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REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique


Université Abderrahmane Mira de Béjaia
Ecole Doctorale d’Informatique

Module : Réseaux et communication de données

Protocoles de Routage
avec Qualité de Service (QoS)
dans l’Internet
(QoS Routing Protocols in the Internet)

BOUCHAMA Nadir & YAHIAOUI Saïd

Promotion 2003 - 2004


SOMMAIRE

RESUME ............................................................................................................................................. 4

INTRODUCTION............................................................................................................................... 5

I. LIMITES DES PROTOCOLES DE ROUTAGE « AU MIEUX » ..................................... 5

1. ASYMETRIE DU ROUTAGE ........................................................................................................................................6


2. PAS D’EQUILIBRAGE DE CHARGE .............................................................................................................................6
3. NON PRISE EN CHARGE DE LA QOS..........................................................................................................................6
II. QUALITE DE SERVICE DANS LE RESEAU INTERNET ............................................. 6

1. NOTION DE QUALITE DE SERVICE ...........................................................................................................................6


2. PARAMETRES DE LA QOS ........................................................................................................................................7
3. LE CONCEPT DE FLUX ..............................................................................................................................................8
4. CONCEPT D’AGREGAT (AGGREGATE) ......................................................................................................................8
5. ROLE D’UN PROTOCOLE DE ROUTAGE AVEC QOS ....................................................................................................8
6. ROUTAGE AVEC QUALITE DE SERVICE DANS L’INTERNET .......................................................................................8
III. LES GROUPES DE TRAVAIL DE IETF.......................................................................... 11

1. LE MODELE D’INTEGRATION DE SERVICE INTSERV................................................................................................12


2. LE MODELE DE DIFFERENCIATION DE SERVICE : DIFFSERV ...................................................................................18
3. LE GROUPE DE TRAVAIL QOSR (QOS ROUTING)....................................................................................................23
4. LE GROUPE DE TRAVAIL MPLS (MULTI PROTOCOL LABEL SWITCHING) ................................................................24
IV. ROUTAGE AVEC QOS DANS LES RESEAUX MOBILES .......................................... 27

V. ALGORITHMES DE ROUTAGE ....................................................................................... 27

1. EXEMPLES D’ALGORITHMES DE ROUTAGE AVEC QOS ...........................................................................................27


2. COMPLEXITE .........................................................................................................................................................28
3. CARACTERISTIQUES D’UN ALGORITHME DE ROUTAGE AVEC QOS.........................................................................28
VI. PROBLEMES OUVERTS DANS LE ROUTAGE AVEC QOS...................................... 29

CONCLUSION ................................................................................................................................. 30

GLOSSAIRE ..................................................................................................................................... 31

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ....................................................................................... 32

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LISTE DES FIGURES

FIGURE 1 : EXEMPLE D’APPLICATIONS COMMUNES ET LEURS SENSIBILITES AUX EXIGENCES DE LA

QUALITE DE SERVICE........................................................................................................................... 10

FIGURE 2 : MODELE DE REFERENCE D’UN ROUTEUR INTSERV ............................................................. 12

FIGURE 3 : MECANISME DE SEAU A JETONS........................................................................................... 14

FIGURE 4 : MESSAGES PATH ET RESV POUR LA RESERVATION DE RESSOURCES................................ 16

FIGURE 5 : EMPLACEMENT DU DS (VS. DSCP) DANS L’EN-TETE IPV4................................................. 18

FIGURE 6 : EMPLACEMENT DU DS (VS. DSCP) DANS L’EN-TETE IPV6................................................. 19

FIGURE 7 : FORMAT DU CHAMP DS. ..................................................................................................... 19

FIGURE 8 : ARCHITECTURE D’UNE REGION DIFFSERV .......................................................................... 19

FIGURE 9 : PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT D’UN ROUTEUR FRONTIERE .............................................. 21

FIGURE 10 : ARCHITECTURE D’UN ROUTEUR INTERNE. ........................................................................ 21

FIGURE 11 : ARCHITECTURE D’UN ROUTEUR INTERNE ......................................................................... 26

FIGURE 12 : COMPLEXITES AU PIRE DES CAS DES ALGORITHMES DE ROUTAGE AVEC QOS. .................. 28

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Résumé
Le réseau Internet est un réseau de commutation de paquets en mode non connecté
offrant des services « au mieux » et donc non garantis. Cette absence de garantie ne
permet pas la mise en fonctionnement opérationnel d’applications demandant un
contrôle sévère des ressources utilisées, et présente donc un obstacle majeur pour le
trafic multimédia qui devient de plus en plus sollicité.
Beaucoup d’attention a été donnée ces dernières années au développement
d’algorithmes de routage avec Qualité de Service. Au sein de l’IETF, plusieurs équipes
de travail qui coopèrent afin d’aboutir à de tels protocoles.
L’objectif de ce rapport est d’étudier les protocoles de routage avec Qualité de Service
(QoS routing) dans l’Internet et les différents modèles proposés par les groupes de
travail de l’IETF.
Nous y expliciterons deux concepts clés : le routage et la Qualité de Service (QoS) .Par
la suite, nous présenterons quelques protocoles de routage avec Qualité de Service
conçus à cet effet.

Mot clés : Routage, Qualité de Service, IntServ, RSVP, DiffServ, QoSR, MPLS.

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

INTRODUCTION
Le besoin accru en matière d’utilisation d’applications multimédias sur Internet a déclenché
beaucoup de recherches sur la façon de satisfaire les besoins en Qualité de Service (QoS) pour ces
applications : exigences concernant la bande passante, le délai, la gigue, etc.
Chaque application peut avoir des besoins spécifiques. Par conséquent, il est difficile de définir
globalement des niveaux de service.
Par exemple, garantir une borne sur le délai de transmission des paquets peut être profitable aux
applications de téléphonie ; garantir un débit peut être nécessaire pour les applications de vidéo à la
demande (VOD), etc [CHA 03].
Dans cette dynamique, la communauté des chercheurs s’est consacrée ses derniers temps à une
étude sérieuse du problème de routage avec QoS, ce qui a donné naissance à plusieurs protocoles
de routage supportant la QoS (QoS routing protocols).

I. Limites des protocoles de routage « au mieux »

Le réseau Internet est un réseau de commutation de paquets en mode sans connexion offrant
des services au mieux (Best Effort). Il a été développé à une époque où la bande passante était rare,
la stratégie étant d'obtenir une occupation maximum des liens quitte à introduire des délais
supplémentaires dans la transmission des données.
Le principe du « Best Effort », qui est une politique de gestion de la pénurie, se traduit par
une simplification à l'extrême des équipements d'interconnexion. Quand la mémoire d'un routeur
est saturée, les paquets entrants sont rejetés [TOU 99]. L’absence de garantie caractérisant ce
principe ne permet pas de répondre aux exigences en Qualité de Service des applications
multimédias et temps réel qui sont plutôt gourmandes en bande passante et sensibles aux variations
des délais interpaquets, ainsi qu’aux pertes de paquets.
D’autre part, les protocoles de routage tels que OSPF et RIP sont basés sur le choix du plus
court chemin calculé suivant une métrique unique arbitraire (poids administratif ou nombre de
sauts). Par conséquent, Ils ne permettent pas d'utiliser d'autres chemins qui pourraient convenir
pour transporter du trafic moins prioritaire (courrier électronique).
Les manques caractérisant le routage « Best Effort» peuvent être résumés dans ce qui
suit [MEL 01] :

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

1. Asymétrie du routage
Le trafic sur l’Internet et les réseaux est bidirectionnel : l’émetteur possède un chemin pour
rejoindre le destinataire, qui en retour contient un chemin pour rejoindre l’émetteur. En raison des
différentes politiques de routage, il est fréquent que le chemin de retour soit complètement
différent du chemin aller. Cette asymétrie peut poser un problème dans la mesure où les chemins
empruntés à l’aller et au retour ne possèdent pas les mêmes caractéristiques de QoS (notamment en
ce qui concerne le temps de traversée du réseau).
2. Pas d’équilibrage de charge
Autre inconvénient des protocoles de routage : l’incapacité d’équilibrage de charge sur les
liens réseaux.
3. Non prise en charge de la QoS
Les protocoles de routage « Best Effort » ne permettent pas de tenir compte de la qualité de
service demandée pour un datagramme, car le choix des routes ne fait pas intervenir de métriques
liées à la QoS. Pour pallier aux lacunes du service « Best Effort », la communauté Internet est
mobilisée pour essayer d’introduire la notion de Qualité de Service. Ainsi, sont apparus des
protocoles de routage supportant la QoS. Ces derniers font l’objet de recherche de plusieurs
équipes de travail au sein de l’IETF (Internet Engineering Task Force).

II. Qualité de Service dans le réseau Internet

1. Notion de Qualité de Service


Dans un premier temps, il convient de préciser ce que recouvre le terme «Qualité de Service »
(en anglais : Quality of Service).
Dans [MEL 01], la Qualité de Service est définie comme étant « la capacité de transporter
efficacement le flux de données d’une application tout en satisfaisant les exigences (contraintes)
dictées par l’utilisateur (ou l’application) ».
1.1. Définition de l’ISO et ITU-T [ISO/CEI 13236 - X.641 ; Décembre 1997]
« C’est un ensemble d’exigences de qualité sur le comportement collectif d’un ou de plusieurs
objets » [MAM 03].
1.2. Définition de l’IETF
« La Qualité de Service désigne la manière dont le service de livraison de paquets est fourni et qui
est décrite par des paramètres tels que la bande passante, le délai de remise de paquet et les taux de
perte de paquets » [MAM 03].

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

1.3. Définition du CCITT [recommandation E.800]


« La Qualité de Service correspond à l’effet général de la performance d’un service qui détermine
le degré de satisfaction d’un utilisateur de service ».

2. Paramètres de la QoS
Les principaux paramètres connus de la Qualité de Service sont [MEL 01]:
2.1. Disponibilité
Elle est définie comme étant le rapport entre le temps de bon fonctionnement des services et
le temps total d’ouverture du service. C’est la forme la plus évidente de QoS puisqu’elle établi la
possibilité d’utiliser le réseau.
2.2. Bande passante
C’est la capacité de transmission d’une liaison du réseau mesurée en bit par seconde. La
bande passante disponible sur un chemin entre une source et une destination correspond à la plus
petite capacité disponible sur ces liens. La bande passante disponible sur un lien dépend de ses
caractéristiques techniques et du nombre de flots de données.
2.3. Latence (delay)
La latence correspond au temps que requière un paquet pour traverser le réseau d’un point
d’entrée a un point de sortie. Elle dépend des facteurs suivants :
1. Type du media de transmission ;
2. Nombre d’équipements réseau traversés ;
3. La taille des paquets (temps de sérialisation).
2.4. Gigue
La gigue est définie comme étant la variation des délais d’acheminement (latence) des
paquets sur le réseau.
Ce paramètre est particulièrement sensible pour les applications multimédia temps réel qui
requièrent un délai inter paquets relativement stable. Elle dépend principalement de :
- type et volume du trafic sur le réseau ;
- type et nombre d’équipement réseau.
2.5. Taux de perte
C’est le rapport du nombre d’octets émis et le nombre d’octets reçus. Il s’agit par conséquent
de la mesure de la capacité utile de transmission.

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

3. Le concept de flux
Un flux est un stream individuel et unidirectionnel de données entre deux
applications identifiées par 5 paramètres [MEL 01] :
- le protocole de transport ;
- l’adresse source ;
- le numéro de port source ;
- l’adresse destination ;
- le numéro de port destination.

4. Concept d’agrégat (aggregate) [MEL 01]


Un agrégat est la combinaison de deux ou plusieurs flux. Généralement, les flux à combiner
possèdent des éléments communs : il pourra s’agir d’un des 5 paramètres cités précédemment (le
protocole de transport, adresse source, adresse destination, numéro du port source, numéro du port
destination), ou encore d’un niveau de priorité. L’agrégat présente l’avantage de minimiser les
informations de QoS à véhiculer, ce qui est fort utile sur de grands réseaux comportant des
milliers de flux. Ainsi, au lieu d’appliquer une QoS distincte pour chaque type de flux, on mettra
en place une QoS par agrégat. Cette agrégation peut être appliquée en tout point du réseau pour
traverser des liens multiples, ou bien dans la définition initiale des flux.

5. Rôle d’un protocole de routage avec QoS


Pour répondre aux différents besoins en QoS, un protocole de routage avec QoS doit :

• Acheminer un flux le long d'un chemin satisfaisant les demandes en QoS ou bien fournir
un mécanisme pour indiquer que le flux n'a pas été admis ;
• Indiquer les perturbations dues aux changements de topologies ;
• Satisfaire le service best-effort sans réservation de ressources ;
• supporter le trafic multicast ;
• Tenter de diminuer l'overhead induit par la consommation des ressources et le calcul ;
• Fournir des mécanismes de contrôle d'admission.

6. Routage avec Qualité de Service dans l’Internet


6.1. Motivation
Deux raisons essentielles justifient le besoin en Qualité de Service dans l’Internet :

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

La première raison est le développement rapide ces dernières années de nouvelles technologies
dans le domaine des réseaux à haut débit, traitement d’images, et la compression audio/vidéo. Il
est alors possible de supporter le trafic multimédia dans les réseaux de communication.
La seconde raison est le besoin accru des utilisateurs des réseaux informatiques en matière
d’applications multimédia avec un certain niveau de sécurité [ZHA 99].
Cette activité requiert généralement deux entités [VAN 03b] [KUI 02]: le protocole de routage et
l’algorithme de routage :
• Le protocole de routage gère la dynamique du processus de routage en capturant l’état
du réseau et des ressources disponibles sur celui-ci, et distribuant cette information sur le
réseau.
• L’algorithme de routage utilise cette information pour calculer les chemins et optimiser
un certain critère et/ou obéir à des contraintes. En d’autres termes, il s’agit ici de choisir
un chemin réalisable (feasible path).

6.2. Définition
« Le routage avec Qualité de Service est l’acte de déplacer l’information à travers un réseau à
partir d’une source à une destination tout en respectant les exigences en Qualité de Service de
façon à apporter une satisfaction à l’utilisateur d’une part et une optimisation des ressources du
réseau d’autre part.» [WAN 96].
Une autre définition de ce concept a été proposé par [CHA 03] : «Il s'agit du processus
d'établissement et de maintenance de routes optimales (pour la paire communicante comme pour le
réseau) satisfaisant un certain critère sur la qualité de la transmission de données ».

Le routage est un aspect important dans l'implémentation de la Qualité de Service, en particulier


pour les aspects suivants :
- Choix du meilleur chemin ;
- Stabilité du réseau ;
- Existence de politiques différentes.

6.3. Complexité du routage avec Qualité de Service

Relativement, plusieurs articles sont consacrés aux algorithmes de routage avec Qualité de
Service, mais très peu traitent les protocoles de routage avec Qualité de Service. Ceci signifie que

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

l’on trouve plus de difficulté pour définir un protocole de routage avec Qualité de Service que de
définir un algorithme de routage avec Qualité de Service [VAN 03b] [ZHA 99].
A cause des diverses exigences en Qualité de Service, le routage avec Qualité de Service est
considéré comme étant un problème NP-complet et, par conséquent, ne peut pas être résolu par un
algorithme simple et efficace [BET 01] [ALK 03].
D’autre part, malgré sa difficulté de mise en œuvre, le routage avec Qualité de Service est d’une
valeur inestimable dans une architecture réseau qui a besoin de satisfaire le trafic et les exigences
du service [VAN 03b].

Application Sensibilité
Perte Délai Gigue Bande passante sécurité
E-mail Haut Bas Bas Bas Bas
E-mail confidentiel Haut Bas Bas Bas Haut
Transfert
de Transfert de fichiers Bas
données Haut Bas Bas Moyen Bas
Haut
Transaction d’argent Haut Bas Bas Bas Haut
Audio sur demande (AOD) Bas Bas Haut Moyen Bas
Vidéo sur demande (VOD) Bas Bas Haut Haut Bas
Trafic en Téléphonie Bas Haut Haut Bas Bas
temps réel
Visioconférence Bas Haut Haut Haut Bas
Visioconférence Bas Haut Haut Haut Haut
confidentielle

Figure 1 : Exemple d’applications communes et leurs sensibilités aux exigences de la Qualité de Service.

En général, la table ci-dessus (figure 1) montre que les trafics différents peuvent être classifiés
comme suit [ALK 03] :

• Trafic sensible au délai :


La plupart des applications temps-réel (vidéo, audio et voix) peuvent être classés sous cette
catégorie. Quelques trafics temps-réel sont sensibles aux délais bout en bout aussi bien qu’aux
variations de délais (gigue) comme la téléphonie, et la vidéoconférence tandis que d’autres sont
intolérantes à la gigue, mais peuvent tolérer les délais de bout en bout comme l’audio et la
vidéo sur demande.
• Trafic sensible aux pertes
Le transfert de fichiers et l’envoi du courrier électronique peuvent être classifiés sous cette
catégorie. Dans ce type d’applications, aucun bit ne doit être transmis de façon erronée. Si un

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

paquet est endommagé durant la transmission, il ne sera pas acquitté et, par conséquent, il sera
retransmis.
• Trafic sensible à la sécurité
Exemples de telles applications sont les transactions d’argent, et les applications
confidentielles.
• Trafic sensible à la bande passante
On peut citer par exemple la vidéo sur demande (VOD).
• Trafic multi-sensible
Ce type de trafic est sensible à plusieurs paramètres. Par exemple, un courrier électronique
confidentiel est sensible à la sécurité et à la perte, tandis que la vidéoconférence est sensible au
délai et à la sécurité.

6.4 Etapes d’approvisionnement en Qualité de Service

Afin de fournir une Qualité de Service dans l’Internet, en utilisant la réservation de ressources et
l’ordonnancement, les étapes suivantes doivent être respectées à tour de rôle au niveau de chaque
système et composant participant dans l’application de bout en bout [ZHA 99].
1. Exigences en Qualité de Service : chaque application doit spécifier exactement ses besoins
en Qualité de Service et ceci en indiquant quel paramètre doit être maximisé ou minimisé.
2. Contrôle d’admission : quand une application émet son besoin en Qualité de Service, un
contrôle d’admission doit vérifier si cette demande peut être satisfaite en prenant en compte
les réservations déjà existantes. Si c’est le cas, la meilleure Qualité de Service possible sera
offerte et par conséquent, l’application se verra donner une certaine garantie en Qualité de
Service.
3. Réservation de ressources : selon la garantie en QoS, les ressources appropriées doivent
être réservées pour l’application concernée.
4. Respect de la garantie en QoS : les garanties en QoS doivent être exécutées par un
ordonnanceur approprié.

III. Les groupes de travail de IETF

Des groupes de travail de l’IETF (Internet Engineering Task Force) se sont penchés sur
l’étude de politiques de services visant à classer les flux de données selon les besoins. Tout
d’abord, il est apparu le groupe pour le développement du modèle d’intégration de service IntServ

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

(Integrated Services), puis, un second groupe pour le développement du modèle de différenciation


de service DiffServ (Differentiated Services).

1. Le modèle d’intégration de service IntServ

Le groupe de travail IntServ a été constitué en 1994, le but était de pouvoir améliorer le
réseau Internet et d’en faire un réseau à intégration de service [RFC 1633]. Il a fallu en effet
pouvoir différencier l’utilisation de la bande passante disponible entre les flots multimédia et les
flots de données. Les besoins requis par chacun de ces types de flots n’étant pas les mêmes, le
groupe de l’IntServ a défini un ensemble de classes de services qui, implémentées au sein des
routeurs, devraient allouer aux flots une certaine qualité de service, à chaque traversée des routeurs,
pour les acheminer jusqu’à destination avec cette QoS [TOU 02].

Le principe du modèle IntServ repose sur deux fondements [RFC 1633] :


• Tout d’abord le réseau doit être contrôlé et soumis aux mécanismes de contrôle
d’admission des flux ;
• La nécessité de disposer de mécanismes de réservation de ressources pour obtenir différents
services. IntServ utilise pour cela le protocole de signalisation appelé RSVP (Resource
ReSerVation Protocol) (nous le détaillerons ultérieurement).
Le groupe de travail IntServ a définit une architecture capable de prendre en charge la QoS sans
toucher au protocole IP [TOU 99]. Les réseaux à intégration de services sont constitués de routeurs
qui assurent les fonctionnalités de contrôle d’admission de flux et de réservation de ressources.
Leur architecture est présentée dans la figure 2 [BET 01] :

Protocole de signalisation (RSVP) Protocole de signalisation (RSVP)


Processus de
réservation Contrôle d’accès

Processus de Contrôle
routage d’admission
Ordonnanceur

Paquets entrants Classificateur Paquets sortants


de paquets

Figure 2 : Modèle de référence d’un routeur IntServ

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Le contrôle de trafic est mis en œuvre à travers les modules suivants :

¾ Le contrôle d’accès (policy control) : vérifie si la requête d’un flot est légitime par rapport
aux règles fixées par l’administrateur du réseau.
¾ Le classificateur de paquets (packet classifier) : accueille les paquets entrants et classe
chaque paquet dans la classe de flots convenable.
¾ L’ordonnanceur (scheduler) : reçoit les paquets du module précédent et gère leur
retransmission en utilisant des files d’attente. Tous les paquets qui seront classés par le
classificateur et appartenant à une même classe seront traités de la même manière par
l’ordonnanceur.
¾ Le contrôleur d’admission (admission controller) vérifie s’il est capable de garantir la
qualité de service requise par un flot et s’il y a suffisamment de ressources disponibles au
moment de l’établissement d’une réservation.
¾ Le module de réservation de ressources : qui est en permanence en communication avec
les différents composants du routeur. Il offre les mécanismes de signalisation nécessaires
pour mettre en place une réservation le long d’un chemin pour un flot donné.

1.1 Caractérisation des flots :

La spécification des flots permet d’expliciter la Qualité de Service requise par chacun des
flots ainsi que les caractéristiques du trafic généré par ceux-ci.
Les besoins de Qualité de Service spécifiés par une application sont définis selon les paramètres
suivants :
– la priorité : priorité qui sera attribuée au flot ;
– le débit : débit requis par l’application ;
– le délai : besoin en délai de bout en bout ;
– la perte : taux de perte autorisé par l’application.

Pour pouvoir utiliser les services définis pour les réseaux à intégration de services, le
groupe IntServ a défini et déterminé une propriété pour caractériser les trafics d’un tel réseau.
[RFC 2215] décrit les paramètres de spécification de trafic contenus dans une structure de données
de spécification de trafic appelée TSpec (Traffic Specification).
La caractérisation s’effectue selon le modèle représenté par la figure 3 ci-dessous : le token bucket
(seau à jetons).

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Jetons, débit r

Seau de jetons
Capacité b
Débit crête, p
flot

Figure 3 : mécanisme de seau à jetons

¾ b : capacité du « seau »
¾ r : débit moyen délivré par le « seau »
¾ p : débit crête
¾ M : taille maximale du paquet
¾ m : taille minimale d’un paquet contrôlable

Le mécanisme du seau à jetons (token bucket) est utilisé pour lisser le trafic afin de mieux
le contrôler. Il regroupe trois paramètres parmi cinq du TSpec. Tout d’abord, par sa capacité
(paramètre b) et par le débit autorisé (paramètre r), il permet de contrôler le débit moyen du flot.
Le paramètre p est utilisé pour limiter le débit crête. Les deux autres paramètres de TSpec qui
interviennent dans la spécification des flots sont « la taille maximale » du paquet contenu dans le
flot (notée M), et « la plus petite unité de traitement » (notée m).
Ces deux paramètres ne caractérisent les flots que par rapport à l’implémentation des mécanismes
de QoS. Ainsi, on ne pourra garantir une certaine QoS qu’aux paquets du flot n’excédant pas la
taille maximale définie dans TSpec. Le paramètre « m » indique que tous le paquets dont la taille
lui sera inférieure, seront tout de même traités comme un paquet ayant cette taille « m ».

1.2 Classes de service

Le groupe de travail IntServ a rendu l’Internet un réseau à intégration de services en


distinguant deux classes de services supplémentaires par rapport au service traditionnel du «best-
effort». Les classes de service permettent de définir le traitement particulier que recevra un flux
dans un routeur.

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Ces nouveaux services sont la classe à charge contrôlée, mieux connue sous le nom « controlled
load service », où les performances reçues sont celles d’un réseau peu chargé ; et la classe de
service garanti, ou encore « guaranteed service », où l’application qui demande le service possède
l’assurance que les performances du réseau vont rester celles dont elle a besoin [TOU 02].

1. La classe Best-effort : le service dit « au-mieux » (Best-Effort) ne garantit aucun critère de


qualité de service : ni le délai de transmission, ni l’absence de pertes de paquets, ni
l’absence de gigue ne sont considérés pour acheminer les flots de diverses natures. Ce
service n’est évidemment pas approprié pour les flux multimédia qui transportent des
informations à délivrer en temps réel. Il peut toutefois servir pour le transport de données.
La messagerie électronique serait l’application la moins sensible à tous ces critères et
supporterait donc sans trop de contraintes, le service du best-effort.

2. La charge contrôlée (Controlled-load) [RFC 2211] : Le service de charge contrôlée


effectue une différenciation entre les trafics et leur attribue des codes de priorité en fonction
de la sensibilité des applications. Bien évidemment, ce service est plus adéquat que le best-
effort pour les applications multimédia très sensibles à la congestion dans le réseau. Il offre
un service proche de celui présenté par le best-effort lorsque celui-ci se trouve
particulièrement dans des conditions de réseaux non congestionnés. La garantie est donc
fournie pour le débit. Mais contrairement au best-effort, le service de charge contrôlée ne
détériore pas la qualité du flot lorsque le réseau est surchargé. En effet, les applications qui
demandent ce type de service doivent tenir informé le réseau du trafic qui va le traverser, de
manière à obtenir une meilleure exploitation du service et du réseau lui-même. Néanmoins,
le réseau ne promet pas de garanties temporelles. La variable de spécification de trafic
(TSpec) est nécessaire pour identifier la conformité des paquets par rapport au service.

3. Le service garanti (Guaranteed Service) [RFC 2212] est basé sur les résultats du Network
Calculus qui permet de trouver une borne maximale pour le temps de transmission d'un
paquet et la taille maximale des mémoires tampons nécessaires dans les équipements pour
éviter les pertes de paquets. Le destinataire en fixant le débit minimal que doit offrir le
réseau à ce flux influe sur le temps maximal de transmission des paquets. Ainsi, pour
réduire les temps de traversée, il est possible de réserver à un débit nettement supérieur à
celui de la source.

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

1.3. Le protocole RSVP


Les premières études ont cherché à améliorer les algorithmes d’ordonnancement du
traitement des datagrammes dans les machines. Ensuite, on s’est beaucoup plus intéressé à la
gestion globale des ressources du réseau, ce qui a donné naissance à un protocole de réservation de
ressources connu aujourd'hui sous le nom de RSVP (Reservation Setup Protocol). Ce protocole est
un protocole de signalisation au modèle de ce qui existe dans les réseaux classiques de
télécommunications comme le réseau téléphonique par exemple. Le principe en est simple : chaque
application déclare au réseau ses besoins ; à partir de ces besoins, le réseau, s'il le peut, garantit la
disponibilité des ressources nécessaires à l'application.
Le protocole de signalisation RSVP, qui a été défini par le groupe de travail RSVP
[RFC2205-RFC2208], est un mécanisme dynamique conçu pour effectuer des réservations de
ressources explicites dans une architecture IntServ. RSVP est utilisé uniquement pour la
communication des paramètres de QoS, il ne comprend pas l'information qu'il transporte dans les
requêtes de QoS. RSVP est initié par une application au début d'une session de communication.
Une session est identifiée par l'adresse IP de destination, le type de protocole de la couche transport
et le numéro de port de destination.
Le protocole RSVP définit sept types de messages, les principaux étant les messages PATH
et RESV. Ces deux messages assurent le fonctionnement de base de RSVP. Tous les messages
RSVP sont envoyés sur le réseau comme des datagrammes IP avec le numéro de protocole 46.

Emetteur Récepteur
Le message PATH
Le message RESV

Figure 4 : Messages PATH et RESV pour la réservation de ressources.

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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Chaque paquet RSVP contient les détails sur la session à laquelle il appartient. L'affectation
des ressources demandées par l'intermédiaire de RSVP pour un flot donné est indépendante de
RSVP, elle dépend d'IntServ. Une fois que les ressources demandées par RSVP sont réservées,
elles sont utilisées pour ce flot de données. RSVP établit et maintient un état logiciel (soft state)
entre les noeuds constituant le chemin réservé. Par opposition à la réservation d'un chemin statique,
cet état logiciel est caractérisé par des messages de rafraîchissement envoyés périodiquement le
long du chemin pour maintenir l'état [LEG 01].
RSVP fournit aussi une QoS dynamique tenant compte des modifications de ressources ; celles-ci
peuvent être dues au destinataire, à l'émetteur ou encore à de nouveaux membres dans un groupe
multicast.
Dans RSVP, le destinataire est responsable de la réservation de ressources QoS. L'émetteur RSVP
envoie ses exigences au destinataire. Après réception, le destinataire RSVP utilise le même chemin
pour renvoyer un message spécifiant la QoS souhaitée et fixer la réservation des ressources
correspondantes dans chaque nœud. L'émetteur RSVP envoie alors les données.
Ainsi, si une route change au cours de la transmission, des données peuvent être
temporairement transmises à travers un chemin où aucune réservation n’a été faite.
De plus, RSVP a été prévu pour fonctionner dans un environnement où certains routeurs ne
garantissent pas la réservation de ressources (routeurs non-RSVP). Dans ce cas, la réservation ne
sera réalisée que dans les nœuds la permettant. Les participants de la session en sont informés, ce
qui leur permet de prendre les décisions applicatives qu’ils souhaitent. Cette traversée de routeurs
classiques n’est pas une cause d’échec du processus de réservation.
Dans le cas de défaillance d’un routeur, le protocole RSVP reconstruit la route depuis l’émetteur
jusqu’aux récepteurs si les mécanismes de routage permettent cette reconfiguration.
Avec RSVP, les détails de cette reconstruction dépendent du protocole de transmission utilisé ; en
effet, la source continue de transmettre des données à travers un chemin sans réservation jusqu’à ce
qu’il y ait eu un échange de messages PATH et RESV.
Un autre problème important concerne RSVP et les politiques de contrôle. RSVP ne définit
pas la politique elle-même mais définit seulement le mécanisme pour transporter celle-ci. Certains
constructeurs désirant alors fournir des mécanismes propriétaires, un nouveau groupe de travail
"RAP" de l'IETF a été créé fin 1997 pour définir des extensions à RSVP relatives aux politiques de
contrôle et spécifier un protocole d'échange d'informations de contrôle entre des nœuds RSVP et
des « policy servers » capables de fournir ces informations.
Le traitement supplémentaire lié à RSVP résulte principalement du rafraîchissement périodique de
l’information contenue dans les routeurs. Ce qui semble impliquer que celui-ci va être directement

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


17
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

proportionnel au nombre de participants à une session. Mais RSVP contient un mécanisme


permettant d’alléger cette surcharge : la fusion. Celui-ci assure qu’un nombre minimal de messages
de réservation sera émis sur chaque liaison.

2. Le modèle de différenciation de service : DiffServ


La difficulté de déployer IntServ sur Internet tient dans sa considération de la Qualité de
Service au niveau du flux. La gestion de la réservation de ressources à ce niveau demande une
immense capacité de traitement. Ainsi, plutôt que d’utiliser la technique de réservation par session,
un second groupe de l’IETF s’est orienté vers un autre modèle d’implémentation de qualité de
service, que l’on peut utiliser pour des réseaux importants en envergure, mais aussi en charge : le
modèle à différenciation de services. L’intérêt d’un tel modèle est de pouvoir s’occuper du
problème d’approvisionnement en qualité de service à travers une allocation de services basée sur
un contrat établi entre un fournisseur de services et un client. Pour le groupe de travail DiffServ, un
flux de paquet IP perd son identité propre et circule sur Internet en tant que membre d’une classe
de flux. L’approche de DiffServ permet donc à des fournisseurs d’offrir différents niveaux de
services à certaines classes de flots de trafic rassemblés. Ainsi, il devient question de supporter un
schéma de classification en attribuant des priorités à des agrégats de trafic. De ce fait, les paquets
sont classés grâce à un mécanisme de marquage dans l’en-tête des paquets IP, et les services qui
sont octroyés par les routeurs à ces paquets dépendent des classes alors définies [RFC 2638]. Ce
marquage est effectué au niveau de l’étiquette de l’en-tête du paquet : le DSCP (DiffServ Code
Point) [RFC 2474] qui se situe dans le champ DS de l’en-tête IP réservé à DiffServ.
Les figures 5 et 6 présentent l’emplacement des champs DS et DSCP dans les en-têtes IPv4
et IPv6, le format du champ DS et donné par la figure 7. Grâce à ce marquage, et à l’approche
différente de DiffServ par rapport à IntServ, les routeurs DiffServ gardent une certaine souplesse
d’utilisation du point de vue acheminement par rapport à ceux utilisés dans l’IntServ.

Version IHL DS Total length


Identification Flag Fragment Offset
TTL Protocol Header Checksum
Source Address
Destination Address

Figure 5 : Emplacement du DS (vs. DSCP) dans l’en-tête IPv4

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


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Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Version DS Flow label


Playload length Hop limit Hop limit

Source Address

Destination Address

Figure 6 : Emplacement du DS (vs. DSCP) dans l’en-tête IPv6.

0 1 2 3 4 5 6 7
CSCP unused

DSCP
Figure 7 : Format du champ DS.

2.1 Architecture du modèle DiffServ


Dans le modèle DiffServ, le réseau est divisé en Domaines DiffServ (DS Domain) (Voir la
figure 8). Chaque domaine est un groupement de routeurs qui possèdent une même définition de
service et de PHB. Ces domaines sont regroupés dans des Régions DiffServ (DS Region). Chaque
région doit être capable d’offrir la QoS de bout en bout pour un chemin qui traverse ses domaines
[BET 01]. Les hôtes sont directement rattachés aux routeurs frontières. Entre ces derniers et les
domaines DS, des contrats de service appelé SLA (Service-Level Agreement) sont mis en œuvre
pour spécifier les classes de service supportées et la quantité de trafic autorisée pour chaque classe.
Ces informations sont nécessaires à connaître si un client désire obtenir des services différenciés.
Région DiffServ

Routeurs frontières
Routeurs internes

Domaines DiffServ

Figure 8 : Architecture d’une région DiffServ

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


19
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

L’architecture adoptée par DiffServ est fondée sur deux principales catégories de routeurs : les
routeurs frontières (edge routers) et les routeurs de coeur (ou internes) (core routers).

a. Les routeurs frontières : les « edge routers »


Les routeurs frontières sont responsables de la classification des paquets et du
conditionnement du trafic. L’opération de classification est opérée à l’entrée du réseau, zone où
la différenciation de service est mise en œuvre, le domaine DS, pour assurer le traitement ciblé:
celui de pouvoir différencier les différents flots qui arrivent dans le réseau. Ces routeurs sont
caractérisés par leur gestion des états par flots. Après classification, les paquets subissent une
opération de vérification (module "meter") qui consiste à déterminer le niveau de conformité
pour chacun des paquets d’un même flot. Ces niveaux de conformité varient en fonction du
conditionnement requis par le service.
L’étape qui suit la vérification du niveau de conformité est de deux types : si les paquets sont
conformes, alors ils sont envoyés pour être étiquetés. Dans le cas contraire, il y a trois manières
de traiter les paquets non conformes : mise en forme (shape), marquage (mark) ou élimination
(drop) :
• l’opération de mise en forme (shape) a pour but de rendre conforme les paquets qui ne le
sont pas, et ce, par simple retardement de son acheminement. Après un certain temps de
retardement, les paquets deviendront conformes et seront injectés vers le module
d’étiquetage.
• le processus d’élimination (drop) est nécessaire pour assurer un fonctionnement fiable du
routeur : tous les paquets qui ne sont pas conformes seront forcés à être éliminés. Les flots
pour lesquels il serait préférable d’utiliser cette méthode sont les flots interactifs. En effet,
si on choisit d’appliquer la mise en forme pour ce type de flots, les paquets subiront un
retard significatif et rendront l’interactivité de l’application impossible. C’est pourquoi il
leur est préférable d’être éliminés.
• enfin, le mécanisme de marquage (mark) a pour effet d’attribuer une priorité aux paquets en
fonction du résultat fourni par l’opération de vérification. Par conséquent, en plus du
premier niveau de différenciation, une seconde classification est effectuée par l’opération
de marquage (nous verrons son utilisation au niveau des classes de service de DiffServ).

Avant d’être envoyés vers l’intérieur du réseau, les paquets subissent une dernière opération :
l’étiquetage effectif du champ DSCP. La valeur attribuée au champ correspond au résultat de
toutes les opérations précédentes. Celle-ci peut être modifiée au sein d’autres routeurs de bordure,

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20
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

selon le nouveau conditionnement qui va être appliqué au flot après sa traversée dans les
équipements. La marque qu'un paquet reçoit identifie la classe de trafic à laquelle il appartient. Les
paquets ainsi marqués sont alors envoyés dans le réseau avec cette mise en forme.

IN DSCP marking

shape
Classifier meter mark

OUT drop

Figure 9 : Principe de fonctionnement d’un routeur frontière

b. Les routeurs internes : les « core routers »

Les routeurs internes (voir figure 9) se chargent de la gestion des états par classe et traitent
les paquets en fonction de la classe codée dans l’en-tête en les traitant en accord avec le
comportement local correspondant : le Per-Hop-Behavior (PHB). Les PHB se basent
uniquement sur le marquage de paquet, pour permettre aux routeurs d’identifier la classe de
trafic à laquelle le paquet appartient ; en aucun cas ils ne traiteront différemment des paquets de
sources différentes.
Classificateur

Classification Gestion de Mécanismes


files d’attente d’ordonnancement

Figure 10 : Architecture d’un routeur interne.

Comme le montre la figure 10 le classificateur envoie les paquets vers différentes files
d’attente, selon l’identificateur placé dans le champ DS, préalablement marqué par les routeurs
d’entrée du réseau (les routeurs « edge »). Seule une partie du champ permet d’indiquer la file
d’attente appropriée : il s’agit du champ CSCP (Class Selector Code Points) qui, constitué de 3
bits, permet de coder la classe de service correspondant à la catégorie du paquet. Ainsi, chaque
file d’attente caractérise une classe de service et ne recevra que les paquets qui sont conformes
à ce service.

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


21
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Au niveau des files d’attente, des mécanismes de gestion sont implémentés pour obtenir un
maximum d’équité de traitement lors de congestions. Les mécanismes d’ordonnancement,
permettent de traiter les paquets en fonction de leur besoin en débit, délai, etc…

2.2 Classes de services de DiffServ


Trois niveaux de priorité sont définis dans DiffServ : le service "Best-Effort", le service
"Assured Forwarding", et le service "Expedited Forwarding".
1. Le service « Best-Effort »
Le service Best-Effort (BE), que nous avons déjà décrit précédemment, correspond à la
priorité la plus faible. C’est le service actuellement utilisé dans l’Internet et qui ne distingue pas
les flots prioritaires des flots moins prioritaires [TOU 02].
2. Le service « Assured Forwarding »
Le comportement Assured Forwarding (AF) est le fruit de plusieurs propositions qui
centraient la différenciation des paquets sur des algorithmes de discrimination des paquets à
l’intérieur d’une même file d’attente. Il englobe quatre classes de traitement et un second niveau
de différenciation pour attribuer les priorités : la précédence. Cette dernière met en évidence
l’importance d’un paquet et par conséquent la dégradation que peut engendrer sa perte sur la
qualité de l’information. La notion de précédence peut être utilisée au sein des routeurs pour
perfectionner l’opération de rejet des paquets en cas de surcharge et de congestion du réseau. Le
service AF se trouve donc constitué de quatre classes de service définissant chacun trois niveaux
de priorité.
De ce fait, le service est composé de douze PHB interdépendants (6 bits) pour les douze PHB
définis [RFC 2597].

3. Le service « Expedited Forwarding »


Le service Expedited Forwarding (EF) défini dans [RFC 2598] conçu pour servir des
applications demandant de faibles pertes, un délai et une gigue très faibles et une garantie de
bande-passante. Le principe de base est de pouvoir garantir une taille des files d’attente dans les
routeurs la plus restreinte possible. Pour assurer qu’un routeur puisse avoir un comportement
(PHB) fonctionnant en EF, il doit assurer que le débit d’émission du trafic soit toujours supérieur
ou égal à un certain seuil. Ce dernier peut être connu et configurable, auquel cas les mécanismes
de gestion externes peuvent faire respecter la relation entre le débit d’entrée et le débit de sortie
au niveau de tous les nœuds du domaine.

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22
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Le service EF est un service à forte priorité, délivrant des garanties en matière de bande passante,
et permettant des taux de perte, de délai et de gigue faibles [TOU 02].

3. Le groupe de travail QoSR (QoS Routing)

Le groupe de travail QoSR (Quality of Service Routing) de l'IETF a pour objectif d'intégrer les
métriques de la QoS et les critères de choix d'un chemin dans les protocoles de routage existants.
Pour cela, un RFC [RFC 2386] définissant les conditions auxquelles doit satisfaire ce modèle a été
rédigé par le groupe de travail QoSR, avec pour objectifs:

• encourager l'évolution des architectures de routage intradomaines basées sur la QoS,


• favoriser les interactions simples, cohérentes et stables entre les domaines administratifs
(AS) implémentant les solutions de routage ainsi définies.

3.1 Intradomain QoSR

Etant donné un ensemble clairement défini de paramètres QoS, un mécanisme de routage


robuste et raisonnable doit calculer le chemin approprié sans dégrader la performance globale du
réseau. Aussi, des concessions sur le calcul du chemin ont été faites, quitte à ne pas obtenir le
chemin optimal. De plus, les mécanismes de contrôle d'admission ou utilisation des bits IP
Precedence dans le rejet des paquets peuvent aider à réduire le trafic pour lequel le chemin doit
être calculé.

Un protocole de routage "à état de liens" dont la caractéristique est de détecter rapidement les
modifications de topologies et les transmettre à ses voisins, peut convenir. Mais des modifications
sont nécessaires pour intégrer les exigences QoS et minimiser les informations échangées dans les
annonces de liens. Deux propositions ont été faites pour utiliser OSPF en ce sens.

3.2 Interdomain QoSR

L'aspect principal dans le routage entre domaines différents (AS) est la stabilité. C'est pourquoi,
un protocole de routage à état de liens, qui communique les modifications de topologies à ses
voisins, semble peu adapté, là où il est préférable de minimiser les échanges d'informations entre
AS voisins.

Actuellement le protocole BGP (Border Gateway Protocol) largement implémenté dans l'Internet,
fournit le routage inter domaines dans l'Internet. Dans BGP, le chemin est basé sur la destination et

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


23
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

est sélectionné suivant le plus long préfixe correspondant. Plusieurs mécanismes basés sur les
attributs de BGP peuvent influencer le choix de celui-ci, sans toutefois offrir un bon niveau de
fonctionnalité. Cependant, ils conservent une certaine importance, tant que des méthodes de choix
du chemin basé sur les métriques QoS ne sont pas disponibles.

Un autre problème affectant la QoS est le routage asymétrique du fait des politiques différentes de
routage des diverses organisations. Ceci affecte surtout les nouvelles applications temps réel audio
et vidéo, mais aussi le protocole RSVP qui nécessite la symétrie des chemins pour fonctionner.

4. Le groupe de travail MPLS (Multi Protocol Label Switching)


Comme nous l’avons vu, l’objectif de DiffServ est de fournir une solution de Qualité de
Service qui résiste au facteur d’échelle. Le protocole MPLS, défini plus récemment, a été conçu
pour répondre aux mêmes besoins. De ce fait, la charte du groupe de travail MPLS a été définie
dans le [RFC 3468].
La commutation multi-protocoles avec étiquetage des flux (Multi-Protocol Label Switching,
MPLS) est une technique réseau en cours de normalisation à l'IETF dont le rôle principal est de
combiner les concepts de commutation de label et de routage.
MPLS doit permettre d’améliorer le rapport performance/prix des équipements de routage,
d’améliorer l’efficacité du routage (en particulier pour les grands réseaux) et d’enrichir les services
de routage (les nouveaux services étant transparents pour les mécanismes de commutation
d'étiquette, ils peuvent être déployés sans modification sur le coeur du réseau).

Le protocole MPLS est un protocole qui utilise un mécanisme de routage qui lui est propre,
basé sur l'attribution d'une étiquette (label) à chaque paquet. Cela lui permet de router les paquets
en optimisant les passages de la couche 2 à la couche 3 du modèle OSI et d'être indépendant du
codage de celles-ci suivant les différentes technologies (ATM, Frame Relay, Ethernet etc...). Le
but est d'associer la puissance de la commutation de la couche 2 avec la flexibilité du routage de la
couche 3. Schématiquement, on peut le représenter comme étant situé entre la couche 2 (liaison) et
la couche 3 (réseau).

La base de MPLS, la commutation donc, introduit bien entendu une étiquette (label, tag) qui sert à
chaque équipement MPLS pour acheminer (forward) chaque unité de donnée entrante : chaque
unité de données (PDU, Protocol Data Unit dans le vocabulaire ISO) contient une marque, une
étiquette qui en permet l’identification, comme un code barre sur un produit. Il n’y a pas de
différence avec ce que fait un commutateur X25, FR, ATM ou MAC (commutateur de réseau local,

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


24
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

commutateur Ethernet, LAN switch) ou même un routeur IP, appelé aujourd’hui commutateur de
niveau 3, surtout dans le haut de gamme. Ces commutateurs MPLS portent le nom de LSR (Label
Switch Router) qui fait référence et à la commutation (switch) et aux étiquettes.

4.1 Définitions élémentaires

Avant d’expliquer le fonctionnement de MPLS, nous donnerons ci-dessous quelques définitions


élémentaires :

1. Label ou étiquette : entier qui est associé à un paquet lorsqu'il circule dans un réseau MPLS
et sur lequel ce dernier s'appuie pour prendre des décisions de routage.
2. MPLS Ingress node : un routeur d'entrée MPLS routeur qui gère le trafic qui entre dans un
réseau MPLS.
3. MPLS Egress node : Un routeur de sortie MPLS ou encore MPLS Egress Node est un
routeur qui gère le trafic qui sort d'un réseau MPLS.
4. LSR : Un routeur de commutation par label ou LSR (Label Switch Router) est un routeur
d'un réseau MPLS qui est capable de retransmettre les paquets au niveau de la couche 3 en
s'appuyant seulement sur le mécanisme des labels.
5. LER : Un LER (Label Edge Router) est un LSR qui fait l'interface entre le réseau MPLS et
le monde extérieur. C'est lui qui est chargé par exemple d’étiqueter les paquets à leurs entrées
dans le réseau MPLS.

4.2. Fonctionnement du protocole MPLS


Le principe de MPLS s'appuie sur une technique qui permet d'attribuer une étiquette à chaque
flux de données TCP/IP. Cette étiquette courte, de longueur fixe, correspond à un bref résumé de
l'en-tête du datagramme IP ; elle fournit des informations sur le chemin que le paquet doit
parcourir, afin qu'il puisse être commuté ou routé plus rapidement sur des réseaux utilisant
différents types de protocoles. Ainsi les commutateurs/routeurs analysent l'étiquette des flux au
lieu de leur adresse de destination.
Le premier routeur MPLS que le datagramme rencontre appose une étiquette sur ce
datagramme qui peut alors être envoyé très rapidement dans le réseau MPLS en fonction de cette
étiquette (voir Figure 11). De l'autre côté du réseau, le datagramme IP est "déballé" et acheminé de
manière classique. Le protocole MPLS, comme spécifié par l'IETF, est principalement destiné à
être utilisé en combinaison avec DiffServ.

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25
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet
Label swapping

Inclusion du label
selon la FEC et
transmission LSR
LSR Echange de
labels selon la
FEC et Edge
Echange de transmission LSR ou
labels selon la LER
Ingress FEC et
transmission
node
LSR
Egress
node
LER

Figure 11 : Architecture d’un routeur interne

4.3 Avantages de MPLS

MPLS apporte plusieurs autres bénéfices pour les réseaux IP :

• Gestion du trafic (Traffic Engineering) i.e. la capacité de configurer le chemin que vont

emprunter les différents flux sur le réseau et d'associer des caractéristiques de performances à une
classe de trafic,
• Etablissement de VPNs, i.e. la possibilité d'établir des VPNs sur un réseau MPLS sans la

nécessité d'utiliser des protocoles de cryptage ou des applications clientes particulières,


• Transport de services associés au niveau 2 (tels Ethernet, Frame Relay and ATM) au dessus

d'un noyau IP/MPLS,


• Suppressions des " Multiple layers " i. e. que typiquement la plus part des fournisseurs de

réseau utilisent un modèle de recouvrement où SONET/SDH est déployé à la couche 1, ATM est
utilisé à la couche 2 et l'IP est utilisé à la couche 3. En utilisant MPLS, les fournisseurs de réseaux
peuvent faire passer plusieurs des fonctions de contrôle de SONET/SDH et d'ATM à la couche 3,
simplifiant de ce fait la gestion du réseau et sa complexité.

Un chemin basé sur les mécanismes MPLS (LSP) peut être établi en traversant plusieurs couches
de transports de niveau 2 tels que ATM, Frame Relay ou l'Ethernet. Une des vraies promesses de
MPLS est la capacité de créer les circuits de bout en bout, avec des caractéristiques de
performances spécifiques, à travers n'importe quel type de support de transport, éliminant le besoin
de réseaux de recouvrement ou de mécanismes de contrôle de niveau 2 seulement.

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26
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

IV. Routage avec QoS dans les réseaux mobiles

L'évolution rapide des systèmes mobiles impose la prise en compte des utilisateurs mobiles
utilisant la même variété d'applications que les utilisateurs fixes. L'introduction de la QoS dans les
réseaux mobiles est encore plus complexe, car leur topologie et leurs ressources évoluent
dynamiquement. Le besoin de mécanismes de QoS dans ces environnements est incontestable du
fait de la rareté des ressources, de l'imprévisibilité de la bande passante et des taux d'erreurs
importants.
S’il est facile de prendre en considération la disparition ou la faible fiabilité d’un lien dans les
réseaux filaires, il n’en est pas de même dans les réseaux ad hoc. En effet, le simple fait de fermer
une porte suffit pour couper un lien déjà existant. Par conséquent, il est impossible de prévoir si un
lien existant à une certaine date sera toujours valide à une date ultérieure. (Voir [CHA 03])
Les travaux publiés concernant le routage avec QoS dans les réseaux ad hoc reposent beaucoup sur
les protocoles de routage du groupe Manet (Mobile Ad hoc NETworks) [RFC 2501].
Un protocole a été proposé par [LEG 01] appelé MIR (Mobile IP Reservation Protocol). Il
est basé sur un algorithme distribué qui répartit la bande passante localement et sur un contrôle
d’admission dans le réseau qui garantit une plus faible probabilité de blocage aux handoffs qu’aux
nouvelles connexions. Il propose également des mécanismes pour optimiser l’utilisation de la
bande passante pour cette solution.

V. Algorithmes de routage

Il es aujourd’hui connu et démontré que le problème de routage avec QoS est un problème
NP-complet [VAN 03a][BET 03]. En pratique, ceci signifie la non faisabilité de la solution exacte.
La problématique ne réside pas dans le fait de trouver un algorithme exact pour le routage avec
QoS mais réside en fait dans la complexité de l’algorithme proposé.
1. Exemples d’algorithmes de routage avec QoS
Plusieurs algorithmes ont été proposés pour le routage avec Qualité de Service. On peut citer par
exemple :
- Algorithme approximatif de Jaffe,
- Algorithme de Iwata,
- Algorithme approximatif de Chen,
- Algorithme aléatoire,
- Algorithme H_MCOOP,

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27
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

- SAMCRA (Self-Adaptative Multiple Constraints Routing Algorithm)


- TAMCRA (Tunable Accuracy Multiple Constraints Routing Algorithm)
(Pour plus de détails voir [KUI 02])
2. Complexité
Le tableau suivant (voir Figure 12) résume la complexité de ces algorithmes [KUI 02] :

Algorithme Complexité au pire des cas


Algorithme de Jaffe O(N log N + mE)
Algorithme de Iwata O(mN log N + mE)
SAMCRA TAMCRA O(kN log (kN) +k2mE)
EDSP,EBF O( x22 ...xm2 N 2 ), O( x2 ...xm NE )

Randomized algorithm O(mN logN + mE)


H_MCOP O(N logN + mE)
LPH O(k2NE)
A* Prune O(QN(m + N + log h))

Figure 12 : Complexités au pire des cas des algorithmes de routage avec QoS.

3. Caractéristiques d’un algorithme de routage avec QoS


En fait, un algorithme de routage avec QoS doit satisfaire les points suivants :
• Généralité :
En effet, les applications multimédia tendent à avoir des besoins différents en matière de
bande passante, délai, gigue, coût, et ainsi de suite.
Du point de vue d’un concepteur réseau, il serait avantageux de définir un algorithme de
routage générique au lieu d’en implémenter plusieurs qui sont différents, et qui répondent
indépendamment à des besoins différents en QoS.
• Extensibilité :
Comme l’infrastructure du réseau et sa capacité évoluent, de nouvelles applications sont
devenues possibles. Il serait alors intéressant de concevoir de algorithmes extensibles et les
adapter aux nouvelles applications, car les réseaux deviennent de plus en plus complexes d’un
côté, et le déploiement de nouveaux Algorithmes est très coûteux d’un autre côté.
• Simplicité
La simplicité d’un algorithme de routage en terme de temps/complexité logique permet
souvent une efficacité d’implémentation, de débogage, et d’évaluation.

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28
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

• Scalabilité
Le critère de scalabilité ou de « mise en échelle » est un critère très évident.

VI. Problèmes ouverts dans le routage avec QoS

Les problèmes suivants sont classées comme problèmes ouverts (open issues) dans le domaine du
routage avec QoS, et donc représentent un défi pour la communauté des chercheurs dans ce
domaine [VAN 03a].
- Déterminer dans quels graphes et structures à états de liens le problème du MC(O)P (Multiple
Constraints (Optimal) Path) n’est pas NP-complet,
- Comparer de façon détaillée et objective les aspects dynamiques proposés du routage avec
QoS,
- Concevoir un protocole optimal de routage avec QoS,
- Déployer les protocoles de routage avec QoS pour DiffServ,
- Combiner les approches du routage avec QoS et les protocoles de signalisation,
- Routage multipoint (multicast routing) avec QoS,
- Routage avec QoS dans les réseaux mobiles ad hoc.

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29
Protocoles de routage avec QoS dans l’Internet

Conclusion
Comme nous l’avons vu dans ce rapport, le problème de définir un protocole de routage
avec QoS répondant à toutes les exigences attendues est très délicat
Les trois modèles de l’IETF connus dans ce domaine sont IntServ, DiffServ et MPLS. Ce dernier
protocole est une approche très prometteuse vu ses caractéristiques. Cependant, il rencontre
certains problèmes de mise en œuvre. Une autre version de MPLS appelée GMPLS (Generalized
MPLS) a été conçue pour répondre à quelques problèmes techniques de mise en œuvre.
La difficulté pour le routage avec QoS dans les réseaux mobiles est plus grande vu la mobilité des
nœuds. La tâche se complique plus lorsqu’il s’agit d’un routage multipoint (multicast routing) avec
QoS.
D’autre part, un algorithme qui puisse répondre à toutes les exigences en Qualité de Service
des utilisateurs n’existe pas encore. Le problème majeur des solutions proposées est le facteur
d’échelle ou « scalabilité ». Plusieurs problèmes restent ouverts et présentent donc un défi pour la
communauté des chercheurs dans le domaine du routage avec Qualité de Service.
.

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


30
Glossaire

Glossaire
AOD Audio On Demand
ATM Asynchronous Transfert Mode
CCITT Comité Consultatif International Téléphonique et Télégraphique
DiffServ Differentiated Services
DVMRP Distance Vector Multicast Routing Protocol
IETF Internet Task Engineering Force
IntServ Integrated Services
IP Internet Protocol
ISP Internet Service Provider
ISSLL Integrated Services over Specific Link Layers
ITU International Telecommunication Union
LER Label Edge Router
LSR Label Switch Router
MPLS Multi-Protocol Label Switching
OSI Open Systems Interconnection
OSPF Open Shortest Path First
QoS Quality of Service
QoSMIC QoS Sensitive Multicast Internet protoCol
RAP Ressource Allocation Protocol
RFC Request For Comments
RIP Routing Information Protocol
RSVP Ressource ReSerVation Protocol
RTCP Realtime Transport Control Protocol
RTP Realtime Transport Protocol
TCP Transmission Control Protocol
UDP User Datagram Protocol
YAM Yet Another Multicast protocol
VOD Video On Demand

BOUCHAMA Nadir et YAHIAOUI Saïd RESYD 2004


31
Bibliographie

Références bibliographiques

[ALK 03] Abdullah M. S. Alkahtani, M. E. Woodward and K. Al-Begain, «An Overview


of Quality of Service (QoS) and QoS Routing in Communication
Networks».Department of Computing, University of Bradford, UK. PGNet
2003.

[BET 01] Hatem BETTAHAR, «Les Protocoles de Routage Multipoint et la Qualité de


Services dans l'Internet ». Thèse de Doctorat en Informatique soutenue le 3
décembre 2001 à l’Université de Compiègne.

[CHA 98] Gordon Chaffee, “RSVP: The ReSerVation Protocol” Berkeley Multimedia
Research Center.

[CHA 03] Claude CHAUDET et Isabelle GUERIN LASSOUS « Routage QoS et


réseaux ad-hoc : de l’état de lien à l’état de nœud ». Rapport de recherche n°
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