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La grande peur et la guerre aux châteaux

Partout dans le royaume, des rumeurs courraient, on parlait de complot aristocratique,


de famine menaçante, d'invasion étrangère, de bande de brigands parcourant les
campagnes et brulant les récoltes. Un peu partout, des groupes de paysans s'arment
pour chasser ces bandes de pillards puis finalement se retournent contre les châteaux
et les seigneurs en demandant l'abolition des droits seigneuriaux. Plusieurs centaines
de châteaux seront pillés et brulés notamment en Maine et Picardie.

Incendie de château et
d'abbayes en France

Eté 1789.

Pendant tout l'été, des


châteaux et des
abbayes furent
incendiés. Le tocsin
sonna des semaines
durant dans les
campagnes françaises.

A l'automne les
incendies et les scènes
de pillage
commencèrent à
décroitre.

La folle nuit du 4 août


La peur engendrait la peur. A l'Assemblée on craignait ces révoltes et on se divisait à
chaque séance sur les solutions à apporter pour rétablir l'ordre dans le royaume.
Soudain le 4 août en fin de séance le vicomte de Noailles prend la parole et, déclarant
que le seul motif du peuple pour dévaster les châteaux étant du à la féodalité, il
suffisait de suprimer tous ces privilèges pour ramener le calme. Le duc d'Aiguillon
prend le relais et propose un rachat des droits féodaux puis le duc du Chatelet.
Chacun renchérissant sur l'autre, on supprima dans l'allégresse générale les
garennes, les banalités, les juridictions seigneuriales; les provinces abandonnaient
leurs privilèges. Le clergé à son tour proposa la supression du droit de chasse puis de
la dîme. C'est ensuite au tour de la vénalité des charges et des privilèges financiers
d'être supprimées.

C'est toute la société de l'ancien régime basée sur des privilèges et des ordres
distincts qui s'écroule dans cette folle nuit.

Le 5 août au matin, on avait en une trentaine de décrets votés, le bouleversement


social le plus extraordinaire que la nation ait connu. Restait à reconstruire un ordre
nouveau.

Fraternité des ordres

Après le 4 août 1789.

Si l’Assemblée se
divise en aristocrates,
défenseurs de
l’Ancien Régime,
assis à droite de la
tribune, et patriotes,
partisans de la
Révolution, regroupés
à gauche, on parle
partout de l’union des
cœurs et des
volontés.

Le 11 Août un décret de l'Assemblée avalisait les décisions prises durant la nuit du 4


août, furent déclarés abolis sans indemnité le servage, le droit de chasse et les
justices seigneuriales. Tous les autres droits étaient déclarés rachetables et
continueraient d'être payés jusqu'à leur remboursement. Ce décret consacra donc
l'abolition de la féodalité. Il proclama l'égalité civile et fiscale, l'abolition des privilèges
et de la vénalité des charges.

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen


La féodalité étant supprimée, il n'y avait plus en France que des citoyens égaux. Il
parut nécessaire de déclarer leurs droits. Mirabeau souhaitait également une
déclaration des devoirs de l'homme mais la proposition fut rejetée. La déclaration fut
batie en séances publiques, Mirabeau et Sieyes en furent les principaux rédacteurs.

• Elle niait l'absolutisme et les privilèges, l'arbitraire judiciaire et l'intolérance


religieuse.
• Elle proclamait "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits; les
distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune"
• Elle énumérait les droits naturels et imprescriptibles de l'homme "la liberté, la
propriété, la sureté et la résistance à l'oppression"
• Elle dégageait un certain nombre de principes "Tout homme est présumé
innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable ... nul ne doit être inquiêté pour
ses opinions même religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble pas
l'ordre public".
• Elle confirmait la nécessité d'une séparation des pouvoirs. Egalement l'idée
nouvelle de la nation apparaît "Le principe de toute souveraineté réside
essentiellemnt dans la nation; nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité
qui n'en émane expressément.".
• Elle restait cependant prudente et protègeait les biens de chacun "La propriété
étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la
nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la
condition d'une juste et préalable indemnité".

Déclaration des droits


de l'homme et du
citoyen

discutée à l'Assemblée
Nationale du 21 au 26
août 1789

Quelques oublis dans cette déclaration qui allait être destinée à être placée en
préambule de la constitution; il n'est pas fait mention de l'esclavage, des droits des
femmes, du suffrage universel, de l'égalité des sexes et du droit au travail. Et de fait on
verra plus tard que si dans la déclaration les hommes naissent libres et égaux et ont
des droits égaux, dans la constitution ils n'auront pas ces droits (pas de suffrage
universel).

Les journées d'octobre


Débat à l'Assemblée
Pour certains députés, un Mounier, un Clermont-Tonnerre ou un Malouet la révolution
est finie, pour d'autres comme le "triumvirat" Barnave, Duport, Lameth ou tous ceux du
club Breton il restait beaucoup de choses à faire pour remodeler le régime à leur idée.
Du côté du roi ou plutôt de la reine car pour l'heure c'est elle qui agit, on complote ...
L'Assemblée est relativement impopulaire car le peuple a faim. "Le parti de la reine"
songe à une dissolution par la force de la Constituante, il suffirait de s'assurer la
fidélité de quelques troupes, on décide donc de rappeler à Versailles le régiment de
Flandre.
A l'Assemblée, la question du droit de veto du roi a surgi. Mounier et ses partisans
sont prêts à accorder à Louis XVI un droit de veto absolu qui risque fort de paralyser
toutes les décisions des représentants du peuple. Pour preuve, Louis XVI n'a toujours
pas signé la sanction qui permettrait de mettre en application les décisions prises les 4
et 10 août.
Les discussions reprennent également sur le partage des pouvoirs; d'un côté, les
modérés conduits par Mounier seraient assez partisans d'une constitution à l'anglaise :
deux chambres et un pouvoir exécutif fort, de l'autre la gauche ne veut ni une chambre
haute ni un exécutif fort. Le 10 septembre les bicaméristes sont battus et même
écrasés, le principe des deux chambres est repoussé. Le 11 septembre, nouvelle
défaite des modérés, le roi ne se voit accordé qu'un veto suspensif.
Dans les rues de Paris, les nouvelles les plus extravagantes sont colportées par une
multitude de journaux qui ont fait leur apparition depuis la tenue des Etats Généraux.
L'ami du peuple de Marat, , Les révolutions de Paris de Loustallot, ou Le discours de
la lanterne aux Parisiens de Desmoulin. Tous dénoncent les intrigues des aristocrates,
les machinations de la cour et s'attaquent au "veto du roi". Ils contribuent à instaurer
une atmosphère trouble et survoltée.
Les journées des 5 et 6 octobre 1789
C'est dans cette ambiance que la nouvelle de l'arrivée du régiment de Flandre à
Versailles parvint à Paris fin septembre. Le 2 octobre une autre nouvelle d'un
caractère nettement contre-révolutionnaire émut la capitale: lors d'un banquet tenu à
Versailles la veille, les soldats et officiers de ce régiment auraient foulés aux pieds la
cocarde tricolore et arborés la cocarde blanche. Les meneurs s'emparèrent du
symbole et organisèrent très artificiellement une marche des femmes sur Versailles
ayant comme objectif officiel la demande de pain au roi. En fait la marche était
organisée par des agitateurs, peut-être à la solde du duc d'Orléans, et ses objectifs
réels étaient d'obtenir la sanction du roi sur les décrets en attente et l'installation du roi
à Paris.
Le 5 octobre au matin, 7000 à 8000 femmes menées par un des vainqueurs de la
Bastille, Maillard, marchent sur Versailles. Plus tard dans l'après-midi, La Fayette bien
malgré lui suivra avec sa Garde Nationale. Pendant ce temps à l'Assemblée, présidée
par Mounier, on discutait de la conduite à adopter face au refus du roi de signer les
décrets. Vers 16h30, les femmes arrivent et une partie d'entre elles envahissent la
salle réclamant du pain et la sanction du roi. Sous la pression, les députés chargent
Mounier d'aller réclamer le pain et la sanction à Louis XVI. Celui-ci de retour de
chasse avait trouvé Versailles bien agité, il reçut Mounier et une délégation de
Parisiennes et donna rapidement des ordres pour faire venir du blé dans la capitale, il
leur remit également tout le pain qui trouvait à Versailles. Concernant la sanction des
décrets, il refusait toujours de signer. Dehors, les manifestants prenaient de plus en
plus d'ascendant sur les gardes du roi. La garde nationale Versaillaise était apparue et
semblait se ranger du côté des manifestants et le roi était toujours indécis sur l'attitude
à tenir. Finalement à 22h le roi, inquiet du tour que prenaient les événements, se
décide à sanctionner les décrets. Mounier retourne à l'Assemblée porteur de la bonne
nouvelle.
Les Parisiennes à
Versailles

Versailles les 5-6 octobre


1789.

S'imaginant que le
retour du roi à Paris va
améliorer le
ravitaillement de la
capitale, ces
parisiennes sont
décidées à ramener
Louis XVI à Paris de gré
ou de force.

La Fayette arriva à 22h30 avec ses gardes nationaux trempés par la pluie et épuisés
par la marche. Le roi repris confiance et rentra dans ses appartements (il était 2h du
matin). Les gardes nationaux assuraient la garde du château. La Fayette retourna
alors à l'Assemblée et obtint de celle-ci qu'elle lève séance en lui assurant qu'il avait la
situation en main.
Le 6 octobre, vers 6h du matin des manifestants après une nuit très largement arrosée
pénétrèrent dans la cour du château. Un affrontement eut lieu avec les gardes du
corps, deux sont tués, leurs têtes mises au bout d'une pique et les assassins se ruent
dans les appartements royaux. Marie Antoinette se précipite chez le roi. La Fayette
intervient un peu tard, les gardes du corps et nationaux fraternisent. La foule dehors
veut voir Louis XVI au balcon, il s'exécute et la foule lui crie alors "A Paris !"
A 13h le roi quitte Versailles pour Paris accompagné de toute la famille royale ("Le
boulanger, la boulangère et le petit mitron"). Son carrosse était précédé par des
gardes nationaux entourés des manifestants, les gardes du corps et les gardes
suisses désarmés, derrière suivait la majeure partie des gardes nationaux et le reste
des manifestants. A l'entrée de Paris, Bailly accueillit le roi sous les applaudissements
de la foule et le carrosse royal arriva finalement aux Tuileries à 22h.
Depuis 11h à l'Assemblée Mounier et les monarchiens sont blêmes d'émotion, leur
souhait d'une constitution avec une monarchie forte s'est éteint ce matin. Mounier
choisira l'émigration.
L'aile révolutionnaire de l'assemblée vote, sur proposition de Barnave, la décision de
suivre le roi à Paris. Cette décision sera très lourde de conséquence pour les années à
venir. Un nouveau pouvoir allait maintenant faire pression sur l'Assemblée : la rue ,
soulevée et guidée par quelques meneurs, sensible aux rumeurs, violente et versatile.
Il faudra maintenant tenir compte de cette puissance d'autant plus que le roi et
l'assemblée seront à sa merci dans Paris.
Michelet résuma cette
première période de la
révolution dans la
formule suivante.

"La révolution du
6 octobre ...
appartient surtout
aux femmes,
comme celle du
14 juillet
appartient aux
hommes. Les
hommes ont pris
la Bastille les
femmes ont pris le
roi"