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Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins occulaires ("sic")
Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins occulaires ("sic")

Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins occulaires ("sic")

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Delaage, A.-J Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins

Delaage, A.-J

Delaage, A.-J Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins occulaires

Journées de juin 1848, écrites devant et derrière les barricades par des témoins occulaires ("sic"). [s.d.].

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JOURNÉES

1848

DE

JUIN

JOURNÉES

184S

DE

JUIN,

Écrites devant et derrière les Barricades

PAR

DES TÉMOINSOCCULAIRES.

GARNIER

PARIS

FRÈRES,

LIBRAIRES

10,rue Richelieu; Palais National,215.

INTRODUCTION.

L'auteur

de ce livre s'est

surtout

préoc- la vérité

d'ac-

cupé de présenter sur des événements

à ses lecteurs

encore palpitants

tualité.

Il espère

être parvenu

à ce résultat

et s'être

important, passions brûlantes

élevé

qui agitent

au dessus

des

encore

la so-

ciété, et la convulsionnent

En garde

profondeurs.

ments de l'esprit

de parti,

vrai que les documents

jusque

contre

dans

ses

les égare-

il n'a accepté

pour

revêtus

du cachet

de

nombreuses

et imposantes

autorités.

Cette

lutte acharnée,

non seulement

ricades mais encore

cette guerre sociale,

considérées

derrière.

devant

seront

les bar-

C'est l'amer-

tume

dans

l'âme,

qu'il

écrit

les

pages

— VI-

sanglantes

de cette insurrection

à jamais

qui vient de rougir

le pavé de

déplorable,

Paris

et de répandre

le deuil et la conster-

nation dans notre jeune République.

toire

de ces quatre

jours

passés

L'his-

dans

les

plus terribles

suffi pour montrer

émotions,

qui ont cependant

attentives

aux nations

combien

d'héroïsme

la France renferme

dans son sein

et de valeur,

combien

ses en-

fants sont courageux

que, bien qu'elle demeuredepuislongtemps

dans les dangers,

et

sur sa force,

comme

Hercule

sur

son sommeil

est celui

du

lion

serait

terrible

qui oserait

celui

pour se mesurer

appuyée

sa massue,

et

réveil

son

d'entre

avec elle.

les peuples

L'esprit

de ce livre

sera

un esprit

de

conciliation,

but est de démentir

de fraternité

et d'amour;

son

men-

les exagérations d'inhumanité

d'actes

songères

qui, perfi-

dement colportés,

tendent,

en perpétuant

- Vil -

les haines

guerre

entre les classes,

sociale qui ruinerait

à éterniser

une

invinciblement

le pays. blessées

Il n'y

d'âmes

a déjà

que

trop

à guérir, les hommes

que trop de difficultés

à s'uuir

à assurer

et à s'aimer,

la tranquil-

amener

que trop d'obstacles

à

lité publique, sans allumer

encore une colère

Aujourd'hui toutsemble n'est pas seulement

elle

est

et des esprits.

vengeresse.

mais

silence

l'union

la paix

des canons,

des cœurs

aussi

calme,

dans

le

dans

CAUSESDE L'INSURRECTION.

Lorsque les pouvoirs monarchiques eurent

été dispersés

en Février, par l'ouragan

de la

justice populaire, semblable aux feuilles d'au-

tomne que le vent emporte,

avait

peuple victorieux. Tous les cœurs, tous les es-

la bourgeoisie

tendu une main amie et fraternelle

au

prits semblaient

réunis pour jamais

dans un

sentiment commun d'amour pour la République.

et le vote

universel étant conquis, on espérait que le livre des révolutions allait être scellé, pour toujours,

Le libre rayonnement

de la pensée

de tous, au bonheur et à la lu-

par mière. Une ère nouvelle commençait. Pour as-

l'avènement

surer la durée de la République,

qui étaient alors au pouvoir, résolurent

les hommes

de s'at-

tacher la partie remuante

cela on créa les ateliers nationaux,

de la société.

Pour

afin de don-

ner de l'ouvrage aux ouvriers inoccupés, et l'on

institua une sarde mobile, dans laquelle

on fit

r

10

entrer ces enfants de Paris, remarquables entre

tous par leur mépris du danger,

leurs instincts

courageux,

et leur audace à toute épreuve;

la

garde montagnarde fut formée des vétérans des barricades. Tout présageait une République

paisible à l'intérieur, enviée et redoutée à l'ex- térieur. Malheureusement il se trouva des ambi-

tieux qui crurent

la bourgeoisie contre le peuple; ils allèrent lâ-

arriver au pouvoir en armant

chement trouver les bourgeois,

et ils leur per-

suadèrent que les ouvriers voulaient l'abolition de

la propriété et de la famille; puis ils insinuèrent

perfidement au peuple que la cause du malaise, occasionné par la crise financière, provenait de ce que les riches, dans leur égoïsme, retenaient

le capital inactif pour exploiter

sa faim, celle

de leur femme et de leurs enfants. Leur projet

infernal ne réussit que trop: ils avaient semé la

haine dans les cœurs,

bientôt

ils devaient en

recueillir les fruits sanglants. casion d'une manifestation

Le 15 mai, à l'oc-

en faveur de la Po-

logne, l'Assemblée nationale fut envahie par le

fut pillée par la

la maison de Sobrier

peuple;

garde nationale; Blanqui, Sobrier, Albert, Ras-

pail, Barbès furent enfermés au donjon de Vin-

fl

et le licencement

de la garde

monta-

cennes,

gnarde rendit a l'insurrection des hommes habiles

dans l'art d'élever

une barricade.

Le peuple,

sourdement excité contre la bourgeoisie, atten- dait silencieusement une occasion d'entrer en

lutte avec la garde nationale;

fermés à cet amour qui fait la grandeur d'une

les cœurs étaient

nation et établit sur la terre le royaume de Dieu.

Dans cet état de haine et de suspicion, une étin-

celle suffit pour faire éclater l'incendie;

étincelle fut le départ des ateliers nationaux pour

cette

la province.

LA JOURNÉEOU 22 JUIN.

Depuis quelques jours le Gouvernement, pressé par les résolutions énergiques de l'Assemblée,

avait cru devoir prendre des mesures destinées

à hâter la dissolution

Tout

des ateliers nationaux.

circulent

d'un coup des bruits sinistres

parmi les ouvriers;

on accuse l'Assemblée de

vouloir se défaire du voisinage incommode des

prolétaires en les employant à des travaux mal-

et en les envoyant

dans un pays où ils,

la mort et la

sains,

trouveront en arrivant la misère,

12

faim; on ajoute que les travaux de défrichement

de la Sologne ne rapportent

que 12 sous pour

15 heures d'ouvrage,

les chefs de brigades et les

engagent les ouvriers à protester

meneurs

une manifestation publique; au nombre de 400

ils se rendent au Luxembourg,

d'entr'eux

compose du citoyen Pujol et de quatre délégués;

ils exposent

qui représente la Commission exécutive,

plaintes des ouvriers :

par

une députation

est reçue par le citoyen Marie; elle se

en ces termes au citoyen Marie,

les

« Avant la Révolution

de Février, le peuple

dans sa faim,

dans celle de sa

du

était

femme et de ses enfants,

exploité

par les détenteurs

Le peuple a combattu en Février

capital.

anéantir à jamais le Gouvernement qui autori-

pour

sait l'exploitation de l'homme par l'homme, il a payé de son sang son affranchissement.

et

Au-

jourd'hui les ouvriers viennent protester contre la mesure du gouvernement qui décrète leur dé- part; ils réclament l'organisation d'ateliers, dans

lesquels toutes les professions seront exercées, et

qui serviront de refuge et assureront

à ceux d'entre eux forcés de chômer une partie

du pain

,de l'année. »

13

Le citoyen Marie se montre inflexible;

il ré-

pond que le Gouvernement

fléchir dans sa résolution

décret;

est décidé a ne pas

le

et a faire exécuter

puis il les engage à ne point se laisser

égarer par les fauteurs

gués retournent

rapportent- membres du Pouvoir,

citoyen Marie,

de discorde.

Les délé-

des

du

exé-

vers ceux qui les ont envoyés,

la sevère réponse

par l'organe qu'ils feraient

qui,

aux ouvriers

ont déclaré

cuter

le décret

de l'Assemblée

nationale,

et

qu'on

dont

les forcerait

a partir.

la sévérité

est exagérée

Cette réponse,

par la passion,

jette l'irritation

dans tous

les esprits.

Les ou-

vriers se mettent

a vociférer :

A bas JJJarie!

à bas l'As-

à bas la Commission

semblée! Du palais du Luxembourg

blement, grossi dhommes

par le bruit, se met en marche;

exécutive!

le rassem-

attirés

en blouses

il est précédé

par trois ouvriers

lendemain, devaient flotter sur les barricades.

portant des drapeaux

qui, le

Arrivé sur la place Saint-Sulpice

là, des orateurs,

on fait halte ;

hissés sur les bords de la nou-

velle fontaine, prononcent des harangues

dans

lesquelles ils exhortent

les ouvriers à se tenir

unis en faisceau,

à ne pas quitter

Paris pour

14

être envoyés dans des départements

queurs héroïques de fevrier, ils seraient traités

comme des forçats en surveillance. Ces discours

sont accueillis

La foule se remet en marche et se dirige, par les

où,

vain-

par des hourras et des bravos.

rues du Four et des Saints-Pères,

des Tuileries,

place du Palais-National;

vers le pont

d'où elle gagne le Carrousel et la

par les quais,

la di-

rection de l'Hôtel-de-Ville et du faubourg Saint-

Antoine. A part quelques cris tumultueux

avaient trouvé un sympathique

cœur des prolétaires

de quelques jeunes gens des écoles, ce rassem- blement, jusqu'à cinq heures du soir, ne s'était

livré à aucune manifestation hostile;

annoncent seulement dans les groupes et dans

les cabarets du faubourg Saint-Antoine que le

qui

écho dans le

des quartiers populeux et

les chefs

soir, à la sortie des ateliers, une réunion plus

nombreuse

théon, pour discuter les intérêts des travailleurs.

doit se former sur la place du Pan-

A huit heures du soir, d'immenses attroupe-

sont réunis

ments d'ouvriers

Saint-Jacques, dans le faubourg Saint-Marceau et sur la place de la Bastille, tandis que dans les faubourgs populeux l'insurrection se concerte.

dans le quartier

Un calme profond,

15

une sécurité absolue règne

dans les quartiers aristocratiques.

Dans la salle des Spectacles-Concerts,

au club

du Peuple, se trouvent

l'élément de la démocratie

y discute sur le salaire

Esquiros,

réunis 2,000

hommes,

la plus avancée;

on

du clergé.

Alphonse de son élo-

avec le charme attrayant

quence imagée, engage le peuple à l'amour et à

la conciliation ;

il lui rappelle

que c'est lui qui,

et son avè-

en février, a inauguré son triomphe

nement a la souveraineté en brûlant l'échafaud

et en abolissant

la peine de mort

en matière

aimée est couverte

politique;

sa parole

d'ap-

sans qu'un

et l'on se sépare

plaudissements,

mot, une parole siaste à s'unir

ait engagé ce peuple enthou-

le lendemain

à ses frères qui

doivent entrer en lutte.

LE PARTI DE L'ORDRE.

Dès neuf heures

du matin,

des hommes

en

blouse se réunissent silencieusement aux coins de

certaines rues, et Ils commencent

à en extraire

les pavés pour en former des barricades.

Les

16

places les plus convenables pour la résistance sont

choisies avec une grande habileté stratégique pour dominer les assaillants et se ménager une retraite

assurée; tout annonce l'unité de direction. A dix

heures, quand la générale rassembla la garde na-

tionale sous les armes,

les barricades étaient

construites dans la rue et le faubourg Saint-Jac-

ques, les faubourgs Saint-Marceau,

et Saint-An-

toine. Le clos Saint-Lazare

Poisson-

nière, Saint-Denis, Saint-Martin,

ne présente qu'une

vaste forteresse.

Plus de la moitié de Paris est

coupé par des barricades.

de

leux,

l'Hôtel de Ville a la Bastille sont au pouvoir de

l'insurrection. Tout annonce une lutte sanglante.

Paris prolétaire

La garde mo-

qui doit

faire pencher la balance: les insurgés comptent ou du moins sur sa neutra-

sur son concours, lité; ce sont leurs camarades des barricades de

Février, les enfants des faubourgs règne l'in-

surrection.

bile est, pour ainsi dire, le contre-poids

Paris bourgeois et aristocratique.

Les quartiers popu-

qui s'étendent

la cité

et les

rues

semble

armé pour

anéantir

Dun

autre côté,

ces jeunes gens

pour lesquels tendre mère,

la République s'est montrée une seront ses plus héroïques défen-

seurs; ils mettront

stinct des barricades

17

au service de l'ordre

cet in-

qui leur est si naturel,

et

ils prendront les forteresses des insurgés comme

jadis

ils ont pris les corps-de-garde

de la mo-

narchie. Quant à l'armée , elle sera pour la garde

nationale; car si la discipline,

cette privation de

un im-

mense amour de l'indépendance, elle y met aussi

met dans le cœur de l'armée

liberté,

l'amour

de la paix;

et si, en Février,

les régi-

ments casernés à Paris ont compris que remet-

tre les armes dans les mains du pays,

n'était

pas les déposer,

ils comprennent que les révol-

tes, une fois toutes

peuvent être faites que par les ennemis de l'or-

les libertés

conquises,

ne

dre, et ils les regardent

comme les barbares dé-

molisseurs

de la société et de la famille.

Pour

la province,

les insurgés

ne se révoltent

que

pour piller, incendier et abolir la propriété;

elle

est donc tout entière

des nationales.

avec la troupe et les gar-

Maintenant passons derrière les barricader

et voyons ce que font les insurgés.

18

LES INSURGÉSET LES ÉMEUTIERS.

Avant de pénétrer derrière les barricades,

il

est nécessaire de bien s'entendre

cation réelle du mot insurgé et du mot émeutier.

Les émeutiers, écume morale et physique de la

sur la signifi-

société, s'efforcent d'exciter des troubles;

mus

par une lâche convoitise

repoussés avec dégoût et horreur par les autres

hommes, ils opposent au monde social la résis-

et l'esprit

de pillage,

tance et la haine; âmes vénales, ils

charge des prostituées

la plupart d'anciens vagabonds,

des voleurs. Ce sont ces êtres à figures sinistres,

abrutis par la plus éhontée débauche, que l'on

voit sortir les jours de révolte des, bouges en-

vivent a la

de bas étage et sont pour

des forçats ou

fumés, "des allées douteuses;

ces êtres malfai-

sants ne paraissant

pour les empêcher

que pour détruire,

c'est

de souiller

leur victoire que

les insurgés, qui connaissent leurs instincts rapa-

ces, inscrivent sur leurs bannières:

pillards. Les insurgés sont au XIXesiècle les gla-

Mort aux

durant 1847 ils ont souf-

mais, en 1848,

diateurs de la liberté ;

fert la faim sans se plaindre;

19

quand un gouvernement méprisé a voulu appuyer

sur les lèvres

du pays la main impie de la police

pour étouffer ses légitimes protestations,

ils se

sont levés,

ont tiré leurs

épées,

et, cléments

tout ce qui est fort, ils s'en sont servis

comme

comme d'une houlette pour chasser à l'étranger

le lâche troupeau de leurs oppresseurs.

Lions à

la noble crinière,

ils épargnent

maison des riches et respectent l'église du Dieu

qui,

liberté des âmes, pour lequel, depuis plus de dix- huit siècles, ses disciples versent leur sang. Race

généreuse,

tout ce qui est grand trouve dans leur

altérés de justice et de liberté,

dans leur course bondissante

a proclamé

la

la

le premier dans le monde,

âme un écho sympathique,

ils versent avec joie

leur sang pour une idée de liberté ou d'honneur

national;

c'est cette

partie du peuple dans la-

quelle vivent les sentimentales plus héroïques ;

ils ont pu être égarés en juin par les rêves bril-

lants du socialisme

guerre qui aurait couvert la France

et se précipiter

dans une

de ruine et

de désolation, fascinés par l'éblouissante profon-

deur du gouffre qui était devant

ils n'ont

eux,

peut-être pas pu en mesurer

les abîmes béantes

au fond desquelles la nation serait tombée meur-

20

ils n'ont

jamais cessé d'être des hommes au cœur magna-

trie, agonisante,

du moins,

mais,

nime. C'est persuadé

Sénard,

aujourd'hui

de cette vérité que M.

ministre de l'intérieur,

nature généreuse autant qu'intelligente, disait a la Chambre que la République devait ouvrir ses

bras aux ouvriers égarés.

DERRIÈRELES BARRICADES.

Ayant de passer au récit des opérations

mi-

litaires qui ont été exécutées

sous les yeux du

général, Cavaignac, nous croyons indispensa-

ble de jeter un regard derrière

et d'examiner

et les idées politiques

et philosophiques au eom desquelles se battaient

bataille,

les barricades

aussi quels étaient

le plan de

le personnel

les révoltés.

Leur plan stratégique

était

très

simple sur la rive droite de la Seine, leur prin-

cipale position était au clos Saint-Lazare,

s'appuyait sur la chapelle Saint-Denis

Villette;

parties de la Cité,

elle

et sur la

les

de

au centre, l'insurrection

tenait

au-delà de la Préfecture

21

police et du Palais;

était sa position principale; du Panthéon jusqu'à

la rivière tout lui appartenait;

sur la gauche, le Panthéon

la rue

Saint-

Jacques était presqu'entièrement des plus fortes barricades défendait

dépavée; une de ce côté

l'extrémité

FHôtel-de- Ville

du pont

derrière

Saint - Michel;

les barricades venaient jusqu'à

la place Baudoyer,

la rue Saint - Antoine

en

était

aussi dans le quartier

bourg du Temple

Quant au

eux comme une vaste forteresse

accumulé tous

colossale barricade

la place de la Bastille.

il y

tout

avait beaucoup tout le fau-

hérissée ;

en

du Marais,

était

tenu par les insurgés.

faubourg Saint-Antoine, il était pour

les moyens défendait

où ils avaient

de défense, son entrée

une

vers

D'autres,

par centaines

la grande

coupaient

sales;

ce faubourg

rue et les rues transver-

était la place de refuge

ou

s'appuyaient les autres positions de leurs diverses

bases d'opérations;

les insurgés pousseront en

avant, ils occuperont FHôlel-de-Ville, ils s'avan- ceront vers l'Assemblée nationale, se rendront

maîtres de Paris

et du siège du Pouvoir;

ils

ont de fortes raisons d'espérer

ouvriers des ateliers nationaux,

que les 97,000

qui sont jus-

22

qu'ici restés neutres,

le faubourg du Roule

Quant au personnel

vont attaquer et les Invalides.

Paris par

des révoltés,

les uns

s'obstinent

garde nationale

à ne

la

voir

que des insurgés, voit que des émeutiers ;

n'y

pour nous, froid appréciateur,

trouvé 20,000

nationaux,

nous y avons

ouvriers

environ des ateliers

de la garde li-

700 montagnards

cenciée de Sobrier,

qui, tous, se sont fait tuer

sur les barricades qu'ils commandaient en croyant

mourir pour la sainte cause de l'affranchissement;

5,000

émeutiers

de profession qui ont frappé

et ont tâché de

aux plus lâches et

la garde nationale

en traître

se livrer sur les prisonniers

aux plus sanguinaires atrocités.

Heureusement qu'à côté d'eux se sont trouvé

12,000 ouvriers des faubourgs,

membres de

la douxième

légion commandée par Barbes,

qui croyant se battre pour le bonheur

ont lutté courageusement contre l'instinct féroce

de tous,

se sont efforcés d'arracher

les

de l'émeutier,

prisonniers

mains et les ont traités

Dans leurs rangs des

de leurs

et générosité.

avec

loyauté on chercherait

en vain les représentants

idées démocratiques, on n'en trouverait aucun,

23

car tous leur ont répondu:

L'heure

n'est pas

venue, vous n'avez pas pour vous l'opinion,

à Paris, le peuple fait la révolution

et

et la garde

nationale

la tolère,

tionale il y a l'armée,

car derrière

et derrière

la garde l'armée,

na-

la

province, c'est-à-dire la France entière.

Sur leur drapeau, on voyait écrit: République

démocratique et sociale; quant à leur plan po-

litique, le premier jour ils désiraient l'abolition de la garde nationale, la dissolution de la chambre

et un gouvernement provisoire, dont Caussidière -aurait fait partie; ils demandaient cela, mais leurs

prétentions, dès le lendemain, se bornaient à

l'élargissement de Barbès, et à ce qu'une somme

de 30,000,000

courir les ouvriers nécessiteux chargés

nombreuse famille.

fût inscrite au budget

pour se- d'une

Quant au pillage, le dire hautement,

de

qu'on nous permette il n'a jamais existé que dans

l'imagination

occupée par l'insurrection,

de la peur;

dans

il n'y

aucune

maison

a eu rien de

volé:

les uns voient, derrière cette insurrec ti on,

se dresser le communisme,

Bonaparte;

Henri

nous, nous voyons surtout

Louis

V, la faim.

24

OPÉRATIONSMILITAIRESDU 23 JUIN. -'-

vers midi à la Porte

Saint-Martin, qui est enlevée parla garde natio-

Le combat commence

une vive fusillade s'engage sur le boule-

vart Bonne-Nouvelle, mais, soutenue par la garde

républicaine à cheval, la barricade Bonne-Nou-

velle est enlevée; à celle de la porte Saint-Denis, une femme, vêtue d'une robe aux couleurs écla-

nale;

tantes, monte sur le sommet,

ses cheveux flot-

tent sur ses épaules,

elle tient à la main un dra-

peau qui devient bientôt son linceul sanglant.

Les insurgés se retirent,

des leurs; la lutte se porte de la rive droite de la

après avoir perdu trois

Seine vers le faubourg Poissonnière. Le général

Lebreton attaque courageusement la barricade

de la place La Fayette;

la garde mobile, après

une très vive fusillade, s'en empare.

Pendant

que ces événements

se passent sur

la rive droite

un savant illustre, le citoyen Arago, membre du

de la Seine,

sur la rive gauche,

pouvoir executif, devant lequel s'incline respec- tueusement l'étudiant et l'ouvrier, détermine les

habitants à abandonner une barricade située au

25

coin de la rue Saint-Jacques

et de la rue Souf-

flot. Dans les rues des Mathurins-Saint-Jacques et des Poirées, les insurgés avaient élevé des

barricades; l'artillerie

arrive

et les démolit à

coups de canon;

une vive fusillade s'engage

entre la troupe et les révoltés;

7me léger tombe blessé à mort.

un capitaine du Une autre bar-

ricade s'élève au bas de la rue de la Harpe,

au coin de la rue Saint-Severin ;

laquelle M. Masson, chef du 4e bataillon, étant

monté

tombe

dats de la ligne qui sont auprès de lui.

c'est celle sur

à se retirer,

pour engager les émeutiers

percé de cinq balles, ainsi que deux sol-

Tels fu-

rent les principaux événements militaires de cette

journée. Les principaux blessés furent: Clément

Thomas, le général Bedeau, Bixio, et Dornès du National. La nuit ayant suspendu les hostilités

de part et d'autres, l'Assemblée se réunit à huit

heures du soir. Duclerc, ministre des finances,

rend compte des événements de la journée que

nous venons de raconter. Caussidière monte à la

tribune, il invite les Représentants

à se rendre

auprès du peuple

lui succède; grande chaleur

afin de l'apaiser ; voix émue

Lagrange et avec une

les

d'une

de sentiment,

il engage

2

26

Représentants à périr sur leurs chaises curules,

plutôt

que de permettre à

un Prétendant

de

trôner sur le fauteuil que Février a brisé. M. De-

gousée, questeur, vient proposer à la Chambre de faire saisir les organes de la presse avancée ;

il est accueilli par de nombreux

Duclerc lui rappelle que depuis 18 ans les répu-

blicains luttent contre l'arrestation préventive

en matière de presse. La séance est levée à mi-

bravos, mais

nuit.

OPÉRATIONSMILITAIRESDU 24 JUIN.

La garde nationale avait combattu le 23 avec

courage et résolution;

garde mobile et la troupe de ligne à s'unir à elle

contre les insurgés; son général, Clément Tho- mas, avait été blessé à l'attaque des barricades

de la rue Culture-Sainte-Catherine,

pagnie du 1er bataillon y avait été très maltrai-

sa valeur avait décidé la

la 8e com-

tée, malgré son courage et sa résistance. C'était

donc 21,000 hommes de garde mobile et 10,000

hommes de troupes de ligne que la garde natio- nale venait de s'allier par son attitude résolue.

27

Il paraîtra sans doute surprenant que le nombre des troupes de ligne se monta à 10,000 hommes

après la promesse formelle faite au peuple

le Gouvernement provisoire de n'avoir jamais à

par

Paris plus de 1,200

la garde mobile qui,

hommes de troupe, outre

avec la garde marine et la

garde républicaine, composaient un effectif de plus de 21,000 combattants; mais cette promesse avait été secrètement éludée par M. de Lamartine,

et c'était

là un des plus grands griefs du peuple

contre lui.

A huit heures et demie du matin, l'Assemblée

est resté en perma-

nationale,

nence toute la nuit,

Sénard est au fauteuil; il déclare que la situation

est loin d'être désespérée,

dont le bureau

le président

se réunit;

mais qu'elle inspire

cependant de graves et sérieuses inquiétudes. Les révoltés ont profité de la cessation d'hostili-

tés pendant la nuit pour fortifier leurs barricades ; on propose de déclarer Paris en état de siège et

de confier le pouvoir exécutif au général Cavai-

et se fait

gnac. Lagrange

monte

à la tribune

écouter avec intérêt ;

de siège,

il proteste

ses

contre l'état

de

ses

au nom de

frères,

anciens amis des barricades

de Février,

dont

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plusieurs, perfidement égarés par des meneurs,

croient

publique en luttant contre la garde bourgeoise, l'armée et l'Assemblée nationale. L'état de siège

se battre contre les ennemis de la Ré-

est décrété; le pouvoir exécutif et omnipotent est remis entre les mains de Cavaignac, homme

d'une grande de caractère

de prudent.

sa démission en déclarant que ce n'est pas devant

le danger qu'elle se retire,

de l'Assemblée ; l'état de siége est aussitôt mis

mais devant le vœu

et qui a reçu en Algérie le nom La commission exécutive donne

énergie, d'une extrême fermeté

en exécution;

tous les coins de rues sont gardés

par la garde nationale

qui se livre a des fo