1té de
la ,ase. Surveiller et punir se ré!*re & l'analyse de KantoroTit4 pour $ontrer l'i$portance du corps
du roi, corps charnel et $ortel $ais aussi corps sy$,oli(ue et i$$ortel. Ainsi lors(ue le roi $eurt,
la $onarchie su,siste encore. >e corps dou,le s'oppose au 2 $oindre corps du conda$né 5 (ui, s'il
est ,ien le lieu d'application du chPti$ent et du pouvoir souverain (ui par l&-$=$e s'a!!ir$e, n'a pas
d'individualité. %e pouvoir de souveraineté n'a pas de !onction individualisante. %e pouvoir
disciplinaire, au contraire, est un pouvoir désindividualisé (ui individualise. Pour le dire autre$ent,
la discipline a !a,ri(ué une !or$e de su,+ectivité spéci!i(ue / l'individu.
%es procédures disciplinaires cherchent, & n'en pas douter, & ho$o#énéiser le corps social.
%'individualisation vise & suppri$er les di!!érences, & prévenir les déviances et & constituer des
individus nor$au0. Oéan$oins, le pouvoir disciplinaire est un pouvoir individualisant (ui dé!init
l'individu en !onction de ses caractéristi(ues propres, spéci!i(ues, individuelles. %a discipline
spéci!ie ceu0 sur les(uels elle se porte. Di nous re#ardons de plus pr*s la peine de prison dans le
syst*$e disciplinaire, nous ne pouvons évacuer cette prati(ue désor$ais indissocia,le du +udiciaire,
& savoir la psychiatrie. >elle-ci a e!!ective$ent investi le cha$p +udiciaire et le ,io#raphi(ue est
venu se #re!!er sur l'in!raction. %'aveu au+ourd'hui n'est plus si$ple$ent l'aveu du cri$e $ais aussi
l'aveu d'une identité intérieure. %a (uestion n'est plus si$ple$ent de savoir 2 (uel est le cri$e . 5
$ais aussi 2 (ui es-tu pour avoir co$$is ce cri$e . 5 2 3uelle est donc cette identité intérieure
déviante (ui a osé co$$ettre l'acte dé!endu . 5 %a psychiatrie Het ses e0pertisesI se présente co$$e
une procédure e!!icace d'individualisation.
%'individualisation de la peine est un principe !onda$ental dé!endu depuis le )I)*$e si*cle et
réa!!ir$é avec !orce au sortir de la Deconde @uerre $ondiale dans la déclaration de la co$$ission
A$or. 2 %'individualisation apparaNt co$$e la visée ulti$e d'un code e0acte$ent adapté 5
HFoucault, 6789, p. 6?6I. En vue de corri#er le prisonnier, de le soi#ner et de le réinsérer, il convient
de dia#nosti(uer son de#ré de dan#erosité et sa propension & l'a$ende$ent.
Par une utilisation straté#i(ue de l'espace, par une distri,ution des individus les uns par rapport au0
autres, par la cl1ture et le (uadrilla#e, le dispositi! disciplinaire peut !aire !onctionner ses
procédures d'individualisation. Dans Surveiller et punir, Foucault donne précisé$ent (uatre
techni(ues dans l'art disciplinaire de la répartition des individus dans l'espace / la cl1ture, le
(uadrilla#e, la place et le ran#.
Dans l'espace-ca$p, seul se$,le =tre e!!ecti! la $odalité de la cl1ture.
II- amp
Par sa visi,ilité latérale, cet espace non-panopti(ue donne lieu & des rencontres, des échan#es, des
con!lits... Dans le cadre de la rétention, une vie spéci!i(ue s'or#anise. ;ien évide$$ent, il ne s'a#it
pas pour autant d'un $icrocos$e de la société / les nor$es sont tout autres, directe$ent liées au0
conditions de rétention aliénantes et li$itées. %a présence des associati!s ryth$ent souvent la vie
des ca$ps. :ais des $odes de vie collecti!s apparaissent, des #roupes ethnico-culturels se
constituent, une hiérarchie sociale s'i$pose par!ois, des clans se !or$ent / toute une construction
sociale (ue l'architecture panopti(ue ne peut autoriser de par son découpa#e (uadrillé.
Di une vie se constitue donc au sein du ca$p, il est (uestion d'une vie provisoire et te$poraire. %e
ca$p est avant tout un espace de transit. Il est un espace de ré#ulation, non pas un lieu de
production (ui cherche & $a+orer les !orces constituantes. %e ca$p est un lieu (ui rasse$,le des
civils, (ui en!er$e des $i#rants sans décision +udiciaire. Il s'a#it de #érer des populations.
Di les techni(ues de contr1le disciplinaire visent la #estion des individus, pour s'occuper des
populations $ouvantes, s'ouvre l'*re d'un 2 ,io-pouvoir 5 HFoucault, 678<, p.6LUI.
A- Un espace du !iopouvoir
Foucault construit ces notions de ,iopoliti(ue et de ,iopouvoir en ré!érence & la $édicalisation de la
société. >ette $édicalisation se dé!init par la prise en co$pte #énéralisée du 2 ris(ue $édical 5. De
dissé$ine Hhors des cha$ps pure$ent $édicau0I la nécessité de prévenir des ris(ues éventuels. De
plus, la prévention ne portera pas seule$ent sur le ris(ue encouru par un individu $ais elle devra
prendre en co$pte toute une population. De développe le contr1le par précaution. 2 >'est & ce
$o$ent l& (ue nous voyons apparaNtre les pro,l*$es co$$e ceu0 de l'ha,itat, des conditions de vie
dans une ville, de l'hy#i*ne pu,li(ue, de la $odi!ication du rapport entre natalité et $ortalité. >'est
& ce $o$ent (u'est apparu le pro,l*$e de savoir co$$ent nous pouvons a$ener les #ens & !aire
plus d'en!ants, ou en tout cas co$$ent nous pouvons ré#ler le !lu0 de la population, co$$ent nous
pouvons ré#ler é#ale$ent le tau0 de croissance d'une population, les $i#rations 5 HFoucault, 67L6,
pp. 67S-67UI.
>e (ui $e paraNt essentiel pour notre ré!le0ion est la distinction (ue Foucault éta,lit entre le pouvoir
disciplinaire et la ,iopoliti(ue. Dans la seconde $oitié du )VIII*$e si*cle, sont apparues des
2 technolo#ies (ui ne visent pas les individus en tant (u'individus, $ais (ui visent au contraire la
population. B...C %a découverte de la population est, en $=$e te$ps (ue la découverte de l'individu
et du corps dressa,le, l'autre noyau technolo#i(ue autour du(uel les procédés de l'Fccident se sont
trans!or$és. Fn a inventé & ce $o$ent l& ce (ue +'appellerai, par opposition & l'anato$o-politi(ue
B...C, la ,iopoliti(ue 5 HFoucault, 67L6, p.67SI. %a discipline est donc une straté#ie de pouvoir (ui
#*re des individus, dans le $oindre de leurs détails, dans le $oindre de leurs #estes. Elle cherche &
$a+orer des !orces individuelles. %a ,iopoliti(ue est, au contraire, une #estion de la population, une
ad$inistration du $ultiple. %e ca$p est e!!ective$ent un espace de contr1le, de #estion et de
ré#ulation de la population $i#rante. Il e0clut, rasse$,le, $assi!ie.
Dans un (uadrilla#e et un dispositi! cellulaire, le ca$p ne peut !onctionner co$$e une procédure
d'individualisation. :ais n'est-ce pas cette $assi!ication $=$e (ui per$et au ca$p de !onctionner,
(ui le dé!init et autorise son e0istence .
B- Un pouvoir massi"iant
>o$$ent pourrait-on accepter l'idée d'encelluler une personne (ui n'a pas co$$is de délit ou de
cri$e & l'i$a#e par e0e$ple du de$andeur d'asile . >o$$ent pourrait-on ad$ettre l'isole$ent
d'une personne sans $oti! +udiciaire . Il n'est pas envisa#ea,le d'appli(uer le $od*le panopti(ue &
un ca$p d'étran#ers sans reconnaNtre en $=$e te$ps la dan#erosité de ceu0 (u'il cloisonne. Fr, il
ne s'a#it pas de populations dan#ereuses, ce sont des populations entrées lé#ale$ent ou non sur le
territoire. %a rétention n'est pas une détention.
Plus encore, cette $assi!ication, cette non-individualisation, per$et & $on sens la pérennité du
ca$p. %'étran#er en rétention sera un ré!u#ié, un e0ilé, un de$andeur d'asile, un $i#rant, un
clandestin par!ois. Il peut =tre é#ale$ent caté#orisé co$$e $alien, t4i#ane ou $arocain. :ais,
l'étran#er ne sera +a$ais dé!ini en relation & son parcours ,io#raphi(ue. Di la vie se déploie au sein
du ca$p, la vie $=$e du $i#rant est niée. %e $i#rant n'a pas de no$. Il n'a pas de statut Hni
+uridi(ue, ni politi(ueI, pas de place Hni dans son pays d'ori#ine, ni dans le pays o' il souhaite
vivreI. Il $e se$,le (ue cette indéter$ina,ilité de statut et cette a,sence d'individualisation
per$ettent au syst*$e de perdurer. Instaurer du ,io#raphi(ue ris(uerait d'autoriser par l& $=$e une
parole, celle des $i#rants. Fr, co$$ent l'opinion pourrait-elle encore accepter la rétention en
sachant (ue derri*re l'étran#er il y a une vie et un parcours souvent tra#i(ue .
%e ,io#raphi(ue intervient lors des passa#es au sein des co$$issions du W>R ou de l'FFPRA, o',
e!!ective$ent, il est de$andé au $i#rant de raconter sa vie et de donner les raisons pour les(uelles
il ne souhaite pas retourner dans son pays d'ori#ine. :ais au sein du ca$p, l'étran#er n'a pas
d'histoire. %a (uestion n'est pas de savoir 2 (ui es-tu . 5 $ais 2 d'o' viens-tu . 5, 2 & (uelle
population appartiens-tu . 5
Dché$ati(ue$ent donc, la prison est un espace de #estion des individus et le ca$p un espace de
ré#ulation des populations. 3u'il s'a#isse pourtant du prisonnier détenu ou de l'étran#er retenu, il est
tou+ours (uestion d'un corps (ue l'on en!er$e.
III- orps
2 Il y a eu au cours de l'P#e classi(ue, toute une découverte du corps co$$e o,+et et ci,le de
pouvoir 5 HFoucault, 6789, p. 6SLI. Pour rendre les corps dociles, la techni(ue disciplinaire i$pose
par e0e$ple une par!aite 2 corrélation du corps et du #este 5. Foucault donne & ce propos l'e0e$ple
de la ,onne écriture / pour ,ien écrire, il convient d'adopter une posture adaptée. 2 %'articulation
corps-o,+et 5 est é#ale$ent essentielle. Foucault détaille ici la ,onne tenue du !usil / il est i$portant
de !aire corps avec l'ar$e. Jout ce coda#e instru$ental du corps per$et de $a0i$aliser les
co$pétences. %e corps ainsi discipliné et assu+etti est aussi un corps rendu utile, dont on $a+ore les
!orces. %a $écani(ue disciplinaire est donc dou,le / d'un c1té elle assu+ettit et, de l'autre, elle
au#$ente les aptitudes.
Di la discipline vise les P$es, elle !a,ri(ue des corps dociles, sou$is et e0ercés. %'P$e $oderne naNt
de techni(ues de contr1le (ui s'inscrivent sur et dans le corps. Di l'invention de l'P$e $oderne n'est
pas une illusion, elle est 2 l'e!!et d'une trans!or$ation dans la $ani*re dont le corps lui-$=$e est
investi par les rapports de pouvoir 5 HFoucault, 6789, p.KLI. %es disciplines touchent donc ,ien au
corps de l'individu.
Avec le ,iopouvoir, l'investisse$ent se porte sur un nouvel o,+et / 2 >'est un nouveau corps / corps
$ultiple, corps & no$,re de t=tes, sinon in!ini, du $oins pas nécessaire$ent déno$,ra,le 5
HFoucault, 6778, p.K6LI.
A- De l'individu # l'$omme esp%ce
De la discipline au ,iopouvoir, la prise du corps par le pouvoir se trans!or$e / 2 Apr*s l'anato$o-
politi(ue du corps hu$ain, $ise en place au cours du )VIII*$e si*cle, on voit apparaNtre, & la !in
de ce $=$e si*cle, (uel(ue chose (ui n'est plus une anato$o-politi(ue du corps hu$ain, $ais (ue
+'appellerais une 2 ,iopoliti(ue 5 de l'esp*ce hu$aine 5 HFoucault, 6778, p. K6<I.
Di le pouvoir disciplinaire cherche & capter le corps de l'individu, le ,iopouvoir vise & ré#uler les
populations. Di les disciplines usent de procédures d'individualisation pour rendre des corps dociles,
la ,iopoliti(ue Het le ,iopouvoirI s'occupe de toute autre chose / 2 ce sont ces processus-l& de
natalité, de $ortalité, de lon#évité (ui, +uste$ent dans la seconde $oitié du )VIII*$e si*cle, en
liaison avec tout un tas de pro,l*$es écono$i(ues et politi(ues, ont constitué, +e crois, les pre$iers
o,+ets de savoir et les pre$i*res ci,les de contr1le de cette ,iopoliti(ue 5 HFoucault, 6778, p. K6<I.
Au+ourd'hui, & n'en pas douter, la ,iopoliti(ue doit s'occuper é#ale$ent des lo#i(ues et des !lu0
$i#ratoires.
Au sein des ca$ps, nous l'avons dit, les étran#ers sont dé!inis selon des caté#ories, ils ne sont en
rien individualisés. Dans les ca$ps, se trouvent des ré!u#iés, des de$andeurs d'asile, des $aliens
ou des $arocains. Dans les ca$ps, se trouvent un type spéci!i(ue de population (u'il est nécessaire
de contenir, de contr1ler, de ré#uler et de do$iner / les étran#ers. %a rétention n'est pas destinée &
individualiser des corps, elle se doit de #érer un collecti!. %a rétention n'est pas non plus destinée &
discipliner. Elle est une 4one de $aintien et un espace de ré#ulation pour une population
indésira,le, +u#ée inutile, dont on ne souhaite donc pas $a+orer les !orces.
Du disciplinaire au ,iopouvoir, le pouvoir est insépara,le de sa relation au savoir. >es deu0
ense$,les de $écanis$es, l'un disciplinaire, l'autre ré#ulateur, usent tous les deu0 d'un syst*$e
d'enre#istre$ent per$anent. Il est en e!!et un espace pouvant servir de passerelle entre le prisonnier
et l'étran#er, entre la discipline et le ,iopouvoir / il s'a#it de l'espace-corps des !ichiers.
B- orps des "ic$iers
A la !in du )I)*$e si*cle, le cri$inolo#ue Alphonse ;ertillon inventa un syst*$e d'identi!ication
rapide$ent adopté par les services de police / l'anthropo$étrie. ;ertillon !ournit des instructions
si#naléti(ues précises Hla taille, l'enver#ure, la lon#ueur et la lar#eur de la t=te, l'oreille droite, le
pied #auche, etcI. Di ce syst*$e anthropo$étri(ue per$ettait de recenser un certain no$,re de traits
anato$i(ues co$$uns & tout cri$inel, toutes ces $ensurations servaient ,ien évide$$ent &
spéci!ier un individu en !onction de ses caractéristi(ues centi$étri(ues propres a!in de pouvoir le
reconnaNtre dans d'autres lieu0 et d'autres te$ps. Ainsi $ise en place dans les éta,lisse$ents
pénitentiaires, l'anthropo$étrie cri$inelle constituait des !ichiers d'individus dé+& conda$nés, (u'il
serait donc aisé d'identi!ier de nouveau en cas de récidive.
Au+ourd'hui la police poss*de des !ichiers tr*s co$plets. %e 2 Dyst*$e de Jraite$ent des In!ractions
>onstatées 5 HDJI>I recense depuis la !in des années 677? les in!or$ations recueillies sur les
auteurs de cri$es et de délits. Un pre$ier Fichier national ,io$étri(ue HFOAEDI enre#istre depuis
677U les e$preintes di#itales des personnes $ises en cause dans une procédure pénale. En 677L,
s'a+oute un Fichier national auto$atisé des e$preintes #énéti(ues HFOAE@I. Oous pouvons
é#ale$ent évo(uer le récent Fichier +udiciaire national auto$atisé des auteurs d'in!ractions se0uels
HFIEAIDI. %es in!or$ations ,io#raphi(ues et les données ,io$étri(ues rasse$,lées et encodées
#rossissent de plus en plus les !ichiers de police.
A la !in du )I)*$e si*cle, les étran#ers en France devaient déclarer leur présence & la $airie. En
6768, la lé#islation !ranGaise instaure la carte d'identité d'étran#er. %'étran#er doit désor$ais non
seule$ent se déclarer $ais aussi posséder un titre de sé+our / on passe d'un syst*$e déclarati! & un
syst*$e d'autorisation, d'identité. En 67U9, la France co$$ence vérita,le$ent & or#aniser le droit
d'entrée et de sé+our des étran#ers / des lois ne vont cesser de se créer.
Au+ourd'hui, le recours au0 e$preintes #énéti(ues pour les ressortissants de certains pays, $=$e &
titre e0péri$ental, est un si#ne de la $utation (ui s'e!!ectue dans la prise en char#e et en
considération de l'étran#er. Di ces techni(ues d'identi!ication ne sont pas nouvelles, elles se
caractérisent désor$ais par leur auto$aticité. Au+ourd'hui, les de$andeurs de visas H$ais aussi les
,éné!iciaires de l'aide au retour et, ,ien sRr, les étran#ers en situation irré#uli*reI sont
auto$ati(ue$ent $ar(ué sur le !ichier appelé si$ple$ent, et sans aucune a$,i#uXté, 2 VIDA;IF5.
3u'il s'a#isse donc des prisonniers ou des étran#ers, nous assistons & une nu$érisation, un encoda#e
de l'espace-corps.
>e syst*$e de !icha#e ,io$étri(ue renvoie & une lo#i(ue d'identi!ication des personnes en !onction
des caractéristi(ues physiolo#i(ues. Pourtant, en se !ocalisant ainsi sur les spéci!icités corporelles,
c'est le corps lui-$=$e (ui est nié. >ette lo#i(ue d'enre#istre$ent !a,ri(ue un corps (ui serait
totale$ent nié dans son identité pour n'=tre plus (u'identi!ié HOoiriel, K??8, p. UI. Fn arrache au
corps des données o,+ectives niant par l&-$=$e toute su,+ectivité, toute historicité. %e corps
,iolo#i(ue et politi(ue, dépouillé ainsi de son identité sin#uli*re et co$ple0e, participe de ces
dispositi!s de contr1le $is en place dans notre société sécuritaire. >e corps $esuré, nu$érisé est
o$niprésent dans les sou,asse$ents de la société, dans les prati(ues discursives et les prati(ues
politi(ues. Il !onctionne partout, en dehors de la prison et en dehors du ca$p. Il est un !or$ida,le
outil de sti#$atisation du délin(uant et de l'étran#er (ui puise +uste$ent sa !orce hors de ces
espaces / hors de, il produit une série d'e!!ets de pouvoir. Il réussit par e0e$ple & $as(uer ce (u'il
!i#ure, la prison et le ca$p.
>e corps encodé et, avec lui, l'ense$,le de ce syst*$e d'enre#istre$ent, $ettent en lu$i*re les
enchev=tre$ents de pouvoir des techni(ues disciplinaires et ,iopoliti(ues. %es $écanis$es
se$,lent se déplacer du disciplinaire au ,iopouvoir pour conver#er vers un dispositi! sécuritaire.
Pour prévenir des ris(ues éventuels, les $écanis$es sont de plus en plus répressi!s H(u'il s'a#isse
des lois pénitentiaires ou des lois sur l'i$$i#rationI $ais la raison en est donnée / 2 Il !aut dé!endre
la société 5.
onclusion
n principe donc, la prison et le ca$p sont ,ien des espaces o' se déploient des straté#ies de
pouvoir di!!érentes / le disciplinaire et le ,iopouvoir. %'un individualise, l'autre $assi!ie Q l'un
s'occupe de l'individu, l'autre de la population Q l'un vise le ,io#raphi(ue, l'autre l'i#nore
volontaire$ent Q etc.
n situation, en revanche, les choses ne sont pas si claire$ent déli$itées.
Di le panopti(ue est un ,on dia#ra$$e pour illustrer les $écanis$es de la société disciplinaire, ce
$od*le !i#ure asse4 $al ce (ui se passe e!!ective$ent en prison. Au re#ard de la surpopulation
carcérale par e0e$ple, il est di!!icile de reconnaNtre & la prison la !onction individualisante (ui
!onde son principe. F' est l'e0i#ence de (uadrilla#e dans une $aison d'arr=t occupée & 6K?Y . Di
l'école individualise, si l'usine cherche & $a+orer les !orces des corps, les éta,lisse$ents
pénitentiaires sont des espaces de $ise & l'écart, non pas des lieu0 de réinsertion. 2 %'énoncé
inavoua,le sur le(uel se !onde le !onctionne$ent de l'institution pénitentiaire est celui-ci / il y a,
par$i la population dont l'État a la char#e, une part inco$pressi,le dont le statut est celui de
l'irrécupéra,le. Pour cette part, ce n'est pas la dyna$i(ue de l'inclusion (ui est & l'oeuvre $ais ,ien
le décret de l'a"andon 5 H;rossat, K??6, p. SKI
De $=$e, les étran#ers retenus, si rare soit leur parole, déclarent ressentir une sensation de carcéral
au sein du ca$p. %a violence de la situation, la con!i#uration des lieu0, la privation de li,erté et de
certains droits ,risent par!ois la !ronti*re entre l'ad$inistrati! et le +udiciaire. 2 %a rétention est en
principe une déro#ation per$ettant & l'Ad$inistration de détenir un étran#er devant =tre éloi#né du
territoire dans des locau0 non pénitentiaires. B...C %'allon#e$ent de la durée $a0i$u$ de rétention,
l'au#$entation du no$,re co$$e de la taille des centres de rétention M le no$,re de places de
rétention ad$inistrative a dou,lé depuis K??S M et les (uotas !i0és par le $inist*re de l'Intérieur au0
pré!ectures en ter$e de reconduites & la !ronti*re, ont trans!or$é la nature $=$e de ce dispositi!.
%a rétention a #lissé peu & peu vers une lo#i(ue d'interne$ent B...C 5 H>i$ade, K??<, p. 9I.
%es prisons co$$e les ca$ps sont des espaces de $ise & l'écart d'une partie de la population / les
indésira,les. %es délin(uants co$$e les étran#ers !ont partie de cette population considérée co$$e
inutile au syst*$e de production et, (ui plus est, dan#ereuse pour la sta,ilité sociale. Ils sont
cl1turés pour ne pas =tre dans le cha$p du visi,le. Di l'on rappelle (uotidienne$ent l'i$portance
des 2 politi(ues 5 pénitentiaire et de l'i$$i#ration, la prison et le ca$p restent des espaces
invisi,les et cachés. %es prisons sont $a+oritaire$ent en dehors des villes et les ca$ps s'ouvrent sur
les pistes d'aéroport ou dans les sous-sols des pré!ectures. %es prisons co$$e les ca$ps sont donc
é#ale$ent des espaces de sti#$atisation / les délin(uants co$$e les étran#ers sont perGus co$$e
des $enaces (u'il !aut contr1ler. %& o' le délin(uant au )I)*$e si*cle a lé#iti$é le (uadrilla#e
policier et la politi(ue disciplinaire intérieure, l'étran#er au+ourd'hui se$,le, & sa $ani*re, autoriser
le dispositi! sécuritaire européen. >ette $enace en puissance lé#iti$e la $ise en place de dispositi!s
de sécurité de plus en plus $ar(ués et dispersés dans l'ense$,le du corps social. >es espaces clos
(ue sont la prison et le ca$p e0c*dent donc lar#e$ent la notion d'en!er$e$ent.
Di les prisonniers et les étran#ers sont $is & l'écart et sti#$atisés co$$e $enaces, si leur parole est
re+etée et leur corps politi(ue nié, par!ois des voi0 s'él*vent et des corps se l*vent, des ho$$es et
des !e$$es résistent. Dans les prisons et dans les ca$ps, des luttes s'en#a#ent. Dans ces espaces
clos, ces espaces d'en!er$e$ent et d'assu+ettisse$ent, il est encore possi,le de !ranchir la cl1ture et
de 2 ,riser les ,arreau0 du silence 5. A nous d*s lors d'=tre & l'écoute et de trans$ettre ces voi0, ces
co$,ats.
Bi!lio&rap$ie
;ernardot, :., K??L, Camps d'étran#ers, ;elleco$,e-en-;au#es, Éditions du cro(uant, KKSp.
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>i$ade, K??<, $apport %&&'. Centres et locau( de rétention administrative, consulta,le sur le site
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Foucault :., 6789, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, @alli$ard, S6Lp. -BKUC p. de
pl.
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Foucault, :., 677U, 2 %es $ailles du pouvoir 5 in )its et écrits, to$e IV, te0te n[K78, B678<-67L6C,
pp. 6LK-K?6, Paris, @alli$ard, L7<p.
Foucault, :, 6778, * Il faut défendre la société +. Cours au Coll,#e de -rance. /01'. Paris,
DeuilZ@alli$ard, KLSp.
Foucault, :, K??S, Le pouvoir ps2chiatrique. Cours au Coll,#e de -rance. /0134/015. Paris,
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Ooiriel, @. Héd.I, K??8, L'identification. 6en,se d'un travail d'7tat, Paris, ;elin, K8Kp.

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