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Nanotechnologies

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Nano : la fin du début

A l'aube d'une industrialisation des applications

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La bataille 'nano' de la R&D

 

Ne pas rater le train des nanotechno- logies

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Interview de Luc Van den

Hove, président d'IMEC

"Les avantages pèsent plus lourd que les éventuels dangers"

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Nanocompétitivité

 

L'utilisation des nanotechnologies revêt souvent un caractère hyperconfidentiel

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  L'utilisation des nanotechnologies revêt souvent un caractère hyperconfidentiel 28 • DÉCEMBRE 2009

DÉCEMBRE 2009

Nanotechnologies

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L’avancée discrète des nanotechnologies La nano devient macro L a nanotechnologie se laisse difficilement définir
L’avancée discrète des nanotechnologies
La nano devient macro
L a nanotechnologie se laisse difficilement définir
parce qu’elle ne se rapporte pas à une propriété,
mais à une dimension. Le professeur japonais Norio
Taniguchiwas avait déjà fait une assez bonne tentative de
définition en 1974 : “La nanotechnologie est la manipula-
tion de la matière à une échelle de 0,1 à 100 nanomètres
(un nanomètre équivaut à un millionième d’un millimètre)
à partir d’objets d’une échelle supérieure.” Un nanomèt-
re est en réalité comparable à une balle de golf à l’échel-
le de notre planète. Ce que le professeur japonais n’a pas
précisé, c’est qu’il s’était inspiré des idées du physicien et
prix Nobel américain Richard Feynman, qui avait prédit
l’avènement de la nanotechnologie lors de sa conférence
intitulée ‘There’s plenty of room at the bottom’ en 1959.
Richard Feynman y entretenait son public à propos de
futurs scientifiques qui assembleraient les machines les
plus fantastiques atome par atome. Cinq décennies plus
tard, un nombre sans cesse croissant d’entreprises et de
secteurs utilisent la technologie.
pas toujours conscients. Il existe ainsi des peintures à base
d’acrylique qui, grâce à l’utilisation d’enduits nano-modi-
fiés, contiennent des propriétés exceptionnelles pour une
protection contre la mousse, les algues et les moisissures.
L’industrie maritime en fait principalement usage. Il existe
en fait énormément de secteurs sur lesquels la nanotech-
nologie pourrait avoir un impact important. Nous pensons
par exemple à l’acier, au textile, aux cosmétiques, à l’em-
ballage alimentaire, aux carburants, etc.
La nanotechnologie suscite toutefois également des réti-
cences en raison des dangers toxicologiques possibles.
Un autre débat est celui des ‘surhommes’ : le recours à la
nanotechnologie dans le but de manipuler les propriétés
et traits de caractère humains.
Multi-secteurs
La médecine est l’un des domaines d’application les plus
prometteurs de la nanotechnologie. Les plus optimistes
prédisent un monde dans lequel nous ne tomberons plus
jamais malade grâce aux nano-robots qui attaquent les
virus virulents et aux médicaments intelligents qui ne libè-
rent leur substance active que dans les cellules malades.
Nous en sommes encore loin, mais de nombreuses
recherches portent aujourd’hui déjà sur les médicaments
qui se concentrent sur les endroits dans le corps où ils
sont le plus actifs.
Certains prédisent que la révolution nano redéfinira nos
économies autant que l'informatique a pu le faire il y a
quelques décennies. Les obstacles sont encore nomb-
reux. Mais les fonds importants dégagés ces dernières
années par divers états pour alimenter la recherche nano,
la multiplication des associations et organes de promo-
tion de ces technologies, autant que l'hyperconfidentiali-
té du sujet nano chez certains grands utilisateurs indus-
triels indiquent à suffisance que les nanotechnologies
représentent un enjeu économique majeur. Comme vous
pourrez le découvrir dans notre dossier, notre pays dispo-
se de centres de recherche et de quelques start-ups à la
pointe en la matière. Et en toute discrétion, certaines de
nos entreprises s'intéressent de près aux avantages com-
pétitifs que pourraient leur conférer les nanotechnologies.
Notre pays a le potentiel pour compter dans le paysage
nano mondial, mais le défi sera de fédérer les énergies
La nanotechnologie fait tout doucement son apparition
dans la vie de tous les jours, bien que nous n’en soyons
pour ne pas rater le train.

DÉCEMBRE 2009

apparition dans la vie de tous les jours, bien que nous n’en soyons pour ne pas

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Nanotechnologies

A l'aube d'une industrialisation des applications

Nano: la fin du début ?

Des analystes ont calculé que le marché des pro- duits utilisant la nanotechnologie vaut actuelle- ment 2,5 milliards d’euros, mais qu’il peut grimper à des centaines de milliards d’euros en 2015 et ensuite même atteindre 1 billion d’euros. Les promes- ses d’applications dépassent nos rêves les plus fous. Mais il y a encore pas mal d'obstacles – techniques ou éthiques – à franchir.

L a nanoscience et la nanotechnologie en sont encore à leurs balbutiements,

ce qui fait que la commercialisation à

au fait que la recherche se concentre enco- re trop sur la technologie et non sur les méthodes de production.”

Comme le laser

Les applications dans la vie quotidienne sont en effet

tiques – ou en tant qu'addi-

tifs, pour les carburants notamment. "Le véritable défi technologique, vu leur capa-

cité de dispersion, est d'intégrer les nano- particules ou la nanopoudre à des maté- riaux. Les technologies ne sont pas encore adaptées à l'industrialisation" résume Guy Fryns, le directeur de

Sirris Wallonie, le centre de recherche pour l'indus-

trie technologique. Sirris emploie à Seraing 6 cher- cheurs dédiés aux nano- technologies. "Les de- mandes de projets R&D

émanant de nos membres

sont nombreuses et avec un haut degré d'urgence autant que de confidentialité. Elles proviennent de différents secteurs industriels : médical, pharmaceutique, si- dérurgique, informatique et chimique. Ce

l’échelle industrielle est encore li- mitée. Les entreprises spécialisées en électronique et le secteur chi- mique et pharmaceutique sont les plus importants détenteurs de bre- vets en matière de nanotechnolo- gie. “Si on se base sur le nombre de brevets, notre pays occupe le onzième rang au niveau mondial et même le huitième rang au ni- veau européen. Ce n’est donc pas si mal”, affirme le Professeur Yvan

Bruynseraede de la KUL. “Mais une fois la barrière technologique fran- chie, il s’agit de procéder à l’étude de fai- sabilité de la production à l’échelle indus- trielle. Dans la plupart des cas, elle se révèle négative. Selon les initiés, cela tient

elle se révèle négative. Selon les initiés, cela tient “ Un intérêt croissant et plus que

Un intérêt croissant et plus que stratégique de la part de divers secteurs

industriels Guy Fryns (Sirris)

encore relativement rares. Et il s'agit es- sentiellement de nanoparticules utilisées à l'état naturel sous forme d'argiles – l'exem- ple le plus connu est celui de certaines crè- mes solaires dans le secteur des cosmé-

L'accès au nanomonde, depuis 1981

Le terme ‘nano’ provient du grec ‘nanos’, qui signi- fie nain. Les nanoparticules sont aussi petites, voi- re plus petites qu’un virus de la grippe. Un nano- mètre (nm) correspond à dix atomes d’hydrogène alignés, à un millième de la longueur d’une bacté- rie ordinaire, à un cinquante millième de l’épais- seur d’un cheveu, à un millionième du diamètre d’une tête d’épingle, à un milliardième de la taille

d’une tête d’épingle, à un milliardième de la taille res plus grandes aux propriétés physi- ques,

res plus grandes aux propriétés physi- ques, chimiques et biologiques révolu- tionnairement nouvelles. Des matériaux qui sont totalement différents de ceux que nous utilisons à l’heure actuelle. Non seulement le développement de maté- riaux, mais aussi d’instruments, de systè- mes et de processus, fait partie du domai-

ne de la nanotechnologie.” Il s’agit là de la ‘véritable’ nanotechnologie selon le Professeur Yvan Bruynseraede. “Elle va beaucoup plus loin

d’un jeune enfant. L'intérêt de tra- vailler à l'échelle nanométrique est de pouvoir contrôler les atomes et les molécules individuellement et d'ainsi maîtriser la matière et ses

propriétés. “En agissant sur des ato- mes et des molécules individuels, on peut même créer, fabriquer et mettre en pratique des structu-

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et André Rahier, directeur opérationnel et chef du département nanopoudre de Sirris Wallonie.

Leader mondial des nanotubes de carbone, Nanocyl fournit de grandes entreprises spécialisées dans la chimie ou l'électro-

nique et a un regard privilégié sur l'état du marché nano. "Les cycles de pro- duction des nanomatériaux sont très longs, entre 3 à 5 ans, mais nous entrons dans la phase de décollage

des applications commerciales," obs- erve son directeur Francis Massin. Il donne comme exemples des systèmes d'injection pour les voitures, qui limitent les déperditions d'énergie, avec un intérêt environnemental évident, ou des matériaux en aluminium de plus en plus légers.

Isabel De Schrijver et Karin Eufinger, toutes deux cher- cheuses chez Centexbel, le centre de recherche de l'indus- trie textile belge créé par Fedustria, pensent égale- ment que la nanotechnolo-

bes de carbone, par exemple, multiplieront leur capacité de production par cinq en 2010. Les nanoadditifs pourront sur le plan économique concurrencer les additifs clas- siques utilisés par l’industrie traditionnelle.”

Capital humain

L’introduction d’une nouvelle technologie signifie non seulement investir en R&D, mais

aussi en capital humain. “Il y a et il risque d’y avoir une pénurie encore plus importante de scientifiques et ingénieurs interdiscipli- naires pouvant générer des connaissances et les transmettre à l’industrie”, prévient Yvan Bruynseraede. “Pareil pour les toxico- logues et les analystes du risque qui se pen- chent sur la nanotechnologie dans une optique de santé publique. La nano- technologie représente en tant que discipline jeune et dynamique une opportunité en or de motiver les jeu- nes scientifiques à se lancer dans une carrière dans la recherche. L’ap- proche interdisciplinaire nanospé- cifique demandera des adapta- tions dans la manière d’organi- ser l’enseignement et la for- mation. La formation doit en outre suivre en continu la dynamique de la nanotechnologie. Plus elle se rapproche du marché, plus grand est le besoin de personnes possédant les qualités nécessaires pour développer et soutenir des entreprises et des spin-offs, par exemple.”

Amiante

L’histoire nous apprend que derrière les pro- messes de chaque technologie nouvelle se cachent également des risques. Il n’en est pas autrement pour la nanotechnologie. Les dangers potentiels sont très divergents :

cela va de la pollution et des problèmes de

santé aux atteintes à la vie privée en passant par les problèmes éthiques tels que le ren- forcement de l’inégalité sociale et des glis- sements au niveau des rapports de force. La plupart des experts esti- ment que nous pouvons gérer la sécurité de la nanotechnologie et des nanoproduits, à condition de bien en définir les risques. “Nous ne pouvons pas faire la même erreur qu'avec les plantes génétiquement modifiées”, affirme Yvan Bruynse- raede. “Il n’y a eu quasi aucune com- munication à l’époque, de sorte que les spéculations sont allées bon train

de sorte que les spéculations sont allées bon train • dernier sem- ble avoir pris une
de sorte que les spéculations sont allées bon train • dernier sem- ble avoir pris une

dernier sem- ble avoir pris une longueur d'avance. Les dos- siers sont plus que stratégiques vu les promesses de gains de productivité ex- traordinaires." Guy Fryns entrevoit une

phase d'industrialisation d'ici trois à cinq ans. "Nous sommes au

seuil du développement d'applications industriel- les pour les nanomaté- riaux. On en a beaucoup parlé il y a quelques an-

nées puis l'intérêt était re- tombé en raison de pro- blèmes de consistance et de stabilité des produits, mais la prise de conscience est à nouveau forte du côté des acteurs industriels. On peut faire une comparaison avec la technologie laser, inventée dans les années 60, mais qui ne s'est finalement imposée dans toutes une série de domaines que 20 à 30 ans plus tard," ajoutent ses collègues Jean Salmon

Le coût des nanoadditifs est encore trop élevé, mais les choses sont sur le point de changer

Isabel De Schrijver (Centexbel)

gie se trouve à un moment charnière. “Il ne fait aucun doute que les nanoadditifs ou certains produits semi-finis offrent des avantages mécaniques et chimiques évi- dents. Leur coût de production est encore trop élevé en raison des volumes trop fai- bles. Mais les choses sont sur le point de changer. Deux grands producteurs de tu-

que la simple utilisation de nanoparticules telles qu’on les retrouve déjà à grande échelle dans des centaines, voire des milliers d’applications industrielles et commerciales.” Pour la plupart des nanotechnologues, une découverte capitale s’est produite qu’en 1981, lorsque Heinrich Rohrer et Gerd Binnig ont cons- truit leur microscope à balayage à effet tunnel (STM, Scanning Tunneling Microscope). La poin- te ultrafine du STM balaye la surface du matériau et rend les atomes individuels visibles. Le STM

était en outre le premier appareil permettant

également de manipuler des atomes. “Les scien- tifiques pouvaient déjà voir les atomes au moyen du microscope électronique à transmis- sion (TEM), mais cet appareil est beaucoup plus cher et la préparation de l’échantillon est nette- ment plus difficile. Le SMT étant nettement moins onéreux, un nombre croissant de cher- cheurs ont eu accès au nanomonde et la recher- che a connu un véritable essor dans quasi tous les laboratoires de recherche sur les matériaux.”

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che a connu un véritable essor dans quasi tous les laboratoires de recherche sur les matériaux.”

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et qu’une image faussée et à peine nuancée des dangers de cette technologie a été véhiculée en Europe. Une communication transparente est un must absolu pour géné- rer un engagement auprès de la population et gagner la confiance.”

La priorité doit être non seulement de ga- rantir la sécurité des utilisateurs mais aussi en amont, de maîtriser tous les risques qui se posent dans les environnements de pro- duction et de test des nanoproduits. "Nous partons du principe que tous les nanomaté- riaux sont intrinsèquement dangereux. Nous travaillons avec une société comme GSK à créer les conditions de protection passive optimales pour les opérateurs. La dangerosité fait en sorte que les nanotech- nologies ne sont pas à la portée de tout le monde", explique Guy Fryns, selon qui la capacité à maîtriser ces risques est une op-

La recherche se concentre encore trop sur la technologie et non sur les méthodes de

production Yvan Bruynseraede (KUL)

portunité économique pour notre pays. "On sent qu'il y aura un potentiel important en

ce qui concerne les outils de test et de ca- ractérisation des nanoparticules. Nous rece- vons des demandes d'un peu partout, no- tamment des Etats-Unis." Le réseau d'entre- prises et de centres de recherches Nanopo- le, créé dans le cadre du pôle Mitech du

Who's who

Le 'marché' des nanotechnologies est très morcelé, entre petites entreprises de pointe (Nanocyl est un parfait exemple belge), des multinationales comme Bayer, Johnson & Johnson, Lockheed ou BP Shell et bien sûr, des centres de recherche, publics et privés. En Belgique, une quarantaine d'entreprises et orga- nisations sont impliquées dans les nanotechnologies. Voici une liste (non exhaustive) de sites ou portails belges ainsi qu'une série de références à l'étranger :

En Belgique - www.nanowin.org : à l'initiative de l'Awex, site portail des nanotechnologies, prioritairement pour la Wallonie et Bruxelles. Liste une vingtaine d'entre- prises actives à des degrés divers dans les nano-

prises actives à des degrés divers dans les nano- • DÉCEMBRE 2009 Opportunités et risques Type

DÉCEMBRE 2009

Opportunités et risques

Type d'application

Promesses

Craintes

Nanomatériaux et nanopoudres pour l'industrie

Matériaux plus durables, né- cessitant moins de matières premières et donc plus écologiques

Dangerosité/toxicité pour l'homme et l’envi- ronnement (comparaison avec l'amiante)

Nanoélectronique

Produits de plus en plus compacts et intelligents

Traçage abusif au moyen de 'puces' (scénario à la Big Brother)

Dans la sphère médicale

Diagnostics plus précoces et performants, traitements beaucoup plus localisés avec moins d'effets indésirables (pour les cancers notamment)

Une médecine à deux vi- tesses, déshumanisation

Dans le domaine militaire

Un monde plus sûr, limitation maximale des dégâts collaté- raux, combattants invisibles

Récupération à des fins terroristes, cybersoldats incontrôlables

Plan Marshall et auquel participe Sirris, crée d'ailleurs actuellement un laboratoire de test. "Il y a encore beaucoup de 'trials and errors' à faire avant de pouvoir qualifier les produits prêts pour l'industrialisation", pré- cisent les responsables de Sirris.

Créer la confiance

"Nous avons pour tâche, en tant qu’orga- nisme de recherche, de suivre tous les as- pects toxicologiques et de transférer cette connaissance aux entreprises de sorte qu’elles puissent rapidement et en toute sé- curité passer au développement d’applica- tions concrètes. Il serait dommage que la nanotechnologie devienne, par manque de confiance du public et des investisseurs,

technologies et réfère à divers programmes ou clusters régionaux comme Mitech et Nanopole.

- www.nanowal.be : autre réseau wallon, auxquels participent les universités francophones, et donc plus axé sur la recherche

- www.nanotoxico.be : site émanant des Facultés de Namur axé sur les risques toxicologiques des nanos

- www.sim-flanders.be : ‘Strategisch Initiatief Mate- rialen’ (Initiative stratégique en matière de maté- riaux).

- www.nanosoc.be : ‘Nanotechnologie voor de sa- menleving van morgen’ projet de recherche et dé- bat sur le futur impact social de la nanotechnologie.

- www.flandersnanobio.org : l'outil flamand de sen- sibilisation et de promotion des nano- et biotech- nologies

‘l’amiante du 21 e siècle’,” affirme Karin Eu- finger de Centexbel

Le risque d'amalgames explique pourquoi la plupart des entreprises de pointe commu- niquent avec beaucoup plus de circonspec- tion sur les nanotechnologies. "Elles con- centrent leur marketing sur les propriétés in- novatrices, mais passent la nanotechnologie sous-jacente sous silence. D’où l’importance d’arriver rapidement à des définitions, nor- mes et régulations claires afin de ne plus de- voir évoluer dans une zone grise," embraie sa collègue Isabel De Schrijver.

Olivier Fabes et Johan Van Praet

A l'étranger :

- www.nanoned.nl : le point de contact nano pour les Pays-Bas. Un budget de 235 millions d'euros.

- www.debatpublic-nano.org : débat public sur les nanotechnologies lancé en France le 15 octobre

- www.ag-nano.de : démontre que les pouvoirs pu- blics allemands prennent les nanos très au sérieux

- www.rusnano.com : la référence russe. Le Président Medvedev a dégagé en octobre dernier un pro- gramme de 4 milliards d'euros d'investissements dans les nanotechnologies (sur 5 ans).

- www.smalley.rice.edu : le Smalley Insitute for Nano- scale Science and Technology, de la Rice University de Houston (Texas) est souvent cité comme le tem- ple des nanotechnologies, ayant déjà donné nais- sance à des dizaines de spin-offs nano. Complémentaire : www.texasnano.org

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La bataille ‘nano’ se gagne sur le terrain de la R&D

Ne pas rater le train des nanotechnologies

Notre pays présente un certain nombre d'atouts en matière de nanotechnologies. Mais pour signifier quelque chose sur le plan mondial et être producteur plutôt que simple consommateur de technologies, il faudra attirer davantage d'investissements et de chercheurs et fédérer davantage nos énergies, les deux étant d'ailleurs liés.

nos énergies, les deux étant d'ailleurs liés. européenne/la Belgique et ses principaux concurrents

européenne/la Belgique et ses principaux concurrents (Etats- Unis, Japon, Chine, Suisse) et constitue une menace pour notre compétitivité.”

Guy Fryns, directeur du centre de recherche Sirris Wallonie, regrette également le manque de synergies au niveau belge :

"chacun cherche des solutions dans son coin". Mais ce qui manque surtout, selon lui, ce sont des investissements à risque dans des spin-offs.

A cet égard, le témoignage de Francis Massin, directeur général

de Nanocyl, jeune entreprise wallonne leader mondial en matiè-

re de nanotubes de carbone, est intéressant : "Nos actionnaires

actuels ont l'intention de rester, mais dès qu'il s'agit de lever de

nouveaux capitaux, c'est beaucoup plus compliqué. On consta- te une méconnaissance de notre secteur dans la

communauté des investisseurs." Comme obsta- cle au développement d'une start-up prometteu- se comme la sienne (Nanocyl double son chiffre d'affaires d'année en année), Francis Massin cite une industrie belge et européenne très conserva- trice et paresseuse à investir dans des technolo- gies nouvelles. "Nous n'avons pas la chance, com-

me au Japon ou en Corée, de pouvoir nous ap- puyer sur des conglomérats comme Samsung. Et aux Etats-Unis, la vivacité de l'esprit d'entrepri- se est également un

L es budgets investis dans la recherche nano par certains grands pays sont impressionnants. “En 2000, le président américain Bill Clinton a tenu l’USA National Nanotech-

nology Initiative sur les fonds baptismaux, entamant ainsi un ambitieux programme de R&D. Avec leur ‘21st Century

Nanotechnology Development Act’, les Etats-Unis ont déjà investi pas moins de 3,7 milliards de dollars au cours de la période 2005-2008. Le Japon a fait passer son budget de nanorecherche de 400 millions de dol-

lars en 2001 à 1 milliard en 2004. Beaucoup plus près de chez nous, le NanoNed regroupe les initiatives de recherche néerlandaises dans un réseau national d’un budget total de 235 millions d’euros pour 2005-2010,"

signale le Professeur Yvan Bruynseraede (KUL).

signale le Professeur Yvan Bruynseraede (KUL). Les budgets de recherche paraissent ‘nanoscopiques’ en

Les budgets de recherche paraissent ‘nanoscopiques’ en Belgique, mais nous avons quand même, en tant que pays relativement petit, une certaine réputation en ma-

tière de recherche sur ce terrain. “Pour ce qui est de l’impact des publications scientifiques (1999-2004), no- tre pays occupe la cinquième place. Si nous souhaitons

conserver cette position, nous devons encore plus in- vestir dans les domaines dans lesquels notre réputation est déjà faite, tels que les matériaux, la technologie de l’informa- tion et la biotechnologie. Il y a beaucoup d’initiatives en Flan- dre, mais elles sont relativement peu coordonnées. La Wallonie et Bruxelles ont uni leurs forces et créé au sein du plan Marshall Nanowal, un réseau pour la nanotechnologie. Mais malgré tou- tes les initiatives, il est nécessaire de mettre sur pied une plus grande coordination et un plan d’action ‘nano confédérateur’ avec la collaboration de tous les acteurs (autorités, centres de recherche, universités, établissements financiers et entreprises). Le morcellement de la recherche et du développement est d’ailleurs l’une des différences fondamentales entre l’Union

Nous n'avons pas la chance de pouvoir nous appuyer sur des conglomérats comme

SamsungFrancis Massin (Nanocyl)

atout."

L’Union européenne af- fecte, dans le cadre du septième programme-

cadre de recherche (2007-2013), près de 7,5 milliards d’euros aux nanosciences, à la

nanotechnologie et aux nanomatériaux. Une enveloppe sub- stantielle donc. “Mais proportionnellement, les efforts du sec- teur privé restent médiocres”, constate Yvan Bruynseraede. “En Europe, les entreprises ne financent qu’un tiers de toute la recherche. Aux Etats-Unis, il s’agit de plus de 52% et au Japon de près de deux tiers. Nous risquons de ce fait, après les TIC et aussi en partie la biotechnologie, de rater aujourd’hui égale- ment le coche de la nanotechnologie.” Et ce, alors qu’un énor- me marché de croissance se trouve à portée de main.

Johan Van Praet et Olivier Fabes

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énor- me marché de croissance se trouve à portée de main. Johan Van Praet et Olivier

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© IMEC

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Nanotechnologies

Le président d’IMEC, Luc Van den hove :

Les avantages

du nano pèsent plus lourd que les éventuels dangers

Le centre de recherche IMEC établi à Louvain exploite la nanotechnologie depuis 25 ans déjà. Au début, l’expertise se limitait à la technologie des semi-conducteurs, mais IMEC s’est de plus en plus diversifié ces dernières années. Luc Van den hove, qui a le 1 er juillet dernier succédé à Gilbert Declerck à la tête du centre de recherche, voit de nombreuses opportunités dans le domaine biomédical.

de nombreuses opportunités dans le domaine biomédical. “ L a miniaturisation des transis- tors sur une

L a miniaturisation des transis- tors sur une puce reste bien entendu notre activité princi-

pale”, précise Luc Van den hove. “Les dimensions de ces transistors se situent aujourd’hui entre 20 et 40 nanomètres.

Grâce à la miniaturisation continue des di- mensions du transistor indivi-

duel, nous pouvons placer de plus en plus de transistors sur une puce, établir des connex- ions beaucoup plus comple-

xes et obtenir davantage de mémoire. Cela permet par ex- emple d’avoir aujourd’hui des iPod qui peuvent contenir des milliers de chansons tout en restant compacts.”

micromètre, et la génération suivante était de 0,7 micromètre. C’était donc 100 fois plus grand que ce que nous faisons au- jourd’hui. Cette miniaturisation ne peut évidemment pas se poursuivre éternelle- ment, parce qu’il y a une limite physi- que, mais je pense que nous pouvons

La nanoélectronique fait son entrée dans un nombre croissant de secteurs

encore continuer à miniaturiser pendant 10 à 20 ans.

Alzheimer

La miniaturisation se rapproche peut-être de ses limites, ce n’est apparemment pas le

cas des fonctionnalités des puces. “La na- noélectronique fait son entrée dans un nom- bre croissant de secteurs. Prenez par exem-

Au moment de la création d’IMEC il y a 25

ans, la nanoélectronique en était encore à ses premiers balbutiements. “On parlait encore à l’époque de micro-électronique. On travaillait avec des dimensions de 1

micro-électronique. On travaillait avec des dimensions de 1 • DÉCEMBRE 2009 ple le secteur biomédical. On

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ple le secteur biomédical. On peut fabri- quer des implants permettant, grâce à des capteurs déterminés, de mesurer les signaux dans les neurones, voire de les stimuler. Je fais ici référence au projet NERF (Neuro Electronic Research Flanders, ndlr.) relatif au développement de petits appareils per- mettant de mesurer les signaux dans les cellules du cerveau. Différentes choses nous permettent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau. Cette connais- sance peut, à long terme, conduire à des solutions pour des maladies telles que Par- kinson et Alzheimer.”

Luc Van den hove voit de nombreuses ap-

plications dans ce domaine. “Cela signifie que nous devons procéder de façon très multidisciplinaire. Un ingénieur ne parle pas le même langage qu’un biologiste. Nous avons commencé à petite échelle dans ce domaine il y a une dizaine d’années. Nous avons petit à petit conclu des accords de

Nanotechnologies

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coopération, et nous continuons aujourd’hui à fond dans cette di- rection grâce à un nouveau labo- ratoire.”

Ethique

di- rection grâce à un nouveau labo- ratoire.” Ethique La miniaturisation continuera pendant 10 à 20

La miniaturisation continuera pendant 10 à 20 ans.

que en suffisance, mais le grand problème est de trouver des fonds pour franchir la première phase. Une fois que la phase ini- tiale est derrière nous, il est généralement plus facile d’attirer des capitaux.”

En 2008, IMEC a reçu 44 millions d’euros de subsides des autorités flamandes. Suite à la crise économique, ce montant est plus ou moins resté au même niveau cette année, mais il baissera quelque peu l’année pro- chaine. Et c’est dommage, car la stimula- tion de l’innovation est précisément un

moyen de sortir de la crise. “C’est d’ailleurs clairement inscrit dans la déclaration de politique et les notes politiques, mais bon, nous traversons actuellement une période un peu plus difficile. Nous estimons quoi qu’il en soit qu’il est important que le gou- vernement développe à long terme une vision soutenant l’innovation. Nous pen- sons que cette ambition est présente. C’est trop important pour l’avenir.”

Comment Luc Van den hove explique-t-il la

renommée mondiale d'IMEC ? “Je consta- te qu’IMEC réussit à attirer et à garder non seulement des chercheurs belges, mais aus-

si des chercheurs étrangers. Nous sommes

peu touchés par la fuite des cerveaux, nous attirons plutôt les cerveaux. La Flandre est en outre une petite région, ce qui nous pro- cure une certaine forme de neutralité. Nous pouvons de ce fait aussi bien collaborer avec des Américains que des Japonais et des Coréens. Nous avons compris depuis longtemps que si nous voulons devenir le numéro 1 dans le domaine de la recherche et du développement, nous devons coopé- rer avec des entreprises internationales de

premier plan telles qu’Intel et Samsung. Il y

a dans les grands pays davantage de pres-

sion pour travailler exclusivement avec des partenaires locaux.”

Des questions éthiques ont été sou- levées à propos de la nanotechnolo- gie ces dernières années. Que se pas- sera-t-il si on a un jour des appareils qui commencent à un certain mo- ment à se copier eux-mêmes ? Et pouvons-nous admettre que la tech- nologie soit utilisée pour améliorer ou remplacer des propriétés et traits de caractère humain ? Luc Van den hove : “Nous devons prendre ce dé- bat très au sérieux et utiliser la tech- nologie avec circonspection. Nous devons continuellement veiller à ne pas dépasser certaines limites, mais ce point est encore loin d’être atteint. Laissez-nous d’abord essayer de comprendre comment fonctionne le cerveau, par exemple. Si nous réussissons au cours de ce processus à atté- nuer la douleur et à trouver des solutions pour des maladies graves, je pense pouvoir dire que les avantages de la nanotechnolo- gie pèsent plus lourd que les éventuelles objections éthiques.”

Luc Van Aelst

IMEC se diversifie de plus en plus dans des domaines exté- rieurs à la technologie des semi- conducteurs, son activité princi- pale. Cela n’est selon Luc Van den hove pas tellement dû à la crise actuelle, comme certains le

prétendent. “Nous œuvrons de- puis longtemps à la miniaturisa- tion des transistors. Nous voyons aujour- d’hui de nombreuses opportunités dans d’autres secteurs. Je reviens sur la biotech- nologie : après les révolutions du PC et de la télécommunication, la troisième grande révolution viendra du secteur bio.”

Un autre secteur dans lequel IMEC s’engage

très sérieusement est celui de l’énergie dura- ble. “Une grande partie de la technologie des semi-conducteurs peut être mise en œuvre dans les cellules photovoltaïques, par exemple. Personne ne se souciait de la question il y a 25 ans, mais notre fondateur en voyait à l’époque déjà tout le potentiel. IMEC a dès lors développé une solide ex- pertise en la matière. Ce qui a déjà engen- dré trois spin-offs : Photovoltech, Soltech et

3E.” La recherche actuelle se concentre prin- cipalement sur un nouveau type de cellules, qui sont à la fois plus efficaces et moins oné- reuses que les cellules solaires en silicium.

Un centre qui attire les cerveaux

La nanotechnologie est-elle déjà présente

dans la vie de tous les jours aujourd’hui ?

“Plus qu’on ne le pense, mais on ne le re- marque pas toujours. Chaque ménage pos- sède un certain nombre de GSM, d’iPod et ainsi de suite. Ceux-ci contiennent de la nanotechnologie. Cette technologie est également omniprésente dans les peintu- res et les cosmétiques. Je pense aussi au secteur pharmaceutique.”

Un vétéran d’IMEC

Gilbert Declerck a été pendant dix ans à la tête d’Imec. Il a, le 1 er juillet dernier, transmis le flambeau à Luc Van den hove, un vieux routier qui était déjà là au tout début en 1984. C’est le Baron Roger Van Overstraeten, professeur à la KU Leuven, qui a créé IMEC il y a 25 ans en tant que centre de recher- che indépendant. Aujourd’hui, IMEC est le numéro 1 européen dans le domaine de la nanoélectro- nique. Le centre emploie à Louvain quelque 1.700 chercheurs.

Luc Van den hove (49 ans) est l’un des premiers collaborateurs d’IMEC, où il occupe depuis 1988 une série de fonctions de manage- ment. En 1998, il a été nommé vice-président et, un an plus tard, vice-président exécutif et directeur opérationnel.

Les coopérations intersectorielles et les spin-offs sont extrêmement importantes pour un centre tel qu’IMEC. N’est-il pas de plus en plus difficile de trouver des fonds à

cet effet ? “L’expérience nous a appris que les spin-offs les plus fructueuses sont celles que nous pouvons incuber pendant plus longtemps. Nous disposons de capital-ris-

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sont celles que nous pouvons incuber pendant plus longtemps. Nous disposons de capital-ris- DÉCEMBRE 2009 •

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Nanotechnologies

Des dossiers hyperconfidentiels

Nanocompétitivité

"Je fais bien attention à ce que je peux dire et ne pas dire", nous avoue un responsable R&D d'une gran- de entreprise belge. L'utilisation, à un stade plus ou moins avancé, des nanotechnologies dans un envi- ronnement industriel revêt en effet un caractère souvent hyperconfidentiel, certaines applications de pointe pouvant conférer un avantage concurrentiel majeur. Deux entreprises ont toutefois bien voulu lever un coin du voile sur ce qu'elles font avec les nanotechnologies.

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AGC Glass Europe

“On commence à intégrer des nanoparticules structurées dans la surface du verre”

Un verrier comme AGC Glass Europe (ex-Glaverbel) utilise déjà depuis près de 15 ans, et à l'échelle industrielle, des techniques de traitement de surface, afin d'appli- quer des couches infimes (coating) qui donnent au verre des propriétés isolantes ou antireflets. "On faisait en fait des nanotechnologies sans le savoir", ironise Marc Van den Neste, vice-président en charge de la technologie chez AGC Glass Europe. Mais ce n'était que le premier chapitre d'une histoire d'innovations nano qui reste largement à écrire.

D epuis cinq ans, nous com-

mençons à intégrer des na-

noparticules structurées dans

la surface du verre. Cela a débouché sur des applications bien réelles en matière

viseurs. Développés par notre maison-

mère au Japon, ces verres utilisent les na- notechnologies. Certains modèles

de Volvo intègrent déjà ce type de verre."

Outre ces applications, une bonne partie des recherches ‘nano’ de

propres'. Depuis 2007, les chercheurs de l'UCL s'y concentrent sur la structuration de couches nanométriques, sorte de travail en 3D sur un substrat en silicium. AGC est l'un des gros acteurs industriels pour les- quels le centre de recherche universitaire réalise des expériences ou valide des

matériaux. "Il est important de mettre en place un partenariat de recherche à la pointe au niveau mondial car la vitesse de développement est capitale pour nous. Mais ce cadre de référence mondial ne doit pas nous empêcher de d'abord regar- der ce qui se fait près de chez nous. Il est

C'est en développant des ver- res spécialisés qu'une entreprise comme la nôtre réalise ses mar- ges bénéficiairesMarc Van den Neste

tout de même plus facile de faire de la recherche de pointe avec une proximité

géographique et culturelle", explique Marc Van den Neste. Par ailleurs, AGC Glass Europe a tissé des liens avec une spin-off finlandaise, Beneq, qui a mis au point une technologie de vaporisation thermique de précurseurs sous forme aqueuse, qui se cristallisent en nanoparti- cules et s'implantent sous la surface du verre. Un verre autonettoyant et antibacté- rien combinant des nanoparticules de tita- ne et d’argent est actuellement en phase de prototypage.

L'étape suivante, que Marc Van den Neste entrevoit d'ici 5 à 6 ans, sera celle de l'inté-

entrevoit d'ici 5 à 6 ans, sera celle de l'inté- Une vision améliorée grâce au verre

Une vision améliorée grâce au verre hydrophobe

de verre antiréfléchissant ou de verre anti- bactérien." Pour ce verre antibactérien, qu'AGC commercialise depuis deux ans, l'entreprise implémente des ions Ag à la surface du verre. "Pour le secteur automo- bile, on vend également des vitres de voitures avec un traitement hydrophobe permettant une vision améliorée des rétro-

l'entreprise vise – ré- chauffement climatique oblige – à améliorer les proprié- tés d'isolation thermique du verre ou à leur conférer des pro- priétés photovoltaïques, par exemple en ajoutant au verre une couche conductrice nanos- tructurée de surface, qui per-

met d’améliorer fortement le rendement des cellules photo- voltaïques de seconde génération (cou- ches minces). Pour ce faire, AGC vient notamment de mettre en place une colla- boration avec l'UCL qui, grâce aux 25 mil- lions d'euros dégagés pour le pôle d'ex- cellence Nanotic (dans le cadre du Plan Marshall), a pu rendre pleinement opéra- tionnelles près de 1.000 m² de 'chambres

du Plan Marshall), a pu rendre pleinement opéra- tionnelles près de 1.000 m² de 'chambres •

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Nanotechnologies

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gration de nanocapteurs ou nanosenseurs, qui permettront de rendre le verre plus intelligent et réactif à la lumière comme à la chaleur, voire à la qualité de l'air. On peut en effet déjà rêver à du verre purifica-

teur d'air. "Le verre est un produit de masse. On aura toujours besoin de verre clair ‘basique’. Mais c'est en développant des verres spécialisés, à haute valeur ajou- tée, qu'une entreprise comme la nôtre

réalise ses marges bénéficiaires. C'est pourquoi les innovations permises par les nanotechnologies sont si importante," explique Marc Van den Neste.

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Agfa-Gevaert

Optimisation des couleurs, stabilité de conservation et écologie

Agfa-Gevaert a déjà développé des nanomatériaux à grande échelle à la fin des années nonante en vue de les intégrer dans ses systèmes d’imagerie et d’impres- sion. Encore plus qu’à l’époque, l’Agfa Material Technology Center (MTC) joue aujourd’hui un rôle de pionnier dans la nano(r)évolution appliquée et l’entreprise est, sous l’impulsion de René De Keyzer, un moteur au sein du groupe de recherche flamand récemment créé, Strategisch Initiatief Materialen (SIM).

propriété déterminée peut être concen-

trée dans des structures toujours plus petites, moins on

a besoin de ma- tériau pour fabri- quer le produit, et plus on procède de manière écolo- gique.

tel exemple de technologie d’impression écologique à base de nanobilles de latex. Cette plaque est rendue prête pour l’im-

pression sans produits chimiques. “Con- trairement aux plaques thermiques norma- les, cette plaque utilise un procédé de gommage grâce auquel la plaque est, après exposition au laser, nettoyée et gommée en une simple étape. Grâce à cela, on uti- lise nettement moins de liquide de rinçage et les déchets sont quasi inexistants. La qualité de la plaque est beaucoup plus stable et moins sujette aux variations de

e passage du micro au nano, combiné au design des nanopar- ticules, offre des avantages dans

les aspects les plus divers de l’imagerie”, argumente René De Keyzer, Manager

External R&D. “Tout d’abord, la surface du matériau est fortement agrandie. Ce maté- riau peut par exemple être rendu photo- sensible en recouvrant chaque nanoparti- cule d’une couche pigmentaire. Donc, plus la surface est grande, plus elle est photo- sensible. En outre, la miniaturisation accé-

lère le traitement grâce à la vitesse de réac- tion supérieure des minuscules nanoparti- cules. Nous som-

mes également en mesure au- jourd’hui de ma- nipuler la mor- phologie des par- ticules et de créer

des nano-struc- tures, et ainsi d’optimaliser les propriétés (par exemple la couleur). Pour finir, les na- nomatériaux sont très durables. Plus une

L

L’impression à base de nanobilles de latex permet d’utiliser moins de liquide de

rinçageRené De Keyzer (Agfa-Gevaert)

Avantage concurrentiel

La plaque d’impression numérique ther- mique sans chimies Azura d’Agfa est un

numérique ther- mique sans chimies Azura d’Agfa est un Vêtements antimicrobiens ou toiles antisalissures Afin de

Vêtements antimicrobiens ou toiles antisalissures

Afin de jeter un pont entre la recherche fon- damentale et l’application industrielle, Cen-

texbel, le centre de recherche de l'industrie textile créé par Fedustria, fait des recher- ches, entre autres, sur :

- Les propriétés des nanoadditifs argent pour la fabrication de textile antimicrobien tuant certaines bactéries lorsqu’elles entrent en contact avec la matière. On obtiendrait, avec une concentration nettement inférieure de nanoadditifs, le même, voire un meilleur effet. Cela permet en outre de réduire les coûts ;

- Les cellules photovoltaïques intégrées dans le textile. Des nanotubes de carbone faisant office de conducteur sont intégrés dans l’une des couches cellulaires, en vue de

remplacer le métal. Cela rend le textile jus- qu’à trois fois plus léger, et la quantité d’ad- ditifs nécessaire est moindre ;

et la quantité d’ad- ditifs nécessaire est moindre ; - Le gel sol. Des nanocouches sont

- Le gel sol. Des nanocouches sont déposées dans ce gel chimique. On obtient après sé- chage un enduit rigide résistant à l’eau et aux salissures, par exemple. Pratique pour les

toiles de tente ou les vêtements de pluie ;

- Les nanoargiles. L’incorporation de nanoar- gile dans le textile permet de renforcer l’ac- tion de retardement au feu d’autres additifs. La façon dont les plaquettes d’argile sont disposées influence également la régulation de l’air et de l’humidité du textile. Elles sont par exemple appliquées dans les protège- matelas ou les filtres ;

- Traitement de surface par plasma. Le plas- ma atmosphérique permet de déposer des nanocouches sur le textile ou de changer la surface du textile en vue, par exemple, d’améliorer le pouvoir d’accrochage, de rendre le textile résistant à l’eau et aux salissures ou de lui donner des propriétés antimicrobiennes.

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textile résistant à l’eau et aux salissures ou de lui donner des propriétés antimicrobiennes. DÉCEMBRE 2009

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E N C O U V E R T U R E Nanotechnologies température et

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Nanotechnologies

température et d’humidité dans l’environ- nement de production. La plaque deman- de en outre peu d’énergie et est compac- te et facile à stocker. Les rési- dus de gomme et la base en aluminium peuvent entière- ment être récupérés.” Grâce à cette application, Agfa Graphics a renforcé sa com- pétitivité dans le marché, avec pour résultat que pas moins de 80% de toutes les plaques d’impression sans chimies dans le monde sont de la marque Agfa.

particule avec la luminosité du colorant moléculaire, il faut arriver à une micropar- ticule inférieure à 100 nm. On maximalise

à une micropar- ticule inférieure à 100 nm. On maximalise Agfa utilise des nanopigments dans ses

Agfa utilise des nanopigments dans ses encres numériques

Les nanopigments utilisés par Agfa dans ses encres numériques à jet d’encre constituent une autre innovation

importante. “Afin de combiner dans le pigment la stabilité chimique de la micro-

ainsi les propriétés optiques et on obtient une saturation des couleurs nettement plus élevée ou des couleurs brillantes, et une grande stabilité de conservation. En

d'autres termes, on augmente avec moins de pigments – et donc à moindres frais – la qualité de la couleur et la stabilité de conservation de l’encre.”

Au sein du groupe de recherche SIM, Afga Materials partage son savoir-faire et son expertise avec la crème des entreprises

belges de matériaux et les cinq universités flamandes. “Cet échange de connaissan- ces ouvre pour nous également de nouvel- les perspectives dans des domaines déri- vés où nous sommes traditionnellement moins présents”, souligne René De Keyzer. “Nous nous plongeons ainsi actuellement dans la technologie membranaire pour le marché de l’énergie et de l’épuration des eaux. Ou nous participons dans le déve- loppement de la technologie Oled (Orga- nic Light Emitting Diode) pour l’industrie

de l’éclairage.”

JVP

Un cadre réglementaire à construire

Tous nos interlocuteurs reconnaissent le besoin de créer un climat de confiance et de transparence autour des nano- technologies. Sinon, une forme de paranoïa risque de se développer dans l'opinion publique. "En Australie, on voit déjà des marques de cosmétiques qui tirent un avantage concurrentiel en affichant 'no nanoparticles inside", épin- gle Steffi Friedrichs, directrice de la Nanotechnology Industries Association (NIA), un groupe de pression basé à Bruxelles, qui défend les intérêts d'entreprises de toutes tailles et de tous secteurs qui investissent dans les nano- technologies.

En Europe, le cadre règlementaire est pour ainsi dire inexis- tant. Il y a bien quelques règles sectorielles et, pour ce qui est du secteur chimique, il était question que REACH intè- gre certaines dispositions spécifiques aux nanotechnolo- gies, mais rien de concret n'est apparu à ce jour. Cela pour- rait bien changer dans un avenir proche.

Directive européenne ?

En effet, le Parlement européen a adopté une résolution le 24 avril dernier invitant la Commission européenne à créer dans les deux ans un cadre règlementaire qui protège les

citoyens des risques spécifiques aux nanomatériaux. "Il est particulièrement important de traiter la question des nano- matériaux de façon explicite dans le cadre de la législation en matière de produits chimiques, d'aliments (denrées ali- mentaires, additifs alimentaires, denrées alimentaires et ali- ments destinés à l'alimentation animale à partir d'organis- mes génétiquement modifiés), ainsi que dans le cadre de la législation en matière de protection des travailleurs et

de la législation relative à la qualité de l'air, à la qualité de l'eau et aux déchets," stipule le texte (1). Le Parlement européen défend le principe du ‘pas de données, pas de marchés’, à savoir que les entreprises qui fabriquent des produits contenant des nanomatériaux doivent jouer cartes sur table. Il était question qu'un projet de directive euro- péenne soit déposé sous l'actuelle Présidence suédoise, mais cela ne s’est pas fait en raison de l'actualité institu- tionnelle chargée des derniers mois. D'aucuns croient savoir que la Présidence belge, à partir du 1 er juillet pro- chain, pourrait donner une tournure concrète à ce dossier.

"Une chose est sûre, il y a un besoin urgent d'informer sur ce que sont les nanoparticules et quels en sont les avan- tages," ajoute Steffi Friedrichs.

Assurances

Le dossier ‘nanotechnologie’, et en particulier les initiatives législatives qui pourraient venir prochainement, intéresse notamment le monde des … assurances. L'année dernière déjà, Avero Assurance organisait une journée de sensibili- sation aux nanotechnologies. "Un certain nombre de ques- tions se posent par rapport à la responsabilité future de certaines entreprises qui commercialiseraient des produits à base de nanomatériaux. Et par rapport à la couverture des risques que comporteraient de tels produit,," résume Myriam Peeters, responsable marketing et communication chez Avero Belgium Insurance.

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(1) Disponible sur www.europarl.europa.eu, en cherchant sur ‘nanomatériaux’.

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Insurance. OF (1) Disponible sur www.europarl.europa.eu, en cherchant sur ‘nanomatériaux’. 38 • DÉCEMBRE 2009

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